‹ Les guerres de la Vendée et de la Bretagne, 1790-1832Chapitre 5 sur 27 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Premières mesures de la Convention pour arrêter l'insurrection vendéenne. Bemiyer est noauné féiiéral en elief. <— Son plan d'attaque. i^Bft* taUle de dieniiné. — Rénnkio à Beanpréan des forées fendéennes. ^ Retraite sur Tiffauges. — Henri de Larodl^acquelein. — Combats des Aubiers, de Yozin, do Beaupréau, etc. — Retraite des répnblicaios. ^ Incursion de Boulard et de Beysser dans la Basse-Vendée.

La Convention avait toujours pensé que le recrutement ne s'opérerait pas en Vendée sans opposition; mais jamais elle n'avait supposé qu^on pût rencontrer dans ce pays une résistance sérieuse; elle comptait sur quelques rassemblements dignes, tout au plus, d'être dispersés par les gardes Dationales. Les succès si rapides , si éclatants et si inattendus des Vendéens lui inspirèrent la plus vive inquiétude. Comme toujours, elle sut se décider promptement. Son premier soin fut, par un décret du 19 mars, de mettre hors la loi, c'est-à-dire de condamner à être fusillés dans les vingt-quatre heures, « tous les individus qui auraient pris ou qui prendraient un signe de rébellion. » Il y avait un article spécial pour les prêtres, les cidevant nobles et les émigrés. Ce décret ne pouvait produire aucun effet. On ne s'en tint pas là. Le 25 mars, le conseil exécutif et le comité de défense générale arrêtèrent un ensemble de mesures pour la

création de quatre corps d'armée; on mit deuxnaillions à la disposition du ministre de Tintérieur, afin de combattre, tout à la fois, les Vendéens par les armes et par la corruption. Ce dernier moyen ne tarda pas à être abandonné.

An début de T insurrection, les forces républicaines s'élevaient» pour tout TOuest, à environ trente mille hommes. Dans ce nombre figuraient les gardes nationales mobiles et beaucoup de volontaires étrangers au pays; troupes excellentes pour écraser un ennemi déjà vaincu « mais détestables lorsqu'il fallait combattre. Quant aux régiments de ligne, ils étaient, sous tous les rapports, dans le plus mauvais état « 11 n'est pas d*armée aussi mal oi^anisée et aussi mal pourvue que la mienne, écrivait le général Berruyer; point d'état-major» point un seul iusil dans les arsenaux. » Si les mesures prescrites par le comité de défense ne pouvaient combler toutes les lacunes, elles devaient au moins fournil* aux généraux de la Convention des hommes et des munitions; c'était Tessentiel. Il lut arrêté que les quatre corps destinés à rétablir Tordre dans l'Ouest comprendraient trente-quatre bataillons de volontaires, vingt-quatre bataillons pris dans Tamnée du Rhin, deux régiments d'infaiitone, plusieurs compagnies d'artillerie, le corps désigné par le nom de vainqueurs de la BastUle, le plus grand nombre possible de détachements de cavalerie, et enfm les contingents variables que pourraient fournir les départements voisins et les gardes nationaux en réquisition. De ces quatre armées, ia première devait

opérer sur la rive droite de la Loire; la deuxième, sur la rive gauche ; la troisième, se tenir en réserve à Tours; la quatrième, former une Borte de cordon entre la Normandie, qui donnait de vives inquiétudes, et la Bretagne, qui n'était pas encore apaisée. Berroyer eut le commandement en chef de Tarmée de la rive gauche , et se mit immédiatement en mesure de • justifier la distinction dont on T avait honoré en lui confiant le poste le plus difficile. Du reste, le plan tracé par le comité général de défense ne fut que très- incomplètement exécuté. Le danger était trop grand à la frontière pour qu*on pût envoyer inmiédiatement des forces aussi considérables dans les pro« vinces de l'Ouest.

