CHAPITRE VIIL
CAMPAGNE SUR LE BAS RllIX Eï LA LIPPE (arMÉE DE M. DE CONTADES)
(août-décembre 4758).
Août. 2. L'année quitte le camp de Dahlen. — 3. M. de Saint-Germain à Gladbach, où arrive l'armée le ^t. M. de Chevert à Xanten. — 6. Passage de la Niers. — 7. Camp de Crefeld. — 8. Camp d'Haldenkirchen. — 9. Camp d'issum. — 7-10. L'ennemi repasse le Rhin. Le prince Ferdinand sur la Lippe et sur Coësfeld, tenant toujours à la Lippe par Dulmeii, Haltern ; il détache des corps à Bockum, Ahlen et Lippstadt, fait un mouvement sur Munster, Warendorf, Neuhauss près Paderborn, Brakel, rives du Wéser. — 12 au 19. Passage de notre armée sur plusieurs points du Rhin. M. de Contades quitte le camp de Wesel, se porte sur la Lippe. — 21. A Scherml)eck. — 23. Camp de Dorsten. — 25. Reckiinghausen. — 26. Arrivée des Saxons à Kastrop, portés à Dortmund du 25 au 30. — 30. Le prince Ferdinand à Dulmen.
Septembre. L'armée manœuvre sur les deux rives de la Lippe, poussant des postes jusqu'à Buren, débouché du pays de Waldeck. Détachement à Munster. Essaye de rejoindre l'armée de Soubise. — 14. A Reckiinghausen. — 24. M. de Chevert à Hanim, M. de Lusace à Uuna, M. de Fitz-James à Werl. — 26. Le prince de Brunswick à Haltern, le prince de Holstein à Bork. — 28-29. Le camp de Bork est surpris par les Français. L'ennemi se rapproche de la Lippe, la passe.
Octobre. 5. L'armée de M. de Conlades, restée à Reckiinghausen depuis le passage du Rhin, se porte à Hamm et Lunen. — Les princes Ferdinand et d'Holstein près de Munster. —6. A Hamm. — 19. L'armée se met en marche; celle du prince Ferdinand à Soëst et Unna. — 23. A Illingen, la droite à Scheidlingen, l'ace à Soëst (47 B., 65 E.). M. d'Armentières essaye de surprendre Munster. — 24. L'armée à Hamm. — 30. M. de Chevert à Soëst, M. de Fitz-James à Werl. — 31. Le prince Ferdinand se rapproche de Munster. M. d'Armentières se replie sur Lunen.
Novembre. M. de Contades juge qu'il ne peut pénétrer cette année dans le duché de Padeiborn; se relire sur le Rhin. — 7-9-14. Départ des 22 E. des-
(inés à M. de Soiibise. — 13. L'armée quitte le camp de Hamm. — 14. A Dortmund. — 15. A Bockum. Itinéraires de MM. de Clievert, d'Armentières, de Chevreuse. — 17 au 29. L'armée commence à passer le Rhin à Wesel, Dusseldorf et Cologne. — 18. A Essen. — 19. Le maréchal à Dinslaken, le 20 à Wesel, puis à Crefeld, son quartier général. Difficultés avec l'électeur de Trêves. Décembre. V. Quartiers de l'armée, ses positions et cantonnements. L'armée du prince Ferdinand, l'infanterie anglaise, hanovrienne et de Brunswick dans le pays de Munster, et les Hessois à Paderborn. La cavalerie hessoise et hanovrienne à la rive gauche du Wéser; la cavalerie anglaise dans le duché de Brème. Suppositions d'attaque. — 17-24-30. Correspondance de MM. deBelle-Isle et de Contades.
M. de Contades s'était proposé de se porter encore sur Dulken le l®' aoiit, mais impossible, dans la journée du 31 juillet, d'ouvrir les fossés et le Landwehr que l'armée avait ù, traverser. D'ailleurs, l'ennemi occupant la rive gauche de la Swalm, il n'était pas prudent de se porter en avant et de découvrir notre communication avec Juliers et Cologne.
L'armée partit, le 2 août, sur six colonnes, de son camp de Dahlen (l), précédée par les grenadiers de France et Royaux et les Carabiniers , M. de Contades à sa tête. A trois quarts de lieue de son camp, elle est obligée d'y rentrer, le prince de Holstein-Gottorp ayant poussé le détachement de M. de Saint-Germain jusqu'à Herdt et occupé tous les débouchés qui devaient faciliter notre arrivée à Dulken. M. de Contades, averti de cette manœuvre (2) et ne voulant pas se battre en marche dans un terrain inconnu , s'arrêta. Toute la journée se passa en observation et en escarmouches entre les troupes légères. M. de Contades, craignant que les ennemis ne tendissent à s'approcher de la Niers, et peutêtre à la passer, ce qui aurait donné beaucoup d'inquiétude à M. de Chevreuse qui avait marché à Gueldre, renforça de 4 B. tous les postes sur cette rivière, depuis sa source jusqu'à Gueldre.
Le 3, les ennemis restent dans la même position, leur projet ne pouvant être d'attaquer. M. de Contades, qui ne pouvait pas non plus marcher à eux pour les combattre, tourna ses vues du côté de la Niers, et fit avancer M. de Saint-Germain pour occuper les hauteurs de Gladback avec 40 compagnies de grenadiers, soutenus
dés grenadiers de France et Royaux et des carabiniers (1). Les ennemis se portant sur la basse Niers^ il envoya ordre à M. de Chevreuse d'en faire couper tous les ponts depuis Gueldre jusqu'à Goch; il se proposait de se mettre en route le 4, avec son armée, et de suivre les ennemis jusqu'à Gueldre, d'y passer la Niers pour se porter à Wesel et y passer le Rhin, et peut-être gagner Xanten, s'il arrivait au Rhin avant eux, afin de rendre leur passage plus difficile et peut-être impossible, suivant le succès de M. de Chevert, arrivé, le 2, à Duisburg. Les débordements extraordinaires du Rhin et des rivières lui avaient causé de grands obstacles, et il lui en restait encore pour arriver à Wesel, vu la difficulté de construire des ponts sur la Roer.
Le 4, l'armée quitte son camp de Dahlen pour Gladbach; elle y campe sur les hauteurs en avant, la droite à l'escarpement de la Niers, la gauche à des bois près d'Holt, face à Venloo; Gladbach, quartier général, restait derrière le centre de la ligne. 2 brigades en potence couvraient Holt et le bois; les grenadiers de France et Royaux occupèrent des hauteurs en avant de la droite, séparés de la ligne par un ravin considérable. M. de Saint-Germain rentre à l'armée, et M. de Chabo avec les troupes légères se porte en avant avec des détachements sur la Niers. M. de Chevreuse reste à Gueldre.
L'ennemi avait marché le 3, de son camp de Rruggen, par la route d'Herongen près Wachtendonck; il y fît halte et se remit en marche dans la nuit du 3 au 4, se dirigeant sur Straelen. Le prince deHolstein décampe le 4 au matin, se dirigeant aussi sur Herongen.
M. de Contades ne sut que le 5 au matin leur marche sur Straelen; n'espérant plus les joindre par la rive gauche de la Niers, il passe la Niers; mais, les marches n'étant pas ouvertes, il fît seulement passer la rivière à 2 brigades d'infanterie et 1 de cavalerie sous M. de Nicolaï. L'artillerie passe sur le pont de Wickerath. On en construisit trois autres, au-dessus et au-dessous de Rheydt, pour la journée du lendemain.
