‹ Les guerres sous Louis XV (volume 3)Chapitre 16 sur 20 · SOLDATS · texte numérisé non relu

SOLDATS

Tués.

Blessés.

Total.

Tués.

Blessas.

roi-aus.

Total.

La correspondance oflicielle porte cette perte à 10,000 hommes; les 8,372 qui ligurent dans ce tableau sont les ctiiffres fournis parles régiments.

M. de Broglie, dans celte malheureuse journée, a plutôt obéi à un sentiment de jalousie qu'aux ordres reçus. Voici, d'ailleurs, cette correspondance :

Le maréchal de Contades au maréchal de Belle-hle.

« Cami) de Cassol, le 11 août 17o"J.

« J'ai reçu ce matin, avant de partir deLutternberge, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 7, après avoir reçu le courrier qui vous a appris la malheureuse journée du 1". Je pense comme vous, et je ne puis m'accoutumer à croire que l'armée du roi ait été battue; j'en sens tout le malheur et en suis pénétré de la douleur la plus vive, à laquelle je ne me laisse point aller pour que le service du roi n'en souffre pas. La disposition que j'avais faite pour attaquer M. le prince Ferdinand, et que j'ai eu l'honneur de vous envoyer, répond, en quelque façon, à toutes les questions que vous me faites sur ce qui s'est passé le l®"" ; je vais cependant suivre les articles de votre lettre et y répondre.

« J'avais formé le projet d'attaquer les ennemis, certain, comme je l'étais, que M. le prince Ferdinand s'était affaibli de 12 ou 15,000 hommes. Toute l'armée, mise en mouvement la nuit du 31 au 1 "", était en bataille à la pointe du jour. Mon ordre était que l'attaque commencerait à une demi-heure de jour; que le signal serait donné par l'attaque de la droite, et que, les premiers coups de fusil lires à cette droite, le centre et la gauche marcheraient en avant pour attaquer. D'après la connaissance que j'avais prise de la position des ennemis, et que M. le duc de Broglie, chargé de l'attaque de la droite , avait prise par lui-même la veille, j'avais fait mes dispositions en conséquence. M. le duc de Broglie ne jugea pas, le jour de l'action, qu'il lut possible d'attaquer les ennemis par leur gauche, où il voyait plus de troupes qu'il n'en avait vu la veille ; il ne jugea môme pas possible d'attaquer, étant soutenu par les 16 B. aux ordres de M. le chevalier deNicolaï, qui appuyaient à sa gauche et auxquels j'ajoutais 2 brigades d'infanterie de seconde ligne et 1 brigade de cavalerie.

(( Je vous ai mandé ce qui s'était passé sur cela; il en est résulté que les ennemis n'ont point été attaqués par leur gauche, que je

l'ai été par la mienne et en même temps par le centre, où j'ai été percé, ayant mis mes principales forces à la droite; il est très vrai que les ennemis n'avaient que 8 ou 10 B., le plus grand nombre anglais, dans cette partie, qui étaient en bataille et point en colonne. Incommodés par notre canon de droite et de gauctie, ils se déterminèrent à attaquer notre ligne de cavalerie, dont la totalité était réunie au centre sur deux lignes, composant 61 E. La première ligne, voyant cette infanterie déterminée à l'attaquer dans une bruyère rase, la chargea à toutes jambes; il y eut des régiments qui entrèrent dans la ligne d'infanterie, qui, sans s'ébranler, fit un feu prodigieux. Notre cavalerie se replia tout aussi vite qu'elle avait chargé; la seconde ligne fit. la même manœuvre avec aussi peu de succès; la Gendarmerie et les Carabiniers eurent le même sort. Il y eut ensuite quelques escadrons qui se rallièrent et qui firent de nouvelles charges aussi infructueuses. Comme j'ai déjà eu l'honneur de vous le mander, 8 ou dO B., dans une bruyère rase, ont battu 61 E. français : si je ne l'avais pas vu, je ne le croirais pas!

« Les grenadiers de France ont beaucoup perdu du canon : je les avais joints à la réserve de M. de Broglie pour attaquer la. gauche des ennemis; les brigades de Touraine et de Rouergue appuyaient leur gauche à la droite de notre cavalerie. Dans le moment que M. de Beaupréau les fit marcher en avant pour soutenir une batterie qu'il voulait établir pour prendre en flanc l'infanterie anglaise, ces 2 brigades furent attaquées par la cavalerie ennemie et battues. La brigade du Roi-cavalerie, que j'avais mise par une second^, disposition pour les soutenir, poussa la cavalerie des ennemis et dégagea beaucoup de prisonniers qu'ils avaient faits sur nous, nommément MM. de Beaupréau et de Séchelles.

tt Labrigade de Picardie était àla droite de la première ligne, ayant à sa droite les grenadiers de France; celle deBelsunce àla gauche de Picardie, ensuite Touraine et Rouergue. C'étaient ces -4 brigades qui devaient attaquer la gauche des ennemis de concert avec JM. le duc de Broglie; Champagne, le Roi, Condé et Aquitaine étaient à la gauche, appuyant leur droite àla cavalerie. Les 2 brigades de Condé et d'Aquitaine ont été chargées et ont beaucoup perdu. Lu brigade d'Auvergne et celle d'Anhalt étaient en seconde ligne derrière Picardie et Belsunce. La brigade de Navarre soutenait une batterie que nous avions sur la chaussée qui traverse le marais, et cette

batterie voyait en flanc la droite des ennemis. Il ne me fut pas possible de conserver li position que j'avais à Minden avant l'action, quoique la plus grande partie de l'infanterie n'eût pas combattu, les 61 E. n'étant pas en état de rendre aucun service et étant nécessaires à cette position. Les ennemis la suivirent avec du canon et l'obligèrent de se replier, ce qui séparait ma droite d'avec ma gauche et me força de prendre le parti de la retraite. M. d'Armentières, étant à Lippstadt, était trop éloigné de la petite rivière de Bega pour inquiéter le prince héréditaire (1), et je n'avais point de ponts sur cette rivière, parce que l'officier qui était chargé de la garde des gros équipages les avait brûlés. J'aurais eu de la peine à passer cette rivière, trouvant un corps de 15,000 hommes devant moi et une armée victorieuse derrière... »

(1) Brunswkk-Lunel>urg (Charles-Guillaume), nommé le jmnce héréditaire, fils aîné du duc Charles de Brunswick, régnant, et de la sœur de FrédéricII, Philippine-Charlotte, né le 9 octohre 1735. Combat souvent en chef dans la guerre de Sept ans. sous le prince Ferdinand, son oncle, troisième frère de Frédéric II, surtout le 23 juin 1758, qu'il décide la victoire. Dans son voyage en Europe et en France (1766), Voltaire le reçut à Ferney et lui adressa, en 1767, ses lettres sur Rabelais. Il épouse la princesse Auguste de Galles ; fait la campagne des Prussiens en Hollande (1787). Lors de la coalition (1792) de la Prusse et de l'Autriche contre la France, sa réputation militaire l'appela au commandement en chef. Frédéric l'appelait un héros ; il est un des grands généraux que la Prusse ait ]iroduits. Sa bravoure, ses talents, contribuèrent puissamment à l'issue de la guerre de Sept ans, où il se distingua. Sa fortune devait échouer devant la République, plus lard devant Napoléon. Son manifeste, sa jactance, ses menaces, devinrent le signal de ses revers. Ses talents l'abandonnèrent à la bataille d'Iéna, qui réparait glorieusement l'affront de Rossbach. Atteint d'un coup de feu dans les yeux, ses derniers regards assistaient à la ruine de la monarchie i)russienne. Il ne survécut pas longtemps à cette défaite ; blessé mortellement le 14 octobre, aux environs d'Auerstadt, il meurt à Ottensée, près d' Alloua, le 10 novembre 180G. C'est lui qui fit jirisonnier le comte de Gisors, en eut soin comme d'un frère, ne le quitta pas jusqu'à sa mort,f qu'il honora de ses larmes. Le prince héréditaire de Brunswick avait une grande intelligence de la guerre, beaucoup de courage, beaucoup de vivacité; il a fait de grandes fautes, dont il a été puni par le mauvais succès, mais il a toujours déployé des talents sui)érieurs. (D. G.)

Son fds, le duc de Brunswick, fut tué en 1815, aux Qualre-Bras.

Le maréchal de Belle-Isle au duc de Broglie.

« Versailles, le 1-2 août 1739.

« Le maréchal de Gontades m'a envoyé une copie de l'ordre qu'il a donné la veille chez lui, contenant la disposition générale, très précise et très instructive, pour MM. les officiers généraux qui commandaient les différentes divisions et qui devaient conduire les colonnes. J'y vois que tout y était fort clair et que, comme vous en convenez, vous étiez chargé de la première et principale attaque, qui devait s'exécuter le plus prompte ment et le plus rapidement par les raisons qui y sont expliquées. Je vois, par la relation que le maréchal de Gontades m'a envoyée, que tout s'est borné, de votre côté, dans une très vive canonnade qui a duré environ trois heures ; et, par sa lettre du 2, que, sur la première représentation que vous lui avez faite que les ennemis paraissaient beaucoup plus en force qu'on ne l'avait cru la veille, il avait ordonné à M. de Nicolaï d'agir de concert et même de se joindre à vous pour cette attaque, qu'il regardait comme décisive, et que, pour plus de sùrelé de succès, il y avait encore joint 2 brigades de la seconde ligne d'augmentation, et qu'enfin il vous a envoyé ordre d'attaquer, et qu'au lieu de cela vous êtes venu le chercher, ce qui a consommé beaucoup de temps avant de le joindre. Il se borne là, tout court, ne forme aucune espèce de plainte et s'en tient au simple récit des faits. Je dois croire ce que me mande le général de l'armée du roi, dont la relation et la lettre qui l'accompagne est à l'ordre donné la veille, qui est une pièce authentique et publique. Vous ne contredites point dans votre lettre ces faits capitaux. Vous êtes trop éclairé à la guerre et trop bon militaire pour qu'on doive douter que vous n'ayez cru avoir des raisons suffisantes ; je ne puis donc qu'être affligé...

