IL. D
ner, toute l’habileté diplomatique du duc de Florence. A Rome, au mois de mars, les fuorusciti renouvelèrent leurs supplications, appuyées par Monluc en personne, qui était venu visiter son chef. Mais ces efforts se brisèrent contre la volonté du pape de ne pas faire la guerre à Cosme de Médicis. La République exigea au moins qu'on garnît abondamment les places, que le Roi envoyât des deniers pour tirer les citoyens de misère et surtout qu’on laissât Monluc à la tête du pays fort menacé. De fait, dès le 10 mars, les Espagnols, envahissant le territoire, y avaient saisi des troupeaux de bétail?. Une petile guerre de sièges et d’escarmouches se poursuivit en Toscane, sans grand résultat, pendant que le duc de Guise dirigeait la campagne des Abruzzes*. A défaut de plus amples satisfactions, les habitants voulaient être défendus sérieusement et pouvoir faire la récolte à leur aise ; ils se débattaient toujours contre la famine. En mai, ils dépêchèrent au camp de Guise Andrea Landucci, ambassadeur à Rome, pour supplier le général de leur envoyer de nouvelles troupes*. Monluc lui-même se rendit à Civitella, laissant comme gouverneur intérimaire Henri de Mesmes, sieur de Roissy et de Malassise. Finalement, dans les derniers jours de juillet, la République signait avec le duc de Florence une trêve de cinq ans : c'était surtout un expédient pour faire la récolte en paix”.
Le 3 juillet 1557, Philippe II avait cédé à Cosme de Médicis ses droits de souveraineté sur Sienne. Les fuorusciti en furent tout démoralisés, et quelques défections se produisirent parmi eux ‘. Le retour de Strozzi, qui rapportait de France l'ordre de continuer la guerre dans l’Italie centrale, leur rendit un peu d'espoir’. Mais ces illusions ne durèrent
* Arch. de Sienne, Del. Montalcino, VIL, fol. 70-71. — « Memoriale di Andrea Landucci ». (Bibl. Nat., ms, fr. 20511, fol. 449; orig.).
? J. Grandi au d. de Ferrare, 1557, 16 mars, Rome (Arch. de Modène, Roma ; orig.).
* Sur les opérations militaires, voy. l'étude très précise de P. COURTEAULT, Op. cit., pp. 323 et suiv.
* Le d. de Guise à la république de Montalcino, 1557, 22 mai, « campo della pianura di Nereto » (Arch. de Sienne, Montalcino, Lett. al governo, 1557; trad. ital.).
* V. Buoncambi à Octave Farnèse, 4557, 31 juillet, Rome (Arch. de Parme, Roma ; orig.).
* Gianfiglazzi au d. de Florence, 1557, 7 août, Rome (Mediceo, 3277, fol. 80 ; orig.).
* Arch. de Sienne, Del. Montalcino, VIII, fol. 68. — Le d..de Somma à la
pas. Le vendredi, 27 août, Monluc réunissait les magistrats et les principaux citoyens, et leur annonçait le désastre de Saint-Quentin : il les exhorta au courage et à la constance :. Is écrivirent aussitôt à Guise pour lui demander du secours dans leur désarroi. Que pouvait-il répondre ? Cependant, au moment de disloquer son armée, avant de rentrer en France, le duc envoyait à Montalcino treize enseignes de Gascons, — tristes soldats, débris lamentables, qui se traînaient sur les routes, « marchant plus avec le bâton qu'avec la pique ». Leur venue ne pouvait qu’augmenter la misère générale. Il fallut, pour garder debout tant de choses croulantes et relever les cœurs déprimés, l'extraordinaire nature de Monluc, « traictant les uns gracieusement, les autres rudement et paissant les autres de espérance »°.
* LS Ru
Pendant cette année 1557, soit que le gouvernement de Monluc, beaucoup plus énergique que celui de Soubise, protégeât les citoyens contre eux-mêmes, soit que la guerre rendit les membres de l'Etat plus solidaires, soit enfin que la constitution, octroyée aux exilés, eût engendré de bons résultats, la vie intérieure de la République fut moins troublée qu'auparavant. En novembre 1556, devant l’imminence de la guerre et probablement sous l'inspiration de Monluc, qui venait d'arriver, des règlements de police draconiens avaient été édictés : défense de se mettre en rapports avec les habitants des lieux soumis aux Espagnols, défense d'envoyer ou de recevoir des lettres sans les soumettre à la censure, défense, sous peine de mort, de parler en mauvais termes du Roi et du gouvernement.
