‹ Les guerres sous Louis XV (volume 3)Chapitre 10 sur 20 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

CAMPAGNE ENTRE RHIN, ERFT ET MEUSE (m. le comte de clermont).

Juin. 1*- au 2. L'ennemi passe le Rhin à limproTiste près de la frontière de Hollande, à Emmerich. — 7. M. de Clermont rassemble son armée à Rheinberg, y campe jusqu'au 12. — 8. Le prince Ferdinand près d'Alpen. Combat de Xanten. Manœuvres entre la Meuse et l'Erft. Affaire de Rheinberg. — 16. L'ennemi, marchant par Gueldre, se dirige sur Neuss. — 18. A Osteradt, Neuss, — 19. A Fischelen. — 23. Bataille de Crefeld et d'Anradt. L'ennemi entre le Rhin, l'Erft et la Meuse, de Clèves à Juliers. — 24. A Neuss. — 25. Camp de AVoringen. — 28. Leprince de Brunswick s'empare de Ruremonde,

Juillet. L'armée sur les bords du Rhin, de Clèves à Coblentz, Wesel et Dusseldorf. — 8. Dusseldorf se rend. M. de Contades remplace M. le comte de Clermont dans le commandement de l'armée. — 9. Au camp de Mungersdorf. Composition de l'armée. — 13. Camp de Mungersdorf. M. de Guerchy à Ober- Aussem. M. dejChevreuse à Rhein-Kassel. — 14. Mouvement de l'ennemi qui passe l'Erft, positions de bataille. MM. de Brissac et Cheverl s'emparent des bois d'Ingelfeld. Affaire de Gravenbroich. — 15. L'ennemi se retire sur Neuss pendant la nuit. — 17. M. de Chabo sur l'Erft. — 25. L'armée passe l'Erft. — 27. M. de Contades s'avance au.v sources de la Niers. — 28. A Holtzweiler. — 30. A Erkelenz. — 31. A Dahlen.

Comme, par suite de la multiplicité des opérations, on a dû perdre un peu l'enchaînement des faits, avant de continuer le récit des opérations de notre armée de Hanovre, il convient de rappeler ici comment nous nous trouvions ramenés sur les bords du Rhin.

La cour de Vienne, malheureuse en Silésie à la fin de la dernière campagne, inclinait à consentir à la paix avec la Prusse. La France, un moment inquiète de ces dispositions pacifiques et de la tournure de nos affaires en Hanovre, ranima par l'influence de ses mi-

nistres à Vienne les passions calmées de celte cour. L'ancienneanimosité contre la Prusse se réveilla; on ne songea plus à la paix, et de tous côtés on redoubla d'efforts pour continuer la lutte que la raison, la justice et l'humanité auraient dû faire cesser (1).

Ferdinand de Brunswick ouvre le premier la campagne contre le comte de Glermont, qui, appelé à remplacer le duc de Richelieu, arrivait à Hanovre le 14 février. Quatre jours plus tard, l'ennemi manœuvrait pour percer nos cantonnements. L'ancienne armée du duc de Gumberland, grossie par des renforts prussiens et anglais, comptait 50,000 hommes environ. L'armée française, rassemblée, eût pu facilement tenir tête à l'orage; mais, dispersée comme elle l'était, 40,000hommesauplus pouvaient être opposés à l'ennemi par le comte de Glermont.

Le J9 février, au moment où le duc de Broglie, envoyé à Gassel par le général en chef, remettait à M. de Saint-Germain le commandement du corps détaché à Brème, l'ennemi attaquait Rothenburg, principal avant-poste de Werden sur l'Aller.

Le 21, après un engagement sérieux, M. de Saint-Ghamant évacue Werden sans le défendre et se replie sur Brème, laissant libre à l'ennemi le passage de l'Aller et la marche sur le Wéser.

Hoya, attaqué dans la nuit du 23 au 24 par le prince héréditaire, est vaillamment défendu par M. de Ghabo, qui ne capitule qu'après avoir obtenu les honneurs de la guerre. La prise de Hoya et celle de Nienburg, qui capitulait également le 28, livraient aux Hanovriens le passage du Wéser; l'armée du comte de Glermont, séparée en deux, pouvait être attaquée et détruite isolément.

Le 24, M. de Saint-Germain rassemble tous ses quartiers, sort de Brème et se replie sur Osnabriick, où il arrive le 1*"' mars.

Le 28 février, le général en chef avait quitté Hanovre et le même jour campait à Hottensen, d'où il annonçait au roi la nécessité absolue de cette retraite au delà du Wéser devant un ennemi du double supérieur en force à son armée délabrée. On se plaignait à Versailles età Vienne que le comte de Glermont, qui, le 23, était déjà établi à Lippstadt, derrière la Lippe, donnât quelque repos à ses troupes dans une ligne de quartiers appuyée à Wesel et à Lippstadt et se reliant par Paderborn aux cantonnements de la Hesse ;

(1) Appréciation de Frédéric dans ses Mémoires.

ligne sûre, il est vrai, à la condition que Minden, sur le Wéser, serait conservé. Mais cette place, investie le 5 mars, par le prince Ferdinand, attaquée le 7 au soir, bombardée le 12, se rend le 14, la garnison restant prisonnière de guerre.

Le 15, on connut au quartier général la catastrophe de Minden, dont le gouverneur paya sa faiblesse de l'exil. S'arrêter sur la Westphalie et conserver la Hesse devenait dès lors impossible; le Rhin seul pouvait arrêter l'ennemi.

Le 16 mars, l'armée reprend sa marche rétrogade et se dirige sur Wesel, but assigné aux diverses colonnes. Le duc deBroglie, occupant la Hesse, recevait l'ordre de se retirer sur Hanau, quartier général.

Le 20, de Paderborn, le comte de Glermont exprime à Versailles son impatience de se trouver de l'autre côté du Rhin pour refaire son armée. Le 30, en effet, il est à VS'^esel, « dans le chaos du débrouillement des cantonnements. » Cette retraite sur le Rhin avait causé un grand trouble à Vienne, qui demanda énergiquement l'exécution du traité de Versailles, c'est-à-dire de porter de 24 à 30,000 hommes l'effectif du corps auxiliaire promis à l'Impératrice. En échange de ce contingent fourni par le comte de Glermont, on lui garantissait un effectif encore plus considérable que celui qu'il avait précédemment. En même temps, sous l'influence du nouveau ministre de la guerre, le maréchal de Belle- Isle, une réforme s'introduisait peu à peu dans l'armée, de telle sorte qu'à la fin du mois de mai, « le partage des lignes de bataille était opéré en divisions réglées, avec leurs officiers généraux attitrés et reconnus, depuis les bords du Rhin, de Cologne à Clèves, jusque sur les rives de la Roer, de Juliersà Ruremonde, pouvant en moins de cinq jours être rassemblées et prêtes à agir. » Malheureusement ces dispositions ne nous empêchèrent pas d'être surpris par le prince Ferdinand, qui, renouvelant l'exécution du plan formé en 1744, par le prince Eugène pour ses préparatifs de passage de rivière au-dessus du point projeté, rassemble ses bateaux dans le bras du nouveau Rhin, au-dessus du coude de Harendeick, où son pont fut jeté et où son avant-garde le traversa en six heures.

Dans la nuit du l^' au 2 juin, 5 à 6,000 hommes passèrent le Rhin dans des barques au village de Bienen, près de la frontière de Hollande, au-dessous d'Emmerich. Nos troupes dans cette par-

lie, aux ordres de M. de Villeraeur, se rassemblèrent successivement et se portèrent en face des ennemis déjà débarqués. Elles fusillèrent avec eux, mais ne purent les empêcher de jeter leur pont. M. de Villemeur, trouvant l'ennemi trop avantageusement posté, se contenta de l'observer, se plaça dans la plaine de Clèves pour l'empêcher de déboucher, et demanda au duc de Randan (1), à Galcar, de le joindre avec ses troupes, son canon et celui du parc; M, de Randan s'y rendit le 2, dans l'après-midi. Ces troupes et celles de M. de Villemeur (2) formaient environ 10,000 hommes. M. de Randan avait ordre de retarder autant que possible la marche des ennemis en se repliant sur M. de Clermont, qui, de son côté, réunissait toute son armée pour marcher en avant (3).

