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iU LES GUERRES SOUS LOUIS XV.
doit ni ce qu'on veut faire. On a pris d'abord la direction de la rive droite duDuero; on sent, je crois, qu'on a mal fait, si l'on veut revenir à Almeida pour marcher entre le Duero et le Tage, comme il m'a paru que c'était l'intention du roi; mais je ne vois pas qu'il y ait encore rien de décidé. M. de Sarria s'obstine à demeurer ici, où on a perdu et on perd un temps précieux. On attend les derniers ordres de la cour pour savoir si l'on continuera à opérer sur la rive droite du Duero en tentant de prendre Oporlo. Si l'on prend ce parti, il faudra aussi faire le siège de Valencia, et pour lors on serait maître des deux provinces, savoir : de celle de Tra los Montes et de celle entre Duero et Minho. Si au contraire on se détermine à aller à Almeida, il faudra rétrograder et venir repasser le Duero à Zamora, parce qu'on assure qu'on ne peut jeter des ponts sur le Duero, à cause de son encaissement entre les rochers. Ce mouvement va encore prendre bien du temps; je crains qu'il ne soit trop tard, car les ennemis se rassemblent à Abrantès. Si nous faisons le siège d'Almeida, nous leur donnons encore plus de temps; si nous masquons cette place pour marcher à eux, nous n'aurons pas assez de monde, car vous sentez bien qu'il faudra en laisser dans la partie que nous quittons.
«Notre grosse artillerie rétrograde par Zamora et Salamancasur la direction de Ciudad-Rodrigo; on a aussi envoyé dans cette partie un lieutenant général avec un corps de cavalerie et d'infanterie. Nous sommes ici : les régiments des gardes espagnoles et wallones, deux autres d'infanterie et quelque cavalerie et dragons. Nous avons un détachement de 3,000 hommes h Moncorvo près du Duero, à douze lieues d'ici, et 4,000 hommes, avec un lieutenant général, qui étaient à Bragance et qui ont eu ordre de s'avancer à Chaves, qui était occupé seulemen t par les volontaires d'O'Reilly. On vient d'avoir dans le moment nouvelle que, les volontaires ayant voulu s'avancer jusqu'à Villareal pour soumettre le pays, qui est un pays de montagnes très difficiles, les paysans se sont soulevés, et le détachement a été obligé de se retirer et a été poursuivi jusqu'à Chaves; il a perdu quelques hommes, a tué des paysans et fait des prisonniers... »
II était heureux pour les généraux espagnols que l'armée portugaise laissât elle-même beaucoup à désirer sous le rapport de l'organisation et de la discipline. L'état militaire du Portugal avait l'air
1res respectable. Le roi payait une armée, mais il ne l'avait pas encore et, loin d'améliorer, elle diminuait tous les jours de valeur : la malpropreté et l'indiscipline faisaient dans la troupe portugaise un progrès journalier. Les officiers étaient mal choisis, mal payés, et cependant ils ne servaient que par intérêt; l'honneur n'était point introduit parmi eux, mais l'extériear était encore un peu soutenu par les règlements. La coupe des habits et le maniement des armes étaient à la prussienne.
« L'état des troupes du roi de Portugal est trop considérable pour un royaume si petit, surtout avec la méthode que le ministère se pique de suivre de ne recruter dans le pays et de ne recevoir aucun soldat étranger dans les régiments; cette exclusion est contre l'intérêt de la population. A la déclaration de la guerre en 1762; le Portugal se trouvant sans officiers et sans soldats, l'épouvante et le besoin ont fait recourir le ministère à tous les moyens pour avoir des officiers étrangers; on a ouvert la porte à tous les aventuriers déshonorés et chassés des armées qui traînaient un habit d'officier dans différentes capitales... Quant aux officiers portugais, leur paye ne suffit qu'à les faire vivre comme les soldats, dont ils deviennent camarades et amis; tous les postes subalternes sont remplis par des bourgeois et des hommes de la plus médiocre naissance. Leur haine pour les étrangers, fondée sur ce qu'ils ont moitié plus de paye, les empêche d'apprendre rien d'eux, et ils vivent dans l'ignorance et dans la misère. Ce sont là les vices de l'armée portugaise... » (D. G.)
Vers la fin de juin, les Portugais, mettant à protit l'inaction de leurs ennemis, commençaient leur concentration à Abrantès. Charles III voulut aller les combattre; mais, dans l'obligation d'avoir égard à ses communications, on se décida pour le siège d'Almeida. Le roi, ayant enfin reconnu que la charge donnée à M. de Sarria était au-dessus de ses forces, appela à l'armée le comte d'Arranda pour être adjoint au général en chef (1).
Les Espagnols, décidés à opérer entre leDuero et le Tage, fran-
(1) « Il y a beaucoup à dire sur tout ce que je vois ici ; mais c'est en vêrilé vous parler de M. de Sarria qui est le plus pressé de tout. Par les (ails et par l'opinion publique, je crois qu'on peut le regarder comme un des bommes les plus btMes de tous les Espagnols. 11 n'a |)oint d'armée en tête ; la sienne ne manque de rien; il a
chirent le premier de ces fleuves et se trouvaient, vers le 20 juillet, tous rassemblés à Giudad-Rodrigo pour marcher à Almeida, oià ils devaient être rendus le 28. « Nous voici tous rassemblés à Giudad- Rodrigo, écrit M. de Beauteville à M. de Choiseul le 21 juillet, nous allons vraisemblablement nous porter vers Almeida, mais je prévois que nous ne pourrons y marcher que par divisions, à cause de la disette d'eau. Il y a déjà deux divisions de parties; les autres vont suivre avec la grosse artillerie...
a Le prince de Beauvau est à la veille de nous venir joindre; il me mande de demander à notre général qu'elle est la place qu'il destine à nos troupes à leur arrivée à son armée. » (D. G., 3619, 19.)
