‹ Les guerres de la Vendée et de la Bretagne, 1790-1832Chapitre 9 sur 27 · CHAPITRE YIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIll

Agitation produite par la prise de Saumur. — Succès de Cbarette en Bas- Poitou. — Attaque de Nantes. Mort do GatheliDeau. — Westermami pénètre en Vcnd(^p. — Combats de Parthenay et du MouUiHiux'CbèirTes.

— Bataille de Châtillon. — Westermann et Biion sont matu!(^s h la barre de la Convention. — T e fédéralisme dans l'Ou ?t, — Attaque des républicains par les P<)nls-ile-€é. — Ailairc di^ Martignr. — Bataille de Viliicrs. — D'Elbée est nommé généralissime. — Jravaux du conseil supdff «ir d*«diididstniUoo.

La prise de Saumur causa une grande agitation dans Paris et de grandes terreurs dans toutes les

villes qui se trouvaient menacées par les insurgés. !Nantes fit appel au patriotisme des départements voisins et envoya à la barre de la Convention des députés, qui proposèrent de sonner le tocsin dans toute la France et d'ordonner une levée générale; les administrateurs d'Eure-et-Loir, encore plus émus, ne se contentèrent pas d'appuyer ces deux motions ; ils les complétèrent en demandant qu'une statue de la liberté fût portée devant Farmée par un certain nombre de législateurs. De vives discussions t urent lieu; ce fut alors que Barrère appela la Vendée un chancre palUique, et s'écria que la république n'avait pas de plaie aussi dangereuse. CepciidiuU la Convention ne put envoyer immédiatement aucun nouveau

secours. Force fiit aux Nantais de s'en tenir à leur garde nationale et aia troupes qui se trouvaient déjà parmi eux.

Pour Tattaque de Nantes, on avait compté sur

Charette. Ce chef, qui désirait vivement la conquête d*une viile où s'organisaient toutes les colonnes envoyées contre lui , s'empressa de combiner ses mouvements avec ceux de la grande armée. C'était la première fois que la Haute et la Basse- Vendée concouraient à une même expédition* Tandis que Cathelineau, Lescure, Bonchamps, Larochejacquelein prenaient Fontenay et Saumur, Charette n'était point resté inactif. Il avait établi , non pas c^ciellement, mais en fait, son autorité sur tout le Bas- Poitou ; le succès était venu ratifier et consoUder ses prétentions. Après avoir battu divers petits détachements républicains , il voulut ( H juin ) reprendre Machecoul. Cette ville était défendue par un corps de douze cents hommes , détaché de Tannée des côtes de Brest. Le combat fut acharné et dura plusieurs heures. Chassés successivement de diverses positions, les bleus se retranchèrent dans les rues ; enfin , ils durent battre en retraite. Les insurgés, furieux d'une telle résistance, massacrèrent les malades et les blessés. Ils perdirent, dans ce combat, le sellier Yrigneaux , un de leurs chefs les plus aimés et aussi les plus hostiles à Charette. La prise de Machecoul in-* quiéta vivement la ville de Nimtes. c II n'y a pas un instant à perdre pour nous envoyer des secours de toutes espèces, » écrivait le générai du Petit-Bois.

Lé 20 Juin , BeysMir M tnréâente à Laltoué. Quelques

Vendéens ehgagont contre lui un fett de tirailleurs; il les charge impétueusement, et bientôt les voit fuiri BèysdéT n*a plnê qu'une erainte i c*é«t que la victoire ne lui poit pttft disputée; il Be jette à la suite des fuyards; enlève » au pas de course^ plusieurs postes retratiehéd t et i*aptfçoit, eùûû^ qu*il est tombé dims

un picgc. Les insurgés sont en force et n'ont reculé devant lui qu'atin de pouvoir T envelopper, (^harette commande U feu; les trois chefs de la légion tiautaise tombènt sous cette première fusillade ; Bey^er essaie de m iairc jour avec sa cavalerie» et n'y par* vient qu'après avoir essuyé de grandes pertes. Les Vetidéens poursuivh*ent Fennemi jusqu'aux portes de Nantes» Canclaux termi^mit ainsi son rapj)ort sur cette aâaii'e i « «l'ai protégé la retraite et contenu, à uile lieue de la Ville, les rebelles, qui y eiont restés toute la journéci en présence do nos postes avancéa. »

