‹ Les guerres de religionChapitre 23 sur 51 · II · texte numérisé non relu

II

pourraient désormais quitter leurs sièges pendant plus de deux mois chaque année sous peine de suspension & diviris et, en cas grave, de privation complète de leurs bénéfices'. On ne fermait plus les yeux comme autrefois Jacques Spifame, l’évêque de Nevers qui s'était enfui à Genève, fut privé de son siège, au mois d'avril, et cité pour se justifier devant l’Inquisition de Rome?. Des bulles armèrent le pouvoir séculier contre l’hérésie, comme celle qui donna faculté aux princes de confisquer les biens des « mal sentans » et d’en faire don à qui bon leur semblerait *.

Entraînés par cette impulsion vigoureuse, tous les rois et ducs catholiques, en l’année 1559, après la réconciliation des maisons de France et d'Autriche, s’acharnaicnt à déraciner la Réforme protestante ‘.

Attiré de plus en plus vers cette œuvre « sainte », Henri IT avait hâte de débarrasser sa route des débris du passé.

Les plaintes de ceux qu’il avait sacrifiés dans le traité de paix l’ennuyaient : à leurs doléances importunes, il répondait par des promesses vagues, par des phrases déconcertantes. En mai, des ambassadeurs corses arrivèrent à Paris ; ils dirent au Roi que les nobles et la majorité du peuple de l’île préféraient l'exil plutôt que d'accepter de nouveau la domination gênoise, et ils demandèrent qu’on voulût bien leur prêter au moins un refuge en France. Henri II les jugea indiscrets®. Aux députés de Montalcino, il fit un aveu extraordinaire. Les ambassadeurs de l’héroïque république toscane, qu'on avait remise sous le joug espagnol, après avoir

‘ Pasino de’ Giusti au card. Farnèse, 1559, 8 mars, Rome (Arch. de Naples,

Carte Farnes., fasci nuovi, Il; orig.).

* Le même au même, 4559, 8-26 avril, Rome (Arch. cit. ; orig.). * Le même au même, 1559, 15 février, Rome (Arch. cit. ; orig.).

* P. Thiepolo au Sénat de Venise, 1359, 28 mai, Bruxelles (Arch. d'Etat de Venise, D. al Senato, Spagna ; orig.). — Le P. Canisius au P.J. Laynez, 4559, 4e juillet, Augsbourg, publ. par Otto BraunsserGer. Beati Petri Canisii S. J. epistulae et acla, t. II, p. 469 (Fribourg, 4898, in-8e). — Philippe IT à l’évêque d'Aquila, 1559, 9 juillet, Gand (Relations politiques des Pays-Bas el de l'Angleterre, t. I, p. 536).

.” L'év. de Fermo au card. de Naples, 1559, 15 mai, Paris (Arch. vatice., Principi, XI, fol. 480 vo; orig.).

tenté de la vendre au duc de Ferrare, poussaient des «lamentations Jusques au ciel ». Henri Il finit par leur déclarer qu'il était bien fâché de leur sort, mais que « cela avait été fait sans son consentement ». N'était-ce pas confesser qu’il avait suivi, le cœur léger, dans les négociations, toutes les exigences des Espagnols ‘ ?

Sans remords, le Très Chrétien abandonnait ses protégés et ses amis. D'une âme égale, il pardonnait à ses pires ennemis. Cosme de Médicis s’était montré, depuis plus de vingt ans, l’adversaire haineux, tenace et fourbe de la politique française en Italie : le Florentin avait lui-même une conscience si vive de ses méfaits passés qu'après la signature du traité, il n’osait pas envoyer un représentant à la cour des Valois. Scrupule bien superflu. Le Roi lui fit dire, par l’intermédiaire des Este et des Guises, que son ambassadeur serait reçu « avec tous les honneurs et les caresses qu'il saurait désirer » *. Et Leone Ricasoli vint apporter à l’ancien protecteur de la cité de Sienne et des fuorusciti toscans les félicitations du « tyran » de Florence“.

Les Farnèse, Henri II les avait haïs profondément, furieusement, pour leur trahison éhontée : deux ans auparavant, il avait chargé le duc de Guise d'occuper leur duché et, en France, il avait séquestré leurs biens. En 1559, il accepta leur repentir intéressé. Celte réconciliation se fit par l’entremise du vieux cardinal du Bellay, de Montmorency et aussi, semble-t-il, de Diane de Poitiers‘. Et le cardinal Farnèse, chef astucieux d’une famille de bandits, recouvra bientôt ses bénéfices français. Tant de générosité ne devait pas même inspirer à ceux qui en furent l’objet un peu de gratitude. En septembre 1559, au moment d’entrer au conclave pour élire le successeur de Paul IV, Alexandre Farnèse écrira à sa

4 J. Alvarotti au duc de Ferrare, 1559, 5 mai, Paris (Arch. d'Etat de Modène, Francia ; orig.). — G. Michieli au Sénat de Venise, 1559, 26 avril, Moret (Arch. d'Etat de Venise, D. al Senato, Francia, 3 ; orig.).

? Alphonse d’Este à Cosme de Médicis, 1559, 4 juin, Paris (Arch. d'Etat de Florence, Mediceo, 2879 ; orig.).

3 Le duc de Florence à Octave Farnèse, 1559, 8 juin, Florence: « Mandando M. Lione de Ricasoli, imbasciator mio, a congratularsi a mio nome con la Mt del Re Chno della pace et de felici mariaggi... » (Arch. d'Etat de Naples, Carte Farnes., fascio 86, fascic. 5 ; orig.).

+ Ascanid Celso au card. Farnèse, 1559, 30 avril, Rome (Arch. de Naples, Carte Farnes., fascio 776; orig.). — Le même au même, 1559, 7 septembre Rome (Arch. cit., fascio 709 :orig.).

belle-sœur, Marguerite d'Autriche : « Je vous assure que mon frère et moi et tous nos amis, après le service de Dieu, nous ne penserons qu'au service du roi d'Espagne’. »

Dans cette lamentable liquidation d’un passé pourtant glorieux, une seule chose intéressait Henri IT, c'était les mariages qu’en vertu du traité on allait célébrer à Paris. Car il aimait toujours passionnément les fêtes. D’un regard heureux, il suivait, il ordonnait les préparatifs de la réconciliation universelle. Une fièvre joyeuse animait toute la cour : on n’y parlait que de robes de soie, de bijoux, de triomphes, de comédies ?. En l'absence de Philippe IT, qui avait refusé l’invitation, c'était Emmanuel-Philibert de Savoie, le vainqueur de Saint-Quentin, la grande victime des Valois, l’exilé naguère miséreux, qu’on appelait pour présider à ce spectacle somptueux.

« Le sieur de Savoie aura à femme M" Marguerite de France*., » Ces simples mots constituent l’article le plus important du traité du Cateau-Cambrésis; comme le dit un contemporain, c’est « la clef de la paix et concorde universelle »*. Le mariage de la duchesse de Berry avec Emmanuel-Philibert, dont le projet, depuis plus de dix ans, a offert aux diplomates adverses l’occasion de se rapprocher et de négocier, va se réaliser enfin. Considéré par le roi de France comme un heureux incident de famille qui doit clore de trop longues guerres, ce mariage est le signe excellent du triomphe de la maison d’Autriche ; il marque la renonciation de la diplomatie française à ses vieilles thèses; il met fin aux guerres d'Italie et aux tentatives d'expansion politique de la France outre monts. Certes, Henri II ne vit pas

‘ Le card. Alex. Farnèse à Marguerite de Parme, 1559, 5 septembre, du conclave (Arch. de Naples, Carte Farnes., fascio 399, fascic. 2 ; orig.).

