TOTAUX
(les manquants à remplacer.
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Ces troupes élaienl en général dans un état d'épuisement très grand ; pour en donner une idée, il suffit de citer l'appréciation textuelle de M. de Villemeur, qui, chargé d'embarquer à Calvi les hussards Raltsky, rendait compte de sa mission en ajoutant : « Ils ne donneront pas en rentrant en France grande idée de la Corse; quasi tous les officiers sont malades ou convalescents. » Les effectifs étaient d'ailleurs passablement réduits; l'infanterie avait perdu 79 tués et 164 hommes morts aux hôpitaux; 92 blessés avaient été évacués sur les Invalides, et 260 renvoyés comme incapables de tout service. Elle était donc diminuée de 600 environ, et les 16 B. ne présentaient au total qu'un efïectif de 7,565 hommes. Les hussards Rattsky avaient beaucoup perdu aussi.
Cependant le roi Théodore et son neveu, en continuant leurs intrigues et leurs correspondances en Corse, ne laissaient pas que d'inquiéter les Français. Au delà des monts, M. de Larnage crut
môme devoir s'emparer de la personne de ce dernier, toujours réfugié dans la piève de Talavo; mais, en raison du mauvais temps et de l'état dans lequel se trouvaient les chemins en cette saison avancée, on se borna à envoyer d'Ajaccio un petit détachement, commandé par M. deMeneville, tant pour achever de désarmer les habitants de Porto-Vecchio que pour veiller à la sécurité des côtes, et au besoin s'opposer au débarquement de Théodore, que l'on disait se préparer à aborder sur cette plage.
Le désarmement marchait toujours lentement; la plupart des Corses, loin de songer à livrer volontairement leurs armes, les avaient cachées, et il était difficile, presque impossible de fouiller toutes les retraites inaccessibles, les grottes et les rochers où ils se retiraient. Nous n'avions donc guère entre nos mains que les armes des villages parcourus ou occupés par nos troupes. Une telle situation nous créait des dangers constants, et, tant pour amener la livraison volontaire de leurs fusils que pour leur ôter la tentation de s'en servir, on eut, devant une telle obstination, recours à l'intimidation. De nombreux exemples de pendaison inspirèrent à tous une crainte salutaire. Tous ceux que l'on trouvait munis d'armes étaient aussitôt fusillés. Ces mesures produisirent leur effet et les commandants des divers postes reçurent bientôt, sans avoir besoin de les rechercher, tous les fusils que l'on chargeait les curés ou les moines de remettre aux Français. Il fallut aussi expulser de l'île les chefs les plus rebelles et les plus opiniâtres, restés en dehors de la permission accordée par M. de Maillebois, et qui devaient s'embarquer volontairement; on prit les mêmes mesures vis-à-vis de tous les suspects reconnus dangereux et malintentionnés, ainsi qu'à l'égard des gens sans aveu, vagabonds et bandits qui tenaient le maquis. En raison des meurtres commis, ils furent, comme les autres, l'objet des rigueurs des Français, surtout après le guet-apens dressé aux grenadiers d'Auvergne et de Béarn dans le village deTrebbio, oîi ils étaient allés rechercher les armes cachées et arrêter le prêtre Joanni, qui continuait à prêcher la révolte et à soulever les populations. Joanni fut pendu, et ceux qui avaient tiré sur nos grenadiers, livrés à la justice. Le moine Alexis fut également i)endu dans des circonstances analogues; plusieurs autres moines furent arrêtés. Tous ces exemples produisirent une impression favorable à notre cause.
Cependant la France songeait à retirer ses troupes ; ayant atteint le but proposé, réduit les Corses à l'obéissance et rendu aux Génois leur autorité, elle désirait ne pas prolonger davantage son intervention active en leur faveur. Le gouvernement de la république, tout en ne disconvenant pas du résultat obtenu, comprenait que la soumission des Corses était forcée, que leurs sentiments restaient toujours les mêmes et que le départ de ses alliés devait probablement être le signal d'une nouvelle levée de boucliers. Aussi insistait-il pour que 6 B. français, au moins, restassent dans l'île avec 4 B. génois jusqu'à ce que les esprits fussent apaisés et sa domination mieux assise. Gênes exprimait le désir que la France prît l'initiative d'une proposition dans ce sens et présentât publiquement elle-même la prolongation du séjour de nos troupes en Corse comme devenue nécessaire, afin de la mettre à l'abri de tout reproche d'une autre puissance, comme cela lui était arrivé de notre part, lorsqu'elle appela, en 1731, les troupes de l'Empereur à son secours, et de la part du roi de Sardaigne, en 1737, lorsqu'elle sollicita notre intervention.
Pendant ces négociations, M. d'Angervilliers, ministre de la guerre, mourait et était remplacé par M. de Breteuil. Celui-ci, en donnantavis à M. de Maillebois de sa nomination à ce poste élevé, approuvait entièrement la ligne de conduite suivie jusqu'à ce jour en Corse et qu'il comptait continuer. Il l'informa en même temps de l'envoi de recrues et des nouvelles conventions faites avec l'Em.pereur, d'après lesquelles un corps de troupes allemandes de 6B., aux ordres de MM. les comtes de Waldeck, de Griisen et de Giulay, s'embarquerait prochainement et occuperait la Corse de concert avec nous. Cette dernière nouvelle jeta M. de Maillebois dans un certain embarras, et déjà il avait demandé au ministre quelle serait sa situation par rapport au commandant des troupes impériales si celui-ci était général d'artillerie ou de cavalerie, sachant qu'en cette qualité il prétendrait avoir le pas sur un général français; il croyait au contraire avoir droit à l'égalité, se fondant sur ce qu'en 1710 nos lieutenants généraux avaient été échangés de pair à pair avec les généraux de cavalerie et d'artillerie de l'Empereur et des Hollandais. M. de Maillebois n'eut pas à se préoccuper longtemps de cette petite question de préséance; avant la réponse du ministre, de nouveaux arrangements diplomatiques
CO;NQL!l'TIi DE LA CORSE (1731-1770). 67
modifiaient les premiers projets. Les troupes impériales ne passèrent pas en Corse, où tout était déjà disposé pour les recevoir; au contraire, le marquis Mary fut rappelé et remplacé, comme commissaire général de la république en Corse, par M. de Spinola.
Les mesures d'intimidation auxquelles M. de Maillebois crut prudent de recourir avaient produit leur effet, et dès la fin de 1739 la Corse pouvait, tout au moins en apparence, être considérée comme soumise et pacifiée. Notre autorité était méconnue seulement dans quelques régions inaccessibles, notamment dans les pièves de l'Isolaccio et de Solaro, où le neveu de Théodore et quelques bandits trouvaient, à l'heure du danger, un refuge assuré contre nos soldats. On tenta de s'emparer de sa personne, le 4 février 1740, en envoyant un détachement à Zicavo où il s'était établi. A la vue de nos troupes, il s'échappe avec tous ses compagnons, à l'exception de 5 qui furent tués les armes à la main.
La dernière résistance s'étant localisée dans les régions montagneuses qui couvrent le pays entre Zicavo et Bonifacio, et notamment dans les pièves de l'Isolaccio et de Solaro, M. de Maillebois en surveille toutes les issues. Des compagnies aux ordres de M. de Brancas, colonel d'Aunis, et composées moitié de Français, moitié de Génois, vont s'établir à Zicavo ; et un autre détachement, embarqué à Baslia avec M. de Viliemeur sur la barque la Légère, renforce à Porto-Vecchio les troupes qui opéraient dans le sud de l'ile.
Pendant plusieurs mois, nos colonnes volantes battirent toutes les montagnes, mais sans résultat. Le baron de Drost, toujours insaisissable, avait quitté son costume de gentilhomme et ne portait plus que le vêtement des montagnards corses, le grossier manteau de poil de chèvre, appelé pelond. Il vivait misérablement, et au jour le jour, soit des provisions que les parents de ses amis et partisans déposaient en lieu sûr, soit de l'hospitalité volontaire ou forcée des bergers, soit même du fruit de ses rapines. Son dénuement était si grand, et la faim si pressante, qu'il allait même jusqu'à dévaliser, au mois de mai 17-iO, des religieux mendiants, et à leur enlever les morceaux de pain qu'ils rapportaient d'une quête dans les villages, et qu'en Corse le plus pauvre ne leur refuse jamais. Cerné d'abord dans les montagnes entre Quenza et Bonifacio, il s'échappe en se glissant de rocher en ro-
cher, de ravin en ravin, el regagne à travers mille périls les montagnes de Zicavo. Mais sa troupe n'était plus compacte; ia difficulté de vivre, aussi bien que la nécessité de se dissimuler, l'avait contraint à la partager en bandes peu nombreuses, désormais sans cohésion, sans lien, sans direction. Ce n'était plus une guerre pour nos soldats, c'était une battue.
Le désespoir seul des gens de l'Isolaccio, qui avaient vu brûler impitoyablement leurs maisons, les retenait dans son parti; et s'il avait encore autour de lui quelques anciens des principaux fauteurs de la révolte, expulsés de Corse, clandestinement rentrés, c'est qu'ils redoutaient avec raison le châtiment réservé à leur infraction aux ordres reçus. Les premiers ne tardèrent pas à faire des offres de soumission; dès le moi de juin, ils proposèrent à M. de Maillebois de déposer les armes, à la condition de rester en Corse. M. de Maillebois refusa, exigeant leur expatriation: ils préférèrent continuer la lutte.
Pour les réduire à toute extrémité, de nouvelles troupes s'avancèrent. Le 13 juin, un détachement de grenadiers part de Bastia pour renforcer les miquelets; un autre, tiré d'Omessa et de Merosaglia,se rend à Ghisoni. Nos troupes sont accompagnées de beaucoup de gens du pays auxquels M. de Maillebois avait distribué des armes, et qui, par la connaissance des repaires des bandits et des sentiers par où ils pouvaient s'échapper^ étaient à même de nous rendre les plus grands services; ils étaient animés d'un très bon esprit, ralliés sans arrière-pensée, impatients eux-mêmes de voir leur pays pacifié et la sécurité rendue à leurs montagnes. M. de Maillebois se préparait à diriger en personnes les opéralions, quand il fut retenu à Bastia par une violente attaque de goutte qui le força à y rester jusqu'à la fin du mois d'août.
Contre les révoltés de l'Isolaccio, on envoie un détachement de miquelets qui tombe, le 22 juin, dans une de leurs embuscades. Nos soldats, surpris et attaqués vivement dans une position difficile, se défendirent avec beaucoup de valeur et tuèrent plusieurs des assaillants, mais ils furent forcés d'abandonner la position et de se retirer, laissant sur le théâtre de l'engagement des morts, dont un lieutenant. Cet échec fut sans influence sur la marche des événements. Les gens de l'Isolaccio, traqués et affamés, ne pouvant percer le cordon de troupes qui les enserrait davantage tous les jours,
lirenlbienlôl connaître à M. de Maillebois leur intention de se rendre à sa discrétion, se soumettant à la dure condition de l'exil. L'amour du sol natal, qui jusqu'à ce moment les avait soutenus dans leur résistance prolongée, venait d'ôtre vaincu par les misères et les souffrances matérielles. Us demandèrent seulement qu'avant d'être embarqués, on leur laissât le temps de mettre ordre à leurs affaires. M. de Maillebois accéda à leur désir et leur accorda un mois, à l'expiration duquel ils devaient se présenter à Bastia et y être embarqués à destination de Livourne. Ils tinrent parole : le 10 août, ils déposaient leurs armes et venaient attendre à Bastia leur embarquement.
Pendant ce temps, le baron de Drost errait toujours de montagne en montagne, presque seul, tantôt réfugié sur les points les plus inaccessibles du Zicavo, tantôt se rapprochant de la mer et y cherchant les moyens de fuir. Ses rares partisans diminuaient tous les jours, chaque engagement lui coûtant quelques compagnons. L'un des principaux, don Joseph de Felvilo, banni sous peine de la vie, avait été pris dès le mois de mai et conduit à Calvi. Dans une autre rencontre vers Olmeto, le 24 août, 5 furent tués, entre autres un chirurgien qui l'accompagnait, 3 restèrent prisonniers, et parmi eux un de ses fidèles qui se parait du titre de son aide de camp. Le neveu du prévôt de Zicavo, prêtre lui-même, tombé entre les mains des Français, était conduit le 31 août à Ajaccio. Son parti, il est vrai, se trouva grossi un moment de Corses qui venaient de rompre leur ban et de débarquer clandestinement à Aleria, le 17 juillet; mais ils reconnurent bientôt l'inutilité de toute résistance ù la France, et regrettèrent d'avoir cédé à des espérances illusoires. Ils avaient imploré la clémence de M. de Maillebois, qui, indulgent à leur égard, s'était contenté de leur renouveler la défense formelle de reparaître en Corse; sur ses injonctions, revenus le 14 septembre à Bastia, ils se rembarquaient pour Livourne.
Il devenait cependant indispensable d'en finir complètement avec la rébellion, de se débarrasser du neveu de Théodore, reste d'un fantôme de royauté, dont le drapeau ne couvrait plus que des bandits capables de tous les excès. On promet 3,000 livres pour sa tête, et moitié pour celle de chacun des chefs rentrés dans l'île pour soutenir sa cause, mais nul Corse ne se fit délateur. Ce moyen ne réussissant point, M. de Maillebois accepta enfin l'offre d'un archi-
prêtre s'engageant à aller trouver ces hommes indomptables et se faisant fort de les décider à rendre leurs armes, si, à défaut du pardon, on leur garantissait, la liberté de s'embarquer. L'enlrevue de ce prêtre et des insurgés eut lieu dans la montagne, entre Sartène et Bonifacio, et amena effectivement la soumission de ces derniers; ils s'embarquèrent librement, le F*" octobre 1740, à Olmeto pour l'Italie, avec l'autorisation tacite de M. de Larnage.
Le 19 octobre, une quinzaine d'hommes déguenillés circulaient dans Livourne. C'était le reste des soldats de Théodore : le baron Drost, un autre gentilhomme prussien, et quelques Corses fanatiques ou criminels. Tel fut le dernier épisode de cette insurrection. Les rebelles encore détenus à Toulon furent bientôt, par ordre du roi, élargis et exilés en Italie. Un grand nombre de ceux qui restaient encore dans les prisons de la Corse obtinrent de la clémence royale la liberté, à la condition de l'expatriation.
M. de Maillebois reçut les félicitations du ministre. Le roi lui envoya, au mois de février 1741, le bâton de maréchal de France, et lui fit cadeau, pour en orner sa terre, de 4 canons en fer enlevés aux Corses, ne pouvant lui octroyer également les autres armes demandées (environ 6,000 fusils), qui durent, suivant les conventions, être remises aux Génois. Il rentra en France au mois de mai 1741 avec M. de Contades, et son départ fut bientôt suivi de celui de toutes nos troupes.
Les Corses avaient bravement lutté. S'ils succombèrent, il faut rendre hommage à leur bravoure et à leur énergie. Il est difficile de pousser plus loin l'héroïsme dans les combats qu'ils livrèrent, presque toujours en forces inférieures à un ennemi brave aussi, et de plus discipliné. Vaincus dans les rencontres, les Corses ne furent pas domptés; on dut les traquer dans les montagnes, et la famine seule triompha de leur obstination à ne pas subir la loi du vainqueur. L'histoire n'a pas enregistré les détails des faits d'armes qu'ils accomplirent; elle a du moins recueilli le souvenir général de luttes qui témoignent chez eux de brillantes qualités militaires mises au service d'un patriotisme égaré, mais admirable.
Quant à Théodore, il reparut encore une fois devant l'île en 1742, apporté par un vaisseau anglais, mais il se vit impuissant à soulever de nouveau les Corses en sa faveur. Revenu à Londres, il y passa sept années dans la misère et termina, le 11 décem-
CONQUÊTE DE LA CORSE (1731-1770). 7t
bre 1755, une existence qui justifie l'épitapbe que Walpole fit graver sur sa tombe dans l'abbaye de Westminster : « La fortune lui donna un royaume et lui refusa du pain. »
Après des efforts inouïs de part et d'autre, les Corses et les Génois sentirent la nécessité d'en venir à un accommodement; un traité. fut conclu, qui restituait enfin à la nation ses anciens droits revendiqués depuis si longtemps. Pendant deux ans, la paix sembla avoir rendu au pays le calme et la tranquillité, lorsque des exilés, suspectant la sincérité des promesses de Gônes, revinrent soulever leurs compatriotes pour en finir avec la domination étrangère.
Vers la même époque, un sieur Rivarola, au service du roi de Sardaigne, exposait à Charles-Emmanuel le projet séduisant d'une expédition en Corse, qui lui permettrait de s'emparer de Bastia avec l'appui de l'Angleterre.
L'insurrection devint générale le 10 août 1746. Comprenant dès ce moment que tous ses efforts ne pourraient être couronnés de succès, la république de Gênes se vit obligée de recourir encore une fois à la France, qui lui fournit un corps de 2,000 auxiliaires. Afin de mettre en sûreté les places maritimes de l'île contre les entreprises des chefs de bandes, maintenant réorganisées, le cabinet de Versailles consentit à fournir de nouveau aux Génois 5 B. pour les garder. Ce renfort, embarqué sous les ordres de M. de Cursay (1), brigadier d'infanterie, avec le titre de commandant des troupes du roi en l'absence de M. de Ghauvelin, aborde en Corse dans les premiers jours de janvier 174'8.
G'estalors que les chefs de la nation corse demandent protection au roi de Sardaigne, à la cour de Vienne et à l'Angleterre pour les aider à conquérir leur indépendance. Les premiers secours se bornent d'abord à quelques pièces d'artillerie, des fusils et des munitions. Les insurgés réussissent cependant à se rendre maîtres de Bastia et de Saint-Florent; mais ils ne peuvent se maintenir dans la première de ces deux places. Pour conserver la se-
(1} Cursay (S. Marie Rioull de Douilly de), lieutenant dans Royal-Roussillon en 1718 ; en Espagne, Italie, Bolièine, Fribourg; brigadier, 10 mai 1748 ; passe en Corse, comme colonel de Tournaisis ; niaréclial de camp, 25 mai 1749 ; commande en Corse jusqu'en mai 1753; campagne d'Allemagne, 1760-1761; lieutenant général, 25 juillet 1762.
72 LliS GUliRRES SOUS LOUIS XV.
conde, ils tentent de reprendre celle qu'ils viennent de perdre, et ont de nouveau recours à leurs alliés, qui, par une convention signée à Turin le 29 février, s'engagent à fournir, contre les Génois et les troupes françaises, hommes, artillerie, bâtiments de transport et argent. Le 30 avril, le convoi de secours sort de la rade de Vado, sous l'escorte de -4 vaisseaux de guerre anglais et, le matin du 4 mai, il entre dans le golfe de Saint-Florent. Un conseil de guerre, tenu aussitôt après le débarquement, décide qu'on entreprendra sans tarder le siège de Bastia. Un corps nombreux d'insulaires marche en avant-garde pour en former le blocus. Le chevalier de Cumiane, commandant les troupes de secours données par le roi de Sardaigne et jointes au contingent autrichien et à une colonne de milice corse, arrive, le dO mai, pour compléter le blocus et commencer le siège. La place, alors occupée et défendue par une garnison nombreuse, était soutenue par le renfort venu de France sous le commandement de M. de Cursay.