Nous avons vu que la constitution autorisait Henri IT à nommer lui-même le « capitaine de justice ». On appelait ainsi « le premier etsouverain juge en matières criminelles », qui jugeait également en appel les causes civiles‘. La cons-
République, 1557, 8 août, Chiusi (Arch. de Sienne, Montalcino, Lett. al governo, 1557 ; orig.).
4 Del. Montalcino, VIII, fol. 115.
# P. CourTEAULT, Op. cil., p. 338.
3 Arch. de Sienne, Del. Montalcino, V, fol. 2 ve.
4 Mémoires de Henri de Mesmes, p. p. E. Frémy, pp. 151-156.
titution donnait, en outre, pouvoir « au protecteur » de choisir un ou plusieurs agents pour contrôler la gestion financière des commissaires indigènes. Ces deux fonctions correspondaient à celles d'un « intendant de justice » et d’un «trésorier de France ». Elles furent réunies, pendant l’année 1557, en la personne d’un jeune robin, très protégé, qui devait se distinguer plus tard comme négociateur de la paix boîteuse, Henri de Mesmes, sieur de Malassise.
Henri de Mesmes était parti, avec l'expédition de Guise, au mois de novembre 1556. Le Roi, qui aimait ce jeune « conseiller », l’envoyait en Italie pour lui procurer l’occasion de se signaler, et aussi pour faire l'expérience d’une institution, — celle des juges « annaux », fort répandue dans la Péninsule, — qu’on voulait établir dans le royaume!. Le 22 avril, du camp de Civitella, François de Lorraine donnait des lettres patentes, qui nommaient Malassise capitaine de justice et surintendant des finances de la république de Montalcino et lui conféraient la délégation de l'initiative royale pour toutes les affaires administratives?. C'était en quelque sorte un lieutenant-général civil, qu’on plaçait aux côtés de Monluc, lieutenant-général militaire. Mesmes, muni de ces patentes, prit possession de sa charge, le 10 mai, et jura d'observer les statuts locaux *. Un mois après, le 10 juin, une « capitulation » fut dressée entre les Siennois et le nouveau juge, pour préciser les droits et les devoirs de celui-ci‘.
Monluc dut trouver de mauvais goût l'intervention de ce jeune magistrat, bureaucrate ambitieux, qu'on lui adjoignait comme pour le surveiller et restreindre son autorité en pleine guerre. Il manqua de politesse et de déférence à l'égard du robin, qui, favori du duc de Guise, était bien placé pour se venger °. Non content de calomnier le lieutenant militaire, Mesmes fit du zèle administratif à son détriment. C'était un jeu facile. Les Siennois, nous l’avons dit, se plaignaient surtout des réquisitions forcées ; ils portèrent leurs réclamations à Malassise, qui prétendit imposer un formalisme vétilleux aux capitaines. Ces procédés eussent
* Mémoires de Henri de Mesmes, p. p. E. Frémy, pp. 151-156.
? Del. Montalcino, VII, fol. 469 vo.
# Del. Montalcino, VII, fol. 94 vo.
# Del. Montalcino, VIL, fol. 158-160.
* Sources citées. — Cf. P. CourrEAuLT, Op. cil., pp. 333 et suiv.
aigri une humeur plus douce que celle de Monluc. Les deux représentants du Roi se traitèrent bientôt avec une hostilité ouverte. Dans les derniers jours de l’automne 1587, un grave conflit mit aux prises le gouverneur et le capitaine de justice, au sujet du lac de Castiglioni, dont Monluc voulait lever les revenus pour subvenir aux besoins militaires‘. Avec de Mesmes, le duc de Guise avait nommé, à Montalcino, comme « trésorier et receveur des recettes publiques », le sieur Martineau et un substitut, nommé Jean Beaucler?.
