‹ Les guerres de la Vendée et de la Bretagne, 1790-1832Chapitre 25 sur 27 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Avènement du Directoire, — Hoche on Vcn(l<^(\ — Stofflct reprend les armes. — Mort de ce chef. — Derniers ronibats de Charette. — Sa mon. — PacLficatioi) de la Vendre, — Hoche passe en Bretagne. — Soumission de Scépaux. — Rochecotte dans le Maine, — Sa soumlsafoQ, Sttiiatton du MoiUlitti. » RMitaoce de Gtoiyas Gadondal. — Il 86 soumet. — FVotté passe en Angleterre. — Derniers efforts de Pulsaye. — P^n^ification gén<5rale des départements de l'Ouest. — Hocbo reçoit du Directoire une récompense nationale, — Situation de la Brrf.iL'ii*', — T cffrp adressée au comte d'Artois par les officiers royali>ies réuiu> à Loiulres. — D<''part df Pulsaye pour Ip r.m.ida. — Nouveaux mouvementâ. — Prise d'aruie» de 170tf. — Succès des iii* surgis. — Bonaparte premier consul* — NouTelle padflcation» Conduite de i'alibé Bemler.

La forme du gouvernement révolutionnaire venait d^étre changée. Le 5 novembre, le Directoire exécutif

avait remplacé le Comité de salut public. Cette modification n'exerça aucune influence sur la situation des dépaitonents insurgés. Hoche, que la Convention avait placé à la tête de raimée de l'Ouest, resta chargé de ce commandement. On pensa que le vainqueur de Quiberon était plus propre qu^aueun autre à pacifier la Ycndoe. Il ne se précisa point d'agir. Fidèle à la tactique qu'il avait employée en Breta* gne, il se montra implacable pour les chefs, indulgent pour los soldats. Convaincu que l'indiscipline des troupes républicaines fortifiait l'insurrection, il

fit de grands efforts pour empêcher le pillage. La

liberté des cultes fut, en qiiel(|ue sorte, la base de son système. « Rétablissez vos chaumières, priez Dieu comme vous Tentendez et labourez vos champs. • Telles sont les paroles qui se trouvent dans toutes ses proclamations. L'occupation de ilie-Bieu Tavait vivement inquiété, maïs dès quMl connut le départ du prince, il ne douta plus du succès.

Les colonnes républicaines envahirent facilement le Ba»-Poitou. GrÀce aux persévérants efforts du général en chef, les actes de pillage furent fort rares; on ne mit aucun obstacle à F exercice du culte caiho* lique et Ton s*al)stint de toute persécution contre les paysans qui paraissaient inoffensifs. On n'enleva les grains et les bestiaux que dans les communes qui refusèrent de rendre leurs armes. Hoche et ses lieu- 'tenants disaient partout : t Nous n'avons quun ennemi : c'est Gharette, et c'est contre lui seul que nous dirigerons les forces de la R^ubUque* » Le général républicain écrivait à Delaage : t Gharette a six mille louis d'or. Promettez-les et donnez-les à quiconque le prendra mort ou vif. Ne Tabandonnez qu^au tombeau. »

Le chei du Bas-Poitou entreprit de recommencer sa campagne d'hiver de i79/i., mais les circonstances n^étaient plus les mêmes. La politique de Hoche réussissait dans les campagnes. Beaucoup de prêtres, ne regardant plus la cause de TËglise comme liée à la cause de la monarcjiie, recommandaient de se soumettre à la République, L'immense majorité deà

paysans, sans traiter Charette en ennemi, refusaient de le servir et gardaient une scrupuleuse neutralité. Bientôt même tous ses mouvements furent signalés

par de nombreux espions. Hoche trouva des auxiliaires jusque dans le camp vendéen. Quelques fem^ mes, qui avaient longtemps pris part aux fêtes du quartier général deBelleville, allèrent chercher les mêmes plaisirs près du générai républicain et ne reculèrent devant aucun abaissement

Sapiiiaud , longtemps retenu par Stofîlet et Bcrnier, avait enfin cédé aux instances de Charette. Sa rentrée en campagne avait été signalée par Toccupar tion de Mortagne , dont la garnirion , forte seulement de cent quarante-deux honmieSy s^était laissée surprendre. Ce coup de main n*eut pas de grandes suites. Le général Willot pénétra sans difiicultc dans le pays de Sapinaud, et celui-ci dut se réfugier près de StofBet.

Le général en chef de l'Anjou, convaincu que le départ du comte d'Artois avait tué Tinsurrection vendéenne, désirait le maintien de la paix. Bemier était dans les mêmes dispositions. Les princes, ignorant la situation de la Vendée , insistaient vivement, au contraire , pour une nouvelle prise d^armes. Stofflet protestait de son dévouement et s'en tenait là. Le brevet de lieutenani-général, qui lui fut enfin remis, ne put vaincre ses hésitations. On ne se rebuta point et il finit par faire quelques vagues promesses, lioche ayant su qu'une certaine agitation se manifestait en Anjou, prit immédiatement une attitude menaçante.

Stolilet, encore indécis, lui demanda une entrevue. Ëlie eut lieu le 12 décembre. Le général angevin et Bemier protestèrent de leurs intentions pacifiques, et le stdtu qno fut iiuiiiitenu.

