‹ Les guerres sous Louis XV (volume 2)Chapitre 17 sur 28 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Alliance naturelle de la Suède et de la France. Charles-Quint, François I'^^»'.

1678. — Louis XIV. Traité de Nimègue. — 1697. Traité de Ryswick. Notre médiation. — 1700. Charles XII. — 1708. Bataille de Dobrzyn. — 1709. Bataille de Pultawa. — 1714. Le général suédois Arnifeld , battu à Lappo. — 1718. Décembre. 12. Mort de Charles Xii. — 1720. .Juillet. 27. Combat naval d'Hango-Udd. — 1721. Août. 30. Traité de Nystadt. — 1733. La Suède abandonne la politif[ue de la France. — 1739. Juin. 19. Mort du major Sainclair. — 1740. Décembre, l'"". Convocation de la diète, qui n'a lieu que le 22.

1741. — Juin. 21. Convention avec ia Suède. — Juillet. 24. La guerre votée à l'unanimité. — 28. Rupture avec la Russie. — Septembre. 2. Le maréchal Lewenhaupt sur la frontière.

1743. — Juillet. 9. Les Suédois mettent le feu àFrédéricksham. — 14. M. deLascy passe le Kymen. — .\oùt. 9. M. de Lewenhaupt traduit devant un conseil de guerre. — 1.5. Subit la peine de morl.

1744. — Négociations entre la France et la Russie. Paix d'Abu. — 1748. Les Russes marchent sur Stockholm.

1750. — Mai. 25. Menace d'intervention militaire contre la Russie, et d'envoi d'un corps d'armée en Suède. Mort du roi. Adolphe-Frédéric sou successeur.

1757. — Janvier, ler. Prise de Damgarlen. — Avril. 1^''. Traité de Versailles. — Septembre. 22. Convention de Stockholm. M. de Montalembert le 11 novembre â l'armée suédoise.

1758. — Continuation des hostilités. Marches et combals. — Novembre. Nécessité des quartiers d'hiver, les Russes se retirent.

1759. — Les hostilités reprennent. — Janvier. 21. Projet de jeter en Ecosse 12,000 Suédois. Promesses d'indemnités. — Septembre. 23. M. de Caulaincourl remplace M. de Montalembert.

1760. — Entreprises des Suédois dans la Poraéranie et la marche d'Ucker: l'armée suédoise se retire.

1761. — Suspension d'armes avec la Prusse. — 1762. Morl de l'impératrice de Russie. — 1765. Janvier. 18. Ouverture de la diète. — 1766. Février. 5. La Suède s'allie avec l'Angleterre. — 17C8. Peu de changements dans la polili(iue.

1771. — Gustave III succède à son jière Adolphe-Frédéric. Projets de s'affrancliir de la domination aristocrati([iie. Son voyage en France du 8 novembre 1770 au 18 mars 1771. Passage à Berlin. M. de Vergennes désigné comme ambassadeur. Instructions df M. de Ciioiseul, 4 mars 1771. — Juin. 27). Réunion de la diète. — Novembre. 28. L'anarcliio est à son comble.

1772. — Struensée . 15 janvier-18 avril. Premier partage de la Pologne. 5,") juillet. — Coup d'État, 19 août. — Septembre. 17. M. de Lieven à Versailles. — Appel de troupes françaises; la brigade allemande désignée. Difficultés de passage.

1773. — Départ de Dumouriez pour Hamburg; sa correspondance découverte par le duc d'Aiguillon. M. de Monteynard, ministre de la guerre, est sacrifié.

1774. — Janvier. 14. M. d'Aiguillon réunit les portefeuilles de la guerre et des affaires étransères.

L'alliance entre la France et la Suède est toute naturelle, car elle se fonde sur la même fierté, le même courage, le même amour du changement et du bruit; mêmes vicissitudes dans la liberté comme dans la politique. Gustave Vasa fut l'allié de François P' contre les envahissements de Charles-Quint; Gustave-Adolphe combattit Ferdinand II, depuis le traité conclu à Berwald entre la Suède et Louis XIII en 1631. Cependant les progrès de Gustave-Adolphe, s'avançant comme un torrent jusqu'à nos frontières, l'avaient rendu formidable, et la politique du chancelier Oxenstiern embarrassa souvent celle de Richelieu. Les négocialions de la paix de Westphalie traînèrent longtemps par l'opposition des intcrêis et des prétentions de la Suède avec les nôtres , et plus tard, sans aucun motif apparent, elle se laisse engager dans la triple alliance (28 janvier 1668), pour nous arracher les Pays-Bas de concert avec l'Angleterre et la Hollande.

Dans la guerre qui précéda le traité de Nimègue, elle revient à notre union; mais les malheurs de ses armes et les fautes de son gouvernement lui font perdre en deux campagnes tous ses Etats dans l'Empire. Elle allait succomber , quand Louis XIV la sauva en portant ses armes victorieuses dans la basse Allemagne et en permettant ainsi à la Suède de réparer ses pertes. Quelque avantageuses qu'aient été pour nous les conditions du traité de Nimègue (1678) (1), elles l'auraient été bien davantage si Louis XIV n'avait

(l) Celte paix de JNimègue, dont le roi dicta les conditions, se compose de trois traités : le premier entre la France et la Hollande, le 10 août 1678; le second

préféré à ses intérêts l'honneur de protéger cette puissance alliée. Remontée au plus haut degré de prospérité, elle offrit sa médiation pendant les négociations de la paix de Riswick (1697) (1). Albéroni , sentant dans l'Angleterre Pâme de la quadruple alliance , chercha à armer contre elle le roi de Suède et le czar, tous deux ennemis de Charles P'. Charles XII voulait reprendre Brème et Werden sur les Hanovriens et la Norwège sur les Danois.

Les ministres suédois accrédités à la Haye et à Londres, MM. de Goërtz et Gyllemborg , désespérant d'obtenir des subsides de la France, en demandèrent aux jacobites, en leur persuadant que l'insuccès de leurs entreprises provenait du manque de troupes régulières : Charles XII avait encore une armée, facile à faire passer de Gothenburg en Ecosse, et. une fois débarquée, elle rétablissaitle prétendant. Charles XII n'eut jamais connaissance de ce projet, que même il désavoua.

Le roi de Danemark et le duc de Holstein-Gottorp se disputaient la possession du Sleswig. Charles XII étant intervenu en faveur du duc, son beau-frère, la guerre s'ensuivit entre la Suède et la Russie; c'est alors que le roi de Pologne et le czar jugèrent l'occasion favorable pour envahir les provinces suédoises du sud-est de la Baltique. Mais Charles XII fut partout victorieux. Narwa (20 novembre 1700), les traités de Travendahl et d'Alt-Raustadt (24 septembre 1706), entourèrent les commencements du jeune roi de Suède d'un éclat incomparable.

La diplomatie française cherchait à cette époque à attirer vers

avec l'Espagne, le 17 septembre; le Iroisième avec l'Empereur et l'Empire, à la réserve de l'électeur de Brandebourg et de quelques autres petits princes. Ce qu'il y a de remarquable dans le traité avec les Hollandais , auxquels on rendit Maëstricht, c'est qu'après avoir été l'unique objet de la guerre de 1672, ils furent les seuls à qui tout fut rendu.

(1) A la paix de Riswick , Charles XI, médiateur, meurt à quarante-deux ans. Cbarles XII , son fds , quoique en minorité , continue la médiation. Son père, en minorité comme lui, avait été médiateur de la paix d'Oliva. Elle comprend un premier traité avec la Hollande, du 20 septembre, ayant pour bases les traités de Munster et de Nimègue, et qui nous rendit Pondichéry : un second avec l'Espagne, signé une heure après; un troisième avec l'Angleterre, le 21; enfin un quatrième avec l'Empereur, le 30 octobre, par lequel le duc de Lorraine est rétabli dans ses États, ainsi que le duc Charles, son grand-onde, qui en avait joui en 1670.

elle' Charles XII. MM. de Ricous (1) (20 janvier 1707) et de Besenval (2) furent chargés d'aller le trouver dan? ses camps pour tâcher d'obtenir une déclaration d'alliance. Mais, le 29 août 1708, Galitzin remportait la victoire de Dobizyn (Lithuanie); celle de Lessno sur le général Lewenhaupt, enlin celle de Pultawa, le 9 juillet 1709 , à laquelle il eut une si grande part , car ce fut à lui que se rendirent les débris de l'armée suédoise à Biélocervkowka, sur la Psel, trois jours après leur défaite. En 1714 , le général suédois Armfeld est battu en Finlande, àLappo, près de Wasa. Les agents suédois s'attachèrent plus que jamais à leur projet de réconciliation entre la Suède et la Russie , par l'intermédiaire d'Albéroni. Le duc d'Ormond se rendit d'Espagne à l'ile d'Aland, où fut signé le traité de novembre 1718 , en vertu duquel le czar gardait ses conquêtes sur la Baltique, mais promettait d'appuyer le roi de Suède pour reprendre la Norwège, Brème et Werden. Tous ces projets furent anéantis par la mort de Charles XII, tué le 12 décembre 1718 au siège de Frédérichshald en Norwège. Alors la Suède, épuisée, ne chercha qu'à s'assurer la paix. Les victoires de Charles XII auraient été pour Louis XIV une consolation dans ses malheurs, une ressource même pour la France , si ce conquérant ne fût allé se perdre en Ukraine. Réduit à chercher un asile en Turquie et rentré enfin dans ses États pour les perdre pièce à pièce, il y reçut toujours les bienfaits de Louis XIV, qu'il avait évité de secourir dans un de ses moments d'infortune. Charles XII ne laissait pas d'héritier direct; par la mort de sa sœur aînée et de son mari le duc de Holstein, Charles- Frédéric leur fils devenait le successeur de Charles XII. Contre ce prétendant, la seconde sœur du roi, Ulrique-Éléonore, mariée au prince Frédéric de Hesse-Cassel, réclama la couronne, et l'obtint par le choix des États; elle fut bientôt remplacée par Frédéric l'^'", qui régna plus de trente ans (de 1720 à 1751).

