‹ Les guerres sous Louis XV (volume 3)Chapitre 13 sur 20 · CAMPAGNE DE FREDERIC · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE FREDERIC

Janvier. — L'armée autrichienne repliée en Moravie.

Mars. 4. M. de Fermor à Thorn et Elbing. — 15. Frédéric quitte Breslau, afin de couvrir le siège de ScliAveidnilz.

Avril. Au commencement du mois, différents corps russes s'avancent par la Pologne et la Lithuanie pour renforcer M. de Fermor, successeur du maréchal d'Apraxin. — 1^''. Siège de Schweidnitz. — 16. Capitulation de cette place. — 20. Daun, au camp de Skahtz, forme plusieurs détachements pour observer le roi. Frédéric II à Reichenbach. — 23. A Frankestein. — 28. Le prince de Deux- Ponts, à Bayreuth, prend le commandement de l'armée de l'Empire. Position de la France en expectative de ces événements. M. de Soubise, après avoir quitté la Hesse au mois de février, est remplacé parM.de Broglie, puis par M. Dume.snil.

Mai. — Emplacements des corps prussiens. — 5. Daun à Leutomisch. — 15. Le prince de Deux-Ponts arrive, le 19, à Egra et en part le 22. — 21. Le prince Henri de Prusse à Zwickau, le général Driesen en Franconie. — 23. Daun à Zwittau. le 24 à Gewitz. — 27. Tranchée devant Olmutz. — 29. Le prince de Deux-Ponts à Saatz, réuni à Serbelloni. M. de Fermor sur la rive gauche de la \'istu!e.

Juillet, le". Daun à Gross-Teinitz. Frédéric II en lève le siège. — 4. Daun, de Gross-Teinitz, repasse la Morawa. — 5. Dohna passe l'Oder à Schwedt et repousse Romanzow, détaché par Fermor, qui campe en Posnanie, envoyant des détachements vers l'Oder, sur Francfort, sur Crossen. — 11. Frédéric II à Konigsgratz. — 20. Le prince de Deux-Ponts marche à Brix, à Toplilz le 30. — 22. Le maréchal Daun campe à Lipezan;le 30, il s'avance près de Schmirschitz. — 26. Le roi de Prusse quitte Konigsgratz, se replie sur Neustadt le 28. — 27. Les Suédois entrent dans Peenemunde. — 30. Le comte de Hamilton s'en empare.

Août. 3. Frédéric II se retire. — 8. Le prince Henri de Prusse décampe de Tschopa pour couvrir Dresde. — M. de Fermor s'avance sur l'Oder, menaçant les marches de Brandeburg et la Silésie ; il traverse la Wartha et campe à Landsberg. — 10. Daun sur Dresde. Loudhon précède Daun. — 11. Le roi part de Landshut avec 20,000 hommes, se portant contre les Russes. — Le margrave Charles est laissé en Silésie. Le prince de Deux-Ponts arrive à Kulm. — 15.

M. de Fermor se fait précéder par un détachement qui bombarde Kustrin, sans faire capituler la garnison. — 16. Le comte de Hamilton, campé près de la Peene, passe cette rivière et pénètre dans la Poméranie prussienne. — 17. Le prince de Deux-Ponts arrive à Péterswald. — 19. Frédéric II, marchant par Gawer et Francfort, rejoint Dohna vis-à-vis de Kustrin, sur la rive gauche de l'Oder. — 22. Le prince Henri de Prusse se replie à Sedlitz, entre Dresde et Pirna. — 22-23. Frédéric II feint de passer l'Oder sur les ponts de Kustrin. — 23-24. Décampe dans la nuit, traverse l'Oder près de Gustebise, puis remonte la rive droite jusqu'à Neudamm. — 24 au 25. Fait passer le ruisseau de Mietzel à son avant-garde. M. de Fermor lève le siège de Kustrin. — 25. Frédéric II suit son avant-garde et attaque à Zorndorf l'armée russe. Il rejoint le margrave Charles à Grossenhayn pour opérer contre l'armée autrichienne, commandée par le maréchal Daun. — 26. M. de Fermor rallie son armée jusqu'à Landsberg. — 27. Frédéric se poste à Tainsel. Le prince de Deux-Ponts à Pirna. Le comte de Hamilton se remet en marche sur plusieurs divisions qui se rejoignent dans les premiers jours de septembre dans la marche de Brandeburg. — 31. M. de Romanzow rejoint Fermor à Landsberg.

Septembre. X"'. Frédéric II à Blumberg. Daun à Radeberg. — 2. Le roi laisse Dohna pour observer les Russes et part de Blumberg. — Le prince Henri de Prusse quitte Sedlitz. — 3. Le prince de Deux-Ponts devant Sonnenstein, s'en empare le 5. — 5. Daun à Stolpen. — 9. Frédéric II à Grossenhayn; entre, le 11, dans Dresde. — 17. M. de Hamilton s'étend jusqu'à Zedheniclv et Fehrbellin, projetant de se réunir aux Russes ou aux Autrichiens. — 18. Le général Wedel détaché pour s'opposer aux Suédois (12,000 hommes}. — 21. M. de Fermor décampe de Landsberg pour s'approcher de Colberg. — 22. M. de Wedel arrive à Oranienburg. Les Suédois se retirent à Neu-Ruppin.

Octobre. 4. Le général de Wedel à Loitz ; le 18, il s'avance à Templin pour observer les Suédois. — Le général Ilarsch investit Neisse. — 7. Daun près de Weissenberg, pour couper au roi de Prusse le chemin de la Silésie. — 9. Frédéric II à Bautzen ; il s'avance, le 10, à Hochkirchen ; après avoir reçu des renforts, il marche à Weissenberg. Le prince de Durlach est placé par Daun à Reichenbach pour résister au général Retzow. — 10. Le général Siskowitz occupe le Stromberg pour fermer au roi la route de Silésie. — 13-14. Loudlion, à la gauche de l'armée autrichienne, attaque l'aile droite des Prussiens, s'empare des batteries de Hochkirchen. — 14. Frédéric II se retire à Klein-Bautzen et à Doberschutz. Retzow échappe au prince de Durlach et rejoint le roi. — Le maréchal Daun, vainqueur, se retire le soir dans son camp, et le 17 à Wurschen. — 21. Le prince Henri de Prusse amène une partie de son corps au roi; il laisse Itzemplitz opposé à l'armée de l'Empire. — 24-25. Le roi tourne la droite du maréchal Daun. — 26. Daun à Landscronberg. — 27. Le roi à Gorlitz ; il entre en Silésie pour dégager Neisse. — 28. Le général Harsch ouvre la tranchée devant Neisse.

