CHAPITRE XI
CAMPAGNE DE WESTPUALIE
(janvier à juin 1759).
Janvier. — M. d'Armentières commande l'armée du bas Rhin en l'absence de M. de Contades, qui arrive à Crefeld le 17. M. de Saint-Germain dans le comté de la Marck. — 18. Les ennemis annoncent des mouvements. — 20. Nouvelles dispositions. — 24. M. de Broglie à Francfort. — 30. L'ennemi se prépare à marcher de la haute Roer et du duché de Westphalie.
Février. 4. M. de Soubise part pour Versailles. Cantonnements. — 18. M. de Contades nommé au commandement des deux armées de Westphalie et du Mayn.
— 27. Le prince Ferdinand à Munster.
Mars.k. Les Prussiens chassent les Impériaux de Frauenwald. — 6. Le corps des Hessois à Fritzlar force les troupes de l'Empire et celles de l'Impératrice à rentrer en Franconie. — 13. M. d'Auvet dirij^é sur Hachenburg. — 22. Le prince héréditaire à Cassel. — 24. Les princes d'.\nhalt, Ferdinand et de Holstein.
Avril. — Dans les premiers jours d'avril, l'armée du prince de Deux-Ponts est obligée de retirer sa gauche. L'armée du prince Ferdinand communique avec celle du prince Henri, qui a ses quartiers sur la haute Saale et dans le Voigtiand. Le roi de Prusse ouvre la campagne en pénétrant dans la Bohême. — C. M. d'Armentières, sur la demande de M. de Broglie, dirige des troupes de Cologne sur Altenkirchen, où elles arrivent le 8. — 9. M. de Broglie rapproche ses régiments.
— 11. Il concentre son armée entre Vilbel et Bergen. — 12. Elle passe la nuit au bivouac. — 13. Bataille de Bergen. — 18. L'ennemi se retire sur Hungen. — 19. Régiment prussien de Fickenstein fait prisonnier. — 25. M. de Contades arrive â Francfort, en part le 2 mai, arrive à Crefeld le 4.
Mai. 4. M. de Broglie à Crefeld pour assembler l'armée du bas Rhin. — 10. Le maréchal de Contades sépare son commandement en deux corps. — 12. Inquiétudes de M. de Broglie. — 13. Le prince Henri entre Baireuth et Cuimbach. M. de Broglie remplacé par M. du Muy. — 15. Le corps hanovrien replié sur Fulda. Fischer à "VS' urtzburg. Le prince Henri sur Bamberg. Le prince de Deux-Ponts se retire à Schweinach. — Du 17 au 31. Marche du Rhin sur Marburg. — 20.
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M. d'Armentières passe le Rhin, arrive à Cologne. — 23. Le prince Ferdinand sur la Lippe. — 24. L'armée à Siegburg. — 25. A Hachenburg. — 27. A Neunkirchen. — 29. M. Dauvet à Breitenbach. — 30. A Biedenkopf. — 31. Toute l'armée à Wiesech. Le manque de subsistances force l'armée à l'offensive.
En 1759, l'armée du maréchal de Contades et celle du prince de Soubise, réunies en une seule sous le nom d'armée du bas Rhin, étaient partagées en deux corps; l'un, sous le maréchal de Contades, destiné à déboucher en Westphalie, devait opérer contre le prince Ferdinand de Brunswick, et l'autre, rester sur la défensive jusqu'à ce que les succès en Westphalie eussent obligé l'ennemi à abandonner le pays : alors ce second corps se rapprocherait du premier et lui ouvrirait la route de la Hesse.
L'armée de l'Empire, sous le prince Frédéric de Deux-Ponts, occupait la Franconie, la droite à Hoffet Asch; la gauche, renforcée desAutrichiens, étendue jusque dans le pays de Fulda, occupait les bords de la Werra depuis Meiningen jusqu'à Wacha.
Notre armée, jusqu'au mois de mai, est formée à la gauche du Rhin, la droite à hauteur de Cologne, la gauche au-dessous de Clèves,s'étendant jusqu'à la frontière de Hollande, sur la basseRoer et dans une partie du duché de Bergh; dans le comté de Neuwied, à la droite du Rhin; sur la Lahn, sur le Mayn, de Wertheim à Giessen.
Les principales forces des alliés (environ 80,000 hommes de toutes armes avec le prince Ferdinand, le corps hanovrien de 7 à 8,000, le corps du général Imhof, 12 à 15,000 ) étaient en Westphalie, à Munster, Paderborn, Arnsberg, Fritzlar, Eisfeld, et dans les environs d'Hildesheim.
La cour de Vienne venant d'envoyer de Bohême un corps de troupes pour hiverner dans la contrée de Fulda, à la gauche des quartiers de l'armée de l'Empire et à la droite de ceux de M. de Soubise , le ministre jugea le besoin des troupes demandées à M. de Contades moins urgent et en suspendit le mouvement le 9. D'ailleurs, Versailles était plus rassuré en ce qui regardait cette armée par son occupation de Francfort : 2 B. d'Enghien furent seulement destinés à l'armée du bas Rhin.
M. de Contades, impatient d'être maître de Coblentz et de sa citadelle, renouvelle encore ses demandes à l'électeur, qui continue
de s'y refuser, assurant cependant qu'en cas de nécessité absolue M. d'Auvet pourrait s'y retirer, pressé par des forces supérieures. En ce moment, J4 E. et quelques B., destinés à rentrer en France, se mettaient en route, et le maréchal de Conlades se disposait à se rendre à Versailles.
M. d'Armentières, désigné pour remplacer M. de Contades pendant son absence, était arrivé à Crefeld le 17; le maréchal partit le 19, après avoir autorisé M. de Saint-Germain à convenir, avec le commandant des troupes ennemies, d'une neutralité dans le comté de la Marck, à la condition, pour les habitants, de nous fournir les fourrages et les contributions demandées, et qu'aucune troupe française ni alliée n'entrerait dans leur territoire. Il avait à peine pris possession de son commandement, qu'on annonça l'arrivée des troupes anglaises à Munster, Tontes les dispositions prises par les ennemis depuis quelque temps, en Hollande pour des subsistances, à Arnheim pour l'achat de bateaux, laissaient supposer des intentions hostiles contre le bas Rhin : il prit donc toutes ses mesures pour réunir en six jours à Xanten 72 B. et 50 E.
En même temps on se détermine à occuper Francfort. Cette possession assurait , en effet , la défense du Mayn depuis Aschaffenburg jusqu'à Mayence, bien que la position des troupes dût subir quelques changements. C'est ce qu'exprimait M. de Vault dans sa lettre du io janvier au maréchal de Belle-Isle :
« L'occupation de Francfort par les troupes du roi cause un changement bien avantageux pour la défense du Mayn et pour la sûreté de l'armée, dans le cas où les ennemis exécuteraient avec des forces supérieures le grand projet qu'ils ont annoncé. Depuis que nous nous sommes emparés de cette ville, j'ai fait des reconnaissances plus particulières du pays qui l'avoisine, que je n'avais vu qu'imparfaitement. Il serait difficile de placer toute l'armée sous le canon de Francfort, principalement la cavalerie; il n'y a point de terrain favorable, mais il s'en trouve un près du village de Bergen, situé à une lieue et demie de la ville, lequel offre tous les avantages qu'on peut désirer : l'armée peut y être placée, la droite au Mayn, la gauche à la Nidda, au pont de Vilbel; l'espace entre ces deux rivières est d'environ une lieue, mais il s'en faut de beaucoup qu'on soit obligé d'occuper tout ce terrain. Le seul point d'attaque que cette position présente est resserré dans un espace
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depuis les hauteurs de la droite qui tombent sur le Mayn, près Bergen, jusqu'à un ravin profond et couvert de bois qui descend à la Nidda, près Vilbel. Ce poste a de plus l'avantage d'avoir avec Francfort une communication assurée par un pays ouvert et commode, couverte d'un côté par le Mayn, et de l'autre par la Nidda, petite rivière d'une bonne défense (1). »
Le 18, les ennemis annonçaient des mouvements prochains. Onparlait de projets de campagne d'hiver et de l'arrivée d'un corps prussien sur les frontières de la Saxe, destiné à s'avancer en Hesse ; mais, d'après M. de Serbelloni, les Prussiens n'avaient fait marcher que des détachements qui, à l'approche de ses troupes, s'étaient retirés derrière l'Unstrut (2).
Le 20, M. de Soubise eut des nouvelles plus positives des ennemis : ils travaillaient aux chemins de Brilon à Cassel par Stadtberg et Wolkmarsen, ainsi qu'à ceux de Paderborn à Warburg et Cassel, et les magasins de celte place devenaient considérables. De notre côté, la formation de nos dépôts de subsistances sur le Mayn était lente, faute de ressources, et la gelée, qui venait de nous obliger à lever les ponts de Hanau et de Mayence, allait encore la retarder. L'époque des glaces nous était autant contraire qu'elle pouvait être favorable aux ennemis, car, le 30 janvier, les troupes de la haute Roer et de Westphalie étaient prêtes à marcher.
Quoique le duc de Broglie fût arrivé à Francfort depuis le 24 pour remplacer M. de Soubise (3) dans son commandement, ce dernier retarda son départ ; mais les pluies succédèrent aux gelées, et, comme les ennemis restaient tranquillement dans leurs quartiers, pressé de nouveau de se rendre à Versailles, il partit le 4 février.
(1) M. de Vault au ministre. (D. G., 3511, 110.)
(2) Unstrut, rivière de Prusse, prend sa source au Dun-Lebirge, près de Dingelstadt, traverse le duché de Saxe-Cobourg, afflue à la gauche de la Saaie saxonne, reçoit la Wipper et la Helme à gauche, la Géra à droite, baigne Muhlhausen et Freyburg ; la Saale est grossie de l'Unslrut. De nombreuses batailles ont été livrées dans cette région, que les routes se dirigeant de la Saxe et de la Prusse rendent si importante au point de vue stratégique. Au nord-ouest, Rossbacb (1757) ; au nordest, Lutzen, Gustave Adolphe (1632) et Napoléon (1813).
(3) M. de Soubise, élevé à la dignité de maréchal de I<"rance, le 19 octobre 1758, après la bataille de Lutternberge, rappelé pour être chargé du commandement d'une armée destinée à passer en Angleterre, remet celui du haut Rhin à M. de Broglie, sous l'autorité du maréchal de Gonlades.
Versailles restait persuadé que les mauvais chemins et la difficulté du passage du Rhin ne permettraient pas aux ennemis cette entreprise, et que leurs mouvements tentés dans le bas Rhin seraient une diversion, tandis que leurs véritables opérations auraient lieu sur l'armée du Mayn.
Dans les premiers jours de février, des nouvelles de Hollande annonçaient, pour le 15 mars, l'exécution d'un projet de Pitt, cherchant à amener les États-Généraux à fournir 12,000 hommes; qu'une escadre' formidable devait débarquer 17,600 hommes sur la côte de Flandre; que le prince Ferdinand arriverait à la même époque sur le bas Rhin avec un corps de 30 à 40,000 hommes, passerait sur le territoire de la république et se porterait à Nimègue , pendant que les Anglais s'avanceraient sur le Brabant pour opérer leur jonction sur la basse Meuse avec le prince Ferdinand.
Quelque peu vraisemblables que fussent ces nouvelles, le maréchal de Belle-Isle en fit part à M. d'Armentières, et lui recommanda que, sans déplacer aucune de ses troupes, il eût à se rassembler et à prévenir le prince Ferdinand, en entrant comme lui sur le territoire hollandais. De son côté, M. de Belle-Isle prépare 20 B. et 4 E. pour Dunkerque, et 15 B. et 20 E. pour Gand, point le plus convenable pour marcher à Anvers ou sur Bruges (1). Ces deux corps pouvaient se soutenir mutuellement. Par suite de la non-réalisation de ces projets, les troupes prêtes à marcher en Flandre et dans le Brabant reçurent contre-ordre.