Jusqu'au début de l’année 1558, Henri de Mesmes fut le seul chef de l’administration civile dans la République. Mais, à cette époque, soit que l'autorité du jeune magistrat parût insuffisante pour une si lourde charge, soit plutôt qu’à la suite des désastres de 1557, Henri II voulût tirer de ses terres de Montalcino quelques ressources, le gouvernement royal envoya, pour prendre la direction des finances, en Toscane, un grand personnage, Jean de Monluc, évêque de Valence, frère du capitaine Blaise, qui avait quitté la licutenance militaire au mois de novembre précédent. Autant qu'on peut le deviner d’après ses actes, l’évêque de Valence devait s’'enquérir très précisément des revenus de chaque localité et dénombrer les biens confisqués ou vacants, pour établir dans la République un domaine royal, « patrimoine de la couronne », comprenant les recettes qu'on appelait, en France, « finances ordinaires »,
Le 2 mars 1558, il arrivait à Rome et, quelques jours plus tard, à Montalcino*. Les Siennois, mis en éveil par des avis de la Cour, le reçurent avec une certaine froideur. Ils examinèrent longuement et d’une manière minutieuse les lettres patentes qui lui donnaient le titre de « surintendant des finances »*. L’évèque de Valence demanda aussitôt communication du budget et des pièces de trésorerie; il pria également les magistrats de nommer deux commissaires pour l'accompagner dans la visite, qu'il allait entreprendre, de toutes les localités du territoire, afin d'en connaître les ressources. À ces requêtes, le gouvernemnt fit une sérieuse
4 Del. Montalcino, X, fol. 60:
? Del. Montalcino, X, fol. 125 vo.
# Gianfiglazzi au d. de Florence, 4558, 5 mars, Rome (Mediceo, 3271: fol.
* Del. Montalcino, XI, fol. 34 v°.
résistance : il prit même une délibération déclarant « superflue, vaine et inutile » la visite proposée, attendu que les pièces fournies au chef-lieu étaient suffisantes’. Les Siennois, il est permis de le supposer, craignaient la découverte de graves irrégularités et ne voulaient pas favoriser l’établissement de la fiscalité royale dans leur dominio. A la fin, ils durent céder, communiquer les pièces demandées et nommer deux commissaires, Giulio Vieri et Ottaviano Ottaviani?. Jean de Monluc, Henri de Mesmes et les commissaires partirent à la fin de mars et poursuivirent leur tournée jusqu'au milieu de mai : ils dressèrent, au jour le jour, un procès-verbal *,
Dans un rapport adressé au Roi, Jean de Monluc écrivait : « Est nécessaire donner ordre que le revenu de ce païs soyt administré comme le domaine de Sa Majesté. Autrement n'est possible bailler ung estat au receveur général du domaine de ce païs pour faire sa recepte, parce que tout le revenu de ce païs est manyé par diverses mains. Et, oultre, la recepte est employée en commissaires déléguéz à recepvoir led. revenu, tant de la part du magistrat que du lieutenantgénéral, et se monte aultant ou peu s'en fault la despence que la recepte. * »
L'évèque de Valence demeura en Toscane jusqu’à l’automne de 1558, assez mal vu des Siennois, qu’il gênait par un contrôle sévère. Dans les derniers jours du mois d'août, surgit un conflit entre lui et le gouvernement de la République : certaines sommes avaient disparu sans qu’on pût en justifier la dépense ; aux demandes du « surintendant » les magistrats répondirent qu’ils n'avaient jamais suivi « de règle bien fixe »°,
L'année 1558 fut triste pour les exilés. Le nouveau gouverneur, Francesco d’Este, arrivé le 18 mars, ne leur inspi-
* Del. Montalcino, XI, fol. 40-41.
? Ibidem.
# Conservé à la Bibl. Nat., il a été publié dans l’Arch. storico italiano, s. 18, app., t. VIII, pp. 466 et s..
* Bibl. Nat., ms. fr. 20455, fol. 229-233 ; orig. * Arch. de Sienne, Del. Montalcino, XIIL, fol. 47 vo, 53-54, 407-108.
