‹ Les guerres de la Vendée et de la Bretagne, 1790-1832Chapitre 7 sur 27 · CHAPITRE YL · texte numérisé non relu

CHAPITRE YL

Formation d'un consoH supérieur d'administration. — Description de la Vendée. — Manière de combattre des insurgés. — L'abbé Bernier, — Le bénédictin Pierre Jagauiu Le curé de Saint-Laurent-sur-Sèvie. — Les sceurs de la Sag^se. — Proclamation des généraux venddou*

Après la prise de Fontenay, les chefs vendéens» voulant donner plus de régularité à leurs opérations, formèrent, sous la présidence de l'évêque d'Agra, un conseil supérieur d'administration. Pour bien faire comprendre l'importance de ce conseil et ses attribu-tions, il est nécessaire d'entrer dans quelques détails sur la nature du pays insurgé, mpayi conquis^ et sur la tactique des paysans*

La Vendée de la guerre civile ou, selon le tenne consacré, la Vendée militaire, est située tout entière ^ sur la rive gauche de la Loire, Elle fait aujourd'hui partie de quatre départements : Loire- Inférieure , Maiue-et-Loire, Deux-Sèvres et Vendée. Ses limites sont : au nord, la Loire, de son embouchure aux Ponts-de-Cé; à Test, Doué, Thouai^^, Parlhenay, en poussant jusqu'à jNiort; au sud, Fontenay, Luçon, les Sables-d'Olonne ; à l'ouest, l'Océan, en remontant jusqu'à Paimbœuf. Les points centraux de ce vaste territoire, qui occupait un espace d'environ huit cents

lieues carrées, étaient Gholei, Montaigu, Châtillon

etMortagne; ou le divisait on trois parties. Le Bocage, le Marais et la Plaine. Cette dernière contrée, qui 8*étend autour du Bocage , de Saumur aux Sablesd'Olonne, a été occupée par les insurgés, sans faire jamais cause commune avec eux. Au contraire, les paysans de la Plaine se sont presque toujours associés aux habitants des villes pour faire la guerre aux Vendéens. Du reste, ils n'étaient redoutables que dans une déroute; quand la lutte offrait du danger, ils s'abstenaient Yoici, pour expliquer cette différence, quelques lignes écrites sous la Restauration, par un écrivain hostile aux insurgés :

« Les habîtants de la Plaine, plus dvillsés et moins !!iuperstitieux que les paysans du Bocage, forment une colonie étrangère dans laquelle il y a beaucoup de protestants, el qui D*a de commun avec la Vendée que des rapports de commerce et do voisinage. »

Le Marais, proprement dit (par extemûon on a donné ee fiom à presque toute la e(yte), s*étend de

Saînt-Hilaire-de-Rié ou même de Sainte-Croix-de-Vic jusqu'à nie de Bouin ; son point le plus avancé dans les terres est Ghallans. G^est un terrain plat et décoi>vert, pralicable seulement pour ceux qui rhabitent, car il est coupé, en tous sens, par une multitude de fossés ou canaux, souvent larges, de vingt à vingtcinq pieds, et toujours pleins d'eau. Ces canaux entourent des champs hoixlés d'arbres. On n'arrive aux métairies, cabaned trës^basses, dont la boue et les branchages Arment à pen près les seuls maté«

riaux, que par d*étroits sentiers, généralement dispo<- 8^ çn.doft.d'âiie et pratiqués entre deux canaux. Le maréchain ne sortait guère de son territoire, mais il en défendait Toccupation avec succès; armé d'un fusil et de sa ningie (longue ponche nécessaire pour franchir les canaux) , il faisait aux bleus une guerre constante de tiraïUeuis; 6 il se trouvait trop pressé, il se jetait dans sa mole (bateau plat et léger) « et disparaissait subiteinent, à force de rames; au bout de quelques miiiutest les soldats qui le poursuivaient apprenaient, par un coup de fusil, que le brigand était derrière eux, et les attaquait de nouveau. C'était un eoûeoû dont on n'avait pas à redouter de grandes entreprises, roais qu'il fallait, en revanche, renoncer à vaincre. Le Marais pouvait mettre sous les armes envii'on quinze cents hommes; il devint une division de Tarmée de Charelle.