Du côté de l'ennemi, tout semblait donc se préparer à une entrée en campagne; les troupes de garnison allaient augmenter l'armée, qu'on évaluait à 40,000 hommes seulement; M. d'Isenburg, arrivé près de Gassel, avait fait marquer un camp entre cette place et Zwehren, et avancer de la cavalerie et de l'infanterie entre Witzenhausen et AUendorf; les Hessois avaient 6 B. et 2 régiments de cavalerie près de Rothemburg; 2 régiments de dragons et 3 B. étaient aux environs de Homburg, et les troupes légères du comté de la Marck, arrivées enHesse, ne se trouvaient plus nécessaires sur la basse Roer, par suite de la convention de neutralité conclue, pour ce pays, entre M. de Saint-Germain et le commandant hanovrien.
Peu de temps après l'arrivée du prince Ferdinand àPaderborn,
M. de Broglie apprit, par la voie de Munich, que le roi de Prusse ordonnait la formation d'un corps de 8,000 hommes de toutes les troupes en Saxe, pour joindre les Hanovriens et attaquer avec eux M. de Serbelloni, encore à Nuremberg, attendant le prince de Deux- Ponts. Si les nouvelles d'un débarquement prochain des Anglais sur les côtes des Pays-Bas se réalisaient, on pouvait supposer aux ennemis deux projets ; l'un, de tenter une descente entre Ostende et l'Écluse, dans le dessein d'attaquer Ostende ou Dunkerque; l'autre, de débarquer vers l'embouchure du bas Escaut, pour de là se porter sur Anvers et dans le Brabant, ou tourner sur la basse Meuse. C'est dans ces deux suppositions que l'on se préparait à porter un corps de 20 B. et 4 E. de dragons sur la côte de Dunkerque et d'Ostende, et à rassembler dans le Hainaut un deuxième corps de 15 B. et20E., avec la maison du roi, qui devait être dirigée sur Gand , également à portée de marcher à Anvers et sur la basse Meuse, ou de s'établir sur la côte maritime d'Ostende. Au premier corps, destiné à Dunkerque, serait attaché un équipage de 15 pièces, et au second, un de 10 pièces (1).
Cependant le bruit du mouvement de l'armée hanovrienne et des Prussiens non seulement s'accréditait, mais encore 6 B. et 3,000 chevaux prussiens arrivaient, le 27, à la porte d'Erfurt et sommaient M. de Guasco, qui capitula à la condition que le régiment autrichien de Geisvreck resterait dans la citadelle (Petersberg) et que le reste de la garnison se retirerait à Arnsladt. Indépendamment de ce coup de main, trois autres colonnes, aux ordres du prince Henri, se destinaient à la Hesse et au Mayn. C'était le moment pour M. d'Armentières d'empêcher les ennemis de se mettre à cheval sur laLahn. Le but de l'ennemi était évidemment de déloger l'armée impériale de ses quartiers, la saison étant trop mauvaise pour supposer l'intention de commencer la campagne ; cependant Fischer et Schomberg sont envoyés en avant avec les volontaires d'Alsace.
Fischer faisait savoir que les ennemis marchaient de Cassel à Hersfeld; alors M. de Broglie, persuadé que le prince Ferdinand voulait empêcher les Autrichiens de s'établir sur ce point, place les troupes de Fischer depuisHomburg, sur l'Ohm, jusqu'à Schlitz, sur la Fulda, avec ordre de communiquer par sa droite avec
l'armée de l'Empire et de pousser des patrouilles en avant le plus loin possible. L'occupation d'Erfurt avait obligé les Autrichiens d'évacuer Hersfeld, et le comte d'Avberg, qui avait amené quelques troupes sur les hauteurs de AVacha, fut obligé de se retirer, le 2, sur Dernbach, et le 3 sur Rall-Nordheim, tandis que le général Kolb, sous ses ordres, s'était replié sur Menningen , ainsi que les Impériaux occupant Eisenach.
M. d'Arberg aurait beaucoup désiré que M. de Broglie eût envoyé des forces de son côté pour le soutenir; mais il nous était impossible, dans la circonstance présente, de nous étendre par notre droite, notre gauche méritant une attention particulière.
Voici, d'ailleurs, quelles étaient, à celte date (r' mars 1759), les idées du duc de Broglie, telles qu'il les exprimait à M. d'Armentières (1) :
« Si les Prussiens marchent, je pense que leur but, après leur réunion avec les troupes hessoises qu'on a avancées entre la Fulda et la Werra, sera de faire reculer l'armée de l'Empire, de la pousser jusque vers Wurtzburg et de prendre Erfurt; et qu'en même temps le prince Ferdinand renforcera le corps de M. d'Isenburg pour le mettre en état de tenir l'armée du Mayn en échec et de l'empêcher par là de se porter vers Fulda, et donner de l'inquiétude pour leurs derrières aux troupes qui auraient poussé l'armée de l'Empire. C'est là ce qui me semble possible dans celte saison où les subsistances sont rares partout et où les mauvais temps qu'on doit craindre et les chemins, qui peuvent devenir très difficiles, s'il pleut, ne paraissent pas permettre de songer à commencer la campagne. Vous verrez cependant, par les nouvelles, qu'il y en a qui parlent d'un mouvement général de toutes les troupes prussiennes dans la Saxe et le Woiglland , et d'autres qui assurent que toute l'armée hanovrienne marche et que le prince Ferdinand ne laisse qu'un cordon devant l'armée du bas Rhin pour couvrir ses dispositions.
(( Quoi qu'il en soit, j'userai de la permission que vous m'avez donnée et je vous dirai que, dès que le mouvement des ennemis, soit sur l'armée de l'Empire seulement, soit en même temps sur celle du Mayn, sera décidé, je voudrais que vous avançassiez jus-
qu'à Altenkirchen sur la Sieg, avec un corps le plus considérable que vous pourrez, par le grand chemin de Cologne àLimburg; ce corps pousserait de gros détachements à Siegen et Hachenburg, qui pourraient en détacher d'autres en avant d'eux sur le chemin de Marburg et de Dillenburg conséquemment à la force et à la proximité des ennemis. Ce corps ne courrait aucun risque, puisqu'il aurait toujours sa retraite sur Cologne, et il incommoderait beaucoup les ennemis, qui seraient obligés, s'ils voulaient s'avancer sur Wetzlar, à le masquer par un corps considérable, afin d'assurer leurs derrières et les convois qu'ils seraient obligés de faire venir... Vous sentez combien cela les affaibhrait, et par conséquent de quelle utilité vous seriez à cette armée. Si elle n'avait à craindre que la marche des ennemis sur la rive droite de la Lahn, il serait possible de leur en rendre le passage difficile et de les empêcher de pénétrer en Wettéravie ; mais il y a apparence qu'on aurait alors des inquiétudes fondées du côté de Giessen et de Friedberg, qui obligeraient d'y donner toute attention; d'ailleurs, comme nous n'avons point de magasins sur la Lahn, il serait impossible de nous y assembler.
« Le corps dont je viens de vous parler, placé à Altenkirchen, semblerait être seul capable d'empêcher les ennemis de nous inquiéter dans cette partie; et c'est là, je crois, le seul service que vous puissiez nous rendre, mais qui serait très grand, puisqu'il nous délivrerait de toute inquiétude de ce côté-là. »
Pendant ce temps, les Prussiens avançaient toujours, et leur colonne, annoncée du côté de Weimar et de Zeitz, marchant sur Ilmenau, en avait chassé les troupes impériales, qui s'étaient retirées avec perte à Frauenwald dans des retranchements; elles furent attaquées de nouveau le 4 mars, et elles y perdirent quatre compagnies de grenadiers; le reste gagna la Franconie et les environs de Camburg.
Les Impériaux qui occupaient Fulda ne furent pas plus heureux; ils se laissèrent surprendre, le 6, par des hussards prussiens qui poussèrent jusqu'à Neuhof, à six lieues de Steinau, où se trouvaient les volontaires de Schomberg. M, de Broglie avance alors 3 régiments de dragons pour soutenir ses troupes légères, et 2 B. avec 1 régiment de cavalerie, entre Hanau et les quartiers de Schomberg et d'Apschon, afin d'assurer leur retraite. M. de
Serbelloni, à Nuremberg, se mettait enfin en mouvement pour se rassembler à Bamberg, demandant à M. de Broglie d'agir par sa droite; les mouvements dans la Hesse et le haut duché de Westphalie continuaient. M. d'Isenburg venait de se transporter de Fritzlar à Homburg, le prince héréditaire de Brunswick était attendu à Hersfeld, et les chasseurs hanovriens se montraient du côté de Witgenstein.
De notre côté, tout se préparait pour un rassemblement à Friedberg;M. de Broglie hésitait entre ce point ou Burgen. Il écrivait qu'il serait heureux d'être attaqué, en voyant l'ennemi à Schotten, et ordonnait à M. deSchomberg, établi à Gelnhausen, s'il se sentait trop faible, de prendre la route du haut Mayn, de couvrir Hochst avec les volontaires d'Alsace, et expliquait à M. d'Armentières sa diversion sur le bas Rhin, désirant le voir à Dillenburg.
Les Prussiens s'étaient retirés d'Eisenach et de la Thuringe, après avoir pressuré Erfurt, pour rentrer en Saxe. M. de Serbelloni avait porté les troupes de la gauche de l'armée de l'Empire entre la Werra et rUlster, les postes avancés à Wacha et Thann; celles de droite occupant Erfurt, Ilmenau, Frauenwald, Hoff , Asch, les environs de Kulmbach et de Cronach, la réserve derrière le Mayn vers Lichtenfels, d'un côté, et Schweinfurt, de l'autre.
Du côté du bas Rhin, M. d'Armentières, en attendant d'envoyer à M. de Broglie les 10,000 hommes qu'il lui demandait pour sa diversion en Westphalie, dirigeait, le 13, M. d'Auvet (1) sur Hachenburg, avec des détachements à Siegen pour empêcher les fourrages tirés des sources de laLahn et de l'Edder, tout en éclairant les mouvements de l'ennemi. Les Prussiens et Hanovriens manœuvraient pour tomber sur l'armée de l'Empire, et, afin de gêner leurs mouvements, M. de Broglie persistait à demander de l'armée du bas Rhin une diversion sur Altenkirchen, avec le plus grand nombre de troupes possible, pour envoyer de là de gros détachements sur Siegen et sur les avenues de Marburg. M. d'Armentières se mit aussitôt en devoir de porter aux peints indiqués par M. de Broglie 3,000 hommes d'infanterie et 1 ,700 chevaux, en demandant des ordres à Versailles.
(1) MM. d'Auvet et du Biaise! : volontaires de Cleimont et de Halle, hussards Turpin. la Marck, Noë, Berry et la Rochefoucault. (D. G., 3312. 243.)
A ce sujet, M. d'Auvel écrivait à M. le duc de Broglie (i), de Neuwied, le 12 mars 1759 : « Je viens de recevoir une lettre de M. d'Armentières qui m'envoie l'état des troupes qui doivent se porter sur Siegen et Hachenburg pour y être à mes ordres. Quant à présent, l'état consiste en l,iOO hommes d'infanterie ou volontaires et 1,200 chevaux, tant de troupes légères que de cavalerie. Il m'a ordonné de me portera Hachenburg, le 14, avec le régiment de la Marck et ceux de Berg, Noé et la Rochefoucault, et de faire avancer les détachements qui arrivent, les 14, 15 et 16, sur Siegen, à Dillenburg et Herborn. Comme les plus proches feront trois jours de marche pour arriver à Siegen, je leur enverrai des ordres pour y faire un séjour et pour se rendre, les 16, 17 et 18, dans de nouveaux cantonnements, savoir les hussards de Turpin à Ebershausen, Visbach et Fronhausen, villages sur le chemin de Dillenburg à Ober-Laspe. Je laisserai des volontaires de Clermont à Siegen; j'enverrai les autres à Dillenburg. Les dragons du même corps seront cantonnés à Sekelden, Mendersbach et AUendorf ; les volontaires de Flandres dans le bourg de Heyger, et les dragons du même corps à Ober et Nieder-Drestendorf. »
M. de Belle-lsle, tout en approuvant le projet de diversion, avait fait savoir à M. de Broglie que le corps n'était pas assez considérable et que, si les ennemis marchaient sérieusement, ce petit secours ne servirait à rien; qu'en conséquence il devait former un corps de 8,000 hommes d'infanterie et de 2,000 chevaux, en prenant 400 hommes par bataillon des garnisons de Cologne et de Dusseldorf, et y joindre 12 à 15 pièces de canon de campagne, le tout aux ordres de M. deSamt-Germain.
