‹ Les guerres sous Louis XV (volume 2)Chapitre 4 sur 28 · DATE · texte numérisé non relu

DATE

DE LEUR Al'.UlVÉE.

8 f(-vrier 1738.

10 janvier 17.39.

2 mai 1739.

Chaque B. comprenait 17 compagnies, dont une de grenadiers; sa force numérique était d'environ 500 hommes.

Les 3 E. de hussards provenaient du régiment de Rattsky, n" 57 (2 E.), commandés par le maréchal de camp de Rattsky, et de celui d'Esterhazy, n" 00 (1 seul E.), sous le comte d'Esterhazy; chaque

(1) Antin, seigneurie des Haule?;-Pyrénées, érigée en marquisat en faveur d'Antoine-Arnaud dePardaillan. mort en 1624, puis en duché pour Louis Gondrin de Pardaillan, duc d'Antin, 1712, mort en 1736. Son lils Louis-.\ntoine, colonel de Royal-Marine et d'Aunis, 1727 ; maréchal de camp, 1743; lieutenant général. Pardaillan de Gondrin. duc d'Antin, né le 1.5 février 1727, mort à Brème le 14 septembre 1757. Sa branche et sa famille s'éteignent en lui.

E. comptait environ 150 hommes et 100 chevaux. Enfin rartillerie expéditionnaire était tirée des d"et .'Î^B. de Royal-Artillerie, n° 46, en garnison, le premier à la Père, le second à Metz. La compagnie de miquelets du Roussillon, levée spécialement en vue de la guerre de Corse, par une ordonnance du roi en date du iO février 17.'}9 avait été recrutée parmi les montagnards pyrénéens.

M. de Maillebois, avec le grade de lieutenant général depuis le 22 décembre ll'M, avait sous ses ordres 3 maréchaux de camp : M. deRattsky, à la tête de son régiment; M. du Ghâtel, qui sortait de l'arme des dragons, et M. de Roussetde Girenton, appartenant à l'infanterie. En outre, 5 colonels ou lieutenants-colonels étaient pourvus d'une commission de brigadiers : MM. de Yillemeur, colonel du régiment de Bassigny; de Gontades, colonel d'Auvergne; de Gondrin, duc d'Antin, colonel d'Aunis; de Larnage, lieutenantcolonel du régiment de Montmorency; de Sasselange, lieutenantcolonel ; et pour les 2 détachements de Royal-Artillerie MM. de Breende et de Valenceau, lieutenants-colonels.

Le 2 mai, dès le débarquement du dernier renfort, nos troupes sont ainsi réparties :

i° A Bastia, 8 B. (2 B. d'Auvergne (I), 1 B. d'Aunay, 1 B. de

(1) Voir le scpliènic volume des Guerres sous Louis XV {Historique des régiments).

V" colonne.

N" 9, .Auvergne (voir n" 7) : de Marseille se rend en Corse, s'embarque en janvier 1738 pour Baslia. Le comte de Vaux, qui,trenU' ans plus tard devenu maréchal, (levait soumettre cette île à la France, était alors capitaine au corps. Le marquis de Boissieux ne réussit pas à soumettre les révoltés et, au mois d'octobre, il fallut en venir aux mains. Toute la population appelée attaque Borgo. défendue par le capitaine Courtois avec 500 hommes d'Auvergne. Les Français rentrent dans Bastia le 24 octobre, découragés. Mars 1739, M. de Maillebois arrive avec des renforts remplacer M. de Sasselange, lieutenant-colonel d'Auvergne depuis la mort de M. de Boissieux, 2 février. Les hostilités recommencent le 25 août; Auvergne, avec son 2" B., commandé par le capitaine de Fonlbrune, s'empare d'un poste prèsBaselica. De 1739 à I7i0, Auvergne est occupé à désarmer les montagnards ; reste ju.squ'en avril 1741, pour passer en Bavière.

N° 33, Ourouer (voir Hainaut, n° 33) est un des premiers régiments qui mirent le pied dans l'île de Corse; désigné en janvier 1738, il part du golfe de Juan le 1"='" février, débarque le 8 à Baslia. Le 7 décembre de cette année, il bat, à Borgo, un ra-^semblement d'insurgés. Le 3 juin 1739, prend part au combat livré sur les hauteurs de San-Giacomo et revient en France en avril I7il.

la Sarre, 1 B. de Royal-Roussillon , 1 B. de l'Ile-de-France, 1 B. de Nivernais, 1 B. de Montmorency), 2 E. de hussards Rattsky, \ compagnie de miquelets, 1 délachement de Royal-Arlillerie et d'ouvriers ou mineurs.

2" AGalvi, l'Algajola, Archipatro et Santa-Restituta, 8 B. (1. B. de Sennectère, 1 B. de Flandre, 1 B. de Béarn, 1 B. de Bassigny, 1 B. de Forez, 1 B. de Cambrésis, 1 B. d'Aunis, 1 B. d'Agénois), et 1 E. de hussards Esterhazy.

3 " A Saint-Pellegrin et à la tour de la Padulella, des fantassins et cavaliers de la garnison de Bastia,plus des troupes régulièreset des milices soudoyées de la république génoise. MM. de Larnage et de Gondrin, duc d'Antin, devaient commander ces deux postes.

4" A Saint-Florent, pour lier Bastia à la Balagne, de l'infanterie tirée également de la garnison de Bastia, aux ordres du sieur Duflot, capitaine, premier factionnaire d'Auvergne.

Le 9 mai, les troupes autour de Galvi modifiaient leurs premières positions et s'établissaient : 2 B. à Galvi (Sennectère et

N" 34, la Sarre (voh a°3ij, parti du golfe de Juan le 1""' février 1738, aborde le 5 à Bastia. Au mois de décembre, un délachement, commandé par le lientenant-cololiel la Romagère, opère le désarmement de Borgo ; le 12, défait une bande de montagnards. 1739, le régiment est au combat du 3 juin sur les hauteurs de San-Giacomo; le 4, des compagnies, conduites par le colonel de Lussan, soutiennent un combat terrible dans le défilé près de Bastellica ; rappelé en 1741 .