De nouvelles instances furent faites près de iStoûlet. Les envoyés des princes se réunirent à ceux de Ghar^ rette et des chefs de la chouannerie pour le supplier d*agir avec vigueur. De leur côté» les républicains se montraient chaque jour pUis entreprenants. Hoche, qu'un arrêté du Directoire venait de placer à la tête des armées de TOuest, des côtes de Brest et de Cherbourg , réunies sous le titre d'armée des côtes de rOcéan, pressait vivement Charelte et cernait F Anjou. Stolilet pensa qu'il ne devait point hésiter davantage. Le 25 janvier 1796, il publia une proclamation pour annoncer la reprise des hostilités, et le 27 il écrivit au comte d'Ârtois : « Yos vues sont remplies, vos intentions satisfaites; Farmée d'Ânjou vient de se déclarer... Il ne nous reste plus qu'un vœu à former, celui de voir au milieu de nous Y. A» R. Yotie pré^ sence, monseigneur, est indispensable pour le succès de la cause... >> llo» he ne conçut aucune inquiétude : 1 La guerre stolUétienne durera quinze jours, » ditil en se mettant en campagne. Ses prévisions se réa^ Hsèrent. Stofîlet ne put réunir que trois cents hunimes, 8a première tentative fut heureuse; il s'empara d'Ar> genton-^le-Château. Ce succès n*entra!na personne, et le malheureux général dut fuir sans cesse devant des forces supérieures. La trahison vint précipiter un dcnou^nent que le chef vendéen regardait lui-mâme

comme inévitable. La métairie de La Saugrcnière, où il s'était réfugié avec sept de ses compagnons, espérant y trouver quelques heures de repos, fut cernée dans la nuit du 3d au février par deux cent vingtcinq soldats républicains. Bien que surpris et sans armes, Stofflet essaya de se défendre, mais on vint facilement à bout de sa résistance. Il fut conduit à Angers et traduit immédiatement devant un conseil militaire* Sans errance comme sans crainte, il répondit brièvement aux questions de ses juges, qui ne purent en obtenir aucun renseignement. II fut fusillé le â6 février, el montra jusqu*au dernier moment ce ferme coura^ dont il avait donné tant de preuves sur le champ de bataille.

On a prétendu que Stofflet avait été livré par Tabbé Bemier* C'est une évidente et monstrueuse calomnie. Jamais on ne s'y fut arrêté, si l'ancien aumônier de la grande armée catholique et royalç était resté fidèle à la cause des Bourbons^

D'Autichamp prit, dès le 24 février, le titre de général en chef de TiLnjou et du Uaut-Poitou; mais il tfeut point d*armée.

Charette résistait encore. Suivi de ses derniers officiers, de ÛBUX cents déserteurs républicains et d'un nombre à peu près égal de paysans, il fatiguait, depuis trois mois, toutes les divisions chargées de le poursuivre. Mais chaque rencontre affaiblissait sa petite troupe, et les victoires ne lui laissaient guère moins de regrets que les défaites. Hoche était sur de vaincre. Néanmoins, il paraissait disposé à faire d*ho«

norables conditions aux chefs qui se soumettraient. Le chevalier de Gouêtus, les deux La Roberie, Gué-

rin le jeune, Bousseau, Auvinet, Dugas de Montbert et quelques autres ofiQcîers, pensèrent qu'il fallait profiter de cette dernière chance de salut Ils rédigèrent

un mémoire à l'appui de leur opinion, et le firent présenter à Charette par Prudent de La Bobene. Le général s*écria qu'il ne s'attendait pas à une proposition si déshonorante, que chacun était libre de se soumet tre, mais que pour lui il entendait mourir les armes k la main. « Est-ce vous, La Roberie, ajoutait-il en se touniaiit vers ce dernier, qui voulez me livrer à mes plus implacables emiemis. Perdrez-vous, en un seul jour, la gloire que vous vous êtes acquise par tant de combats? » — « Je n'ai pas cru qu'il y eût déshonneur k vous faire une proposition de paix, répondit ce jeune officier, et vous verrez, à la première occasion, si j'ai changé de sentiments. » Le loiideiiiain on marchait contre le poste républicain de La Thibaudière, et Prudent de La Roberie chargeait à la tête de quelques cavaliers, en criant : « Voici mon dernier jour. » 11 fut tué d'une balle dans le bas-ventre. La victoire resta aux insurgés. Quelques jours après, Charette battit encore les bleus aux Quatre-Cheniins et au château de F Oie. Cette dernière défaite fut promptement réparée par le général Travot.

La situation était trop desespérée pour que l'on ne cherchât point de nouveau à traiter avec les républicains. Gouêtus fit, au général Gratien, quelques ou-> verlures qui lurent bien accueillies. Convaincu que sa

résistance serait inutile, Gharette permit à son lieutenant de suivre les négociations qu'il avait entamées. Le chef vendéen se rendit, sans attendre un saui-conduit, au château de L*Ëpinay, d'où il écrivit au commandant de Challans, pour rinformer de ses intentions. Dans la nuit niome il fut arrêté avec trois de ses officiers, Dubois, Lapierre et Thouzeau, que l'on déclara, comme lui, prisonniers de guerre. La corn* mission militaire chargée de les juger condamna Du bois à la détention, jusqu'à la paix, et fit fusiller ses ' trois compagnons d*armes. Couêtus aurait pu sauver sa vie par un mensonge ; il préféra mourir.

