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LA PAIX CATHOLIQUE. — MORT DE HENRI II

Le 5 avril, à Bruxelles, après la grand messe et le Te Deum, les hérauts crièrent solennellement la paix sur deux places publiques‘. Le dimanche suivant, Philippe II, ayant entendu la messe dans la cathédrale, suivit à pied une procession du Saint-Sacrement : tous remarquèrent « l’incroyable dévotion » du fils de Charles-Quint, qui s’avançait par les rues de la ville, « le chef toujours découvert ».

Le roi d'Espagne ne montrait point seulement sa piété par des gestes, ses paroles étaient toutes de louanges au Seigneur. « Sa Majesté, écrit alors le nonce, ne se lasse pas, comme prince vraiment pieux et catholique, de remercier le Dieu béni de la sainte paix?. »

De celte « sainte paix », Philippe goûta le triomphe. Pendant le printemps de 1559, Bruxelles fut la capitale politique de l'Europe catholique. Vers elle affluèrent, comme vers le centre incontesté de la puissance temporelle, tous les ambassadeurs, agents et députés, porteurs de félicitations et de requêtes, monde mouvant et trouble de mendiants astucieux, payés par les petits princes pour exploiter à leur profit la générosité du grand vainqueur. [l y avait là, autour du trône de la monarchie espagnole, tous les fidèles de sa fortune passée; il y avait aussi d'anciens protégés du roi de France. Gênes et Venise, Sienne et Lucques, les Médicis et les Farnèse, les Gonzague et les Este, le pape, — ce Paul IV

Canobio à Paul IV, 1559, 5 avril, Bruxelles (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 297 ; orig.).

? Canobio à Paul IV, 1559, 11 avril, Bruxelles : « Questa Maestà non si vede mai stanca di rendere gratie a Dio benedetto, come veramente pio et cattolico principe, di questa santa pace, et domenica passala, che fu alli vir, doppo la celebratione della messa nella chiesa maggiore, accompagn processionalmente per la città il Santissimo Sacramento con incredibile devotione et sempre scoperto del capo. » (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 301 : orig.).

Carafa dont les rêves insensés avaient entraîné au désastre la politique de Henri II, — envoyèrent leurs hommages et leurs ambassadeurs. Du prince heureux, ils attendaient tous quelque chose : des terres, de ces terres que le roi de France abandonnait en Italie; de l'argent, car le « catholique », après la victoire, devait payer ses dettes qui étaient immenses; quelques-uns demandaient simplement pardon de leur passé. La bonne volonté de Philippe II et de ses ministres ne suffisait même plus à écouter les voix qui sortaient de cette cohue ‘. Seul, à la cour espagnole, celui qui avait gagné sa fortune, Emmanuel-Philibert de Savoie, attendait, sans flatter personne, que les comptes de sa misère passée fussent réglés, pour aller consommer le mariage, par quoi il devait payer encore le recouvrement de ses Etats.

Au regard de cette cour européenne qui saluait sa puissance, Philippe IT se montra généreux. Aussi bien, le traité du Cateau-Cambrésis marquait surtout le triomphe des alliés de l'Espagne. Le roi catholique devait accentuer ce caracière par une munificence, dont le prestige moral ne s’affaiblit qu'après plus d'un siècle : désintéressement prémédité, qui rendait scandaleuse la légèreté incroyable de Henri II envers les protégés de la France. En lisant les clauses de Ja paix, l'ambassadeur du Médicis s'écria : « Mon maître devient le plus grand prince qu'ait connu l'Italie depuis les Romains. »

C'était vrai : Cosme, duc de Florence, créature de Charles- Quint, ennemi tenace des Français, allait augmenter son État des territoires de Sienne et de Montalcino?. Les Farnèse, parjures et traîtres à l'amitié de Henri IL, furent comblés de dons par Philippe : Octave, duc de Parme, venu à Bruxelles en février 1559, s’en retourna, au printemps, honoré de la Toison d’or et muni de lettres qui lui restituaient la forteresse de Plaisance; bientôt son épouse, Marguerite d’Autriche, fut nommée gouvernante des Pays-Bas ‘. Gênes

‘ Sur cette cohue, voy. surtout les dépêches d’Andrea de’ Nobili aux Anziani de Lucques, 1559, avril-mai, Bruxelles (Arch. d'Etat de Lucques, Ambascerie, 587 ; orig.).

? P. Thiepolo au Sénat de Venise, 1559, 2 avril, Bruxelles (Arch. d'Etat de Venise, D. al Senato, Spagna ; chiffre orig.).

3 Ottaviano Vivaldino au duc de Mantoue, 1559, 12 février, Bruxelles : Qfl so duca di Parma vene quatro di sono.» (Arch. d'Etat de Mantoue, Fiandra ;

recouvra la Corse, les Gonzague reçurent le Montferrat.

Il est pénible de le dire, dans cette distribution que faisait le maître à ses serviteurs après la récolte, les premiers récompensés furent les deux plénipotentiaires français, Montmorency et Saint-André, qui avaient favorisé les intérêts de l'Espagne au cours des négociations. Le Connétable devait encore cinquante mille écus de sa rançon au duc de Savoie : celui-ci, docile à sa propre gratitude et aux prières du roi d'Espagne, donna quittance à l’illustre prisonnier. Pour le maréchal de Saint-André, ce fut pis : comme il n'avait pas encore payé un denier de sa rançon, fixée à soixante mille écus, Philippe II le racheta au duc de Brunswick, qui l'avait fait prisonnier, et le libéra gratuitement. Bien plus, Montmorency recut en don une crédence d’argent valant dix-huit mille écus, et le maréchal fut gratifié de quatre mille écus de joyaux. L'un et l’autre purent, comme on disait à la cour d'Espagne, « jouir plus tôt du fruit de leurs bonnes œuvres dans cette négociation de la paix » ‘.

Au reste, pendant le mois de mai 1559, les plus fervents adulateurs du roi d’Espagne furent les princes français venus à Bruxelles. Henri IT passait le printemps à Fontainebleau.

orig.). — P. Thiepolo au Sénat de Venise, 4559, 12 février, Bruxelles : «11 sor duca di Parma, doppo esser stato più di dui mesi gravemente amalato in Arras, finalmente un poco rehavuto à venuto in questa città domenica passata, et stà alquanto meglio ma non del tutto sano..» (Arch. de Venise, D. al Senato, Spagna ; orig.). — Canobio au card. de Naples, 1559, 2 mai, Bruxelles : «Hieri la Mtà del Re destind et public la duchessa di Parma, sua sorella, governatrice di questi stati...» Le même, 45 mai ; le même à Paul 1V,17 mai: «I duca di Parma parti hieri l’altro per Italia... » (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 309, 318, 480 ve : orig.). — Bern. Collini à l’archidiacre de Camerino, 1559, 30 mai, Parme : « Hieri alle xx hore entrd in Parma il ser duca sano et salvo, tornando dalla Corte...» (Arch. d'Etat de Naples, Carte Farnes., fascio 400, fascic. 2; orig.). — L’év. de Fermo au card. de Naples, 1559, 15 mai, Paris (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 480 ve; orig.). — Caligari à Commendone, 1559, 20 mai, Rome (Arch. vatic., Principi, XXII, fol. 55; orig.).