Bientôt toute incertitude cessa : le prince Ferdinand quittait Munster (22 mars), et la direction de la Hesse, qu'il prenait, fit conclure que M. d'Isenburg, renforcé par les Prussiens, se trouvant déjà en égalité de forces avec M. de Broglie, le prince Ferdinand, en se joignant à eux, allait acquérir une supériorité marquée. On proposa donc au roi de ne pas se borner à porter le corps de 10,000 hommes sur Dillenburg, ou tel autre point à la droite de la Lahn, mais de lui faire passer cette rivière pour joindre tout de suite M. de Broglie par Altenkirchen et Limburg, tandis
que M. d'Auvet, renforcé de quelques troupes, se tiendrait à Ober- Laspe et Siegen. Les nouvelles que M. d'Armentières avait eues jusqu'alors au sujet du départ du prince Ferdinand étaient sans fondement : une lettre du 22, qu'il reçut de ce prince le 24, le détrompa; mais c'était sans doute une ruse de sa part, puisque, suivant les avis de Munster du 26, il marchait effectivement ce même jour 22, sans aucune troupe, se rendant à Paderborn pour passer en Hesse.
On voit combien nos généraux avaient de peine à être renseignés sur les mouvements réels des ennemis. C'est que l'espionnage était mal fait depuis le commencement de la guerre, par la difficulté de se procurer des sujets très aptes à ce service; cela ne contribuait pas peu, par la discordance des rapports, à l'incertitude où se trouvaient souvent nos généraux. M. d'Armentières se trouvait dans ce cas à l'égard des manœuvres du prince Ferdinand ; heureusement, il était mieux instruit par les troupes légères de M. d'Auvet : ses postes avancés rencontraient chaque jour des patrouilles de dragons prussiens répandus dans le duché de ^Yestphalie et leur faisaient des prisonniers. M. du Blaisel annonça, le 29, que les détachements prussiens portés sur lui, du côté de Siegen, se repliaient et semblaient regagner la Hesse. D'ailleurs, à Bonn, on apprenait que le prince de Holstein arrivait avec son corps à Brilon, ce qui s'accordait avec le rapport de M. du Blaisel, et que les Hanovriens, qui occupaient Paderborn, en étaient partis. M. de Broglie, instruit de ces mouvements et de ceux qui avaient lieu dans la Hesse, venait de faire marcher M. du Blaisel de Siegen àMarburg,
Jusqu'au 27 mars, M. de Broglie, n'ayant aucune nouvelle de l'éloignement des Prussiens vers sa droite, se proposait de faire rentrer les régiments d'Apschon, du Roi et de la Ferronnays, afin de conserver aux troupes légères le peu de fourrage de la vallée de la Kinzig, lorsqu'une lettre de Casse! l'informa de l'augmentation de -forces dans celte place, qu'on logeait jusqu'à 30 hommes dans la même maison, indépendamment de la caserne et de l'arsenal ; de l'arrivée du prince héréditaire de Brunswick, le 22, avec le prince Ferdinand, le 2 4, accompagné du prince de Holstein, que le corps de ce dernier prince s'assemblait à Brilon, et que, du côté de Witzenhausen, 7 régiments se joignaient à M. d'Isenburg.
M. de Broglie ne pensait pas que ce mouvement pût le regarder en ce moment; mais l'entrevue des princes à Cassel laissant voir un grand projet de leur part, il prévint M. d'Armen- ^ières par lettre du 31 mars : « Par toutes les nouvelles que je reçois, lui disait-il, tant de Fischer que de mes postes du côté de Fulda et de l'armée de l'Empire, il paraît certain que les ennemis se portent sur la haute Werra et ont pour but de replier l'armée de l'Empire, ce qu'ils exécuteront avec beaucoup de facilité. On dit qu'ils ont en tout 24,000 hommes en mouvement. Cette opération est concertée avec les Prussiens, M. de Serbelloni m'a fait mander hier par le comte de Goertz, de Nuremberg, que les Prussiens avaient passé l'Unstrut et qu'ils avaient marché, par Buttelstedt, léna, Rahla, au général Brown, qu'ils l'avaient attaqué très vigoureusement à Saalfeld et obligé, après une forte résistance, de se retirer à Graffenthal, qui est à l'entrée de la montagne.
« Je ne doute pas que nous n'apprenions aujourd'hui que les Autrichiens ont aussi été attaqués, du côté de Hoff, par le corps qu'ils me mandaient depuis longtemps qui s'assemblait à Zwickau.
« Toutes les apparences sont que l'armée de l'Empire va être repliée derrière le Mayn ; pourvu qu'elle s'y arrête, il n'y a pas grand mal, et j'aurais voulu qu'elle ne l'eût jamais passé. Si les Hanovriens et Hessois s'enfournent après elle, ils s'éloigneront bien de leur droite et vous donneront beau jeu pour y opérer. Je persiste à penser que, si vous pouviez simuler une diversion vers le pays de la Marck, vous rappelleriez dans cette partie le prince Ferdinand, et par conséquent vous secourriez efficacement la Franconie. Vous savez que le poids au bout du bras de levier y pèse bien davantage que quand il est placé plus près du centre; je me flatte qu'il en est de môme des diversions : plus elles sont éloignées du point où l'ennemi veut opérer, plus elles l'inquiètent et plus elles réussissent. D'après cela, ne croyez-vous pas que, si vous faisiez passer le Rhin à un corps, à Wesel ou à Dasseldorf, pour se porter à quelques marches en avant, qu'en même temps si vous avanciez le corps destiné pour joindre cette armée sur Dillenburg, d'où il pousserait sur Witgenstein M. d'Auvet, qui ferait marcher jusqu'à Batlenberg et Frankenberg M. du Blaisel, et qu'en même temps si je faisais marcher un corps vers Fulda, qui eût l'air de vouloir pénétrer en Hesse, ne croyez-vous pas, dis-je, que
cela pourrait engager les Hessois et Hanovriens à s'en rapprocher pour venir la couvrir? Si vous étiez de cet avis, sur ce que vous m'en manderiez, je ferais tous les arrangements pour sa marche, et je ferais en sorte de lui faire porter des subsistances pour quelques jours, qui donneraient le temps de remplir cet objet et de rentrer ensuite dans ses quartiers. Vous voudrez bien me marquer ce que vous en pensez. »
Les nouvelles des 30 et 31 (1) mars annonçaient que l'ennemi arrivait sur l'armée de l'Empire, et que tout ce qui se montrait du côté de la Fulda était destiné à couvrir la marche des autres colonnes.
Pressé par la présence d'un grand nombre d'ennemis en avant de Fulda, M. de Broglie n'hésita pas alors à requérir positivement M. d'Armentières de faire marcher sur Hachenburg les troupes désignées pour passer de Cologne sur la Lahn, et de les faire remplacer par celles qui devaient partir de Dusseldorf; il lui manda, en outre, de faire avancer sur Herborn M. d'Auvet, non seulement pour servir de point d'appui à M. du Blaisel, qui de Frankenberg avait poussé vers Fritzlar, mais aussi pour persuader aux ennemis qu'il marchait à la tête de 20,000 hommes, comme on l'avait annoncé. M. du Blaisel n'avait rencontré dans ses courses que quelques patrouilles sur le chemin de Fritzlar et venait d'informer que, d'après tous les bruits , les troupes du prince Ferdinand étaient rassemblées et marchaient dans la direction d'Alsfeldpour se porter sur Marburg. Fischer donnait les mêmes nouvelles. En effet, sur notre gauche nos troupes légères étaient attaquées par divers détachements et obligées de rétrograder.
En présence de ces faits, malgré le peu de confiance que les soldats de Fischer lui inspiraient par leurs rapports, M. de Broglie, en raison du grand nombre d'ennemis qu'on annonçait dans les environs d'Urichstein et de Schotten, craignit cependant une marche sur Nidda, qui n'étaitqu'à quatre lieues de Friedberg. Pour parer à cet événement et être instruit de la vérité, il fit marcher M. de Puységur sur Utpha et même sur Scholten. Le prince Camille reçut en même temps ordre de se porter égalementàUtpha; il alla jusqu'à Hungen, d'où, apprenant que les détachements de
Fischer étaient rentrés à Uliichstein, Scholten et Freyensen, et que l'ennemi s'était retiré, ilrevintàFriedberg, laissant M. de Boufflers à Hungen et des détachements de troupes légères pour le soutenir.
M. de Schomberg, occupant toujours en avant de la droite les postes de la vallée de la Kinzig, venait d'informer que les ennemis se renforçaient de son côté, et que la colonne, après le passage de la Fulda, s'était avancée sur Hersfeld et était ensuite revenue sur Fulda. On apprenait, du côté des Prussiens, que les troupes qui avaient marché sur Hoff et GrafTenthal, pendant que les Hessois et Hanovriens marchaient sur Hersfeld, s'étaient retirées. La combinaison de ces différents avis, les forces respectables que les ennemis avaient poussées du côté de Fulda, tout dénotait un grand projet, car il n'était pas vraisemblable qu'ils employassent de pareils moyens pour n'aboutir à rien.
M. de Broglie conclut de la retraite des Prussiens de Hoff et de Graffenlhal, aussitôt qu'ils en avaient été les maîtres, et du retour des Hanovriens et des Hessois sur Fulda, après en avoir éloigné le général d'Arberg, que leur but n'était pas de pénétrer en Franconie et de disperser l'armée de l'Empire; que, si leurs mouvements ne tendaient qu'à investir Marburg et à s'en emparer, ils n'auraient pas mis sur pied autant de troupes, ni remué un si grand matériel d'artillerie, ni fait un aussi grand détour, et qu'ainsi toutes leurs vues devaient se porter sur l'armée du Mayn.
Malgré ces réflexions, M. de Broglie écrivait, le 3 avril, au maréchal de Belle-Isle, qu'il avait de la peine à croire que ce fût là leur but, parce qu'en se retirant dans le poste de Bergen, sans être battus, ou sous Francfort, après l'avoir été, les ennemis ne pouvaient espérer de le forcer; mais que néanmoins il se mettait en mesure de pouvoir rassembler l'armée en quarante-huit heures.
Dès le même jour, il rapproche de Friedberg tous les régiments éloignés de plus d'une marche ; les Saxons et toute la cavalerie, restée à la rive gauche, eurent ordre de s'y rendre.
Fischer apprenait que le prince Ferdinand était à Fulda avec les deux tiers de son armée, et que Neustadt et Alsfeld étaient évacuées. M. d'Esparbès, posté sur la droite, mandait que les ennemis marchaient sur Meiningen, et M. de Beyerlé assurait que c'était sur Nidda. M. de Broglie ajouta plus de foi aux renseignements de
M. d'Esparbès qu'à ceux de M. de Beyerlé. Comme M. du Blaisel informait que toute la contrée depuis Frankenberg jusqu'à Cassel était libre, il lui ordonna d'y imposer des contributions, et Fischer, qui se trouvait à Grunberg, eut ordre d'aller à Francfort pour lever des recrues dans le Hanau.
La présence du prince Ferdinand à Fulda, depuis le 4, se confirmait, ainsi que celle des corps des princes d'Isenburg et de Holstein dans les environs, et aucun avis n'informait qu'ils eussent continué à suivre l'armée de l'Empire. Sur l'ordre de M. de Broglie, M. d'Armentières avait, le 6, fait marcher 8 B., commandés par ^L de Lutzelburg, pour arriver à Altenkirchen le 8; le reste des troupes, marchant sur la Lahn, passait par Siegberg et Blanckenberg.
Le 7, M. de Broglie, ayant reçu avis de cette marche et sachant l'immobilité des ennemis, fit arrêter à Hachenburg et à Siegberg tout ce corps, dont M. de Saint-Germain avait le commandement en chef, jusqu'à ce que les circonstances en décidassent autrement.