* Herc. Strozzi au duc de Mantoue, 1559, 16 avril, 9 mai, Paris: « … Siattende a dar ordine à giostre, a vestimenti richissimi et a una comedia che Marco Antonio buffone hà da fare per laquale si è fatto venire de’ molti recitanti italiani di Lione... » (Arch. d'Etat de Mantoue, Francia; orig.). — Ipp. Orio au card. de Farnèse, 4559, 19 mai, Milan: «Il conte Theofilo Calcagnino, ch’ stato à Vinegia et a Ferrara, passd hieri di qui, et porta alla Reina di Francia robba per 3 m. scudi, che sono 300 braccia di tela d’oro et d'argento, ormesini con oro, lavorati diversamente, et una veste per essa Reina di tela d'argento ricamata di cordoncini d’oro et gigli inserti con la ziffra sua di due D. D. che è molto ricca et vaga. » (Arch. de Naples, Carte Farnes., fasci nuovi, V : orig.). — Registres du Bureau de la Ville de Paris, t. V, p. 28-29.

* Article 34 du traité.

* Guill. ParaDiN, Chuonique de Savoye (Lyon, 1561, in-fol.).

la valeur et la portée de cet acte, et, sans doute, un seul prince, Emmanuel-Philibert lui-même, en estima tout Île prix. C’est pourquoi l’héritier de l’infortuné Charles IT se disposait allègrement à faire le dernier sacrifice que lui avaient demandé les négociateurs, à épouser la sœur du roi de France.

Les mémorialistes du xvi° siècle ont raconté la colère des soldats de l’armée de Piémont et les injures pittoresques dont ils couvrirent le nom de Marguerite de France en apprenant les clauses du traité. Les documents confirment et précisent le récit des Mémoires. La fureur du gouverneur Brissac fut émouvante, désespérée. Accablé de souffrances physiques et morales, torturé par la goutte, la fièvre et le « flux », le glorieux maréchal qui, pendant dix ans, avait vaincu les Espagnols et organisé le Piémont se mit à détruire son œuvre avec une rage folle. Sous prétexte de démolir les fortifications qu’il avait lui-même construites, il fit sauter à la mine des villes et des bourgs entiers, comme Moncalieri. Lui qui avait appliqué jusqu'alors au Piémont une administration modèle, si bien ordonnée que les peuples de l'Italie du Nord avaient souhaité de passer sous la domination française, il perdit tout sang-froid, livra Ie pays à ses soldats et le fit saccager par vengeance : les biens furent pillés, les femmes violées. Douloureusement surpris, Iles députés du Piémont vinrent dire à Henri Il qu'ils n'avaient jamais vu les Français commettre de pareils excès. Bien plus, Brissac lui-même prit sa part du pillage, et, dans les premiers Jours de mai, le Roi faisait arrêter à Lyon vingt-quatre mulets chargés des plus riches dépouilles que le maréchal avait envoyées en France. Les révoltes qui se produisirent après la conclusion de la paix, dans une population jusqu'alors favorable aux Français, furent le fruit de ces excès désespérés. HenriIl, pressé par sa sœur Marguerite, mit un terme aux débordements des soldats et de leur chef”.

Emmanuel-Philibert, prévoyant que les capitaines français seraient moins accommodants que leur roi, s’efforça de

1 J. Alvarotti au duc de Ferrare, 4559, 19 mars, La Ferté-Milon (Arch. d'Etat de Modène, Francia ; orig.). — Ippol. Orio au card. Farnèse, 4559, 19 mai, Milan (Arch. d'Etat de Naples, Carte Farnes., fasci nuovi, V; orig.). — Lionc Ricasoli au duc de Florence, 4559, 23 juin, Suse (Arch. d'Etat de Florence, Mediceo, 4594, fol.3 ; orig.).

recouvrer son bien avant qu'il fût trop endommagé. Le 21 avril arrivait à la cour de France le comte de Stroppiana, principal ministre du duc de Savoie ; il venait officiellement saluer Marguerite ; mais en réalité, il était chargé de presser la restitution des États subalpins. Il obtint de beaux résultats et, en rentrant à Bruxelles, il put attester « l’admirable inclination » du roi de France pour les intérêts du duc‘. Celui-ci profita de ces dispositions : quelques jours après, il envoyait l’auditeur Coconat avec mission d’obtenir de Henri Il qu'il arrêtât la démolition des forteresses de Piémont, démolition prévue par le traité?. A ces demandes, le gouvernement royal s’empressa de satisfaire. Le Connétable écrivit à Emmanuel-Philibert : « Quand il vous plaira envoyer quelques personnages pour passer au pays de Piémont et voir ce qui se fera tant aux démolitions d’aucunes places que autres choses ordonnées par le traité, vous trouverez que l'intention du Roi est telle et si favorable à votre endroit que meilleure ne la sauriez-vous désirer *, » Montmorency se montrait bienveillant au prince qui lui avait remis cinquante mille écus de sa rançon. Il fut donc décidé qu'on démantèlerait seulement les places menaçant les territoires restés français. Quant à la restitution des États de Savoie, il avait été accordé par les plénipotentiaires qu’elle ne serait exécutée qu'après la consommation du mariage ; au lendemain des noces, Henri IL devait donner à son gendre les lettres patentes de mise en possession. Or, le Roi, cédant à la prière de Marguerite, fit consigner, dès le début de mai, aux agents d’'Emmanuel-Philibert tous les lieux non fortifiés *. Marguerite s’employait avec un zèle ardent auprès de son frère et même, par lettres, auprès du roi d'Espagne pour

‘ J. Alvarotti au duc de Ferrare, 1559, 21 avril, Héricy (Arch. de Modène, Francia ; orig.). — P. Thiepolo au Sénat de Venise, 4559, 30 avril, Bruxelles (Arch. d'Etat de Venise, D. al Senato, Spagna ; chiffre orig.).

? Instructions à l'auditeur Coconat (Arch. d'Etat de Turin, Negociazioni, Francia, mazzo II : orig.).

* Montmorency au duc de Savoie, 4559, 29 mai (Arch. de Turin, Lettere principi, Francia, mazzo 11 ; orig.).

4 Le card. Trivulzio au card. de Naples, 1559, 20 avril-15 mai, Moret-Paris (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 463-489 v°; orig.). — Canobio à Paul IV, 1559, 9 mai, Bruxelles (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 314 vo ; orig.). — À de’ Nobili aux Anziani de Lucques, 1559, 17 mai, Bruxelles (Arch. d'État de Lucques,

Ambascerie, 587 ; orig.). — Le prince Alphonse d’Este au duc de Ferrare, 1559, 9 juin, Paris (Arch. de Modène, Alfonso II ; orig.).

favoriser les intérêts de son futur époux‘. Le duc de Savoie, en fait, ne répondait guère à cette bienveillance : pressés de recouvrer les anciens États de leur maître, ses agents encourageaient la rébellion parmi des sujets longtemps dociles à l’administration royale. On apprenait alors que les habitants de Bourg-en-Bresse se révoltaient « avec une notable insolence » contre là garnison française, et des mouvements aussi fâcheux se manifestaient en divers pays de la région alpine. Non sans candeur, Montmorency priait le duc de faire entendre raison à ces révoltés, qui devaient tant à la « bonne grâce et intention du roi »°.

Mais, à vrai dire, Henri IT et ses conseillers ne regardaient point ces détails ennuyeux. On ne pensait qu’à la joie des fêtes à venir.