JSovembre. 3. Le prince de Deux-Ponts quitte Pirna, se dirige sur Freyberg. — 6. Itzemplitz se retire sous Dresde. — 6-7. Le général Harsch lève le siège deNsisse. — 7. Daun passe l'Elbe et, le 9, paraît en vue des faubourgs de Dresde. Le général de Ville abandonne le blocus de Kosel. — 9-10. Schmetten brûle les faubourgs de Dresde. — 11. Haddick à Eulemburg; le 13, il s'avance près de

Torgau pour l'itivesUr. — 13. Dolina et Wedel reviennent en Saxe, remportent un avantage sur Haddick près d'Eulemburg. — 15. Le prince de Deux-Ponts marche sur Leipsig; le 21, après la défaite de Haddick, il rétrograde et campe à Zwickau, et le 24 prend ses quartiers d'hiver en Franconie. — 16. Daun quitte Dresde et campe à Gishubel. — 20. Le roi, après avoir quitté la Silésie, arrive à Dresde, harcelé par le général Loudhon. — 21. Le comte Hamilton marche à Passevalk et, le 28, se retire à Ferdinandshof. Décembre.!". Le général Lantigshausen marche à Anclam. — 10. Le lieutenantcolonel Peclin chasse les Prussiens de l'île d'Usedom. — Les Suédois se mettent en garnison dans Anclam et Demmen, et prennent leurs quartiers d'hiver aux environs de Stralsund et de Gripswald. Le roi de Prusse donne ses ordres pour les quartiers d'hiver et revient à Breslau. — 31 . Dohna essaye de prendre les Suédois à revers et attaque Dammgarten, dont il s'empare le lendemain.

La campagne de 1758 allait s'ouvrir dans cette situation favorable pour Frédéric : un changement de ministère en Angleterre lui votant un subside annuel. Tl se sentait donc appuyé : il lutte, avec cinq millions de sujets, contre deux grandes puissances; il déploie dans cette nouvelle guerre les mômes qualités qu'il avait montrées dans les précédentes. Quelquefois battu, jamais découragé, il répare ses pertes avec une incroyable célérité; il étonne l'ennemi par la rapidité de ses marches. Ses soldats et lui, toujours infatigables, surprennent leurs ennemis et leur font éprouver des revers qui rendent leurs victoires inutiles. La position, malgré les succès delà fin de 1757, restait toujours délicate. Les Russes s'étaient remis en mouvement; les ambassadeurs de France et d'Autriche réussissent à ranimer la haine de la czarine Elisabeth et à vaincre le parti du grand-duc héritier, favorable à la Prusse et à l'Angleterre; le chancelier Bestucheff est arrêté et remplacé parWoronsoff, partisan de Vienne et de Versailles. Le maréchal Apraxin, révoqué, a pour successeur le général Fermor, qui rentre en Prusse dès le mois de janvier 1738, s'empare de Rônigsberg, se préparant à traverser le Brandeburg pour faire sa jonction avec les Autrichiens dans la Silésie ou dans la Saxe. Poursuivant sa marche à travers l'Ost prussien, le A mars, il occupait Thorn et Elbing, en s'avançant sur la Vistule.

Tandis que ses ennemis revenaient à la charge, Frédéric n'avait pas perdu son temps. Dès le mois de janvier, M. de Werner, détaché dans la haute Silésie, forçait les Autrichiens à se replier en Moravie, de sorte que les Prussiens occupaient Troppau et Jagern-

dorf. Vers le 15 mars, Frédéric, profilant de l'hiverpour réparer ses pertes, avait complété ses régiments et se trouvait en mesure de tenir tête à ses ennemis dans la Poméranie suédoise, en Prusse, en Silésie, en Bohême et en Moravie. La campagne s'ouvre, tandis que le prince Ferdinand de Brunswick chasse le comte de Clermont de Hanovre, de la Hesse et de l'Ost-Frise; Frédéric est cantonné entre Hirschberg et Friedland, pendant que le général Fouquet repoussait le général Jahnus du comté de Glatz et prenait position entre Wunschelburg et Neurode. Son corps et celui du roi partent, le 13, de Breslau pourLandshut, afin de couvrir le siège de Schweidnitz, unique conquête qui restât aux Autrichiens en Silésie.

La tranchée est ouverte dans les formes devant cette place. Le 1^'^ avril, le général Treskow et le colonel ingénieur Balby en commencent le siège contre le comte de Tierheim, décidé à une défense vigoureuse; cependant, le 16, la garnison se rend prisonnière de guerre, après s'être maintenue longtemps dans différents forts (1),

Le roi de Prusse profite de la reddition de cette place pour dérober par des marches au maréchal Daun, campé , le 20, à Skalifz en Bohême, vers les frontières de Silésie, ses vues sur Olmutz, capitale de la Moravie. Son armée se rassemble à la fin d'avril près de Neisse. Le corps du général Fouquet, campé dans le comté de Glatz, masquait la marche des troupes, qui, vers le 15, arrivaient dans les environs d'Olmutz, avec leur quartier général à Littau et destinées au siège d'Olmutz. Le maréchal Daun, de son côté, s'avançait à Leutomisch.

Le 23, le roi, établi à Frankestein avec son armée, se dirige sur Neisse.

Tandis que ces opérations avaient lieu du côté de la Moravie, Frédéric laissait une armée en Saxe sous les ordres du prince Henri son frère , et Daun confiait le corps de troupes de Bohême, sur les frontières de Saxe, au maréchal Serbelloni pour l'observer,

(1) Colonel Balby, qui dirigea le siège de Schweidnitz, ingénieur distingué, avait assisté en qualité de volontaire à celui de Berg-op-Zooni (1747). On ne pouvait lui refuser beaucoup de connaissances dans son art, mais avec trop d'attachement aux anciennes méthodes et à ses opinions ; aussi les ingénieurs ses subordonnés furent-ils obligés, ainsi que les officiers d'artillerie, d'obéir aveuglément à ses ordres. (1758. Retzow.)

appuyé par l'armée de l'Empire rassemblée à Bayreuth, qui s'avançait en Bohême sous le prince Frédéric de Deux-Ponts, afin d'être à portée de donner la main à Serbellonni.