rait aucune confiance : ils savaient qu’à l’occasion du mariage de son neveu, Alphonse, avec Lucrèce de Médicis, des pourparlers couraient entre le duc de Florence, le duc de Ferrare et Henri IT touchant les territoires de Montalcino. Aussi bien, l’administration de Francesco fut déplorable il agissait en « tyran » plutôt qu’en lieutenant-général, comme l'avait fait son frère, Hippolyte, à Sienne, en 1553. Il multiplia les réquisitions forcées, à tel point que les habitants, de peur d’être frustrés de leur récolte, laissèrent les terres en friches : à l'automne, les champs de blé ne furent pas ensemencés. C'était la famine volontaire ?. D'ailleurs, les factions se ranimèrent. À Montalcino même, les indigènes, exaspérés par la morgue des réfugiés siennois, menaçaient de Îles chasser *. Enfin, les troupes d'occupation, n'ayant point reçu de solde, se livraient à toute sorte d’excès. Les Gascons étaient particulièrement redoutables, commettant presque chaque jour des assassinats *. Les bourgs de la campagne expulsaient leur garnison ÿ. Pour comble d'infortune, la République eut à supporter un retour offensif des Espagnols, qui s’emparèrent, au début de septembre, du port de Talamone et mirent le siège devant Castiglioni‘. Aussi n'est-il pas étonnant que, dès le mois de juin 1558, quelques-uns des réfugiés aient manifesté l'intention de rentrer à Sienne, préférant la servitude aux misères de cette prétendue liberté ; mais la crainte des représailles florentines les retint à Montalcino 7. Toutes les malédictions retombèrent sur le gouverneur, Francesco d’Este, hautain, querelleur et indélicat. Quelques jours avant son départ, en mars 1559, peu s’en fallut qu'il ne fût assassiné ®.
Cependant, le plus grand nombre des citoyens restait obs-
Francesco d’Este au pr. de Ferrare, 1558, 26 mai, Montalcino (Arch. de Modène, Fr. d’Este ; orig.).
? Gianfiglazzi au d. de Florence, 1558, 16 septembre, Rome (Mediceo, 3278, 210 ; orig.).
8 Ibid.
+ Del. Montalcino, XIII, fol. 133 ve.
5 Del. Montalcino, X, fol. 95 ve.
8 Asc. Bertini à la rép. de Montalcino, 1558, 9 septembre, Grosseto (Arch. de Sienne, Montalcino, Lett. al governo, 1558 ; orig.).
1 Avis au d. de Florence, 1558, 41 juin (Mediceo, 3278, 88 ; orig.).
8 Fr. d'Este au pr. de Ferrare, 1559, 10 mars, Grosseto (Arch. de Modène, Fr. d’Este ; orig.).
tinément attaché à la liberté sous la protection française. La nouvelle de la prise de Calais, parvenue à Montalcino le 24 janvier 1558, y fut accueillie avec des démonstralions significatives : on chanta une messe d’action de grâces à l'église Sant’Agostino, on fit des feux de joie au sommet de la rocca, les tribunaux et les boutiques furent fermés et les cloches sonnèrent, pendant trois jours. Le 25 juillet, les magistrats adressèrent une lettre de condoléances à la reine Catherine de Médicis pour la mort de Piero Strozzi, qui avait été jadis leur chef malheureux : ils perdaient en lui le plus fort soutien de leur cause ?. Bientôt, ils entendirent parler des négociations de paix et se sentirent menacés. Ils préparèrent une ambassade solennelle, qu’ils enverraient défendre leur liberté *. Le 23 août, ils écrivaient une supplique, destinée à Henri Il, lui demandant qu'il les laissât « vivre et mourir en son obéissance » ‘: L’ambassadeur de France à Rome, Babou de la Bourdaisière, s’efforçait de les consoler, leur remontrant « les difficultéz du temps et affaires que le Roy a pour le présent sur les braz »*. Le 21 octobre, Bernardino Buoninsegni et Annibale Buonsignori partirent de Montalcino : ils allaient à la cour essayer de sauver la République*.
Dans la nuit du 7 au 8 avril 1559, deux courriers, partis de la cour de France le 29 mars, apportèrent à Rome la nouvelle de la paix. Ils laissèrent entendre, suivant la créance générale, que les républiques de Sienne et de Montalcino seraient remises en leur ancienne et complète liberté, moyennant le paiement d’une indemnité au duc de Florence : les fuorusciti, qui se trouvaient dans la ville, manifestèrent une joie bruyante, tandis que les sujets du Médicis faisaient
‘ Arch. de Sienne, Del. Montalcino, XI, fol. 16 vo, 47. * Del. Montalcino, XII. fol. 39.