Quel accueil attendait le vainqueur de Saint-Quentin dans cette cour où il allait entrer pour la première fois? Le Roi gardait-il un souvenir amer des heures qui avaient suivi la terrible «journée de Saint-Laurent » ? Le général de Charles- Quint et de Philippe IF, dont la victoire avait affolé Paris pendant plus d’un an, trouverait-il, à son arrivée, quelque rancune ou défiance ? Emmanuel-Philibert.n’'eut pas d’inquiétude ; il savait qu’on l’accueillerait « à cœur ouvert ». De loin, tous déjà lui faisaient fête. En termes affectueux, Catherine de Médicis exprimait son allégresse : « J’ai souhaité pour vous ce que je vois, lui écrivait-elle, et si jusqu à cette heure j'ai eu envie de m’employer en ce qui vous touche, je vous prie croire que d'ici en avant je m'y emploierai de toute telle affection que pour mes propres enfants’. » La reine oubliait ainsi l'opposition tragique qu’elle avait faite naguère aux clauses italiennes du traité de paix. Pareillement, la duchesse de Guise, Anne d’Este daignait « se conjouir infiniment » avec Emmanuel-Philibert*, et son mari,

1 Marguerite de France à Philippe Il, 4559, 47 mai, Paris: «... Cella m'a faict prendre la hardiesse de vous escrire et faire très humble requeste qu'il vous plaise de remetre la garnison qui est dans Verseil en la ville de Santya, laquelle, comme le Roy mon seigneur et frère m'a accordé, ne sera point démolie, ainsy que je donne cherge au président de L'Ospital vous faire entendre. » (Arch. nat., K 1492, B 10, n° 40 ; autogr.).

? Montmorency au duc de Savoie, 1559, 29 mai (Arch. de Turin, Lettere principi, Francia, mazzo 11 ; orig.).

8 Catherine de Médicis au duc de Savoie, 1559, 25 avril, Fontainebleau, publ. par H. de La Ferrière, Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 120.

4 Anne d’Este au duc de Savoie, 4359, 26 avril, Fontainebleau (Arch. d'Etat de Turin, Lettere principi, Lorena, mazzo 1; orig.).

François de Lorraine, jadis défenseur acharné de la guerre, montrait « aise et plaisir » de la paix‘. Henri II avait fait dire au duc de Savoie par le cardinal de Lorraine combien « singulièrement il le désirait » à sa cour ; puis il se plaignit qu'il ne vint pas assez tôt”. On retarda la cérémonie du mariage d'Elisabeth de France avec Philippe II pour permettre au duc d’y assister *. Marguerite, plus que tous, désireuse de voir son futur époux, montrait une vive impatience. Emmanuel-Philibert se défendait contre cette importune recherche en tirant prétexte de la gravité des affaires qui l'arrêtaient aux Pays-Bas‘. Lui ne s’abandonnait point aux tendresses sentimentales ; il réglait avec une froide méthode les comptes de son triste passé et préparait sa fortune nouvelle. A cette heure, dans toute l’Europe, l'héritier de Charles IT, jadis méprisé, jouissait d’une renommée incomparable. Huit jours après la signature du traité, le doge Riuli avait porté à l'ambassadeur de Savoie, Malopera, les solennelles félicitations de Venise. A l'empressement des marchands de Saint-Marc, Emmanuel-Philibert put mesurer son bonheur : de « mendiant » il devenait souverain*,.

Au début d'avril, le duc avait dépêché un courrier à Rome afin d'obtenir du pape un bref de dispense pour son mariage avec Marguerite de France. Le cardinal Pio de Carpi, parent de la maison de Savoie, présenta cette requête à Paul IV. Expédié le 14 avril, le bref fut apporté à Bruxelles le 296. Emmanuel-Philibert s’attarda encore plus d’un mois dans les Pays-Bas. Enfin, le 15 juin, il partit de Bruxelles, accompagné de deux cents cavaliers, « tous accoutrés en velours violet cramoisi, doublé de toile d’or, tout passementé d’or, et ses pages vêtus de velours noir ». Dans cette troupe qui allait au triomphe figuraient les conseillers fidèles du prince,

" Le duc de Guise au duc de Savoie, 4559, 26 avril, Fontainchleau (Arch. cit., Lorena, mazzo 1 ; orig.).

* Henri II au duc de Savoie, 4559, 29 avril. Fontaincbleau (Arch. de Turin, Lettere principi, Francia, mazzo1 ; orig.). — Le même au même, 559,9 juin, Paris (Arch. cit. ; orig.).

* Henri II au duc de Savoie, 1559, 44 juin, Paris (Arch. cit. ; orig.).

* Le duc de Savoie à Gio. Matteo da Cocona, 1559, 18 juin, Cambrai (Arch. de Turin, Lettere ministri, Francia, mazzo 1 : minute).

* Arch. de Turin, Lettere ministri, Venezia ; orig.

®Marchio Valerii au card. Farnèse, 1559, 15 avril, Rome (Arch. d'Etat de Naples, Carte Farnes., fascio 176 : orig.). — P. Thiepolo au Sénat de Venise, 1559, 30 avril, Bruxelles (Arch. d'Etat de Venise, D. al Senato, Spagna ; orig.)'

Pancalieri, Osasco, Du Bouchet et, devant tous, l’artisan de ce triomphe, le comte de Stroppiana‘. De Cambrai, le 18 juin, Emmanuel-Philibert annonça son arrivée à la cour de France. Le 21, vers six heures du soir, il entrait dans Paris; Henri II le reçut avec les honneurs royaux et « d’infinies caresses » et l’emmena loger au Louvre?.

Dans les premiers jours, les façons du duc de Savoie ne plurent guère aux gentilshommes français. Il montrait trop la rudesse du soldat et sa fameuse téte de fer était rebelle aux courbettes. Il se couvrait devant le Roi sans en avoir été prié. Tantôt il répondait aux courtoisies avec hauteur, tantôt il les accueillait par une grosse familiarité. Il répugnait aux déguisements somptueux et paraissait dans les cérémonies sous un costume dont la simplicité faisait scandale. Des observateurs malins attestèrent qu'il « caressait peu » M Marguerite. Les courtisans murmuraient contre ce général malappris. Mais le Roi aimait beaucoup les soldats : ses égards affectueux firent le duc plus civil*.

Le 15 juin étaient arrivés à Paris et descendus à l’hôtel de Villeroy trois représentants de Philippe IT, le duc d’Albe, le prince d'Orange et le comte d'Egmont, otages de la paix et ambassadeurs chargés d’épouser par procuration Elisabeth de Valois : cortège sans faste dont la pauvreté avait choqué la cour de France *. Quelques semaines auparavant, Henri IT avait fait porter à Bruxelles par un Vénitien, Marcantonio Sidonio, le portrait d’Elisabeth, que Philippe avait suspendu dans sa propre chambre. L'arrivée des ambassa-

4 Diaire d'Emmanuel-Philibert, publ. par L. Romrer (Mél. d'arch. et d’hist. de l'Ecole de Rome, t. XXX, p. 50). — Journal des voyages de Philippe II (coll. des Chroniques belges, Pouoge des souverains, t. IV, p. 68). —G. CLARETTA, La successione di Emanuele F'iliberto al trono sabaudo, p. 227.

2 J. Alvarotti au duc de Ferrare, 1559, 21 juin, Paris (Arch. d'Etat de Modène, Francia ; orig.). — Cf. Reg. du Bureau de la Ville de Paris, t. V, p. 81.

8 J, Alvarotti au duc de Ferrare, 4559, 24 juin, Paris; Giulio Raviglio au même, 4559, 24 juin, Paris (Arch. de Modène, Francia ; orig.).

4 Ils avaient quitté Bruxelles le 5 juin. Ott. Vivaldino au duc de Mantoue, 1359, 4 juin, Bruxelles (Arch, d'Etat de Mantoue, Fiandra ; orig.). — Cf. Reg. du Bureau de la Ville de Paris, t. V, p. 29-31.