Par suite de cet événement, les ennemis se trouvaient en force en deçà du Rhin dès le 3. La partie basse de ce fleuve, Clèves, le canal, tout le pays des environs entre le Rhin et la Meuse, leur appartenaient. Cependantune partie de leur armée restait encore au delà du Rhin. M. de Clermont avait ses camps en face de Wesel, quelques troupes devant Dusseldorf et vis-à-vis de Weissenberg. Néanmoins il pensa que le meilleur parti à prendre était de rassembler ses forces à Rheinberg, au-dessus de Wesel, tandis que MM. de Villemeur, de Randan, d'Armentières, réunissantà leurs troupes quelques régiments, 20 B. et 31 E., camperaient à Xanten, laissant 6 B. à Bu-

(1) Colonel-général, Clermont-Tonuerre, Aquitaine, la Reine, Vienne, Ârchiac, Chabrillan, la Rochefoucauld, Cuirassiers, 19 E. (M. de Randan).

(2) Autrichiens, la Marne et Bretagne, 12 B. (M. de Villemeur).

(3) La nature du pays qui borde une rivière décide toujours de l'établissement des troupes, soit pour en défendre le passage, soit pour s'y fortifier. Nous nous sommes mal trouvés dans cette circonstance d'avoir plutôt consulté l'ordre de bataille que la nature du pays dans le placement des troupes sur les bords du Rhin. Le pays de Clèves, qu'occupait la gauche de l'armée, est ouvert et coupé. On y avait placé l'aile gauche de la cavalerie avec trop peu d'infanterie; il en résulta que M. de Villemeur, qui commandait à Clèves, n'eut que 4. B. de la Marine pour s'opposer au passage, et toute la cavalerie cantonnée dans les environs de Clèves ne fui d'aucune ressource, faute de terrain propre à son arme. MM. de Villemeur et de Randan se trouvaient les plus anciens divisionnaires. C'était du premier que le comte de Gisors écrivait à son père : « Quelle timidité, quelle incertitude, quelle lenteur ! » {6 janvier 1758. D. G., 3637, 4.) Du second, le maréchal de Richelieu disait : « Le plus honnête homme, le meilleur du monde, mais le plus innocent et parti la veille de Crefeld. » (24 décembre 1757. D. G., 3446.) Alors M. de Clermont pensa à les remplacer.

derich prèsWesel et sur la communication de Xantenà Rheinberg; 4 B. à Homberg, vis-à-vis de l'embouchure de la Roer; 2 autres B. à Weissenberg; 4 B. à Werdingen et 2 à Langst, en face de Kayserswerlh. La totalité des troupes ne devait être rassemblée à Rheinberg que le 7, au nombre de 47 B. et 80 E. M, de Clermont s'y rend, dès le 4, avec 10 B.Tous les gros équipages sont envoyés à Cologne, et près de 3,000 chevaux sans selles ni brides à Liège. Le reste de l'armée continuait à manquer d'une grande partie des effets de campement. En organisant ses troupes, M. de Clermont envoyait ordre aux Palatins de sortir de Dusseldorf; mais M. de Baden, qui les commandait, refusa de marcher, sous prétexte que ses troupes manquaient d'effets de campement.

Les ennemis, de leur côté, se rassemblaient à Clèves avec des détachements de troupes légères sur Calcar, et un corps d'infanterie et de hussards sur Goch. Le camp en face de Wesel avait marché par sa droite, et le général Sporcken, le 4 à Leinbeck avec 15,000 hommes, s'approchait du Rhin. Un camp composé de 2 régiments d'infanterie, 1 de dragons, 1 de hussards, 1 de chasseurs et des grenadiers de Buckeburg, se formait entre Calcum et Raiserswerth.

M. de Clermont, sur l'avis que les ennemis se réunissaient à Goch et le long de la Niers, envoie, le 6, M. de la Touche à Gueldre pour les empêcher de passer la Meuse au-dessous de Gennep, couvert par la Niers. Il pensait que, s'ils faisaient cette marche, il n'y avait plus à douter de leur jonction avec les Anglais et les Hollandais pour s'emparer d'Anvers, de Ruremonde et de la Flandre, et que, dans ce cas, le roi ne devrait pas hésiter à faire marcher ce qui restait de troupes en France, y compris sa maison; ildemandaitégaleraent, par lettre du .6, des instructions sur le parti à prendre, s'il ne parvenait pasà joindre les ennemis avant leur passage delaMeuse.

Ils continuaient de s'avancer dans le pays à la rive gauche du Rhin ; le 7, ils étaient déjà à Calcar et à Goch, avec des détachements sur Uedem. M. de Yillemeur occupait toujours Xanten, avec un corps intermédiaire et les hussards (^Turpin) en avant vers Sonsbeck. Notre armée se trouvait le même jour presque entièrement rassemblée à Rheinberg, où elle campa sur trois lignes, dont deux en avant du canal, la troisième derrière la ville. 12 B., des 16 qui devaient rentrer en France, sont placés sur les bords du Rhin depuis Dusseldorf

GUKRRE DE SEPT ANS (1758). l'41

jusqu'à Wesel, prêls à marcher le 8. M. de Monteynard, dans une reconnaissance du pays, ne voyant que bruyères et marais, dit qu'on ne pourrait y trouver seulement pour un jour de subsistances; ce qui engagea M. de Clermontà camper, la droite à Issum, la gauche sur Gueidre, et à s'approcher ensuite de la Meuse en mettant sa droite à Gueidre. Il comptait par cette position remplir trois objets : l'un, d'être k portée de passer cette rivière près de Ruremonde et de fermer la trouée du marais de Pey à la Meuse, si l'ennemi avait le projet de prendre cette route pour gagner la Flandre; le second, de combattre l'ennemi entre la Meuse et le Rhin, s'il persistait dans sa nouvelle position; le troisième, de se procurer l'avantage de tirer des subsistances de la Meuse.

On comprend aisément combien le cabinet de Versailles fut surpris de ces dispositions. Rien n'autorisait à penser ni que la Hollande fût de connivence avec nos ennemis, ni que le prince Ferdinand eût l'intention de violer la neutralité parce qu'il aurait reçu un secours des Anglais; car les Anglais venaient justement de débarquer près de Saint-M alo, ce qui prouvait qu'ils n'étaient pas avec le prince. Ce dernier avait montré déjà bien assez d'audace en passant le Rhin en notre présence, alors que M. de Clermont avait à ses ordres 87 B. et 111 E., plus ce qui était de l'autre côté du Rhin et dans la Hesse, tandis qu'il n'avait que 40,000 hommes, qu'il se trouvait resserré entre Meuse, Niers et Rhin avec un seul pont derrière lui. Un général hardi l'aurait acculé et pris dans la position oiî il s'était imprudemment risqué. D'ailleurs, on avait pris des mesures pour envoyer de Dunkerque 16 B. et20E. à Anvers et mettre des garnisons à Gand et à Bruxelles, et la violation de la neutralité (le la Hollande nous dispenserait de tout ménagement et nous donnerait le droit d'aller chercher notre ennemi partout où il serait.

Néanmoins M. de Clermont, toujours préoccupé du côté de la Meuse, marche, le 8, à la pointe du jour, sur quatre colonnes précédées des grenadiers de France et Royaux, de son camp de Rheinberg à Issum, pour prendre position entre le ruisseau de Floet (1) et la Niers, la droite à Issum, la gauche à Langendonck. Les campements arrivèrent sur le terrain ; mais, informé par M. de la Touche, à Gueidre, que les ennemis, s'éloignant de la Meuse, repassaient la

(1) Le ruisseau le Floet se jette <lans le Tuaitli, afïlucnl de la Niers.

Niers et que le corps porté sur Gueldre n'avait eu pour objet que de couvrir leur marche, M. de Clermont rebroussa chemin et l'armée reprit sa position près de Rheinberg, Peu de temps après, M. de Villemeur, à Xanten, annonçait que les ennemis campaient, le 7 au soir, avec une nombreuse artillerie, sur des hauteurs, etqull ne doutait pas d'être attaqué le 8. Effectivement, les chasseurs ennemis, soutenus de leurs hussards, vinrent fusiller avec nos avantpostes. Il fallait s'attendre à voir déboucher leur armée, mais tout à coup elle se dissipa; le pays fort couvert ne permit pas de voir au delà des hauteurs occupées la nuit précédente. On pensa qu'ils se dirigeaient soit du côté de leur pont, soit du côté d'Alpen.

En effet, le 9 au matin, les ennemis, réunis, s'établissaient sur les hauteurs à environ trois quarts de lieue d'Alpen, la gauche à Alpen, la droite vers la Niers. Le quartier du prince Ferdinand était à Sonsbeck. M. de Villemeur, débordé par la marche des ennemis, quittait Xanten le 9, avec son corps, et joignait le soir l'armée à Rheinberg (1).