Cet infâme guet-a^ns ne détourna point d'autres officiers de faire leur soumission. Hoche pensant que Charette, privé de toute ressource, suivrait enfui leur exemple, lui fit offrir les conditions suivantes par le général Graiien : « 1* Il se réfugierait en Angleterre avec tous ceux de sa famille et de sa suite qui voudraient l'accompagner; 2* il pourrait, à son choix, se retirer en Suisse, en évitant de traverser Paris; 8* on lui ferait passer les revenus de ses biens tous les trois mois. » L'abbé Guesdon, curé de La Batardière, qui, après avoir longtemps soutenu Tinsurrec^ tîon, la blàiiîait depuis qu'elle lui paraissait uniquement politique, se cliargea de faire parvenir sqs propositions à Charette. Le général vendéen hésita, puis enfui répondit : « Je saurai périr les armes à la main ; mais fuir, mais abandonner les braves que je commande, non, jamais, tous les vaisseaux de la République ne suffiraient point pour les transporter en

Angleterre* Loin de omindre vos menaces, j*irai voua

attaquer dans votre camp. » Quelques jours plus tard, l'abbé Guesdon et ses deux domestiques furent mas* sacrés par les soldats de Gharette, comme suspects d'espionnage. Aucun fait n'appuyait cette accusation ; mais ies insurgés, elïrayés de leur petit nombre, espéraient prévenir, par de tels crimes, de nouveaux et inévitables abandons.

Le 21 février, la troupe de Charettc, réduite à moins de deux cents hommes, est attaquée près de La Bégaudièrc, par le général Travot. Les Vendéens résistent avec courage ; mais ils ne peuvent rien contre le nombre. Le frère atné du général, son cousin, Gharette la Golinière , et plusieurs officiers tombent sous les coups des bleus. Gharette s'échappe avec peine, suivi d'une quarantaine de soldats. Le lendemain, Guérin le jeune, le dernier des frères La Roberie, Lecouvreur et d'autres chefs moins importants font leur soumission. Il ne restait plus qu'à prendre Gharette. Les généraux républicains, bien informés par leurs espions, étaient sans cesse sur les traces du général vendéen. Cependant il put encore tenir la campagne pendant on mois*. Enfm, le mars, il apprend, à La Prenilière, qu'il va être enveloppé par quatre colonnes républicaines, i Eh bienl s'écrie-t-il, c^est ici qu'tt faut se battre josqn^à la mort! « L^ad-*

< On a dit que Giiàrin et La Robefle, non amteot d'abandonner leur ^ général, atalent servi de guides aux coioniK s chargées de le poursuivre.

Nous twoiTs celle accusation ponr calomnieuse. N<5anoioins elle a eu trop d'aiitoriul e4 de reienUaseuieut ptm qu'il ne soU paa nécessaire dn la constater.

judaiii-général Valent4n paraît le premier et charge avec fureur. Charette, que son i)aiiaciic blanc fait reconnaître, est le but de tous les eûbrts» Un déserteur ftllenuuul .-^ L-mpare du chapeau du g(^néral et hii dit : « Sauvez- vous, ils me prendront pour vous et me tue» Tont. » 11 est tué et Charette 8*éloigne ; maie Travot lui ferme le passage Le chef vendéen, blessé à la main et à la tête, veut franchir un fossé ; une branche d^arbre accroche son habit et il tombe. Deux de tes soldats essaient de le dégager; ils sont sabrés par les dragons républicains, et Charette est fait prisonnier. Travot arrive et ordonne que le dernier représentant de la grande insurrection vendéenne soit traité avec respect. Cet événement rut un retentissement immense dans toutes les villes de TOuest, et même à Paris. Un général républicain disait pour caractériser la j(3ie de son parti : « Depuis cette bonne nouvelle, nous som- ' mes comme des fous. »

Charette fut d'abord transféré à Angers, d'où Ton devait le conduire à Paris; mais Hoche pensa qu'il était plus politique de le Juger et de Texécuter à Nantes. Le général Dutheil, qui commandait la garnison de cette ville, lit promener son prisonnier dans les rueSf et le traita de la façon la plus grossière. « Si vous étiez tombé en mon pouvoir, lui dit Charette, je vous aurais fait fusiller sur-le-champ. » Il fut jugé le !28 mars, et 6*entendit condamner à mort sans donner aucun signe d*émotion. Il ne demanda qu'une grâce : celle de pouvoir se confesser avant de mourir. On hii envoya Tabbé Guibert. Ce firétre

avait prêté le serment, et Ch^rette lui montra d*a-

bord quelque répugnance; mais comme il ne voulait pas mourir saus confession, il se mit à genoux et y resta deux heures, malgré ses blessures. Il se releva purifié et prêt à paraître devant Dieu. L'exécution eut lieu le 29, sur la place de Yiarmes. Les républicains mirent cinq mille hommes sous les armes. Gharette refusa de se laisser bander les veux et cornmanda le feu par un signe de tête. 11 fut frappé de vingt balles, et tourna deux fois sur lui-même avant de tomber. Sa mort entraînait la ruine complète de la cause qu'il avait servie. 11 est peu d'hommes dont rhistoire puisse faire un tel éloge.