5 P. Thiepelo au Sénat de Venise, 1559, 26 mai, Bruxelles: « II Re Che hà mandato a questo Seren»o Re per Marcantonio Sidonio. Venetiano, homo piacevole et faceto, il ritratto di sua figliola che hà da esser moglie di S. Mtà Cates, laquale lo hà molto volontieri ricevuto et fatto poner nella camera sua dove dorme. Questo Marcantonio hà modi mirabili colle piacevolezze et prontezze sue di farsi grato alli re et alli signori principali. Perd hà havuto dal Re Che in due volte presenti di mille scudi contanti et di una catena di 500, et hora hà

deurs espagnols fut l’occasion d’un incident significatif. Le Roï avait chargé l’amiral de Coligny et son frère, François d'Andelot, d'aller à la frontière, à Péronne, recevoir les envoyés du Catholique. Or, le 10 juin, s'était produit le scandale fameux du Parlement, la « mercuriale » suivie de l'arrestation d'Anne Dubourg et de six conseillers protestants. Coligny et son frère apprirent en cours de route cette arrestation ; ils feignirent alors d’être malades et refusèrent d’accomplir leur mission. Henri II dut envoyer l’un des fils du Connétable, François de Montmorency, pour recevoir et accompagner les grands seigneurs espagnols‘. A Notre- Dame, le 18 juin, en pompe solennelie, le roi de France prêta le serment de la paix”.

Les journées des 22 et 23 juin furentremplies par les fêtes du mariage d'Elisabeth de Valois ; le luxe lourd de‘cette fin de la Renaissance s'étalait dans Paris avec une abondance qui choqua les Italiens eux-mêmes. Coligny et d’Andelot, informés qu'on allait relâcher les conseillers hérétiques du Parlement, assistèrent, le 22, à la cérémonie de Notre-Dame. Le 24, on apprit le décès du cârdinal Trivulzio, — le légat qui avait tant travaillé pour la paix catholique, — mort au lieu de Saint-Mathurin, à cinq postes de Paris, d’une esquinanciet.

Enfin, le tour du duc de Savoie arriva. Sans pompe, le 28 juin, après souper, le Roi présida aux fiançailles d'Emmanuel-

carico da $S. Mtà Chma di far una solenne comedia, nella quale spenderà circa 25 m. scudi. » (Arch. de Venise, D. al Senato, Spagna ; orig.).

‘A. de Montmorency aux duc d’Albe, prince d'Orange et comte d'Egmont, 1559, 12 juin, Paris (Arch. roy. de Bruxelles, Audience, ne 232, fol. 419 : orig.). — J. Alvarotti au duc de Ferrare, 4559, 46 juin, Paris : « Il Re fu uno di questi di personalmente alla corte di Parlamento et fece retenire sei fra consiglieri et presidenti per causa del lutheranesmo, i quali furono condotti alla Bastiglia et dicono che sarano abbrugiati. Il che havendo inteso M. l’Amiraglio et M. d’Andalotto, che erano iti ad incontrare il duca d’Alva sino alli confini, fingendosi malati, non hanno voluto venire in Corte et sono rimasti fuori parecchie leghe di qua. Cosi mi ha detto ét affermato M. Hippolito Corgiano che stà con detto M. Amiraglio et che era ito seco a questo viaggio.…. » (Arch. de Modène, Francia ; orig.). — Confirmé par Giulio Raviglio au duc de Ferrare, 4559, 19 juin, Paris (Arch. de Modène, Francia ; orig.).

? Long récit par Alvarotti au duc de Ferrare, 1559, 18 juin, Paris (Arch. de Modène, Francia ; orig.).

°J. Alvarotti au duc de Ferrare, 1559, 23 juin, Paris : « L’Amiraglio et M. d'Andalot sono stati presenti alla cerimonia d'hier mattina, di modo che la cosa di quelli presidenti et consiglieri, che furono presi questi giorni per causa della religione, dovrà dare in nulla et cosi si andarà aumentando il disordine in questa materia.… » (Arch. de Modène, Francia ; orig.).

* Le même au même, 1559, 24 juin, Paris : «.… Il suo vescovato di Tolone

è Re donato al ser Girolamo della Rovere detto di Vinnuovo. » (Arch. cit. ; orig.).

Philibert avec Marguerite et le contrat de mariage fut signé. Le duc se montrait satisfait. [l écrivit au comte de Collegno l’un de ses confidents : « Je vous dirai seulement que le Roi Très-Chrétien, la Reine, les princes et les princesses de la cour manifestent une très grande allégresse et me font tant de signes d'amour que je ne le pourrais exprimer » ?. Les noces devaient être célébrées à Notre-Dame; on y avait construit à cette occasion des « théâtres et apprêts ». Montmorency, que les poètes appelaient alors « le Vulcain de la paix », dirigeait ces préparatifs. Une foule énorme avail envahi Paris, se pressait aux fenêtres et jusque sur le toit des maisons *.

Dans la grand’rue Saint-Antoine, près du palais des Tournelles, on avait dressé des lices, des arcs triomphaux, des estrades et tout l'appareil d’un grand tournoi‘. Les joutes y commencèrent au jour même des fiançailles, le mercredi 28 juin; elles devaient durer jusqu’au dimanche. Au cours des deux premières journées, Henri II se montra d’une maitrise incomparable dans la chevauchée et le jeu des armes : tout le monde l’admirait. Les principaux tenants furent, avec lui, le dauphin François, le duc Charles IIT de Lorraine, le duc de Guise, le prince Alphonse de Ferrare et le duc de Nemours. Parmi ces fêtes, il n’y avait de tristesse que dans les quartiers populaires où habitaient les pasteurs protestants et leurs humbles ouailles. Macar, ministre de l’Eglise réformée, écrivait alors à Calvin : « Une trêve semble nous être accordée jusqu’au 10 juillet, jour du mariage de Savoie. Ensuite le Roi se retournera contre nous de toutes ses forces ; il a une longue liste de noms de diverses classes de la société. Il ne nous attaquera pas tous à la fois, mais, brisant l’un après l’autre, il purgera peu à peu la France de ce qu’il appelle la secte luthérienne* ».

Le vendredi 30 juin, à cinq heures de l'après-midi, bien que déjà fatigué, Henri II voulut engager une nouvelle joute

1 L'év. de Fermo au card. de Naples, 1559, 1° juillet, Paris (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 497-498 ; orig.). Cf. les dépêches des ambassadeurs.

2 Le duc de Savoie au comte de Collegno, 1559, 80 juin, Paris (Arch. d'Etat de Turin, Lettere del duca ; orig.).

3 Marc-Claude de Burrer, Epithalame ou nosses de Emanuel-Philibert, duc de Savoye, et de Marguerite de France, duchessede Berry (Paris, Estienne, 1559, in-4c).

4 Reg. du Bureau de la Ville de Paris,t. V, p. 33.

5 Opera Calvini, t. XVII, p. 412.

avec le capitaine de ses gardes écossaises, Gabriel de Montgomery, fils du sieur de Lorges. La rencontre fut brutale. La lance de Montgomery porta sur la visière du Roi, se brisa et glissa en éclats sous le masque qu’elle releva : un gros éclat frappa le front au-dessus du sourcil droit et, déchirant la chair, vint s’enfoncer dans un coin de l'œil gauche ; plusieurs fragments percèrent l’œil même ; l'os frontal ne fut pas touché. On vit le Roi vaciller fortement vers la contrelice, puis vers la lice. Les spectateurs le crurent seulement étourdi par le coup. Il allait tomber à terre quand les gens se précipitèrent pour arrêter le cheval. On ôta le casque du malheureux prince : un flot de sang couvrit aussitôt son visage. À cette vue, le Dauphin et les reines, qui se trouvaient dans la tribune avec le duc de Savoie, le duc d’Albe et les cardinaux, s’évanouirent au milieu des dames de la cour qui poussaient des cris de douleur. On transporta le Roi au palais des Tournelles; le Connétable prit un bras du blessé, le cardinal de Lorraine et le duc de Guise l’autre, M. de Sancerre soutenait la têle, le prince de Condé et M. de Martigues saisirent les jambes. Au bas du grand escalier, Henri 11, « montrant cœur et vigueur de vrai roi », voulut monter à pied; on lui soutint seulement la tête, le buste et les bras. Derrière, suivait un autre cortège portant le Dauphin évanoui‘. Le blessé fut étendu sur un lit, au milieu de sa chambre. Comme le duc de Guise et le Connétable lui arrosaient les doigts de vinaigre, il retira ses mains sur sa