« Votre lettre y a été lue la dernière d'un bout à l'autre (il s'agit du conseil du roi); il serait à désirer qu'elle me fût parvenue par la voie du général de l'armée, l'arrivée du courrier que vous avez dépêché ayant fait un éclat qui a attiré l'attention, ce qui ne serait point arrivé si elle me fût parvenue naturellement comme les autres. Le maréchal de Gontades, je vous le répète, n'a porté aucune espèce de plainte, et je vois avec grand plaisir, par toutes les lettres

qu'il m'a écrites journellement depuis, qu'il a continué à vous charger avec préférence de l'arrière-garde ou de l'avant-gavde, suivant qu'il a jugé les objets plus intéressants, croyant ne pouvoir les confier en de meilleures mains (1). »

Le maréchal de BeUc-Isle au maréchal de Contades.

« Versailles, le M aoiil IT.'iO.

« Ce n'est pas sans raison, Monsieur le maréchal, que j'ai porté aujourd'hui au conseil les deux lettres dont vous m'avez honoré du 2 et du 4; car, quoique le roi les ait lues, même avant moi, le jour que le courrier arriva, il y lut de même votre relation d'un bout à l'autre; mais il n'avait pas lu l'ordre que vous aviez donné la veille, contenant vos dispositions : elles sont la preuve complète de la vérité de votre relation; car, avec les gens à qui vous avez affaire, il faut être perpétuellement sur ses gardes, et les partisans sans nombre que M. de Broglie ramasse par toutes sortes d'écrits et un soin continuel de les répandre ne manqueraient pas de dire que l'on met dans la relation, faite après coup, tout ce que l'on veut; mais ils ne peuvent pas s'inscrire de même contre l'ordre que vous avez donné la veille à tous les officiers généraux, contenant la disposition gélérale pour l'attaque de l'armée, dans lequel ordre il est bien dit expressément et bien clairement tout ce que doit faire M. le duc de Broglie, et, notamment, que l'attaque qu'il fera doit être vive et rapide. Il est donc bien certain qu'il avait l'ordre bien précis d'attaquer promptement, et qu'il ne l'a pas fait. Vous verrez par la lettre qu'il m'a écrite par le courrier qu'il m'a dépêché d'Oldendorf, du 3, la manière dont il raconte l'affaire. Je vous envoie exprès la copie bien exacte, dans laquelle j'ai souligné l'extrait que je vous avais annoncé dans ma précédente, que je crois cependant avoir oublié de mettre dans le paquet. J'ai été extrêmement surpris, et je ne suis pas le seul, que vous ayez permis à M. de Broglie d'envoyer ici un courrier; le roi lui-même, en plein conseil, a dit que c'était contre la règle, n'y ayant que le général seul qui devait envoyer des courriers, d'autant que ce courrier a apporté plusieurs autres lettres qui sûrement sont fort différentes de celles

(1; Lettre ea réponse à celle du duc de Broglie du 3 aoùl. d'Oldendorf.

qu'il m'écrit; il en a été fait des copies qui courent les maisons de Paris et de Versailles, et l'on y dit que c'est M. de Broglie qui a sauvé et qui a couvert et facilité la retraite de l'armée, dont il a fait l'arrière-garde. Cela se porte dans les cafés ; l'on a même fait des placards, et comme tout cela se fait sans connaissance des auteurs, que l'on n'ignore pourtant pas, mais que l'on ne peut prouver, il en résulte une clameur contre vous. Je n'y suis pas épargné, et l'on y dit que la rancune que je garde contre M. de Broglie, à cause de tout ce qui s'est passé en Bohême et à Prague, est la cause que j'ai empêché qu'il ne fût maréchal de France et qu'il ne commandât l'armée; et de là on continue tout ce que vous pouvez im.aginer de plus insolent (1).

« Tout cela est donc venu à tel point que j'ai cru devoir en parler en particulier à M^"" le Dauphin, parce que M. le comte de Broglie écrit directement à madame la Dauphine. Cette princesse, remplie des qualités les plus respectables, qui croit lui avoir obligation parce qu'il a su lui persuader qu'il avait fait des merveilles à Dresde, pour le service du roi son père, adopte tout ce qu'il lui mande sur son frères elle agit en conséquence auprès de M°'' le Dauphin, de très bonne foi et sans s'apercevoir du mal qui résulte en autorisant et accréditant une cabale qu'elle ne connaît pas, car sûrement elle ne le ferait pas.

« J'ai donc lu au conseil vos lettres, la relation et l'ordre delà veille, qui contient les dispositions que le roi n'avait pas lues. J'avais fait lire cet ordre du 31 juillet à Ms"" le Dauphin en particulier, ainsi qu'au maréchal d'Estrées, à M. de Soubise et à M. de Choiseul ; vos dispositions ont eu l'approbation générale, et le maréchal d'Estrées a dit, avec la franchise que vous lui connaissez, qu'il se ferait grand honneur d'en avoir fait de 'pareilles. Je ne vous rendrai pas ici le discours que j'ai tenu au roi après cette lecture; j'ai parlé au moins une bonne demi-heure avec toute la force, l'onetiDn et la tendresse, j'ose me servir de ce terme, que j'ai pour le roi. Je crois n'avoir rien omis et je puis vous dire que j'ai ému tout le conseil, dont tous les membres m'ont embrassé quand nous en sommes sortis.

(I) Lettre très intéressante au point de vue de la journée du l^r août, dont le maréchal de Belle-Islc fait peser la responsabilité sur ]\I. de Broglie, ainsi qu'à celui de l'esprit d'intrigue et de cabale qui régnait alors, même dans l'armée.

(( J'ai supplié le roi de trouver bon que je ne fusse pas le juge d'une question où il s'agissait de M. le duc de Broglie, dans la prévention oij pouvait être le public; qu'y ayant deux maréchaux de France dans le conseil, il était tout naturel de charger M, le maréchal d'Estrées, qui est l'ancien, devoir tout cela par lui-même; qu'il était difficile à Versailles d'approfondir la conduite et les intrigues; que, quant au fait principal, il était entièrement contre M. de Broglie, qui avait eu ordre d'attaquer et n'en avait rien fait, d'où était néanmoins résulté la perte de la bataille.

« L'article sur lequel j'ai le plus appuyé est l'impossibilité que qui que ce soit puisse aujourd'hui commander une armée avec la tolérance des propos, des écritures, des intrigues et des cabales; qu'il fallait que le général, quel qu'il fut, fût non seulement le maître absolu sur tous ceux qui sont dans son armée, mais aussi qu'il fût assuré de toute la confiance du roi et d'être soutenu de toute son autorité. C'est sur cet article où j'ose dire que je n'ai rien oublié et que j'ai fait impression.

«Le maréchal d'Estrées a repris, après moi, cet article des cabales et des intrigues, dont il a été la victime, et M. de Soubise, qui est peut-être l'homme du royaume qui a le plus essentiellement à se plaindre de M. de Broglie, n'a, comme vous jugez bien, pas contredit; mais comme il ne conviendrait en aucune manière, et surtout pour la dignité du généralat, qu'il pût paraître que le roi nomme un membre de son conseil maréchal de France pour aller vérifier les raisons que donne M. le duc de Broglie de n'avoir pas attaqué, et de paraître juger un procès, il y a un second motif, qui est également vrai et en quelque manière nécessaire, qui est de discuter avec vous le plan du reste de la campagne et subséquemment celui de l'emplacement des troupes pour les quartiers d'hiver prochains. Cet article également important et pressé exige la plus grande discussion, d'autant qu'il faut le concilier avec la politique et avec le projet maritime, qui subsiste toujours et qui affaiblira votre armée au moins de 24 B., quand vous aurez fini la campagne.

« Le plan que vous aviez envoyé pour les quartiers d'hiver ne peut vraisemblablement pas être le même, à moins que le gain d'une seconde bataille ne réparât le tort que fait dans les affaires publiques la perte de celle du 1*'' août. Il est donc également na-

turel et nécessaire qu'un homme du métier, et instruit du secret de l'État et des volontés du roi, aille traiter la matière sur les lieux avec vous. Si j'avais pu quitter la besogne immense et les détails infimesdontje suis chargé pendant troissemaines, j'aurais volontiers pris cette commission ; mais vous sentez qu'outre cet empêchement décisif, l'opinion que MM. de Broglie auraient produite dans le public de ma façon de penser à leur égard est un motif de plus pour que je ne doive pas m'en charger; mais M. le maréchal d'Estrées, qui, aux yeux du pubhc, ne peut avoir aucune suspicion, ne donnera par conséquent aucun prétexte. II sera donc dit, comme cela est en effet, que le roi envoie M. le maréchal d'Estrées pour s'aboucher avec vous, pour concerter les opérations de tout le reste de la campagne, ce qui serait trop long et presque impossible à faire par écrit. Gela satisfera les cours de Vienne et de Russie et produira, je crois, un très grand bien, en ce qu'il aura ordre de dire à toute l'armée l'estime et la confiance que le roi a en vous, et il prêchera mieux que tout autre contre les intrigues et les cabales des écrivains. Je compte qu'il restera tout au plus sept à huit jours avec vous , après quoi il reviendra ici rendre compte au roi de l'état de l'armée et de ce dont vous seriez convenus ensemble.

« Voilà, Monsieur le maréchal, ce dont j'ai été bien aise de vous informer à l'avance, et je vous prie que le tout soit pour vous seul, jusqu'à ce que je vous mande, par le premier courrier que je dépêcherai, le parti que le roi a pris, que vous pourriez alors annoncer comme vous le jugeriez à propos.

« J'ai cru. Monsieur le maréchal, ne pouvoir rendre un plus grand service auroi, àvouselàmoi, qu'en me conduisant commeje l'aifait et prenant le parti dont je viens de vous faire part sommairement : 1° pour le roi, parce qu'il faut qu'il soit le maître dans tout son royaume, mais principalement de ses armées et de son état militaire, et que nul ne soit assez hardi pour critiquer, ou oser dire ou écrire contre ce qu'il jugea propos de faire et d'ordonner; 2° pour vous, Monsieur le maréchal, parce que l'estime et la confiance que le roi a en votre personne sera affichée avec plus d'authenticité, nonobstant le malheur que vous venez d'éprouver; que votre autorité sera plus respectée, et que M. le duc de Broglie connaîtra l'inutilité de ses intrigues et sera, du moins, plus circonspect, sans quoi, malgré tous ses talents militaires, on sévirait contre lui.