Sur le point de se mettre en mouvement, le prince Ferdinand fit attaquer nos troupes légères, qui, après une défense très courageuse, durent céder au nombre. Enfin, le 9 avril, toute l'armée ennemie quitta Fulda sur plusieurs colonnes, et fit replier nos postes avancés sans aucune perte. Le H, M. d'Esparbès, colonel de Piémont, fut obligé de se retirer de Birstein à Gelnhausen, où se porta M. de Castries pour le soutenir.
D'après tous les rapports, M. de Broglie ne put plus douter des projets de l'ennemi sur son armée , et ordonna sur-le-champ un rassemblement général dans la plaine entre Vilbel et Bergen. Fischer fut envoyé avec tout son coi'ps à Friedberg, pour y garder le magasin; Hanau et Giessen furent pourvues de garnisons.
Le prince de Deux-Ponts venait d'arriver à l'armée de l'Empire ; elle était en si mauvais état qu'elle avait à peine 10 à 12,000 hommes, et les troupes autrichiennes, ses alliées, montaient à peu près à 12 ou 14,000. Inquiet du côté de Hoff et de Saalfeld, ce prince se détermina à rassembler ses forces entre Schweinfurt et Lichtenfels ; mais cette position, en l'éloignant, l'empêchait de soutenir par sa gauche sa communication avec le duc de Broglie, auquel il demanda de faire un vigoureux mouvement en avant pour prendre l'ennemi en flanc et à dos, et l'obliger à une prompte retraite;
M. de Brogliefut loin de se prêter à cette demande, car les circonstances ne le permettaient plus, et, d'ailleurs, le prince de Deux-Ponts sem.blait plus enclin à se retirer sur la Bohême que de notre côté. Déjà les généraux d'Arberg et Kolb, battus à Wassungen et Meiningen, avaient gagné les environs de Gobourg, où ils avaient rejoint le général Guaser, tandis que les ennemis, ayant percé de tous les côtés, et par le pays de Fulda et par les montagnes d'Ilmenau, s'avançaient sur Konigshofen. Cependant, autant pour calmer les craintes du prince que pour se procurer des nouvelles du mouvement des ennemis sur Wurtzburg, il avait porté un détachement de Schomberg à Lohr et un autre à Wertheim, sur le haut Mayn.
Le 12 au soir, l'armée passe la nuit au bivouac, et, pour couvrir le village de Bergen, M. de Broglie place dans les vergers Royal-Suédois, Royal-Deux-Ponts, Waldner et Planta. Le 13, dès la pointe du jour, il monte à cheval et dispose l'armée à recevoir l'ennemi. Cette position a sa droite au village de Bergen, placé sur un rideau qui continue jusqu'à Francfort; elle est assez escarpée, entourée devergers fermés de haies et plantés de pommiers dont on forma aussitôt des abatis. Asa gaucheestunboisqui se termineàlalSidda. La plaine en avant est traversée par un ravin. Il place son infanterie aux deux ailes. 8 B., autour du village de Bergen, forment la droite; derrière, 5 B. de Piémont et de Royal-Roussillon, et 2 d'Alsace, pour les soutenir ; enfin, formés en colonne, Caslellas, Diesbach, Rohan, Beauvoisis. A la gauche sont les Saxons, Dauphin, Enghien, Royal-Bavière, Nassau,Bentheim,Bergh, Saint-Germain. La cavalerie est placée sur trois lignes, les dragons en réserve, l'artillerie sur le front. Toutes ces dispositions étaient arrêtées à 8 heures, quand les troupes légères attaquaient nos volontaires en avant. C'est dans ce moment que M. de Broglie écrivit à M. de Saint-Germain d'arriver en toute hàle de sa personne et de pousser sa division le plus vite possible.
L'ennemi parut sur les 9 heures et demie, attaquant sur trois colonnes le village de Bergen. Nos troupes résistèrent avec tant de courage que bientôt elles mirent ces colonnes en désordre. Les ennemis se replient un instant; mais, par une nouvelle disposition, portant toute leur infanterie aux deux ailes, la cavalerie et l'artillerie au centre, ils s'avancent sur Bergen. Après un engagement meur- Irier et une vive canonnade, ils ne sont pas plus heureux, ils se
replient une seconde fois. Un moment avant la nuit, on dut croire à une troisième attaque, quand, à H heures du soir, prononçant leur retraite, ils marchèrent toute la nuit. Aussitôt M. d'Apschon, avec 2 régiments de dragons soutenus par 8 B., est envoyé à Friedberg pour renforcer le corps de Fischer.
Le prince Camille, d'Orlick, Saint-Chamans, Rohan, Montazet, d'Esparbès, Clausen, Dubousquet, Boufflers, se conduisirent bravement, rarlillerie fit honneur à M. Pelletier et la cavalerie resta à sa hauteur (1).
M. d'Iern, lieutenant général, commandant le corps saxon, fut grièvement blessé; le prince d'Isenburg fut tué et trouvé sur le champ de bataille.
Le prince Ferdinand se retirant en bon ordre, M. de Broglie n'osa le poursuivre le 14, et se contenta de lancer sur ses traces de petits détachements, pour connaître sa retraite sur Marienborn et celle de tous les équipages passés de l'autre côté de la Nidda.
Notre armée souffrait dans son camp, faute de tentes et de vêtements (les draps attendus n'arrivant pas, les soldats étaient à peine vêtus); elle n'entra dans ses cantonnements que le 19. Les troupes de M. de Saint-Germain (2), arrivées le 13 au soir au Konigstein, ne prirent pas part à la bataille (3) et furent placées entre Mayence et Francfort.
Le prince Ferdinand campa à Marienborn jusqu'au 17; marchant ensuite par sa droite, il passe le Nidder à Altenstadt et la Nidda à Staden, où il s'établit, la gauche à cette petite ville et la droite vers Bingenheim, ayant devant lui l'Horiofi' et vis-à-vis de son centre le village de Reichelsheim. M. de Broglie jugea que ce mouvement pouvait avoir deux buts : l'un, de marcher sur Hungen,
(1) M. de Broglie an roi.
« Champ de bataille de Bergen, 13 avril, vendredi saint. « Rien ne doit être plus flatteur pour un des sujets de V. M. que d'être assez heureux de lui apprendre le succès que ses troupes ont remporté aujourd'hui. On ne peut rien ajouter à la valeur qu'elles ont témoignée. Nos pertes sont de 3,000 hommes, tant tués que blessés. Les Hessois seuls ont perdu 59 officiers et 1,100 bas officiers et soldats. >. (D. G., 3514, 123.)
(2) Champagne, 4; Navarre, 4; Belzunce, 4; Bouillon, 2 (14 B.); Caranian-dragons, 4 E. (D. G., 3515, 48.)
(3) Celle journée fut de la plus grande importance; si l'ennemi avait eu l'avan-
puis à Grunberg et Ziegenhayn, pour regagner la Hesse ; l'autre, de se porter sur le magasin de Friedberg pour avoir, en s'en emparant, la facilité de s'établir quelque temps dans cette partie, ou au moins nous obliger à le brûler. En prévision de ce dernier cas, il prescrit à M. d'Apschon , qui s'était porté à Friedberg après les événements du 13, de ne rien négliger, conjointement avec Fischer et du Blaisel, pour arrêter les ennemis en leur faisant croire que nous étions en force dans cette contrée; et 8 E. de cavalerie allemande sont envoyés à Nieder-Wickstadt, pour s'établir sur les hauteurs et y faire des feux dans la plus grande étendue.
L'ennemi décampa de Bingenheim le 18, et marcha sur Hungen; M. du Blaisel et Fischer en profitèrent pour se glisser sur son arrière-garde et la harceler vivement en lui faisant des prisonniers. Le 19, instruit de cette marche, M. de Broglie envoie, aussitôt M. de Waldner à Friedberg avec «sa brigade, et lui ordonne de faire soutenir les troupes légères par les 2 régiments de dragons, et ceux-ci par les 8 E. allemands. M. du Blaisel et Fischer devaient, après avoir suivi les ennemis jusqu'à Grunberg, se jeter sur Lauterbach et ensuite sur Schlitz, pour couper la communication de Fulda à Hersfeld, nécessaire au déblai de leurs magasins et de leurs malades. M. de Beyerlé, avec les volontaires d'Alsace, et M. de Schomberg, avec son régiment et du canon, devaient se porter : le premier, par Budingen à Fulda; le second, par Gedern également sur Fulda.
A la vérité, M. de Broglie pensait que, pour la campagne suivante, le théâtre de la guerre serait porté sur le Rhin et dans la Franconie;il en jugeait par la marche en Hesse de toutes les troupe.s et de l'artillerie du pays de Munster et du comté de la Marck; mais comme l'exécution de ce projet pouvait être retardée par l'échec de Bergen, il songea à se mettre en mesure de s'y opposer. Dès le 18, il écrivait à M. d'Armentières de ne plus penser à une diversion sur le bas Rhin, mais à rassembler beaucoup de troupes à Cologne pour arriver promptement k Limburg, sur la Lahn, et de faire marcher dès maintenant des détachements à Al-
tage, il se rendait maître de toute la Welléravie et du pays entre le Mayn et le Necliar ; il pénétrait en Franconie, cliangeait le lliéâtre de la guerre et levait des contributions immenses. Cette victoire devait donner enfin à notre armée une confiance et une supériorité pour le reste de la campagne.
tenkirchen et Hachenburg qui s'annonceraientcomme suivis de toute l'armée. La disette des fourrages devait arrêter cette poursuite; M. du Blaisel alla seulement jusqu'à Burggemunden, où il appritque, pendant que le prince Ferdinand avait marché sur Bergen, le général d'Hardenberg s'était arrêté pour bloquer Marburg, mais qu'à la nouvelle de l'insuccès du 13 il s'était retiré. M. de Beyerlé trouva dans les chemins des mourants et des morts et ramena quelques prisonniers.
En envoyant ces différents détachements sur l'ennemi, M. de Broglie engageait le prince de Deux-Ponts à faire marcher un gros détachement sur Fulda, afin de le détourner du projet de porter l'armée de l'Empire vers la Bohême, mouvement qu'il jugeait mettre Wurtzburg en danger; mais, loin d'écouter ces propositions, le prince lui fit savoir que la retraite des ennemis sur Fulda lui donnait de nouvelles inquiétudes, qu'il craignait que le prince Ferdinand ne portât la guerre en Franconie, et que, n'étant pas en état de résister, il se croyait obligé de prêter son attention aux mouvements des Prussiens en Saxe. Le projet que M. de Broglie supposait à l'ennemi était d'autant plus vraisemblable que, quelques jours après, on sut que le roi de Prusse était entré en Bohême d'un côté, tandis que le prince Henri y avait péhétré par Komotau, où il avait battu le général Gemmingen; que Prague était menacée et dépourvue de troupes, et que Daun était dans la situation la plus critique.
La campagne était déjà commencée dans cette partie, et M. de Broglie ne doutait point que le roi de Prusse n'exigeât bientôt du prince Ferdinand de nouvelles opérations. M. d'Armentières (1), afin de seconder M. de Broglie, s'il venait à avoir besoin de lui,, fit avancer à Cologne 450 hommes par B. Ce mouvement devint inutile, par l'arrivée du maréchal de Contades à Francfort, le 25 avril (2). (D. G., 3514, 223.)
{\) Corps aux ordres du duc de Broglie : '29 B. d'infanterie, plus I d'artillerie; 31 E., dont 4 des volontaires de >"assau ; 1,620 volontaires (1,200 deClermont, 420 d'Alsace); 18 pièces darlillerie. (26 avril. D. G., 3jl5,31.) A la date du 30. ancienne armée de Soubise : 50 B.. 53 E.; infanterie saxonne, 15 B.; corps de M. de Saint- Germain, 14 B., 4 E. (79 B., 57 E.). (D. G., 3514, 244.)