Les ennemis, en prenant leur position près d'Alpen, portèrent en avant un corps de troupes légères soutenues d'infanterie pour en masquer les débouchés sur la bruyère et replier les volontaires Royaux qui l'occupaient. M. de Clermont, ayant reconnu leurs dispositions, attaque Alpen et en chasse l'ennemi. Après cette expédition, il retire en arrière ses troupes, trop compromises par la proximité de l'ennemi, et en même temps il s'assure d'un champ de bataille, la gauche au canal de Rheinberg, la droite à des dunes dans la bruyère, appuyée de gros canon. Par sa position en amphithéâtre il trompait l'ennemi, tout en gardant la facilité de passer le Rhin à Wesel, ou du moins d'y envoyer un corps de 12 à 15,000 hommes, tandis qu'il resterait en présence de l'ennemi avec son armée. Toute la correspondance du roi et de M. de Belle- Isle insiste pour engager M. de Clermont à combattre, le tranquillisant sur la conduite de la Hollande, ne cessant de lui répéter l'importance de rétablir l'honneur de nos armes, de ne pas laisser refroidir la confiance des troupes, et de ne pas perdre la considération des alliés et de l'Europe attentive à nos actes. Le 10, l'armée change sa position, reprenant à peu près celle

qu'elle occupait, en portant sa droite en avant et reculant sa gauche pour l'appuyer au canal.

Le 12 au matin, les ennemis semblèrent vouloir nous attaquer; leur armée se mit en bataille; on se canonna de part et d'autre. M. de Glermont, averti qu'ils passaient par leur droite le canal sur trois colonnes, se détermine à le passer aussi. Les ennemis se dirigeaient sur l'abbaye de Clostercamp; M. de Vogué, qui l'occupait, se replia sur l'armée en passant le canal. M. de Saint-Germain, envoyé avec 2 brigades d'infanterie, des hussards et des dragons pour soutenir M. de Vogué, s'il n'était pas attaqué par de trop grandes forces, se replia aussi et passa le canal pour masquer notre Hanc et observer les ennemis. Sur la nouvelle de la marche sur Meurs, M. de Chevreuse fut détaché, avec la brigade de Navarre, 4 régiments de dragons et les hussards, pour occuper le château et la ville. L'armée y marcha à S heures du soir, et n'y arriva que le lendemain malin. Malgré les suppositions, l'ennemi ne passa point le canal. Les colonnes qui avaient débouché de Clostercamp rebroussèrent chemin et, le 13 au matin, elles campèrent à l'endroit que nous avions quitté la veille , leur droite à l'abbaye de Clostercamp, leur gauche à Rheinberg, le canal devant eux (1).

M. de Glermont expose, le 13 juin, à M. de Belle-Isle sa position critique et la difficulté de ses subsistances, etc. M. de Belle-Isle lui répondit le 16, s'étonnant qu'il eût pu, même en supposant le passage du canal par l'ennemi, repasser lui-même ce canal ; car, si les ennemis eussent réalisé ce projet, ils se fussent trouvés facilement séparés de leurs ponts, tandis que par son mouvement rétrograde il se trouvait, au contraire, privé de la position de Rheinberg et coupé de Wesel. En tout cas, il le suppliait de tenir ferme à tout prix, lui confiant sous le sceau du secret que le roi avait résolu de changer la destination de M. de Soubise, de lui faire descendre le Rhin par la rive droite, et de mettre ainsi Tennemi dans le plus grand embarras. M. de Glermont ne reçut les lettres de M. de Belle-Isle que le 19 juin; il n'était plus temps. Le lA au matin, les ennemis marchant par leur droite vers Gueldre, par leur gauche vers Glostercamp, il résolut de faire une marche rétrograde et de se porter à Crefeld. En conséquence, M. de

(1)D. G., 3476, 207. 14 juin, camp de Meurs.

Saint-Germain, avec 12 B., 2 brigades de cavalerie, i de carabiniers, 1 de dragons et du canon, est détaché pour couvrir la marche de l'armée. De nouveaux avis assurant que les ennemis, marchant encore par la droite, campaient, le 14 au soir, à Kempen, poussant, le 15, à Huis, M. de Clcrmont craignit pour Neuss, qui renfermait tous nos magasins, et jugea ne pouvoir y arriver trop tôt, non seulement pour couvrir le pays, mais aussi pour se créer une position qui lui facilitât sa marche en avant.

L'armée partit donc le 15, à la pointe du jour. La distance étant de six lieues, toutes les troupes n'arrivèrent à Neuss que le 16 au matin. On campa en écharpe sur deux lignes, la droite à un petit bois près de la rivière d'Erft, la gauche entourant la ville et couvrant le quartier général, la réserve vis-à-vis du pont de Dusseldorf. M. de Saint-Germain marche à Crefeld, afm d'arrêter l'ennemi et de couvrir la marche (1).

L'armée ne resta pas longtemps à Neuss. Pressé par le roi de combattre le prince Ferdinand , et ignorant encore les décisions du maréchal de Belle-Isle à l'égard de la marche du prince de Soubise vers le bas Khin, M. de Glermont s'occupa de se porter promptement au-devant de l'ennemi, qui avait sa droite à Thonisberg, sa gauche s'étendant sur Meurs, avec un corps à Uerdingen, ses troupes légères à Linn.

Le 18, notre armée, sur cinq colonnes, quitte le camp de Neuss pour Osteralh. Elle marche encore le 19, et se porte sur six colonnes à Fischeln, où elle campe, ayant devant elle le Landwehr, fossé très considérable formant la séparation du comté de Meurs et du pays de Cologne, et traversant le pays du Rhin à la Niers. M. de Saint-Germain reste à Crefeld, séparé de l'armée par le Landwehr. Gomme le but unique était de combattre, on comptait passer le Landwehr le 19, mais on trouva des obstacles inattendus : un double fossé extrêmement escarpé et couvert de bois, et des communications étroites à élargir. La journée du 19 fut employée à ces travaux, et c'est à ce moment que M. de Glermont reçut la lettre du maréchal de Belle-Isle datée du IG, lettre importante et qui produisit un effet différent de celui qu'attendait le roi. Il y répondit le 19 juin :

« J'ai reçu votre lettre du 16, renfermant l'ordre que le roi a envoyé à M. le prince de Soubise de me joindre par la rive droite du Rhin : j'en sens tout l'avantage, s'il n'y a pas d'événement d'ici cette jonction. Vous me mandez en même temps de me soutenir où votre lettre m'y trouvera, en m'y retranchant, s'il le faut. Il est trop tard, monsieur le maréchal. Toutes vos lettres m'ont pressé d'attaquer l'ennemi; j'ai même dirigé mes mouvements en conséquence, et je suis venu au point d'être en présence. Je comptais passer aujourd'hui un double fossé qu'on appelle le Landwehr.

« Demain les communications seront en état, je pourrai passer. Quelle honte n'y aurait-il pas pour les armes du roi, s'il fallait reculer, faute de subsistances ! Suivant votre lettre, je ne dois rien hasarder, et cela est juste, vu la marche de M. de Soubise. D'un autre côté, je ne puis subsister ici que peu de jours, et, d'un autre, je me trouverai obligé de combattre. Selon le mouvement de l'ennemi, je ferai de mon mieux. »

Le 22, M. de Saint-Germain rentre en ligne, vu la proximité des ennemis campés à Kempen et Huis; la même raison force à replier, le matin, les hussards et les Volontaires Royaux sur la tête du camp, à la droite, le Landwehr devant eux. Les débouchés à la gauche du camp étant faciles et très ouverts, M. de Clermont opère un changement à la disposition générale : toute la première ligne d'infanterie, consistant en 6 brigades, étend son front en campant par B. et se rapprochant du Landwehr depuis les marais jusqu'à Huckelsmey. De la cavalerie se place dans la seconde ligne, où il ne reste que 3 brigades d'infanterie. La quatrième brigade de cette ligne est portée en avant, vis-à-vis d'un des débouchés. La troisième ligne est toute composée de cavalerie. Les grenadiers de France et Royaux restent en potence à la droite, les régiments de Brancas et de Lockman à la gauche, les carabiniers et les dragons en potence avec les redoutes construites à cette gauche.