Mais comme il ne paraît pas au dehors, il lui sera plus facile de se conduire avec le respect et la subordination qu'il vous doit, et il est de votre sagesse, de votre prudence et de votre amour pour le roi et le bien de l'État, d'ignorer en apparence tout ce que je viens de vous dire et d'.igir réellement comme si cela n'était pas ; J° pour moi, parce que j'ai montré le fond démon àme en n'exi- (jeant point une recherche contre M. de Broglie et la punition qui s'en seraitsuivie. G'eslunhonim\ilaive;i\ n'y en a pas beaucoup àchoisir: il faut que le roi s'en serve; mais il faut en même temps le tenir dans sa place, en attendant qu'on puisse l'envoyer seul dans quelque partie. Je veux même éloigner de moi toute idée qu'il ait été capable de rester dans l'inaction, le 1*'' août, pour faire échouer votre attaque; l'action serait trop noire et trop criminelle, et je ne l'en puis pas croire capable. Quoi qu'il en soit, j'ai cru devoir me taire sur son sujet, et toutes les fois que le roi l'emploiera en particulier, je me mettrai par-dessus la tête pour l'aider de tous mes moyens et de toutes mes forces pour le faire réussir, parce que je ne veux que le bien, et, après les malheurs que j'ai éprouvés, je me suis voué au roi et à ses affaires sans aucune autre espèce de vue particulière, quelle qu'elle puisse être. J'ose me flatter que le roi en est persuadé, et vous aussi. »

A la suite de la défaite de Minden, notre armée n'avait plus d'autre retraite que le Hanovre : il fallait donc passer le Wéser. Le passage du fleuve (1) avait commencé à 4 heures de l'après-midi et dans la nuit du 1®'' au 2; après avoir brûlé ses deux ponts de bateaux, l'armée établit son bivouac près de Buckeburg.

Le 2, on continue le mouvement de retraite sur Eimbeck, malgré les propositions de M. de Broglie, de passer le Wéser au-dessus d'Hameln, en se rapprochant de Paderborn et de Grohnde, parce que sa jonction avec M. d'Armentières se ferait aisément à Pa-

(I) 2 août, M. de Broglie à M. de Coiitades, et M. de Moiiteynard à M. de Belle- Isle, de Cassel, 4 août : « L'armée dii roi battue, il fut question de la retraite, avec les premières dispositions, par les mêmes gorges, pour gagner Gohfeld et Herlbrd. Dans le conseil de guerre des officiers généraux, tous furent d'avis de passer le Wéser et de se retirer parle pays de Hanovre sur la Hesse, excepté MM. de Broglie, Castries et moi. Ce parti funeste ayant la pluralité des voix, on commença à passer le Wéser. » (D. G., 3520, 212.)

GUERRE DE SEPT ANS (17o9). 425

derborn et qu'alors on serait à même de reprendre les opérations (1).

Elle arrive, le 3, à Oldendorf, où elle séjourne le 4, afin de laisser filer les bagages. M. de Saint-Germain, à la tête de 3 brigades d'infanterie et 2 de cavalerie, soutenu par le corps de M. de Broglie, reste chargé, ce môme jour, de masquer Hameln, et s'avance, le 5, fort près de cette ville, où nos volontaires échangeaient déjà des coups de fusil avec les chasseurs et hussards ennemis. L'armée s'arrête à Eschershausen le 6 ; le 7, continuant sa marche, elle campe à Eimbeck le 8, s'avance à Dransfeld le 9, passe la Werra à Munden le 10, et la Fulda à Cassel le H (2).

Le maréchal de Contades au maréchal de Belle-Isle.

« Camp de Cassel, le 11 août 1759.

« L'armée passa hier les défilés de Munden, où M. le duc de Broglie avait passé la veille après en avoir chassé les ennemis. M. de Saint-Germain y était resté avec 3 brigades d'infanterie, avec lesquelles il occupait toutes les hauteurs. Depuis notre départ d'Eimbeck, il n'avait paru à nos arrière-gardes que , quelques hussards, sans être soutenus par des troupes réglées; hier matin, nous vîmes des troupes sur les hauteurs, qui paraissaient marcher sur celles qui dominaient la gorge de Munden. L'armée marchant sur deux colonnes, je formais deux arrière-gardes : celle de la colonne de droite (brigade de Picardie, soutenue par celle deBeIsunce, aux ordres de M. de Planta); celle de la gauche (grenadiers de France et Royaux, aux ordres de M. de Traisnel^ la santé de M. deSaint-Pern ne lui ayant pas permis de s'en charger). Les ennemis se présentèrent en force à l'arrière-garde de la colonne de droite; les 2 brigades de Picardie et de Beisunce se mirent en bataille à la tête de la gorge, avant d'y entrer, et les reçurent de si bonne grâce qu'ils n'osèrent pas en approcher. Ils se contentèrent de tirer quelques coups de canon, mais de si loin qu'ils ne firent aucun mal, et privent le parti de gagner les ciêtes pour

(1) Bulletin de l'armée. (D. G., 35îO, 167.)

attaquer le corps de M. de Saint-Germain qui les défendait. M. de Saint-Germain marcha à eux, les fit attaquer par la brigade d'Auvergne et d'Aquitaine, et les culbuta. L'action fut assez vive; M. de Muret, qui était sur leur flanc, caché dans le bois avec des volontaires de l'armée, quand il les vit se retirer en désordre, les suivit pendant une demi-lieue d'assez près pour donner des coups de baïonnette; depuis ce moment-là ils n'ont pas reparu. Nous n'avons eu que peu de tués et de blessés, et M. de Saint-Germain croit que les ennemis y ont beaucoup perdu. Je fis camper l'armée à Lutternberge : ainsi toute l'armée est en deçà de la Werra et des gorges...

« L'armée va venir camper ici aujourd'hui, sur la rive gauche de la Fulda; j'y suis venu de ma personne ce matin; M. de Broglie m'y attendait, et j'avais donné rendez-vous à M. d'Armentières, qui s'était rapproché...

« J'ai ordonné à M. d'Armentières de marcher cette nuit avec le corps à ses ordres à Wolfhagen, pour être en état de pousser de gros détachements entre Stadtberg et Rorbach, pour être assuré des mouvements que les ennemis peuvent faire dans cette partie.

« J'ai laissé M. de Saint-Germain sur les hauteurs de Lutternberge pour observer le corps de M. le prince héréditaire. Le corps de Fischer est sur la haute Werra et doit communiquer avec M. de Saint-Germain, aux ordres duquel je l'ai mis (1). »

(t) Année sous Cassel (7 août).

Infanterie : Picaitiie, Belsunce, Touiaine, Rouergiie, Condé, le Roi, Champagne, Saxons, Lowendal, la Dauphine, artillerie, 2 ; grenadiers de France et Royaux, 8 (57 B.}.

Cavalerie : Colonel-Général, le Roi, Mestre-de-Canip, Royal-Étranger, Gendarmerie, Carabiniers, Caraman (53 E.).

Réserve de M. de Broglie, à Ober-Welmar.

Infanterie : Piémont, Waldner, Royal-Bavière, Navarre (22 B.). Cavalerie ; Commissaire-Général, Penthièvre, Royal-Allemand, Apschon-dragons, Schomberg, Nassau et Turpin-hussards (35 E.).

Corps de M. de Saint -Germain, à Lutternberge.

Infanterie : Auvergne, Aquitaine, Anhalt (12 B.).

Cavalerie : Cravates, Bourgogne, Bercliiny (16 E.): Fischer, volontaires de Hainaut, Dauphine et étrangers.

Le prince héréditaire, lancé à la poursuite de notre armée, avait, le 5, passé le AVéser àHameln; malgré une vive canonnade, il fut maintenu en respect par M. de Saint-Germain, qui put continuer sa marche. Pendant qu'il nous talonnait, le prince Ferdinand arrivait, le 14, à Herworden, et cette position le mettait en état d'arriver à Cassel et Munden le 10, avant le maréchal de Contades, qui, embarrassé de ses équipages dans des chemins difficiles, en était, le 5, encore éloigné de vingt-huit lieues, n'en ayant fait que huit depuis le 2. Ne pouvant donc espérer d'atteindre Cassel vers le 10, et n'ayant pu, le 6, aller que jusqu'à Eschershausen, comme il n'avait plus à craindre les débouchés d'Hameln, il prescrivit à M. de Broglie de marcher en toute hâte sur Eimbeck pour y arriver le 9 et renforcer M. d'Armenlières; les troupes de M, de Saint-Germain eurent ordre de suivre ce mouvement : ces deux corps réunis formaient 26 B. et38E. (1).

M. d'Armenlières se trouvait à Eidinghausen au moment du malheureux événement de Minden, et lorsque le maréchal se vit forcé à la retraite, il lui dépêcha d'envoyer son artillerie et une partie de ses troupes à Munster, puis à Wesel et Dusseldorf, et avec le reste, joint à M. de Chevreuse à Warburg, de se replier sur Paderborn.

M. de Chevreuse s'était porté à Delbruck, en retirant de Bielfeld les malades et des convois de farine. Gomme les avant-gardes ennemies se montraient à Herford, il dirigea tout de suite son artillerie sur le bas Rhin, avec M. de Maupeou, 10 B. et! régiment de dragons. M. de Castellas, qui commandait à Wesel, mit i B. dans Guel-

Béserve de M. d'ArnienUcres, à Wolfhagen.

Infanterie : la ïour-dii-Pin, Vaubécourt, Orléans, Castellas, grenadiers postiches (19 B.) ; plus la légion Royale, les volontaires de Flandre et de Halle.

Cavalerie : la Reine, Orléans, Noë, Jarnac, Orléans-dragons, le Roi, la Ferronnays (28 E.)-

Dans le bas Rhin.

Infanterie : Reding, la Couronne, artillerie (1 1 B.).

Cavalerie : Thianges, 4 E. ; volontaires de Clermont, garnisons du Mayn ou de la Wettéravie, y compris 1 B. de grenadiers postiches à Marburg, 8 B., et Raugrave, 2E.