Quatre jours a(N*èi le combat de Lalloué , les au^ torîtés nantaises furent offidellement informées « par une sonmmtion des généraux vende* u», réunis à Angers, des pr(^ets de lit grande armée catiiolique et royale. Cette sommation portait que le drapeau blanc serait arboré sur les murs de la ville ; que la garni-* son nicttrail bas kë armes; qu'on livrerait les fonds publics aux défenseurs de la cause royale i et que les cofiventîiMinelB, en mission à Nantes, resteraient en ôtageB» En cas de refus ^ Nantes serait livrée à Une exécution militaire, et la garnison passée au lîl de répée. « Vjoid ma réponse» 8*écria le maire, Baco, en

g'adresBant aux parlementaires : Nous périrons tous, ou la liberté triomphera. » On ne fit point connaître aux habitants la sommation des Vendéens, et Ton prit activement d'énergiques mesures de défense. Boysser reçut le commandement de la ville , mise en état de siège. Il fit afficher sur tous lés murs la proclamation suivante :

« Si» par l'effet de la trahison ou de la fatalité, Nantes tombait au pouvoir des ennemis, je jure qu'elle deviendrait leur tombeau et le nôtre, et que nous donnerions à T univers un grand et terrible exemple de ce que peut inspirer h un peuple Famour de la liberté , la haine de la tyrannie. »

Les forces répubiicames, réunies à Nantes, s*éle* valent à environ douze mille hommes, dont la moitié seulement en troupes de ligne. L'armée vendéenne se trouva, de son côté, plus faible qu'on ne Favait prévu. Après la prise de Saumur, plusieurs corps de paysans étaient rentrés dans le Bocage , d*autres en^ core se retirèrent pendant l'occupation d'Angers; enfin, Tabsence de Leacure et de Larochejacquelein» paralysait les divisions de ces deux chefs. Charette, seul, avait réuni tout son monde. Les mouvements de la grande armée furent en outre entravés par un com* bat qu^elle dut livrer devant Niort. Six cents hommes du bataillon de la Loire-Inférieure , campés dans ce bourg et commandés par le ferblantier Meuris, arrêtèrent, pendant dix hefures, toute une division de Tar^ mée vendéenne. Tournés par d'Auticlmmp, et réduits à un très*- petit nombre» les bleus abandonnèrent

leur poste, mais en bon ordre et avec leur drapeau.

L'attaque eât décidée pour le 29 juin, à deux heures du matin. Cathelineau et d'Elbée marchent sur la partie nord de la ville; la division de Bonchaiiips se porte à Test; Gharette et Lyrot de La Patouiiiùre occupent de Tautre côté de la Loire les landes de Ragon et la Croîx-Moriceau. Le courage est égal de part et d'autre, mais rentliousiasme est plus grand chez les républicains* Des cris de réprobation ont couvert les paroles de trois de leurs diefs qui ont parlé de se rendre. Le maire, Baco, Beysser et le général Ganelaux ont fait passer leur résolution dans tous les cœws. La défense est partout Hm organisée , et Ton se montre, d'ailleurs, dispose à user des moyens les plus extrêmes. Tout le monde comprend que la proclamation de Beysser ne sera pas une vaine menace» et les aniis que les Vendéens comptent dans la ville , loin de songer à tenter une diversion en leur faveur, s^enrégmientent parmi les bleus, alin de mieux se cacher; — plusieurs furent tués. Cependant la première attaque- des insurgés a réussi sur presque tous les points. L^avant-garde de la division de Bonchamps, où combattent Fleuriot aîné et d'Aulichamp , a culbuté les avant-postes du faubourg Saint-Clément , et s^est portée sur la porte des Renards; Fleuriot est frappé fruii l)aulet; d'Auticliamp le remplace dans le commandement ; il a deux chevaux tués sous lui ; le chevalier de Mesnard est atteint à ses côtés, et il voit v^ucœmber, en un instant, trente-sept de ses artilleurs; iiiuiâ la battciic républicaine est eu partie démontée.