Le 18, le feu s'ouvre sans grands avantages pour les assiégeants, qui, trop lents à établir toutes leurs batteries, ne peuvent lutter contre l'énergie des assiégés que secondent et animent les officiers français dirigeant la défense. Les jours suivants, le feu de la place devient tellement puissant que, dans le conseil de guerre du 24, on se décide pour l'abandon de l'entreprise.
Dans la nuit du même jour, l'artillerie est embarquée sur les vaisseaux anglais et, deux jours après, les munitions et tout le matériel. Pendant celte opération, les assiégés font une sortie, en plein midi, en trois colonnes, sortie qui n'a qu'un succès partiel et après laquelle les troupes franco-génoises, ne pouvant se maintenir dans les postes qu'elles ont emportés, sont contraintes de rentrer dans la place. Libres alors de leurs mouvements, les Austro-Sardes se replient en bon ordre dans la nuit du 27 au 28, et arrivent dans la journée du 28 à Saint-Florent, avec les milices corses conduites par leurs chefs, qui obtiennent du chevalier de Cumiane de laisser dans le château une garnison de troupes piémontaises. Peu de temps après arrivent heureusement dans Bastia, venant de France, de nouveaux secours en hommes et en argent. Le chevalier de Cumiane est réduit à se retrancher dans la position de SainlFIorent. Cependant la nouvelle de la signature des préliminaires de paix sur le continent était connue dans l'île;
mais comme on ne l'avait pas publiée officiellement, le pays restait dans un état d'agilalion permanente. Les Corses des partis différents continuent la petite guerre; ceux de Bastia, soutenus par des détachements français, s'emparent de Barbaggio. Vers la fin de juin, les troupes réunies occupent Nonza, Olmetta, ce qui les rendait maîtresses de tout le cap Corse. Le 23 juillet, un mouvement offensif des Austro-Sardes et des milices a lieu contre Olmetta, et le lendemain contre Nonza, qui sont réoccupés après une lutte assez vive. Enfin, le 12 septembre, après bien des lenteurs qu'on aurait pu éviter, l'armistice est formulé par acte public signé à Patrimonio, entre MM. de Cursay et de Cumiane.
La nouvelle du traité définitif de paix du 18 octobre ;\ Aix-ia- Chapelle, dans lequel malheureusement les affaires de la Corse restaient pendantes, mit fin seulement aux négociations concernant les hmiles entre les occupants. Les chefs corses du parti opposé aux Génois obtinrent du roi de Sardaigne qu'un détachement de ses troupes restât pour la garde du château de Saint-Florent et de la tour de Mortella, à la condition que ces deux positions ne seraient rendues que par un ordre exprès du roi. Ces arrangements terminés, tout ce qui composait les troupes alliées se remit en mer et arriva à sa destination dans le courant de novembre. De son côté, M. de Cursay, que Louis XV avait récompensé de sa belle conduite en le nommant, dès le 25 août, maréchal de camp, restait dans l'île à la tête des B. français pour y maintenir la tranquillité.
Grâce à l'intervention généreuse, juste, bienveillante de M. de Cursay, les Corses purent obtenir, au mois de juillet 1751, un traité fort avantageux. Mais la tranquillité ne devait point durer longtemps; M. de Cursay fut rappelé, et Gaffori proclamé aussitôt protecteur de la nation. Dans une diète tenue à Orezza en 1753, il fait déclarer, par le peuple assemblé, traître à la patrie quiconque parlerait de traiter avec ses oppresseurs. Puis on désigne cinq personnages chargés d'administrer le pays, en même temps que de soutenir la guerre contre Gênes. Bientôt on s'aperçoit que le gouvernement des cinq ne répond pas aux besoins du pays. Clémente Paoli dirige l'attention de ses concitoyens sur son frère Pasquale, alors officier au service de Naples, déjà illustré par sa valeur pendant la guerre des Calabres, aimé, estimé de tous
pour la noblesse de son caractère. En 1733, les Corses appellent Pasquale Paoli, fils de ce Giacinto, leur chef dans la précédente guerre; il débarque le 29 avril à Aleria, au même port que le baron Théodore Neuhoff, dix ans auparavant. Par son enthousiasme de la liberté, par ses connaissances, par ses études de la philosophie, de la législation, de l'art de la guerre, il était le plus digne chef que pût choisir cette nation. Il reçut le titre de lieutenant général du royaume et chef de la magistrature suprême de Corse. Composée de neuf membres, elle était secondée par une diète et s'assemblait au mois de mai de chaque année avec des représentants de toutes les communautés de l'île. Le siège du gouvernement de Paoli était à Corte, au milieu des montagnes ; celui des Génois, à Bastia.
La prédilection marquée de Paoli pour l'Angleterre et sa corrppondance suivie avec Londres firent bientôt supposer que le gouvernement anglais, qui venait de perdre Mahon, cherchait une compensation dans la souveraineté de l'île de Corse. Pour se tenir en garde contre ce projet, M. de Castries, par pouvoir du 14 août 1736, est envoyé avec 3,000 Français, dont fait partie le régiment de Montmorin (1), et arrive à Calvi le '2 novembre. Introduits avec le consentement du gouvernementgénois, ils restèrent neutres entre les Corses et les Génois. Mais M. de Castries ne demeure pas longtemps en Corse. Par nouvelles lettres du 23 juin 1737, appelé à l'armée de M. de Soubise, il quitte la Corse au mois d'août, rejoint l'armée de Thuringe en septembre, et est blessé à Rossbach le 5 novembre.
En s'appuyant de notre présence, Paoli, pendant toute la guerre de Sept Ans, réussit à donner une organisation sage et libre au pays, et fît exécuter aux fortifications de Saint-Florent plusieurs ou-
( I) Voir le septième volume des Guerres sous Louis X V. — Montmorin (du 3 no veinbre 1738 au {"' décembre), devenu Ile-de-France, n" 22, ordonnance du 10 dé cembre 17G2; dirigé sur Toulon en 1756, s'embarque pour la Corse au mois d'oc tobre. Arrive à Calvi le l*"'' novembre, relève les postes de la républiquede Gênes Matra, l'ennemi de Paoli, est tué en février. La république, craignant de voir .ses villes du littoral occupées par les Anglais , fait un appel au gouvernement français l»our l'envoi d<' 3.010 hommes avec M. de Custine, qui rentrèrent en 1759. Montmorin resta employé à la garde des côtes de Provence depuis mars 1759 jusqu'en mai 17GI.
vrages projetés par M. de Gaslries. Cette île, que les armées françaises avaient déjà soumise aux Génois, par le fait n'était pas en leur puissance. La haine entre les Génois et les Corses ne pouvait s'effacer, malgré les conventions par lesquelles ils étaient liés. Alors une négociation fut tentée à Versailles, où le colonel Buttafuoco (1) était envoyé par les Corses. Par cette négociation, ils demandaient l'indépendance et offraient en retour un tribut annuel; mais les Génois ne voulaient, sous aucune condition, reconnaître les Corses pour indépendants.
Dans ces circonstances, par le traité de Compiègne du 7 août 1764, la France s'engagea à envoyer en Corse 7 B. français, aux ordres du comte de Marbeuf (2), maréchal de camp. Une instruction détaillée tut remise au commandant des troupes; en voici le résumé. Le corps de troupes qui doit passer en Corse sera composé des régiments de Royal-Roussillon, Rouergue, Languedoc et Tournaisis, faisant ensemble 7 B., et d'un détachement du corps royal de l'artillerie. Tous les préparatifs pour l'embarquement des troupes seront faits à Antibes; M. de Marbeuf se concertera avec les officiers chargés de cette opération. Il placera 4 B. à Bastia et Saint- Florent, et les 3 autres à Ajaccio et Calvi, dont 2 à Ajaccio et 1 à Calvi, avec un détachement à Algajola.
Les troupes placées sous ses ordres ne sont point destinées à faire la guerre, mais uniquement à garder les places ci-dessus désignées.
(1) TJutlafuoco (Malliieii), né en 1730 à Vcscovato, s'éleva, au grado de niaréclial do carnp, bien qu'il se fit remarquer moins par ses services militaires que par son talent de négociateur. Lors de la réunion de la Corse à la France, il contribua, contre Paoli, à son incorporation. En 1789, député de la noblesse corse aux étals généraux; mort vers 1800. C'est lui qui entretint avec J.-J. Rousseau cette correspondance au sujet de la conslitution à donner aux Corses.
(2) Marbeuf (Louis-Charles-René, comte de), né à Rennes le 4 octobre 1712-, enseigne dans Bourbonnais en 1728; maréchal de camp le '/•") juillel 1762 ; envoyé en Corse ; lieutenant général, le 23 octobre HfiS ; contraint les rebelles à capituler, le 20 février 1769; rappelé en 1781. Il est mort oublif- à Bastia, le 20 septembre 178C. La famille Bonaparte l'eut pour protecteur. Son fils (le baron), né le 26 mai 1786 à Bastia, sort sous-lieutenant de l'école de Fontaineb'cau dans le 25° dragons ; devient colonel du 6° de chevau-légers, le 14 octobre 1811 ; mort à Maricnpol (grand-duché de Varsovie), à la suite de ses blessures reçues à Krasnoe (campagne de 1812).
11 recommandera aux officiers commandant les places de se conformer à l'article 3, d'après lequel ils ne doivent se mêler que de ce qui concerne le militaire et la conservation desdites places. Le même article porte qu'aucune troupe génoise ne doit rester dans les places.
L'article 7 laisse à M. de Marbeuf la liberté de diminuer ou d'augmenter les garnisons, selon les circonstances.
Les ordres décisifs pour l'embarquement des troupes n'arrivèrent que le 31 décembre; elles montèrent sur leurs vaisseaux dans la journée du 4 janvier. L'état-major s'embarqua le 5, et on mit à la voile le 6. La navigation ayant été très contrariée, les bâtiments n'arrivèrent à destination que les uns après les autres; il y en eut même qui ne furent rendus que le 13 janvier 1765.
Le roi au lorise, le 30 janvier, M. de Marbeuf à engager pour le Royal-Italien les hommes qui se trouvent propres au service parmi ceu X que la république a réformés et qui ne sont point domiciliés.
En juillet 1765, M. le marquis de Monti est nommé colonel du régiment de Koyal-ltalien , et M. de Poularies, lieutenant-colonel de Royal- Roussillon, est désigné pour commander à Ajaccio.
Sur ces e ntrefaits, l'arrivée de plusieurs détachements de jésuites renvoyés d'Espagne, et auxquels la république de Gênes accorda asile dans s es ports de Corse, fut sur le point de mettre le désaccord entre la France et le sénat de Gênes. Le prince que la mort de Ferdinand III avait appelé au trône d'Espagne était Charles III, précédemment roi de Naples, l'instrument des jésuites; il avait à leur instigation chassé les Juifs de ses États. A Madrid, dominé par un confesseur dominicain, et poussé par ses ministres Aranda, Roda et Campomanès, il devint l'implacable ennemi de cet ordre, dont la puissance et la popularité balançaient son pouvoir. Le 2 avril, fut publié dans toute l'Espagne et dans ses colonies, l'ordre d'arrêter tous les jésuites, de les embarquer et les diriger sur les États de l'ÉgHsc, ne leur laissant emporter qu'un bréviaire. Le premier convoi arriva vers le mois de mai en vue de Givita-Vecchia; l'entrée du port leur ayant été très rigoureusement refusée, le convoi se dirigea sur Livourne, puis sur Gênes, où les attendait le même accueil, et enfin vers la Corse, où, après une mortelle attente et de longs pourparlers diplomatiques, il leur fut permis de débarquer. Beaucoup moururent de maladie et de
laiin. L'expulsion des jésuites était un drame en Portugal et en Espagne ; en France, ce fut simplement une émotion. M. de Choiseul n'eut pas à entamer avec eux nne lutte corps à corps, quand l'heure vint de les renverser; un arrêt du parlement suffit à la tâche, en confirmant le jugement de l'opinion publique; et quant au roi, il laissa faire. Le décret qui supprimait l'ordre, fermait ses collèges et confisquait ses biens est daté de novembre 1764; mais il permettait aux jésuites expatriés de rentrer in-^iividuellement en France et d'y exercer les fonctions du clergé séculier.
Gênes, qui, après une guerre de quarante ans, n'avait pu soumettre l'île de Corse et, en renonçant à sa conquête, ne voulait pas que les rebelles arrivassent à l'indépendance, se décida enfin à signer cl Versailles, le 15 mai 1768, un nouveau traité qui cédait le royaume de Corse et tous ses équipages de guerre à la France. Mais cette cession n'était pas présentée comme irrévocable; les Génois se réservaient de reprendre la souveraineté de l'île en remboursant les frais qu'aurait coûté cette conquête, restriction illusoire imaginée pour modérer le ressentiment des Anglais. Pasquale Paoli, qui avait réussi à donner une organisation à la Corse et à poser les bases de sa prospérité future, espérait que la France resterait médiatrice et croyait toucher au moment oii M. de Marbeuf, avec les régiments français, évacuerait les quatre places ouvertes par les Génois; mais le roi le démentit en se hâtant de prendre le titre de roi de Corse. Alors, sans perdre de temps, il rassemble son parlement à Corte, réunit ses montagnards, leur communique les intentions de la France, leur laisse entrevoir l'abandon de leur liberté et de leur indépendance pour lesquelles ils combattaient depuis si longtemps, les organise aussitôt en troupes de volontaires et de tirailleurs. Les talents de Paoli et la bravoure des Corses s'affirmèrent de nouveau dans cette lutte inégale.
En conséquence du traité conclu avec Gênes, la France fit passer en Corse, au mois de juin 1768, 4 B. h Ajaccio, 2 B. à Galvi^ 2 B. à Bastia, 4 B. à Saint-Florent. M. de Marbeuf établit une communication entre ces deux villes avec ordre de la prendre de force, si on ne voulait pas nous la cédera l'amiable. Malgré le débarquement en Corse d'un nombre de troupes inattendu et le silence gardé avec Paoli sur les projets de la France, il n'en vint à aucun acte d'hostilité. La ville de Saint-Florent n'étant pas susceptible de
mettre à couvert plus de 5 à 3,000 hommes, on campa les régiments de Royal-Roussillon et d'Epptingen sur la plage à l'entrée de la gorge Patrimonio et à portée des Fontaines. Les troupes mirent un poste pour la garde de ces Fontaines à la droite de leur camp. Les Corses en placèrent un vis-à-vis de celui des Français; ils s'augmentèrent insensiblement, se fortifièrent dans la gorge et sur les hauteurs de droite et de gauche. Leur dépôt à Patrimonio, en arrière de leurs postes, était relevé tous les jours. L'époque marquée par le roi pour l'établissement de la communication entre Bastia et Saint-Florent était l'arrivée dans cette dernière ville des régiments de Royal-Roussillon et d'Epptingen, conduits par M. de Grandmaison [i), qui y débarqua le 22 juin; mais la situation politique oîi se trouvait alors M. de Marbeuf vis-à-vis de Paoli, et la dllficulté de faire vivre ses troupes sur la montagne, loin de [ses établissements, le déterminèrent à différer l'exécution de cet ordre. La légion Royale ayant abordé à Saint-Florent, elle y débarqua de suite. M. de Marbeuf, pressé d'établir la communication entre Saint-Florent et Baslia, persuadé que Paoli consentirait sans difficulté à cet établissement de convenance, avait résolu de le prévenir à l'avance. Heureusement il en fut détourné et se contenta d'écrire à Paoli, le 29 juillet, que le bien du service du roi exigeait une communication libre entre Bastia et Saint-Florent; qu'il ne doutait pas de son consentement à cet arrangement de convenance, le priant de donner ses ordres en conséquence pour qu'il n'y trouvât point d'obstacles, et que, pour remplir ceux du roi, il allait se porter sur le Tichimé, où il attendrait sa réponse avant de passer outre. Cette lettre ne partit pour Corte, oii était Paoli, que le 30 à midi, et le même jour, à 10 heures du soir, M. de Marbeuf marcha par deux colonnes au Tichimé, sommité supérieure de la montagne qui s'incline d'un côté sur Bastia et de l'autre sur Barbaggio et Saint-Florent. La colonne de droite, commandée par M. de Marbeuf et conduite par M. le chevalier de Leuchères (2), aide-maréchal général des logis de l'armée, était composée des réglai) « Comme M. de Grandmaison n'a personne qui connaisse le pays, il gardera auprès de lui M. le chevalier Dampus, lieutenant-colonel du régirnenl de Languedoc, ainsi que M. de Crequi, son parent, ayant rempli les fonctions de major depuis notre arrivée. » (Lettre de M. de Marbeuf, du 25 juin.) {2j Le chevalier de Leuchères, capitaine du régiment d'infanterie de Flandre,
menls de Soissonnais et de Languedoc, et de 6 pièces à la Rostaing; elle suivit le grand chemin ordinaire de Baslia à Saint-Florent. La colonne de gauche, régiment de Rouergue, sous M. d'Arcambal, tourna la ville de Bastia, la laissant à gauche, et vint prendre, près de Saint-Joseph, le chemin de Suriani, se dirigeant sur la hauteur du Tichimé. Cette colonne, conduite par M. de Leuchères, n'était pas encore au tiers du chemin pour arriver à la sommité, qu'un poste de la garnison de Suriani tira sur elle. On doubla alors le pas afin de gagner la sommité. Elle eut encore à essuyer, en arrivant au Tichimé, trois ou quatre décharges tant des postes envoyés de Suriani que de ceux placés sur le grand chemin de Barbaggio à Bastia. La colonne de gauche devança de trois quarts d'heure sur le Tichimé celle de droite; elle perdit, en débouchant sur cette hauteur, M. d'Entragues, capitaine d'une compagnie de chasseurs du régiment de Rouergue, et quelques hommes.
M. de Marbenf, arrivé au point désigné, écrivit au sieur Barbaggi, neveu de Paoli et commandant dans le Nebbio et le cap Corse, pour l'informer de sa marche et de son objet, le prévenant qu'avant de passer outre, il attendrait sa réponse ou celle de Paoli. Barbaggi fit mettre aux fers le porteur de la missive, et M. de Marbeuf n'eut d'autre réponse à sa lettre que l'approche de centaines d'hommes accourus à cette attaque. M. de Marbeuf aussitôt occupa toute la crête de la montagne, campa ses troupes en deux, partie à la croix de Barbaggio et partie sur le plateau du Tichimé, tenant la gorge de Barbaggio à Suriani, et celle du Patrimonio à Saint-Florent, établit en outre plusieurs postes sur ses derrières pour la sûreté de sa communication avec Bastia.
Toute cette journée du 31 juillet et même la veille, les Corses échangeaient des coups de fusil dans la gorge Sainte-Marie avec les troupes de M. de Grandmaison; ils tuèrent un officier et des soldats de Royal-Roussillon. M. de Grandmaison, instruit d'avance des ordres et des projets de M. de Marbeuf, devait, à un signal convenu qui désignerait le refus de Paoli, attaquer la gorge de Patrimonio.
incorporé clans celui deTouraine, lui employé en Corse en qiialilé d'aide-maréchal général des logis, bien que dans la noie à M. Fumcron ii ait été désigné sous le litre d'aide-major général. Correspondance d» conile de Marbeuf.)