Tandis que la Convention prescrivait, avec une rare promptitude, toutes \eê mesures que les circonstances exigeaient, les conseils généraux des divers départements insurgés, mettant à proût le répit que leur donnaient tes fêtes de Pâques, réunissaient tous leurs moyens de défense et, en attendant mieux, faisaient à rinsurrection une guerre d'arrêtés et de prociamar tiens. Leur frayeur était extrême et, du reste, parfaitement justifiée. Plus les insurgés se montraient entreprenants et nombreux, plus il devenait évident que la lutte serait longue et périlleuse, plus aussi le zèle des volontaires et des gardes nationaux se ralentissait* Le conseil général d'Ange se déclarait c affligé des propositions de plusieurs de ses frères d*armes, qui sollicitaient leur rciuur dans leurs foyers. » En même temps qu'on s'efforçait de ranimer Tardeurdes.

républicains, qu'on leur disait : « Soldats de la liberté et de régalitéf faites rentrer dans la poussière ces brigands, CCS lioiiuiies assez vils pour conspirer contre voâ droits, » on répandait à profusion, dans toutes les campagnes, une proclamation conciliante adressée aux « frères égarés. » Celte proclamation n'était d'ailleurs qu'un tissu de mensonges et qu'un piège. On y aiTir^mait, par exemple, que le tirage à la milice n'était pas obligatoire ; que les hommes demandés aux provinces de rOuest ne seraient point éloignés de leurs foyers, qu'ils auraient seulement à défendre leur territoire contre les attaques de l'étranger; on y disait, enfin, que si les frères égarés avaient des repré* . sentatîons k faire, ils ^uvaient les adresser à la Convention nationale , qui , sans doute , y aurait égard. Les Vendéens répondirent à ces promesses menteuses par un manifeste qui résume, avec une éloquente sniiplicité, tous leurs griefs et toute leur politique :

t Écartez de nous le fléau de la milice, et laisser aux campagnes des bras qui leur sont nécessaires. Vous nous parlez d*ennemis qui menacent nos foyers» C'est là que nous saurons les repousser sMIs viennent nous attaquer; c'est là que nous saurons défendre, contre eux et contre tous autres, nos femmes, nos enfants, nos bestiaux et nos récoltes , ou périr avec eux.

« Rendez à nos vœux les plus ardents, nos anciens

pasteurs, ceux qui furent, dans tous les temps, nos bienfaiteurs et nos amis, qui partagent nus peines et

nos maux, nous aident à les supporter par de pieuses instructions et par leur exemple. Rendez-nous, avec eux, le libre exercice d*une religion qui fut celle de nos pères, et pour laquelle nous saurons verser jusqu'à la d^ère goutte de notre sang.

t Telles sont nos principales demandes. Nous y joignons notre vœu poui' le rétablissement de la royauté, ne pouvant vivre sous un gouvernement républicain, qui ne présente à nos esprits que des idées de division, de troubles et de guerre.

« Vous nous parlez de chefs qui nous égarent. Nous ne reconnaissons de chefs que Tamour de notre sainte religion, de la justice et d'une sage liberté. »

Tout s'organisait pour une campagne qui, dans Fopinîon des républicains, devait être décisive. Le général BeiTuyer, arrivé à Angers le 29 mars, y prît inunédiatement le conunandement en chef. 11 divisa les forces dont il disposait en plusieurs colonnes, espérant pouvoir envelopper les Vendéens ou les acculer soit à la mer, soit à la Loire. £sprit Baudry et Boulard furent chargés d'opérer dans le Bas-Poitou ; * Gauvilliers, comniandaal de la garde nationale d'Angers, occupa, sur la rive droite, les postes dlngrandes, de Yarades et d'Ancenis; Duhoux, dont le neveu commandait un corps d'insurgés, pénétra dans le Bocage; Quétineau fut placé à Bressuire; Leîgonyer, à Vihiers; le général en chef, qui n'avait conservé que quatre mille honmies, établit son quartier général d'abord à Angers, ensuite à Saint-Lambert, Ces différentes colonnes conunandaient les points où les Yen-

déens cavaient remporté leurs principaux succès. Bcrruyer désirait une grande bataillet convaincu qu'elle lui permettrait d*en finir d'un seul coup avec ces paysans indisciplinés. Avant d'entrer en campagne, plusieurs généraux républicains conmiandèrent à leurs soldats « de respecter les personnes et les propriétés ; même celles qui se trouvaient sous le glaive de la loi. >