et presqoe tous ceux qui la servaient ont péri. Bonchamps et Cathelineau, qiii en est, comme d'Àutiohamp, à son troisième cheval, font aussi des progrès ; la frayeur commence à gagner les Nantais, ^ déjà des masses de fuyards se précipitent sur une route laissée libre à dessein , car le généraiissisme de la Yendée n^a point voulu forc^ les républicains à vaincre ou à mourir. Talmont , méconnaissant la saliesse <le cette disposition» se porte devant les bleus, les repousse dans la ville et les met ainsi dans la nécessité de se joindre à ceux qui n'ont point cessé de combattre. Rien n^est donc encore décidé. Convaincu qu'un dernier effort pourra lui donner la victoire, Cathelineau charge à la tête de Félite de sa troupe, et pénètre jusqu'à la place de Yiarmes. Les Vendée croient la ville prise ; mais une balle vient frapper leur général ; ils le relèvent et remportent en fuyant. La bataille est perdue. Après avoir vainement essayé de ramener leurs soldats au feu, les autres chefs corn* prennent qu'il ne lem' reste plus qu'à protéger la retraite. D'Âutichamp, qui est resté à Tarrière garde, a un troisième cheval tué sous lui, et ne se sauve qu'en saisissant la queue de celui que monte Forestier. On s'était battu pendant dix-huit heures; de part et d'autre, on avait fait des prodiges de valeur et essuyé de grandes pertes. Les Yeiidcens se retirèrent en bon ordre et sans être inquiétés. Charette tenta même une nouvelle attaque, le 30 au matin; mais elle n'eut rien de sérieux. Du reste, dans toute cette affaire, le concours de l'armée du Bas-Poitou fut assez insignifiant.

Le Po&t-Rouafleau, point sur lequel elle dirigea, pen-*

daul plus do vingt-quatre heures, une canonnade impuissante, se compose d'une longue enfilade de ponts où quelques bataillons, munis d'artillerie, peuvent fa» cilemeiil arrêter toute une armée. C'est ce qui eut Ueu« Les Nantais, ivres de joie, célébrèrent pompeusement leur victoireT La Convention déclara qu^ik avaient bien mérité de la patrie.

La blessure dr ( aihelineau fut d'abord jugée peu dangereuse. La balle Tavait frappé au coude et s'était perdue dans les chairs de la poitrine. Quoique personne n'eût d inquiétude, un immense concours d'insurgés remplissait toujours Saint^Florent, où Ton avait transporté le généralissime; on Tinstruisaît de tous les faits unportants, et il continuait de donner ses ordres. Le IS juillet, la gangrène se dédara, et Je i&, GaUielineau mourut en bénissant Dieu. Il avait livré son premier combat le 13 mars, à la tête de deux cents paysans, armés de bâtons^ Que de i^loire en quatre mois * I

Tandis que la grande armée i l ait sous les murs de Nantes, plusieurs engagements avaient eu lieu en Vendée. Le 20 juin , Westermann s'était porté, avec Tavant-garde de l'armée de Niort, sur Parthenay, que Lescure, blessé , avait vainment essayé de défendre avec cinq ou six mille paysans rassemblés en toute hâte et mal armés. M. de Royrand, général de

* Âu commencement de ta guerre , Catheliaoau lut suivi de ses u ois frèrea, de ses quatre beam-frèrcs et de selie coiislns-gemialu. Tons

ramée du emiive, au lieu de 9ê joindre à Qath^inean,

avait l'ait , io !29 juin, une tentative «ur Luçon ; OU s'était battu aussi du côt^ des Herbiers.

De SaintoMaixent, où il s^est retiré, malgré un furemier succès, pour attendre des renioi t», Wefitermann se jette, le juillet» dans le Boeage. Il s^mpare du bour^ d^Amaillou, y met le feu, se porte sur le château de Clisson , propriété de Lescure, qu'il fait incendier, et entre h Bressidre* Laroohejaequelein, qui a dft abandonner Saumur, oii, par suite de ladé* sertion de «a troupe, il a^était trouvé seul avec huit Vendéens et quelques déserteurs, 8*empresse de 90^ courir Lescure. Mais c^est à peine si ces deux chefc ont cinq mille iKHiiines ftous leuri^ ordres. Cependant ils rangent leur année en bataille sur la hauteur du M<mlirirauahChèvret » afm de fermer & Westerrotim l'entrée do Châtillon, mç^Q du eonf^eil supérieur. Le générai républicain le^ attaïquô, è jUiiiet, ftvec iu-

riet leur prend trois pièces 46 emm» et pArvtePt à

les culbuter, après deux heures d'un combat atàmtA» Il çst encore à deux lieues d^ Chàtillpn. et touia Ia route eet semée d'obstacles ; mm rien ne Parréto. eti à cinq heures du soir, il entre iskm cette ville, que le