N" 37, Royal-Roussillon (voir n° 37).

N°88, Isle-de-France. Corse, 1739-1741. Licencié, 25 novembre 1762.

N» 85, Nivernais (voir Lamarclie-prince, n" 74).

N" 99, Montmorency (voir Cambrésis, n'>70). Corse, 1739-1741.

2^ colonne.

N» 57, Sennectère. Cbaillou, du 10 mars 1739 au 22 août 1743 (voir Ve\in, n» 58). De Briançon s'embarque pour la Corse en janvier 1739; se distingue, le 3 juin, aux combats de San-Giacomo et de Bigorno; rappelé pour la guerre de la succession d'Autriche.

N" 69, Flandre (voir Touraine, n» 18). Incorporation du 10 décembre 1762.

N" 71, Béarn. M. de Valence, 19 juillet 1734; 15 janvier 1745; licencié le 25 novembre 1762.

N" 95, Bassigny (voir Royal-Comtois, n" 59). Supprimé le 10 mars 1749.

N» 78, Forez (voir n" 69).

N° 79, Cambrésis (voir n" 71).

N" 90, Aunis (voir Languedoc, m 53). Supprimé le 10 mars 1749.

N" 112, Agénois (voir Berry, n" 32). Supprimé le 10 mars 1749.

Cambrésis); :2 B. à Lumio (Flandre et Aunisi; 1 B. à l'AlgajoIa (Béarn), avec l'E. des hussards Esterhazy; ^ à Gorbara (Bassigny el Agénois); 1 B. à Calenzana (Forez).

Le 16 mai, M. de Maillebois se porte de sa personne sur le Golo (1), avec de l'infanterie et des hussards Rattsky, et jette un pont de bateaux sur cette rivière près de son embouchure, pour faire passer à Saint-Pellegrin des troupes destinées à en compléter la garnison. Son but atteint, il revient à Bastia.

L'arrivée de nouvelles troupes françaises ne paraissait pourtant pas intimider les rebelles; ils poussèrent même l'audace jusqu'à venir nous attaquer à l'AlgajoIa, dans la nuit du 18 au 19 mai. M. de Villemeur y commandait. Ils s'avancèrent à minuit pour surprendre ce bourg, où se trouvaient les hussards d'Esterhazy. Mais ceux-ci se mirent en état de défense et donnèrent le temps à M. de Villemeur de venir les dégager avec le B. du régiment de Béarn. Son apparition suffit pour éloigner les Corses; dans la courte lutte que les hussards avaient eu à soutenir, ils perdirent un officier tué et eurent quelques blessés; les rebelles leur avaient en outre enlevé o ou 6 chevaux.

Les opérations sérieuses allaient commencer; M. de Maillebois était prêt et son plan arrêté. Les troupes, formant deux groupes réunis autour de Baslia et de Galvi, devaient opérer de chaque côté séparément, briser la résistance sur leur passage, puis marcher à la rencontre l'une de l'autre de manière à converger et à se réunir sur le Golo en avant de Corte, coupant ainsi et isolant du reste de la Corse la Balagne et le Nebbio. Dès le '28 mai, il envoyait dans la Balagne M. du Ghàtel pour y prendre le commandement des troupes de Calvi et diriger de ce côté les opérations conformément à ses instructions. Le 29 mai, les garnisons de Sainl-Pelîegrin et de la Padulella sont relevées par des troupes destinées à prendre part à l'action.

Le 2 juin, les deux colonnes s'ébranlèrent : celle partie de Bastia, et avec laquelle marchaitM.de Maillebois, était placée sous les

(1) Golo, le plus jiiand fleuve de la Corse, qui |irciul ses sources dans les montagnes de la Vaglia-Oiba. au sein de la fmél de Valboniello, coule vers le N.-E.. arrose le Niolo el gagne la Méditerranée, sur la cole orientale de 1 ile. Il traverse l'élang de Biguglia ou Cliiurlino, où s'élevait Mariaiia, une des grandes colonie des Romains, et qui fui le lliéàlre, en 1708, du dernier ellorl dePaoli.

ordres directs de M. de Roussel; celle de Caivi, sous ceux de M. du Ghâlel. M. de Maillebois se mit en route à midi avec les compagnies de grenadiers, des piquets tirés de chacun des 8 B., miquelets, hussards Ratlsky et volontaires corses, suivi par le reste des 8 B, On arriva sans résistance, à 1 heure après minuit, à l'église San- Nicolao, au-dessus du village de Piève, où l'on campa.

Le lendemain 3, à la pointe du jour, ce petit corps, fractionné en quatre colonnes, se mettait en marche et rencontrait l'ennemi. La colonne de droite, sous M. de Lussan, marcha droit à la gorge de San-Giacomo, où elle trouva les rebelles des pièves de Pietralba, Novella, Caccia et Giovellina établis dans les rochers avoisinants et qui paraissaient décidés à en défendre le passage. Elle les attaqua aussitôt, et, malgré leur vive résistance, parvint à les déposter. Maîtres de la position, nos soldats s'établirent sur la hauteur, où ils passèrent la nuit. Le lendemain 4, à 9 heures du matin, les habitants de ces quatre villages offraient leur soumission et déposaient leurs armes entre nos mains. La colonne de gauche, sous M. de Grussol, attaquait en même temps la gorge de Bigorno. Les rebelles de cette piève y occupaient aussi les hauteurs. M. de Grussol se dirigea sur eux et les délogea facilement. L'engagement de ce côté ne fut ni long ni bien sanglant; après quelques décharges, l'ennemi, découragé, implora la clémence du roi. La colonne du centre enfin, de même force que la précédente et commandée par M. d'Avaray, colonel de Nivernais, attaqua en face la gorge de Lento. Les Corses s'étaient établis solidement à la croix de Lento sur la hauteur. Non seulement ceux de Lento et des villages voisins, mais encore ceux des pièves des montagnes voisines, étaient venus à leur secours sous les ordres de Giacinto Paoli. En présence de forces si considérables, M. d'Avaray différa Tattaque et demanda des ordres à M. de Maillebois, resté à la chapelle de San-Nicolao avec M. de Rousset et les troupes en réserve. M. de Maillebois vint lui-même reconnaître les positions, et, jugeant que la lutte serait sérieuse si elle devait avoir lieu dans ces conditions, somma d'abord les rebelles. Gette sommation eut un plein succès; après s'être concertés de nouveau, ceux-ci renoncèrent à larésistance etpromirent des otages, qui furent effectivement remis, le 4 à midi, à la chapelle San-Nicolao, où toutes les troupes, à l'exception de celles occupant la gorge de