Les troupes légères des ennemis entrèrent à Grefeld aussitôt que nous l'eûmes abandonné. M. de Voyer (1) y est renvoyé, et les en-

(1) Voyer (Marc-René de), fils du comte d'Argenson, ministre de la guerre, né en 1722 ; lieutenant général ; inspecleur de cavalerie; blessé à Fontenoy, en chargeant la colonne anglaise à la léte du régiment de Berry, fut regardé comme mort pendant deux heures, dans les bras de son père : c'eût été le second fils qu'il eût perdu sous les drapeaux, le plus jeuneayant péri, deux ans auparavant, sur les rem-

nemis se retirent de nouveau à son approche. On renforça en même temps notre délachement de Linn, d'où nous avions chassé les ennemis ainsi que d'Uerdingen; on établit des batteries le long du Landwehr près des six débouchés pratiqués, et, afin de mieux se couvrir dans la plaine, tous les arbres sur les digues sont abattus.

L'objet de M. de Clermont, en ce moment, n'était plus l'offensive; non seulement il ne se croyait plus en mesure de déboucher du Landwehr, les ennemis une fois campés à Rempen et Huis, comme il aurait pu le faire lorsqu'ils occupaient Aldekerk, Rempen et Huis, mais encore il se croyait fondé à ne pas agir offensivement et à ne s'occuper que des moyens de soutenir sa position. C'est ainsi qu'il s'expliquait dans ses dépêches du 22; mais celle du maréchal de Belle-lsle, reçue le même jour 22, changea entièrement ses idées. Le ministre lui mandait, de la part du roi, qu'il ne devait plus compter sur les troupes que M. le prince de Soubise devait mener au bas Rhin ; que, sur les vives instances de l'Impératrice, dont la situation devenait de plus en plus critique, S. M. venait de rétracter l'ordre donné au prince de marcher à Dusseldorf , et qu'il allait suivre sa première destination pour la Bohême; qu'en conséquence il n'avait plus qu'à exécuter le plan de combattre les ennemis, ou de les obliger à repasser le Rhin, s'il ne pouvait les atteindre. La bataille eut lieu le lendemain, 23 juin 1758, et l'issue en fut différente de celle qu'on aurait pu raisonnablement attendre.

Le 23, à 8 heures du matin, l'ennemi se mettait en mouvement, et le prince Ferdinand, ayant levé son camp d'Huis et de Rempen, poussait ses troupes en trois corps, l'un destiné à agir sur notre front, les deux autres sur notre gauche et à tourner notre flanc. A 10 heures, il annonçait son attaque; à M heures trois quarts, la gauche hanovrienne (Sporken) et les troupes du centre (Oberg) menavaient Huckelsmey par le débouché de Saint-Antoine; à midi, la canonnade s'engage, chaque division occupant sa place de bataille. Les attaques de front simulées de l'ennemi n'étaient que pour nous distraire du danger qui menaçait notre gauche. Sur une ligne parallèle au Landwehr, le prince Ferdinand déployait son artillerie

parts do. Prague; blessé à Crefeld en 1758; succombe le 18 septembre 1782, victime de sou dévouement, en activant les travaux de dessèchement des marais de Roche fort.

et derrière les nuages de fumée il dirigeait sur sa droite ses B. et E. Après avoir disputé Anrath aux premières troupes hanovriennes, la légion royale se repliait forcément dans les bois en arrière. Notre armée, tournée, prise en flanc, se trouvait sur le point d'être enveloppée tout entière; la brigade de Vaubécourt et 2 de cavalerie, avec du canon, arrivent en toute hâte à Willich. Toute la réserve de gauche est appelée en potence, les brigades de cavalerie d'Aquitaine et de Royal-Roussillon tirant d'un côté vers Willich, les carabiniers et les dragons se prolongeant de l'autre côté jusqu'à l'angle formé par cette ligne transversale et le Landwehr; entre ces deux ailes de cavalerie, au centre de la ligne, en face des bois occupés par l'ennemi, viennent se placer la Marine, la Couronne, la Marche, Chartres, Touraine , Brancas et Lockman (1). Deux officiers sont détachés par le prince pour appeler la réserve. Nos B., déchirés par la mitraille, du premier élan firent leur trouée dans les bois; mais le prince Ferdinand, envoyant des troupes fraîches, refoula dans la plaine notre infanterie, qui attendait toujours l'arrivée de la réserve. M. de Mortaigne ranimait l'ardeur des nôtres^ et vainement ils retournèrent deux fois à la charge. Dans ce dernier assaut, cette troupe héroïque donna la preuve d'une fermeté sans pareille; mais après trois heures de combat, bataillons, escadrons, compagnies, tout était mêlé, malgré les efforts de M. de Saint- Germain, qui cherchait à réorganiser des files ; les boulets hanovriens les emportaient à peine formées.

Les réserves ne paraissaient pas, car elles avaient suivi une fausse direction. Alors M. de Mortaigne, à la tête de la cavalerie de la gauche, charge à fond sur l'ennemi. L'effet ne répondit pas à l'attente. Ce fut au retour de cette charge que le comte de Gisors fut atteint dans les reins d'un coup de feu (2), dont il mourut deux

(1) L'armée de Hanovre fut attaquée, le 23 juin, dans les défilés de Crefeld; 4 régiments d'infanterie seulement trouvèrent la place nécessaire pour agir sur ce champ de bataille resserré : c'était la Marine, Touraine, Brancas et Lockmann- Suisse. Postés dans les bois qui bordent la rivière de Niers, ils défendirent pendant trois heures le passageet ne se retirèrent que devant des forces supérieures,qu'ils valent trois fois repoussées. Le régiment de Brancas perdit à Crefeld le major Horie de Lorgerie, l'aide-major du Verne, les capitaines Soulignac, la Blessière, Fabre, Chevalier, Danoux, Mérinville, et le lieutenant Marzouet.

(2) Bellc-Isle (Louis-Marie de), comte de Gisors , né le 27 mars 1732, fils du

jours après dans le camp ennemi. La charge de la seconde ligne se rompit, et la confusion qui suivit permit aux Hanovriens de se reformer en bon ordre. Cependant la bataille n'était pas perdue, les réserves se montraient en vue, et du côté du Landwber 40,000 Français, qui, depuis quatre heures que durait la lutte, n'avaient pas encore pris une part active au combat, ne demandaient qu'à marcher. M. de Mortaigne, incapable de profiter des chances heureuses qui restaient encore pour ramener à lui la victoire, refusa d'y consentir, et entraîna le général en chef à suivre le triste conseil d'ordonner la retraite. Heureusement, elle se fit dans le plus grand ordre, et le prince Ferdinand, avec toutes ses forces réunies en deçà du Landwher, ne suivit les Français qu'à distance (1). A la suite de sa défaite, M. de Clermont rassembla l'armée, le

maréchal et de Marie âe Bélhune, veuve du marquis de Medavy-Grancey. Faible de naissance, il acquit par l'éducation piiysique une constitution vigoureuse. Le !*■'■ novembre 1745, colonel de Royal-Bavarois nouvellement levé. A la suppression de ce régiment (l**'' février 1749), colonel de Champagne. C'est alors ([uc le maréchal composa pour lui cette instruction, chef-d'œuvre resté un modèle de conduite pour les militaires préoccupés de la grandeur morale de leur profession et qu'on ne peut se lasser d'étudier. A 21 ans, épouse, le 23 février 1753, la iille du duc de Nivernois. Voyage en Autriche, en Suède, en Angleterre, en Prusse; en revient avec de profondes observations sur l'organisation des armées. Colonel de Champagne, il est sur les bords du Rhin appelé à prendre part à la guerre ; assiste à la bataille d'Hastenbeck ; le 31 juillet, envoyé au roi à Compiègne par le maréchal d'Estrées; brigadier le 21 août 1757 ; le 1*'' octobre 1755, le commandement des Carabiniers étant devenu vacant à la mort du prince de Dombes, le 13 mai 1758, Louis XV y pourvut par une double nomination, l'une honorifique, l'autre effective ; le comte de Provence (Louis XVIII). petit-fils du roi, recevait le titre de meslre de camp des Carabiniers, et le comte de Gisors, celui de mestre-lieutenant avec tous les droits et prérogatives , commandement qu'il ne devait pas conserver longtemps en quittant celui de Champagne.

Foucquet *, comte de Gisors. Meurt à Neuss le 20 juin , blessé le 23.

(Ij On doit rendre justice au comte de Clermont, toujours au feu, sur un point ou sur un autre, encourageant le soldat, pour donner le temps à l'intendance d'évacuer les blessés.

Thi-s. Blessés.

Infanterie : Officiers.

— Soldats..

6<JG I 92:

Tués.

Blesstjs.

Cavalerie

: Officiers..

Soldats . . .

Chevaux. .

* L'usage écrit Foucquct, mais Fouquet est rorthograpiie de Moreri, et c'est ainsi que signaient le maiéclial, le chevalier de Belle-Islc et le comte de Gisors.