Comme on le voit, la force de la Vendée était dans le Bocage, ou pays couvert, car le nom de Bocage ne s'appliquait originairement cpi'à une assez faible por* tion du territoire insurgé; on Ta généralisé, parce qu'il pouvait c(mv^ir aux diiïérentes parties du Poitou, de rAnjou ei du cmté Nantais, où rineurreetion vendéenne a puisé ses plus grandes ressources et remporté ses plus glorieux succès. Le Bocage est formé • de coUinee, pour la plupart peu élevées, et de vallcms étroits, qui se succèdent presque sans interruption; une multitude de ruisseau le parcourent en tous bens; queiques*-una, en se réunissant dans la plaine, forment de petites rivitees. On y trouve aussi un certain nom-

bre d^étangs. Gomme son nom Tindique, eette eon*

trée est très-boisée, non pas qu'elle contienne de vastes forêts» mais parce qu'eiie est couverte de bois taillis» qui suppléent à Fétendue par la quantité. Chaque

charnp, et on ne saurait les compter, est d'ailleurô entouré de haies vives et épaisses, dominées par des arbres ététés» dont on coupe les branchi^es tous les cinq ans. Les terrains incultes sont chargés de genêts et d ajoncs épineux. Les chemins S creusés presque tous entre deux baies et ayant quelquefois jusqu*à dix ou douze pieds au dessous du niveau des terres, of- Ixent juste la largeur nécessaire au passage d'une charrette; en beaucoup d'endroits» les branches des arbres s^atteignent d*un côté à Tautre, s'entrelacent et forment comme un berceau ; rien n'est plus chai*' mant pour le voyageur» rien n'était plus dangereux pour une armée étrangère au pays. Beaucoup de ces routes sauvages servent de lit à un ruisseau; toutes sont extrêmement raboteuses; le rocher y perce la terre à chaque pas, et en affectant les formes les plus gênantes; c'est une sorte d'escalier où, tout à la fois, l'on monte et l'on descend. Aussi les charrettes des paysans n*y faisaientrelles que trois lieues en toute une journée, et c'était assurément une journée laborieuse. La vue manque généralement d'étendue; les collines sont bornées» de tous côtés» par d'autres col-

*- Noos m parions Ici , on le comprend, que des aademies votes de com- ■ranlcatton, dont bcaticoiip existent encore. Nous reprfsentoiis le Eocage tel quMl était) BOUS diront ilUeurs os qui a éti fait diverses nepciies pour lemodifiei*.

— lot

lines; de qudqued points, cependant, on peai dominer une grande étendue de pays; mais alors on est

tenté de croire qu'on n'a sous les yeux qu'une immense forêt, qu'une sorte de labyrinthe ol)scur, profond et désert, car les humbles habitations des mé* tayers sont cachées par les arbres. Cet aspect inqpiiétait profondément tous les généraux républicains de quelque valeur qui, habitués à la guerre régulière, mettaient pniir la première fois le pied sur le sol vendéen. Ils comprenaient que, dans un pareil pays, il fallait renoncer aux combinaisons de la tactique ordinaire. Non seulement une armée de troupes de ligne ne pouvait s'y développer, mais souvent encore il lui était impossible d'utiliser sa cavalerie et même son artillerie.

Les paysans avaient ad(4)té, en quelque sorte ins« tînctivement, la manière de combattre qui convenait le mieux à leur terrain et aussi à leur indiscipline. Ils marchaient en colonnes irréguiières , sur trois ou quatre hommes de front; quelques officiers, bien montés , précédaient Tannée à d*assez grandes distances, afm de reconnaître la position. Dès qu'ils avaient découvert l'ennemi, ils se rabattaient sur la masse, et bientôt chaque chef parcourait sa colonne en criant : « En avant les gars, voilà les bleus. » A ce signal, on s'égaiUadt, c'est-à-dire que les insurgés, se glissant derrière les haies et k travers les broussailles, entamaient de tous cotés, à la fois, un feu de tirailleurs ; puis, profitant de la confusion que cette première attaque jetait parmi les républicains, ils s'élan-