Le !"■ août, à 8 heures du matin, il crut apercevoir le signal et prit ses dispositions d'attaque. M. le marquis de Frans fut chargé de la montagne sur la droite, et M. Constam decelle de la gauche, pendant que M. de Grandmaison, avec un détachement et 2 pièces de 4, attaquait de front les retranchements de la gorge. Les Corses, à la vue des troupes, abandonnèrent les positions. M. de Grandmaison marcha droit au village de Patrimonio, fit battre la maison Gavelli. Le sieur Barbaggi s'était déjà retiré dans le cap Corse.
Pendant que M. de Grandmaison marchait à Patrimonio, Vinciguerra parut en face de notre camp sur le chemin de Suriani à Barbaggio, pour renforcer ce dernier village; il attaqua avec beaucoup d'audace ce poste avancé et s'ouvrit un passage; les grenadiers et chasseurs du régiment de Rouergue (1) eurent d'abord leurs premiers postes repliés; mais enfin, après un combat assez meurtrier, les Corses se retirèrent. Paoli hésita si peu à s'opposer par la force à l'établissement de la communication que , sur ses ordres, Vinciguerra parut sur-le-champ à Suriani, douze heures après l'arrivée de la lettre de M. de Marbeuf à Corte, qui en est à quatorze lieues. Ce fut la seule réponse de Paoli, qui retint le porteur de la lettre.
M. de Grandmaison se rendait maître de Patrimonio et du vallon qui conduit de ce village à Olleta, pendant que M. de Marbeuf s'emparait de la montagne et des hauteurs dominant Barbaggio. Ce dernier village ne pouvait plus tenir; Golonna s'y était retranché autour de l'église : il s'aperçut bientôt qu'il était sans retraite sur Patrimonio, et, voyant nos troupes se mettre en mouvement pour se joindre par leur gauche à celles de M. de Grandmaison dans le vallon d'Olleta et resserrer le village de Barbaggio par leur droite, il l'abandonna et se retira sur Olleta. Il n'aurait pas sauvé un seul homme si M. de Marbeuf, moins persuadé des intentions pacifiques de Paoli, se fût déterminé plutôt à son mouvem ent. Colonna
(1) Septième volume des Guerres sous Louis X V {Historique des régiments). — Rouergue, n°42, en mai 1764, passe en Corse, demeure près de six ans dans celte île, à Baslia. En 1709, un fort détacliement , commandé par le major Durand- Dauny, fait éprouver aux insurgés un rude échec. Le 8 mai, à la Bocca San-Giacomo ; en juin, Rouergue contribue à la prise de l'Ile-Rousse, où se trouvaient larlillerie et tous les magasins de Paoli, et à la complète soumission de la Balagne. Rentre en France le 1" octobre 1770.
CO.NQUÉTI-: 1)1-: LA. CORSK (1731-1770;. 81
sortit de Barbaggio, les habitants présentèrent leur soumission, et on bivouaqua dans cette position.
MM. de Marbeuf et de Grandmaison se réunirent le lendemain matin, 2 août, sous Barbaggio. La dispersion des Corses soldés et la consternation des habitants de Nebbio engagèrent M. de Marbeuf à ne rien tenter de plus. M. de Grandmaison ramena ses troupes dans son même camp par la gorge de Patrimonio. M. de Marbeuf plaça i B. sur le Tichimé avec une garde à Barbaggio, un troisième pour assurer la communication du Tichimé à Bastia, et renvoya les trois autres à leur premier camp de Toga, d'où ils alternaienttous les huit jours avec ceux qui restaient sur la montagne.
Pendant cette opération, la ville de Bastia restait gardée par des détachements tirés des 6 B., et les dehors par la légion Royale sous M. de Coigny, qui fut ensuite envoyé avec de la cavalerie et son infanterie à Patrimonio. Le village, le couvent et la tour de Farinola s'étant soumis, M. de Grandmaison y envoya des détachements. Brando suivit deux jours après le même exemple, et M. de Marbeuf y détacha de même des troupes. Notre position au 5 août était : 4 B. campés à l'entrée de la gorge de Patrimonio, occupant par des postes Sainte-Marie et l'Évêché, de la cavalerie et l'infanterie de la légion Royale à Patrimonio, commandant le couvent, la tour et le village de Farinola et éclairant le vallon d'Oletta par la cavalerie; 2 B. sur le Tichimé et à Barbaggio, 1 sur la communication du Tichimé à Bastia; 3 B. et le reste des chevaux de la légion campés derrière cette ville et Saint-Nicolao et à Toga, et des détachements à Brando; plus, à Ajaccio, les régiments de Bretagne (1) et d'Anhall (2), et ceux de Médoc (3) et de la Marche (4) à Calvi.
Les Corses occupaient ou pouvaient occuper tous les pays en avant et en arrière de nous; mais ils n'osèrent tenter aucune entreprise, et nous restâmes dans cette position jusqu'au 24.
Barbaggi. retiré dans le cap Corse, encouragé par les lettres de Paoli, avait rassemblé dans cette province assez de monde pour
(1) Bretagne ivoir n" 29;. à sa rentrée de rexpéJilion de Minorqne, repasse en Corse, de 1768 à 1770.
(2) Anhalt (voir n"46) ; 1708, destination de la Corse : de retour à Toulon en 1770. (3j Médoc voir n' 3i;. Le T' B. passe en Corse en octobre 1708 et revient à
Monaco en t770.
(4) La Marche (voir n" 74), en Corse de 1768 à 1770.
craindre quelque mouvement de sa part. Ces raisons engagèrent M. de Marbeuf à marchera Nonza, que Barbaggi avait bien retranché et où il se tenait avec la plus grande partie de ses partisans; il fixa au 24 le jour de l'attaque. Nous y marchâmes sur trois colonnes. La première de droite avec M, le chevalier de Leuchères, grenadiers et chasseurs du régiment de Rouergue^ et des compagnies de Soissonnais, partit de Bastia, le 23 à midi, pour se porter le même jour au couvent de Sisco; elle le trouva occupé par des troupes qui capitulèrent dans la nuit. M. de Marbeuf, commandant celte colonne, leur accorda de rentrer dans l'intérieur. La piève de Sisco se soumit aussi par négociation.
Le lendemain 24, cette même colonne déboucha à 9 heures du matin par la Serra San-Giovani et se rendit au village d'Olchani, d'oùlNL de Marbeuf détacha tout de suite les grenadiers de Rouergue, qu'il embarqua à Ogliastro, deux ou trois milles en arrière de Nonza, pour couper la retraite à ceux qui étaient renfermés dans cette ville. Il fait halteàOlchani avec le reste de son détachement, donnant ainsi aux grenadiers de Rouergue le temps d'arriver à leur embuscade et aux deux autres colonnes de s'approcher de Nonza. La colonne du centre, sous M. le comte deCoigny, avec la légion Royale, quittant le village de Farinola, suivie des grenadiers et chasseurs de Soissonnais, de paysans commandés par le sieur Pasqualini, arriva le 23 au soir; marchant, le 24 au point du jour, sur 01metta di capo Corso, elle s'en empare ; puis elle se dirige sur Nonza, réglant ses mouvements avec la colonne de droite, de façon à pouvoir l'aider dans cette attaque et à couper la retraite à tout ce qui voudrait se sauver dans la pointe du cap Corse. Le village d'Olmetta était un peu retranché et défendu. On répondit à la sommation de M. de Coigny par une décharge sur les émissaires de paix. Les grenadiers s'avancèrent à la baïonnette, et le village fut abandonné. La colonne de gauche, aux ordres de M. de Grandmaison, grenadiers et chasseurs de Royal-Roussillon et d'Epptingen, partant du camp près de la gorge de Patriraonio, marchait en droite ligne sur Nonza par le chemin ordinaire, dit de la Marine. Cette colonne devait régler ses mouvements sur ceux de la droite pour ne se montrer à la vue du couvent de Nonza que lorsque cette droite paraîtrait sur les hauteurs qui dominent la ville; mais, ayant débouché un peu trop tôt, elle fut assaillie pnr un grand nombre
de Corses, dont une partie venait d'ôtre chassée d'OImetta, et qui, ayant sur elle l'avantage du terrain, l'auraient très maltraitée si M. de Grandmaison n'eût sur-le-champ gravi la montagne et marché aux assaillants.
Le vaisseau de guerre le Sagittaire, mouillé dans le golfe de Saint-Florent, s'approcha dans la nuit du 23 au 24 de Nonza, et dès le matin battit vivement celte ville et le couvent. Ces canonnades facilitèrent notre marche. La colonne de droite, grâce à la capitulation des soldats postés dans le couvent de Sisco et à la soumission volontaire de cette piève, ne fut découverte que lorsqu'elle se montra sur les hauteurs de Nonza. Barbaggi, qui ne s'attendait pas à l'apparition de nos troupes dans cette direction, et qu'intimidait la marche des deux colonnes de gauche, se détermina à abandonner Nonza et à se retirer dans le cap Corse. Comme, une heure avant, M. de Marbeuf avait envoyé les grenadiers de Rouergue s'emparer des passages qui mènent au cap Corse, Barbaggi les trouva occupés et n'osa tenter de les forcer, et il n'était plus temps de rentrer dans Nonza. Partie des troupes de MM. de Grandmaison et de Coigny y entrait d'un côté, en même temps que les chasseurs de la colonne de M. de Marbeuf y pénétraient par l'autre. Barbaggi se trouva donc resserré entre la ville de Nonza au sud, occupée, les grenadiers de Rouergue au nord, la mer à l'ouest, les restes de troupes de la colonne de M. de Marbeuf couronnant les hauteurs à l'est, et se liant d'une part avec Nonza et de l'autre avec les grenadiers de Rouergue. On fit environ 400 prisonniers, sans coup férir, parmi lesquels se trouvèrent Barbaggi, neveu de Paoli, Francischeti, beau-frère de Paoli, Lucca-Octavio Alexandrini, président actuel du magistrat du cap Corse, Giovanni-Antoni d'Eisa, l'un des principaux chefs de cette province, Angelo-Luiggi Petriconi, inspecteur des troupes, Antonnelio Genule, ex-gouverneur des îles de Capraïa, et leurs meilleurs officiers.
MM. de Grandmaison et de Coigny furent chargés de la garde des prisonniers. Toutes les troupes qui composaient la colonne Marbeuf retournèrent, le 25, coucher à Sisco et rentrèrent, le 26, à leur camp près de Bastia; les deux autres colonnes rejoignirent de môme leurs cantonnements, à l'exception d'une garnison que M. de Grandmaison établit à Nonza. Le résultat de celte opération fut la soumission entière et totale de la province du cap Corse.
M. de Chauvelin (1) avait été retenu malade en France, quand M. de Marbeuf débarqua avec ses troupes. Maintenant rétabli, il arriva à Saint-Florent le 28 août et prit la direction des opérations. Il écrivit au ministre sur cette expédition de Nonza : « On ne peut trop louer dans l'affaire du 24 la valeur de M. de Trans, colonel deRoyal-Roussillon, de M. de Boislevêque, capitaine au régiment de Rouergue, de MM. Salomon et de Ghenaut, capitaines des grenadiers du régiment d'Epptingen; de MM. Bassignac et Martignac, capitaines des grenadiers de Royal-Roussillon ; de M. de Villemont, capitaine d'infanterie dans la légion Royale et de MM. de Bien et de Baudre, capitaines de chasseurs de Soissonnais. »
Notre opération sur Nonza avait duré du 23 au 26, c'est-à-dire quatre jours. Bien que Paoli fût alors dans leNebbio avec beaucoup de monde, dont Nicomedo et Gio-Carlo, sur lesquels se basaient
1 Ctiauvelin(ClauLle-Fraiiçois, iinirquisde , frère de Jacques-Bernard, maître des requêtes, intendant d'Amiens, clianoine , conseiller au parlement de Paris, fut d'abord destiné à la magistrature. En 1734, capitaine du Roi-infanlerie; bientôt colonel de Quercv; assiste au siège de Coni, à la bataille que l'infant don Philippe et le prince de Conli livrent au roi de Sardaigne; maréchal de camp à la prise de Mons. Ces succès le désignèrent pour la Corse; mais il ne répondit pas à l'attente du ministre. Battu malgré sa vaillance, il revint à Paris, où on l'employa plus heureusement comme ambassadeur. Son esprit fin et pénétrant, ses manières délicates et avenantes, le rendaient plus apte aux négociations diplomatiques qu a la conduite des armées. Il l'avouait lui-même ingénument, en s'écriant un jour qu'il n'était pas né général. Dans sa retraite, il se forma une riche collection de livres, de tableaux et d'objets d'art. Sa maison fut le rende/.-vous des artistes, des gens de lettres et des savants, dont un grand nombre étaient soutenus par sa générosité : il mourut à cinquante-sept ans, le 24 novembre 1763. à un souper chez le roi. Son (ils adopta les principes de la révolution et entra dans la vie parlementaire.
Son frère, Germain-Louis de Chauvelin, né en 1G84 ; garde des sceaux le 17 août 1727: ministre des affaires étrangères le 23; exilé le 20 février 1737, d'abord à Bourges, puis à Issoire ; revient seulement en 1746 à sa terre de Grosbois, où il meurt le 1'^'' avril 1762. D'un esprit jaloux, il avait succédé au cardinal, avec lequel il partagea le maniement des affaires étrangères. C'est lui qui poussa le cardinal dans la guerre de 1733, très glorieuse à la France, et qui lui donna une grande célébrité. Les jaloux se coalisèrent avec les cabinets de Londres et de Vienne. On le présenta comme désireux de succéder le plus tôt possible au cardinal, même comme un ambitieux qui prétendait gouverner le roi et s'imposer à lui. Dans la force de l'âge, livré aux ennuis de l'inaction et de l'exil, il se consuma en regrets, en efforts inutiles pour revenir au pouvoir, et fut remplacé par un intendant des finances, Amelot de Chaillou, protégé du ministre de la marine Maurepas.
ses espérances à Suriani, il renonça à toule nouvelle lenlative.
M. de Chauvelin, débarqué à Sainl-Florent avec M. de Fonlelte, son cherd'état-major s'étaiL rendu à Bastia par terre et avait dirigé un détachement de troupes à Kogliano, mettant des postes à Centuri et autres principaux mouillages du cap Corse. La soumission de cette partie de l'île entraîna bientôt la reddition de celle de Gapraïa, qui ne pouvait se soutenir que par les secours du cap Corse. M. de Chauvelin y dirigea M. de Jouannes, capitaine aidemajor au régiment de Languedoc.
M. de Chauvelin arrivait porteur de l'édit du roi pour la Corse, donné à Compiègne le 7 août 17G8 : l'île n'en avait aucune connaissance. Paoli, instruit des premiers, porta toute son attention à ce que les exemplaires de cet édit ne se multipliassent pas dans l'île; mais, sentant qu'il serait un jour forcément connu, il chercha tous les moyens de persuader à la nation qu'on voulait la tromper, et il travailla à l'engager dans sa cause particulière, sous prétexte de bien public.
Dans l'espérance que la connaissance de l'édit du roi amènerait peut-être les Corses à des ouvertures d'accommodement, on en différa l'exécution jusqu'au 3 septembre. Les suites de l'expédition de Nonza montraient que la plus grande partie des Corses était moins attachée au gouvernement de Paoli paramourque par crainte. Cette opinion, conforme à celle de M. de Marbeuf, faisait regarder la conquête entière de l'île comme assurée pour le mois de décembre suivant, avec l'augmentation immédiate de 8 ou tO B. M. de Chauvelin chargea M. Delille, munitionnaire des vivres, en qui M. le duc de Choiseul plaçait sa confiance, de porter ce projet au roi; il partit le 'S septembre.
L'édit du roi n'opérant aucun effet, M. de Chauvelin se détermine alors à marcher le 3 septembre sur Oletta et Suriani, en chargeant MM. de Fontette et de Leuchères de se concerter avec M. de Marbeuf pour cette opération, La position des troupes et celle des Corses sont toujours les mêmes. Les régiments deRoyal-Roussillon et d'Epptingen campaieni à la droite de la gorge de Patrimonio; partie de la légion de Soubise dans ce village, Rouergue et Soissonnais sur le Tichimé ou sur la communication avec Bastia. Toujours de petits détachements dans le cap Corse et G B. à Ajaccio ou à Calvi (les 3 autres renforçant les corps de la partie de
Bastia et de Saint-Florent). Pasquale Paoli occupail Olmetta de Nebbio; Clémente, son frère, Oletta; la sommité entre ce village et Suriani était défendue par Gio-CarloSalicetti et bien retranchée. En arrière de Suriani, et sur le penchant de la même chaîne de montagnes, se trouve Biguglia. 11 y avait peu de monde dans ce village ; une partie deshabitants étaient d'ailleurs bien disposés pour les Français, et, Biguglia pris, Suriani tombait de lui-même : on se détermina à l'attaquer de préférence, en masquant et laissant Suriani derrière soi. La marche eut lieu par 3 divisions. Royal-Roussillon (I), d'Epptingen, partie de la légion de Soubise, 4 pièces de 4 et 2 obusiers formèrent celle de droite, sous de M. deGrandmaison, chargé d'attaquer par la plaine le Poggio d'Olelta et Oletta. La division du centre, sous M. de Marbeuf avec M. de Chauvelin, partant de la hauteur duTichimé, et composée de paysans ayant à leur tête Pasqualini, des régiments de Rouergue et Soissonnais avec 2 pièces à la Rostaing, chemina devant elle sur l'arête de la montagne pour arriver à la gorge de San-Antonio. La troisième division, sous M. de Goigny, avec Languedoc, la légion Royale, des détachements de la garnison de Bastia et 2 pièces, marcha par la plaine, droit sur Biguglia, laissant 1 détachement vis-à-vis de Suriani pour masquer ce village. M. de Grandmaison forme quatre détachements de ses troupes. Celui de droite, confié à M. de Vargeniont, ayant avec lui Petriconi, est dirigé sur le village de Valte- Calle, et devait prendre les derrières de celui d'Olmetta, position de Paoli, et se porter à la Boccamilliaria, sa seule retraite. Le deuxième avec M. de Dampus, partant en même temps que le premier, marchant parallèlement à lui et laissant le chemin d'Oletta à sa gauche, avait pour objet de soutenir M. de Vargemont et de prendre une position qui lui permît de contenir les efforts des villages de la droite du Nebbio se portant au secours d'Oletta et du Poggio que l'on attaquerait. Ces deux détachements se ras-
(1) Seplièmc volume des Guerres soits Louis XV [Historique des régiments). — Royal-Roussillon (n° 37) arrive en Corse en 17G4, revient en France en 1768, puis y retourne en juin 1768. Le colonel de Villeneuve est chargé de disperser les montagnards entre Bastia et Saint-Florent. Cette expédition donna lieu aux combats de Barbaggio et Patrimonio. Ce régiment se distingue encore, le 24 août, à la prise des postes d'Olmeto et deNonza et à la soumission d'Oletta, de Biguglia et de Furiani.
CONQUÉTI-: DK LA CORSK (1731-1770;. 87
semblèrent et partirent de la gorge de Sainle-Marie à 2 heures du matin. Le troisième sous MM. de Poulharié et de Transy, avec 2 pièces, se dirige sur le couvent d'Olella pour l'attaquer, et M. de Grandmaison, avec le quatrième, marche sur le village du Poggio; ces deux derniers détachements se rassemblèrent dans la gorge de Patrimonio, suivirent la plaine de ce dernier village à celui d'Olelta et se mirent en marche à 4 heures du matin.
