CHAPITRE V
Réunion deg Insurgés à GholteU — OceupaOon d« Bressulre* — Lescure et Marigny. ^ PHm de Tbouars. — L*évéque d'Agra. — l'rlse de La Châtaigneraie. ^ Les Vendéens sont battus à Fontenay. — Ils attaquent de nouveau cetie ville et s'en emparent. — Leur conduite. — Gomment elle est jugée par les révolutionnaires.
Quétineau , défait aux Aubiers , s'était réfugié à Bressuire. Il y fut assez tranquille durant quelques jours. Avant d'entreprendre de nouvelles expéditions, les généraux vendéens avaient voulu donner à leurs volontaires un moment de repos. Chaque paysan était rentré dans sa métairie , heureux de se retrouver au milieu des siens, de pouvoir s'occuper de ses bestiaux et de ses champs, mais bien décidé, d'ailleurs, à reprendre les armes au premier appel. Cet appel ne se fit pas attendre. Le 26 avril, les insurgés de TAnjou et du Haut-Poitou, reçurent Tordre de se réunir à Cholet Ils y accoururent au nombre d'environ trente mille. Plus de la moitié d'entre eux apportaient des fusils de munition, preuye de leur courage et de leui's succès.
D'après un plan de campagne, proposé par Cathelineau et d'Eibée, et discuté en Conseil de guerre, les Vendéens marchèrent d^abord sur la petite ville d' Ar-
gcnton-le-Château, et la prirent d'assaut le 2 mai. La garnison, sommée de se rendre, répondit par des coupa de fuails ai aubit de dures représailles, U est faux , cependant , qu'elle ait été passée tout entière au fil de répée, ainsi que plusieurs historiens , même assez impartiaux» Tontaffînoé. Quétineau, mstniit de l'approche de l'armée catholique, ne crut pas, bien qu'il eût quatre mille hommes !>uus ses urdi-es, pouvoir lui résister dana une ville dont les fortifications tombaient en ruines , il évacua Bressuire pour se réfugier dei'rière les muiti de Thouais, à Textréniité du département des Deux-Sèvres* Le lendemain, 3 mai, vingt* cinq mille Vendéens occupaient Bressuire. Ce succès donna à. l'insurrection trois nouveaux chefs fort m* portants : Marigny, Donnissau et Lescure t et avec Lescure tout un corps d'armée.
Le nouveau général vendéen n'avait |)as encore 27 ans; il était né le lâ octobre 1766* HqvH it seixe ans de l'École militaire, il fut, deux ans plus taid, nonmié capitaine dans le régiment lluyal-i^iémoiit. Tout semblait devoir faire de lui un de cea gentil»* hommes qui Iravaillèrent si activement h la ruine de la vieille société française, et qui m virent d abord dans la révolution , que le léger incontéuieiit d'aller
continuer à Cublentz des orgies commencées à Paris. La mère de Louis de Lescure était morte en couches; son père menait une vie dissolue, dont le compagnon habituel était le gouverneur même de son fils. Le jeune élève de l'École militaire ne se laissa pas cor* lomplt.pir ses «xemptes; nè Avec dea passions fort
vives, il s'efforçait de les dominer, demftndant secours contre elles à l'étude et surtout à la religion. Il communiait tous les quinze jours. Ce noble ei[ifant était devenu le mentor des deux hommes chargés de veiller sui' lui. « Son père et son gouverneur venaient, dit M*"* de Larochejacquelein, lui avouer leurs fautes, chercher auprès de lui des conseils et des consola* tions. »
LeBCure était grand, bien fait, d*une noble figure; mais une excessive réserve lui donnait Faîr emprunté et timide ; plein de sang froid, d'une humeur constamment douce., il tenait néanmoins beaucoup à ses idées, cessant volontiers de les soutenir, ne les abandonnant pas. Du reste, il évitait, autant que possible, en toute chose, toute occasion de se mettre en avant; il ' était connue honteux de son propre mérite. « Un jour, raconte sa veuve, il était chez la duchesse de Civrac, notre grand'mère, et, suivant son habitude, au lieu de se mêler à la conversation, il avait pris un livre* Ma grand'mère Un en fit le reproche, lui disant que, puisque le livre était si intéressant, il n'avait qu'à le lûre tout haut II obéit. Au bout d*une demi-heure, quelqu'un s' étant approché delui, s'écria : « Mais c'est de l' anglais 1 Comment ne le disiez-vous pas? » Il répondit, d'un air déconcerté^ : c Ma bonne maman ne sait pas l'anglais, il fallait bien que je le lusse en français. »