‘ O. Vivaldino au duc de Mantoue, 1559, 9 avril, Bruxelles: « Il mareschial di Santo-Andresa, qual si era venuto a consigna qui per la sua pregionia, à Stato misso in libertà, et non solo remissali la taglia che era di 60 m. scudi, ma anchora s'aspetta qualche presente nella partita sua da questo re, del quale era anchora pregione, comprato per S. Mtà dal duca de Bronsvich. » (Arch. de Mantoue, Fiandra ; orig.). — P. Thiepolo au Sénat de Venise, 1539, 9 avril, Bruxelles : «S. Mt donarà liberamente tutta la taglia al marescial di Santo-Andrea per esser stato principio et buon mezzo della trattation della pace.. » (Arch. de Venise, D. al Senato, Spagna : orig.). — Canobio à Paul IV, 1559, 44 avril, Bruxelles: «Il ser duca di Savoia ha fatto dono di 50 m. scudi al contestabile che li dovea per resto ‘della taglia... » (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 305 : orig.). — Guido Bentivoglio au duc de Ferrare 1559, 22 avril, Fontainebleau (Arch. d'Etat de Modène, Francia ; orig.). — Herc. Strozzi au duc de Mantoue, 1559, 30 mai, Paris (Arch. de Mantoue, Francia ; orig.)

Aussitôt après avoir revu ses plénipotentiaires, il désigna, pour aller recevoir de la bouche de Philippe II le serment de la paix, le cardinal de Lorraine, le maréchal de Saint- André et l’évêque d'Orléans, Jean de Morvillier. Ces trois personnages devaient être accompagnés de « la fleur des princes de France » et, en particulier, de tous les seigneurs de la maison de Guise. François de Lorraine lui-même et son beaufrère, Alphonse d’Este, iraient à Bruxelles saluer Philippe I.

Pourtant, le vainqueur de Calais ne partit pas; il envoya seulement ses fils et ses frères. 11 agit ainsi peut-être par pudeur ou plutôt par crainte de laisser Montmorency seul avec son maitre‘.

Le cardinal de Lorraine quitta Fontainebleau le 27 avril, passa trois jours à Paris, d'où il partit le 1° mai, et se mit en route. À Cambrai, ville frontière, il rencontra deux chevaliers de la Toison d'or, le marquis de Berghes et M. de Molembais, qu'avait envoyés Philippe IT pour le recevoir?. Le 10, le cardinal arrivait à Bruxelles, salué par le duc de Savoie : il n'amenait avec lui que les deux fils de son frère François, Louis d’Este, second fils du duc de Ferrare, et Jean de Morvillier. Le reste de la troupe nombreuse des seigneurs français entra peu de temps après. Saint-André était à la cour d’Espagne, depuis les premiers jours d'avril. « Dans cette ville, on ne voit que des Français », écrivait l'ambassadeur de Lucques. De fait, il y avait là, outre les précédents, Louis, cardinal de Guise, le duc de Lorraine, gendre de Henri Il, le duc d’Aumale, gendre de Diane de Poitiers, le duc de Nemours, dix évêques du royaume et beaucoup de « gentilshommes d'importance » *.

Le 45 mai, Philippe Il prêta le serment solennel de la paix. Ce jour et le lendemain, il y eut des réjouissances : le cardinal de Lorraine et sa troupe restèrent « émerveillés des caresses que leur fit le roi d'Espagne » *. Celui-ci dai-

4 Le card. Trivulzio au card. de Naples, 1559, 20 avril, 28 avril, 30 avril, Moret (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 465, 473, 476 ; orig.).

2 Canobio à Paul IV, 1559, 8 mai, Bruxelles (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 341 ;

3 Andrea de’ Nobili aux Anziani de Lucques, 1559, 41 mai, 14 mai, Bruxelles : «… Hormai per questa terra non si vede altro che Francesi...» (Arch. d'Etat de Lucques, Ambascerie, 587; orig.). — Journal des voyages de Philippe II (coll. des Chroniques belges, Voyages des souverains, t. IV, p. 66).

4 0. Vivaldino au duc de Mantoue, 1559, 16 mai, Bruxelles : «Questo car-

gna féliciter le prélat de « l’éloquence » qu'il avait montrée dans les négociations. Le 17, Lorraine partit pour aller visiter, pendant deux ou trois jours, la ville d'Anvers, en compagnie du prince d'Orange et du comte d’Arenberg *.

Mé devant le roi d'Espagne, par une piquante et triste rencontre, fut étalée la rivalité de Montmorency et des Guises. La maison de Lorraine semblait accaparer les honneurs du cérémonial de réconciliation entre les deux rois. Or, le 18 mai, on vit arriver à Bruxelles, comme à l'improviste, l’un des fils du Connétable, Montmorency-Damville, avec une escorte de soixante gentilshomme. Tout le monde comprit que son père l'avait envoyé pour disputer aux Guises quelques-unes des grâces de Philippe II. L’amusant fut que Damville voulut aller, lui aussi, passer trois jours à Anvers?.

Il semble même que Henri II ait senti comme une attraction personnelle l’entraîner vers l’orbite du roi d'Espagne. Sa dignité l’empêchait,sans doute, de se rendre à Bruxelles. Mais c'était de bon gré qu’il envoyait tant de seigneurs français saluer le fils de Charles-Quint. Avant même que le traité fût signé, il avait montré un vif désir de voir Philippe II°. Puis, par le duc de Lorraine, il le fit inviter à venir en France. Il pensait que son ancien rival accepterait

dinale col resto restano maravigliati delle carezze et benignità di questo re. » (Arch. d'Etat de Mantoue, Fiandra ; orig.). — Canobio à Paul IV, 1359, 17 mai, Bruxelles (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 317; orig.).

‘ Ibidem. À. de Nobili aux Anziani de Lucques, 4559, 47 mai. Bruxelles (Arch. de Lucques, Ambascerie, 587 ; orig.). — Journal des voyages de Philippe 11, p. 68.

* Herc. Strozzi au duc de Mantoue, 1559, 22 mai, Paris (Arch. de Mantoue, Francia ; orig.). — P. Thiepolo au Sénat de Venise, 1539, 26 mai, Bruxelles : «Venne li giorni passati M. di Anvilla, figliolo secondo del contestabile, con honoratissima compagnia di forse sessanta gentilhomini tutti giovani quasi dell’ istessa età di lui, richissimamente vestiti.. Alcuni vogliono che, essendo venuto il card. di Lorena per negotio, il Re Chuwe habbia mandato lui per officio di simplice visitatione, et sia stata trovata del contestabile che habbia volulo haver anco la parte sua nelli offici et complimenti... » (Arch. d'Etat de Venise, D. al Senato, Spagna ; orig.). — Canobio à Paul IV, 1559, 28 mai, Bruxelles : « Al xvur del presente gionse qua... M. Damvilla. Si crede che il padre, per competenza che ha con il Rwe di Lorena, habbi procurato che venghi con commissioni d’altra importanza che non portù il detto Rae, andando a camino di fare grandi li figli per questa via...» (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 321 ; orig.).

$ J. Alvarotti au duc de Ferrare, 4559, 29 mars, La Ferté-Milon: « Dicono che il Re andarà a Cossi, ove attenderà il Connestabile per saper quello che harà da fare circa il vedersi col Re Filippo. » (Arch. d'Etat de Modène, Francia ; orig.).

de prendre la route de terre pour se rendre en Espagne. Aussi bien, ne trouvait-on pas une bonne occasion de rencontre dans le mariage d’Élisabeth de Valois avec Philippe, mariage ordonné par une clause du traité? Henri II, sur cette espérance, fondait de grands desseins, — desseins de fêtes et d'amitiés, suivant sa nature un peu puérile.

Mais l'Espagnol n’était pas désireux de « caresses ». Après avoir réfléchi, il répondit que « l’usage voulait, non que les rois d'Espagne allassent chercher leur épouse, mais bien qu’on la leur amenât dans leur pays et dans leur maison ». Au surplus, dit-il, la voie de mer était plus commode que toute autre pour se rendre de Flandre en Espagne?. Déçus, les représentants de Henri II montrèrent un réel déplaisir, mais ne ralentirent point leur empressement. On entendit les gentilshommes français, venus à Bruxelles, proclamer que leur maître, heureux d’avoir donné sa fille aînée comme épouse à Philippe Il, offrirait l’autre, — la future « reine Margot », — à l'infant Don Carlos*.

