CHAPITRE II
Immigration des Phocéens. La puissance caiiliaginoise (260 ans avant J.-C). Soumission do la Corse aux Romains. Les Sarrasins battus par Charlemagnp. BoniCacio en 813. Origine de la noblesse. Domination des Pisans jusqu'en iMH. Charles Vi, roi de France, s'empare de Cènes ; première expédition française, sous Henri IL en ir)59. La Corse restituée à Gènes parle traité de Cambrésis. Longues années de résignation. Mécontentements en 1724.
De la domination génoise au dix-huitième siècle à l'égard de la Corse. En 1729. première insurreclion ; puis, en 1730, reconnaissance de la souveraineté de Louis XV.
1731-1732. Le prince de Wurtemberg essaye une conciliation sans durée.
Aleria.
Mars. 12. Débaniuemcnt de Théodore Neiihof.
Avril. 15. Se fait proclamer sous le nom de Théodore I''', roi de Corse. Novembre. 5. Réunit une consulte à Sartène, informe la population qu'il part clierclier des secours.
Juillet. 27. Traité de la France avec Gènes pour la soumission de la Corse; subside accordé. M. le comte de Boissieux, maréchal de camp, désigné pour le commandement des troupes. Des commissaires ordonnateurs sont nommés et dirigés sur .\ntibes.
Janvier. 25. Embarquement des troupes. Pourparlers, difficultés de M. de Boissieux avec les déi)ulés corses et le sénat génois.
Septembre. 13. Nouvelle apparition sur la plage de trois vaisseaux hollandais portant des armes aux populations.
Novembre. — Insurrection complète ; les rebelles sont maîtres de la campagne. M. de Boissieux, prévoyant la tournure des événements, attend de nouvelles troupes, décidé à commencer la guerre au printemps.
Janvier. 6. Nouvelle assemblée des chefs de la Corse à Tavagua-, ils jurent au roi Théodore d'exterminer tous les Français.
Février. 2. Morl de M. do lîoissioux : il est remplacé par M. de Maillebois.
Mars. 21. Arrivée de M. de Maillel)ois en Corse.
Avril. 13. Dernières instructions du cardinal de Fleiiry et de M. dWniiervilliers ponr éviter les hosUlités. — 28. Les troupes dans le golfe de Saint-Florent sur 6 bâtiments.
Mai. 2. Débarquement à la pointe du jour : Ki B. appartenant à 15 régiments, plus 3 E. de hussards de Rattsky et Berchiny et de l'artillerie. État-major de M. de Maillebois. — 9. Situation des troupes, leur établissement el positions. — 1(1. Marche sur Golo. — 28. Commencement des opérations.
Juin. 2. Deux colonnes quittent Bastia; campement au village de Piève. — 3. Fractionnement en (juatre marches. — 4. Soumission des villages. — 5 au 11. Premiers succès importants. — 12. Nouveau mouvement sur Palasca. — 17. Jonction avec M. de Maillebois. — 2i. Entrée dans Coile. Une partie do la Corse en deçà des monts est en notre pouvoir.
Juillet . 3. Nouveaux cantonnements des brigades d'.Vuvergne, Royal-Roussillon, la Sarre et d'.Vunay (1). — 10. Toute la partie septentrionale de la Corse est délinitivementsoumise. — 26-28. Profitant de ce premier succès, M. de Maillebois organise une nouvelle expédition.
Aniif. 3. Marche d'.Vjaccio sur Ghisoni. .^fTaiie de Bastelica. — 9. Entrevue sans résultat entre M. de Bassigny et le prévôt de Zicavo. — 11. Attaque de Ghisoni. — 24-25. Prise de la piève de Talavo; renforts arrivés pour soutenir ce mouvement. Situation des Corses, obligés de faire acte de soumission. — 31. Leur dispersion dans les montagnes.
Septembre. ^^ Marche rapide des troupes. — 16. Offensive pendant trois jours pour l'attaque de Zicavo. — 22. Sa prise. Les Corses poursuivis sur les montagnes escarpées : communications coupées. — 27. M. de Maillebois retourne de sa personne à Ajaccio.
Octobre. — L'arcbiprètre demande la soumission générale. — 12. Laguerre semble terminée. Une centaine de Corses, dans les montagnes, faisant encore oi)position. Formation du régiment Royal-Corse, destiné à enrôler sous notre drapeau un grand nombre d'insulaires pour se les attacher. — 18. M. de Maillebois se rend à Corte et Bastia : il assigne aux troupes des emplacements pour l'hiver de 1739 à 1740.
Novembre. 2H. Situation des troupes dis|)ersées dans l'ile : leurs résidences. Embarquement du régiment de Rattsky. État de la force effective des régiments de l'armée de Corse.
Décembre. — Négociations avec les chefs de l'ile pour rendre les armes cachées. Exécutions nécessaires. Craintes d'une nouvelle insurrection, si toute l'armée parlait pour la France. Entraves diplomatiques. Des troupes génoises s'établissent en deçà des monts sous les ordres de M. Mary, conunissaire général. On essaye de s'emparer du neveu de Théodore, qui s'opposait encore à la soumission complète. Exécutions. Pendant plusieurs mois, nos colonnes volantes parcourent
;1) Voir le sei)tième volume des Guerres sous Louis AT [Historique des régiments). — Aunay, ancien Vexin : Vcrmandois (n" 45).
les montagnes, sans s'emparer du baron Drost;sa misère. Derniers engagements dans des embuscades. Toutes les armes sont déposées à Baslia.