24 au matin, derrière l'Erfl, près deNeuss, se proposant de repasser cette rivière le lendemain pour se mettre en bataille dans la plaine de Neuss. Mais, sachant l'ennemi à Fischein, apprenant son arrivée à Osteradt et regardant nos débouchés comme impossibles, il marche, le 25, à Worringen sur le chemin de Cologne, dans le dessein de remonter successivement le Rhin jusqu'à ce qu'il trouvât une position qui lui permît d'attendre les ordres positifs du roi.

Effectivement, le 21o, il s'établit près de Worringen. Aussitôt notre sortie de Neuss, le prince Ferdinand y entre de sa personne. Son armée campe à Buttgen. Les magasins à Neuss sont en partie donnés aux troupes et en partie abandonnés. Le lendemain, M. de Guerchy (1) est détaché, avec 2 brigades d'infanterie, 2 de cavalerie, 1 régiment de dragons, 1 de hussards (Berchiny), la légion Royale et du canon, à Grevenbroich sur l'Erft, afin de couvrir l'armée et de l'éclairer. 3 régiments de dragons (Colonel-général, Orléans et le Roi), 1 B. de Royal-Comtois et les volontaires de Flandre se portent à Bedburg le 27, sous le duc de Chevreuse (2).

En quittant Neuss, on fît évacuer nos différents établissements de subsistances, d'hôpitaux et d'effets sur le Rhin ; ceux sur la basse Meuse principalement à Ruremonde, et ceux de Liège sur Givet, Cologne et Coblentz, avec ordre de faire du pain dans cette dernière ville et de construire des fours à Trêves, avec le quartier général à Cologne. Enfin M. de Clermont (3), pensant ne pouvoir rester en sûreté dans sa ])osition de Worringen, marche à Cologne le 28. L'armée s'y porte en cinq colonnes, sur deux lignes, la droite àNiehl,

(1) D. G., 3476, 176. Garni) de Worringen.

(3) Cleimont (Louis de Bourljon-Condé, comlc de), prince de la maison de France ne ressemblait ni au duc de Bourbon ni au duc de Charolais, ses frères. En 1733 le pape Clément XII lui accorde une dispense quiiui permet de porteries armes. Se distingue à Rocoux, à Lawfeld. Combat contre le prince Ferdinand en Hanovre, perd la bataille de Crefeld, le 23 juin. C'est autour de son lit de mort, le 16 juin 1771. qu'est rédigée la protestation des [)rinces contre le coup d'État qui exilait le parlement et le remplaçait par celui de Maupeou. (Voir le premier volume des Guerres sous Louis XV. page 183.) Frère de Louis III, duc de Bourbon-Condé, appelé M. loduc, né le 15 janvier 1709; mestredccamp de Clermont, .5 janvier 1728. Il aimait la guerre; avait de l'esprit, de la verve; les soldats l'aimaient pour son extrême bravoure, son entrain, sa belle humeur; facile à vivre avec les ofliciers ^ doux, sans morgue, capable de toute entreprise. (D. G., Papiers, t. I, noi5.)

la gauche à Efferen ; la première ligne occupait les villages de Merheim, Ossendorf etBickendorf, avec le quartier général à Nippes. Les B. des grenadiers Royaux, restés sur les derrières de l'armée, la rejoignirent, en sorte qu'elle se trouva composée de 87 B. et 113 E. Le corps aux ordres de M. de Chevreuse se porta, le même jour 28, de Bedburg à Niehl en avant de notre droite; celui de M. de Guerchy, de Grevenbroich à Elsen en avant de notre centre, et, le 30, à Gross-Kônigsdorf à la gauche , pour être plus à portée de la rivière d'Erft, occuper les bois et hauteurs de la rive droite de celte rivière, éclairer par ses détachements les plaines de la rive gauche. Les ennemis restaient toujours la droite à Osteradt. Malgré son désir d'attaquer, M. de Clermont crut devoir ne pas perdre de vue Cologne, qui lui fournissait toutes les subsistances, tout en craignant qu'on ne vînt attaquer cette ville. Il pensait que sa position près de Cologne ne permettrait pas aux ennemis de pouvoir assiéger Dusseldorf, Juliers ni Wesel, points importants dont la perte pouvait entraîner celle de tout le pays. Wesel restait approvisionné pour plus de trois ;iiois, pourvu de troupes et de munitions. Jusqu'à ce moment, Juliers, suffisamment pourvu de troupes par l'électeur palatin, ne donnait aucune inquiétude; mais il ne s'y trouvait que 1 B. très faible. Le baron de la Roche, qui y commandait pour l'électeur, demanda des renforts.

Le l^"" juillet, les 2 B. du régiment d'Eu marchent le même jour à Kempen et se jettent le lendemain dans la place. Dusseldorf était mieux pourvu de troupes, car 6,000 Palatins s'y trouvaient encore, indépendamment des 4 B. français aux ordres de M. de Bergheick. Malheureusement on avait appris que le général hanovrien ^Yanzenheim avait sommé M. d'Isselbach de lui livrer la ville, le menaçant de la bombarder, et celui-ci était déterminé à se rendre. La perte de cette ville pouvait avoir pour nous les plus graves conséquences en interceptant notre navigation du Rhin.

Les places de la Meuse n'étant pas plus en sûreté, notre retraite sur Cologne donnait à l'ennemi les moyens faciles de se porter sur cette rivière, Gueldre, livré à lui-même, ne pouvant leur en imposer. Ruremonde était gardé parle régiment de la Marche, composé del B. et 2 de milices, avec ordre à M. Boccard de l'évacuer ; mais, attaqué par le prince héréditaire de Brunswick avant d'avoir pu se retirer, il se défendit si vigoureusement qu'il força ce prince

à lui accorder une capitulation par laquelle il se rendit à Liège avec les honneurs de la guerre.

On assurait cependant que le prince héréditaire était à Ruremonde avec 10,000 hommes, soutenu par 12,000 autres à Gladback, et que toute l'armée ennemie, se portant sur la Meuse, faisait de la Flandre le théâtre de la guerre. M. de Ciermont demande en conséquence, dans sa dépêche du 30juin, des ordres sur la destination de l'armée, sur les places de Wesel, Dusseldorf, Gueldre et Juliers, et s'il doit y laisser des troupes, de quelle espèce et en quelle quantité.

« Le roi m'ordonne expressément, répondait M. deBelle-Isle, de vous mander que son intention est de prendre à Cologne la meilleure position, mais de ne pas remonter plus haut...

a Son intention est que vous vous formiez un conseil composé de trois lieutenants généraux, MM. de Contades, de Mortaigne et de Chevert (I). Je leur écris à tous trois; je leur ordonne de s'assembler, de discuter bien la matière, et de former un avis unanime auquel le roi est persuadé que V. A. S. voudra bien alors se conformer; et, si malheureusement ils avaient des avis diflérents, jeteur ordonne de les mettre par écrit et de me les envoyer. V. A. S. parviendra peut-être en ce casa les réunir, et, si elle ne pouvait pas y réussir, elle décidera et prendra celui qu'elle croira en ce cas le plus convenable...

« Comme il se peut que le prince Ferdinand fasse passer quelques troupes légères de l'autre côté de la Meuse, je vais y faire marcher quelques E. qui rassureront le gouvernement de Bruxelles, et si, comme je l'appréhende, le régiment de la Ferronnays n'a pu vous joindre, j'en ferai usage aussi pour garder la rive gauche de cette rivière. »

Les extraits des lettres de M. le comte de Ciermont permettent d'apprécier, d'un côté, combien Versailles désirait que le prince ne quittât pas le Rhin, et, de l'autre, les inquiétudes qu'il avait du parti à prendre, soit qu'il fallût tenir Cologne ou abandonner le Rhin, ou se porter sur la Meuse.

Du côté de la Meuse, on faisait des dispositions relatives au

(1) .1 Celle forme de triumvirat est bien dangereuse, M. de Ciermont en a été ollensé. M. de Contades et moi nous nous tiendrons sûrement dans les bornes convenables ; je ne sais si le troisième en fera autant. » (Cbevert au minisire.) (D. G.)

projet annoncé par M. le maréchal de Belle-Isle d'y rassembler un corps de troupes pour couvrir Liège, oii nous avions encore de grands dépôts et dont les ennemis exigeaient déjà des subsistances.