(2) Goethe, bourgmestre de Francfort, avait pris, dans ia guerre de 1742, vivement parti contre ia maison d'Autriche ; sa femme, au contraire, issue d'une vieille famille
Destine à commander pendant la prochaine campagne toutes les troupes françaises, M. de Contades avait formé, avant son départ de Versailles, le projet de ne rien changer à la position de l'armée, laissant à M. de Broglie les troupes de M. de Saint-Germain; mais il ne pensait pas que les ennemis chercheraient une seconde bataille, d'autant plus qu'ils avaient entièrement abandonné Fulda, et s'étaient retirés à Hersfeld; que le corps qui avait bloqué Marburg avait repassé l'Edder, et que leur armée s'étendait derrière cette rivière sur la Fulda et la Werra.
M. de Contades, ayant remis toutes les instructions relatives à son commandement, quitte Francfort le 2 mai, et arrive à Crefeld le 4.
Dans le conseil des ministres, on pensait alors à porter le théâtre de la guerre en Westphalie par le bas Rhin, ou à agir par le haut Rhin sur la Hesse; on étudiait aussi quel serait le corps d'armée auquel resteraient les principales forces. Pendant que s'agitaient ces importantes questions, les troupes se reposaient. M. d'Armentières, sur le Rhin, avait sa droite k Cologne, sa gauche au-dessous de Clèves. jusqu'à la frontière de Hollande. L'armée qui avait agi en Hesse et dans le Hanovre restait sur la Lahn et le Mayn; celle de l'Empire, en mauvais état, occupait la Franconie, sa droite àHoff, sa gauche, renforcée de 6,000 Autrichiens, portée jusque dans le pays de Fulda.
Les principales forces alliées, le prince Ferdinand à Munster, le prince héréditaire à Brunswick, le prince de Holstein avec les troupes prussiennes en Westphalie, communiquaient avec le prince Henri, qui avait avancé ses quartiers jusque sur la haute Saale et dans le Woigtland.
Par suite d'une décision pritele 10 avril (D. G., 33 1-4, 23), le maréchal de Contades avait séparé son armée en deux corps : l'un était destiné à déboucher en très grande force par la Westphalie contre le prince Ferdinand; l'autre, sous les ordres de M. de Broglie (1),
de la cité impériale, portait à Marie-Tliéièse un respect superstitieux et ne pariait qu'avec liorreur de l'usurpateur de la Silésie. De là, dans le ménage, très heureux d'ailleurs, des discussions dont Wolfgang, le fds aîné, alors âgé de dix ans, ne perdit pas une parole. Trente ans après, le grand écrivain allemand les retraçait dans ses souvenirs. (Goethe, Mémoires de ma vie, livre III.) (1) Instruction du maréchal de Contades au duc de Broglie, du l<^'mai 1759.
devait rester sur la défensive jusqu'à ce que les succès en Westphalie eussent obligé l'ennemi de l'abandonner; alors le corps d'observation reprendrait l'offensive pour se rapprocher de l'armée et lui ouvrir la route de la Hesse. Les heureux succès à Bergen, la retraite des Hanovriens derrière l'Edder, la Fulda et la Werra, n'apportèrent aucun changement à ce plan.
Il fut décidé par M. le maréchal de Contades que le duc de Broglie ferait marcher les troupes venues avec le comte de Saint- Germain à Limburg et environs; qu'il ferait venir les Saxons dans les quartiers occupés actuellement par les troupes de M. de Saint- Germain entre Gamberg et le Mayn ; qu'il ferait relever les garnisons de Giessen par les troupes destinées à y passer l'été; qu'il ^porterait sur Lohr le reste des régiments qui devaient marcher à la grande armée; qu'il approcherait de Francfort les régiments désignés pour repasser en France, et que, dans le cas oii le prince Ferdinand marcherait en avant de Ziegenhayn pour se porter de nouveau sur Friedberg, Berghen et le Mayn, les troupes destinées à la grande armée se retireraient sur Limburg, où elles rejoindraient celles de M. de Saint-Germain; que celles marquées pour les garnisons de Giessen et de Hanau y entreraient et que le reste se replierait à la rive gauche du Mayn sous Francfort, où on jetterait une garnison de20B., et le reste de l'infanterie à Mayence; que la cavalerie qui ne serait pas nécessaire dans les places passerait le Rhin à Mayence et camperait auprès de cette ville, de manière à ne se commettre à aucun engagement et à pourvoir seulement à la conservation des places.
Cependant le roi de Prusse ouvrait la campagne en pénétrant en Bohême, et l'armée de l'Empire retirait sa gauche de Neustadtetde Schweinfurt pour se porter à Kulmbach et Munchberg, afin de se rapprocher des débouchés du "Woigtland, par où elle craignait d'être attaquée. La retraite de cette gauche allait découvrir la Franconie; aussi M. de Broglie, inquiet sur sa position, en exposa-t-il les motifs à M. de Contades, qui en tint peu de compte. Cette divergence d'opinions, les inquiétudes de M. de Broglie, lapersistance de M. de Contades à voir l'objet principal dans une campagne entre Rhin et Lahn éclatent dans leur correspondance.
Le duc de Broglie au maréchal de Belle-Isle.
« Francfort, le 3 mai 1759.
« M. le maréchal deContades est parti hier malin. Il a été question des opérations de la campagne prochaine. Jl a hien voulu me confier une partie de ses projets, et il m'a donné l'étal des troupes qu'il comptait laisser pour la défense du Mayn; cela m'a mis dans le cas de lui remettre successivement les deux mémoires dont je joins ici copie. Il a si!irement eu de très bonnes raisons pour ne rien changer à son premier plan; il m'a donné l'ordre ci-joint, auquel on se conformera avec beaucoup d'exactitude (il s'agit de l'instruction du 1" mai).
« Je vous avoue. Monsieur le maréchal, que j'aurais cru cette partie plus intéressante que celle de la Westphalie, et que la conservation du cercle du haut Rhin et de la Franconie m'aurait paru mériter qu'on y employât un plus grand nombre de troupes, d'autant qu'outre les raisons de politique et celles des ressources immenses que les ennemis en retireront, cela avoisine nos frontières. Il est sûr que ces réflexions n'auront point échappé au conseil de S. M. et qu'il est conduit par des vues supérieures qu'il ne m'appartient pas de pénétrer.
« Par toutes les nouvelles que nous avons des ennemis, il paraît que le prince Ferdinand est revenu à Ziegenhayn; qu'il a presque toute son armée cantonnée dans les environs de celle ville et de Fritzlar; qu'il a renvoyé vers Lippsfadl les régiments qui ont le plus souffert à la bataille et qu'il a attiré à lui presque toutes les troupes qui restaient dans les environs de Munster et de Paderborn... et les nouvelles de Saxe assurent qu'il arrive un corps de Prussiens pour le joindre...
(( Il me semble que la droite raison veut que les ennemis entreprennent quelque chose avant que l'armée du bas Rhin soit en état d'opérer, ce qui ne sera pas, suivant les calculs que j'ai entendu faire, avant le 10 juin. Il y a cinq semaines d'ici là, le prince Ferdinand a son armée toute ensemble; s'il connaît le prix du temps, il y a apparence qu'il en profitera... (1). »
(1) D. G., Mémoires de VaiiU, 1759, p. 18.
Le duc de Broglie au maréchal de Contades.
« Francfort, le 3 mai 1750.
« Je crois, Monsieur le maréchal, devoir vous dépêcher un courrier pour vous porter la copie des nouvelles que je reçois de toute part depuis votre départ ; elles sont la confirmation de ce que j'avais , prévu, et je croirais ne rien hasarder en vous assurant que le projet du prince Ferdinand sur le Mayn est plus que vraisemblable et qu'il veut l'exécuter avec plus de moyens qu'il n'en a employé dans la première expédition. C'est à vous à juger, Monsieur le maréchal, de la nécessité d'y porter quelques obstacles; mais je dois vous observer de nouveau qu'il me semble que vous n'avez pas un moment à perdre pour vous y déterminer, et peut-être même qu'en donnant sur-le-champ ordre aux troupes que vous vous êtes proposé d'assembler à Cologne, de se porter sur Limburg, elles y arriveront à peine à temps pour pouvoir joindre celles qui sont déjà dans cette partie et vous composer une armée capable de résister aux projets des ennemis.
«A tout hasard de ce qu'il vous plaira d'ordonner, Monsieur le maréchal, je ferai commencer demain les redoutes du camp retranché que j'avais projeté d'occuper à la rive gauche du Mayn en supposant qu'on voulût continuer de protéger la Franconie et la Souabe. J'y ferai travailler avec la plus grande activité et j'espère être prêt pour le 10, et au plus tard le 12 de ce mois : c'est l'époque oii, suivant mon calcul, l'ennemi peut au plus tard être sur nous. Alors, si vous venez ici, vous serez le maître de prendre le parti qu'il vous plaira, et, si vous avez envoyé des moyens et des ordres, on s'en servira de son mieux; sinon, on se conformera à ce que vous avez laissé; mais j'envisage avec douleur les suites malheureuses et embarrassantes qui en résulteront.
« La nécessité de remettre à M. de Muy les instructions nécessaires au commandement qu'il va prendre m'oblige à retarder mon départ pour Nieder-Ulm de quelques jours, quoiqu'il ne puisse être en meilleures mains... »
Le maréchal de Contades au duc de Broylie.
•' Cicreld, :i mai 1759.
((Je reçois, Monsieur Je duc, votre lettre du .3 elles nouvelles que m'a apportées votre courrier. La marche d'un corps de troupes prussiennes venant par la Thuringe joindre l'armée du prince Ferdinand paraît certaine, et je vois bien que ces gens-là vont nous forcer à faire la guerre en Wettéravie. Je fais en conséquence mes dispositions pour marcher entre la Lahn et le Rhin sur les directions de Limburg et de Giessen, suivant les circonstances; mais le défaut des subsistances en avant du Rhin m'empêchera de marcher avec la vivacité nécessaire. L'impossibilité de former pendant l'hiver des magasins en avant du Rhin a fait prendre le parti de rester en défensive jusqu'à ce que l'on puisse fournir la subsistance de l'armée. C'est en conséquence de cet arrangement que nous avons déterminé, vous et moi, à Francfort, l'arrangement que je vous ai laissé...
(( D'après cette situation de l'armée, prévue depuis longtemps, mais à laquelle il n'a pas été possible de remédier, je vous prie, Monsieur le duc, de vous conformer à l'arrangement dont nous sommes convenus. Si l'ennemi marche à vous, augmenté d'un corps de troupes prussiennes, vous n'êtes pas en état de risquer un second événement, parce que l'ennemi aura rassemblé plus de troupes et de moyens qu'il n'en avait le 13 avril, et vous voudrez bien, dans ce cas, jeter dans les places les troupes dont nous sommes convenus, et renvoyer sur Limburg celles de M. de Saint-Germain et celles qui doivent joindre l'armée. Le moment où vous devez exécuter ce mouvement dépend de la marche de l'ennemi, qui, par les précautions que vous avez prises, ne peut pas vous surprendre; et je m'en rapporte à cet égard à ce que vous croirez à propos de faire.
(( Les troupes que vous me renverrez sur la Lahn tiendront la rive droite de celte rivière et me donneront le temps de les renforcer. Je fais passer à Deutz 18 B., dont 8 dans les environs d'Hachenburg, pour y soutenir les troupes légères que j'envoie sur la Dille et pour hâter la formation des magasins de fourrages que j'ordonne dans cette partie...
(( Je vais augmenter le camp de Dusseldorf aux dépens de celui
de Wesel; c'est tout ce que je puis faire dans l'étal actuel de l'armée et de ses magasins (1). »
Le maréchal de Belle-hle au inaréchal de Confades.
« Versailles, le 7 mai 1759.
(c Je réponds à la lettre dont vous m'avez honoré du j'^'" mai... en même temps qu'aune du 3 de ^L le duc de Broglie; il y a joint copie de l'ordre que vous lui avez donné le 1'^'' mai, et copie des deux mémoires qu'il vous a remis : ils tendent à improuver le parti que vous prenez d'affaiblir le corps qui est sur le Mayn et la Lahn; M. de Broglie voudrait, au contraire, que vous le grossissiez...