L'armée marche le 6, passe la Niers au château de Rheydt. La quantité de défilés rend la route fort lente. On campe dans une plaine découverte, la droite appuyée à des bois à trois quarts de lieue de Neuss, la gauche aussi à des bois faisant face à Rhein-
berg. En arrivant au nouveau camp, i\l. de Gontades sut que les ennemis avaient passé la Niers et, en un jour et deux nuits, étaient arrivés à Rheinberg. Nos volontaires à Wachtendonk, ne pouvant résister à une attaque, se retirèrent sous Gueldre. L'armée s'avance , le 7, du camp de Buttgen (J) à Grefeld , où elle campe, la gauche à Saint-Thonis, la droite aux bois entre Grefeld et Huis. Il fallait arriver promptement à Wesel; le 8, on se porte sur quatre colonnes à Haldenkirchen (2). M. de Planta est détaché, le 9, pour Linn, Meurs, Uerdingen et Rheinberg, afin d'écarter quelques chasseurs ennemis répandus dans cette partie , et avec ordre de rejoindre à hauteur de "Wesel.
Les ennemis, le 8 au matin, quittant leur camp de Sonsbeck et Xanten, descendirent le Rhin. M. de Gontades comptait toujours y arriver en même temps qu'eux. Les inondations occasionnées parles pluies continuelles annonçaient de grands obstacles à l'établissement des ponts ; la plaine de Buderich était encore sous l'eau , mais les gens du pays assuraient qu'à Rees l'on trouverait un terrain plus élevé. G^était là que les ennemis tenaient un de leurs ponts. Quant aux subsistances, lemunitionnaire ne s'engageait à fournir de pain qu'à douze lieues au delà de Wesel. Il fallait beaucoup de temps pour former dans cette place des établissements capables de nourrir sur la haute Lippe non seulement l'armée du bas Rhin, mais aussi celle du prince de Soubise, destinée à Lippstadt. Les ennemis, partis de Xanten , campaient près d'Emmerich avec deux de leurs ponts. M. de Ghevreuse les suivait et s'arrêtait à Sonsbeck. M. de Chabo, avec les troupes légères, s'avançait à Xanten.
Le 9, l'armée est à Issum , la droite au village dans un pays très fourré, son front s'étendant sur la bruyère de Gueldre, où finissait la gauche, dans la direction de cette place.
Le dO, on occupe les hauteurs d'Alpen, la droite du camp appuyée à un ravin dans la direction de ce village , la gauche s'étendant dans la bruyère, la ligne faceàGalcar; i brigade couvre Alpen, quartier général. M. d'Armentières esta Xanten avec les grenadiers de France et Royaux, les Garabiniers, 2 brigades d'infanterie, 4 de cavalerie et de l'artillerie. M. de Chabo et les troupes légères
(1) Camp de Buttgen, 6 août. (D. G., 3i80, 73 bis.)
(2) Camp d'Haldenkirchen, 8 août. (D. G., 3i80, US.)
à ses ordres occupent l'abbaye de Marienborn, avec i B. de grenadiers à Uerdingen, Meurs et Rheinberg pour assurer la communication de Neussà Wesel. M. de Planta rentre à l'armée, et M. Thomassin à Wesel pour la construction des ponts, et l'on dispose des bateaux chargés de matières combustibles pour détruire ceux des ennemis (i).
Le moment devenait critique. L'ennemi, campé entre Glèves et le château de Spick, au-dessous d'Emmerich, se préparait à passer le Rhin, et M. de Ghevert avait non seulement échoué dans sa tentative pour se rendre maitre de ses ponts, mais il avait reçu, leo, un échec en attaquant près de Mehr, à la rive droite du Rhin, aune lieue de Rees, un corps commandé par le général Imhoff, et il s'était retiré à Wesel avec les débris de ses troupes. M. de Gontades n'en fut instruit que le 9, au camp d'Issum.
M. de Ghevert, parti de Duisburg le 3, et obligé de remonter la Roer jusqu'à Mulheim pour passer cette rivière, que les inondations avaient rendue impraticable, éprouva toutes les difficultés imaginables pour y construire un pont. Gependant, par une marche forcée, il est le même jour à Hotten ; le A, les inondations de la Lippe retardèrent aussi sa marche, ce qui l'empêcha d'exécuter son projet de surprendre le camp du général Imhoff, près de Mehr, pendant la nuit du 4 au 5, et l'obligea de faire son attaque pendant le jour, ne pouvant la remettre à la nuit dans la crainte de trouver l'ennemi renforcé. Malheureusement , les lettres de M. de Ghevert avaient été interceptées, et M. Imhoff, instruit de sa marche, avait appelé à lui les corps de Buderich et de Rheinberg. M. de Ghevert n'avait avec lui que 10 B., 1 régiment de dragons, des hussards et quelques troupes de volontaires. Dans sa relation, il attribue ce résultat fâcheux à la mauvaise composition de ses troupes (:2).
Nous restions sans espérance de retarder l'ennemi dans son passage. Dès le 7, un corps de 6,000 hommes se dirigeait sur Rees, se joignant aux 15,000 de M. Imholf. Rien ne s'opposait plus au passage du reste de l'armée du prince Ferdinand. Les radeaux que M. de Ghevert faisait descendre continuellement de Wesel pour
(1) M. de Contactes au ministre. Camp d'Alpen. 10 août. (D. G., 3480, 151.)
(2) Pertes de M. de Ghevert dans l'engagement du 5. Officiers tués, prisonniers, 17; blessés, 49. Soldats tués, prisonniers, 490; blessés. 354. (D. G., 3480, 66.)
rompre les ponts n'avaient aucun succès. La construction du nôtre à Wesel, retardée par le choc de plusieurs bateaux amarrés ensemble et lâchés par la garnison de Dusseldorf, ne pouvait être achevée que le H au soir, et les approches devaient en être fort difficiles par la grande quantité de flaques d'inondation qui couvraient la plaine et la prairie de Buderich. Peut-être était-il désirable que l'on eût marché droit au prince Ferdinand par la gauche du Rhin pour le combattre avec ses forces divisées sur ce lleuve; mais M. de Contades se croyait trop éloigné de lui, et d'ailleurs, en marchant à Emmerich, il perdait six marches pour se porter sur la Lippe. Il considérait aussi que l'armée, ayant marché cinq jours de suite, sentait le besoin de repos. Par tous ces motifs, il séjourne le 11. Nos partisans et nos troupes légères suivaient l'ennemi, qui marchait dans un si grand ordre et avec son arrière-garde si près de son armée qu'il n'était pas possible de l'entamer.
Dusseldorf est évacué le 10 août ; M. de Gontades en prend possession, et, jugeant que l'ennemi voudrait traverser la Lippe pour joindre l'armée, mande à M. de Ghevertde s'y opposer. Il était trop tard: M. de Ghevert, ne pouvant à cause des inondations passer la Roer dans sa partie basse, avait pris le chemin de Hattingen et de Dortmund et ne pouvait arriver qu'en deux jours et demi à hauteur de Dortmund. Les 6 B. des régiments d'Eu, Gonli et Gambrésis entrèrent dans Dusseldorf, où M. de Bergheick commandait. M. de Caraman reste àNeuss avec son régiment et 2 B. de Valan. L'ennemi achevait son passage du Rhin le 10 au soir, au château de Spick, au-dessus du fort de Schenck, dirigeant sa marche sur Bochold, qui renfermait des magasins, et à même de se porter sur la Lippe ou à Munster, Les Anglais, débarqués depuis deux jours àEmden, devaient rejoindre par Bochold.
En passant sur la rive gauche du Rhin, le prince Ferdinand se proposait de détruire l'armée française, s'il était possible, et de faire déclarer la Hollande en faveur du roi de Prusse. 11 ne put y exciter aucun mouvement, et il évita une seconde rencontre que nous cherchions avec ardeur à titre de revanche. G'est maintenant sur la rive droite que se terminent les conséquences de la campagne de Hanovre. Gommencéeau mois d'avril 1758, elle s'est prolongée sans interruption jusqu'au 9 août; ainsi cette campagne renferme deux parties distinctes : l'une qui n'est qu'un appendice de
celle de 1757, l'autre qui comprend la série des nouvelles opérations en Allemagne.