conseil supérieur vient de quitter, emportait l'argaa-*

terie d^ églises et ses pÊ^r» les plu<» lippoitMitSt Westérmaim envoie une compagnie h La Piirbeill^o

pour inceniclier le châteïiu df» Larochejacquelein, lor^r tifie eon armée de m cents républicains prisonniers ^ Ch&tillon, et prend portion sur le Mont-Gaillard* d'ok

il cojnple ^ porWr i^ur Mortagi^e. U^^ax mille gardée

nationaux de Saint-Haixent et de Parthenay viennent le rcjeiiidre ; mais vainement il demande des renforts

à Biron ; ce général ne bouge point.

Les Vendéens , surpris de voir Fennemi au centre du Bocage; furieux des atrocités qui signalentsa présence, répondent, en foule, à Tappel de leurs généraux. Les divisions de Bonchamps, de Stofllet, de d*£ibée, sont bientôt réunies à celles de Lescure et de Làrochejacquelein, et Ton se prépare à reprendre Châtillon. Afin d'attaquer plus vite, Stofflet propose et soutient avec opiniâtreté un plan qui f<»icerait Ta;^ mée à manœuvrer sous le feu des républicains; Les» cure le repousse et s'écrie : « Que ceux qui veulent périr suivent AL StoiHet; pour moi» je prends une autre route. » Officim.et soldats se rangent à Tavis de Lescure, et Stoiïlet ne songe plus qu'à bien se battre. Attaqués, le ô, de plusieurs côtés à la fois, par des troupes nombreuses, et au moment même où ils croyaient tout le pays frappé d'épouvante, les bleus reculent en désordre ; une seule batterie résiste ; sur Tordre de Bonchamps, des paysans se glissent ventre à terre dans les blés, tuent les ardlleurs à bout portant et l'affaire est décidée. C'est à peine si Westerniann a-eu le temps de paraître sur le champ de bataille. La déroute fut efiroyable. Les insurgés, qui venaient de voir incendier leurs moissons, ne voulaient point faire de prisonniers ; ils tuaient ceux qui demandaient à se rendre, c<Mnme ceux qui se défendaient. Lescure, qui s'est jeté, avec ravant-gardc, à la pour- • snite des fuyards , a ordonné d'emprisonner quelques

centaines de bleus; mais Marigny flurvient et déclare qa*il ne faut faire quartier à personne. On Técoute avec empresseiBcnt et une véritable bouciieiie commence. Lescure est averti, il revient et réussit à arrêter ces criminelles représailles, t Retire-toi, que je tue ces monstres : ils ont brûlé ton château, » lui crie Mangny; c Je les défendrai plutôt contre toi, » lui répond le saifU du Poitou. Un tiers seulement de rarinée républicaine put regagner Par theii a y L'artillerie, forte de onze pièces de canon, les muniUons et les bagages, restèrent au ponvoir des Vendéens^

Westermann, mandé à la barre de la Convention pour y donner des explications sur sa conduite, fut renvoyé devant un tribunal militaire. Il parvînt à se justifier. Le dispositif du jugement, rendu à Tunanimité, porte même que ses fonctions lui sont rendues^ tant à cause de son énergie que de ses principes <rAi£<* mamle, Bir on, moins heureux, fut emprisonné , et, cinq mois plus tard, condamné à mort, Ën montant sur réchafaud, il prononça ces touchantes paroles : « Infidèle à mou Dieu, à mon ordre et à mon roi , je meurs plein de foi et de repentir. » On ne Tavait d*abord accusé que de négligence et de lenteur, mais le tribunal révolutionnaire ajouta qu'il était convaincu dr avoir participé à une conspiraHon contre la sûreté

t Le 14* bataillon de la formation d*Orléans , accusé plus tard de s'être

mal coniportë, répondit : « Le 14* bataillon ciait composd de (piatrc cent soixante-neuf hommes; après la désastreuse affaire de Cliâlillon , il a été rciiuit à dix-sept hommes, ofRciers compris. Sur ces dix-sept, treize ont été blessés. Coiumenl ce bataillon a^t-U pu être inculpé ?» La réponse était ▼ktoriense.

eûPtérieuTê H intérieure de la république. Son véritable crime était de s'être appelé le duo de Lauzun, et de prouver, chaque jour, par son ton et par ses habitudes, qu'il ne pouvait point l'oublier. Son commandemeiit fut d'abord donné à Beysser; mais, au moment môme où ce général était aind Tobjet^des faveurs du noinistre de la guerre, les représentants en mission le destituaient pour cause de fédéralisiiie. Nous devons, à cette occasion, dire quelques mots de la part que les révolutionnaires de TOueet pt irent à la lutte engagée entre les girondins, devenus les lédéralistes, si les montagnards.