Les insurgés ne se laissèrent point surprendre ; chà^

que chef se hâta de rassembler les paysans de son district, et bientôt la Vendée eut trente mille hommes sous les armes. Bonchamps se rendit à Saint-Florent, pour défendre ce posto, d'une si grande importance, contre Gauvilliers; Cathelineau, d'Ëlbée, Stofilet, et les chefs qui combattaient sous leurs ordres , se réunirent, le 9 avril, à Cliolet, et . marchèrent , le li, sur Ghemillé , à la rencontre des généraux Berruyer et Duhoux. Ce fut la première bataille rangée de cette grande guerre. Dès qu'il aperçut Tennemi, Gathelineau se précipita sur lui au pas de charge, ne se préoccupant guère de l'artillerie et de la fusillade. Cet exemple lut suivi par les autres chefs et entraîna tous les paysans. Les gardes nationaux, frappés de terreur pa r cette brusque attaque, se débandèrent immédiatement; les troupes de ligne résistèrent, et la mêlée devint générale; elle durait depuis six heured, avec des chances diverses, lorsqu'une légion républicaine, où se trouvaient de vieux soldats, parut sur le terrain, et permit aux généraux Bemiyer et Duhoux , d'espérer que l'avantage leur resterait.

Par une intrépide manœuvre des Vendéens, cette colonne eat enveloppée, perd, ea ua instaot, ses principaux chefs^ et sa replie en désordre. D'£l* bée se jette aussitôt, avec tousses gars, sur cetlo ti'oupe déjà ébranlée, la culbute et décide la vie* toire. Berruyer battit eu retraite jusqu'à Saint-jLaiiK bert.

La jouinée du 11 avril coûta beaucoup de monde

^ux répubHoains; le général Duhoux fut blesaé; d'autres officiers supérieurs furent tués; des compagnieg e^itières restèrent sur le terrain. Les insurgés cosnçr tèrent beaucoup moins de morts, mais eur^t cependant à déplorer la perte de quelques-uns de leurs plus braves soldats. Ces vides étaient faciles à combler et excitèrent des regret» plutôt que des inquiétudes. Ce* pendant les chefs vendéens ne purent se dissimuler que cette victoire ai glorieuse leur coûtait bien cher;

pour Vobtenir« il9 avaient dû épuiser presque toutes leurs mupitionsi et étaient encore entourés d'en*aemisi .

fierruy^ n'avoua point complètement sa défaite ;

néanmoins, il écrivit au ministre de la guerre : « Au j^emier moment de l'attaque, j*ai eu la douleur de voir la plupart éè$ volontaires a'enfuûr iàchemenU U est bien- dur pour un vieux militaire de commander à des làchââ^ «le dois dire et répéter que je ne puis compter eur les volontaires qui sont kL % Ces vûkm« taires étaient un ramas d'hommes sans aveu, auxquels on donnait une solde de deux à trois francs par jour, et qui, êomma tes iMMi^iéeûriiif iA Jim^Isj n'avaient

été attirés en Vendée que par espoir du {ûllage. Enfln^ pour donner une idée exacte de Tennemi qu*ii est chargé de détruire, Berruyer s'écrie : « La guerre se fiait ici comme sur la frontière. » Elle s'y faisait même beaucoup mieux, car, grâce au aieU ces soldats, que les paysans vendéens repoussaient si vigoureusement, parvenaient encore, malgré quelques revers, à défendre le territoire français contre les armées de la coalition. " •