H* le marquis de Lescure mourut en 178&, laissant à son fils de beUes propriétés et huit cent mille francs de dettes» Les gens d'allaiicb conseillèrent à
ce dernier de répudier une succession aussi embarrassée« Lescure repoussa cette proposition, promit de payèr les dettes de son père^ et se mit à vivre d'économies avec la comtesse de Lescure sa grand' mère. Quelques années plus tard, ses affaires étaient assez bien rétablies pour qu'il pût se marier; il épousa, en 1791 , M"' de Doniiissan , sa cousine, fille unique du marquis de Donnissan, maréchal de camp et gentilhomme d'honneur de Monsiem* (depuis Louis XVIII). Il songeait à émigrer lorsqu'un ordre de Louis XVI le retint à Pans, qu'il ne quitta qu'après la journée du 10 août, pour se réfugier, avec son beau-père et toute sa famille, dans le château de Clisson , où il fut suivi de plusieurs gentilshonmies, qui jouèrent, plus tard, un rôle dans les affaires de la Vendée ; particulière* ment de ^IM. ilenn de Larochejacquelein et Bernard de Marigny, tous deux ses parents et ses amis intimes.
Les paysans des environs de Clisson, qui avaient déjà tenté un soulèvement en 1792, étaient ouverte^ ment hostiles à la révolution; cependant, dominés par de nombreux postes républicains et frappés encore du souvenir de leur première défaite, ils reculaient devant une nouvelle prise d'armes. Lescure, qui connaissait leur dévouement et aussi leurs craintes, n'osait donner le signal d'un mouvment qui pouvait attirer sur toute la contrée les plus grands malheurs. Il attendait, craignant chaque jour d'être arrêté le lendemain par les autorités de Bressuire. Cette crainte ne tarda pas à se réaliser. Vingt-quatre heures aprî s
— âi —
le départ de Larochejacquelein potir Tarmée d* Anjou, Clissoii fut cerné par la gendarmerie, et ou conduiât à firesauîre presque toutes les personnes qui B*y trouvaient. Lescure et sa famille eurent pour prison la maison d'un membre de la municipalité. Celte ciroonstanoe les sauva. La garnison de firessuire venait d'être renforcée par un corps de quatre cents Marseillais. Ces hommes, que le combat trouva toujoura les plus l&chest et le malheur toujours les plus féroces, décidèrent qu'avant de marcher contre les brigands, il fallait massacrer les prisonniers. Malgré 1rs ctibrla de QuétineaUf ils envahirent la maison de détention» y prirent onze paysans, arrêtés quelques jours auparavant dans leurs lits, et les hachèrent à coups de saHbre. Lescure et les siens furent oubliés, nonnseuloment ce joui^à, mais aussi au moment de Vévacua» tion de la ville par les répuMicams ; de telle sorte qu'ils se trouvèrent libres.
De retour à Glisson , Lescure , jugeant que le mo^ ment d'agii- était venu, envoie, dans quaiante parmsseSf Tordre da se soulever; il monte k cheval aveo Mangny, afin de parcounr les campagnes et de pressa le mouvement, car il veut prendre, dès le lendemain, possession de firessuire. Mais À peine esMl hors de son chAl^au qu'il voit arriver, bride abattue, une troupe de cavaliers, qui crient : Vive le roil G'é^ tait Laroohejaoqueiein et plusieurs de ses compagnons d'armes, parmi lesquels nous nommerons Forestier, un enfant de dix-sept ans, lils d'un cordonnier du villa|;e de Chaudron, élevé au «éminaire d*Ang«rs, et
qiû^ par sa bravoure, son sang iVoid et son habileté, avait mérité d-étre mis, avec AL de Dommaigné, k ia tête de la cavalerie vendéenne. Les paysans répondirent en foule à T appel de Lescure. Captif encore le â mai» le d« il avait sous ses ordres une division importante. Il se jui^iiit immédiatement à la grande armée, dont tous les chefs l'accueillirent avec distinctien, ainsi que MM. de Donnissan et de Maiigny. Tous trois furent admis dans le conseil. Marigny reçut le commandement de rartiiierie. C'était un hgmme de quarante-deux ans^ ancien ofiicier de marine, et clievalier de SaintrLouis. Grand, robuste, d'une belle iigme, spirituel, obligeant, doué d'une gaieté inaltérable, et d'une bravoure à toute épreuve, il ne lui manquait que d'être maître de lui-même. Au premier obàtacie, ia colère remportait et Lui faisait perdre toute mesure.
