CHAPITRE XII
MARCHE SUR MINDEN. — BATAILLE DE MltNDEN (1" AOUT 1759' RETRAITE SUR CASSEL ET SUR LA LAHN.
J.ui7i. 3. L'armée campe près de Walgeni. M. du Muy à Grunberg. — G. A Wetter. L'armée, suivie de la réserve, continue sou mouvement en avant et se porte à Minden par des campements successifs. — 7. A Frankenberg. — 7-8. Le général Imhoff se retire sur Cassel. — 10. L'armée à Sachsenberg, Korbach. M. de Broglie à Dossel. — 11. A Stadtberg, la réserve à Cassel. — 14. Camp de Meerhof, la réserve de Broglie à Atteln. — 15. L'armée hanovriènne à Buren. M. d'Armenlières passe le Rhin, se porte à Schernbeck. — 19. Le maréchal visite le camp de la réserve. — 23. L'armée en avant de Schlangen et de Lippspring; la réserve de Warburg àKleinenberg, Atteln, Neuliaus. — 20. Le corps d'Armentières, laissé à Wesel au moment du départ du maréchal pour Schenbeck, esta Borken. — 24. Camp de Paderborn (armée française et saxonne). — 29. L'armée à Schlangen.
— 30. Le prince Ferdinand à Gutersloh.
Juillet. 2-4. Camp de Stukenbrock. — 4. Camp de Bielfeld et camp hanovrien à Recklingliausen. — 5. Le corps d'.\r meulières, marchant de Horken sur Munster. — 7. L'armée ennemie sur Melle. — 8. M. de Contades à Herford. — 9. M. d'Armentières investit Munsler. — 11-12. Fausse attaque dans la nuit. — 14. M. de Contades à Eidinghausen. — 15. Camp de Minden, (juartier général de M. de Contades. La réserve (duc de Broglie), précédant l'armée de plusieurs marches, de Neuhausà Osterholz et Heepen. arrive, le 9, devant Minden, dont le comte de Broglie s'empare de vive force. — 17. La réserve à Buckeburg. — 18. CroixduMérite militaire aux officiers étrangers. — 19. Investissement de Munster. Siège de cette place. Tranchée ouverte du 19 au 20; devant la citadelle, du 20 au 21. — 22. L'ennemi évacue la ville et se retire dans la citadelle. — 25. Capitulation. — M. d'Armentières marche sur Lippstadt. — 28. Attaques sur Lubbecke et Osnabruck. — 29. Le prince Ferdinand quitte son camp sur le bord du Wéser, se dirigeant sur Hillen. — 30-31. Dispositions pour livrer bataille.
Aoiit. i". Bataille de Minden. Pendant ce mouvement . le corps du bas Rhin (^19 B. et 18 E.) s'est avancé à Eidinghausen, le 4 à Lippstadt, le 5 à Warburg. L'armée fait saretraile surlaHesse; le 3, à Oldendorf. — 6. ,\Eschershausen. — 8. A Eimbeck.
— 9. AParensen. M. de Broglie à Dransfeld. — 10. A Gutternberg, entre laFulda et la Werra. Mort de Ferdinand VI, roi d'Espagne; les conséquences. — 11. Au camp sous Cassel. — 13. Effectif de l'armée. — 17. M. de Flavigny prisonnier à Naumburg, et M. de Villeterque à Cassel. — 18. L'armée àZennern. Combat
naval vis-à-vis du cap Lagos en Portugal. Mort de l'amiral la Clue. A'otre flotte se réfugie avec peine dans la rade de Cadix. — 20. A Gilserberg. — 22. MM. d'Armentières et de Broglie s'approchent de Marburg. — 23. Gross-Seelheim. — 25. Arrivée du maréchal d'Estrées. — 26. M. d'.\rmenticres sur le bas Rhin. M. de Broglie reste à la tète des deux corps. — 29. L'ennemi ne suit pas le mouvement commencé. — 30. Position entre Bauerbach et Amœneburg. Approvisionnements, situation de l'armée.
L'armée, le 3 juin, sur trois colonnes, traverse un pays difficile et campe sur deux lignes à la rive droite de la Lahn, à une lieue de Marburg, près de Nieder-Walgern, la droite à la rivière et la gauche à des bois; 1 brigade d'infanterie et 3 régiments de dragons en avant du petit ruisseau sur le front du camp; l'aile gauche de la cavalerie, qui ne put être placée à la gauche, en avant de l'aile droite; l'artillerie en troisième ligne, et enfin les grenadiers de France à hauteur de Marburg avec la brigade de Picardie. M. du iNIuy, parti, le 2, de Friedberg avec la réserve, cantonnait le même jour à Hungen, le 3 à Grunberg, et le 4 à la gauche de l'Ohm; ses troupes, placées à Alsfeld, Kirtorf, occupaient Schweinsberg et Homberg. M. de Contades avait donc toutes ses forces réunies; d'après sa correspondance, elles se trouvaient dans les meilleures conditions pour combattre ; malgré les marches pénibles qu'elles venaient de supporter, n'ayant manqué de rien, il y avait fort peu de malades. Il ne perdit point de temps pour exécuter le mouvement projeté sur Frankenberg et Korbach.
Opérations de l'armée, A juin 1759 (1).
« L'armée campe auprès de Marburg, dans la plaine de Nieder- Weymar; elle a un échelon de troupes légères sur la direction de Marburg à Frankenberg. Ce dernier poste est occupé par le régiment de Turpin, ainsi que ceux de Battenberg, d'Hatzfeld, par d'autres troupes qui ont des postes avancés vers différents points du haut duché de Westphalie et qui poussent des patrouilles dans la Roer pour éclairer les mouvements de l'ennemi. Le régiment de Berchiny est porté sur la direction de Gemiind, à la droite du chemin de Marburg à Frankenberg; il se portera à Haina,
Franckenau, peut-être à Wildungen, à mesure que l'armée marchera sur Frankenberg.
« L'armée, ayant reçu, le 3, toutes ses distributions, partira le 6, arrivera le 8 à Frankenberg. Sa marche sera précédée d'un jour par 14 B., aux ordres de M. de Saint-Pern, qui, partant des environs de Marburg demain, 3 du courant, seront à Frankenberg le 7. Les troupes qui occupent actuellement le haut Edder s'avanceront dans la même proportion vers Korbach et dans le haut duché de Westphalie. La réserve arrivera aujourd'hui sur la rivière d'Ohm, où elle campera, ayant cette rivière devant elle et ses troupes légères en avant, dans l'intervalle de l'Ohm et de la Schwalm; elle séjournera, le 5, dans cette position pour recevoir toutes ses distributions.
«Les nouvelles qu'on a par nos patrouilles, qui vont jusque sur la Roer, sont que M. le prince Ferdinand a fait un mouvement qui le rapproche de Werl, et le bruit du pays est qu'il revient en Hesse. Oq sera bientôt instruit de la vérité de ce fait; mais la possibilité de ce mouvement de sa part oblige de faire deux suppositions d'après lesquelles doivent être réglées les opérations de l'armée. La première est que ce prince revienne avec son armée en Hesse ou dans le Waldeck, pour s'opposer aux progrès de l'armée française. La seconde est que ce prince reste avec son armée en avant de la Lippe et qu'il ne laisse en Hesse que le corps qui y est actuellement aux ordres du général Imhoff.
« Dans tous les cas, l'armée suivra la direction de sa marche dans le pays de Waldeck par Frankenberg, sauf à varier ses mouvements suivant les positions de l'ennemi, au cas qu'il vienne soit dans ie pays de Waldeck^ soit dans la Hesse; mais les mouvements de la réserve doivent être différents dans l'une ou l'autre supposition.
«Le premier objet de la réserve doit être la prise de Ziegenhayn, où il n'est pas possible de laisser l'ennemi, qui de là interromprait tous nos convois qu'on est indispensablement obligé de tirer de Francfort; ainsi son premier mouvement, en partant de sa position actuelle sur la rivière d'Ohm , doit être de marcher à la Schwalm sur la direction de ïreyssa et de Ziegenhayn : il décidera l'ennemi ou à abandonner Ziegenhayn, ou à le renforcer en y jetant des troupes. S'il abandonne Ziegenhayn, M. le chevalier
du Muy le fera occuper et campera aux environs de Treyssa sans passer la Schwalm; il se préparera à marcher sur la direction de Fritzlar et à occuper la position de Nieder-Urff, gardant le défilé de Karstenhausen qui serait devant lui, et dans cette position il attendrait le moment oii l'arrivée de l'armée au delà du haut Edder décidera l'ennemi d'abandonner la position de Fritzlar. Si, au contraire, l'ennemi renforce Ziegenhayn, le chevalier du Muy ne perdra pas un moment pour en faire l'expédition. Il est resté à Giessen 4 pièces de'canon de 16, qu'on y a laissées dans cet objet et qu'il enverrait y chercher, si cette petite place avait l'air de vouloir soutenir une espèce de siège ; M. le chevalier du Muy saura bientôt à quoi s'en tenir.