En ce printemps 1559, si glorieux pour la monarchie espagnole, le meilleur courtisan du roi catholique, c’était le roi de France. |

De retour d'Anvers, le cardinal de Lorraine rentrait à Bruxelles le 20 mai. Deux jours après, il partit pour la France et arriva le 27 à Paris, ou l’attendait Henri Il‘. A la cour d'Espagne resta, comme ambassadeur permanent, Sébastien de L’Aubespine, qui naguère avait pris part aux

4 Le card. Trivulzio au card. de Naples, 1559, 45 mai, Paris (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 382 vo; orig.).

? P. Thiepolo au Sénat de Venise, 1559, 30 avril, Bruxelles : « Già si ha preparata la risposta da farsi alla instantia che devono far Francesi perchè $. Mt passi per Franza : che li re di Spagna non sono mai stati soliti di andar a trovar le mogli, ma di farle sempre condur non solo nel paese suo, ma nella propria sua sede... » (Arch. d'Etat de Venise, D. al Senato, Spagna : orig.). — Canobio à Paul IV, 1559, 17 mai, Bruxelles (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 317 ve ; orig.).

3 Canobio à Paul IV, 1559, 28 mai, Bruxelles (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 321 ; orig.).

#0. Vivaldino au duc de Mantoue, 1559, 21 mai, Bruxelles : «. Fra domani et l’altro si partirano tutti Francesi, apresentati da questo re: al card. di Lorena una credenza d’argento di 44 m. scudi, al Contestabile un’ altra di 18 m. seudi, al marischial Santo-Andres, oltre la sua taglia, una zoya di 4 m.scudi.. » (Arch. d'Etat de Mantoue, Fiandra ; orig.). — Canobio à Paul IV, 1559, 28 mai, Bruxelles (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 321 ve; orig.). — J. Alvarotti au duc de Ferrare, 1559, 98 mai, Paris (Arch. de Modène, Francia ; orig.). L’év. de Fermo au card. de Naples, 1559, 29 mai, Paris (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 493 ; orig.). — Herc. Strozzi au duc de Mantoue, 4559, 30 mai, Paris (Arch. de Mantoue, Francia ; orig.).

négociations de la paix, « homme de grande réputation et plein de dignes qualités »!.

L'allégresse que montrait la cour de France ne cacha pas au regard de l'Europe la réalité. Partout, et en Italie plus qu'ailleurs, le traité du Cateau-Cambrésis fut estimé comme la victoire définitive de la maison d'Autriche. Le grand mot de réconciliation universelle et chrétienne ne troubla nullement, dans l'esprit des politiques clairvoyants, la vision lucide d’un fait étonnant : à savoir que, d’un coup, le roi de France, non seulement avait abandonné ses conquêtes et celles de son père, parmi lesquelles des terres françaises, — car, pour bien juger le traité, il faut ne pas oublier que Henri Il restituait, en deçà des Alpes, la Savoie, la Bresse, le Bugey, le Valromey, la Maurienne, la Tarentaise, la vicairie de Barcelonnette, le comté de Nice, et ramenait au Var la frontière de son royaume ?, — mais encore, par une générosité, à notre avis, beaucoup plus grave, avait renié tous les droits, prétentions, occupations que les diplomates et les juristes français défendaient depuis soixante-dix ans. C'était comme ur démenti solennel infligé à la politique et aux efforts de quatre règnes. Quelle leçon pour ceux qui avaient eu foi dans la fortune et dans la protection de la France! À Rome, le 20 avril, quand arriva lesecrétaire Boucher, portant les clauses de la paix, tous les Français, qui se trouvaient dans la Ville éternelle, se montrèrent atterrés : on ne put même tirer d’eux un mot de commentaire sur cet acte invraisemblable*. Les Italiens amis reçurent avec stupeur les lettres qui annonçaient l'abandon par la France de sa politique traditionnelle.

‘ Canobio à Paul IV, 1559, 17 mai, Bruxelles (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 318 ; orig.). — Correspondance de Séb. de Laubespine, 1559, mai, Bruxelles (Bibl. nat., ms. fr. 6614, passim ; orig.)

* Art. XXXV du traité. D'après l'expédition originale qui so trouve aux archives d’Etat de Turin.

5 Le card. Trivulzio au card. de Naples, 1559, 9 avril, La Ferté-Milon : «M. Buccier stamane & stato spedito da S. Mtà Chma per Roma con le capitulationi della pace...» (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 455 ; orig.). — Ascanio Celso au card. Farnèse, 1559, 8 avril, Rome (Arch. d'Etat de Naples, Carte Farnes., fascio 776 ; orig.). — Luca Contile au card. Farnèse, 1559, 8 avril, Venise (Arch. de Naples, C. Farn., fascio 67, fascic. C; orig.). — Caligari à Commendone, 1559, 22 avril, Rome : « Alli 20 arrivo M. Bussé, segretario di S. Mtà, con il ragguaglio di tutta la pace...» (Arch. vatic., Principi, XXIIL, fol, 49 vo : orig.). — Pasino de’ Giusti au card. Farnèse, 1559, 16 avril, Rome : « … La pace è stabilita, della quale li Francesi sono restati confusi. e par loro chel Re loro

si è portato tropo liberale, e si vergognano di parlare.…. » (Arch. de Naples, C. Farn., fasci nuovi, Il; orig.).

Tandis que Philippe IT jouissait de cette révolution européenne, dont l'ampleur, à vrai dire, dut l’étonner lui-même, le roi de France était heureux, comme un malade libéré qui recommence sa vie. Parmi la ruine de ses efforts passés, il regardait l’avenir avec une joie sereine, inconscient de sa défaite : tous ceux qui l’approchèrent alors remarquèrent sa bonne humeur. Il ne faut pas s’en étonner. Henri II ne voyait pas le traité comme nous le voyons ni comme le virent les vieux pécheurs de la diplomatie. Lui, il se trouvait converti : loin d’éprouver de l’amertume, il était fier d’avoir fait un si beau sacrifice. Il avait hâte de quitter ses erreurs, de liquider la politique italienne pour vivre avec de nouvelles pensées. Ces pensées, elles étaient occupées d’abord par l'attente des fêtes, des mariages dont il préparait la splendeur : premier jouteur de sa cour, il allait offrir aux princes et ambassadeurs de l’Europe le spectacle d’un grand tournoi ; il regrettait naïvement que Philippe Il ne voulût pas y assister. Mais la préoccupation qui remplissait alors toute sa conscience de roi, — cette conscience qu’il écoutait plus que ne fit aucun des Valois, — elle visait la réforme intérieure du royaume et, avant tout, l’extirpation de l’hérésie.

En 1562, le catholique Soriano, l’un de ces diplomates vénitiens qui ont été, avec les Florentins et les Comtois, les plus subtils connaisseurs d'hommes qu’ait enfantés la Renaissance, résumait en quelques mots la dernière histoire de Henri II : « Ce roi ayant découvert, bien que tardivement, le péril où le mettait l'hérésie, fut contraint, pour ne pas perdre complètement son autorité et l’obéissance de ses sujets, de faire la paix avec le roi Philippe à de très graves conditions et de consacrer toute sa pensée à éteindre ce grand feu qui brülait de toutes parts. Mais il mourut au début de l'exécution‘. » Dans les derniers mois de sa vie, Henri II se montra Le « catholique » le plus généreux de la Chrétienté. Cest lui qui donna surtout au traité de 1559 le caractère d’une réconciliation des princes catholiques contre l’hérésie. La maison d'Autriche n'avait pas de péchés à racheter. Toujours Charles-Quint avait su mêler, dans la conduite de sa politique, les prétentions de l'orgueil impé-

‘ Alberi, Relaziont.…., 4a serie, t. LV, p. 130.

rial à la défense rigoureuse de l’orthodoxie. Quant à Philippe IT, il ne fit qu'accentuer les procédés de son père, en y ajoutant la fourbe habileté que lui suggéra Granvelle. Dans l'histoire de la monarchie espagnole, le traité du Cateau-Cambrésis n’est qu'une étape glorieuse sur une route droite: iln’ya pas là de tournant. Au contraire, cetacte signifie unrevirement complet de la politique extérieuredes Valois, politique jusqu'’alors réaliste, que font dévier subitement des scrupules religieux: l'abandon de l'alliance avecles Luthériens d'Allemagne etavec le Turc, tel estletrait le plus saillant de ce changement.