Février. — M. de Maillebois fait maréchal ; sa rentrée en France, suivie de celle de nos troupes.
Théodore reparaît en Corso, nouveaux essais de soulèvement restés infructueux. Son retour à Londres. Sa mort le 11 décembre 1755.
Paoli appelé par les Corses comme gouverneur et chef de la magistrature suprême. M. de Castries envoyé en Corse avec 3.000 hommes.
Traité du 7 août, par lequel la France envoie en Corse 7 B. sous ]\I. de Marbeuf. Apparition des jésuites, leur renvoi.
Mai. 1''''. Nouveau traité par lequel les Génois cèdent l'île de Corse à la France. Appel de Paoli à sescompalrioles.
Juin. — Arrivéede 10 B. français. — 14. Régiment delaMarck à Calvi.— 18. Régiment de Soissonnais. M. de Narbonne arrive à Ajaccio avec le régiment d'Anhalt.
Juillet. 30. M. de Marbeuf marche par deux colonnes au Tichimé.
Août. l^"". Il continue son mouvement pour établir la communication entre Bastia et le reste de l'île. — 4. Combals. — 5. Notre position à l'entrée de la gorge de Patrimonio jusqu'au 24. Expédition de Nonza et soumission entière de la province du cap Corse. — 28. Arrivée à Saint-Florent de M. de Chauvelin, nommé pour commander en Corse.
Septembre. — M. de Chauvelin porteur de l'édit du roi d'août 17G8, lequel reste sans effet. — S.Marche sur Oletta et Suriani avec 3 divisions. La province du Nebbio soumise, M. de Chauvelin fait cantonner ses troupes dans les villages depuis San-Pietro jusqu'à Muratoet Rulali. — 9. Paoli, craignant que la soumission volontaire de la Casinca ne devînt dangereuse, fait attaquer les villages de Vignale et de Vescovalo. — 11. Demande de suspension d'armes de six jours.
14. Attaque de l'ennemi. M. de Grandmaison établit ses troupes à Oletta. —
18. Retraite des positions avec des pertes. — 20. Proposition de M. de Chauvelin à Paoli : sa réponse.
Octobre. 4. Jusqu'à cette date, aucu n événement que des troupes arrivant de France. — 5. Attaque générale de Paoli, rassemblement de Luisana. — 7. Capitulation d'un officier français avec sa troupe. — 8. Marche contre Borgo. — 9. Combats malheureux, retraite. — 10. Capitulation de la garnison de Borgo. Reprise d'Oletta. — 22. Position des troupes. — 25. Ordre du roi de ne plus rien entreprendre. Quartiers d'hiver.
Novembre. — Propositions de M. de Cliauvelin d'opérer par de l'argent un soulèvement dans le parti de Paoli; elles sont sans succès.
Décembre. 28. M. de Cliauvelin malade s'('inbar([uc pour la France à Saint-Florent. — 31. Paoli rassemble dans le Nebbio j à 6,000 hommes.
Janvier i^'. Les Corses se renforcent dans le Nebbio. — 2. M. de Marbeuf se porte avec 3 régiments et du canon sur Bocca San-Antonio.
Féfrje?'. 13. Soulèvement de Paoli. — 16. Sa retraite forcée. Arrivée journalière d'approvisionnements.
Avril. — M. de Vaux, lieutenant général, accompagn'; de M. le général Bourcet et du colonel Guibert. débarque à Saint-Florent.— 23. Composition et emplacement de l'armée.
Mai. — Les Corses retranchent les villages d'Olmetta et Murato. — 5. Attaque du Nebbio. — 8. Passage duGolo. — 13. Paoli propose un armistice. — 15 et 16. Mouvement de Lento sur doux colonnes. — 17. L'armée marche sur Merosaglia. — 19. Soumission d'Omessa.
Juin. 5. M. de Vaux s'avance de Corle sur Vivario. L'armée rc])asse le Vccchio. — 6-7. Séjour à Gatti. — 12. Prise de Bastellica : soumission du pays, départ de Paoli. — 22. Relourdes troupes à Corte. — M. le duc de Lauzun envoyé près du roi. — 24. Quartiers et cantonnements.
Juillet -uoiit. Embar([uement pour France des régiments de Champagne, la Marine. Dauphin, Aquitaine et Epptingen. Cantonnements de l'armée en deçà des monts. M. de Vaux s'efforce de ramener les Corses à la domination française.
Septembre. 15. Convocation d'une consulte de la nation pour prêter serment à M. de Marbeuf au nom du roi.