Yasselot et Grignon , qui avaient levé une petite troupe sur l'ancien territoire de Sapinaud, comprirent que toute résistance ^talent impossible et se cachèrent. Grignon put échapper à toutes les recherches, mais Vasselot fut pris et fusillé. D'Auiichamp fit sa soumission et Bernier demanda un passeport pour la Suisse. Il Tobtint et resta cependant en Anjou. Son rôle n'était point fini. Les patrouilles républicaines purent enfm pai courir la Vendée sans y rencontrer d'ennemis. LMnsun*ection était-elle donc irrévocablement appaisée? Voici sur ce point l'opinion du général Hoche : « Je l'ai dit vingt fois au Directoire : Si Ton n'admet la tolérance religieuse, il faut renoncer à l'espoir de la paix dans ces contrées. Le dernier habitant, mharm d'aller en paradis^ se fera tuer en défendant Thomme qu'il croit lui en avoir ouvert les portes, j» Quelques semaines plus tard, Hoche de-

manda que ia Vendée fût soustraite au régime militaire. Quand on avait formé l'armée dite des côtest de rOcéan*, tous les départements de TOuest avaient été mis en état de siège.

Après l'exécution de Charette, Hoche écrivit au Directoire : « La Vendée est purifiée ; je vais m'occuper de la Bretagne. » Déjà il avait fait passer plusieurs divisions sur la rive droite de la Loire» afin d'occuper le pays de Scépaux, général en chef du Bas-Anjou et de la Haute-Bretagne. Scépaux. qui . avait sous ses ordres un assez grand nombre d'émigrés et quelques milliers de paysans, manquait d'armes et de munitions. Néanmoins ses soldats, tour à tour vainqueurs et vaincus , montraient beaucoup d'ardeur, mais quand ils connurent la double exécution de StoHlet et de Charette, ils perdirent tout espoir. « La volonté est refroidie et le découragement presque général... On espère pourtant rétablir Tordre, jnais qu'il y a loin de i'espérance à la réalité »! écrivait le comte de Marconnay. Hoche poussa les opérations avec vigueur. Les chouans , accablés par le nombre, sentirent qu'ils allaient succomber et leur chef proposa une suspension d'armes. Hoche lui ré- . pondit : « Soumettez-vous; je sais ce que Ton doit au repentir. » Scépaux dut en passer par cette condition. Le ik mai, le général en chef de l'armée républicaine annonça que « les chouans des départements de la Mayenne, de Maine-et-Loire, de la Loire-Inférieure avaient rendu les armes à la République et promis de vivre sous ses lois. »

Bien qu'il eût pour tactique de porter la plu» grande partie de ses forces sur un seul point , Hoche ' attaquait de tous côtés à la fois. Ainsi , au moment où il réduisait Scépaux , il agissait avec vigueur dans la Basse-Bretagne et dans le Maine. Fortuné Guyon, comte de Roehecotte, était parvenu à discipliner et à réunir les diverses bandes ({ui depuis trois ans occupaient cette dernière province. Il ouvrit la campagne de 1796 par une série d^engagements assez heureux. De concert avec l'Agence royale , il envoya des émissaires dans les départements d'Indre-et-Loire» du Loiret, du Cher, et put croire un instant quUl y orga* •niserait la chouannerie. Des mouvements partiels et prématurés ûrent échouer cette vaste tentative. Les chouans roanceaux eux-mêmes furent écrasés, et Rochecotte dut poser les armes. Le Morbihan, où Cadoudal exerçait une autorité absolue , comptait enidron quinze mille insurgés assez bien pourvus d'armes et de munitions , car il leur était facile de recevoir les secours de rAngleterre. De nombreux combats les avaient aguerris , ils ne craigUMont point d'attaquer en plaine de fortes divisions. Hoche jugea que sa présence était nécessaire pour les vaincre et se rendit à Vannes. Les opérations furent immé* dîatement conduites avec tant d'ensemble et de vi* gueur, que Cadoudal reconnut qu'il fallait suivre l'exemple de Scépaux. Sur Tavis de Puisaye, dont il s'était rapproché, il essaya de gagner du temps en proposant une suspension d'armes. « Vous voulez la pauc, lui répondit Hoche , moi aussi, monsieur^ je la

veux et je Tobtiendrai. La suspension d'armes que vous demandes ne peut être accordée.. • Faites votre

soumission aux lois de la République, et au moment môme les marches cesseront. » Cette lettre est du lé juin 1796. Sept jours après» Hoche écrivit au Di-» recloire : « Je vous annonce la soumission des chefs chouans du département du Morbihan. » Cadoudal resta dans le pays et y conserva toute son influence.