Nous éprouvions alors d'assez sérieuses difficultés au passage du Rhin. Le pont fut entièrement rompu pendant la nuit du 12 au 13, et ne put être réparé que le 13, à neuf heures du matin, sans qu'on pût travailler au second. Alors on fit passer la cavalerie de la première ligne, une partie des équipages et des caissons qui portaient le pain pour la distribution du 13. Ce passage occupa toute la journée. La deuxième ligne, à la gauche du Rhin entre Buderich et Genderich, ne passa que le 14. Les troupes de MM. d'Armentières et de Chevreuse attendirent au lendemain, et la totalité de l'armée se trouva rassemblée le 15, au camp de Wesel, à la droite du Rhin (1). Mais, le 14, les eaux grossirent considérablement, de sorte que toute la plaine de Buderich fut inondée. Il fallut faire des ponts sur des chevalets, allonger le pont du Rhin et y employer une partie des agrès et des bateaux destinés à la confection du deuxième pont.
L'artillerie passa le Rhin, avec beaucoup de peine, le 14; le reste de l'infanterie et de la cavalerie suivit, le 15 et le 16 ; M. de Chevreuse, le 17. Les 24 B. etl6 E. (M. d'Armentières) restésà Alpen ne passèrent que le 18, en sorte que ce jour seulement toute l'armée se trouva rassemblée à la rive droite du Rhin. Les pontons et le reste des équipages y arrivèrent le 19. L'ennemi occupait Bochold, avec un corps de troupes à Haltern. 2,000 Anglais avaient joint l'armée, le reste devait arriver successivement. La garnison de Dusseldorf passe la Lippe au-dessus de Haltern, dans l'intention, disait-on, de nous attaquer. M. de Contades se proposait de prendre son champ de bataille, la droite à la Lippe, la gauche au canal, Wesel derrière lui; mais les nouvelles se trouvèrent sans fondement.
A cette époque, le roi de Prusse, par suite de ses insuccès, réclama ses troupes incorporées dans l'armée hanovrienne. La levée du siège d'Olmutz dès le commencement de juillet, ses pertes pendant sa retraite et ses marches forcées vers la Saxe , la chute de Driesen emporté d'assaut, l'arrivée des Russes sur la frontière de Brandeburg, la prise de Peenamunde parles Suédois, le passage de la Peene par leur armée, leur entrée dans la Poméranie brandebur-
geoise d'un côté, et de l'autre dans le Mecklemburg abandonné par les Prussiens, tout cela suffisait pour expliquer la retraite des troupes prussiennes et donnait à penser que la situation de Frédéric allait influer sur celle des alliés.
Dans ces circonstances, les intentions de Versailles pour la suite des opérations se dévoilent par l'extrait suivant de la lettre de M. de JBelle-Isle à M. de Contades, en date du 14 août 1758 :
« J'ai mandé à M. de Soubise de ne laisser que ce qui sera absolument nécessaire pour la conservation de Cassel et observer le corps du prince d'Isenburg, et qu'il s'approche avec tout le reste de son armée du haut de la Lippe, tenant Lippstadt par une tête, et prenne une position d'où il puisse également se porter sur sa droite et sur sa gauche ou rétrograder, suivant les différents mouvements de l'ennemi, plus ou moins en force, et relativement aux vôtres, pour être en état que vous ne puissiez jamais être séparés par l'ennemi; car notre objet doit être, étant aussi supérieurs que vous le serez avec les deux armées, de vous porter sur le prince Ferdinand ou pour le combattre ou pour le forcer à repasser le Wéser, au delà duquel il faut bien nous garder de le suivre pour ne pas retomber dans toutes les fautes de la campagne passée. Vous savez, comme moi, que nos troupes n'ont été que très imparfaitement rétablies et réparées, et que, si nous nous jetions dans des projets trop étendus, nous achèverions de nous détruire. »
Le 19, les ennemis s'approchèrent de Coesfeld. Un corps de 8 régiments d'infanterie ou de cavalerie occupa Lmgen, d'où venait de partir le prince Ferdinand, se dirigeant sur Munster.
M. de Contades pensait toujours à remonter la Lippe et à se concerter avec M. de Soubise pour faire repasser le Wéser à l'ennemi, afin de prendre de bonne heure une position solide pour l'hiver, rétablir l'armée et lui donner un repos si nécessaire. U marche donc, le21, àSchermbeck, puisàLembeck, également sur le chemin de Munster comme sur celui de Haltern. 11 espérait que les trois jours de marche donneraient aux eaux de la Lippe le temps de s'écouler, et que le passage de cette rivière au-dessus d'Halleren deviendrait possible, ce qui était d'autant plus nécessaire que les trois camps étaient placés dans un si mauvais pays qu'à peine pouvait-on y trouver des subsistances. On construisit un pont à Dusseldorf pour le passage des Saxons, opération difficile, car
les ennemis, en abandonnant la ville, avaient coulé bas une partie des bateaux et échoué les autres sur les rives du Rhin; il fallut donc beaucoup de temps pour les rassembler et les réparer.
Le 20, M. de Chevreuse s'avance avec 4 régiments de dragons, 1 brigade de cavalerie et 1 d'infanterie, précédé de M. de Ghabo avec toutes les troupes légères, pour aller audelk de Schermbeck (1).
Le 21, l'armée quitte le camp de Wesel et s'avance sur Schermbeck, où elle campe, la gauche à des marais, la droite à des hauteurs en avant de Dorsten, le quartier général à Schermbeck derrière le centre. Les troupes légères sont poussées en avant sur le chemin de Coesfeld, et la réserve de M. de Chevreuse à Lembeck (2) pour les soutenir. Les grenadiers de France et Royaux et les Carabiniers sont placés en avant de la droite.
Les troupes légères des ennemis, le 20 à Lembeck, repliées à Dulmen, après avoir tout enlevé le 21 au matin, à l'approche de nos «létachements, se reliraient à Coesfeld. Le corps des Anglais semblait toujours se diriger sur Munster. Le pays était trop dénué de subsistances pour qu'on pût les suivre, et cela nous aurait éloignés de M. de Soubise et des Saxons. Ces motifs déterminèrent M. de Contades (3) à passer la Lippe à Dorsten, la rivière étant rentrée dans son lit. On fit^un pont sur chevalets, et l'on en construisit deux autres au-dessus de la ville avec nos pontons et les bateaux qu'on avait pu rassembler. M. de Castella (i) dut aussi réparer le pont de chevalets sur la Lippe près de la citadelle de Wesel, afin d'y faire passer le convoi de pain pour la distribution du 25 (5).
Il fallut séjourner, le 22, à Schermbeck, mais M. de Contades, désirant se porter à Hamm par la rive gauche de la Lippe, pour communiquer avec M. de Soubise et même se joindre à lui, marche le 23. L'armée passe la Lippe sur trois ponts près de Dorsten. Les grenadiers de France et Royaux et les Carabiniers campent au-dessous de la ville, la réserve de M. de Chevreuse entre la gauche de l'armée et Dorsten, laissant de gros détachements à la rive
droite de la Lippe. M. de Contades expliquait ainsi sa conduite au ministre, le 23 août (D. G., 3481, 108) : « En restant entre Haltern et Lunen, je porterai des corps à Hamm, afin de donner le moyen à M. de Peyre de faire les établissements nécessaires pour ma subsistance et me mettre en état de pouvoir marcber en avant. M. le maréchal d'Estrées pourra vous dire ce que c'est que le pays de la Lippe à Munster, et même le pays de Munster, où, l'année passée, avec bien des précautions prises d'avance, des magasins faits, il éprouva des difficultés pour les subsistances. Vous jugerez aisément ce que ce peut être cette année, l'ennemi y ayant passé le printemps et ayant rassemblé dans les lieux principaux tout le fourrage qu'il a pu tirer du pays. »
Les mouvements annoncés s'exécutèrent le 25. L'armée de Dorsten campe à Recklinghausen, la droite à des hauteurs couvertes de bois tirant sur Hornburg, la gauche à des bois près de la ville, où elle arriva fort tard. Les 2 brigades d'infanterie et les 2 de cavalerie (M. de Nicolai) restèrent à Hamm, vis-à-vis de Haltern. M. de Chevreuse, avec les 4 régiments de dragons, y compris celui de la Ferronnays, qui l'avait joint le 24, et 4 B. suisses, resta près de Dorsten. Les volontaires sont placés à la droite de la Lippe. On laissa dans Dorsten M. de la Marck avec 4 B., tant pour achever la tête du pont que pour la communication de Wesel. Les grenadiers de France et Royaux, les Carabiniers et toutes les troupes légères (M. d'Armentières) occupent Hornburg; puis, après le passage de la Lippe par l'armée, les ponts sont repliés.