La Suède avait déjà traité avec le Hanovre en 1719, en lui cé-

(1) Ricous, officier d'origine étrangère, blessé à Hochstedt, 13 août 170i ; mort on août 1709.

(2) Besenval, capitaine des gardes suisses, envoyé extraordinaire en Pologne et dans le Nord. « Homme à deux mains, d'esprit, de manège et de lêle. » (Saint- Simon.) Père du baron de Besenval, auteur des Mémoires sur la cour de Marie-Antoinette.

dant Brème et Werden ; avec la Prusse en n:20, en lui abandonnant Stetlin. La France et rAnglelerre lui firent signer deux nouveaux traités : l'un, en 1720, avec le Danemark; l'autre avec la Russie, qui, après le combat naval d'Hango-Udd (1), le ^7 juillet 1720, exigea, par le traité de Nystad, 30 août 1721 (2), la cession de la Livonie, del'Esthonie, de l'Ingrie, de la Carélie, d'une portion de la province de Wiborg, des îles d'Oesel, de Dago et de Moôn, accordant seulement en retour la reconnaissance de privilèges aux marchands suédois dans les ports de Riga et de Revel. C'est au prix de ces concessions qu'après une longue et sanglante guerre , la Suède recouvra la tranquillité. L'œuvre de Gustave-Adolphe s'écroulait tout entière , celle de Pierre le Grand s'affermissait sur sa base. Après avoir étendu sa domination sur tout le littoral de la Baltique, sur les bouches du Wéser, sur l'Allemagne et le nord de l'Europe, la Suède se trouvait rejetée dans ses anciennes limites; la Baltique devenait un lac russe.

La Suède ne fut pas toujours aussi reconnaissante qu'elle aurait dû l'être envers Louis XV ; quand , en 1733 , il fut question de rétablir sur le trône de Pologne le roi Stanislas , les ministres suédois , alors livrés à l'vVngleterre , furent remplacés par des successeurs mieux intentionnés, et voilà tout. Les préliminaires de la paix qui devait terminer cette guerre de la succession de Pologne furent signés, le 3 octobre 173S, à Vienne. Stanislas, reconnu roi de Pologne, abdiquait en conservant le titre et les honneurs de la royauté, avec la possession des duchés de Lorraine et de Bar en

(1) Ce combat fut le début de la marine russe. Pierre le Grand écrivit à Galilziii. en lui envoyant une épée garnie de diamants : « Cette victoire est d'aulant plus i^vande quelle est remportée sous les yeux de JMM. les Anglais, ces défenseurs zélés des Suédois. »

(2) Le traité de \Vestplialie (1648) lit deux Poméranies, l'antérieure et l'ultérieure, dont roder formait les limites, et donna cette dernière à la Prusse et la première à la Suède, plus Stettin, Garz, Dainin, Golnow. l'ile de Wollin, le Frische-Hafl et les deux rives de l'Oder, avec le nom de Poméranie suédoise. La guerre de 1700-1721, terminée par le traité de Nystad (1721) entre la Russie et la Suède, la diminua beaucoup, en cédant laLivonie, l'Esthonie, l'Ingrie et la Carélie. En 1807, elle perdit encore Stralsund et l'île de Rugen. Le tout, en 1814, fut cédé au Danemark, en échange de la Norwège ; puis en 1815 le Danemark le céda à la Prusse en échange de Lauenburg. de sorte qu'aujourd'hui la Prusse réunit toute la Poméranie.

échange du duché de Toscane, promis aux enfants de Philippe V. Don Carlos devenait roi de Naples et de Sicile, et le duc François de Lorraine recevait le grand-duché de Toscane. Telles furent les conditions du traité de Vienne, signé, le 18 novembre 1738, entre la France et l'Autriche.

La France ne s'était longtemps proposé dans ses rapports avec la Suède que d'assurer l'équilibre politique de l'Europe et particulièrement celui du Nord (1). A l'imitation de l'Angleterre, elle songea à tirer parti de ses richesses en fer, cuivre, bois, et conclut, à Paris, le 25 juin 1741, une convention provisoire par laquelle elle accordait à la France la franchise du port de Wismar. L'intention des deux cours était d'établir ainsi un commerce direct d'importation et d'exportation, et d'enlever par là les bénéfices de la commission aux Anglais, Hollandais et Hambourgeois. Cette convention devait en outre avoir pour effet de favoriser l'établissement de maisons françaises de commerce dans les différents ports de la Baltique, et de familiariser nos marins avec cette partie des mers.

En 1739, la mort du major Macolm Sinclair, assassiné le 19 juin près de Naumburg (Silésie), lorsqu'il regagnait la Suède, de retour d'une mission à Gonstantinople pour engager la Porte à une alliance, réveilla la haine publique contre les Moscovites.

La diète fut convoquée le 1" décembre 1740. Mais pendant ce temps, Munich battait les Turcs à Chocsi m (Moldavie) et les forçait à une paix désastreuse, de sorte que la Russie, libre de ce côté, avait réuni une armée considérable vers la Finlande. L'ouverture de la diète n'eut lieu que le 22 décembre. Après des débats orageux qui durèrent plus de six mois, la guerre fut votée par la diète avec enthousiasme le 24 juillet 174J , malgré les efforts du roi et du parti français, qui prévoyaient une défaite certaine. La

(Il La mort de Charles VI, empereur d'Allemagne, dernier rejeton mâle de la lainille de Hapsburg, le 20 octobre 1740. donne le signal d'une nouvelle guerre de succession. L'alliante de Frédéric avec la France et l'Espagne est signée à Versailles le 18 mai 1741 (traité de N'ymphenburg : c'est un projet de partage des possessions de la maison d'Autricbe. Le roi de Pologiu^ comme électeur de Saxe, le roi de Sardaigne, les électeurs de Cologne et palatin y entrèrent successivement. Afm de priver Marie-Thérèse du secours des Russes, on excita la Suède à leur déclarer la guerre.

France en ce moment voulait empêcher la Russie de se joindre à l'Autriche dans la guerre de la succession d'Autriche, et elle avait tout intérêt à lui créer des embarras, tels qu'une guerre avec la Suède; mais elle aurait désiré en retarder la déclaration jusqu'au moment oii tout serait prêt pour opérer cette diversion avec succès. L'intérêt de la Russie était au contraire de précipiter les choses, afin de profiter de l'impuissance actuelle de l'ennemi.

Le 28 juillet 1741, la rupture définitive de la Suède et de la Russie fut déclarée. La cour de Stockholm se décidait à attaquer, et la France, qui était pour quelque chose dans cette détermination, résolut d'empêcher atout prix une intervention russe en Allemagne.

Le maréchal Lewenhaupt (1) se rendit en Finlande afin d'y organiser les quelques troupes transportées sur ce point. Une seule route traverse ce pays, oii est placée Wiborg, qui ferme l'accès de ringrie ; on avait fortifié Wilmanstrad, Frederichshamm et Kolscbensalm. Une armée russe, sous le maréchal Lascy, massée derrière Wiborg, n'attendait que le signal de se jeter sur les Suédois. L'attaque commença; les Suédois, renversés, enveloppés, écrasés, furent obligés de chercher un refuge dans Wilmanstrad, qui n'offrit aucune résistance, et on leur fit beaucoup de prisonniers, dont le général Wrangel. Le maréchal Lewenhaupt rallia ce qu'il put des débris de l'armée et concentra ses forces autour de Frederichshamm, en attendant des renforts. Mais cette ville n'étant ni réparée ni approvisionnée , il est obligé de l'évacuer. Le 9 juillet 1742, à midi, à rapproche des Russes, les Suédois mettent le fea à la ville et se retirent derrière le premier bras du

(1) Né en 1692 : président de la dièteen 1734 -, il est acclamé, en 1741, commandant en chef de l'armée d'opération. Fort instruit ; d'un esprit juste, étendu, partisan d'une sage liberté. Comme général, il possédait des connaissances sérieuses du métier, mais il avait un penciiant naturel à voir tout en noir; apercevant tous les inconvénients d'une affaire, mais sans que son génie le portât à imaginer les moyens d'y remédier; d'ailleurs plein de droiture et de fermeté. Le comte de Lewenhaupt , dés l'âge de quinze ans, accompagnait son père, l'un des généraux les plus distingués de Charles XII, fait prisonnier à la bataille de Pultawa et mort en Sibérie, après dix ans de captivité, le 15 août 1742.

