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CHAPITRE VL

RETRAITE DE l'aRMÉE DE IIAXOYRE A TRAVERS LE HANOVRE, LA LIPPE, LA VVESTPHALIE. — PASSAGE DU RHLV.

(janvier à mai 1758).

Janvier. 1. Le maréchal de Richelieu à Hanovre; exposé de ses plans de campagne au ministre de la guerre. — 4. Le prince Ferdinand établit son quartier général à Luneburg; son infanterie cantonne entre cette ville et Uelzen, sa cavalerie aux environs de Luneburg et dans le comté de Danuenberg. Les Prussiens ont à Halberstadt un régiment de hussards, quelques troupes à Quedlinburg et sur la Bode, depuis Barlh jusqu'à Greifswald. Positions des armées. — 10. M. de Voyer marche sur Halberstadt, dont il s'empare le 11. — II. Après l'avoir démantelée, il rejoint l'armée avec M. d'Armenlières. — II. M. de Broglie, détaché par le duc de Richelieu, s'empare du magasin de Vegesack, port de Brème, ainsi que de celui de Kosteriiolz. sur la basse Wumme. — Les ennemis se replient sur Magdeburg, Halberstadt, Quedlinburg et Halschersleben. — 12. M. de Broglie, après un engagement, se retire par le pont de Burg et se replie sur Hastede. Un corps hanovrien s'avance contre M. de Broglie, de Buxtehude, Stade et Bremersworde. le force à passer la Wumme. — 15 au 16. M. de Broglie prévient le général d'Oberg, occupe Brème, assure la gauche de l'armée, et étend ses postes depuis Wolfenbuttel et Brunswick jusqu'à Emden. Les troupes de M. de Soubise en Hesse-, les Hanovriens repassent la Wumim\ ne laissant qu'un détachement au pont de Burg. — 20-21. Émeutes dans Brème, les régiments de Lowendal, Bergh et Bretagne y tiennent garnison. M. de Richelieu décide sur les quartiers d'hiver que les troupes doivent prendre en remplacement de leurs cantonnements. — Projet d'amélioration à l'existence des capitaines. — 31. Le prince Ferdinand fait réoccuper Halberstadt par quelques B.

Février. Les quartiers d'hiver sont les mêmes qu'à la tin de la campagne de 1757 en Hanovre. Le prince Ferdinand '46 B., 46 E.)en ^Vestphalie. — 8. Le maréchal de Richelieu quitte l'armée. — 9. L'armée hanovrienne se sépare. Le prince Henri de Prusse à Halberstadt, y rassemble des troupes. — 11. Le comte de Clermont, muni d'un pouvoir à la date du 17 janvier, arrive à Cassel (185 B., 185 E.}. — 12. Y séjourne. Des troupes de Fischer capitulent à Regenstein. — 13. M. de Clermont à Eimbeck. — 14. A Hanovre, prend le commandement.

Le prince de Soubise quitte son corps, se rend à Versailles, remplacé en Hesse par M. de Broglic. M. de Saint-Germain à Brème, à la place de M. de Brofîlie. Le prince Georges de Holstein, venant de Poméranie, passe l'Elbe et arrive à Altenburg avec la l^e division de son corps, les autres suivent. — 16. M. de Monteynard adjoint à M. de Crémilles. Le prince de Holstein à Luneburg, dont la garnison hanovrienne s'est portée à Amelinghausen, tandis que les Hanovriens restés dans le duché de Lauenburg sont en marche pour rejoindre l'armée. Le prince Ferdinand s'avance sur M. de Saint-Germain. — 18. Le comte de Clermont passe le Wéscr pour conserver la Hesse. M. de Paulmy remplacé par M. de Belle-Isle (la date officielle est du 26), Les régiments se portent sur rinnerstc en avant d'Hildeslieim. M. de Saint-Germain fait passer sur la rive gauche du Wéser toutes les troupes de la rive droite depuis Werden jusqu'à Brème et sur la basse "Wumme. — 22. Le prince Ferdinand s'empare de Rothenburg. Le roi de Prusse se dirige sur Magdeburg avec son armée. Le prince Henri menace vivement Goslar. — 23-24. M. de Chabo, envoyé à Hoya par M. de Saint-Germain, ne peut empêcher la prise de cette ville par le prince Ferdinand. M. de Broglie sort de Brème. 12 B. et 12 E. retournent en France pour s'y refaire. — 24. M. de Vogué garde Neustadt. î\L de Saint-Germain se relire à Nienburg. — 25. Le prince Ferdinand arrive à Stocksee. — 26. Par suite des mouvements de l'ennemi, M. de Clermont bat en retraite. M. de Vogué évacue Neustadt et M. de Saint-Germain Nienburg, dans laquelle entre le prince de Holstein le 28. — 28. M. de Clermont quitte le Hanovre pour marcher à Hameln.

Mars. V. Le prince Ferdinand a son quartier général à Bersel près d'Osterwick, d'où ses détachements pénètrent dans l'évêché d'Hildeslieim. Le 9, après avoir passé le Wéser. il ouvre la tranchée devant Minden, s'en empare le 15. — Du 24 février an 4 mars, retraite sur Hameln. M. de Saint-Germain arrive à Osnabruck. M. de Broglie se prépare à la défense de la Hesse. — 7. Cantonnements dans rOst-Frise. M. de Clermont allonge des divisions le long du Wéser vers Vlotho etRehme; il envoie M. de Villemeur àHerford, pendant que M. de Saint-Germain se retire sur Munster. M. de Broglie replie ses 18 B. et 12 E. de la Werra sur la haute Fulda pour les rassembler sous Cassel, et dirige des B. sur Paderborn. — 13. La cavalerie restée en Ost-Frise se retire. On se dispose à évacuer Minden. — 14. Les ennemis passent le Wéser et s'emparent de Minden; sa capitulation. — 15-16. Le prince Ferdinand marche sur Osnabruck, le prince Henri vers le haut Wéser. — 17-18-19. L'armée se retire sur Paderborn. — 22. L'ennemi marche sur Munster et Osnabruck, se dirigeant vers le haut Wéser. — 23. L'armée se replie de Paderborn à Lippstadt, MI\L de Villemeur à Liinen, Nicola'i de Munster à Haltern, de Voyer à Hamm. — 24. M. de Muy arrive à Schwerte, M. de Broglieà Llinen, etenpart le 25 et le 26, se dirigeant sur le Rhin. — 26. Le gros de l'armée se rend de Lippstadt à Hamm. Les corps détachés de MM. de Villemeur, de Muy, de Voyer, opèrent leur retraite sur Wesel, sauf M. de Lorges qui conserve Hanau et le Mayn. — 27. L'armée à Liinen. — 28. A Haltern. — 29. A Dorsten. — 30. A Wesel. Les troupes venant de l'Ost-Frise repassent le Rhin à Emmerich, après être revenues par Bentheim. — 31. Toutes les divisions de l'armée sont réunies à Wesel.

Avril. 3 et 4. M. de Broglie passe le Rliin à Dusseldorf et à Deiilz; la tête de l'armée ennemie près de W'esel. Le prince de Holstein occupe Dorsten avec son quartier général à Munster. M. de Clermont reçoit l'ordre de porter 25 B. et 12 E. sur le haut Rhin pour former une partie des 24,000 hommes que M. de Souhise doit mener en Bohême. Le reste de l'armée, qui depuis le 31 mars a passé le Rhin à Wesel, prend ses quartiers sur trois lignes. — 10. M. de Broglie, avec nne partie de ses troupes, remplace M. de Lorges sur le haut Rhin et se rend à Cologne. — 15. Les troupes occupent leurs quartiers définitifs. Le prince Ferdinand fait cantonner ses troupes dans l'évêché de Munster, dans le pays entre la Lippe et la Ruiir. et dans la Hesse. — Les avant-postes près du Rhin. — Le prince de Holstein lève dos contributions dans le pays de Bergh. — 19. M. de Broglie arrive de Coblentz à Hanau ; ses troupes sont placées entre le Mayn, le Xeckar et le Rhin. Celles qui gardaient le Rhin à son arrivée le repassent, et cantonnent entre la rivière la ]\'ahe et Mayence. — 29. Attaque par l'ennemi du village de Homberg à la rive gauche du Rhin. — Règlement pour être nommé colonel d'un régiment.

Mai. L'armée ennemie manœuvre entre Munster et Wesel, observant cette dernière place. — 5. Ordonnance sur l'artillerie. Effectif de l'armée. — 31. Le prince de Clermont fait évacuer Kayserwerth. Le prince Ferdinand, avec les Hanovriens, se prépare à passer le Rhin.

Au commencement de l'année 1758, quelques hommes sincères ne se dissimulaient pas le danger de voir renouveler la guerre quand on subissait les conséquences des désastres de l'année précédente. M. de Bernis, secrélaiie des affaires étrangères, en montrait les malheurs inévitables. Le traité de Versailles, auquel il avait contribué, n'existait plus à ses yeux depuis qu'on allait bien au delà des engagements contractés. Il lâcha de présenter la victoire d'Hastenbeck et la convention de Gloster-Seven comme des dédommagements de la journée de Rossbach et d'engager le roi à se restreindre à une guerre maritime avec les Anglais, qui recommençaient alors les hostilités dans le Canada; mais ses sages représentations ne modifièrent pas les projets de Versailles.

Dans ce moment d'ailleurs, le ministre Pitt, qui remplaçait le secrétaire d'État Fox, entraîné dans la disgrâce du duc de Cumberland, tout en dirigeant avec la plus grande activité les armements maritimes, sut intéresser les Anglais au sort du roi de Prusse, de sorte qu'on lui accorda un subside proportionné à ses dangers, à ses efforts, et d'après ses conseils on mit à la tête de l'armée anglo-hanovrienne le prince Ferdinand de Brunswick, frère du duc régnant. C'est en apprenant l'envoi d'un corps de troupes en Ha-

novre que le maréchal de Richelieu put enfin se persuader combien les ennemis se jouaient d'un pacte signé, d'un cùlé, sans prudence et, de l'autre, sans bonne foi ; il ne larda pas, du reste, à être rappelé. Avant d'entreprendre le récit de cet événement et celui des faits qui suivirent, il convient de remonter un peu en arrière. En effet, pour la plus exacte intelligence de ce qui se passait à l'époque de la bataille de Rossbach, moment où les opérations militaires étaient le plus intéressantes, je ne me suis plus occupé de l'armée de Hanovre après la capitulation de Closter-Seven. A la fin de l'année 1757, le maréchal de Richelieu avait perdu tout le bénéfice de son succès; il n'avait su ni joindre les Suédois, ni donner une importance réelle à leur attaque, ni empêcher, par sa jonction avec M. deSoubise ou par une adroite diversion du côté de Magdeburg, le désastrede Rossbach. Il avait donc perdu, par suite de cet événement considérable, toute chance de pouvoir se porter en avant. Cependant, au commencement de janvier, il se rendait à Hanovre et dès son arrivée dans cette ville il s'occupait des moyens d'assurer l'exécution du projet consistant, 1° à reprendre Harburg, dans le cas où les ennemis, qui continuaient le siège, s'en seraient rendus maîtres; 2° à pousser les ennemis et à se faire joindre par un corps de la Hesse, qui passerait par Halberstadt; 3" à porter un corps de troupes au secours du duc de Mecklemburg pour joindre les Suédois. Or il était vraisemblable que la première opération des Prussiens serait de s'emparer de Domitz, cette place étant peu en état de se défendre, et le duc de Meclclemburg n'ayant ni la volonté ni les moyens d'y faire passer une forte garnison. Les Prussiens une fois maîtres de ce point, tous les succès dans l'invasion projetée des quartiers alliés n'auraient rien changé aux difficultés insurmontables du passage du bas Elbe, objet indispensable. Il imagina dès lors de ruiner l'armée par une expédition qui ne pouvait plus avoir les suites avantageuses qu'on devait en espérer. De plus, lorsque M, de Richelieu fit partir son courrier pour Versailles, il ignorait les événements survenus à Harburg. M. de Pereuse (1), canonné et bombardé depuis le 27 du mois de novembre, voyant la garnison et la place hors d'état d'opposer une plus longue dé-

fi) Pereuse (marquis de), colonel de Blaisois, 1735; brigadier, 1744; maréchal de camp, 1748 ; lieutenant général le 15 janvier 1758, pour sa belle défense.

fense, conformément à l'avis des conseils de guerre assemblés, demandait, le 27 décembre, à capituler. La garnison avait été forcée, le 29, de s'engager à ne servir, pendant toute la guerre, ni contre S. M. Britannique ni contre ses alliés; on lui accorda cependant de sortir de la place avec les honneurs de la guerre, pour retourner en France par Munster. Sur tous les points, les affaires des coalisés se trouvaient d'ailleurs dans l'état le plus déplorable.

