CAMPAGNE DE HESSE (ARMÉE DE M. DE SOUBISE
(juin à décembre 1758).
Juin. — Camps de manœuvre. — 8. Hanau occupé. Les troupes du prince de Wurtemberg destinées à l'armée du bas Uhin. — II. Le prince de Soubise à Hanau. État de ses troupes. — 12. Le général Driesen, de Bayreutb à Plane» le 16. — 16. Daun, de Gewitz, va camper, le 18, à Ewanowitz. Dohna, à l'approche des Russes, abandonne le blocus de Stralsimd et s'approche de Stctten. Le général de Bukow dans Olnuitz avec 12,000 hommes. — 19. M. de Soubise retardé dans sa marche, qui est remise au 28. Sur la demande de l'Impératrice, il se perle, le 29, à Donauworth. — 27. Daun à Klenovvilz, passe la Morawa le 30. Le comte de Hamilton occupe Greifswald et attaque le fort de Peenemunde*. — 30. M. de Fermor sur les frontières de Poméranie.
Juillet. 4. L'armée de Soubise divisée en 2 corps. — 8. S'avance sur Bulzbach; II, à Friedberg; 13, à Giessen. — 14. M. de Broglie détaciié. — 15. A Klein-Linnes. — 17. L'armée entre Giessen et Bulzbach. — 17. A Marburg. — 20. A Kirchayn. — 21. A Halsdorf. — 22. A Jessberg. — 23. Affaire de Sandershausen. Le prince de Soubise établit ses cantonnements dans les environs de Cassel.
— 26. Emplacements des troupes.
Août. — Cantonnements sur la Fulda, l'Edder et aux environs de Cassel. — 5 et 7. Formation de trois camps à Gottingen, Warburg etNiederzwehren. — 13. Détachements à Paderborn pour établir une conmiunication avec M. de Conlades. Correspondance sur la conservation ou l'abandon de Cassel. — 24. M. de Soubise se propose de marcher sur les débouchés des montagnes-, il reste dans sa position. — 28. AfTaire de Boke près Lippstadt.
Septembre. 5. M. de Soubise à Warburg. — 7. M. de Caslries entoure Gottingen.
— 8. Bataille de Witzenhausen. L'armée passe la Werra. — 9. A Dransfeld. M. de Castries à Kloster-Rode près Nortlieim, faisant l'avant-garde. — 10. L'armée passe la Heine, arrive à Gottingen. M. de Castries à Edesheim. — II. A
' La Peene forme avec le Las-Omer l'étang d'Aclitcrwasser et se jetlc dans la Baltique prés du village de Pocnonniiulo.
JN'orlheim. — 13. Fischer part pour Hanovre, M. de Clozen pourOsteroLle. — IG. Les dragons et volontaires de Nassau avec M. de Castries à Gottingen. — 19. L'armée marche sur Gottingen. — 25. A Munden et Witzenhausen. — 26. A Cassel, attaque de l'ennemi en y arrivant.
Octobre. 2. M. de Ciievert détaché de l'armée de Contades à celle de Soubise. — 3. L'ennemi se replie sur Hohenkirchen. — 4. M. de Grillon marche par la rive gauche de la Fulda. — 6. M. de Chevert de Volmarsen à Wolfhagen. — 9. L'armée passe la Fulda. Sa position. — 10. Bataille de Lutternberge. — 13. MM. de Chevert et Filz-James rejoignent l'armée de Contades. — 16. Mouvement sur Cassel. — 20. M. Dumesnil entre Warburg et Paderborn. — 22. M. de Groglie à Wolfhagen. — M. de Soubise dans la même position autour de Cassel. — 2S. M. de Broglie marche à Volkmarsen.
Novembre, l*^''. L'armée entre dans des cantonnements, quartier général à Westufl'eln. — 7. Giessen capitule. — 9. M. de Soubise songe à se retirer sur Hanau. — 14. Wilzenhausen attaqué. — 22. Mouvement définitif de retraite. — 23. M. de Soubise jusqu'au départ des dernières troupes; il couche à Fritzlar. — 24. A Jessberg. — 25. A Marburg, avec son quartier général.
Décembre. V. M. de Soubise à Giessen. M. de Castries s'empare de Rhinfels et d'Ehrenbreitstein. — 4. A Weilburg. — 5. A Limburg. — 6. A Rlùnfels. Positions des armées dans leurs quartiers d'hiver. — il. A Hanau. Prise de possession de Francfort, où M. de Soubise établit son quartier général le 1'^'' janvier 1759. Considérations sur la campagne.
A la suite de la bataille de Kossbach (o novembre 1757), M. de Soubise, forcé à la retraite et n'ayant pu combiner aucun mouvement avec M. de Richelieu, s'était empressé d'installer ses troupes dans des quartiers d'hiver et occupait la Hesse et les régions environnantes depuis Hanau jusqu'à Eisenach, et depuis Fulda jusqu'à Warburg. L'attention de Frédéric se portant d'un tout autre côté, il ne se passa rien d'intéressant depuis l'établissement de l'armée dans ses quartiers jusqu'à la fin du mois d'avril. Les quelques Hessois en garnison dans les différentes villes du pays, Cassel, Ziégenhain, Marburg, et dont les troupes légères se montraient quelquefois dans les environs de Giessen, n'étaient pas capables de nous inquiéter. Toutes les forces des alliés restaient en Westphalie, en face de l'armée du bas Rhin, dont les quartiers avaient leur droite à la Moselle, leur gauche au territoire de Hollande au-dessus de Clèves. Comme l'armée prussienne aux ordres du prince Henri s'étendait jusque sur la haute Saala, on craignit qu'elle ne fît sa jonction avec les troupes dans la Hesse pour nous attaquer dans le comté de Hanau et sur le Mayn; mais le
roi de Prusse avait d'autres projets. Pendant qu'il marchait en personne avec ses principales forces en Moravie, le prince Henri, dès les premiers jours de mai, rassemblait dans le Woigtland, entre Chemnitz et Freyberg, les 30,000 hommes de son armée. Celle de l'Empire, aux ordres du prince Frédéric de Deux-Ponts, après avoir hiverné en Franconie, s'assemblait en même temps, le 13, sous Bayreuth, laissant derrière elle Gulmbach pour mettre l'Empire et sa frontière à l'abri des courses des Prussiens; elle arrive à Égra le 19, et en part le 2i2 mai.
Il n'était plus question, comme l'année précédente, de combinaison avec les troupes françaises. Cette armée était destinée à agir par les ordres de la cour de Vienne et de concert avec Daun, com-mandant des armées de l'Impératrice-reine; en quittant la Franconie pour aller à Égra, elle devait laisser à Culmbach un corps de 6,000 hommes pour mettre l'Empire à couvert. Les Prussiens n'en exécutèrent pas moins le projet du prince Henri, d'une diversion dans l'Empire, pour relarder la marche de l'armée qui se portait sur Égra et y lever des contributions. Le partisan Meyer et le corps du général Driesen pénètrent par HofF et les montagnes de la Thuringe, s'avancent d'un côté jusqu'à Bayreuth etaux portes de Nuremberg, et de l'autre jusqu'à Schweinfurt sur le Mayn. Après avoir exigé de fortes sommes des évêchés de Bamberg et de Wurtzburg, ils se retirent sur Zwickau dans les premiers jours du mois dejuin. De notre côté, les instructions ministérielles (1) portaient que Hanau devait être occupé immédiatement. Le prince de Soubise, déjà inquiété par le prince Ferdinand, qui dans les derniers jours du mois de mai commençait ses mouvements de concentration, réclamait la présence de toutes les troupes. Mais^ d'autre part, nos côtes étaient menacées ; en outre, dans quelques provinces de l'intérieur, les religionnaires, plus que jamais excités parles émissaires de l'Angleterre, s'agitaient (2). Le roi apprenait dans ce moment
(1) 8 juin. (D. G., 3476, 113.)
(2) Des camps sont formés à Honlleuret Valogne, sous M. le comle de Raymond, maréchal de camp; à Ifs près de Caen et à Banville, sous M. de Beaujeu; à Dunkerque, sous M. le comte de Gravilie, lieutenant général. Ils étaient formés des gijrdes françaises, 4; gardes suisses, 2; Bourbonnais, 4; Roth, 1; Ogilwy, 1; Royal- Écossais, 1 (13 B.). Le but était d'avoir ainsi constamment sous la main des troupes prêtes à entrer en campagne et dont on pût se servir à un moment donné.
que les Hessois marchaient sur ^larburg et que le prince de Holsfein- Gottorp devait les joindre avec de la cavalerie et des hussards prussiens. Les 3 B. et les 2 E. destinés à occuper Hanau après le départ de M. de Soubise ne devant plus être suffisants, nonseulementpour la défense du pays, mais aussi pour empêcher les dernières troupes de M. de Soubise d'être inquiétées dans leur marche, on y suppléa en détachant dans les environs de Hanau les 6,000 Wurtembergeois pris à notre solde. lis devaient séjourner entre Hanau et Mayence, jusqu'au moment où ils seraient remplacés par les 10,000 Saxons, venant de Hongrie, que la France prenait à son service. Selon les derniers arrangements, ces troupes arriveraient sur le Rhin dans les premiers jours de juin. Retenues à Vienne lorsque Frédéric H entrait enMoravie, elles ne devaient plus arriver auFort-Louis que dans les premiers jours de juillet. Celles de Wurtemberg se rendraient ensuite à l'armée du bas Rhin. Le duc marchait à leur tête, mais seulement pour les commander (sans aucun grade militaire dans notre armée); leur marche vers le bas Mayn fut retardée pendant quelque temps. Le prince, pour s'opposer aux progrès qu'il craignait de la part des Prussiens dans le cercle de Franconie, venait de les porter sur Gemiinden et Schorndorf , frontières de ses États et de la Franconie. Elles ne se remirent en marche pour leur destination qu'après la retraite des Prussiens, et, comme les routes du Bergstrass devaient être occupées par les troupes de M. de Soubise pour se rendre en Bavière, elles furent dirigées par rOsterwald sur Aschaffenburg.
M. de Soubise arrive à Hanau le 1 1 ; il y reçoit une instruction sur sa mission, avec l'état des troupes et des officiers généraux appelés au corps auxiliaire destiné à passer sous ses ordres en Bohême. Ce corps (1) comprenait 33 B. et 22 E.
C'était l'époque où l'armée de Hanovre, alors sous les ordres de
(I) MM.de Vault, maréchal général des logis de l'armée; deLugeac, major général de l'infanterie, et de Caulaincourt. de la cavalerie. Sous leurs ordres : Infanterie. Français : Piémont, 4. Rohan, 2. Beauvoisis, 2. Allemands : Alsace, 3. Bentheim, 2. Royal-Suédois^ 2. Royal-Bavière, 2. Lowendal, 2. Berg, 1. Prince-Louisdt;->'assau, 1. N'assau-Ussingen, 1. La Dauphine, 1. Saint-Germain, 1. Royal-Poloi;ne, 1. Royal-Deux-Ponls, 3. Suisses: Castellas, 2. Diesbach, 2. B. d'Aumale, 1. Mineurs deBoignoul et ouvriers de Dugué, plus les 3 B. de milices Boriot, Bagneux (l de Groux (33 B.j. Cavalerie. Français: Commissaire-général, 2. Poly, 2. Des-
M. de Clermont, avait dû battre en retraite jusqu'au Rhin, l'avait traversé sans avoir pu arrêter un seul instant le prince Ferdinand, qui, après avoir lui-même passé le Rhin à Emmerich dans les premiers jours de juin, forçait M. de Clermont de se retirer à Neuss, derrière l'Erft (1). Louis XV, inquiet avec raison de ces événements, engage, le 16, M. de Soubise à suspendre jusqu'au 25 le départ de ses premières divisions; il désirait les voir conduire sur Dusseldorf par la droite du Rhin et faire ainsi une diversion favorable à M. de Clermont. Ces ordres parvinrent à M. de Soubise le 19, veille du jour où ses premières divisions devaient se mettre en marche; mais ce projet fut renversé, le 22, par une lettre de M. de Belle-Isle, du 19 : M. de Clermont laissant espérer qu'il forcerait le prince Ferdinand à repasser le Rhin, le roi s'était décidé à laisser suivre aux troupes leur première destination. Bientôt il fallut encore changer de projet; M. de Soubise recevait, le 27, un courrier de M. de Stainville, lui annonçant que l'Impératrice consentirait à un retard dans le départ des 30,000 hommes. La cour de Vienne jugeait que leur marche sur le Danube rendrait ce secours inutile pendant deux mois; elle désirait une diversion, et que de préférence elle fût surlaHesse. On avait la même pensée à Versailles et à l'armée. M, de Belle-Isle, par prévoyance, avait fait reconnaître les marches vers laHesse; et, comme M. de Clermont venait d'abandonner Neuss et s'était retiré à Worringen près de Cologne, M. de Soubise projetait d'avoir à Hôchst, sur le Mayn, un corps de 21 B. et de 6 E, avec de l'artillerie, et un à Hanau de 19 B. et de 12 E,, pour les réunir sur Friedberg, à égale distance du Rhin ou de la Hesse. L'incertitude ne fut pas longue à ce sujet. Les lettres de M. de Belle-Isle à M. de Soubise, du 29 juin, annonçaient les malheurs de la journée du 23, l'armée du bas Rhin battue près de Crefeld. La diversion sur la Hesse devenait le seul moyen décisif d'cbîiger le prince Ferdinand à repasser le Rhin. Il fallut sans aucun délai se mettre en marche pour Marburg le 10 juillet, et le
salles, 2. Bezons, 2. Allemands : Royal-Allemand, 2. Wurtemberg, 2. Nassau, 2. Raugrave, 2. Volontaires de Nassau, 2. Dragons d'Apschon, 4 (22 E.).