San-fiiacomo, étaient revenues camper dès la veille au soir. Nous étions ainsi en possession de Lento et de ses environs.

De son côté, M. du Châtel avait aussi quitté ses cantonnements le 2 juin avec 8 B., l'K. des hussards Esterhazy, des volontaires corses et des paysans do Calenzana et de Gorbara. 1! forma ses troupes en deux colonnes. Celle de droite, sous M. de Villemeur, comprenaitlesB. deChailiou (Senneclère) Forez, Cambrésis et Aunis avec les hussards. Partie de Lumio, elle pénétra sans résistance dans l'intérieur du pays, couronna les hauteurs qui dominent Lavatoggio, le couvent de Marasso, Gattori, Monte-Maggiore , et soumit tout le pays environnant sans aucune perte. La colonne de gauche, sous M. du Ghàtel, était formée desB. d'Agénois, Bassigny, Flandre et Béarn, d'un détachement de Grecs et d'un de Génois. Partie de Gorbara, elle marcha droit à San-Antonino par Monticello, Santa-Reparata et le couvent d'Aregno. De ce côté, la lutte fut très sanglante, mais la lénacité des Corses dut céder devant l'élan et le courage de nos troupes. San-Antonino et le couvent d'Aregno furent le théâtre de luttes d'un acharnement incroyable. Quelques heures après la prise de ces deux centres de résistance, leurs défenseurs faisaient leur soumission.

Ces succès étaient importants; ils mettaient M. de Maillebois à même de réunir, quand il le voudrait, toutes les troupes de la Balagne avec celles qui occupaient la tête des gorges de Lento et de Bigorno, soit entre Pietralba et Belgodere, soit dans son camp de San-Nicolao, s'il se décidait à avancer de ce côté et à se porter en force près de Ponte-Novo sur le Golo, pour ensuite occuper le chaînon des montagnes des Costères, la seule route péné trahie jusqu'à Corte.

Quelques jours suffirent à réduire la Balagne (1). Du à au 5 juin, les troupes occupèrent la piôve d'Aregno et campèrent : M. de Villemeur à Gattori, M. du Châtel entre San-Antonino et Pigno . Du 5 au II, elles soumirent la piève di Tuani et s'établirent à Belgodere, Costa et Speluncato.

(1) Balagne, région s'étendani vers le versant N.-O. de la grande chaîne transversale jusqu à la côte entre le golfe de Calvi et l'embouchure de l'Ostriconi, baignée par les eaux bleues de la Méditerranée. Vers le sud. elle s'adosse aux montagnes abruptes d'Olrni-Cappello qui s'appuient aux sommets escarpés de la province de Niolo. L'ilc-Rousse est sa principale ville.

C'est alors que M. du Chàlel reçut l'ordre de laisser en Balagne 2 B. seulement (Bassigny et Agénois) sous M. de Villemeur, et de reprendre sa marche avec les 6 B. restants et hussards pour opérer vers Ganavaggia, à un mille de Lento, sa jonction avec les 8 B. de M. de Maillebois campés à San-Nicolao.

Son mouvement commença le 1:2. Le soir, il se portait versPalasca, et de là dirigeait son infanterie par le château de San-Golombani et Novella sur Pietralba, où elle campait le 13, Les hussards Esterhazy suivaient une route parallèle le long du Fiume de San-Golombani. La jonclion avec M. de Maillebois se fit le 17 juin.

En même temps qu'il dirigeait de San-Nicolao vers Ponte-Novo le gros de la colonne sous ses ordres, M. de Maillebois en détachait sous le commandement de M. deRousset, sur le pays de Gasinca, toute la brigade d'Auray (Auray, Flandre, Forez et Montmorency) et les 3 E. de hussards. Ge détachement devait s'établir à Vensolasco et achever de soumettre le pays de Gasinca, dont quelques villages, ainsi que la piève de Moriani, avaient déjà envoyé des otages à Bastia.

Sur les 10 B. restés à la disposition de M. de Maillebois, 3 B., formant la brigade Royal- Roussillon (Royal-Roussillon, Cambrésis, Aunis) furent laissés à Lento pour assurer les communications avec Piève et Saint-Florent; les 7 autres B., brigades d'Auvergne (B. d'Auvergne, Ghaillou et Béarn) et de la Sarre (la Sarre, Nivernais, l'Tle-de-France) vinrent, le 17 au soir, camper entre Ponte-Novo et Pastoreccia.

Ges derniers restèrent dans cette position jusqu'au 21 et se portèrent alors sur Ormessa et Corte, où ils entrèrent le 24. La brigade d'Auvergne s'établit sous Gorle (1), la brigade de la Sarre en arrière à Ormessa. Toute la partie de la Gorse en deçà des monts était ainsi entre nos mains, bien que toujours frémissante. Gette tâche accomplie, M. de Maillebois jugea nécessaire de donner du repos à ses troupes, fort éprouvées par les grandes chaleurs et par des fatigues excessives, suite de combats incessants et de marches forcées dans des chemins de montagne qui , malgré les répara-

(1) Corte, située presque au centre de l'île, adossée à un rocher qui domine à pic le confluent de la Restonka et du Tavignano. Sa citadelle fut bàlie en 1420; Paoli l'assiégea en 1750. Siège du gouvernement do 1761 à 1769.