L'armée suédoise avait abandonné la Peene et s'était retirée, la plus grande partie de sa cavalerie et la moitié de son infanterie dans l'île de Rugen, le reste de sa cavalerie et l'autre moitié de son infanterie dans Stralsund. Les Prussiens restaient placés depuis Barth jusqu'à Greifswald. On craignait qu'ils n'attaquassent l'île de Rugen à la faveur des glaces, qui pouvaient leur rendre facile le passage du canal, ou qu'ils ne fissent quelque entreprise sérieuse sur Stralsund, dans un moment où le dégel aurait rompu la communication de la ville avec l'île de Rugen.

D'un autre côté, le roi de Prusse venait de diriger dans le Mecklemburg un corps de troupes considérable. Il ne fallait donc plus compter sur les l'essources que l'on espérait trouver dans ce pays.

Les affaires des Autrichiens en Silésie offraient la situation la plus fâcheuse. Depuis la bataille perdue, le 5, près de Lissa, l'armée de l'Impératrice avait quitté la Silésie pour prendre ses puartiers en Bohême. Le prince Charles laissait 10,000 hommes dans Breslau, non compris les blessés, au nombre de 6 à 7,000; en même temps il jetait 6,000 hommes dans Schweidnitz et 4,000 dans Liegnitz. On ne pouvait qu'être fort inquiet sur le sort de ces places, l'armée retirée en Bohême étant affaiblie à tel point qu'elle ne pouvait plus donner le moindre secours. Telle était la situation au commencement de 1758.

Les ennemis, après la prise du château d'Harburg, y laissèrent une faible garnison. Le corps auquel avait été confié le siège marcha sur Soltau. Le prince Ferdinand, depuis sa retraite, resté à Uelzen, établit, le 4, son quartier général âLuneburg; son infanterie était cantonnée pour la plus grande partie entre celte ville et Uelzen, sa cavalerie dans les environs de Luneburg et dans le comté de Dannenberg.

Quant aux Prussiens, ils avaient envoyé à Halberstadt 4 B.,6 E., 1 régiment de hussards, et quelques troupes à Quedlinburg et su^

la Bode (1). Toutes les nouvelles affirmaient en même temps le retour du maréchal de Reith sur l'Elbe avec un corps de troupes considérable; il était à craindre que le nombre de celles à Halberstadt ne s'augmentât même avant son arrivée, et de ce moment elles empêchaient toute espèce de contributions. Le maréchal pensa que le seul moyen de soutenir une guerre défensive était d'attaquer les ennemis, et résolut de les chasser d'Halberstadt. Il employa pour cette expédition la garnison de Wolfenbuttel et des détachements de celle de Brunswick ; M. de Voyer, qui commandait à Wolfenbuttel, en fut chargé. 11 se met en marche le 10, par trois routes différentes, et entre à Halberstadt sans résistance. Les troupes ennemies à Qiiedlinburg prirent l'alarme et se retirèrent à Magdeburg, ainsi que celles d'AschersIeben; mais comme M. de Voyer avait l'ordre de se retirer, il abandonna la ville, dont il abattit les murs. Pendant cette expédition, le maréchal envoyait M. de Broglie s'emparer d'un magasin de fourrages à Vegesack, port de la ville de Brème, et situé de l'autre côté de la Wumme, magasin cédé par la capitulation de Closter-Seven, que les circonstances n'avaient pas permis, même depuis la retraite des ennemis, d'utiliser ni de transporter dans nos cantonnements. Les ennemis, après l'infraction de la capitulation, y placèrent un détachement assez considérable avec du canon. (D. G., 3-471, 82.)

M. de Broglie se porte sur la basse Wumme avec le corps à ses ordres, et s'empare de ce magasin et d'un autre dépôt de blés formé par les ennemis à Osterholz. Le général hanovrien d'Oberg, informé de cette expédition, rassemble les troupes de Buxthude-Stade et Brème- Worden, et, les ayant jointes aux 8 B. et 6 E. qu'il commandait, il marche sur la basse Wumme pour nous attaquer.

Le 1:2, à l'approche de ce corps, M. de Broglie repasse la basse Wumme sur le pont de Burg, au delà de celte rivière, et, pour se donner le temps, il force l'avant-garde des ennemis avec les troupes de M. de Beauvau. Ce détachement poussa d'abord les premiers ennemis jusqu'au village de Ritterhude et s'empara même de ce village; mais l'ayant dépassé, et trouvant les Hanovriens en bataille avec de l'artillerie, il se retira.

Pendant ce temps, M. de Broglie passe, le 15, le pont de Burg,

(1) Lettre du maréchal à M. de Paulray, 14 janvier. (D. G., 3471, 84.)

avec ses troupes, et, lorsque M. de Beauvau l'eut rejoint, il fit rompre ce pont et se retira à Hastede près de Brème, abandonnant aux ennemis le magasin de Vegesack, dont il n'avait pu enlever qu'une faible partie, faute de voilures. Les ennemis passèrent la Wumme et parurent avoir dessein d'attaquer M. de Broglie; mais 8 B. envoyés par le maréchal à son secours leur en imposèrent. Le succès de M. de Voyer à Halberstadt devait laisser à nos troupes peu de crainte des Prussiens; mais ce petit avantage ne décidait rien sur notre situation générale, toujours très critique.

Le maréchal avait fait reconnaître une position aux environs de Northeim, entre Hildesheim et Goslar, que l'on regardait comme très avantageuse pour s'opposer aux entreprises de l'ennemi partant de Goslar et de Duderstadt afin d'avancer sur la haute Leyne; elle masquait trois débouchés favorables. L'évêché d'Hildesheim, avec ses subsistances, aurait donné le moyen de vivre dans cette position, préférable à toutes celles que nous pouvions prendre. Le maréchal y fit construire des redoutes et des abatis capables de la rendre inattaquable. On jugeait d'ailleurs invraisemblable que les ennemis s'avançassent aussi loin de leurs dépôts, laissant rOcker et les deux places de Brunswick et de Wolfenbuttel derrière eux. Quant à l'Aller, c'était un liane sans aucune défense. Zelle pouvait s'emporter l'épéeà la main, et n'était pas susceptible d'être rendu meilleur. Le fonds du pays avait été tellement ravagé, que le défaut de subsistances pouvait rassurer dans le moment présent de la part des ennemis dans cette partie, ainsi que la rigueur de la saison et le manque de moyens à leur disposition pour réunir les forces nécessaires à nous attaquer dans ce bassin, où nous pouvions en moins de quatre marches rassembler 400 B. et autant d'E. Selon toute probabilité, leurs préparatifs pour une campagne d'hiver leur donneraient les moyens d'agir au mois de mars.

La partie de Brème et de Werden restait la plus inquiétante, Werden étant insoutenable, et, dans le cas où les ennemis s'y seraient présentés en force, il eût fallu l'évacuer. La Wumme cessait d'être une barrière dans les temps de gelée, et les postes de Rothenburg et d'Ottersberg perdaient toute leur force, qu'ils ne tiraient que des marais environnants. Le maréchal projette alors an camp retranché en avant de Werden pour couvrir ce poste et

mettre cette partie gauche en état de défense; mais la terre était si difficile à remuer qu'un pareil ouvrage n'aurait pu être terminé qu'au mois d'avril. Brème devenait le seul moyen d'assurer ce côté important de notre position. Sans ce point sur le Wéser, l'ennemi se trouvait maître en tout temps de nous y inquiéter, de changer le théâtre de la guerre en la portant peutêtre en Westphalie. L'occupation de cette ville pouvait seule assurer notre tranquillité et nous faciliter dans la suite le siège de Stade. Telle était alors notre situation, et c'est ce qu'exprimaient les lettres de M. de Crémilles, des 9 et 10 janvier, à MM. de Paulmy et de Belle-Isle.

M. de Richelieu, désireux d'activer les opérations pour la campagne prochaine, pensait que ce n'était point à l'armée que l'on pouvait former un plan de campagne et que le ministère, mieux informé en tous points, devait seul en décider. Cependant il soumettait au ministre diverses suppositions sur les opérations futures des ennemis. La première, celle où l'armée entière des Hanovriens serait en deçà de l'Elbe renforcée par un corps de Prussiens plus ou moins considérable. La deuxième, où l'armée des Hanovriens, passée en entier à la rive droite de l'Elbe, se contenterait de laisser dans Stade et peut-être dans Harburg des garnisons capables de défendre ces places. La troisième, où les Hanovriens en deçà de l'Elbe, et un corps de Prussiens au delà, s'opposeraient au passage que nous voudrions tenter dans le bas de cette rivière ; ce qui laissait croire à la possession de Domitz, dont les Prussiens s'empareraient. Enfin le maréchal admettait que le roi de Danemark, la Hollande et les États de l'Allemagne tiendraient la même conduite que l'année précédente. De plus, il ajoutait à ces différentes suppositions le cas où, l'armée hanovrienne devant agir sur l'Aller, le roi de Prusse déboucherait en même temps de Magdeburg pour attaquer nos quartiers de l'Ocker, ou bien, pour faire une diversion plus éloignée, porterait une armée sur le haut Wéser et entrerait dans ia Hesse et le pays de Hanovre en prenant nos quartiers à revers. Cette situation lui paraissait la plus critique de toutes, et celle qui méritait le plus d'attention. Mais dans toutes ces hypothèses il y avait un point particulièrement intéressant, c'était de s'assurer sur la gauche la possession de Brème. On sentit à Versailles, comme à l'armée, l'importance de cette occupation. M. de Belle-Isle ayant

exprimé à M. de Grémilles que, sans hésitation possible, il fallait s'en emparer de vive force, et que cette opération devait être terminée dès l'infraction à la capitulation de Closter-Seven , tout faisait supposer que la cour de Vienne donnerait son assentiment et que la diète de Ratisbonne ne la contredirait pas non plus (l). M. de Richelieu n'attendit pas un instant, et, le 13, il envoya ordre à M. de Broglie de s'emparer de Brème le 15, avec MM. deChabo, de Wurmser, les grenadiers de Gambrésis, Bentheim et les gardes de Lorraine. Ce qui eut lieu, et, à la date du 17, il signifiait aux députés du sénat et de la bourgeoisie les articles de la convention (2;.