(1) Erft, affluent delà gauche du Rhin. A sa source au N. du massif de l'Eifel, finit au S. de Dusseldorf. — Eifel, plateau montueux, prolongation des Ardenncs cl du Hartz, connu des Romains sous le nom de forêt Hercynienne.
prince de Soubise, qui en sentait la nécessité, écrivait de Hanau, le 6 juillet, au ministre (1) :
«Je ne perds pas un moment pour presser la marche sur Ma rburg; après-demain 8, seront à Friedherg-iB. et les dragons Fischer, et je prendrai le pain le 8, pour quatre jours, et le iO, pour trois jours, afin d'être fourni jusqu'au 15. »
Le 8 juillet, 4 B. sont envoyés à Friedberg et les troupes légères àBulzbach. Giessen reçut les approvisionnements de l'armée. Nos troupes, qui, par suite du mauvais temps, étaient en cantonnements près de Hochst et de Hanau, arrivèrent, le H, à Friedberg avec M. de Soubise, qui campe^ la droite au village deRodheim, la gauche à Friedberg, les troupes légères à Butzbach, Munzenberg, Lich, Laubach. L'artillerie, à cause des pluies, eut beaucoup de peine à prendre position. Le 14- juillet, M. de Broglie (2) s'avance à Butzbach, et de là à hauteur de Giessen, pour pousser les Hessois qui occupaient Marburg. C'est à Friedberg que M. de Soubise apprit, par des lettres du bas Rhin, l'événement malheureux de la perte de Dusseldorf; il devenait donc dangereux de trop s'avancer dans la Hesse. En effet, la possession de Dusseldorf donnait à l'ennemi de grands moyens pour profiter de la nature du pays, extrêmement difficile par lui-même, et s'opposer avec succès à nos opérations. Ces considérations n'arrêtèrent pas M. de Soubise dans la diversion désirée sur la Hesse. Néanmoins, il se détermine à faire avancer ses troupes entre Friedberg et Butzbach, et les y cantonne.
M. de Broglie avait campé, le 15, à Rlein-Linnes près Giessen, portant ses grenadiers, ses volontaires et ses dragons à Lollar, abandonné dans la nuit par les chasseurs ennemis. Le 16 juillet, l'ar-
(2) Troupes de MM. le duc de Broglie, de Puysegur et Waldner.
Infanterie: Waldner, 2. Diesbach, 2. Royal-Bavière, 2. Royal-Deux-Ponts, 4.
Cavalerie : Royal-Allemand, 2. Nassau, 2. DApschon-dragons, 4. Fischer et v lontaires de Nassau, 2 (lOB.ct 10 E.). Plus 2 brigades d'artillerie. (D. G., 3479, 169.)
Première ligne. Dumenil : Piémont, 4. Castellas, 2. D'Orlick : Courten, 2. Planta, 2. Dessalles: Beauvoisis, 2. Rohan, 2 04 B.). Prince Camille : Commissairegénéral, 2. Dessalles, 2. Raugrave, 2. Wurtemberg, 2 (8 E.).
Deuxième ligne. Lannion : Alsace, 3. Lovvendal, 2. Saint-Germain, 1. Grillon : Royal-Suédois, 2. Royal-Pologne, 1. Dauphine, 1. Bentlieim, 2. Berg, i;. 13 B.). Bezons : Poly, 2. Erissy, 2 (4 E.). Plus rartilloiio, sans coinplor l'avanl -garde de M. de Broglie. (D. G., 3479, 17.)
mée cantonne entre Giessen et Butzbach, le quartier général à Gross-Linden, où séjourna M. de Broglie. La troupe de Fischer s'était avancée par sa droite sur Allendorf, et vers la rivière d'Ohm sur Rirchhayn et Homberg. Les volontaires de Nassau gagnèrent Marburg par la chaussée de Giessen; ils trouvèrent la ville et le château évacués, les Hessois étant partis le matin. De Wieseck près Giessen, le 17 juillet, M. de Soubise écrivait au ministre de la guerre : « La disposition de nos troupes par échelons, dans la direction de la Lahn à la rivière de Ohm, entre Giessen et Homberg, détermine l'ennemi à abandonner Marburg. Il est fâcheux que M. Wurmser (I) (volontaires de Nassau) n'ait pas arrêté leur retraite sur Cassel, nous en aurions tiré pied ou aile (2). »
Le 17, l'armée est entre Marburg et Giessen, avec son quartier général à Wieseck; M. de Broglie occupe la rive gauche de la Lahn, la droite aux bois de Brauerbach.
L'armée s'apprêtait à cantonner, le 18, sur la rivière d'Ohm et dans les villages à sa rive gauche, et à occuper Kirchhayn et Homberg; mais M. de Soubise, instruit que le corps hessois en quittant Marburg se repliait seulement à une lieue et demie de la ville, et qu'il occupait encore, le 17 au soir, le village de Burgel, fermé de murailles et situé sur la rive droite de l'Ohm, campa près de Homberg, aux ordres de M. du Mesnil, toutes les troupes de notre colonne de droite destinées à cette partie (10 B. et4E.); celles de la colonne du centre, devant se rendre à Rirchhayn, campèrent à Ebsdorf (4. B. et 4 E.). La deuxième ligne occupa des cantonnements entre la rivière d'Ohm et le ruisseau de Buseck. Le 18, le prince de Soubise se rend à Marburg, oh se trouvait le corps des Hessois, commandé par le prince d'Isenburg. Les troupes étaient fatiguées ; l'armée avait marché quatre jours de suite, et le corps de M. de Broglie cinq jours, par de très mauvais chemins et des pluies continuelles. D'ailleurs, M. de Soubise pensait qu'il n'atteindrait pas les Hessois, trop bien avertis pour se compromettre. Ils partirent effectivement de Burgel le 18 au matin.
(1) Wurmser (baron de), d'origine allemande, colonel d'Alsace, 1748; brigadier, 10 février 1759; maréchal de camp, 25 juillet 1762; lieutenant général; mort en 1764. (D. G.)
La veille, une escarmouche assez vive s'était engagée avec leurs troupes légères entre Marburg et Burgel. On séjourna donc à Marburg le 19; les hauteurs de Rolbe furent occupées, à une lieue au delà de Marburg, par les 4 B. et les 4 E. campés à Ebsdorf. On destina les régiments de Rohan, Beauvoisis, Wurtemberg et Raugrave à augmenter l'avant-garde.
Le 20, M. de Broglie part des environs de Marburg pour Halsdorf sur la Whore, avec ordre d'être le 21 à Jessberg, et le 22 dans les environs de Fritzlar. M. de Soubise comptait arriver le 23 à Gassel, par suite de l'avis que les Hessois s'y retiraient après avoir été le 20 au soir à Lutternberge.
L'armée fit aussi un mouvement le 20; assemblée près de Kirchhayn au nombre de 24 B. et 8 E., elle y campa à la rive droite de l'Ohm, parallèlement à cette rivière, avec Kirchhayn pour quartier général derrière le camp. La troupe de Fischer, toujours attachée à l'armée, se porta le même jour à Treyssa et Ziegenhayn, en laissant le régiment de Gourten à Marburg, aux ordres de M. Dessalles qui y commandait. Celte ville devenait un lieu de repos général; c'était, d'ailleurs, la clef du pays et le point qui assurait notre retraite, dans le cas oii les événements nous appelleraient d'un autre côté. Les troupes de Wurtemberg s'étaient mises en marche le 9, et devaient arriver à Aschaffenburg le 21, avec ordre de rejoindre l'armée sans s'y arrêter.
Le 21, l'armée marcha sur deux colonnes de Kirchhayn à Halsdorf, oîi elle campa en plusieurs lignes sur les hauteurs à la droite de la Wohre et à la gauche du chemin de Gassel. M. de Broglie en était parti le matin pour Jessberg. La veille, ses troupes légères avaient poussé celles des ennemis jusque surl'Edder. Le corps du prince d'Isenburg s'était retiré, le 20, de Giesa et Zimmersrode, derrière cette rivière, dans les environs de Fritzlar. Fischer, entré à Ziegenhayn, avait fait prisonnières des milices formant la garnison de cette place. On y trouva de gros canons, des mortiers et beaucoup d'armes. L'intention du roi était de transporter à Hanau toute l'artillerie de la Hesse ; mais, comme les Wurtembergeois n'avaient pas d'artillerie, celles des petites pièces qui à Marburg et à Ziegenhayn se trouvèrent le plus en état de servir leur furent données.
Le 22, l'armée part sur trois colonnes de Halsdorf, et campe à
Jessberg, la droite à ce village avec le quartier général, la gauche au bois et à la montagne. Elle séjourna le 23. Les députés de Gassel y arrivèrent. M. de Soubise se proposait de se mettre en route le lendemain 24, de cantonner l'armée sur l'Edder, etde la porter, le 25, entre Frilzlar et Gassel. M. de Broglie devait, le 2i, être dans les environs de cette dernière ville; mais, instruit de la position des ennemis derrière l'Edder, il était parti de Jessberg le 22, à 1 heure du matin, pour les attaquer. Les ayant trouvés décampés, il s'arrêta à Werckel, à une lieue au delà de Frilzlar. Le 23 au matin, sachant le prince d'Isenburg encore derrière le village de Sandershausen, à une lieue au delà de Gassel, il se mit en marche dans l'intention de tomber sur son arrière-garde. Arrivé à Gassel, il aperçut son camp sur les hauteurs de Sandershausen. Persuadé qu'il ne tarderait pas h s'éloigner, il passe la Fulda sur deux colonnes, l'une par le gué du moulin audessus de la ville, l'autre par la ville même. Les ennemis, prévenus de notre marche, s'étaient mis en mouvement par leur droite pour se porter sur le grand chemin de Munden, par oîi ils devaient se retirer. M. de Broglie, s'avançant pour reconnaître leurs mouvement, les aperçoit en bataille à peu de distance dans une position très avantageuse, sur la crête du pays qui sépare le Hanovre de la Hesse, la droite à un grand escarpement de la Fulda, la gauche à des bois. Il y avait déjà longtemps que les hussards escarmouchaient avec les chasseurs, mais la bataille ne commença qu'à 3 heures. L'artillerie débuta par un feu violent sur la cavalerie ennemie, ce qui occasionna un mouvement par sa droite pour charger notre infanterie; dans ce moment même, M. de Broglie doubla le régiment de Diesbach par celui de Waldner, Royal- Bavière par Royal-Deux-Ponts, et dans cet intervalle notre cavalerie charge avec vigueur; mais, obligée de céder au feu de l'infanterie, elle se rallie derrière la nôtre. G'est alors que M. de Broglie court au régiment de Raugrave, le dirige par l'intervalle des brigades et met d'Apschon à la gauche. Les ennemis, incertains, ne savent plus quel parti prendre, lorsque Royal-Bavière distribue un feu si à propos qu'ils plient. Le combat s'échauffe à nos deux ailes ; l'ennemi est embusqué à droite dans les bois et à gauche derrière des retranchements. Entin, après plusieurs mouvements de retraite pour mieux revenir à la charge, notre infanterie, rassurée
et soutenue parla cavalerie, marche à l'escarpement, la baïonnette au bout du fusil, et repousse l'ennemi de tous côtés. Nous prîmes 7 canons sur le champ de bataille, plus 3 jetés par les fuyards dans la Fulda. Les hussards de Nassau, lancés à la poursuite, entrent dans Munden et s'emparent de 7 à 800 prisonniers (1). L'ennemi, se retirant dans une grande confusion sur Munden, y passe laWerra. Le prince d'Isenburg (2), ayant abandonné Munden le 24, s'était replié sur Eimbeck, continuant sa retraite vers Rhintelen. La plupart des miliciens hessois jetèrent leurs armes et leurs habits pour retourner dans leurs villages, sans compter un grand nombre qui se rendirent prisonniers à Casse!. M. de Soubise, resté à Jessberg, ignorant le parti pris d'attaquer le prince d'Isenburg et le succès du combat, n'en eut connaissance que le 24 au matin. M. d'Autichamp fut chargé d'en porter la nouvelle à Versailles. L'armée se forma aussitôt en cantonnements dans les environs de Cassel etFriztlar; les volontaires de Nassau restèrent seuls chargés d'éclairer la partie de Gollingen, et Fischer, avec sa troupe, fut destiné à une pointe dans le pays de Hanovre et le comté d'Hohenstein. Le prince de Soubise avait donc rempli l'objet principal de la diversion dont il était chargé : il était maître de toute la Hesse et bientôt à même de mettre à contribution le pays de Hanovre. En attendant de nouveaux ordres, il s'occupe des moyens de marcher soit vers le pays de Hanovre, soit vers la Saxe, soit vers la Lippe ou le bas Rhin, et surtout d'approvisionner Cassel pour fournir a la subsistance journalière de l'armée et à celle que nécessiteraient ses mouvements.