(( Tous verrez, par la réponse que je viens de faire à M. le duc de Broglie, que j'ai fait la lecture de tout au roi dans son conseil; j'y ai fait d'une manière encore plus étendue les raisonnements et suppositions qui sont dans ma lettre à M. de Broglie; mais on en a ajouté plusieurs autres dont le roi m'a ordonné de vous faire part, vous laissant cependant le maître, après les avoir bien pesés et avoir sérieusement réfléchi sur le pour elle contre, de prendre le parti que vous jugerez le meilleur...
« Vous savez que plusieurs membres du conseil du roi ont pensé que c'était par la droite et le côté du Mayn qu'il fallait agir avec les principales forces, à l'ouverture de la campagne, et ne laisser qu'un corps médiocre sur le bas Rhin. Je l'ai pensé moi-même d'abord; mais comme vous avez appuyé de plusieurs bonnes raisons votre plan, et que, par-dessus tout, c'est vous qui devez l'exécuter et sur qui roule toute la besogne, ce motif seul aurait suffi pour déterminer à vous en laisser le maître. Les arrangements ont été faits en conséquence, et l'on sent parfaitement tous les dangers et les inconvénients qu'il doit y avoir à changer de projet au mois de mai, au moment où l'on va entrer en campagne. Je dois vous dire que personne n'a imaginé qu'il fallût changer absolument votre plan, mais voir seulement si le changement que les ennemis ont apporté eux-mêmes à leur position , et l'avantage remporté sur eux le 13 avril, ne doit pas en apporter
aussi à quelque partie de votre premier projet; car, si effectivement M. le prince Ferdinand a, comme le disent toutes les nouvelles, retiré une aussi grande quantité de troupes de Coesfeld, Munster et Osnabruck, des quartiers de la Lippe et de presque toute la Westphalie, pour remplacer à Lippstadt et à Paderborn les corps qu'il y avait laissés et qu'il a portés, à ce que l'on assure, sur Cassel, Fritzlar et le haut de la Werra, il paraîtrait, en ce cas, que vous n'auriez pas besoin de tant de forces à votre gauche, lorsque vous passerez le Rhin à Wesel, à Cologne et à Dusseldorf; que vous pourriez opérer les mêmes choses et avec la même supériorité et contre Munster et contre Lippstadt, si l'ennemi s'y est aussi considérablement affaibli, et que vous pourriez par conséquent laisser un plus gros corps de troupes, pour le moment présent, destiné à la défense du Mayn et de la Lahn. Vous lui évitez la nécessité de se jeter dans les places, de laisser les États des électeurs et princes de l'Empire, qui nous sont le plus attachés, à la merci de l'ennemi; vous empêchez le cri général et prévenez le ton et les écrits avantageux que les cours de Berlin et de Londres ne manqueront pas de prendre par cette retraite dans nos places, qu'ils qualifieront peut-être de fuite et qui effacera, avec une sorte de vraisemblance, l'avantage réel remporté sur eux le 13 avril.
(( S. M. désirerait donc que, sans nuire à votre plan, l'on pût prévenir et empêcher cette nécessité de faire rentrer toute notre infanterie du corps de M. de Broglie dans les places du Mayn et de la Lahn; céder le champ libre à l'ennemi en prenant un parti intermédiaire, qui serait, par exemple, de fortifier le corps de M. de Saint- Germain par une partie des troupes que vous destinez à camper à Neuwied pour soutenir les troupes de M. de Broglie. Si M. le prince Ferdinand marchait réellement en personne avec une armée supérieure sur lui, ce serait une preuve qu'il n'est réellement resté que très peu de chose du côté de Munster et de la Lippe.
« Je pense tout comme vous qu'il est absolument impossible que M. le prince Ferdinand puisse se porter en corps d'armée sur Friedberg, jusqu'à ce que la terre produise pour nourrir les chevaux. Il est certain que, quand elle produira pour les chevaux des ennemis, elle produira aussi pour les nôtres, et que, si le prince Ferdinand est à la fin de mai ou au commencement de juin avec le gros
de son armée sur le haut de la Fulda et de la Werra, marchant sur M. de Broglie, il est impossible que le peu qui sera resté dans la Westphalie puisse tenir tête nulle part contre l'armée qui passera le Rhin à Wesel et à Dusseldorf, quoiqu'elle ïùi diminuée de ce que vous aurez jugé à propos de laisser à portée de M. de Broglie.
c( Je vois par votre lettre que votre intention est de laisser M. de Saint-Germain sur la Lahn jusqu'au moment oii vous pourriez entrer en campagne; qu'il doit venir vous joindre avec toutes les troupes du corps de Broglie que vous en ôtez et qui, en attendant, doivent demeurer sur la Lahn. Vous calculez que ce danger pour le corps que vous laissez à M. de Broglie n'existera qu'environ trois semaines. Tout consisterait donc à diminuer la durée de cet intervalle en vous mettant en mouvement un peu plus tôt, si l'ennemi vous en donne l'exemple, en retirant M. de Saint-Germain un peu plus tôt et le reste un peu plus tard, pour que, en quelque cas que ce soit, M. le prince Ferdinand ne puisse pas avoir le loisir d'attaquer et de prendre Giessen ou Hanau. Je crois que voilà à quoi doit se réduire le point de la délibération telle qu'elle a été faite au conseil du roi. »
Malgré cette lettre du ministre, M. de Contades persista dans ses idées antérieures, et, ne croyant pas que l'ennemi fût en état de se montrer avant la belle saison, il laisse le corps du Mayn livré à ses propres forces, prescrivant seulement, dans le cas oîi on serait menacé, de faire rentrer à Mayence les troupes postées à Hanau, Cassel, Francfort et Giessen. De nouveaux sujets de crainte alarmèrent encore M. de Broglie : il apprenait par un correspondant en Saxe que le prince Henri avait ordre du roi de joindre le prince Ferdinand, mais que, pour éviter les désagréments de servir sous ce prince, il en donnait le commandement au général Hulsen ; que l'armée des alliés se préparait à effacer l'échec de Bergen et à chasser les Français du comté de Hanau, pendant que le prince Henri ferait tête à l'armée de l'Empire et au corps autrichien du général Guemeng sur la frontière de Bohême. M. de Broglie, redoutant le retard du secours demandé à M. de Contades, écrivait au maréchal de Belle-Isle :
«Si l'ennemi me donne jusqu'au 15, j'espère être prêta tout événement avec les corps de Wettéravie, en occupant Giessen et Hanau,
et le camp retranché de Francfort; si, au contraire, M. de Contades se porte à Altenkirchen et prévient le prince Ferdinand, je me joindrai à lui pour le combattre entre la Nidda et Francfort. » (D. G., 3515, 82).
Le maréchal de Belle-Isle au maréchal de Contades.
« Versailles, le 9 mai 1759.
« J'ai lu avec bien de la satisfaction la copie de la lettre que vous veniez d'écrire à M. de Broglie, et toutes les dispositions que vous veniez d'ordonner pour être en état de vous porter en force entre la Lahn, la Sieg et la Dille, pour le cas oii M. le prince Ferdinand aurait encore formé le projet de revenir en force sur M. de Broglie, et vous mettre en élat de faire la guerre, dès l'ouverture de la campagne, dans la Wettéravie, s'il est vrai que les ennemis aient, pour ainsi dire, évacué la Westphalie. Les mesures que vous prenez vous portent au centre et vous mettent en état de prendre promptement le parti le plus convenable, au lieu que, laissant à M. de Broglie les troupes sur le Mayn et laissant subsister votre première disposition, il aurait pu arriver que M. de Broglie fût exposé aux hasards toujours douteux d'une bataille, ou que le prince Ferdinand, laissant M. de Broglie sur le Mayn, se fût porté avec toute son armée sur Friedberg et Giessen, se rendant maître de Welzlar et du cours de la Lahn, et eût séparé votre droite d'avec votre gauche, coupant toutes les communications de l'une à l'autre et se tenant en force dans le centre, au lieu que par les mesures que vous prenez : 1" je doute que le prince Ferdinand soit en état de venir tenter une nouvelle action, parce que je doute que le prince Henri ose s'atfaiblir assez en Saxe en envoyant un corps considérable; 2° comment une armée devenue aussi forte subsisterait-elle aussi loin de ses magasins, et, M. de Broglie se conformant aux ordres que vous lui aviez donnés de mettre son infanterie dans les places, comment M. le prince Ferdinand subsisterail-il en faisant des sièges? »
3J. de la Touche à M. de Belie-Isle.
« Kulmbacli, 10 mai.
« L'ennemi a attaqué le 8, à 9 heures du matin, le général Maquire, et l'a forcé de quitter Asch et de se replier sur Égra. Les troupes d'Haddick ont abandonné hier leur camp de Munchberg et nous ont rejoints la nuit dernière, ainsi que celles du prince Baden- Durlach, prèsdeSteinau, oîiM. dcRied tient encore avec des troupes légères et des croates. Encore hier, je désespérais du salut des cercles de Franconie, entrevoyant les préparatifs de se retirer sur Baireuth et croyant M. de Maquire hors d'état de nous joindre, si l'ennemi avait occupé Scharding. De concert avec M. deGoerlz, nous avons insinué au prince de Deux-Ponts que cette retraite vers le Danube était non seulement contraire aux intérêts de la cause commune, mais flétrissante. Nous commencerons demain notre mouvement sur Casendorf, puis sur Schesslitz, pour arriver le 13 à Bamberg. Gomme le général Knobloch est entrain de canonner Cronach, que l'arrière-garde de Palfy n'est point encore attaquée à Munchberg, que M. de Maquire arrive aujourS'hui àBerneck et demain à Baireuth, nous devancerons l'ennemi à Bamberg. » (D. G., 3515, 101.)
M. de Goeriz à M. de Broglie.
« Casendorf, H mai.
« M. le prince de Deux-Ponts vous réitère ses vives instances pour que vous fassiez marcher une partie de votre armée afin de le débarrasser des Hessois qui l'entourent. Il regarde ce mouvement comme le seul moyen de sauver l'armée de l'Empire. Nos troupes s'éparpillent, sans presque tirer un coup de fusil. Il n'est guère possible d'en espérer quelque chose ; vous sentez de quelle importance est votre secours. » (D. G., 3515, 112.)
Le maréchal de Conlades au maréchal de Belle-Isle.
« Dusseldorf, le 10 mai 1739.
■L M. de Broglie, dans son premier mémoire du 29, me proposait de lui laisser -45 B. de troupes réglées, au lieu de 37, indépendam-
ment de 3 B. de milice; 40 E., au lieu de 30, et une augmentation de troupes légères, et 30 pièces de canon, au lieu de 18.
(( Je ne jugeais pas devoir lui laisser un corps aussi considérable, qui affaiblirait celui avec lequel je dois agir, et qui ne suffirait pas pour tenir la campagne et s'opposer à ce que M. le prince Ferdinand pourrait entreprendre jusqu'au moment où je pourrais rassembler la totalité de l'armée, ce qui ne peut être que quand la campagne pourra nourrir les chevaux... Pour attendre ce moment, je lui laisserai toutes les troupes actuellement à ses ordres, même celles qui avaient marché à ceux de M. de Saint-Germain, ce qui fait en tout 68 B., sans compter les 3 B. de milice et les 10 B. destinés à repasser en France (qui sont partis), 51 E. et 30 pièces de canon. Il me représenta, et je trouve qu'il avait raison, que, si le prince Ferdinand prenait le parti de venir l'attaquer une seconde fois, ce serait selon les apparences avec la totalité de son armée, à laquelle il se joindrait même un corps de Prussiens que l'on assurait être en mouvement pour s'approcher de la Thuringe. D'après ces réflexions, m'étant impossible dans ce moment de marcher avec la totalité de l'armée sur la Lahn ou sur le Mayn, je convins avec lui qu'il n'y avait d'autre parti à prendre que de mettre dans la place les 37 B. que je destinais à rester sous ses ordres, et sur la Lahn les 31 B., 22 E. et 12 pièces de canon qui devaient me joindre; que ces troupes dans cette position me mettaient en état, en soutenant une communication avec le Mayn, de m'y porter en force.