Le 23 juillet, M. d'Arranda se rendit auprès de M. de Beauteville pour lui faire part en grand secret et raisonner du plan de campagne auquel le roi d'Espagne paraissait enfin s'être fixé. En voici les principales dispositions :
Le corps de troupes françaises aux ordres de M. de Beauvau, son commandant, renforcé de 4 B. et de 8 E. espagnols, sera chargé de la conquête d'Oporto et de ce qui reste aux Portugais des provinces entre le Duero et le Minho. Si, pendant le siège d'Almeida^ il n'y a point de certitude que l'armée portugaise puisse se porter en avant pour faire lever le siège, l'intention du roi est que le corps destiné à l'expédition d'entre le Duero et le Minho (qui ne doit pas être employé au siège d'Almeida) se porte à sa destination tout de suite. Les bords escarpés du Duero pouvant être défendus môme par un ennemi inférieur, le roi laisse au commandant de ladite expédition la liberté de choisir le lieu
les pouvoirs les plus étendus, et ne trouve pas les moyens d'opérer. Cependant on dit (]u'enfin il va se mettre en mouvement pour se porter sur Almeida et en faire le siège. En même lemj)s on assure que le roi d'Espagne veut que, sans s'arrêter à aucune place, l'armée marche tout droit à celle que les Portugais rassemblent à Abrantés, ce dont il pourra se trouver fort mal; car. en laissant des places derrière, ses communications seront fort exposées; mais le pis de tout, encore une fois, est d'avoir un général aussi inepte que le sien. Il attend aujourd'hui le comte d'Arranda pour le consulter et peut-être pour le meitre à la place de l'autre... Je viens d'apprendre que, pour ne pas revenir sur le choix qu'il a fait de 51. de Sarria, il lui laissera le commandement et qu'on engagera M. d'Arranda à être son conseil. » (Lettre du prince de Beauvau au duc de Choiseul. adressée de Madrid le 28 juin 1762.)
et la manière dont il devra passer la rivière. Il fera cependant de son mieux pour préférer la direction de Lamego, pour établir la communication de son corps avec l'armée, pendant son séjour à Almeida et successivement dans les autres mouvements qu'elle pourra faire. Après la prise d'Almeida, l'armée se reportera sur Coimbra, où elle doit rassembler et assurer le plus de subsistances qu'il lui sera possible, afin que, marchant ensuite à Lisbonne ou aux ennemis, elle vive de cet établissement avec plus de facilité et moins de transports. La communication d'.\lmeida à l'armée doit se couvrir par des postes principaux sur les points que l'ennemà peut intercepter; on préférera d'en avoir peu, renforcés et assurés par nos retranchements, à un grand nombre qui ne pourraient être que dégarnis.
Si l'armée qui couvre le siège d'Almeida peut, sans attendre la réincorporation du corps détaché entre le Duero et le Minho, s'approcher et tenir tête à l'ennemi, sans mettre en danger ses subsistances, l'intention du roi est qu'elle le fasse. Cependant, si ses forces trop inférieures, ou la situation avantageuse de l'ennemi, rendaient le succès d'une attaque trop incertain, on peut au moins prendre une position telle que, par l'avantage du terrain et le secours de l'artillerie, l'armée soit en sûreté. La conquête d'entre Duero et Minho étant finie, le corps français rentrera dans l'armée avec les troupes espagnoles qu'on n'aura pas destinées à garder le pays conquis. L'armée ainsi renforcée procédera à de nouvelles opérations qui tendent à la destruction de l'ennemi ou à l'acquisition de nouvelles provinces.
Après la prise d'Almeida, on procédera à sa démolition sans perdre de temps. On assistera le corps auxiliaire français de vivres, de munitions, d'artillerie de tout calibre à la réquisition du commandant^ dont les troupes doivent être considérées comme partie intrinsèque de l'armée de S. M., les opérations où elles sont employées étant immédiates au service du roi.
Les 12 B. français avaient eu pour première destination de remplacer dans les garnisons une partie des troupes espagnoles ; mais sur les instances de Charles III on consentit à leur faire rejoindre l'armée, et c'est ainsi qu'après s'être rendus à Yalladolid et à Salamanca, ils arrivèrent le 9 août devant Almeida et campèrent au Val de la Mula, achevant la ligne de circonvallation et appuyant
leur gauche au ruisseau qui coule entre le village et le fort de la Conception (1).
L'investissement de la place était fini depuis le 7 au soir. « Mais cela n'a pas été sans peine, écrit M. de Beauteville, le 9 août, au duc de Choiseul, à cause des bords de la Coa, qui sont des rochers impraticables qui rendent les communications d'une difficulté incroyable... Enfin nous voilà établis, et je crois qu'on commencera à remuer la terre ce soir. » Et il ajoute en post-scriplum : « Depuis ma lettre écrite, nous nous sommes emparés de Castel- Rodrigo. Le gouverneur s'est rendu, après quelques petites façons, à la première sommation ; mais partie de la garnison, qui n'était que de paysans, qu'ils appellent auxiliaires, s'est sauvée. Ce poste de Castel-Rodrigo nous était nécessaire pour bien des objets, et surtout pour le passage du Duero au point de Montcorvo, s'il a lieu comme je l'espère. » (D. G., 3G19, 23.)
M. de Beauvau fut chargé d'assurer le siège d'Almeida en couvrant la communication avec Castel-Rodrigo, pour empêcher les ennemis de nous inquiéter en débouchant des montagnes. Le château d'Alfayates était également intéressant pour mettre à couvert une partie des frontières des incursions des ennemis, et M. de Marbeuf s'en empara le 11.
Par ses deux lettres du 10 et du 13 août, le prince de Beauvau rendit compte au duc de Choiseul de la marche des opérations militaires. La première de ces lettres se termine ainsi : «Je ne puis m'empêcher de vous rendre compte que je suis bien peu satisfait de ce que je vois jusqu'à présent de la composition, de la force et de la façon de servir de l'armée d'Espagne. La désertion, la maraude, l'indiscipline et la mauvaise tenue, de tous points, y sont à
(1) L'inspcclioii de ces troupes à Valladolid avait donné, le 9.1 juillet, les chiffres suivants :
Montmorin, 2 B., 1,239 hommes, 131 hommes manquant au complet ; Royal-Vaisseaux, 2 U., 1,169 hommes, 201 manquant au complet; Auinont, 2 B., 1.152 hommes, 218 manquantau complet; Cambis, 2 B.. 1,201 hommes, 169 manquant au complet ; Artois, 2B., 961 hommes, 89 manquant au complet; la Sarre, 1 H., 591 hommes, 94 manquant au complet ; Royal-Cantabres, 1 B., 451 hommes, 234 manquant au complet. — Total : 12 B., 6,764 hommes; 1.136 hommes manquant au complet des troupes à Valladolid, dont la plus grande partie, aux hôpitaux, devait rejoindre successivement.
CAMPAGNE DK PORTUGAL (1762). 139
leur comble; je ferai tous mes efforts pour en préserver les troupes que j'ai l'honneur de commander; mais les mauvais exemples ont bien de la force. » (D. G., 3Gl'J, 2G .)