L'histoire de la Corse nous montre au début les indigènes de l'intérieur de l'île vivant en bergers nomades, ses ports naturels servant de refuge aux barques de la Méditerranée et les premiers ctablisements que les Phéniciens, les Étrusques et les Carthaginois formèrent dans ce pays. Puis vient la domination romaine, contre laquelle les populations de la côte et celles de l'intérieur luttent courageusement, mais sans succès, pour recouvrer leur indépendance. Sénèque, dans son livre De consolalione, chapitre viii, écrit à sa mère Elvia, de la Corse où il passa huit ans d'exil : (( Je dirai que les Grecs, qui sont aujourd'hui établis à Massiglia (Marseille), s'arrêtèrent d'abord ici, aijrès avoir quitté leur patrie (Phocée). Après eux, les Siguriens s'implantèrent en Corse, puis vinrent les Espagnols, ainsi qu'on peut s'en convaincre en remar-
quant les mœurs, les usîiges, les vêtements, qui sont ici exacte ment les mêmes que chez les Cantabres. »
A la domination des Romains succède celle des barbares, qui commence avec les Vandales et finit avec les Sarrasins; enfin la domination toscane, qui prend fin avec le gouvernement de la république de Pise. Jusqu'au onzième siècle, l'histoire de la Corse est très obscure. La féodalité s'établit alors dans cette île convoitée par les puissances voisines. Gênes suivait avec anxiété les ])rogrès de Pise et ne pouvait se résigner à abandonner celte station de la Corse, si importante dans la Méditerranée; en 1217, s'implante sa première colonie à Bonifacio. Les Corses se divisèrent alors, les uns prirent parti pour les Génois, d'autres restèrent fidèles aux Pisans, dont la puissance s'évanouit, en 1348, par la cession à Gênes et la nomination de son premier gouverneur.
En 1392, à la suite d'insurrections successives dans lesquelles les Génois sont souvent battus, ils envoient des expéditions nouvelles jusqu'en 1401. A cette époque, Charles VI, roi de France, qui venait de soumettre Gênes, put faire espérer à la nation corse le rétablissement d'une paix durable. La guerre continua cependant sous différents chefs célèbres. Henri II, époux de Catherine de Médicis, en guerre avec l'empereur Charles-Quint et allié aux Turcs, qui se disposaient à lancer une flotte dans la Méditerranée, arrête le plan d'une expédition en Corse, Le roi entrevoyait là un double avantage : d'abord la facilité de tenir en échec la république; puis, Gênes, affranchie sous André Doria (1) du joug de la France, s'étant alliée à Charles-Quint, l'Empereur serait également menacé de ce point, qui nous assurait en même temps une excellente station dans la Méditerranée. Le maréchal de Thermes (2), qui faisait le siège de Sienne, reçut l'ordre de se
(1) Doria (Andréa), né à Oncille le 30 novembre 14G8, mort à Gênes le 25 novembre 1560. Peu d'hommes ont joué lin rôle aussi important et peu ont éprouvé, dans le cours d'une si longue existence, une prospérité plus constante. Beaucoup d'auteurs ont écrit sa vie.
(2) Thermes ( Paul de la Barlhe, seigneur de), maréchal de France, 24 juin 1557, né dans la Haute-Garonne, à Conserans. en 1482; mort le G mai 1562. 11 faut lire ce que Brantôme dit de lui. « S'empare de Porto-Vecchio, Baslia, Ajaccio (1553). Inférieur en forces, est contraint par Doria et les Espagnols d'abandonner le siège de Calvi ; mais il n'en maintint pas moins l'autorité de la France sur le pays, qui
préparer à une descente en Corse, et l'armée française débarqua ;\ Baslia.
Mais le 20 novembre loo3 le sort favorisait les armes génoises; les Français furent obligés, par le traité de Cateau-Cambrésis, signé en do59 entre Henri II et Philippe 11, de restituer la Corse aux Génois. Pendant de longues années, le calme et la résignation accumulèrent contre les oppresseurs une animosité que surexcitait la misère générale; en 1724, des mécontentements achevèrent d'exalter les passions.
Au commencement du dix-huitième siècle, les Génois, qui avaient étendu leur domination sur toute la Corse, y abusaient cruellement de leur autorité. Ils gouvernaient en imposant la terreur aux populations énergiques de cette île, dont les mœurs étaient celles de l'Arabe et du Maure bien plus que de l'Italien. En raison même de leurs craintes, ils exagéraient les rigueurs de leur autorité. Tous les emplois étaient confiés à des magistrats avec les droits les plus absolus, et ils en usaient de la manière la plus arbitraire.
Une terrible révolte, en 1729, contraignit les Génois à recourir à l'assistance de l'Empereur, et Charles VI, désireux d'étendre son influence sur la Méditerranée, leur envoya le général Wachtenduck avec des troupes allemandes.
Le 11 mai 1732, le prince de Wurtemberg, venu se mettre à la tête des troupes impériales, fait accepter aux Corses et aux Génois une pacification équitable. Mais à la suite de la guerre de la succession de Pologne la désunion ne tarde pas à recommencer, et cette île, si importante par sa position dans la Méditerranée, devint un objet d'envie pour les Hollandais et les Anglais.
L'Espagne y voyait un point de relâche avantageux; l'Autriche, un avant-poste. La politique du cardinal de Fleury empêcha que la Corse ne tombât aux mains d'aucun des rivaux de la France, et, tout en suivant une politique pacifique, il prépara la réunion aux États de l'ancienne monarchie de la Lorraine et de la Corse, annexions qui ne devaient s'accomplir que plus de vingt ans après sa mort.