Les ennemis, nous voyant maîtres de Brème, repassèrent la AYumme et ne laissèrent que de faibles détachements, soutenus par le corps de M. de Diepenbrock (9 B., 1 régiment de dragons et 1 de cavalerie). M. de Broglie, le 21, exposa au maréchal les raisons qui pouvaient engager à attaquer les ennemis de l'autre côté de la Wumme, les moyens de le faire et les inconvénients d'une pareille entreprise.

Quelques jours après l'entrée des troupes du roi dans Brème, il y eut de la fermentation parmi les matelots employés à rompre la glace dans les fossés et sur le Wéser, mais cela n'eut point de suites. Cependant, comme il y avait beaucoup de peuple dans la ville, et vu la proximité de l'ennemi, dont les glaces pouvaient favoriser les entreprises, il jugea nécessaire d'augmenter la garnison des régiments de Lowendal, de Bergh et de Bretagne, et renvoie à Hoya celui des gardes lorraines avec ses malades et ses équipages. La position de Brème assurait nm seulement notre gauche, mais aussi la position générale de l'armée, qui, par son étendue depuis AYolfenbuttel jusqu'à Emden, restait insoutenable sans ce poste. Le maréchal exprima donc, par lettre du 22, qu'il n'avait plus rien à craindre de tous les efforts des ennemis, même de ceux possibles du roi de Prusse. C'est à ce moment que le prince de Clermont fut destiné au commandement de l'armée du bas Rhin. M. de Richelieu, qui en avait été averti par lettre du 16 janvier, s'occupa de faire entrer les troupes dans leurs quar-

tiers d'hiver (1), tandis que M. de Crémilles, destiné aux fonctions de maréchal des logis à la place de M. de Maillebois, fut chargé du plan des opérations de l'armée du roi combinée avec celle de l'Impératrice.

Au commencement de février, M. de Paulmyi nforme M. de Soubise, à Gassel^ du projet de formation d'un corps de 24,000 hom-

(1) Emplacements des quartiers de l'armée française au 31 janvier 1758.

r<= LIGNE. — MM. de Broglie et de la Touche, le cour» de l'Aller, depuis Zangwedel, jusqu'à son embouchure, tant à la rive gauche qu'à la rive droite. Le cours du Weser, depuis Schlussclburg exclusivement jusqu'à Brème, Nienburg, le comté de Hoya et tout le cours de la Wumme. — Alsace, Bentheim, Lowendal, Bergh, Marcieii (c). Lenoncourt (c), Datnpierre (c), Maugron (c), Harcourt (dragons), à Brème et villages voisins, à la rive droite et gauche du Wéser.

MM. de Bauffremont et de Saint-Chamant, le cours de l'Aller, depuis l'embouchure de la Leync jusqu'à Zangwedel et les dépendances en avant. — Périgord, Cambrésis et Volontaires Royaux (c), à Bassum et Oster-Zangwedel. Bretagne, Courten, à Verdeii. Nassau- Usingen, à Bethem. Nassau-Sarrebruck, à Ahiden et Gitten.

MM. d Arraentières et de Roquépine, le cours de l'Aller jusqu'à Giphorn, à Essel, Bothmer et Schwarmstadt. — Auvergne, Talaru , Royal-Pologne et Polieresky (c), à Zelle et en avant.

M. de Rochambeau. — La Marche, à Langlingen. La Dauphine, à Flettmar. Grenadiers de Bergeret, à Bissendorf. Grenadiers d'Aulan et de Chantilly, à Burgwedel et Burgdorf. Corps de Fischer (c), à Giphorn. D'Archiac, à Meinersen.

MM. d'Auvet, de Villemeur et Maupou, le pays d'Halberstadt sur l'Ocker, celui de Brunswick à la rive droite de l'Ocker et la partie de Magdehurg. — Picardie, la Marine, Enghien, Cosme (artillerie), Fleury (c), à Brunswick.

M. de Voyer. — Belzunce, Vatan , la Motte (artillerie), àWolfenbuttel. Berry (c), à Dorsten. Condé et Royal- Bavière, à Schladen. Turpin (c), à Vienenburg.

M. d'Andlau, Goslar, son territoire et le Hartz. — La Couronne, Saint-Germain, la Marck, à Goslar. Moutiers (c), à Clausthal.

M. de Vaubecourt. — Vaubecourt, à Osterode et Hertzberg. Foix, à Haltorf.

M. de Beausobro. — Secheny (c), à Bleckenrode. Nassau (c) et Wxirtemberg (c), à Heligenstad. Le Roi (dragons), à Stadt-Worbis et environs. — Rochefort, de Ligne, Saxe-Gotha, Arsberg, Berchiny (c), Royal-Allemand (c), à Giéboldhausen , Lindau (68 B., 46 B.).

T LIGNE. — MM. Dumesnil, de Vogué, de Vence et de Ségur, le cours de la Leyne, depuis Alfeld jusqu'à hauteur de Neustadt, Hanovre et son territoire. — Royal- Suédois, àNeustadt. Clermont- Prince {c), à Blumenau. Chabrillan (c), àMariensee etStocken. Reding, Conti, la Tour-du-Pin et Chabrié (artillerie), à Hanovre.

MM. de Saint-Pern et de Traisnel, le cours de l'Innerste. — Dauphin (c), Royal- Roussillon(c) et Grenadiers de France, à Hildesheim. La Rochefoucauld (c), à Woldenberg. Grenadiers de Modène, à Peine.

mes, détaché de l'armée d'Allemagne et composé en majeure partie de régiments allemands, qui devait marcher vers la Bohême sous ses ordres pour se joindre à l'armée de l'Impératrice. Il le prévient que ce corps sera rassemblé dans le mois de mars aux environs de Cassel, afin de se mettre en marche le mois suivant.

M. de la Vauguyon. — yavarre, à Eimbeck. Charost (c), à Alfeld. Chartres, à Northeim.

MM. de Muyet d'Oilick. le cours de la Leyne, le comté d'Hohensteln. le Wéser depuis Beverungen jusqu'au confluent de la Fulda et de la Werra, 1 evêché de Paderborn, et le comté de Rletberg. — Orléans, Royal-Comtois et Commissaire-général {c], à Gottingen. Dauphin, à Munden (29 B., 14 E.].

3^ LIGNE. — M. de Lauraguais. — Caraman (dragons', à Hollzmiaden. Brancas. à Hameln. Menonville (artillerie), à Kircben.

MM. de Morangies et de la Guiche, la principauté de Minden, l'évêché d'Osnabruck, le cours du Wéser depuis Vlotbo jusrjuà Schlusselburg. compris le pays de Buckeburg. — Salis et Conti (c , à Minden. Lyonnais, à Nienburg. Gardes Lorraines, Mestre-de-camp et Colonel-général 'dragons, à Hoya et Diepholz. Grenadiers royaux de Solar, à Buckeburg. Volontaires de Flandre [c) et de Haynault (c\ à Stadthagen et Pelershagen.

M. de Montmorency. — Aquitaine, à Lemforde. Royal-Pologne c). à Vordea (13 B., 16 E.).

4' LIGNE. — M. de Gayon. — Poitou et les milices, à Lippstadt. Mailly, à Paderborn. Palatins, à Bielfeld, Rbeda, Delmoid, Horn. Milices, à Munster. Champagne, à Osnabruck. Bourgogne (c), à Tecklenburg (25 B., 2 E.).

Rive droite de l'Ems. — MM. de Pilza, général-major, et de Courbuisson. — Eu, Autrichiens, à Emden. Royal-Piémont c), à Aurich. Bourbon- Busset (c), à "VSitmund. Lusignan (cj, à Leer(4 B., 6E.).

Rive g.^iche de l'Ems. — M. de Baye. — Colonel-général (c), à Weneer. Le Roi (c), à Bunde. Bellefonds c), à Jenigum. Lusignan 'c), à Leer.

MM. de Castellas. — Los-Rios. Lockmann, et les milices. Saluées (c\ à Wesel et Gueldre.

M. de Brissac, le cours du Rhin depuis Kaisei'swert jusqu'en Hollande, tout le pays de la Meuse au Rhin, le cours de la Lippe et son territoire. — Brissac et les milices, à Clèves. Mestre-de-camp (c), Aquitaine (c, Clermont-Tonnerre (c). à Emmerick. Talleyrand (c), la Reine ^c), à Kamen. Des Cars (c), Royal (c), à Meurs. Orléans et d'Aubigné dragons), à Xanten et Calcar. Lameth (c), àllam. Fumet (c), à Gœck. JSoadles (c),à Orsoy. Royal-Étranger {c), à Crefeld. Condé(c), à Rees. Bourbon (c , à Straèlen. Hcnrichemont (c), à Uedem. Cravates (c), à Hunna. Dauphin-Étranger [c). à Rhuden. Cuirassiers (c\ Harcourt (c), à Soëst. Vienne [c], à Swiert.

MM. deBoccard, Torcy. de Berghinck. — Milices, Piémont, Saint- Chamant, à Ruremonde, Cologne, Dusseldorf, Neuss(18 B., 59 E.\

En Hesse, — Le Roi et les Carabiniers (c), à Cassel. Royal- Roussillon, à Wolpbagea. Poly (c) et Montcalm (c). à Ob. Kauffingen et Imiuenhausen. Royal- Lor-

A son départ, M. de Broglie devait prendre le commandement de la Hesse, et M. de Saint-Germain remplacer ce dernier.

C'était le moment où les affaires allaient prendre une nouvelle tournure. M. de Richelieu, ayant obtenu la permission de se rendre à Versailles, quitte Hanovre le 8, et S. A. S. M. le prince de Clermont, destiné à prendre le commandement de l'armée, part de Paris, arrive à Strasbourg, passe le Rhin à Germersheim, dans des barques, les ponts volants d'Oppenheim et ceux de Mayence et de Mannheim étant repliés à cause des glaces ; il est à Cassel le 11, où il reçoit une instruction du roi et ses pouvoirs de commandant en chef de l'armée. Il apporlait aux officiers un supplément de solde, aux Iroupes une augmentation sur les rations de pain et de viande, et aux meilleurs généraux des espérances d'avancement (1).

Il séjourne, le 12, à Cassel, en part, le 13, pour Eimbeck et arrive, le 14, à Hanovre. Avant de partir de Cassel, M. de Clermont apprit, pendant la nuit, par un courrier de M. de Villemeur, commandant à Brunswick, que le prince Henri de Prusse, arrivé, le 9, à Halberstadt, réparait les brèches de cette ville, que les Prussiens s'y rassemblaient en assez grand nombre, avec des troupes en avant; que les 1 B., 3 E., et un détachement de hussards qui avaient surpris, quelques jours auparavant, notre poste à Hornburg aux ordres de M. de la Coste (2), capitaine dans Royal-Bavière, étaient

raine, à Witzenhausen. Tournaisis, à Allendorf. Touraine, à Eschweg. Provence, à Kreutzburg, Treffurt, Castellas, à Hirchfeld. Royal- Deux-Ponts, à Meroltz. Rohan,d Marpurg. Planta, à Vacha. D'Apschon (dragons), à Waldkappel. Beauvoisis et Aumale-artillerie, à Hanau. Roijal-Barrois,k Bobenhausen. Waldner, à Oft'enbach. Diesbach, à Fulda. Crussol (c) et Gendarmerie (c), à Kirckhagen. Pentkièvre (c), Raugrave (c), à "Vilbel. Fitz-James (c), à Bodheini. Bezons (c), à Ortenberg. Volontaires de Nassau (c), à Stockstadt. Saint-Jal (c), à Rudingen. Grammont (c), à Scblitz (28 B., 42 E.). — Total : 185 B. et 185 E.