M. de Grandmaison trouva, î\ un quart de lieue du Poggio, des Corses embusques qu'il chassa. La division de Marbeuf, cheminant par la crête, parvint à la Bocca San-Antonio ; alors partie de ses troupes descendit par la montagne sur les villages de Poggio et d'Oletta, devant lesquels M. de Grandmaison se présentait par la plaine. Les Corses, sur le point d'y être entourés, les abandonnèrent. M. de Marbeuf y entre alors sans obstacle et se porte sur 01metta, mais Paoli en était parti précipitamment une heure avant. Le détachement de M. de Vargemont, découvert, ne put pénétrer à la Boccamilliaria, par où Paoli s'enfuit; M. d'Ampus, destiné à le soutenir, ayant été découvert lui-même et obligé de pousser les Corses devant lui, se porta plus sur sa gauche qu'il ne l'aurait dû et se mit hors d'état de porter secours à M. de Vargemont.
M. d'Ampus poussa sur le couvent d'Oletta, oii il essuya une décharge qui lui tua du monde, mais il s'en empara. M. de Transy arrivait une demi-heure après. M. de Grandmaison entra dans le village d'Oletta et de là marcha sur celui d'Olmella du Nebbio. Ce village était abandonné; seulement des Corses se montraient sur les hauteurs entre Olnietla et Murato, assurant la fuite de Paoli sur Lento.
M. de Chauve! in, réuni à M. de Marbeuf au col San-Antonio, envoya de là deux détachements, l'un sur Suriani, l'autre sur Biguglia. M. de Campène, charge par M. de Coigny de l'attaque de ce dernier village, y trouva une résistance inattendue; mais quand le détachement de M. de Marbeuf se montra du côté de la montagne, les habitants abandonnèrent le village à 4 heures. Suriani reste toujours occupé. M. de Juigné, avec un assez fort détachement, y avait été envoyé du col San-Antonio et le bloquait du côté de la montagne. Les troupes qui attaquèrent Biguglia s'en approchèrent; la légion Royale et les détachements de Bastia le cernèrent par la plaine, mais sans aucune liaison entre eux, M. de Coi-
griy ayant négligé d'entourer le village de plus près, Gio-Garlo Salicetti lui détacha Ristori et Anloni avec une capitulation. La nuit s'approchant, Gio-Carlo, pendant ces pourparlers, se relira avec son monde sans être aperçu. Quelques jours après la sortie de Gio-Carlo, les habitants de Suriani en avertirent M. de Juigné qui s'y établit dans la nuit. Ce village, fameux par deux sièges où les Génois avaient échoué, fut pris sans tirer un coup de fusil.
Ce mouvement du 5 décida la soumission de tous les villages du Nebbio; dès le soir même, ils députaient à M. de Grandmaison pour lui annoncer l'abandon des tours delaMortella etdeFarinola dans le golfe de Saint-Florent. M. de Grandmaison, laissant M. d'Ampus dans Olmetla, couche à Olelta, ramène le lendemain toutes ses troupes dans son camp de la gorge de Patrimonio et occupe les tours du golfe, en attendant les ordres de M. de Chauvelin.
La province du Nebbio soumise, M. de Chauvelin, sentant la nécessité de donner du repos aux troupes de M. de Grandmaison, les cantonne dans les villages depuis San-Pietro jusqu'à Murato et Rutali, et envoie M. de Leuchères inspecter les cantonnements. Ce dernier ne trouva pas les positions avantageuses, ce qui le décida à une reconnaissance en avant pour en trouver une où les troupes pussent être rassemblées et en état de protéger le Nebbio; le plateau de San-Nicolao fixa son choix. De retour, il écrit sur-lechamp à M. de Chauvelin, qui approuve le projet. M. de Fontette rend compte à M. de Leuchères de son arrivée, Je 8, à 01metta pour prendre le camp à San-Nicolao. Il n^arrive à Olmetta que dans la nuit du 8 au 9, et trouve les troupes fort mécontentes de quitter les cantonnements pour vivre sous la tente.
M. de Fontette les porte, le 9, à l'église de San-Nicolao, et, après avoir parcouru le terrain, se détermine à les camper face au Revinco, coupant diagonalemenl le chemin de Lento, la gauche sur une petite éminence en avant de la chapelle, et la droite se prolongeant dans la direction de Sorio; il place l'infanterie de la légion de Soubise dans le bois au-dessus de ce village, met dans l'intervalle les chevaux de cette légion, et occupe par des postes les trois hauteurs principales à la rive droite de Revinco.
Pendant qu'on campait à San-Nicolao les régiments de Royal- Roussillon. d'Epptingen et partie de la légion de Soubise, qui formaient la division de M. de Grandmaison, toujours retenu par son
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étaldesanlé à Saint-Florent, M. de Chauvelin occupa, le 8, Borgo, Luciana et la piève de Casiiica. Il envoya, dès le 8, M. d'Arcambal avec des troupes dans les villages et couvents de Vescovato et de la Venzolasca, à la Penta et à Loreto, ainsi que des détachements à Luciana pour garder le pont du Golo (1); mais il ne changea point son camp de Toga en arrière de Baslia, d'où il était plus en mesure de soutenir la nouvelle position qu'il prenait en avant et au moyen de laquelle il s'étendait depuis le cap de la Mortella au couchant jusqu'à lu tour de San-Pelle-Grivo au levant. La soumission volontaire de la Casinca devenait d'un exemple trop dangereux pour que Paoli n'essayât pas de la regagner ou la punir; aussi fît-il attaquer dans la nuit du 9 au 10 le village de Vescovalo. Perdant ses avantages au point du jour, M. de Chauvelin dirige les compagnies de grenadiers du camp derrière Bastia, aux ordres de M. de Juigné, au secours des postes attaqués; M. de Marbeuf marche aussi avec ces détachements et prend le commandement des troupes de la Casinca.
Le 10, avant la nuit, les Corses recommencèrent leurs feux dans cette piève; l'attaque sur le village de la Penta leur réussit. Ce fut le premier avantage de Paoli depuis le commencement des hostilités. Il en profita en attaquant le village de Loreto dans la nuit du 12 au 13. M. de Juigné, qui y commandait, ayant avec lui une partie du régiment de Soissonnais et des compagnies de grenadiers, reçut si bien les Corses qu'ils se dispersèrent. Pendant tous ces mouvements dans la Casinca, Paoli envoyait des détachements à San-Nicolao, et donnait de vives inquiétudes à nos postes avancés sur le front et à la droite du camp. Des principaux de Villa de Petra-Alba proposèrent, le 11, une suspension d'armes de six jours, attendant l'issue de l'affaire de Casinca avant de se prononcer. M. de Vargemont, qui commandait le camp, leur en accorda deux; mais dès le lendemain ils vinrent se dégager de leur parole. Les montagnards, en grand nombre, devant attaquer
(1) Le Niolo est le plateau le plus élevé de la Corse, bordé d'une ceinture de roches abruptes séparées par de profonds abiines. On no peut y arriver ni en sortir (jue par deux brèches, la scaia Sanla-Regina au levant de Corte et le col de Verde par Kvisa. Pareil à un cercle, le Niolo est partagé par le plus grand fleuve de l'Ile, le Golo, qui se précipite dans les plaines inférieures pour se perdre dans la mer Tyrrhénienne, près des ruines de JMariana.
le camp le 13, M. de Grandniaison en prit le commanderrient. Le 14, les ennemis attaquèrent. On fusilla toute la journée, et les troupes se maintinrent sur leur terrain. Pendant cette attaque, les Corses se portèrent sur les villages de Rutali et de Murato, à la gauche du camp. Nous avions des détachements dans ces deux villages; le commandant de Rutali se replia avec sa troupe, celui de Murato se rendit prisonnier. M. le Fèvre, capitaine des chasseurs dans Royal-Roussillon , envoyé par M. de Grandmaison pour soutenir le couvent de Murato, le trouva garni de paysans en armes. Il marcha contre eux tète baissée, délivra les prisonniers enfermés dans le couvent, et se retira immédiatement.
D'après l'affaire de Murato, M. de Grandmaison, craignant que sa communication ne fût coupée, se retira dans la nuit sur le vallon duNebbio. Les Corses qui avaient attaqué le camp, rebutés, s'étaient également enfuis au milieu de la nuit. M. de Ghauvelin, toujours à Bastia, ne fut instruit de l'attaque des Corses que le 14 à 5 heures du soir. Sur-le-champ, il détache M. de Coigny par la montagne San-Antonio et Olmetta sur Murato , avec ordre d'attaquer tout ce qui aurait pénétré dans le vallon du Nebbio (l). La nuit surprit M. de Coigny h Montebello et le força à repasser sur le Tichimé; il se remet en marche le 15, avant le jour, et arrive à 6 heures du matin à Olmetla, oii il apprend la retraite de M. de Grandmaison et se presse alors de retourner sur ses pas.
M. de Chauvelin, parti lui-même de Bastia, le 15 au point du jour, avec M. de Campenne, suit la même direction que M. de Coigny, qui ne fut informé du parti pris par M. de Grandmaison que le 15 au matin, ce dernier ignorant également la marche de M. de Chauvelin. M. de Grandmaison établit ses troupes à Oletta, communiquant par sa gauche avec un poste de la garnison de Bastia sur le mont San-Antonio, qui sépare Oletta de Suriani, et relie ces deux points. M. de Chauvelin reconnut alors les inconvénients de l'occupation de la Casinca, et, quoique les troupes se fussent assez bien retranchées dans les postes de Loretto, Vescovato et le couvent de Venzolasco, la difficulté d'entretenir cette communication sans ponts sur le bas Golo le détermina à retirer
(1) Le Nebbio est celte partie comprenant Saint-Florent, Olelta, Murato et San- Pietro di Teniia, confinant à la Balagne et s'étendanl autour du golfe de Saint- Florent.
ses troupes de la Casinca, et il en prévint le 17 ,M. d'Arcambal. M. de Marbeuf étant revenu à Bastia dès le 14, cette retraite s'exécuta le 18. Elle fut périlleuse, et nous coûta des tués et des blessés.
Le chevalier de Ludre (1), qui commandait à Borgo, apprenant l'évacuation de la Casinca, écrivit le 17 à M. de Chauvelin, lui demandant des ordres et disant qu'il ne répondait pas de pouvoir tenir à Borgo devant une attaque sérieuse de l'ennemi, s'il n'augmentait sa garnison et ne lui donnait en plus 2 pièces de canon. Le renfort demandé par M. de Ludre fit hésiter M. de Chauvelin sur la conservation de Borgo; mais, après avoir consulté MM. de Coigny et de Leuchères, M. de Chauvelin se détermina à garder ce poste, et envoya M. Aguillon, ingénieur, le retrancher et l'approvisionner pour quinze jours. L'évacuation de la Casinca mit à la charge du roi les habitants de cette piève, qui s'étaient tous déclarés pour la France.
M. de Chauvelin porte ses troupes derrière Bastia, en avant et un peu à la droite de Suriani; la légion de Soubise en avant de l'évêché, pour entretenir la communication entre Saint-Florent et Oletta; lloyal-Roussillon et Epptingen au couvent et au village d'Oletta; ceux de Soissonnais, de Rouergue et de Lan-
(1) Ludre de Frolois i François-Louis-Hyacintlie. comte de;, né en 1741 , mort en 1819; entre au service comme sous-lieulenant d'infanterie; fait la guerre de Sept Ans: aide de camp du général Chabot, puis du maréchal de Soubise; à vingt ans, lieutenant-colonel de la légion de Soubise, grade réservé généralement à de vieux ofliciers destinés à suppléer à l'inexpérience de trop jeunes colonels ; proche cousin du duc de Choiseul, est présenté à Louis XV qui, frappé de sa jeunesse, lui dit : « Allez donc meltre voire perruque ; on n'a jamais vu de lieutenant-colonel à votre âge. » Se distingue à l'affaire de Borgo : au licenciement delà légion Royale en 177G, est nommé brigadier de Royal-Champagne-cavalerie et se retire du service; maréchal de camp. Il ne fit point la guerre d'Amérique, ni celles de la révolution, quoiqu'il némigràt pas. Veuf, il s'était retiré à la campagne. M"" des Salles, en 1795, à l'iàge de quinze ans, reçut une invitation de la municipalité de Nancy de se marier, et, comme le conseil de famille n'obtempérait pas, elle prétendit s'en charger en lui donnant pour éjmux un vrai patriote. Grand émoi dans la famille. Bref, malgré ses cinquanle-cin([ ans. M. de Ludre l'épousa de préférence à l'inconnu, vrai patriote, qui serait devenu l'héritier de cette grande fortune. A laissé un ouvrage de chronologie.
Le comte de Ludre, son frère, devint maréchal de camp; député de la noblesse aux états généraux. Leur père, le marquis des Salles- Brancas. du nom de sa femme, fut lieutenant général, gouverneur de Francfort.
guedoc, pour occuper Biguglia el Suriani, ainsi que la sommité de la montagne (la Ferra San-Anlonio) qui sépare ces villages de celui d'Olelta; la cavalerie de la légion Royale sous Suriani, pour éclairer la plaine; l'infanterie de cette légion et 3 pièces à Dorgo, avec M. de Ludre.
Paoli avait indiqué dans le mois d'aoiit une assemblée générale de la nation à la Gasinca pour le 20 septembre : on lui proposa, au moment d'évacuer cette piève, d'en retirer les troupes pour lui laisser la liberté d'y assembler sa nation, si, en effet, il voulait de bonne foi l'éclairer sur ses véritables intérêts et la porter à se soumettre au roi. Jusqu'à ce moment M. de Chauvelin refusa d'entrer en aucune négociation avec Paoli, mais il le rechercha alors par l'entremise de Sebastiano Bucca Fuori, daub lequel il plaçait trop de confiance et qui le trahissait, ainsi que Lucca- Octavio Alexandrini, qui ne valait pas mieux. Ce fut par leur intermédiaire qu'il écrivit à Paoli : « Le marquis de Chauvelin fait savoir à Paoli, général du royaume de Corse, qu'il vient d'être autorisé par les instructions de M. le duc de Choiseul de traiter avec lui un armistice de deux mois et l'échange des prisonniers; cependant avec la condition que, pendant ce temps, ceux qui ont pu embrasser le parti du roi ne seront pas recherchés; si le susdit général veut répondre au duc, il recevra promptement une réponse qui, vraisemblablement, sera un prélude de la paix. »
Paoli lui répondit : « Le général du royaume de Corse fait savoir au marquis de Chauvelin qu'il a appris avec la plus grande allégresse ses dispositions à la paix, et qu'il recevrait volontiers comme préliminaires de la pnix l'armistice proposé, si la nation ne lui avait imposé la loi qu'au préalable les troupes n'eussent évacué les pays occupés, compris Capraïa; après quoi, le général pourra tenir une consulte de tous les représentants du royaume, dont il écrira au duc le résultat; il ne se refusera pas à l'échange des prisonniers, quoiqu'il sache qu'ils se sont presque tous enfuis de Toulon; mais pour donner des preuves authentiques de son respect, il promet de traiter de l'échange dès que les prisonniers nationaux seront rendus dans quelque place de l'île. A l'égard de ceux qui ont passé dans le parti du roi, il ne peut pas promettre seul qu'ils ne soient pas molestés ou bannis de l'île.
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Au reste, le général sera toujours prêt à prouver son inclination à concilier les intérêts de sa patrie avec la gloire du roi. »
Il ne se passa aucune action de guerre intéressante depuis l'évacuation de la Casinca jusqu'au 4 octobre ; à cette date, les Corses attaquèrent sur le chemin ordinaire un piquet de dragons qui partait tous les matins du camp de Suriani, se rendant sous Borgo. M. de Feuillée, capitaine de la légion Royale, qui commandait le détachement ce jour-là, perdit quelques hommes et quelques chevaux.
Dans cet intervalle, du 18 septembre au 4 octobre, arrivèrent dans la partie de Bastia 400 grenadiers tirés de Bretagne et d'Anhalt en garnison à Ajaccio. Cette troupe, sous M. de Courvoisis, alla camper à la gorge de San-Antonio.
M. de Chauvelin, informé, depuis le ^, que Paoli avait ordonné une marche générale à Luciana, y arrive dès le 4; Paoli s'y rend lui-même le 5.
Dans la nuit du 6 au 7, les partisans de Paoli, conduits par des propriétaires des maisons que l'on avait négligé d'occuper, y entrèrent en grand nombre. lis pratiquèrent tout à leur aise un trou dans un des angles de la tour occupée par un lieutenant et son détachement, y placèrent des barils de poudre, le sommèrent de se rendre et le menacèrent de le faire sauter en cas de refus. L'officier capitula le 7; les Corses se trouvèrent donc maîtres de toute la tête du village; ils occupèrent les maisons, qu'ils crénelèrent, et formèrent en avant un retranchement oh ils se fortifièrent sur tout le penchant des ravins dominant la plaine.
Les rapports faits à M. de Chauvelin l'assuraient que le véritable objet de Paoli se portait sur le camp d'Oletta, que la plupart des habitants de ce village étaient mécontents des Français, et que le président Salicetli s'était mis à la tête d'un complot en vue d'égorger tous les officiers. M. de Ludre, entouré dès la première nuit, put donner de ses nouvelles à M. de Chauvelin, qui ignorait que les Corses fussent maîtres de toutes les maisons; aussitôt le piquet de dragons prit son poste sous Borgo le 7, et un détachement de grenadiers, que M. de Chauvelin envoya le même jour aux nouvelles, rapporta que des bandes nombreuses de Corses se réunissaient à Borgo et qu'on devait craindre des succès de leur côté.
M. de Chauvelin se détermine alors à y marcher le 8, avec un millier d'hommes, tout ce qu'il pouvait tirer des 6 B. de Sois-
sonnais, Rouergue et Languedoc , tant les régiments se trouvaient affaiblis, plus 400 grenadiers de la garnison d'Ajaccio, 4- pièces, et une centaine de chevaux de la légion Royale. Il porte ses troupes au Bevinco, les met en marche vers i\ heures sur deux colonnes; celle de droite, régiment de Soissonnias et 2 pièces de canon, avec M. de Narbonne (1), arrivé depuis peu d'Ajaccio; celle de gauche, sous M. de Marbeuf, composée des régiments de Rouergue et de Languedoc avec 2 pièces de canon. Les dragons se portent dans la plaine en avant de ces deux colonnes, et le B. de grenadiers de Bretagne, commandé par M. de Gourvoisiers, est placé sur un mamelon à la droite du pont de Bevinco, sur la rive droite du ruisseau. M. de Grandmaison avait reçu ordre la veille de se porter avec son corps sur Murato, le 8 au matin, pour faire diversion.
Les colonnes attaquèrent en arrivant, celle de M. de Narbonne par le chemin ordinaire de Bastia à Borgo, et celle de gauche par une petite route menant de ce village au pont de Golo. Il y a dans cette direction un plateau découvert sur lequel les Corses avaient construit une redoute. M. de Marbeuf partage ses troupes, gravit les pentes et en chasse les Corses. Il était i heure de l'après-midi. M. de Marbeuf faisait monter son canon pour battre de sa nouvelle position les retranchements des Corses en avant du village, s'en promettant un bon eifel; mais Paoli avait déjà donné l'exemple de la retraite. M. de Chauvelin, voyant de la plaine le succès de l'attaque de M. de Marbeuf, fit marcher tout de suite aux retranchements. M. de Narbonne se mit alors en mouvement du bas de la plaine, en même temps que M. de Marbeuf.
