RÉUNION D'AVIGNON ET DU COMTAT A LA FRANCE
Louis XIV rendit au saint-siège la ville d'Avignon et le comtat Venaissin, jusqu'en 1768, où Louis XV les réunit encore à la France, le pays jouit d'une tranquillité parfaite.
En 1721, la peste, qui lit de si grands ravages à Marseille, atteignit aussi Avignon et quelques communes du Comtat.
C'est de 17(31 que date la plus grande influence des jésuites dans ce pays. En 176i, on y vit arriver de toutes parts les membres de cet ordre exilés par sentences des différents parlements, et c'est sur ces entrefaites qu'intervint en novembre l'édit par lequel Louis XV leur permettait de vivre en particuliers sous l'autorité des lois du royaume.
Le 20 janvier 1763, paraît l'ordonnance sur la constitution des milices pendant la paix. Cet acte est annulé le 1'^'' février et l'on revint au système en vigueur depuis 1759. A la suite de la formation de 32 régiments de recrues, il devint nécessaire d'obtenir du vice-légat une déclaration écrite autorisant à s'enrôler les individus nés à Avignon et dans le comtat Venaissin.
Au moment où Louis XV résolut de prendre possession d'Avignon et du comtat Venaissin, par suite du mécontentement que lui avait causé la conduite de Clément XIII envers le duc de Parme, son petit-fils, neveu de Charles III, roi d'Espagne et cousin germain de Ferdinand IV, roi des Deux-Siciles, le pape publiait son bref daté du 30 janvier 1768. Sur le refus de le retirer, M. le marquis de Rochechouart, lieutenant général, commandant en Provence en l'absence du gouverneur, le duc de Villars, fut chargé de diriger des troupes sur Avignon et le Comtat; le roi envoyait en même temps au parlement d'Aix les lettres patentes concernant la prise de possession des États du pape enclavés dans son propre royaume. Les troupes françaises y entraient le II juin, vers dix heures. Les soldats du pape ayant abandonné tous les postes, 2 B. du régiment Dauphin (n" 16) passent par la porte Saint-Michel, en même temps que 2 E. de dragons Baulfremont (V. Lorraine, n" 8) par la porte Saint-Lazare. « Les dragons étaient à cheval, casque en tête, et les 2 B. de Dauphin précédés de leurs sapeurs, tambours battants, la baïonnette au bout du fusil, drapeau déployé, au son de leur musique. Le général de Rochechouart, en petite tenue, descendit de cheval, donna des ordres aux officiers et se rendit près du vice-légat, qui gouvernait au nom
du pape, et lui dit, selon Tancien usage usité sous Louis XIV : « Monsieur, le roi m'ordonne de remettre Avignon en sa main, et vous êtes prié de vous retirer. »
Le premier président d'Aix , un second président et huit conseillers, firent publier l'arrêt de réunion. Dans le même temps, toutes les cloches sonnèrent, le peuple fit des feux de joie; on commença dès le jour même à insérer dans tous les actes publics : « Régnant souverain prince Louis par la grâce de Dieu, XV^ du nom, roi de France et de Navarre, comte de Provence, de la ville d'Avignon et du comtat Venaissin (1). »
Ainsi Louis XIV était entré deux fois dans le domaine d'Avignon, l'une du temps du pape Alexandre VII (2), l'autre pour mortifier Innocent XI (3), qui s'était déclaré son ennemi; et, ayant saisi ces terres comme domaine de la couronne, il les avait rendues deux fois sans faire aucune déclaration qui pût préjudicier au droit qu'il avait de les reprendre. Il faut savoir que lorsque les rois de France reprennent le Comtat, c'est en vertu d'un arrêt du parlement de Provence. Le ministère de France jugea qu'il fallait faire valoir le dernier arrêt de ce parlement qui réunit en 1688
(1) La reine Leczinska mourut le 24 juin 1768, âgée de soixante-cinq ans. Des prières publiques furent ordonnées à Avignon pour le repos de son âme. et le 25 août on y céléi)ra avec pompe la fêle du roi.
(2) Alexandre VII (Fabio Chigi), Siennois, 1G55-1667. Louis XIV, au comble de sa gloire, se montrait d'une hauteur excessive à l'égard des autres .souverains. Le pape, comme tel, ne fut pas épargné ; le roi exigea, avec une violence inouïe, la réparation de l'insulte faite à son ambassadeur le duc de Créqui jiar la garde corse ; il s'empara d'Avignon et menaça de faire une descente en Italie, si le pape ne licenciait pas sa garde et n'élevait à Rome une pyramide dont l'inscription rappellerait le délit et la punition des Corses. Les hommes sages, dit Muratori, désapprouvèrent le procédé du roi de France pour un incident survenu sans qu'il y eût de la faute du souverain pontife.
^ C'est à Alexandre VII que Corneille dédia sa traduction de Y Imitation de Jësus- Christ, et il pouvait y lire :
Et ceux qu'on voit porter et le sceptre et la tiare N'en sont pas plus exempts que toi.
(3) Innocent XI (Benoit Odelscalchi), de Côme en Milanais, 1676-1689. 11 avait résolu de supprimer le droit de franchise que les ambassadeurs à Rome s'étaient arrogé et qui était la cause de désordres. Toutes les cours d'Europe s'y soumirent, excepté la cour de France; Louis XiV envoya à Rome Lavardin, à la tête de 800 hommes. Malgré les protestations du pape, il fit son entrée dans la capi-