$ L’archev. de Sienne, Fr. Bandini, à la rép. de Montalcino, 1558, 17 juin, Rome (Arch. de Sienne, Montalcino, Lett. al governo, 1558 ; orig.).
* Del Montalcino, XIII, fol. 45.
“ Babou de La Bourdaisière à la rép. de Montalcino, 1558, 17 septembre, Rome (Arch. de Sienne, Montalcino, Lett. al governo, 1558 ; orig.).
* Del. Montalcino, XIII, fol. 437 vo.
« visage de mort. Le 20 au soir, arrivait le secrétaire Boucher, portant les clauses : il confirma que « tout allait bien » pour les Siennois. Ceux-ci se réunirent aussitôt en comice et décidèrent qu’une statue de Henri IT serait érigée sur le Campo de Sienne?. Deux jours après, le 23, les magistrats de Montalcino firent publier la nouvelle de la paix et ordonnèrent des réjouissances dans le dominio : la population célébra par des fêtes l’heureux retour de la liberté”.
Déjà, pourtant, les Siennois de Rome éprouvaient une sérieuse inquiétude. Le 20 avril, un courrier de Cosme de Médicis avait démenti très énergiquement les bruits mis en circulation et affirmé que son maître, du consentement des deux rois, devenait souverain de toute la Toscane méridionale. Aussi bien, le même jour, l'ambassadeur florentin Gianfiglazzi publiait un ordre à tousles exilés de rentrer à Sienne dans le délai d’un mois, sous peine d’être exclus du pardon et déclarés rebelles. Une grosse émotion s’ensuivit, à laquelle participa le pape lui-même, effrayé par l’énorme agrandissement du duché de Florence *. Quelques fuorusciti se soumirent, mais la plupart répondirent en riant avec de grandes bravades*. :
L'article du traité, nous l'avons dit, autorisait ces vaines espérances. À Bruxelles même, pendant le mois d'avril, quelques personnes acceptèrent l'interprétation favorable aux Siennois. Philippe Il, bien décidé à recouvrer pour son compte la république de Montalcino, hésitait à tenir la promesse qu’il avait faite au Médicis ‘. Cependant, le 30 avril, il donnait commisison à Don Juan de Guevara d’aller prendre possession, en son nom, de la Toscane méridionale”. L'agent
4 Pasino de Giusti au card. Farnèse, 4559, 8 avril, Rome (Arch. de Naples, Carte Farnes., fasci nuovi, Il; orig.).
? Gianfiglazzi au d. de Florence, 1559, 21 avril, Rome (Mediceo, 3279, 31 ; orig.).
5 Del. Montalcino, XIII, fol. 27 ve. — Gianfglazzi au d. de Florence, 1559, 6 mai, Rome (Mediceo, 3279, 41 ; orig.).
: À. Celso au card. Farnèse, 14559, 22 avril, Rome (Arch. de Naples, Carte Farnes., fascio 7176; orig.).
5 Marchio Valerii au même, 4559, 22 avril, Rome (Arch. cit.; orig.). — Diario romano di Niccolé Turinozzi, p. p. P. Piccolomini, p. 17: c'est le jourpal d'un fuoruscilo siennois, résidant à Rome.
6 À. de’ Nobili aux Anziani de Lucques, 1359, 30 avril, Bruxelles (Arch. de Lucques, Ambascerie, 587; orig.). — Canobio au card. de Naples, 1559, 2 mai, Bruxelles (Arch. Vatic., Principi, XI, fol. 309 ; orig.).