Personne ne supposait au roi de Prusse le dessein d'assiéger Olmutz après la prise de Schweidnitz. En effet, Olmutz pris, Prague et tout le royaume de Bohême lui appartenaient; par suite de l'occupation de cette place, Daun se voyait obligé de prendre une position qui défendît Vienne, l'Autriche et la Hongrie.

Le 3 mai, Frédéric débouche dans la plaine d'Omultz par Sternberg et se porte près de Prosnitz, tandis que le prince Maurice d'Anhalt-Dessau s'établit sur la rive droite de la Morawa près de Liltau. Le maréchal Keith arrive devant Olmutz par Liebau, après avoir passé par Jagerndorf; enfin lemargave Charles était sur la rive gauche de la Morawa prés de Neustadt. Alors le maréchal Daun quitte Skalilz et arrive, le 5, à Leutomisch, pour essayer de couper les communications des Prussiens avec la Silésie. Le 21 mai, le prince Henri de Prusse rassemble 24,000 hommes à Swickau, se met en mouvement, détachant le général Driesen, qui pénètre en Franconie, pendant que, le 23, Daun, s'avançantsurZwittau, se trouvait à Gewitz le 24, et que le prince de Deux-Ponts, arrivant à Saatz, se réunissait au feld-maréchal Serbelloni avec une armée de 50,000 hommes. M. de Fermor est toujours sur la rive gauche de la Vistule avec 40,000 hommes. On peut se rendre compte d'après ces mouvements du plan gigantesque, mais difficile et dangereux, du roi de Prusse, car Olmutz est une forteresse imposante; Daun y avait jeté une garnison d'élite, sous le général Marshal. Artillerie, munitions y étaient en abondance; néanmoins toutes ces difficultés n'arrêtèrent pas Frédéric, qui pendant tout le mois de mai battit la place, en attendant la grosse artillerie attendue de Silésie.

Le 27 mai, le maréchal Keith ouvre la tranchée devant Olmutz, et le siège est poussé avec vigueur. Pendant ces opérations, Daun marchait en Moravie et s'approchait de l'armée prussienne , bien résolu de faire lever le siège, mais aussi avec l'intention de ne point risquer une bataille dont la perte pouvait être funeste à la maison d'Autriche. Quand tous les moyens de faire lever le siège seraient épuisés, il se proposait surtout de resserrer les subsistances, qui commençaient à manquer dans le camp ennemi.

Pendant ce temps, le général Driesen, partant de Bayreuth et se

repliant sur Plauen, y arrivait le 12 juin ; le maréchal Daun à Gewitz le 16, campait à Evvanowitz le 18, pendant que Frédéric refoulait à Prosnitz la plus grande partie des troupes de Neustadt et de Littau.

Le 18 juin, à "Wisternitz près Olmutz, le général Saint-Ignon remporte un avantage sur les Prussiens. La garnison faisait de fréquentes sorties, et avec succès. Daun trouve même moyen de jeter dans Olmutz un renfort de 1,200 grenadiers; le secours, commandé par le général Bulow, se joint au général Marshal, qui résiste vigoureusement. Ainsi, malgré les savantes combinaisons de Frédéric, le siège traînait en longueur, et les subsistances et munitions, tirées de Silésie, devenaient rares. De plus, Daun, ayant avis que leur armée attendait un convoi considérable de quelques milliers de chariots chargés de vivres et de munitions, qui défilait déjà de la Silésie par Neisseet Troppausous Tescorte de 13 à 14,000 hommes, détache les généraux de Loudhon et Siskowitz avec un corps d'égale force pour attaquer le convoi par deux endroits différents.

Frédéric pressant l'arrivée de ce convoi devenu nécessaire, Ziethen se porte au-devant de Kosel et de Neisse le 21, pour protéger ce transport; mais Daun était secondé par ses troupes légères, la nature du pays et l'habileté de Loudhon, homme de tête et d'expérience. Gagnant MugUtz pour arriver à Hof , le convoi, parti de Troppau le 26, est attaqué, le 29, dans le défilé entre BautschetAlt- Liebau. L'escorte fut anéantie; plus de 3,000 hommes restèrent morts; le général Putkammer, grand nombre d'officiers et soldats furent pris par Loudhon, avec 6 pièces de canon. Le général Siskowitz, de son côté, s'emparait de 2 B. de grenadiers et d'artillerie. Mais 250 chariots chargés d'argent furent sauvés parle général Krokow, commandant l'avant-garde. Le convoi détruit, Ziethen est obligé de se retirer avec les débris de l'escorte à Troppau en Silésie. Cette perte et la position imposante de Daun déterminèrent le roi à lever le siège d'Olmutz. De graves complications se présentaient alors sur la frontière de Russie.

Le 20, Fermor s'approchait des frontières de la Poméranie, de sorte que les Prussiens avaient dii abandonner le blocus de Stralsund et rentrer dans le Brandeburg, afin de n'être pas surpris par les Russes, laissant ainsi les Suédois libres de camper à Gripswald. De plus, Daun arrivait à Gross-Teinitz pour secourir Olmutz.

Toutes ces causes déterminèrent Frédéric à lever le siège de cette dernière place dans la nuit du 1" au 2 juillet. Il s'avance alors sur la Bohême par Ronitz, Tribau, Zwitlau et Leutomisch, où il stationne le 6. De son côté, Daun, de Gross-Teinitz, repasse la Morawa et marche à Drahonowitz, campe le 7 à Konitz, le 8 à Gewitz, le 9 à Poliezka, le 11 àSebranitz; il en part le 12, et passe l'Elbe à Pasdubitz le 17. Dans cette marche par une route parallèle à celle des Prussiens, une rencontre eut lieu le 15 juillet, où les Autrichiens obtinrent l'avantage. Cependant celte retraite du roi de Prusse n'avait point l'air d'une fuite; mais sa marche, une des plus savantes dans les fastes militaires, ne se lit pas sans de grands dangers; continuellement harcelé, partout il fit tête. Le 16, il s'arrête à Konigsgratz, d'où il chasse le général Bukow, et le 26, toujours resserré par les Autrichiens etforcé dans ses retranchements, il quitte Konigsgratz, se détermine à entrer en Silésie, et campe en avant de Neustadt; le28, il se replie derrière cette ville, tout en ne négligeant aucune occasion de se débarrasser de la poursuite de ses ennemis. Dans lanuit du 30 au 31 , les Autrichiens, Croates et Bavarois, sous les ordres de Kleefeld, sont attaqués par les Prussiens dans leurs retranchements de Brix et de Toplitz, mais ils les repoussent avec de grandespertes. Par suite de cet insuccès, laretraite,dutcontinuer.En août, le roi de Prusse se relirait, pas à pas, à Kolitz ou Skalitz le 3, à Politz le 5, à Friedland et Landshut le 7; mouvements rendus nécessaires par les manœuvres des Russes, ainsi que par celles des Suédois, maîtres de Peenemunde depuis le 27.