Le 25 au matin, on apprit que l'ennemi était à Coesfeld, un corps détaché à Dulmen aux ordres du prince de Holstein, et des troupes légères entre Dulmen et la Lippe.
Le 26 août, les Saxons arrivèrent à Rastrop, à trois lieues de Recklinghausen. Les ennemis occupaient toujours trois camps, l'un à Coesfeld, l'autre avec le prince de Holstein à Dulmen, et un troisième entre Dulmen et Haltern. A cette époque, M. de Contades (I), qui
(1) Contades (Louis-G.-Erasme, marquis de), né à Angers le 19 octobre 1704; passe successivement par les grades d'enseigne, de lieutenant; capitaine au régiment des gardes françaises de 1720 à 17'29; brigadier, 1734 ; Italie, 1734 et 1735; Corse, 1738, 1739; maréchal de camp, 1740; expédition de Bohême, Allemagne et Flandre; lieutenant général en 1745; Hanovre, 1757; maréchal de France le 24 août 1758; mort à Livry le 19 janvier 1795.
venait d'être fait maréchal de France, aurait désiré se joindre à M. de Soubise et il exprimait, le 25, au maréchal de Belle-Isle, le désir de le voir s'approcher de lui : il pensait que de ses mouvements vers Lippstadt et Paderborn on devait tout attendre; quand même le prince Ferdinand prendrait le parti de marcher sur Lippstadt pour soutenir cette place, où la garnison de Dusseldorf était effectivement arrivée , il n'empêcherait pas M. le prince de Soubise de s'approcher de lui par le pays de Waldeck. Malheureusement, il restait toujours sans nouvelles du prince de Soubise, encore à Cassel ; il savait seulement l'occupation de Warburg par M. Dumesnil depuis le 6 août.
Le prince de Soubise ne pensait pas comme le maréchal de Gontades sur les moyens à employer ni sur les effets de sa présence en Westphalie; par sa lettre du 28, il émet l'opinion que, devant garder la Hesse, il préférerait marcher au prince d'Isenburg, campé dans les environs d'Eimbeck depuis le combat de Sondershausen, et menacer le pays de Hanovre; cette diversion serait plus utile que de se porter vers M. de Contades, parce qu'elle obligerait le prince Ferdinand à marcher au secours de Hanovre avec son armée, ou au moins à y envoyer un gros détachement. M. de Contades, voyant la saison déjà fort avancée, se rendit à l'avis de M. de Soubise, et s'occupa de vivre dans sa position, si les ennemis l'y retenaient longtemps, estimant ne pouvoir la quitter, ni perdre de vue Dorsten , à cause de la communication avec Wesel. Le 30, effectivement, les ennemis ayant prononcé quelque mouvement par leur gauche, toutes nos troupes légères à Lu-
Sa fille, Marie-Gertrude, épouse en 1747 le comte de Plour, colonel de dragons. Son fils, Geoiges-Gaspard-François-Auguste, cornette dans Commissaire-général, 27 décembre 1741; colonel de Berry, 17 février 1746; brigadier en 1759; eut trois fils (l'aîné, colonel de Picardie; le cadet, colonel d'Anjou; le troisième, major de Bourbonnais), qui émigrérent et firent les campagnes de l'armée de Condé.
Bon général, la tâche de réorganiser l'armée, de lui inspirer confiance en ellemême, d'effacer l'impression produite, était au-dessus de ses forces. Grand tacticien, flegmatique, froid. (D. G.)
Le maréchal de Contades fut un des meilleurs élèves du maréchal de Saxe, qui lui avait rendu justice et l'avait toujours employé avec distinction et succès en faisant connaître en lui un mérite réel, voilé par les |)lus funestes événements.
nen (1) marchèrent à Hamm (2); elles y furent remplacées par les grenadiers de France et Royaux, les Carabiniers (M. de Saint-Pern) ; en même temps, avancèrent les Saxons à Dortmund, pour être plus à portée de soutenir M. de Saint-Pern, si les ennemis songeaient à une entreprise sur Lunen. Ayant effectivement quitté leur camp deCoesfeld, ils campaient à Lette, avec le quartier général du prince Ferdinand à Dulmen. Le corps derrière Haltern, augmenté de plusieurs régiments d'infanterie et de cavalerie, s'était avancé à Cappenberg, vis-à-vis de Lunen. Le prince de Holstein avait son corps à Bochum, petit village vers Hamm.
Comme la marche de M. de Soubise vers le pays de Hanovre était la clef des opérations de part et d'autre, M. de Contades, persuadé par la lenteur des mouvements du prince Ferdinand qu'il ne cherchait qu'à prolonger la campagne enWestphalie, répétait, dans sa correspondance, qu'il ne doutait pas que la diversion dans le pays de Hanovre ne produisit le retour du prince Ferdinand derrière le Wéser et ne dégageât les évéchés de Munster, Paderborn et Osnabriick. Il assurait en même temps M. de Soubise qu'il avait assez de forces pour occuper le prince Ferdinand, le suivre, s'il quittait ses positions sur la Lippe, et l'empêcher de se rassembler vers le prince d'Isenburg dans l'électorat de Hanovre, ou même de marcher dans la Hesse.
Le 1^'' septembre, le prince Ferdinand, toujours dans son camp de Dulmen, détache le prince de Holslein àDrensteinfurt, ce qui le menait également à Munster et Lippstadt par Ahlen, et place dans cette dernière ville le général Oberg, avec d'autres troupes à Borke. En même temps, le corps près de Haltern (prince héréditaire de Brunswick) se porte, le 3, vers sa droite, établissant des batteries
(1) M, de Chaho au ministre de la guerre.
« Camp de Lunen, 29 août.
« Le soldat reste nu, jamais je ne les ai vus en si mauvais état... L'officier demande du repos, dont il a besoin après dix-huit mois de campagne et des peines incroyables. Cette campagne a été bien rude par les marches continuelles et des temps alTreux. Je ne reconnais plus l'armée depuis le passage du Rhin, l'officier et le soldat se plaignent ; ils voient qu'on les mène trop loin; ils craignent avec raison une campagne d'hiver. Je m'aperçois de beaucoup de dégoût. » (D. G., 3481,190.)
(2) Il y a deux endroits qui portent le nom de Hamm. Il s'agit ici du village placé en face de Haltern, lequel porte aussi le nom de Hampke.
sur les bords de la Lippe. Ce mouvement engagea M. le maréchal de Contades à avancer le corps entier des Saxons à Unna, renforcé des 2 brigades de cavalerie de M. de la Touche, qui dut alors's'assurer de la route ii Soëst, afin de s'y porter promptement, suivi de l'armée, dans le cas où le prince Ferdinand se serait avancé sur Lippstadt et aurait voulu soutenir le prince de Holstein. M. de Contades se rendait ainsi compte de la situation :
d° Dans le cas oii ce prince se porterait sur Lippstadt en remontant la Lippe par sa rive droite, il se proposait de remonter cette rivière par la rive gauche pour se tenir toujours vis-à-vis de lui ; 2" si le prince Ferdinand marchait sur "SYarendorf en passant par Munster, il gagnerait Paderborn, laissant devant Lippstadt un corps suffisant; 3" s'il se déterminait à passer le \\"éser à Holzrainden, Hameln ou au-dessus, le maréchal pensait que le prince de Soubise devait ne pas dépasser Eimbeckavec ses détachements, et conserver la retraite assurée sur Cassel ; qu'alors il s'approcherait lui-même de M. de Soubise, sans cependant s'éloigner de Hamm, vu la nécessité de former un établissement de subsistances avant de s'en écarter davantage, et ne pouvant par cette même raison espérer de combattre les ennemis sur le Wéser, dans le cas où ils passeraient cette rivière ; 4° peut-être le prince Ferdinand prendrait-il le parti d'envoyer un gros détachement de son armée joindre le prince d'isenburg : alors lui-même avec le reste de son armée marcherait sur le "NVéser; dans ce cas encore, M. de Soubise devait ménager sa retraite sur Cassel.