« M. le chevalier du Muy partira le 6, pour passer l'Ohm et marcher sur la direction de Ziegenhayn et Treyssa; il y arrivera le 7. Il en repartira, le 8, pour Nieder-Urff, si l'ennemi a abandonné Ziegenhayn, etdans cette position de Nieder-Urff il attendra de nouveaux ordres. Dans la première supposition, il n'y a pas lieu de croire que le prince Ferdinand se porte en avant de Fritzlar; ainsi laréserve ne sera pas compromise à Nieder-Urff, qui est une bonne position, surtout si elle fait garder et retrancher le défilé de Karstenhausen en avant de cette position; elle doit y attendre les opérations de l'armée et s'occuper, en attendant, des moyens d'ouvrir par ses derrières la communication avec l'armée par Hayna et Frankenau. Dans la seconde supposition, on ne peut présumer que le général Imhoff garde la position de Fritzlar lorsqu'il aura devant lui la réserve, qui est aussi forte que lui, et que l'armée aura passé le haut Edder à Frankenberg; et on doit croire qu'il abandonnera cette position pour se retirer sous Casse!. En ce cas, la réserve marchera à Fritzlar et prendra la position la plus avantageuse en avant et à gauche de Fritzlar, afin de se mettre à portée de communiquer avec l'armée.
« L'armée établie dans le pays de Waldeck et la réserve placée dans la position qu'on vient de dire, à portée de communiquer avec l'armée, on profitera du temps qu'il faudra nécessairement donner à l'établissement des travaux du pain à Rorbach, pour tenter sur Cassel, suivant le parti que l'ennemi aura pris et les positions qu'il occupera. Pendant ces différentes opérations de l'armée et de la réserve, l'une et l'autre tireront toujours le pain de Giessen
et de Marburg, jusqu'à ce que les nouveaux établissements de Rorbach mettent en état de marcher plus en avant. »
Le 6, l'armée, arrivée à Wetter sur trois colonnes, campe sur deux lignes, la droite à un ravin et la gauche à Amonau. Le quartier général était à Wetter, en avant du centre de la première ligne, couvert par 2 brigades d'infanterie et 3 régiments de dragons. La brigade de Picardie, qui était à* Marburg, rentra en ligne.
La réserve partit également, le 6, de Gentershausen pourNeustadt. A l'approche de nos troupes légères, les ennemis évacuèrent Ziegenhayn. M. d'Auvet, avec ses 4 B. et 2E., quitte aussi, le 6, Battenberg, sur le haut Edder, et se porte à Hallenberg; les troupes légères de sa gauche firent en même temps un mouvement en avant pour occuper la tête du duché de Westphalie.
Le 7, l'armée se rendit à Frankenberg, sa gauche à l'Edder. Le même jour, M. de Saint-Pern est à Nieder-Orke, M. d'Auvet à Medebach, et la réserve, marchant par la vallée delà Schwalm, arrive à Treyssa, lançant ses troupes légères à Jessberg, Borken etHomberg.
Notre marche avait provoqué un mouvement général chez l'ennemi; les troupes d'Unna s'étaient mises en route, le 5, pour Soëst, celles de Lunen et de Kameny arrivaient le 6, et le prince Ferdinand rassemblait, le 7, ses forces entre Anrochle et Brenken. Quant au corps du général Imhoff, il avait décampé, dans la nuit du 8, pour se retirer à Gassel.
Tout en manœuvrant ainsi sur sa gauche, le prince Ferdinand avait fait avancer sa droite en portant sur Elberfeld et Meltmann un corps assez considérable, qui obligea M. de Chabo à abandonner la Roer, poursuivi jusqu'à une portée de canon de Dusseldorf, en soutenant des attaques assez vives. M. d'Armentières le fît appuyer dans sa retraite par quelques détachements et mit lui-même en marche sur Werdingen ses troupes du camp de Wesel ; mais, deux jours après leur expédition, les ennemis repassèrent la Roer, se dirigeant sur Dortmund (1).
(1) Voir les lettres de M. de Chabo des 3, 5, 7 et 12 juin (D. G., 3516, 57, 74) ; celles de M. de Sourches des G et 8 juin (D. G., 3516, 101); celles de M. de Castella du 7, et de M. d'Armentières du 8 (D. G., 3516, 75), annonçant que M. d'Armentières, en partant pour Dusseldorf, a laissé dans la place de Wesel le régiment de Reding, 4 B. de milice et 2 E. de dragons de Thianges et d'Orléans.
L'armée marche, le 8, de Frankenberg à Sachsenberg (1). La réserve séjourne àTreyssa, où M. de Broglie la joignit ; MM. de Saint- Pern et d'Auvet restent dans leurs positions, mais leurs troupes légères s'étendirent depuis AUendorf jusqu'à Eppe, à deux lieues de Korbach. Les hussards de Berchiny, à Frankenau, établirent la communication entre l'armée et la réserve.
Le 9, M. de Saint-Pern était à Imminghausen et M. d'Auvet à Nieder-Schledorn; le 10, le premier à Sachsenhausen et le second à Rhène, renforçant ses postes avancés déjà approchés de Matfeld et Brilon. Ce même jour, Berchiny quitte Frankenau pour Waldeck.
La réserve arrivée le 9 à Ober-Urff , M. de Broglie (2) pousse à Fritzlar 18 compagnies de grenadiers, des troupes légères à Werckel et des volontaires à Felsberg; le régiment de Schomberg àOber et Nieder-Mollrich sur l'Edder, et les Carabiniers à Zennern.
Dans la matinée du 9, la plus grande partie des troupes du général Imhoff prirent la direction de Paderborn par Warburg, où se trouvait le prince héréditaire. On annonçait en même temps que le prince Ferdinand campait à Soëst depuis le 6, ayant un corps de 5 à 6,000 hommes à Buren; que 4 régiments d'infanterie et 2 de cavalerie étaient arrivés à Stadtberg, avec Rhoden occupé. On ajoutait que le projet du prince était de revenir à Cassel. M. de Contades ne pouvait considérer ce projet comme sérieux ; mais, dans tous les cas, il pensait devoir marcher sur Korbach pour y former un établissement nécessaire à toutes les opérations, de quelque côté que sa marche pût être dirigée. Le 10, on avança donc sur cette ville, et l'armée occupa la plaine sur deux grandes lignes, la droite au village de Strothe et la gauche à Lelbach.
Dans cette position, l'on pouvait marcher sur Cassel par Freienhagen, sur Warburg par Arolsen, sur Stadtberg par Brilon, ou sur telle autre direction que les circonstances pouvaient exiger.
A peine arrivé au camp, le maréchal eut avis que le prince Ferdinand se trouvait à Werl, où il formait un camp considérable ; que les troupes du général Imhoff étaient arrivées à Warburg le 9, et
(2) Réserve de M. de Broglie : 18 B., 29 E., dont 4 de volontaires de Clermont, de Nassau et d'Alsace.
qu'il ne restait à Cassel que 2 régiments hanovriens pour protéger l'évacuation des magasins.
M. de Broglie ayant marché à Dossel le 10, à l'approche de ses détachements avancés, M. de Zastrow, qui commandait à Cassel, évacua la ville pendant la nuit, passa la Fulda et gagna Munden, puis le Hanovre vers Hamein, toujours poursuivi par nos troupes légères. Le lendemain H, la réserve entra à Cassel; on n'y trouva aucun approvisionnement, mais les ennemis furent obligés d'abandonner à Munden, Dransfeld et Witzenhausen une quantité considérable de fourrages et d'avoine.
Les différents détachements ennemis laissés sur la haute Diemel, à Stadtberg et environs, se replièrent le 11 ; le maréchal, pensant, d'après les dispositions du prince Ferdinand, qu'il ne voulait pas défendre la Diemel, marche, le 13, sur Hadsberg, ordonnant à M. de Broglie de se rapprocher de l'armée et d'être le 15 à Warburg (1). Il informe en même temps M. d'Armentières qu'il ait à rassembler ses forces près de Wesel et à les porter sur la direction de Munster, en lançant beaucoup de détachements dans toute cette contrée. M. d'Armentières passe le Rhin le 15, et se porte, le 16, à Schernbeck.
En arrivant à Stadtberg, l'armée se forme, la droite à la Diemel et la gauche appuyée à des bois. 1 brigade d'infanterie, 1 régiment de cavalerie et les hussards de Turpin campent en avant des défilés, près du village d'Essentho, aux ordres de M. d'Auvet. 2 brigades occupèrent également la rive gauche pour couvrir Stadtberg et pour soutenir la position d'Essentho et M. de Saint-Pern, à une lieue d'Arolsen, qui devait rejoindre le lendemain (2). 11 y eut en ce moment peu d'accord dans les rapports sur les mouvements des ennemis : suivant les uns, ils se rassemblaient à Lippstadt, et suivant d'autres à Buren. Ces nouvelles causaient de l'incertitude ; mais c'était déjà un grand avantage que d'être maître des défilés, où les ennemis auraient pu, avec 10,000 hommes, arrêter toute notre armée. La Diemel, dans cette partie, coule à travers une gorge
(1) M. deContades à M. de Broglie, à Cassel. Stadtberg, 12 juin. (D. G., 3516, 176.)
(2) La brigade d'Orléans, les régiments de Noë et de Turpin sont campés i\ Essenlho, en avant du défilé. (D. G., 3514, 174.)
extrêmement profonde et resserrée, surtout à la rive gauche, qui devient d'un accès difficile.
Le 14, au point du jour, l'armée s'ébranla sur six colonnes et franchit la rivière, au delà de laquelle il fallait pénétrer dans des bois, vis-à-vis de Stadtberg, pour déboucher du côté d'Essentho et de Meerhof. En passant les défilés, les troupes furent disposées de manière à se présenter en force dans la plaine et à se former promptement, de sorte qu'à 8 heures l'armée se trouvait en bataille, avec 62 pièces de canon sur le front de la première ligne.
Les 2 brigades d'infanterie près de Stadtberg avaient passé les défilés pendant la nuit et étaient arrivées de bonne heure à Essentho pour en assurer le débouché. Les hussards de Turpin (1) et 1 régiment de troupes légères arrivèrent pendant la nuit au camp de Buren afin d'observer l'ennemi; il s'ensuivit des escarmouches avec ses postes avancés. M. de Turpin y fit des prisonniers.