Au milieu des sourdes intrigues des cabinets de l'Europe, et pendant que les cours de Vienne et de Versailles cherchaient à
faillit ainsi devenir français deux siècles plus tôt. Mort pauvre, malgré ses tionneurs, ses donations et ses ricliesses. »
s'entendre pour exclure les prétentions étrangères en maintenant les Génois dans la souveraineté de la Corse, un aventurier, suscité par la politique de Walpole (i) et de la Hollande, débarquait à Aieria le 12 mars 1736. C'était un baron allemand, nommé Théodore de Neuhof, élevé en France où il avait même servi avec le grade d'officier, et dont nos ennemis pensaient utiliser à leur profil l'esprit aventureux et les relations avec les principaux chefs des Corses révoltés (2).
Il arrivait de Tunis et apportait avec lui, outre des sommes considérables, des canons, des fusils, des souliers, de la poudre et des munitions; mais le pavillon anglais, flottant sur le vaisseau qui le portait, ne laissait aucun doute sur l'origine de ses moyens de guerre et sur le mobile de son intervention. Vêtu à l'orientale, de grand air d'ailleurs, accompagné d'une suite nombreuse, ayant tout pour fasciner les yeux et séduire les cœurs des peuples primitifs, Théodore fut reçu avec acclamations par les Corses, qui voyaient en lui le futur libérateur du pays, et sut prendre sur eux une autorité réelle. Un mois après son débarquement, le 15 avril 1736, dans une réunion armée tenue à Alesani, il est élu roi de Corse sous le nom de Théodore P''. Son prestige fut éphémère : les impôts votés ne rentrant pas, ses richesses s'épuisèrent vite et avec elles disparut l'enthousiasme. Les luttes contre les Génois
(1) Walpole (le chevalier Robert), ministre célèbre par ses talents et son système de corruption, mis si bien en pratique pendant le long espace de temps qu'il gouverna l'Angleterre, naquit le 26 août 167G et mourut en 1745. Sa devise : Fart qtiae ien^/af. dit Voltaire, est celle des philosophes anglais. Il connut mieux que personne le gran'd art du gouvernement moderne, l'art de diviser et de corrompre. On disait un soir, devant lui, que toutes les voix du Parlement étaient vénales : « Je lésais bien, répondit-il, j'en ai même le tarif. »
(2) Neuhoff (Théodore-Etienne, baron de), aventurier «jui régna quelque temps en Corse, était né à Metz vers 1690. Criblé de dettes, sescréanciers le tirent mettre en prison; il y languit pendant sept ans dans la misère et le mépris. Horace Walpole ouvrit en sa faveur une souscription qui lui assura les moyens de subsister juscfu'à sa mort. Théodore de Neuliof avait été élevé en France. 11 s'était attaché à MM. Goertz et Jylleinborg, ambassadeurs de Suède, et les avait servis dans la conspiration contre François P"". Passé en Espagne, s'était fait accréditer près d'Alberoni et Riperda. Puis vint à Paris jouer sur les fonds de Law. En Turquie, se lia avec l'hospodar Ragolzki et le baron de Bonneval; accueilli par le bey do Tunis, enfin résident de l'empereur Charles VI en Toscane. Fin, adroit, il avait réussi à devenir un personnage important.
et notamment le siège de Bastia ne furent pas heureux, et sa popularité était déjà bien ébranlée lorsque, le 5 novembre 1736, il assembla à Sartène une consulte pour informer ses sujets qu'il partait à la recherche de nouveaux secours.
Il s'embarque en effet le 11 novembre, se rend en Hollande, où il est d'abord arrêté pour dettes ; mais bientôt, remis en liberté, il trouve encore auprès des populations, sinon auprès du gouvernement lui-même, un crédit suffisant pour faire honneur à ses engagements et expédier à ses partisans de Corse de nouvelles munitions de guerre. Sur ces entrefaites la France, voulant déjouer les intrigues et mettre un terme aux convoitises, conclut enfin, le 27 juillet 1737, un traité avec les Génois, par lequel elle s'engageait, moyennant un subside, à faire passer 6 B. en Corse afin de ramener les révoltés sous l'autorité légitime de la république, et à en augmenter le nombre jusqu'à 16 et môme davantage, s'il devenait nécessaire, à la condition que les Génois, dans ce cas, augmenteraient leur subvention. 6 B. seulement sont expédiés d'abord, dans la pensée qu'ils suffiraient à la tâche. Ce petit corps devait s'embarquer à Anlibes et débarquer soit à Bastia, où les troupes devaient trouver immédiatement, plus que partout ailleurs, tout ce dont elles auraient besoin, soit à Saint-Florent, dans le cas où le temps interdirait aux vaisseaux l'accès de ce premier port.
M. le comte de Boissieux, maréchal de camp, désigné par le roi pour en prendre le commandement, reçoit comme instructions de se mettre, dès son arrivée, en rapport avec le commissaire général de la république génoise, de constater l'état des troupes que, d'après le traité, cette république s'était engagée à entretenir en Corse au chiffre de 3,000 hommes pendant la guerre, d'apprécier le concours qu'on pouvait en attendre et de se faire rendre compte des emplacements qu'elles occupaient. Il devait également prendre des renseignements sur les forces dont les rebelles pouvaient disposer, sur les chefs placés à leur tète, sur leurs ressources en armes, munitions, artillerie, etc., en un mot, sur tout ce dont il était nécessaire que S. M. eût une connaissance exacte pour prendre une décision sur la direction à donner ultérieurement aux opérations. Ces opérations, ajournées en raison de la saison avancée, ne laissèrent à M. de Boissieux que le temps nécessaire de bien reconnaître le pays et de recueillir tous les renseignements de
nature à influer sur le plan de campagne à adopter. Mais il lui fut recommandé, dès ce moment, d'éviter, après le débarquement, toute dispersion de ses troupes; au contraire, de les garder sous la main autant que possible, et, s'il était nécessaire d'en établir pendant l'biver des fractions dans des localités éloignées, soit en raison des nécessités du logement, des vivres ou des fourrages, soit pour avoir des nouvelles et se rendre compte de l'état des esprits, d'observer à cet égard toutes les règles que commande la prudence, et de prendre les plus grandes précautions à l'effet d'éviter tout écbec partiel.