CONQUÊTE DE LA CORSE (l731-lT70j. 53

lions qu'on forçait les habitants à y faire, restaient détestables.

Le 3 juillet, elles étendaient leurs cantonnements :

lirigade d'Auvergne : les 2 B. d'Auvergne, à Cor/e e[ Tralonca: Chaillou, à lirbajolo, à 5 milles de Gorle sur la gauche; Béarn, à Ormessa, Soveria et environs.

Brigade Royal-Roussillon : Royal-Roussillon, à Merosaglia, Paaforeccia et San- Antonio ; Cambrésis, à Casablanca, Loreto; Aunis, à Lento, Campitello, Valpajola.

Brigade la S:irre ; Nivernais, à Lucciana, Vescovalo, Borrjo; la Sarre, à Vensolasco, Penia; l'Ile-de-France, à Castellare, Pofjfjio et Dtezzane.

Brigade d'OurouerrOurouer, à Tavagna, Casa-Brandoni,Coccola; Flandre, à IMoriant, Vensolasco, Penta; Forez, à Campo-Loro, Cotone, Canale; Montmorency, à Coregyio, Cervione, Muchitto; les hussards dans les pièves de Verde et à Serra.

Le 10 juillet, toute la partie septentrionale de la Corse était soumise. Giacinto Paoli, avec ses deux fils, dont l'un, Pasquale, devait plus lard relever dans le pays le drapeau de l'indépendance, Louis Giaffori et Luca d'Ornano, quittaient le sol de la patrie et s'embarquaient pour Naples, où les attendaient les ovations d'une foule acclamant leur courage et leur malheur.

M. de Maillebois, cependant, songeait à continuer son œuvre. La moitié de la Corse méconnaissait encore ses ordres. Déjà il avait envoyé par mer à Ajaccio un détachement sous M. de Corneras, major du régiment de Bassigny, pour recevoir les otages et les armes que les Corses d'au delà des monts étaient invités à livrer, et pour peser avec M. d'Arrighi sur les populations de Zicavo et Talavo. n résolut bientôt de marcher lui-même sur Ajaccio et de prendre de là les mesures nécessitées par la situation. Il réunit à cet effet à Corte des compagnies de grenadiers, des hussards, des volontaires, et à la tête de cette petite colonne, formant environ 1,200 hommes, il prit le 26 juillet la route d'Ajaccio et y arriva heureusement le 28.

A son passage à Bocognano, où se trouvaient 60 hommes environ qui l'y avaient précédé, il laissa en arrière M. d'Haussonville (i), lui prescrivit d'occuper Bastelica, afin de surveiller de ce

(1) Haiissonville (Charles-Bernard de Cleron, comte d'), on 1717, mousquetaire;

côté la piève de Talavo, où l'insurrection avait établi son dernier et plus redoutable refuge. Les montagnards de celte piève, dont Zicavo est le chef-lieu, étaient fanatisés par le prestige qu'avait su prendre sur eux un prêtre audacieux, remuant, énergique, que l'histoire désigne sous le nom de <( prévôt de Zicavo » . On avait un moment, d'après les propositions de quelques habitants de ce district et leurs promesses d'envoyer des otages, espéré qu'il ne serait pas nécessaire de recourir à la force pour en obtenir la soumission. Cet espoir était peu fondé. M. de Maillebois se décida donc à faire agir ses troupes. A cet effet, M. de Larnage reçut l'ordre de partir d'Ajaccio le à août, avec un fort détachement, pour aller à Bastelica se joindre aux troupes de M. d'Haussonville et au régiment de Béarn, qui de Corte s'y rendait directement. Après la jonction, M. de Larnage devait avoir 1,300 hommes. En même temps des compagnies de grenadiers parlaient d'Ajaccio,

18 juillet 1720, cajùtaine au légiuieiit de Ruffec-cavalerie ; 25 novembre 1734, colonel du régiment Royal-Roussilloii ; le joint à l'armée d'Italie et rentre en France avec lui au mois de seiitembre 1736; le conduit en Corse au mois d'avril 1739 et y reste jusqu'en 1741 ; passe en Flandre; à l'armée du Rhin : en Bavière le 4 juin 1743 ; 2 mai 1744, brigadier ; à l'armée du bas Rhin le l"" avril 1745 , puis à celle du prince de Conti le 1'='' mai 1746 ; rejoint l'armée d'Italie en juillet et finit la campagne à Briançon; l^'juin 1747, commande sa brigade à l'alï'aire de l'Assiette; !"='■ janvier 1748, maréchal de camp; se retire du service ; meurt le 4 février 1754, âgé de cinquante-quatre ans.

Son (ils, Louis-Bernard de Cleron, comte d'Haussonville, 22 juillet 1742, enseigne au régiment Royal-Roussillon; 25 octobre 1746, lieutenant au même régiment; 11 mars 1757, capitaine des volontaires de Schonlierg; 13 janvier 1759, colonel du régiment Royal-Roussillon; 30 novembre 1761, colonel du régiment de la Marine; 25 juillet 1762, brigadier; 3 janvier 1770, maréchal de camp; l"'' janvier 1784, lieulenant général. Dans ses notes au ministère de la guerre, on lit : fait pour aller à font. A servi au Canada; fait les campagnes de 1768 et 1769 en Corse à la tête du régiment delà Marine; 2 novembre 1788, commandant en second en Lorraine, et, comme son père, grand louvelier de F'rance, du roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar.