1 Ottav. Vivaldino au d. de Mantoue, 1559, 30 avril, Bruxelles (Arch. de Mantoue, Fiandra ; orig.).
florentin, Chiapino Vitelli, fit un grand effort, au cours du mois de mai, pour gagner définitivement la partie : le 29, il quittait Bruxelles, emportant la donation promise‘. En France, l'équivoque fut navrante. Les deux ambassadeurs, Buoninsegni et Buonsignori, trompés par les mensonges de la cour, avaient reçu joyeusement le traité et envoyé des lettres pour féliciter le gouvernement de leur patrie. C’est seulement le 25 avril, un mois après la conclusion de la paix, qu'ayant demandé très nettement au cardinal de Lorraine une déclaration précise, ils apprirent de lui le sens véritable qu'il fallait donner à la clause touchant Montalcino. Les malheureux, pleurant et criant, montrèrent un tel désespoir qu'ils émurent tout le monde. Le Roi, très gêné et torturé par les remords, leur dit qu’il s’emploierait pour leur cause auprès de Philippe IT : pitié tardive et désormais inutile ?. Cependant, en Toscane et à Rome, la plupart des Siennois se nourrissaient d'illusions. Cornelio Bentivoglio, nouveau gouverneur, leur avait montré des lettres de Henri II, où se trouvait un optimisme d’apparence; Babou de La Bourdaisière et le cardinal du Bellay confirmaient cette bonne impression®. Les exilés affirmaient leur victoire avec tant d'assurance que les habitants de Sienne et les fuorusciti qui s'étaient soumis commencèrent à s’agiter très vivement pour y participer : le gouverneur florentin, Agnolo Niccolini, voyant « les cervelles toutes tournées », craignait une révolution. Cette situation dura jusqu’à la fin de mai, Aux remontrances des gens bien informés, les citoyens opposaient leur certitude insolente, déclarant que, si le roi de France les abandonnait, ils sacrifieraient leur vie plutôt que d’accepter la domination florentine. Quelques-uns, il est vrai, pressentant la réalité, s’adressaient au pape et lui offraient de nouveau la souveraineté de leur patrie“. Cosme de Médicis était inquiet et furieux : il redoutait, dans ses Etats,
* Canobio à Paul IV, 1559, 30 mai, Bruxelles (Arch. Vatic., Principi, XI, fol. 325 ; orig..).
* G. Michiel au Sénat de Venise, 1539, 26 avril, Moret (Arch. de Venise, D. al Senato, Francia ; orig.). — J. Alvarotti au d. de Ferrare, 1559, 5 mai, Paris (Arch. de Modène, Francia ; orig.).
‘ Agn. Niccolini au d. de Florence, 1559, 6 mai, Sienne (Mediceo, 1869, 83 : orig.).
: À même au d. de Florence, 1559, 2-95 mai, Sienne (Mediceo, 1869, 77-88 : orig.).
une émeute qui l’eût entraîné loin, et suppliait Philippe II de presser le départ de Guevara’. Dans les derniers jours de mai, les magistrats de Montalcino envoyèrent des ambassadeurs aux cours de France et de Bruxelles, pour demander des éclaircissements sûrs ?.
Au mois de juin, les illusions disparurent. Le 15, Annibale Buonsignori, venant de France, rentrait à Montalcino: il annonça la vérité douloureuse*. Trois jours après, le gouverneur Bentivoglio recevait une lettre, datée de Marseille, par laquelle le général des galères royales lui ordonnait de disposer les troupes et les munitions pour un embarquement prochain. Cornelio informa aussitôt les garnisons de cette nouvelle et fit préparer l’évacuation. Les soldats, qui n'avaient pas touché leur paie depuis longtemps, se mirent à gruger le peuple“. Dans le malheur, les Siennoïs étaient comme hébétés, mais ils ne voulaieut pas se soumettre °. Le 1* juillet, Bentivoglio réunit l’assemblée générale des citoyens à Montalcino : « Le Roi, dit-il, ayant renoncé à vous protéger et promis de lever ses troupes et son artillerie de votre territoire, je dois m'en aller bientôt : il est temps de penser à vos affaires. » Personne ne lui répondit : l’assemblée était écrasée ‘. Cornelio leur conseilla même d’accepter aussitôt la domination florentine ; alors, ils protestèrent, et l’on ne put trouver un homme pour remplir les fonctions de capitaine du peuple. Quelques-uns proposèrent de remettre à Philippe II tout ce que possédait la République, à condition qu’elle échapperait à là tyrannie du Médicis’. Cependant, Don Juan de Guevara était à Sienne, mais il n’osait s’aventurer sur le territoire de Montalcino, en compagnie des agents florentins; Cosme mobilisait des
1 Le d. de Florence à l’év. Tornabuoni, 1559, 29 mai, Florence (Mediceo, 4895, 235 ; orig.).
? Ibidem.