(1) Dépêche de M. de Broghe au maréchal de Belle-Isle. Hoccheim. 7 août 1759. (D. G., 3520, 87. j

dre, Cologne, et forma un canfip' au-dessous de Xanten. Après ces dispositions M. d'Armentières quitte Lippstadt le -4, et marche à Paderborn avec M. de Chevreuse. Le prince héréditaire, arrivé par la gauche du Wéser à Rinteln le 3, s'emparait des gros bagages, en route de Lemgo à Detmold; envoyés la veille de la bataille de Minden à Rehme, ils furent abandonnés et laissés à la merci de l'ennemi. M. d'Armentières, n'ayant eu connaissance de ces faits que le A, à 11 heures du soir, et ses troupes, fatiguées par une mai-che de sept lieues, devant le lendemain en avoir une aussi forte pour gagner Warburg^ ne jugea pas pouvoir marcher à leur secours.

Le 5, il arrive à Warburg, s'établit le long de la Diemel ; mais craignant d'être tourné par Liebenau, il porte son camp à Ober-Listingen.

Le 6, n'ayant aucune nouvelle du maréchal et supposant que sa présence ne l'appelait ni sur la Werra ni sur la Fulda {{), il reste en position, envoyant M. de Melfort sur Detmold pour tâcher d'en retirer la garnison et les bagages; mais il était trop tard.

Le 10 août, mourait Ferdinand VI, roi d'Espagne. A défaut de postérité, la couronne appartenait de plein droit à don Carlos, roi de Naples, son frère d'un second lit. Le changement s'opéra sans secousse. Mais quant à la succession de Naples, la France, l'Angleterre et l'Autriche avaient stipulé parle traité d'Aix-la-Chapelle, sans consulter les rois d'Espagne et de Naples, qu'après Tavènementde don Carlos, successeur de Ferdinand, don Philippe, le plus jeune des trois frères , passerait au trône des Deux-Siciles. Sans égard pour ce traité contre lequel il avait hautement protesté, le roi de Naples règle sa succession en nommant don Carlos, son second fils, prince des Asluries et héritier présomptif de la couronne d'Espagne ; le troisième, roi des Deux-Siciles, et éloignant son fils aîné, déclaré inhabile au gouvernement par son état épileptique. De cette manière, don Philippe resta duc de Parme et rimpératrice-reine n'eut point le duché. Marie-Thérèse et le roi de Sardaigne dissimulèrent leur mécontentement, et la France négocia le mariage de l'archiduc Joseph avec la fdle du duc de Parme,

Vl) La Fulda, avec la Werra, forme le Wéser, prend naissance sur le versant occidental du Rhongebirge, est navigable à Hcrsfeld et finit à Munpen. La W'erra est en réalité la branche mère du Wéser.

en convenant d'ajourner les affaires d'Italie jusqu'à la paix d'Allemagne. Le mariage de sa nièce avec un prince autrichien, et la satisfaction que lui causait l'adroit acquiescement de l'Impératrice à l'ordre de succession qu'il venait d'établir pour ses royaumes de Naples et de Sicile, gagnèrent Charles III à la cause de la maison d'Autriche. Un des premiers soins du nouveau monarque fut d'adhérer au pacte de famille (signé à Paris le 15 août 1761), constamment repoussé par son prédécesseur. L'honneur de ce traité appartient tout entier au duc de Choiseul, qui, unissant ainsi tous les souverains de la maison de Bourbon, en formait un faisceau de puissances redoutable aux Anglais.

Le prince héréditaire, dans la nuit du 13 au 14, passe le Wéser à Bursfelde, ne laissant que des troupes légères sur la Werra, et rejoint l'armée par la rive gauche de la Diemel, en même temps que les princes Ferdinand et de Holstein campaient en avant de Stadtberg, et M. de Wangenheim à Warburg. Dans cette situation, il devenait impossible d'abandonner Gassel pour marcher sur l'Edder et ensuite sur l'Ohm, avant que leur mouvement ne fût décidé sur Korbach.

En attendant, on envoie sur les derrières, près de Marburg, les régiments d'Aumont, Touraine, Colonel-Général, Marcieu, Vogué, Condé, Mestre-de-Camp, Talleyrand et les hussards Berchiny, hors d'état de servir, ainsi que les équipages, les éclopés (1). Les régiments de cavalerie Royal-Étranger, Fumel, la Rochefoucauld, Poly, Noailles etd'Archiac restèrent à l'armée, quoique ayant beaucoup souffert et réduits à ne plus former qu'un escadron chacun, les Carabiniers 5, et la Gendarmerie.

Une note de M. de Monteynard exprime que ces corps reçoivent cette destination par suite de l'état lamentable dans lequel ils se trouvent. Partantle 15, ils arrivèrent à Ziegenhayn le 17 ; reposés le 18 et le 19, ils allèrent derrière la rivière d'Ohm à hauteur de Marburg, en attendant de nouveaux ordres. (D. G., 33:20, 212.)

(1) État de Varmée à Cassel. Duc de Broglie, à Ober-Welmar : 22 B., 35 E., donlTuri)in4, etRoyal-Nassau,6; Saint-Germain, à Lu Uernberge : 12 B., 16E., dont 6 Berchiny, plus Fischer, volontaires de Hainaut , étrangers et de Daupliiné ; M. d'Arnienlières, à Wolfhagen : 19 B., 28 E., et la légion Royale; au bas Rhin : 1 1 B., 4 E., et les volontaires de Clerniont ; garnisons du Mayn ou de la AVettéravie : 8 B., 2 E. (Raugrave), y compris 1 B. de grenadiers postiche^ à Marburg. Tolal : 57 B., 53 E. (D. G., 3520, 213.)

/V. de Monteynard au maréchal de Belle-Isle.

« Cassel, le li août 1739.

« J'ai été si fort occupé de la retraite que nous venons de faire, que je n'ai pas eu un seul moment pour écrire. M. le maréchal de Contades vous a envoyé copie des dispositions qu'il a ordonnées le 31 juillet pour attaquer l'ennemi au point du jour^ le 1" août; il vous adressait la relation exacte de ce qui s'est passé. En comparant la relation avec les dispositions ordonnées, vous avez pu voir que les dispositions n'ont point été suivies.

« L'armée du roi battue, il a été question de la retraite, et les premières dispositions ont été faites pour faire cette retraite par les mêmes gorges que nous avions passées pour aller à Minden, ce qui nous aurait conduits à Golifeld et Herworden. Plusieurs brigades d'infanterie, et notamment celles du Roi et de Champagne et les 2 brigades saxonnes, furent portées sur les crêtes de la montagne pour assurer notre passage. On proposa à M. le maréchal de passer le Wéser et de se retirer par le pays de Hanovre sur la Hesse. M. le maréchal assembla MM. les officiers généraux qui se trouvèrent à portée de lui. Tous furent du dernier avis , excepté M. de Castries et moi ; ce parti funeste ayant été déterminé à la pluralité des voix, on commença à 4 heures après midi à passer le Wéser.

ce La retraite a duré onze jours ; elle s'est faite , quant à la marche, avec tout l'ordre possible et toujours sur trois colonnes; celle du centre composée de l'artillerie, des équipages, de l'hôpital et des vivres, les deux autres colonnes couvrant celle du centre , à la tête de laquelle on avait mis 3 brigades d'infanterie et 1 de cavalerie aux ordres de M. d'Andlau. Nous avons été vivement suivis par M. le prince héréditaire, qui a attaqué quatre fois notre arrièregarde, mais toujours sans succès. Enfin nous sommes arrivés ici le 11, amenant avec nous tout ce que nous avions sauvé de la journée malheureuse du 1" aoiît, c'est-à-dire notre artillerie, le trésor, les vivres, 2,000 blessés et nos menus équipages, car pour les gros, qui avaient été envoyés, le 30 juillet, sur le chemin d'Herworden, ils ont été pris en entier. »

Le maréchal de Contades au maréchal de Belle-Isle.

« Camp de Casscl, le 15 août 1739.

« Par les nouvelles que j'ai eues ce matin et clans la journée de M. d'Armentières et des officiers des troupes légères qui sont en avant, il paraît que les ennemis ont un corps à Korbach et que l'armée est à une lieue en deçà de Stadtberg. Ils font paraître des troupes du côté d'Arolsen, et il y a des troupes légères à Warburg. Le prince héréditaire a remonté la Diemel par la rive gauche pour rejoindre l'armée. D'après ces nouvelles, j'ai ordonné à M. d'Armentières de se porter dans la journée de demain avec le corps à ses ordres à Naumburg; la réserve de M. de Broglie marchera demain sur la direction de Fritzlar, le corps de M. de Saint-Germain passera demain la Fulda pour joindre l'armée. Je compte que l'armée et les deux réserves de MM. de Broglie et d'Armentières marcheront après-demain pour se mettre en mesure de prévenir les ennemis à Warburg, la réserve de M. de Broglie faisant l'avantgarde et s'y portant plus légèrement. Ce sera avec la plus grande douleur que je m'éloignerai de Cassel, qu'il est difficile de défendre et oi!i il y a un hôpital considérable.

(c L'ennemi était à Stadtberg quand je suis arrivé ici avec l'armée, qui avait marché onze jours. J'ai été forcé de la faire séjourner, les hommes, les chevaux de l'artillerie et les vivres n'étant pas en état de continuer. Les ennemis se sont allongés sur ma gauche et m'obligent de marcher pour me porter en avant d'eux, leur faire face etles combattre, si cela est possible, quand je serai assuré d'avoir mes subsistances derrière moi. En voulant tenir Cassel, je perdrais toute communication avec le Mayn et le bas Rhin, et si, dans cette position, l'armée du roi avait une action malheureuse, elle n'aurait de moyen de retraite que parla rive droite de la Fulda, pays difficile et sans subsistances préparées. Je ne marche pas demain, parce que je suis obligé de faire rentrer M. de Saint-Germain et de remettre M. d'Armentières à portée; je ne puis laisser ces corps derrière moi. » (D. G., Mémoires de Vault (1759), 3531, 137.)

Le maréchal pouvait cependant avec des détachements imposants remporter des avantages partiels, inquiéter l'ennemi et l'empêcher

d'avancer. Lorsqu'il fit part à Versailles de la possibilité d'abandonner Cassel, ce fut une grande sensation par le mauvais effet de cette marche rétrograde, surtout au moment où les Russes gagnaient la bataille de Kunersdorf.