L'occupation de Castel-Rodrigo et d'Alfayates semblait garantir les travaux du siège de toute inquiétude; mais bientôt un bruit de rassemblement des Portugais à Guarda allait faire marcher sur ce point nos H B. avec 10 E. espagnols, sous le commandement de M. de Beauvau, pendant qu'un détachement de 1,800 hommes aux ordres du comte de Ricla devait se porter sur Pinhel, communiquant par sa gauche avec le général français, quand à leur approche les ennemis se retirèrent à Castel-Branco.
ce Tous ces différents mouvements, écrit, le 16 août, M. deBeauleville au duc deChoiseul, en imposeront à l'ennemi, nettoieront le pays et doivent assurer notre siège, lequel va lentement. La tranchée est ouverte de cette nuit; on placera demain les batteries, et j'espère qu'elles pourront tirer. Nos bombes n'ont pas produit l'effet qu'on en attendait; mais enfin elles ont toujours fatigué et inquiété les assiégés. » (D. G., 3619, 33.)
Ainsi le corps ennemi le plus rapproché de nos positions étant à Castel-Branco, et comme Pinhel, Alfayates et Guarda étaient occupés, le siège d'Almeida ne courait plus aucun risque d'être inquiété, et on aurait pu alors, en chargeant de cette mission un détachement convenable, faire passer le gros de l'armée à la rive gauche de la Coa et pousser vivement les opérations concertées le 21 juillet, qui ne demandaient que de l'activité pour en assurer le succès. Mais l'indiscipline et la maraude étaient devenus le grand souci de M. de Beauvau; il s'en plaint dans sa lettre du dO août à M. de Choiseul :
« Cuardn, -20 août.
({ Le 15, le marquis de Sarria m'invita à une assemblée d'officiers généraux, sur le mouvement que les ennemis devaient faire pour secourir Almeida. Il fut convenu qu'on joindrait 6 E. aux 4 que j'avais déjà, 4 pièces de 12, autant de 8, et qu'avec ce renfort je marcherais ici pour m'emparer de la ville. Je partis le lendemain, 16, et vins camper à Alca del Ponte. Je fis une marche très longue, trompé par des paysans, cependant de confiance, que les généraux espagnols m'avaient donnés, et très pénible par le manque d'eau.
« Le 17, je vins camper par une marche aussi forte à Marmeleiro, où, mon artillerie n'ayant pu arriver, je fus obligé de séjourner le 18. Malgré la fatigue et une très grande chaleur, j'envoyai le chevalier de Saint-Priest, colonel, avec un détachement pour reconnaître cette ville, où il entra tout de suite, n'ayant rencontré personne en chemin et la ville ayant été abandonnée la veille par un corps qu'on dit être de 1,800 hommes, qui s'est retiré sur Castel- Branco.
« L'artillerie étant arrivée dans la nuit du 18 au 19 à Marmeleiro, j'en partis hier matin et arrivai ici de bonne heure. La situation de la ville et la nature du terrain qui l'environne en font un excellent poste; il y a pour habitants : l'évoque, des prêtres, des moines, des femmes, des enfants, et presque point d'hommes en état de marcher. Les villages des environs sont également abandonnés.
« Il me paraît démontré que le corps des ennemis le plus près étant à Castel-Branco à lA lieues d'ici, Alfayates étant occupé, M. de Rida et moi aussi en avant, le siège d'Almeida ne peut plus être inquiété, et môme qu'on peut en charger un petit corps el passer de ce côté-ci de la Coa avec le gros de l'armée.
« Je dois vous avouer avec beaucoup de douleur que l'exemple des Espagnols qui sont avec nous et l'idée ordinaire au soldat de se croire tout permis en pays ennemi, joint à l'impossibilité de faire suivre les vivres dans des marches forcées, ont donné lieu à une maraude affreuse, pour laquelle j'ai fait pendre deux hommes hier, fait passer plusieurs par les verges, ordonné des retenues sur les officiers et menacé des plus terribles punitions, s'ils ne contenaient pas leurs soldats... Les exemples d'hier ont un peu arrêté la maraude, les habitants reviennent en assez grand nombre et prennent confiance en nous. » (D. G., 3G19, 34.)
Dès son arrivée à Guarda, M. de Beauvau lança plusieurs détachements, dont l'un, commandé par M. de Saint-Hérem, brigadier, fut chargé de ruiner la manufacture de Govilhas (1); un autre, aux ordres de M. d'Egmont, alla reconnaître le poste de Celorico,
(1) Celte ville, assise sur le haut d'une montagne isolée et entourée par une plaine fertile, est un 1res bon poste, autant par sa situation que par la nature du terrain qui l'environne. Tous les villages depuis Almeida jusqu'à Guarda, quoique dépeuplés, sont assez garnis de paille et de bestiaux.
occupé par les ennemis; mais, leur supériorité jointe à une position avantageuse exigeant une attaque en règle, M. d'Egmont, qui était dépourvu d'artillerie, s'établit en présence de l'ennemi et attendit les ordres que M. de Beauvau avait demandés à M. de Sarria pour enlever ce poste de concert avec M. de Ricla, qui occupait Trancoso à la droite et fort près du détachement français. Le général espagnol passa plusieurs jours sans prendre aucune décision, et les ennemis, au nombre de 2,000, s'étant retirés dans la nuit du 29 au 30 août, emmenant avec eux habitants, vivres et voitures, M. d'Egmont occupa immédiatement Celorico.
Sur la nouvelle qu'Alfayates était menacé, un troisième détachement, commandé par le brigadier de Brienne, s'avança jusque-là; mais il ne rencontra aucun parti ennemi et revint à Guarda. Un quatrième détachement, aux ordres d'un lieuteriant-colonel, alla occuper le château de Gaslelloboni pour favoriser notre établissement de vivres.
Almeida ne faisait qu'une faible défense; elle capitula le 25, avant même que la brèche fût achevée, et, le 26, la garnison en sortait avec les honneurs de la guerre (I).
« Les ennemis ont abandonnée Celorico, écrit M. de Beauteville au duc de Choiseul, le 30 août; M. d'Egmont occupe ce poste et y sera relevé ce soir par les troupes de M. de Ricla, à qui on a envoyé cette nuit un renfort. On doit aussi s'emparer de Trancoso, qu'on tiendra en force, au moyen de quoi nous serons maîtres de tous les débouchés en avant et en état de marcher du côté qui nous conviendra. J'apprends à l'instant que les ennemis se sont emparés de Valencia, d'Alcantara à la gauche du Tage, où ils nous ont pris 4 compagnies de milices. Voilà où nous en sommes jusqu'à ce moment. » (D. G., 3619, 41.)