Frédéric, du camp de Schmirsitz, mettant son armée en marche, effectue sa retraite et parvient, quoique suivi sur les flancs et en queue par des corps considérables, à franchir les défilés qui conduisent de Moravie en Bohême. « La retraite du roi a été nécessitée par la position qu'avait prise Daun et celle qu'occupait Loudhon. On ne peut qu'admirer l'aptitude, le sang-froid avec lesquels s'est opéré ce mouvement. Mais si, comme le prétendent les écrivains prussiens , Frédéric ne l'eût fait que pour porter la guerre en Bohême, ce serait une opération fausse. » (Napoléon.)

Le 10 août, Daun poursuivait ainsi les Prussiens; mais, au lieu de s'engager dans la Silésie, il tourne vers la Saxe, sur Dresde, par Gitschin, Turnau, Reichenberg, Zittau , Gorhtz , Reichenbach, Baulzen et Konigsbruck, où l'armée du prince Henri, qui n'était

que de 20,000 hommes, avait été forcée par l'armée des cercles, sous le prince de Deux-Ponts, à se retirer vers Dresde. Loudhon précédait Daun vers Francfort-sur-l'Oder, pour observer le margrave Charles : la Saxe, en effet, était le point faible des positions prussiennes, et c'est vers son occupation que tendait l'Autriche, pour qu'une fois maîtresse de Dresde et, par suite, de l'électoral, elle marchât sur le Brandeburg, le cœur de la monarchie prussienne.

A ce moment, Fermor, à la tête des Russes, continuait de s'avancer vers l'Oder, menaçant également les marches de Brandeburg et la Silésie, avec ordre de s'approprier le royaume de Prusse. Déjà Kustrin est en cendres, malgré les efforts de sa courageuse garnison, qui refusa de capituler. Laissant le margrave Charles en Silésie vis-à-vis de Daun, Frédéric part deLandshut le H août, à la tête de 20,000 hommes, et joint, le 22, l'armée de Dohna, campée à la gauche de l'Oder vis-à-vis de Kustrin.

Le 23, il feint de vouloir passer le fleuve sur les ponts, décampe la nuit, traverse l'Oder plus bas près de Gustebise, et remonte la rive droite jusqu'à Neudamm.

Instruit du mouvement de l'armée prussienne et voyant ses communications coupées avec le général Romanzow, Fermor envoie au général Braun, qui venait d'amener à Landsberg l'armée d'observation, l'ordre de se joindre à lui; il lève le siège de Kustrin, se porte près de Quartschen et forme son armée en carré long avec des angles rentrants et saillants, suivant l'usage introduit par le maréchal de Munich pendant les guerres contre les Turcs, ordre de bataille qui, employé dans de grandes plaines, contre une cavalerie nombreuse, n'avait plus ses avantages. Les Russes ne sont plus séparés de l'ennemi que par le ruisseau marécageux de la Mietzel.

Le 25, l'infanterie et la cavalerfe prussienne passent la Mietzel, près de Quartschen, pendant la nuit, et les batteries des Prussiens attaquent aussitôt. Cette canonnade met bientôt le désordre dans les bagages des Russes, au point qu'on fut obligé de les transporter derrière l'armée. La cavalerie russe, qui s'était aussi retirée, profitant de ses avantages, se jette sur le flanc de l'infanterie prussienne formant l'attaque, et la culbute pendant que la cavalerie prussienne se tenait encore dans l'éloignement du côté de Zorndorf. L'infanterie russe rompt alors son ordre de bataille en poursuivant l'aile gauche des Prussiens qui était battue; mais la cava-

lerie prussienne, avec Seydlilz, charge celle des Russes et fond ensuite sur l'infanterie. Le carré de bataille russe s'étant bien vite refermé, les progrès des Prussiens furent arrêtés de ce côté. Ces derniers prirent alors une nouvelle position où, dès la première attaque , l'aile gauche fut rejetée vers les cuirassiers russes, qui s'emparèrent momentanément d'une batterie, aussitôt reprise par les gardes du corps et les gens d'armes commandés par Seydlitz. Les cosaques, les dragons et les hussards russes, qui s'étaient jetés sur l'aile droite des Prussiens aussi bien que sur la batterie d'artillerie, ne furent pas plus heureux, parce que les cuirassiers, dragons et hussards prussiens les poursuivirentjusquedansie marais près de Quartschen. Pendant ce temps, les Prussiens, faisant] un changement de front vers le village de Zieher, gagnèrent le terrain occupé par l'aile gauche des Russes.

Le combat, commencé à 9 heures du matin, continua jusqu'à 8 heures 1[2 du soir.

Le 26, 'les Russes formèrent enfin leur ordre de bataille, la gauche vers Wilkersdorf, occupant les bois de Drewitz. Le 27, ils marchèrent sur Klein-Kammin, où se trouvaient leurs gros bagages. Ils se retranchent, reculant jusqu'à Landsberg, et sont rejoints, le 31, par M. deRomanzow, qui, avant la bataille deRustrin, s'était porté avec 10,000 hommes vers Schwedt. De part et d'autre, l'acharnement fut terrible, une sorte de rage précipitait les deux armées l'une contre l'autre. On prétend que les Russes perdirent 18,600 hommes et 2,000 prisonniers; les Prussiens, 10,000 et 1,500 prisonniers. Avant la bataille, Daun, qui projetait déjà sa tentative sur la Saxe, écrivait au comte de Fermor (c de ne pas se compromettre, surtout de ne pas risquer l'action contre un ennemi rusé qu'il ne connaissait pas encore, mais de gagner seulement du temps jusqu'à ce que l'expédition en Saxe eût réussi. » Le courrier fut enlevé, et Frédéric répondit de sa main au maréchal : « Vous aviez raison, le général Fermor a tenu ferme et a été battu. » «Les charges à la baïonnette et les grandes mêlées, dit Jomini, n'ont lieu ordinairement que dans les relations; à Zorndorf, elles existèrent réellement sur le champ de bataille. Frédéric en a donné la certitude lui-même, et mille témoins l'ont confirmé (1). »

(1) Traité des grandes opérations militaires.