Son petit-lils, Joseph-Otlienin-Bernard de Cleron, comte d'Haussonville, né à Paris le 27 mai 1809, historien politique; embrasse fort jeune la carrière diplomatique, député, membre de l'Académie; publia plusieurs arlicles dans la Revoie des I)eux-Monàes ; Histoire de la politique extérieure du gouvernement français de 1830 à 1848, 4 vol. iu-8"; Histoire de la réunion de la Lorraine à la France, 4 vol. in-S"; l'Église romaine et le premier Empire, 1800-1814, 5 vol.; la France et la Prusse devant V Europe ; Vie de Sainlf^-Deuve, 1875.

le 4 et le 5 août pour occuper Sainte-Marie d'Ornano, et un détachement tiré de la garnison de Corte et commandé par M. de Vaux, capitaine du régiment d'Auvergne, s'établissait à Ghisoni.

La piève de Tahtvo était ainsi menacée de trois côtés diflérents : l'audace des rebelles n'en fut pas abattue; ils avaient même commencé les hostilités. Le 4" août, avant l'arrivée de M. de Larnnge, une première atî'aire avait déjà eu lieu près de Bastelica. Les Corses s'avançaient contre les troupes de M. d'Haussonville, qui marchèrent résolument à eux, et, après une décharge, les dispersèrent sans les atteindre. Le surlendemain 3, plus heureux, ils surprenaient M. d'Haussonville dans une reconnaissance et le forçaient de se retirer.

Malgré ces démonstrations, il y avait lieu encore d'espérer la soumission volontaire de la piève de Talavo. Le prévôt de Zicavo lui-même parut s'y prêter en demandant une entrevue le 9 août; le major de Bassigny, détaché par M. de Maillebois, devait s'aboucher avec lui: mais leur conférence n'aboutit qu'à faire mieux voir que ce prêtre n'était nullement disposé à se soumettre, mais qu'au contraire il se présentait comme le principal soutien de la rébellion et le plus obstiné dans la résistance.

Toute illusion disparut à la nouvelle du 11 août : les rebelles de Zicavo, levant décidément le masque, avaient assailli notre poste à Ghisoni. L'attaque eut lieu à 1 heure du matin ; les habitants du village, d'intelligence avec eux, les avaient guidés et accueillis à bras ouverts. M. de Vaux, à la tête de notre détachement, s'établissait fortement dans un couvent, avec une faible garde dans le village. Nos sentinelles, surprises dans la nuit, furent tuées, et la garde n'eut que le temps de se replier sur le couvent, qui bientôt était entouré et assailli. La position devenait critique, car les rebelles s'étaient emparés d'une maison dominant le couvent, et de là dirigeaient sur nous un feu plongeant et meurtrier. La fusillade continua toute la nuit et toute la journée suivante, sans ébranler le courage et la confiance des soldats, qui soutinrent à merveille cette défense prolongée qui fait grand honneur à M. de Vaux et permit à M. de Larnage de le secourir. Celui-ci, en effet, aussitôt prévenu, avait détaché de Bastelica M. de Fontbrune, commandant du iî* B. d'Auvergne, avec ordre de se diriger sur Ghisoni, à peu de distance de Bastelica.

56 LES GUEllRES SOUS LOUIS XV.

A leur approche, les rebelles cessèrent de porter leurs efforts sur la troupe de M. de Vaux et s'établirent sur les hauteurs, cherchant à disputer le passage à la colonne de M. de Fontbrune; mais nos troupes marchèrent droit à eux et les chargèrent avec tant de vigueur qu'ils durent se retirer précipitamment, laissant sur le champ de bataille nombre de morts. De notre côté, nous perdîmes peu de monde. Celte brillante affaire permit àiM. de Fontbrune de dégager M. de Vaux et de renforcer la garnison de Ghisoni.

La conduite des Corses méritait une répression énergique et immédiate; M. de Maillebois passa de la défensive à l'offensive, et appela à lui 7 B. pour concourir à l'effort général qu'il se proposait de faire vers le 2-4 ou le 23 août. Le régiment de Chaillou était déjà arrivé à Ajaccio; celui de Nivernais y arriva le J3, la Sarre et l'Ile-de-France le 16, Royal-Roussillon et Forez le 17 et le 20. Le régiment de Béarn marcha directement sur Bastelica, où il arriva le 14. Son colonel, M. de Valence, se rendit à Ghisoni et y prit le commandement des troupes réunies.

Le plan de M. de Maillebois pour s'emparer de la piève de Talavo consistait à l'assaillir de quatre côtés à la fois. M. de Valence se porterait sur Palneca, un des plus gros villages de la piève. M. de Larnage, à Bastelica, avec les régiments de Béarn et Royal- Roussillon, 4 compagnies de grenadiers et les arquebusiers, devait assaillir les rebelles de son côté (piève de Tasso). La biigade de la Sarre (la Sarre, Nivernais, Forez et Ile-de-France) marcherait sur Sainte-Marie d'Ornano et y désarmerait d'abord les pièves d'Ornano et d'Istriii , dont les populations s'étaient soumises et auxquelles on avait jusque-là laissé leurs armes pour leur permettre de se défendre eux-mêmes contre leurs voisins de Zicavo. Elle devait ensuite concourir à l'effort commun contre les pièves de Talavo et de Guittera. Enfln, avec une forte colonne, M. d'Avaray s'embarquerait à Ajaccio pour descendre au golfe de Valinco, occuper Sarlène, désarmer les pièves de la Rocca et de Scopamène, auxquelles on permettait également de conserver leurs armes, ensuite se porter sur Quenza et tomber sur les derrières des rebelles. M. de Maillebois se proposait de s'établir de sa personne à Ornano avec les hussards de son escorte.