L'armée vendéenne, ainsi fortifiée, continua sa marche sur Tiiouars. Cette ville, au sommet d'une hauteur, revêtue d'un mur d^enceinte en assez bon état, entourée presque entièrement par le Thouet, petite rivière profondément encaissée, était regardée, avec raison, comme un des meilleurs postes milîtaîree
du Poitou et de F Anjou. Quétineau, s'y croyant en sûreté, , ue prit point toutes les précautions que les événements exigeaient II se contenta de passer m revue sa division, loi lu d'environ quatre mille hommes, et de chercher à rétablir quelque discipline dans le bataillon des Marseillais, Les Vendéens attaquèrent Thouars le ô nuû , à ai^ hcm^câ du aiatin* L mné^ s'était for*
niée en quatre divisions, Vme^ commandée par Les*
cure et Larochejacquelein , fut chargée d'enlever le village de Vrine, dont les hauteur dominent le Thouet; l'autre, sous les ordres de Bonchamps, entreprit de forcer le passage nommé le Gué-aux-lUches ; la troisième, qui avait poui* chefs Doimissan et Marigny, marcha contre le pori SaintrJean; et la quatrième, où se trouvaient Cathelineau, d'Elbée et StoOlet, eut ordre d'attaquer ie port du Bec-du-ChéUeau, Ces deux dernières colonnes formaient la réserve et ne devaient agir qu'après que le combat aurait été engagé par Lai'ochejacqueiein et Bonchamps. Les républicains se portèrent sur les quatre points pienacés.
Depuis six heures déjà la canonnade et la fusillade duraient au pont de Yrine, et aucun résultat n'était encore obtenu; la poudre commençait même à manquer aux Vendéens, Larochejacquelein court en chercher. Lescure, resté seul, remarque, tout à la fois, quelque , indécision parmi ses soldats et parmi les républicains; jugeant (|u'il faut brusquer les choses, il prend un fusil, dit aux paysans de le suivre, descend rapidement la hauteur et où il était posté , arrive sur le pont à travers les balles et la mitraille ; ses habits sont criblés, mais il n'a reçu aucune blessure; il se retourne, il est seul; tout le monde admire son courage, personne n'ose le suivre; il revient, fait un appel aux plus braves, et se précipite de nouveau sur ie pont, un seul homme est derrière lui* Il retourne vers sa troupe, lui parie avec entraînement, et recommence une ti'oisième fois son intrépide tentative. Laroche-
quelein, qui est de retour, et Foret, l'instigateur de récbauffourée de Saint-Florent» se jettent sur ses pas; leur exemple entraîne toute la division, et le pont est enlevé. C'était le premier combat de Lescure. Au même moment fionchamps, avec sa cavalerie, passe à la nage le Gué-mx-Riches , et détruit, presque entièrement, le corps républicain qui lui est opposé. Quétineau fait avancer sa réserve, elle est repoussée; vainement il essaie de fc maintenir entre Yrine et Thouars; ses troupes sont démoralisées, lui-même perd la tête", et toute Tannée répuMicaine se réfugie derrière le mur d'enceinte, dernier obstacle qui puisse être opposé à l'ennemi. Les quatre divisions vendéennes redoublent de vigueur. Donnissan et Marigny culbutent les bleus et brisent, à coups de canons, les portes du Pont^Neuf ; d'Ëlbée, Cathelineau et StoiHet combattent, avec avantage, sous la porte de Saumur; Larociiejacquelein, pressé de vaincre, ordonne et commence Tassaut; monté sur les épaules de Tixier, de la paroisse de Courlay, un des plus braves soldats de Tanuée, il atteint la cîme du mur, arrache les pierres avec ses mains, commence la brèche, et entre bientôt dans la ville. Lescure et ses Poitevins s'y trouvaient déjà. Non seulement la ville était prise, mais presque toute Tarmée républicaine rendait les armes aux vainqueurs et se constituait prisonnière.