çaieui sur eux &vec de grands cris. Comiae les Yen-^ • déeQS manquaient souvent d*artillerie « et que d*ail*

leurs cette arme leur paraissait toujours très-redoiitable» c'était généralement contre elle qu'ils dirigeaient leurs premiers efforts Ici encore leur tactique se recommandait par son extrême simplicité. Quelques volontaires vigoureux ^ agiles et armés de bâtons durcis au feu, s'élançaient sur la batterie ; dès que la lumière, brillant au dessus des canons, leur annon* çait qu'on y mettait le feu, ils se jetaient par terre, écoutaient siffler les boulets et la mitraille, se rele*valent avec rapidité, essuyaient une seconde décharge, tombaient sur les artilleurs à coups de bâtons et s'empressaient de tourner les Imtteries contre Tennemi. Cette manœuvre, bien que devenue ordinaire, frappa toujours les républicains de stupéfaction. Grâce à leur connaissance des lieux, les Vendéens échappaient facilement à une défaite complète. Lorsqu'ils se voyaient battus, ils se dispemient de tous côtés, en criant : Vive le roi quand mêmel et gagnaient rapidement des retraites sûres; il était presque impossible de les poursuivre à travers les haies, les fossés et les buissons. D'ailleurs, on n'aurait pu atteindre que des individus, car, dès que le signal de la retraite ou, selon leur expression, de la déroute, était donné, il n'y avait plus de corps d'armée. Au contraire, une colonne républicaine battue était souvent une colonne détruite : les fuyards s'égaraient dans les labyrinthes du Bocage et tombaient, par petits groupes, sous les coups des insurgés. Du reste, dans toutes les affaires,

\ûB bleus perdaient « comparaiivemeul* beatto^Mip Ù9 inonde; car, tandis qu'ils se bornaient à tirer* sans viser , à hauteur d'homme , les paysans ajustaient tous leurs coups, et Ton sait qu'ils étaient d habUes chasseurs. Peu de paysans manquaient de faire le signe de la croix avant de mettre Tennemi en joue. Il était fort dillicile d'en trouver parmi eux qui vou« lussent faire des patrouilles ou être postfs en sen* tinelles.

L'organisation de l'armée vendéenne se recoromall» dait par la môme simplicité que sa tactique. Chaque paroisse nommait son capitaine et marchait à )a ha*taille, ou plutôt au choc, sous ses ordres. Tous les hommes en état de port^ les armes devaient se htA» ire. Le chef de paroisse obéissait au chef de canton, qui relevait lui-même du général. Lorsque le conseil» ou le chef de divisbn, pour un but particulier, avail ordonné m raisemblonent , les ordres se transmet* talent rapidement par cette filière , et les paysans se r«)daient en toute h&te au lieu indiqué. En très-peu de temps, on pouvait ainsi réunir sur un même point des forces considérables. Les Vendéens étaient tou* jours prêts à se battre, mais à deux conditions : i* ils voulaient connaître le but de Texpédition projetée ; r union, surtout au début de f insurrection, était d'ail^ leurs si parfaite, que ces communications « faites à vingt ou trente mille hommes, restaient un secret pour r ennemi ; 2"" il fallait que les chefs fussent toujours au premier rang. Le paysan vendéen, si courageux, si calme, jusque dans son extrême témé-

rité, se déeourage BSeei facilement. Lorsque les officiers paraissaient inquiets et irrésolus, tout le monde s^ébranlait; et s*il fallait combattre» la bataille était perdue. Uarmée restait rarement réunie plus de quatre ou cinq jours. Elle se dispersait après une victoire, , comme après une défaite; de là, l'impossibilité d'en* treprendre dé grandes expéditions. On avaiit des drapeaux, mais les soldats n'y attachaient pas beaucoup d'importance ; le plus souvent, on les jetait sur les charrettes.

Au début de la guerre , personne , parmi les Vendéens, n'avait d'uniforme , et aucun signe ne fai-> sait reconnaître les chefs. Seulement, Larochejacquelein ayant paru, à l'un des combats de Fontenay, avec des mouchoirs rouges de Choiet sur la tête, au cou et à la ceinture, les républicains s*acharnèrent à tirer sur lui. Ses amis le pressèrent de quitter ce costume; mais comme il s'y refusa, presque tous les ofilciers Fadoptèrent, afin qu'aucun d'eux ne fût plus exposé que les autres. C'était une mode et non un uniforme. Les soldats portaient leurs vêtements ordinaires; c*est-À-<iire la veste courte et d'un bleu tirant sur le gris, le bonnet de laine ou le chapeau plat à larges bords rabattus Ce qui distinguait tout à fait l'insurgé vendéen, le volontaire de l'armée catholique, c'était le chapelet pendu à la boutonnière ou au cou, et le scapulaire placé sur le cœur. Plusieurs (Aciers et soldats portaient, en outre, comme co-

* Bducoiip ont encore ce cottume.

cardes, des nœaâs de rubans blancs ou des feuilles de chêne ; mais ce ne fut jamaiB un usage général.