Le maréchal de Belle-Isle ne put s'empêcher immédiatement de l'engager à rester dans sa position, d'autant que, le roi de Prusse n'étant plus à même d'envoyer des renforts en deçà de l'Elbe, l'armée française n'avait plus devant elle que les forces du prince Ferdinand : en abandonnant Cassel, il permettait à l'ennemi d'envoyer en Saxe tous les renforts à sa disposition. Alors M. de Contades ordonne à M. d'Armentières de s'arrêter à Ippinghausen, et à M. de Broglie de se porter à Breitenbach.

Le roi, un instant inquiet des résolutions du maréchal, éprouva la plus grande satisfaction en apprenant qu'il n'était plus question d'abandonner Cassel, et, en effet, ce parti convenait mieux à la situation des armées de nos alliés et à la politique; mais les mouvements des ennemis engagèrent bientôt le maréchal à changer de position et de projet.

M. d'Armentières (1) ayant reçu l'ordre qui l'arrêtait à Ippinghausen, avait établi, le 16, son camp à Balhorn, la gauche derrière ce village et la droite derrière Altenstatten. Il avait laissé M. de Chabo avec la légion Royale au camp de Wolfhagen, oîi il fut canonné par quelques pièces soutenues d'un détachement de cavalerie; mais, l'artillerie et la légion y ayant bien répondu, le calme fut bientôt rétabli et les ennemis se contentèrent d'occuper les hauteurs environnantes. Pour assurer la tranquillité de sa position, M. d'Armentières lit alors entrer la légion dans Wolfhagen. Les troupes légères, portées à Sachsenhausen sous M. de INIelfort, apprirent qu'une partie des ennemis campés à Mengeringhausen avaient marché sur Korbach. Un renfort sur ce point semblait menacer la position de Balhorn, et, le 17, elle fut appuyée par la réserve de M. de Broglie, qui se porte à Breitenbach. Ce même jour, l'ennemi marcha en force sur M. d'Armentières, le prince de Holsteia vers sa gauche et le prince héréditaire sur sa droite. Les volontaires de Flandre et de Halle, placés en avant de Naumburg, durent se retirer dans les bois du côté de Fri-

(1) Voirie Bulletin du 16. (D. G.. 3521. 14.)

tziar et M. d'Armentières sur la réserve. Le B. de grenadiers Royaux commandé par M. deFlavigny, lieutenant-colonel, envoyé à Naumburg pour soutenir les troupes légères, fut obligé de se rendre, après avoir épuisé ses cartouches.

Par suite de ces mouvements, le maréchal jugea ne pouvoir tenir plus longtemps à Cassel pour favoriser les opérations de M. le prince de Deux-Ponts en Saxe : il craignait de compromettre ses forces en laissant les ennemis s'établir sur l'Edder ou arriver avant lui à Marburg, ce qui aurait été plus dangereux à cause des défilés. Il résolut donc de marcher par sa gauche, et, le 17 au soir, il ordonna à MM. de Broglie et d'Armentières de se retirer à Fritzlar (1) par la gorge de Breitenbach et de Netze, et d'y arriver le 18. Ces deux corps réunis formant 35 B. et environ 50 E., il n'y avait point à craindre que les ennemis pussent les empêcher d'atteindre leur destination.

Le gros de l'armée se mit en marche le 18, sur trois colonnes; celle du centre, composée de l'artillerie, des vivres et des équipages, alla passer l'Edder à Ober et Nieder-Berich. M. de Saint-Germain, qui avait fait l'arrière-garde avec 3 brigades d'infanterie et 2 de cavalerie, resta sur la rive gauche, couvrant Ober-Berich, et l'armée campa sur deux lignes, la droite au village et au château de Weege, la gauche à la montagne; la légion Royale occupa Fritzlar.

3J. d'Armentières au maréclcal de Belle-Isle.

<■ Prés Heimarshaiiseï), le ir; août 17o9.

(i Le 15 au soir, je reçus ordre de M. le maréchal de Contades de me replier, le 16, sur Naumburg pour me replier, le 17, sur Fritzlar, avec ordre de ne partir de mon camp de Wolfhagen, le 16, que le plus tard possible. Je lis, le 16 au matin, toutes mes dispositions, qui demandaient d'autant plus d'attention que, le 15, M. le prince héréditaire était venu camper à Voicknissen, qu'il y avait un camp considérable à Mengerighausen, et que le prince de Holstein-Gottorp était campé à Korbach. Ces trois corps pouvant dans la nuit chercher à se réunir sur moi, je disposais des détachements sur

tous ces points pour être instruit. Le 16, il déboucha du camp un gros détachement qui poussa les postes avancés de la légion ; M. de Chabo se replia de très bonne grâce sur les hauteurs, ayant Yiesebeck devant lui. Dans cette position, on contint les ennemis jusqu'à une heure après midi, et le corps que je commande commença vers midi son mouvement pour aller prendre son camp à Naumburg. M. de Chabo, pour lors, se replia et vint prendre poste dans mon camp de Wolfhagen. Les ennemis débouchèrent de Yiesebeck et vinrent avec du canon, ayant Tair de vouloir l'attaquer; ils le canonnèrent, il leur riposta. Les ennemis se retirèrent hors de portée, gardant la crête entre Yiesebeck et ^Yolfhagen ; sur les 7 heures 1/2, tout devint tranquille.

«Dans ma marche sur Naumburg, je reçus ordre de M. le maréchal de camper à Ippinghausen , m'annonçant qu'il voulait garder Cassel. Je me portais de ma personne à Ippinghausen; je reconnus qu'il n'y avait point de position et que, quand même il y en aurait eu une, j'aurais eu à y craindre les débouchés qu'aurait eus M. le prince de Holstein sur mes derrières, tombant de Korbach sur Naumburg; ce qui me détermina à prendre une position rentrante, où je pus également faire face aux débouchés de Korbach sur Naumburg. M. de Chabo prit poste avec la légion, renforcée d'un gros détachement, à ^\'olfhagen ; je portais M. d'Argence à Ippinghausen avec des dragons et 1 B. de grenadiers postiches; j'envoyais ordre à M. de Melfort de se porter à Sachsenhausen, si les circonstances le lui permettaient, afin d'éclairer de plus près Korbach, en l'avertissant que je mettais 1 B. de grenadiers postiches à Naumburg pour le soutenir, qu'il y serait à ses ordres et que même, s'il avait besoin de le rapprocher de lui, il en était le maître, en cas qu'il fût poussé trop vivement. Je le prévins aussi qu'il y avait 1 B. de grenadiers postiches et des dragons à Ippinghausen, afin qu'il eût plus d'un point d'appui pour se repHer. Le corps que je commande campe à Balhorn, sa gauche tirant sur Naumburg, tenant par sa droite le débouché de Breitenbach, oii M. le maréchal m'avait annoncé que M. le duc de Broglie arriverait le 17.

« Le 17 au matin, je reçus nouvelle de M. de Chabo que les ennemis l'avaient obligé de quitter Wolfhagen, qu'ils l'avaient même dépassé, qu'ils marchaient à moi, et qu'il n'en pouvait dou-

ter, voyant d'autres Iroupes se former derrière les premières sur les hauteurs de Wolfhagen. J'eus des nouvelles, le matin, de M. de Melfort, qui me manda n'avoir pas pu se porter jusqu'à Sachsenbausen, et qu'il était àNetz, à cinq quarts de lieue de Naumburg; une heure après, il m'envoya un officier me dire que les ennemis se portaient en colonne sur lui, sans m'avertir qu'il dérangeait sa direction dans sa retraite. Je me portais sur les hauteurs de Naumburg pour reconnaître le pays; j'y trouvais les équipages de M. de Melfort, qu'il avait renvoyés de son quartier à Naumburg; je leur fis demander quels étaient leurs ordres, ils me dirent qu'ils n'avaient que celui devenir se mettre derrière Naumburg. Je conclus de là que M. de Melfort comptait toujours se replier sur Naumburg, ce qui m'empêcha de rien changera la destination du B., afin que M. de Melfort le trouvât plus sous sa main. Des hauteurs de Naumburg je me portais sur une butte, en avant du village d'Altenstatten, d'où je découvrais ce qui se passait sur Naumburg et sur Wolfhagen; j'y reçus nouvelle de M. de Chabo que l'ennemi continuait à se renforcer devant lui, ce que je vis fort distinctement. Un moment après, j'entendis tirer quelques coups de fusil sur les hauteurs de Naumburg, par où l'on vient de Korbach. Je ne doutais point que ce ne fût M. de Melfort qui se retirait; pour faciliter sa retraite, j'envoyais ordre à 1 brigade de cavalerie de se porter dans la basse plaine de Naumburg. Un moment après, je vis déboucher du bois qui est de l'autre côté de la ville une colonne de cavalerie et une d'infanterie; il vint en même temps de la cavalerie prendre poste entre Naumburg et moi sur la hauteur. Je ne doutais pas que ce ne fût celle de M. de Melfort, n'entendant pas tirer un coup de fusil; je n'avais cependant point de ses nouvelles, ni de celles du B.; j'envoyais plusieurs officiers en savoir : tous vinrent me rendre compte que la cavalerie que je voyais en deçà de la ville étaient les hussards ennemis qui barraient la plaine; que par conséquent ils n'avaient pu pénétrer jusqu'à Naumburg, mais qu'ils avaient appris, par des gens qui s'en étaient sauvés, que les ennemis avaient tiré sur la ville ; que le B. s'était rendu sans un coup de fusil, et que les ennemis étaient dans la ville. Je ne pouvais le croire : ce B. était à un quart de lieue d'un bois où j'appuyais ma gauche, et dans lequel tous les hussards du monde ne devaient pas l'empêcher de se jeter, sortant delà ville et reçu par 1 brigade de cavalerie; cependant,

un moment après, je ne pus plus en douter. Je vis de la cavalerie sortir de la ville et se former vis-à-vis la brigade de Dauphin ; en même temps, les colonnes que j'avais vues déboucher du bois se mirent en bataille sur les hauteurs de l'autre côté de la ville, dans une excellente position. Ce corps, que je ne pouvais plus douter être celui de M. le prince de Holstein-Goltorp en entier, et les nouvelles que M. le prince héréditaire avançait sur moi, me rendaient impossible de faire marcher un corps considérable pour délivrer le B. de Naumburg, étant même dans l'incertitude que les ennemis ne l'eussent pas déjà fait passer derrière eux : ils en avaient eu le temps, et je fus forcé de l'abandonner. M. d'Argence, homme de guerre, sur l'ordre général que j'avais donné à tous mes postes avancés de régler leur mouvement les uns sur les autres, se replia d'Ippinghausen. Dès le moment où j'avais vu distinctement le corps de M. le prince héréditaire et celui de M. le prince de Holstein se porter sur moi, et sur l'avis d'un de mes espions que le camp de Mengerighausen faisait mouvement, j'avais envoyé à Breitenbach m'assurer de l'arrivée de M. le duc de Broglie et le prier de venir de sa personne, ce qu'il fit. Après avoir examiné ensemble la position des ennemis et la mienne, nous trouvâmes que je n'avais de parti à prendre que celui de me replier sur lui, et je commençais ma retraite. Je ne fus point suivi; il n'y eut que quelques coups de fusil tirés entre les hussards ennemis et la légion Royale, renforcée d'Orléans-dragons, qui fit l'arrière-garde du tout, M. le prince héréditaire établit son camp à Wolfhagen, dans la position oîi j'avais pris le mien, et M. le prince de Holstein campa sur les hauteurs de Naumburg en avant de lui : mon arrière-garde vit distinctement établir ces deux camps. Je pris le mien à Martinhagen, à une demi-lieue en avant de M. de Broglie, et j'appris que M. de Melfort avait fait sa retraite par Fritzlar.