(I) Le chevalier de Beauteville au duc de Choiseul.
« Sous Alnicula, le -20 août 17G2.
« Almeida a capitulé hier. La capilulalion a élé signée à 11 heures du soir-, la garnison sortira demain pour être comliiile à Yiseu avec les lionncurs de la guerre ; mais elle ne pourra pas servir de six mois. On a trouvé dans la place 89 pièces de canon et beaucoup de mortiers... Le gouverneur ni la garnison ne se sont point défendus; ils ont laissé les murailles se défendre; la brèche n'était pas encore faite, et je ne m'attendais pas qu'on pensait à se rendre... » (D. G., .1019, 36 bis.)
Le prince de Beauvmi à M. de Choîseul.
» Guarda, 2 scptcmljre î70-2.
«... M. le comte d'Arranda est venu hier passer la journée ici et ne m'a dit autre chose si ce n'est qu'il ne croyait pas qu'il y eût rien de changé au plan arrêté par le roi d'Espagne le 21 juillet; que l'armée devait venir bientôt camper à Fregeda, entre ici et Gelorico; qu'alors on me ferait partir d'ici pour gagner la droite de l'armée et marcher tous ensemble sur Coimbra, et que M. de Sarria attendait sur tout cela des nouvelles de la cour. J'ai cru pénétrer, par ce qu'il m'a dit, que les dernières intentions de sa cour étaient bien qu'on s'avançât en force sur Coimbra; mais, en même temps, que l'armée d'Espagne y prendrait une position où elle finirait la campagne, et derrière laquelle elle nous enverrait peutêtre soumettre Oporto et la province de Minho et Duero. M. d'Arranda ne m'a montré ni espérance ni désir d'achever la conquête du Portugal cette année. Gomme ce parti me paraît assurer qu'il n'y aura point d'ennemi au delà du Duero, l'expédition à laquelle on me destine ne doit pas souffrir de grandes difficultés et nos quartiers d'hiver me paraissent pouvoir être pris, ainsi que ceux de l'armée d'Espagne, vers la fin d'octobre. Vous pourrez, Monsieur, préparer dès à présent les ordres que vous aurez à me donner à ce sujet... » (D. G., 3619,44.)
Quelques jours après la reddition d'Almeida, le plan de campagne fut totalement changé. M. de Beauvau en informe M. de Ghoiseul par une lettre datée du 6 septembre, et il ajoute : « Quoique vous sachiez beaucoup mieux que moi ce qui peut avoir occasionné ce changement subit dans le plan d'opérations, je risquerai de vous dire que je le crois relatif à l'importance dont on pense qu'il est de faire peur au roi de Portugal, en se portant droit sur son corps d'armée dans les circonstances oii la paix se traite, ou bien on attend la décision du sort de la Havane (1). » (D. G., 3619, 45.)
(1) L'amiral Pococke, à la tête de sa flotte, attaqua la Havane le 2 juin. C'était le grand dépôt du commerce, du trésor et dos forces des Espagnols en Amérique. Ils comptaient sur l'état des fortilications, sur la garnison, sur la valeur et le patriotisme des deux chefs qui commandaient et qui tous deux se firent tuer, et sur l'influence du climat. Cette garnison n'étant pas assez forte, le seul moyen de la sauver était d'aller au-devant des Anglais dans le canal de Bahama : 15 vais-
De son côté, le chevalier de Beauteville écrivait au ministre le 8 septembre, d'Idanha-Nova : « Les ennemis ont fait quelques mouvements vers l'Estramadure et menacent Alcantara, ainsi que je vous l'ai mandé, et en conséquence tous nos projets sont changés. Ainsi que je l'avais prévu, il n'est plus question de porter M. de Beauvau de l'autre côté du Diiero; nous marchons demain par le derrière de notre gauche sur Alfayates, Penamacor et sur la direction d'Alcantara. M. de Beauvau partira le 11 de Guarda, d'oii je souhaite qu'il puisse évacuer tous ses malades. Les Espagnols assurent sa subsistance en pain jusqu'à la fin du mois, et il dirige sa marche sur Penamacor, oii on compte que nous serons tous rassemblés le 15... » (D. G., 3619, 48.)
Le comte d'Arranda avait remplacé le marquis de Sarriadans le commandement de l'armée espagnole (1), qui venait de passer sur la rive gauche de la Coa. Le nouveau général, ayant reçu de sa cour l'ordre positif d'abandonner le projet de marcher sur Coimbra et de prendre sur-le-champ la direction d'Abranlés avec toutes ses forces, ne jugea pas à propos de conserver le poste de Guarda, qu'il avait reconnu le 1" septembre et qui lui paraissait exiger trop de troupes, et ce fut sans doute pour ménager ses forces qu'il n'hésita pas à préférer un chemin plus long, repassa la Coa, se couvrit de cette rivière, gagna Alfayates et Sobugal, dépôt des vivres et des hôpitaux des troupes françaises, et, côtoyant la frontière, s'approcha avec précaution de Penamacor, qu'il croyait occupé.
Le comte d'Arranda avait envoyé, le 4 septembre, M. d'O'Reilly au prince de Beauvau pour l'informer du changement survenu dans le projet des opérations, et lui demander quel jour il pourrait partir, en combien de temps et par quel chemin il pourrait se rendre à Penamacor, où son armée devait arriver ; mais le général espa-
seaux esiiagnols et la petite escadre de M. de Blcnac auraient arrêté rennemi. Cet avis lut rejeté: ils servirent de tioiihéeà l'Angleterre. Ajirès un siège meurtrier de deux mois, la Havane lut prise.
(l) Le prince de Beauvau au duc de Choiseul.
•< Guarda, le 2 seiitenibre 17G2.
« ... M. le cornle d'Arranda me fait dire dans le moment, par le comte d'Egmont, dont le détachement a été relevé à Celorico par les Espagnols, qu'il a le commandement de l'armée et que M. de Sarria se retire avec la Toison.
« Je crois qu'on doit attendre plus d'action de ce nouveau général. » (D. G., 3619, 44.)
gnol ayant depuis fixé celte jonction au 15 du môme mois, le prince de Beauvau, après avoir fait évacuer son hôpital sur Castello, alla camper le 13 à Pouzafoilès, le 14 à Neimoa, et le 13 à Penamacor, où ses troupes-entrèrent en ligne avec celles d'Espagne, dont elles prirent la gauche.