Il est difficile de trouver dans les guerres modernes une bataille où la cavalerie ait combattu avec autant de bravoure et d'acharnement, et où l'ennemi se soit défendu avec plus d'opiniâtreté : on eût dit que les deux partis avaient juré de ne faire aucun quartier. Les hussards de Ziethen traversèrent plusieurs fois les B. qui les entouraient; les cuirassiers semblaient acquérir une nouvelle vigueur dans la mêlée. Toute l'aile droite des Russes fut en partie hachée, et le reste culbuté dans le marais de Quartschen; la confusion était grande dans leur armée ; le désordre fut porté à son comble lorsque les fuyards tombèrent sur les bagages, ils y enfoncèrent les tonneaux d'eau-de-vie et se livrèrent à tous les excès imaginables (1).

On chanta victoire des deux côtés ; les Prussiens, comme les Russes, firent des prisonniers, prirent des canons; mais ces derniers restèrent sur le champ de bataille, bien que les troupes du roi de Prusse fussent supérieures à celles des Russes, qui, à celte mémorable journée, n'eurent pas toutes leurs forces réunies.

Les Russes avaient gagné la frontière de Pologne. En marche le 10 août, précédé du général Loudhon (2) et se dirigeant par Gitscbin, Turnau, Reichenberg, Zittau, Gorlitz, Reichenbach, Bautzen et Konigsbruck, le feld-maréchdl Daun arrivait le r"" septembre près de Radeberg, à quelque distance de Dresde; le 5, il occupe

(1) Celte journée laissa une telle impression dans l'année prussienne, que les recrues furent longtemps difficiles à lever, et toujours à condition de ne pas servir contre les Russes, par l'effet que produisit leur férocité dans le combat. Un grenadier, auquel on demandait combien son régiment avait perdu, disait : (Je ne sais; mais avant nous étions 160 dans ma compagnie, et après, 18. >>

(2) Loudon ou Laudhon ou Loudhon (Gédéon-Ernost), d'une famille noble du comté d'Ayr i^Écosse) qui, au quatorzième siècle, s'établit en Livonie. Né à Tootzen (Livonie) en 1716; entra au service de Russie en 1734, dans l'armée envoyée dans les Pays-Bas par l'impératrice Anne. Ces troupes, arrivées jusqu'au Rhin, revinrent sur !e Dnieper à la paix. De 1736 à 1739, sert sous le maréchal Munnich. A la paix, passe au service d'Autriche après s'être présenté à Frédéric, i[ui lui tourna le dos en disant : '< Sa physionomie ne me plaît pas. » ce dont il eut lieu de se repentir. En 1743, obtient à Vienne un corps franc; en 1744, au passage du Rhin avec le duc de Lorraine ; échappe par miracle à la journée de Lowositz ; se dislingue au blocus de Prague, à Hochkirchen; en 1759, bat Frédéric à Kunnersdorf ; en 1760, à Landshut; cette même année, perd la bataille de Liegnitz; s'empare de Belgrade; généralissime; mort en 1790. [Loudon Lebengeschichte.)

Stolpen pour combiner ses opérations avec l'armée impériale à Pirna.

Le prince Henri décampe de Sedlilz et s'établit près de Maxen, d'oîi il couvre Dresde. Si ses ennemis avaient bien manœuvré, il n'eût pu leur échapper. Mais, au lieu de ramasser ses corps détachés avec les généraux "Haddick, Guasco, Lombasie et Lusinsky, le prince de Deux-Ponts prend le fort de Sonnestein, et les deux chefs perdent leur temps en conférences, alors qu'ensemble Impériaux et Autrichiens devaient écraser les Prussiens. Frédéric suivait M. de Fermor jusqu'à Blumberg, où il campe ; sachant Daun arrivé à Radeberg, à 20 kilomètres de Dresde, il laisse Dohna dans la nouvelle marche pour observer les Russes, et part de Blumberg, avec une partie de son armée, pour aller au secours du prince Henri, dont il connaissait la situation critique. Le 9 septembre, il arrive près de Grossenhayn en Saxe^, y est joint par le margrave Charles, entre dans Dresde le H, établit son quartier général à Reichenberg, pendant que le général Retzow (1) tient tête à Loudhon, qui, le H, renonce à ses projets sur Dresde, où le prince Henri par ses combinaisons évitait de se compromettre avec l'armée de Daun, placée vis-à-vis de lui, et celle des cercles, qui agissait sur ses flancs. Ainsi, le 12 septembre, l'armée prussienne est réunie à Eschdorf; elle s'avance, le 13, au-devant du maréchal Daun, campé à Schonfeld, et dégage ainsi Dresde et le frère du roi.

Ce ne fut qu'à la mi-septembre que le général Fermor commença ses dispositions pour pénétrer dans la Poméranie prussienne. Jusque-là il était resté dans les environs de Zorndorf et de Landsberg; mais, le 21, il marche à Stargard et fait mettre le siège devant Colbergpar le général Palmbach,

Du 26 au 27, cette ville, défendue parle major Heyden, quoique bombardée, reçut plusieurs assauts inutiles, à la suite desquels le siège fut levé le 28, en face de l'amiral Mischukof , qui parut en rade avec la flotte russe et suédoise. Les Russes évacuent la nouvelle marche et la Poméranie; les cosaques, avant leur départ, mi-

(1) Retzow, lieutenant général, originaire de Brandebuig. Se distingue en 1742, 1745, 1758. Frédéric l'appelait son « petit Coibert ». Attaqué de ladysenterie après Hochkirchen, et obligé de suivre la colonne du prince Henri à travers les montagnes jusqu'à Schweidnitz, il y mourut en arrivant.

rent tout ;\ feu et à sang. L'armée de Fermor hiverne en Prusse et en Pologne, pendant que M. Hamilton reprend Demmin, évacué le 17; alors les Suédois campent à Prentztow, après avoir abandonné Anclam, qu'ils réoccupent le 21.