Gomme notre présence ne provoqua point de mouvement chez l'ennemi, l'armée s'établit en avant de Meerhof; le duc de Chevreuse, qui venait de remplacer M. d'Auvet, campe à Furstenberg; devant lui, à Wunnenberg, sont les hussards Turpin et des troupes légères (2) ; les grenadiers de France et Royaux, avec 1 brigade d'infanterie, aux ordres de M. de Saint-Pern, entre Furstenberg et la gauche du camp; le régiment de Berchiny, à l'abbaye d'Atteln. M. de Broglie s'avance le 15 à Warburg, et le 16 à Kleinenberg, laissant dans Gassel 4 B., 2 E. et un détachement de troupes légères pour garder la place et y faire verser les magasins qu'on avait trouvés sur laWerra (3). Les troupes envoyées sur les bords du Wéser pour éclairer sa marche trouvèrent à Beverungen des approvisionnements considérables.
Le 17 (4), sachant l'armée ennemie réunie à Buren, le maréchal reconnaît sa position et la trouve inattaquable par son front et sa droite, appuyée à de grands ravins sur l'alignement de Ruthen à Brenken. Néanmoins, comme on trouva également des magasins
(1) M. Turpin au maréchal de Contades. Furstenberg, 14 juin. (D. G., 3517, 196.)
(2) M. de Contades au maréchal de Belle-Isle. (D. G., 3516, 195.)
(3) M. de Contades à M. de Broglie. (D. G.. 351(5. 194.)
(4) M. de Contades au ministre. Meerhof, 15 juin. (D. G.. 35ie. 191 bis.)
sur la Dicinel, à DiesenbergetRothenburg, l'abandon de tous ces magasins prouve que le prince Ferdinand ne s'attendait pas h nous voir entrer en campagne à cette époque.
Dans ces conditions, il était question de pousser les opérations. Le prince Ferdinand se rassemblant sous Lippstadt, M. de Contades pensa que le meilleur moyen de lui faire abandonner cette position, ou de le combattre avec avantage, était de le tourner et de l'attaquer par sa gauche; mais il fallait que l'établissement de Korbach fût achevé, ce qui ne pouvait avoir lieu avant le 28. Le maréchal se détermine à rester dans sa position en attendant que ses subsistances fussent assurées, regrettant alors son premier projet de commencer la campagne sur le bas Rhin à cause de la facilité des transports. L'inaction dans laquelle il allait se trouver lui fit prescrire à M. d'Armentières de suspendre tout mouvement offensif sur le camp ennemi de Dulmen, et les troupes du bas Rhin restèrent h Schernbeck. Ce retard apporté dans les opérations par la nécessité d'un grand dépôt de vivres à Korbach était d'autant plus fâcheux que, le 15, le prince Ferdinand arrivait avec la presque totalité de ses troupes à Buren, laissant quelques détachements à Lippstadt, Gessecke et Salzkotten sur la haute Lippe. Les environs de Paderborn étant également évacués, nos hussards avaient pu s'en approcher de fort près.
En attendant le départ de Meerhof, le maréchal (I) ordonne quelques changements il occupe, le \S, avec 2 brigades d'infanterie aux ordres de MM. de Bezenval et de Besson, les hauteurs d'Helmern et deHaaren, qui s'étendaient jusqu'aux bois occupés parles ennemis sur le môme plateau; en avant de ces 2 brigades, près du village d'Helmern, on place le régiment de Berchiny et 1 régiment de troupes légères. Les Carabiniers, qui arrivèrent ce même jour à l'armée, campèrent à la droite; la Gendarmerie reste à Stadtberg.
La réserve de M. de Broglie avait séjourné, le 17, entre Rleinenberg et Lichtenau; elle arrive ù Atteln le 18, et campe dans une position inabordable. La troupe de Fischer s'avance sur le flanc
(1) M. de Contades au minisire de la guerre. Meerliof. t8 juin. (D. G., .3517, 229.) Lettre du 8 juin au sujet du retour de Fischer à l'armée, après son expédition dans la Franconie.
droit fies ennemis pour inquiéter leur communication de Lippstadt et concourir, avec des troupes légères, à la protection de la nôtre avec Rorbach et Warburg.
Le 19, le maréchal visite le camp de la réserve ; à son arrivée, il fut informé par le duc de Chevreuse, à Furstenberg, que les ennemis avaient décampé de grand matin de Buren , que les patrouilles de Turpin entraient déjà dans cette place, et que toutes les troupes légères qui surveillaient celte contrée s'élaient mises à leur poursuite, sans cependant pouvoir atteindre leur arrièregarde. Turpin se porta quelque temps après sur les hauteurs de la rive gauche de l'Aime, d'où il vit les ennemis établis près de Lippstadt et faisant face à Buren. Suivant toutes les apparences, ce mouvement fut décidé par l'arrivée de M. de Broglie à Atteln, qui fît craindre au prince Ferdinand d'être tourné par sa gauche.
Le 20, l'armée ennemie lève son camp pour passer la lippe , ne laissant sur la rive gauche que quelques postes; mais, toujours empêché par ses subsistances, le maréchal se trouvait dans l'impossibilité de profiter de cette retraite; il ne pouvait s'avancer à Paderborn avant le 26, ni s'en éloigner avant le 28. Cependant on commence les distributions près de Paderborn le 25, et le maréchal dispose son mouvement pour le 24. Dès le 22, il envoyai brigade d'infanterie pour assurer l'établissement commencé dans cette localité, et toutes les troupes légères s'étendirent de Buren à Lippspring. L'armée ennemie étant campée près de Rietberg, entre Neuenkirchen et Wiedenbruck, le maréchal force en avant la réserve de M. de Broglie jusqu'àNeuhaus au delà de Paderborn (1), y marche le lendemain, s'établit la droite en arrière de celte ville, la gauche à Wewer, les grenadiers de France sur l'Aime, et les Carabiniers, plus 1 brigade d'infanterie, à Atteln, avec son quartier général.
M. de Chevreuse, de Furstenberg à Buren, couvrait les défîlés de Stadtberg avec toutes les troupes légères, formant un cordon en avant de l'armée. Mais comme on était dans la nécessité absolue d'attendre à Paderborn la distribution du 28^ on profita de ce séjour
Bulletins des 25, 26, 27, 28 juin. (D. G., 3517, 386, 389, 393.
Bulletin du 29. (D. G.. 3517, 639.)
forcé pour envoyer des reconnaissances sur Horn et Delbruck, d'où on chassa l'arrière-garde ennemie après une longue résistance. Alors M. de Gontades se trouvant en état de continuer son mouvement le 29, l'armée s'établissait sur six colonnes , débordant Lippspring et Schiangen. La réserve, le môme jour, gagne Osterholz, et M. de Chevreuse se porte de Buren à Neuhaus pour couvrir Paderborn, où sont laissées à M. de Beausobre la sûreté des magasins, la garde des éclopés, surtout de la cavalerie.
La position de Schiangen nous permettait d'attaquer l'ennemi entre Rietberg et Werl; nous pouvions y arriver en tenant les sources de l'Embs ou le ruisseau d'Hanstenbeck, ou encore en traversant la montagne, et occuper Horn afm de l'empêcher de se jeter sur Hameln, s'il se retirait de Bielfeld. C'est dans cette prévision que Fischer se rendit à Oerlinghausen (1).
Le retard d'un convoi de pain oblige l'armée à séjourner à Schiangen jusqu'au 2 juillet. Espérant se mettre en marche le 1% le maréchal, dès le 29, attaquait les postes ennemis sur l'Embs. C'est alors que le prince Ferdinand, craignant que les attaques ne fussent suivies de celle de son camp, déloge le 30, de grand matin, et s'arrête à Gutersloh. En se retirant, le prince Ferdinand laisse Lippstadt suffisamment approvisionné. Le maréchal la fait sommer, mais M. d'Hardenberg refusa de se rendre ; ne pouvant s'arrêter à l'investissement pour forcer l'ennemi à combattre ou repasser le Wéser, il se met en marche le 2, en même temps que M. de Chevreuse s'avance sur Delbruck, M. de Melfort reste à Boke, et M. Muret s'empare de Stromberg, poste assez important.
L'ennemi abandonnant Bielfeld, le duc de Broglie l'occupe avec les dragons et des troupes légères de sa réserve, sous le commandement de son frère le comte de Broglie, avec les Fischer dans les villages environnants. L'incertitude des rapports sur l'ennemi force le maréchal à rester dans son camp, et trois jours sont employés à des reconnaissances.
(1) Avinée du maréchal deConlades, au V' juillet. (D. G., 3516, 193.)
Première ligne : MM. le duc de Filz-James, Nicolaï, duc de Brissac, 37 B., 29 E.
Deuxième ligne : d'Andlau, comte de Noailles, Dumesnil, 33 B., 16 E.; réserve
d'Armentières, 19 B., 20 E.; réserve du duc de Broglie, 25 B., 31 E.; réserve du duc
de Chevreuse, 12 E.; réserve de Saint-Pern , 12 B.; réserve de Poyannes, 18 E.;
hussards, 12 E.; artillerie, 3 B. Total ; 129 B, et 138 E.
Le prince Ferdinand s'était dirigé sur Sassenberg; le 4, l'armée française passe les défilés de Bielfeld et se forme dans la direction d'Herford; la réserve à Heepen; les grenadiers de France et Royaux, la Gendarmerie et les Carabiniers en avant du village de Schildesche, avec 1 brigade à Brackwed. Les hussards Berchiny et Turpin, qui avaient dépassé Gutersloh et Marienfeld, se portèrent à Steinhagen le 5. Le village de Halle fut attaqué par M. de Voyer, soutenu des volontaires de Clermont, qui s'en empara et poursuivit les ennemis jusqu'à Ravensberg.