Son (ils, Adam, né en 1725, sert en France près du comte de Saxe; colonel du régiment de Dauphiné , 1755; brigadier, 1758 ; dans Royal-Bavière, 1760; maréchal de camp, 17G1 ; mort à Paris, 1775. Son fils, Auguste-Frédéric-Charles, né en 1752 ; capitaine dans Royal-Bavière, 1773 ; mort colonel de lloyal-Alsace, 1780. (Extraitdes archives de la maison des nobles à Stockholm.]

Kymen (l), après en avoir brûlé les ponts. Le li, le maréchal Lascy les répare et passe le Rynfien. A partir de ce moment, la retraite des Suédois n'est plus qu'une déroule. La trahison se glisse partout et ne laisse à Lewenhaupt d'autre ressource que de gagner Helsingfors, dont M. le major Dubousquet était gouverneur, et de s'y retrancher. A peine dans cette nouvelle position, il reçoit l'ordre de se rendre à Stockholm avec Buddenbrock. Lascy, aussi actif qu'infatigable , ne pouvant aborder de front les positions qui couvrent la roule d'Abo, enlève les places de ïawasthus et de Nyslad , et, dans la conviction de ne pouvoir prendre d'assaut Helsingfors, propose à la place une capitulation honorable. Le major général Dubousquet, auquel Lewenhaupt avait laissé le commandement , dut se soumettre à cette cruelle nécessité. Le baron de W'rède, intendant de l'armée, elles comtes de Sparre et de Horn furent chargés de discuter les conditions de la reddition de la place. Ainsi finit cette longue période de gloire inaugurée par Gustave-Adolphe. L'irritation déjà grande en Suède aboutit comme toujours à rejeter la cause du malheur sur l'incapacité des chefs. Lewenhaupt est traduit devant un conseil de guerre et condamné le 9 aoiit à avoir la tête tranchée en place publique : il s'échappa; mais, le 15, ramené en prison, il subit sa peine sur la place de Norder-Malm. Cet assassinat juridique pesa comme un remords sur la conscience du pays; aussi, à la session de 1747 le premier soin de la diète fut-il de déclarer que la mise en jugement n'avait été qu'une concession à la fureur populaire, et que le roi devait prendre des mesures en faveur des enfants ou des héritiers pour réparer, autant que possible, le préjudice moral causé par l'inique sentence.

Dans le courant de l'année 1743, des négociations actives sont engagées entre la France et la Russie; la Suède, accablée de revers, sollicite la paix d'Abo, qui lui enlève une partie de la Finlande et met fin momentanément à la guerre, (Affaiies Étrangères, 2 avril 1744.)

Vers la fin de décembre 1748, tandis que les troupes russes envoyées au secours de Marie-Thérèse rentraient dans leurs foyers,

(1) Le Kymen, formé |>ar répaiuliement des lacs de la province de K}men"arde; il est ])rofond, rapide, fortenicnl encaissé; il se sépare en trois branches et forme ainsi un délia.

d'autres se préparaient à marcher sur Stockholm, tout en se fortifiant en Finlande.

De 1749 à 4750, tourmentée par des dissensions intestines, en proie aux influences du dehors, la Suède maudissait le jour où Charles XII introduisit les Russes dans la politique européenne. Sa redoutable voisine, la czarine Elisabeth, docile aux impulsions haineuses de Marie-Thérèse, formait chaque année, pour inquiéter le roi de Prusse et la Suède , des camps menaçants sur les frontières des deux royaumes, car elle soupçonnait l'alliance de leurs monarques avec la France. Imparfaitement réglée par le traité d'Abo, la délimitation des frontières de la F'inlande offrait d'ailleurs à la czarine un motif spécieux de guerre avec la Suède, dès que ses intérêts exigeraient une rupture.

Le 25 mai 1750, la France ne se contente plus de faire parvenir à la Russie des représentations, elle la menace d'une intervention militaire; on prépare l'envoi de douze vaisseaux de guerre dans la Baltique et d'un corps d'armée en Suède. (D'Argenson, vol. II.) C'est à la fin de l'année que le roi mourut ; son succescesseur, Adolphe-Frédéric, annonça publiquement l'inlenlion, en montant sur le trône, de ne rien tenter.

L'année 1750 marqua une importante modification du système des alliances européennes et un changement complet dans la politique française; mais, malgré ce revirement, nous cherchâmes toujours à soutenir la Suède. Le traité de Versailles, auquel la Russie se joignit, renversa en un jour le monument élevé avec tant d'efforts et de persévérance par le cardinal de Richelieu. Avant cette révolution survenue dans la politique de deux grandes monarchies, l'Angleterre, la Russie, la cour devienne, les Provinces-Unies formaient un parti opposé à la France, à l'Espagne , à la Suède, à la Prusse, et la cour de Turin, toujours incertaine, mais toujours agissante, passait d'un camp dans l'autre. Le traité de Versailles changea tous les rôles en réunissant la France, la maison d'Autriche , la Russie , la Suède et l'Empire contre l'Angleterre et le roi de Prusse.

La Suède se trouva donc, malheureusement pour elle, engagée dans la guerre de Sept Ans, et cela sans que son appui pût nous être utile, puisque la Russie vint momentanément se ranger de notre côté par la convention du 21 mars 1757.

Le 17 janvier 1757, la diète germanique, sous la double pression de l'Autriche et de la France, décida de faire marcher le contingent des cercles pour aider au rétablissement de la paix troublée par l'agression du roi de Prusse. Le li mars, la France et la Suède signifièrent à la diète de remplir les engagements du traité de Westphalie ; alors la France, assurée par des actes particuliers de la Bavière , du Palatinat et du Wurtemberg, obtint aussi le secours de la Suède et la neutralité du Danemark.

La Suède, désireuse de reconquérir la Poméranie, signa deux traités avec la France et l'Autriche, le 21 mai et le 22 septembre, pour l'exécution des obligations communes stipulées dans la paix de Westphalie. Or cette paix comprenait la garantie de la Poméranie suédoise, perdue en 1679. Le roi Adolphe-Frédéric (1), marié à une princesse de Prusse 2), était très contraire à cette politique, qu'il fut cependant obligé de subir; le sénat, qui l'avait dépouillé en 1750 de toute autorité effective , l'y contraignait et le forçait, quoique beau-frère de Frédéric II, à prendre parti pour la France et l'Autriche contre le frère de sa femme. Le traité du "2-2 septembre !3) fut suivi une convention plus explicite qui promettait à la Suède toute la Poméranie et un subside, à la condition de mettre sur pied 20.000 hommes, qui viendraient faire dans

(1) Adolphe-Frédéric de Ho'.stein-Heiitin, élu en 1751 par la protection de la Russie, après la mort de Frédéric de Hesse-Cassel, dont le frère fut écarté du trône.

(2) Louise-Ulrique de Prusse, reine de Suède, née le 24 juillet 1720 à Berlin. Son frère, Frédéric II. la maria en 1744 à Adolphe-Frédéric, prince royal de Suède; reine en 1751. Son intervention dans les affaires politiques ne raffermit pas l'autorité royale, ébranlée i>ar de longues discordes civiles. D'un caractère ferme, résolu, elle chercha des amis à l'armée. Irritée de l'ingratitude du parti des chapeaux, elle ourdit le complot du 21 juin 17.56. qui donna lieu à la décapitation de Wrangel, Hordt, de lîrache et Horn, chefs de la faction russe, qui voulaient venger la mort de Lewenhaupt. Elle engagea Frédéric dans la guerre de J757, à l'insligalion de la France. Par suite de négociations avec son frère, la paix est signée en 1762. Après la mort d'Adolphe-Frédéric, elle contribua au coup d'État du 19 août 1772 accompli |iar son fils.Gustave lil, et mourut dans la retraite le 16 juin 1782, à Swartsioè.

(3) Le traité définitif de Stockholm fut conclu le 22 septembre; les subsides promis devaient être payés moitié par la France, moitié par la cour de Vienne; mais le traité secret conclu à Versailles le 30 décembre 1758 entre le roi et l'Ira- Iiératrice le fil retomber tout entier à la chaige de la France, à compter du 1''' juin précédent.

TAlIemagne du Nord une diversion contre le roi de Prusse. On garantissait à la Suède le recouvrement de ce que les traités de 1679 et 1720 lui avaient fait perdre de la Poméraine. Les troupes françaises s'empareraient de Magdeburg; Stettin serait attaqué pour lui être remis. L'électeur de Cologne, le palatin, tous les princes du Rhin et de l'Allemagne méridionale acceptèrent des subsides de la France. L'Angleterre el la Prusse ne gardèrent d'alliés que la maison de Brunswick, la Hesse-Cassel et quelques princes saxons. La Prusse se trouvait attaquée aux quatre points cardinaux, les Suédois ayant débarqué en Poméranie; c'est alors que Frédéric, voyant ses provinces envahies, reproche au roi d'Angleterre de n'avoir pas fait, après la convention de Closter-Severn, retirer ses troupes sur Magdeburg, d'où il eût pu l'appuyer, et que, désespéré, il marche contre Soubise et relève son prestige en Allemagne.