Tous ces plans pouvaient être dictés par la prudence, mais il s'en fallait bien que le roi admit pleinement la réalité des difficultés présentées par M. de Contades; aussi le maréchal de Belle- Isle lui écrivait, le 19, de faire attaquer ou surprendre le prince Ferdinand par M. de Guerchy et de terminer glorieusement la campagne.
Depuis plusieurs jours, aucun mouvement intéressant n'avait lieu de notre part ni de celle des ennemis; seulement un corps de 4 B. et 6 E. passait à Munster, se dirigeant sur Warendorf, où il n'y avait eu jusqu'alors que 1 B. de Saxe-Gotha, et M. d'Oberg se trouvait encore, le 21, à Neuhaus près Paderborn. Le maréchal, jugeant que le corps de Warendorf pouvait joindre M. d'Oberg, et craignant qu'il ne se portât sur la Hesse, avance, le 23, le corps
des Saxons à Werne et les 2 brigades de cavalerie (1) (M. de Lusace). Le corps de M. de Fitz-James (2) alla de Rastrop à Unna, et 2 brigades de cavalerie (le prince de Bauffremonl) (3) à Dortmund.
Tandis que le prince Ferdinand était à Dulmen, le prince héréditaire à Haltern, M, Diepenbrock à Lembeck et Gross-Recken, M. de Saint - Pern (4) surprenait dans son camp de Bork le prince de Holstein. Au milieu de la nuit du 28 au 29, à la tête de sa division, il passe la Lippe, marche à ce camp, composé de 6 B., 2 régiments de dragons prussiens, 4 de hussards et de chasseurs, égorge les postes avancés, et arrive au milieu des ennemis, dont une partie se retire en désordre à Olfen. Le camp pillé et brûlé, on ramène environ six cents prisonniers. A ce moment, il n'y avait plus à douter des mouvements de M. d'Oberg, les postes de la Diemel ayant été attaqués le 28. M. de Contadcs dirige aussitôt sur Buren MM. de Chevert, de Lusace et Fitz-James, qui arrivèrent le 8, et se portèrent, le 9, à la rive droite de la Fulda, oîi M. de Soubise rejoignit l'ennemi à Lutternberge. D'un autre côté, le maréchal renforce la garnison de Wesel des 6 B. de Dorsten ; 2 autres, 1 régiment de dragons et de cavalerie, sont envoyés à l'abbaye d'Essen avec M. de Planta, pour couvrir la communication de Dusseldorf et favoriser l'enlèvement des fourrages du comté de la Marck. Ce mouvement détermine le prince Ferdinand à se porter du côté de Munster, le 9 octobre, entre la ville et Telgte.
Le prince de Soubise s'était avancé jusqu'à Northeim le 1 1 ; mais, le 20 septembre, il s'était retiré sur Goltingen pour ne pas trop s'éloigner de Gassel. De son côté, M. de Conlades s'occupait à contenir le prince Ferdinand et même à lui faire abandonner sa position. (Lettre à M. de Belle-Isle, 23 sept.) En effet, le 24, Glieverl est en deux marches à Hamm avec ordre de pousser en avant de lui, entre Hamm et Lippstadt, toutes les troupes légères. M. de Lusace marche,
(1) Infanterie saxonne, 12 B. ; brigades de Royal-Piémont , 6 ; Dauphin, 6 (12 E.).
(2) Brigades de la Marine, 6 ; Touraiae, 4 (10 B.) ; brigades d'Aquitaine, 6 ; Royal- Étranger, 6 (12 E.)-
(3) Brigade du Roi, 6; Royal-Roussillon, 6 (12 E.).
(4) Grenadiers de France, 4; Grenadiers Royaux, 4; Grenadiers de Modène et de Chantilly, 2 (10 B.); Carabiniers, 10 E.
le même jour, d'Unna à Werl; M. de Fitz-James prend la place de M. de Lusace à Unna, et le prince de Bauffremont celle de ce dernier à Dorlmund. Le maréchal ne doutait pas que ces troupes n'empêchassent M. d'Oberg de se porter en Hesse, et, dans le cas où il s'obstinerait à rester près de Paderborn, il se proposait de pousser un corps de troupes en avant. Quant au prince Ferdinand, il faisait mouvoir depuis deux jours quelques troupes vers Warendorf. Le maréchal, jugeant que ces mouvements pourraient être suivis d'un plus considérable, fit marcher 10 B. (duc d'Havre) pour se rendre, le -26, à Lunen et le lendemain joindre M. de Ghevert à Hamm, en vue d'inquiéter le prince Ferdinand vers Lippstadt.
Cependant les lettres du roi et de M. de Belle-Isie, des 25 et 28 septembre, pressaient M. de Contades de resserrer les ennemis dans leurs subsistances, puisqu'il ne pouvait les attaquer de front, et de se porter sur la haute Lippe, dans la pensée : 1" de tirer le prince Ferdinand de ce point, où il paraissait si fortement attaché; 2'' de le priver des subsistances du pays de Paderborn et d'en faire vivre l'armée jusqu'aux premiers jours de décembre ; 3° de favoriser la marche de M. de Soubise sur Paderborn, où devait finir la campagne, afin que les deux armées en se rapprochant se soutinssent mutuellement et eussent ainsi une supériorité marquée. Le 6 octobre, nos troupes marchèrent à Hamm, la droite au château de Rattenhof, face à la petite rivière d'Ahse, l'infanterie en première ligne; 1 brigade d'infanterie couvrit Hamm, ayant sa gauche àLippe, sadroite ù l'Ahse, surlaquelle on établit deux ponts. M. d'Armentières reste à Lunen avec les grenadiers de France et Boyaux, les Carabiniers , 2 brigades de cavalerie et 2 d'infanterie; il charge de ce poste, renfermant notre établissement de vivres, le duc de Chevreuse, part de Dorsten le o, joint à Bossendorf M. de Lorges, vient, le 6, avec lui à Lunen, où ce dernier reste sous M. d'Armentières. M. de Chevreuse alla, le 7, à Hamm, et le 8 à Soëst, d'où il poussa de gros détachements à Erwitte pour masquer Lippsiadt (1). Donc, par un mouvement général, M. de
(1) M. de Contactes au ministre. Hamm, 7 octobre. Brigades Suisse, 4 ; la Mark. 2 ; Bergeret et Aulen, 2 (8. B.) ; Colonel-général, 4 ; Orléans, 4 ; la Ferrounays, 4 : Caraman, 4 (16 E.). (D. G., 3484.)
Contades porle, le 5, l'armée à Lunen et Hamm, abandonnant la basse Lippe et assurant sa communication avec Dusseldorf en tenant la Roei-, toujours persuadé qu'il déterminerait le prince Ferdinand à un mouvement sur le haut Embs. Il se proposait aussi d'occuper Soëst , trouvant dans cette position le double avantage d'être à portée de juger ce qui se passerait en Hesse et de faire entrer dans l'évêclié de Paderborn les troupes de MM. de Chevert (1) et de Fitz-James, nécessaires au prince de Soubise, tandis que luimême serait sur la Diemel.