Le conseil du roi, dans ses précédentes lettres, n'avait donné à M. de Soubise aucune direction positive pour ses opérations après la conquête de la Hesse : elles devaient dépendre des événements du bas Rhin. On fondait de grandes espérances sur l'arrivée du prince de Soubise à Cassel, et tout faisait espérer qu'elle pourrait déterminer le prince Ferdinand à la retraite, ou du moins à envoyer en Hesse un détachement considérable de son armée.
(2) Une partie de la principauté d'Isenburg, située dans le grand-duché de Hesse- Darmstadt, est comprise dans les provinces de la Hesse supérieure et de Starkemburg; l'autre est dans la Hesse électorale et dépend de Hanau.
Dans le cas où il s'obstinerait à rester sur la rive gauche du Rhin, le maréchal de Belle-Isle recommandait à M. de Soubise de choisir dans ses troupes ce qui serait en meilleur état pour enlever des otages, mettre à contribution le pays de Hanovre, de Luneburg, de Brunswick et d'Halberstadt, en se portant d'abord sur le bas Wéser, où les ennemis formaient de grands magasins à Nienburg, Minden et Hameln. Tout en ne craignant rien des Prussiens, occupés en Saxe et dans le Voiglland par l'armée de l'Empire et par le corps de troupes impériales aux ordres de Serbelloni, le maréchal de Belle-Isle recommandait néanmoins à M. de Soubise de se tenir dans une relation constante avec M. de Conlades, d'établir une communication avec lui, et à cet effet de réparer et d'ouvrir le chemin qui mène de Cassel à Cologne par le duché de Westphalie et le pays de Berg. Il le pressait aussi dans toutes ses lettres, dès son arrivée en Hesse, de traiter le pays avec toute la rigueur possible, c'est-à-dire de faire fournir tout ce qui pourrait contribuer au bien-être de l'armée, de demander des recrues, de transporter sur le Mayn tout le fourrage et toutes les avoines qu'on ne pourrait pas consommer dans la Hesse, de faire un désert de ce pays, qu'on avait le projet d'abandonner pendant l'hiver, pour prendre des quartiers tranquilles sur le Rhin et le Mayn et ne pas s'exposer, en hivernant sur la Werra et le Wéser, aux malheurs éprouvés pendant l'année précédente; enfin de se faire livrer Rheinfels, afin de ne pas laisser d'ennemis derrière nous et de pouvoir communiquer plus sûrement avec le bas Rhin, et, dans le cas de refus, de s'en rendre maître par la force.
Jusqu'alors l'entrée de M. de Soubise en Hesse n'avait eu aucun effet sur le prince Ferdinand, encore le 20 dans son camp près de Neuss et maître de Dusseldorf avec un pont ; mais l'armée du bas Rhin reprenait un air d'audace qu'elle n'avait point connu depuis le commencement de la campagne. M. de Gontades, ayant marché, les 13 et 14, pour combattre le prince Ferdinand, l'avait obligé par ses bonnes dispositions et sa contenance audacieuse de repasser la rivière d'Erft. Tout annonçait une retraite prochaine de la part de ce prince, et tout devait le faire supposer bientôt à la droite du Rhin.
Ces commencements de succès, ceux obtenus en Hesse, le renfort des Saxons, qui, au lieu de venir à l'armée de Soubise, al-
laient vers M. de Contades d'Alsace au bas Rhin , l'arrivée des Wurtembergeois à l'armée de Soubise, firent penser que les renforts anglais annoncés prochainement à l'armée des alliés ne mettraient le prince Ferdinand en état ni de s'affaiblir devant M. de Contades en formant un détachement vers la Hesse, ni de le composer assez fort pour se présenter devant M. de Soubise. D'ailleurs, M. de Contades assurait que, dans le cas oii le prince Ferdinand se déterminerait à passer le Rhin à Dasseldorf, pour se porter sur M. de Soubise, soit en remontant la Roer, soit en se portant sur la Lippe, il ordonnait aux munitionnaires les dispositions nécessaires pour le suivre. En somme, le cabinet de Versailles exprimait l'avis qu'il fallait profiter de l'effet du combat de Sandershausen pour s'établir en Hesse, approvisionner Cassel, et s'emparer de Lippstadt avant l'arrivée du prince Ferdinand. M. de Soubise restait préoccupé de ces idées et des moyens de les exécuter.
« En réponse aux plans de Versailles, disait-il (1), je vais porter une partie de l'armée à Gôttingen; si le prince d'Isemburg reste à Eimbeck, je marcherai sur lui. Je doute qu'il ose s'exposer une seconde fois. Je crois qu'il se retirera sous Hameln et que par conséquent il découvrira Hanovre, Brunswick et tous les pays ennemis, où sans perdre de temps j'enverrai de gros détachements précédés par Fischer, qui connaît déjà le pays et qui sera chargé de retirer les contributions. Pendant cette expédition, je verrai s'il est possible de tenter le siège d'Hameln. J'ai de la peine à me persuader que M. d'Isenburg y enferme des troupes. Je crains bien davantage qu'il n'ait le temps d'en faire sortir toute l'artillerie^qui s'y trouve et dont une grande partie nous appartient. Je conserverai ici quelques pièces de gros canon qu'il me sera facile de faire descendre par le Wéser, si je trouvais de la résistance et que les circonstances me permissent de faire le siège d'Hameln ou de Rinteln. En même temps, et même quelques jours plus tôt, M. Dumesnil s'avancera à Warburg. Il fera rétablir les fours de Paderborn, s'informera exactement de tout ce qui se trouve dans Lippstadt, et donnera au moins beaucoup d'inquiétude, s'il ne peut faire une entreprise réelle. Le gros de l'armée se tiendra ici pour être à portée de donner des secours des deux côtés. Les troupes du duc de Wur-
temberg arriveront le 8. Si l'on peut compter sur leur bonne volonté, ce sera un renfort considérable. Le duc demande avec instance qu'elles soient employées. De préférence à tous ces objets, je chercherai à concourir aux opérations de l'armée du bas Rhin, à moins que le prince Ferdinand ne passe la Meuse, ce qui me paraît bien difficile à croire... »
Par suite des dispositions adoptées et indiquées dans celte lettre, du 5 au 7, toute l'armée, restée dans des cantonnements depuis le combat de Sandershausen, fut réunie en trois camps : le 1®' à Warburg, le 2^ à Niederzwehren, le 3° près de Cassel (1).
L'objet du camp de Gôttingen consistait à marcher sur Eimbeck, oii le prince d'Isenburg tenait ses troupes rassemblées; il devait aussi favoriser les courses des troupes légères dans la direction de Hanovre et dans celle de Brunswick et d'Halberstadt. Celui de Warburg pouvait permettre de s'approcher de Paderborn et pousser un détachement sur Lippstadt, dont il serait peut-être facile de se rendre maître. Le corps près de Cassel se trouvait à portée de marcher à droite ou à gauche, suivant les circonstances, et d'envoyer des renforts dans la partie oii l'on pourrait en avoir besoin.
Pendant qu'on se disposait à ce projet, M. de Soubise reçut de M. de Belle-Isle des lettres si pressantes sur le désir du roi de le voir s'avancer non seulement sur Lippstadt. mais aussi sur les magasins ennemis à Munster, Osnabruck, etc., qu'il ne jugea pas devoir envoyer à Gôttingen le corps destiné à préparer une diversion dans cette partie. On fit, au contraire, marcher ces troupes entre la
(1) Camp de Warburg. —MM. Dumesnil et Waldner. Infanterie : Bentheim, 2; Nassau, 2; Bergh, l; Castellas, 2; Planta, 2 (9 B.). Cavalerie : Royal-Allemand, 2; Nassau, 2; d'Apschon-dragons, 4 (8 E.).
Camp de Niederzwehren. — MM. de Broglie, de Grillon, de Montbarrey, Prince Camille et Puysegur. Infanterie : Waldner, 2; Diesbach, 2; Royal-Suédois, 2 ; Royal-Pologne, 1; Saint-Germain, 1; troupes de Wurtemberg, 13 (21 B.}. MM.de Rœderer et Truchsen. Cavalerie : Gendarmerie, 8; Wurtemberg, 2 ; Raugrave, 2 (12 E.).
Camp près de Cassel. — MM. Pelletier, Lannion, Bezons, d'Orlitk et Dessalles. Infanterie : Rohan, 2; Beauvoisis, 2; Loyauté, 1; la Daupiiine, 1; Alsace, 3; Lowendal, 2; Piémont, i; Royal-Bavière, 2; Royal-Deux-Ponts, 4; Courten, 2 (23 B.). Cavalerie : Commissaire -général, 2; Dessalles, 2; Poly, 2; d'Erissy, 2; Royal-Nassau, 4 (12 E.). Total : 54 B. et 32 E., sans compter l'artillerie, les volontaires de Nassau et la troupe de Fischer.
Diemel et la Fulda, où elles furent cantonnées, à portée de se joindre au camp de Warburg lorsque les circonstances l'exigeraient.
Les autres camps s'établirent aux époques indiquées. On renforça, le 7, celui de Warburg. Dans cette position, M. du Mesnil pouvait facilement, en joignant les troupes cantonnées entre la Diemel et la Fulda, se porter sur Lippstadt en trois jours avec 44 B. et 16 E., non compris des détachements de troupes légères, et M. de Soubise y arriver en cinq marches avec 22 ou 23 B. et 12 E., en rassemblant le camp de Niederzwehren et quelques troupes des environs de Cassel.
Dans le but de mettre ce plan concerté à exécution, quelques jours après, il porte à Helle, défilé très étroit entre Cassel et Witzenhausen, t brigade d'infanterie, afin de soutenir la troupe de Fischer. Mais ayant appris, le il, le mauvais succès de M. de Ghevert près de Meer, à une lieue de Rehs, et les embarras de M, de Contades pour le passage du Rhin, il craignit d'être prévenu sur la Lippe par le prince Ferdinand et jugea dangereux dans ces circonstances de se porter en force sur Paderborn. Ses craintes augmentèrent lorsqu'il apprit, le 17, par M. de Contades, les conséquences d'un ouragan qui avait rompu son nouveau pont et empêché la construction du second, ce qui retardait encore le passage de l'armée. Pendant ce temps le prince Ferdinand réunissait déjà à Haltern, sur la Lippe, un corps d'infanterie et de cavalerie, un autre près de Munster, et son armée tout entière à Borchold.
Tout laissait croire à M. de Soubise qu'au moins le prince Ferdinand porterait un fort détachement vers la Hesse, ce prince ayant promis au landgrave de le soutenir dans ses États. La régence de Cassel attendait un secours prochain, sa conduite l'annonçait dans toutes les afTaires traitées avec elle. Il devenait présumable que, si le prince Ferdinand marchait sur la Hesse, la communication avec M. de Contades serait interceptée.
M. de Soubise montrait déjà dans ses différentes lettres peu d'enthousiasme pour la conservation de la Hesse, préférant une position reconnue au delà de l'Edder entre Jessberg et cette rivière, et encore mieux celle de Marburg. Les projets du roi étant de ne pas prendre de quartiers en Hesse, ni en Westphalie, Cassel
pouvait être regardé comme inutile à conserver après le départ de toute l'artillerie, des effets et des malades, tandis qu'en conservant Marburg on était toujours le maître de la Hesse. Il considérait même comme un avantage d'y attirer le prince Ferdinand , afin de produire une diversion plus favorable aux opérations de l'armée du bas Rhin. En communiquant ces réflexions à M. de Belle-Isle, il lui marquait qu'il ne se presserait de prendre le parti d'évacuer Cassel et de se replier derrière l'Edder ou à Marburg que contraint par des forces qui viendraient sur lui, ou en vertu des ordres qu^il recevrait. Il se tenait, d'ailleurs, en état d'exécuter la jonction avec M. de Contades, si elle devenait nécessaire et possible.
Les nouvelles du bas Rhin du 19 août, parvenues le 22, lui apprirent que l'armée, après des contrariétés infinies, était tout entière, le 19 au soir, à la droite du Rhin. Les postes des ennemis s'étant repliés par le chemin de Coesfeld, M. de Contades se proposait, à la date du 21, de se porter en trois jours à Haltern et d'y passer la Lippe le 24 ou le 25. Selon les apparences, l'armée ne pouvait pas arriver à Hamm avant le 30. Le prince Ferdinand, le 19 à Coesfeld, pouvait arriver quelques jours plus tôt sur le haut Embs, avec le projet de se porter sur Rhéda et Rietberg. Il venait de faire entrer 1,800 hommes dans Lippstadt : c'était la garnison de Dusseldorf évacuée de cette place, et dont M. de Chevert à Wesel n'avait pu troubler la marche. L'ennemi, maître de Rietberg, de Lippstadt et des passages de la Lippe, et arrivant à la tête de cette rivière en même temps que M. de Contades, pouvait se trouver à Hamm; il était difficile d'espérer que M. de Soubise pût arriver à Paderborn, et encore moins s'y soutenir.