Le second traité de Versailles fut signé le 1" avril 1757, jour anniversaire du premier. Celte fois la France et l'Autriche stipulèrent les conditions de leur action. L'Autriche reprendrait la Silésie, le comté de Glatz, le duché de Crossen; Magdeburg et Halberstadt seraient rendues à la Saxe, la Poméranie à la Suède, les possessions de la Prusse sur le Hhin à divers princes. L'Autriche céderait à la France Oslende, Nieuport, Furnes, le fort de Knock, Ypres, Mons, Chimay, Beaumont; Luxembourg serait rasé et constituerait, avec le reste des Pays-Bas autrichiens, une souveraineté pour l'infant de Parme. La France occuperait immédiatement Oslende et Nieuport à titre de gage. L'Autriche prendrait à titre déllnitif les États de Parme, se réservant la réversibilité des Pays- Bas donnés à l'infant, s'il mourait sans héritier direct. Dès lors la succession du royaume des Deux-Siciles devenait libre.

Le l*^"" janvier 1757, Dohna prend Damgarten aux Suédois et s'avance à Greifpswald et Stralsund, pendant que Lantingshausen se replie sous Stralsund et dans File de Rugen. Le 10, le général Cannitz attaque, dans Anklam (1), le lieutenant-colonel suédois comte de Sparre (2), s'empare de la place le 17, et le fait prison-

1) Anklam, petite ville de Poméranie, sur la Baltique, à i kilomètres 0. du Frische-HalV.

^2,1 Sparre, famille suédoise; barons, 16i7 : comtes, 1710. Jean, né en 1715; sous-

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nier. Celte conquête sur le roi de Prusse l'obligera à envoyer des l'orces supérieures pour s'opposer aux opérations suédoises, et alors nous procurera une diversion très utile. Le 16, Manleufel assiège le colonel suédois Lilljenberg (1) dansDemmin, prend la place le 17 et fait le colonel prisonnier.

M. de Montalemberl arrive à Hamburg le 31 octobre 1757, alin de joindre l'armée suédoise en Poméranie et de l'aider de conseils utiles aux deux nations dans les projets de campagne et d'opérations militaires. C'est ainsi que la coopération suédoise aide à nos mouvements en retenant en Poméranie un corps prussien qui aurait pu sans cela relier les troupes de Ferdinand de Brunswick et lui permettre de presser avec plus de succès encore les Français entre le Rhin et l'Elbe.

Le M novembre, l'armée suédoise campait près de l'Ucker, son quartier général à Ferdinandshof, avec environ 3,000 hommes à Pasewalk; elle n'avait pas encore reçu tous ses équipages, ses magasins restaient à Anklam qu'on avait mis en état de défense; elle avait beaucoup de malades, et un millier de chevaux sur 4,000 se trouvaient dans l'impossibilité de marcher par suite de leur trop long séjour en mer. Aussi, après plusieurs conseils, il est décidé que l'armée restera sur la Peene, au lieu de marcher ;\ Berlin, pendant que M. de Lewald, à la tête de 17,000 hommes, passe la Vistule le 16, sur deux colonnes. Les Suédois formaient 22,000 hommes, et pouvaient en mobiliser 15 ou 16,000, le reste suffisant à garder la Poméranie. L'ensemble des opérations se résumait à se relier avec le maréchal de Richelieu, maître de l'Elbe; mais la gelée commença à se faire sentir dès le 25 de décembre; le 29,

lieutenant en SuéLle. 1733; serl près du comte de Saxe, 1744 ; puis sous le maréchal de Coigny ; revient dans son pays après le siège de Frii>urg ; aide de camp du roi Gustave III. le jour de la révolution de 1772 ; général-major la même année : mort en 1791. Officier dun grand mérite, se distingue parliculièromenl dans la guerre de Sept Ans, pendant laquelle il prit les villes de Uemmiu et .\nclam. La prise de cette dernière place lui valut en récompense de la ville de Stockholm un service d'argenterie. Aujourd'hui encore le nom a continué de briller dans les rangs de l'armée française. ^.\rchives de la noblesse à Stockholm.)

(Il Lilljenberg. famille originaire du Tyrol. Eric-Gustave, né en 1719, capitaine en France, 1740; au régiment Appelgrehen : aide de camp du maréchal de Saxe, 174.5; colonel, 1749: général-major en Suède, 1762; baron, 1706; lieulcnant général, 1789: mort en 1770. (E.xtrait des archives de la noblesse à Stockhohn.)

la Peene était totalement prise; heureusement que les Suédois avaient fait leur mouvement sur Tribsées, avec des magasins à Franzburg et Grimmen.

L'on fut surpris à Stockholm de la retraite subite de l'armée suédoise à Stralsund et à Rugenyon ne pouvait s'expliquer la conduite du feld-maréchal d'Ungern (1), qui fut remplacé par le comte de Rosen, à qui l'on fit espérer l'appui d'un corps auxiliaire français. Pendant ce temps, les Russes entraient en Prusse et s'établissaient à Kœnigsberg et Pellau le 20 janvier. Le but de l'armée suédoise se résumait donc, en avril 1738, à pénétrer dans le Mecklemburg et à chercher à rentrer dans la Poméranie prussienne en deçà de l'Oder ou au delà.

Le 27 juin, les Prussiens évacuaient toute la Poméranie suédoise, ayant passé la Peenne à Loiz, pendant que le comte de Hamilton occupait Grimmen et Gripswald, remplaçant le même jour le comte de Rosen.

Le 28, le fort de Peenemunde se rend après quelques coups de canon. La Suède objectait toujours qu'elle n'avait pris les armes que contre le roi de Prusse; sans être en guerre avec l'électeur de Hanovre, elle ne voulait pas agir offensivement contre ses États. Cependant le comte d'Hamilton, se mettant en marche le 16 août, passe par Peenne et pénètre dans la Poméranie prussienne.

Le 27, son armée se divise en quatre corps : l'avant-garde occupe Strasburg; la moitié de ce qui campait à Wordach, aux ordres du comte de Fersen, suit le lendemain pour rendre les subsistances plus faciles; l'autre moitié prend position à Friedland avec le comte d'Hamilton (2) ; un corps de 6,000 hommes reste à Spandau avec le comte de Lieven.

(1) l'ngern SliMiiberg (Mathias-Alexandre), d'une famille de Bohême, possédant baronnieeii Suède en 1653; né en 1G89; sert en France; colonel du régiment de Lenck, 1706; inaréclial en Suède, 1753; général en chef en Poméranie, 1757; mort en 1763. (Archives de Suède.) « Naturellement haut, ne manque ni d'esprit ni de pénétration. Ses talents militaires sont un peu rouilles; prend beaucoup de conseils de M. de Fersen. Avec cela, d'une grande indécision, il est difticile d'animer sa lenteur naturelle. L'âge et sa santé devaient , avant peu de temps, le mettre hors d'état de porter longtemps le fardeau dont il était chargé. » (Correspondance particulière de l'époque.)

(2) Hamilton (Gustave-Adolphe), né en 1699, d'une famille originaire de Nor- Avège; sous-lieutenant, 171 8; capitaine au service de la France; au régiment de Lenck,

SUÉDE. 375

L'armée campe le 2 septembre à Boitzenburg, le 1:2 à Eychen, le 15 à Furstenberg, et le 18 à Rheinsberg. Route pauvre, coupée de bois, de lacs, de défilés, dans lesquels restèrent beaucoup d'équipages et d'artillerie; avec cela peu de fourrage et encore moins de pain. On regrettait de ne pas avoir pris par Teiuplin et Zehdenick, et l'on préféra gagner New-Ruppin sans descendre le Havel. Le comte d'Hessenstein reste à Zehdenick, dont les ressources permettaient d'entretenir l'armée pendant trois semaines.

Parti le 21 de Rheinsberg à destination de Lindow, pour se porter ensuite à Oranienburg sur, le Havel, le comte d'Hessenstein à New-Ruppin, avertissait M. d'Hamilton que le poste de Fehrbellin avait été attaqué le 27 ainsi que le 28, à Langen près de Fehrbellin; les B. du Prince-Gustave et Wester-Bosnie s'y étaient distingués ainsi que le général d'Hamilton, ayant sous lui le général Lieven (1). La cour de Vienne désirait une jonction sur l'Elbe, et l'armée suédoise marcha par sa droite, la retraite du maréchal Daun étant décidée, et Dohnu ayant repassé l'Oder. Aller à Berlin semblait toujours être le but qu'on poursuivait.

Le 11 octobre, l'armée quitte New-Ruppin pour Rheinsberg; cette marche fut si pénible qu'il fallut y séjourner le 12; le 13 elle arrive à Honmelfort, en repassant par Furstenberg dans le Mecklemburg, le seul endroit où l'on pût passer le Havel, parce qu'ayant abandonné cette rivière à New-Ruppin, on avait laissé aux ennemis la facilité d'en rompre les ponts.

Le 14, l'armée se rend d'Honmelfort à Hardenbeck près de Boitzenburg. Dans la nuit du 14 au lo, ce village fut attaqué par

1720: fîiil les campagnes do 1733 à 1735; général en clief en Poméranie, 17o8 : maréchal, 1765: mort en 1788. (Archives de la maison des nobles de Stockholm.! (( Brave soldat, hardi, entreprenant, a sonvent des idées confuses; mais exécute très bien tout ce qu'on lui proposera : intentions ailniirables, droiture et probité. « (Correspondance particulière.)