Le 17 octobre, l'armée ennemie paraissait à Warendorf et Rhéda, avec une garnison dans Munster. Toutes les troupes restées derrière rejoignaient successivement. Les postes avancés occupaient Drensteinfurt, Herbern et Ahlen.
Pour être plus certain de leurs mouvements, le maréchal envoya de Lunen, le 17 au matin, de l'infanterie et de la cavalerie sous M. de Poyanne pour couvrir Herbern et jusqu'à Drensteinfurt, afin de voir s'il n'était pas occupé en force. En même temps, M. de Yogué parlait de Hamm pour Ahlen ; M. de Planta, à Essen, s'avançait à Lunen, afin de rétablir la communication avec Wesel par Recklinghausen etDorsten.
M. de Poyanne trouva à Herbern un corps de chasseurs et de grenadiers, l'attaqua avec tant de vigueur qu'ils ne tinrenj, pas un moment, et la cavalerie, placée derrière ce village, prit la fuite si promptement qu'il ne fut pas possible de la suivre. M. de Poyanne fit beaucoup de prisonniers près de Drensteinfurt et passa la nuit à Herbern, M. de Vogué à Ahlen.
Pendant ce temps, M. Dorigny, capitaine dans Champagne, se porte avec un détachement de volontaires sur le chemin de Lunen à Drensteinfurt; il attaque l'ennemi et fait des prisonniers. Mais pendant ce temps M. de Chevreuse venait de subir un échec à Soëst; car le prince de Holslein, ayant passé la Lippe avec un corps considérable, arrivait à 8 heures du matin, le 48, sur le camp de M. de Chevreuse, dans le moment où ses troupes bivouaquaient et que le prince de Bauffremont, arrivé de Werl avec 12 E. pour !e soutenir, retournait à son camp, M. de Chevreuse n'eut pas le
(1) Brigades de Belsunce, 6; Volontaires de Flandre et Légion Royale, 2 (8 B.); Berchiny, G; Turpin, 6 (12 E.); plus 10 pièces d'arlillerie.
temps de se mettre en défense, le désordre augmenta, et, son arrière-garde s'étant repliée trop promptement, 2 compagnies de grenadiers parties dans les haies furent perdues; il se réfugia dans le château de Nateln, sur la rivière d'Ahse, à moitié chemin de Soëst à Hamm, suivi par des troupes légères.
Le maréchal, informé par M. de Chevreuse, pendant la nuit, de la marche du prince de Holstein, avait dirigé, dès la pointe du jour, 2 brigades d'infanterie par la rive gauche du ruisseau de Soësbach sur Suddencken; il lit marcher, le 19, toutes les troupes qu'il put assembler de Lunen et de Hamm, au nombre de 47 B. et 65 E., y compris celles de MM. de Chevreuse et de Bauffremont, et les campe à Hillingen, sa droite à Scheidlingen, derrière le ruisseau de Soësbach, face à Soëst (1). 2 brigades d'infanterie, 1 de cavalerie, se placent en potence vis-à-vis deWerl; 1 brigade d'infanterie et 1 de cavalerie, les grenadiers de France et Royaux et les Carabiniers, en 2® ligne. M. de Planta occupa Lunen avec 1 brigade d'infanterie, 2 B. de grenadiers et i régiment de cavalerie. M. de Maupeou reste à Hamm (2). Les détachements de Poyanne et de Vogué rejoignirent l'armée le 19; le prince de Baufl'remont, en se séparant du duc de Chevreuse, le 18 au matin, pour retourner à son camp de "NVerl, s'était replié sur Unna, chemin que devait tenir M. d'Armentières, qui, venant de Lunen, devait arriver le soir à Werl. Mais les ennemis occupèrent le terrain où M. d'Armentières devait camper près de Werl ; le prince Ferdinand suivait de près, car, le 19, il apparaissait en force à Soëst. Néanmoins les troupes à "SVerl s'étant avancées vers Unna, M. d'Armentières, joint à M. de Bauffremont entre cette ville et Werl, les poussa dès le 19 au soir jusqu'aux-portes de Werl. Pendant la nuit, l'ennemi abandonna ce poste; nous l'occupâmes seulement avec quelques volontaires; le 20, M. d'Armentières y mit des troupes, et se plaça de manière à protéger un gros détachement qu'il fit marcher sur Soëst pour reconnaître l'ennemi. H campait vers Lippstadt avec un corps avancé sur Ostonnen. Il n'était pas possible
(1) M. de Contactes au ministre. Hillingen, 19 octobre. (D. G., 3485, 49.)
(2) De Maupeou, brave, spirituel, emporté, téméraire, s'est fait prendre en 1761, à l'attaque d'Eindelten, parce qu'il était trop en avant.
Aurergne, 6 ; grenadiers posticbes, 2 '8. B.); brigade de Bourgogne, 4 E. (D. G.)
h M. d'Armentières de soutenir avec son peu de troupes sa position, ayant Werl devant lui. Le maréchal, jugeant aussi ne pouvoir s'en emparer avec toute l'armée sans découvrir Hamm, fit venir, le 21, M. d'Armentières camper à Rudbeck, à la droite du camp d'Hillingen. Alors nous étions par notre gauche à portée de Hamm, nous couvrions Unna par notre droite, situation inabordable à l'ennemi. MM. deFitz-Jameset de Chevert devaient arriver le 23 ou le 24 (1).
Les ennemis ne firent pas long séjour à Soëst; le 22 au matin, ils prononçaient un mouvement rétrograde (2) sur Hoffstadt, au-dessous de Lippstadt. Aussitôt le maréchal mande à M. de Chevert de se diriger par Rhynern sur Werl, au lieu d'aller sur Unna; lui-même retourna le lendemain à son camp de Hamm avec le projet de faire passer la Lippe à MM. d'Armentières et de Poyanne, l'un par Hamm, l'autre par Lunen, pour se réunir à Drensteinfurt, et de se porter ensuite à Munster, Le maréchal se disposait aussi ou à passer la Lippe et à se diriger sur Ahlen, si son mouvement déterminait le prince Ferdinand à repasser cette rivière, ou bien à le suivre autant que ses subsistances le permettraient, s'il se portait sur Buren et Warburg, où il pressait le prince de Soubise de se rendre pour concourir à ses opérations. Le mouvement projeté par le maréchal s'exécuta le 23. On décampa d'Hillingen et on reprit à Hamm la même position.
M. de Chevreuse reste à Dinkerdinker; MM. d'Armentières et de Poyanne marchèrent à Drensteinfurt, et arrivèrent le lendemain devant Munster. Le maréchal ne jugea pas à propos de former le siège de cette ville, besogne fort longue que le prince Ferdinand ne laisserait pas entreprendre tranquillement, puisque, en se portant ;\ Warendorf et Munster, il pourrait vivre de ses magasins, au lieu que nous n'aurions trouvé aucune subsistance pour les chevaux à portée de Munster. Ces motifs déterminèrent le maréchal à donner l'ordre à M. d'Armentières (3) de se replier. Il arriva, le 27, à
(1) M. (le Chevert à M. de Contades. Werl, le 24, 5 heures du soir. (D. G.), 3485, 176.)
(2) M. de Contades au ministre. Camp d'Hillingen, 22 octobre. (D. G., 3i85, 12
(3) M. de Contades au ministre.
« Camp de Hamm, 27 octobre.
« L'expédition de M. d'Armentières est manquée; il se retire. » (D. G , 3485, 199.)
Herbern (4), où il resta quelques jours avec 10 B. et 10 E. et i régiment de hussards (Turpin), afin de consommer le fourrage de cette partie et d^éloigner les partis ennemis de la basse Lippe. M. de Poyanne retourna à Lunen avec ses troupes et les Carabiniers.