Malgré l'insuccès de sa première tentative et même après le retour du roi de Prusse de l'expédition contre les Russes, Daun n'avait pas perdu de vue la prise de Dresde. Frédéric, obligé de diviser ses forces, envoyait le général Wedel à Loitz; le 18, il s'avançait à Templitz dans le Brandeburg avec un corps considérable pour faire tête aux Suédois, qui gagnaient du terrain. Dohna était au delfi de Kustrin pour observer les Russes. Cependant il n'y avait point d'apparence de prendre Dresde sans donner bataille au roi de Prusse. L'entreprise sur Dresde devenant douteuse, un corps considérable de troupes autrichiennes sous le général Harsch se présente pour investir Neisse en Silésie; par cette manœuvre, Daun, qui était, le 7, à Kitlilz en Lusace, près de Weissemberg, espérait couper,au roi le chemin de la Silésie, où les généraux Harsch et de Ville assiégeaient Neisse et Kosel.

Impatient de livrer bataille malgré son infériorité , Frédéric parvient à inquiéter Daun sur sa droite et ses magasins de Zittau en s'emparant de Bautzen; il le contraint à abandonner le camp de Stolpen et à se retirer sur Lobau ; puis, continuant sa marche sur la Silésie, il vient braver l'armée autrichienne à Hochkirchen.

Le 10 octobre, il marche droit à l'ennemi, qui occupait le Weissemberg. Son centre s'étend jusqu'à Rodewitz, sa gauche se prolonge depuis ce point jusqu'à Ritlitz près Weissemberg, et sa droite, formant un angle, occupe une suite de hauteurs que domine le village d'Hochkirchen, séparée de bois par une étroite vallée, baignée d'un ruisseau et de plusieurs étangs. Le général Brentaus, avec ses troupes légères, tient les hauteurs boisées de la droite et Creskowitz, sur le Stromberg, menace le Weissemberg. Ainsi sa droite s'étend par delà Hochkirchen, et sa gauche à Sarka jusqu'à Kolitz.

Le 11, Daun reconnaît la position des ennemis et attaque leur aile droite, malgré les hauteurs et le poste d'Hochkirchen qui la couvraient. Frédéric jugeait sa droite assurée; ayant fait travailler sans relâche à des retranchements et à des batteries, il ne comptait pas pouvoir être attaqué dans ce poste formidable. Le maréchal,

pour plus inquiéter le roi, dèsle 11, avait construit des abalis au bois à gauche, vis-à-vis de l'aile droite de l'armée prussienne, et établi des redoutes de distance en distance sur tout le front de son armée. Puis, dans la nuit du 13 au 14, laissant ses feux allumés, ilforme son armée en trois divisions. Loudhon, avec les troupes légères, renforcé de 4 B. et de toute la cavalerie, prendra les Prussiens en flanc et en queue à Hochkirchen; Daun en personne conduira vers le moulin l'infanterie de la gauche, et, tandis que le prince de Bade-Durlach forcera le détachement de Weissemberg, le duc d'Arenberg les secondera par une attaque contre la gauche des Prussiens. Au dernier coup de o heures de l'horloge du village, Daun et Loudhon fondent sur le camp ennemi, saisissent ses batteries, arrivent aux tentes, égorgent tout ce qui dort et ne peut fuir, toujours favorisés par un brouillard intense.

Cependant les Prussiens (1), chassés de Hochkirchen, se rallient et attaquent cette position en revenant trois fois à la charge; ils se rendent même maîtres d'une partie du village; mais comme c'était la position importante, les Autrichiens opposèrent la résistance la plus vigoureuse. Chassés de nouveau, leur droite put cependant se

(1) Duc de Brunswick (Frédéric-François), frère du duc Ferdinand et de la reine de Prusse, à l'âge de 26 ans, était déjà général-major commandant une brigade; a la tète emportée par un boulet ; distingué , il charmait par ses connaissances variées.

Prince Maurice d'Anhalt, blessé à Hochkirchen, fait prisonnier quand on le transportait à Bautzen; ne revint plus à l'armée; mort à Dessau; disgracié de la nature, d'une éducation négligée, ditlicile à vivre; mais sa bravoure à toute épreuve, sa vigilance infatigable, son exactitude dans le service, effaçaient tous ses défauts.

Anhalt-Dessau (Léopold d'Anhalt, prince d), né le8 juillet 1676; feld-maréchal de Prusse, sous le surnom d'Alte-Dessauer (Vieux Dessau) ; son frère était feld-maréchal, gouverneur de Berlin. Combat à Hochstedt; feld-maréciial en 1712. Frédéric II le prit en amitié, comme avait fait Frédéric-Guillaume; 1744, commande en Silésic; 1745, 15 décembre, gagne près de Hesseldorf la bataille qui livre aux Prussiens la capitale de la Saxe; accompagne le roi à Berlin et meurt à Dessau, le 9 avril 1747. Manières brusques, fort aimé du soldat.

Son fils, Léopold-Maximiiien d'Anhalt-Dessau, né le 25 septembre 1700; se distingue sous Frédéric, en obtient le titre de feld-maréchal ; mort le 20 avril 1751 .

Anhalt-Dessau (Léopold-Frédéric, prince d'), né à Dessau, 10 avril 1740; entre au service de Prusse sous Frédéric, pendant la guerre de Sept ans; prend, en 1758, le gouvernement de sa principauté ; en 1807, il sut gagner l'estime de Napoléon, qui exempta son pays de toute contribution militaire; mort le 0 août 1817.

retirer, protégée par le feu d'une nombreuse artillerie placée au centre de leur camp.

Le maréchal Keilh (1), qui commandait cette droite, périt criblé de balles; le général Rleist est tué.

Tandis que ceci se passait à la droite des Prussiens, le duc d'Arenberg attaquait leur gauche avec succès. Il y eut pendant la bataille des mouvements équivoques; mais les avantages des Autrichiens furent promptement rétablis par la valeur de leurs troupes. Les Prussiens vaincus de tous côtés, malgré le roi, qui se multiplie sur tous les points, gagnent les hauteurs derrière eux. A 9 heures du matin, le feu se ralentit, el ils se retirent dans la plaine de Predlitz. A 10 heures, tout étant fini, le maréchal Daun envoie Loudhon avec quelques régiments de dragons à la poursuite des Prussiens.