(1) Lieven (Charles-Gustave de), né en 1748, d'une famille livonienne; lieutenant de la garde; général-major, lieutenant général, 1806; mort en 1809. (Archives de la maison des nobles à Stockholm.) « Rempli d amour-propre et de vanité, croit posséder à fond l'art de la guerre, dont il a en effet quelques connaissances; s'imagine mettre en pratique tout ce qu'il a lu sur le métier. 11 a de l'esprit; sacrifie tout à son intérêt ; très dangereux i)ar les tracasseries (ju'il suscite. Incapable de garder un secret. « (Correspondance particulière de l'époque.)

plus de 2,000 hommes, infanterie et hussards, elle comte d'Hessenstein (i) faillit être enlevé.

On se reposa le 16 et le 17, l'avant-garde et l'arrière- garde ayant exécuté des marches un peu trop fortes, mais les chariots d'artillerie et autres étaient attelés de si petits chevaux qu'ils n'avançaient pas; de plus il n'y avait pas de maréchal des logis de l'armée, et c'était un ingénieur qui en faisait les fonctions comme il pouvait. Arrivé le soir à Prenzlow, on s'occupa des fours des boulangeries. Pendant cette marche, la garnison de Stettin envoya dans la Poméranie suédoise un détachement qui enleva une partie des approvisionnements réunis sur la Peene, en faisant contribuer le pays jusqu'aux portes de Stralsund. On com.mençait à désespérer de faire le siège de Stettin^ devoir les Russes passer lOder, enfin d'arriver au plus tôt à la jonction des deux armées. A Stockholm, l'exaspération augmentait chaque jour. Le peuple ne pouvait accepter que l'armée ne marchât pas directement sur Berlin ou ne s'emparât de Stettin. « Qu'ils fassent donc quelque chose, qu'ils montrent l'ennemi à nos braves soldats, qu'ils ne soient pas arrêtés devant une poignée de Prussiens, qu'ils ne fassent pas dire à toute l'Europe que 8,000 Prussiens arrêtent et font reculer l'armée suédoise. » Voilà les propos dont la ville et la campagne retentissaient en s'adrcssant aux généraux.

Il ne devenait plus possible de camper, par suite de la rigueur de la saison et du nombre croissant des malades. Le 20 novembre, de Prenzlow l'armée gagna Pasewald. Le 17 au soir, le major de hussards de Platen fut attaqué, au petit village de Rlinckow, par un parti ennemi sorti de Gustow; mais la retraite se fit en bon ordre.

Le 29, M. d'Hamilton se trouvait à Ferdinandshof, et établissait une redoute à Grambin. Les Suédois quittèrent la marche d'Ucker et se retirèrent à Anclam; la désunion des généraux amena cette solution. Le comte d'Hamilton est remplacé par le général Lanlingshausen (2), le quatrième général en chef, qui prit le com-

(1) Hessenstein (Fiéiléric-Micheli, (ils illégilimo du roi de Suède Frédéric I""'; né en 1735; colonel au service do France; niaréclial en Suède, 1773; prince en 1785; mort en 1808. (Ârcliives de la noblesse à Slockholni.)

(2) Lantingshausen (Jacob-Albrecht), né en 1099, d'une famille néerlandaise établie en Suède vers 1651; lieutenant. 1718; au service de France, 1723; aide-

SUÉDE. 377

mandenienl au moment où Dohiia, ramenant son armée de Saxe, dirigeait sa marche à travers le Mecklenbourg et sur les rives de la Trewel, avec l'intention d'y surprendre les postes avancés des Suédois et de couper les garnisons d'Anclam et de Demmin. Manteufcl, qui avait poursuivi les Suédois jusqu'aux bords de la Tollensee, devait seconder cette expédition, qui manqua par suite des pluies et de l'impossibilité de traverser la Trewel. Dohna s'empare de Damgartem, Lantingshausen ramène son armée à Stralsuml et prend ses quartiers d'hiver dans Tile de Rugen. Bientôt Anclam et Demmin sont obligés de se rendre (1). Au mois d'avril 1759, les armées se montraient en mouvement de tous côtés. Les Français se rassemblaient en Alsace, les Autrichiens en Bohême; les Suédois, de Stralsund et de Rugen, menaçaient la Poméranie prussienne, et les Russes avançaient par la l^ilhuanie sur la Prusse. Frédéric en Saxe, face aux Autrichiens,

major au réj;iinenl d'Alsace. 17.33 ; fjouverneur des ducs de Deux-Ponts, Chiélien IV el Frédéric, 1736: colonel et brigadier, 1744, 1745; quitte l'armée française en 1746 avec pension de 2,000 livres; général-major en Suède, 1747; lieutenant général, 1757 ; général en chef en Poméranie, 1760; mort en 1769. (Archives de la maison des nobles à Stockholm.) « La droiture même, beaucoup de bonnes intentions et beaucoup d'instruction ; connaissant tous les détails d'une armée. » (Xotes de t'épotiue.)

(I) La cavalerie i)russienne a donné de grands exemples de la mobilisation la l>lus active |)endant la guerre de Sept .-\ns.

Le 1° régiment de dragons (V. Plettenberg'i, aujourd'hui dragons de Lithuanie n° 1 (Prince-Albert de Prusse), se trouvait devant Stralsund au printemps de 1758, faisant partie du corps du général comte Dohna. Les Prussiens devaient se rapprocher de l'Oder : ce régiment, devançant son corps d'armée, qui se portail sur Custrin et Francfort, passe sur la rive droite et, avec d'autres régiments de cavalerie, pousse des pointes sur Slernberg, Drossen, Zielensitz et Dechsel, escarmouchant chaque jour avec la cavalerie russe. H put ainsi acquérir la certitude de la marche du gros de l'armée russe contre Custrin. Le '25 aorit, il prenait part à la bataille de Zorndorf. Le 16 septembre, le régiment quittait le corps de Dohna, destiné à couvrir la forteresse de Custrin, et. arrivé le 19 à Berlin, il est détaché avec d'autres troupes, sous le commanriement du général de W'edel, contre un corps suédois entré dans la Marche. Cette expédition le mena jusqu'à Boitzenburg après de nombreuses rencontres avec l'ennemi. De là les dragons, quittant le détachement Wedel, durent rejoindre à Pyritz le corps Dohna pour entrer en Saxe; il était àTorgau le 14 novembre. Le 15, l'ennemi battu à Eilenburg, on le poursuivit jusqu'au 23 au delà de Rochlitz. Le 28, le corps d'armée marchait eu Poméranie contre les Suédois. Traversant la Saxe et la Marche, le régiment était

avec un corps prêt à défendre la Prusse royale contre les Russes, souhaitait que l'armée hanovrienne, rassemblée en Westphalie sous le duc de Cumberland, défendît le bas Rhin contre les Français. Les Hanovriens, ne pouvant défendre le Wéser, abandonnaient Glèves, Gueldre, Wesel, puis la Westphalie tout entière, à mesure qu'avançait M. d'Estrées. Cumberland, au lieu de se replier vers le moyen Elbe, recule vers le bas Elbe, s'écartant chaque jour de ses alliés; cependant les Russes avançaient, et, au lieu de pousser droit à l'Oder, ils envahissent le royaume de Prusse et battent le général Lewald, le 30 avril, à Jagerndorf. Pendant ce temps 15,000 Suédois débarquent enPoméranie et, le 9 mai, le capitaine Koock, assiégé dans le fort de Peenamunde par un détachement prussien, se rend prisonnier le 10. Si l'Autriche avait pu diriger ses alliés et combiner leur action avec la sienne, elle devait réussir dans ses entreprises; mais les Suédois agirent dans la Poméranie avec peu d'énergie. Quant aux Russes, après la campagne de 1758, ils se retiraient inactifs à Posen.

Frédéric passe l'hiver à accabler la Saxe de réquisitions, à faire des pointes dans la Silésie autrichienne, la Pologne, la Poméranie suédoise et le Mecklemburg pour y enlever des vivres et des fourrages. Le plus grand danger pour lui venait de la présence des Russes à Posen. Il voulut les arrêter dans la Pologne et les retenir sur la Wartha. Dohna, trop timide, ne put y réussir; il le remplace par Wedell, qui est battu à ZuUichau le 23 juin, puis à Kunnersdorf le 2 août.

Dohna, dont le corps est porté à 28,000 hommes par l'arrivée de Manteuffel avec une partie de son armée, et par la jonction des généraux Platen et Hulsen, le premier venant de laPoméranie ultérieure et le second delà Saxe, marche droit aux Russes, etquiltele Mecklemburg et la Poméranie, où il laisse Manteuffel pour tenirtêle aux Suédois. Tant qu'on eut des troupes à opposer aux Suédois, on

le 26 décembre à Gnoyen. Les relranchemen(s suédois de Damgaiten fiirentemportés le 31, ell'ennemi rejeté dans Slralstmd et dans Rugen. Les dragons prenaient leurs quartiers d'hiver le 27 janvier 1759 seulement, dans les environs de Barlli.