La retraite du prince Ferdinand vers le bas Wéser paraissait bien décidée, d'après les nouvelles du 5, par son mouvement sur Melle. Le maréchal jugeait qu'il suivrait le chemin de Lubbecke, pour gagner Minden; mais il ne pouvait le faire observer que par ses troupes légères, l'armée étant obligée d'attendre deux jours à Bielfeld pour y recevoir ses vivres; il se proposait de marcher à HerfordleT, en portant la réserve en avant de cette ville, dans le cas où les ennemis ne seraient pas arrivés dès ce jour à Lubbecke. S'il ne pouvait espérer de les joindre, son projet consistait à faire des marches rapides pour arriver sur le haut Wéser, précédé par M. de Broglie qui passerait la rivière et entrerait à Bermbeck , où il s'établirait pour pénétrer dans le Hanovre, et à mettre sur les derrières la place d'Hameln, que M. d'Armentières se chargerait d'assiéger.
M. de Wangenheim, qui occupait Dulmen, laissait supposer qu'il ne pourrait plus rester dans sa position depuis que le prince Ferdinand se retirait par l'évêché d'Osnabruck, et M. de Contades, dans la supposition où il y serait encore, prescrivit à M. d'Armentières de chercher à le combattre, persuadé que, si le corps ennemi était encore devant M. d'Armentières, ne pouvant plus être soutenu par l'armée, il serait battu, et que, dans le cas où il se retirerait, on enfermerait dans Munster tout ce qu'il y aurait laissé. Le maréchal ne croyait pas cependant que le prince Ferdinand, privé déjà des troupes jetées dans Lippstadt, se serait encore affaibli de cet effectif pour laisser ce corps en entier dans Munster.
M. d'Armentières, sur l'avis du mouvement de M. Wangenheim, le 4, vers Munster, et sans ordres de M. de Contades, marche, le 5, de Schernbeck à Borken, y prend position sur les deux rives de l'Aa, dirige à Coesfeld les volontaires de Cambefort, renforcés d'un déta-
chement de l'armée sous M. d'Argens, et la Légion Royale à Dulmen. Ainsi établi, le commandant de l'armée du bas Rhin voulut être instruit des mouvements du prince Ferdinand avant de se porter sur Munster avec toutes ses forces.
On ne put exécuter le projet de marche du 7, ni celui de faire passer le Wéser à la réserve, attendu que l'armée ennemie n'avait pas quitté Dissen. Leduc d'Havre, avec 3 brigades d'infanterie et 1 brigade de cavalerie, se rapprocha de M. de Broglie.
L'armée ennemie marchant sur Melle le 7, le maréchal se détermine à camper le 7 (1) à Herford. M. de Broglie était le 8 à Enger, où étaient arrivés, depuis le 5, les troupes légères et les volontaires. De son côté, Fischer (2) pousse une partie de sa troupe jusqu'au Wéser, l'autre à Corvey, et s'établit à Detmold. Le duc de Ghevreuse part également, le 7, de Delbruck pour Rietberg (3), et le régiment de Turpin, en avant de Rheda, se dirige sur Warendorf pour resserrer Munster. L'ennemi abandonna Warendorf à son approche.
Le 8, l'armée arrive à Herford, campe sur un terrain difficile, sa droite à la Bega. M. d'Andlau reste à Bielfeld pour défendre la gorge de Bracwede. C'est en arrivant que le maréchal apprit le départ de l'ennemi de Dissen, dans la direction d'Osnabruck par Iburg.
Depuis quelques jours, Fischer donnait connaissance de la possibilité de s'emparer de Minden, si Melle était masqué. La retraite du prince Ferdinand, et une lettre interceptée indiquant une grande quantité de provisions, permirent à M. de Contades de laisser M. de Broglie libre de l'entreprise. Bien que la garnison fût assez nombreuse et soutenue d'un corps anglais campé derrière la place, M. de Broglie se rend, le 9, à Bergkirchen, appuyé d'un fort détachement sous les ordres du prince de Condé à Rehme, pour le cas où il serait obligé de se retirer. Vers 5 heures du matin, les chasseurs ennemis, soutenus de dragons, se retirèrent à l'approche de nos hussards, et le gouverneur, sommé de se rendre, s'y refusa, ayant ordre de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Toujours
(1) M. de Broglie à M. de Contades. Enger, le 8. (D. G., 3518, 98.)
(3) M. de Monteynard au minislre. Herford. (D. G., 3518, IfiO.)
convaincu de l'importance de la garnison, M. de Broglie écrivait, à 9 heures et demie du matin, qu'il ne jugeait pas possible d'attaquer la ville l'épée à la main, sans s'exposer à une grande perle et peut-être à un insuccès; mais que, suivant toutes les apparences, le gouverneur se retirerait pendant la nuit. Déjà des équipages se montraient; mais, vu le manque de bateaux ou de gué, on ne pouvait les empêcher du côté de la rive droite du Wéser. Cependant les hussards de Nassau, à la recherche d'un gué , découvrirent un bac, et le comte de Broglie s'en servit pour passer avec les Fischer, en même temps qu'il ordonnait à M. de Closen de tourner la ville pour se placer devant la porte de Nienburg et empêcher la garnison de s'échapper de ce côté. Les Fischer ayant marché avec la plus grande célérité à l'ouvrage de la tête de pont, tandis que M. de Broghe envoyait quelques volées de coups de canon sur le pont et sur cet ouvrage, les ennemis en furent tellement effrayés qu'ils s'enfuirent dans la ville sans achever de lever le pont, et les grenadiers de Fischer, qui les suivaient de très près, entrèrent avec eux (J).
Le 6, lendemain de son arrivée à Borken, M. d'Armentières, sur l'avis de l'évacuation de Munster, la citadelle exceptée, marche sur Coesfeld le 7, couvert par les détachements de M. de Conflans à Appelhulsen et de M. d'Argens en avant de Coesfeld. Le général Wangenheim, à Ladbergen, n'avait pas encore rejoint le prince Ferdinand. Le 8, M. d'Armentières reste à Nottuln, la fatigue des troupes par la longue marche de la veille ne lui permettant pas d'aller plus loin; mais MM. de Conflans et Chabo, se présentant sous les murs de Munster, sommaient la garnison de se rendre. Voici ce que M. de Zastrow répondit à M. de Chabo : «En réponse à votre sommation, je ne suis point ici pour rendre la ville, mais pour la défendre, afin de m'acquérir ainsi votre estime et celle de M. d'Armentières (2). »
La ville est bloquée le 9, la droite dépassant Saint-Mauritz, la
(1) Lettre de M. de Broglie, du 9 juillet, 10 heures du soir (D. G., 3518, 139), et extrait de la lettre de M. de Contades, du 10 (D. G., 3518, 157).
(2) M, delà Chevalerie, général hanovrien, voulant entrer dans Munster, porteur de plans relatifs à la défense de la place et patenté pour y commander, est pris par M. de Carové, officier de la Léj^ion Royale, plus tard nommé chevalier de Saint-Louis sur la demande de M. d'Armentières. (D. G.)
gauche au chemin de Dulmen et du haut Aa, occupé par M. de Thianges, M. de Chabo reUant ces deux points.
Dans la nuit du 10 au 11, M. de la Tour-du-Pin s'empara du faubourg Saint-Mauritz, dont la garde fut confiée à M. de Boisclaireau, lieutenant-colonel de Durfort, qui le lendemain fut très inquiété par le canon de la place. Son occupation, très désirée, semblait fort difficile par l'entreprise d'un siège, pendant que l'ennemi était à Osnabruck et M. de Gontades encore à Herford, M. d'Armentières, ne se sentant pas assez protégé pour cette opération, suspendit l'envoi de Wesel de la grosse artillerie et ne s'occupa plus d'entrer dans la, ville que par surprise ou de vive force. On espéra un instant qu'en coupant le batardeau au fort Lacroix, la ville pourrait être emportée d'un coup de main, mais l'entreprise fut bientôt reconnue impraticable. M. d'Armentières ne voyait plus d'espoir que dans l'ouverture de la tranchée, lorsqu'une lettre de M. de Gontades lui fît changer son projet :
« Je vois que vous êtes devant Munster et que vous avez dû faire reconnaître aujourd'hui les moyens d'attaquer cette ville l'épée à la main. Je désire bien vivement que cette attaque se soit trouvée possible; je vous ajouterai même qu'elle est nécessaire dans la position où vous êtes , où est l'ennemi et où je suis. M. le prince Ferdinand, campé entre Iburg et Osnabruck, n'a que trois marches ordinaires, ou deux fortes, pour se porter sur vous. Il est vrai qu'il a l'Embs à passer; mais par la chaleur q'il fait cette rivière doit être fort basse et ne ferait pas un obstacle au prince Ferdinand. J'ai deux marches d'ici à Iburg; elles sont fort diffîcilespar la qualité du pays, ce qui n'estpas possible avec la rapidité que la circonstance exigerait. D'où je conclus que le prince Ferdinand peut marcher à vous, ce qu'il ne ferait pas si vous étiez maître de la ville de Munster. Il est donc nécessaire de l'attaquer et sans perdre de temps : la ville est grande, la garnison peu nombreuse pour se bien défendre, si vous faites plusieurs attaques. Gette garnison est, d'ailleurs, selon le rapport de M. de Lasalle (commissaire des guerres, chargé de traiter de l'échange des prisonniers), qui a passé avant-hier à Munster, composée de gens ramassés, la plupart milices ou invalides, et certainement cela ne peut se défendre. M. de Broglie s'est emparé hier au soir de Minden
l'épée à la main, il vous fait voir qu'avec ces gens-là il suffit d'entreprendre. »
Cette lettre parut si positive, qu'il n'y eut plus à hésiter. Malgré ses rapports, malgré ses reconnaissances, malgré ses renseignements, M. d'Armentières se dispose à attaquer par cinq côtés à la fois. Le succès ne répondit pas aux bonnes dispositions, à la bonne volonté des troupes. Les fossés, pleins d'eau, larges, profonds, n'arrêtèrent pas nos colonnes, qui échouèrent dans cette tentative. M. de Groslier, par un malentendu, trouva sur son passage des abatiset des coupures, et M. de Maupeou, égaré par ses guides, ne put arriver aussi à sa destination au moment voulu. Ces colonnes rentrèrent donc avec des pertes assez sensibles. Néanmoins, malgré celte attaque infructueuse dans la nuit du 11 au 12, la garnison se retira dans la citadelle le 22, et capitula le 25.