Cependant il marche, le 24, avec les troupes sous Cassel et celles de Wurtemberg, pour se porter aux débouchés des montagnes et y arriver en même temps que M. de Contades se trouverait en état de se porter en avant de Hamm, jonction possible par le dehors des montagnes. Les munilionnaires prenaient les mesures nécessaires pour lui donner, à Buren et dans les positions à portée de ce lieU;, du pain pour quatre jours, après lesquels il fallait vivre du Rhin et des magasins de l'armée du bas Rhin. Impossible d'espérer tirer d'aussi loin de nouveaux convois de Cassel, ni de Marburg, et encore moins de faire des magasins de fours ni à Buren, ni à Soest, ni dans la partie de la haute Lippe.
Le mouvement de M. de Soubise n'eut point lieu le 24, M. de Contades lui annonçant avoir passé la Lippe à Dorsten, et non pas àHaltern; que,leprinceFerdinandtenanttoiijoursCoesfeld, il craignait de voir couper sacommunication avec W'esel et ne se presserait pas de remonter la Lippe avant d'être résolu à quitter sa position. Ces circonstances engagèrent M. de Soubise à ne point s'avancer, pour ne pas se compromettre, et ménager les subsistances de toute espèce dont il prévoyait que la grande armée aurait besoin. Le 27, des nouvelles de M. de Contades annonçaient son projet de marcber le 25 à Recklinghausen, et le 26 à Lunen, malgré la présence des ennemis toujours à Coesfeld. Toutes ces considérations persuadèrent à M. de Soubise que, si le prince Ferdinand n'avait pour objet que de prolonger la campagne, il balançait trop longtemps à passer le Wéser. Comme il n'élait pas possible de l'attaquer de front de l'autre côté de la Lippe, une diversion un peu vive dans le pays de Hanovre pourrait seule le déterminer à accélérer ses mouvements. Versailles, consulté, ne se prononça point sur la diversion proposée dans le pays de Hanovre; désormais les deux généraux devaient en décider. Le prince de Soubise attendit encore avant de changer ses premières dispositions, et, pour mieux se mettre à même d'exécuter par sa gauche tous les mouvements qui pourraient concourir aux opérations de M. de Contades, il fit avancer à Westuffeln, sur le chemin de Cassel à Warburg, la Gendarmerie , la brigade de Piémont et une partie des troupes de Wurtemberg au camp de Niederzwehren, ne laissant aux environs de Cassel que les troupes destinées à rester dans la Hesse.
M. Dumesnil, depuis quelque temps en force à Warburg, soutenu par les troupes entre la Diemel et la Fulda, venait de porter jusqu'aux portes de Lippstadt un détachement qui avait passé la Lippe au village de Boke (1), à deux lieues au-dessus de la ville, et
(1)3/. de Wunnser, commandant Royal-yassau, à M. le prince de Soubise.
Cl Buren près Lippstadt, 29 août.
« Hier, le sieur Berniaque, lieutenant au régiment envoyé par M. Dumesnil à Boke, a été attaqué et pris avec son détachement dans ce pays de marais. Je m'attends journellement à ces sortes d'aventures. Nous sommes trop dispersés et mes escadrons trop fatigués. La plupart sont des enfants faisant leur première campagne
s'était avancé sur la communication de Rietberg. La garnison de Lippstadt n'avait pas songé à se retirer. De son côté, M. de Soubise se rend de Cassel à Warburg. Il ajoute aux travaux du château de Marburg par des ouvrages capables d'en rendre les accès difficiles, et il fait occuper G iessen, encore plus nécessaire que la conservation de Marburg, insistant de nouveau auprès du landgrave de Darmstadt pour que celte place fût confiée à nos troupes. C'était le poste important de la Lahn, comme Francfort celui du Mayn. Son arrivée à Warburg fut, pour ainsi dire, le moment où les affaires prirent une nouvelle face ; M. de Contades venait enfin de prendre un parti décidé sur ses opérations et sur celles de M. de Soubise. A son arrivée, il recevait une lettre qui lui marquait positivement que, vu les circonstances, la jonction lui serait inutile, et que le mieux était de marcher très en force sur le prince d'Isenburg à Eimbeck : 1" parce que c'était le moyen le plus sûr et le plus efficace d'opérer une diversion capable de faire repasser le Wéser au prince Ferdinand; Séparée que, dans le cas 011 le prince détacherait un corps pour se joindre au prince d'Isenburg, l'armée du bas Rhin se trouverait si supérieure que le prince Ferdinand n'oserait l'attendre, ni môme se tenir à portée d'elle; 3" parce que, si le prince Ferdinand marchait avec toute son armée, il le suivrait et le garderait à. vue.
M. de Contades ajoutait qu'il n'avait pas besoin du détachement de 7 à 8,000 hommes offert par M. de Soubise. Alors, devenu libre d'exécuter le projet de diversion dans le pays de Hanovre pour lequel il inclinait depuis longtemps, ayant d'ailleurs des nouvelles sur le général Oberg, destiné à renforcer le prince d'Isenburg, qui devait camper, le 5, entre Lippsgring et Lippstadt, il part, le 7, de Warburg pour Cassel, se prépare à passer la Werra le 8, et arrive à Gôltingen le 9. 11 laisse une garnison à Cassel, et M. Dumesnil à Warburg, afin d'avoir des nouvelles de la marche de M. d'Oberg et d'éclairer la rive gauche de Wéser entre la Diemel et Cassel, où les ennemis pouvaient, nous sachant à Gôttingen, envoyer des détachements plutôt que de passer le Wéser, M. de Contades étant
et les officiers peu expérimentés, ^ous sommes campés sans tentes derrière la ville. Sans prendre le ton plaintif, qui est contre ma façon d'agirjai des raisons valables, de regarder mon régiment comme perdu et moi alors déshonoré, avant la fin de la campagne. Cette atl'aire me coûte 39 hommes et 47 chevaux. » (D. G., 3481, 198.)
trop éloigné pour s'opposer aux troupes marchant par Paderborn vers la Hesse.
M. d'Isenburg, depuis quelques jours venu d'Eimbeck à Moringen, occupait Gôttingen. Le général Oberg, encore près de Lippstadt, devait y séjourner le 7. Les chasseurs de M. d'Isenburg vinrent ce jour-là attaquer nos postes près deMunden, croyant sans doute qu'après le mouvement de M. de Soubise sur Warburg nous étions peu en force dans ce poste, et furent repoussés. Les troupes du prince de Soubise destinées à l'opération dans le pays de Hanovre se mirent en mouvement dès le 1, et le lendemain 8, 17 B. et 4E. marchaient, aux ordres de M. de Gastries, par Witzenhausen, où ils arrivèrent aussi le 8, entourant Gôttingen et diminuant le nombre de troupes au passage par Munden, défilé très serré et fort long que l'on n'avait pas reconnu, pour ne point donner soupçon de notre marche, La troupe de Fischer rencontre en avant de W'itzenhausen les chasseurs ennemis. Il y eut une escarmouche très vive.
M. de Soubise au ministre de la guerre.
0 Dransfeld, le 9 septembre 1758.
(( L'armée a passé la Werra. Fischer a eu hier une attaque des chasseurs hanovriens. Il a ramené des prisonniers et tué beaucoup de monde. De son côté, le capitaine Latour est mort. MM. Kellerain et Guerdan sont blessés. Je vous demande pour eux la croix de Saint-Louis, braves gens, qui se présentent bien dans toutes les occasions. » (D. G., 3482, 146.)
L'avant-garde de l'armée, avec M. de Lannion, se porte, le 8, à Dransfeld, trois lieues au delà de Munden sur le chemin de Gôttingen; le 9, de grand matin, elle s'avance sur les hauteurs de Gôttingen, tandis que l'armée marchait de Munden à Dransfeld. M. de Gastries dépêche de grand matin Fischer pour se porter de Witzenhausen à Gôttingen, afin d'agir par la rive droite de la Leine de concert avec M. de Lannion à la rive gauche et d'empêcher la garnison de Gôttingen de sortir. Fischer arriva trop tard. M. de Lannion, sur les hauteurs de Gôttingen avec ses troupes, attendit quel-
que temps. Le peu de connaissance du pays fit que l'on ne passa pas la Leine assez tôt. La garnison, sur l'avis de notre marche, eut le temps de prendre les armes. Elle sortit de la ville et gagna les bois, sans qu'il fût possible de l'entamer. M. de Lannion entra dans Goltingen avec son avant-garde ;, M. de Castries campa sous les murs de la ville. La troupe de Fischer occupa les villages de Marienstein et Kloster-Rhode, à mi-chemin de Gôttingen à Northeim et Moringen. L'armée ne put, à cause de la difficulté des chemins, entièrement détruits par les pluies continuelles, se trouver le même jour à Gôttingen; elle campa près deDransfeld, la gauche à la ville.
Le 10, l'armée est à Gôttingen. Elle passa la Leine sur trois colonnes, au-dessus, au-dessous et à travers la ville. Le 11, M. de Castries (1) se porte à Edesheim en avant de Northeim; Fischer s'avance vers les salines d'Eimbeck. Les troupes légères des ennemis occupaient les postes de Salzderhelden, passage sur la Leine près des Salines. Fischer les y attaque, fait un grand nombre de prisonniers et s'empare du poste. Le prince d'Isenburg décampe aussitôt par le chemin de Hamelii.
L'armée marche aussi, le H, et se porte sur trois colonnes à Northeim, la gauche à Sudheim, la Leine sur le front du camp. On laisse à Northeim un détachement d'infanterie et de cavalerie, afin d'assurer la communication avec Gôttingen par un poste d'infanterie à Eimbeck. Le prince d'Isenburg n'avait point encore reçu de renforts, excepté quelques recrues, et l'on apprenait par M. Dumesnil que M. d'Oberg était encore le 10 près de Lippstadt, mais qu'il devait marcher le 11, et que ses équipages se dirigeaient du côté de Bielfeid, M. de Soubise comptait en quatre journées arriver au Wéser avec un effectif d'environ 10,000 hommes, ne pensant pas pénétrer plus avant dans le pays de Hanovre : il se serait trop éloigné de Cassel. Arrivé à Northeim, la diversion devait avoir produit son effet. Il se détermine à y séjourner, plutôt que de se porter à Eimbeck, oii sa position n'eut pas été militaire, et à Northeim elle remplissait les mêmes objets. Enfin on apprit le départ de M. d'Oberg de Lippstadt le 13, prenant le chemin de Bielfeid, se dirigeant sur Hameln, où était M. d'Isenburg depuis le
(1) Régiments (le Waldner, Diesbach, Commissare-général, Dessalles (4 B., 4E.), sans compter les volontaires d'Alsace et la troupe de Fischer.
13, répandant tous ses chasseurs dans la forêt de Solingen.
Dès le 1 1, un corps de ces chasseurs, commandé par le major de Freytag, passe le Wéser à l'embouchure de la Diemel, et attaque avec du canon le château de Bringelborg, très bon poste sur cette rivière. Un capitaine des Fischer s'y était défendu pendant sept heures, et ne s'était rendu qu'à la condition de n'être pas prisonnier de guerre, et avec la permission de revenir à Cassel, sa garnison (1). Par suite des nouvelles sur les mouvements de M. d'Oberg, M. Dumesnil détache de son camp, selon convention avec M. de Soubise, les dragons et les volontaires de Nassau, qui arrivèrent le 16 à Gotlingen, destinés à M. de Castries qui manquait de troupes légères. M. Dumesnil se mit lui-même en mesure de joindre M. de Soubise avec la brigade de Bentheim. Il arrive, le 20, à Dransfeld. iNI. de Waldner resta sur la Diemel. Cassel et environs conservaient 6 B., dont 3 de troupes de Wurtemberg, des détachements pour la garde des équipages et quelques piquets des derrières de l'armée, occupant Witzenhausen pour les communications, et 3 autres B. à Munden.
M. d'Oberg marchait bien lentement; il employa deux journées pour aller de Lippstadt à Neuhaus près Paderborn, oii il se trouvait encore à la date du 16. M. d'Isenburg n'avait aucun poste entre Eimbeck et Hameln; il semblait abandonner entièrement le pays de Hanovre. Celte conduite nous donnait les moyens d'imposer nos contributions; mais M. de Soubise commençait à s'inquiéter de la gauche du "NVéser, bien résolu de se rapprocher promptement de Cassel aux premières nouvelles de M. d'Oberg sur la Hesse.