Au jour convenu, la brigade de la Sarre se mit en mouvement

CONQUf.TE DE LA. CORSE 1731-1770 . 57

el occupa Sainle-Marie d'Ornano. Ses détachements ne trouvèrent point de résistance dans les pièves d'Istria et d'Ornano et en désarmèrent les habitants. Tout marchait donc à souhait de son côté, mais il n'en était pas de uiLMiie plus au sud. M. d'Avaray, débarqué dans la nuit du 18 au 19 au fond du golfe de Valinco, s'était porté, avec des compagnies de grenadiers, des piquets suisses à la solde des Gcnois, sur le village d'Olmelo, chef-lieu de la piève d'Istria et situé à trois milles de la mer sur la roule de Sartène. Conformément à ses instructions, il procéda au désarmement, et déjà, sur les trois hameaux de ce village, deux avaient été désarmés. Le troisième, d'abord hésitant, suivait enfin leur exemple, quand tout à coup les habitants, revenus à des idées de résistance, se jetèrent sur les armes déjà déposées, s'en saisirent, et firent feu inopinément sur nos troupes étonnées et surprises. Ils nous enlevèrent en même tem ps un convoi de farines amené par les Génois à la suite du détachement et établirent un poste entre le village et la mer afin d'intercepter nos communications avec les bâtiments restés dans le golfe.

M. d'Avaray informe aussitôt de sa situation M. de Maillebois, qui sur-le-champ embarque à Ajaccio un secours aux ordres de M. de Chamouroux, premier capitaine des grenadiers du régiment d'Auvergne, sous l'escorte d'une frégate que montait M. le comte d'L'zès, A l'arrivée de ce renfort , les rebelles perdirent courage; beaucoup prirent la fuite; la plupart vinrent se jeter aux pieds de M. d'Avaray eu demandant pardon de leur faute. Cet incident de peu de gravité n'en retarda pas moins l'effort général projeté pour la fin d'août. Il fallait, en effet,- terminer auparavant l'œuvre de désarmement dans le sud que M. d'Avaray n'avait pu mener à bonne fin.

M. de Maillebois, arrivé le 21 août au camp de Sainte-Marie d'Ornano, modifia légèrement ses premières dispositions. Il rappela auprès de lui M. d'Avaray avec une partie de son détachement, ne laissant dans la piève d'Istria que deux détachements, l'unàOlmeto, sous le commandement de M. de Champois, lieutenant-colonel de Forez, l'autre à Petreto avec M. de Santé , lieutenant-colonel de rUe-de-France, et il chargea M. du Châtel de la mission qu'il retirait à M. d'Avaray.

M. du Chàtel, parti à cet effet, le 31 août, du camp de Sainte-Marie d'Ornano, ayant sous ses ordres M. de Crussol ,

colonel du régiment de l'Ile-de-France, arriva le l^' septembre à Sartèneety futtrès bien accueilli. Leshabitants de celte piève livrèrent leurs armes sans ancune difficulté; ceux de Vigiano, proches du littoral, s'y résignèrent également. Mais les pièves d'Attala, de Scopamène et de la Garbini, portion du pays appelé la Rocca, repoussèrent toute proposition à cet égard, et, à l'exemple de leurs voisins de la piève de Talavo, se mirent en révolte ouverte contre nous et levèrent 500 montagnards, environ, qui tinrent aussitôt la campagne. Ils marchèrent sur Sartène, comme pour braver et insulter M. du Ghâtel, et voulurent d'abord s'emparer d'une hauteur qui domine la ville. M. du Ghâtel avait eu le temps de l'occuper, et, malgré leurs vigoureux efforts, ils ne purent en déposter nos troupes et furent repoussés énergiquement. Ils se portèrent alors sur Fozzano, petit village entre Sartène et Oimeto, dans l'intention de couper M. du Ghâtel de ses communications avec M. de Champois, qui commandait les troupes réunies dans ce dernier village. Ils ne tardèrent pas à abandonner cette position, sur l'avis que MM. du Ghâtel et de Champois se disposaient à les y attaquer en convergeant leurs efforts, et ils se dispersèrent dans les environs.

Pendant ce temps M. de Maillebois faisait encore entrer en ligne le régiment de Gambrésis, à Gorte, et disposait ainsi pour l'exécution de ses desseins de 8 B. entiers, outre les compagnies de grenadiers des autres régiments, la compagnie des arquebusiers et les piquets de chacun des régiments d'Agénois et de Bassigny laissés dans la Balagne. En présence de la résistance de la piève de la Rocca, il se décidait à se priver du concours directdes troupes de M. du Ghâtel pour l'opération principale dans la piève de Talavo, et à tenter l'entreprise avec les seules troupes de Sainte-Marie d'Ornano, de Bastehca et Ghisoni.

Le 16 septembre, il prend l'offensive, se porte rapidement sur le village de Quittera en avant de Sainte-Marie d'Ornano. Il campe à Guitteraet y opère sa jonction avec M. de Larnage, parti le même jour deBastelicaàG milIesdeZicavo. Il crut devoir différer l'attaque de Zicavo, d'abord fixée au 17, afin de désarmer préalablement tous les autres villages de la piève. Cette opération dura trois jours. Rassuré d'ailleurs par les excellentes nouvelles reçues de M. du Ghâtel, annonçant qu'il était maître de la situation du côté de Sartène et avait à peu près obtenu la soumission de tout le pays de la Rocca, à

l'exception des villages de la Serra et de Lcvie, dont les habitants, sous la conduite de Peretli, avaient conservé leurs armes et tenaient la campagne, M. de Maillebois donna enfin l'ordre à M. de Valence de quitter Ghisoni et de marcher de son côté sur Zicavo. M. de Valence pénétra dans lapiève de Zicavo parle nord, occupa le village de Palnecaet prit position, le 20 septembre, à deux milles en avant et au nord de Zicavo, que les troupes de M. de Maillebois, toujours campées à Quittera, menaçaient à l'ouest. L'action commune fut fixée au 22. La veille, M. de Larnage, sous la protection d'un détachement, avait été porter à M. de Valence les instructions du général en chef et s'entendre avec lui sur les dispositions à prendre de chaque côté.