Berruyer reprit immédiatement i'oi£ensive. Les insurgés^ qui n'avaient plus ni poudre ni cartouches, battirent en retraite. Gauvilliers, le jour même de la bataille de Chemiilé, passa la Loire, malgré Bonchamps ; Letgonyer s*empara de Vezin que défendait SloÛlct; le 12 aviii, (juéUneau b"cUil:>lit solidement aux Aubiers; le général Chalbos, avec quinze cents hommes, occupa La Châtaigneraie. Poussées de toutes parts, les divisions vendéennes, commandées par Bonchamps, Catheliueau, d'Klbée, Stoiïlet,. de Bérard, dé LaBouère, se conc^trèrent, en queW ques heures, sur Beaupréau. Trente mille hommes mal organisés et manquant de munitions se trouvaient resserrés dans un e^ace de deux lieues, n'ayant qu'un désir, celui d'éviter le choc d'un ennemi qu'on m pouvait plus espérer de vaincre. La situation était des plus périlleuses; Tarmée catholique allait succonn bti sans combat, le lendemain même d'une victoire. D'Ëlbée, ne prepant consul que de son courage, vou* lait qu*on attendît Tennemi à Beaupréau, et que Ton essayât d^ sortii* du péril pai* un suj[>vciiie effort. Bon*

champs, moins prompt à tout risquer et jugeant mieux ia position, proposa de rétrograder sur Tif« fanges, frontière de TAnjou et du Haut-Poitou. Cette proposition fut adoptée et assura le salut de l'armée, en lui donnant un nouveau chef et de nouveaux soldats. Ce nouveau chef était Henri d^ Larochejac* quelciii, jeune homme de vingt ans.

Les paysans des campagnes comprises entre Tif-' fauges et GhàUlIon, étaient, comme tous, ceux du Poitou, fort disposés à la révolte. Déjà les troupes républicaines avaient eu plusieurs rassemblements à disperser. Néanmoins, il n*y avait encore dans ces cantons aucun chef, aucun point de réunion; quelques paysans se contentaient d'arborer le drapeau blanc; d*autres, plus impatients, allaient rejoindre Tarmée d'Anjou ; le plus grand nombre, retenus par les troupes qui occupaient le pays, attendaient avec une apparente indifférence le moment de se soulever. C*est à Henri de Larochejacquelein qu'il était réservé d'organiser la résistance dans cette partie de la Vendée. Depuis quelques mois, ce jeune homme vivait fort retiré au château de Ciisson, chez le marquis de Lescure, son parent et son ami» ne supposant pas qu^il y eût quelque chose à faire dans la contrée où il se trouvait. Il attendait, n'apprenant que d*une manière fort vague» car Glisson était l'objet d^une active surveillance, les combats qui se livraient en Anjou. Sur ces entrefaites, il reçut Tordre de tirer à la milice. Bien décidé à ne pas obéir» il ne songeait qu^à une résistance passive» lorsqu'un jeune

paysan lui iiiBpira une résolution plus énergique.

« Monsieur, lui dit-il, on prétend que vous irez dimanche tirer à la milice à Bodsmé. C'est~il bien possiblOy pendant que vob paysans se battent pour ne point tirer? Venez avec nous, tout le pays vous désire et vous obéira. » Henri part au milieu de la nuit, fait neuf lieues à travers champs pour échapper aux patrouilles des bleus, s'arrête un instant à Saiiit-Aubin de Baubigné, où se trouvait le château de l.a Durbeillère, propriété de sa famille, et se rend à Tarmée vendéenne, où on lui déclare que Ton vient de remporter une grande victoire, et que cependant tout est perdu, car le danger que Ton avait évité à Baupréau allait se représenter à Tillauges. Henri revient à Saint- Aubin ; les paysans le supplient de se mettre à leur tête, lui promettant, pour le lendemain, une armée de dix mille hommes; il accepte et, moins de vingtquatre heures après, un nombreux atti^oupement attend ses ordres. Mais quels soldats pour attaquer des troupes régulières ! Deux eents seulement avaient des fusils; les autres étaient armés de bâtons, de fourches, de faux, de broches même. Les munitions se composaient de soixante livres de poudres trouvées chez un maçon, et destinées à faire sauter les rochers. Du reste, la grande armée n*était point aussi riche. On résolut de marcher sur les Aubiers, que les bleus occupaient depuis la veille. Avant de partir, La* rochejacquelein dit à ses soldats :