Les habitants de Thouars étaient connus, entre tous, pour Fexaltation de leurs principes révolutionnaires; ils avaient pris une grande part aux massacres commis l'année précédente dans les environs de Bres^
suire ; ils s'attendaient donc à de terribles représailles. Hais les Vendéens ne songent pas à la vengeance* ils songent à remercier Dieu. A peine maîtres de la ville et avant môme de savoir si tous leurs ennemis sont bien désarmés, ils se précipitent silencieusement dans les églises, sonnent les cloches à toute volée et s'agenouillent aux pieds des autels. Les républicains durent constater que « les brigands n'avaient exercé aucune vengeance, commis aucun désordre dans cett« ville prise d'assaut, après un combat qui avait duré plus de six heures et coûté la vie à près de huit cents hommes. » Bans ses Mémoires, Napoléon raconte ce fait avec surprise; l'histoire militaire du monde, et surtout l'histoire des guerres civiles, n'en offire, en effet, que de bien rares exemples. Ici, cependant, il estfa^ cile de l'expliquer et de faire comprendre pourquoi il s'est souvent reproduit. Nous n'entreprendrons pas une dimrtation, nous citerons seulement deux ou trois anecdotes empruntées aux Mémoires de M™' de Larochejacquelein.
tDans la maison où fêtais logée (à Bressuire), et mêiue dans la chambre où j'étais descendue, il y avait beaucoup de soldats. Je les entendis s'affliger de ne pas avoir de tabac. Je leur demandai s'il n'y en avait pas dans la ville? « On en vend bien, mais nous navons pas d'argent,» répondirentrils. Alors j'en fis acheter que je leur donnai. Deux cavaliers prirent dispute dans la rue, sous nos fenêtres; un d'eux tira son sabre et toucha l'autre légèrement. Celui-ci allait riposter. Mon père, qui était tout auprès, lui retint le
bras, en hii disant : t Jésus-Christ a pardonné à ses bourreaux, et un soldat de l'armée catholique veut tuer son camarade I » Cet homme embrassa Tautre
Bur-le-champ. Au reste, je n'ai jamais entendu parler de duel dans notre armée... Sur le soir, je fus bien sarpriae. et édifiée de voir tous les soldats, qui logeaient dans la même maison que nous, se mettre à genoux, répétant le chapelet qu'un d'entre eux disait tout haut. J'appris qu'ils ne manquaient jamais à cette dévotion trois fois par jour. »
De pareils hommes, même dans Fenivrement de la victoire, préféreront toujours la liberté de la prière & la liberté du pillage. Quand des désordres arriveront, ils ne seront qu'accidentelâ et ne pourront éti e impur tés qn^au petit nombre;
Lesinsurgés trouvèrent dans Thouars quatre ou cinq mille fusils, douze pièces de canon et des munitions en abondance. Ils y firent aussi d'importantes recrues. Un certain nombre de soldats républicains s'enrôlèrent parmi leurs vainqueurs; plusieurs royalistes, tels que MM . de Beaurepaire , de Beauvolliers, Daniaud-Dupérat, de La Marsonnière, qui, jusqu'alors, s'étaient forcément tenus à l'écart, purent se joindre à la grande armée catholique; d^autres, enrégimentés de force dans les gardes nationales, s'empressèrent de passer sous leur véritable drapeau; parmi ces derniers, nous nommerons de Laville-Beaugé , qui sera bientôt un des meilleurs oiïiciers de la Vendée, et ie faux évêque d'Agra, Guyot de FoUeville.
Au moment de la révolution, Tabbé Guyot de Folle-
ville était curé de Dol, en Bretagne ; il consentit à pré*
ter le serment, puis se rétracta presque aussitôt et vint se réfugier à Poitiers. D'abord il prit le titre, encore assez modeste, de grand vicaire de Dol ; bientôt il ajouta qu'il avait été nommé évêque d'Agra, mparti-^ bus infidelium; enfm, il fmit par déclarer, sous le manteaUt qae le Pape avait désigné pour toute la France quatre vicaires apostoliques, et quMl était chargé des diocèses de F Ouest. Sa conduite justifiait assez mal toutes ces distinctions; il allait au bal et au dub. Tandis qu^il se faisait pass^ près de quelques religieuses comme l'envoyé de Pie VI, il montmit aux révolutionnaires un diplôme d'agrégé aux Jacobins. Incorporé par les autorités de Poitiers dans la garde nationale du district, il fut envoyé avec son bataillon au secours de Thouars. Dès que cette ville fut prise, il se présenta aux chefs vendéens et leur déclina tous . les titres religieux quMl s*était attribués^ On lui offirit de se joindre à l'armée, il y consentit.