" Alphonse d'Este au duc de Ferrare, 1559, 30 juin, Paris (Arch. d'Etat de Modène, Alfonso IL ; orig.). — J. Alvarotti au duc de Ferrare, 4559, 30 juin, Paris (Arch. de Modène, Francia ; orig.). — L’év. de Fermo au card. de Naples, 1559, 30 juin, Paris (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 495 ; orig.). — Louis de Gonzague au duc de Mantoue, 15359, 4er juillet, Paris (Arch. d’État de Mantoue, Francia ; orig.). — Vinc. Guerrero à Octave Farnèse, 4559, 4or juillet, Paris (Arch. d'Etat de Parme, Francia ; orig.). — Voici la forme et la longueur des éclats de bois fichés dans l’œil du Roi, d’après les dessins de L. de Gonzague et de l’évêque de Fermo :

RS D 0 a ct

Cf. l'autopsie de Henri II par Ambroise Paré, Œuvres, éd. Malgaigne, t. I, d. 95.

poitrine en forme de dévotion, leva vers le ciel son œil non blessé, se frappa deux fois la poitrine dans une attitude de contrition ardente et murmura, atteste le prince de Ferrare qui se trouvait auprès de lui, « quinze ou seize mots de prière ». À regret, on suspendit « pour quelques jours » les tournois et les comédies !.

À Paris, en France, dans toute l’Europe, l'émotion fut énorme. « Plaise à la bonté divine, écrivait le nonce, que les suites de cet accident soient conformes aux besoins de la république chrétienne et particulièrement de la religion catholique, pour le bien de laquelle Sa Majesté se montrait d'heure en heure plus ardente. Déjà, j'apprends que le conseiller Dubourg, de plus en plus obstiné, a été condamné à la destitution et livré au bras séculier?. » À Bruxelles, les courtisans de Philippe IT prédirent que la mort du roi de France porterait un coup funeste à la religion catholique*. Quant aux protestants, ils virent dans cet accident la justice de Dieu. « Les jugements de Dieu sont un profond abime qui s’éclaire parfois d’une lumière plus éclatante que celle du soleil, écrit à Calvin un ministre de Paris. La tempête terrible de la persécution qui avait bouleversétout ce royaume, sans épargner presque aucune ville ni aucun bourg, s’apaisera peut-être par ce coup de la Providence. »

Des cavaliers partirent dans toutes les directions à la recherche des médecins célèbres. Le duc de Savoie dépêcha

* Le prince Alphonse d’Este au duc de Ferrare, 1559, 30 juin, Paris : «Montando la scala S. Mtù hà sempre mutato i piedi di grado in grado da lei medesima, sendo pero sostenuta della testa, delle braccia et del busto, mostrando cuore et vigore veramente da re : et quando à stata distesa sopra il suo letto in mezo della camera, tenendolo una mano M. di Guisa et l’altra M. il Conestabile et bagniandogliele di vino, $. Mtà le hà ritirate a se et hà aperto l'occhio stanco, guardando verso il cielo, et posto le mani in devotione, et stata alquanto cosi, si hà dato due volte d’una mano sul petto, mostrando grandissima contritione et dicendo piano quindi à sedici parole ; et poil si è accommodata per farsi medicare, et allhora si sono accostati li medici et gli hanno tirato cinque schieggi fuor della ferita che comincia fra le due ciglia et tira sopra l’occhio dritto. Et benchè S. Mtè sia stata molto patiente, non hà pero potuto fare di non cridare ben forte... » (Arch. de Modène, Francia ; orig.).

? L'év. de Fermo au card. de Naples, 1559, 4er juillet, Paris (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 498 ; orig.).

3 Le comte de Feria à l’év. d’Aquila, 1559, 9 juillet, Gand (Relations politiques des Pays-Bas et de l'Angleterre, t. 1, p. 558).

+ Opera Calvini, t. XVII.

l’un de ses serviteurs à Bruxelles pour avertir l’illustre anatomiste André Vésale. Celui-ci, envoyé par Philippe IT avec un autre chirurgien, quitta la cour d'Espagne le 2 juillet et arriva le lendemain à Paris. Ambroise Paré, convoqué par Jean Chapelain, premier médecin du Roi, vint aussi assister le blessé *.

En attendant l’arrivée de ces « oracles »°, Chapelain et les chirurgiens ordinaires avaient fait les premiers pansements. La blessure parut tout de suite très grave. Quand les reines, remises de leur évanouissement, vinrent aux Tournelles, elles trouvèrent Henri secoué par d’horribles vomissements. Les médecins lui arrachèrent du front, de l’œil et de la tempe cinq éclats de bois, dont l’un, de la longueur d’un doigt, était piqué au-dessus du sourcil. Le blessé souffrit cette terrible opération avec un courage étonnant ; une seule fois la douleur trop vive lui fit pousser un grand cri. Après avoir lavé et pansé la plaie au blanc d'œuf, les « artistes » administrèrent au patient une médecine chargée qu'il rendit trois heures plus tard ; puis ils laissèrent le malheureux en proie à la fièvre. On craignait une issue rapide *.

La première nuit fut veillée par la reine Catherine, le duc de Savoie et le cardinal de Lorraine jusqu’à trois heures du matin, ensuite par le duc de Guise et Alphonse d’Este jusqu’à l’aurore. Les Guises semblaient monter la garde auprès du moribond. Pourtant, les jours suivants, ils ne purent empêcher Montmorency de soigner le maître qui l'avait tant aimé. Mais Diane de Poitiers n’osa pénétrer dans cette chambre, de peur d’en être chassée par la Reine : la vieille

‘ Lione Ricasoli au duc de Florence, 1559, 2 juillet, Cosne : « Trovandomi lontano da Parigi xv poste, passd un cavalcatore del Re che andava con gran diligenza per un medico a Lione, et disse che il Re era stato ferito d’una lanciata in giostra. » (Arch. d'Etat de Florence, Mediceo, 4594, fol. 13 ; orig.). — G. Roviglio au duc de Ferrare, 1559, 3 juillet, Paris : « Subito che S. Mtà fu ferita, il s' duca di Savoia espediin Fiandra per il Vesalio, valentissimo cirurgico, il quale è gionto qui hoggi. Si starà aspettando hora il suo oraculo. » (Arch. d'État de Modène, Francia; orig.). — Journal des voyages de Philippe IL, p. 68-69. — A..Paré, Œuvres, éd. Malgaigne, t. IT, p. 25. — Dr Le PAULMIER, Ambroise Paré (Paris, 1884, in-8c), p. 51. — André Vésale, premier médecin de Charles-Quint, puis de Philippe IT, avait publié des Planches anatomiques (Venise, 1538, in-fol.) et De humani corporis fabrica (Bâle, 1548, in-fol.).

? Le mot est du temps.

* Sources supra cit. — Louis de Gonzague au duc de Mantoue, 1559, 4er juillet, Paris: « Hor messo in letto, gli medici deliberorno di darci una medicina pi reubarbaro et momia et ucolepo rosato, se ben mi raccordo, laqual tenuta tre o quatro hore la vomito tutta. » (Arch. d'Etat de Mantoue. Francia; orig.).

et cupide favorite ne revit plus son amant. Le blessé passa la nuit sans trop se plaindre ; seulement, il se retournait sur son lit, demandait à boire et s’endormait par moments d’un sommeil lourd.