Dès le 30 juin, on avait formé sur la montagne de Saint-Gilles près Liège un camp composé de soldats, cavaliers et dragons de toutes sortes de régiments, envoyés à Liège pour s'y rétablir. Le :2, la garnison de Ruremonde se joignit à ces troupes. M. de Castries (1), destiné à commander sur la Meuse, arrivait à Liège le 3; il n'y séjourne pas longtemps ; un détachement des ennemis, poussé jusqu'à Tirlenïont et Louvain, imposait des contributions et menaçait Bruxelles, défendu par 1 B. autrichien : il se porte avec un détachement à Tirlemont, joint par les E, qui venaient de France et dont une partie arrivait déjà dans les environs de Bruxelles.

Pendant que les ennemis cherchaient à nous donner de l'inquiétude sur la Meuse et du côté du Brabant, leur armée fit un mouvement le 4 juillet; sa gauche se porte à Capellen et s'appuie à la rive gauche de l'Erft. Ils occupèrent en même temps en force le poste de Grevenbroick, ainsi queDahlen, qui couvrait leurs magasins à Dulken et leur communication avec Ruremonde. L'Erft se trouva bordé de leurs troupes jusqu'à Gaster.

Sur la nouvelle du mouvement, M. de Glermont en fit faire un à son armée le 5 juillet (2); sa droite reste à Niehl ; il avance sa gauche à Mungersdorf près Konigsdorf, avec le quartier général. En même temps, M. de Guerchy fut porté en avant de Konigsdorf, et M. de Chabo, avec les troupes légères, placé à la rive gauche de l'Erft, en avant de M. de Guerchy. On continua de retrancher Deutz, pour assurer la tête de notre pont sur le Rhin. Cet ouvrage pouvait contenir J B., et, pour le protéger, on campa en avant 1 brigade

(1) Castries (Charles-Eugène-Gabriel de la Croix, marquis de), né le 25 février 1717; lieutenant au régiment du roi, 23 août 1742; meslre de cainp, 26 mai 1744; commande en Corse, 1756; revient en 1757 à Rosbacli, où il est blessé; 1758, à lu tête d'un corps opposé au prince d'isenbourg ; lieutenant général, 28 décembre 1758; blessé à Warburg. Figure très agréable, valeur franche et noble, très grande application à son métier, qu'il entend très bien. (D. G.)

On dit qu'après la mort du comte de Gisors, le maréchal de Belle-Isle regardait le marquis de Castries comme son héritier.

d'infanterie indépendamment de 4 B, dans le village de Deutz. En même temps, deux détachements de volontaires sur la Wiepper éclairèrent cette partie. M. de Torcy, qui commandait à Cologne, demanda à la ville quelques pièces de canon nécessaires à la défense de ce pont et pour la protection du Rhin; les magistrats les refusèrent avec tant d'obstination que M. de Torcy fut contraint d'ouvrir de force les portes de l'arsenal.

Peu de jours après, M. le prince héréditaire, s'étant éloigné de Ruremonde le ^, faisait passer du renfort au corps qu'il envoyait dans le Brabant et se portait le même jour, 3 juillet, à Wassenberg; la nuit du A au 5, il marchait du côté d'Erkelenz, portant un détachement sur Sittardet Gangelt, avec ordre de pénétrer dans le pays deLimburg, et d'autres détachements entre Juliers et Aix-la-Chapelle. Toutes les forces ennemies se concentraient du côté du Rhin. Nous étions menacés plus que jamais de la perte de Dusseldorf; les ennemis, dès le 28 juin au soir, y jetaient des bombes. M. d'isselbach, toujours disposé à se rendre, avait négocié une suspension d'armes dont le terme expirait le 5 juillet. Pendant cet intervalle, M. de Clermont mandait à M. d'Jsselbach, le 3, que les circonstances exigeaient une vigoureuse défense. L'électeur palatin écrivit, de son côté, le même jour 3, à S. A. S. pour lui demander de sauver, par le secours de l'armée, la ville des malheurs dont elle semblait accablée, et que, si elle ne pouvait entreprendre par la force des armes la délivrance de cette place , elle sauvât au moins ses troupes et celles du roi. Il était trop tard : M. d'isselbach avait capitulé ; une des portes de la ville devait, dès le 8, à la pointe du jour, être remise aux troupes hanovriennes. Les Français et les Palatins sortirent, le 9, avec les honneurs de la guerre et réjoignirent l'armée le lendemain 10.

Dans ces circonstances, le comte de Clermont, sensible aux blâmes de Versailles et au peu de confiance qu'on lui témoignait, demanda d'être rappelé; le commandement de l'armée fut donné â M. de Contades, le plus ancien des lieutenants généraux. A la suite de ce rappel, M. de Mortaigne, instruit de la persistance avec laquelle l'armée entière rejetait sur lui les fautes commises depuis qu'il était arrivé auprès de S. A. S., prit le parti de demander aussi, le 8 juillet, de revenir en France.

Le commandement de M. de Contades commence donc h la date

du 8 juillet. Il reçut à celte occasion deux lettres de M. de Belle- Isle, des 3 et 7 juillet, sur sa conduite pour la suite des opérations, qui se résument à tenir ferme à Cologne, à marcher pour regagner la rive gauche de l'Erft en combattant l'ennemi et le refoulant, tandis que l'armée de M. de Soubise, qui doit se mettre en mouvement vers le 10 juillet, envahira la Hesse, la partie d'Halberstadt et de Hanovre, et combinera alors ses mouvements avec l'armée du bas Rhin pour forcer M. le prince Ferdinand à repasser ce fleuve. Napoléon dit : « Il évacue cent lieues de terrain, dans une saison aussi difficile, avec une armée plus nombreuse, sans donner un coup de sabre; laisse prendre à sa vue une place comme Minden , sans tenter de la secourir : tout cela est peu honorable non seulement pour le général, mais même pourlesofflciersgénérauxde l'armée; car enfin, si Broglie, Saint-Germain, Gbevert, d'Armentières eussent demandé à se battre, si l'opinion des généraux et des chefs de corps eût été hautement manifestée de faire résistance, de sauver du moins l'honneur des armes, le général n'eût pu s'y opposer. »

Napoléon est bien sévère dans ce jugement et a oublié que, dans maintes circonstances, la discipline et l'obéissance n'eussent pas régné sous ses ordres, s'il avait supporté les réflexions de ses généraux, et je ne sache pas qu'il les eût lui-même tolérées un instant.

Voici l'état général de l'armée française au 1 1 juillet 1738. Première ligne, 40 B. et 37 E., qui se composaient ainsi :

/«/"a^^^e/'/e; Picardie, Enghien, Auvergne, Bretagne, Belzunce, Rochefort ^Birkenfeld, Pressing, T^ brigade Palatine), le Roi, Coudé, la Tour-du-Pin, Provence, Aquitaine, Champagne (40 B.). Cavalerie, aile droite: Colonel-général, la Rochefoucauld, Berry, la Reine, Vienne, Archiac, Chabrillan, Saint-Jal, Cuirassiers (19 E.); aile gauche : Cravates, Noailles, Gramont, Dauphin, Talleyrand, Orléans, Chartres, Lenoncourt, Mestre-de-camp (18 E.).

La deuxième ligne comprenait 26 B. et 38 E.

Infanterie : Navarre, Orléans, Vaubecourt, Tournaisis, Aumorit ïBaden, Osten, 2^ brigade Palatine), Touraine, Chartres, la Marche- Province, la Couronne, la Marine (26 B.). Cavalerie, aile droite : le Roi, Moutiers, Noë, Bourgogne, Montcalm, Condé, Fumel. Harcourt, Royal-Roussillon^l8E.); aile gauche .-Royal-Piémont, Tresignies, Bourbon-Busset, Aquitaine, Dampierre, Crussol, Marcieux, Charost, Royal-Étranger, la Vieuville (20 E.).

GUERRE DE SEPT AIN S (1758j. 255

En réserve: Carabiniers, Colonel-général, Orléans, le Roi, Caraman (dragons), Berchiny, Turpin, ja légion royale, volontaires de Flandre (40 E.). Réserve d'infanterie, grenadiers de France, grenadiers royaux et postiches, Yenner, Lockman, Royal-Comtois, artillerie (21 B.).

De plus, 34 B. détachés dans différentes positions : à Deutz, Brancas, la Marck, Royal-Lorraine, Royal-Barrois, Vatan, Foix, Périgord (10 B.); à Cologne, Royal-Roussillon, Cambrésis, Conti, milices (7 B.); à Jiiliers, Eu (2 B.); àWesel, Reding, milices (H B.); à Gueldre, milices (1 B.); sur la Meuse, la Marche-prince, milices (3 B.).

Ce qui formait, pour l'armée aux ordres de M. de Gontades, 121 B. et USE.