Ainsi le roi, renforcé par toutes les troupes qu'il pouvait tirer, fut surpris et battu à Hochkirchen par un ennemi inférieur en nom-

(1) Keilh (George), déclaré rebelle pour avoir, ainsi que son frère milord Maréchal, suivi le parti du prétendant; né en 1712, mort en 1778; entre au service d'Espagne; passe en Russie, puis près de Frédéric. Son éloge a été écrit par d'Alembert. {Œuvres, t. III.)

Son corps fut inhumé dans l'église de Hochkirchen, parles soins du maréchal Daun, avec tous les honneurs militaires. [WraxalVsmemoirs, contenant des détails très intéressants.) Dans la poche de son habit, on trouva cet état détaillé des forces du roi de Prusse :

Armée du roi

— du prince Henri

Corps du général Dohna. . . .

— Wedel....

— Fouquet..

— du prince de Bewern.

Ce qui représentait : le bataillon à 866 hommes : 136,828 hommes, l'escadron à 169 — 37,180 —

Bataillons.

Escadrons.

Sans compter le corps du général d'Oberg . . .

— le corps du prince d'isenburg. . .

— l'armée du prince Henri de Saxe.

Total 227,008 hommes.

bre. Si on avait pu exécuter tout le plan de Daun, le roi de Prusse n'aurait pu échapper à sa défaite totale. Ses pertes furent considérables, il perdit cent pièces de canon, parmi lesquelles dix de 24 et quarante-deux de 12; 28 drapeaux, quantité de munitions, d'atlirails de guerre et tout le camp, tentes et bagages. Il y eut beaucoup de généraux blessés, dont le prince Maurice d'Anhalt, fait prisonnier; plus de 10,000 hommes furent tués, blessés ou pris. Néanmoins Daun n'osa pas rester sur le champ de bataille; y laissant quelques troupes, il se retira dans son camp de Killitz. Malgré la prétention des Prussiens de lui donner le nom d'affaire d'avant-postes, d'action, de choc, cet engagement n'en est pas moins très préjudiciable à l'honneur de leurra armes; la Lusace resta témoin du triste état dans lequel l'armée prussienne fut réduite, et le pays en ressentit longtemps les suites désastreuses.

Cette victoire éclatante donna les meilleures espérances aux Autrichiens; on crut à la délivrance de la Saxe, à la prise de Neisse. Mais tout à coup le roi fait sa retraite vers Klein-Bautzen , s'établit dans une bonne position, laisse supporter les injures du temps à ses troupes sans tentes, sans abris, vis-à-vis de l'armée autrichienne, qui vint camper à Wurscheir, après avoir appelé à elle le corps du prince de Bade-Durlach. Dans cette position, le roi se renforce du corps et du train d'artillerie que le prince Henri, son frère, lui amène de la Saxe, laissant le général Itzemplitz à la tête de l'armée opposée à celle de l'Empire,

Dans la nuit du 24 au 25, il dirige d'abord sa marche sur Muskau ; ensuite tournant à droite, il prévient l'armée autrichienne à Gorlitz, où les deux armées prennent position le 26 ; celle des Prussiens était près de Gorlitz; celle des Autrichiens à Landscronberg, tandis que le général Navendorf occupait Bautzen pour entretenir les communications avec l'armée de l'Empire en Saxe.

Pendant ce temps, Frédéric courait en Silésie avec le secours que lui amenait le prince Henri (1), celui que Grimoar appelait

(1) Le prince Henri, frère de Frédéric I[, avait quatorze ans de moins que lui. H assiste à toutes les guerres des Prussiens pour la conquête de la Silésie, et coopère aux batailles de Prague et de Rossbach. En 1758, pendant l'absence du roi, commande l'armée de Saxe, la défend contre l'entreprise de Daun, et par ses bonnes dispositions couvre la retraite après Hochkirchen. En 1759, pénètre en Bohème; puis, par une habile incursion en Eranconie, facilite les entreprises du roi,

%0 LES GOEKBES SOCS LDOS XT.

la restMKree dm roi dans les cncrastaiires malhaireases. Dans la niDt dn 90 ocfoiite, Fkédétïc passe la ICeisBS, se jette sor Laoban, en dmgeaot ses équipages et ses 'vivres vecs Slanrabang sur la Qœis^ Cgiendanf Daan neerasaitdele hareder dans sa macdie, glace à F^Kiivitéde Loodhon; loiHn&ne avait 11^^ 3e suivre en Sléâe, mais fl anîva 5r::1ç:sr!:1 t'-l? quatre joars anx partes de Dresde.

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17&L, «tmwn Its ftvimeis, ftmufkmvs A BalB;«a 1^63, 1 raewat àTtaKemoK A ^@K hi IfataSe 4t Fn^ho^ b éetmait hÉÈt et cetle gHrre 4eScft aB&. Les llSèmerdL 11 Mai 1772, a twwailli m§hm ai|M mwiam partage êm Uxâteire §\iAm m aHic Tialhitte, h «Mae et h Prmsst. Cmfatîr furîiff a lieà raBgmKiiwl ée h Fh^mr, aaigM iriiitfrieah— ««1 «■ angeat «e ^alwaa. «léfHféeraefÉafiMidebSi£âeL.fik 17:;i,lMSfelaBnKjiiia[ iwJ«ii'riiiriri«iii 3a KanrBCTemii'ifim' par rjatnlKv If priaee Hem ciaiiti milc—f al la BéUbcl LepriMeiwsal,rwM— c Iw^anlif . a—ftjêwe,— — te» anilTSA, ■■■épar le «ka^âJsRfnciKsaHisctde IlifrtfaefcFrêteriR. Aprésht 4ffâipfc SâÊm It73t7% ^pà ■>« nri (ie nsâÔK la ftwee aa BEaadttaïqg. le ni aiait finsé smi saaéeCB deax ca>f& Aaat raafiitcai^ aa pnaee ht iif iM wic fc Prane. ^â, ttcmpteuat paa> liayartaBfle 4a parte fcrafctL, klarascafeverfor IsjiBtn- «Mnsu Citr rn—aaakaBaa uiiifiîii, 9 fid lëftA à aâne aa d «■apafifceaaBaayiie auirie ct»s fcijijr, ae «exaffiwcfaat ^'avee ] tr ItiiirTiir iiâ li iiii lial li iiijiiiiaiiii In fiiiii liiji à wriwdh aai saa frâe;i

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Itzemplitz se liait à la garnison. Malgré tous ces obstacles, on prit des dispositions pour le siège de cette place, et le général Schmettau, commandant cette ville, faisait de son côté ses préparatifs de défense.