Les Corses, entrés en grand nombre dans les retranchements, ne pouvaient se retirer qu'en défilant sous les feux M. de Ludre et ayant nos troupes à dos; ils rebroussèrent chemin avec la résolution de défendre les retranchements. Malgré leur fusillade très
(1) Narbonne-Pelct (Jean-Fi'ançois, comte dej, famille appartenant au Dauphiné; né eu 1725, à Saint-Paul-Trois-Chàteaux (Drôme); au siège de Minorque, 1757; colonel d'un régiment de grenadiers royaux; défend le poste de Fritzlar, 1762, où il arrête trois jours les Prussiens et permet de dégager l'armée. Alin de perpétuer ce souvenir, Louis XV voulut que Narbonne ajoutât à son nom celui de Fritzlar. Lieutenant général, 1784; mort en 1804. (Voir le cinquième volume des Guerres sous Louis XV, p. 360.)
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meurtrière, nos troupes surprirent quatre ou cinq des premières maisons, après de grandes pertes. Nous restâmes derrière les retranchements, séparés de M. de Ludre par un court espace, et sans communiquer avec lui, parce que dans cet intervalle de fortes maisons étaient occupées par les Corses. Ces maisons ne permettant pas à M. de Ludre de voir noire attaque pour bien juger du moment d'une sortie, il en ordonna deux sans succès; une autre, composée des grenadiers d'Anhalt et de Languedoc, perdit tous ses hommes, qui furent tués ou blessés. Les troupes restèrent dans les maisons et derrière les retranchements depuis 2 heures jusqu'à 6; elles en sortirent trois fois pour des essais infructueux. M. de Chauvelin, s'étant rendu vers la fin du jour sur le plateau où se trouvaient MM. de Marbeuf et de Narbonne, après avoir conféré avec eux, ordonna la retraite. On ramena celte nuit même toutes les troupes dans leur camp; on replia le B. de grenadiers de Bretagne resté sur la Bevinco, M. de Grandmaison, qui s'était avancé à Murato, retourna à l'entrée de la nuit à son camp d'Oletta, et dès le lendemain, 9, on le rapprocha de Saint- Florent, Barbaggio et Palrimonio. On retrancha Biguglia et Suriani, et M. de Campenne, avec son régiment, fut chargé de la garde de ce premier village, dont M. de Puisun dirigeait les fortifications.
L'attaque de Borgo nous coûta 4 officiers tués, 25 blessés, et 160 soldats tués ou blessés. La garnison entra en pourparlers dès le 9, et se rendit prisonnière de guerre le 10 octobre. Elle évacua le poste et les retranchements, et sortit avec tous les honneurs de la guerre. Les blessés et malades, tant officiers que soldats, furent envoyés sous escorte à Baslia. Paoli accorda aux officiers de conserver leurs armes, aux soldats leurs bagages; la garnison fut mise en marche pour Corte dès le 10 au matin.
Le détachement de Borgo, sous les ordres de M. de Ludre, se composait de toute l'infanterie de la légion Royale, d'une centaine d'hommes de chacun des régiments de Languedoc, Rouergue et Soissonnais, et de la compagnie de grenadiers de Languedoc; il y avait en outre avec lui 1 pièce de canon, plus 2 à la Rostaing, un détachement du corps royal d'artillerie proportionné au service de ces 3 pièces (1), des vivres pour quinze jours et des munitions
(1) Ce fui (lu temps (le Gribeauval et à propos de la campagne de 1768 en Corse
de guerre en abondance. M. de Ghauvelin était allé voir les troupes au camp; sur les représentations de M. de Juigné, il le laissa maître de porter le camp sur une montagne presque inabordable par sa situation. M. de Juigné appuya la gauche de ce camp près de Suriani.
M. de Ghauvelin, informé le 13, à 7 heures, qu'un grand nombre de Corses, mécontents des dispositions de Paoli, l'avaient quitté et se trouvaient à Luciano sans chefs, se proposait de les surprendre. L'obscurité de la nuit empêcha d'exécuter ce projet, qui fut remis au lendemain. M. de Leuchères était chargé de préparer tous les ordres. C'est grâce à ce retard que Paoli s'échappa, car très vraisemblablement, si on eût marché dans la nuit du 13 au 14 à Luciano, il serait tombé entre nos mains.
Les régiments de la Marine et de la Mark débarquèrent enfin, le 17, à Saint-Florent. M. de Grandm.aison, le lendemain 18, reprit possession d'Oletta et de son ancien camp en avant du couvent. Royal-Italien et Tournaisis débarquèrent aussi à Saint- Florent dans le même temps; le premier campa entre cette ville et le camp d'Oletta, et le second à l'entrée de la gorge de Patrimonio. Le malheureux événement de Borgo (1) fit évanouir tout projet d'opération ultérieure, et M. de Ghauvelin, renonçant à l'idée d'avancer dans le pays, ne pensa plus qu'à prendre ses quartiers ; il envoya à cet effet MM. de Fontette et de Leuchères reconnaître les villages du Nebbio. M. de Fontette se dirigea sur Murato, le 22, avec un détachement, et M. de Leuchères à San- Pietro. Ces derniers trouvèrent ces points fort dangereux à occuper et en rendirent compte à M. de Ghauvelin, qui partit, le 22 au soir,
que l'on donna une forme régulière à rartUIerie de montagne, la plus ancienne de toutes les formes adoptées pour employer le canon dans les combats. Les canons de 2 livres employés en Corse étaient montés sur des affùts-lraîneaux. Dès 1765, les équipages d'artillerie sont réglés à raison de 4 bouches par 1,000 hommes.
(1) Ce village de Borgo nous a toujours été funeste. En 1739, M. de Boissieux l'ayant fait occuper, les Corses l'assiégèrent vigoureusement; il marcha à son secours, fut battu et vint mourir de douleur à Bastia. C'est une espèce de citadelle sur le sommet d'un pic, au haut duquel est une église retranchée avec quelques maisons crénelées ; le village est au-dessous, placé par étages le long de la montagne. Pour y arriver, il n'y a qu'un chemin en limaçon, garni d'un mur d'appui du côté extérieur. (Dumouriez. 1. I, ch. v.
pour visiter liii-inême les posilions. Il se porte à Oletta le :25, et de là à Olmetta du Nebbio, que M. de Grandmaison avait fait occuper d'avance. M. de Chauveliii reconnut le pays, et rentra pour voir les fortifications à élever, avec Tintention de les occuper. Les troupes se replient et sont ramenées vers Oletta. La nature du terrain permettait aux Corses de nous suivre en toute sûreté dans notre retraite, reparaissant dès que nous nous mettions en marche. Le chevalier de Belhisy fut tué dans cette reconnaissance; 2 autres officiers furent blessés; un capitaine de grenadiers du régiment de la Marine et un des chasseurs de Royal-Italien (1), ne pouvant marcher, furent pris; beaucoup de soldats furent tues ou blessés, et d'autres faits prisonniers.
Cet événement, en impressionnant M. de Chauvelin, le lit renoncer à conserver Olmetta et le détermina à n'occuper qu'Oletla. On y cantonna 3 li. de la Marine, un autre à Saint-Florent, la Marck à Barbaggio et à Palrimonio, le tout aux ordres de M. d'Arcambal, à qui l'on donna aussi 3 compagnies de volontaires corses; Royal- Italien occupa Nonza ; Soissonnais, Rouergue et Epptingen (2^ gardent Bastia, fournissant le poste de Suriani; Tournaisis est posté à Biguglia, Languedoc dans Brando, la légion de Soubise à Bogliano, dans le cap Corse, laissant un détachement dans la partie de Saint-Florent, et la légion Royale ù Bastia, fournissant une garde dans la plaine sous Biguglia ; on envoya Royal-Roussillon comme renfort à Calvi ; Bretagne et Anhalt, augmentés de leurs grenadiers et chasseurs, continuèrent à occuper Ajaccio. Peu de jours après l'établissement de nos quartiers, le bruit se répandit d'une nouvelle marche générale de Paoli sur le Nebbio. M. d'Arcambal demanda du renfort, on lui en envoya successivement, et il finit par garder tout l'hiver 12 compagnies de grenadiers et de chasseurs dans Oletta et les environs, pour communiquer par sa droite avec Saint-Florent, Barbaggio et Patrimonio. Quant à Paoli, il plaça de ses gens soldés dans tous les villages du Nebbio. Le bruit d'un débarquement projeté dans le cap
(1) Royal-llalien (iv 48). Après la soumission de Miiioniuc, le régiment, passe eu Corse, où il arrive le 1«'' novi-mbre 1756 avec M. de Castries ; chargé d'apaiser les troubles excités par la rivalité de Paoli et de Matra ; retourne à Minorque en 1769.
(2) Epptingen (n" 93). En J768 à Toulon, sembarque pour la Corse, revient en 1771.
Corse, fit craindre à M. de Chauvelin que Paoli n'eût des intelligences dans cette province ; il la désarma et porta les fusils à Bogliano, sous la garde de la légion de Soubise en quartier dans ce village. Désireux de réparer les pertes de la campagne, M. de Chauvelin forma un détachement de 1,000 à 1,200 hommes d'élite pour les porter droit surCorte, délivrer nos prisonniers et prendre Paoli. M. de Narbonne, chargé de cette expédition, partit de Bastia le 25 octobre, se rendant à Calvi ; il aurait peut-être mené l'entreprise à bien, si les dépêches du roi, en réponse à celles annonçant l'événement de Borgo, n'avaient apporté un ordre positif à M. de Chauvelin de prendre des quartiers d'hiver de concert avec M, de Marbeuf, d'y établir ses troupes, puis de se rendre à Versailles pour y concerter les opérations du printemps prochain, en ramenant avec lui M. de Fontette et laissant M. de Leuchères en Corse.
M. de Chauvelin, avant de partir, chercha par tous les moyens à accroître le mécontentement contre Paoli et à rallier le plus de monde à la cause de la France. Le projet de révolution au delà des monts appartenait à M. de Pérès, ci-devant lieutenant dans Royal-Italien, qui s'était brouillé avec Paoli, et s'était associé un Français nommé Brun. Cet homme, détaché d'Ajaccio auprès de M. de Chauvelin à Bastia, lui dit que M. le comte Pérès, informé que Paoli faisait une levée de 1,300 hommes, avait eu le crédit de suspendre cette levée secrètement jusqu'à ce qu'il sût s'il convenait à M. de Chauvelin de la faire lui-même pour le compte du roi, qu'il y trouverait le double avantage d'affaiblir l'ennemi de 1,500 hommes et de renforcer d'autant le parti de la France; Brun ajouta que, dans une assemblée secrète tenue à deux lieues d'Ajaccio, les principaux s'étaient engagés tous à prendre les armes pour le roi ; il demanda une ou deux commissions de lieutenants-colonels, 30 de capitaines, de lieutenants en proportion, des armes et des munitions pour les hommes qui n'en avaient pas, et 20 sols de paie à chacun par jour, prix qu'offrait Paoli. Tout cela accordé, M. de Chauvelin expédia les commissions en blanc, en laissant la disposition à M. de Pérès, et ordonnança un fonds extraordinaire de 100,000 francs. Le sieur Brun fut envoyé tout de suite à Ajaccio pour opérer la révolution qu'il promettait. Le succès ne répondit pas aux espérances, et la tentative échoua
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complètement. Le choix de M. de Chauvelin pour soulever la Baiagne n'était guère préférable, et le résultat n'eut pas de suites plus heureuses. Le principal agent, sous M. Mourrier, était unpelit marchand français nommé Farini, banqueroutier; les intelligences que M. Mourrier et lui entretenaient, entre autres avec les Fabiani, ayant été découvertes, Paoli brûla leurs maisons, et redoubla de précautions pour sa sûreté.
La santé de M. de Chauvelin s'élant un peu rétablie, il se lit portera Saint-Florent le 28 décembre, et s'embarqua.
Les avis du 31 décembre s'accordèrent à dire que Paoli avait 5 à 6,000 hommes rassemblés dans leNebbio, et il n'était plus douteux qu'il ne voulût nous attaquer. En effet, à l'entrée de la nuit du P" au 2 janvier, il en fit le simulacre du côté d'Oletla et des postes avancés de la communication à ce village; une attaque même sembla arrêtée contre une tour construite par M. d'Arcambal à la droite du chemin d'Oletta à Olmetta; cette tour, gardée par un officier de Royal-Italien, fut cernée par les Corses, d'assez près et attaquée vivement, lorsque M. d'Arcambal se détermina à y envoyer du secours. Sur les avis donnés à M. de Marbeuf que les Corses se renforçaient beaucoup dans le Nebbio, les troupes de Bastia se mirent en marche au premiefsignal, et, à la nouvelle de l'attaque delà nuit parles Corses, M. deMarbeufse mit en marche le 2, au point du jour, avec les régiments de Soissonnais, Rouergue, Epptingen et A pièces de canon. M. d'Arcambal vint audevant de lui et le décida à bivouaquer sur la montagne à l'entrée du bois. En quittant B istia, il semblait décidé à profiter du rassemblement de ses quartiers pour s'emparer d'Olmetta; il concerta même, le 3, avec M. d'Arcambal, quelques mouvements relatifs à cette opération. Cet officier fit marcher ses volontaires, soutenus par des grenadiers, pour tâter les postes des Corses sous Olmetta et y attirer leur attention, pendant que M. de Marbeuf viendrait s'y placer avec son canon par le revers de la montagne. Mais M. de Marbeuf, incertain, du succès ramena ses troupes à Bastia. M. Dumouriez, lieutenant-colonel, envoyé par M. de ChauveUn à Calvi, prit sur lui, en l'absence de M. de Narbonne et sans l'aveu de M. de Marbeuf, la responsabilité d'une tentative sur l'Ile-Rousse (I); il s'embarque à
(1) Ilc-Rousse, située sur une petite baie en face d'un groupe d'ilots de granit
Galvi avec des volontaires du pays à la solde du roi. Heureusement que les Corses se pressèrent de se montrer hors de leur embuscade et de faire feu; nous pûmes ainsi nous rembarquer à lemps. Après cette tentative inutile et qui coûta la vie à six hommes, il ne se passa plus rien d'intéressant depuis l'époque du 2 janvier jusqu'au moment de l'exécution du grand dessein de Paoli.
On comptait sur de grands succès pour le mois de février; car M. de Marbeuf était parvenu à séduire nombre d'habitants des villages occupés par nos troupes, entre autres ceux d'Oletla et de Barbaggio. Paoli se flatta de pouvoir resserrer dans Bastia et Saint- Florent les garnisons de ces villes. Pour y parvenir, il ordonna une marche générale de toutes les pièves, et tenta dans la nuit du 13 au 14 l'exécution de son grand projet. Il avait alors près de 3,000 hommes à Murato, et le nombre en augmentait à tout moment par l'arrivée du contingent de chaque piève; le 13, à l'entrée de la nuit, il dirige Colonna et Gio Caloguidini sur Barbaggio par le chemin ordinaire. Ils pénétrèrent, sans être aperçus, dans la chaîne de nos postes, et ne furent découverts que dans la plaine sous Barbaggio, par une patrouille de la xMarck, sortie de Palrimonio. Ce régiment avait des compagnies en quartier à Barbaggio; aux premiers coups de fusil, elles se mirent sous les armes etse portèrent sur les débouchés connus du village; mais les ennemis, guidés par les habitants, se glissèrent par des chemins détournés, occupèrent des points qui commandaient les principales défenses, et s'emparèrent de plusieurs maisons pendant la nuit. M. de Falck, major de la Marck, commandant à Patrimonio, en sortit à minuit pour porter du secours à Barbaggio; mais ayant trouvé du monde sur la communication, il se contenta d'y porter un renfort. Colonna et Giudani, arrivés dans la plaine entre Patrimonio et Oletta, avaient détaché une partie des leurs qui s'emparèrent du Tichimé; nous avions un peu au-dessous, à la croix de Barbaggio, un poste qui, malheureusement, s'enfuit à l'approche de l'ennemi.
M. d'Arcambal, chargé de la défense de la première ligne à Oletta, averti dans la nuit de l'approche de l'ennemi, en donna avis à
rouge (lui lui a donne son nom. Pclile ville déjà ancienne, reconstituée en 1758 par Paoli ponr faire concurrence à Calvi et Algajola , restées fidèles à la causegénoise.
M. de Marbeuf à Bastia, qui lui fil dire que si le feu commençait, il enverrait un renfort à la redoute et qu'au jour il se porterait lui-même par la plaine sur Barbaggio. Il se proposait en effet de faire marcher dans la nuit deux compagnies de grenadiers avec M. de Vauguimont, quand, au moment de se mettre en marche, des signaux l'avertirent qu'un nombre considérable de Corses semblaient vouloir attaquer Oletla : M. de Marbeuf s'arrêta dans son projet. D'après les avis des déserteurs, il se détermina à envoyer des compagnies de grenadiers à Barbaijgio. M. de Lasobole, major de Rouergue, commandant ce détachement, se met en marche à 1 heure de l'après-midi et se rendu Monlebello, d'où, ayantaperçu les Corses en force sur le Tichimé, il se porte par sa droite sur la montagne. M. de Marbeuf, ayant eu, dans l'intervalle, des avis certains de M. d'Arcambalet deM. Falck, du régiment de la Marck (1), sur l'attaque de Barbaggio et le succès des Corses, suivit de près lui-même ce premier détachement avec les grenadiers de chacun (les régiments de Soissonnais, Rouergue , Epptingen et 2 pièces de canon; il arriva à 5 heiu-es du soir à Montebello, d'où il découvrit l'ennemi posté sur le Tichimé. Le peu de jour qui restait l'obligea à bivouaquer, ayant h sa droite M. de Lasobole, à sa gauche les compagnies de chasseurs de M. de Vauguimont.
M. Hauser, capitaine de grenadiers dans la Marck, commandant à Barbaggio, qui avait tenu pendant tout le jour dans l'église, se rend aux Corses à 6 heures du soir, et est conduit avec sa troupe à Saint-Florent, conformément à sa capitulation. M. de Marbeuf décide alors M. deCampenne, déjà rassemblé dans ses quartiers de Brando, avenir le joindre de nuit; il enjoint à M. d'Arcambalde porter un gros détachement à la Bocca Arenola, point qu'il avait négligé de faire occuper et par où les Corses avaient pénétré la veille, afin de barrer le secours que Paoli tenterait d'envoyer à Barbaggio; il ordonne à M. de Vauguimont de longer la crête de la montagne lorsqu'il le verrait en marche, et de se mettre en mesure de
(1) La Marck (a" 63), débarqué le 15 oclol)re 1708. Ses compagnies sont attaquées à Barbaggio,, dans la nuil du 13 au 14 lévrier 1769, par toutes les forces de Paoli. M. de Marbeuf accourt avec la garnison de Baslia. Les Corsi's sont repoussés dans la montagne, et la Marck rentre en possession de Barbaggio. Il se trouve cette même année au combat du jtont du Golo, dont le succès décida de la soumission de la Corse; rentre à Toulon le 28 octobre 1770.
suivre ses mouvemenLs afin de se porter sur le flanc droit et les derrières des Corses qui détendaient la hauteur du Tichimé, tandis qu'il les attaquerait de front; il prévient de même M. de Falck à Patrimonio de ses dispositions pour le lendemain, et lui ordonne d'y concourir de son côté, en portant un détachement à l'entrée de la gorge de Patrimonio, et d'arrêter toute tentative de fuite par ce côté; enfin il fait venir de Bastia de l'artillerie pour battre Barbaggio.