Changement qui fut bien l’œuvre personnelle du roi. Henri 11, depuis la bataille de Saint-Quentin, avait réellement gouverné et pris lui-même, souvent malgré les Guises, les plus graves résolutions. Dans son esprit, sous l’effroi des manifestations protestantes de l’année 1558, s'était opérée une conversion, dont on ne saurait exagérer l'efficacité. A la suite du traité se forma, entre les princes de la communion catholique, une sorte de fédération contre l’hérésie. Jusqu'aujourd hui, les historiens ont attribué au roi d’Espagne l'initiative de cet accord religieux. L'opinion traditionnelle n’est que partiellement vraie. Philippe IT et ses ministres parlèrent de l’hérésie surtout pendant les négociations : ils cherchaient à intimider leur adversaire par cet argument de bons apôtres. Mais, une fois la paix conclue, Henri II prit l'initiative de la politique catholique, avec Le zèle et l’entètement qui lui étaient propres. Les témoins les plus sûrs l’affirmentt.

Le 1* avril 1559, deux jours avant que le traité fût définitivement signé, le cardinal Trivulzio, légat, avait félicité le Roi de cet accord, qui rendait à la religion le service des princes fidèles. Henri Il avait répondu qu'empêché, depuis longtemps par les guerres, de sévir contre l’hérésie, il voulait désormais vouer au salut de la foi son activité. Les Guises, la reine Catherine, la duchesse de Valentinois firent à Trivulzio la même promesse. Diane lui déclara qu'elle emploierait toute son influence à « purger le royaume de l'infection de l’hérésie »°?, Le nonce du Saint-Siège à

! Parmi les sources imprimées qui confirment les documents que nous allons citer, voy. La Place, éd. Buchon, p. 13, et les Acta tumulluum gallicanorum, publ. par H. Hauser (Rev. hist., t, CVIIL, 1944, p. 72).

* Le card. Trivulzio au card. de Naples, 1559, 4er avril, La Ferté-Milon (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 429-480 ; orig.).

Bruxelles, Gian-Francesco Canobio, transmit au pape PaulIV, le 17 mai 1559, les renseignements suivants qu’il tenait du confesseur même de Philippe IT : « Le cardinal de Lorraine, au nom du Très-Chrétien, a prié et exhorté avec grande instance et piété le roi d’Espagne afin qu'il s'emploie à extirper l’hérésie de ses États. Le cardinal a déclaré que Sa Majesté Très Chrétienne ne veut plus désormais s’occuper d’autre chose dans son propre royaume et que déjà elle a interdit de séjourner sur son territoire aux voyageurs qui ne pourront exhiber une attestation authentique de leurs bonnes vie et mœurs, attestation émanant du prince ou du magistrat des pays d’où ils viennent. En outre, le cardinal a conseillé au roi d'Espagne de prêter ses troupes au duc de Savoie pour conquérir Genève, promettant que, de son côté, le roi de France fera de même. » Ce projet contre Genève, « capitale et refuge des hérétiques », était déjà ancien. Pendant le mois de mai 1559, l’ambassadeur français à Bruxelles, Sébastien de L’Aubespine, déploya de grands efforts pour le faire accepter par Philippe IT, et le représentant du duc de Savoic à Milan déclarait à qui voulait l’entendre que son muitre, aussitôt remis en possession de ses Ltats, altaquerait Genève avec le concours de Henri Il*°.

Ainsi, le roi de France s’efforçait de donner à son propre zèle pour la religion une ampleur internationale. Or, Philippe Il commençait de trouver excessifs les picux mouvements de son nouvel ami. L’Espagnol n'était point si mystique qu’il voulût sacrifier à la religion ses intérêts

4 Canobio à Paul IV, 4559, 17 mai, Bruxelles : «Il card. di Lorena ha eshortato et pregato con molta instanza et pietà questa Mt, a nome del Chve, all° estirpatione dell’ heresie nelli stati suoi, dicendo che S Mtù Chmna non vuol hora attendere ad altro nel suo regno et che digià hà dato ordine che si prohibisca la mansione nel suo regno a quelli che vi capiteranno senza fedi et testimonii autentici della vita et costumi loro dal principe d magistrato di quel luogo di dove partiranno ; et hà persuaso ancora S. Mt a prestare forze al duca di Savoia per la conquista di Geneva, promettendo che il Cho farà il medesimo. Hieri me lo disse il Padre confessore. » (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 317-318 ; orig.).

? P. Thiepolo au Sénat de Venise, 1559, 28 mai, Bruxelles: «Io sento ragionar assai, et ultimamente da un nepote dell’ ambasciatore di Franza, che facilmente si farà la impresa di Genevra subito chel duca [di Savoia] sia ritornato in stato, per levar quella sedia et commodità di refugio ai heretici di Franza, laqual cosa, se seguirà, potria esser causa di qualche nova guerra importante.» (Arch. d'Etat de Venise, D. al Senato, Spagna: chiffre orig.). — Ippol. Orio au card. Farnèse, 14559, 19 mai, Milan (Arch. d'Etat de Naples, Carte Farnes., fasei nuovi, V ; orig.). — Cf. les extraits de la Chronique de François de Bonivard, publ. par H. Bonoier (Bibl. de l'Ec. des Chartes, 1845-1846, p. 396).

politiques. Il voyait, avec une crainte particulière, se dessiner un projet d'intervention contre les protestants anglais.

Henri IT s’intéressait beaucoup au rétablissement de la foi catholique en Angleterre, à cause de l’agitation que provoquaient les calvinistes dans le royaume d'Écosse, devenu, depuis un an, par le mariage de Marie Stuart, le royaume du dauphin François. Une des dernières lettres de Henri II, adressée au pape Paul IV, le 29 juin 1559, est pour supplier le pontife de joindre ses efforts à ceux des Français contre les calvinistes d'Écosse : on y voit quelle passion religieuse s'était emparée d’un prince naturellement débonnaire. « Nous ne voulons épargner aucun effort, dit le Roi, pour soutenir et défendre la cause de Dieu, bien que nous soyons à peine sorti d'une longue guerre pour entrer dans la paix, après avoir supporté une dépense incroyable, comme chacun le sait », et il annonce l’envoi d'une armée francaise, « d’une multitude, s’il est besoin », pour détruire « la secte d'Ecosse ». Quel tableau il peint des désordres de l’hérésie |

« Les prélats et les gens d'Église se voyant en liberté de mal faire, sans être aucunement exhortés ni repris par leurs supérieurs, non Seulement ont continué, mais ont augmenté de mal en pis leur triste et deshonnête vie : ils tiennent avec eux, en leurs maisons, des concubines qu'ils regardent comme leurs épouses légitimes ; la plupart d’entre eux suivent les nouvelles sectes, adoptant les doctrines fausses, réprouvées et contraires à notre sainte foi et religion. De même agissent presque tous les grands seigneurs et les gentilshommes du pays : ils prennent chez eux des prêcheurs apostats, imbus de l’érudition ou doctrine de Genève, pour induire le peuple à suivre leurs damnables erreurs et hérésies, d'où il résulte que la majeure partie de ce peuple est tout infectée et comme perdue. Les uns et les autres ont pris les armes et formé de grandes compagnies, avec de l'artillerie, pour contraindre tout le monde à épouser leur secte : ils ruinent les églises et les monastères, profanent les choses sacrées, brûlent en public les images des saints, leurs reliques vénérables et leurs ossements, ils ont fait déterrer les cadavres des rois d'Écosse, les ont brûlés et réduits en cendres, ils ont changé l’habit des religieux et des religieuses pour les séculariser et les contraindre d'abandonner leurs ordres et professions, ils menacent en se vantant de courir sus à la reine douairière et à tous ceux qui vou-

draient les contredire et les empêcher de s'unir dans leur nouvelle loi : les cruels barbares ne sauraient faire pis!. »