L'attaque de Zicavo eut lieu le 22 septembre, au point du jour. Une résistance acharnée était probable dans ce dernier boulevard de l'insurrection: on fut surpris de n'en trouver aucune. Le village était entièrement désert; les hommes, aussi bien que les femmes et les enfants, avaient abandonné dans la nuit leurs foyers pour se retirer sur la montagne del Coscione, proche du village, d'où, avec une obstination indomptable, ils refusaient toujours de remettre leurs armes et de rentrer dans le devoir.

On ne jugea pas à propos de les poursuivre et de les traquer sur ces hauteurs escarpées et difficiles; le temps et le manque de vivres devaient en effet, aussi bien que la force, les obliger à bref délai à subir la loi du vainqueur. Dans ce but, la montagne fut cernée, et un détachement envoyé à Quenza pour leur fermer la retraite et compléter le cordon qui les entourait. Sur la menace d'une attaque de Peretti, qui rôdait avec le reste des insurgés de la Rocca dans les environs de Quenza, ce détachement fut bientôt renforcé par un second, venu du couvent de Talla sous M. de Champois. Inutile d'ailleurs de laissera Zicavo toutes les troupes. Les B. de Nivernais et de l'Ile-de-France furent ramenés en arrière à Sainte- Marie d'Ornano pour assurer les communications avec Ajaccio. 3 B. seulement (la Sarre, Ghaillou et Forez), avec les compagnies de grenadiers et les arquebusiers, continuèrent à occuper Zicavo et à bloquer de ce côté les rebelles. M. de Maillebois, retourné de sa personne à Ajaccio dès le 27 septembre, se voyait dès lors assuré du succès et attendait patiemment d'être en position d'en rendre compte.

Le plus grand nombre des habilanls de Zicavo, relire sur la montagne del Coscione, pressé par la faim, ne larda pas en effet à demander grâce; on les vit arriver successivement, au fur et à mesure des défaillances qu'amenaient les privations. M. de Maillebois usa d'indulgence et permit à ceux qui déposèrent les armes de rentrer chez eux avec leurs familles. Ceux à qui cette faveur fut accordée donnèrent les marques de la soumission la plus absolue, et il ne resla bienlôt plus autour du prévôt de Zicavo qu'un noyau de fidèles compagnons, peu nombreux, mais dévoués et énergiques, qui conlinuèrent la lulte avec lui.

Le prévôl, cependant, se voyant perdu, se souvint qu'autrefois l'archiprêtre d'Ajaccio, son parenl, avait fait inutilement plusieurs démarches auprès de lui pour le détourner de sa dangereuse tentative et le dissuader de se mettre à la tête des mécontents de Zicavo, Il songea donc à recourir à son intercession pour se soustraire au châtiment mérité, et demanda, par l'intermédiaire d'un ecclésiastique envoyé à cet etfet à Zicavo, l'autorisation de s'entendre avec M. de Maillebois. Cette demande lui fut accordée en considération de la fidélité bien connue de l'archiprêtre. L'entrevue amena la soumission de ce chef sauvage et redouté, qui se rendit enfin le 10 octobre, avec ses compagnons, à M. de Maillebois sous promesse de la vie et de la liberté. Conduit le lia Ajaccio, il y resta quelque temps détenu, et fut ensuite embarqué pour Livourne sous escorte.

La guerre paraissait désormais terminée. Il ne restait plus sur la montagne del Coscione que le neveu de Théodore avec une centaine de Corses, plutôt bandits que patriotes. Les villages de la Serra et de Levie avaient fait leur soumission à l'approche du détachement de M. de Champois. Le chef Alphonse Peretli, qui tenait la campagne avec les habitants de ces villages, avait déposé ses armes, ainsi que Pausani, l'un des derniers et des plus obstinés des révoltés. Les pièves de Carbini et de Scopamène elles-mêmes s'étaient rendues, et M. du Châtel, ayant ainsi brisé toute résistance dans le pays de la Rocca, avait rassemblé à Sartène tout son détachement et, ne laissant qu'une troupe à Sartène et une autre à Olnieto, avait repris avec lui, le 10, la route d'Ajaccio, où il arrivait le 12 octobre.

M. de Miiillebois alors rechercha les moyens de consolider par

une sage administralion les résullats obtenus par les armes. Il établit en Corse un gouvernenient politique et une nouvelle juridiction, fit part au roi de ses avis et de ses réflexions pour servir au projet élaboré alors à Versailles. Pensant avec raii^on qu'après celte période de guerre, il fallait donner un aliment au tempérament déjà naturellement belliqueux des Corses, il tenait plus que jamais à la réalisation de son projet longtemps caressé de lever un régiment corse pour le service de la France, projet ajourné jusque-là. L'expérience njontra qu'il avait raison : nombre d'insulaires vinrent s'enrôler sous le drapeau de la France, el, le régiment une fois organisé, M. le comte deVence en fut nommé colonel. Le régiment se forma à Antibes; il prit le nom de Royal-Corse et comprit 17 compagnies, les soldats étaient traités comme les soldats français.

Tout en purgeant ainsi le pays de quelques-uns de ses éléments d'agitation, M, de Maillebois désirait encore arrivera l'apaisement des esprits par des concessions. Jugeant avec raison les Corses fiers, vaniteux et ambitieux, il espérait se les attacher facilement, du moins les principaux d'entre eux, en flattant leur amour-propre par des distinctions honorifiques, et en éveillant leurs passions par l'espoir de parvenir aux premières dignités du pays, en raison de leurs aptitudes naturelles incontestables.

Si les Corses semblaient sans trop de peine accepter l'autorité de la France, leurs sentiments à l'égard des Génois ne s'étaient pas modifiés et leur haine subsistait tout entière. Les Génois, de leur côté, malgré tous les services que nous avions rendus à leur cause et que nous lui rendions encore, semblaient peu reconnaissants. Bien que le calme existât en apparence, la situation paraissait loin d'être rassurante pour l'avenir; le pays était en outre désolé par des vols, des assassinats et des brigandages, fruits inévitables des habitudes de violence et des rancunes contractées pendant la guerre. M. de Maillebois en atténua le nombre par une mesure judicieuse, en permettant à la plupart des chefs rebelles et à leur suite de s'embarquer et de gagner la terre ferme; il se concilia également les sympathies de la population en rendant la liberté aux otages gardés à Toulon et à Marseille, el qui purent rentrer dans leur pays. La Balagne conserva d'ailleurs la liberté du commerce; et le roi ne voulut pas sanctionner les impôts que M. de Maillebois proposait de prélever sur le pays.