La réunion opérée, M. de Beauteville en donna aussitôt avis au duc de Choiseul : d Nous sommes tous rassemblés ici, Français et Espagnols, d'hier après midi (13 septembre). Nous allons continuer notre mouvement sur Gastel-Branco. Nous nous y porterons dans quatre petites marches, et je ne crois pas que les ennemis nous y attendent. Nous pourrons encore faire une ou deux marches en avant de Castel-Branco; mais, cela fait, je présume que nous trouverons les plus grandes difficultés pour dépasser Abrantès et nous porter sur Thomar, non par la résistance des ennemis, mais par la difficulté des chemins et la nature du pays. » (D, G., 3619, 32.)
M. de la Noblaye, commandant de bataillon au régiment d'Artois, qui venait d'être détaché à Sobugal pour l'établissement d'un hôpital, ayant informé que des partis ennemis s'étaient montrés devant son poste, M. de Beauvau y fît marcher, le 17, M. Wal, brigadier, avec 300 hommes d'infanterie et 23 dragons. Sobugal fut attaqué le lendemain; une troupe de cavalerie portugaise s'abandonna à une charge folle dans un faubourg garni d'infanterie, et fut repoussée avec la même vivacité qu'elle avait attaqué par le détachement français, auquel étaient venus se joindre 120 malades qui, au premier coup de fusil, s'étaient traînés hors de l'hôpital pour défendre le poste.
« Ce matin (18 septembre), à la pointe du jour, écrit M. Wal au prince de Beauvau, les ennemis m'investissaient totalement, mais un peu trop loin pour oser aller les attaquer, crainte de me trop éloigner de l'objet de mes ordres. Leur commandant, M. Hamilton, ce matin, après avoir fait mine d'une grande disposition d'attaque et fait tirer beaucoup de coups de fusil, a eu l'impudence de m'écrire le billet impertinent que j'ai l'honneur de vous envoyer ci-joint ainsi que la réponse que je lui ai faite (1).
(1) Billet écrit à M. Wal par M. Hamillon.
« Le 10 septembre, à 7 heures du matin. » Devant qu'Usera trop tard pour vous autres et pour prévenir la perle d'une
« Comme j'ai vu du haut de la tour une grande poussière sur le chemin de Penamacor, mais encore loin, j'ai jugé que c'était notre détachement qui revenait après avoir escorté le pain hier; j'ai fait sortir tout de suite une centaine d'hommes pour faire mine d'attaquer, et cela, joint à la peur qu'ils avaient de la grande poussière, leur a fait faire une retraite précipitée et môme sans ordre. J'ai monté à cheval avec les cavaliers espagnols et je les ai poursuivisà trois quarts de lieue d'ici; ils ont pris la direction d'Aguada; dans la poursuite je leur ai fait tuer quelques hommes et prendre quelques paysans... » (D. G., 3619, o-i.)
Le 20, Sobugal fut renforcé de 400 hommes avec des munitions dont on manquait; mais on apprit, le 21, que les ennemis étaient rentrés à Guarda. Vu l'éloignement, M. Wal évacua son poste le 26, et les vivres et les hôpitaux furent transportés à Monforle, à trois lieues de Castel-Branco.
Le 17, l'armée espagnole s'étant mise en mouvement sur Castel-Branco, M. de Beauvau eut ordre de ne partir de Penamacor que le 19; il alla camper ce môme jour à Proenza-Velha; l'armée, séparée de celle des Espagnols, vint se placer en avant de Proenza, occupant les premières hauteurs et tenant de l'est à l'ouest. De Proenza on se rendit à Idanha-Nova. Cette localité est située sur le sommet d'un escarpement très raide; l'armée y fut divisée, et les brigades de Montmorin et d'Artois campèrent au bas de la ville, est-ouest; la brigade des Vaisseaux au-dessus de la ville, dans
Iroupo iiuitilcinent, je vous i)ropose. Monsieur, les seuls termes que dans votre situation vous pouviez espérer : c'est de vous rendre prisonnier de guerre: sinon, l'alternalive sera dure pour vous autres, et désagréable à moi; savoir : de faire ])asser par le fil de l'épée ce que vous nommez garnison. Kolre armée est à portée, et quand une fois ils arrivent, on n'écoutera aucune proposition. J'attends, Monsieur, votre réponse décisive dans un quart d'heure.
« Signé: John Hamilto.v, « Colonel des volontaires royaux. >>
Réponse de M. Wal à M. Hamilton.
" J'ai reçu, Monsieur, un billet signé Hamilton. Vous ignorez apparemment qu'il y avait des troupes ici de S. M. Très Clirélienne, sans quoi vous ne vous seriez pas avisé de m'en écrire un pareil. Quand vous voudrez vous approcher de nous un l)eu plus près, les troupes, ainsi (jue votre serviteur, sont également prêts à vous parfaitement bien recevoir, après quoi je me flatte que vous aurez meilleure opinion de nous. »
la même direction. D'Idanha-Nova on vint à Sarnadas, et l'armée campa en avant de ce village, d'où on gagna Gastel-Branco pour se réunir à celle des Espagnols. On s'établit sur deux lignes, les nôtres à la gauche de la cavalerie sur les ailes; l'artillerie et un corps de réserve en troisième ligne. On couvrit la position de l'armée par un camp aux ordres de M. de Maceda, et Pon fit observer l'ennemi par celui aux ordres de M. d'O'Reilly.
Le 2 octobre, MM. d'Arranda et de Beauvau allèrent reconnaître à deux lieues de Sarzedas, sur le chemin de Represa, un cam[) ennemi de 5 à 6 B., défendu par des redoutes et autres ouvrages -garnis d'artillerie.
Dans la nuit du 2 au 3 octobre, les Espagnols altaquèrent le château de ViUa-Velha, s'en emparèrent et y firent 300 prisonniers, y prirent G pièces de canon et 2 drapeaux. Ce château, situé à cinq lieues de Sarzedas et sur- la rive droite du Tage, protège un gué. L'armée, partie le 4 de Castel-Branco, détacha des piquets pour s'assurer de cette position qui devenait très intéressante en ce qu'elle couvrait l'armée et mettait à portée d'observer l'ennemi. Le comte de la Lippe, qui était de sa personne à Represa, se replia avec précipitation, pour ne pas être tourné, et reprit la route d'Abrantès. Les Espagnols, en possession du poste de Viila-Velha, y furent inquiétés quelques jours après, au petit camp que les troupes prirent près du village pour défendre le gué. Un partisan anglais, arrivant sur les derrières du camp espagnol, le surprit et y mit beaucoup de confusion; il y fit 150 prisonniers et tua ou blessa une trentaine d'hommes.