La république de Gênes s'engageait d'ailleurs par le traité à pourvoir au couchage, au chaufiage et à l'éclairage de nos troupes. Un marché conclu avec le sieur de Saint-Léon, munitionnaire des vivresde la marine, assura leur nourriture, tant pendant la traversée qu'après leur débarquement. M. de la Villeurnoy, commissaire ordonnateur, chargé de se rendre à Gênes, surveilla l'exécution de la clause du traité relative au logement, bois, paille, lumière, etc. Le commissaire Rioulîe, ordonnateur à Antibes, eut mission de préparer dans ce port la flotte de transport, et le commissaire Peloux de Horebel, attaché au corps expéditionnaire, ordonnançait les sommes et denrées nécessaires à partir du jour de l'appareillage. Ce dernier précéda les troupes à Bastia et y recueillit, conformément à une instruction détaillée, tous les renseignements possibles sur les ressources qu'on pourrait trouver dans le pays. Sa mission remplie, et après en avoir rendu compte au ministre de la guerre, il revenait à Antibes, où il réglait tous les détails de l'embarquement dont l'organisation lui était confiée.
Au commencement de 1738, les troupes étaient arrivées. M. de Boissieux se trouvait c^ Antibes depuis le 4 janvier, avec tout le personnel destiné à l'expédition : les ingénieurs, les commis aux vivres, les employés au service de la poste; mais la flotte s'était arrêtée aux îles d'Hyères, attendant qu'un vent favorable permît de mettre à la voile.
Le 25 janvier enfin, le départ eut lieu. Un temps favorable facilitant le débarquement dans le port de Bastia et dans la rade de Saint-Florent, une partie de la flotte doubla le cap Corse et cingla sur Bastia, tandis que l'autre abordait heureusement à Saint-Florent.
CONQUÊTE DE LA CORSE :i73l-1770). 39
Le 8 février, nos troupes étaient à terre. M. de Boissieux, descendu à Saint-Florent (1), trouva à son arrivée M. le marquis Mary, commissaire général de la république génoise. Il en reçut le meilleur accueil, et approuva pleinement les moyens que ce dernier lui proposa d'employer pour arriver à rétablir la tranquillité et à amener les rebelles à livrer leurs armes et leurs chefs. Cependant il ne jugea point à propos de recourir tout d'abord à la force. Dès son débarquement, en effet, il avait reçu des habitants de nombreuses lettres de soumission, et il préférait la conciliation, si elle pouvait l'amener également à son but. Il manda donc auprès de lui les députés des rebelles; ceux-ci, après s'être fait attendre quelque temps, se présentèrent munis des procurations des notables du pays, lui exposèrent leurs griefs contre la république de Gênes et lui donnèrent l'assurance que, confiants dans la justice du roi de France, ils se soumettraient à ses volontés, après avoir éié entendus. Ces propositions ne parurent point plaire à M. Mary. Imbu des idées despotiques de la république génoise, il se refusait à l'idée de négociations avec des rebelles, et il eût désiré voir les difficultés résolues sans l'intervention personnelle de S. M. N'admettant que l'emploi de la force, il semblait, par sa conduite, viser plutôt à la guerre qu'à faciliter la pacification amiable qui était dans les vues de la France.
M. de Boissieux, qui d'ailleurs n'avait pas beaucoup à se louer des procédés du sénat de Gênes, et froissé de l'attitude prise à son égard, persista dans sa résolution et rendit compte de l'état des esprits au roi, qui résolut de promulguer un règlement pour la Corse, portant pardon général à tous les révoltés et liberté entière à tous les habitants de sortir de l'île ou d'y rester, à la condition de livrer toutes les armes et que, en garantie des promesses de soumission absolue, des otages lui fussent remis. Lorsque M. de Boissieux fit part aux députés de Corse des intentions du roi,
(1) Sainl-FloiPiit, sur un pioinonloire situé sur la rive droite de l'Aliso, au foud d'un golfe, un des plus admirables de la Médilerrauôe. Au point de vue militaire, a une importance capitale, pouvant abriler une flotte entière ; a toujours servi de base d'opérations à la France et aux républitiues de Pise et de Gènes pour conquérir la Corse. Fondée en 1 140. M. le maréchal de Thermes s'en empara en 1 53:î. Mais, l'année suivante, André Doria la reconquit pour les Génois. En 1731, au moment de la guerre de rindé|)endance, Gaffori s'en rendit maîlrt".
ceux-ci le prévinrent de la difficulté de s'entendre sur la question des otages, et ne lui cachèrent pas l'agilation causée par l'idée du désarmement dans l'esprit de la presque tolalité des gens du pays, parmi lesquels se trouvaient d'ailleurs beaucoup de bandits, voleurs et assassins.