8 Agn. Niccolini au d. de Florence; 1559, 18 juin, Sienne (Mediceo, 1869, 61 ; orig.).
4 Le même au même, 4559, 22 juin, Sienne (Mediceo, 1869, 64; orig.).
* Le même au même, 1559, 25 juin, Sienne (Mediceo, 1869. 70 ; orig.).
8 Marcant. Cinüsri aü gouverneur de Sienne, 1559, {+ juillet, Sarteano (Mediceo, 1869, 98 ; orig.). — Agn. Niccolini au d. de Florence, 4559, 2 juillet, Sienne (Mediceo, 1869, 94; orig.).
1 Le d. de Florence à l’év. Tornabuoni, 1559, 4 juillet, Florence (Mediceo, 4895, 248 ; orig.).
troupes pour mater les rebelles'. On s’attendait à un choc désespéré.
Le 9 juillet, arrivait à Montalcino un secrétaire de Henri II, M. de Saint-Sulpice, chargé de transmettre officiellement la « protection » aux Espagnols ; Guevara en fut informé?. Les galères françaises, sur lesquelles avait voyagé Saint- Sulpice, s'étaient rangées près du rivage de Grosseto : on y embarquait déjà les troupes et les munitions. Des compagnies de gens de pied florentins affluaient aux confins : six mille hommes, réunis à Buonconvento, attendaient le moment propice pour attaquer les rebelles*, Bentivoglio dut solliciter l'intervention de ces troupes ennemies contre la garnison française de Grosseto, qui s'était révoltée; Cosme envoya deux mille fantassins et deux mille écus *. Le 13 juillet, les principaux Siennois de Montalcino, voyant la ville privée d'artillerie et de garnison, se résignèrent enfin à se soumettre ; ils nommèrent, pour aller à Florence, deux ambassadeurs, Marcello Palmieri et Francesco Ballati, qui partirent le 475.
Le 18 au matin, on apprit à Rome la mort de Henri II : Babou en fit part aussitôt à la république de Montalcino et à la flotte royale‘, Français et Siennois, espérant que peutêtre le nouveau Roi révoquerait les ordres de son père, suspendirent leur résolution définitive. Palmieri et Ballati, arrivés à Florence le 18, déclarèrent au duc que, le Roi étant mort, ils devaient attendre de nouvelles instructions‘. Mais, bientôt après, parvint à la flotte royale confirmation des ordres donnés par Henri IL. Le 2 août, les galères levaient l'ancre, Chiapino Vitelli, que Cosme avait envoyé pour
* G. Serbeloni au d. de Florence, 1559, 5 juillet, Sienne (Mediceo, 1869, 403; orig.). — Le duc de Florence à Fab. Ferrero, 1559, 6 juillet, Florence (Mediceo, 3112, 97; orig.).
* Saint-Sulpice à D. Juan de Guevara, 1559, 11 juillet, Montalcino (Mediceo, 1869, 123 ; orig.). — Agn. Niccolini au d. de Florence, 4559, 11 juillet, Sienne (Mediceo, 1869, 121 ; orig.).
* Le d. de Florence à l’év. Tornabuoni, 4559, 41 juillet, Florence (Mediceo, 4895, 252 ; orig.).
* Le même au même, 1559, 18 juillet, Florence (Mediceo, 4895, 256 ; orig.).
a Agn. Niccolini au d. de Florence, 1559, 44 juillet, Sienne ; Cornelio Bentivoglio au même, 1559, 46 juillet, Montalcino (Mediceo, 1869, 139-148 ; orig.).
* G. Ant. de Tassis à Marguerite de Parme, 1559, 19 juillet, Rome (Arch. de Naples, Carte Farnes, fascio 777 ; orig.).
ne ad Florence à Fab, Ferrero, 1559, 19 juillet, Florence (Mediceo, 3112, ; orig.).