Ainsi ce régiment, après 87 journées de marche, presque toujours aux avantpostes, avait pris part à une grande bataille, à 11 combats et escarmouche presque tous les jours. Il avait parcouru 311 milles (2,332 kilomètres); ses pertes se montaient à 6 officiers, 173 bomines et 231 chevaux.

les avait facilement contenus. Par les vices de leur organisation, ils n'avaient ni boulangerie ni caissons pour le pain et la farine, ils ne subsistaient que par les livraisons tirées des contrées oii ils se trouvaient les plus forts. De celte négligence dans les mesures les plus indispensables de la guerre, résultaient les plus grands inconvénients pour les opérations des troupes; de sorte que les généraux prussiens qu'on opposait aux Suédois se bornaient à déranger leurs livraisons pour les obliger à rétrograder successivement, lorsque les subsistances leur manquaient, et à se rapprocher de leurs frontières. Après le départ de Dohna, M. de Manteufel reçut le commandement contre les Suédois et, quoiqu'il n'eût que peu de troupes sous ses ordres, il se soutint jusqu'au mois de septembre, oii les malheurs de Kunnersdorf obligèrent le roi à le rappeler à lui avec toutes ses troupes. C'est à ce moment que commencent les progrès des Suédois. Ils occupent d'abord Anclam, Demmin et Ukermunde. Le comte de Fersen (1), placé à leur tète celte même année, s'embarque à Stralsund avec 3,000 hommes et passe dans l'île d'Usedom. Il attaque i avilie de Swinemunde, la garnison se retire dans l'île deWoUin; la ville est prise et la Swinemunder-Schanze se rend peu après.

Le 10 septembre, le général Karplan, avec ses galères, s'empare de neuf bâtiments prussiens qui gardaient l'embouchure de l'Oder, après l'expédition de Lantingshausensur le fort de Peenemunde, que le colonel prussien avait rendu le 2. Le 16, M, de Fersen, qui s'était rendu maître de WoUinle 18, s'empare du colonel Schofstadl. Le 17, M. d'Hamilton s'étend jusqu'à Zedhenicket Fehrbellin, daas l'intention de se réunir aux Russes ou aux Autrichiens. Le 21, Mantenft'el, détaché par le roi pour s'opposer aux Suédois, les chasse de Bentzlau. Le 22, M. de Wedel arrive à Oranienburg et les Suédois se retirent à New-Ruppin. Le 28, pendant que Sollikof passe l'Oder, M. de Lantingshausen, à. la lête des Suédois, occupe le fort de Schwine et campe le 30 à Passwalck.

Le -4 octobre, le général Wedell arrive à Garz; le 18, il s'avance

(1) Fersen (Frédéric-Axel de), né en 1719. dune famille orij^inaire de la Hesse <|ui passa en Ecosse, puis en Poniéranie ; capilaine au régiment d'Alsace ; en France, 1740 ; coloneld'unrégimcnt allemand, 1745; brigadier, 1748 ; démissionnaire du ser- \ice de France, 1753; maréchal en Suède, 1770; mort en 1794.

àTemplin pour observer les Suédois. Le 21 novembre, M. Hamilton marcbe à Passwalk, elle 28 se retire à Ferdinandshof. Le 10 décembre, le colonel Peclin chasse les Prussiens de l'île d'Usedom; les Suédois prennent garnison dans Anclnm et Demmin, avec leurs quartiers d'hiver aux environs de Stralsund et Gripswald. Le 31, Dohna essaie de prendre les Suédois à revers et attaque Dammgarten, dont il s'empare le lendemain. Pendant que les Russes restaient sur la rive droite de l'Oder, les Suédois se mirent en mouvement, firent des excursions dans l'Uckermark, et finirent la campagne, comme l'année précédente, en se retirant chez eux.

Depuis le traité conclu par la France et l'Autriche, le 21 mars 1757, avec la Suède, Louis XV, à l'arrivée de M. de Choiseul aux affaires, avait résumé l'offensive à prendre contre la Grande-Bretagne en deux points : 1° reprendre l'ancien plan de M. de Machault, en l'attaquant au centre de sa puissance; 2" tenter une nouvelle conquête de l'électorat de Hanovre. Versailles, qui jusqu'à ce moment avait tiré peu de parti de la cour de Stockholm, se proposa de la faire concourir à son projet de descente. Cette ancienne alliée n'avait jamais démenti sa fidélité. Malgré les démarches de la reine, la Suède combattit pour le maintien de la paix de Weslphalie, et sa gloire semblait intéressée à perpétuer ce grand ouvrage de la politique et des armes de Gustave-Adolphe. 11 est vrai que ses efforts n'avaient pas été jusqu'à ce moment très heureux; son armée, s'élevanl à peine à 20,000 hommes, était conduite par des chefs peu expérimentés, comme si Charles XII eût emporté avec lui dans la tombe l'éclat militaire de cette nation. L'armée se bornait donc à des irruptions en Poméranie, et, à l'approche de l'hiver, elle revenait se réfugier sous le canon de Stralsund. M. de Choiseul, comme on le voit par sa dépêche du 21 janvier, songeait à utiliser 12,000 Suédois en les jetant en Ecosse pour seconder nos armes dans cette descente, tout en conservant im effectif de 15,000 hommes, suffisant pour arrêter à Stralsund les tentatives des Prussiens, fort occupés à se défendre contre les armées russes et autrichiennes. Ce plan hardi, conçu à l'époque du 9 juin et autorisé le 23 de septembre, avec promesse d'indemniser la Suède de toutes ses dépenses pour le rassemblement de ses troupes, avorta le 20 novembre, par suite de l'échec de M. de Gonflans.

SUÈDK. 381

A cette époque, M. de Canlaincourt arriva en Suède pour remplacer M. de Montalembert dans l'armée suédoise en Poméranie.

Le ^0 janvier, les entreprises des Suédois en Poméranie et dans la marche d'Ucker furent sans conséquence, car le général Manleulîel passa la Peene et repoussa les postes avances des Suédois, puis se porta sur Gripswald. Le ^3, le général Lantingshausen, agissant plus olfensivcment qu'à l'ordinaire, rassemble une partie de ses forces aux environs de Gripswald, marche aux Prussiens, les attaque à deux lieues de la ville et les force à se replier sur Anclam, où ils entrent le ^4. Le :25, le général Lantingshausen poursuit les Prussiens et arrive devant Anclam ; le 27, il feint de se retirer, mais le 28 il attaque Anclam au point du jour, se rend maître d'un faubourg, fait prisonnier Manteull'elqui était sorti de la ville pour repousser les Suédois; il reçoit trois blessures et entre dans Anclam, où ilestremplacé par le général Stutterheim. Alors Lantingshausen, satisfait de cet avantage, renvoie ses troupes dans leurs quartiers et retourne à Gripswald. Le 22 février, le général Tottleben, à la tête de son corps d'armée, surprend la ville de Schwedt sur l'Oder. Le roi de Piusse étant entré en Lusace, M. de Manteufi'el, avec des convalescents de la bataille de Kunersdorf, sortis des hôpitaux de Slettin, en y ajoutant les volontaires de Hoidt, les dragons de Meinike et les hussards de Belling, change bientôt la face des affaires dans ce pays. Il prend la garnison et la caisse militaire des Suédois à Demmin. Des hussards, qui se trouvaient à Stetlin, sont envoyés par le prince de Bevern à Passewalk, où les Suédois avaient un poste. L'officier qui les commandait. M. Stulpnagel, surprend l'ennemi et lui fait beaucoup de prisonniers. L'armée suédoise se retire, repasse la Peene à Anclam, établit ses quartiers dans la Poméranie suédoise, où Manteuffel, avec les hussards de Belling, leur donne différentes alarmes. C'est alors que les Suédois, fatigués des alertes des Prussiens, tentèrent de surprendre la ville d'Anclam. Us attaquent de nuit le faubourg; l B. franc, qui devait le défendre, est mis en déroute. M. de Manteuffel accourut; mais l'obscurité était si grande que, voulant aller au B. franc, il donne dans les Suédois qui le font prisonnier.

Le 17 août, le général Lantingshausen passe la Peene, et le 29 le

vice-amiral Mischukof, avec 29 bâtiments russes et suédois et un détachement de troupes, resserre la place de Colberg. Le 3 septembre, le général Lantingshausen campe entre Prentzlau et Passewalk, le général Ehrenschwerdt est chargé d'attaquer Passewalk, occupé par le général Stutterheim, qui se retire sur Prentzlau, et le 6, de Templin à Zehdenick. Le 3 octobre, le général Werner, après avoir fait lever le siège de Colberg, passe l'Oder et surprend les Suédois à Passewalk. Le 20, le général Lantingshausen fait retirer ses troupes sur Anclam, où elles campent, et le 27 il marche à Grippswald.

En 176Î , les Suédois, à l'exemple de Pierre 111, concluent avec la Prusse une suspension d'armes, bientôt suivie d'un traité de paix.

En 1762, la mort de l'impératrice de Russie ayant donné, dans la personne de Pierre III son successeur, un nouvel auxiliaire à la Prusse, la Suède se rallie à sa cause le 22 mai.