Le prince Ferdinand se dirigeait alors sur Bielfeld, campant sur la Lippe le 26,, la gauche à la petite rivière d'Alise vers Oestinghausen, avec un corps séparé à Welvern sur la rive gauche de cette rivière : c'était celui de M. d'Oberg, qui, revenu à Paderborn le 20, avait rejoint le prince Ferdinand, avec des postes à portée de Soëst. La position de l'ennemi étant jugée inattaquable, le maréchal pensait ne pouvoir pas risquer de la tourner par sa gauche en marchant à Soëst, dans la crainte d'exposer Hamm à être enlevé. Il jugea d'ailleurs que, quand même il ferait l'abandon de cette position au prince Ferdinand, celui-ci se replierait sous Lippstadt, où il devenait impossible de l'attaquer. Ces circonstances ne laissaient plus d'espérance à M. de Contades de porter l'armée dans l'évêché de Paderborn ; il se voyait réduit à achever de consommer les subsistances entre la Lippe et la Roer, et à rarnener ensuite l'armée derrière le Rhin pour la faire entrer dans des quartiers d'hiver.
M. de Belle-Isle avait souvent pressé M. de Contades de tenir la campagne jusqu'au 1" décembre; ses ordres à cet égard faisaient regretter que le prince de Soubise, aussitôt après sa victoire de Lutternberge, ne se fût pas porté en force à Warburg, afin de forcer conjointement avec M. de Contades le prince Ferdinand à rétrograder avant sa jonction avec M. d'Oberg, et il exprimait la crainte que la retraite prématurée de l'armée derrière le Rhin ne donnât au prince Ferdinand le moyen de se porter avec toute son armée sur le prince de Soubise. En conséquence, celui-ci reçut les 22 E. qu'il avait été convenu, dans les projets de quartiers d'hiver déjà formés, de lui envoyer pour la défense et la sûreté du pays entre la Lahn et le Mayn. On craignait aussi que, les fourrages du pays situé entre Cassel et la Lippe, la Fulda et la Werra, dans le duché de Weslphalie et le comté de Waldeck, n'étant pas entièrement consommés avant la retraite de l'armée, ils ne procurassent
(1) M. de Contades au ministre. (D. G.,3'iSJ, 224.) ..,,
aux ennemis des moyens d'établir des quartiers dans ces différentes parties, et qu'ils n'empêchassent le prince de Soubise d'établir les siens avec sijreté sur la Lahn.
Le prince Ferdinand ne resta pas longtemps dans sa position entre la Lippe et l'Ahse ( l) ; il passe la Lippe, le 26, à Benninghausen elCappel, séjourne, le 27, près Lippstadt et ensuite s'étend par sa droite sur Rietberg; enfin i! établit son armée, le 29, entre Rhéda et Wiedenbrûck. Par suite de ce mouvement, le maréchal fit avancer, le 30, M. de Chevert de Werl à Soëst, où il campe, le ruisseau de Soëst devant lui; les Saxons couvrirent la ville de l'autre côté du ruisseau. Les hussards de Berchiny occupent Sassendorf. M. le duc de Fitz-James, à Unna, remplace M. de Chevert à Werl.
Le prince Ferdinand continuait de se rapprocher de Munster; il campe à Warendorf le 31, le corps du prince de Holstein àTelgte. La garnison de Lippstadt est renforcée de cavalerie prussienne. Peu de jours après, l'armée ennemie était sous Munster avec le quartier du prince Ferdinand; le prince de Holstein-Gottorp se tenait à une lieue de cette ville, derrière la Werse, ayant des troupes légères en avant de lui.
Cette nouvelle position ne permettait pas de laisser M. d'Armentières de l'autre côté de la Lippe, ;\ moins d'y porter toute l'armée pour le soutenir, ce qui était impraticable, vu le manque de subsistances pour les chevaux. Il eut ordre de se replier d'Herbern sur Lunen, où il arrive le 1*^'' novembre.
Le maréchal confirmait chaque jour son impossibilité de rien entreprendre pendant le reste de la campagne. 11 lui paraissait démontré que l'ennemi hivernerait sur l'Embs, sans qu'on pût l'en empêcher. En conséquence , il ne pensa qu'à consommer les fourrages à portée de lui, et à séparer ensuite l'armée pour la faire entrer dans les quartiers d'hiver. D'après les projets adoptés, le 29 octobre, par Versailles, l'armée devait hiverner à la rive gauche du Rhin, s'y reposer de ses fatigues et s'y reconstituer.
Rien ne se passa plus depuis la retraite du prince Ferdinand sous Munster. Il y cantonna quelques-unes de ses troupes et avança des régiments vers Dulmen, ne laissant rien dans la partie de Paderborn. De notre côté, nous ne fûmes occupés pendant le reste du
(1) L'Ahse arrose les pâturages du Socslcr-Boide et se réunit à la Lippe à Hanim.
séjour de l'armée sur la haute Lippe qu'à prolonger la subsistance de la cavalerie (I). Deux fourrages généraux eurent lieu, les 3 et 8 novembre, entre la Lippe et la rivière d'Ahse. Enfin tous les fourrages épuisés, le 13, le maréchal arrêta le mouvement général de l'armée, et sa retraite commença vers le Rhin. Le 7 et le 9 novembre, 14 E. {2] de cavalerie, des 2!2 destinés à joindre le prince de Soubise, se mirent en route. Ils prirent la roule de Brilon pour se rendre dans la Hesse.Les 8 autres, composés de dragons, partirent le 14, et suivirent la rive gauche du Rhin pour la Wettéravie. Les Saxons quittèrent l'armée le 11 ; ils suivirent la même route que la cavalerie.
Le prince de Soubise restait toujours dans la même position entre la Diemel et la Fulda. L'armée, en marche vers le Rhin, partit, le 13(3), du camp de Hamm pour Unna ; deWerl, M. de Fitz -James rejoint l'armée; M. de Chevert marche de Soëst à Werl, et M. de Chevreuse à la droite d'Unna entre cette ville et la Lippe ; M. de Chabo est chargé de l'arrière-garde.
Le 14 décembre, l'armée" marche par quatre colonnes sur Dorlmund, et M. d'Armentières de Lunen à Reckiinghausen.
Le 15, l'armée est à Bockum, avec le quartier général couvert par la partie des troupes de M. d'Armentières destinée à passer la Roer; le reste, devant traverser le Rhin à Wesel, séjourne, le 16, à Essen, envoyant à Schwerte les corps destinés à DusseldorfetCologne. M. de Chevreuse remplace M. d'Armentières à Reckiinghausen; M. de Chevert rentre en partie dans l'armée; le reste 'gagne Dusseldorf.
Le maréchal séjourne, les 16 et 17, à Bockum, pour faciliter le déblai de l'armée. C'est de ce camp que Ton commence à se séparer pour passer le Rhin sur les trois ponts de Wesel, Dusseldorf et Cologne. 31 B. et 31 E. passent la Roer, le 17, à Hattingen, Werden et Ketlwig, sur des pontons. M. d'Armentières, parti d'Essen le 17, arrive à Wesel le 18; le reste, à Schwerte, passe le même jour la Roer à Westhofen, à destination du duché de Bergh et de Dusseldorf.
Il ne restait plus à Bockum (4), avec le maréchal, que 30 B. et 10E.Lel9, il en part avec 24;B. etla cavalerie pourDinslacken, et, le
(2; Saint-Jal, Vienne, Archiac, Graminoiit, Moutiers, Toustain, Montcalm.
(3) M. deContades au maréchal. Camp d'Unna, 13 novembre. (D. G., 348(5, 220.)
lendemain 20, il est à Wesel (I), où il établit son quartier général, ensuite transporté à Crefeld. Les 6 autres B. passèrent la Roer, et toutes les troupes se rendirent successivement à leur destination.
Les ennemis ne parurent plus depuis notre éloignement d'Unna (2) ; leur armée se rendait, comme nous, dans ses quartiers d'hiver. L'infanterie anglaise devait hiverner en Ost-Frise, l'infanterie hanovrienne et de Brunswick dans le pays de Munster, et les Hessois à Paderborn, la cavalerie hessoise et hanovrienne à la rive gauche du Wéser et la cavalerie anglaise dans le duché de Bremen.