Le io au matin, M. de Marbeuf, accompagné de M. deNarbonne, marche sur quatre colonnes vers la redoute du Tichimé. La première de droite, sous M. de Lasobole, descend sur le flanc gauche des Coises. La deuxième, formée du régiment de Languedoc, avec M. de Gampenne, et la troisième composée de deux compagnies de grenadiers et de 600 hommes de la garnison de Bastia, commandée par M. le baron d'Epptingen, arrivent de front, pendant que la colonne de gauche, sous M. d'Arcambal, secondée par M. de Rommefort, prenait sur la droite et les derrières de l'ennemi. Les Corses, à cette vue, abandonnent aussitôt les redoutes, se retirant quelquesuns sur Barbaggio, et la majeure partie dans la plaine. M. c.'Epptingen, maître du Tichimé, lance M. d'Altermatt à leur poursuite, et de son côté M. d'Arcambal fait descendre un détachement dans ce but.
M. de Marbeuf, s'apercevant de l'occupation du village de Barbaggio, se détermine, sur l'avis de M. de Narbonne, à le cerner et à le battre avec son artillerie (1). Pendant ce temps, M. Dampus, commandant à Oletta, occupe selon les intentions de M. de Marbeuf la gorge par laquelle les Corses devaient forcément passer pour secourir Barbaggio; la trouvant occupée, il en chasse l'ennemi, s'y établit et construit une redoute. A peine est-elle achevée que Paoli arrive avec 1,500 hommes pour l'attaquer. Mais M. Dampus avait, dans l'intervalle , reçu un renfort d'infanterie et des dragons envoyés de Saint-Florent; ce qui lui permit de refouler l'ennemi et de faire un assez grand nombre de prisonniers, parmi lesquels se trouvait Clémente Paoli.
Le 16 au matin, Colonna et Guiducci envoyèrent l'abbé de Gri-
(1) Dans C(>(te campagne, MM. de Bcaiivois, brigadier, commandant l'arlillerie. ♦!t d'Aumoiit, maréclial de camp du génie, tous deux ofticiei'S très distingués, très instruits, rendirent de grands services. D. G.)
COISQUÊTE DE LA CORSE :i 731 -1770). 103
nialdi à Barbaggio pour demander à capituler; après plusieurs pourparlers, ils se rendirent prisonniers de guerre avec leur garnison. La capitulation signée par Goionna, M. Olivier, capitaine de guides de l'armée, entre dans Barbaggio. M. de Marbeuf ramène alors à Basiia toutes ses troupes et son artillerie (I), laissant M. d'AItermalhà Barbaggio. Le 16 au matin, undétachernent de dragons de la légion de Soubise est dirigé, après la capitulation, dans la plaine entre Barbaggio et Oletla pour la fouiller.
La perte de Paoli, en cette occasion, s'éleva à plus de 300 morts et de 360 prisonniers. De notre côté, nous eûmes 8 officiers du régiment de la Marck, et M. de Fontette, volontaire à la suite de l'armée, blessés; 27 soldats tués et 58 blessés. La perte de Paoli et de ses braves partisans à Barbaggio, très sensible déjà, le devint encore bien davantage par l'arrivée journalière en Corse des approvisionnements qui annonçaient de très grands préparatifs pour l'ouverture de la pr(jchaine campagne. Malgré les secours considérables d'argent que Paoli recevait des Anglais, il ne put jamais, à cette date, rassembler plus de 12 h 1,500 hommes à la fois dans le Nebbio.
Depuis le rappel de M. de Chauvelin, M. le duc de Choiseul avait demandée M. de Marbeuf différents projets de plans de campagne; il avait ordonné des établissements à Calvi pour nourrir un corps destiné à agir dans laBalagne ; de même à Saint-Florent et à Oletta pour des troupes que l'on projetait de faire déboucher par le Nebbio.
La campagne de 1168 avait été légèrement entreprise, imprudemment conduite et peu honorablement terminée. Le duc de Choiseul voyait la gloire de la France compromise, s'il ne réunissait pas des moyens suffisants d'assurer, dans la campagne prochaine, la conquête de la Corse. Aux 22 B. composant l'armée, il en ajouta 20 autres, 2 légions en plus et 1,200 mulets. Le commandement de de cette armée, bien supérieure à toutes les forces qu'on pouvait lui opposer, fut donné au comte de Vaux 2), qui amena avec lui,
(Il Pour la première fois dans cette guerre, on (il usage d'alfùts-traîneaux, ou artillerie de montagne portée sur des mulets. Le grand inconvénient que présente ce genre d'artillerie consiste dans la difficulté d'avoir des nmletiors adroits et des mulets dressés.
(2) Vaux (Noël de Jourda, comlede), né au château de Vau\(Puy-en-Vcla\; en 1705; lieutenant dans Auvergne en 1724; fait les campagnes d'Italie comme capitaine en 1734
comme volontaire et son ami intime, le vieux général Bourcet (1) et le colonel Guibert (^2).
M. de Vaux eut ordre de ne concentrer des approvisionnements à Calvi que pour 2 B., pour 8 à Ajaccio, et de porter tout le reste à Bastia. Le plan de campagne de M. de Vaux consistait à suivre, en partant de Bastia, la plaine jusqu'aux environs deCampoloro et à prendre de là sa direction à travers le pays en arrivant à Corte. La nomination de ce nouveau général fit une très grande sensation, tant sur les troupes que dans le pays. M. de Vaux débarqua
et 1735 ; major en 1739 en Corse ; y est blessé à la main ; colonel d'Angoiimois, 6 mars 1743; appelé en Bohême, se distingue à Prague; sert aux sièges de Flandre ; brigadier à la prise de Bruxelles, 23 février 174C : lieutenant général, 17 décembre 1759 ; se fait remarquera Gottingen ; en 17G3, commande dans les Trois-Évêchés ; en 1769. il est appelé à soumettre la Corse; maréchal de France le 12 septembre 1783; mort à Grenoble le 14 septembre 1788. Son extérieur taciturne et rigide couvrait un cœur sensible, juste et affectueux. Ceux (jui servirent sous ses ordres le peignent comme dur et sévère, et lui ont fait une répulalion terrible daustérité.
(1) Bourcet (Pierre-Joseph de), né en 1700 à Yseaux, près Chàlellerault ; officier pointeur dans Royal-Arlillerie, ingénieur dans Royal-Vaisseaux ; Italie, 1734-I"35; ingénieur en chef, 1741; Italie, 1743, 1744, 1745, 1746, 1747; brigadier d'infanterie, 1"'' janvier 1748; directeur général des fortifications, 1^'' janvier 1756; campagne d'Allemagne, 1758-1759; maréchal de camp le 10 février 1759; armée du Rhin, 1761 ; lieutenant général le 25 juillet 1762 ; officier d'un grand mérite, auteur de l'ouvrage sur la guerre des Alpes; mort en 1780.
(2) Guibert (Jacijues-Antoine-Hippolyle, comte de), né à Montauban le 11 novembre 1743; lieutenant général, gouverneur des Invahdes, coopéra aux réformes réalisées par le ministre de Saint-Germain. Remarquable par les avantages du corps et de l'esprit, il inspira de vives passions, surtout à M"' de TEspinasse dont l'àme ardente se peint si bien dans ses lettres. Suit son père en Allemagne à l'âge de quatorze ans ; fait la campagne de Corse; aide de camp du général de Vaux ; colonel de la légion de Corse; devient maréchal de camp; sert avec distinction dans la guerre de Sept Ans. Se lie intimement avec Dumouriez. Toujours unis , jamais la jalousie n'a traversé leur amitié. Meurt de chagrin à la fleur de l'âge, 6 mai 1790.
Le commandant Guibert, qui suivit Bonaparte en Egypte et en fut particulièrement aimé, était son propre neveu. Un oncle de son père, le chevalier de Peyrilles, brigadier, lieutenant-colonel de Royal-Vais.seaux. fut. au dire de Guibert , un officiOT du plus grand mérite; mort au siège de Lintz en 1742. C'était, on le voit, une famille militaire. Une facilité surprenante, une grande mémoire, une ambition très active, l'envie d'occuper le public de sa personne et d'arriver à la gloire; une figure séduisante , des formes agréables, un ton de franchise, de hardiesse, c'est par ces qualités que Guibert se distinguait parmi ses contemporains. Reçu à l'Académie en 1786, il a laissé : VEssai général sur la tacfiquc; la Défense du système de guerre moderne; des tragédies : le Connétable de Bourbon, jouée à Ver-
COrsQUÉTE DE LA CORSE (1731-1770). 105
à Sainl-Florenl dans les premiers jours d'avril. Tous les officiers généraux et de rétal-m;ijor eurent ordre de se réunir. Après les avoir tous regardés d'un air sévère : « Messieurs, leur dil-il, le roi m'a chargé de vous dire qu'il est très mécontent de son armée, dont plusieurs officiers ont eu la lâcheté de signer des capitulations. Je défends qu'à l'avenir aucun officier en détachement se serve de plume ou de papier. Le roi a singulièrement désapprouvé la suspension d'armes; c'est une tache imprimée sur nos drapeaux, j'espère que nous parviendrons à la laver. » Tel était le général de Vaux, fort instruit, parlant peu et difficilement; mais en particulier très aimahie, ayant les formes et les vertus antiques. Les régiments de Champagne il), Aquitaine (2), Bulkeley (3), Roscommon (4), la Marck et Médoc (ces deux derniers furent remplacés à Calvi par
saili,>s pour le manaj^e d'une fille do France, Madame Clolilde; la Mort des Gracques ol Anne de Boleyn, IcsÉloges deCatinat, du chancelier l'Hôpilal et de Frédéric 11. qui, peu satisfait du jugement porté sur les soldats prussiens, disait que la Tact i(j ur éia'ii l'ouvrage d'un écolier qui ne serait pas en élat d'épeler Végèce. Cependant Voltaire en l'ail un grand éloge. La Harpe, son concurrent pour le prix d'éloquence à l'Académie, est un de ses plus ardents critiques; M"^« de Staël, au contraire, se montre un de ses con>tants admirateurs.
Sa |)rétention peu justifiée fut d'être tout ensemble Turenne, Corneille et Bossuet , Napoléon avait souvent de longs entretiens avec le général Vallongue, grand admirateur de Guibert, et il mettait toujours la conversation sur sa Tactiijue. Enfin le maréchal Suchet professait pour Guibert une sorte d'idoldtrie. Aujourd'hui le livre de Guibert conserve encore son intérêt par la manière dont y est développée celle opinion que la chute des empires doit être en grande partie cherchée « dans la perle de la discipline des armées , dans les variations d'armes et de tactique, dans les vicissitudes de l'art militaire, dans ses pas vers la perfection ou la décadence. » (M'"« de Staël.)
(1) Champagne (n° 3), de Perpignan arrive en octobre à Toulon, met le pied en Corse le 7 avril 1769, avec le comte de Vaux, et prend ainsi part à toutes les opérations, qui amenèrent la pacification et la soumission de ce pays. Le 5 mai, un de ses détachements soutient un couibat dans les montagnes du Nebbio. Le 8, se bat à Pontc-Xuovo, l'affaire la plus considérable de celte campagne ; il y perd le capitaine Chamisso et le lieutenanl de Bexon. Champagne est de retour à Toulon le 16 août 17G9.
(2) Aquitaine (n° 19; s'embarque à Toulon en uiars 1769, élailde retour de Corse le 15 août.
(3) Bulkeley (n" 77). en Corse depuis octobre 1768 jusqu'en mars 1769.
(4) Ro-scommon (voir Walsh-Servent, n° 83 , à Toulon en mars 1769 pour passer en Corse, contribua à la pacification de l'ile; revient en France en septembre 1770.
le régiment de Bourgogne), y débarquèrent à peu près en même temps. Le renfort d'infanterie envoyé à la légion de Soubise l'avait jointe dans le cap Corse et le régiment de Provence arrivait à Ajaccio.
M. de Vaux porte Champagne et Aquitaine dans la partie de Bastia oii ils campèrent; rassemble près de cette ville la légion de Soubise; tire en outre une compagnie de chasseurs par B., 4 volontaires par compagnie, de chacun des régiments dans la partie de Bastia et du Nebbio; il en forme un corps d'environ ijOOO hommes sous le nom de Volontaires de l'armée, aux ordres de M. le chevalier de Viomesnil (1), corps divisé en 3 B. commandés par MM. de Brie, de Constant et du Boyet. Ces troupes s'établissent aux environs de Bastia au commencement du mois d'avril.
Composition et emplacement <le t'armée le 23 ((vril.
Là Marine, la Marclv, Médoc, la Marclie, Bulkelev, ] „ ,.„,.. 1-. i" Patriinonio, Barbassio,
Roscoinmon, loO volontaires corses , un cletaciie- > ' »o >
, T 1 ... ,.,, . Sainl-FlorcnletOletta,
ment de dragons et d artillerie. /
Tournaisis, Champagne. | Biguglla.
Aquitaine, les volontaires de l'armée, la légion de ) Soubise. 1 Campes près de Bastia.
Soissonnais, Rouergue, Epptingen, corps royal. | Logés à Bastia.
Languedoc, Roval-ltalicn.
Cantonnés à Brando et Nonza.
Calvi.
Une légion de 700 hommes, corps royal, 150 volontaires corses, Bourgogne, artillerie.
Bretagne, Royal - Roussillon , Provence, Anhalt , 1 600 volontaires corses, un détachement du corps J Ajaccio. royal. I
300 hommes. | Bonifacio.
La légion de Lorraine et le régiment Dauphin-infanterie, en mer à cette époque, sont dirigés sur Saint-Florent. M. de Vaux, ayant préparé tous ses moyens, fixe des garnisons à la garde des places.
Le 27 et le 28, des mouvements sont préparés pour le rassemblement des troupes dans la plaine au-dessous d'Olella. Il ordonne
(1] Viomesnil (Charles-Joseph-Hyacinthe du Houx, comte de), né en 1734; entré au service en 1747; aide de camp de M. de Cbevert en 1757; colonel de la légion de Lorraine; émigra en 1791. Après avoir joué un rôle très actif à l'armée de
le 29 la formation d'une double réserve, tirée des 28 B. La première réserve de droite, aux ordres de M. d'Arcambal, comprend le régiment de Kouergue, celui de Médoc, un détachement de dragons de la légion de Soubise, et 3 compagnies des volontaires corses employés à Oletta; la réserve de gauche, sous M. de Marbeuf, les régiments de Soissonnais, de la Marche, liulkeley, Roscommon, 100 chevaux et 100 fantassins de la légion de Soubise, plus des volontaires corses internés à Biguglia. M. de Vaux ordonne également que l'armée (avec ses 2 réserves détachées) formerait 2 divisions de 10 B. chacune, celle de droite sous M. de Boufflers, et celle de gauche sous M. d'Escoloubie; il enjoignit aux majors de chaque régiment de correspondre avec l'officier général de la division dont leur régiment faisait partie. Les 23 B. du corps d'armée, la réserve de M. d'Arcambal (1), le fond de la légion de Soubise et le corps des volontaires de l'armée furent portés par deux colonnes sur Oletta et campés, le l'-'''mai, dans la plaine en avant du couvent, où M. de Vaux établit son quartier général.
M. de Boufflers, chargé de déterminer le terrain du camp près d'Oletta, appuya la droite au mamelon qui domine cette localité et la gauche avec les volontaires de l'armée un peu en avant de la droite; l'artillerie et la légion de Soubise furent placées en arrière et près du couvent ; la légion de Lorraine resta dans son camp près de Saint- Florent. M. de Marbeuf campa le môme jour avec sa réserve sous Biguglia, à la rive gauche du Bevinco. Nous occupions dans le Nebbio le seul village d'Oletta, et les Corses étaient répandus dans tous les autres. Le village d'Olmetta, retranché par les Corses et garni de redoutes, formait le point avancé de la droite de leur position derrière et en avant de Murato; ils avaient également entouré de fortifications une chapelle sur le chemin d'Olmetta à
Condé, rentra avec Louis XVllI; le suivit à Gand; fut créé nuuéclial de France, 3 juilJet 181G. Mort en 1820.
Son frère, Antoine, né en 1728; colonel de la légion du Hainaut; lieutenant général le 13 juin 1783; mort le 9 novembre 1792, des suites de ses blessures reçues à la journée du 10 août.
(1) Arcamfaal (Anloine-Josepli-Franrois des Lacs du Bousquet. man[uis d'); servait depuis longtemps et avait passé par tous les grades (juand il (ul créé brigadier le 22 janvier 1769; mcslre de camp commandant du G" régiment de chasseurs à cheval en 1779; maréchal de camp, l'^' mars 1780; mort en 1791.
Murato du côté de leur gauche, sorte de nid de pie sur l'arête qui sépare le village de la Piève à droite de celui de Rutali à gauche. Tout le reste de la position était de même bien défendu. Paoli et son frère, dans le Nebbio, réunissaient toutes leurs forces du côté de la plaine de Biguglia, tenant Borgo avec une réserve,
M. de Vaux, arrivé le 4, résolut d'attaquer le Nebbio le 5. M. de Marbeuf envoya, le -4 après midi, M. d'Alstatl dans la plaine sous Borgo, porta le même jour le régiment de Languedoc, avec M. de Gampenne, à la gorge San-Giovani au-dessus d'Olmetta pour attirer l'attention de l'ennemi de ce côté, et rapprocha d'Oletta la légion de Lorraine restée près de Saint-Florent.
Le 5 au point du jour, toute l'armée se met en marche. La réserve de M. d'Arcambal, renforcée des 2 B. de la Marck et d'artillerie, se réunit à la chapelle ruinée , d'où l'on se dirige sur San- Nicolao en deux colonnes. La réserve de M. d'Arcambal et la colonne de droite marchent sur l'arête des villages de la Piève. Les volontaires de l'armée et l'infanterie de la légion de Soubise forment l'avant-garde de la colonne de gauche, aux ordres de M. de Boufflers; ils sont suivis de tous les grenadiers et chasseurs et de l'artillerie des 16 B. que conduisait M. d'Escouloubre.
Lorsque ces troupes se mirent en mouvement, M. de Gampenne descendit de la montagne au-dessus d'Olmetta. M. de Viomesnil, resté à Oletla avec la légion de Lorraine, devait s'avancer pour favoriser le mouvement de M. de Gampenne. M. d'Arcambal arrive sans obstacle à la chapelle Saint-Nicolas. M. de Yiomesnil éprouve plus de résistance, mais finit par joindre également la chapelle près de Murato, dont il s'empare. M. de Vargemont, avec l'infanterie de la légion de Soubise, un peu sur la droite des volontaires de l'armée, débouche entre la chapelle de Saint-Nicolas et Murato, en même temps que M. d'Arcambal et le chevalier de Yiomesnil arrivaient sur ces points; M. d'Arcambal s'étend un peu, M. de Vargemont s'approche de Lento, et M. de Viomesnil fort près de Bigorno. Il était à peine 10 heures du matin que tout le reste de l'armée commençait à arriver sur le plateau de San-Nicolao. L'ennemi n'attendit pas et s'enfuit de ses positions. M. de Lucker, à la tête des 2 B. de Bourgogne (1) à Galvi, ayant reçu ordre
(1) Bourgogne (voir 11° 43) arrive en Corse, mars 1769 : employé à la pacification de l'île; revient sur le continent en octobre 1772.
de faire conlre les habitants de la Balagne toutes les entreprises qui pourraient leur être le plus nuisibles, fit marcher contre le village de Calenzana un détachement commandé par M. Geoflre, qui cependant n'osa rien tenter. La nouvelle du succès du premier mouvement de M. de Vaux détermina M. deLucker à une nouvelle tentative sur Calenzana; il en chargea encore M. Geoffre, qui partit de Calvi le 8 mai, à 9 heures du soir, se dirigeant sur le petit hameau de Mocale qu'il attaqua ; mais le nombre d'ennemis qui l'occupait le força à se retirer. Le régiment de Bourgogne eut dans cette occasion A officiers tués ou blessés.