Pendant les négociations entamées à ce sujet, profitant d'un armistice ou suspension d'armes pour la liberté du commerce, que les Génois avaient accordé aux Corses et notifié au mois d'août à leur commissaire général, plusieurs vaisseaux marchands arrivaient à la baie de Cagliari. On les soupçonnait, à juste titre, de porter Théodore, et l'on n'était pas sans inquiétude sur les conséquences de son débarquement. Après avoir paru sur la plage de Porto- Vecchio, ils avaient, le 13 septembre, sous l'escorte de 3 vaisseaux de ligne hollandais, abordé à Aleria (1), débarquant H canons, 6,000 fusils, des coulevrines, des carabines, des pistolets, etc. Peut-être ces armes ne provenaient-elles que du fait de marchands hollandais qui, guidés par l'appât d'un énorme bénéfice, les auraient expédiées en Corse, croyant les y vendre fort cher; peutêtre aussi, et plus probablement, était-ce le gage d'un concours efficace donné par la Hollande à l'insurrection. Toujours est-il que les rebelles reçurent à cette époque un envoi d'armes important, moins considérable pourtant qu'on ne l'avait supposé, car une partie en fut rembarquée, faute d'acheteurs, au grand désespoir des Corses gémissant de leur pauvreté.
Bien qu'à regret, les Corses livraient peu à peu les otages demandés par la France ; ces otages, aussitôt dirigés de Baslia sur Toulon, y étaient, par les ordres du roi, bien traités par le commandant et l'intendant de cette place et y jouissaient d'une liberté assez grande (promenade en dehors des portes) ; quelques-uns même obtinrent la faveur d'être internés à Marseille; mais M. de Villars, gouverneur général de la Provence, les y surveillait de plus près en raison des facilités pour retourner dans leur pays. Tout faisait donc présumer que les Corses se soumettraient aux deux conditions mises par la France à l'amnistie; cependant quelques
(1) Aleria, près de l'embouchure du Tavignano et des étangs de Diana. L'une des plus anciennes villes de la Corse. Fondée par les Phéniciens au sixième siècle avant J.C. Elle reçut de Sylla une colonie romaine et compta jusqu'à 70,000 habitants.
co^QuÉT^: de la corse (1731-1770). 4i
symptômes d'une résistance, jusqu'ici passive, se manifestaient déjà. Giaffori, Giacinto, Paoli et Ornano, que les Corses reconnaissaient pour principaux chefs, avaient osé s'adresser directement au cardinal de Fleury et lui faire parvenir un mémoire exposant leur haine de la domination des Génois, et suppliant le roi de France de ne pas prendre en main la cause de leurs oppresseurs. Le règlement, publié le 19 novembre, fut reçu avec la plusgrande soumission par la Balagne, que nous occupions, et on se fit un moment l'illusion de croire qu'il en serait de même dans le reste de l'île. Bientôt l'eHervescence éclata partout; les populations s'agitèrent; les moines, préchant publiquement la rébellion, lisant aux habitants un règlement falsifié, et mettant en œuvre toutes les ruses et tous les mensonges pouraltiser contre nous le feu de la haine, mirent le comble au désordre. Déjà M. de Villemeur avait dû occuper avec 2 B. Caivi, rentré dans le devoir à la vue de nos troupes, lorsque fut mise à exécution la clause du désarmement. A cette menace, tous les cœurs bondirent, toutes les montagnes se soulevèrent. Les chefs de l'insurrection, mettant à profit l'élan du premier moment, tombèrent le 12 décembre sur un détachement à Borgo (1), à quatre lieues de Bastia, envoyé précisément pour désarmer les habitants. M. de Boissieux, prévenu le lendemain seulement, rassembla sur-le-champ des compagnies de grenadiers, ses piquets, et marcha sans tarder sur Borgo. Il arriva, le soir môme, en vue de ce village et établit ses troupes en arrière au pied de la montagne sur laquelle il est bâti. Tout était tranquille dans ce poste encore occupé par notre détachement, mais les rapports et les reconnaissances constataient la présence de beaucoup de monde sur les montagnes et les hauteurs des environs. Nos troupes occupaient leurs positions, parfaitement à l'abri de toute entreprise de vive force de la part des rebelles; aussi elles ne furent point attaqnées. Mais M. de Boissieux jugea prudent de ne pas y prolonger leur séjour, les rebelles, maîtres de la campagne, pouvant facilement nous couper l'eau. Il se décida donc à se replier sur Bastia, après avoir ramené à lui le détachement de Borgo.
(1) Borgo, silué sur une montagne conique, au nord du Ciolo. au sud-ouesl de la lagune de iriguglia.
Les révoltés saisirent avec à-propos, pour nous assaillir, le moment où ce détachement se déplaçait ; il s'ensuivit une vive escarmouche où ils eurent une trentaine de tués. Cet engagement, sans grande importance , permit de se rendre compte des difficultés et des'^dangers de toute nature que nous réservait une guerre dans ces hautes montagnes en face de pareils adversaires, ne présentant nulle part de masses, apparaissant de tous les côtés à la fois, s'approchant en se dissimulant de rocher en rocher, tirant de loin et nous échappant toujours en se jetant dans les fourrés épais qui couvrent le pays, presque impénétrables à tous autres qu'à ces rudes montagnards. M. de Boissieux ne se fit point d'illusion sur la tournure des événements, et se décida dès lors à châtier les rebelles d'une agression qui semblait un insolent défi jeté à la France . Pour réaliser ce projet, il convenait d'attendre l'arrivée d'un renfort de 4 B. annoncés, et peut-être même d'un plus grand nombre, si la guerre devait être portée au cœur des régions montagneuses et si l'on voulait y pénétrer de vive force au printemps suivant.