Les détachements de M. deClausen (2) et de Fischer rentrèrent le 17. Le premier avait pénétré jusqu'à Clausthal et enlevé les directeurs des mines avec l'argent dans les caisses. Fischer, laissant son infanterie à Sarstedt, était arrivé avec sa cavalerie, dès le second jour de marche, aux portes de Hanovre, mais il ne put se les faire
;2)Clausen souvent Closen, baron de), lieutenant-colonel de Royal-Deux-Ponts ; brigadier, 15 août 1758; maréchal de camp, 18 mai 1760. Mort malheureusement jiour l'armée; de grande espérance, fort heureux, fort sage, exact, savant, le bras droit du maréchal de Broglie. Sa réputation le précédait et lui a survécu. C'est une grande perte. (D. G.)
ouvrir. Il laissa seulement les mandements de l'intendant pour les contributions. La régence s'était sauvée à Stade, aussi Fischer ne ramena du pays que des otages de peu d'importance. Cependant le petit nombre des bailliages hanovriens entre Northeim et Hanovre, intimidés par son apparition, commencèrent à payer des contributions. Pendant ce temps, les ennemis avaient prononcé un mouvement; M. de Soubise, les voyant s'approcher de la Diemel, n'hésita point à quitter Northeim et à faire marcher l'armée à Gôttingen, afin de se mettre à portée de surprendre M. d'Oberg entre Warburg et Gassel. 11 envoya en même temps M. Dumesnil commander dans la Hesse.
De Gôttingen, le 19, M. de Soubise écrivait au ministre de la guerre : « Je porte mon attention sur la nécessité de représailles dans le pays de Hanovre; la destruction des mines est le mal le plus réel. Je dois craindre les milliers de mineurs armés, qui nous donneraient beaucoup d'inquiétudes s'ils s'enfonçaient dans le Hartz. Fischer craint cette expédition, il ne veut pas s'en charger, il désire que ce soit un autre. Je ne le trouve pas aussi ardent depuis que nous avons passé la Werra, aussi je le renvoie en Hesse pour enlever les fourrages. Je garde près de moi les hussards et les dragons. MM. d'Apschon et de Wurmser sont d'excellents officiers, ne demandant qu'à être employés (1). » En prenant cette position de Gôttingen, il restait toujours maître d'envoyer des détachements de tous côtés, d'entrer dans le pays de Hanovre sans passer par Northeim, et de marcher à Eimbeck pour combattre MM. d'Isenburg et d'Oberg, s'ils s'y présentaient, restant à portée de les prévenir à Gassel.
L'armée marcha donc, le 19, sur trois colonnes de Northeim à Gôttingen, laissant des postes à Moringen. On campe à la rive gauche de la Leine. M. de Gastries se replie d'Edesheim à Kloster- Rhode.
A la date du 20, MM. de Waldner et Dumesnil apprirent que l'ennemi occupait Warburg avec un petit camp près de la ville à la gauche de la Diemel. En conséquence, M. Dumesnil envoya des détachements à Fritzlar et Gulenberg pour surveiller la communication de Marhurg. Les détachements du côté du prince
(1) D. G., 3483, 34 bis.
d'Isenburg affirmaient qu'il était parti d'Hameln le 21, s'avançant à Coppenbrugge, après avoir reçu un renfort; quanta M. d'Oberg, il était à Paderborn, avec des troupes légères à Rleinenberg et à Warburg. On sut aussi que M. de Gontades était, le 18, dans la même position à Recklinghausen, et le prince Ferdinand à Dulmen, avec des corps sur la Lippe depuis Haltern jusqu'à Lippstadt. Ces nouvelles ne laissèrent pas M. de Soubise hésiter sur son rapprochement de l'armée à Gassel.
Le 23, son armée se porte en une journée sur deux colonnes de Gôttingen à Munden, à gauche et à droite de la Werra; une troisième colonne, à Witzenhausen. M. de Castries et de Puységur, formant arrière-garde, sont attaqués entre Dransfeld et Munden, aux hauteurs de Buren; ils eurent quelques blessés.
Le 26 septembre, les chasseurs hanovriens reparurent sur les hauteurs de la rive droite de la Werra, lorsque l'armée se mit en marche pour Cassel, et, quand elle fut éloignée, ils canonnèrent la ville de Munden, où restait la brigade d'Alsace. M. de Soubise, devançant l'armée, se rendit à Cassel, à 10 heures du matin. Il était temps d'y arriver : les troupes légères se trouvaient engagées à un quart de lieue de la ville ; les Fischer se retiraient en bon ordre, quoique poussés depuis deux lieues par des forces très supérieures ; celles de M. de Waldner se repliaient sur Cassel, sur les hauteurs du camp retranché près de la ville; la brigade de Benlheim seule, par la faute d'un courrier, n'ayant pas reçu à temps, le 24, les ordres envoyés de partir de Dransfeld et de devancer l'armée d'un jour, arrivait. M. de Soubise la fit avancer activement et la porta dans les redoutes. Les ennemis avançaient toujours, leur nombre grossissant à chaque instant. Leur avant-garde, composée de 12 E. et d'un corps d'infanterie, s'établit sur les hauteurs du village de Wahlershausen.On put craindre que, marchant par leur droite, ils ne cherchassent à tourner la gauche de la position que nous voulions occuper; mais notre contenance les arrêta, et le camp fut établi sur une ligne fort étendue, près des bois et des défdés, dans de bonnes conditions, la droite près de Wahlershausen , à une demi-lieue de Kirch-Dittmold. Les troupes arrivées successivement de Munden et de Witzenhausen sont placées dans le camp, la droite à Cassel, la gauche à Kirch-Dittmold, avec une brigade intermédiaire de 5 B. sur un plateau près de ce village. Un détachement occupe les
bâtiments de la Cascade, poste très important pour couvrir la gauche, et empêcher l'ennemi de se rendre maître des hauteurs. Le 27, le reste des régiments rejoignit successivement le camp retranché; le même jour, les troupes de M. d'Isenburg, restées la veille à Grebenstein, joignaient celles campées sur les hauteurs de Welmar, s'étendant par sa gauche jusqu'à Hohenkirschen.
Le prince de Soubise au ministre.
« Au camp prés Casscl, le 27 septembre.
« Je suis ici depuis hier. J'ai trouvé les troupes légères aux mains avec celles de Tennemi à une lieue de la ville. Les nôtres se reliraient en bon ordre, quoique poussées depuis deux lieues par des forces supérieures. L'ennemi campe h Ober-Velmar, bonne position. Avant-hier, les volontaires de Nassau ont eu une action très vive auprès d'Ober-Meiser. MM. Schwartz et Sclitersheim sont blessés.» (D. G., 3483, 199.)
On continua de s'occuper activement des retranchements du camp et des communications dans les jardins de la ville. La position restait bonne à cause de ses approches difficiles.
Le 2 octobre, M. de Soubise reçoit une lettre de M. deContades, en date du 28 septembre, lui donnant avis que sur-le-champ il lui détache M. de Glievert (1), qu'il se rend à Buren, le 3, avec M. de Lusace (2), et qu'il ait à s'occuper de lui envoyer du pain.
(1) Corps de M. de Chevert : brigades de Belzunce, 6; Palatine, 4 ; Légion Royale, 1 (11 B.) ; brigades de Cuirassiers, 6 ; Berchiny, 6 (12 E.) ; plus les volontaires de Flandre et 1 brigade de canons de 4.
(2) Lusace (François-Xavier-Louis-Auguslc Bennon de Saxe, comte de) (*), né à Dresde le 25 août 1730, second fds et quatrième enfant de Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, qui succéda à son père sur le trône de Pologne sous le nom d'Auguste III. A l'âge de vingt-cinq ans, on l'éloigné des cours de Dresde el de Varsovie ; il se consacre au métier des armes. En 1757, il fut une première fois question de l'abdication du roi de Pologne, et Louis XV eût préféré le prince Xavier à son frère le prince électoral Frédéric pour lui succéder. Chaque année, il passe quelques mois à Versailles auprès de la Daupliine sa sœur (**). Il s'attache au
(■) Lusace, Lusalia, Lausitz, ancien margraviat de l'Allemagne, entre l'Elbe et l'Oder; chef-lieu, Bautzen.
('") Correspondance secrète inèclile de Louis XV, par Bouta rie, 1. 1, p. 220.
Le 3, à 8 heures du matin, la générale battait dans le camp ennemi. Leur armée enbataille s'attendait à être attaquée ; à 11 heures, leur droite se replia vers le village de Hohenkirchen. Leur marche se fit avec ordce et leur arrière-garde toujours à bonne distance des colonnes. Des détachements préparés depuis plusieurs jours les suivaient de près et obligèrent souvent leur armée de s'arrêter. Pendant longtemps il fut difficile de distinguer leur direction : un moment ils semblèrent se retirer sur Munden; mais ayant fini par allonger leur droite vers Immenhausen, ils prenaient, à n'en plus douter, le chemin de Trendelburg sur la Diemel, gagnant le Wéser
service de la France, est nommé lieutenant général le 12 août 1758. La guerre de Sept ans lui fournit l'occasion de se distinguer-, dès le début, il sert en Autriche sous le maréchal Daun. Comme général, il est placé à la tête d'un corps auxiliaire de 10,000 Saxons à la solde de la France, composé en grande partie des prisonniers incoiporés de force dans l'armée prussienne, après la prise du camp de Pirna en 1756, et parvenus à déserter pour rentrer au service de leur pays. Ce ne fut qu'au printemps de 1759 que le comte de Lusace prit le commandement effectif du corps saxon, sous le maréchal de Broglie. 11 se signala, le 1'^' août, à Minden, protégea la retraite du maréchal de Contades et, à la prise de Cassel (9 août 1760), commanda la réserve de droite.
Cette année, il entama avec la cour de France une négociation secrète dans le but de se faire élire roi de Pologne à la place de son père, dont on espérait obtenir l'abdication. Mais le roi de Pologne ne se prêta pas aux vues de son fils (*). La mort d'Auguste III, le 5 octobre 1763, vint réveiller ses projets sur la couronne de Pologne. Il renouvela ses instances auprès de la cour de France, pour être favorisé auprès de la diète et des électeurs ; mais la politique louvoyante, incertaine, du duc de Choiseul ne lui permit pas de voir réaliser les intentions favorables de Louis XV, et il vit monter sur le trône le prince Stanislas Ponialowski, l'un de ses nombreux rivaux, soutenu par la Russie. Le 9 mars 1765, il contracte un mariage morganatique avec la comtesse Claire-Marie de Spinucci, Italienne d'une grande beauté, que la cour de Rome reconnut en 1777. Le 22 juin 1778, commandant en chef de la division de Bretagne au camp de Paramé, sous les ordres du maréchal de Broglie. Au commencement de mars 1780, le prince Xavier (comte de Lusace) est appelé à la tête du régiment de hussards, vacant par la mort du marquis de Conllans. Ce régiment, en garnison à Haguenau, porte désormais le nom de Saxe-hussards; mais il n'est pas la propriété du prince, qui aura seulement le droit de proposition pour la nomination des officiers. Le 31 mai 1793, maintenu sur la liste des émigrés, ses biens sont confisqués, et ses archives, ses tableaux, sa bibliothèque du château de Pont {département de l'Aube) transférés à Troyes. Le prince Xavier, retiré dans son château de Zabelitz, y mourut le 21 juin 1806.
(*) Louis XV écrivait à M. Tcrcicr, son ambassadeur à Varsovie (le 20 octobre 1758): « Madame la daupliiiic n'aime réellement que le prince Xavier; et depuis qu'il est à mon armée, il y a acquis l'estime générale. »
à Holtzminden, où M.'d'Isenburg avait passé pour se joindre à M. d'Oberg. Vers 4 heures après midi, les ennemis campèrent, leur droite tirant sur Immenhausen.
M. de Soubise au ministre de la guerre.
« Au camp de Cassel, 3 octobre.
« Sur les H heures, l'ennemi a battu en retraite ; les volontaires de Nassau sont dans Nieder-Velmar; le baron deClausen, qui a débouché de notre gauche, est en avant d'Harleshausen. J'ai été très content de nos troupes légères. » (D. G., 3484, 69.)
M. de Soubise laissa M. de Gastries sur les hauteurs Ihringshausen et Cassel, à une demi-lieue de l'ennemi, se disposant à le soutenir le lendemain matin par des brigades et à le faire suivre peut être par toute l'armée. Les volontaires occupèrent le village de Nieder-Velmar. M. de Glausen, qui avait poussé l'arrière-garde ennemie par notre gauche, se place en avant du village d'Harleshausen et près de celui d'Ober-Velmar. A l'entrée de la nuit, il se préparait à la poursuite, mais la proximité des bois ne laissait pas beaucoup d'espérance d'entamer leur arrière-garde. M. de Chevert arrivait à Stadtberg. M. de Soubise aurait désiré que dès le lendemain ses troupes légères pussent s'avancer assez pour être à portée d'interdire le passage de la Diemel, mais les courriers, obligés de passer par Fritziar et, par suite, de faire un grand détour, ne pouvaient faire parvenir promptement les ordres à M. de Chevert; néanmoins il lui mande de s'avancer le lendemain à Volkmarsen.