Le -i, l'armée alla camper à Sarzedas; le même jour, le détachement de M. de Maceda s'avança vers Represa; les troupes légères, ayant pris les devants, inquiétèrent l'arrière-garde des ennemis.
On laissa en garnison à Castel-Branco les régiments d'infanterie d'Irlande, Grenade-cavalerie, ceux de Bourbon-Farnèse, Alcantara, Calatrava et les dragons de Sagonte et Lusitanie (1).
(I) M. lie Choiseul désapprouvait les deraières opéralions militaires-, dans sa lettre du 28 septembre à M. de lieautevilie, il dit : « La diversion que les ennemis ont faite sur Valencia d'Alcaatara prouve qu'on aurait mieux fait de passer le
Mais Sarzedas fut le terme de celle marche que la cour de Madrid avait ordonnée sur Abrantès. Arrivée à ce point, l'armée se trouva dans l'impossibilité de continuer son mouvement par la nature du pays, semé de difficultés, et le manque de subsistances, que la précipitation ou plutôt la surprise d'un changement de plan d'opérations n'avait pas permis d'assurer. Tout était consommé entre les montagnes et le Tage; nul magasin n'avait été préparé, et ce pays n'offrait que des villages abandonnés, des campagnes dévastées ou incultes; des torrents qui, en cette saison, pouvaient à chaque instant arrêter l'armée ou faire manquer les convois, et un seul débouché, par des montagnes impraticables, ne pouvait mener que jusqu'à deux lieues d'Abrantès.
ïage à Alcaulara, d'oii ou si^ trouvait rapiiroclié de Lisbonne, que d'aller chercher le chemin le plus long jiarZauiora. J'attends avec impatience des nouvelles sur les progrès de vos mouvements qui vont devenir intéressants. » (D. G., 3619, 61.)
Mais M. de Beauvau, écrivant de Sarzedas le 12 octobre au ministre, lui explique les motifs des mouvements ([u'il blâmait : « Je croyais vous avoir rendu compte du plan en conséquence duquel l'armée d'Espagne s'est portée dWlme'ida sur .\brantès par un chemin qui vous paraît avec raison n'être pas le plus direct. "Voici ce qu'on m'a communiqué dans le temps des motifs de cette direction. Peu de jours après la prise d'Alme'ida et en même temps que M. d'Arrandafut nommé au commandement de l'armée qui venait de passer la Coa à Aldea-Nova, il reçut ordre positif de la cour d'abandonner le projet de marchera Coimbra et de [irendre sur-lechamp la direction d'Abrantès avec toutes ses forces. II vint, le l'^'' septembre, avec des ingénieurs reconnaître le poste de Guarda, où j'étais, et, le trouvant dune garde trop difficile par le nombre de troupes qu'il exige, il renonça à en faire un point de communication qu'il aima mieux rapprocher des frontières de l'Espagne. » (D. G., 3019, 09.) — Le surlendemain 14 octobre. M. de Beauvau, dans une autre lettre à M. de Choiseul, lui dit : « Le comte d'.\rranda. pensant avec raison qu'il ne devait pas s'engager plus avant, vu la nature du pays d'ici à Abrantès, les positions que les ennemis peuvent y occuper, le fourrage qui y manque absolument et les torrents qui peuvent couper tous nos convois, avait depuis ([uelques jours représenté ces inconvénients à sa cour, qui, par un courrier qui lui est arrivé ce matin, approuve le seul parti qu'il y ait à prendre, dans l'impossibihté oij il est d'ailleurs de rester ici : c'est de passer à la rive gauche du Tage, à peu près à Herrera, pour de là marcher en avant par un pays plus ouvert, i)Ius neuf et d'une température plus douce. Il compte exécuter ce mouvement d'ici à peu de jours. Si par là il engage les ennemis à passer en totalité à cette même rive, il y fera la guerre avec plus d avantage qu'à celle où nous nous trouvons, sa plus grande .«upériorité étant en nombre et en espèces de cavalerie... il espère même leur en imposer de façon à pouvoir faire derrière lui, cet hiver, les sièges d'Elrenios et d'Elvas. » (D. G.. 3618, 71.)
Le prince de Beauvau à DJ. de Choiseul.
" Peiiamacor, le m septembre 17G:2.
«Je suis parti, Monsieur, le 13 de Giiarda, comme je vous en avais prévenu. Je suis venu camper le même jour à Pouza-Florôs, le 14 à Neimoa, et le 15 ici, où mes 3 brigades sont entrées en ligne en fermant la gauche de l'armée d'Espagne avec laquelle il me paraît que nous allons faire corps pendant longtemps. » (D. G., 3619, 73.)
« Le 17 octobre, on partit de Sarzedas pour revenir à Gastel- Branco. Les pluies abondantes qui tombent dans ce mois et le suivant, à ce qu'on assure, firent changer les dispositions du général pour celte fm de campagne. On s'attendait à marcher sur Abrantès pour y trouver l'ennemi, et par ce mouvement rétrograde on passe le Tage pour aller prendre des quartiers d'hiver sur la- rive gauche...
« L'armée française s'est mise en mouvement et remplit son objet sans être le moindrement inquiétée par les ennemis. Les régiments d'Artois et de Royal-Vaisseaux se rendent ce jour à Ségura, 4 novembre, le reste y arrivera le lendemain... De Segura on est venu à Alcantara... d'Alcantara à Membrio... de Membrio à Valencia. » (D. G., 3619, 53.)
Tous ces obstacles que M. le comte d'Arranda avait à vaincre avant d'atteindre les Portugais, il venait de les représenter à sa cour, qui approuva le passage de l'armée sur la rive gauche du Tage h Herrera, pour remarcher en avant par un pays plus praticable et où on espérait agir avec plus d'avantage par la supériorité de la cavalerie; mais dans une reconnaissance que le prince de Beauvau avait fait faire des bords du Tage, au moment où des partis ennemis semblaient menacer Monforte, le projet du pont et du chemin que les ingénieurs espagnols promettaient de faire construire en dix jours avait été reconnu impossible, autant par l'encaissement énorme qui borde le fleuve dans cette contrée que par la crue régulière qui vient gonfler ses eaux au commencement d'octobre. M. d'Arranda s'en assura par luimême et prit le parti de passer par Alcantara, après avoir fait évacuer ses vivres et ses hôpitaux.
Pendant le temps qu'exigeait cette opération, et afin de faire
reposer les troupes, le général espagnol proposa à M. de Beauvau d'aller occuper Idanha-Nova et de cantonner ses 12 B. dans les environs, où ils furent établis à la fin d'octobre.