M. de Vaux séjourna le 6 à San-Nicolao ; toute l'armée se mit en marche le 7. à 6 heures du matin, pour se porter sur Lento, laissant à San-Nicolao la réserve de M. d'Arcambal achever les retranchements commencés.
M. de Vaux, qui se proposait de ne pas aller au delà du plateau de San-Nicolao, arrêta M. de Viomesnil; il ne voulut pas non plus que deMM.de Vargemont et d'Arcambal se portassent jusqu'aux gorges de Lento; il les retint au-dessous, dans la direction de ces débouchés, sur le penchant de la montagne, et il campa toute l'armée un peu en arrière sur le plateau de San-Nicolao. Les villages d'Olmetta, de Murato, de Valle-Calle, Ratali et la Piève se trouvèrent entièrement abandonnés; ceux de Sorio, Sangavino et San-Pietro ne se soumirent complètement que le 7.
M. de Marbeuf, de son côté, se mit en marche le 5 au point du jour, avec sa réserve, vers la plaine sous Borgo; il Ht passer le Golo à un détachement, commandé par M. d'Alstatt, qui attaqua les Corses. La nouvelle de la prise de Murato fut, pour le commandant du Borgo, le signal d'une très prompte retraite.
L'armée campe le 5 à San-Nicolao, sa gauche à la chapelle, et sa droite prolongée dans la direction de la gorge bordant le Revinco, et ayant un peu en avant, sur les directions du Lento et de Bigorno, la réserve de M. d'Arcambal, l'infanlerie de la légion de Soubise et les volontaires de l'armée.
M. de Narbonne, commandant d'Ajaccio, s'était porté , dès le 28 avril, àMonte-Nebbio, trois millesen avant de cette ville surlechemindeBogognano, et avait formé un camp des troupes à ses ordres, sur lesquelles il avait prélevé les garnisons d'Ajaccio etdeBonifacio.
Les travaux encore à terminer à San-Nicolao décidèrent M. de
Vaux à changer, le 7 au malin, l'ordre donné le G au soir pour porter le lendemain l'armée entière à Lento; il n'y mena que l'infanterie, la cavalerie de la légion de Soubise, les volontaires de l'armée, tous les grenadiers et chasseurs des régiments de Royal- Italien, Tournaisis et Epptingen. La légion de Soubise, d'avantgarde aux ordres de M. d'Escouloubre, chassa les Corses qui tenaient les hauteurs de Lento et de Canavaggia et les poursuivit jusqu'à Ponte-Nuovo. Les volontaires de l'armée campèrent en avant et au-dessous de Lento, les grenadiers et chasseurs de Royal-Italien, Tournaisis, Epptingen et l'artillerie sur les hauteurs en arrière de Lento, près de la chapelle Saint-Ce rvone, et l'infanterie de la légion de Soubise à la droite et en avant de Lento, derrière le village de Canavaggia. Le régiment de la Marine, arrivé à Lento le 8 au matin, est campé au-dessous de ce village à la gauche des volontaires. Champagne, Aquitaine, Languedoc, avec M. de Boufflers, restèrent à San-Nicolao, destinés à soutenir M. d'Arcambal qu'on avait chargé de la soumission des deux villages du Nebbio. Cette nouvelle disposition arrêtée très à propos, M. d'Arcambal envoya le 7 un détachement, avec M. Doigny, pour occuper la gorge de San-Giacomo, pendant que par un mouvement combiné avec M. le baron de Yiomesnil, parti d'Oletta avec la légion de Lorraine, il marchait aux villages de San-Pietro et San-Gravino, qui furent enfin abandonnés. Cette affaire coûta deux officiers et des soldats blessés.
Le 8, vers les 10 heures du matin, environ 1,200 hommes de Balagne, partis de Pietra-Alba, vinrent de nouveau s'emparer de la gorge de San-Giacomo; M. Doigny soutint leur attaque avec son détachement seul. MM. de Boufflers, d'Arcambal et de Campenne arrivèrent à son secours avec le régiment de Languedoc, et un détachement envoyé du camp de San-Nicolao parut en ce moment ; la vue de ce nouveau renfort détermina l'ennemi à se retirer.
Le même jour 8, environ 2,000 hommes , qui avaient passé le Golo à Ponte-Novo sans être aperçus, attaquèrent vigoureusement, à 2 heures de l'après-midi, les volontaires de l'armée campés audessous et en avant de Lento. Les efforts et le nombre des ennemis faisant perdre du terrain aux volontaires, M. de Vaux envoie M. de d'Escouloubre au camp au-dessus de Lento pour faire prendre les armes à toutes les troupes; il détache des compagnies de grena-
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diers, avec M. d'Attermalt, à la croix de Lento, et porte lui-môme le reste des grenadiers et chasseurs au soutien de la légion de Soubise. M. de Vargemont engage en même temps une partie de la légion de Soubise au-dessous et en avant du village, et M. d'Haussonville, campé près des volontaires , porte 2 B. de son régiment à leur défense.
Toutes ces dispositions ralentirent l'attaque de l'ennemi, qui se détermina à regagner le pont de Golo par lequel il fallait nécessairement se retirer; il fut alors vivement poursuivi par les volontaires, et il eut encore à souffrir du feu des 2 B. de la Marine. Paoli, de l'autre côté de la rivière, avait barré le pont par un mur en pierre sèche, n'y laissant qu'un très petit passage; il avait placé derrière ce mur des déserteurs français, avec ordre de tirer sur leurs compatriotes s'ils se présentaient. Cet obslacle apporta du retard à leur retraite et donna à M. d'Escouloubre, marchant à la tète de compagnies de Champagne, le temps d'arriver à Ponte-Novo, pour seconder M. de Vargemont, avant que l'ennemi eût passé cette rivière; son détachement et celui de la légion de Soubise les poursuivirent vivement. Nous eûmes dans cette action MM. de Chamiso, capitaine, de Ségur, de Bexon et du Bayet fils, tués ou morts de leurs blessures; 50 ou 60 soldats ou sous-officiers tués ou blessés. La perte des Corses peut s'évaluer à 200 hommes tués ou noyés. Cet événement les consterna et discrédita Paoli au point qu'il ne put rassembler des forces imposantes au couvent de Merosagiia.
M. de Vaux fit alors partir de Lento, le 8 au matin, M. Pouchot, officier de mérite, passé en Corse avec M. de Bourcet, et le chargea d'aller reconnaître le chemin de Lento à Borgo. Il lui donna la compagnie de grenadiers de Royal-Italien comme escorte. Mais les habitants, se montrant tout à coup sur les hauteurs de ce village, tirèrent sur nos troupes, qui prirent l'épouvante et s'enfuirent, abandonnant M. Pouchot qui fut assassiné par les Corses.
M. de Vaux s'établit au couvent d'Omessa ; les grenadiers et chasseurs de l'armée campèrent près de ce village, et le reste des troupes en avant, à cheval sur le chemin de Corte; les volontaires de l'armée à main gauchC;, et la légion de Soubise près du pont de Castista à la droite.
L'armée marcha le 21 à Corte sur deux colonnes. Celle de droite,
sous M. de Boufflers, composée des régiments de Champagne et d'Aquitaine, se dirigea sur Corle; la légion de Soubise éclaira le flanc droit de cette colonne. Celle de gauche, sous M. d'Escouloubre, avec tous les grenadiers et chasseurs à l'exception de ceux de la Marck, des pièces de canon, des régiments de la Marine, Royal-Italien, Tournaisis, Epptingen, et des équipages, se dirigea sur Corte par le chemin ordinaire, les volontaires de l'armée éclairant le flanc. Le B. de la Marck resta en avant d'Omessa, à la gauche du chemin de Corte , et un autre B. fut renvoyé sur la rive droite de la rivière de Cazalinca, pour communiquer avec le régiment de Languedoc à Merosaglia.
La marche sur Corte se fit sans obstacle; on s'en empara, ainsi que du château. M. de Vaux prit son camp sur la rive gauche du ïavignano, la droite au-dessous de Corte, les volontaires à la gauche de la ligne, et la légion de Soubise dans le couvent de Saint- François, sur la rive droite de la rivière. Sur les représentations de M. de Boufflers et d'Arcamnal, M. de Vaux se détermine à attaquer le village de Petra-Alba. MM. de Boufflers et d'Arcambal y marchèrent le 10 au matin avec toutes les troupes restées à San- Nicolao. Le village était occupé par des Balagnais; ils se retirèrent aussitôt, les uns sur la Balagne, les autres sur d'autres points.
M. de Marbeuf s'avance le même jour à Vignale et au couvent de Luciana, et y met le feu, La soumission de Petra-Alba fut suivie, le 10 et le dl, de celle de la piève de Caccia, au-dessous des montagnes d'Asco, à la rive droite de l'Ostricone. Ainsi M. de Vaux se trouva maître à cette époque de toute la masse du pays compris depuis l'embouchure de cette rivière au couchant jusqu'à celle du Golo au levant. MM. de Boufflers et d'Arcambal prirent sur eux d'occuper le couvent de Cassia; M. de Vaux se porta, le 11, à la gorge San-Giacomo et ordonna que l'on travaillât à un camp retranché pour 2 B. Il renforce la réserve de M. d'Arcambal de 4 B. du régiment Dauphin, chargé de veiller sur le Nebbio. Il établit trois camps, le premier sur les hauteurs en avant de ce village, le deuxième à la gauche de San-Giacomo, le troisième à San-Nicolao, et il met un détachement à San-Pietro. M. de Vaux renforce aussi la réserve de M. de Marbeuf des 2 B. de Languedoc, de l'infanterie et de 6 compagnies de dragons de la légion de Lorraine; retire de cette réserve les dragons et le
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détachement d'infanterie de la légion de Soubise; cette infanterie se réunit à son corps; de plus, des dragons sont placés à Borgo, avec 2 compagnies d'infanterie pour assurer la communication de M. de Marbeuf avec Baslia, lorsqu'il passerait le Golo. Il envoie une compagnie de dragons et de l'infanterie de la légion de Lorraine à Saint-Florent. Il porte le quatrième B. d'Aquitaine h San-Martino près de la Yalpagola, inlermédiairement entre Lento et Borgo, assurant la communication entre ces deux postes et veillant sur le Golo; enfin il détermine une garnison, sous M. de Bichebourg, pour la garde de Lento. Toutes ces dispositions reçurent leur exécution dès le 13 mai. Le 14, Paoli proposa un armistice à M. de Vaux; celui-ci lui répondit qu'il se préparait h lui en dicter les conditions.
M. de Boufflers, jusque-là resté dans la partie de San-Nicolao, de la gorge de San-Giacomo et de Petra-Alba, ramène sa division dans la partie de Lento le do^ et campe à Canavaggia au-dessus de Ponte-Novo. Le corps de l'armée se trouvait à celte époque composé de 17 B., du corps des volontaires, de la cavalerie et de l'infanterie de la légion de Soubise.
L'armée se mit en mouvement de Lento le 16 au matin, sur deux colonnes. Celle de droite (M. de Boufflers) était formée de la légion de Soubise (avant-garde), suivie des grenadiers des régiments de Champagne, Aquitaine et la Marck, et de l'artillerie, qui vint s'y réunir à Ponte-Novo, des campements et 2 détachements des troupes de cette colonne pour les nouvelles gardes, des régiments de Champagne, Aquitaine et de la Marck, des équipages du quartier général et de ceux des troupes, escortés par les anciennes gardes. Celte colonne, partant de Canavaggia, passe le Golo à Ponte-Novo. La colonne de gauche (M. d'Escouloubre) se composait des volontaires de l'armée (avant-garde), suivis des grenadiers et des chasseurs de la Marine, Royal-Italien, Epptingen; de la cavalerie, des chasseurs de Tournaisis. Celte colonne passe le Golo au-dessous de la première sur un pont de chevalets jeté à cet effet pendant la nuit. Les volontaires sont dirigés sur la montagne au-dessus du village de Pastoreccia, et le reste des troupes, remontant le Golo à sa rive gauche, se réunit à la colonne de droite au delà de Ponte-Novo. L'artillerie et les équipages du quartier général suivirent la direction de cette colonne jusqu'à la rencontre du chemin
ordinaire de Bastiaà Corte, qu'elles prirent pour se joindre à la colonne de droite à Ponte-Novo et y passer le Golo. Personne ne se présenta pour défendre le passage. M. de Vargemont, à l'avant-gai'de de droite avec la légion de Soubise, se dirige sur une arête où passe le chemin de Mirosaglia à Corte. M. de Viomesnil gravit sans obstacles la première pente, et, ayant découvert les ennemis, il les pousse de hauteur en hauteur pour gagner la sommité principale de la montagne et y attendre en sûreté les grenadiers et chasseurs dont il croyait être suivi : le feu de l'ennemi et la nature du terrain le portèrent jusque sur le Prato de Mirosaglia.
M. de Vaux, qui l'avait vu arriver sur la première hauteur et de là se remettre en marche sans tirer un coup de fusil, crut être toujours à même de le soutenir s'il était nécessaire. La direction que M. de Vargemont avait prise pour couvrir le flanc droit de l'armée était un point trop intéressant à la sûreté de la retraite de Paoli pour qu'il ne l'éclairât pas; la légion de Soubise, à peine en route, eut des coups de fusil à essuyer. M. de Vargemont demanda d'être soutenu par quelques compagnies de grenadiers et proposa de chasser l'ennemi et de s'emparer des crêtes qu'il garnissait. L'intenlion de M. de Vaux n'étant pas d'aller jusque-là, il lui envoya d'abord 2 compagnies de grenadiers pour le soutenir sur le point de la crête par laquelle il cheminait à hauteur et même un peu en arrière, où il attendit un nouveau renfort : M. de Vaux le lui refusa, avec ordre de ne pas s'avancer davantage, et même de rejoindre l'armée, s'il ne se sentait pas sûr de pouvoir tenir avec sa légion le point qu'il occupait. Il y resta. Les troupes des deux colonnes réunies en avant de Ponte-Novo, M. de Vaux porta l'armée au village de Valle et la fit camper, se prolongeant sur l'arêle derrière Valle.
M. de Vaux se détermina enfin h s'informer de M. de Vioménil; un grenadier, qui put arriver, lui porta l'ordre de se replier.
L'armée marcha sur Mirosaglia le 17, en deux colonnes; celle de droite (M. de Boufflers) comprenait Champagne et Aquitaine, précédés de leurs chasseurs et suivis des équipages. Partant de Valle, cette colonne prit le chemin ordinaire de Corte à Mirosaglia; la légion de Soubise en fit l'avant-garde. La colonne de gauche, avec M. d'Escouloubre, comprenait la Marine, la Marck, Royal-Italien,
Tournaisis et Epptingen, précédés de leurs grenadiers et chasseurs, suivis de l'artillerie et des équipages. Cette colonne, se rend à Mirosaglia par le chemin ordinaire, les volontaires à l'avant-garde. Celte marche fut très tranquille; tous les villages de la piève de Rostino, ainsi que le couvent de Mirosaglia, étaient abandonnés. Les volontaires de l'armée campèrent près du village de la Rocca- Soprano; M. de Vaux établit son quartier général dans celui de la Rocca-Soitano avec les troupes au-dessous.
M. de Marbeuf seul éprouva de la résistance au passage du Golo, défendu par 5 à 600 Corses et des redoutes. M. de Vioménil, à l'avant-garde avec la légion de Lorraine, passe la rivière à gué audessous du pont, tourne les redoutes et prend l'ennemi à dos ; mais, après une fusillade assez vive, il se retire, et M. de IMarbeuf se porte alors sans obstacle jusqu'au mont Santo-Angelo où il campe avec les 7 B. formant sa réserve; il met M. de Viomesnil avec l'infanterie de sa légion au village de la Penta et forme sa cavalerie près du pont du Golo. Les habitants d'Omcssa envoyèrent leur souraissior: le 19.
Le 20, l'armée y marcha sur une colonne, les volontaires de l'armée et M. de Viomesnil comme avant-garde; l'infanterie de la légion de Soubise s'allongeait sur les flancs pour la couvrir; le détachement de dragons de cette légion suivit les volontaires et forma la tête de la colonne.
M. de Marbeuf fut chargé de j)ourvoir, par sa réserve, à la communication avec Corte jusques et y compris Mirosaglia. En conséquence, il envoya le régiment de la Marche à San-Antonio de la Casablanca, et celui de Languedoc à Mirosaglia; M. de Campenne s'établit au village de la Rocca-Soprano, gardant le couvent par un poste.
Paoli se retira le 20 ci Vivario, à 10 milles de Corte, sur le chemin de Bogognano, suivi de peu de partisans. Clémente, son frère, passa dans le Niolo, et de là à Yico. L'établissement des troupes à Pietra- Alba et à Caccia, le passage du Golo et la fuite de Paoli, firent craindre à la Balagne d'avoir à supporter tout le poids de la guerre, si elle tardait plus longtemps à se soumettre. Elle envoya des députés à M. de Lucker à Calvi ei à M. d'Arcambal à Pietra-Alba, ofl'rant de remettre aux troupes du roi l'Ile-Rousse, les canons, munitions, etc., qui s'y trouvaient. M. d'Arcambal se porta toutdesuite
lie LES GUERRES SOUS LOUIS XV.
à rile-Rousse, où il fut acclamé; son régiment et celui de Médoc le joignirent le lendemain; il les établit à Belgodère et à Santa-Reparala, et mit une garnison à l'Ile-Rousse.
Pendant ce temps, M. de Lucker envoyait un détachement, sous M. Geoffre, pour s'emparer de la tour de Giralalte. Le 23, M. de Vaux dépêche au roi M, de Vauborel, son gendre, pour lui porter la nouvelle de la prise de Corte et de la bonne direction des affaires. Nous étions maîtres en etïet de toute la partie de la Corse, dite en décades monts, jusqu'à l'embouchure du Tavignano; mais tout le pays à la rive droite de cette rivière, à l'exception d'une partie du Morbo, était encore retenu par la crainte ou l'argent de Paoli.
M. de Narbonne, toujours sur les montagnes de Mortello, envoya le 17 un détachement considérable sur la Mezaiia; l'ennemi occupait les hauteurs, d'où il fut facilement délogé avec beaucoup de tués et de blessés.
M. de Vaux réunit, le 3 juin, le deuxième B. de la Marck à Omessa, qu'il remplace par le deuxième B. de Languedoc tiré de Mirosaglia. Décidé 11 se mettre en marche de Corte le 4, pour arriver le 5 à Vivario, il forme un détachement de 14 compagnies de grenadiers, des 7 B. de la réserve de M. de Marbeuf et en donne le commandement à M. de Campenne. Il distrait pareillement de cette réserve la légion de Lorraine avec M. de Vioménil.