Le lendemain matin, 1° juillet, l’état du Roi parut meilleur. Le souverain gisait, assoupi ou abattu, sans proférer ni plainte, ni parole, répondant par un murmure aux questions qu’on lui adressait, tenant fermé son œil resté indemne, de sorte qu’il semblait dormir sans cesse. À dix heures, les médecins arrivèrent. Ils défirent le bandage et constatèrent alors que l'os frontal n'était pas atteint, mais que l’œil gauche était perdu. Pour ne pas raviver la souffrance, ils ne lavèrent la plaie que superticiellement. Ils se montrèrent satisfaits. Le Dauphin, mis en présence de son père, s’évanouit deux fois de suite et, dès lors, on s’efforca de lui faire garder le lit. Après le pansement, à onze heures, on présenta au malade une « gelée » et d’autres nourritures spéciales : il mangea sans faim, pour boire. Puis il s’endormit profondément, se réveillant seulement de temps en temps pour demander à boire. Le pouls était à peine agité. A quatre heures du soir, la fièvre tomba. Cependant, les médecins analysaient l'urine : ils la trouvèrent « vraiment un peu altérée », mais ils prétendirent que d'ordinaire le Roi en faisait de semblable?.

4 L. de Gonzague au duc de Mantoue, 1559, 4er juillet, Paris : « Alle tre hore dopoi mezza notte, ritornai la et in qual instante S. Mtà fece suo bisognio naturale, pero non della medicina. Cosi mi informai come era stato : mi dissero che havea riposato et che mai d non pocho si era lamentato ; et mentre che son stato con S. Mtè, mai non s’è lamentato, ma, voltandosi per il letto, dormia molti pezzi profondamente senza vanezzare mai; ma quello che vi accade è che spesso dimande a bere, ma non gli danno senon un pocho di giolippo con aqua ben mescolato, et cio gli danno molto raro; pero dimanda quasi ad ogni mezzhora a lavarse la bocha di aqua et gli concedono. » (Arch. de Mantoue, Francia ; orig.). — G. Roviglio au duc de Ferrare, 1er juillet, Paris : «S. Mt è stata vegliata dalla Reina, dal duca di Savoia et da Mons. Ill” di Lorena, et nella segonda muda, che comintid alle tre hore doppo meza notte, è stata vegliata dal sr principe et da Mons. di Guisa... Fino a quest’ hora non è entrata anchora Madama di Valentinois nella camera del Re per dubbio che hà che la Regina non la cacciasse. » (Arch. de Modène, Francia ; orig.). G. Roviglio était le secrétaire du prince Alphonse d’Éste, qui resta au chevet de Henri II jusqu’à sa mort. — J. Alvarotti au duc de Ferrare, 1559, 6 juillet, Paris : « Nella camera di S. Mt vi entrano pochissime personne: la Regina, il Conestabile, il card. Lorena, M. di Guisa, il sr principe nostro et il s' duca di Savoia. Madama Siniscialla non vi entrd dalla sera della ferita per paura di non esserne cacciata dalla Regina. » (Arch. de Modène, Francia ; orig.).

? L. de Gonzague au duc de Mantoue, 1559, 1e juillet, Paris : « Questa matina cifcha alle 10 hore lo hano medicato et non vi ci hano altramente tocho per non Sdegniar la ferita et non indolentargli gli nervi. Solo hano visto che l’osso non è rotto, che è buona nuova, nè schietato. Ma, a quello che posson

Le 2 juillet, on vit le blessé reprendre vie ; il parla nettement et donna des preuves de son courage. Mais il souffrit du pansement plus que le jour précédent et les médecins, impressionnés par ses cris, commirent une seconde fois la faute de ne pas neltoyer la plaie à fond. Henri montrait une grande piété. Il demanda à voir celui qui l’avait blessé, et comme on lui dit que Montgomery s'était enfui de Paris, désespéré, il en fut attristé : « Il faut à tout prix le faire venir, dit-il. Qu'’a-t-il à craindre ? Je sais bien que cet accidentest arrivé non par sa faute, mais par un mauvais hasard‘. » Autour du Roi qui souffrait en priant, les intrigues et les rivalilés commençaient de s’exaspérer. Les Guises regardaient l'avenir ; ils parlaient de mettre en accusalion le Connétable sous prétexte que celui-ci avait mal attaché la visière de son maître avant la joute fatale. Montmorency, lui, était affolé, il errait dans les Tournelles, poursuivant les médecins de ses questions angoissées; il fit conserver le cadavre d’un pauvre homme assassiné dans Paris, afin que le chirurgien Vésale, à son arrivée, lui expliquât l'anatomie du crâne humain et les effets de la blessure du Roi?.

giudicare, un certo nervo del occhio è tocco, quale tocco gli medici dicono che l'occhio è ispedito... Alle undeci hore gli detero a disinar non so che geliada artificiata et altre cosete apartenenti a simili mali, dove ha mangiato, non per fame ma per bere. Cosi, dopoi desinato, si è sempre riposato quasi sempre dormendo de’ pezzi molto profondamente, ma sempre perseverava di lavarsi la boccha et alcune volte bere, non mai lamentandosi ma molto pacientemente sofrendo ogni dissaggio et male. Hà urinato, et gli medici, che conoscono la loro complessione, dicorno che veramente la urina è un pocho alterata, ma che sole nella sua bona sanità farne di simili, non lasciando pero di dire che dopoi la botta hauta finhora il polso è stato un pocho alterato, pero come niente. Hora stava quasi del tutto libero, che son le 4 hore dopoi mezzogiorno. » (Arch. d'Etat de Mantoue, Francia ; orig.). — Scipion Piovene au card. de Ferrare, 1559, 1er juillet, Paris : « Già S. Mü & stata medicata due volte et non li è venuto niun caîtivo accidente et sene spera bene... Il più paciente amalato non si vide mai, perchè non si lamenta nè parla quasi mai, senon che a pena risponde una paroletta quando li vien adimandato qualche cosa ; dorme assai e non guarda quasi mai niuno col bon occhio, tenendolo di continuo serrato. » (Arch. d'Etat de Modène, Francia ; orig.).

‘G. Roviglio au duc de Ferrare, 1559, 2 juillet, Paris : « S. Mtà parla molto francamente et mostra molto core, ma nel medicarsi si teme assai et molto si duole, et di questo nasce, che per mio parere non è buono, che li medici li vano con molto rispetto a causa di non farli male, et forsi potriano essere causa di maggior danno….. Il Re Delfino, dall’ hora a questa che vide il padre ferito, oltre a due volte che cade, presente il Re, in angoscia, è stato sempre in letto et indisposto... M. di Lorz, quello che hà dato il colpo al Re, si è absentato dalla corte et molto disperato, laqual cosa havendo intesa il Re, dicono che l’hà fatto intendere che ad ogni modo venghi in corte, che altramente si sentiria da lui molto offeso, et che non dubiti di cosa alcuna, sapendo molto bene esso chel caso non è avenuto per sua deliberatione ma per fortuna.…. » (Arch. de Modène, Francia : orig.).

* G. Roviglio au duc de Ferrare, 4559, 4er-3 juillet, Paris : « … M. Contesta-

LA MORT DE HENRI Il 385

Les journées des 3 et 4 juillet furent excellentes. André Vésale était arrivé ; on espérait sauver le souverain et même le guérir à bref délai. Le malade demanda qu’on fit de la musique dans sa chambre, et il prit à l'écouter un très vif plaisir. Ilexprima le vœu de se rendre à pied, s’il guérissait, en pèlerinage à Notre-Dame de Cléry, près d'Orléans. Enfin, jugeant « qu’il n’était pas honnête que tant de gentilshommes eussent fait de grosses dépenses inutilement », il ordonna que les fêtes et les joutes reprendraient le dimanche suivant. Joyeuse, la cour se prépara à de nouveaux divertissements ‘.