Ces intentions du roi de France troublaient, depuis quelque temps, les Anglais”. Leur jeune souveraine Elisabeth, montée sur le trône récemment, ne s'inquiétait guère de séduire les princes étrangers, et par surcroît, hérétique imprudente, elle était dénoncée à Rome comme une « fille de Satan ». On pouvait craindre que le Pape, en la condamnant solennellement, ne poussât sur l'Angleterre une armée catholique dont le gros serait formé de contingents français. Henri Il avait bien envoyé à Londres, pour recevoir d’Elisabeth le serment de la paix, une ambassade présidée par le fils aîné du Connétable, mais, dès le mois d'avril 1559, on savait que le roi de France préparait une expédition « catholique » pour extirper la secte anglicane *. Philippe Il s’opposa de toutes ses forces à ces projets trop confessionnels. Résigné de force à n'être point le souverain de l'Angleterre, il était bien décidé à ne pas souffrir que la dynastie de Valois s’emparât, sous prétexte de religion, du trône que lui-même avait perdu. Or, si le pape déclarait Élisabeth « bâtarde et hérétique », comme il était à craindre, ce trône reviendrait de droit et de fait à Marie Stuart et partant au dauphin François. C’est pourquoi le roi d'Espagne résolut d'envoyer à Rome le cardinal Pacheco, avec mission de défendre auprès du pape la cause d’Elisabeth quant à l’orthodoxie *.

Philippe IT résista de même au projet d’une expédition contre Genève. En tout cas, il ne voulait point y collaborer.

* Henri II à Paul IV, 1559, 29 juin, Paris (Arch. vatic., Cast. S. Angelo, arm. XIV, capsa 3, n° 9; trad. orig.).

? Kervyn de Lettenhove, Relations politiques des Pays-Bas et de l'Angleterre, tp 509.

$ Le dauphin François et Marie Stuart à Elisabeth d'Angleterre, 4559, 12 mai. Paris (Bibl. nat., coll. Moreau, t. 717, fol. 267 ; copie). — L'év. d'Aquila à Philippe IT, 1559, 30 mai, Londres (Relations poliliques des Pays-Bas et de l'Angleterre, t. I, p. 526).

4 P. Thiepolo au Sénat de Venise, 1559, 23 avril, Bruxelles : « Qui si teme grandemente chel Pontefice, havendo poco a bene, non procuri di disturbar la pace con la occasione delle cose di Ingilterra, come facilmente potrebbe se dechiarisse la Regina bastarda et heretica et il regno appartener alla Regina Delfina, perchè Francesi giudicarebbono haver giustissima causa di andarlo a conquistare, et questa Mtà sarebbe astretta d lasciar perder quel regno, si come certo si tiene che si perdarebbe, mancando di fortezze, di militia et di consiglio, d di rinnovar la guerra...» (Arch. d’Etat de Venise, D. al Senato, Spagna : chiffre orig.). — Cf. Relations politiques des Pays-Bas et de l’Angleterre, t. I, p. 533 et suiv.

La situation de son trésor, de son armée et de ses peuples lui défendait d'ouvrir une nouvelle guerre. Dès l'automne de 1558, le duc de Savoie ayant prôné ce dessein, Granvelle lui répondit sèchement que, puisque l'on faisait la paix, il fallait s'y tenir et qu’au demeurant les Suisses élaient assez « frais » pour repousser les envahisseurs.

Ainsi, les deux grands princes de communion romaine entendaient fort différemment la pratique de l'alliance catholique, dans le domaine de la politique internationale. Mais, à défaut de l’extermination européenne des hérétiques que rêvait Henri Il, restait la répression particulière à l'intéricur de chacun des Etats.

Il y avait là de quoi occuper le plus beau zèle. Malgré la persécution qui avait suivi les affaires de la rue Saint-Jacques et du Pré-aux-Clercs, malgré l'arrestation bruyante de François d’Andelot, neveu du Connétable, la Réforme protestante s'était développée en France avec une ampleur que les historiens n'ont pas soupçonnée. Un témoin catholique bien informé écrit en novembre 1558 : « Tout Paris et même toute la France sont pleins de Luthériens : si le Roi n’y pourvoit promptement, son royaume deviendra pire que l’Allemagne*.» Un autre témoin déclare, au mois de mars suivant : « Si le Roi ne forme pas une bonne armée pour châtier cette maudite secte, il risque de perdre son trône?. » L'homme le mieux instruit des affaires du royaume, le cardinal de Lorraine, avoue : « Plus des deux tiers des habitants de la France sont devenus luthériens *. » Aussi bien des symp-

‘ Cristoforo Castelletti au duc de Ferrare, 1558, 18 novembre, Paris: « Iddio metti la sua santa mano che questa santa pace si faccia, che ve n’è di qua grandissimo bisogno, percioche tutta Parigi et anco tutta la Francia è piena di Lutcrani, e se il Re non li provede e tosto, tutto questo regno diverrà peggio che la Germania. Si che il Re, cosi vero cristiano come egli mostra et come altri per tale lo tenghino, le mette conto ad accordarsi, si per la quiele di questi popoli et si per estirpar questa da Dio maledetta setta.… S. Mtà à buonissimo cristiano et buon figliuolo di santa madre Chiesa.» (Arch. d’État de Modène, Francia ; orig.).

* J. Alvarotti au duc de Ferrare, 1559, 25 mars, La Ferté-Milon : « In questo christianissimo regno questa semenza et pesle va ogni di molliplicando, di sorte che S. Mt sarà ognimodo forzata di fare una buona armata per castigare questa maladetta setta.… » (Arch. de Modène, Francia ; orig.).

$ P. Thiepolo au Sénat de Venise, 1559, 9 avril, Bruxelles : «Qui si tiene per cosa certa $S. Chma Mt sja stata astretta far questa pace più dal travaglio che le davano le cose della religione che da alcun’ altro suo bisogno. Et un signor honorato di questa corte mi hà ditto haver sentito dalla propria bocca del cardinal di Lorena che più di dui terzi della Franza sono fatti Luterani. Et il ser duca d’Alva, ragionando in questo proposito, mi disse che questo serme re [di

tômes inquiétants apparaissent-ils. Au début de 1559, de nombreuses familles de la ville et du pays de Meaux s’enfuient à Genève, abandonnant leurs maisons et leurs biens. Cet exode entraîne l’évêque de Nevers lui-même, Jacques Spifame?. En Normandie et en Poitou, dans ces riches provinces qu'a épuisées l'impôt, des bandes armées commencent à courir la campagne, attirées par l’opulence des grandes abbayes. Là même, comme en Limousin, en Saintonge, en Guyenne et en Gascogne, on célèbre publiquement le culte réformé, et des rixes éclatent entre les partisans des confessions ennemies. Ces manifestations religieuses se confondent, au regard du Roi, avec l’anarchie profonde qu'ont produite, dans l’organisme du gouvernement, tant d'abus exercés, depuis cinquante ans, pour soutenir à tout prix la guerre extérieure. Henri Il, ramenant son attention sur la politique intérieure, y voit tout à réformer, administration, justice, finances. Des guerres d'Italie, seuls les ofticiers de finances sortaient enrichis. Montmorency, revenu à la cour, constata des irrégularités, fit une enquête et découvrit que les receveurs et trésoriers avaient détourné plusieurs millions de livres *.