Frotté , auquel on n'avait d'abord opposé que des recrues, était parvenu à étendre sou pouvoir sur plusieurs arrondissements et donnait d'aaseï vives inqnié* tudes aux autorités révolutionnaires de Normandie. Hoche envoya des renforts à ceux de ses lieutenants chargés de paciûer cette province , et Frotté entra en pourparlers à peu près au même moment que Cadoudnl. Le, chef de la Basse -Normandie partit pour TAngleterre vers la fin de juin,

L'Tlle-et-Vilaine et les Côtes-du^Nord étaient encore sous les armes, Puisaye , dont le pouvoir était pleinement reconnu dans ces deux départements, se prononçait avec force contre toute néf^ociation. La Vieuville, du Boisguy et Chalus, ses principaux divisionnaires» voulurent, comme lui» tenter une réais** tance impossible. Cernés par des troupes nombreuses, bien approvisionnées et sûres de la victoire, ils es* suyèrent coup sur coup plusieurs échecs et ne pu* rent retenir leurs soldats. La Yieuville fut tué dans les premiers jom's de juillet ; Boisguy eût partagé son sort sans le dévouement de T un de ses officiers , François Poirier» dit SmtChagrin, qui» pour lui

donner le temps de s'éloigner, dit aux bleus : t Je suis du Boisgûy; cet homme qui se sauve est mon domestique. » Poirier fut fusillé , Boisguy fit sa soumission. Ciialus résista quelque temps encore , puis enfin il suivit Texemple général , mais il obtint que les armes de ses soldats seraient reçues avec les honneurs militaires. Puisaye, croyant que tout n'était pas eicore perdu, resta en Bretagne et put échapper aux recherches des bleus.

La guerre était finie. Le Directoire, voulant donner au générai en chef une marque de sa satisfaction, prit Tarrêté suivant :

" 11 est fait présent, au nom de la République française, au général Uoche, de deux des plus i)eaux chevaux existant dans les dépôts de la guerre, avec leurs harnais.

« Il recevra également une paire de pistolet de la manafaoture nationale de Versailles. •

Hoche LiMiit vingt- huit ans. Fils d'un des gardes du chenil de Louis XY, il avait été nommé à quatorze on quinze ans palfrenier surnuméraire des écuries royales de Versailles. En 1788, il s'était enrôlé dans les Gardes-Françaises. La révolution te trouva caporal.. En 179S, il était général en chef. Il avait cmq pieds sept pouces, une belle figure, une physionomie froide et sévère. Quand il parut en Bretagne, il sortait de la c(mcîergerie, où Robespierre Tavait fait enfermer comme suspect. Pressé de réussir, il s'appuya souvent sur les plus misérables instincts. Il acheta tous ceux de ses ennemis qu'il put acheter.

et oi^anifia un système complel d'espionnage. Des femmes appartenant à d'anciennes familles et qui avaient longtemps servi la caufio de l'insaurrection, devinrent les compagnes tic ses désordres et ses esfiom les plus actifs. £Ues lui livrèrent leur honneur et les seerets de leur parti. Quel que soit le sentiment de répulsion et de tristesse que de tels faits excitent « il n*en faut pas moins reconnaître cpie Hoche sut se montrer tout à la fois général habile et politique intelligent*.

La YendéCt épuisée, désirait sincèrement le maintien de la paix; la Bretagne, au contraire, oIQûratt encore de nombreuses ressources à la guerre civile; . ses chefs se tenaient prêts à recommencer la guerre, convaincus qu à leur premier appel la plupart de leurs anciens soldats s'empresseraient de reprendre les armes. Beaucoup d'émigrés, rentrés depuis quelques mois et cachés au sein des campagnes, contribuaient à entretenir l'esprit d'uisurrection, La tranquillité ne put donc se rétablir complètement, (^e Morbihan, où Gadoudal avait maintenu son organisation militaire , devint le point d'appui de toutes les résistance. On n'y voyait plus de bandes nombreuses, mais la guerre s'y entretenait par une série d'assassinats où les haines particulières n'eurent guère moins de part que les haines politiques. Les

' Trois teiUativcs d'eiupoisonncmont ou d'assassinat rnifnt comniis!»s contre ce général. On accusa le parli royaliste. H est probal)l«i tjiu' la politique Inspira ces altenUts; mais il est certain quMIs furent indivl- 4iiels.

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chouans comme les bleus massacrèrent souvent des eafiants et des femmes.

Tandis que Puisaye, Cadoudal et la plupart de leurs compagnons d^armes préparaient une nouvelle . insurrection y l'Agence royale et lea conseillers du cfomte de Provence entreprenaient de renverser la Ré« publique par des voies pacifiques. Acheter des orateurs dans les assemblées délibérantes, publier des brochures, solliciter des places et fonner dans tout le royaume des associations royalistes désignées par le titre d'Institut philanthrojdque ^ telles furent les bases de ce nouveau plan d^ campagne» Les chefs bretons le trouvèrent ridicule , et continuèrent de compter exclusivement sur la force. Les événement» leur donnèrent raison. L* Agence fut découverte et ses deux directeurs , Brottier et Duvemes de Pre&les, s empressèrent de livrer tous les secrets de leur parti. On ne les condamna qu'à dix ans de détention, î/échec de la conspiration dite des Cliehiengf qui coûta la vie à plusieiu-s des olliciers royalistes venus à Paris pour la seconder, et notamment à Rochecotte, reporta toutes les espérances des princes sur les départements de ,r ouest. C'est à propos de cette conspiration que le député Boulay de la Meurthe proposa de déporter tous les prêtres et tous les nobles.