(( Gomme les troupes qui doivent camper, suivant mon premier plan, à Neuwied et Cologne, sont celles que je laisse sur la Lahn, j'ai tiré des camps de Dusseldorf et Wesel 18 B. et quelques E. pour les porter à Cologne. 8 B. se porteront à Hachemburg, aux ordres de M. Dauvet. Cette nouvelle disposition sera exécutée le 14.
« Je serai en état, quand je pourrai agir, de commencer la campagne ou par Giessen ou par l'entre-deux de la Lippe et de la Roer : sur quoi je ne puis me décider que par la position dans laquelle M. le prince Ferdinand sera dans ce moment-là; je suis forcé, jusqu'à ce temps, de me tenir sur la défensive, ce que vous avez approuvé, sentant l'impossibilité de faire autrement, quand il a été question du plan de campagne. Par la position où est actuellement le prince Ferdinand enHesse, il n'est pas possible que j'agisse en même temps des deux côtés; il faut nécessairement se décider
sur l'un des deux et, après l'avoir choisi, y rassembler la plus grande partie de l'armée et ne laisser qu'un petit corps d'observation sur le bas Rhin ou sur le Mayn. En en usant différemment, je serais faible des deux côtés, et M. le prince Ferdinand pourrait attaquer celui des deux contre lequel il pourrait réussir plus facilement. En marchant sur Giessen en force, ce que je laisserais sur le bas Rhin ne pourrait pas entreprendre les sièges de Munster et deLippstadt; M. le prince Ferdinand, ayant son armée en Hesse, pourrait marcher sur ce corps et l'obliger de lever le siège qu'il aurait commencé, sans que je puisse le secourir. Ainsi ce corps ne devra être chargé que de garder les places de Dusseldorf et de Wesel et de couvrir le pays de Bergh.
«Si, au contraire, je commence la campagne par l'entre-deux de la Roer et de la Lippe, le corps qui reste sur le Mayn ne peut garder que les places et, au plus, donner un peu d'inquiétude aux ennemis sur la Hesse, en se portant sur Giessen et Marburg et laissant des garnisons dans Francfort et Hanau. En commençant la campagne entre la Roer et la Lippe, il n'est pas possible de se porter à hauteur de Lippstadt et de laisser sur la Lahnet le Mayn les 68 B. et 51 E. qui y sont actuellement; les ennemis pourraient se porter dans six marches sur le corps à portée de Lippstadt et le combattre; il en faudrait douze ou quinze aux troupes qui seraient restées sur la Lahn pour joindre à la hauteur de Lippstadt...
« Ainsi il faut nécessairement, pour agir en Westphalie, que l'armée se rassemble àUnna. Ce qui fait que je préférerais d'agir par ce côté, c'est que mes opérations seraient plus promptes pour remplir les intentions du roi , obliger l'ennemi à repasser le Wéser, me rendre maître des places qu'ils occupent sur cette rivière, et de Lippstadt et de Munster. Je serais obligé de porter l'armée à Paderborn; Unna estbeaucoup plus près que Giessen, et en débouchant par cette dernière place, pour pénétrer dans la liesse et en chasser les ennemis, je trouverais des difficultés par les positions que M. le prince Ferdinand peut prendre, qui m'obligeront à des manœuvres qui prennent du temps, et, comme je viens de le dire, je serais toujours obligé de venir à Paderborn; il ne serait pas possible de pénétrer dans le pays de Hanovre en laissant à ma gauche les places que les ennemis occupent sur le Wéser et en Westphalie ; il y a de plus la diftlculté des subsistances pour les hommes, qu'il faudrait tirer de cin-
quante lieues par terre. Avec toutes ces difficultés, que M. le prince Ferdinand voit comme moi, il est possible qu'il m'oblige à agir par ce côté en me donnant de l'inquiétude sur Giessen et Hanau, et je m'arrange en conséquence; il pourrait même vouloir entreprendre sur Giessen ce mois-ci, avant que je fusse rassemblé : c'est un des objets qui m'a déterminé à faire marcher 18 13. et quelques E. à Cologne et en avant, parce que avec ces troupes, celles que je pourrais tirer du camp de Dusseidorf, celles sur la Lahn, et 25 B. avec lesquels M. le duc deBroglie pourrait me joindre, et sa cavalerie, je rassemblerais 80 B. et 60 E. pour me porter au secours de Giessen. Je me flatte que M. Dessalles me donnerait le temps d'arriver; les ennemis ne peuvent faire celte entreprise que quand la campagne leur fournira des subsistances pour les chevaux.
(c Par toutes les dispositions que j'ai faites, je puis commencer la campagne par Giessen pour entrer en Hesse, ou par la Lippe pour faire les sièges de Lippstadt et de Munster, et ensuite ceux des places du Wéser, et, des deux côtés, chercher à combattre l'ennemi le plus tôt qu'il sera possible...
(( Il m'est impossible de préserver en même temps la Westphalie et la Franconie du mal que les ennemis peuvent y faire : ces deux pays sont trop éloignés l'un de l'autre ; il faut nécessairement opter, et il me paraît, par ce que vous me faites l'honneur de me mander, que l'intention du roi n'est pas que je m'occupe de la Franconie.
« Je reviendrai à dire que pour réussir il n'y a de moyen possible que de se tenir ensemble et de marcher bien en force du côté où l'on veut agir, ce qui ne peut être décidé que par la position où sera le prince Ferdinand du 20 au 23 mai. »
Le maréchal de Contadcs au duc de Broglie.
« Dusscldoil, le H mai 1759.
« La marche d'un corps de troupes hanovriennes et hessoises en Franconie paraît positive, et je pense comme vous sur le projet de se joindre à l'armée du prince Henri pour tomber sur celle de l'Empire; cette dernière armée se retirera vraisemblablement en Bohême et découvrira toute la Franconie, qui va être ouverte aux
invasions de l'ennemi... Je ne vois pas de remède à ce malheur, ni de moyen de porter l'armée du roi au secours de cette malheureuse partie de l'Empire; la proposition que vous a faite M. Fischer d'aller avec son corps se jeter dans "Wurtzburg est une nouvelle preuve de son zèle , mais je ne saurais l'accepter. Cette troupe n'est pas faite pour défendre une place, et je ne sais ce qu'on aurait pensé d'avoir ainsi envoyé un corps entier à un pareil éloignement tout seul et sans moyen de le soutenir ou de le retirer.
« Je pense, Monsieur le duc, que, si cette nouvelle est vraie, si celle de la marche rétrograde du corps prussien qui venait par léna se confirme, je pense, dis-je, que M. le prince Ferdinand ne marchera pas à vous, parce qu'il ne saurait l'entreprendre étant affaibli de ce qu'il a perdu à Bergen, d'un corps qu'il envoie en Franconie et de tout ce qui reste en Westphalie. Vous pouvez ne pas vous presser de renvoyer sur la Lahn les troupes qui doivent vous quitter; il suffira seulement de les mettre à portée de s'y rendre, afin qu'elles soient en mesure d'y marcher et de s'y rassembler au premier ordre. Je n'y perds pas un instant; mais vous savez bien que l'armée n'est pas dans ce moment en état de déboucher, et M. le prince Ferdinand le sait très bien aussi, puisqu'il paraît par vos nouvelles que c'est sur cette certitude qu'il entreprend cette course en Franconie. » (D. G.)
Le maréchal de Contades au maréchal de Belle-Isle.
« Dusseldorf, le 13 mai 1739.
« Les troupes de l'ennemi en Westphalie sont continuellement en mouvement, ce qui fait que les rapports que je reçois de différents côtés se contrarient. Il me parait démontré que le prince Ferdinand, par sa position en Hèsse, veut se conserver la possibihté d'agir en Wettéravie, de rentrer en Westphalie, de concerter ses mouvements avec l'armée du prince Henri en Saxe, et qu'il ne se décidera que quand je l'y obligerai par mes mouvements. Par la position actuelle de l'ennemi, je crois nécessaire de porter l'armée sur Giessen, et je me conduis en conséquence...
« M. de Monteynard vous a envoyé par mon dernier courrier la position dans laquelle devait être l'armée le 14 (état ci-joinf, 3515,
GUERRE DE SEPT ANS (17r)9). 379
106) (1). Toutes ces troupes pourraient se rassembler et se porter à Giessen en trois marches, et les 10 B. de Deutz en sept. Je compte successivement faire marcher sur Cologne toutes les troupes actuellement à ma gauche, à la réserve des 18 ou 22 B. et 24 E. que je compte laisser aux ordres de M. d'Armentières en avant de Wesel et de Dusseldorf...
« Comme la campagne est plus avancée que les années précédentes (par ft campagne plus avancée», le maréchal entend sans doute la nouvelle production des fourrages), j'espère que je pourrai rassembler à Giessen, àla fin de ce mois, 100 B. et 100 E. pour agir tout de suite et me porter où l'armée de M. le prince Ferdinand sera (2). »
Ce mouvement vers la haute Lahn remplissait les vues de Versailles, qui le regardait comme le meilleur moyen de secourir l'armée de l'Empire et la Franconie, ne doutant pas de voir bientôt le prince Ferdinand obligé de rappeler ses troupes, et espérant des
(2) État général de Varmée cV Allemagne, emplacements des divisions, à la date du 10 mai :
1" Corps sur le Mayii et en Weltéravie; duc de Broglie : 17 B., l d'artillerie, 11 saxons, 11 de garnison, dont 3 de milice (40 B.) ; 31 E., dont 4 des volontaires de Nassau, plus les volontaires de Clermont * et d'Alsace.
2'' Troupes en Wettéravie et devant revenir à Limburg, sous MM. de Beaupréau et de Saint-Germain : 17 B., 22 E., dont Raugrave et les volontaires de Daupliiné ; 14 B., 4 E., amenés du bas Rhin sur le Mayn par M. de Saint-Germain.
3" Troupes cantonnées au.v environs de Deutz, rive droite du Rhin; comte de Noailles : 18 B. ; 2 Orléans, 2 Condé, 2 Rochefort, 2 A([uitainc (8 B.), destinés à Hachemburg; MM. d'Auvet et de Ségur : 10 E. ; 2 Noé, 2 Surgères, môme destination ; placés sur la Sicg et la Dyle, les volontaires de Flandre et Liégeois.
4" Camp de Dusseldorf-, M. d'Armentières : 19 B., 2 d'artillerie, IG E., sur la frontière du duché de Berg; la Légion Royale ot Turpin, G E.
5° Camp de Burich; duc de Chevreuse : 16 B., 12 E., dont 6 Bercliiny.
6° Camp de Calcar; Saint-Pern : G B., 8 E.
7° Camp de cavalerie à Aersem ; duc de Brissac : 35 E. — Total : 129 B., 138 E. En ajoutant 17 B. et 8 E. en route : 146 B., 146 E.
* Blaisel (Ijaron du); l~'û, lieutenant des volontaire de Clermont-prince ; 10 lévrier 1759, maréchal de cain|i ; i28 juillet 1702, lieutenant général.
De grand courage; a des talents, de l'expérience, et surlout i)ropre à la défense d'une place, ce qu'il a prouvé à Giessen eu 17o9, où il sauva les (piarticrs du Mayn et du Rhin, en donnant le temps de les rassembler. A préi)aré la bataille de Bergen, après laquelle il a suivi les ennemis jusqu'en Hesse.
Très bon officier d'avant-postes, et par suite un peu pillard et déiicnsier. (ù. G.)
avantages d'autant plus grands de la célérité avec laquelle M. de Contades se proposait d'exécuter son projet, qu'une lettre interceptée, de ce prince au ministre Pilt, faisait connaître que c'était uniquement par déférence aux volontés du roi de Prusse qu'il avait livré le combat de Bergen; qu'y ayant perdu du monde, ainsi que par les marches forcées, son infanterie était réduite d'un tiers; qu'il se trouvait dans l'impossibilité de recruter; que sa cavalerie était détruite, et demandait enfin 10,000 hommes d'infanterie anglaise, sans lesquels il ne se sentait pas en mesure de résister aux Français. Il ajoutait que, faute de ce secours, dans le cas où l'armée qui agissait contre les Impériaux subirait des revers, les alliés étaient perdus. Instruit de cette situation, M. de Contades redoubla d'activité, regardant le moment comme décisif pour agir contre l'ennemi. Tout ce qui restait dans le bas Rhin, excepté les 48 B. et 24 E. de M. d'Armentières, était en mouvement ou allait s'y mettre pour se rendre à Cologne, ensuite sur la Sieg et la Dyle, s'assemblant à Giessen, où le maréchal comptait avoir, le l*"" juin, 100 B. et 100 E., en y comprenant la réserve du duc de Broglie, composée de 18 B,, 31 E. et 2 régiments de troupes légères, et se mettre immédiatement en marche pour combattre le prince Ferdinand.