« Mes amis, si mon père était ici, vous auriez confiance en lui« Pour moi» je ne suis qu'un enfant; mais^

par mon courage, je me montrerai digne de voua

curnmander. Si j'avance, suivez-moi; si je recule, tuez-moi ; si je meurs, veuge^moi. »

La bataille de Ghemillé avait eu lieu le il avril ; le 12, rarmée vendéenne s'était retirée sur Tiffauges; le 4â, Larochejacquelein battait, aux Âubiers, la di-* vision de Quétineau, forte de trois mille hommes. On est surpris d'une telle rapidité; c'est qu'en voyant ces grandes luttes, on est toujours tenté d'ouWier qu ell« s'accomplissaient sur un terrain de quelques lieues carrées. Les Vendéens, se glissant derrière des haies, attaquèrent les bleus de plusieurs côtés à la fois. Larochejacquelein, posté dans un jardin avec l'élite de ses volontaires , dirigeait sur Tennemi un feu fort meurtrier. Quétineau, se croyant enveloppé, ordonne un mouvement rétrograde, afin de se mettre en bataille et de voir quel est son ennemi. Larochejacquelein, proiiiaat habilement de cette circons*tance, crie à ses paysans : c Les voilà qui s'enfuient; chargeons^es. » La charge s'exécute, et les républicains sont mis en pleine déroute; on les poursuivit jusqu'à. Beaulieu, mais ils ne s'arrêtèrent qu'à Bressuire; il leur fallut lés murs d'une ville pour se reformer. Deux coulevrines, une pièce de quatre, plusieurs caissons, douze cents fusils et quelques barils de poudre, tels furent les précieux trophées de cette victoire. Le li avril, au matin, Henri de Larochejacquelein était de retour à Tiffauges et partageait avec la grande armé d'Anjou, les munitions et les armes, fruits de sa première victoire. Le lendemain, les

insurgés rentraient en campagne , et ptaUyoi ils

battaient les républicains. Le 16, Cathelineau et d*£lbée dirent complètement, entre Coron et Vezin , la colonne de Leîgonyer. Ce général laissa

plusieurs centaines de morts sur le champ de bataille, et perdit presque toute son artiUerie. Le 18, • Larochejacquelein assiégeait le manoîr de Bois-Groleau, ou cent soixante grenadiers de .Saumur et de Montreuil'^Bellay s^étaient réfugiés. Ces hommes, qui ii' avaient point de vivree^, résistèrent deux jours, et ne se rendirent qu*après avoir épuisé leurs dernières cartouches.

Cholet , Chemillé, Vihiers^ et plusieurs autres points importants, étaient repris; les bleus avaient rétro* gradé, d'un côté, jusqu'à Bressuire, de l'autre, jusqu'à Doué. Cependant, une forte colonne républicaine, commandée par Gauvilliers et Gharleri, deux généraux formés dans les clubs, et comptant dans ses rangs les Vainquêtirs de la Bastille, occupait encore le centre de l'Anjou. Cette colonne exerçait partout les plus affreiLX ravages; elle brûlait ce qu'elle ne pouvait emporter, et s'en prenait aax chaumières comme aux ch&teaux. La Baronuière, résidence de Bonchamps, fat pillée et iucdidiée. A cette nouvelle, les paysans prient leur général de les mener contre les bleus, quel que soit leur nombre. « Je vous remercie, répond Bonchamps, de celte preuve de votre attachement; mais je ne dois pas souffrir qu'une goutte de sang coule pour la défense de mes propriétés. > Bemiyer, qui était un brave capiUuie et un hoimête homme, s'éle-

— levait lui-méme avec énergie conke ces déprédatioDS. U jour de Texpiation arriva. Le 23 avril, Gathelineau, Boncharaps, d'Elbée, Larochcjacquelein , Bé- . rard» réunissent leurs divisions, et le â4« ils joignent, près de Beaupréau, la colonne de Gauvilliers. Les paysans se précipitent sur T ennemi avec leur intrépidité habituelle* Quelques compagnies républicaines se troublent et reculent; mais la masse résiste avec courage. Les vainqueurs de la Bastille, qui jusqu'alors n'avaient guère montré d'ardeur que pour le pillage, se battent «n désespérés; on les cerne, et ils sont presque entièrement détruits; les canonniers se font tuer sur leurs pièces; une compagnie de la garde nationale de Luynes, reste sur le champ de bataille après la déroute, refuse de se rendre et est massacrée, Larochejacquelein poursuivit Gauvilliers jusque sur les bords de la Loire, Cette victoire délivra l'Anjou, et répandît la terreur dans les villes voisines. Berruyer s'établit a^ Ponts-de^Cé ; seul poste qui, de ce côté, restât encore aux républicains.