Puisaye, qui s était rendu en Angleterre, crut qu'il touchait au but constant de ses efforts. De concert avec Louis de Frotté, Bourmont, Ghàtillon, Mercier* la- Vendée, d' Allègre et tous les anciens officiers royalistes présents à Londres, il écrivit, le 5 décembre

4797 au comte d'Artois que toute la Bretagne était prête à reprendre les armes , mais qull fallait qu'un prince parût au milieu des combattantB. « Combien , disaient les chefs vendéens et bretons, n" aurions-nous pas vu d*oiliciers et de soldats du gouvernement usor» pateur se réunir à nos drapeaux, si un prince de la maison de Bourbon eût été à notre tête?,.. Combien, dans ce moment même, n'entendons-nous pas da Français qui 9*écrient : t Où est Henri IV, cet anri du peuple? où 6ont ses descendants? » Le comte d'Artois, trouvant que les circonstances n'étaient point favorables, répondit par un refus. Puisaye donna sa démission et partit pour le Canada, suivi de plusieurs de ses ofiiciersi Le comte de Behagues fut nommé généralissime des armées de l'Ouest, mais il n'eut aucune autoriti'. Dès cette époque, Georges Cadoudal fut le seul chef influent de la chouannerie. Le renouvellement de la guerre continentale lui fit concevoir de grandes espérances, 11 écrivit à quelques chefs secondaires : « Les bataillons républicains se dirigent .sur les frontières et. nous laissent enfin respirer. Hoche n'est plus, et le vainqueur de ritaîie, confiné en jËgypte avec ses meilleurs soldats, ne fait plus trembler l'Europe. Cette République abhorrée va donc s'( ( l uuler BOUS les coups de ses nombreux ennemis. IJcsiterions-nous encore? Nonl Les braves chouans, les généreux Vendéens sauront ressaisir leurs armes terribles pour relever la mujiarchie. »

Quelques bandes isolées, ^obéissant à des chefs sans aveu, répondirent seules à ce pi^emier appeU

Mais les autorités révolutionnairos se son tant menacées devinrent plus tyranniques ; les persécutions religieuses, qui n'avaient jamais cessé complètement, prirent beaucoup d'extension , des prêtres furent assassinés et r agitation se généralisa. Les chefs, qui s'étaient cachés, sortirent de leurs retraites, ceux qui avaient passé en Angleterre rentrèrent en France. Suzaiiiiet, Grignon et d'AuUchamp, se partagèrent la Vendée; Bourmont eut le commandement du Maine; Ghâtillon devint général en chef de l'armée du Bas- Anjou et de la Haute-Bretagne, longtemps dirigée par Scépeaux. 11 eut d'Andigné pour premier lieutenant. Le chevalier de La Prévalaie commanda Tilleet-Vilaine; Frotté reparut en Normandie. Le comte d'Artois fit annoncer sa prochaine arrivée, et malgré d'Autichamp, qui voulait attendre, on arrêta qu'im mouvement générai aurait lieu du 15 au 20 octobre 1799. Les troupes républicaines étaient peu nombreuses et avaient pour chef le général Hédouville, homme conciliant et plus propre à maintenir la paix qu'à pousser la guerre av«c vigueur.

Le soulèvement eut lieu sur plusieurs points avant l'époque convenue. Les cliouans ouvrirent la campagne par une série de succès. Ghâtillon et d' Andigné, après avoir battu les bleus dans plusieurs rencontres, se port^M'ent sur Nantes avec deux mille hommes, et y entrèrent le 20 octobre, à quatre heures du matin. Les bleus surpris, n'avaient pu se mettre en défense qu'au moment où Tennemi avait paru au milieu d'eux. On se battit dans les rues. Châtillon, craignant d'être

accablé par le nombre, donna, vers sept heures, le signal de la retraite, qui se fit en bon ordre. Cinq jours plus tôt, Bourmont s'était emparé du Mans. Les caisses publiques, les munitions, les armes et tous les objets que contenaient les magasins de l'Etat, avaient été enlevés par les insurgés. Cadoudal et ses divisionnaires comptaient aussi de nombreux succès. Mercier- ' la- Vendée, secondé par Carfort et Courson, avait surpris Saini-Brieuc dans la nuit du 25 au 2d octobre, délivré trois cents chouans détenus dans les prisons de cette ville, et enlevé soixante chevaux. Sol de Grisolles avait pris Redon de vive force ; Cadoudal, vainqueur des bleus dans plusieurs rencontres, s^était rendus maître de ISavalo, de Landevant, de La Boche- Bernard, de Lominé, de Guérande, de Musillac, de Sarzeau, et menaçait Vannes. Les insurgés, sans avoir remporté des avantages aussi marqués dans le Finistère et dans rille-et-Vilaine, y étaient cependant sur Foffensive. Boisguy , qui venait de s'évader de Saumur, où il était prisoimier depuis trois ans, signala bientôt sa présence au milieu de ses anciens soldats. Frotté ouvrit la campagne par une série de combats fort vifs où le succès fut presque toujours indécis, Un de ses lieutenants s'empara de Pacy-sur-Eure^ à dixhuit lieues de Paris. Les Anglais avaient promis des muniticHds; ils tinrent parole, et un immense convoi, portant six caisses de piastres, huit pièces d'artillerie, vingt-cinq mille fusils et une grande quantité de cartouches, put débarquer sur les cotes du Morbihan. »