Cantonnement des 12 B. français au 28 octobre 1762.
fdanha : Artois (1), 2 B. — Nova : Royal-Cantabres (2), 1 B, — Quartier général : 2 E. espagnols du régiment de Mérida sont également cantonnés dans cette localité. — Alcafoxès : Royal-Vaisseaux (3), 2 B., chevalier d'Argence, lieutenant-colonel. — Proenza : Montmorin [k), 2 B., de Saint-Hérem, brigadier. — Saint- Hlùjuel : la Sarre (o), 1 B. ;Cambis (6), 2B., marquis de Montpouillan, brigadier. — Losa : Aumonl (7), 2 B., de Piolenc (8), lieutenant-colonel.
Idanlia-Velha, qui est un hameau entouré d'une fortification antique et qui est situé entre Alcafoxès et Proenza, vis-à-vis de Monte-Santo, est occupé par un lieutenant-colonel.
En même temps que les troupes entraient dans ces cantonnements provisoires, un corps anglais s'emparait de Penamacor, que
(1) Artois (n" 31) fait partie des 12 B. envoyés au roi d'Espagne pour attaquer le Portugal, allié des Anglais. Parti au mois de mars, il assiste, 25 août, à la prise dAlmeida et dautres places de la frontière ; demeure cantonné dans l'Andalousie jus(iu'à la signature des préliminaires de paix, se met en route pour la France au mois de décembre; à Madrid le roi, le passant en revue, le gratifie comme la Sarre.
(2 Royal-Cautabres, corps formé le 15 décembre 1755; devient Royal-Cantabres le 1" février 1749; licencié le 25 novembre 1762.
(3) Royal- Vaisseaux. Voir n'' 26.
(4) Montmorin. Voir Ile-de-France, n'' 22.
(51 La Sarre, n" 34. Son l" B., avec la division du maréchal de Beauvau, assiste au siège d'Almeida; passe l'hiver en Andalousie; est rappelé en France, janvier 1763. A son passage à Madrid, le roi d'Espagne le passe en revue sur la place d'Alcala et lui fait distribuer 1,000 piastres. Les 2 B. de la Sarre occupent Béziers et Celle en mars 1763.
(6) Cambis. Voir Royal, n" 13.
(7) Aumont (duc de Mazarin, L.-Guy-M.irie d'Aumonl), du 15 janvier 173S au 1" décembre 1762. Son 1<='' B. fait la campagne de Portugal. Après la pai.x, cesse d'être régiment de gentilshonmies (voir Beauce, n" 54). (D. G.)
(8) Piolenc (Marcel, chevalier de), né à Saint-Esiirit (Languedoc), 25 mars 1718; enseigne, lieutenant au régiment de Beauce; blessé au siège de Coni, 1744; une seconde fois à l'affaire de l'Assiette, 1747 ; lieutenant-colonel, 5 septembre 1760 ; se relire dans ses foyers, 15 août 1763.
les Espagnols avaient abandonné trop tôt, et venait former un camp de 3 B. au pied des monts d'Estrella, à deux lieues de Saint- Miguel. Ces B. faisaient partie des 8,000 hommes de troupes envoyées par la Grande-Bretagne au secours du Portugal, et commandées par lord Tyrawley, le comte de London, le général Townshend, lord George Lennox, les brigadiers Crawfort et Burgoyne, et le comte de la Lippe-Buckburg, officier actif, intelligent, qui avait servi dans l'armée anglaise en Westphalie.
Le prince de Beauvau fit reconnaître pendant la nuit, par une compagnie de grenadiers, le village d'Orca, situé entre ce camp et Saint-Miguel; mais elle n'y trouva que des paysans armés de sabres et quelques cavaliers, dont deux et quelques paysans furent faits prisonniers.
Aucune raison ne retenait plus maintenant les troupes sur la rive droite du Tage et, le 4 novembre, les B. français se mirent en marche pour camper à Seguras, d'où M. de Beauvau écrivit à M. de Choiseul : « Nous sommes dans un train de marches continuelles qui ne laissent pas que de m'occuper, et il n'y a rien d'assez instant pour vous envoyer un courrier extraordinaire. Je vous dirais en attendant, sans blâmer personne ni m'en plaindre, que nos 12 B. sont des modèles de tenue, de discipline, enfin de toutes les parties du service, en comparaison des Espagnols (1), qui ne
(t) Si l'on rapproche l'extrait de cette lettre de celles de M. de Beauvau des 10 et 20 août et du 25 octobre 1762, on peut se faire une idée de la conduite des troupes espagnoles, puisque, malgré la maraude de nos soldats, ils sont néanmoins des modèles. On connaît les deux premières; voici la troisième : M. de Beauvau à M. de Choiseul.
« Castel-Branco, le 2."> octobre 1702.
« Quoique la maraude ne continue pas dans nos troupes avec force et indécence, il n'en est pas moins vrai que tout ce que j'ai pu faire jusqu'ici n'a pu changer le soldat là-dessus, et que rien ne peut le persuader qu'elle n'est pas plus permise en Portugal qu'ailleurs. Malgré les .sentinelles qui enferment le camp, il en sortit, il y a quelques jours, plusieurs soldats avec des permissions pour aller blanchir : ils s'éloignèrent à une lieue du camp, prirent des cochons dans une maison près de laquelle M. d'Arranda passait ; il lit courir après par ses ordonnances qui en arrêtèrent 5. Ayant passé moi-même un moment après à cette maison, je vis encore quelques soldais courant dans les montagnes ; je payais la maraude et fis conduire les soldats arrêtés au prévôt.
(( Comme par les interrogations qui ont été faites il n'est pas bien sûr qu'ils soient les auteurs de la maraude ; que dans cette incertitude, et seulement pour avoir
savent, ma foi, ims plus ce qiCils disent que ce iju'ils font. Au reste, quand ils feraient et diraient pis contre moi, soyez sûr que je n'en prendrai ni humeur ni dégoût, et que je continuerai comme j'ai l'ait jusqu'à présent, puisque le roi et vous, à qui seuls il m'importe de plaire, en êtes contents. » (D. G., 3619, 81.)
Le o, les Français passèrent sur la rive gauche h Alcantara, où ils séjournèrent jusqu'au 9; de là ils allèrent ù Membrio, et enfin, le 13, à Valencia d'Alcantara, où le défaut de vivres les avait empêchés de se rendre plus tôt, ainsi que l'infanterie espagnole. On devait de ce point déboucher en Portugal; mais ce pays, que l'on croyait meilleur, offrait encore un plus triste aspect qu'à la rive droite, des montagnes aussi impraticables et des postes ennemis plus nombreux.