On sait qu'après la eiisa du M mai 1795, les chefs de la Gironde, violi iuincnt expulsés de la Convention, cherchèrent, pour la plupart, à soulever les départements en leur faveur. Bordeaux, Lyorr, Marseille, Nîmes, Grenoble, Toulon et plusieurs autres villes du midi, se mirent en ai'mes; TEure, la Seine-Inférieure, la Manche, et principalement Gaen et tout le Calvados, se jetèrent dans ce mouvement; Nantes, Rennes, et la plupart des villes voisines de rinsurrection vendéenne, telles qu'Angers, Niort et Laval , obéirent, bien qu'à des degrés divers, à la même impulsion; en un mot, dans l'ouest, l'immense majorité du parti révolutionnaire, manifesta hautement ses sympathies pour le fédéralisme. On put croire, un instant, k la ruine de la- Convention; son courage, son audace et son activité la sauvèrent. Dès que Ton sut que l'avanUf^aide de l'armée fédéraliste» commandée par Puisaye, avait été battue à Vernon,

OU plaUà s^était enfuié ma premier dioo,' ainei que les

troupes qui fatUiquaient, au nom de la Convention , toute cette agitatiou se calma, et ies forgea républt* aaînes de TOuest ne aongèrent plus qu'à ëeraser ren« ncmi commun, auquel, d'ailleurs, elles avaient donné aasefli peu de répit. Lea troupea ieréea pour combattre les fëdéralHles marehftrent contre les Tendésiuu Beysser rentra en grâce.

Un nouveau pian d'attaque sortit des délibérations d*iin conseil de gaerre réoni à Saumun On résdnt d'entrer en Anjou par les Ponts-de-Cé , et d'enlever

successivement Vibiers, Coron, Gboiet et Moctagne. Un vieux militaire, le général Laborelière, fut chargé

de préparer l'exécution de ce plan. Son corps d'armée n'attendit même point d'être en pays ennemi pour se livrer au pillage et-k la dévastation; voici en quels termes, pleins de dignité et do tristesse, il s'en plaignit au ministre de la guerre : « J'ai le cœur na* vré de ce que je vois; et quand on a servi trente^ ans avec Imnneur, il est dur, à la fin de sa carrière, de voir le mal sans pouvoir y remédier que faiblement. » Il demandait à être remplacé.

Larochejacquelein, Lescure et Boncliamps, à peine guéri d(j sa dernière bleîisure , se portèrent, avec seize mille hommes, au devant des répid>licains et les attaquèrent, le 15 juillet, près de Marti gné-Briant, Il faisait une chaleur accablante, et les Vendéens étalent horriblement fatigués, car dans la crainte de froisser un vieil officier, qui paraissait pour la première fols à l'aimée et qu'on no revit plus, Lescure et Bon-

champs avaient consenti à prendre un chemin plus long de trois lieues que celui qu'ils comptaient d'an bord suivre. Néanmoins, le premier choc des insur> gés fut terrible. Ils rompirent Tavant-garde des bleus et enlevèrent trois canons. Mahgny, qui voit Tennemi se rallier, espère décider Taffaire par uH coup de main ; abandonnant le commandoîiieiit de rartillerie, il charge à la téte d'une partie de la cavalerie vendéenne; mais il exécute mal son propre plan et se rabat au grand trot sur les insurgés, qui se croient attaqués par les hussards républicains et se débandent. Le conventionnel Bourbotte.se jette au milieu de la mêlée, pour assurer la victoire; Bonchamps l'imite, espérant ramener ses troupes au combat. Un Vendéen tire sur Bourbotte à quelques pas, et le manque ; un autre lui assène un coup de crosse sur la téte; le conventionnel le renverse sous son cheval et avance toujours. Bonchamps est cerné par cinq cavalim ; il en tue un , en blesse un autre et met en fuite les trms derniers ; de tous côtés, on tire sur lui ; son cheval est tué, ses habits sont percés de plusieurs balles ; mais il ne veut point quitter le champ de bataille; enfin, il est blessé; il tombe, et on l'emporte au château de Jallais. Lescure et Larochejacquelein, voyant qu'il était impossible de relever cette journée, se rq[)lièrent, en bon ordre, sur Coron. Les bleus ne songèrent point à les poursuivre; et s'ils restèrent maîtres du champ de bataille, ils perdirent, en revanche, trois pièces de canon. Marigny, désespésé de la faute quMl avait commise, voulait se tuer; Lescure réussit à le cahner.