En attendant, au mois de novembre fut publiée la convention signée le mois précédent à Fontainebleau entre le secrétaire d'État Amelot et le prince de Lichtenstein, ambassadeur de l'Empereur, convention affirmant de nouveau l'autorité des Génois sur la Corse et l'obligation pour les Corses d'avoir à livrer leurs armes. Mécontent d'ailleurs des mauvaises dispositions et de l'attitude hostile des députés de Bastia, M. de Boissieux se saisissait de leurs personnes et, avec l'assentiment du roi, les dirigeait sur Toulon; ils y furent traités plus sévèrement que les otages précédents, et l'intendance reçut ordre de ne leur allouer par jour que le nécessaire à leur subsistance. Du côté des Corses, l'irritation augmentait également de plus en plus ; les sentiments hostiles à notre égard prédominaient, et la révolte gagnait du terrain. La Balagne elle-même et le Nebbio, qui avaient donné jusqu'ici les marques delà plus grande soumission, se soulevaient. La Corse entière, méconnaissant la bienveillance et la longanimité avec lesquelles on avait procédé à son égard, bravait décidément l'autorité du roi, et dans une assemblée réunie à Tavagna, le 6 janvier 1739, ses chefs, enhardis par l'impunité, juraient de faire une guerre à mort aux Français, s'ils osaient essayer de leur ravir leurs armes, et ils renouvelaient leurs serments de fidélité au roi Théo-
dore. Ils ignoraient encore que cet aventurier venait d'être mis en prison à Gaëte, dans le royaume de Naples, ainsi qu'on l'apprit par des gens de sa suite qui, passant près de Toulon, y avaient été arrêtés et interrogés.
Pendant ce temps, le renfort promis à M. de Boissieux, arrivé à Antibes, s'était embarqué au mois de décembre 1738; en attendant le départ, il avait reçu des subsistances tirées de la ville, afin de ménager pour le trajet les ressources de la marine. La flotte, contrariée par les vents, ne put mettre à la voile qu'en janvier; elle arriva tout entière à Bastia vers le 10 ou 11 janvier, à l'exception de quelques tartanes et felouques qui, jetées par la tempête sur les côtes d'Italie, s'échouèrent dans les ports de Civita-Yecchia, Livourne et Vado, et dont la plupart débarquèrent plus lard à Calvi. Ce renfort portait à 10 B. l'effectif des troupes françaises en Corse; néanmoins, en présence de la surexcitation des esprits et de la résistance probable , cet effectif ne fut pas jugé suffisant pour rien entreprendre et agir offensivement : un nouveau secours fut demandé en France. Sur ces entrefaites, M. de Boissieux mourut à Bastia de la fièvre et de la dysenterie, le 2 février 1739 {V}.
S. M. fit choix, pour lui succéder dans la direction des opérations, de M. le marquis de Maillebois, fils du contrôleur général Desmarets et petit-fils par les femmes du grand Colbert. En attendant son arrivée, M. de Sasselange reçut le commandement de la place de Bastia, et M. de Villemeur celui des troupes de Calvi. Ils devaient expressément garder leurs positions, ne point prendre l'offensive et temporiser jusqu'à ceque le nouveau secours demandé fût arrivé, ce qui, selon toute probabilité, aurait lieu dans le mois d'avril.
M. de Maillebois, parti de Versailles peu de temps après le décès de M. de Boissieux, aborde l'île le 21 mars 1739 et débarque à Calvi. limande aussitôt près de lui M. de Villemeur, se fait rendre compte de la situation générale, et en particulier de celle
(I) Le comte de Boissieux, neveu du maréchal de Villars. entra au service en 1704. Employé à l'armée d'Italie en J733. comme brigadier et commandant le régiment d'infanterie de la Sarre: maréchal de camp en 1734; envoyé en Corse par pouvoir du "> décembre 1737 ; lieutenant général le l'"' mars 1738.
de laBalagne. Ces deux officiers, après avoir pesé ensemble toutes les considérations, convinrent, comme cela avait, du reste, été prescrit à M. de Villemeur, de continuer à demeurer dans l'inaction jusqu'à l'arrivée de forces supérieures. Pendant ce temps, M. Riouffe préparait à Antibes tout ce qui était nécessaire à l'embarquement du troisième convoi de troupes, et passait un marché pour assurer au moyen d'une tartane un service de poste régulier entre Antibes et Bastia (1). De son côté, M. Peloux réunissait à Bastia, en vue de l'arrivée d'un contingent de cavalerie attendu, tous les fourrages nécessaires, et le commissaire de la Villeurnoy se rendait à Ajaccio pour y rassembler également les fourrages et y préparer les cantonnements de B. destinés à être jetés plus tard dans cette place pour en assurer la sécurité et contribuer de ce côté aux opérations.