Comme la présence d'un évéque dans les rangs de l'armée vendéenne devait exercer la plus grande influence et sur les insurgés et sur les paysans encore indécis, quelques écrivains ont aflirmé que les généraux avaient été les complices et non les dupes du prétendu évécfue d'Agra ; d'autres se sont contentés d'émettre un doute. C'est trop encore. Le doute, eu effet, n'est pas ici plus fondé et ne nous parait pas m<mis in-* jurieux que Taccusation. Guyot n^avait point été cru sur parole. Muni de témoignages écrits, recommandé par des prêtres et des religieuses, reconnu par M« Yil-
leneuve do Cazeau comme ayant exercé les fonctions
sacerdotales à Dol, il donnait, à l'appui de ses assertions« toutes les garanties qu*il était alors possible de désirer. Mais, à côté de ces preuves matérielles et secondaires, nous pouvons en invoquer de concluantes. 11 aurait fallu que tous les chefs vendéens et plusieurs des prêtres qui suivaient Tannée, se prêtassent à son imposture. Nous avons beau chciclier, nous n'en trouvons pas un seul sur lequel il soit permis de faire plsiner un pareil soupçon. Est-ce que jamais Cathelineau» le sairU de l'Anjou ; l.escure, le saint du Poitou ; d'Elbée, le généra/ lu Provtdeîice; auraient consenti, dût leur cause triompher sur l'heure, à taire même le moindre doute? N'oublions pas que ces hommes étaient des chrétiens qui combattaient pour leur foi , et non des politiques. Bonaparte, au Caire, pouvait croire qu*en singeant Tislamisme, il se rallierait les Arabes. C'est là un.de ses moyens vulgaires qu'emploient les hommes qui ne voient dans la religion qu^un instrument, et qui, par conséquent, en ignorent la véritable puissance. Mais en Vendée, tout le monde servait le catholicisme, personne ne Texploitait. Voilà justement pourquoi la présence de Févêque d*Âgra était une grande force. Guyot de FoUeville ne pouvait, du reste, que remplir bien imparfaitement le rôle qu'il s'était donné* Il avait une belle figure, un extérieur . assez digne ; mais nulle vigueur, nulle élévation dans l'esprit.
L'armée vendéenne resta deux jours à Thouars. Avant de se mettre en route pour Parthenay, on
rendit la liberté à près da trois mille prisonnierB
républicains, f»e bornant h leur couper les cheveux et à leur faire jurer de ne plus porter ïe& moGS contre les défenseurs de la religion et du roi. Trte peu tinrent leur serment. Parthenay fut occupé le 9. Après quelque hésitation, on se décida à marché sur Fontenay, capitale du Bas -«Poitou. Le général Chalbos, voulant arrêter les insurgés, se porta avec trois mille hommes sur La Châtaigneraie. Il y fut attaqué le 15 , à deux heures du matin. Après une heure de combat, il dut battre en retraite. Cette victoire fut suivie de quelques excès. Un certain nombre de volontaires dévastèrent les maisons qu'on leur signala comme appartenant aux chefs du parti répu^ blicain.
Après la prise de La Châtaigneraie, beaucoup d^insurgés voulurent rentrer dans leurs foyers; déjà Bon-champs s'était retiré en Anjou, avec ime forte division. L*année se trouva donc considérablement réduite. Néanmoins, on résolut de rester fidèle au plan primitif et d'atttaquer Fontenay. T/armée vendéenne, forte seulement de huit à dix mille hommes , parut sous cette ville le 16. Chalbos, qui avait reçu de nombreux renforts, était à la téte des républicains. Tandis que Taile gauche de l'armée catholique, commandée par Lescure et Larochejaquelein , s'empare des faubourgs et croît déjà tenir la victoire , l'aile droite et le centre sont culbutés; d'Elbée est blessé; Cathelineau fait de vains efforts pour ramener sa troupe au combat; bientôt la déroute est ccnn-
plète. La division de Larochejacquclein et de T.escure ne put que protéger la retraite. Quatre cents morts, deux cent quarante prisonniers, seize pièces de ca» nons, y compris la fameuse Marie^ Jeanne^ preî^que tous les cai&sons et les bagages, telles furent, pour les Vendéens, les pertes de cette journée. Les pay>sans rentrèrent dans leurs chaumières.