Les républicains, renforcés par le corps d'armée de Sauterre, marchèrent sur Yihiers; Menou, qui Gommandaii Tavant-garde , occupa cette ville le 17. Les Vendéens, dispersés dans toutes leurs paroisses, n'avaient pu se réunir assez vite pour défendre cette ville. Cependant, dès que Menou y fut entré, six cents paysans, armes seulement de piques et de fusils, vinrent l'y attaquer et le forcèrent à se replier. Les nouveaux corps de bleus, qui arrivaient à chaque instant, permirent à Menou de reprendre sa position.

Le 18, au matin, toute l'armée républicaine était réunie, le général en chef Santerre se trouvait luimême sur le champ de bataille. Be leur côté, les Vendéens avaient reçu de nombreux reiiibrts et moutraieipt le plus vif désir d*en venir aux mains. Par malheur, aucun des chefs supérieurs n^était présent Bemier croit cependant qu'il importe d'attaquer sans retard; Forestier, Piron, Forêt, Villeneuve, Kellei*, Harsange, Herbault, Guignard, Laguerivière, Boissy,en un mot, presque tous les officiers se rangent à son avis, et l'attaque est résolue. Bemier prend les premières di^^o^tioi^St indique les points sur lesquels il laut se porter; laisse croire aux soldats que leurs généraux viennent d'arriver ; et, k midi, le combat s*engage sur toute la ligne. L*avant -garde républicaine , conduite par Menou , qui eut la poitrine traversée d'une i)aiie, soutint le premier choc des insurgés avec beaucoup de vigueur; mais bientôt forcée de reculer devant la cavalerie et l'artillerie vendéennes, commandées par Forestier et d'Herbauii, elle

jeta répouvante dans toute l^armée; des bataillons entîeie prirent la fuite avant d*avoir tiré un eeol coup

de fusil ; la cavalerie passa sur le corps de l'infanterie, afin de s'éloigner plus vite du champ de bataille; ce fut tine effroyable déroute. Boorbotte et Santerre

I3fian(|uèrciit d'ètro pris. Ce dernier, vivement pour- Buivi pai: Forêt et Loyseau, qui voulaient,, disaient- Ils, renfermer dans une cage de fer« n*échappa que

grâce à la rare vigueur de son cheval, auqii<^l il put faire franchir un mur de six pieds. Les débris de l'armée républicaine se rallièrent à Chinon; quelques fuyards ne se crurent mkm en sûreté que derrière les murs d'octroi de Paris. La Vendée était encore une fois libre de tout corps républicain.

Quekfues chefs proposèrent de tenter de nouvelles entreprises, d'aller au devant d'un ennemi qui se représentait toujours^ malgré ses défaites; la majorité pensa que Ton avait assez fait pour le moment, et les paysans rentrèrent dans le Bocage ; c'était d'ailleurs le temps de la moisson. Quant aux bleus, ils accusérent Berthier et M^ou de leur défaite. On reprochait k ces généraux d'être aristocrates, c'es^^^^ire de tenir trop à la discipline.

Deux joun avant la bataille de Yihiers, le iô juillet, d*Elbée avait été nommé généralissime à la place de Gathelineau. Ce choix ne se fit pas, comme le premier, avec accord et spontanéité. D'Elbée désirait le commandement t Bonchamps, auquel il paraissait revenir de droit ; Lescure, qui pouvait également y prétendre » s'e&cèrent, afin de ne porter aucun ombrage à

leui" compagnon d'armes et de ne pas accroître les geruoes de division qui commençaient à se montrer dans le caldp vendéeQé Gomme* tous les autres chefs de Tannée catholique et royale, d'Elbée était sur le champ de bataille d'une rare intrépidité ; il possédait» en outre, une certaine habileté de tactique, et exerçait de riiiUuence sur les insurges, particulièrement sur ceux de l*Ânjou. Cependant, ce n'était pas le général en chef qu'il fallait k la Vendée* On nomma StofHei major-général, et Donnissan, gouverneur de tout le pays occupe par l'iniuiTection; Beauvolliers exerçait déjà, depuis quelque temps, les fonctions d'intendantgénéral et de trésorier de l'armée vendéenne.