Le marquis d'Havrincourt, nommé ambassadeur en Hollande après un séjour de près de quatorze ans en Suède, est remplacé à Stockholm par le baron de Breteuil, bien connu comme diplomate, officiel ou secret. Il fut, avec M. de Vergennes, un très actif agent de la politique française en Suède et fut en partie le promoteur de la résolution prise de fortifier dans ce pays la royauté pour prévenir une anarchie et même un démembrement préparés par la Russie, la Prusse et le Danemark. En ce moment, le duc de Praslin était ministre des affaires étrangères, et, à la date du 8 octobre, il lui adressait ses instructions. Le feu roi de Suède (Frédéric 1", 1721-1751) n'aimait pas la France; au lieu d'attendre patiemment sa mort, on suivit et on outra, pour détruire son pouvoir, les principes adoptés depuis la mort de Charles XII. Dès lors l'alliance avec le roi de France s'affaiblit, et la guerre de la Suède contre la Russie, entreprise par l'influence de la France, fut le premier pas de la décadence suédoise : c'est alors que le nouveau ro i Adolphe-Frédéric (1731-1771) se sentit naturellement disposé en notre faveur.

La plus grande préoccupation de noire ambassadeur, le baron de Breteuil, fut la direction de la diète, qui s'ouvrit le 18 janvier 1763. Trois partis se partageaient celte assemblée : celui de la France (M. de Breteuilj; de la Russie (le comte Ostermann); de l'Angleterre (le chevalier de Gooderick). Fn juin 1766, la cour de

Versailles n'obtint pas davanlage la majorité, car la Suède avait conclu un traité d'alliance avec l'Angleterre, le 5 février 1766 : c'était une sorte de rupture avec la France.

Les étals de Suède ayant fait leur clôture le 11 octobre 1766, leurs dernières résolutions portaient que le roi leur souverain devait avoir les plus grands égards pour la France et maintenir avec elle une bonne intelligence, mais que S. M. Suédoise ne devait écouter aucune proposition qui tendrait à rétablir l'ancien système d'union entre la France et la Suède. Au lieu de réchauffer les liens d'amitié avec l'Angleterre et de cultiver soigneusement les bonnes relations avec la Russie, l'argent, les bienfaits, la générosité du corps des négociants de Stockholm servirent à préparer et à favoriser la révolution qui eut lieu, quelques années après, en faveur du pouvoir royal et du parti français.

Mécontent de l'accueil fait en Suède aux efforts de sa diplomatie, le roi remplace son ambassadeur le comte de Breteuil par le comte de Modène, âgé de trente-quatre ans seulement. M. de Breteuil avait quitté Stockholm l,e 17 avril 1767, et M. de Modène (1 prit la correspondance en novembre 1768; il allait avoir à lutter contre les partis qui déchiraient la Suède et à tâcher de faire triompher au milieu de l'anarchie les projets de Versailles. A cette date, M. le duc de Ghoiseul était ministre des affaires étrangères.

Pendant qu'une révolution s'opérait en Pologne, la Suède cherchait à reformer son gouvernement. Gustave-Adolphe, prévoyant que son père cesserait bientôt de vivre et de régner, s'était rendu en France afin d'y préparer avec le cabinet de Versailles le succès de ses desseins.

Adolphe-Frédéric (2), roi de Suède, mourut en février 1771 ; son

(1) M. le comte de Modène, rapi)elé en juillet 1770, laissa la correspondance à M. Barthélémy, sociétaire à l'ambassade de France ; neveu du savant auteur du Voyage d'Anachaisis, devenu comte, puis marquis de Barthélémy, qui mourut en 1830, après avoir joué un rôle politique sous l'Empire el sous la Restauration.

(2) Adolphe-Frédéric, duc de Holstein-Gottorp. La Russie avait imposé son élection aux Suédois en 1743. à la suite de leur invasion malheureuse en Finlande. Il avait épousé Louise-Ulri(iue, sœur de Frédéric H de Prusse. Il fut le père de Gustave III ; il fut frappé de mort subite dans la soirée du 12 février, en jouant aux cartes.

lîls, Gustave III, lui succéda i\ l'âge de vingt-cinq ans. C'est à Paris (il était parti de Stockholm le 8 novembre 1770) qu'il apprit la mort de son père; il quitta la capitale de la France le 18 mars 1771, et, témoin delà chute des parlements, il conçutla pensée de s'affranchir de l'autorité du sénat. Louis XV, ayant reçu la confidence de son projet, l'y encouragea en plaçant près de lui, avec le litre d'ambassadeur, le comte de Vergennes. Traversant l'Allemagne, il rendit visite à son oncle Frédéric II, zélé partisan des engagements contractés par la Russie et la Prusse, de concert avec le Danemark, pour conserver la charte de 1720, jusqu'à ce que l'anarchie suédoise, devenue extrême, fournît quelque prétexte à une intervention armée.

De retour dans sa capitale le 30 mai 1771, Gustave III se trouva en présence de difficultés intérieures. Le parti des bonnets, soutenu par la Russie, l'Angleterre et le Danemark, espérait un triomphe; la diète était en grande majorité contre lui, tous comptaient empêcher son couronnement et forcer Gustave à une abdication. Dans les instructions par lui données le 4 mars '4771 à M. de Vergennes (1), notre ambassadeur à Stockholm, M. de Ghoiseul s'exprime ainsi au sujet des dissensions qui agitaient la Suède et des moyens d'y remédier : « Bien que les deux partis qui ont divisé la Suède aient concouru presque également à la décadence de leur patrie, ces maux ne seraient point incurables si la nation voulait enfin se réunir sous les auspices de son roi... Il faudrait, pour cet effet, déraciner les partis... C'est un objet important que le comte de

(1) Vergennes (Cbailes Gravier, cointode , né à Dijon le 28 décembre 1717. Protégé par M. do Chavigny, son onclematernel.il le suit en IT'iO à Lisbonne. Rappelé en Portugal en 1745, il attire l'attention de M. li'Argenson par un mémoire sur les diiïicultés entre les cours de Madrid et de Lisbonne; 1752, au congrès de Hanovre; 1754, à Constanlinople avec le litre de ministre plénipotentiaire; 1756, calme les craintes du sultan ; 1768, obtient une déclaration de guerre contre la Russie. Déjà très apprécié dans la diplomatie pour son ambassade de douze années à Conslantinople, il y fut remplacé ])ar le chevalier de Saint-Pricst. C'est lui qui prépara la journée du 19 août 1772. Il fournit une belle carrière iiolilique et diplomatique pendant cette i)ériode si féconde en événements; 8 juin 177-i, appelé au ministère des affaires étrangères ; signe le traité de Paris, 3 septembre 1783; mort le 13 février 1787. dans uii moment où sa présence aurait peut-être évité bien des fautes ; a laissé des Me moires politiques, Histoire de la Louisiane, Rapports sur Ulndostan, Saint- DominQue, etc.

Vergennes ne doit pas perdre de vue. Il doit travailler à rapprocher les esprits... qu'il est plus que temps qu'on ne connaisse plus les Suédois par ces noms ridicules de chapeaux et de bonnets, et qu'on y substitue la dénomination naturelle de zélés et vertueux citoyens. A cette coridition seulement, le roi consent à regarder toujours la Suède comme son ancienne amie et son alliée la plus constante... S. M. a résolu de payer les arrérages des subsides dus à la Suède et qui avaient été suspendus, à commencer du quartier de janvier 1772. M. de Vergennes passera à Copenhague; il serait de l'intérêt réciproque de la Suède et du Danemark de se tenir étroitement unis pour maintenir l'équilibre du Nord contre les vues de la Russie... » (Archives des atfaires étrangères.)

Les divisions du parti aristocratique avaient exercé une influence funeste sur les élections de la diète réunie le •îîr) juin 1771 ; la même anarchie régnait aussi dans le parti contraire, jusque dans la bourgeoisie et les rangs de l'armée. Il fallait à Gustave III, dans ce désordre, une extrême habileté.

Le 58 novembre, l'anarchie était arrivée à son comble; le roi, de son côté, se montrait plus que jamais résolu ; il avait déjà communiqué plusieurs projets ;\ INI. de Vergennes, qui écrivait : « Le roi est fort actif, il ne m'a pas caché que son penchant est pour les cas hasardeux... Il n'aspire pas au pouvoir absolu de Charles XI et Charles XII, mais il veut avoir, comme le roi d'Angleterre, les mains liées pour le mal, libres pour le bien... Il se rapproche adroitement de l'armée. » (Archives royales de Stockholm.)