De son côté , l'armée de Soubise se repliait sur la Lahn et le Mayn, sa droite h Wertheim, sa gauche à Giessen.
Les deux armées se trouvaient séparées par le Rhin, excepté 2 B. et 6 E. dans le comté de Neuwiedt, communiquant par Ober- Lahnstein avec ceux de Soubise placés sur la basse Lahn. Le roi ne put déterminer l'électeur de Trêves à recevoir 2 B. dans Goblentz et dans la citadelle d'Ehrenbreistein, dont la possession aurait assuré toute cette partie. Depuis le commencement de la guerre, on y déposait les effets des troupes et les fourrages qui descendaient par le Rhin et la Moselle. L'électeur ne voulut se prêter à aucune proposition. Rhinfels, dont M. de Gastries s'empara dans les premiers jours de décembre, devait y suppléer. L'époque à laquelle l'armée du bas Rhin et celle de Soubise prirent leurs quartiers d'hiver fut celle où les différentes armées des puissances belligérantes entrèrent dans les leurs.
Quartiers d'hiver (de 1758 à 1759) de l'armée du bas-Rhin : MM. d'Armentières, Saint-Pern, Groslier, Maugiron, Beausobre, Saint-Germain et Narbonne, tenaient tout le cours du Rhin, de Xanten aux frontières de Hollande, et le pays entre le Rhin et laNiers, avec la Marine, Tournaisis, Bretagne, Durfort, la Tour-du-Pin (13 B. et 8 E.), Colonel-général et Orléans (dragons).
M. du Ghâtelet gardait tout le cours de la Niers, depuis Gueldre jusqu'à son embouchure dans la Meuse, et le pays de Waldeck, avec Picardie (4 B.) et Carabiniers, Marcieu, Talleyrand (14 E.).
M. de Castellas, posté à Wesel, occupait son territoire, Xanten, et.
dans le comté de Meurs, Rheinberg et Orsoy, avec Touraine, la Couronne, Rochefort, Reding, Jenner, Lockman (Montereau, Saint-Denis, Paris, m/7/ces),'Aumont, Vaubecourt, Aquitaine (22 B.), et Bercbiny(6 E.).
MM. de Saint-Germain, Bergheick, Chabo, Lutzelbourg et Fontenay gardaient le duché de Bergh et le comté de la Marck, Dusscldorf, Kaiserwerth , Uerdingen , Neuss, Zons , Grefeld , Rempen, Wellich, Duisburg, avec Beizunce (la Marche, Amiens, Nantes, Lons-le-Saulnier, milices), Chartres, Auvergne, les volontaires de Muret, de Flandre, de Halle, de Clermont, Légion Royale (16 B.); Turpin, Caraman-dragons, la Vieuville (12 E.).
M. de Boccard tenait Ruremonde et son territoire, Kessel, Vanradt, Bleslerwick, avec Provence, la Marche-prince, Redon, Saint- Lô (5B.); Dampierre (2 E.); plus 1,600 chevaux attachés aux vivres.
M. de Saint-Pern avait le pays entre la Meuse et la Niers, entre la Meuse etlaRoer, Viersen, Duiken, Erckelenz, Dahlen, Gladbach, Bruggen, Siltard, avec Grenadiers de France, d'Aulan et Chantilly, de Modène, de Bergeret (12 B.), Charost (2 E.).
MM. de Baaden et d'Ostein se tenaient à Duren et Juliers, avec les Palatins (8B.).
MM. de Toicy et de Roquepine gardaient Cologne et son territoire, Mulheim, Deutz, le cours du Rhin, de Woringen à l'embouchure de la Sieg, Lechenich, Munstereifeld , avec Navarre, Champagne (Laon, Neufchâtel, Dormans, milices) (11 B.), et Bourgogne, Aquitaine (4 E.).
M. Dauvet gardait le comté de Neuwied, Siegberg, le cours de la rive droite du Rhin, de la Sieg à Coblentz, avec la Marck (2 B.); Berry, la Rochefoucauld, Noë (6 E.).
M. de Baufï'remont se tenait aux environs de Coblentz et de Kochem, et sur le cours de la Moselle, avec Enghien (2 B.); Chabrilian , Bourbon-Busset (4 E.).
M. de Champignelles occupait Zulpick, Gemund, Cornelis- Munster, avec le Roi, Harcourt, Royal-Étranger, Crussol (8 E.).
MM. d'Andlau, Poligoac et de Corsac gardaient le pays de Liège, Limburg, Verviers, Maaseyck, Peringen, Peer, Tongres, avecGondé, Orléans (4 B.); Cuirassiers, Royal-Piémont, Orléans, Colonel-général, Mestre-de-camp, Cravates, la Reine, Trasignies, Condé, Royal- Roussillon, Fumel, Noailles (25 E.).
M. de Rigal était à Gueldre, avec Ghâlons, Vernon, Joigny {milices) (3 B.), et à Aix-la-Chapelle, avec le Roi (4 B.).
La position des quartiers des deux armées françaises restait toute défensive, vu le besoin de repos et de reconstitution de ses cadres, bien que chacun s'attendit à des mouvements prochains de l'ennemi.
L'armée hanovrienne se composait de 58 B. et 80 E., y compris la cavalerie prassienne au nombre de dO E. de dragons et 3 de hussards. Dans les premiers jours de décembre, le prince de Holstein- Gottorp, dont le corps était attaché aux troupes hivernant dans l'évêché de Paderborn , arrivait dans le duché de Westphalie. Son quartier, près d'Arnsberg, occupait cette ville, Neheim, Brilon, Meschede, Freinhol, Hachen, et les détachements de ses troupes légères s'étendaient dans le comté de la Marck. Du côté de Munster et de la Lippe, on retranchait les postes de Dulmen^Haltern, Lunen et Hamm. Le prince héréditaire de Brunswick arrivait à Paderborn avec son quartier général, ayant sous ses ordres 15 B. et32E.
Ce que le duc de Choiseul exposait, le 2, au conseil du roi, sur le projet des ennemis d'attaquer nos quartiers pendant l'hiver, n'était que trop réel. Dès les premiers jours de décembre, le roi de Prusse décidait l'Angleterre à repasser le Rhin, et en conséquence on pressait à Hamburg la reconstitution des armées alliées; on assemblait de tout côté des recrues, des remontes; on arrachait des évêchés de Munster, Paderborn et Hildersheim des contributions exorbitantes pour subvenir aux dépenses de ce prompt rétablissement de l'armée alliée. Ce fut dans ces prévisions que M. de Belle- Isle s'empressa de donner à l'armée du bas Rhin les secours nécessaires contre les efforts de l'ennemi, tout en n'abandonnant pas le Mayn.
M. de Belle-Isle écrivit en conséquence au maréchal de Contades (1), le 17 décembre particulièrement, pour le cas d'une attaque des ennemis contre M. de Soubise :
«... Comme il faut s'attendre à de fausses attaques , qui pourraient devenir effectives, s'il n'y avait personne pour s'y opposer, quand M. de Soubise aura replié toute sa gauche en avant, il est de toute nécessité que tout ce que vous avez depuis Cologne, en
haut et sur la Moselle, passe le Rhin pour occuper toute la basse Lahn. Peut-être serait-il convenable que tout ce que vous avez à Dusseldorf et à portée marchât en même temps en avant ou sur la queue des troupes qui se seraient portées sur la Lahn, ou que, conjointement avec Wesel, vous fissiez une diversion effective sur les quartiers de la Lippe et ceux en deçà de Munster... »
Le 24, M. de Gontades répondait qu'il lui était impossible de secourir M. de Soubise, vu l'épuisement de son armée et sa position sur le bas Rhin, ne le croyant pas, du reste, en danger avec les forces à ses ordres. Malgré ces objections, il dut, au reçu d'une lettre du 30, tenir 12 B. prêts à se porter sur Coblenlz et à passer le Rhin.