« Dans la nuit du 17 au 18, je reçus ordre de M. le maréchal de me replier, le 18, sur Fritzlar; M. le duc de Broglie reçut le même ordre, et j'eus celui de ne commencer mon mouvement qu'après le sien. Ma retraite s'est faite sans tirer un coup de fusil. En marche, je reçus ordre de venir camper à Heimarshausen , où je suis aujourd'hui. Mon arrière-garde a vu, encore hier, à 1 heure après midi, le camp de M. le prince de Holstein à NcUimburg. Un espion nous assure que le prince héréditaire était encore campé

hier à Wolfhagen, et l'armée du prince Ferdinand à Arolsen.

«Je me flalle, Monseigneur, que la mésaventure du B., où je n'ai nul tort, ne me fera pas auprès de vous perdre le mérite d'avoir pendant cinq jours contenu les ennemis, fort supérieurs à moi, et d'avoir toujours manœuvré en plein jour sans me presser et avec audace. »

MM. de Broglie et d'Armentières s'étaient repliés suivant les ordres du maréchal, et, en arrivant sur l'Edder (1), il leur fut prescrit : au premier, d'aller, avec sa réserve, prendre une position pour barrer le chemin qui de Wildungen va à Zwesten et à Kerstenhausen; au second, de camper à la gauche de l'Edder en se liant avec M. de Broglie, qui se place à Kerstenhausen.

En quittant Cassel, M. de Contades laissa dans cette place M. de Villeterque, lieutenant-colonel, pour protéger les malades et les blessés, au nombre de 1,000 ou 1,100, non transportables, avec ordre à cet officier supérieur de faire arrêter les principaux ministres du landgrave et d'accepter une capitulation honorable pour les malades et la garnison; sinon, de se retirer dans le château et de faire craindre la destruction de cette résidence du landgrave. M. de Villeterque n'eut pas à attendre longtemps le dénouement de sa situation; le 19, les ennemis l'ayant fait sommer, après une canonnade à laquelle on ne pouvait répondre que par la fusillade, il convint d'une capitulation qui permit à la garnison de sortir avec les honneurs de la guerre, mais à la condition de mettre bas les armes sur l'esplanade et d'être prisonnière.

La nouvelle position de M. de Contades, derrière l'Edder, le mettait à même de ne pouvoir être tourné, et dans un pays facile à disputer pied à pied. 11 séjourne donc à Zennern.

Le corps de Fischer, dès le 19 à Closter-Haina, pousse des détachements sur Wildungen, Frankenau et Frankenberg, pour surveiller les ennemis, s'ils se portaient dans cette contrée. M. de Broglie eut ordre de faire marcher, le 19, la plus grande partie de ses troupes légères à Gemunden et de les lier à celles de Fischer par Frankenberg etWetter, de marcher lui-même le 20, et d'occuper la position

(1) Éder, Edder, prend naissance dans le Weslerwald, en "Weslphalie, sur la pente orientale de l'Éderkopf, tombe au-dessus de Casse! à gauche de la Fulda, bassin du Wéser.

qu'il trouverait la plus convenable aux environs d'Halsdorf pour être à portée de soutenir le cordon placé de Haina à Gemunden ; M. d'Armentières, de se placer intermédiairement entre l'armée et la réserve. Le maréchal se proposait de tenir le défilé de Kerstenhausen. pour rapprocher de lui ces deux corps séparés, dans le cas où les ennemis, au lieu de nous prévenir à Marburg, se porteraient sur notre droite; ou pour les soutenir, si le prince Ferdinand marchait dans la direction de Marburg, et, dans ce dernier cas, son intention était que le duc de Broglie s'avançât à Ober-Velter, se proposant de l'y joindre avec M. d'Armentières.

D'après une dépêche du 22 août du maréchal de Belle-Isle à M. de Contades, on apprit avec peine à Versailles l'abandon du bassin de Cassel et on y avait espéré que, si le maréchal était obligé de s'en éloigner, il aurait trouvé près de Fritzlar une position lui offrant le double avantage de tenir Cassel par sa droite et Marburg par sa gauche. Le désir de rester maître de la Hesse naissait principalement de la situation des armées de l'Impératrice et de l'Empire en Saxe et en Silésie, et on jugeait de la possibilité : 1" par Tidée que le prince Ferdinand ne pourrait pas s'avancer jusqu'à Marburg, passer l'Edder et soutenir ses communications avec Lippstadt et Paderborn, quand l'armée française serait entre Cassel et Fritzlar^ pouvant se passer des convois jusqu'au 15 septembre, par les approvisionnements de Cassel; 2° Versailles s'était flatté que, d'après les premières lettres du maréchal, après le malheureux événement du V août, par le bon esprit des troupes, leur nombre et le bon état où étaient celles qui n'avaient point combattu, il reprendrait la supériorité à Cassel. Les circonstances, et d'autres raisons qu'il expliqua dans ses lettres, ne lui permirent ni de rester sur la défensive, ni de reprendre l'offensive [i).

Les nouvelles reçues à Zennern de l'arrivée du prince de Holstein, le 19(2), près deFritzlar, et de la marche du prince Ferdinand, le même jour, à Wolfhagen, déterminent M. de Contades à abandon-

(1) Voir deux lettres du 24 août au raaréclial de Contades de IIM. d'Armentières et de Broglie. (D. G., 3521, 144, 147.)

Voir également la leltre de M. de Choiseul du 27 août, au sujet de la consternation causée à Vienne par la retraite de Cassel.

(2) Bulleliu de l'armée du 19. — Bulleliudii 21. (D. G., 3521, 161, 163.)

ner l'Edder : M. de Broglie, le 20, se porle à Halsdorf, M. d'Armentières à Gilserberg, et l'armée à Gilsa. M. de Noailles, à l'arrière" garde, les ennemis s'arrêtant sur les hauteurs de Frilzlar. Comme le mouvement ennemi se prononçait de plus en plus par sa droite, MM. de Broglie et d'Armentières s'approchent, le 22, de Marburg pour couvrir cette ville , la mettre en état de résister, et le maréchal, décidé à mettre l'armée derrière l'Ohm, s'établit entre Amœneburg et Bauerbach, y attendant le maréchal d'Estrées, qui se rend auprès de lui pour concerter les opérations de la fin de la campagne.

Le maréchal de Belle- Isle au maréchal de Contades (1).

« Versailles, le 24 août 1"">9.

« J'ai lu au roi, Monsieur le maréchal, votre lettre du 19; S. M. est bien fâchée que vous ayez cru être obligé d'abandonner Cassel , mais elle est persuadée en même temps que cela n'a pas pu être autrement, et que vous avez fait le tout pour le mieux. Le camp que vous allez prendre à Nieder-Urff étant aussi bon que l'on assure, il y a lieu de croire que, de là, couvrant votre communication avec Marburg et Francfort, M. le prince Ferdinand ne sera pas en état de se porter plus loin en deçà de l'Edder, et qu'après que vous aurez pourvu à tout ce qui vous était nécessaire, ayant votre armée ensemble, vous ne tarderez pas à reprendre la supériorité.

« Il est bien fâcheux qu'ayant deux corps tels que ceux de M. d'Armentières et de M. de Broglie en avant, M. le prince de flolstein ait poussé les troupes avancées de ces deux corps, qui lui étaient supérieurs, même en y joignant M. de Wangenheim, et que ce soit toujours nos détachements qui soient poussés; car assurément nous avions, en entrant en campagne, beaucoup plus de troupes légères que les ennemis, et d'une meilleure espèce; excepté le peu qu'il y a de hussards prussiens à cette armée, tout le reste n'est que de nouvelle levée depuis le commencement de cette guerre. L'électeur de Hanovre n'avait pas un seul homme de troupes légères en 1757, et les Hessois n'en avaient point pendant

la campagne de 1758: il faut bien qu'il y ait de la faute de quelque part. Je crois que l'on a éparpillé nos troupes légères en trop de petites parties, qui ont été conduites par des ignorants et mal employées. C'était pour prévenir ce genre d'inconvénient que nous étions convenus de les réunir toutes en trois corps sous un seul chef; que les volontaires de Clermont seraient en brigade avec la légion Royale, sous M. le comte de Chabo, et ne seraient jamais séparés; que les volontaires de Flandre et de Hainaut, Liégeois et étrangers, formeraient de même une brigade pour toute la campagne, sous les ordres de M. de Melfort; que les volontaires de Dauphiné, d'Alsace, de Nassau et de Schomberg seraient également ensemble sous un seul chef; que nos 2 régiments de hussards ne seraient également point séparés et seraient aux ordres de M. Turpin (1), Fischer restant avec tout son corps directement aux ordres du général. Tout cela n'a point eu lieu et a été dispersé de toutes parts , au moyen de quoi ils n'ont pas eu de consistance et ont changé perpétuellement de chefs supérieurs, au moyen de quoi il n'y a personne pour connaître ceux qui font bien ou mal, ceux à qui l'on doit donner ou ne pas donner des commissions, et en général la confiance si nécessaire ne s'établit point; et comme je vois que la guerre journalière ne se peut plus faire qu'avec ces troupes légères, il faut de toute nécessité en avoir un nombre suffisant et les mettre sur le meilleur pied possible, et pour cela il faut qu'ils soient très gros et aient des chefs capables... d

(1) Tiiipin (comte de), capitaine clans Royal-Pologne, puis dans Benhiny; 1746, mestre decanip de Chaniboranl ; 10 mai 17'i8, brigadier; 18 mai 1760, maréchal de camp; lieutenant général.