Quanta l'armée hanovrienne, elle comprenait:

25 B., à 7 compagnies de 136 hommes 23.700

12 B. hessois, à 10 compagnies de 80 hommes. 9,600

8 B. de Brunswick, de 630 hommes 3,200

1 B. de Saxe-Gotha 600

1 B. de Buckburg 750

Soit 47 B. 39,850 La cavalerie formait 52 E. à 120 hommes, soit.. 6,240 Plus les chasseurs 430

Total.... 46,540 hommes.

Lorsque M. de Belle-Isle écrivait à M. deContades, il n'était pas encore instruit du sort de Dusseldorf. Il est facile déjuger de son étonnement en apprenant qu'une telle place avait capitulé sans être assiégée. Sa perte rendait encore plus évidente la nécessité de porter l'armée à la rive gauche de l'Erft et d'y prendre une position qui, sans nous séparer de Cologne, nous mît en état de conserver la communication avec Juliers et d'empêcher l'ennemi d'en faire le siège. Nous étions déjà maîtres de Bergheim, point principal sur cette rivière. L'ennemi avait marché, la nuit du 11 au 12, la droite à Hasselweiler, vers Juliers, la gauche à Grevenbroich, et avait placé un corps détaché à Caster, avec une garde sur les hauteurs de la rive droite de l'Erft. Notre situation nous donnait déjà de

grandes facilités pour le passage de l'Erft. M. de Contades quittait dès le 131e camp de Mungersdorf; notre armée, qui s'était portée sur six colonnes à Glessen, campait sur les hauteurs, la gauche appuyée au bois de Bergheim, dépassant Busdorf, dans une belle plaine. La réserve de M. de Guerchy s'était portée à Ober-Aussem, M. de Chevreuse à Rheinkassel, et la légion Royale à Bergheim.

Le 14, M. de Contades, par suite d'un mouvement de l'ennemi toujours à Hassehveiler avec des corps détachés à Linnich et à Titz, renforce jusqu'à 20 B., 2 brigades de cavalerie et 1 régiment de hussards, la réserve de M. de Guerchy, et marche sur sept colonnes en avant de Frowiller sur les hauteurs de Bedburg. A noire approche, vers il htMires du matin, les ennemis abandonnèrent ce poste et Casier. ^lais leur armée marchait, et, comme on marquait le camp, elle avait passé l'Erft à Grevenbroich et sur plusieurs ponts entre ce lieu et Casier. Leur avant-garde paraissait déjà à hauteur de nos colonnes de droite. MM. de Brissac et de Chevert, qui les commandaient, reçurent ordre de s'emparer des hauteurs en avant des bois d'Ingelfeld. La première ligne de l'infanterie se forma ensuite sur ces mêmes hauteurs, et ÎNl. d'Armentières, avec la cavalerie de l'aile gauche, occupa le terrain jusqu'à l'Erft, ayant devant lui le village de Frimersdorf. La seconde ligne se forma successivement avec l'artillerie sur les coteaux. Les troupes de M. de Guerchy rentrèrent en ligne; M. de Chevreuse, renforcé de 1 brigade de cavalerie, et qui avait ordre d'aller de Rheinkassel à Hackenbroich, rejoignit l'armée, ainsi que M. de Ségur, envoyé à Bergheim avec 1 régiment de hussards et 1 brigade d'infanterie. L'armée ennemie se mit aussi en bataille, la droite à l'abbaye de Welkenberg, occupant avec l'infanterie les bois en avant de cette abbaye, la gauche au village d'Alrath, faisant un coude sur Barrenstein et appuyant au ruisseau de Lank.

Nous attendîmes dans cette position. Notre manœuvre audacieuse animait les troupes, qui attendaient avec impatience le moment (lu combat. Les ennemis parurent vouloir pousser une tète sur nous; on leur tira quelques coups de canon de la batterie à la droite de la première ligne d'infanterie; ils rétrogradèrent, ÏM. de Contades, voyant qu'ils ne débouchaient pas, pensa à les attaquer. Mais c'était impossible par la gauche, à cause de l'immense ravin qui, du village deNeurath, rejoint l'Erft au village de Frimersdorf. 11 voulait attaquer

leur gauche; mais il dut y renoncer lorsqu'il apprit qu'entre les villages de Tifz, où était, la droite de notre cavalerie, et ceux d'Alrath et de Barrenstein, où se trouvait la gauche des enne- .mis, la plaine était coupée par des déûlés impossibles à passer. Nous n'eûmes d'ailleurs pas à engager le combat ; car, à 1 1 heures du soir, l'ennemi gagna le camp de Neuss en passant l'Erft. Une armée obligée de se retirer en face de l'ennemi doit toujours craindre de grands risques, si elle n'a pas plusieurs débouchés pour sa retraite. Il eût été à désirer que, dans cette circonstance, il fût permis à M. de Contades d'attaquer, le 13 et même le 14., le prince Ferdinand dans la position prise la veille à l'abbaye de Konigshofen, en arrière du village d'Elfgen : il avait l'avantage des hauteurs et il le resserrait entre la rivière d'Erft et le ruisseau de Kelbach, qui est marécageux. Le prince Ferdinand n'avait alors que deux débouchés pour sa retraite, celui de sa gauche par Laach, celui de sa droite par le pont sur l'Erft, appelé Neubruck, ces deux débouchés très enfoncés par les pluies. On peut juger alors des suites fâcheuses qu'aurait eues pour l'armée ennemie un échec dans cette position, semblable à celle de l'armée anglaise à Dettingen, et tout aussi critique, car elle n'avait pas d'issues pour sa retraite, et, si elle eût été battue, ce qui devait arriver, elle était entièrement détruite. Malheureusement, on ne fut instruit de leur retraite qu'à la pointe du jour. Aussitôt M. d'Armentières suit les ennemis avec la cavalerie de la gauche, les Carabiniers, la légion Royale et les hussards de Turpin, et M. de Saint-Pern avec les grenadiers de France et les hussards de Berchiny. L'armée campa sur le terrain où elle s'était mise en bataille la veille, sa gauche appuyée à l'Erft au-dessous de Caster. La position des hauteurs de Bedburg nous rendait maîtres de l'Erft; elle couvrait également Cologne, en empêchant l'ennemi de déboucher sur nous. Si M. d'Armentières ne put joindre l'ennemi, il s'empara du moins du cours de l'Erft et de Grevenbroich. Après avoir laissé dans cette partie les 2 régiments de hussards et 1 de troupes légères, indépendamment de la légion Royale, il rentra au camp le 16 au matin, ramenant une pièce de canon et une centaine de prisonniers. Dans cette situation, M. de Contades s'occupa d'un second pont à Cologne, afin de passer promptement le Rhin, si les circonstances le mettaient à même de porter l'armée à la rive droite de ce fleuve. Puis, ayant reconnu le mauvais état du

poste de Grevenbroich, que les hauteurs de la rive gauche de l'Erft diminuaient, il change la disposition de ses troupes légères, et ne laisse à Grevenbroich et à l'abbaye de Wilckenberg que peu d'infanterie, la légion Royale et les volontaires de Flandre à Barrenstein, où la réserve de M. de Ghevreuse(l) campa le 17 au matin. (D. G., 3479, 40.)

A ce moment, la droite de l'ennemi était à Holtzheim, son centre à Neuss, la gauche campée à Grimlinghausen. Les ennemis, indépendamment de leurs ponts à Emmerich et Raiserswerth, en avaient aussi un à Dusseldorf, construit avec des bateaux de grandeur inégale, presque impraticable à l'artillerie. Ce pont inquiétait cependant M. de Contades dans ses mouvements. Il craignait de s'éloigner de Cologne et du Rhin, n'ayant de ressources pour subsister que cette ville, et il voulait conserver la tête du pont de Deutz, dont la perte rendait impossible la navigation du Rhin.

En attendant, on répara quatre ponts sur l'Erft pour passer cette rivière ,s i les e nnemis s'éloignaient de Neuss, comme on pouvait le juger par le renvoi de leurs équipages sur Meurs. M. de Contades se préparait d'un autre côté les moyens de se porter proniptement sur Cologne, et d'y construire un second pont sur le Rhin, pour suivre les ennemis dans le cas où les opérations de

(1) D'Albert Charles), duc de Luynes, connétable (famille originaire de Florence, qui remonte à Charles IX), comblé de dignités et d'iionneurs par Louis XIII.

Marie-Charles-Louis, duc deMonlfort, né le 24 avril 1717; mousquetaire, 1731; capitaine dans Luynes, 12 mars 1732; brigadier de ce régiment, 9 juillet 1736; maréchal de camp, 20 février 1743; lieutenant général, r'"' janvier 1748; gouverneur de Paris: mort le 8 octobre 1771.