L'ennemi resta toute la journée du 4 dans la même position, à l'exception de quelques mouvements de sa gauche sur le chemin de Munden, derrière Ihringshausen. Les bois ne permettaient pas d'en découvrir la direction; cependant, comme elle semblait sur Munden, inoccupé, M. de Grillon marche par la rive droite de la Fulda et s'avance sur le grand chemin de Cassel à Munden pour éclairer cette partie et être à portée de leur barrer le passage de la Werra. A 2 heures après midi, il trouva l'ennemi déjà posté sur la crête du pays, aune demi-lieue de Landwehrhagen, du côté de Cassel, et en essuya quelques coups de canon.
Le 5, à la pointe du jour, l'ennemi avait levé, pendant la nuit, son camp de Rothwesten, ne marchant ni sur la Diemel ni sur Miinden, mais passant la Fulda entre Munden et Cassel, direction difficile à prévoir. M. de Castries le suivit jusqu'au passage de la rivière. La tête de son armée déboucha dans la plaine de Landwehrhagen et Lutternberge à midi. L'inégalité du pays et les bois empêchaient de distinguer la suite de leur ligne, position bonne à beaucoup d'égards. Il occupait le terrain que M. le prince d'Isenburg aurait dû prendre le jour de Sandershausen, sa gauche sur le penchant du ruisseau (la Niest) de Sandershausen, les bois devant le front, les défilés de Munden derrière eux. Ils couvraient le pays de Hanovre avec un pied dans la Hesse. Celte position éloignait MM. d'Oberg et d'Isenburg du prince Ferdinand. Voulaientils marcher en Saxe, ou nous tourner par leur gauche et nous attaquer par nos communications? On l'ignorait. D'ailleurs, nous allions prendre une grande supériorité sur eux. M. de Ghevert, à Yolkmarsen, devait arriver, le 6, entre Wolfhagen et Cassel. A Versailles, on ne croyait pas à leur projet d'aller en Saxe, laissant le pays de Hanovre à la merci de l'armée française; on pensait qu'ils passeraient le défilé de Munden à la Werra. M. de Soubise recevait, à la date du 9, l'avis que, dans le cas où ils resteraient dans leur position à la rive gauche de cette rivière, avec des forces suffisantes, il devait tenir tête et assurer sa communication. M. de Contades, rejoint par M. de Ghevert, deviendrait si supérieur, que le prince Ferdinand ne pourrait s'empêcher de le prévenir à Paderborn et de réaliser les espérances de la fin de la campagne, ce qui mettrait les ennemis hors d'état d'occuper la Westphalie et tenir Munster. (D. G., 3483, 51).
M. de Soubise ne reçut que le 13 octobre cette lettre de M. le maréchal de Belle-Isle; mais prévenu prudemment de rétablir l'honneur de nos armes, de forcer, de quelque manière que ce fût, le prince Ferdinand à repasser le Wéser, pressé par ce ministre, ainsi que M. de Gontades, de montrer aux alliés pendant le reste de la campagne sa vigueur et son courage, de détruire les impressions humiliantes que le passé leur avait laissées sur notre conduite militaire, il jugea, par la position des ennemis, que l'occasion de remplir les intentions du roi était venue. Il marche donc résolument à l'ennemi, qui s'obstinait à rester entre la Fulda et la
Werra, envoyant ordre à MM. de Chevert et de Fitz-James de le rejoindre à Cassel sans perdre de temps.
Le premier arrive le 8, et campe sur les hauteurs de Nieder-Zwehren, à la gauche de laFulda; le second, le lendemain.
Toute l'armée passe la Fulda le 9, sur cinq colonnes, s'établit sur le ruisseau de Bettenhausen et à sa rive gauche, la droite s'étendant vers Nieder-Kaufungen, la gauche appuyant à la Fulda; les troupes de M. de Chevert à la droite, celles de M. de Fitz-James à un quart de lieue derrière le camp, près du village de Waldau; 1 brigade de cavalerie reste à la rive gauche de la Fulda, près Nieder-Zwehren. L'armée ne dépassa pas le ruisseau de Bettenhausen, parce qu'elle eût été soumise aux plateaux et hauteurs de Sandershausen, que les ennemis occupaient. La position de l'ennemi, très avantageuse par les hauteurs de Sandershausen, qui formaient leur champ de bataille, laissait un difficile accès; elle présentait un front étroit, dominant toutes les approches. La Niest, qui coule au pied de ces hauteurs, ne pouvait pas se traverser en bataille; il fallait y pratiquer des communications. Indépendamment du vallon profond auquel leur gauche s'appuyait, l'ennemi se défendait par trois autres ravins avec des ruisseaux et des prairies en partie marécageuses. Impossible donc de le tourner qu'en traversant ou en prenant de loin la tête de ces ravins par des bois très épais.
M. de Voyer, formant l'avant-garde, s'avance à la pointe du jour sur le plateau de Sandershausen, occupé par l'ennemi; le corps de M. de Chevert se place entre M. de Voyer et l'armée; en même temps M. de Broglie, avec les régiments de hussards de Nassau et de Berchiny, des compagnies de grenadiers, le régiment d'Apschon, la brigade de cavalerie de Commissaire-général et celles d'infanterie de Rohan et de Waldner (1), s'avançait sur l'ennemi, placé à hau-
(1) Waldner (Vigier); contribue à la conquêle do la Hesse et se couvre de gloire à Sandershausen. Pendant que Royal-Bavière détruisait la cavalerie liessoise, les régiinents de Waldner et de Diesbach et les grenadiers de Royal-Deux-Ponts attaquèrent les bois qui couronnent l'escarpement de la Fulda. L'ennemi fit une résistance désespérée et parvint un moment à faire reculer les troupes de France; mais une seconde attaque de Waldner le jeta enfin hors de sa formidable position. Après cette victoire, Waldner l'ut chargé de plusieurs expéditions sur Warburg et Cassel; il joignit l'armée du prince de Soubise, qui gagna, le 10 octobre, la bataille de Lutternberge, et se conduisit avec la même valeur ce jour-là dans les haies du village de Landwehrhagen.
leur du village de Lutternberge. A ce moment, vers 10 heures, arrive le prince de Soubise à la tête de l'armée. Il place à la droite le corps de M. de Fitz-James, à hauteur de celui de M. de Chevert, la gauche ayant derrière elle le village de Landwehrhagen ; devant notre front, un terrain descendait en rampe assez douce jusqu'à un ruisseau encaissé, que l'infanterie pouvait passer partout, mais qui aurait arrêté la cavalerie. L'infanterie formait deux lignes, la cavalerie en troisième; l'artillerie prend l'initiative vers 2 heures, de sorte que M. de Chevert, à 3 heures, entre dans le bois par deux colonnes d'infanterie ; celle de droite, la brigade de Belzunce (M. de Rochefort) et 1 brigade Palatine (M. Dortein); celle de gauche, la brigade des Saxons (le comte de Lusace à leur tête, avec MM. d'Hyern, Gallibert, Lelimgemberg, maréchaux de camp). Ces colonnes marchaient à quelque distance l'une de l'autre; entre elles, l'artillerie sous la garde de 3 B. saxons. La cavalerie marchait derrière ces colonnes, la brigade de Cuirassiers (M. Saint- Jal) ayant à droite celle du Dauphin (M. de Périgord), à gauche celle de Royal-Piémont (M. Bourbon-Busseti. L'ennemi accueillit par un feu roulant le corps de M. de Chevert; celui-ci, comme le bois était peu fourré, avance avec ses colonnes d'infanterie et son artillerie, et fait charger ses 18 E. de cavalerie. Dès que les premiers coups de fusil se tirèrent à l'attaque de M. de Chevert, M. de Fitz-James, qui s'était d'avance porté sur le ruisseau, l'avait passé et s'avançait avec l'armée sur les lignes ennemies, qui se retirèrent pas à pas. Toute l'armée s'arrêta dans la plaine entre le bois et le village de Lutternberge, où elle passa la nuit au bivouac. Des détachements de hussards et de volontaires, lancés sur la chaussée de Munden , prirent des canons et firent des prisonniers; la proximité des bois et la nuit sauvèrent l'ennemi d'une défaite complète. M. le prince de Rohan (1) fut chargé
^1) Rohan-Guéméné 'Jules-Hercule-Mériadec, prince de), neveu de l'archevêque de Rohan, né à Paris le -25 mars 1726, (ils aîné de Mériadec de Rohan, duc de Monlbazon, mort le 21 décembre 1757; 1744, capitaine dans Royal-Pologne ; 26 mai 1745. colonel du régiment d'infanterie de son nom : assiste aux sièges d'Anvers, Tournaj , Maesiricht. et aux batailles de Rocoux et Lawfeldt; à Rossbach, une partie de sa brigade est mitraillée; 1758, son régiment décide la victoire de Sondershausen ; l'^' avril 1759, maréchal de camp; 22 juillet 1762, lieutenant général ; mort en 1800, dans l'émigration.
d'annoncer au roi la nouvelle de cette victoire sur M. d'Oberg et d'Isenburg; M. de Conflans, quelques jours après, lui porta les drapeaux et étendards. M. de Soubise établit son quartier général à Lutternberge. Du camp de Lutternberge, le 10 octobre au soir, il écrivait à M. de Puget, commandant le gouvernement de Lille : « Nous venons d'avoir une bataille que l'ennemi cherchait à éviter depuis quelques jours; je l'ai attaqué. Mes troupes ont fait merveilles; la nuit et les bois ont dérobé les fuyards à notre poursuite. Vous voudrez bien proclamer cet événement glorieux pour les armes du roi. » (D. G., 3484, 455.)
On ne campe point, le 41, à Lutternberge, l'eau y manquait et les bruyères spongieuses qui couvrent une partie du terrain ne permettaient pas d'y établir le camp ; il fut placé près de Landwehrhagen.
M. de Soubise apprit dans ce moment que le prince Ferdinand, remontant la Lippe, était en personne, le 9 octobre, à Lippstadt. M. de Gontades occupait Hamm le 6, et, par ses lettres du 8, il ne paraissait pas qu 'il se proposât de s'avancerplus loin. M. de Soubise n'ayant plus à agir du côté du pays de Hanovre, MM. d'Oberg et d'Isenburg marchant au Wéser, et l'intention du roi étant de terminer la campagne à Paderborn et aux sources de la Lippe, il n'y avait pas un moment à perdre pour renvoyer à M. de Gontades les troupes de MM. de Ghevert et de Fitz-James. Ce dernier se mit en marche le 13; M. de Chevert devait le suivre, à moins que les ennemis ne s'attachassent à ne pas s'éloigner et que le prince Ferdinand ne leur eût fait passer des secours.
Le 44 octobre, ils quittaient leur camp de Haartz et arrivaient à Moringen, après avoir jeté 2 B. dans Gôtlingen.
M. de Soubise se détermine alors à retourner à Cassel et à porter la plus grande partie de ses troupes dans le pays entre la Fulda et la Diemel ; le mouvement se fit le 16 octobre. Les troupes de MM. de Ghevert et de Fitz-James ne lui appartenaient plus; ils étaient tous deux en marche, le premier sur Warburg, où il devait passer la Diemel le 47, le second sur Stadtberg, pour y être rendu le 45. Les deux directions les portaient sur Paderborn, et il appartenait à M. de Gontades de diriger leur marche ultérieure. D'après sa lettre, il se disposait à s'avancer aux sources delà Lippe et même de l'Ems. MM. de Ghevert et de Fitz-James étaient fort à portée de concourir à son opération, et M. de Soubise par son mouvement sur
la Dieme'l pouvait favoriser l'armée du bas Rhin. 4 B. restèrent dans Munden, et la troupe de Fischer à Witzenhausen. Ces deux postes étant insoutenables par leur situation, on tint un corps intermédiaire entre Cassel et Munden pour la retraite des troupes restées sur la Werra, dans le cas où les ennemis s'avanceraient pour les attaquer.
Les désirs du roi que M. de Soubise s'avançât sur la Diemel devenaient plus pressants, car le prince Ferdinand avait prévenu M. de Contades à la rive gauche de la haute Lippe. Il campait près de Lippstadt. M. de Contades s'était porté à Hillingsen, entre Hamm et Soest, et demandait que le prince de Soubise s'avançât. MM. de Chevertet Fitz-James, qui devaient, suivantleurs premiers ordres, se porter sur Paderborn , en reçurent de nouveaux pour passer par Stadtberg, Buren, Anrochte et Soest. Mais ils trouvèrent les ennemis passés à la rive gauche de la Lippe, Soest abandonné par nos troupes, et le prince de Holstein avec son avant-garde établi à Werl, Impossible de joindre M. de Contades par le chemin indiqué qu'au moyen d'un grand détour; il fallait traverser le duché de Westphalie par Brilon, Meschedé, Arnsberg, pays très difficiles pour les marches et les subsistances : ce fut cependant le parti qu'ils prirent. Notre concentration devenait en effet de plus en plus nécessaire, car M. d'Oberg portait des secours considérables au prince Ferdinand. Les troupes avec lesquelles il venait de passer le Wéser formaient 12,000 hommes. Il devait arriver, le 21 ou le 22 octobre, à Paderborn, et M. d'Isetiburg restait avec 7 ou 8,000 à Moringen, et nonpasEimbeck. M. d'Oberg, continuant sa marche, avait traversé, le 20, Paderborn ; il avait campé sur des bruyères de l'autre côté de la Lippe, et en était reparti le lendemain pour Lippstadt, à même de joindre le prince Ferdinand le 22.