Henri 11 voulait commencer les réformes nécessaires par

Spagna] po meglio che altri sapere in qual termine si ritrovi la Franza quanto alla religione, perchè, se l’havesse voluto dar orecchie à quelli che per questo rispetto domandavano la sua protettione, haveria possuto facilissimamente metter la Franza in somma confusione et rovina. Onde si crede che unitamente queste due Mtè siano per procurar con ogni loro poter chel Concilio si facia. » (Arch. de Venise, D. al Senato, Spagna ; chiffre orig.).

1 Giov. Michieli au Sénat de Venise, 1559, 15 mai, Paris (Arch. de Venise, D. al Senato, Francia, 3 orig.).

2 De Trou, L. XXII ; LA PoPELINIÈRE, 1. VIII ; BuziNGer, Historiae sui lempopis 1°:

3 G. Raviglio au duc de Ferrare, 1559, 5 mai, Paris: «In Normandia si vanno di giorno sollevando Luterani, et per ultimo si è inteso che in Pitiensi armmata mano sono andati alli monasteri et cacciatone i frati et monache et che hanno abbrucciato ogni cosa senza pietà et senza timore di Dio..» (Arch. d'Etat de Modène, Francia ; orig.). — Le duc de Ferrare était seigneur engagiste d'une grande partie de la Basse-Normandie. — G. Michieli au Sénat de Venise, 1559, 15 mai, Paris: «.… Dà l'intender ogni di che la Bassa Normandia, il paese di Poytu, di Limosi et di Xantis et quasi tutta la Ghiena et Gascogna esserciti liberamente il rito luterano, con esser in alcuni lochi stati ammazzati predicatori, rovinate l’imagine et commessi molti eccessi intorno al Sacramento. Che sarà causa che, dopo fattele nozze et seguite le restitutioni per la capitulatione della pace, S. Më si rivolgerà a quelle parti, come hà deliberato, per provvedervi principalmente, sicome farà anco al riordinar insieme con la casa sua le cose della giustitia et sopra tutto quelle delle finanze con questi ricevitori et thesorieri, dicendosi pubblicamente che, dopo l’absentia del Contestabile, non si trova conto di parecchi millioni di franchi. » (Arch. d'Etat de

Venise, D. al Senato, Francia, 3 ; orig.).

l’extirpation de l’hérésie. Le cardinal de Lorraine l'avait annoncé à Philippe Il. Et, de fait, aussitôt après la conclusion du traité, le Conseil des Affaires délibéra presque chaque jour sur les mesures de répression religieuse. Le cardinal Trivulzio, légat du Saint-Siège, écrit alors de Paris : « Le roi montre un très ardent désir de réparer les nombreux désordres de son royaume et presque chaque jour il en parle dans son Conseil des Affaires : il déclare vouloir commencer cette réforme par le châtiment et l’extirpation des hérétiques. Je crois également que Sa Majesté suppliera le pape de réunir un concile, car elle paraît le désirer beaucoup. » A peine revenu des conférences du Cateau-Cambrésis, le cardinal de Lorraine se rendit au Parlement de Paris : « L'opinion du Roy, dit-il, a esté de faire la paix à quelque prix et condition que ce fust, pour de là en avant vacquer plus à son aise à l’extermination et bannissement de l’hérésie de Calvin?. » Le 2 juin 1559, parurent à Ecouen des lettres patentes, qu’il faut citer tout entières : c’est la déclaration de guerre de Henri Il aux Protestants. Le Roi écrivait à ses officiers :

« Chascung a peu veoyr et congnoystre que, despuys nostre advènement à la couronne, Nous avons tousjours eu en singulière recommandation l’extirpement des hérésies et faulses doctrines et comme Nous y avons travaillé, quelques affayres etempeschement de guerre qui nous soyent survenuz : lesquelz, touteffoys, ont esté si urgens et pressés qu'il ne nous à esté possible y donner l’ordre et provision que Nous avons sur toutes choses continuellement désirée ; mais ayans esté contraincts dissimuler et temporiser pour quelque temps, à nostre très grand regret et desplaisir, les sectateurs et inventeurs desdites hérésies et faulses doctrines, qui auparavant s’estoyent retenuz et longuement nourris en leur maligne volonté secrètement et couvertement, comme feu soubz la cendre pour après manifester la chaleur plus violente, se seoyent depuys quelque temps, avec artifices,

Le card. Trivulzio au card. de Naples, 1559, 20 avril, Moret: « Questa Mta mostra un ardentissimo desiderio di voler rassettare molti disordini del suo regno, et quasi ogni giorno ne ragiona nel Consiglio suo degli affari, et a questo negotio dice di voler dar principio col castigo et estirpatione degli heretici. Credesi parimente che S. Mü sia per supplicare N. Sre d’un Concilio, Cou ella di desiderarlo grandemente. » (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 466;

* E. Pasôuter, Œuvres, t. II, pp. 78 et 450.

inductions et persuasions d’aulcuns malheureux prédicans de Genève, tout en ung coup eslevéz en plusieurs lieux et endroicts de notre royaulme par turbes et nombres si cffrénés, commettans tous les scandales qu'ilz ont peu et peuvent penser et imaginer, au préjudice et contemnement de nostre sainte foy et religion, qu’il est plus que requis et nécessayre de repoulser et reprimer ceste violence par une aultre plus aigre et avec la force qu'il a pleu à Dieu nous mectre en la main, car Nous ne sçaurions miculx l'employer ny exploicter que en ung tel effect que cestuy-là pour fayre chose qui luy soyt agréable, nous ayant tout à propos octroyé le bien de la paix tant désirée, laquelle Nous ne voullons aulcunement estre troublée par les damnées entreprises des héréticques ennemys de nostre dite foy et religion. A ceste cause, en attendant que Nous puyssions sur ce donner la provision nécessayre en telle importante affayre, — que sera si tost que Nous aurons faict ce que Nous tenons pour l’exécution du traicté de ladite paix avec nostre très cher et très aymé bon filz et frère le Roy Catholicque, — Nous avons advisé d'envoyer par les provinces, gouvernemens, bailliaiges et seneschaulcées de nostre royaulme certains bons et notables personnaiges pour procéder à l'expulsion, punition et correction desdits hérétiques. À quoy Nous voulons et désirons que vous et aultres noz juges et officiers provinciaulx leur levez main et leur donnez toute l’ayde, port, faveur et assistance dont serez requis, avec main forte et armée si besoing est, par convocation et assemblée de nos ban et arrière-ban, prévosts et nos mareschaulx et leurs archers, en sorte que la force et authorité nous en demeure. Avec ce Nous envoyerons et ferons tenir sus les lieux et endroicts que besoing sera quelque bon nombre de nostre gendarmerye pour s’en servir au besoing. Et n’oublierez aussi de vostre part à faire toutes les diligences requises pour la vérification et Capture desdits héréticques, sectateurs et inventeurs desdites faulses doctrines, de quelque qualité et condition qu'ilz soyent, pour procéder à l'encontre d’eulx en ensuyvant nos écditz et ordonnances. Mays gardés en cest endroict de n’user d’aulcune acception de personne, dissimulation ou connivence, ainsi que Nous avons esté advertiz que aulcuns de voz semblables ont faict et font ordinayrement, Comme estans eulx-mesmes du nombre de ceulx

qui doibvent estre recherchés et puniz pour ce crime : aultrement, et là où Nous en aurions aulcun sentiment ou advertissement, vous estes asseuréz que vous seriez des premiers ausquels Nous nous adresserons pour vous fayre punir et chastier, affin de servir d'exemple aux aultres. Et nous advertissant ordinayrement des dilligences que vous ferez et comme passeront les choses en vostre jurisdiction et ressort pour le regard du faict de ladite religion sans riens nous dissimuler. Car tel est Nostre plaisir ‘. »

Cet acte ne laissait aux Protestants d’autre issue que la fuite ou la révolte.

Henri I], de lui-même, s’engageait hardiment sur la voie sanglante. D’ailleurs, on l'y poussait fort.