Cette victoire fut annoncée avec tant de fracas que la Convention dut croire que Tinsurrection était étouffée. Le généra] Sandoz écrivait : t L^armée catholî* que est aux abois et a plus de confiance dans ses jambes que dans les foudres de ce Dieu qu'elle outrage. Croyez que ce ne sera pas la dernière victoire que nous remporterons. » Neuf jours après, le 25 mai, Tarmée vendéenne attaquait de nouveau Fontenay. Cette seconde expédition avait été décidée et organisée par Cathelineau. S'il n'avait pu empêcher la déroute du 16, Cathelineau s'était, au moins, rendu compte des fautes qui Tavaient amenée et se croyait 6Ûr d'une revanche. Après avoir laissé aux paysans deux ou trois jours de repos, il s'enfonça dans le Bocage et le parcourut en tous sens. « Ce n'est rien, disait-il, aux insnrg(^s; notre malheur sera bientôt réparé; dans quinze jours nous occuperons Fontenay; je connais les causes de notre déroute, mon plan est formé pour une nouvelle attaque. N'oublions pas, d'ailleurs, que nous méritions d'être punis des désordres commis à La Ch&taigneraie. » £t partout où cet homme passait , partout la confiance renais^ sait. JLe 2â mai, trente mille insurgés étaient réunis
à ChàtîUon-Bur-Sèvres., L*évéque d^Agra officia pontîficalement, et toute Tannée fut pénétrée du plus
vif enthousiasme. Afin d'obtenir de Dieu le pardon des fautes commises à. La Châtaigneraie, les Vendéens partirent en chantant à haute voix et en chœur des prières d* expiation et des chants religieux. Quel spectacle que celui de trente mille hommes marchant ainsi au combat et ne redoutant rien, pas même une défaite, pas même la mort, car tous ils se sont préparés à paraître devant Dieu I
Les républicains comptent sur d'autres moyens pour obtenir une nouvelle victoire. Leurs mesures militaires sont bien prises ; ils ont reçu de nouveaux renforts, leurs caissons sont abondamment fournis et Ton voit dans leurs rangs jusqu^à sept conven* tionnels. Chalbos range son armée en bataille et attend avec impatience un ennemi qu'il se croit sûr de vaincre.
Les Vendéens, après s'être arrêtés quelques instants à La Châtaigneraie, s'avancent sur Fontenay, divisés en trois colonnes , et prennent position à Tendroit même où ils avaient été battus le il. Avant de commencer Tattaque, ils s'agenouillent pour recevoir une dernière bénédiction. Beaucoup de soldats manquent de cartouches et en réclament. « En voilà » , leur dit Marigny , montrant les républicains. « ÂUons, enfants, disent d'autres chefs, il faut encore prendre les canons avec des bâtons; il faut ravoir Marie-Jeanne ; c'est à qui courra le mieux. » Toute l'armée s'ébranle; mais bientôt les soldats de
Lescore, qui commande Taile droite, paraissent hé-
siter ; il s'a\ancc seul, espérant les entraîner, et élève son épée en criant : vive le roiî Une batterie républicaine de six pièces lui répond par un feu de mitraille.; ses habits seuls sont atteints. « Vous le voyeï, mes amis, dit-il aussitôt, les bleus ne savent pas tirer. i> Les paysans se précipitent sur ses pas; puis, apercevant une croix de mission, ils tombent tous à genoux, en présence de l'ennemi et sous le feu de ses canons. Laville de fieaugé veut les faire marcher : c Laissez-les prier, lui répond tranquillement Lescure, qui est le plus exposé , ils ne s'en battront que mieux. » £n effets ils se relèvent et culbutent Tennemi; les soldats de Bonchamps se jettent, armés (]<■ bâtons, sur l'artillerie r^'inililicaine et s'en emparent; iiarochejacqueleiu et JJoinmaigiié , à la tète de quelques centaines de paysans, montés sur des chevaux de labour, font plier la cavalerie républicaine et décident l'affaire par une charge exécutée avec autant d'à -propos que de vigueur contre l'aile gauche de l'ennemi, où se trouvent le général en chef Chalbos et plusieurs représentants du peuple. La victoire est bientôt certaine, et la masse de l'armée républicaine se précipite en désordre sur la route de Niort.