presser l’embarquement et qui s'était employé lui même, avec les troupes florentines, à traîner soldats, chars et muni. tions jusqu’au rivage, écrivait à son maître : « Dieu soit loué ! Le pays est nettoyé de cette canaille française. Je vous promets que j'ai eu peine extrême, extrême, à les conduire dans leurs galères, mais j'avais telle envie de les voir partir que j'aurais tout porté sur mes épaules!. »
Le 4 août 1559, une heure avant le lever du soleil, Don Juan de Guevara, commissaire de Philippe IT, Agnolo Niccolini, gouverneur de Sienne, Federigo de Monteacuto, commandant des troupes florentines, et son neveu Francesco, accompagnés d’une forte troupe de gentilshommes et de soldats, laissèrent Buonconvento, bourg frontière, pour se rendre à Montalcino. Ils n’étaient pas très rassurés, mais le sort les favorisa. Ils rencontrèrent bientôt trente gentilshommes des Siennois exilés : deux d’entre eux, Niccolo Spinelli et Alfonso Tolomei, descendus de cheval, baisèrent les mains de Guevara et de Niccolini et leur dirent quelques paroles. Plus loin, ils trouvèrent une troupe nombreuse d'enfants, qui portaient des rameaux d’olivier en criant : Pace ! Pace ! Derrière, venait la milice de Montalcino en armes. Entrés dans la ville par la porte Cerbaia, les représentants de Philippe IT et du duc de Florence furent conduits au Palais public. Les magistrats les y reçurent et les firent placer aux sièges qu’avaient occupés naguère leslieutenants de Henri II. Le secrétaire de Guevara lut des lettres, en langue espagnole, par lesquelles le Roi catholique donnait procuration à son commissaire pour prendre possession de Montalcino; il lut ensuite un chapitre des instructions remises au même commissaire, le chargeant d'investir Cosme de Médicis de la cité et des places de la république de Montalcino, « comme partie intégrante de l'Etat de Sienne ». La cérémonie s’acheva sans incident?. Cinq jours après, le 9 août, l’assembléc générale du peuple désignait deux ambassadeurs
4 Chiapino Vitelli au d. de Florence, 1559, 2 août, Istia (Mediceo, 4869, 239 ; orig.).
? Aurelio Manni à la Balia de Sienne, 1559, 4 août, Montalcino (Arch. de Sienne, Lett. alla Balia, CCXXV, 6; orig.). — Agn. Niccolini au d. de Florence, 1559, 4 août, Montalcino (Mediceo, 1869, 243; orig.). — Le d: de Florence à Octave Farnèse, 1559, 4 août, Florence (Arch. de Naples, Carte Farnes., fascio 86, fascic. 5; orig.). — Arch. commun. de Montalcino, reg. 911, fol. 137-139.
pour aller saluer Cosme de Médicis, « duc de Florence et de Sienne, notre seigneur et notre père. »
Le dernier gouverneur français, Cornelio Bentivoglio, serviteur des Este, avait consommé froidement l’acte d'abandon. Cosme, pour l’en récompenser, lui donna le château de Magliano, qui rapportait plus de trois mille écus. Ainsi graüfié, Cornelio vint à la cour rendre compte de sa mission ?.
La + *
Plus grave que les pertes matérielles fut la défaite morale qu'infligeait à la France le traité du Cateau-Cambrésis. Qu’on lise les dépêches de la diplomatie européenne, avant et après 1559, et qu'on y cherche l’opinion des hommes désintéressés sur les Valois : avant, c’est l'admiration, plus ou moins enthousiaste, quelquefois rageuse, mais générale: après, c'est le mépris partout. La douloureuse histoire de Montalcino explique ce changement : exemple minuscule et pourtant saisissant dans un immense abandon. « Nostre roy Henry II laissa, à son traité de paix, au bout de la plume, les pauvres Siennois et Toscans sous un joug servile %. » Cette phrase de Brantôme exprime le remords dont souffrirent les Français de sa génération. En 1580, Montaigne, visitant les anciens protégés du Très-Chrétien, notait dans son Journal : « La guerre mesmes leur semble plus doulce, avec quelque forme de liberté, que la paix qu'ils jouissent sous la tyrannie. »
‘ Arch. comm. de Montalcino, Memorie di governo, fol. 86.
* Détails donnés par Bentivoglio lui-même, qui passa par Milan le 29 août. Ipp. Orio à Marguerite de Parme, 1559, 31 août, Milan (Arch. de Naples, Carte Farnes., fascio 67, fascic. 18; orig.).
* BraNTÔME, Œuvres, 1, 121.
* Ed. d’Ancona, p. 487.