Le 10, il mettait le feu au faubourg de Pirna, annonçant sa résolution de combattre de rue en rue, malgré la présence de la famille royale et électorale de Saxe, renfermée dans Dresde. Néanmoins la situation augmentait toujours de difficultés; car, le 14, le général Haddick, qui commandait les Impériaux sous les ordres du prince de Deux-Ponts, battit l'avant-garde prussienne à Torgau, et le prince de Holberg, à la tête d'un détachement de l'armée impériale, repoussa les Prussiens du pont d'Eulemburg sur la Moldaw. Du côté des Russes et des Suédois, au contraire, moins d'inquiétude; les Russes s'étaient retirés dans le royaume de Prusse ainsi que les Suédois, aussi les généraux Wedel et Dohna retournèrent-ils en Saxe dès le 13, et enfin le roi lui-môme, sur la nouvelle de la levée du siège de Neisse, arriva de la Silésie avec son armée, le 20. Cette concentration de forces et la rigueur de la saison déterminèrent Daun à renoncer à ses projets, et l'armée autricbienne quitta, le 16, son camp de Pirna pour prendre ses quartiers d'hiver. L'armée du prince de Deux-Ponts s'établit du côté de Zwickau, le 24, et dans une partie de la Franconie, bien que harcelée dans sa retraite par le corps du général Wede!.

Dans les derniers jours de novembre, la cavalerie prussienne prend ses quartiers à Hamburg, Weissensée et Langensalza ; l'armée s'étend de Pirna à Géra. Ainsi Frédéric, après avoir délivré Colberg, Kosel, Neisse, Dresde, Torgau, Leipsig, Sonnenstein, restait maître de la Saxe, de la Silésie et de la Poméranie. Le prince Henri reprenait le commandement de l'armée de Saxe, avec son avant-garde à Naumburg et Merseburg.

Frédéric, après avoir ordonné ses quartiers d'hiver, quitte Dresde le 10, se rend à Breslau, et les princes d'Isenburg et de Brunswick occupent les rives de la Werra et de la Fulda.

La guerre n'offrait plus à Frédéric que des dangers : l'abbé de Bernis, disgracié le 1" novembre, est remplacé par le duc de Ghoiseul; aucun choix ne pouvait être plus funeste à la Prusse. Sincèrement dévoué par sa naissance de Lorrain k la maison impériale, il s'empresse de convertir en une alliance offen-

sive le traité défensif du 1''' mai 1756. Par ce nouveau traité (30 décembre 1758), la France promettait tous ses efforts pour faire restituer à l'Autriche le comté de Glatz et laSilésie; elle s'engageait à assister l'Impératrice d'hommes ou d'argent, à fournir seule à la Suède le subside dont la cour de Vienne avait jusqu'alors supporté la moitié, et à tenir sur pied, en Allemagne, une armée pour combattre le roi de Prusse. La France garantissait aussi à la maison impériale la possession de tous les États prussiens que l'on pourrait conquérir sur le bas Rhin, promettant d'appuyer l'élection de l'archiduc Joseph comme roi des Romains. Tous les sacrifices se réduisaient pour l'Impératrice à la cession d'Ostende et de Nieuport, et à la renonciation à son droit de succession sur les duchés de Parme et de Plaisance, droit établi en sa faveur par le traité d'Aix-la-Chapelle.

Le duc de Choiseul enfin communique son ardeur à Saint-Pétersbourg, et bientôt Elisabeth accède au traité du 30 décembre.

Vers le même temps, des flottes russes et suédoises menacent les ports prussiens de la Baltique; Frédéric invoque l'alliance commune et demande inutilement une escadre anglaise pour les couvrir (1). Bientôt allait s'ouvrir la campagne de 1759, oia la

(1) Frédéric II créa, en 1758, une petite flotte pour protéger les îles d'Usedom et de Wollin contre les Suédois. Sous ses successeurs, la marine prussienne n'a jamais reparu; ce ne fut qu'en 1848 qu'elle reçut une impulsion inattendue et qu'on décréta une marine nationale allemande. Lors de la guerre du Danemark, il suffit de quelques petites frégates à voiles, de quelques corvettes, montées par des gens assemblés à la hâte, pour chasser de la mer du Nord et de la Baltique toute la marine des États allemands. Cinq ou six croiseurs danois bloquèrent les côtes de Memel à Emden, et le commerce maritime de Dantzig, Konigsberg, Stettin, Stralsund, Rostock, Lubeck, Kiel, Hamburg, Altona, Brème, fut interrompu pendant toute la durée de la guerre.

En 1864, elle s'augmenta un peu, assez du moins pour empêcher les vaisseaux danois d'entreprendre le blocus des côtes. Dans la guerre de 1870-1871, elle fut plus que timide. Elle se tint très prudemment retranchée dans les ports de Wilhemshaven et de Kiel, sous la protection des batteries de terre. Enfin elle est restée et restera longtemps encore hoi-s d'état de résister à une flotte du continent ; ce qui le prouve, c'est son impuissance vis-à-vis de notre flotte, quand elle croisa devant la petite île de Wangeroo». Elle est en progrès, du reste, après avoir été un objet de raillerie aux yeux de l'étranger.

On a souvent parlé des secrètes convoitises de l'Allemagne au sujet du Danemark. Le Golos disait, il y a quelque temps : «L'existence du Danemark, comme

fortune sembla vouloir épuiser contre lui toutes ses rigueurs.

État indépendant, est indispensable au maintien de l'équilibre dans le Nord. Tant que l'entrée de la Baltique est aux mains du Danemark, cette mer reste une mer libre et ouverte ; mais le jour où l'Allemagne commanderait le Sund, la Baltique deviendrait propriété allemande, ce que l'Europe ne pourrait tolérer. »

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