La prise de Minden donnait un grand avantage, par son pont sur leWéser, pour passer cette rivière et resserrer le prince Ferdinand sur l'Aller, en le séparant d'Hameln et du Hanovre. Pour profiter de cet avantage, la réserve reçut ordre de marcher à Minden, et le maréchal se proposait de porter, le 12, l'armée àRehme; mais les difficultés qu'il allait rencontrer pour les vivres l'engagèrent à prolonger son séjour à Herford, il se contenta d'envoyer à Enger les grenadiers de France, 2 brigades d'infanterie et 1 de cavalerie, aux ordres de M. Dumesnil, pour y remplacer la réserve. M. de Contades allait se trouver ainsi dans le cas de ne pouvoir quitter Herford et de voir gagner tranquillement le Wéser au prince Ferdinand, sans pouvoir le suivre. Efiectivement, ce prince ne tarda pas à se mettre en mouvement. Fischer fit savoir, le 1 1 , que le prince héréditaire de Brunswick avait marché, le 10, dans la direction de Nienberge, où il pouvait arriver en deux grandes marches; d'autres avis assuraient que nos hussards, des hauteurs d'Iburg, voyaient les ennemis en mouvement, mais sans pouvoir juger du nombre, et tout portail à croire qu'ils suivaient le prince héréditaire à Nienberge (1). La marche du prince Ferdinand et le départ de toute l'armée d'Osnabruck fit prendre au maréchal la résolution de se porter sur Minden et de se mettre à cheval sur le Wéser; la question du pain
(1) Voir Bulletin du 14 juillet. « Linneini a abandonné Osnabiuclv. M. de Berchiny l'occupe depuis hier. » (D. G., 3518. 258.)
le gênait infiniment, cependant on trouva le moyen d'en donner, le 12, à 4 brigades d'infanterie et à I brigade de cavalerie. Ces troupes avec une partie du parc allèrent, aux ordres de M. de Beaupréau, le 13, à Eidinghausen et, le 14., à Minden. M. Dumesnil quitta Enger ce même jour, y arriva le lendemain, et l'armée, ayant reçu ses vivres, se met en route le 14, et campe à Eidinghausen sur deux lignes, la droite approchant de Rehme et la gauche près de la montagne, ayant la Bega derrière le camp, et, devant^ la crête, fort élevée et couverte de bois , qui de Lubbecke va au Wéser. On fît pratiquer dans cette hauteur trois passages par lesquels l'armée, sans équipages, descendit dans son camp, ne pouvant suivre le chemin ordinaire qui longe le bord du Wéser.
La réserve passe le Wéser, se place à Buckeburg. Le 13, Tarmée arrive à Minden (1), où. elle s'établit dans une très bonne position, la droite à la ville, la gauche appuyée à la montagne, couverte par les grenadiers Royaux, la Gendarmerie, les Carabiniers. Les deux lignes étaient défendues en avant par un marais impraticable. On rassembla les bateaux nécessaires à un pont sur le Wéser. Le prince héréditaire s'était porté sur Stolzenau, et le prince Ferdinand sur Nienburg. Dès que l'avant-garde ennemie eut été signalée par M. de Raugrave, l'armée se mit en bataille, attendant le combat; mais à 6 heures du soir, après une canonnade, elle se retirait, suivie de nos troupes légères.
On continua de travailler au pont du Wéser pour déboucher sur l'ennemi, s'il gardait sa position derrière Petershagen. Au sujet de cette première tentative de l'ennemi contre lui, M. de Contades écrivait au maréchal de Belle-Isle, de Minden, le 18 juillet 1759 :
« Plus j'examine la position de l'armée dans ce camp, où je pense qu'elle est inattaquable, et plus je pense que le prince Ferdinand espérait que les démonstrations d'attaquer hier m'engageraient à marcher à lui, et qu'il pourrait m'attaquer avec avantage avant que l'armée fût formée. Je crois aussi qu'en occupant le camp d'Ovenstadt, derrière Petershagen, où il a rassemblé son armée, à l'exception d'un petit corps à Leese pour couvrir ses trois ponts de Stolzenau, il espère de me déposter et, en m'engageant
(1) Camp sous Minden : « L'armée s'est portée en deux marches d'Herford sous Minden. >. (D. G., 3518, 273.)
à descendre le Wéser, m'éloigner de mes ponts, pour, en me dérobant une marche, passer rapidement sur les siens à Stolzenau et venir se placer vis-à-vis de Minden pour m'empêcher de déboucher. Afin de prévenir cet inconvénient, j'ai lait. repasser le Wéser aujourd'hui à la réserve de M. de Broglie, qui y appuie sa gauche. Je compte, dons cette position, si le prince Ferdinand ne fait pas de mouvements qui m'obligent d'en changer, laisser finir à M. d'Armentières les sièges de Munster et de Lippstadt, faire les préparatifs pour celui d'Hameln et travailler à l'établissement des fours commencés ici (1). »
Pendant ce temps, le siège de Munster se poursuivait. M. d'Armentières, depuis le malheureux insuccès du 11, s'était arrêté à l'ouverture de la tranchée devant la ville et la citadelle. En attendant l'artillerie de Wesel, il prit une nouvelle position et assura son attaque entre le canal et la porte d'Hozter, ses bataillons campés en face de la citadelle, la cavalerie et les dragons sur la gauche, appuyant l'investissement par des patrouilles.
La tranchée fut ouverte le 29 au soir; un retard survenu dans la marche de l'artillerie ne permit de l'ouvrir devant la citadelle que le lendemain. Dès le 22, toute la garnison se retirait dans les murs de cette forteresse, et nos troupes, ayant découvert le mouvement, entrèrent dans la ville, presque en même temps que l'ennemi en sortait, et firent quelques prisonniers. On convint alors d'une neutralité qui ne concernait que la place; le siège de la citadelle fut continué. Nos batteries commencèrent leur feu le 25, à 3 heures du matin, avec tant de succès qu'à 8 heures la garnison se rendait prisonnière de guerre (2).
M. d'Armentières fit aussitôt ses dispositions pour le siège de Lippstadt. Il part, le 29, de Munster pour Rheda, où ses troupes arrivèrent successivement. Il couche, le 31, près de Langenberg et
(1) 12 régiments suisses, 8 allemands, I suédois et 1 brigade écossaise étaient en ce moment au service de France. Le 18, fut établi le nouvel ordre de clievalerie, sous le litre de Mérite militaire, pour récompenser les officiers étrangers qui, protestants, ne pouvaient obtenir d'être chevaliers de Saint-Louis. C'est une croix d'or attachée à la boutonnière avec un ruban bleu foncé, sans être onde. D'un côté, une épée en pal, avec ces mots : Pro viriute beltica, et sur le revers, une couronne de laurier, avec celte légende : Ludovicus instidut, 175'J.
(2) Bulletin du 24 juillet. (D. G., 3518, 258.)
campe, le 1" août, devant la place, avec son quartier général à Hellenghausen, après avoir laissé à Warendorf et Telgte la légion Royale et le régiment de Thiangesen surveillance des mouvements ennemis sur Munster. Pendant ces opérations, le prince Ferdinand restait inactif dans sa position derrière Petershagen; il avait, dans la soirée du 19 , tenté un mouvement qui se réduisit à quelques dispositions d'attaque sur le pont du marais à la tête du camp des volontaires de Hainaut. Une vive escarmouche eut lieu à Lubbecke entre la cavalerie anglaise et le régiment de Berchiny et les volontaires de Muret, qui furent obligés de se retirer (1).
L'ennemi s'éloigna pendant la nuit, et M. de Guerchy fut chargé de le suivre. Il y eut aussi quelques escarmouches sur la rive droite du Wéser entre Lahde et Wietersheim , ce qui nécessita des compagnies dans le château de Buckeburg, destinées à empêcher l'ennemi de l'emporter sans ouvrir la tranchée.
M. de Contades n'accéda donc à aucun mouvement tant que l'ennemi resterait dans sa position, et comme, le 25, il se retranchait môme encore en différents points sur notre droite, rien n'annonçait un changement de sa part. Brème venait de tomber en son pouvoir, à la suite de l'entrée de déserteurs dans la ville.