M. de Soubise resta dans sa position (1), jugeant que, dans la situation des choses, il ne pouvait être d'aucune utilité à l'armée du bas Rhin, et résolu de ne pas s'avancer davantage jusqu'à ce que les circonstances fussent plus favorables. M. de Broglie continua d'éclairer Stadtberg et Buren. On s'occupa de consommer les fourrages
(1) Brigades de Bavière, 6; Loyauté, 1; laDauphine, 1; Royal-Suédois, 2 ; fusiliers de Wurtemberg, 6 ; Saint-Germain, 1 ; Royal-Pologne, 1; Castellas, 4; Courlen, 2 (24 B.); des hussards, des dragons, plus la troupe de Fischer. Effectif formant, avec MM. Dumesnil et de Broglie, 53 B. et 32 E.
GUERllE DE SEPT ANS (1758). 317
en avant de Cassel et de presser le transport de ceux de la Hesse. Cependant le roi ne trouvait pas que la position prise par M. de Soubise remplît ses intentions. Il paraissait désapprouver : 1° qu'il n'eût pas côtoyé M. d'Oberg par des détachements le long de la rive gauche du Wéser, en les soutenant de dessus la Diemel, afin de l'obliger à descendre jusqu'à Hameln pour passer le Wéser et par là retarder sa jonction avec le prince Ferdinand ; 2° qu'il laissât les ennemis jouir de tous leurs magasins et des fourrages de la gauche du Wéser, moyens dont ils pouvaient se servir pour inquiéter ensuite ses quartiers; 3° il pensait que la célérité pour se joindre avec M. de Gontades et agir de concert avec vigueur était le meilleur moyen d'abréger la campagne avec sûreté, et que pendant ce temps on aurait d'autant plus de facilité d'enlever les fourrages entre la Fulda, la Werra et la Lahn, qu'enfin le seul moyen de prendre de bonne heure et avec tranquillité ses quartiers d'hiver eût été de réunir toutes les forces après la victoire de Lutternberge pour combattre le prince Ferdinand ou l'obliger à repasser le Wéser.
En se rappelant les époques, on verra qu'il eût été difficile à M. de Soubise de réaliser ces désirs de Louis XV. M. de Contadés étant à Hamm, MM. de Chevert et de Fitz-James ne pouvaient le rejoindre. Le prince Ferdinand avec toute son armée à la gauche de la Lippe occupant Soest et Werl, il eût été imprudent de s'avancer à Paderborn ou à hauteur de cette ville sans le concours de M. de Gontades, obligé dans ce moment de ne pas s'éloigner de Hamm. Quand toute l'armée de M. de Soubise aurait été à Warburg et même au défilé de Kleinenberg, M. d'Oberg pouvait rejoindre avec la même facilité le prince Ferdinand. Peut-ôtre auraitil été obligé d'allonger sa route de quelques lieues, qui n'auraient pas occasionné le retard d'une journée. D'ailleurs, M. de Soubise, à la rive droite de la Diemel , se serait trouvé hors de portée de secourir M. de Chevert, dans le cas où il eût été obligé de se replier sur Stadtberg. Ce sont les raisons qu'il exposa à M. le maréchal de Belle-Tsle dans sa réponse du 2 novembre.
Tout ce qui se passait à l'armée du bas Rhin justifiait la conduite de M. de Soubise. M. de Gontades n'avait point passé la Lippe, comme il l'avait annoncé; ses lettres du 25 octobre faisaient croire cette opération différée. Le prince Ferdinand, encore à la gauche
de la Lippe avec toule son armée, rapprochait son camp de Soest. L'expédition sur Munster était manquée. M. de Soubise, pensant toujours que sa position surlaDiemel ne serait d'aucune utilité, se détermina cependant à foire un nouveau mouvement.
Le 28, M. de Broglie marche de Wolfhagen à Volkmarsen, renforce avec des grenadiers de Prague le poste de Stadtberg, d'où les volontaires de Nassau poussaient des détachements à Buren. M. de Waldner avance de Meimbressen à Warburg ; les dragons, de l'autre côté de la Diemel, marchent à Ossendorf et Scherfede; l'abbaye de Hardehausen, le château deTrendelburg, sont occupés, et 2 brigades de cavalerie s'établissent à Ober-Meiser, pour être à portée de marcher à Warburg ou à Stadtberg. Le quartier général reste à Hohenkirchen , et on renvoie près de Cassel les 2 brigades de cavalerie allemande, plus fatiguées que les autres, pour faire tête à M. d'Isenburg, et pour protéger et accélérer le transport des fourrages. Impossible de les enlever en entier dans la Hesse et de les consommer tous sur la Diemel; il était facile d'emporter les foins et une partie des avoines, mais il n'en était pas de même des grains non battus, dont les villages regorgeaient, malgré la consommation faite dans toute la campagne par les ennemis et par nos troupes.
Enfin le prince Ferdinand, ayant repassé la Lippe, s'avançait sur Munster. L'éloignement des ennemis et les approches de la mauvaise saison déterminèrent M. de Soubise à entrer dans des cantonnements le P"" novembre : c'était le moyen de prolonger, sans fatiguer les troupes, la durée de la campagne et de mieux consommer les subsistances.
Le 2 novembre, il écrivit donc de Westuffeln au ministre : «J'ai répandu les troupes sur la Diemel, à Stadtberg, Warburg, Trendelburg; les dragons et les hussards en avant : toutes sont dans les villages. J'ai trouvé inutile de les laisser campées, quoique le temps soit assez beau, mais il commence à faire très froid, surtout la nuit. » (D. G., 3486, 33.)
Néanmoins, M. de Soubise retirait quelques troupes de la Hesse et les envoyait soit sur le Mayn, soit sur le Rhin; HE., passant par Brilon elFrankenberg, cantonnèrent sur la Wohre et entre l'Ohm et la Schwalm ; 8 autres passèrent par la rive gauche du Rhin.
Peu de jours après, les Saxons, se dirigeant par Brilon sur Fran-
kenberg, cantonnèrent entre celte ville et Marburg. Cette augmentation de troupes mettait M. de Soubise en état de tenir en force la position projetée pour l'hiver sur le Mayn, puisque, après leur jonction et en supposant que les troupes de Wurtemberg ne retournassent pas dans leur pays, l'armée devait se trouver forte de 70 B. et 51 E. En conséquence, tel fut le nouveau projet d'emplacement pour ce nombre de troupes. Excepté ce qui serait indispensable à la garnison de Hanau, la totalité pouvait être réunie en quatre journées à Friedberg, regardé comme le point où, si les ennemis faisaient quelque entreprise pendant l'hiver, on devait rassembler l'armée, ne pouvant faire usage de Francfort. Comme la retraite prochaine de M. de Contades donnait des inquiétudes au sujet du séjour dans la Hesse, M. de Soubise enleva successivement de Cassel tout le matériel ; il n'y resta plus que peu de malades, dont l'état ne permettait pas le transport. Il se proposait de se retirer sous Cassel, d'y faire séjourner, ensuite de s'arrêter quelque temps derrière l'Edder, puis à hauteur de Marburg, enfin de gagner Hanau. Comme à ce moment le prince d'Isenburg portait des démonstrations sur la Werra, on fit avancer à Melsungen et Rothenburg sur la haute Fulda M. de Crillon, pour soutenir par des détachements les troupes légères entre la Fulda et la Werra, et pour protéger l'opération des fourrages.
Le quartier général resta à Westuffeln. M. de Crillon, en allant à Rothenburg, dut mettre en sûreté la partie du Spangerberg en avant de la Fulda; il porta un détachement dans le château, jusqu'alors laissé à la garde d'invalides hessois et qui servait au landgrave pour ses prisonniers d'État. Ce château, avec quelques réparations, pouvait soutenir une attaque en règle. Bientôt les subsistances de toute espèce étant épuisées à Cassel et aux environs, le dernier convoi de fourrages devant partir le 22 et la neige commençant à couvrir les montagnes, M. de Soubise décide son mouvement de retraite. Le prince Ferdinand paraissait aussi disposé à prendre ses quartiers ; mais le roi de Prusse, qui réglait toutes les démarches des alliés, voulait qu'ils en sortissent dans six semaines pour nous obliger à repasser le Rhin. M. de Soubise, trouvant ses quartiers entre le Mayn et la Lahn, quelque rassemblés qu'ils fussent, trop abordables entre Hanau et Giessen, renouvela ses instances à l'égard de l'occupation de Franc-
fort, dont les privilèges ne devaient pas être plus sacrés que ne l'avaient été ceux de Brème, de Cologne et d'Aix-la-Chapelle, occupés par les troupes du roi.
A cette époque, Giessen ouvrait ses portes. M. Dumesnil, conformément à une convention avec le landgrave de Darmstadt, se présentait, le H, sur la hauteur qui domine cette ville du côté de Friedberg, avec de l'artillerie et 13 B. Les deux sommations convenues sont suivies d'une suspension de 24 heures pendant lesquelles on dressa les articles de reddition; en conséquence, M. Dumesnil entra dans la place, le IG après midi, avec 3 B., pour y tenir garnison; il y trouva l'artillerie suffisante à sa défense, mais point de munitions. Il ne perdit pas un moment pour l'approvisionner. La convention fut acceptée, excepté l'article par lequel on s'engageait à payer le logement des officiers; il fut changé dans la suite, et les troupes restèrent logées comme dans les autres villes impériales, résidences, forteresses. Rien ne retenait plus M. de Soubise dans la Hesse. Le dernier convoi de fourrages partait le 22; tous ceux de la haute Fulda, du district d'Hersfeld et de Ziegenhayn ayant été dirigés sur Giessen, Butzbach et Friedberg, on commença le mouvement vers la Lahn et le Mayn.
L'armée s'avança en quatre divisions. Les marches furent distribuées de manière qu'aucune troupe n'eût besoin de s'arrêter jusqu'à son arrivée dans les quartiers, les colonnes se tenant toujours à hauteur les unes des autres, dans les routes et dans les séjours, ce qui les mettait en état de se secourir réciproquement. M. de Soubise reste à Cassel jusqu'au 23, jour du départ des derniers régiments, afin de remédier lui-même aux désordres qui sont la conséquence d'une retraite. Les ennemis ne parurent point. Les troupes de Munden et celles de la rive gauche du Wéser se replièrent sans voir l'ennemi. Pas un sac de grains ni de farines, pas le moindre fourrage, ne restèrent à Cassel.
Le 1" décembre, M. de Soubise arrive à Giessen, comptant mettre en marche les deux dernières divisions de l'armée encore à hauteur de Marburg, en sorte que toutes les troupes fussent dans leurs quartiers le (3; le 2, les arrière-gardes rentrèrent à leurs corps.
M. de Contades s'étendait sur la rive gauche du Rhin, depuis le 30 du mois de novembre, la droite à Cologne, la gauche au-dessus de Clèves jusqu'à la frontière de la Hollande; les troupes légères
à la droite du Rhin, dans une partie du comté de la Marck occupant la partie basse de la Roer; 2 B. et 10 E. dans le comté de Neuwiedt avec M. d'Auvet, et à portée de la basse Lahn, seules troupes de l'armée du bas Rhin qui ne fussent pas séparées par ce fleuve de celle du Mayn. On s'occupait à persuader l'électeur de Trêves de recevoir 2 B. dans Coblentz, principal point de communication du haut et bas Rhin, dépôt et passage général de la navigation du Rhin et de la Moselle, dont la citadelle, Ehrenbreitstein, très bien fortifiée, pouvait devenir importante. Mais l'électeur se refusait à toute sollicitation.
Le prince Ferdinand, de son côté, entrait dans ses quartiers d'hiver; ses plus grandes forces occupaient la Westphalie : le prince héréditaire de Brunswick, l'évêché de Paderborn, avec 15 B. et 32 E.; un corps aux ordres du prince de Holstein, le duché de Westphalie; M. d'isenburg, avec une partie des troupes hessoises, la Hesse.