M. de Broglie, dont la santé était atteinte par des fatigues continuelles, venait de quitter provisoirement son commandement, qu'il remit au chevalier du Muy, pour aller aux eaux de Nieder-Ingelheim; mais, avant de partir, il avait, pour entraver les opérations de l'ennemi en Franconie, lancé les Fischer dans la direction de Wertheim et Mittenberg, et les volontaires d'Alsace à Lohr, et établi ainsi une communication avec le prince de Deux-Ponts.
Le prince Henri s'était déjà avancé avec ses troupes légères sur Ritzingen, Marktbreitet Ochsenfurt, où il y avait des magasins très considérables, dont une partie cependant fut protégée par les hussards de Weezey; mais, le 20, les Prussiens, au lieu de continuer leur marche, s'éloignaient de Bamberg et de Nuremberg, et le 23, sur un ordre du roi de Prusse, dont la capitale était menacée parle général Loudhon, ils se retirèrent avec précipitation, poursuivis à leur tour par le prince de Deux-Ponls sur les chemins de Ivulmbach et de Baireuth. D'un autre côté, le corps hanovrien et hessois, qui avait paru en Franconie, s'était replié dès le 15 à Fulda,
après avoir lancé quelques volées de coups de canon sur Kônigshofen, et se trouvait le 16 mai à Hersfeld,
Fischer, avec des détachements de sa troupe , seconda avec beaucoup de succès le colonel Weezey, et son esprit entreprenant le poussa même à sept ou huit lieues au delà, malgré les instructions qu'il avait reçues de ne pas trop s'aventurer; pour s'excuser^ il écrivait au duc de Broglie : « J'ai un peu outrepassé vos instructions de marcher de Wertheim à quatorze lieues en avant; j'espère que vous me le pardonnerez : il fallait persuader au monde que le secours français était arrivé. )> (D. G., 3516, 125.)
Celte ville semblait menacée par les Prussiens; en effet, tandis que le prince Henri marchait par Schesslitz sur Bamberg, le général Rnobloch s'avançait par Hochstadt pour atteindre Wurtzburg; le prince de Deux-Ponts y fit entrer immédiatement 8 B. et se mit en marche, le 16, pour Hertzogenaurach. Le lendemain, il porta l'armée à Schweinach, résolu à prendre le chemin de Donauworth et à passer le Danube, s'il était suivi. Ce parti, qui laissait toute la Franconie à l'abandon, pouvait devenir funeste à cette contrée; mais heureusement nos mouvements sur la Lahn allaient produire l'effet attendu.
Le prince Henri avait marché droit à Baireuth, et la plus grande partie de ses troupes se trouvait rassemblée, le 13, entre cette ville et Rulmbach. Gomme quelques-uns de ses détachements s'étaient montrés entre le duc de Deux-Ponts et Nuremberg, ce prince prit le parti de gagner Hochstadt sur l'Aisch, d'où il pouvait, suivant les circonstances, prendre le chemin de Nuremberg ou celui de Wurtzburg; il laissa à Bamberg ,6,000 hommes pour protéger le transport d'un gros magasin sur Forcheim. Le général de Maquire avait eu ordre de ne point aller à Egra et de se replier sur Pegnitz; mais, vivement suivi par les Prussiens, il ne put l'exécuter et fut forcé de gagner Wilseck, d'où il se porta sur Nuremberg.
L'opération combinée des Prussiens et Hanovriens contre l'armée de l'Empire nous donnait le temps d'assurer nos moyens sans craindre pour la Weltéravie et le Mayn; elle pouvait indiquer que le projet du prince Ferdinand était de porter la guerre du côté où se trouveraient ses plus grandes forces. C'est sur celle donnée que M. de Contades résolut l'ouverture de la campagne, et prit toutes
les mesures pour porter son armée à Giessen et faire sa jonction avec celle du Mayn.
M. de Contades fut informé par M. du Muy que le prince Ferdinand avait commencé, le 17, à évacuer la Hesse pour retourner vers Munster; qu'il n'y avait plus de troupes à Neusladt ni à Jesberg, fort peu à Ziegenhayn, et que le détachement de Fischer (1), qui occupait Marburg, avait pu s'établir à Kirchayn; qu'enfm le prince Ferdinand marchait en Westphalie avec 15,000 hommes seulement; qu'il devait être le 23 à Lippstadt; que le général Imhoff restait à Fritzlar et Homburg avec l!2 ou 15 autres mille hommes et que 8,000 Hanovriens devaient joindre le prince Henri à Neustadt, sur la Saala. Sur ces nouvelles, la direction des 17 B. et 14 E. qui devaient arriver sur la Dyle fut immédiatement changée, et, au lieu de les porter à Giessen, ils sont dirigés sur Marburg, leur marche couverte par la Lahn : cette route était plus courte de deux jours, et l'armée avait plus de facilité pour déboucher de Giessen, plus de moyens pour pousser devant elle tout ce qui se trouvait en Hesse et arriver promptement en Westphalie.
Non seulement les nouvelles de la marche du prince Ferdinand sur la Lippe se confirmaient de tous côtés, mais on apprenait, le 28, sa présence à Altendorf; il poussait des patrouilles jusqu'à Arnsberg, rassemblait toutes ses forces à Lippstadt et s'avançait le 25 à Lunen, la droite vers cette ville, le centre à Unna et la gauche sur Werl , avec quelques troupes parties de Munster pour Dulmen; il n'était resté en Hesse, derrière l'Edder, qu'un corps de 7 à 8,000 hommes aux ordres du général Imhoff, avec son quartier à Fritzlar. (D. G., 3516, 117.)
Ces manœuvres de l'ennemi semblaient viser au bas Rhin; mais M. de Contades n'en conçut aucune crainte, et, loin de changer ses dispositions générales dans cette partie, il prescrivit de nouveau, le 28, à M. d'Armentières (2) de bien garder ses places et de couvrir ses magasins.
(1) L'année, le 20 à Miilheim, est le 23 à Siegburg, le 24 à Uckerath, le 25 à Hachenburg en deux marches, le 27 à Neunkirchen, traversant le Westerwald, pays difficile; le 28 à Leun, le 30 à Heuchelheirn, le 31 à Wieseck près Giessen. (D. G., 3515, 15G.)
(2) Officiers généraux : MM. d'Arnienlières, de Sourches, de BauflVemont, du CliAtelel, Maiigiron, Grosiier, Ségur, Ghabo, Gayon et de Foiitenay.
GUERRE DE SEPT ANS (17o9). 383
Instruction de M. de Contades à M. d'Armentières.
« 10 mai 17.VJ.
« Un corps composé de 19 B, , de 24 E. et de la Légion Royale, avec 18 pièces de canon de campagne, 20 pièces de 24 et 12 mortiers, restera aux ordres de M. d'Armentières (1), pour la garde du bas Rhin. Indépendamment de ces troupes, 12 B. de milices sont dans les places et restent de même aux ordres de M. le marquis d'Armentières, ainsi que tout le pays entre la Moselle, la Meuse et le Rhin.
(( L'armée, se portant en Wettéravie, laisse le bas Rhin et ses places à découvert. La première attention de M. d'Armentières doit être de couvrir le duché de Bergh contre les entreprises du corps ennemi qui reste dans le pays de Munster et sur la Lippe. La seconde attention doit être de se préparer à déboucher du Rhin le plus tôt qu'il sera possible, afin d'être en mesure pour exécuter les opérations que les succès de l'armée (si elle est en Hesse) pourront faciliter à M. d'Armentières. Ces opérations sont les sièges de Munster et de Lippstadt, et c'est pour ces sièges qu'on prépare à Wesel l'équipage, mais M. d'Armentières ne peut les entreprendre tant que le prince Ferdinand sera placé en Hesse entre ces places et l'armée; ce prince pourrait, par une marche forcée, tomber sur le corps de M- d'Armentières, et il ne faut pas s'y exposer.
« L'armée manœuvrera de manière à pousser le prince Ferdinand et à le séparer de ses places; si elle y réussit, M. d'Armentières entreprendra le siège et commencera par celle sur laquelle la circonstance et la position de l'ennemi lui donneront le plus de facilité; mais on croit qu'il sera obligé de commencer par Munster.
«En attendant que les opérations de l'armée le mettent en possibilité de le faire, il s'occupera non seulement de la garde du bas
(1) Infanterie: la Tour-du-Pin, 4 ; Vaubecourt, 2; Durforl. 2; Yenner, 2; Redding, 2; Lockmaiin, 2; la Couronne, 2; Provence, 2 ; arlilleried'Invilliers, 1 (19 B.); plus la Légion Royale.
Cavalerie : la Reine, 2 ; des Cars, 2; Charost. 2 ; Sainl-Aldegonde, 2; Dauphin- Étranger, 2; Beauvilliers. 2; Damas, 2; Orléans, 2; dragons dOrléans et Tliianges, 8 (24 E.), et un parc d'artillerie. (D. G., 3516.)
Rhin, mais il aura l'air offensif et fera les manœuvres et détachements qu'il jugera convenables pour occuper et inquiéter l'ennemi, sans cependant se compromettre. Il ne doit pas perdre de vue que c'est du succès de l'armée que doit dépendre l'entreprise des opérations dont il est chargé, et que, jusqu'à ce que ces succès se décident, il doit se conduire avec une prudente activité et avec circonspection... (1). •>
Cependant il songea dès ce moment à rapprocher de lui la réserve duMayn, et prévint M. duMuy d'entrer le plus promptement possible en Hesse pour se mettre derrière le prince Ferdinand, s'il marchait vers le Rhin; qu'il comptait quitter Giessen le 3 juin, arriver le 4. à Marburg, prendre la direction de Frankenberg à Rorbach; qu'en conséquence, au lieu d'assembler sa réserve le 31 à Bergen, il eût à la porter le même jour à Friedberg, et à arranger sa marche ultérieure de manière à arriver le 4 àHomburg, sur l'Ohm, où était déjà le régiment de troupes légères de la réserve. Il lui prescrit de rapprocher de Hanaa les volontaires d'Alsace encore à Lohr, et d'ordonner à Fischer de quitter \\'ertheim pour se rapprocher de l'armée. En attendant, M. Dauvet se porte le 29 à Breitenbach, et le 30 à Biedenkopf; ses troupes légères occupent Hatzfeld, Frankenberg et Battenberg.
Toutes les troupes arrivèrent le 31 près de Giessen, au nombre de 37 B. et 40 E. Le camp fut établi sur deux lignes, la droite à Wieseck, oia était le quartier général , et la gauche tirant sur l'alignement de Lollar. Le lendemain arrivèrent encore 25 B. et 14 E., en sorte qu'il devait y avoir entre Giessen et Marburg 82 B., 34 E. et 62 pièces de canon, non compris la réserve de M. de Broglie, forte de 18 B., 29 E. et 12 pièces de canon, et les garnisons de la Lahn et du Mayn (2).
(2) Position de l'armée au l<^»'juin : 1" troupes de Marburg (comte de Noailles) : 25 B., 14 E.; — 2° au camp de Giessen : 57 B., 40 E.; — 3° encore en marche : 1 B., 35 E.; — 4° réserve du duc de Broglie : 18 B.. 29 E.; — 5° garnisons en "VSettéravie : 7 B.; — 6" pour les communications : 2 B., 2 E.; — 7" au bas Rhin (M. d'Armentières) : 19 B., 18 E. — Total: 129 B , 138 E. (D. G., 3516, 1560
GUERRE DE SEPT ANS (I759j. 38î