Beaucoup de bravoure, de l'esprit, de grandes connaissances sur la guerre, la tête lro|i chaude. 11 répondit un jour au roi de Prusse cette saillie, qui affecta vivement Fiédéric II ; se trouvant à Berhn en 1750, et ayant à trader des contributions de ses États, le roi, lui montrant son royaume sur une carte d'Allemagne, lui demanda : «Queferiez-vous,sice royaume vous appartenait? — Sire, je le vendrais pièce à pièce pour aller le manger à Paris. » Celait lui faire sentir qu'il n'était com|iosé que de morceaux décousus. (D. G.)

Le maréchal de Belle-hle au maréchal de Contades (1),

« Versailles, le 2't aoiil 1751».

a Je ne puis pas vous cacher que S. M. a été encore plus peinée de vous voir abandonner Cassel lorsqu'elle a vu ce qui est mandé de toutes les différentes armées et cours alliées : que, pourvu que son armée puisse tenir Cassel et conserver la Hesse, le malheur arrivé sera facile à réparer; que la réputation des armes sera maintenue, et que la possession de Cassel et de la Hesse peut seule détruire tous les mauvais propos que tiennent nos ennemis et les exagérations qu'ils répandent dans l'Europe. Le conseil du roi ajoute que, de Taveu même de M. le prince Ferdinand et surtout des Anglais, ils ont fait une perte très considérable, et peut-être autant et plus que nous, à la journée du i"^ août; que par conséquent votre armée est encore supérieure en nombre et surtout en infanterie; que la Hesse est un pays coupé oh tout est poste; qu'il n'y aurait donc que l'effarouchement des troupes qui pût obliger à toujours reculer : mais que chacun écrivait que la volonté du soldat est toujours la même; que l'on en a la preuve par l'affaire de l'arrière-garde d'Eimbeck et l'action de M. de Saint-Germain aux déPdés de Munden, et que, puisque vous confirmez vous-même que l'esprit des troupes est admirable, il n'y a point de raison qui paraisse devoir obliger le général de l'armée du roi à se laisser dominer par M. le prince Ferdinand; que notre discrédit va être général en Europe. J'abrège et supprime tout ce qui a été dit sur cette matière; mais je manquerais à toute l'amitié que j'ai pour vous, si je vous en laissais ignorer la substance. Vous pouvez juger de toute la peine que j'ai ressentie, et que je ne suis pas resté muet. Je dois à M. le prince de Soubise, auprès de vous, le témoignage qu'il a très bien parlé et comme connaissant le pays: que, si M. le prince Ferdinand avait la volonté déterminée^ comme cela peut très bien être, de vous combattre encore, il était bien difficile de l'éviter, et qu'il croyait qu'il y avait peu d'hommes qui osassent décider qu'il fallait donner une bataille sans communications certaines et beaucoup plus prochaines avec nos places, en

cas de malheur; qu'il était vrai que M. le prince Ferdinand courait le même risque, ayant la Diemel à repasser; que c'était jouer à quitte ou double de part et d'autre; mais qu'y ayant beaucoup plus de discipline et de subordination dans l'armée ennemie que dans la nôtre, il y avait de bien sérieuses réflexions à faire avant de jouer un aussi gros jeu, et que le roi seul pouvait décider.

« Voilà, Monsieur le maréchal, la situation actuelle des esprits en ce pays-ci. J'espère que le camp de Nieder-Urff, que vous allez prendre et que l'on dit très bon, pourra vous mettre en état de n'y avoir rien à craindre, et qu'au contraire, il serait à désirer que M. le prince Ferdinand eût la témérité de vous y attaquer; et qu'après avoir pris une position d'où vous couvrez Marburg et qui assure votre communication avec Francfort, vous pourrez reprendre la supériorité et donner quelques coups de patte aux corps séparés que M. le prince Ferdinand hasarde assez volontiers. »

Le maréchal de Belle- Isle au maréchal de Contades{\).

•< Versailles, le 2o août 1750.

ce Votre sagesse dans votre relation et dans vos lettres a été généralement applaudie, ainsi que la clarté, la prévoyance et la précision des dispositions contenues dans l'ordre que vous avez donné le 31 juillet. Le duc de Brogiie a aussi écrit, de son côté, des lettres extrêmement mesurées : c'est son frère qui, peut-être même à son insu, a écrit des méchancetés et des faussetés d'autant plus dangereuses qu'il a beaucoup d'esprit; c'est à M""" sa mère qu'il les adresse, et elle est tout aussi méchante que lui. Le roi est véritablement fâché de tous les écrits extravagants qui ont inondé Paris et Versailles; S. M. a ordonné à tous les membres de son conseil de dire dans le public qu'elle était très contente de votre conduite; que le seul motif de l'envoi de M. le maréchal d'Estrées est pour vous mettre au fait des intérêts politiques et concerter relativement avec vous les changements qu'il fallait nécessairement apporter au plan d'opérations pour le reste de la campagne... Je puis vous confier qu'il a ordre de parler fortement au duc de Brogiie, qui a grand intérêt de ne vous point donner de sujet de plainte. Je

vois déjà avec une vraie satisfaction que beaucoup de lettres venues de l'armée ont changé les opinions, et surtout à Versailles, où l'on commence à voir clairement que c'est l'inaction de la droite qui est la cause de la perle de la bataille. La circonspection qu'ont apportée vos amis, la manière dont j'ai parlé dans les conseils qui se sont tenus et le silence que j'ai gardé sur M. de Broglie ont déconcerté ses partisans et les cabaleurs, d'autant qu'ils m'ont attaqué personnellement : vous en apprendrez, à cet égard, plus par vos amis que je ne dois vous en dire. Je ne veux que le bien, je suis intimement persuadé que vous pensez de même et que vous êtes très capable de le faire. Je ne veux aucun mal à M. de Broglie, le roi est le plus intime témoin de la conduite que j'ai tenue depuis que je suis chargé du dépôt de la guerre ; il connaît mon estime et mon amitié pour vous : ainsi je me mets au-dessus de tout ce que l'on peut dire, et je me suis fait également un plaisir et un devoir de vous défendre, où et quand il l'a fallu, en mettant la vérité toute nue sous les yeux du roi, »

M. le maréchal d'Estrées, arrivé à l'armée le 23, fut reçu par les troupes avec de grandes démonstrations de joie; M. de Gontades lui offrit avec beaucoup d'instances son commandement, il le refusa, ne voulant s'occuper avec lui, comme conseil, que des moyens de remettre l'armée en étal de soutenir l'honneur de nos armes. Il fut d'abord question de donner à notre position toute la force qu'offraient la nature du pays et le nombre de troupes rassemblées. La Lahn et une montagne boisée séparaient, depuis Bauerbach jusqu'à Werda, les corps de MM. de Broglie el d'Armenlières du corps d'armée.

Le 26, les maréchaux dirigèrent M. de Saint-Germain de manière à se joindre à M. de Broglie, et comme la cavalerie de leurs corps devenait inutile par la position du terrain et le manque de subsistances, elle se plaça, le 27, en seconde ligne sous les ordres de M. de Chevreuse. La marche du prince Ferdinand rendant les troupes ennemies entreprenantes sur le bas Rhin, suivant les ordres du ministre, M. d'Armenlières s'y rendit (1), et M. de Broglie resta seul à la tête des deux corps, d'un effectif de 42 B. et IG E. de dragons et 35 pièces de canon. [D. G., 3521, 232.)

(I) Gros-Seellieini, 27 août.(D. G., 3521, 195.)

Le maréchal d'Estrées au roi (1).

« Quartier général de Gros-Seelheim, le 2G août 1759.

(( Vous m'avez envoyé à votre armée pour vous rendre compte de la situation de l'esprit qui y règne, et pour former un plan de conduite pour le reste. J'ai l'honneur d'exposer ces différents objets avec la vérité dont je suis capable.

u Avant mon départ de Versailles, on vous représenta, Sire, dans votre conseil, qu'il était apparent que votre armée, arrivée à Cassel, aurait besoin de quelque temps pour se réparer, avant que de penser à rien entreprendre d'offensif; cette nécessité est encore plus grande aujourd'hui, après plusieurs marches rétrogrades, longues et fatigantes, que l'on a été obligé de faire successivement. L'officier et le soldat s'accoutument difficilement à soutenir des fatigues continuelles, lorsqu'ils n'ont plus d'espérance d'avoir de grands succès : de là naît le dégoût, et les propos qui l'expriment sont souvent portés au delà des bornes. Il est en proportion du chagrin d'avoir perdu une bataille, des fatigues d'une longue marche, de la perte des équipages et de la privation d'un quartier d'hiver dont réellement les troupes auraient besoin pour se réparer, surtout la cavalerie, dont la perte a été considérable. D'après ce que j'ai entendu depuis mon arrivée à Francfort et ce que j'ai vu depuis deux jours que je suis à l'armée, j'ai lieu d'appréhender qu'il ne reste plus guère d'espérance de faire une offensive utile, et la défensive est assez embarrassante quand l'ennemi est en force au centre d'une position circulaire d'une si grande étendue. Cet ennemi, que votre armée arrête depuis quatre jours aux environs de Marburg, parait faire des dispositions pour se porter sur Wetzlar, ce qui engagera certainement M. le maréchal de Gontades à se porter vers Giessen, abandonnant Marburg à ses seules forces. »

Le prince héréditaire, arrivé, le 25, à Schwartzenborn et Schonstadt, se porte, le 26, à Aumonau entre Wetter etBiedenkopf, pendant que le prince Ferdinand s'avance sur Munchhausen. Comme la position de M. de Rroglie était avantageuse, les maréchaux restèrent sur la défensive (ïJ).