Son fils, Louis- Joseph-Charles-Amable, né le 4 novembre 1748; maréchal de camp, 5 décembre 1 78 1 .

Son fils, Louis- Auguste d'Albert d'Ailly, frère puîné du connétable, duc de Chaulnes, né le 22 décembre 1676; combat en Italie, en Allemagne; maréchal de France, 19 février 1741; mort le 9 novembre 1744.

Son fils, Michel-Ferdinand, duc de Piquigny et deChevreuse. né le 31 décembre 1713; brigadier, 1'^'^ janvier 1740; maréchal de camp, 14 mai 1743; à Dettingen, à l'armée de Flandre; lieutenant général, 1"" janvier 1748 ; à Hastenbeck, en Hanovre; mort le 28 septembre 1769.

D'Albert (Charles-Philippe), duc de Luynes, né le 30 juillet 1695, mort en 1758; est l'auteur des Mémoires. Il contmue jour par jour le journal de Dangeau de 173.5 à 1758 '17 vol.).

M. de Soubise les détermineraient k secourir les pays de Hesse ou de Hanovre. M. de Soubise, en pleine marche avec ses troupes, devait être près de Gassei le 22, et la flotte anglaise était encore dans la Tamise le 11 ; mais tout portait à croire que ces troupes devaient arriver à Emden le 7 août.

Les ennemis avancent, le 18, leur droite à Buderich et leur gauche à Holzheim. Ils travaillent à retrancher leur pont sur l'Erft en avant de leur gauche. Un corps séparé couvrait leur flanc droit. De petits camps à Buderich défendent leurs magasins à Dorsten, Dulmen, Xanten et Rheinberg. M. de Gontades ne prononça d'autre mouvement que celui de camper sur les hauteurs de Caster 1 brigade d'infanterie pour soutenir les trois débouchés qui aboutissent au pont. Il envoya en même temps 2 B. à l'abbaye de Betlem et 2 à Bergheim.

Le 17, l'ennemi s'était replié sur la Meuse. M. de Gastries trouva, le 18, Ruremonde abandonné. Ge mouvement par sa droite rendait plus difficile notre communication avec Juliers; mais la confirmation du renvoi d'une partie de leur grosse artillerie à Meurs, les nouvelles de l'embarquement de celle que nous avions laissée à Dusseldorf et qu'ils descendaient au bas Rhin, les ordres donnés dans le pays de Bergh pour tenir les chevaux prêts à marcher, tout indiquait un mouvement prochain. Gelui du 24 ne consista qu'à rapprocher leur droite de Wickerath plus près de Dulken. Enfin, le 25 juillet, l'ennemi s'étant porté sur Wanlo, nos troupes légères le suivirent. A minuit, M. de Ghabo passait l'Erft, soutenu par les Garabiniers, les grenadiers de France et Royaux, et par l brigade de cavalerie. L'armée suivit de près; elle passe l'Erft sur trois ponts établis à Welkenberg, Gustorf et Gaster. Toutes les troupes légères se portèrent à Wickerath, Wickerathberg et Wanlo pour garder les passages sur la Niers. M. de Ghevreuse est envoyé de Barrenstein à Lauken, où M. de Gontades le laisse, le 27, pour voir ce que deviendrait le détachement ennemi établi à Neuss et destiné à renforcer la garnison de Dusseldorf, dont le pont n'était pas encore replié le 20. L'armée ne put passer l'Erft que sur trois colonnes, la pluie ayant rendu impraticables les prairies marécageuses par lesquelles on avait compté diriger deux autres colonnes. Pendant que l'armée était en marche, les ennemis ne s'étaient pas arrêtés à Wickerath; c'est à Wassenberg, après avoir mar-

ché trente heures, qu'ils firent halte le 27, à 7 heures du matin. Ce mouvement n'indiquait pas encore leur projet d'aller sur le Rhin, ou sur la Meuse, ou à Ruremonde. M. de Belle-Isle, dans toutes ses lettres à M. de Gontades, ne pouvait imaginer qu'ils passassent la Meuse pour entrer dans les Pays-Bas. Dans cette incertitude, M. de Gontades, en se portant aux sources de la Niers, dans le cas où les ennemis auraient gagné le Rhin par la rive gauche de la Niers, voulait gagner Crefeld , Gueldre et Wesel , afin de passer le Rhin à ce dernier endroit en même temps que les ennemis à Emmerich, et, dans le cas où ils se seraient jetés sur la Meuse, les suivre le plus possible. Mais, arrivé à Holzweiler (1), il se détermine à marcher sur Erkelenz pour joindre leur arrière-garde, et à gagner ensuite Wesel par Gueldre. Il devenait d'autant plus intéressant de ne pas laisser arriver les ennemis longtemps avant nous au Rhin que, si on leur laissait plusieurs marches d'avance sur nous, ils auraient pu inquiéter M. le prince de Soubise, dont l'avant-garde (M. de Broglie) venait de battre, le ^3 , à Sondershausen près Cassel, le corps des Hessois du prince d'Isenburg, retiré par Gottingen dans le pays de Hanovre.

Les mouvements ennemis continuaient à indiquer une retraite. Le 27, ils abandonnaient Neuss et de nouveau occupaient Ruremonde. M. de Ghevreuse, toujours à Lank, s'empara de Neuss et s'assura si le pont des ennemis existait encore. On avait essayé quelques jours auparavant de le rompre, mais sans résultat.

M. de Ghevert, depuis quelques jours à Gologne, devait prendre 8 B. des 10 qui étaient à Deutz, i régiment de dragons et 6 compagnies de grenadiers, pour tenter de surprendre Dusseldorf; mais les difficultés exposées par MM. de Fourcroix et de Ramsault, ingénieurs, firent renoncer à cette entreprise, et M. de Gontades lui envoya ordre de partir de Deutz le 29, pour se porter en deux marches à Dusseldorf et sommer cette ville, appuyé par M. de Ghevreuse. Si cette sommation ne réussissait pas, M. de Ghevert s'avancerait à Wesel, en suivant la rive droite du Rhin, et y prendrait les troupes nécessaires afin de se porter à la tête du pont d'Emmerich et y attaquer les troupes chargées de le garder. L'armée, partie, le 28, du camp de Holzweiler, s'établit à Erke-

(1) M. de Montoyiiard au ministre. Camp d'Eiketenz, 28 juillet. (D. G., 3i?9, 28.)

lenz. Les troupes légères placées à Beck avaient des postes à Gladbach sur la Niers. La communication de l'armée avec M. de Chevreuse, à Neuss, reste assurée par les ponts de la Niers. On envoya des partis sur les bords de la Roer aux environs de Linnich pour s'éclairer sur ce point. En arrivant au camp d'Erkelenz, on aperçut du mouvement chez l'ennemi, et, à minuit, le prince Ferdinand quitta son camp de Wassenberg pour Ruremonde et Bruggen. Les camps ennemis à Buderich et à Mehr étaient fort diminués, etM. de Cambefort, capitaine dans Reding, sorti de Wesel avec des volontaires, s'était porté à Coësfeld. Il y avait fait des prisonniers, et, sans la pluie qui avait inondé le magasin, il l'aurait brûlé. Comme les ennemis n'avaient point de pont sur la Meuse, M. de Contades marche à Emmerich.

Le 30 au matin, M. de Ghevreuse est à Neuss et y laisse 2 B. et 1 régiment de dragons, pour contenir la garnison de Dusseldorf et assurer la communication de Wesel avec Cologne par la rive gauche du Rhin. Il se porte, le 31, avec la brigade de cavalerie et les 2 autres régiments de dragons, à Saint-Thonis et, le l*^'' août, à Gueldre, afin d'inquiéter l'ennemi sur son flanc droit. M. de Saint- Germain, de son côté, marchait avec son détachement, etM. de Contades avec Farmée le 31, la droite à Gladbach, la gauche à Dahlen. Ne pouvant s'avancer plus loin et obligé d'attendre le pain le V^ août, après la distribution, son projet est de se porter sur Dulken, de suivre ensuite l'ennemi jusqu'à Gueldre, d'y passer la Niers, de se rendre à Wesel et d'y traverser le Rhin en même temps qu'il le passerait à Emmerich. On quitta, le 31, le camp d'Erkelenz; M. de Chevreuse quitta Neuss, se dirigeant sur Crefeld. Chevert, qui marchait par la rive droite du Rhin , arriva aussi, le 31, à la Chartreuse près Dusseldorf.

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