Le conseil supérieur d'administration in it , vers la même époque, diverses mesures importantes. Dès le 8 juin, il avait déclaré qu'on ne recevrait en Vendée que les assignats mai'qués à reûigie royale, c'est-àdire mis en circulation quand Louis XV i, par la plus incroyable des fiction^, était encore représenté cuinme le chef du pouvoir. Un nouvel arrêté déclara que les assignats, exclusivement républicains, suaient valables, après avoir été endossés au nom du roi. L'abbé Bernier \ uulail qu'on fit tout sin)])lement des assignats semblables à ceux de la république, et qu'on s'en servit au même titre. La majorité du conseil rejeta cette proposition, et Ton ne saurait l'en blâmer. La politique autorisait assurément cette mesure ; mais la gloire de la Vendée est d'avoir toujours méprisé le» règles de la politique \ulgaire. Il est évident, du restey que les ressources que l'on se serait peut-être

procurées, à Taide de cette fausse monnaie, n'auraient exercé qu'une influence très-restreînte et essentiellis-

ment provisoire sur les événements. Le 11 juillet, e conseil rendit, à l*unanimité, un décret annulant toutcis lès ventes de biens déclarés naiianauxs et les restiituant aux premiers possesseurs ; on nomma , pour remplacer les propriétaires absents, des commissairtis régisseurs ; une partie des revenus était prélevée pour les besoins de Tinsurrection. Des tribunaux furent oiv ganisés sur plusieui^s points ; on constitua même une cour d'appel; le conseil présidait, en outre, à la distribution d*un Bulletin^ où Ton rendait compte de» opérations militaires qui se faisaient tant à Tintérieur que sur la frontière. Après ces mesures, plus ou moins opportunes ou efficaces, mais bonnes en piiiicipc , nous devons m énuiiicier qui uiéritent le triple reproche d'injustice , de maladresse et d'impuissance ; elles sont, conmie presque toutes les autres d'ailleurs, l'œuvre de l'abbé Dernier. On rendit un arrête de proscription contre les hommes qui servaient la république et contre leurs familles; on obligea les républicams, restés en Vendée, à prêter serment de fidélité à Louis XVII, et l'on fit emprisonner ceux qui s'y refusaient, hommes ou femmes. Le décret sur le sèment fut Inentôt rapporté ; car on comprit qu*il ne pouvait faire que des parjures. La plupai l des protestants du Poitou avaient pris parti pour la révolution ; cependant quelques-uns se montraient neutres, et d^autres, en petit nombre, il est vrai, s^étaîent joints aux insurgés. Plusieurs membres du conseil, ûdèles

au principe pour lequel ils combattaient, proposèrent

de déclarer que i'édit de 1788, en faveur des religionnaires, serait strictement observé; Bernier s'éleva avec violence contre cette proposition, qui fut néanmoins adoptée; il en inuntra beaucoup de dépit, car déjà Thabitude du pouvoir avait exercé une fâcheuse influence sur le curé de Saint-Laud, d^abord si dévoué : il ne voulait plus seulement servir son parti ; il voulait encore le dominer.

On a beaucoup discuté pour savoir si le conseil supérieur d'administration avait servi ou compromis la cause vendéenne; s'il n'eût pas été préférable de gouverner militairement Le débat est assez difficile à résoudre et , au fond , il importe peu. Le conseil civil a fait naitre des divisions; mais ces divisions, un peu plus tôt, un peu plus tard, se seraient élevées parmi les généraux ; car, tout en se donnant un généralissime, ils entendaient rester égaux et li* bres. £n temps de guerre civile, le meilleur pouvoir c'est assurément celui d'un dictateur; par malheur, le seul dictateur possible, en Vendée, c'était un prince de la famille royale, le comte d'Artois; on sait que, toujours attendu, il ne vint pas: Cependant, « avec un Bourbon à sa tête , la Vendée eut pu triompher, » C'est le jugement de Napoléon.

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