(1) Toutes les promesses ne furent pas exactement tenues, ni pour M. de Brehant, colonel de Picardie, ni pour Chevert, en faveur de qui il réclamait la grand'croix de Saint-Louis, avec une pension de 12,000 livres. « On fait une lésine sur mes demandes; ma foi, si cela va comme cela, je défierais Dieu le Père de rendre bonne cette armée-ci. »

(2) M. de Villemeur au viinisire de la guerre.

« Brunswich, 5 février 1758.

« M. de la Coste est né à Berlin, et a même servi dans les troupes de Frédéric, ce

aussi à Halberstadt. M. de Viliemeur pensait que les ennemis attaqueraient plutôt la trouée de Goslar, cette partie se trouvant découverte; il ne restait de troupes dans cette ville que H B. avec M. de Voyer.

En effet, M. d'Andlau, à Goslar avec 8 B., occupait ce poste en très mauvais état, et cet officier ne pouvait y tenir, si un corps de 5 à 6,000 hommes marchait à lui. Gomme son ordre dans ce cas lui prescrivait de se retirer sur Hildesheim, toute la montagne du Hartz serait abandonnée; cependant elle était essentielle à conserver. M. de Viliemeur lui-même se proposait, dans le cas où les ennemis retireraient leur infanterie et leur cavalerie de Brunswick, de se porter à Burgdorf, position déjà reconnue oh il comptait ne rien compromettre, et par le seul bruit de sa marche les obliger à la retraite (1).

M. de Ghampeaux, de son côté, annonçait que le recrutement de l'armée hanovrienne se continuait avec beaucoup de succès, en enlevant de force tous ceux en état de porter les armes. Le prince Ferdinand répandait des manifestes pour animer les peuples, en leur faisant envisager que, dans leur situation, il ne s'agissait pas d'un cas de guerre ordinaire, mais du salut de la patrie, et de repousser un ennemi qui avait envahi la plus grande partie du pays. M. de Champeaux écrivait que des commissaires prussiens étaient arrivés à Hamburg, chargés d'achats considérables; que le ministre de Prusse venait d'assurer au landgrave de Hesse qu'avant peu les troupes prussiennes à Leipzig et sur la frontière de Saxe seraient jointes à celles de Magdeburg et d'Halberstadt, diversion avantageuse aux troupes hanovriennes. Tout indiquait une opération concertée avec le roi de Prusse et fort prochaine, à moins que le dégel qui commençait ne continuât avec assez de force pour y apporter obstacle.

Du reste, les Prussiens venaient de s'emparer de Rostock et de Gustrow, et le prince Georges de Holstein, arrivant de Poméranie avec un corps prussien, devait incessamment passer l'Elbe.

Effectivement, les lettres de M. de Champeaux, du 14, confir-

qui l'a fait soupçonner de trahison. Je crois qu'il n'y a que négligence de sa part. » (D. G., 3472, 10.) (1) M. de Viliemeur au minisire. Brunswick, 9 février. (D. G., 3472, 41.)

mèrent l'arrivée de ce prince à Altenburg avec la première division de son corps, composée de 10 B. de dragons et 1 régiment de hussards; la deuxième division, composée aussi de dragons et des hussards noirs et jaunes, marchait par Boitzenburg; enfin, ces divisions ayant passé l'Elbe, le prince de Holstein s'était rendu, le 16, à Luneburg; la garnison de cette ville, composée de troupes de Brunswick et de Hanovriens, se rendait à Amelinghausen, tandis que^ d'un autre côté, les troupes hanovriennes restées dans le duché de Lauenburg rejoignaient l'armée. Ces nouvelles furent confirmées par les rapports des espions, et l'on ne put douter que les ennemis ne fussent en mouvement de tous les côtés, principalement sur Luneburg, Uelzen et Amelinghausen. L'on apprit en même temps qu'une centaine d'hommes du corps de Fischer (1), occupant le poste ou château de Regenstein, s'étaient rendus, le 12, au prince Henri, après quelques volées de canon.

Or, à cette époque, telle était la situation de l'armée. Le roi ayant ordonné de détacher 33 B. et 22 E,, destinés à la Bohême (2), et en même temps de faire rentrer en France (3) un autre corps de 12 B. et de 30 E., ces deux détachements réduisirent l'armée au nombre de 114 B. (dont 12 B. de milices, 6 autrichiens, 10 palatins, 12 de mihces, 33 pour la Bohême, 12 pour la France, y compris les 2 de la Roche-Aymon faits prisonniers à Harburg) et de 145 E., y compris les 4 de Dessalles et la Vieuville en marche. 11

(1) M. de Villemeur au ministre, Brunswicli, 15 février. (D. G., 3472, 92.)

(2) Piémont, 4; Rohan, 2; Beauvoisis, 2. Français ; Bentheim, 2; Alsace, 3; lloyal- Suédois, 2 ; Royal-Bavière, 2; Lowendal, 2; Bergli, 1 ; Prince-Louis-de-Nassau, 1; Nassau-Usingen, 1; la Dauphine, 1; Saint-Germain, 1; Royal-Pologne, 1; Royal- Deux-Ponts, 3. Allemands : Castellas, 2; Diesbach, 2. Suisses : l'artillerie d'Auraale, 1 ; plus les mineurs de Boisgnorel et les ouvriers de Dugué (33 R.). Cavalerie : Commissaire-général, 2; Poly, 2; Dessalles, 2; Bczons, 2. Allemands : Royal- Allemand, 2; Wurtemberg, 2; Nassau, 2; Raugrave, 2; volontaires de cavalerie allemande, 2; Dragons d'Apschon, 4 (22 E.). Plus 3 B. de milices, Bonot, Dagnaux et de Groux, destinés à recruter ladite armée.

(3) Mailly, 4 ; Saint-Cliamant, 4 ; Poitou. 2; la Roche-Aymon, 2 (12 B.). Cavalerie : Royal, 2; Dauphin-Étranger, 2 ; Fleury, 2; Bourbon, 2; Penthièvre, 2 ; Lusignan, 2 ; Lameth, 2 ; Saluées, 2 ; des Cars, 2 ; Beauvilliers, 2 ; Royal-Pologne, 2 ; Royal-Étranger, 2; Fitz-James, 2; Dragons d'Aubigné, 4 (30 E.).

faut ajouter que les 6 B. autrichiens et les 10 B. palatins n'existatent seulement que de nom. Des 120 B. français et autrichiens, 97 furent placés en première et en deuxième ligne, c'est-à-dire entre l'Ocker, l'Aller et le Wéser. Mais si l'on en défalquait les 17 B. allemands et les 8 E. destinés à passer en Bohême ou à rentrer en France, le nombre de l'infanterie de première et deuxième ligne se réduisait à 80 B. et o2 E. La troisième ligne de nos quartiers sur le Wéser fut composée de 13 B., dont il faut retrancher les B. de Salis destinés à la Bohème, et de 14 E. de cavalerie ou de dragons, dont il y avait aussi à supprimer 2 E. de Royal -Pologne rentrant en France. La quatrième ligne, qui occupait tout le pays entre le Wéser et la Meuse, fut composée de 47 B. et de 67 E., qui, distraction faite de 14 B. destinés pour la Bohême ou pour la France, étaient réduits à 33 B., y compris les 10 B. palatins et les 12 de milices qui, devant être fondus dans l'infanterie, ne pouvaient plus se compter; ce qui réduisait la défense de la quatrième ligne, pour l'infanterie, à 51 B., dont 10 palatins. A l'égard de la cavalerie, les 67 E. furent réduits à 47 après le départ des 20 destinés pour la Bohême ou à repasser en France. Il restait donc 1 30 B. et 145 E. S'ils eussent été complets, ils auraient donné le nombre de 89,0o0 hommes d'infanterie, et les 145 E. (à 160) auraient fait 23,200 hommes; mais il s'en fallait bien. C'est tout ce qu'on pouvait faire que de mettre sous les armes 300 hommes par B. et 100 ou 110 hommes par E, Maintenant quelles forces l'ennemi était-il en état de nous opposer en Allemagne et en Poméranie ? Le pied complet de l'armée des Hanovriens présentait, la campagne dernière, 46 à 48,000 hommes. Il leur en restait 38,000 encore à la signature de la capitulation de Closler-Seven , et, si l'on en croyait ce qui se disait dans le pays, ces troupes devaient être déjà reconstituées sur le pied complet. On pouvait évaluer à 40,000 hommes effectifs la force de l'armée hanovrienne. On ignorait à combien se monteraient les forces que le roi de Prusse se disposait à faire agir par diversion dans la partie du haut Ocker; tout ce que l'on en savait, c'est qu'il y avait 16 B. et 15 E. de troupes prussiennes dans la principauté d'Halberstadt, agissant vers Goslar et le pays d'Hildesheim. Mais si le bruit de la prise de Stralsund, qui commençait à se répandre, se trouvait fondé, il y avait lieu de craindre qu'une grande partie des

GUERllE DE SEPT ANS (1758). 217

troupes prussiennes en Poméranie ne réussissent à passer l'Elbe par le Mecklemburg, ou à Magdeburg même, pour se joindre à celles qui étaient dans le pays d'Halberstadt, ou à l'armée des Hanovriens dans le Luneburg et les duchés de Brème et de Werden. Il était presque certain que les Hanovriens venaient de faire un mouvement par leur droite, tendant à renforcer le corps déjà avancé entre Stade et laWumme, et menaçant également la ville de Brème et les postes de Rothenburg et d'Ottersberg. Il n'était pas naturel de craindre que, dans la saison où l'on était alors, les ennemis pussent songer sérieusement au siège de Brème; mais si les nouvelles d'un débarquement de dO à 12,000 Anglais dans rOst-Frise, à l'embouchure de l'Elbe ou du Wéser, venaient à se réaliser, on pouvait raisonnablement supposer aux ennemis le projet d'attaquer Brème, ou du moins de faire une puissante diversion dans la Westphalie, en jetant un pont sur le bas Wéser, pendant que les Prussiens, renforcés par le coi'ps du général Lewald et celui du maréchal Keith, nous attaqueraient dans la partie du haut Ocker et sur la Werra.

Deux jours après, M. de Clermont écrivait à M. de Paulmy : « Toutes les nouvelles ne me permettent pas de douter que les ennemis ne veuillent m'entreprendre avec des forces bien supérieures aux miennes, bien vêtus, équipés et bien armés, sans compter les troupes venant de Poméranie. Cette armée, avec sa supériorité, menace de nous attaquer également par la trouée du haut Ocker, par le centre de mes quartiers sur l'Aller, et à ma gauche par le côté de Werden et de Brème. De mon côté, en supposant l'évacuation entière de toutes nos places de première et de deuxième ligne, à l'exception seule de Brème, tout ce que je pourrais avoir à leur opposer dans ce moment-ci serait au plus de 30,000 hommes mal vêtus, mal équipés, fatigués, dégoûtés et très mal disciplinés. Les ennemis ont donc sur moi un avantage marqué, et s'ils ne m'ont déjà attaqué, ils n'en ont été arrêtés que par le dégel qui a formé de grandes inondations et rendu le pays impossible. Si la gelée prend, comme nous en sommes menacés par une forte neige qui tient sur terre, les inondations deviendront praticables et le terrain facile. Dans une circonstance si critique, je ne crois pas devoir risquer l'armée du roi à une perte totale, indubitable et si prochaine : je prends donc le parti qu'on aurait dû

prendre longtemps avant que j'eusse le commandement de cette armée, c'est de repasser le Wéser en conservant la Hesse. Quand je ne m'y déciderais pas actuellement, je serais forcé d'y revenir, peut-être avant trois semaines d'ici. Je travaille dans ce moment à faire ma disposition de retraite, mais de manière qu'elle ait l'air d'une défensive, et qu'en effet elle puisse l'être si j'en trouvais le moyen. L'avantage du moins que j'en retirerai sera peut-être de ralentir l'ennemi et de me donner plus de facilité pour mes évacuations. »

Le même jour 18 février, M. de Crémilles écrivait au maréchal de Belle-Isle dans le môme sens que M. de Glermont.