Dans la journée du 3 juillet, le Roi s'était inquiété de nouveau des protestants ; avec la vie renaissait son zèle contre l’hérésie. Il dicta une lettre adressée à l’ambassadeur de France à Rome; après lui avoir annoncé l'arrestation d'Anne Dubourg et des parlementaires « luthériens », il ajoutait : « J'espère bien, puisque Dieu m’a donné la paix, d'employer le temps et les forces que j'aurai à faire punir, châtier et extirper tous ceux qui se trouveront imitateurs de ces nouvelles doctrines, sans y épargner personne, de quelque qualité ou dignité qu'ils soient; en sorte que j’en purgerai mon royaume s’il est au monde possible. Ce vous pourrez, à l’occasion, faire connaître à Notre Saint-Père et ailleurs où besoin sera?. »

Subitement, dans la soirée du 4 juillet, la fièvre monta très vite et de violentes douleurs se firent sentir à la nuque. Les médecins, appelés en hâte, déclarèrent gravement le cas désespéré. Les symptômes indiquaientet, plus tard, l’autopsie confirma qu’un abcès s’était formé dans la tête. Un deuil plus profond et plus agité que le premier s'empara de la

bile & tanto curioso de l’accidente del Re che, essendo stato amazzato hieri un povero huomo, lo hà fatto serbare fino all’ arrivo del Vesalio et vuole che esso li mostri nella testa del morto l’anatomia della botta del Re, il che sarà hoggi...» (Arch. cit. ; orig.).

4 G. Raviglio au duc de Ferrare, 1559, 3 juillet, Paris : «Le cose di S. Mt, Iddi gratia, vanno ogni di megliorando... S. Mtà, per recrearsi un poco, hà addimandato hoggi la musica, laquale se gli è fatta et hà mostrato di cio molto contento et molta sodisfatione... $S. Mtà hà dato ordine che si seguita le feste, non essendo honesto che tanti cavalieri che hanno speso infinitamente habbino gettato la spesa et la fatica,... di modo che per domenica che viene si comintiaranno le giostre et si andrà seguitando quello che era ordinato. » (Arch. de Modène, Francia ; orig.). — J. Alvarotti au même, 3-5 juillet, Paris (Arch. cit. ; orig.).

2 Cf. Lemonnier, Histoire de France, t. V, 2, p. 247. IL. 25

cour. L'approche de la mort fit lever des rumeurs sinistres. Des gens s’écriaient tout haut que les « Luthériens » menaçaient la sécurité du royaume. Les Guises ou leurs amis tenaient des conciliabules, où ils dénonçaient l’alliance hérétique des Bourbons et des Montmorency, — de Coligny, d'Andelot et du roi de Navarre, — pour préparer l’émeute etinstaurer « la maudite secte ». En dehors du palais, une stupeur pesait sur Paris’.

Le 8 juillet, les médecins condamnèrent définitivement le Roi. La fièvre se maintenait à un degré très élevé, la tête était enflée, le visage tuméfié, la plaie de mauvais aspect. Henri IT eut encore la force de faire écrire par le Dauphin une lettre à son ambassadeur à Bruxelles, le priant d’invoquer la protection du roi d'Espagne pour son peuple et pour son fils #près sa mort. Pauvre et naïf Valois! Il autorisait ainsi d'avance toutes les intrigues de Philippe IL. Puis commença une longue agonie : le malade, aveuglé, ne donnait plus signe d'intelligence que par secousses ?.

La journée du 9 fut infiniment triste. C'était un dimanche. A l'aurore, on donna la communion au moribond, qui parut la recevoir avec une grande piété. On le pansa de nouveau: la plaie était sèche. Les médecins annoncèrent la mort. Le Roi eut un moment de lucidité pour demander son fils. On lui amena le Dauphin. Il mit longtemps à le reconnaître, car

* J. Alvarotti au duc de Ferrare, 1559, 6 juillet, Paris : «É opinione di molti che l’'Armiraglio, M. d’Andalot et M. Sciatiglion si dovessero hora unire col re di Navarra, che dovessero col Lutheranismo dare grandissimo disturbo a questo regno, essendo questa maledetta setta in tanto colmo che è un stupore. » (Arch. de Modène, Francia ; orig.). — Lione Ricasoli au duc de Florence, 1359, 7 juillet, Paris: «Il Palazzo hà quasi mutato le nozze in mortorio. Dà grandissima alteratione a ciascuno di questo regno per infiniti rispetti et massime per la cosa de’ Luterani, laquale ci è di non piccola importanza...» (Arch. d'Etat de Florence, Mediceo, 4594, fol. 21 ; orig.).

? Philippe IT à l’év. d’Aquila, 4559, 12 juillet, Gand ; annonce la mort de Henri I, «de que yo quedo con la pena y sentimiento que es razon por el amor y amistad que entre nos ostro avia, y por el gran zelo que mostrava tener al remedie de las cosas publicas y tes de la christiandad. Dos dias antes que fallesciesse y a quando eslava su salud casi desesperada, me vino a hablar su embaxador que aqui reside, y me dixo como tenia una carta de mano del Rey Delfin en que le mandava que me dixesse como el Rey su padre le avia mandado ÿ encargado con mucho encarescimento que me tuuiesse por padre y guardasse comigo elrespecto y amistad que con el tenia.… » (Arch. nat., K 1492, B 40, ne 53 ; orig.). — G. Raviglio au duc de Ferrare, 1559, 8 juillet, Paris : « El Re in tutto et per tutto hà poco termine di vita, et li medici l'hanno come espedito. I segnali sono brutti: la febre & ardentissima, la et segk è enfiata, et la piaga non arena... » (Arch, de Modène, Francia ; orig.).

il ne pouvait même plus ouvrir son œil non blessé. Enfin, il prit les mains de son héritier et murmura : « Mon fils, vous allez être sans père, mais non sans ma bénédiction. Je prie Dieu qu’il vous rende plus heureux que je n'ai été. » Et il esquissa un geste pour bénir. Le Dauphin s’évanouit encore une fois, ainsi que M"° Marguerite qui assistait à cette scène. Pendant toute la journée, l'état de l'héritier du trône inspira beaucoup d'inquiétude aux personnes de la cour. Ce lamentable adolescent errait dans le palais, « battant de la tête contre les murs » et criant : « Mon Dieu, comment pourrai-je vivre si mon père meurt! » On craignait qu'il ne devint fou. La reine Catherine s’occupait beaucoup plus de son fils que de son mari. Scènes navrantes qu’interrompaient des bruits de disputes; déjà, dans les corridors du palais, éclataient des altercations entre les Guises et les Bourbons au sujet de la tutelle du futur roi. Ce jour-là, une grande procession se déroula à travers Paris pour demander au ciel la guérison de Henri Il; on sortit les châsses de « Monseigneur saint Marcel et de Madame sainte Geneviève », la « vraie croix », la « sainte couronne d’épines », le « fer de la lance », les « chefs saint Charlemagne et saint Louis », tous les reliquaires des ordres mendiants, les croix et les bannières des paroisses!.