Le 3, ces deux détachements quittent leurs camps de Mirosaglia, Loreto et la Penta pour se porter par la plaine d'Aleria dans le Morbo, et de là M. de Viomesnil marche sur Porto-Vecchio et M. de Campenne à Ghisonni.
L'armée se met en mouvement de Corte, le 4 juin, passe au delà des monts et se joint à M. de Narbonne : elle marche sur deux colonnes; la légion de Soubise, formant l'avant-garde de celle de droite, passe le Tavignano et la Rastonica sur les ponts de pierre au-dessous de Corte; les volontaires de l'armée forment de même l'avant-garde de la colonne de gauche, qui traverse le Tavignano sur le pont de bois jeté au-dessous de Corte; l'armée campe le même jour, 4, en avant du village de Serraggio di Venaco. M. de Vaux, avec son quartier général à Serraggio, laisse à Corte M. Duroure, plus 2 B. de Dauphin retirés de la réserve de M. d'Arcambal, le chargeant de fournir les escortes nécessaires à la sûreté des convois de Corte à Omessa. L'armée s'avance, le 5 au matin, pour passer le
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Vecchio. La colonne de droite (M. deBoufllers) se dirige par le chemin ordinaire de Vivario sur l'ancien pont du Vecchio. La légion deSoubise et les volontaires de l'armée de MM.de Vargemont et de Viomesnil formèrent la colonne de gauche et passèrent le Vecchio sur le pont de bois jeté le matin. Le pont une fois rétabli, les troupes suivirent le chemin ordinaire de Bogognano.
Le 5, l'armée campe sur les crêtes au-dessus du village de Gatti, d'où Paoli était parti le matin. Le régiment de la Marck, avec M. de Wimpfen, y est laissé, 1 B. restant à Venaco et l'autre sur les hauteurs près du pont de pierre d'Olmitana.
M. de Vaux séjourne le 6 et le 7 à Gatti.
Le 8, l'armée marche à Bogognano sur une colonne, avec la légion de Soubise et les volontaires de l'armée comme avant-garde; ces deux corps sont suivis des grenadiers et chasseurs, de l'artillerie, des régiments de la Marine, de Champagne, d'Aquitaine, des équipages. Le régiment de Tournaisis et le quatrième B. de la Marine, sous M. de Gontaut, restent au-dessus de Gatti.
Le 8, l'armée arrive sans combat à Bogognano. Un détachement de la division de M. de Narbonne, commandé par M. de Sion ville, se porte au-devant d'elle. L'armée campe en avant et au-dessous de Bogognano, dans la direction d'Ajaccio.
Paoli arrive le 5 à Bogognano, mais dès le G il est à Bastellica, à 10 milles à la gauche de Bogognano ; il se rend le 8 au village de Gnensa. Voyant qu'il ne peut plus rallier ses partisans, il s'embarque le 13 à Porto-Vecchio pour Livourne, sur un bâtiment anglais. Très bien accueilli par le grand-duc Pierre-Léopold, avec 340 proscrits, il se réfugia ensuite en Angleterre. L'Assemblée constituante le rappela le 30 novembre 1789. Le 22 novembre 1790, il s'y présenta à la tête d'une députation, puis il reparut en Corse plutôt comme un souverain qu'en simple citoyen. On l'accusa de projets d'ati'ranchissement sous la Convention. Il accepta les secours de l'Angleterre et, le 2-2 mai 179i, opér.iun débarquement en Corse. Son autorité s'y maintint jusqu'au 22 octobre 1796. Dénoncé, déclaré traître 5 la République, mis hors la loi, il fut alors obligé de se retirer à Livourne, puis encore à Londres, où il mourut le 5 février 1807. Paoli est un de ces hommes dont le caractère et la noblesse seront admirés par la postérité. L'unique pensée de sa vie fut de rendre à sa patrie l'indépendance et la liberté, l'établir un gou-
vernement régulier chez un peuple qui n'en voulait pas, réunir sous les mêmes lois des hommes divisés et indisciplinés, former des troupes réglées, instituer des universités, créer des tribunaux, se faire aimer en se faisant obéir, est bien la pensée d'un grand législateur. Un grand nombre de célébrités s'y intéressèrent. Alfieri lui dédia sa tragédie de Timoléon; Boswel, écrivain anglais, M. de Pommereul, le baron Frédéric, fils du baron de Neuhof, ont laissé des particularités sur sa vie.
Le 8 juin 1769, deux Corses, assis sur le revers d'une montagne, gardaient un profond silence, accablés sous le poids de leurs pensées. Des feux disposés symétriquement brillaient au loin et signalaient l'emplacement du camp de l'armée française. L'un de ces hommes était Pascal Paoli; l'autre, Charles Bonaparte, propriétaire à Talavo, qui, à la tête de sa piève, combattait sous les ordres de Paoli. (( Ami, dit-il à Bonaparte, le sort en est jeté, il faut tenter un dernier effort; vaincu, soumets-toi aux Français. Tyrannie pour tyrannie, mieux vaut celle qui n'est pas italienne. Vis pour consoler ton épouse et ta famille; moi, je dois mourir. » Us se levaient, quand une femme parut tout à coup. Elle était jeune et belle. Ses traits légèrement fatigués, et son sein fortement arrondi annonçait que bientôt elle serait mère. « Lœtilia Ramolini, s'écria Bonaparte d'une voix sévère, pourquoi avez-vous quitté Corte? pourquoi sans cesse paraître au milieu des hasards de cette guerre périlleuse? — Charles, quand on se bat, je veux être toujours près de toi et partager ton sort. Si j'étais si brave, c'est que mon enfant me protégeait. — Retire-toi, Lîçtitia, je t'en conjure; d'ici à quelques heures peut-être les destinées de la Corse vont se décider. » Un coup de canon retentit dans le lointain. A ce bruit, Lpetitia Ramolini sentit son enfant bondir. « Viens, s'écria-t-elle, vive la Corse ! » Bonaparte allait céder, Paoli interposa son autorité. LcCtitia partit la nuit même pourrctourner à Corte. Deuxmois après, le 15 août 1769, La?titia Ramolini accouchait dans la ville d'Ajaccio d'un fils appelé Napoléon Bonaparte (1).
(1) L'acte suivant du 7 janvier 17G8, trouvé dans les Archives de la guerre, semble on contradiction avec celui du 15 août 1769; il donne lieu à plus d'une observation et porte texte pour accuser Charles Bonaparte d'avoir troni])é sur l'âge de son fils au moment où il entrait à l'École militaire. Est-ce une substitution au moment de son admission, ou un droit à établir d'être Français, en vertu de l'édit de
Le 10, M. de Vaux forme un détachement de iM. de Boyet sur Baslellica; il y marche le -12, et s'en empare. La soumission de Bastellica, du Celano, de la province de la Rocca et de tout le pays jusqu'à Porlo-Veccliio et Bonifacio, détermina M. de Vaux à renvoyer le régiment de Champagne ùBogognano, et à ne prendre avec lui que les volontaires de l'armée et la légion de Soubise pour se rendre à Bastellica, Ornano, Istria, Olmeto et Sartène, où M. de Narbonne porta le régiment de Provence à la nouvelle
Louis XV en date du 15 août 1768, portant annexion de la Corse à la France? ce sont des points difdcnltueux que je laisse à débattre. Ce qu'il y a de certain , c'est ([u'aujourd'hui les actes civils originaux du 7 janvier 1768 à Corte et du 15 août 17G9 à Ajaccio n'existent plus dans les registres de ces mairies; que ces feuilles ont été lacérées. Sans attacher d'importance à ces deux dates, disons que Bonaparte fut français par les services qu'il rendit au pays.
7 janvier 1708.
.Ministore de la guerre, pièce ii" 1 (du volume Napoléon). Copie de l'acte de baptême de Na2}oléon Bonaparte. .4nno Domini millesimo septingentesimo sexarjesimo octavo, die verooctava niensis Januarii, liera vigosima sccunda circiler, ego iiifra scriptus soleninita in ecclesia i>roparocliiale sanctissimœ Annunciationis baplizari infantem nalum die seplima cjn.sdem mensis januarii ex illustrissinio domino Carolo Bonaparte et domina Lelitia, civilatis Adjacii conjugibus, in liac urbe commorantibus, oui impositum fuit nomen Nabulion, patrini l'uerc illustrissimus dominas Joannes Thomas Arrighi de Casanova et cjus uxor domina Maria. In ([uorum fidcm Franciscus Autouius GafTori i)ra'posilus Sancti Marcelli Corles etPinlliius Apostolicus. Ita rcperitur in registre libri baptizalorum liujus civilatis Corlis anni 4768, pénis me infra scrii)tum exislente subscriiiti meique Gentilitii sigilli impressione nmnivi. Corte liac die 19 julii 1782.
In(|uoru:n lideni me Doctor Franciscus Anlonius,abbas Ga(rori,pra'positus Cortis et Protliius Ai)ostolicus.
Nous Augustin Adriani, conseiller du roi, juge royal, civil et criminel et de police des villes et juridictions do Corte, certilions et attestons à tous ceux qu'il appartiendra que la signature apposée au bas de l'acte d'autre part, est véritablement celle de M. François-Antoine GalTori, curé de Corte, et que foy doit être ajoutée aux actes par lui signés en cette qualité tant en jugement que dehors.
En foi de quoi avons signé les présents et y avons fait api)oser le sceau de cette juridiction royale.
Fait à Corte le 19 juillet \~8i;sioné .-Adriani'.
Pour copie conforme délivrée au Dépôt de la guerre, le 10 septembre 18iC, le chef de bureau des lois et archives, Rousseau ; le colonel chef de la 2'= section, Michel. Vu : le conservateur des archives.
Colonel Brahaut.
Acte de naissance et de baptême de Napoléon /". École royale militaire. Compagnie des cadets gentilshommes. L'an du Seigneur 1771, 2> juillet, à Ajaccio. Je soussigné fais foi et atteste que, dans le livre paroissial de cette église cathédrale d'.\jaccio sur lequel sont inscrits les noms des baptisés.
L'an 1771 le 23 juillet, les cérémonies sacrées et les prières ont été administrées par moi sous-sigué économe, à Napoléon, lits né en légitime mariage du sieur Cliarlej,
du départ de Paoli. A peine élail-il sorti du port, que la ville de Porto-Vecchio offrit sa soumission. M. de Viomesnil en prit possession le lendemain.
M. de Vaux, de retour à Bogognano le 21, envoie M. le duc de Lauzun porter au roi la nouvelle de l'embarquement de Paoli et de la soumission de toute la Corse, et dès le 22 il met les troupes en marche de Bogognano pour les ramener à Gorte, où elles arrivèrent le 23. M. de Vauborel, porteur de la nouvelle de la prise de Gorte et de la soumision de la Balagne, revint le 22^ de retour de sa mission.
M. de Vaux détermine, le 24-, les quartiers et cantonnements qu'il voulait occuper et y achemine les troupes dès le 25.
Le 23, il dirige les 2 B. de volontaires de l'armée dans le Niolo, à l'exception des compagnies laissées dans la piève de Giorellina. Ces 2 B. y arrivèrent sans obstacle.
M. le duc de Lauzun (1), aide-major de M. de Vaux, chargé
fils du feu sieur Joseph BonaparlCjCt de la dame Maiio I.;utizia son épouse, (lequel est) né le d5 août 1709.
Al qualc sli fu data l'acqua en casa di licenza dal molto Uevercndo Luisano Buonaparte, ed anno assistito aile sacre cérémonie per patrino il signore Lorenzo Giubega di Calvi inocuratore del re, e per matrina la signera Geltruda Moglic del signer Nicole Paravisino.
In quorum lidem Prèle Geo., Boita Diamanle économe d'Ajaccio.
Nous Demetrio Stefanopoli, avocat au conseil supérieur de Corse et le premier au siège royal d'Ajaccio, faisant les fonctions de juge à la récusation de M. Charles Bonaparte, assesseur.
l'hait et donné à Ajaccio en notre hôtel, le 23 juin 1770.
(1) Lauzun (Armand-Louis de Gontaut-Biron, duc de), entre dans le régiment des gardes; marié, le 4 février 17()6, à Amélie, lille unique de Charles-Joseph, duc de Boufllers, orpheline, élevée par sa grand'mère, la maréchale de Luxembourg, femme charmante, mélange de finesse et de naïveté, dit M"'" Necker. Aide de camp de M. de Chauvelin, qu'il accompagne en Corse, 1768; colonel de la légion Royale, 1774, à Mouzon. Lors de son licenciement, en 1776, passe à Royal-dragons à Sarrelouis, qu'il quitte en 1778. Lève, arme, équipe un corps de 2,000 hommes destinés aux Indes; s'embarque à Brest à bord du Fendant, commandé par M. d'Eslaing, et se trouve au combat de la Grenade. Chargé d'une expédition contre le Sénégal, Gambie et quelques autres établissements de la côle, à la tête d'une petite escadre, il arrive au cap Blanc, enlève le fort le 30 janvier 1779, et envoie une partie de sa flotlille devant les possessions du littoral, qui furent promptement emportées; revient en France. A la tête de l'armée du Nord, 1792 ; guillotiné le 31 décembre 1793. Grand séducteur, grand amateur de chevaux de courses, dont le premier il apporta la mode en France; homme de cour, bel esprit, chevaleresque, sacrifiant tout aux lenmies, héros brillant, toujours brave. Il a laissé des mémoires
CONQUÊTE DK LA CORSK (1731-1770). 121
de porter au roi la soumission de la Corse et du départ de Paoli, arriva le 59 juin h cinq heures du soir à Saint-Hubert (I).
M. de Vaux, ayant ordre de faire repasser en France 22 B., et M. de Choiseul lui ayant témoigné le désir qu'ils pussent y arriver le 1" septembre, fit embarquer à Saint-Florent à trois époques différentes, depuis les derniers jours de juillet jusqu'à la fin d'août, les régiments de Champagne, la Marine, Dauphin, Aquitaine et Epptingen; ceux de la Marck et d'Anhalt reçurent contre-ordre, M. de Vaux ayant fait observer que les 20 B. qui resteraient en Corse ne suffiraient pas à la garde de cette île.
Le régiment Dauphin est relevé à Baslia par celui de Rouergue; ceux de Champagne et d'Aquitaine^ par celui de Languedoc; le régiment de la Marine, par celui de Médoc, qui prit garnison à Saint-Florent; Epptingen, par des détachements de Lorraine et de Royal-Italien. M. de Leuchères repassa en France le 26 août, laissant dans l'île un régiment indigène (2).
Plus lard, le 15 septembre 1770, M. de Marbeuf convoque à Bastia, d'après les ordres du roi, une consulte générale de la nation. L'assemblée était composée des trois ordres. M. de Marbeuf y annonça que toutes les offenses de la guerre étaient pardonnées, que le roi désormais adoptait les Corses et les aimait comme ses sujets, qu'il ne s'occuperait plus que de leur prospérité, et il reçut
(de 17 17 à 1783. — Il étnil fils de Goiilaiit (Charles-Ânloiiie-Arniand], frère caJet de Louis-Aiiloine. né le 8 sei)lembrc 1708; dabord marquis de Montferrant: colonel de Mailly, mars 1735; brifjadier, 13 février 1743; marécbal de camp, 31 octobre 1745; gouverneur de Landau, mai 1747, par la démission du duc de Biroii, son père; lieutenant général, 10 mars 1748. Gouverneur du Languedoc et marécbal de France le 24 février 1757 ; épouse, 21 janvier 1744, Anloinolle Crozal du Cbàlel. morte en niellant au momie, le 15 avril 1747, le duc de Lauzun.
(1) Petit cbAteau appartenant an duc de Penlbièvre et rebâti par Louis XV en 175G. situé à cinq lieues de Versailles entre la forêt de Saint-Léger et celle de Rambouillet, au village de Perray, route de Paris à Nantes. Le roi s'y rendait souvent pendant les cbasses. Ce château fut* détruit à la révolution. Une vue en est conservée au musée de Versailles (salle 34, n» 731'.
(2) Le régiment provincial de l'île de Corse fut rangé tantôt parmi les troupes réglées, tantôt parmi les provinciales. Levé en Corse en 1768, il prend rang d'abord, avec le n° 94, sous le nom de régiment d'infanterie corse de Biiltafoco. En 1772, il devient le 48' provincial. Son service explique ces diverses variations. Chargées de la police intérieure de file, quelques compagnies y demeuraient huit ans à tour de rôle.
ensuite, au nom de Louis XV, le serment de fidélité de la nation corse.
Des deux conquêtes de M. de Clioiseul (1), la Corse resta dès lors annexée à la France; au contraire, Avignon et le comtat Venaissin ne tardèrent pas longtemps à être rendus à l'Église.
La Corse, aujourd'hui notre possession, est une station militaire, industrielle et agricole de la plus haute importance. Munie de fortifications, occupée par un nomhre suffisant de vaisseaux de combat, de course et de transport, elle nous sera, en temps de guerre, une sentinelle avancée surveillant le golfe de Gênes, la mer Tyrrhénienne, la mer d'Espagne, et menaçant la Sardaigne. Vaste camp retranché, couvrant Toulon, Marseille, offrant aux flottes un excellent appui pour se porter en avant, elle est un refuge assuré en cas de désastre, en barrant le passage aux vaisseaux ennemis. L'amiral Nelson disait, avant de s'ensevelir dans sa dernière victoire : « Donnez-moi le golfe de Saint-Florent avec deux frégates, et je me charge d'empêcher que pas un vaisseau ne sorte de Marseille ou de Toulon sans tomber dans mes mains. » En parlant de la Corse, Napoléon à Sainte-Hélène s'écriait tristement : « Je voulais consacrer 20,000 hommes à sa pacification et 30 millions à sa prospérité : le temps m'a manqué. » C'est un des pays les plus accidentés, tourmentés de l'Europe; tous les contrastes s'y trouvent, tous les extrêmes s'y louchent. Les habitants participent des qualités et des défauts du climat et du sol : imagination vive, tempérament ardent; caractère inégal, emporté, violent; mais patients, toujours fidèles dans l'amitié comme dans la haine.
(I) M. de Clioiseul, qui dans celte conquête laborieuse avait eu à lutter contre tant d'obstacles, rencontra plus d'une fois des difficultés du coté qu'il devait le inoins s'y attendre. Ainsi M. de Chauvelin, auquel le liait la plus étroite amitié, ne fut certes pas très heureux en Corse. Le ministre protégeait de même hautement le jeune M. de Ludre. Des papiers de famille dont communication m'a été donnée m'ont permis de suivre la longue correspondance échangée entre M. de Chauvelin et le lieutenant-colonel de Ludre pendant et après l'affaire de Borgo. Elle semble justifier M. de Ludre, laissé loin du quartier général sans secours, sans nouvelles, puisque le conseil de guerre reconnut à l'unanimité que le manque de vivres et de munitions motivait seul la reddition de la place. M. de Chauvelin, très embarrassé de ce grave échec vis-à-vis de M. de Choiseul, en rejetait la faute sur M. de Ludre, qui de son côté accusait M. de Chauvelin avec une telle vivacité qu'ils voulurent se battre et que la différence de grades seule rendit le duel impossible.