Le quartier général avec M, de Maillebois fut établi à Bastia. Les troupes furent réparties :

1" A Bastia, sous le commandennent de M. du Châtel : 4 B., la Sarre, Flandre, Forez et Ile-de-France, avec les arquebusiers, l'artillerie et 2 compagnies de l'E. des hussards Esterhazy. L'infanterie détacha des postes à Saint-Pellegrin et à la Padulella.

2° Dans le JSebbio, sous M. de Montmorency : 1 B. Montmorency, à Saint-Florent et à Piève.

3'' En Balagne (M. de Villemeur) : 3 B., Bassigny, à Calvi, Agénois, à Catteri et Lavatoggio; Gambrésis, à VAlgajola, ainsi que les 2 autres compagnies de l'E. des hussards Esterhazy. L'infanterie détacha des postes à Belgodere et environs.

4° A Corte^ sous M. de Contades : 5 B. (un d'Auvergne, à Merosaglia; un autre d'Auvergne, à Omessa; Aunay, à Corte; Aunis, à Cervione; Béarn, à Tavagna, Venzolesco^ Loreto, au couvent de Lucciano).

5" De l'autre côté des monts, sous les ordres de M. de Larnage : 3 B. (Royal-Roussillon, Nivernais et Chaillou), à AJaccio, fournissant des postes à Bocognana, Sartène et Olmeto.

M. de Maillebois, rentré le 27 septembre à Ajaccio, quitta cette ville le 18 octobre, se rendant à Corte et de là à Bastia. Avant son départ, il régla les mouvements des troupes, à l'exception de 3 B. (Chaillou, Royal-Roussillon et Nivernais) destinés à former la garnison d'Ajaccio et à repasser les monts pour prendre leurs quartiers d'hiver. Il occupa, afm de s'assurer de la fidélité des populations, les forteresses et les citadelles de l'île par des détachements, et, la saison s'avançant, ramena ses troupes dans les emplacements assignés pour l'hiver de -1739 à 1740.

Les 2 E. de hussards Rattsky étaient rentrés en France. Dès le 17 juillet, M. de Maillebois, voyant approcher le dénouement et jugeant pouvoir se passer de leur concours, avait proposé lui-même leur renvoi, motivé par la difficulté qu'on éprouvait à se procurer des fourrages en Corse (1). Le 12 août et" le 8 septembre, il renou-

(1) " Sur l'article des fourrages, je coni|>(e que nous en avons rassemblé jusqu'ici (le quoi nourrir jusqu'aux herbes de l'année prochaine tous les chevaux qui sont ici, avec ceux des officiers généraux, 1 E. de liussards bien au large. A la vérité, il y aura demi-foin, demi-chaume et paille, mais cette nourriture est très bonne. A l'égard des 2 autres E. de hussards, je doute que nous puis-

vêlait son offre au ministre et réglait les détails du départ, en vue de leur embarquement à Calvi pour Toulon. Le régiment de Rattzky fnt donc rappelé et vint se concentrer, le 11 octobre, à Calvi, où il ne s'embarqua que le 28 novembre, escorté par la frégate la Légère, que commandait ]\[. le chevalier de Bonville,en même temps que plusieurs colonels avec des congés, les officiers à la recherche de recrues, et des Corses destinés au Royal-Corse que M. de Comeras conduisait à Anlibes.

Les troupes génoises, de leur cùlc, s'étaient établies pour l'hiver :

1° La portion en deçà des monts, sous les ordres de M. le marquis Mary, commissaire général : le régiment d'Andrecasses; compagnies à Bastia; régiment de Cresteler, réparti à Saint-Pellegrin, la Padulella et la tour d'Alistro; à Patrimonio, Montebello, Saint-Florent, la Piève, la tour de Mortella; Oletta, Pietralba, Valpajola. Le régiment de Fenachio : à Calvi, au fort d'Algajola, àl'Ue- Rousse, à la tour du cap Roux, à la tour de Girolata et Lagone,

2" La partie au delà des monts, avec M. de Suprani, commissaire général : le régiment de Varennes, à la citadelle d'Ajaccio, à Bonifacio et dans les tours, de Tizzano jusqu'à celle de Solenzara. Le régiment Diart, à Bonifacio, Porto-Yecchio, Olmeto, Sartène.

Avant le retour des troupes d'au delà les monts, M. Peloux, commissaire ordonnateur, réunit à Ajaccio un approvisionnement suffisant pendant six mois pour les B. de garnison. De son côlé, M. de Saint-Léon, munitionnaire général, prenait toutes ses mesures pour la subsistance des troupes de Bastia, Calvi et Saint-Florent. On régla le traitement qu'il convenait d'accorder aux troupes pendant l'hiver, et M. Peloux reçut à ce sujet les instructions du général en chef.

A cette date, c'est-à-dire aux mois d'octobre et de novembre 1739, la situation de notre armée en Corse est, sous le rapport de la composition et de l'effectif, exactement présentée dans le tableau suivant.

sions rassembler la matière pour les nourrir pendant le temps susdit, et si les affaires d'au delà des monts prennent la tournure lavorable (|ue j'espère, mon avis serait de les faire repasser en France avant la mauvaise saison, et de ne garder iei que le régiment d'Estlierazy. » (Lettre de M. de Maillebois au ministre. 17 juillet 1739.)

État de la force effective, des régiments de l'armée de Corse aux mois d'octobre et novembre 1739.

RÉGIMENTS

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