Le soir, les médecins administrèrent au Roi des narcotiques et parlèrent, comme ressource désespérée, de lui faire l'opération du trépan. En attendant, ils défirent le bandage de la tête pour un nouveau pansement : la plaie, sèche le matin, se remplit d’un pus abondant. Le malade parut soulagé et se remit à parler. Maisles médecins s’aperçurent que son corps était couvert de sueur ; ils déclarèrent que c'était

4 G. Raviglio au duc de Ferrare, 1559, 9 juillet, Paris : «Questa mattina alla levata del sole hanno communicato S. Mt, et essa con molta divotione hà preso il Santo Sacramento. Dipoi l’hanno sfasciata la testa per medicarlo et hanno trovato la piaga molto secca, et si stà aspettando che li uscisse l’'anima.. Come si trovi la Corte afflitta et sconsolata V. Ecc. lo puote considerare. Ma saprà in particolare come il povero Delfino va battendo la testa ne’ muri et va dicendo : Mon Dio ! come potr io vivere se mio padre more! che dà a chi l’ascolta un tormento mirabile...» Le même, 10 juillet: « Hieri il Re fece venire a se il Delfino e presolo per la mano cosi alla cieca, perchè hà tenuto sempre fasciato gli occhi, li disse: Figliuolo, voi se starete senza padre, ma non già senza la mia beneditione, accio che Iddio v'habbi più a far fortunato che non sono stato io ! et, tratto fuori la mano, li diede la sua benedittione. Il Re Delfino, subito vinto dalla pietà, venne meno, et altretanto ne fece Madama di Savoia che si trovd presente in questo atto...» (Arch. de Modène, Francia; orig.). — Reg. du Bureau de la Ville de Paris, t. V, p. 33-34.

« la sueur de la mort» et ils l’abandonnèrent. Henri II passa la nuit tranquille et dormit bien‘.

C’est pendant cette nuit qu’eut lieu le mariage d’'Emmanuel-Philibert de Savoie avec Marguerite de France. Quelques historiens ont raconté que la cérémonie aurait été célébrée dans la petite église de Saint-Paul, à la lueur des torches, en présence de Catherine de Médicis pleurant au bancroyal. En réalité, ces noces funèbres se firent dans la chambre d'Élisabeth de Valois, nouvelle reine d’Espagne. Catherine n’y assistait pas : souffrante, elle était couchée dans un appartement voisin *.

Le 10 juillet, à neuf heures du matin, Henri II reçut l’extrème-onction. Sur ces entrefaites arrivait un gentilhomme espagnol, le marquis de Berghes, venant de Bruxelles. Il transmit les condoléances de Philippe IT à la jeune Elisabeth et à la reine Catherine. Puis, assisté du duc d’Albe et de Ruy Gomez de Silva, qui se trouvaient encore à Paris, 1l déclara au Conseil que son maître, suivant la prière du moribond, était prêt à intervenir pour protéger les affaires du Dauphin si des troubles menaçaient le royaume. Au même instant, le hruit courut dans le palais que les partisans des Montmorency et des Bourbons s’armaient *.

À une heure de l'après-midi, Henri Il expira. Il était âgé de quarante ans, quatre mois et dix jours; il avait régné douze ans, trois mois et onze Jours. L’autopsie révéla que l’abcès avait « altéré la substance du cerveau environ la grandeur d'un pouce ». Pendant ces dix jours de souffrances, le malheureux Roi avait gagné tous les cœurs. Emmanuel-

1 G. Raviglio au duc de Eerrare, 1559, 9 juillet, Paris : « Per ultimo rimedio li medici hanno trovato di farli alcune fumotationi per farlo addormentare e questo per trapanarlo et usare l’ultimo rimedio... » Le imnême, 40 juillet : « Hieri sera, nel medicare S. Mtà hanno trovato che la piaga haveva getato molto et che S. Mtà parlava francamente, cosa che non hà fatto già tre giorni, ma oltre di cio gli era venuto un sudore... Fino a quest’ hora, che è circha le sei hore doppo mezza notte, s’intende che S. Mtà hà ben riposata questa notte. » (Arch. de Modène, Francia ; orig.).

* J. Alvarotti et G. Raviglio au duc de Ferrare, 1359, 40 juillet, Paris: «Hieri di sera si fece lo sponsalitio di Madama Margherita che fu in camera della Reina catholica, ma molto privato, et scoprendosi nel viso di tutti uno estremo dolore. La Reina non ve si trovd, essendo lei in letto et molto indisposta. » (Arch. de Modène, Francia ; orig.).

$ J. Alvarotti au duc de Ferrare, 1559, 40 juillet, Paris (Arch. de Modène, Francia ; orig.). — G. Raviglio au même, 10 juillet (Arch. cit. ; orig.).

Philibert, endurei par tant de misères passées, ne put contenir son émotion : « De ma part, écrivit-il au comte de Collegno, j'éprouve une douleur inexprimable de celte mort, voyant disparaître celui qui m'avait témoigné autant d'amour et de bonté que l’empereur Charles-Quint: car mon père lui-même ne m'aurait pas accueilli dans ses bras avec plus d’affeclion que ce bon Roi. Tous, nous sommes restés pénétrés de la plus grande tristesse du monde. »

Cependant, la peste sévissait dans le royaume, surlout en Provence ; à Paris même, quelques maisons étaient atteintes. Sur la capitale pesait un calme sinistre : les cloches n'avaient pas sonné depuis l'accident. Les bourgeois en deuil allaient répétant que la moitié des sujets du royaume étaient « luthériens »; ils regrettaient la mort du prince qui avait promis de « brûler un nombre infini des novateurs ». On rapportait ses dernières paroles : « Que mon peuple persiste et demeure ferme en la foi. » D’aucuns prédisaient une révolution. La plupart étaient en larmes. Dans toute l'Europe comme en France, les catholiques accucillirent la nouvelle de cette mort avec consternation. D’Augsbourg, le 22 juillet, le P. Canisius écrivait au P. Laynez, général des Jésuites : «On ne peut dire combien les catholiques sont peinés de la mort imprévue de Henri*. »

Le 12 août 1559, le corps du défunt fut porté à Saint-Denis et, le lendemain, enseveli. Cinq jours après, le 19, on brûla, sur la place Maubert, Marguerite Leriche, dame de La Caille, « obstinée en son hérésie ». « C'est une chose étonnante, disait un contemporain, le Vénitien Thiepolo, qu’en brülant une personne presque chaque semaine on n'arrive pas à

1 Le duc de Savoie au comte de Collegno, 1559, 41 juillet, Paris (Arch. d'Etat de Turin, Lettere del duca ; orig.). — Kr. Beccio à la duch. de Mantoue, 1559, 40 juillet, Paris (Arch. d'Etat de Mantoue, Francia ; orig.). — G. Raviglio au duc de Ferrare, 1559, 40 juillet, Paris (Arch. de Modène, Francia ; orig.). — Dino Serdini aux Ansiant de Lucques, 4539, 40 juillet, Paris (Arch. d'Etat de Lucques, Ambascerie, 587; orig.). -— A. Pané, Œuvres, éd. Malgaigne, t. IT, p. 22.

2 Dino Serdini aux Anziani de Lucques, 1559, 27 juillet, Paris : «... Secondo dicono qua comunemente, quasi la melà dé Francesi sono strati in la nuova religione, a tale che se il re Henrico non moriria, havea ordinato di facere brugiare un numero infinito di questo nuovo. » (Arch. de Lucques, Ambascerie, 581; orig.). — Adr. Saraceni à la Balia de Sienne, 1559, 25 juillet, Rome (Arch. d'Etat de Sienne, Lett. alla Balia, CCXXII, 50 ; orig.). — Le P. Canisius au P. J. Laynez, 4559, 22 juillet, Augsburg (Otto BRAUNSBERGER, Beati Petri Canisi S. J. epistulae el acta, t. II, p. 480). — Reg. du Bureau de la Ville de Parts CANIN OE

éteindre le feu de l’hérésie, mais qu'au contraire il augmente de jour en jour‘. »

P. Thiepolo au Sénat de Venise, 1559, 40 juillet, Gand (Arch. d'Etat de Venise, D. al Senato, Spagna ; orig.). — L'év. de Fermo au card. de Naples,

1559, 143 août, Paris (Arch. vatic., Principi, XI, fol. 504 ; orig.). — Le card. de Lorraine au duc de Ferrare, 1559, 20 août, Saint-Germain (Arch. de Modène, Cardinali; orig.). — Cresri, Histoire des martyrs, fol. 509.

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