Depuis sa prise d'armes du 13 avril, Larochejacquelein n'avait point quitté Tarmée d'Anjou. Gepen-dant il formait, avec ses Poitevins, une division à part, qui, bien que réunie le plus souvent à la grande armée, en resta indépendante jusqu'au moment du passage de la Loire. Nous n'avons encore fait connaître le jeune chef du Haut-Poitou, que par son âge et par ses actes ; avant d'aller plus loin, nous voulons donner quelques détails sur l'homme.

Né le âO août 1772 au château de La Durbellière,

en Poitou*, Henri de Larochejacquelein avait été élevé à récole militaire de Sorrèze, d'oii il n'était sorti que pour servir dans le régiment de Royal-Pologne-Ga- Valérie , sous les ordres de son père. Plus tard , il fit partie de la garde constitutionnelle de Louis XVL Après la journée du 10 août, où il essaya vainement, comme tant d'autres, de défendre les Tuileries contre rémeute, il parvint à quitter Paris, et se réfugia en Vendée. Toute sa famille avait émigré. Nous empruntons son portrait aux mémoires de M"" la marquise de Larochejacquelein, sa bellensœur et sa cousine, comme veuve de Lescure :

« Heiui avait alors vingt ans. C'était un jeune homme assez timide et qui avait peu vécu dans le monde. Ses manières et son langage laconique étaient remarquables par la simplicité et le naturel. Il avait une physionomie douce et noble. Ses yeux, malgré son air timide, paraissaient vifs et animés; depuis, son regard devint fier et ardent. 11 avait une taille élevée et svelte, des cheveux blonds, un visage un peu alongé, et une tournure plutôt anglaise que française. Il excellait dans tous les exercices du corps, surtout à mônter à cheval. »

Larochejacquelein était un des chefs les plus aimés des paysans, qui ne rappelaient jamais que M. Henri. Ce beau jeune homme, si réservé et si téméraire, qui marchait toujours à Favant-garde et qui n'osait parler dans le conseil, devait, en effet, plaire tout particulière-

4 Partie i|nI ett compriie dan» le dépanement des Deux-^mii

ment à cas Vendéens, si braves et si simples, qui se . battaient comme des héros et obéissaient c(»nme des enfants.

• La g; Il erre, bien que moins brillante, suivait à peu près les mêmes phases dans le Bas-Poitou que dans le reste de la Vendée. Les républicains, d*abord vain* qiieurs, avaient fini par être repoussés sur tous les points. Parti des Sables le 7 avril, en se faisant précéder d'une proclamation où il ordonnait à ses sol'dats « de respecter les personnes et les propriétés slls ne voulaient pas être livrés à la rigueur des lois^ » le général Boulard, dont la colonne comptait environ quatrr mille hommes, se présentait le 12 devant Ciiallans, après avoir dispersé tous les postes vendéens <|ui se trouvaient sur son passage, entre autres ceux de la Grossière et de La Motte-Achard. Le colonel EspritrBaudry, qui connnandait, sous les ordres de Boulard, une colonne particulière, n^avait pas été moins heureux, et le les deux corps républicains s'établissaient à Bauvoir et à Saint-<iervais, pour marcher de là sur Tlle de Noirmoutiers* Bien que battus dans sept rencontres successives, les insurgés de ces dis* tricts n'avaient nulle part essuyé une défaite véritable; leurs chefs principaux, Savin et Joly, n^étdent pas hommes d*ailleurs à se rebuter facilemenl. A mesure que Bouiard et Baudi y avançaient, les Vendéens re* prenaient possession des postes que ces généraux avaient forcés. Les bleus étaient entourés d'ennemis. Bouiard comprit les dangers de sa situation ; au lieu de continuer sa marche sur Noirmoutiers, il s'arrêta

d*abord à Saint^Vincent , où il faillit éprouver une dé* faite; puis il rétrograda sur Challans, et bientôt eufiii il rentra aqx Sables, Sa campagne , assez glorieuse

sous le rapport militaire, avait été complètement infructueuse; les inôuigés étaient restés maîti^es de tout le pays.