La Vendée ne montrait point le même élan que la

Bretagne. C'est à peine bi Suzannet, Grignon et d'Au* tichamp, qui commandaient, le premier le Ba&-PoitOQ, le second le centre^ et le dernier F Anjou, pouvaient, tous ensemble, compter mv huit ou dix nulle hommes. Forestier, qui avait repris les armes dès le mois de juillet, B*était porté, le 30 août, contre on détache* ment républicain campé à Girières, et avait été frappé d*ttne balle au-dessous du cœur. Cette blessure, que Ton crut d*abord mortelle, priva les paysans d*un chef qu'ils aiiiiaicnt, et ralentit le développement de Tinsurrection. Griguon et Suzannet tentant quelques insigniliants coups de main; d*Autichamp Ibrma le projet (l cttlaqiier lM)ntenay, mais il se fit balire li Neuil par huit cents r^ublicainst et ses soldaU se dispersèrent Quelques actes de bravcore signalèrent seuls en Vendée cette nouvelle prise d*annes. i/abbé Bernier avait compris, dès les premiers jours^ que les paysans ne se laisseraient point entraîner, et s^était tenu à r écart.

Quoique les républicains eussent reçu des rciilbrts, les chouans étaient partout encore sur roffiensive, lorsqu'on aj)prit que, le 18 brumaire (9 novembre), le général Bonaparte avait renversé le Directoire et B*était placé à la téte du nouveau gouvernement Cadoudal, Bourmont, Frotté, Châtillon. comprirent que ce changement serait fatal 4 ieui* causa. Néaninoiiis , ils reetènmt sous les armes.

Bonaparte voulut inaugurer son pouvoir par la paciûcatioa déiiniùve de 1 Ouest D^à, le général Uédou^

ville avait essayé d'ouvrir des conférences. Le premier consul approuva sa conduite et lui dit de s'aboucher avec Tabbé Bernier. Un commissaire des vivres nommé Barrée fut chargé d'entamer la négociation. Il écrivit à Bernier poui' lui demander une entrevue , ajoutant que le gouvernement comptait sur son influence pour établir une paix durable. L'ancien au^ muaier de ia gt aiide umiée catiioiique et royale répondit qu'il n'entrerait en pourparlers que « on lui promettait à l'avance, non pas de tolérer le cuite ca» tiioUquc, mais de le laisser conipiétement libre , et d'accorder à ses ministres une légitime protection. Barré reçut de pleins pouvoirs, et fit à Bernier toutes les concessions qu'il pouvait espérer; celui-ci promit en retour de travailler au prompt rétablissement de la paix* Bien qu'un armistice eût été convenu, quatre cents républicains s'emparèrent, par surprise, du camp de Grignon« et ce chef fizt massacré. Quelques actes d'hostilité eurent lieu sur d'autres points. Néanmoins, tout se préparait pour une pacification. D'Auticiiamp ne OM>ntraitt sous ce rapport» guère moins de zèle que Bernier.

Le général du Bas-Anjou, Châtillon, crut aussi que les circonstances commandaient de négocier* U écrivit, dans ce sens, aux principaux diefs du Maine, de la rsoniiaiidie et de la Bretagne. Sur la proposition d'Hédouviile une suspension d'armes fut arrêtée* Tout mouvement de troupes était in^ terdit, mais les officiers chouans et vendeeiib pouvaient se réunir; Jas hostilités ne devaient être te»

prises que huit jours après la rupture des négociations. Gadoudal déclara qu'il fallait continuer la guerre. Frotté, Boisguy et Bourmont furent du même avis; mais la majorité, sans se prononcer nettement pour la paix , déclara qu'il était nécessaire de prolonger la trêve. Les pourparlers continuèrent. Le chevalier d* Audigné fut envoyé à Paris, afin de s^assurer des dispositions de Bonaparte, que quelques personnes représentaient comme disposé à relever le trône des Bourbons. Un autre émissaire partit pour Londres. Le comte d'Artois venait d'écrire à ('adoudal : « Vous pouvei^ compter sur ma prochaine arrivée. »Le chouan lui fit dire qu*il n'y avait pas un instant à perdre. Les circonstances n'étaient plus les mêines : cette fois encore le prince ajourna sa descente en Bretagne.

Les royalistes auraient voulu traîner les négociations en longueur, mais le premier consul était pressé. Après avoir déclaré « que les Bourbons n'ayant rien fait pour la gloire, on ne pouvait songer à eux, »'il ajouta ([u'il consentirait volontiers à de grandes concessions. Puis, quand il vit clairement que la plupart des chefs de la chouannerie ne cherchaient qu*à ga* gncr du temps, il prescrivit à Hédouville de reprendre les armes et d'imposer des conditions plus dures que celles dont on était d'abord convenu. Le général républicain reçoit cet ordre avec douleur, et cherche à prolonger la trêve. Bonaparte le blâme, rassemble des troupes et les envoie dans l'ouest, décidé à prouver qu'il n'a fait des concessions que parce qu'il est sûr de sa force, il amioace la reprise des hostilités

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par deux proclamations. Dans la première, il dit aux

habitants* des pays insurgés : « La liberté des cultes est garantie, 11 y a des Icns injustes, eUes seront rapportées... Le gouvernement pardonnera au repentir et frappera quiconque osera résister. » Dans la seconde, il s'adresse aux soldats : « Que j'apprenne

bientôt que les chefs des rebelles ont vécu. Exterminez ces misérables, le déshonneur du nom français. Faites une campagne courte et bonne. » Le général Brune eut le commandement en chef.