Le 28 (2), 2 à 3,000 hommes se présentent de nouveau devant Lubbecke, et M. de Berchiny est encore obligé de se retirer, mais en faisant garder la gorge par les volontaires de Muret et ceux de Prague, qui venaient de le rejoindre avec le régiment de Turpin. Maître de Lubbecke, l'ennemi s'avançait sur les volontaires de Hainaut, quand M. de Grandmaison, à la tête des Muret, les força d'y rentrer en faisant des prisonniers. Les volontaires de Clermont, aussi attaqués à Osnabruck, sont obligés de se retirer sur Hille et Munster; alors M. de Contades détache à Melle, le 30, M. de Brissac.
Pendant que nous étions occupés du côté de Lubbecke et d'Osnabruck, l'armée ennemie manœuvrait, et, à la lin de la journée du 29, elle occupait Hille. Le prince Ferdinand ayant détaché le prince héréditaire de Brunswick pour occuper les derrières pa
(1) Bulletin de l'armée. (D. G., 3519, 74.)
(2) M. de Cornillon au maréchal. (D. G., 3519, 97.)
Lubbcckele30, le maréchal jugea, le 31, le moment favorable pour l'attaquer le lendemain, i" août.
La droite de l'armée ennemie était derrière le village d'Hille, sa gauche derrière celui de Holzhausen, et cette armée tenait encore au Wéser par un corps campé entre le village de Todtenhausen et celui dePetershagen. C'est sur ce corps que le maréchal voulait porter ses premiers efforts, pour le culbuter et embrasser ensuite le flanc gauche de l'ennemi. M. le duc de Broglie, avec la réserve, fut chargé de cette attaque; on le renforça de 8 B. de grenadiers de France et Royaux, de 6 pièces de canon de 12 et de 4 obusiers, avec prescription d'attaquer l'ennemi vivement et rapidement, pour ne pas donner au prince Ferdinand le temps d'arriver sur notre gauche affaiblie, et faire le principal effort par notre droite.
L'armée se forma en bataille au point du jour, appuyant sa gauche au marais, occupant le village d'Hahlen et les haies qui l'environnent jusqu'à une grande bruyère. 4 brigades d'infanterie aux ordres de M. de Guerchy fermaient la gauche de la première ligne, soutenues en seconde ligne par le corps saxon (prince Xavier de Lusace).
3 brigades de cavalerie (M. de Fitz-James) , au centre de la ligne, dans une grande bruyère entre le village de Hahlen et celui de Todtenhausen, étaient appuyées par 3 autres brigades de cavalerie en seconde ligne (M. Dumesnil). La Gendarmerie et les Carabiniers restaient en réserve en troisième ligne derrière le centre. La droite de la ligne se composait de 4 brigades d'infanterie (M. de Nicolaï), placées à la droite de la cavalerie et soutenues en seconde ligne par 2 brigades d'infanterie (M. de Saint-Germain). La réserve du duc de Broglie formait l'extrême droite avec le renfort qu'elle venait de recevoir. M. de Nicolaï avait ordre de concerter ses mouvements avec ceux de la réserve, et même de la soutenir pour faire dans cette partie un efîori décisif (1).
L'action commence, à cette droite, à 5 heures du matin, par une canonnade fort vive avec le corps ennemi qui s'était avancé au village de Todtenhausen. Cette canonnade dura près de trois heures, et M. le duc de Broglie, assuré qu'il y avait plus de troupes dans cette partie qu'on ne l'avait imaginé la veille, joignit à M. de Nicolaï les
2 brigades de seconde ligne. Le duc de Bioglie donna ses derniers ordres au moment où l'action commençait à la gauche du centre.
Le prince Ferdinand eut le temps de reporter sur son centre les troupes de sa droite; il fît déboucher promptement 6 B. anglais et 3 hanovriens, formés en deux lignes, sur la bruyère, sans canon, vis-à-vis de notre cavalerie, tandis que d'autres troupes avec du canon attaquèrent la gauche de M. de Guerchy. M. le duc de Fitz- James, voyant déboucher cette infanterie anglaise vis-à-vis de lui, fit marcher une partie de sa cavalerie sur elle; mais cette infanterie, sans s'émouvoir, fit un feu de mousqueterie très vif que notre cavalerie ne put soutenir.
Le maréchal arriva alors au centre et ordonna à M. de Beaupréau d'occuper, avec les brigades de Touraine et de Rouergue et 8 pièces de canon, quelques maisons entourées de haies en avant de la droite de notre cavalerie, pour la protéger et prendre à revers cette infanterie ennemie qui s'avançait avec tant d'audace. Pendant que cet ordre s'exécutait, quelques brigades de cavalerie marchèrent de nouveau sur cette infanterie, qui soutint cette seconde charge avec la même fermeté; la Gendarmerie et les Carabiniers firent avec aussi peu de succès une troisième charge, et M. de Poyannes, qui les commandait, reçut un coup de feu- et quelques coups de sabre. La droite de la cavalerie, conduite par M. de Vogué, en fit une quatrième aussi infructueuse. Le prince de Condé à sa tète montra la plus grande valeur.
Toute cette cavalerie est mise en déroute, et le centre percé. Les brigades de Touraine et de Rouergue ;, qui n'avaient pas encore achevé d'occuper les maisons, sont attaquées furieusement; M. de Beaupréau est blessé de plusieurs coups de sabre; elles se replièrent sur les brigades d'Auvergne et d'Anhalt, placées à la hâte dans les haies en arrière de la bruyère. L'ennemi se rendit maître de ces maisons et y plaça du canon qui nous fit beaucoup de mal.
Tandis que ces différentes attaques- avaient lieu au centre et à la droite, l'ennemi poussait vivement celle de la gauche. M. de Lusace soutint nos brigades de première ligne et attaqua, avec quelques bataillons saxons, une tête de colonne qui débouchait sur lui ; mais malgré tous ses efforts, nos brigades d'Aquitaine et de Condé son
obligées de se retirer avec beaucoup de perte; M. Maugiron, qui les commandait, est blessé de deux coups de feu.
Voyant le désordre général . le maréchal ordonne la retraite. M. de Guerchy et M. de Lusace replièrent dans le camp les brigades de la gauche, qui passèrent le ruisseau sur les différents ponts. Les troupes de la réserve firent leur retraite sur Minden, ainsi que la cavalerie.
C'est dans ce moment que le maréchal sut le duc de Brissac attaqué et battu près de Gohfeld par le corps du prince héréditaire, et que ce prince était maître du pont de Gohfeld sur la Bega, qui se jette dans la Verra; il apprit en même temps, par ie commandant de l'escorte des gros équipages à Rehme, que les ennemis marchaient à lui et que, pour s'en garantir, il avait fait brûler le pont.
L'occupation par l'ennemi de ces deux ponts, qui devaient servir à la retraite de l'armée, détermina le maréchal à faire passer le Wéserpour se retirer, et Tordre fut donné aux équipages, au convoi de pain et aux troupes. Le maréchal alla à Minden pour y faire les dispositions de cette retraite par un pays où rien n'était préparé à cet effet (1).
« M. de Gontades débouche dans la plaine à la pointe du jour.
fi)
État (les officiers tués on blessés à la bataille sous Minden.
lafanterie.
Tués. Blessés
Picardie 2 1
Ctiampagne » 2
Navarre »
Piémont I
Touraine 24
Condé
Le Roi
Tournaisis
Enghien
Grenadiers de France . .
Dauphin
Belzunce
Rouergue
D'Auraont
Cavalerie.
Tués. Blessés.
Gendarmerie 14 15
Colonel-Général 7 »
Meslre-de-Camp 2 3
Le Roi » 5
Marcieu 14 4
Henrichemont 2
Moustiers 2
Archiac 2
PoUy 5
Vogué 3
Condé 2
Carabiniers 35
M. de Broglie commande l'avant-garde destinée à l'attaque décisive du village. Le succès de la journée dépendait de lui : son indécision, sa lenteur, le firent échouer. Il prétendit que l'ordre donné la veille n'était pas exécutable, l'ennemi s'étant renforcé : il engage une légère canonnade, se rend auprès du maréchal; les heures s'écoulent et laissent au duc Ferdinand le temps de renforcer sa gauche, qui eût été écrasée. Ce général fut coupable; il était mal disposé et jaloux de son chef. » (Napoléon, Précis des guerres de Frédéric, Paris, Hachette, 1872, t. III, p. 286.)
Le maréchal, justement mécontent, adressa un mémoire au roi ; M. de Broglie en fît autant. Ils arrivèrent à Versailles le dimanche 12, et il y eut grand conseil à Bellevue. Les voix furent partagées entre l'approbation et le blâme, le roi seul s'abstint. Barbier [la Gazette de France) et l'opinion publique s'élevèrent bientôt pour réagir en faveur de M. de Contades, et l'adieu du général Glarke au maréchal de Broglie devint, à Berlin, une formule familière : « Minden n'est pas clair. »
(( D'Alembert a entendu dire au roi de Prusse qu'à la bataille de Minden, si M. de Broglie eût attaqué les ennemis et secondé M. de Contades, le prince Ferdinand était battu. Les Broglie ayant fait demander à M. d'Aîembert s'il était vrai qu'il entendit dire ce fait au roi de Prusse, celui-ci a répondu oui. » (Champfort, Caractères et anecdotes, deuxième volume, p. 184.)