(2; D'après les états à la date du 26, linfanlerie présentait 49,271 hommes sous

Versailles, en regardant l'abandon de Cassel comme un événement malheureux, attachait la plus grande importance à la conservation de Marburg, qui nous laissait encore maîtres d'une parlie de la Hesse, empêchant l'ennemi de communiquer avec la Saxe et assurant nos vivres en même temps que nos relations avec Francfort. Malgré tout l'avantage de cette position, l'ennemi, après avoir chassé Fischer d'Ober-Welter, ayant paru sur les hauteurs, M. de Broglie demanda du renfort. M. de Gontades, dans l'impossibilité de se dégarnir sans exposer l'armée, replie son camp à la rive gauche de la Lahn et s'allonge jusque près de Giessen (1).

Le 29, les ennemis établissent leur camp sur les hauteurs d'Ober- Wetter, leur droite devant Kaldern et leur gauche aux bois du vieux château de Buchenau. Le duc de Broglie, de grand matin, se porte à Wolfshausen à la gauche de la Lahn, communiquant par une brigade de M. de Saint-Germain sur le chemin de Kirchayn, le reste allongé sur la Lahn jusqu'à Giessen; Fischer, dans Marburg.

L'ennemi ne suivit pas le mouvement commencé, qui supposait leur direction sur la basse Lahn. Cependant les maréchaux, le 30, s'arrêtèrent à un emplacement entre Bauerbach et Amœneburg. L'armée y campe sur deux lignes , les grenadiers de France et Royaux, la Gendarmerie et les Carabiniers en réserve. On y construisit aussitôt des redoutes, des redans, des batteries. Bien que convaincu de ne pas être attaqué dans une position si avantageuse, M. de Contades, par précaution, appelle les troupes de M. du Châtelet, laissant M. de Broglie à Cappel, à portée de le rejoindre en très peu de temps. Pendant que nous étions occupés sur la Lahn, M. de Castellas, commandant à Wesel, rendait compte que M. d'Armentières n'était point encore arrivé et que l'ennemi, avec la garnison de Lippstadt, se proposait d'attaquer la citadelle de Munster.

les armes, non compris 3,500 hommes de troupes légères; la cavalerie, 10, loi hommes monté»; les 4 régiments de dragons, ayant peu souffert, 2,128 hommes, en sorte qu'on pouvait compter environ 66,000 combattants, auxquels il faut ajouter 3 E. de Gendarmerie, les 6 régiments de cavalerie retenus à l'armée malgré l'ordre de rentrer en France.

(1) Bulletinsdes2-et28. (D. G., 3521, 217.)

Le maréchal d'Estrées au maréchal de Belle-Isle (1).

« Gros-Seelheim, le 30 août 1759

« J'ai mandé au roi, Monsieur le maréchal, dans la lettre que j'ai eu l'honneur de lui écrire, que je ne croyais pas qu'on dût penser dans ce moment-ci à faire la guerre offensive. Avant mon départ de Paris, vous m'avez paru penser qu'il fallait faire une défensive active, c'est à quoi M. le maréchal de Gontades s'est préparé.

« Nous sommes très près de l'ennemi. Si l'on en croit les discours du prince Ferdinand, il veut attaquer l'armée du roi, qui se prépare à le bien recevoir, quoiqu'il s'en faille beaucoup qu'elle soit supérieure à la sienne, ainsi que vous me paraissez le croire. Vous avez, il est vrai, 83 E.; mais l'un dans l'autre ils ne seront pas plus de 100 hommes à cheval par E. ; l'artillerie, dont vous me parlez, ne pourra joindre que le 8 ou le 9, encore a-t-il fallu louer des chevaux de paysans pour la conduire...

«A l'égard du plan que nous avons à faire, M. le maréchal de Gontades et moi, il est bien simple; si l'ennemi nous combat, l'événement de la journée décidera de la conduite du reste de la campagne. En cas de succès, l'armée du roi ne peut prendre aucune autre direction que celle de la Diemel; en cas de malheur, il n'y au^ rait de parti que de se retirer vers Giessen, et peut-être à Francfort; mais si le prince Ferdinand n'attaque pas, c'est un avantage certain de le contenir et de l'empêcher d'aller en Franconie ou du côté du bas Rhin, ce que le maréchal de Gontades fera tant que les subsistances le lui permettront. Je pense que l'ennemi va faire le siège de Munster avecles troupes qu'il a tirées de ses garnisons. Il me paraît que vous ne faites pas entrer dans vos calculs plusieurs régiments des land-milices qui ne sont point sur l'état de l'armée de M. le prince Ferdinand, et lesquels, avec des troupes réglées, vont faire ce siège. Il serait désirable de sauver cette place; mais quand M. le maréchal de Gontades gagnerait une bataille, elle serait prise avant de pouvoir en faire lever le siège. Je souhaite que M. d'Armentières puisse y arriver à temps. »

M. de Gayon avait profité du moment de la communication avec le Rhin pour s'approvisionner, comptant sur l'arrivée de

M. d'Armenlières; mais les maréchaux ne jugèrent pas que, pour sauver Munster, ils devaient combattre le prince Ferdinand. Leur position derrière l'Ohm, absolument défensive, les mettait à même de profiter des fausses manœuvres de l'ennemi et de combattre avec avantage, s'il les attaquait. Le moment devenait critique par l'impossibilité au prince Ferdinand de rester plus longtemps sans chercher à nous déplacer : c'était le dénouement du sort de la campagne.

Le maréchal de Belle-Isle au maréchal cV Estimées (1).

« Paris, le 31 août 17;i9.

ic J'ai reçu hier votre lettre du 26... S. M. l'a lue d'un bout à l'autre; elle n'a pas été plus satisfaite que moi des détails qui y sont contenus : celui du dégoût de l'officier et du soldat, et en total de l'esprit qui y règne, me fait plus de peine que le reste, et c'est à quoi j'ose dire que vous devez donner votre attention. Vous connaissez le caractère de la nation, elle se décourage facilement, mais elle se remet de même : il faut parler aux officiers généraux, cavaliers^ soldats, à chacun leur langue; votre arrivée, votre acquis, vous mettent dans le cas de le faire avec plus de succès; car enfin il n'est pas possible qu'avec les forces que nous avons, nous finissions la campagne en recevant continuellement l'ordre de M. le prince Ferdinand. Je ne dis pas qu'il faille aller chercher à le combattre de gaieté de cœur, et avoir une action générale; mais on peut, au moins, reprendre une défensive très active, en occupant des postes avantageux, dont le pays est plein, qui mettent en état de faire des détachements supérieurs à ceux de l'ennemi et de reprendre des avantages journaliers, qui peuvent conduire à de plus considérables et remettent le bon ton dans une armée. Vous connaissez la détresse de nos tinances; si nous ne parvenons à tirer quelques secours du pays ennemi, je ne vois réellement pas comment nos troupes se remettront. C'est ce motif présent qui doit doubler vos efforts. »

M. d' Arment ièr es au maréchal de Belle-lsle (1).

(1 Cologne, le 31 août 1739.

« M. le maréchal de Contades vous a sans doute rendu compte de l'ordre qu'il m'a donné de me rendre ici, malgré les justes représentations que je lui ai faites de ce qu'il faisait passer le premier lieutenant général de son armée sur le bas Rhin pour une besogne extrêmement désagréable et qui le compromettait, puisque sans troupes on ne peut rien faire ; encore ai-je à craindre l'injustice du public, qui me reprochera de n'avoir pas fait ce qu'il ne m'a pas été possible de faire ; heureux si mes chefs sont pour moi justes. J'ai senti toute l'horreur de ma commission; j'ai cependant obéi, parce que j'ai cru de mon devoir de ne me compter pour rien et de me sacrifier pour ce à quoi l'on me jugerait nécessaire. Je n'ai pu arriver qu'hier ici; je me suis fait représenter l'état des troupes qui sont dans cette partie; l'objet pour lequel je suis ici ne peut porter que sur deux choses : l'une, la conservation de la rive gauche du Rhin; l'autre, de pouvoir soutenir Munster, ou me porter dans le pays de la Marck pour donner quelque jalousie aux ennemis sur le point de Paderborn et de Lippstadt, et profiter de cette position pour faire rentrer des subsistances du pays de la Marck sur Dusseldorf.

« Un chirurgien revenu de Paderborn a annoncé que, le 23, le général Imhof était campé à Paderborn. Les nouvelles que m'a données hier M. le baron de Breteuil sont que ce corps s'est mis en mouvement avec une nombreuse artillerie, qu'il est joint par celui de M. d'Hardenberg, et que tous deux, de concert, se portent sur Munster...

« J'ai envoyé hier ordre à M. de Gastella (2) de pousser un détachement sur Munster pour en avoir des nouvelles certaines; j'y fais même passer les volontaires de Clermont. Si la nouvelle de la réunion de ces deux corps sous Munster se trouve vraie, je ne puis en rien troubler le siège. Wesel étant loin de la communication

(2) Gastella, ou Castellas (Rodolphe de), capllainedes gardes suisses, puis colonel d'un régiment de son nom; brigadier, 1745; maréchal de camp, 10 mai 1748 ; lieutenant général, 17 février 1759.

de Munster à Lippsladt, je n'en puis troubler la communication aux ennemis pendant le temps qu'elle leur sera le plus nécessaire pour tirer de Lippstadt leurs approvisionnements de siège. Je ne peux les aller attaquer avec mes faibles effectifs : j'aurai donc la douleur de leur voir prendre devant moi la ville de Munster, sans pouvoir les en empêcher. L'occupation de ce siège va tenir, au moins, les ennemis pendant dix à douze jours; c'est un temps précieux dont il faut faire usage.

« Si MM. les maréchaux d'Estrées et de Contades ne prennent point le parti de marcher aux ennemis, ce qui annoncera qu'ils sont déterminés à une défensive pour tout le reste de la campagne, puisqu'ils n'auront pas de moment plus favorable , je leur demande de ne pas perdre un moment à m'envoyer 2 brigades d'infanterie au moins, en les faisant passer par Giessen, Aschenburg et Siegberg... »

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