Le nouveau ministre approuva, par sa lettre du 26, des dispositions qui, loin de donner aux ennemis l'idée d'une retraite, paraissaient annoncer l'offensive, jugeant que les 20 B. et autant d'E. dans le poste reconnu d'Hildesheim, et les ordres donnés à la garnison de Goslar, assuraient la défense de la droite contre le corps du prince Henri. Le débordement de l'Aller paraissait mettre le centre en sûreté. On regardait la partie de Brème comme la plus intéressante, cette place devant, dans le cas malheureux où l'on aurait repassé le Wéser, nous conserver une porte ouverte dans les États de l'électeur de Hanovre, ou nous procurer le chemin le plus court vers l'Elbe, point intéressant pour nos alliés du Nord, et retenir toujours dans cette partie les principales forces des Hanovriens. Les espérances de tranquillité conçues d'après les dernières nouvelles de M. de Glermont ne furent pas de longue durée. M. de Saint-Ghamant, qui commandait à Werden, abandonna ce poste le 20. Bothenburg fut attaqué et pris le 22, et M. de Saint-Germain, apprenant l'abandon de Werden, fit passer sur la rive gauche du Wéser toutes les troupes de la rive droite de cette rivière depuis les environs de Werden jusqu'à Brème et sur la basse Wumme. 11 se trouvait chargé de la garde du Wéser depuis cette ville jusqu'à Nienburg, et il comptait qu'au moyen de ses dispositions il ne perdrait plus rien en détail; mais il pensait que la disette et l'état des hôpitaux nous détruiraient plus que les ennemis. A l'égard de Brème, il mandait au maréchal qu'il ne pouvait s'y défendre. La ville ne voulait plus faire de crédit; le pays étant épuisé, il n'avait plus de ressources.

M. de Saint-Ghamant marcha, le 21, de Zangwedel à Hastede,

près de Brème, en conséquence des ordres reçus de M. de Saint- Germain (1).

L'évacuation de Werden, sans qu'on en eût rompu le pont, donnait aux ennemis une ouverture sur nous d'autant plus préjudiciable qu'elle nous ôtait le temps de mettre le poste de Neustadt en état de défense, et de faire les retranchements projetés depuis le Wéser jusqu'au lac de Steinhude, et depuis la Leyne avec des abatis en avant. Il n'était plus temps ; d'après toutes les nouvelles^, les ennemis s'approchaient de nous et se renforçaient considérablement. M. de Clermont ne pensa plus qu'à construire quelques grosses redoutes qui ne pouvaient fournir qu'une faible défense. On apprenait aussi que le roi de Prusse, parti de Breslau, arriverait dans peu à Magdeburg avec son armée; tous les mouvements du prince Henri menaçaient de plus en plus Goslar, et il n'y avait plus à douter du débarquement des troupes anglaises. La position de M. de Clermont devient plus critique que jamais : combattu par le désir de ne pas accepter une retraite précipitée et par la crainte de risquer la perte totale de l'armée, contrarié par la lenteur inévitable des évacuations de toute espèce et par l'impossibilité bien reconnue de faire subsister l'armée, à la droite du Wéser, jusqu'au temps où on jouirait des productions de la terre, il trouvait autant d'inconvénients à une retraite en abandonnant ses malades qu'à mourir de faim en restant dans le pays de Hanovre, même après avoir résisté en perdant beaucoup de monde.

Bientôt il n'y eut plus à balancer; les ennemis profitèrent du pont de Werden pour attaquer Hoya dans la nuit du 23 au 24. M. de Chabo avait été envoyé, après l'abandon de Werden, avec ordre de défendre ce poste de manière à donner au régiment de Champagne le temps d'y arriver des environs d'Osnabriick, de couper le pont et de couler à fond les bateaux sur la rivière. Les ennemis ne lui en laissèrent ni le temps ni les moyens ; ils se portèrent en force sur Hoya, l'enveloppèrent et taillèrent en pièces le régiment des gardes lorraines, qui fit la défense la plus opiniâtre et

(1) Louis de Bourbon au ministre, sur la conduite de M. de Saint-Chamant abandonnant Werden sans couper le pont sur l'Aller. Hanovre, 25 février. (D.G., 3472, 168.)

la plus brillante; ce régiment y perdit tous ses équipages et l'argent de son traitement qu'il venait de recevoir. Cette affaire fut aussi glorieuse que possible pour M. de Chabo, mais elle eut des suites funestes.

M. de Clermont jugea que cette manœuvre des ennemis devait le déterminer à se mettre à la rive gauche du Wéser pour éviter d'être coupé par l'armée entière du prince Ferdinand. En conséquence, son premier soin est de chercher à sauver l'armée. D'après les nouvelles reçues, le prince Henri augmentait ses forces à chaque instant et menaçait notre droite; le prince Ferdinand, sur nos derrières, s'apprêtait à couper la communication nécessaire avec le bas Rhin et Wesel, ainsi que celle de l'Ost- F'rise. En conséquence, M. de Clermont se décida à la retraite sur Hameln, à la gauche du Wéser. Les points principaux dans ces circonstances étaient : 1" la sûreté de la communication avec le bas Rhin; 2° le secours 'de Bremen ; 3° la conservation de la Hesse. S'il lui en coûtait de se déterminer à cette démarche qui dérangeait les plans militaires et politiques de Versailles, il avait de plus l'inquiétude de trouver des obstacles infinis avec des troupes harassées de fatigue, dégoûtées par les opérations précédentes et réduites de moitié. Nos communications avec les différents postes, soit de Nienburg, soit de Neustadt, étaient interrompues depuis la prise de Hoya; enfin aucune lettre de M. de Vogué (1), envoyé depuis quelques jours à Neustadt, poste d'autant plus important que le prince Ferdinand arrivait, le 25, en personne à Stoken, village situé entre Rethen et Nienburg. Ses troupes légères avaient pris, le 23, près Rethen, les équipages, les malades, les timbales, étendards du régiment de hussards de Polleresky, restés près de Zelle et repliés sans attendre les ordres et la direction de la route.

Les nouvelles du bas Wéser devenaient de plus en plus inquiétantes (2). M. de Saint-Germain, en annonçant par sa lettre du 24 la la prise de Hoya, laissait apercevoir le projet d'abandonner Brème

(1) Vogué (comte de), cornette dans Royal-Cravates, 1712; brigadier, 20 février 1743; lieutenant général. Homme de mérite, brave, honnête; a toujours servi avec la plus grand(3 distinction et avec succès ; excellent général pour mener une division où une ligne de bataille. (D. G.)

(2) Capitulation entre le prince héréditaire et M. de Chabo. Hoya, le 23 février.

et la crainte de ne pouvoir avec son corps joindre S. A. S. Bientôt, en effet, on apprit que M. de Saint-Gerniain évacuait Brome et se retirait sur Osnabriick. D'un autre côté, M. de Voyer, à Wolfenbuttel, écrivait que, par le renfort arrivé au prince Henri, son corps se montait à 15 ou 18,000 hommes; que le détachement de la troupe de Fischer à Schîaden y avait été attaqué dans la nuit du 23 au 24 et forcé de se retirer sur Burgdorf, après avoir beaucoup souffert, et que quelques détachements ennemis se glissaient déjà du côté de Wiedelah, peu éloigné de Goslar.

Le roi et le ministère, exactement instruits par M. de Clermont de sa situation et des nouvelles des ennemis, espéraient encore que ses sages mesures lui permettraient de soutenir sa position. Versailles semblait s'appuyer sur les mouvements de l'armée russe s'avançant vers la Vistule et sur Marienwerder, destinée à contenir et occuper les Prussiens. D'un autre côté, les Anglais n'avaient fait aucun embarquement pour TAIlemagne. Personne ne doutait qu'il ne fût possible de défendre la ville de Brème avec 23 B. et 22 E. pour la soutenir. M. de Belle-Isle écrivait cependant à M. de Clermont que, s'il se trouvait forcé de passer le Wéser, il devait différer sa retraite le plus possible sans rien compromettre, afm d'effectuer plus complètement les évacuations, laisser moins de subsistances aux ennemis et épargner d'autant celles du Wéser, dont peut-être, faute d'emplacements , la garde deviendrait plus difficile et plus périlleuse que la position présente. Le maréchal (1), de son côté, donnait des ordres pour qu'entre le Rhin et le Wéser on transportât des fourrages, qu'on réparât les places fortes du Rhin et du Mayn. Il essayait de procurer à l'armée ce dont elle manquait et qui n'avait pas peu contribué au dépérissement des troupes et à sa malheureuse situation.

11 n'était plus temps; on eut la confirmation de l'arrivée du prince Ferdinand à Stocken, prêta attaquer Nienburg et Neustadt.

à 9 heures du soir. (D. G., .3473, 35.) Rapport de M. de Chabo au ministre. "Wielzen, 26 février. (D. G., 3472, 178.)

(1) Depuis le 26, M. de Belle-lsie avait pris la direction du ministère de la guerre; M. de Paulmy, ébranlé par la disgrâce de M. de Richelieu, s'en était retiré le 28. M. de Crémilles, rappelé de l'armée, remplissait les fonctions de secrétaire d'État, avec la signature administrative, et M. de Mortaigne fut proposé pour le remplacer auprès de M. de Clermont.

M. de Clermont, ne voyant aucun travail effectué aux ouvrages projetés pour ces deux places, tout à fait hors de défense, et craignant, vu Téloignement des troupes de sa droite, de n'être plus en mesure de se retirer à Springe, si une fois les ennemis s'emparaient de Neusladt, donne ordre d'évacuer Nienburg^ et à M. de Vogué celui de quitter Neustadt le 28.

]\1. de Villemeur, partant de Brunswick le 26, la garnison de Wolfenbuttel devait le joindre, le 27, à Hildesheim et, le 28, à Eldagsen, à une lieue à la droite de Hottensen. Ces troupes formaient M B., y compris la garnison de Gifhorn, que M. de Villemeur replia. M. d'Armentières, arrivé, le 26, à Burgdorf sans être inquiété, devait rejoindre, le 27, à Hanovre.

Le 1"'' mars, toutes les troupes devaient être rassemblées à Hameln, sur le Wéser. Le mouvement général s'exécuta de toutes parts. A la tête, le comte de Clermont quitte Hanovre , le 28, avec les 23 B. qui y campaient. Les chemins se trouvèrent si difficiles à Hottensen que la marche de l'artillerie fut extrêmement retardée. Les troupes occupant la Hesse sous M. de Broglie, jointes à celles qui évacuaient Gottingen, Eimbeck et Norlheim, n'étaient point comprises dans ces dispositions. Après cette retraite, le retard de l'artillerie engagea M. de Clermont à séjourner, le J®"" mars, à Hottensen. Il écrivait au maréchal de Biron (I), un

Biron (Charles- Armand de Gontaut, duc de), baron de Saint- Blancard, né le 5 août 1663; entra aux mousquetaires, 1681 ; lieutenant au régiment du Roi, 1683 : colonel, 1688; en Irlande avec le roi Jacques II, 1689; à la bataille de la Boyne ; en Piémont, 1691: brigadier, 1696 ; maréchal de camp, 1702 ; lieutenant général, 1704; membre du conseil de la guerre, 1715; duc, l723; maréchal de France, 14 juin 1734 ; mort le 23 juillet 1756.