Dans la foule catholique de Paris régnait un sentiment croissant de terreur. Par suite de révélations surprenantes touchant la diffusion secrète de l’hérésie, le peuple, qu’excitaient les prédicateurs, devenait fiévreux. A l'époque même où fut conclu le traité du Cateau-Cambrésis, un fait découvrait, à Paris, l’énervement de la population. Deux personnes y furent massacrées pendant un sermon, l’une pour avoir murmuré, l’autre simplement pour avoir tenté de secourir son ami”. Or, le Roi ressentait fortement les impressions collectives et ne résistait guère à l’entraînement : toutes ses entreprises, les plus folles surtout, comme la guerre de Sienne et la guerre des Carafa, montrent son esprit soumis à l'opinion d'autrui.

A vräi dire, les plus dangereux ennemis de la Réforme protestante se trouvaient à la cour. Il y avait, parmi les conseillers, beaucoup de gens intéressés à la répression de l’hérésie, courtisans avides ou endettés, robins prompts au gain, officiers de finances sans scrupules. Les favoris, Diane de Poitiers et le maréchal de Saint-André, apportaient dans cette alfaire des sentiments aussi bas que furieux : ils désiraient étouffer les voix imprudentes qui s’élevaient depuis longtemps contre l’immoralité de leur fortune. D'autres adversaires de l’hérésie, tout aussi violents, étaient pourtant plus honnêtes d'intention. Les Guises avaient toujours représenté la stricte

‘ D'après les expéditions conservées aux Archives d'Etat de Berne et de Zurich (série Frankreich). — Cf. Mémoires de Caslelnau, 1. I, ch. ru.

* F. Hotman à Calvin, 1559, 4 kal. aprilis, Strasbourg, cité par R. Dareste dans Revue historique, &. II, p. 20.

orthodoxie romaine. A leur zèle, il est sûr, se mélaient beaucoup d'intérêts, mais, décidément, rien n'empêche de croire leur foi sincère. D'ailleurs, au printemps de 1539, leur influence sur Henri Il était assez diminuée pour qu’on ne leur attribue pas toute la responsabilité des mesures prises contre les Protestants. Le vrai chef du gouvernement, c'était alors Montmorency, et rien ne se put faire sans son consentement. Le crédit que possédait encore la maison de Lorraine, elle l’exerçait par le dauphin François et par la « reinelte » Marie Stuart, enfants chers au Roi, l’un et l’autre, il est vrai, fort excités contre les calvinistes qui troublaient l’Ecosse’. Même, Henri Il était encouragé à la violence par quelques hommes dont on ne peut contester la droiture et l’intelligence. Tournon nous paraît le plus remarquable de ces hommes. Informé des mesures ordonnées contre les hérétiques, le cardinal écrivait à son maître : « Sire, chacun espère et présume que Votre Majesté n'a pas fait un si beau et saint commencement pour ne le parachever comme il se doit, car, autrement, il vaudrait mieux ne l'avoir point commencé. On peut voir aisément que c’est une œuvre venant de Dieu, attendu que nous àvons nouvelles que le Roi catholique à fait faire de grandes exécutions en Espagne et de dogmatisans et de gens de grosse maison, sans avoir égard qu'à réduire les choses comme un bon prince catholique doit faire. Qui est bien signe, sire, que tout ainsi que Dieu vous à voulu unir par bonne paix et alliances si proches, il faut espérer que vous le serez encore plus à vous accorder pour la conservation de son honneur et de sa sainte foy°. » À suivre de près la carrière de Tournon, sous le règne de Henri Il, il est impossible de ne pas reconnaître la capacité de ce ministre. Il a soulfert, dans la tradition historique, de son attitude cruelle à l'égard des Protestants, et, de vrai, cette attitude surprend et désoriente le spectateur moderne. Comment un esprit aussi pénétrant et averti, tout hostile qu'il fut aux doctrines de la Réforme, n’a-t-il pas senti les pures intentions qui protestaient contre les hontes

Canobio à Paul1V, 1559, 24 avril, Bruxelles (Arch. vatic., Principi, XL, fol. 307: orig.). — Sur l'Ecosse « guisarde», cf. A. HeuLHar», Villegagnon, roi d'Amérique, p. 36.

* Le card. de Tournon au roi, 1559, 9 juillet, Bagni di Lucca, publ. par G. Rierer, Lettres et Mémoires d'Estat, t. 11, p. 806-808.

de la Renaissance dégénérée ? La vérité, c'est que la religion des hommes de ce temps ne répondait pas à l’image qui nous est familière. Peu mystiques, leurs croyances s'étaient durcies sous le poids de la « raison d'Etat » et de la « raison monarchique », qui régnaient tant dans le domaine religieux que dans le domaine politique. L’hérésie, à leur regard, c'était non la « réforme », mais la « rébellion ». Surtout, nous avons acquis une sensibilité et une intuition sympathique que la plupart des gens de la Renaissance ne possédèrent à aucun degré.

Enfin, depuis quelques années, Rome donnait l'impulsion aux mesures contre les dissidents. Les principes de l’orthodoxie pontificale étaient défendus surtout par les Jésuites. Les Guises aussi bien que Tournon, comme beaucoup d’autres, subissaient l'influence de la célèbre compagnie. L'intervention des Jésuites dans la dernière politique de Henri IT nous paraît non douteuse : c’est à eux, croyons-nous, qu'il faut altribuer l'initiative de la fameuse mercuriale de juin 1559. Depuis plus de huit ans, la Compagnie de Jésus soutenait une lutte formidable contre le Parlement de Paris. Ce corps refusait d'enregistrer les lettres de naturalité qu'avait conférées le Roi à la nouvelle « religion », en janvier 1551 ; des lettres de jussion étaient restées inefficaces devant la résistance des parlementaires, et les Jésuites voyaient menacée leur existence même dans le royaume. Dès le début, ils avaient expliqué l'hostilité de cette cour souveraine par « l'esprit d’hérésie » qui animait ses membres. Or, le 1# novembre 1558, le général de l'Ordre envoyait à Paris, « pour en finir », un profès dont les historiens Jésuites euxmêmes reconnaissent le caractère dangereux. C'était le Père Ponce Cogordan, homme actif, ambitieux et, au témoignage du cardinal de Lorraine, « le plus fin négociateur qu'il eût jamais vu’ ». On sait ce qui se passa quelques mois après. Le 10 juin 1559, Henri Il, informé que la majorité du Parlement s’opposait à l’exécution des édits contre l’hérésie, se rendit à l'assemblée générale des chambres et, indigné par les discours qu’il entendit, fit arrêter six conseillers, parmi lesquels Anne Dubourg?.

‘ Est. Pasquier, Caféchisme des Jésuites, fol. 23 vo. — Cf. H. Fovqueray, Histoire de la Compagnie de Jésus en France, t. I, p. 231-233.

Herc. Strozzi au duc de Mantoue, 1559, 12 juin, Paris : « Sabato, che fu il

Jadis, on avait vu les Jésuites défendre la cause romaine presque malgré le pape, alors tout occupé de politique temporelle. Mais, en 1559, Paul IV avait laissé les soucis profanes, pour restaurer la puissance et la vertu de l’Église. L’ambassadeur de France à Rome était un catholique zélé, Philibert Babou de la Bourdaisière, évêque d'Angoulême. Ce personnage bien disposé, d'ailleurs ami et créature du cardinal de Tournon, transmettait à Henri II les désirs du pape touchant la répression de l’hérésie. Dans cette exhortation, le vieux pontife Carafa apportait la fougue et la violence extraordinaires qu’il avait mises autrefois au service de ses passions politiques.