«... Vous voulez bien me faire le détail, écrivait M. de Belle- Isle à M. de Castries, de quelques circonstances de ce qui s'est passé de la part de la cavalerie à la malheureuse affaire du 1" de ce mois. J'y vois que la cavalerie a chargé avec tout le courage possible, mais en détail et non par une disposition générale ; il y aurait trop à dire dans une lettre, et je n'ai pas le temps. Il ne m'entre pas dans l'esprit que 60 E. en plaine ne puissent pas rompre et fouler aux pieds 9 ou 10 B., tandis que je vois que dans le même lieu, et un moment après, une poignée de cavalerie ennemie a sabré, renversé et mis en déroute -i de nos brigades d'infanterie, qui composaient en nombre un tiers de plus de combattants que les bataillons anglais qui ont repoussé notre cavalerie. ))
Cette défaite d'une masse considérable de cavalerie est, en effet, extraordinaire. Il existe bien, il est vrai, des exemples de la cavalerie
repoussée par l'infanterie, mais un des plus remarquables est celui de la bataille de Minden. Au centre des alliés se trouvaient 8 B., sur trois rangs et formés sur deux lignes. 63 E. de la meilleure cavalerie française leur étaient opposés : ces E., disposés sur trois lignes, étaient soutenus sur les deux flancs par des batteries d'environ 60 canons. L'infanterie attaque malgré le feu de l'artillerie. Les deux premières lignes de la cavalerie, qui tentent plusieurs attaques sans succès, sont repoussées par le feu de l'infanterie qui restait en ligne. Pendant ce temps, la cavalerie de la troisième ligne fait un mouvement tournant et attaque l'infanterie de front et de flanc, et partiellement à revers. L'infanterie résiste victorieusement et peut se retirer. Cet exemple prouve qu'autrefois déjà il n'était pas facile de culbuter une bonne infanterie. C'est un exemple d'ordre déployé, mais l'ordre généralement adopté était et est encore aujourd'hui la formation en carré. Les améliorations successives apportées dans les armes à feu et dans l'artillerie ont changé tous les anciens principes. Non seulement les formations sont devenues toutes différentes, mais elles ont entraîné la proportion entre les trois armes. Il fut un temps où les attaques de la cavalerie en masse décidaient du sort des batailles, ou du moins y contribuaient. Et cependant, quelques années après, la cavalerie turque, qui était fameuse, ne put obtenir aucun succès contre notre infanterie. Le genre de carré dont on s'est servi en Egypte était le carré plein , formé sur six et neuf rangs de profondeur, et c'est ainsi que furent disposés non seulement les cinq carrés de la bataille des Pyramides, mais encore ceux de toutes les affaires qui eurent lieu contre la cavalerie des mameluks. Même pendant la guerre de l'Indépendance, ce genre de carré a toujours été employé avec succès. L'introduction des armes se chargeant par la culasse a produit un bouleversement encore plus complet dans la manière de résister à la cavalerie, car, par la rapidité de son feu, le carré empêche encore davantage son approche.
Les Anglais ont employé plusieurs fois les carrés vides sur deux et quatre rangs, et, dans le dernier cas, les deux premiers rangs mettaient genou à terre pour faire feu. L'infanterie ne s'est pas toujours formée en carré pour résister aux attaques de la cavalerie, souvent elle s'est jetée à terre. Celle manœuvre fut employée en 1812 par
tout un régiment russe. La cavalerie française passa sur le régiment, qui se releva pour tirer dans le dos des cavaliers et leur fit beaucoup de mal. Deux faits du même genre eurent lieu à la bataille d'Alexandrie avec un régiment anglais, et à la bataille de Fuenles Onoro (1811) avec un régiment irlandais contre la cavalerie de Kellermann.
La prise deMinden est devenue une époque si intéressante, par les suites qui en résultèrent, qu'il est nécessaire de ne rien oublier des circonstances qui y conduisirent.
Les ennemis, après leur départ du camp deRietberg, que les mouvements de l'armée par sa gauche avaient rendu insoutenable, se dirigèrent sur Ravensberg, ce qui détermina M. le maréchal à porter l'armée à Bielfeld. Il lui fit passer les défilés qui traversent la chaîne de montagnes qui s'avance du pays de Paderborn et la fit camper sur la chaussée d'Herford, ayant les débouchés et Bielfeld derrière elle. La réserve fut portée à une demi-lieue en avant et poussa une tête sur Herford. Dans celle position, les ennemis, que l'on avait supposés avoir marché rapidement sur le Wéser, se trouvèrent, d'après les nouvelles que l'on en reçut alors, campés à Rintel sur notre flaftc gauche. Pour les reporter plus promplement sur le Wéser, M, de Broglie proposa de s'avancer à Engeren et demanda qu'on fit marcher à Herford un corps qui put éclairer ce qui viendrait de Minden, couvrir son flanc droit et assurer sa retraite, s'il y était forcé. En conséquence, on y porta 3 brigades d'infanterie et 1 de cavalerie. Sur l'avis que M. de Broglie savait les ennemis en marche de Rintel pour gagner le bas Wéser, il proposa à M. le maréchal d'arriver avec son armée à Herford, pour être plus à portée de soutenir son entreprise sur Minden. En effet, la possession de Minden réunissait bien des avantages qui devaient faire illusion : l'armée n'avait pas de pontons à sa suite et acquérait, par la prise de cette place, un pont de pierre et des bateaux pour en construire.
Sans cet événement, il eût fallu aller passer le Wéser à Hameln sur des ponts qui devaient descendre de Munden, ce qui aurait fait perdre un temps considérable par la longueur de la marche, laquelle n'aurait pu être exécutée qu'après les difl"érents sièges de la Westphalie; d'ailleurs, la marche de Minden sur Hanovre était aisée, et les ennemis, obligés de repasser sur la rive droite du Wé-
ser, auraient pu toujours être primés dans leurs mouvements et obligés de rester dans la partie basse, où ils eussent pu être forcés à une seconde capitulation telle que celle de Closter-Seven.
Enfin, sans s'apercevoir des suites qui résulteraient des marches que l'on proposait, M. de Broglie écrivait à M. le maréchal pour l'engager à porter son armée à Minden afin d'assurer sa conquête, et lui demanda, à diverses reprises, la permission d'aller faire avec sa réserve le siège d'Hameln, pour lequel il disait n'avoir besoin que de son artillerie de campagne. Le maréchal se refusa constamment à celte proposition, et motiva son refus sur la nécessité de couvrir les sièges de Munster et de Lippstadt, sur l'impossibilité où il serait d'assurer en même temps celui d'Hameln, et sur la faiblesse dont serait son armée si la réserve en partait. Il se détermina à lui accorder la première de ses demandes et marcha à Minden, où il se fit prévenir par une partie de l'armée, dont !a totalité arriva 24 heures après.
Je ne sais quels étaient les projets de M. de Broglie, mais la tê te de l'armée n'eut pas plus tôt paru qu'il passa le Wéser et alla camper à deux lieues de Minden sur la route de Hanovre. H faut croire qu'il ne prit ce parti que sur la nouvelle qui arriva que les ennemis avaient marché à Dippenau pour, de là, gagner le Wéser et le passer au pont de Stolzenau. Quoi qu'il en soit, l'armée des ennemis était encore loin de la rive gauche et n'avait fait qu'une marche en arrière depuis son départ de Nielle, sans se rapprocher du Wéser, lorsque M. de Broglie le passa. Si l'on veut se représenter quels étaient les objets qu'on devait se proposer alors, on verra que M. d'Armentières, attaché aux sièges de Munster et de Lippstadt, devait être couvert de préférence à tout, et que l'armée d'observation, affaiblie par tous les corps qu'on avait été forcé de laisser en arrière, n'avait dû prendre qu'une position de défensive qui ne la commît pas, jusqu'au moment où elle aurait rassemblé ses forces , soit avant, soit après avoir entrepris le siège de Lippstadt.
Qu'on rapproche donc les objets qu'on avait alors: r avec la demande du siège d'Hameln; 2" avec la marche que M. de Broglie fit sur le chemin de Hanovre, les ennemis étant du côté d'Osnabruck; 3° avec la marche de l'armée à Minden, et je défie qu'on puisse voir plus d'inconséquences réunies.
L'armée arrivée sousMinden, on prit une mauvaise position : on campa dans la montagne, la droite au Wéser, le canal devant soi, et on ferma la gauche par des bataillons en potence.
On discuta beaucoup s'il n'était pas préférable de passer le canal et de camper l'armée sur le ruisseau; mais le désavantage d'avoir un canal derrière soi avec des prairies marécageuses parut trop grand, et on remit au lendemain pour voir ce qu'il y aurait de mieux à faire. Je crois qu'aucune des deux positions proposées ne remplissait les vues du moment : celle qu'on avait prise tenait l'armée trop resserrée et trop aisée à tourner et à enfermer; la seconde avait les mêmes inconvénients à beaucoup d'égards, et toutes deux ne couvraient ni le siège de Munster ni les communications de l'armée. C'est par toutes ces raisons qu'il fallait se porter de préférence à Lubbecke, en jetant une grosse garnison dans Minden, et placer la plus grande partie des troupes légères dans les défilés de la chaîne de montagnes qui vient du Wéser jusqu'à Lubbecke.
Les ennemis n'eurent pas plus tôt appris l'arrivée de l'armée du roi, et qu'elle avait été obligée de laisser en arrière des corps pour masquer Lippstadt et Hameln, pour garder la Hesse et assurer nos communications, qu'ils marchèrent sur nous et arrivèrent pour nous combattre le 17 juillet.
Ce mouvement offensif de leur part arrêta la marche de M. de Broglie : il vint camper près de Minden et ne crut plus que les ennemis se retireraient en fuyant, comme il l'avait supposé quand il voulut être envoyée Hameln; il fut convaincu, au contraire, que nous allions être attaqués.
Lorsque les ennemis se furent campés, ils envoyèrent un détachement de 4 B. s'emparer de Bremenet se préparèrent à entreprendre Osnabruck. Ils formèrent en même temps le projet, après avoir reconnu que notre position n'était pas attaquable, de la tourner et d'intercepter nos convois. On doit supposer, par leurs mouvements, qu'ils étaient persuadés qu'on ne pouvait déboucher sur eux, et le détail prouvera bien le contraire et le danger qu'ils ont couru.