La paix surprit l'aimée dans ces circonstances (1). Cacerès, petite ville de l'Estramadure, et quelques villages environnants furent alors assignés comme quartiers d'hiver aux troupes françaises, en attendant l'ordre de rentrer en France.
« Par sa lettre du 22, écrit M. de Beauvau au duc de Choiseul (de Cacerès, le 2" novembre), M. d'Ossuna me mande que S. M. C. désire que les troupes ne se niettent point en marche pour retourner en France jusqu'à ce que la ratification des préliminaires par l'Angleterre soit arrivée à Madrid. Le comte d'Arranda m'a mandé, du 24, qu'il y avait une suspension d'armes et que, sans attendre d'autres ordres de sa part, je pourrai me mettre en marche au premier avis que je recevrai de sa cour. » (D. G., 3619, 86.)
Quand le prince de Beauvau s'était rendu à Cacerès, il avait
passé les grand'gardes, je ne voudrais pas en faire pendre de nouveaux, j'ai pensé ([uc cette occasion pourrait être favoraljle pour commuer la peine de mort, qui ne nie parciif rien faire ici, à celle des coups de Oâlon donnes en règle, qui ont arrêté la maraude à larmée d'Allemagne. C'est ce (jue je vais essayer à la première occasion, ayant pris le parti, pour les soldats dont il s'agit aujourd'hui, de me faire demander grâce par M. d'Arranda, ce qui fera aussi un bon effet entre les Français el les Espagnols. Vous pourrez compter que les officiers n'en seront pas moins responsables de la conduite de leurs soldats et qu'ils iiayeront les maraudes que ceuxci feront, non seulement en argent, mais en punitions iiersonnelles... »
(1) On travaillait à la paix déjà en septembre. Le duc de ?sivernois, envoyé en Angleterre de la part de la France, et le duc de Bedfort, en France, s'en occupèrent avec tant d'ardeur qu'elle fut signée à Fontainebleau le 3 novembre. L'Espagne et le Portugal y furent compris.
trouvé la ville déj;\ occupée par environ 200 officiers et plus de 3,000 malades espagnols. Il y resta néanmoins avec son état-major et 4- B. de ses troupes, depuis le 15 novembre jusqu'au 13 décembre, pour y former le principal dépôt de ses malades, et n'en partit que le 29 pour ramener en France, par la route de Perpignan, le corps à ses ordres.
Ainsi celte campagne qui s'était ouverte pour les Espagnols dans les conditions les plus favorables et les plus propres à les venger des vingt-huit années de guerres engendrées au dix-septième siècle par la révolution qui proclama don Juan, duc de Bragance, roi de Portugal, et terminées par la sanglante bataille de Montès-Glaros qui divisa pour jam.ais la péninsule hispanique, cette campagne, par ses lenteurs et ses hésitations, devait se borner à la prise de quelques places sans importance qui ne furent pas d'un grand poids dans les conclusions de la paix.
Cette guerre ne fut donc pas de longue durée. Dès le mois d'octobre, Joseph P"" accréditait auprès de Louis XV M. Martino de Mello e Castro, comme envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, pour traiter de la paix. Le .3 novembre 1762, une convention préliminaire était conclue entre la France, ri']spagne et le Portugal. Le 10 février 17G3, on signa l'acte définitif qui mettait fin aux hostilités entre les deux branches de la maison de Bourbon et le Portugal et la Grande-Bretagne.
Le chevalier de Saint-Priest (1) fut choisi, au mois de mai suivant, pour aller, en qualité de ministre plénipotentiaire, renouer les relations diplomatiques avec la cour de Lisbonne; il y arriva le 21 novembre 1763. Après trois ans de séjour à Lisbonne, il de-
(1) Saint-Priest (F.-E. Guignard de), originaire d'Alsace, né le 12 mars 1735; allié à la maison de ïencin; mort, à !a terre de Saint-Priest près Lyon, le 26 février 1821 ; chevalier de Malte; exempt des gardes; sert en Allemagne sous M. de Broglie ; colonel à l'armée de Portugal; ea 1768, envoyé à Constantinople, concourut au traité d'Ainali-Cavai, par lequel les P«usses prirent possession de la Crimée (21 mars 1779); revint en France en 1785 ; partage les idées de M. Necker; émigré ; se rend en Suède ; ministre de la maison du roi à Vérone ; rentre à Paris le 11 août 1814. Il travailla pendant sa mission à Lisbonne au règlement de l'affaire de Lagos, au sujet des vaisseaux français capturés ou détruits par les Anglais Je 18 août 1759, après la défaite dans le port des Algarves des 7 vaisseaux de l'escadre de M. de la Clue. Il contribua puissamment à préparer la réconciliation entre le p:ipe et Joseph V, brouillés à la suite de l'expulsion des jésuites.
CAIMPAGiNE DE PORTUGAL (1762). 153
manda son rappel et s'embarqua pour l'Angleterre le 30 décembre 1766, laissant pour chargé d'afl'aires en Portugal M. Simonin; consul général. Il fut remplacé en 1768 par le chevalier d'Amboise (1) avec le même titre de ministre plénipotentiaire, le.s questions d'étiquette n'étant pas terminées (2).
Son fils aîné, Guillaume, né à Conslanlinoplo, 0 mai 1766. commence sa carrière dans 1 armée de Condé; passe colonel au service de Russie-, perd une jambe dans la caiii|)agnede 1806; général-major; fait la campagne de Turquie; rentre en France avec 1 armée alliée; son affaire brillante à Reims, le 12 mai 1814; atteint par un obus dans sa retraite sur Laon, y meurt de sa blessure le 29 mai.
(Ij J.-B.-Ch.-F.. appelé d'abord cbevalior de Clermont-Gallerand, lils de J. -B.- Louis de Clermont d'Amboise, marquis de Renel et de Montglat, comte de Chiveray, et de Henriette de Fitz-James. né en août 1720 ; colonel du régiment de Bretagne; brigadier dinfanterie. 1756; chambellan du duc d'Orléans, 1762.
(2) D'après le pacte de famille, le dernier arrivé des ministres de chacune des couronnes de France et d'Espagne, dans une cour étrangère à la maison de Bourbon, devait, à titre égal, céder le pas au plus ancien. Dans les cours de famille, au contraire, la préséance appartenait au représentant du chef de la maison de Bourbon, c'est-à-dire provisoirement à la France.
154 LES GUERB.es SOUS LOUIS XV.