Les insurgés, divisés pendant les négociations, ne surent pas s'unir à l'approche de la lutte. Sur les conseils de Bemier, les chefs vendéens résolurent d'agir seuls. Le 18 janvier 1800, ils se réunirent à Monttaucon. Une très-forte majorité se prononça pour la paix« Ce fut fiemier qui porta cette nouvelle à Hédouville. Châtiîlon suivit immédiatement l'exemple des Vendéens. Le chevalier de la Prévalaie fit sa soumission le Cadoudal, Bourmont et Frotté restèrent sous les armes. Brune inarcha contre le premier de ces chefs avec vingt mille hoiniiK s. En entrant à Vannes, il apprit que déjà les républicains avaient repris l'offensive avec succès. Le 2h janvier, Cadoudal s'était porté, suivi de huit mille hommes, contre le général Harty» posté à Grandchamp. Les , bleus, d'abord battus, s'étaient reformés; puis, secondés par une colonne de troupe fraîches, avaient repoussé les chouans jusqu'à Ëlven. Les suites de cette affiBlire, où les vainqueurs perdirent plus de monde que les vaincus, eussent été promptement répa.

rées 81 la nouvelle de la soumifiaion de pluâieurs chefs n'était point venue jeter partout le découragement.

Gadoudal posa les armes le 2 février. Bourmont dut subir la même loi deux jours plus tard. Frotté restut seul. On le poursuivit avec d'autant plus de vivacité que» le 25 janvier, il avait cumplétement battu deux divisions républicaines. Comprenant que toute résis^ tance est impossible, le chef royaliste se résigne à demander la paix. Le général Chamberlac lui répond : « Rendez d'abord les armes» et ensuite j'intercéd^al en votre faveur. > Frotté, n'osant se fier à une telle assurance, envoie deux de ses officiers au général républicain* Chamberlac les reçoit avec bien* veillance, et leur dit ; t II faut que votre chef vienne en personne; il y a des points qm je ne puis arrêter qu'avec lui. • Frotté et six de ses oi&ciers partent, pleins de défiance, pour Alençon. Arrivés à ome heures, ils sont arrêtés à iniiuiil. l.e iendi jiKiiii un les conduit à Yemeuîl; une commission niili taire les juge, les condamne h mort, et ils sont fusillés. C'était un assassinat. On a prétendu que Bonaparte, irrité d'une proclamation dans laquelle Frotté le représentait comme un lâche, avait dit que ce chef devait moui'ir. D'auUes ont affirmé que Chamberlac était seul coupable, il est certain cependant que ce général ne fut mjHmi, ni même réprimandé.

La paix était de nouveau rétablie dans l'Ouest. Cette pacification fut duiable. Bonapai te, après l'avoir obtenue par des concessions et par la force, sut la maintenir en se montrant juste.

La conduite de Bemier, dans cette dernière ciiw

constance, a éU\ violcinmcnt incriminée. Après avoir prétendu qu'il ne s'était prêté aux intentions du pr&* mier consul que par ambitlQn, on a ajouté que Texem*pie de la Vendée avait seul entraîné la soumission de plusieurs des chefs de la chouannerie. De telle sorte que sans Bemier toutes les provinces de TOuest se- 1 tiiunt restéc's sous les armes, auraient agi avec ensemble et réussi peut-être à relever le trône , des Bourbons.

Bcrnicr était, sans doute, assez clairvoyant pour comprendre qu'un gouvernement réguher allait s'éta^ blir, et assez ambitieux pour user à son bénéfice de l'influence qui lui restait en Vendée. Néanmoins il est évident que sa détermination n'a pas eu les résultats que les royalistes lui ont attribués. Bonaparte eût réussi malgré Bemier lui-même. Les paysans vendéens désiraient la paix. Leur longue et désastreuse lutte contre la République avait développé chez eux le sentiment muiiaiciiique et l'amour des Bourbons; néanmoins ils n'étaient point disposés à renouveler, pour le roi, les sacrifices qu'ils avaient faits à Dieu. J^es quelques milUeis d'hommes réunis par d'Autichamp, (irignon et Suzannet» n'auraient point retardé de huit jours le passage du général Brune en Bretagne.' La Vendée eût donc attiré sur elle de nouveaux désastres, sans servir aucunement la cause royale. Cette vérité était si évidente que d'Autichamp, qui n'espérait ni ne désirait les faveuis de Bonaparte, seconda de toute sa puissance les eHorts

de Bernîer, cl ne rencontra aucune opposition chez ses iieuteuauU. Quant à la Bretagne, ce qui l'a paralysée dans cette cii*coiistance comme dans toutes les autres, c^est Tabsence d^tm chef. C!oatre cet obstacle» la VeiKlée ne pouvait rien.

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