L^armée vendéenne n'avait ni réserve, ni chamots, ni bagages. Chaque volôntaire apportait lui-même ses vivres. Voici en quels termes les réquisitions étaient conçues : « Au saint nom de Dieu, de par le roi, telle paroisse est invitée à envoyer le plus d*hommes possible , en iel lieu, tel jour, à telle heure : on apportera des vivres. » Cela suffisait Le paysan abandonnait ses travaux, prenait son fusil, ses munitions, quelques livres de pain, embrassait sa famille et se présentait à rheure indiquée. Les généraux, aidés du petit nombre d^honunes qui restaient toujours près d- eux, s'efforçaient, de leur côté, de réunir quelques proviaicKis; partout, d'ailleurs, où les insurgés passaient, on mettait avec empressement du pain à leur disposilion. Aussi, tant que la guerre se maintint sur la rive gauche de la Loire, les vivres ne manquèrent jamais. D'ailleurs, les Vendéens n'étaient point exigeants. Le conventionnel Philippeaux appréciait ainsi leur conduite : « C'est une chose bien bizarre que les soldats royalistes se battent pour le despotisme en véritables sans-culottes , sans gratification et sans soide, avec un morceau de mauvais pain dans leur poche pour toute nourritore, tandis que pour la cause sublime de la liberté, nous faisons une guerre d'esclaves et de sybai'ites. »

On a dit la. Convention , on a dit dans les journaux du temps, et quelques écrivains ont répété que beaucoup de femmes et de prêtres figuraient dans

ramée vendéenne pttniii les combattantB, C'est eom*

plétement faux. Il était sévèrement défendu aux fem^ mes de suivre Tannée; oa n'y tolérait même point de viviindièree. Leur rôle se bornait à prier et à pré» parer des vivres. Cependant, quelques-unes, dix au plus« selon la veuve do LescurCy se sont battues cachées sous des habits d'hommes. Cette dérogation h la loi était ignorée ou autorisée par quelque circonstance particulière. Une jeune ûlle, connue sous le nom masculin de VAngemn, enrégimentée dans la cavalerie de Bonchamps , y fit des prodl^ de va*leur; elle avait à venger la mort de son père. Une autre , Jeanne Robin » servait dans la division de Lescure; elle vint un jour le trouver et lui dit : « Mon général, je suis une iille; M"** de Lescure le sait, et elle sait aussi qu*il n*y a rien à dire sur mon compte. G^est la bataille demain, faites-moi donner une paire de souliers, et vous verrez comme je me bats. » Le lendemain» JLescure la retrouva au premier rang. Elle lui criait : t Mon général, vous ne me passerez pas, je serai toujours plus près des bleus que vous. » Elle fut tuée. Les femmes ne suivirent l'armée qu'après le passage de la Loire ; mais alors il était impossible de faire autrement. Du reste, sous ce rapport comme sous beaucoup d'autres, on était moins sévère dans Farmée de Charette €|Ue dans la grande armée d*Ânjou et du Haut Pdtou

* Turreau dit dans ses mémoires î «* Leurs û mnies, 1 m s maîtresses, m signalaient par un courage au dessus de leur sexe et surioui par une féro- «lié qui en ftinlt 11 boute. On «Itde noavdtetCtattfe^de nourelleB to-

Les prdtM élKleiit ecifi«tmttmt iur le champ de bataille , mais ne se battaient point. Si quelques-uns . portaient des pistolets , c*était uniquement pour leur défense personnelle et en cas d'absolue nécessité. On 9l sans doute retrouvé les corps de plusieurs d'entre eux parmi les morts; mais c*est qu'ils avaient été tués en confessant les mourants ou en pansant les blessés. Leur influence, du reste, était à ce prix; les paysans auraient cessé de les respecter s'ils leur avaient va faire le coup de fusil. Les généraux du*" rent envoyer en prison M. du Soulier, qui avait caché sa qualité de sous-diacre , afin de pouvoir se battre.