Biron (Louis-Antoine de Gontaut, duc de), 4= fils de Charles-Armand de Gontaut, né le 2 février 1701 ; garde-marine, 1716; capitaine dans Noailles-cavalerie, 1727; lieutenant-colonel de Royal-Roussillon, 1729 ; en Italie, de 1733 à 1735 ; brigadier et maréchal de camp en 1736 ; 1741, campagne de Bohême ; lieutenant général à Dettiugen; colonel des gardes françaises, 1745: en Flandre jusqu'en 1748; maréchal de France le 24 février 1757; mort le 29 octobre 1788.

Le duc de Gontaut-Biron (Louis-Antoine Lauzun). frère du maréchal, meurt sur l'échafaiid le 31 décembre 1793, à quarante-sept ans. Six mois après ,27 juin 1794), la duchesse de Lauzun y mourait également. Selon Sainte-Beuve, sortie de France pour la seconde fois, depuis le commencement de la révolution, elle eut l'imprudence de revenir d'Angleterre au printemps de 1794, pour sauver quelque partie de sa fortune.

de ses vieux amis : « Que vous dirais-je? rien de bon, qui ne doive faire saigner le cœur d'un citoyen. Cette pauvre armée est dans un état misérable, toute nue, sans tentes, des compagnies réduites, les hôpitaux d'une saleté et d'une puanteur affreuses, point d'infirmiers, peu de linge, peu de bouillon. Enfin, nous sommes dans un délabrement inconcevable; point de discipline , ni dans l'officier ni dans le soldat. Voilà notre situation; nous le savions, vous et moi, avant mon départ. Je me suis déploré sur ce que l'on avait jeté les yeux sur moi pour me mettre à sa tète. Il est impossible que je remédie à tout, je ne dis pas moi seul, mais qui que ce soit, quand les plus grands généraux reviendraient au monde. »

En arrivant à Munder, M. de Clermont reçoit une lettre de M. de Saint-Germain, datée d'Osnabriick le 1" mars, à 4 heures du soir, lui apprenant que dans sa marche depuis Brème il a été suivi jusqu'à Osnabriick par un corps ennemi, infanterie, cavalerie et dragons; que ses troupes étaient dans un tel délabrement et une si grande fatigue qu'il ne pouvait rien entreprendre avec elles; que cependant, s'il était trop poursuivi par les ennemis, il ne tiendrait pas dans cette ville et choisirait une position pour les attendre. M. de Saint-Germain mandait par une deuxième lettre, du 2, qu'il se retirait sur Munster et successivement sur Wesel. D'un autre côté, M. de Brulart, commandant à Nienburg, rendait ce poste au prince Georges de Holstein, mais sous condition que la garnison obtînt les honneurs de la guerre.

M. de Morangies (1), à Minden, paraissait, dès le ^, ne pas douter d'être investi le lendemain, et avertissait qu'il garderait

Elle fut comprise dans une fournée de vingt-deux accusés, avec le maréchal et la maréchale de Mouchy, le comte de Polastron , frère de la duchesse de Polignac, le marquis de la Guiche, le vicomte de Saint-Priost, frère de l'ex-ministre, le prince Victor de Broglie, l'avocat Linguet, Françoise-Pauline de Roye, âgée de soixante et onze ans, veuve du duc et maréchal de Biron.

(1) Morangies (Pierre de Molette, marquis de), lieutenant au régiment du Roi, 11 juillet 1723; maréchal de camp, 2 mai 1744; lieutenant général, 10 mai 1748; mort au commencement de 1774. Très brave, commandant à Minden, espéra jusqu'au dernier moment se soutenir dans cette place avec ses 6 B. et ses 7 E., s'il était secouru parle comte de Clermont, qui rassemblait ses quartiers à Hameln. M. de Brulart, lieutenant-colonel de Lyonnais, qui avait déjà signé la capitulation d'Asti, signa celle de Minden, à la suite de laquelle il fut cassé. Le maréchal de Belle-Isle,

avec lui la garnison de Nienburg. D'autres nouvelles assuraient que le prince Ferdinand était depuis quelques jours en pleine marche de l'autre côté du Wéser. Il n'y avait plus à balancer sur le parti de le passer en arrivant à Hameln, pour marcher ensuite le plus proniptement possible, par la rive gauche de ce fleuve, sur le prince Ferdinand et le combattre. Mais les troupes étant harassées, les équipages et les canons en arrière, il y eut impossibilité de marcher dès le 5, comme on se le proposait. D'ailleurs, des bruits assez généralement répandus disaient le prince Ferdinand en route sur Munster. Trop incertain de la vérité de ces différentes nouvelles, M. de Clermont ne pouvait déterminer de quel côté il était le plus à propos de se porter; et, dans le cas où le prince Ferdinand se serait avancé sur l'Ems, il tenait pour impossible de le joindre ou de le suivre dans ce pays dévasté, et pensait que le seul parti à prendre serait de longer la Lippe, à la rive gauche, et d'aller défendre cette rivière en appuyant sa gauche à Wesel pour soutenir cette place.

Le 6, les ennemis se trouvaient sur la droite du Wéser, arrivant vers M. de Morangies sur trois colonnes. Marchaient-ils sur Minden avec toute leur armée pour nous y attendre, ou n'étaitce qu'un corps considérable pour nous occuper, tandis que leurs plus grandes forces se porteraient sur Wesel? Peut-être par leur projet voulaient-ils nous attirer sur le bas Wéser pour donner au prince Henri la facilité de passer cette rivière dans sa partie supérieure, nous séparer de la Hesse et s'emparer du corps sur la Lippe; ou bien le prince Ferdinand voulait-il ainsi, joint par le prince Henri, avoir des forces très supérieures aux nôtres, lors même que les troupes de la Hesse nous rejoindraient.

Dans ces circonstances, M. de Clermont n'avait pas un moment à perdre, soit pour longer la rive gauche de la Lippe, si les ennemis s'avançaient sur Wesel, soit pour les combattre, si le prince Ferdinand ne restait devant Minden qu'avec une partie de ses forces. Afin de se mettre également à portée de Minden et de la Lippe,

en voyant sa signature, s'écria : « C'est bien dommage que Brulart ait appris à écrire. » La garnison fut faite prisonnière, à l'exception d'un millier d'hommes qui, échauffés par les paroles d'un simple caporal , dont le vrai nom est resté ignoré, s'insurgèrent contre cette lâcheté de se rendre, firent une trouée à travers les lignes ennemies et finirent par rejoindre le comte de Clermont. (D. G.)

il se détermine à marcher le 7 à Alverdissen, le 8 à Lemgo; le 6, il porte 2 brigades d'infanterie, 2 régiments de cavalerie, 1 de dragons et quelques hussards, sous M. de Voyer, pour le devancer à Alverdissen, et va, le lendemain 7, à Lemgo. La troupe de Fischer (1), envoyée sur le haut Wéser pour éclairer cette partie , apprit, le 7, que les colonnes ennemies devant Minden n'avaient pas passé le Wéser, Alors le mouvement est changé en allongeant des divisions le long de cette rivière jusqu'au Vlotho et à Rehme, même jusqu'à Herford, où M. de Villemeur est envoyé avec 31 B. et 28 E. Par ce mouvement, on se tenait toujours prêt à marcher sur Minden, à portée de mettre à exécution la ferme résolution de combattre les ennemis sur le Wéser, à moins que la réunion du prince Henri avec le prince Ferdinand, ou la marche décidée et trop prompte des ennemis sur le bas Rhin, ne forçât à changer celte résolution.

M. de Villemeur étant assez en force à Herford pour n'y courir aucun risque, M. de Clermont se trouvait en mesure d'y rassembler toutes ses forces en trois jours, si l'ennemi se portait en entier à la gauche du Wéser. Le second point, dans la réalisation de ce plan, c'était de faciliter les subsistances, le manque de fourrages pouvant s'opposer aux mouvements devenus nécessaires.

Toujours au moment de marcher, et attendant que les ennemis déterminassent sa direction, M. de Clermont resta encore quelque temps au camp d'Hameln, oii il apprit le départ de M. de Saint-Germain d'Osnabruck, le 7, pour se replier sur Munster. Il ne fut pas plus satisfait du parti qu'il prenait, qu'il ne l'avait été de le voir abandonner Brème sans ordres et sans avoir défendu ce poste. Cependant la Hesse méritait toujours une attention particulière. Les nouvellesassuraientquelesPrussiens étaient déjàen force à Duderstadt et que leurs troupes légères se montraient à Gottingen. M. de Broglie reçoit l'ordre de replier ses troupes sur la Werra et la haute Fulda, de les rassembler sous Cassel, au nombre de 35 B. et 30 E., de faire avancer les Carabiniers à Warburg, de diriger sur Paderborn une partie de ses B, et de hâter l'évacuation, lorsque le moment en serait venu, en laissant à Cassel une garnison bien approvisionnée.

(1) M. de Broglie au comte de Clermont. Cassel, 9 mars. (D. G.. 3473. 70.)

Le 10, le prince Henri arrivait de sa personne à Gottingen, rejoignant la tête de ses troupes. Il n'y avait plus à douter que Minden ne fût exactement investi; malheureusement, les reconnaissances sur cette partie démontrèrent l'impossibilité de secourir cette place par les défilés et les montagnes qui nous en séparaient, et même par la plaine marécageuse entre les montagnes et Minden. Ces considérations déterminèrent à prendre position près de Paderborn, la droite appuyée à la Dimmel, la gauche à la haute Lippe, dans le seul but de prouver à la Hesse l'intention du roi de la soutenir le plus possible. Quoique celte [position ne fût pas sans inconvénient, elle facilitait les moyens de tenir Hameln, du moins pendant l'hiver, et d'entretenir la communication avec cette place, nécessaire pour sauver au moins une grande partie de l'artillerie. La résolution que prenait dans ce moment M. de Glermont se trouvait entièrement conforme aux vues du roi. Après l'abandon de Brème et du bas Wéser, on pensait à Versailles que cet événement indiquait le seul endroit à prendre, c'est-à-dire la gauche de la Lippe, la droite à Gassel, la gauche à Wesel, pourvu qu'il fût possible d'y faire subsister l'armée. Contenir la Hollande, conserver nos alliés, et pourvoir préalablement à la sûreté de l'armée, tels étaient les trois points qui réglaient la conduite de M. de Glermont.

C'est ce que le maréchal de Belle-Isle répétait dans sa lettre du 12, exprimant combien il désirait qu'il eût pris dès le commencement cette résolution, et dirigé dans cet esprit les mouvements de son armée si éparpillée, ce qui aurait évité de nouvelles contremarches dont le résultat était de ruiner les troupes, les équipages et l'artillerie.