Les préparatifs étaient fort avancés, quand deux incidents extérieurs précipitèrent le dénouement. Des changements étaient survenus en Danemark, où le ministre Struensée (1) gouvernait sous

(1) struensée (Jean-l-mléric, comte de , né à Halle le 5 août 1737, décapité à Copenhague le 28 avril 1772 : se distingue dans ses études, devient médecin à Alloua; dissipé, ambitieux, il se sépare de son père en 1760; d'une ligure agréable, empressé auprès des femmes; en 1708, nommé médecin particulier de Christian VII, il accompagne ce jeune prince en Hollande, en Angleterre, en France, en .\llemagne. La reine Caroline-Mathilde, sœur de George HI, roi d'Angleterre, eut recours à ses .soins, et en devint amoureuse. Nommé maître des requêtes eu 1770. Démocrate par les idées, il se proposait de renverser la haute noblesse; il supprima peu à peu tous les pouvoirs, et, le 14 juillet 1771. le roi le nommait premier ministre par un ordre équivalant à l'abdication complète de sa propre autorité. Toutes ses mesures, ordonnances, Unissent par produire une fermentation T. VI. 25

le nom de Christian VII (I), dont il avait gagné la confiance et dominait entièrement la volonté. Gustave craignit que, sous cette nouvelle direction, le Danemark ne renouât ses anciennes alliances avec la Russie et la Prusse. D'un autre côté, Gustave n'ignorait pas que le premier partage de la Pologne venait d'être décidé (23 juillet-5 août 1772). Ces circonstances lui firent penser que le moment d'agir était favorable. Ses frères Charles et Frédéric, complices de son entreprise, partent, l'un pour la Scanie, l'autre pour l'Ostrogothie, et y attendent le signal que devait leur donner le commandant de la forteresse de Chrislianstadt. Le prince Charles rassemble 5 régiments, et le duc Frédéric se met à la tête des troupes d'Ostrogothie. Le 19 août au matin, Gustave appelle ses partisans, monte à cheval, les officiers des régiments le suivent, des postes

générale, à laquelle la disette de 1771 mit le comble. La haine devint telle contre lui et Brandt, qu'une conspiiation se forma avec le concours de la belle-mère de Christian Yll, la reine douairière Julie-Marie, et du prince'Frédéric, son fils. Le 15 janvier 1772, le plan du complot est arrêté; la nuit du 16 au 17 est fixée pour l'arrestation de Striiensée. Ce coup de main accompli, les conjurés pénètrent près de Christian VII et lui font signer l'arrestation de dix-sept personnes, de Struenséeetde la reine Malhilde, enfermée dans le château de Croxenburg, pais reléguée au château de Zell, dans les États de son frère en Hanovre, où elle mourut le 10 mai 1775. Le procès de Struensée commença le 20 février : Brandt et lui mirent leur main et leur tète sur le billot.

(1) Christian VII, roi de Danemark et de Norwège, fils de Frédéric V, né le 29 janvier 1749, mort le 13 mars 1808, monte sur le trône en 1766; peu de temps après, il se marie à Caroline-Mathilde. Le ministère de Struensée, qui ne dura que seize mois, fut une série d'utiles réformes.

Monarque vertueux, quoique né dospolique, Crois-tu régner sur moi de Ion goHc Baltique ? Libre avec respect, liardi sans être vain, Je me jette à les pieds au nom du genre iiumain : Il parle par ma voix, il bénit ta clémence; Tu rends ses droits à l'homme et tu permets qu'on pense.

(Voltaire.)

Après la chute de Struensée, le, roi, en proie à une sorte d'aliénation mentale, fut éloigné des affaires. La reine douairière, soutenue par Thott, Schac-Rathlau, Schimelmann et Guldberg, s'empara des affaires. En 1784, s'opère tranquillement une révolution de cour, sanctionnée par le roi, à la suite de laquelle le fils du roi, Frédéric, âgé de dix-sept ans, fut déclaré majeur et resta régent jusqu'à la mort de son père.

sont établis autour du conseil d'État. Le roi rentre au palais, convoque les ambassadeurs, reçoit les serments des magistrats, fait assembler toutes les milices bourgeoises et est accueilli par le cri unanime de Vive Gustave! Ainsi se termina cette révolution de quelques heures, qui ne coûta pas une goutte de sang (1), M. de Lieven, lieutenant aux gardes, partit pour Versailles et y annonça le 1" septembre le succès de l'cnlreprise.

Malgré le succès obtenu, on craignit que l'opposition ne réclamât les secours de la Russie, et le gouvernement français, aux termes d'un ancien traité passé avec les rois de Suède, crut devoir obtempérer à la demande de 12,000 hommes, avec une escadre de l^ vaisseaux, G frégates et un secours en argent. La brigade allemande est désignée pour faire partie de l'expédition, sous les ordres de M. de Castries. La difficulté était de faire parvenir les troupes à destination : les princes allemands n'auraient pas souffert le passage de nos soldats sur leur territoire; l'Angleterre accepta la

(1) Gustave III décrète la liberté de la presse en 1774, la suiipriine six ans plus tard. En 1780, forme avec le Danemark et la Russie la neutralité armée contre l'Anj^leterre , déclare la guerre à la Russie en 1788. Si les 30,000 .Suédois réunis en Finlande s'étaient portés rapidement sur Frederiskhamm et W il)org, ils trouvaient ces villes sans défense et auraient probablement enlevé Saint-Pétersbourg; mais les soldats, mal payés, mal commandés, n'avaient plus d'affection pour Gustave-, le Danemark lui ayant déclaré la guerre, Gustave quitte la Finlande. En 1790, sa flotte est enfermée dans le golfe de Wiborg; attaquée à Svensksund , elle est battue. Au lieu de cbercher dans la paix les moyens de réparer ses défaites, le 19 octobre 1791, il négocie avec les princes français, la Prusse, l'Autriche et la Russie, un traité d'alliance contre la France. Il était depuis quelques jours à Stockholm, lorsque plusieurs membres du parti aristocratique, de Horn, de Ribbing, Bielke, Pechlin (*), Lileihorn et Ankarstroëm, résolurent démettre à exécution le complot tramé depuis longtemps contre lui. Au bal de l'Opéra, dans la nuit du 15 au IG mars 1792, le comte de Horn lui frappa sur l'épaule, en lui disant : « Bonne nuit, lieau masque! » A ces mots. Ankarstroém déchargea son pistolet fur Gustave. Mortellement blessé, il vécut encore treize jours, fit décerner la régence à son frère, le duc de Sudermanie, jusqu'à la majorité de son (ils unique, qu'il avait eu de la princesse Sophie de Danemark. Épris de la littérature française, il composa plusieurs ouvrages avec esprit et talent.

(') Peclilin, lamille aulielbis appelée Pcgcliii, originaire de la Normandie, puis élat)lie dans le Ilolstcin. Barons de l'empire romain, 1743; anoblis en Suéde, 1731.

Cari-Frédéric Pechliu, baron de Lowenbach, né en 17-20; sous-lieutenant, 1734; général-major, 1770; mort eu prison, 1790, comme impliqué dans l'assassinat du roi Gustave. (Arcliives de la maison des nobles à Stockholm.)

voie de mer par une négociation secrète, sous la condition que ce transport aurait lieu sur des vaisseaux anglais. Cet accord ayant été conclu à son insu, M. de Monteynard s'indigna et jura qu'il ne permettrait pas que les troupes françaises fussent conduites d'une manière aussi peu honorable pour la France. Un mémoire de Dumouriez proposa la formation d'une légion étrangère à Wismar et Hamburg. Le roi accepta ce plan et dit au ministre de la guerre : « Que Dumouriez aille lui-même examiner sur les lieux si son projet est praticable, et combien il faudra de temps pour l'exécuter. Je veux que d'Aiguillon ignore cette mission. »

Dumouriez partit, et de Hamburg, sa résidence, il rendit compte au roi par l'intermédiaire du comte de Broglie et de Favier. Mais le duc d'Aiguillon, ayant découvert cette correspondance (1), va trouver le roi, dénonce comme criminels de lèse-majesté des hommes qui abusent de son nom pour agir à l'étranger et substituer une direction différente à celle que son gouvernement imprime aux affaires.

Dumouriez est arrêté à Hamburg, Favier à Paris; ils sont conduits tous deux à la Bastille. Le comte de Broglie, qui venait d'être nommé chevalier d'honneur pour aller au-devant de la nouvelle comtesse d'Artois^ est exilé dans sa terre de Kuffec en Poitou. Quant à M. de Monteynard, ministre de la guerre, il dut être sacrifié; Louis XV, hésitantencore, disait: «Monteynard est le seul honnête homme de mon conseil, mais il ne résistera pas longtemps, il n'y a que moi qui le soutienne. » Le duc d'Aiguillon, en effet, triom-

(1) La correspondance secrète avait coinmencè en 1743, quand le prince de Conti nourrissait des prétentions à la couronne de Pologne. Le comte de Broglie fut chargé de la continuer en 1756. Elle s'étendit bientôt à des agents dans toutes les cours; quelquefois c'était le ministre résident lui-même, à l'insu du ministre titulaire des affaires étrangères, plus souvent un employé subalterne de légation, qui, [)ar le fait, devenait l'agent secret de son chef immédiat. Cette correspondance se reconnaissait à un signe extérieur connu du chef du bureau secret. Elle arrivait au comte de Broglie, qui la déchiffrait, |)uis était renvoyée à Louis XV avec les projets de réponse, pour (|u'il y mit chatiue fois son visa et son annotation. Le roi avait des idées polifuiues arrêtées ; il voulait fermement la liberté de la Pologne ; l'alliance autrichienne fut son ouvrage; il s'occupa sérieusement de son gouvernement extérieur à l'insu de ses ministres: il aimait à traiter des affaires diplomatiques sans crainte d'être contredit ; il lui plaisait d'écrire des dépêclies.

pha, et à la fin de janvier 1"74 il réunit le portefeuille de la guerre et des affaires étrangères (1).

(IjM. de Veriieiines avait été rappelé. Il ilevint plus lard ministre des affaires étrangères en juillet 1774. Remplacé à Slockholm jiar le comte Dussou de Bonnac, d'une liimille illuslrée dans la dii)lomatie sous Louis XIV, lequel dut veiller aux dangers extérieurs qui pouvaient de nouveau menacer la Suède, et de plus contenir Gustave III et le rendre docile aux conseils de la France; mort à Slockholm le 20 janvier 178'i, M. de Vergennes étant encore ministre des affaires étrangères.

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