La position de l'armée du roi ne pouvait être tournée que par Lubbecke. Depuis le Wéser, où les ennemis avaient appuyé leur gauche, il y avait plus de cinq lieues, ce qui formait une étendue de
terrain au-dessus de celui qu'ils pouvaient embrasser en campant en front de bandière. M. le prince Ferdinand, pour parvenir à embrasser notre gauche, laissa un corps de 10 à 12,000 hommes, fit marcher son armée par sa droite et vint la camper devant la gauche de celle du roi, s'élendant obliquement par la droite et tirant sur Lubbecke. Il porta de là des détachements sur notre communication par le revers des montagnes et fit emporter Osnabruck, où nous avions les volontaires de Glermont. C'est dans cette situation que M. le prince Ferdinand , malgré l'étendue énorme du terrain qu'il embrassait, porta M. le prince héréditaire presque sur Herford, fit passer des détachements intermédiaires à Lubbecke pour lier ces différents corps, et donna ordre à M. le prince héréditaire d'attaquer les convois qui arriveraient au camp. M. le maréchal attendait un trésor de Francfort et avait détaché M. de Brissac pour en assurer l'arrivée, et ce fut le lendemain qu'il reçut l'ordre d'attaquer M. le prince Ferdinand (1). Quoique ce moment ne fût point spécifié, et que le général de l'armée soit toujours le maître de déterminer l'instant, pour juger sainement des raisons qui déterminèrent le maréchal de Contades à attaquer et justifier le parti qu'il prit, il faut se représenter l'objet général de Versailles.
Le seul qui lui paraissait essentiel à remplir était l'expédition d'Angleterre; or elle ne pouvait s'exécuter qu'après avoir reçu 24 B. de l'armée, qui ne pouvait les détacher qu'après avoir obtenu des avantages qui lui permissent de s'affaiblir. Ainsi donc une victoire était devenue nécessaire, et il ne devait plus être question que d'en chercher l'occasion dans une bataille.
Il faut se ressouvenir de la position des ennemis et du corps de 10,000 hommes qui était détaché de leur armée. Qu'on calcule la force dont elle pouvait être, en la comparant avec celle que nous avions, et on verra que la proportion de supériorité que nous devions
(1) Le maréchal, qu'on reconnaissait cependant grand tacticien, flegmatique, froid, arriva dans les funestes plaines de Minden, où sa fermeté l'abandonne, ainsi que sa fortune. Cette bataille arrêtée sur ses papiers depuis six mois, il la perd, tout en laissant le duc de Brissac agir pour son compte, et le duc de Broglie, qui devait attaquer l'ennemi par sa gauche, hésite sous le prétexte de retranchements impraticables. Par le fait, la gauche de M. de Contades resta en place; le centre seul sous ses ordres fut battu et dissipé. Cependant cette campagne fut bien combinée, savante, très régulière.
avoir était la même que celle que nous eussions eue si, de part et d'autre, nos forces respectives avaient été rassemblées. Le calcul des forces des deux armées lors de la bataille servira de preuve à ce que j'avance et justifiera le moment que M. de Contades a pris pour exécuter les ordres du roi.
La disposition de l'attaque donne une idée exacte de l'objet général qu'il se proposait; il serait difficile d'en donner une plus nette, et tous ceux qui connaîtront le pays verront certainement qu'elle ne pouvait être mieux faite relativement à la position que les ennemis avaient prise. On verra que tout était sacrifié à l'attaque de la droite; que l'ordre oblique, que l'on avait préféré, avait pour but de refuser la partie de l'armée qui devait toujours s'éloigner des attaques, et que le point essentiel devait être emporté avant que les ennemis eussent pu faire aucune disposition.
Ceux qui connaissent le pays jugeront aisément que, la gauche de l'ennemi dépostée, toutes ses dispositions étaient prises à revers; qu'il n'était plus temps de se mettre en bataille sur son flanc, et que la crainte d'être coupé du pont de Stolzenau ne lui présentait d'autres ressources que celle de s'y diriger avec promptitude pour n'y être pas prévenu. La marche de nuit se fit avec beaucoup d'ordre; l'armée passa le canal, s'allongea en colonnes, et, à la pointe du jour, elle se développa et se mit en bataille :
On se bornera à citer des observations sur les trois causes principales de la perte de la bataille.
<( La première, sur la non-exécution des ordres donnés à la droite pour attaquer; c'est la faute première qui a entraîné toutes les autres et sur lesquelles je ne m'étendrai pas. Je rapporterai seulement ce que j'ai vu, et qui sert de preuve aux choses que M. le prince Ferdinand a dit depuis à nos prisonniers. On peut se ressouvenir de la position des corps détachés de l'armée des ennemis; celle du roi avait passé le canal et s'était formée en bataille de l'autre côté, avant la pointe du jour, sans que les ennemis en fussent instruits. La première nouvelle qu'ils eurent de notre mouvement ne leur vint que par la fausse attaque de Navarre à notre gauche; alors M. le prince Ferdinand se levant et l'armée prenant les armes, il sentit que la première chose essentielle qu'il y avait à faire était de marcher avec toute son armée par sa gauche. Cette marche se fit à la vue de toute la gauche et du centre de l'armée du roi; les
ennemis négligèrent tous les autres objets, pour remplir celui-là, et ce ne fut qu'après avoir bien reconnu que le corps de la gauche n'était que canonné et qu'on ne faisait aucune disposition pour l'attaquer que nous revîmes les mêmes colonnes, qui avaient marché de droite à gauche, remarcher de gauche à droite et déboucher pour attaquer notre centre. On sent aisément par le détail de ce mouvement des ennemis combien le point de leur gauche leur paraissait essentiel, puisque ce fut là le premier objet dont ils s'occupèrent et que ce ne fut qu'après s'être assurés de la tranquillité de notre droite qu'ils pensèrent à changer leurs dispositions. « La seconde faute n'a pas décidé du sort de la bataille, mais a l'ait écharper 'à brigades d'infanterie. Le centre de la ligne devait aller, toujours en s'allongeant, jusqu'au canal oià la gauche de l'armée devait appuyer; on changea la disposition générale et on porta 2 B. du centre en avant avec ordre de gagner l'autre côté d'une bruyère qui les séparait. Quelles étaient les vues qu'on se proposait? On a supposé, depuis, que les 2 brigades auraient empêché les ennemis de déboucher; mais comme elles auraient été préalablement attaquées en sortant de l'alignement général dont elles ne pouvaient plus être soutenues, elles eussent été perdues vraisemblablement. Quoi qu'il en soit, elles n'eurent pas le temps d'arriver à leur destination ; la cavalerie ennemie avait débouché dans la bruyère, et, M. de Nicolaï ayant fait un mouvement par sa droite pour se joindre au corps de M. de Broglie, M. de Beaupréau, qui était à sa gauche et qui commandait les 2 B., leur ordonna de se rompre pour se lier à lui. Ce mouvement fut exécuté si près de la cavalerie ennemie qu'elle arriva dans les intervalles de nos B. avant qu'ils se fussent remis en bataille. Leur position dans ce moment-là rendait de leur part toute défense impossible; aussi furent-ils tous sabrés, à l'exception de 2 B. de la gauche que la brigade de cavalerie de droite sauva par un mouvement en avant, mais qui dérangea l'ensemble de la première charge de la cavalerie par l'attention que cette brigade de la droite dut avoir dans la partie opposée au terrain que la colonne anglaise occupa et sur lequel elle combattit.
« La troisième faute principale dans cette journée vint du commandant de l'aile gauche. Le mouvement général que les ennemis avaient fait assurait sa position; nous avons vu toute leur armée
marcher par sa gauche, moyennant quoi la nôtre ne pouvait avoir qu'un masque devant elle. La suite naturelle de cette disposition était de s'occuper davantage de flanquer la ligne de cavalerie, et cela fut proposé à plusieurs reprises; mais quelques coups de fusil devant la gauche arrêtèrent toujours le mouvement qu'on demandait et qui, je crois, eût été efficace, car, si on eût voulu porter 2 ou 3 brigades dans des bois en avant de la ligne de cavalerie, elles eussent flanqué toute la plaine et jamais aucune troupe n'y eût débouché. Par là, les ennemis n'avaient d'autre parti, pour entreprendre sur nous, que de remarcher par leur droite pour attaquer en force notre gauche, ce qu'ils n'auraient pu faire sans se découdre entièrement. On doit croire qu'ils n'auraient pas osé le risquer; car, s'ils l'eussent fait, tous les changements de disposition auraient vraisemblablement donné le temps d'exécuter les ordres réitérés d'attaquer que M. le duc de Broglie avait reçus (1). » Pendant que l'armée reculait rapidement (2), à travers un pays dépourvu de vivres, poursuivie et harassée continuellement par l'ennemi, les généraux s'accusaient réciproquement de la perte de la bataille. M. de Broglie avait attaqué trop tard le corps qu'il devait couper ; M. de Gontades ne l'avait pas soutenu à temps, et ils publiaient l'un contre l'autre des mémoires souvent trop injurieux. La correspondance donne assez de renseignements sur la perte de cette bataille et sur les causes qui l'ont amenée pour qu'on soit porté à croire que Minden devait s'inscrire comme une victoire de plus dans les pages de notre histoire. D'après les intrigues du moment et celles qui suivirent, on ne doit même pas craindre d'affirmer que
(2) Etut des pertes de l'armée française à la bataille de Minden.
Infanterie.
Cavalerie..
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