Nous devons mentionner ici, sans prendre d'ailleurs la peine de le? réfuter, les bruits absurdes que l'on a cherché à répandre sur les superslilions des Vendéens. On a prétendu, on a imprimé» même de notre temps, que, pour soutenir leur courage, on avait recours à toutes sortes de jongleries décorées du nom de miracles, qu*on avait fmi par persuader à beaucoup d'entre eux que les balles des républicains ne les tuaient que pour quelques jours , quelques semaines au plus. Ces inventions misérables, qui annoncent une ignorance absolue du caractère des hommes et des faits, ont eu un résultat que nous regrettons vivement. Elles ont empêché les oiliciers et les prêtres de la Vendée de s'étendre sur le carac^ tère éminemment religieux de cette guerre, sur la

thdriUe «ffnmier ion If^s dangers , portar rtfliroi et lu mon Jusque^ dm

K-ç rang<; d'^ l'arnu^o rt^publicaine » CN st pour s'excuser d'avoir Uit iQlr des femmes, il dte une sceur de Lescure , qui n'eu avait poioU

foi ardente de presque tous les combattants; la peur de se voir reprocher des miracles leur a fait taire ce

qui pouvait paraître extraordinaire. C'est le tort du temps où ils ont vécu. Aujourd'hui, on ne craindrait pas de TBjppoïieT certains détails qui tendraient à prouver que tout un peuple, hommes, femmes et enfants, n'est point mort poui' sa foi sans que Dieu ait ouvertement manifesté, au moins à quelquesHms des plus dévoués et des plus purs, sa bonté et sa puissance.

Nous avons fait connaître l'organisation de l'ar* mée et les avantages qu*offrait le pays; il nous

reste à parler du conseil supérieur. Ce conseil était chargé de l'administration intérieure de la Vendée ; il devait augmenter les ressources de l'armée en les régularisant. On s'occupa immédiatement de former quelques magasins afin de pouvoir, au moins, donner des vêtements aux soldats les plua pauvres; on prît des mesures pour compléter Torganisation militaire de toutes les paroisses ; on chercha les moyens de prévenir et, le cas échéant, de punir les délits; en un mot, on s'occupa d'administrer le pays msurgé et surtout de radiuijiistrer de manière à ce que toutes ses forces fussent employées au profit de Tinsmrection.

Le conseil supérieur d'administration était composé, en majeure partie , de jurisconsultes ; on y comptait aussi quelques gentilshommes, pour la plupart, hors d'état de suivre Tarmée, et quatre prêtres : Tévêque d'Agra, qui le présidait; l'abbé Dernier, ancien curé

de 5aiiit-Laiidd*Angm; le R* P« Jagaiilt» bénédictin,

qui en devint le secrétaire général ; et Tabbé Brin , curé de Saint-Laurent-sur-Sèvre. Le véritable chef de ce confleil fut bientôt Tabbé Âlexandre-Jean-Baptiste Bernier, né à Daon, en Anjou. Bemier n'avait pas vîngt-neuf ans au moment où la Vendée prit les armes. Déjà une certaine notoriété s*attachait à son nom. Fils d'un simple paysan, il était parvenu, bien jeune encore, et par la seule force de son mérite, à Tune des premières cures d'Angers. £n 1790; il refusa de prêter serment à la Constitution civile du clergé, et fut dès lors signalé par les patriotes angevins conmie mi homme qu'il fallait redouter. Us avaient raison; Bernier a plus fait peut-être pour la Vendée que ses plus habiles généraux. Rarement, on sut mieux allier le calme à Tenthousiasme, la prudence à la résolution. Non seulement il dominait dans le conseil supérîeuTf par la promptitude et la sagesse de ses décisions, mais encore il donnait quelquefois d'excellents avis aux gé* néraux. Sa principale force, du reste, n'était point là. Elle était dans l'extrême influence qu il exerçait sur les paysans. Doué d'une grande richesse d'élocution, il faisait sans cesse entendre la parole de Dieu. « Je l'ai souvent vu, dit M'°* de Larochejacquelein, parler deux heures de suite, avec une force et un éclat qui entraînaient et qui séduisai^t tout le monde. Il y avait toujours de l'à-propos dans ce qu'il disait ; ses textes étaient bien choisis et ramenés heureusement. Jamais il n'hésitait, et bien que son éloquence n'eût rien de fougueux, il paraissait inspiré; le son de sa