L'adjudant-général Beysser avait envahi le pays de Ketz et brûlait tout sur son passage. Il se présenta, le 30 avril, devant le Port^aint^Père, et emporta ce poste, qui fut d'ailleurs héroïquement défendu par Pajot. La colonne républicaine marcha sur Machecoul, où elle entra sans coup^férir; elle pénétra aussi successivement à Saint-Cyr, à Bourgneuf, à Saint- Philibert, et enihi & Noirmoutiers. Les bleus occupaient déjà presqne tous les cantons soumis plus spé« cialementà Tautorité de Glmretle, et nulle part encore ce chef n'avait opposé une résistance sérieuse. C'est qu'il devait, tout à la fois, lutter contre mille intrigues qui s'ourdissaient dans son camp, et reinouter le moral de ses troupes. Le avril, il s'était porté à la rencontre de Beysser, maiS' dès que l'ennemi, qu'on allait chercher, avait paru, les insurgés , û^appés de terreur, s'étaient dispersés , abandonnant, pour fuir plus vite, leurs armes et même leurs chaussures. Charette, ralliant le plus grand nombre possible de fuyards, avait fait retraite sur Légé. Le 30, les répu«blicains, coiiiinandés par Boisguyon, viennent l'y attaquer; il les met en pleine déroute, s'empare de leur artillerie et reprend immédiatement l'offensive. Le même jour, une sédition excitée par uiic iemme, éclate

dans son eamp ; il se jette seul au milieu des mutins,

frappe les plus audacieux et rend ainsi, en quelques heures, à ses soldats^ la confiance et Fesprit de su-* iKffdinatîon. De ce moment, on le voit déployer la plus rare activité; il fait des pointes de tous côtés, tantôt battant, tantôt battu, mais toujours sous les armes et toujours menaçant; vengeant le soir la défaîte essuyée le matin. Sa petite troupe avait enfin besoin de repos; il demande à Royrand, général de Tarmée du centre, un asile dans son camp de Montaigu, et essuie un refus motivé sur les reproches les plus blessants. 11 se venge par de nouveaux succès. Royrand ne tarde pas à comprendre ses tortà et s^empresse de les réparer. En résumé, au coninicncement de mai, les républicains n'occupaient plus, dans la Basse-Vendée, que deux ou trois postes dont ils n'osaient sacûr; plusieurs cas de désertion avaient ébranle le moral des troupes de ligne ; quant aux gardes nationaux et aux volontaires, ils n'avaient plus qu'un désir, celui de rentrer dans leurs foyers. Tous les généraux s'accordaient à. regarder la situation comme trè&'périlleuse. Leur correspondancie et les délibérations des corps administratifs sont , sous ce rapport , on ne peut plus explicites. Nous citerons seulement deux phrases du général Du Petitr-Bois qui commandait à Nantes, où il faisait regretter Canclaux; elles résument parfaitement Fétat des choses :

tTout va mal. Nos volontaires ne veulent pas se battre, et quand ils consentent à se mettre en ligne, c'est pour se lais^r vaincre d'une manière déshono^

rante. » 11 disait encore : « Les patriotes de ces provinces n^auront de Tenthousiasme que lorsqu'on les aura autorisés à brûler les ch&teaux et à confisquer les terres à leur profit. Il faut leur offrir ce stimulant qui leur permettra de se dévouer à la patrie. »

Revenons à la grande armée vendéenne, à qui il ne faut d'autre stimulant que Fespoir de rendre à Dieu ses pr6^ et ses autels»

Page 1