- Bonchamps , Lescure et Forêt, entrent les premiers dans Fontenay et s'enfoncent seuls au milieu de rues, encore pleines de soldats. « Bas les armes ! » crient- , ils , et des compagnies entières se jettent à genoux en demandant grâce. Â^vës sur la place , les trois
Yendéeos preimeni chacun une direction différentOt afin d'aesurer plus promptemeât la soumission de
toute la ville. Lescure court aux prisons et délivre tous les insurgés qui s'y trouvaient détenus. Bon«champs, moins heureux, faillît être tué. Un bleu, qui venait de se rendre, s' apercevant de risoloment du chef vendéen, tira sur lui presqu'à bout portant et le blessa dangereusement au bras et à la poi* trine. Mais éé^h les paysans arrivaient en foule ; ils cernèrent la rue, et, craignant de laisser échapper la coupable , massacrèrent tous les soldats qui s'y trouvaient» Aucun acte de violence ne fut commis sur les autres points.
On avait enlevé beaucoup de canons; cependant Marie^eanne manquait encore. Les républicains tenaient autant à conserver cette pièce que les Vendéens à la reprendre, et une récompense de 25,000 fr. avait été promise li ceux qui parviendraient à la sauver. Un détachement d'infanterie et des gendarmes à cheval l'emmenaient en toute hâte sur la route de Niort. Forêt et Loiseau, suivis de ving1>-cinq ou trente paysans, se jettent à leur poursuite , les atteignent à une lieue de Fontenay , les battent et reviennent traînant eux-mêmes Marie^eamne^ couverte de feuillages, de fleurs et de rubans. La victoire était complète. L*or« donnateur de l'armée républicaine écrivit au Ministre ■ de la guerre : « La déroute a été générale. On ignore . le nombre des prisonniers et des morts. Plusiaurs canons ont été abandonnés, même celui f[ue l'ennerai avait tant regretté (Marie- Jeanne). magitôMiJ» con-
sidérables de grains sont au pouvoir de l'ennemi, qui est occupe à les lau'e enlevei*. La caisse du payeurgénéral de la Vendée a été en partie pillée par no» troupes. Nous avons affiûre à un ennani qui brave
tous les dangers. »
Les insurgés ne se montrèrent pas moins cléments à Fontenay qu*à Thouars. Néanmoins, on les accusa
d avoir pillé indistinctement amis et ennemis, lis n'avaient pillé personne. Le mensonge était si flagrant, qu*on n*05a même point le soutenir. On se contenta de signaler la modéraiioa des chefs vendéens comme un acte d'incroyable hypocrisie, comme une preuve de profonde scélératesse. Voici les propres paroles du conventionnel J.equinio :
«A Fontenay -le -Peuple, beaucoup de patriotes m'ont assuré que, lors de la prise de cette ville, les chefs des rebelles recommandaient partout le bon ordre, et employaient le simulacre hypocrite de la sagesse et de la bonté pour se faire des partisans; et, sans doute, qu'aucun être pensant ne contestera reffîcacité d'une pareille méthode, qu elles que fussent alors la profonde scélératesse de sa combinaison et la perfidie de son but. »
Le rapport même , où on accusait les Vendéens de s'être livrés aux plus coupables excès, contenait les lignes suivantes : t Les rebelles ont renvoyé un grand nombre de prisonniers , après leur avoir fait couper les cheveux. On a respecté cent quinze blessés h Vho^^ pital. » Deux gardes nationaux, pris à Taifaire du Bois- Groleau, écrivaient de leur côté : « C'est avec un vrai
plaisir que nous publions les procédés honnêtes et hu-
iiuiiiis que nous avons reçus et que nous recevons chaque jour des généraux et cuiiuuandants de Tarmée des catholiques. Nos blessés et nos malades sont aussi bien traités qu'ils pourraient Fétre dans un hôpital militaire; nous sommes persuadés que vous traitez de même Jes prisonniers que vous avez. »