voix était doux et pénétrant ; ses gestes avaient de la simplicité. » Les travaux de Bernier ne se bornaient point ià; aussi prompt à écrire qu*à parler, il rédigeait presque toutes les pièces Importantes répandiies au nom de i'iii.surreclion. Puis, comme son zèle était inépuisable, ou le voyait partout où il y avait des douleurs à consoler, des courages à relever. Plus tard, nous pourrons découvrir des ombres dans ce portrait ; mais oous ne voulons voir ici que le Bemier dee pre» miers temps de la Vendée.

Le bénédictin Pierre Jagault était aussi un homme

fort distingué. Il avait fait son noviciat et prononcé ses vosox dans Tabbaye de Marmoutiers, et exerçait,

en 1790, les imporLaoles fouctions de professeur de théologie au monastère de Saint-Nicolas d'Angers. Après avoir refusé le serment à la Constitution civile •du clergé, il se retira dans sa famille, attendant le moment de servir la cause de Dieu. Moins prompt à se produire que Bemier, et aussi un peu moins actif, il se faisait remarquer, comme lui, par la sagesse de ses conseils et par sa facilité à parler et à écrire. Du mte, malgré les succès qu*il obtenait en chaire, il prêchait rarement. Il se tenait volontiers à Técart lorsqu'ii ne se sentait pas nécessaire, et cela par une disposition toute naturelle de son esprit. Si on lui avait offert la première place, il Teût probablement accepté; mais, en revanche, il serait resté toute sa vie au dernier rang sans songer à réclamer. Jamais on ne put surprendre chez lui une pensée d'ambition, de ja- • iûuke ou dô vanité.

Le curé de SwntrLaurent-sur-Sèvre, Tabbé Brin , était un homme d'une grande vertu et d'une rare fenneié de oaractère ; sa cbArité . ne connaissait point . de bornes ; bien des prisonniers républicains lui du^ rent la vie. C'est dma sa paroisse que se trouvait le grand hôpital de la Vendée» œuvre« du reste, qui ne lui était pas personnelle, mais quMl aida de toutes ses forcer. Les sœurs hospitalières de la âagesse avaient leur maison-mère à Saint-Laurent ; chassées de tous leurs établissements et ne voulant pas de la liberté qu^on leur offrait, elles se réunirent sur ce point au nombre de plus de cent, et y soignèrent indistinctement les blessés des deux partis. Les missionnaires du Saint-Esprit, établis dans le même bourg, voulurent y remplir les mêmes fonctions. Quelques chirurgiens suivaient Tarmée.

Un des premiers actes du conseil supérieur fut de rédiger une proclamation « adressée aux Français de la part de tous les chefs des armées catholiques et royales. « Après avoir constaté que la Vendée est victorieuse, que « le signe sacré de la croix de Jésus- Christ et rétendard royal remportent de toutes parts • sur les drapeaux sanglants de Tanarchie, » la proclamation déclare que la Vendée veut « conserver à jamais la sainte Religion catholique, apostolique et roiiidiiic, et avoir un roi qui serve de père au dedans et de protecteur au dehors. » Vient ensuite un parallèle entre la conduite des républicains, « qui se disent patriotes, » et celle des Vendéens, « qu'on appelle des brigands sanguinaires. » C'est, un résumé énergique

de tous les crimes commis , depuis le commencement

de la guerre, par les troupes de la Convention. Un appel à la concorde termine ce manifeste : que les Français chassent des mandataires infidèles, quMls

confondent tous leurs ressentiments dans l'amour du bien public, qu'ils rendent à Dieu ses autels, au roi son trône, « et la France est sauvée. *

Voici la date de" cette pi oclaiiiatioii et ie6 auniô des signataires :

« Fait au quartier général, k Fontenay-le<Iomte , oeS7mai, Tan I** du règne de louis XYII.

« Signé : De Beanaad de Marigny, Desses-

SABTS, DE LaROGHBJACQIJBLSIN, LbSCUBE, StOFFLST, DuHOUX D^HAUTSBrVJS , DOH-

NISSAN , CaXU£LI2S£AU. »

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