Une lettre de Babou adressée au Connétable de Montmorency, en février 1559, nous en apporte un exemple bien vivant. François d'Andelot, frère de Coligny, arrêté au mois de mai précédent pour cause d’hérésie, avait été absous par le Roi et remis dans ses charges, après une longue comédie où la politique eut plus de part que la religion. Averti trop tard de cette rentrée en grâce, Paul IV fit appeler Babou: il lui déclara « qu’il s’ébahissait grandement comme Sa Majesté ne faisait autre compte de punir les hérétiques de son royaume, et que l'impunité de M. d'Andelot donnait une très mauvaise réputation à Sadite Majesté, devant laquelle ledit sieur d'Andelot avait confessé d’être sacramentaire, et que qui l’eût mené tout droit au feu, comme il méritait, outre que l’on eût fait chose très agréable à Notre Seigneur, le royaume de France fût demeuré longtemps net d'hérésie ». Et le pape rendit responsable de cette indulgence l’homme même qui avait tout fait pour perdre d’Andelot. Il prétendit que « Monsieur le cardinal de Lorraine, lequel Sa Sainteté a fait son inquisiteur, ne se saurait excuser qu'il

x di questo, la Mtà del Re dette principio à voler castigare questi seguaci della setta lutherana et fece mettere prigioni 6 consilieri del Parlamento di questa torra con dui presidenti del detto Parlamento, et tuttavia si va facendo informationi contra molti altri delli principali, non essendo possibile pigliarli tutti, essendo questa terra, come & anchor il regno, più della metà Lutherani, di modo che è necessario che, volendo S. Mt regnare, gli faccia una bona et gagliarda provisione ; altrimenti le cose sue stariano in mal termine per l’augmentatione che fà ogni di questa sctta.…. » (Arch. d'Etat de Mantoue, Francia ; orig.). — «Sommaire du faict d'anciens conseillers au Parlement de Paris, prisonniers pour cas d'hérésie », 4559, 15 juin (Arch. roy. de Bruxelles, coll. de Documents historiques, t. X, p. 171). — Cf. l’article bien informé, mais très partial, de F. Aubert, Le Parlement et la Réforme (Revue des questions historiques, t. LXXXIII, p. 111-142).

n'ait grandement failli, ayant laissé perdre une si belle occasion d’un exemple si salutaire et qui lui pouvait porter tant d'honneur et de réputation, mais qu'il montre bien que luimême favoriseles héréliques, d’autantque, lorsque cescandale advint, il était seul près du Roi sans que personne pût lui résister ni l'empêcher d’user de la puissance que Sa Sainteté lui a donnée ». Le pontife termina sa diatribe en évoquant « les calamités que Dieu envoie pour telles choses et la subversion des royaumes, empires et Etats qui adviennent avec la mutation de la religion, à quoi le Roi doit bien penser ». Accuser le cardinal de Lorraine de « favoriser les hérétiques », c'était assurément l'indice d’un excès de zèle. Surpris, l’ambassadeur fit une réponse qui est fort intéressante, parce qu’elle nous montre comment le Roi et ses conseillers expliquaient la diffusion de l’hérésie dans le royaume. « Je lui répondis en somme, écrit Babou, qu'il n'était pas possible, à cause même des guerres, qu’il ne fréquentât en France beaucoup d’hérétiques, qui, sous ombre de Dieu et de vérité, mettaient peine de séduire le plus de gens qu'ils pouvaient, et que les plus savants avaient bien peine à se sauver de leur malheureuse doctrine pour les arguments pleins d'une subtilité diabolique dont usaient ces malheureux qui sont grands simulateurs de charité ct de sanctimonie, de sorte qu'ils trompent les plus habiles. » L'opinion de la cour de France attribuait le développement de l’'hérésie au passage et au séjour sur le territoire des soldats mercenaires venus de Suisse ou d'Allemagne ct, d’une manière générale, à la grande affluence d'étrangers, marchands.ct fournisseurs qu'on tolérait en temps de guerre. Fondée ou non, cette opinion avait poussé fortement Henri II à conclure une paix qui lui permettait de renvoyer hors du royaume les soldats hérétiques et tous les étrangers « mal sentans de la foi ». Ces explications n’adoucirent nullement le pape. Il s'écria que « c'était un abus d'estimer qu’un hérétique revint Jamais, que ce n'était que toute dissimulation, et que c'était un mal où il ne fallait que le feu et soudain », L'ambassadeur objecta simplement « que la justice de France ne sc maniail pas de cette façon, mais marchait son train ct par secs mesures, et que nul n'avait puissance sur elle que le Roi! ».

Babou, évêque d'Angoulême, à Montmorency, 1559, 25 février, Rome (BibL.

Aussi bien, Paul IV donnait l’exemple de la rigueur avec une impartialité dont on doit reconnaître le mérite. En plein consistoire, le 27 janvier 1559, il déclarait ses propres neveux coupables de mensonge et de fraude, les privait de leurs charges et les exilait de Rome ‘. Frappant durement ceux qu'il avait tant aimés, le pape n'inclinait pas à la pitié pour les « sacramentaires ». Dans la Ville éternelle, l’Inquisition faisait rage. Le feu dévorait les livres et les hommes. Les cardinaux libertins cachaient leurs bibliothèques. « Ici, on ne fait plus que brûler les livres ou les porter à l’Inquisition », écrivait au cardinal Farnèse son bibliothécaire, fort inquiet pour la « librairie » du palais ?. Au Campo de Fiori, les hérétiques, des Allemands surtout et des Suisses, mouraient dans les flammes*. Chaque consistoire entendait Paul IV publier des mesures extraordinaires pour détruire la « secte » et restaurer l’Église. Contre le relâchement de la discipline ecclésiastique, le pape prescrivait des sanctions étonnantes pour l’époque : au début de mars, une bulle parut sur la résidence des évêques, ordonnant que tous, excepté Les officiers de la Curie, devaient se rendre dans leurs diocèses et donner avis de leur arrivée ; ils ne

nat., ms. fr. 3129, fol. 44-46 ; orig.). Au sujet d’Andelot, Babou dit au pape : «… Qu'il failloit que led. sr d’Andelot fust tombé par ignorance entre telz séducteurs, qui luy peuvent avoir imprimé quelque opinion contrayre à la commune, mays non pas, comme je pensoye, telle que l'on avoit référé à Sa Saincteté ; et que, sitost que le Roy avoit sceu qu'iljavoit tant soit peu d’opinion différente de celle de l'Eglise, il l’avoit incontinent fait constituer prisonier, et n’eust failly de le fayre punir bien aygrement, s’il eust esté tant soit peu obstiné, mays que tost il recongneut son erreur par la grâce de Dieu et par les remonstrances que certains bons docteurs luy feirent, y estans envoyéz de la part de Mons. le cardinal de Lorrayne, qui surtout myst peyne de sauver son âme ; et qu’il luy sembla que c’estoit le moins qu’il povoit faire pour ung si notable chevalier ayant bien et si longtemps servy le Roy et la chose publicque et daventaige nepveu de vous, Monseigneur, les vertuz et labeurs duquel méritoient bien de vous porter plus grand respect, attendu mesmement le lieu où vous, Monseigneur, estiez lors prisonnier et que cela eust esté bien loing de la consolation qui vous estoit deue, ayant esté blessé et prinz en une guerre entreprinze pour secourir Sa Saincteté…. »

1 Voy., sur les Carafa, les travaux de G. Duruy, L. Riess et R. Ancel; de ce dernier, en particulier, La disgrâce et le procès des Carafa (Revue bénédictine, 1905, p. 525 et suiv.).

? Ascanio Celso au card. Farnèse, 4359, 4 janvier, Rome : «In Roma non si attende ad altro che abrusciare libri à portare a la Inquisitione. Questa matina Mons. dil Giglio et me n’habiamo parlato. L bene che si sapia lume di la sua voluntà circa à la libraria. Et il vescovo di Massa stà tutto travagliato per la sua opera che è fra le prohibite... » (Arch. d'Etat de Naples, Carte Farnes., fascio 709 ; orig.).

8 Diario romano di Niccold Turinozzi (1558-1560), publ. par Paozo Piccozo- Mini (Estr. del Archivio romano di storia patria, pp. 7-8). '

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