Cependant le cabinet de Versailles répugnait encore à l'emploi de la force, et, le 13 avril, M. de Maillebois recevait de M. d'Angerviiiiers, ministre de la guerre, avis que M. le cardinal de Fleury désirait une dernière tentative dans le but d'éviter les hostilités. Il devait faire connaître aux Corses que le roi voyait avec chagrin que la plupart d'entre eux, oubliant l'intérêt de leur patrie, persistaient à entretenir le trouble malgré le règlement contracté avec l'Empereur pour la pacification, et leur insinuer que S. M. voulait bien néanmoins ne pas confondre les gens de bien avec les coupables, et qu'une prompte soumission de ces derniers était le seul moyen d'éviter les malheurs qui les menaçaient.
M. de Maillebois se conforma au désir de M. le cardinal de Fleury. M. de Villemeur approuvait celle démarche et en augurait favorablement. Mais, ne recevant aucune marque de soumission et en présence de l'attitude suspecte des chefs de la Baiagne, assemblés pour délibérer sur la résolution à prendre, M. de Maillebois crut devoir se tenir sur ses gardes. Dans une tournée au Nebbio, il désarma les habitants de ce canton et y établit plusieurs postes. Il prescrivait en même temps d'autres mesures de précaution contre tout retour éventuel du roi Théodore. Il savait par des
(1) Bastia, à l'entrée orientale de la presqu'île du cap Corse. Agréablement située, s'élève en amphilhéàire. Elle disparut après l'époque romaine. En 1383, relevée par les Génois.
lettres interceptées qu'une felouque avait débarqué en une seule fois à iatourd'Alestro dix-sept émissaires de l'aventurier, parmi lesquels son neveu, le baron de Drust. Ces lettres, adressées à différents chefs des rebelles, faisaient appel à la fidélité jurée à leur ancien roi, et traçaient un plan de campagne consistant principalement à s'emparer des places d'Ajaccio, Bonifacio et Porto-Vecchio. Bien que ces projets parussent chimériques, M. de M.iillebois ne laissa pas que de veiller à ce qu'ils fussent déjoués. Il ne négligea donc rien quant h la sûreté de la côte et principalement des trois villes menacées, il prescrivit dans ce but aux navires disponibles d'établir une croisière. Une galère est placée en vue de Bastia, une autre vis-à-vis de Bonifacio, tandis que 3 brigantins surveillait la côte orientale depuis Bastia jusqu'à Porto-Vecchio. La côté occidentale est gardée par une frégate placée à Saint-Florent, un brigantin à l'Ile-Rousse et à Calvi, enfin une frégate à Ajaccio (1).
Ces précautions semblaient suffisantes en ôtant tout sujet de crainte du côté de la mer; d'ailleurs, l'arrivée du troisième convoi de troupes, parti d'Anlibes le 21 avril, nous permettrait de garnir suffisamment tous les postes que l'on pouvait redouter de voir attaquer. La tête du convoi parut le 28 avril 1739 en vue de la Corse. Le soir du même jour à G heures, 6 bâtiments entraient dans le golfe de Saint-Florent : la barque Saint-Hippolyte, portant 4 compagnies de Royal-Roussillon; le pinck la Croix- Ferrary, 3 du régiment de l'Ile-de-France; le pinck Saint-Antoine, 4 de Montmorency; le vaisseau le Saint-Joseph, de Cannes, également 4 de ce dernier régiment. En même temps, le 28, à 4 heures du soir, 4 compagnies du régiment de Sennectère, et celle de Mestre-de-camp d'Esterhazy-hussards, entraient à Calvi.
Le 1" mai au soir, les bâtiments, avec des troupes à destination de Bastia, arrivaient à Saint-Florent et y débarquaient, le 2, à la pointe du jour, le reste des B. de Royal-Roussillon, de l'Ile-de- France et de Montmorency, avec les hussards, les mulets des vivres, l'artillerie, les ingénieurs, tandis que M. de la Villarzel, commandant la barque la Légère, emmenait à Calvi les B. d'Aunis et de Forez, ainsi que le surplus du B. de Sennectère et de l'E. des hussards
(1) Ajaccio. sur la côte occidentale de file, au fond d'un golfe. Construite sur une langue de terre terminée par une citadelle; fondée en 1495.
Esterhazy. Ce renfort portait à 16 B., 3 E. et 1 compagnie de miqueiets les forces à mettre en ligne en vue d'une guerre qui désormais paraissait inévitable, tous les moyens de conciliation ayant été épuisés. M. de Maillebois avait en outre à sa disposition les troupes génoises, du reste en petit nombre dans l'île, mais il ne pouvait attendre aucun concours efficace du B. corse levé pour le compte de la France et dont le recrutement offrit tant de difficultés qu'on dut renoncer à ce projet ou tout au moins l'ajourner. Les 16 B. français appartenaient à 15 régiments différents.
RÉGIMENTS
Auveryne
D'Ourouer
La Sarre
Nivernais
Bassigiiy
Flandre
Béarn
Cambrésis. ...
Agénois
Royal-Rnus.silli Sennectéi'e — Forez
Ile-de-France
Aunis
Montmorency.
De Contades.
D'Ourouer.
D'Audiherl de Lussan.
D'Avaray.
De Villenieur.
De Montmorency.
Do Valence.
De Pons-Chavigny.
De Malauze Bourbon.
D'Haussonville.
De Cliaillou.
De Ciioiscul-Meuse.
Crussol.
De Gondrin,duc d'Antin (1).
De Montmorencv-Lognv.