Par une suite du principe adopté de conserver l'armée, le maréchal mandait de placer les troupes sur le haut et le bas Rhin, de manière qu'elles pussent, pendant deux ou trois mois, être tranquilles, en sûreté et en état d'agir offensivement au mois de juillet. Cependant il devenait nécessaire de tenir à la rive droite du haut Rhin un corps suffisant pour couvrir et rassurer une partie des princes de l'Empire, et à portée de donner les secours stipulés par notre traité avec la cour de Vienne. M. de Belle-Isle, insistant sur la nécessité de conserver Emden, envoie un courrier à M. le comte de Pizza, qui y commandait, pour lui demander

les étals de tout ce qui lui manquait pour la sûreté de la place, afin qu'on pût le lui faire passer sans délai, par suite de l'intention du roi de conserver cette place, malgré toutes les difficultés qu'on y rencontrerait. Mais la ville était en si mauvais état qu'il fallut l'évacuer le 13 mars. De plus, la marche du prince Henri sur le haut Wéser et la perle de Minden obligèrent M. de Clermontà marcher sur Paderborn. Enfin M. de Broglie avait reçu depuis quelques jours les ordres d'évacuer entièrement la Hesse et d'être, le 20, à portée de Paderborn, de replier sur Hanau la garnison de Marburg et de mander à M. de Lorges de se retirer de Hanau à Oppenheim, derrière le Rhin, lorsqu'il aurait reçu cette garnison. M. de Clerraont, le 18 à Steinheim, envoyait de nouvelles instructions à M. de Broglie afin de se diriger sur Soëst, laissant Paderborn à 5 ou 6 lieues à sa droite; il l'engage en même temps à replier la garnison de Ziegenhayn sur Hanau, mais il ajoute que M. de Lorges, n'ayant pas les ennemis sur lui, ne devait pas se presser d'évacuer cette dernière place.

Les troupes en Ost-Frise, aux ordres de M. de Pizza, sont aussi mises en marche; l'infanterie, composée de 4 B., devait arriver à Meppen le 26, et la cavalerie, au nombre de 13 E., les jours suivants. De Meppen, elles prirent la roule d'Emmerich, en passant par Bentheim, sans éprouver aucune inquiétude dans leur marche.

En arrivant à Paderborn, M. de Clermont reçoit un courrier du maréchal deBelle-Isle avec des dépêches datées du 15.

M. de Belle-Isle, persuadé que l'armée hanovrienne ne s'éloignerait pas beaucoup de la Westphalie et que le prince Henri n'était pas en état d'attaquer la partie du haut Rhin, insistait fortement pour placer au bas Rhin des troupes sur la Roer et la basse Lippe, afin d'assurer les ponts du Rhin et de faciliter la communication de Dusseldorf, Cologn e et Coblentz, et sur le haut Rhin des quartiers sur la Lahn, entre Giessen et Hanau, ou au moins à la gauche du Mayn, entre Hanau et le Rhin. l\ témoignait même à ce sujet la surprise de l'ordfe donné à M. de Lorges de repasser le Rhin à Oppenheim, ce qui découvrait entièrement nos principaux alliés et la gauche de l'armée de l'Empire, et contrariait ainsi l'engagement pris avec l'Impératrice de lui fournir un secours de 24 à 25,000 hommes, engagement renouvelé depuis peu et devenu encore plus indispensable depuis notre retraite.

C'est pendant son séjour à Paderborn que M. de Clermont apprit par M. de Roure la capitulation de Minden; la garnison s'était rendue prisonnière de guerre le 14. Le o mars, le prince Ferdinand investit Minden, la tranchée fut ouverte dans la nuit du 6 au 7; le 12, cinq batteries ouvraient le feu; le 13, on s'assemblait chez le gouverneur, qui déclarait la défense inutile, et, le coeur navré, la garnison se rendait, mais les bagages saufs ; les officiers, sur leur parole, pouvaient retourner en France. Les soldats s'indignèrent, la moitié de la garnison se promit de n'être ni complice ni victime de cette lâcheté. Un caporal de grenadiers de Lyonnais, s'appelant La Jeunesse de son nom de guerre, se fit leur général, sortit de la place, détruisit les postes qu'il rencontra et gagna la campagne; mais ils furent obligés bientôt, lui et ses compagnons, de se disperser pour vivre (1).

M. de Roure, aide de camp de M. de Morangies, ayant pendant sa marche traversé une partie de l'armée ennemie, avait pris connaissance de sa position et de ses mouvements jusqu'au 22. Toute cette armée s'était portée, la nuit du 19 au 20, sur Melle, dans le dessein de s'avancer sur Sassemberg pour couper à M.deVillemeur la communication de Rielfeld à Munster; elle avait marché le 20 et le 21, et devait être le 22 à Sassemberg, situé à dix lieues de Munster. Le prince héréditaire étant toujours préoccupé du siège de Wesel, l'armée marchait avec de gros calibres distribués aux différentes colonnes; plus de 2,000 paysans, envoyés en avant, ouvraient les marches.

M. de Clermont savait d'ailleurs qu'une tête des ennemis était, dès le 21 au soir, àGreven, et une autre à Telgte, Warendorf etRhéda. Jugeant leur dessein de nous prévenir à Hallern, il envoya sur-lechamp à M. de Nicolaï,à Munster, l'ordre de se replier sur Hallern, déjà défendu par 4 B. de milices, et à M. d'Armentières celui de s'y porter de sa personne pour y établir quelques pièces de canon.

(l) « L'action du caporal des grenadiers a fait un grand plaisir au roi, qui en a lu lui-même les détaits. 11 est factieux que ce soit un caporal qui donne ce bon exemple au grand nombre d'officiers. Cet homme méritera d'être officier et d'avoir quelques petites grâces, qui le feront vivre honnêtement. « (29 mars, Papiers Clermont, t. Il, n"^* 118.)

« La Jeunesse ne fut point retrouvé, par malheur; son corps gisait peut-être dans quelque fossé de la Westphalie. » (M. Camille Roussel.)

M. de Villeraeur se replia de "Wolbeck sur Lùnen, et M. de Yoyer, de Beckum et Ahlen, sur Hamm. M. de Muy, qui venait du haut Wéser, arriva à Erwitte le 24; M. de Broglie, le même jour, à Buren. Enfin le comte de Clermont, jugeant, dans ces circonstances, qu'il fallait le plus promptement possible mettre l'armée dans une position stable et à l'abri, se détermine à quitter Paderborn. Il se rend à Lippstadt le 23. Ses troupes suivirent la rive gauche de la Lippe. Le 23, eut lieu à Lippstadt la première entrevue du comte de Clermont avec M. de Mortaigne (1).

La cavalerie d'Ost-Frise, se pressant, arrivait à Bentheim le 22; l'infanterie, le 25. Ces troupes continuèrent leur marche sur Emmerich, oii elles passèrent le Rhin, le 29 et le 30, sur deux ponts volants.

M. (le Poyanne, qui depuis la Hesse faisait l'arrière-garde, quitta Soest le 24. L'ennemi y entra en même temps. Il y eut des combats très vifs entre lui et nos hussards. Sa marche se fit constamment devant l'avant-garde de troupes légères du prince de Holstein-Goltorp.

Pendant ce temps, M. du Châtelet (2), resté chargé des dernières évacuations de la Hesse depuis le départ de M. de Broglie, repliait successivement ses différents postes, et faisait passer les convois de Marburg à Hanau, où il arriva le 29, ne laissant rien en arrière. Aucun détachement ennemi ne parut dans cette partie, et M. de Lorges, qui avait déjà commencé l'évacuation de Hanau, conserva cette place et le Mayn, y fit revenir les effets et l'artillerie déjà embarqués, ce qui dissipa les alarmes des électeurs de Mayence et palatin sur l'abandon de leur pays. La totalité de l'armée conti-

(1) Mortani (comte de Mortaigne), fils d'un lieutenant général ayant servi dans les dernières guerres sous Louis XIV; major dans Royal-Allemand. 1741; brigadier en 1742; se distinguant par sa fermeté, sa probité, l'esprit de iè;ile et de discipline. Le prince lui fit bon accueil. « Tout ce que je vois me fait penser bien sur son compte ; il a celte activité et celte ressource dans l'esprit que j'aime. S'il continue, nous serons contents l'un de l'autre, et s'il s'attache à moi, je puis dire qu'il ne s'en trouvera pas mal. Vous savez que je suis ami sincère et chaud. » (De Clermont à M. de Belle-Isle, 24 mars.)

A beaucoup d'esprit, tcte très exaltée. Tous les moyens propres à son ambition. Il dirigea la malheureuse retraite de Hanovre. (D. G.). — Voirie deuxième volume, page 442, des Guerres sous Louis XV.

(2) Châtelet (marquis du), né à Namur le 7 avril 1695; aux mousquetaires en 1712; colonel de Hainaut en 1733; maréchal de camp en 1738; se distingue à l'armée auxiliaire de Bavière; lieutenant général le 2 mai 1744.

nuait sa retraite par divisions, comme auparavant. MM. de Muy et de Saint-Pern, avec 40 B. et 16 E., marchèrent le 26 à Hamm, le 27 à Lunen, le 28 à hauteur d'Haltern, le 29 à Dorslen, le 30 à Wesel. L'arrière-garde y arriva le 31 ; M. de Glermont précéda d'un jour ces troupes par la même route, et s'y rendit le 29.

MM. de Nicolaï (1), de Villemeur et de Voyer entrèrent, le 25, en dedans de la Lippe par Haltern, Lunen et Hamm, et continuèrent leur marche, le 27, par la rive gauche de cette rivière jusqu'à Wesel.

Lippstadt fut entièrement abandonné le 27. On y laissa des pièces de canon de 2 4, qu'un officier d'artillerie détruisit mal à propos la veille du jour où les troupes abandonnaient ce poste, et dans le moment où on lui conduisait des chevaux pour les emmener.

Enfin toutes les divisions de l'armée furent rassemblées au camp sous Wesel le 30 et le 31 mars.

M. de Broglie continuait sa marche depuis la Hesse sur deux colonnes; celle de la droite, passant par Warburg, Wunnenberg, etc., arriva à Buren le 24. Il se rendit le même jour de sa personne à Anrôchte, le 26 à Sôest, où il séjourna le 27; à Unna le 28, où il fut obligé de rester le 29, pour donner le temps à son artillerie d'aller passer la Ruhr près de Schwerte. La colonne de gauche suivit la route de Volkmarsen, Stadtberg, Brilon, Ruthen, Worbecke, Neheim et Iserlohn, où elle arriva le 27.

Gomme le pays à traverser pour se rendreàDusseldorf et Cologne, où elles devaient passer le Rhin, était fort difficile, M. de Broglie sépara en trois divisions les troupes de chaque colonne, afin qu'elles pussent marcher et vivre plus facilement. La colonne de droite, des environs d'Unna, fut dirigée sur Westhofen près Schwerte, où elle traversa la Ruhr, et de là sur Hagen, Schwelm, Mettmann et Dusseldorf, où elle passa le Rhin le 3 et le 4 avril. La colonne de la gauche, des environs d'Iserlohn, marcha partie à Altenau, partie à Rade, Leichlingen, et de là à Deutz près Cologne, où elle passa le Rhin le 3 avril.

En arrivant à Dusseldorf, M. de Broglie fut instruit de sa nou-

(1) Nicolaï (Antoine-Chrétien, chevalier de), né le 12 novembre 1712; mousquetaire en 1726; maréchal de camp le 2 mai 1744; lieutenant générai le 10 mai, 1748; maréchal de France le 24 mars 1775: décédé le 10 mars 1777.

velle destination. Il alla prendre, à la place de M. de Lorges, qui passait sur le bas Rhin, le commandement des troupes du haut Rhin. En même temps, M. de Glermont reçut l'ordre de porter sur le haut Rhin 25 B. et 12 E., destinés au corps de 24,000 hommes que le roi avait résolu d'envoyer en Bohême sous le prince de Soubise. Ce corps devait comprendre une partie des troupes arrivées avec M. de Broglie et les régiments allemands présents à l'armée. Ces troupes, ainsi que l'élat-major, le trésor, les guides, l'hôpital ambulant, tout le quartier général de M. de Soubise en Hesse, et l'artillerie de campagne qui y avait été attachée l'année précédente, se rendirent aussitôt dans les cantonnements à la rive droite de la Moselle, y attendant de nouveaux ordres.