L'armée de l'Empire (prince de Deux-Ponts), qui devait, pendant l'hiver, établir par sa gauche une espèce de liaison avec l'armée du Mayn, prenait ses quartiers dans le cercle de Franconie depuis Asch et Hof jusqu'à Smalkalden et Saltzungen; mais les 2 régiments de hussards autrichiens hivernant dans le pays de Fulda n'arrivaient point, et l'on ne devait guère compter sur des secours de la part de l'armée de l'Empire, sortant de sa campagne très affaiblie. Il était présumable qu'elle s'occuperait de ses propres quartiers, malgré le secours de 15,000 Autrichiens que l'Impératrice avançait aux ordres de M. de Serbelloni entre la Bohême et leur droite. Daun, de son côté, après avoir manqué une expédition sur l'Elbe, par la célérité avec laquelle le roi de Prusse était arrivé à Dresde, se préparait à prendre ses quartiers dans l'intérieur des montagnes de Bohême. Les Prussiens se trouvaient maîtres de toute la Saxe, d'une grande partie du Woigtland, et rien ne leur fermait l'entrée dans la Thuringe et la communication avec la gauche de l'armée du prince Ferdinand.
Depuis quelque temps, M. de Soubise avait obtenu de s'emparer de Rheinfels. Cette place, bien fortifiée, importante non seulement pour la com.munication des deux armées, mais particulièrement pour la navigation du Rhin, avait été occupée jusqu'alors par les troupes hessoises. M. de Soubise, quelques jours avant son départ
de Gassel, chargea de cette expédition M. de Gastries. Elle demandait beaucoup de circonspection, beaucoup d'activité pour l'exécution; il fallait éviter un siège, qui aurait présenté de grandes difficultés, vu l'impossibilitéd'y conduire l'artillerie nécessaire, faute d'aucun chemin praticable dans la saison. Le succès de cette opération, rapide et plus prompt qu'on n'aurait pu l'espérer, fut entièrement dû à l'activité, au coup d'oeil et aux talents militaires de M. de Gastries. Une attaque hardie, avec une poignée d'hommes, le rendit maître en un moment d'une forteresse capable d'arrêter pendant plus de quinze jours une artillerie considérable et une grande quantité de troupes. Il ne fit que 400 prisonniers, les officiers ayant laissé évader une partie de leurs soldats pendant la signature de la capitulation.
M. de Soubise en reçut, le 2, la nouvelle à Giessen. Le premier projet fut de démolir cette place, puis on résolut de la conserver et de s'y installer sans y consacrer beaucoup de dépenses.
Resté à Giessen jusqu'au 4, M. de Soubise s'y occupe de mettre cette place en état de soutenir un siège de douze à quinze jours. Il commence ensuite la tournée de ses quartiers , le 4, à Weilburg, après avoir passé par Wetzlar et par Braunfels. Il reconnut Wetzlar comme le seul bon passage sur la Lahn entre Giessen etWeilburg. Le château de Braunfels, résidence des princes de Solms, avait une garde de leurs troupes, mais celles du roi en gardaient les portes. Dillenburg, petite ville située à sept lieues en avant de la Lahn, avait un château ancien, très fort, occupé par des troupes de Nassau-Orange. De Weilburg, M. de Soubise se rendit le 5 à Limburg, et le 6 à Rheinfels, après avoir passé à Nastatten, Langenschwalbach, Usingen, Butzbach et Friedberg.
Quant à la nécessité d'occuper Francfort, les bruits s'accréditant chaque jour du projet des ennemis sur l'armée de l'Empire et les quartiers duMayn avaient convaincu le cabinet de Versailles de la nécessité de s'emparer de cette place, malgré les contrariétés à prévoir au point de vue politique. M. le maréchal de Belle-Isle écrivit, le 10, à M. de Soubise de prendre à l'avance toutes les connaissances sur les moyens de faire entrer des troupes non pas dans Francfort, mais dans le faubourg de Sachsenhausen, bien fortifié à la gauche du Mayn, dans le cas où les Prussiens se porteraient en force sur lui. Il prévenait en même temps M. de
Contades de la nécessité, dans le cas où les ennemis porteraient de grandes forces sur le Mayn, d'une diversion non seulement sur le bas Rhin par Dusseldorf et Wesel, mais aussi d'avancer les troupes dans le comté de Neuwied à la droite du Rhin et dans les environs de Coblentz à la rive gauche de 'la Lahn, soit en occupant les quartiers des Saxons lorsqu'ils les quitteraient, soit en donnant des secours au Mayn.
A la date du 23, M. de Soubise était autorisé à mettre des troupes dans Wetzlar, à laisser partir 9 des 13 B. du duc de "Wurtemberg, qui les appelait sur ses terres, enfin à occuper Francfort par voie de négociations. La résolution sur l'occupation de Francfort arriva d'autant plus à propos que M. de Soubise apprit de différents côtés que, malgré le retour du roi de Prusse de Dresde à Breslau, où il devait passer l'hiver, une certaine agitation régnait en Saxe, dans les quartiers commandés parle prince Henri. Les 22 et 23, son avant-garde à Naumburg , Weissenfels, Merseburg, aux ordres des généraux d'Ascherleben et Meyer, prononçait un mouvement en avant, et 3 E. de hussards de ce corps arrivaient à léna^ de l'infanterie à Kahla et de la cavalerie à CoUeda, Buttstedt et environs. Selon le bruit général, ces troupes marchaient pour renforcer le prince d'Isenburg et le prince héréditaire de Brunswick, afin d'attaquer ensemble les quartiers du Mayn, tandis que M. d'Itzenblitz se porterait sur l'armée de l'Empire. Les troupes réunies de M. d'Isenburg et du prince de Brunswick montaient à 21 B. et 40 E., occupant l'évêché de Paderborn, les dépendances de l'électeur de Cologne dans le duché de Westphalie, le pays entre l'Edder et Cassel, et les défilés en avant de l'Edder du côté de Marburg. Les troupes prussiennes en Saxe, sous le prince Henri, formaient 47 B. et 54 E. (I ) .
(1) Emplacements de Vannée de Soubise au 6 décembre J758. Sous les ordres de MM. le prince Camille et de Puységur : Dauphin, Bergh, à Friedberg. — Royal-Nassau, à Assenheim, Illbenstadt, Ortemberg. — Troui>es de Fischer, à Munzenburg , Gruningen , Lich , Utpha , Hungen , Grunberg. — Enghien , à Ober et Nieder-Rossbach, Vber et Nieder-Wolstadt. — Raugrave, à Vilbel, Bonames. — Diesbach, à Hombtirg, Ober-Ursel. — Castellas, à Konigstehi et Kronberg. — Waldner et Dessalles, à Butzbach. — D'Apschon, à Singlingen. Hattersheim, Weilbach, KUriftel, Ober et Nieder-Lidersbach et Florskeim. — M. Dessalles : Courten et Lowendal, à Giessen. —M. d'Orlick : Royal-Pologne, à Braunsfeld. — Royal-Bavière, à Weilburg , Graveneck, — Royal-Suédois, à Weilhmunsier, Krosselbach, Griedelbach, Weinbach, Dietenhausen, Kraff-
M. de Soubise, le H à Hanau, visite les magasins de Friedberg, et étudie la position de Johannisberg.
Le maréchal de Soubise ayant enfin reçu l'ordre de s'emparer de Francfort, les régiments destinés à cette opération (1) prennent leurs quartiers sur la rive gauche duMayn.Les mouvements des Prussiens dans la ïhuringe fournissaient un prétexte apparent de porter des troupes sur les points où l'armée pouvait se rassembler. Les heures de marche tant à la rive gauche qu'à la rive droite du Mayn bien calculées, le 2, on entra sans la moindre effusion de sang. Le régiment de Nassau se présente le premier à la barrière de la porte de Saxenhausen, très bien fortifiée, dont la communication a lieu par
Solins et Langenbach. — M. de Bezons : Planta, à Wehrheim, Pfaffenniesbach Wernborn, Eschbach. — Royal-Allemand et Nassau, à Usingen. — Moutiers, à Idstein, Ober et ISieder-Seelbach et Ob. et N -Auroff. — Saint- Jal, à Katnberg, Ob. et N. -Setters, Erbach, Wurges. — Le Roi, à Langenschwalbach, Kernel, Langschïed, Hcimbuch, Adotphseck. — La Ferronnays, à VViesbaden, Mosbach, Erbenheim, Diedenbergni, Massenlieim. — Montcalm, à ISastatten, Miehlen, Endlichhofen, Buch et Bettendorf. — MM. de Montbaney et de la Sùne : Piémont et Loyauté, à ff«?îaM.— Royal-Roussillon, à IFinf/ec/ien.— La Dauphine, à Z>ornip/icim.
— Beauvoisis, à Offenbacli. — Archiac, à Burgel, Bieber, Muhlheim. — Vatan. à Seligenstadt, — Royal-Deux-Ponts, à Dieburg. — Commissaire-général, à Gross- Gerau. — Poly, à Eberstadt. — Vienne, àOb. et \.-Utm. — Grammont, à Ingelheim. — Toustaint, à Heppenheim. — Nassau, à Zivingenberg. — Bentheim, à Schwanheim. — Wurtemberg, à Biebeslieim. — Rohan, à Babenhausen. — M. Dumesnil: Penlhièvre, àStockstadt, llarrcshchn, Main/lingen, Kl.-Welzheim, Dîidenhoffen , Zellnhaiisen. — Alsace, à Aschaffenburg. — Schonherg, à Langenselbod et Langendiesbach. — Volontaires d'Alsace, à Gelnhausen (24 B. et 19 £.)■
11 faut joindre à cet efteclif les troupes saxonnes. — M. le baron d'Hyern : Gardes à pied et Prince-Frédéric-Auguste, à Runchkel et fVilmar. — Prince- Maximilien et Prince-Xavier, à Limburg. — Minkwitz, à Dietz. — Prince-Joseph, à Kiiberg et Burgschivalbuck. — Comle-de-Bruhl, à Danborn et Enfmgen. — Prince-Clément, à Eubogen et Ob. et ISid.-Mieten. — Rochann, à Sullzbacfi. — Prince-Gotha, à Nassau. — Princesse-Royale, à Ober-Lahnstein. — Lubomirski, à Bruubach (15 B.); et celui des troupes de Wurtemberg. — MM. de Rœderet Truchsess : Prince-Louis, à Mittemberg. — Rœder, à Wertheim. — Romann, à Bischoffsheim. — Werneck, à Gr.-Unstadt et Mosbach. — Truchsess, à Erlach.
— Grenadiers, à Gr.-Osthein, Obernburg (13 B.)-
(1) Régiments de Rohan, de Beauvoisis, de Bentheim, de Nassau, de Royal-Deux- Pouts, formant 12 B., plus 400 chevaux d'Archiac et 300 dragons d'Apschon, sous M. le baron de Wurmser, brigadier, inspecteur de l'infanterie allemande, nommé commandant de la place.
le pont. Après quelques pourparlers avec l'officier de garde, les portes sont ouvertes. Les canonniers des remparts sont désarmés et la ville est traversée en silence, au pas redoublé, jusqu'à la place d'armes avant qu'aucun habitant ait connaissance de notre occupalion. La prise de possession de cette ville et la marche du corps de Serbelloni, pour hiverner dans le pays de Fulda, à la gauche des quartiers de l'armée de l'Empire et en avant de la droite de ceux de M. de Soubise, rassuraient sur les entreprises ennemies. (D. G., 3oH, 14.)
En résumé : 1" la campagne du prince de Soubise obligea l'armée du prince Ferdinand de quitter sa position à. la rive gauche de l'Erft et de repasser le Rhin; 2'^ la position prise à Gollingen et à Eimbeck jeta l'alarme dans le pays de Hanovre, procura des contributions et força le prince Ferdinand à s'affaiblir, devant le maréchal de Gontades, de 14 à 15,000 hommes sous le général d'Oberg, qui vint se faire battre à Guttemberge avec le prince d'Isenburg; 3" le prince de Soubise fît vivre ses troupes pendant quatre mois aux dépens de la Hesse, s'empara d'un matériel considérable, consomma les subsistances dont les ennemis auraient pu faire usage et même en forma des approvisionnements qui furent une économie sur les dépenses relatives h son armée; enfin il remplit toutes les vues proposées à la diversion de la Hesse, sans fatiguer ses troupes par des mouvements inutiles. Cette campagne fut donc sagement conduite, et, comme il importait à la France de s'établir solidement sur le Mayn, il prit possession de Francfort, oii, le l'"" janvier, il établit son quartier général.
Après cette campagne, Bernis déclarait hautement qu'il fallait faire la paix, attendu que le roi n'avait plus « ni argent, ni généraux, ni vaisseaux; » qu'on devait donc s'entendre avec la cour de Vienne sur des propositions à présenter à l'Angleterre et à la Prusse. Le Dauphin et le conseil appuyaient cet avis; on demandait à l'Espagne, restée neutre, de servir d'intermédiaire, etTImpératrice-reine, malgré ses répugnances, dut l'agréer. Mais le marquis de Stainville combattit énergiquement cette pensée de la paix, en représentant les grandes ressources de l'Autriche, et qu'on ne pouvait l'abandonner qu'après avoir repris la Silésie à la Prusse. C'est alors que Cboiseul fut appelé au ministère des affaires étrangères. Pour lui donner plus d'importance, le roi le créa duc
et pair. Son premier acte fut un nouveau traité avec l'Autriche, à la date du 30 décembre 1758, qui subordonnait la France à ses convenances, et mettait à sa disposition nos finances et nos armées.