M. de Broglie se rend, le 10, à Coblentz, attendant aussi les décisions de Versailles. Le reste de l'armée, qui, depuis le 31 mars, avait passé successivement le Rhin à Wesel, s'établit sur trois lignes, la droite à Cologne, la gauche à Clèves : la première ligne bordant le Rhin, la deuxième dans l'intérieur à portée de joindre, et la troisième sur la Moselle et la Roer. Cette position fut, à quelques changements près, celle du reste de l'hiver. On indiqua cinq points de rassemblement dans le cas où les circonstances l'exigeraient, c'est-à-dire les environs de Cologne, de Dusseldorf, Meurs, le pays à la hauteur de Wesel, et les environs de Clèves.

M. de Broglie, arrivé à Hanau le 19, organisa entre le Mayn et le Neckar les troupes destinées au corps de M. de Soubise. Celles qui se trouvaient encore sur le Mayn à son arrivée, et qui appartenaient à l'armée, cantonnèrent à la gauche du Rhin, entre la Nahe et Mayence, au nombre de 6 E., 1 régiment de hussards (Turpin), et Royal-Barrois, composé de 1 B.

Quant à l'armée ennemie, elle était rassemblée presque tout entière dans l'évêché de Munster, dans le pays entre la Lippe et la Ruhr; le prince Ferdinand organisait ses forces près du Rhin, depuis Deutz jusqu'à la Hollande. Sa première ligne s'étendait par Coesfeld, Dulmen, Dorsten, jusqu'au duché de Bergh, dans lequel le prince de Holstein levait des contributions.

A ce moment, on pensait à réunir promptement le corps de M. le prince de Soubise et à le porter bientôt au secours de l'Impératrice. En effet, les malheurs éprouvés par cette princesse à la fin de la campagne dernière, la perte de la bataille de Lissa, suivie de

celles de Bresiau, Schweidnitz et Liegnitz, rendaienl le roi de Prusse maître de toute la Silésie, de la Lusace et de la Saxe; une irruption en Moravie restait à craindre. L'armée des Autrichiens n'avait pu se rétablir pendant l'hiver des pertes de la campagne précédente; FImpératrice devait tout craindre de la supériorité du roi de Prusse. Vienne même ne lui paraissait pas à l'abri de ses entreprises; ce fut cette pensée qui l'engagea à retenir quelque temps auprès de cette capitale les 10,000 Saxons sortis de captivité, et restés en Hongrie depuis la capitulation de Pirna, qui devaient se rendre en Alsace au commencement de juin et servir à la solde du roi de France. Indépendamment de ce secours momentané, l'Impératrice insistait fortement auprès du roi pour que le corps du prince de Soubise se rendît sans retard à sa destination. Ces troupes n'avaient pas moins besoin de repos que celles de l'armée ; mais comme elles étaient presque toutes allemandes ou suisses, M. de Belle-Isle pensa que le meilleur moyen pour les reconstituer facilement serait de recruter dans l'Empire à l'instar des troupes autrichiennes. Après bien des difficultés, l'Empereur accepta cette proposition.

A l'égard des troupes françaises, il fallut les compléter, et, indépendamment des B. de mihce destinés à cette opération, on dirigea sur l'armée 50 compagnies d'hommes choisis dans la milice. Metz rassembla 6,000 hommes de recrues. M. de Belle-Isle rendà l'armée les cinq hommes montés de chaque compagnie de cavalerie restés dans les places des frontières pour exercer les hommes et ne pas exposer les chevaux à des fatigues inutiles. Il augmente les troupes légères et leur donne une organisation capable de bien servir dans un pays où cette espèce de troupes était absolument nécessaire contre des ennemis qui en avaient un grand nombre. La France prend à son service 6,000 hommes de Wurtemberg, qui devaient s'embarquer sur le Neckar et le Rhin et arriver à Andernach le 15 du mois de juin. Les 6,000 Palatins, ayant beaucoup souffert dans la dernière campagne, durent, par un engagement de l'électeur, être complétés à la même époque. Ces dispositions devaient remplir en partie les vides occasionnés par la séparation des troupes destinées à la Bohême et le départ de celles rentrant eu France , mais elles ne pouvaient procurer la supériorité infinie de nombre de celles de l'année précédente sur celles des ennemis. M. de Belle- Isle continua de s'occuper du bien-être des troupes, des règlements

du service, de la subordination et de la discipline, très sensiblement éprouvées pendant la campagne précédente (1).

Malgré toutes les mesures pour hâter la réorganisation de l'armée, le désarroi général résultant de la longue incertitude sur les quartiers d'hiver fut tel qu'au bout de six semaines de repos une grande partie de l'infanterie restait encore sans habits, sans tentes ; la cavalerie n'avait ni selles, ni bottes, ni tentes; les milices destinées à remplir les vides n'étaient pas encore toutes incorporées; celles qui étaient entrées dans les rangs manquaient d'équipements; les recrues et les remontes envoyées de France étaient encore en chemin. La plupart des régiments, principalement ceux dont les habillements avaient été perdus ou pris pendant leur retraite, ne recevaient point encore les étoffes envoyées du royaume pour les confections. C'est ce que prouve assez clairement une lettre de Wesel, du 1"' mai, du prince Louis de Bourbon à M. de Belle-Isle :

« Il serait bien essentiel de mettre le plus tôt possible les troupes légères en état; elles sont d'une nécessité indispensable, quand on sait les employer. Elles permettent avec de petits détachements de nous donner la position de l'ennemi. La plus grande partie est anéantie, et elles auront de la peine à servir au mois de juillet (2).»

Voici, d'ailleurs, l'état de nos forces sur le Rhin, à la fm du mois de mai : M. de Clermont, à la tête de ses 123 B. et 133 E. (3), comptait encore 1 E. de hussards (Turpin) et 1 B. dans le comté de Hanau, cantonnés entre Mayence et la Nahe, en attendant qu'ils descendissent au bas Rhin. La Gendarmerie était encore en France.

(t) Ces différentes considérations donnèrent lieu aux règlements et ordonnances suivants : 1° règlement sur l'ancienneté de service que doivent avoir les officiers proposés pour des régiments ; 2° lettre de M. le maréchal de Belle-Isle aux colonels d'infanterie sur les concordats et la vénalité des emplois; 3° ordonnance pour régler que les officiers d'infanterie seront armés de fusils au lieu d'esponlons ; 4° ordonnance pour défendre l'usage de la vaisselle d'argent dans les armées; 5" ordonnance sur les équipages et les tables ; 6" ordonnance pour l'augmentation de quatre onces par ration de pain pour les troupes; 7° règlement pour les uniformes et les marques dislinctives.

(3) Première ligne : 48 B , 37 E.; seconde ligne : 47 B.. 30 E.; bataillons détachés, 9 B.; artillerie, 4 B.; grenadiers, 12 B.; Carabiniers, 10 E.; hussards, 14 E.; dragons, 24 E.; dans le comté de Hanau : 3 B., 18 E. — Total : 123 B. et 133 E. (D. G., 3473, 8.)

LesiO,000 Saxons et6,000Wurlembergeois appelés à notre service ne devaient rejoindre qu'à la fin de juin etdans le courant de juillet. Enfin restaient 10 B. et 30 E., dont une partie au bas Rhin et sur le Mayn, qui allaient rentrer en France pour rejoindre le corps rassemblé à Dunkerque, sous M. de Maillebois (1), et destiné soit à défendre nos côtes menacées par les Anglais, soit à porter au besoin des secours sur le bas Rhin.

On ne compte pas ici les troupes passées dans le haut Rhin pour former le corps de 24,000 hommes destiné à marcher au secours de l'Impératrice. Ces troupes, placées sur le Mayn entre celte rivière, le Neckar et le Rhin, ne faisaient pas partie de l'armée, et M. de Glermont ne leur envoyait pas d'ordres, pensant que dans leur position elles ne devaient en recevoir que du roi ou de M. le prince de Soubise.

Les dispositions données par le comte de Glermont à son armée n'avaient rapport pour le moment qu'à une simple défensive. Mais l'intention de Versailles n'était pas de rester sur les bords du Rhin et de laisser les ennemis maîtres de la Westphalie. Depuis noire retraite derrière le Rhin, ils occupaient avec toutes leurs forces l'évêché de Munster, la Lippe, la Roer, le duché deBergh; quelques-unes de leurs troupes passaient en Hesse; leur droite touchait le territoire de la Hollande, la gauche s'étendait dans le duché de Bergh ; les postes avancés étaient à portée de la rive droite du Rhin dans toute l'étendue du front que nous occupions depuis Cologne jusqu'à Clèves. Le roi voulait qu'aussitôt son armée réorganisée, on reprit l'offensive, qu'on éloignât les ennemis du Rhin, qu'on cherchât à réparer les malheurs de l'hiver et à rétablir l'honneur de nos armes. C'est dans ce sens que fut formé le plan d'opérations pour l'ouverture de la campagne à la date du 31 mai.

(1) Au moment où M. de Maillebois venait d'êlre appelé au commandement des côtes de Flandre parut son mémoire contre le comte d'Estrées. Le maréchal de Belle-Isle, en examinant la correspondance de la campagne de 1757, trouva des lettres qui étaient la condamnation de l'ancien maréchal général des logis de l'armée de Hanovre. Le roi, sur la demamie du ministre, le déféra au conseil des maréchaux, le 19 mai 1758. Sur l'avis unanime du tribunal, signé par les maréchaux de Koailles, de Coigny, de Duras, de Belle-lsle, de Balincoui t, de Tonnerre, de Lautrec, de Biron, de Luxembourg, de Thomoud, de Conilans, le comte de Maillebois fut arrêté à Dunkerque le 23, et conduit au château de Doullens, puis transféré dans celui de Ham.

De son côté, l'ennemi, inactif en apparence depuis deux mois, travaillait à se refaire dans ses cantonnements sur l'Ems et dans la basse Wesphalie, avec son quartier général à Dulmen. Cependant, le 26 mai, toute l'armée du prince Ferdinand était en mouvement et, le 30, trois de ses colonnes se présentaient devant Emmerich, Wesel et Dusseldorf (1).

(1) C'est en mai 1758 que le génie fut séparé de l'artillerie et que les B. de ce dernier corps prirent le litre de brigades. Il était devenu urgent de pourvoir au désordre qui menaçait de ruiner les armes spéciales réunies et confondues. « Si ce mélange, disait M. de Belle-Isle, subsistait encore longtemps, le roi n'aurait bientôt plus d'ingénieurs, et notre artillerie, si distinguée dans les dernières guerres, s'affaiblirait aussi considérablement. » Cette ordonnance du 5 mai restituait à chacun des deux corps son indépendance. A ce sujet, le 3 juin suivant, le maréchal écrivait encore à Duverney :« Ce mélange monstrueux eût, s'il eût duré, anéanti les ingénieurs en France ; c'est ce qui fait que je n'ai pas perdu un moment à faire cesser ce mal. 11 y aura encore bien à faire pour mettre en règle le corps de l'artillerie, les bataillons, les écoles et nos manufactures. »

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