‹ Les guerres sous Louis XV (volume 3)Chapitre 17 sur 20 · MOUVEMENTS DES ARMÉES. SIÈGE DE MUNSTER · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS DES ARMÉES. SIÈGE DE MUNSTER

Septembre. 2. Mouvement de reiiiiemi sur la Lalin. L'armée au camp de Gross- Seelheim, qu'elle quille le 4. Marburg tonfié à M. du Plessis. — 6. Levée du siège de Muusler. — 7. Camp d'Annerod. — 8. M. de Broglie à Munchholzlieira. Projets de quartiers d'Iiiver. — tO au 11 . Prise de Marburg. — 20. M. de Broglie sur le& hauteurs de Welzlar. — 2). M. d'Armentières à Wesel. — 22. L'armée à Klein- Linden. Expédition de M. de Luckner sur Usingen. M. d'Armentières à Recklinghausen; 23, àLuaen. — 24. Le général Imiiof occupe Ludinghausen, s'avançant sur Ahlen.

Octobre. — Les maréchaux restent sur la défensive. M. de Broglie à Versailles. Détachements de l'armée du Mayn réunis à celle du bas Rhin. — 25. Position de M. d'Armentières à Bockum.

yovembre. V^. M. de Broglie à Francfort. — 2. A Klein-Linden. Les maréchaux d'Estrées et de Contades quittent l'armée. — 11. Leduc de Wurtemberg à Gemunden. — 19 au 20. A Fulda. — 5. M. d'Armentières quitte Bockum. — 8. A Dorsten. — 9 au 10. Tranchée ouverte devant Munster. — 21. Prise de la citadelle. — 16. M. d'Armentières à Haltern. — 17. A Seppenrade. — 18. A Senden. Il se replie le 20. Fait passer le Rhin le 2i. — 20. Combat naval dans la baie de Quiberon. Le restant de notre flotte se réfugie à l'embouchure de la Vilaine. — 27 au 29. Le prince de Wurtemberg attaqué se retire à Bruckenau le 30.

Décembre. — L'armée du bas Rhin repasse à la rive gauche. — 1". Le général Imhof quitte la Lippe, se retire à Recklinghausen. — 5. L'armée quitte Klein- Linden pour Butzbach. — 6. A Friedberg.

Projets d'une diversion par l'armée" du bas Rhin. — 15. M. du Muy remplace M. d'Armentières. — 16. M. de Broglie nommé maréchal. — 19 au 23. Le duc de Wurtemberg à Schotten. — 25. Mouvement effectué.

L'armée ennemie reste en observation jusqu'au 5 janvier 1760.

Événements de peu d'importance jusque vers le milieu de janvier, époque à laquelle les troupes prennent leurs quartiers d hiver sur la Lahn, le Mayn etleNeckar.

Le maréchal de Belle-Isle au maréchal de Contades (1).

« Versailles, le 1" septembre l"o9.

« J'ai reçu ce matin la lettre dont vous m'avez honoré le 28 août; j'y vois avec bien de la peine, par le détail que vous

me faites, que M. de Broglie n'avait pas jugé à propos de soutenir le poste d'Ober-Wetter, où était Fischer. Je ne puis, sur cette matière, parler que d'après quelques connaissances qu'on m'a données, suivant lesquelles il paraît qu'Ober-Wetter est un point sans la possession duquel il n'était pas possible à M. le prince Ferdinand de pouvoir ni d'oser s'avancer plus loin par sa droite, parce qu'il ne pourrait plus soutenir ses communications pour ses vivres; mais je dois croire que vous et M. le maréchal d'Estrées qui êtes sur les lieux, vous êtes encore mieux en état de juger vous avez, d'ailleurs, M. le duc de Broglie et M. de Castries, et des officiers d'état-major, qui doivent bien connaître toute cette partie; mais, puisque ni vous ni M. de Broglie n'étiez pas dans l'intention de soutenir Ober-Wetter, il ne fallait donc pas y laisser échiner Fischer. Les troupes légères sont faites pour la petite guerre, éclairer l'ennemi, faire les avant-gardes, enlever de petits postes. couvrir et faciliter les marches pour des opérations importantes ; mais elles ne doivent pas être employées, ce me semble, à défendre et soutenir des postes de vive force, surtout contre de gros corps de troupes réglées qui font la tête de l'armée ennemie : c'est le moyen de les détruire, et je ne suis pas surpris que tous nos différents corps soient la plupart anéantis, par toutes les autres raisons que je vous ai mandées dans mes précédentes; c'est à quoi je trouve qu'il est très nécessaire et très pressé de remédier, car comment pourriez -vous faire, cet hiver, pour couvrir la tête de tous nos quartiers et former ce que les ennemis appellent un cordon en avant, si tous ces différents corps sont réduits à rien? et comment pourront-elles se rétablir pour la campagne prochaine? Nous sommes d'accord tous deux qu'il faut former trois gros corps de troupes légères; je vais agir sur ces principes et tâcher de trouver des chefs propres à les commander : mais il faudra donc , quand cela sera fait, ne jamais morceler ces corps, les laisser toujours chacun ensemble. Quand le général ou les officiers généraux qui commanderont de gros corps séparés voudront employer quelques détachements de troupes légères plus ou moins nombreux, qu'ils s'adressent au chef de cette légion ou de cette brigade, qui sera seul en droit et chargé de fournir le détachement qui lui sera demandé et de le faire commander p.r qui il lui plaira.

ce A l'égard des 2 régiments de hussards, j';ii peine à comprendre qu'ils servent mieux séparés qu'ensemble : un corps de 12 E. doit mieux valoir que deux de 6 chacun, et s'il y a des petites tracasseries personnelles ou des convenances particulières, il faut que le général de l'armée tranche par-dessus avec toute l'autorité qu'il a en main, qu'il impose à celui qui a tort. Je ne sais pas pourquoi le régiment de Berchiny a été renvoyé, comme hors d'état de rester à l'armée, avec les 6 régiments de cavalerie qui ont été détruits le 1" août. Il ne m'a jamais rien été mandé sur la destruction de ce régiment; je vous prie d'ordonner que quelqu'un m'en rende compte, m'en envoie le journal de toute la campagne et son état actuel, car dans tous les étals que vous venez de m'envoyer il n'est seulement pas fait mention du nom de ce régiment.

« Je viens à présent au papier joint à votre lettre, intitulé « Propositions à M. le maréchal de Contades. » J'y vois la nouvelle position que vous faisiez prendre à M. le duc de Broglie et à M. de Saint-Germain. Je veux espérer, quoique je voie que l'ancienne réserve de M. de Broglie devait se replier la nuit à la rive gauche de la Lahn, de l'autre côté de Marburg, que votre intention n'est pas d'abandonner ce poste et cette place. Cette démarche serait encore bien phis fâcheuse que l'abandon de Cassel et ne peut pas avoir les mômes motifs : il s'agissait de ne pas perdre la communication avec Marburg, et subséquemment de Francfort. Cette raison décisive fortifiait toutes les autres; mais étant arrivé une fois à Marburg, l'ennemi ne peut jamais vous ôter la communication avec Francfort. Vous avez deux différents chemins qui vous y conduisent, que l'ennemi ne troublera jamais, quand même il aurait l'imprudence de passer la Lahn : il ne la passera sûrement pas à Marburg et Ciessen ; s'il la passe au-dessous de Wetzlar, peut-il jamais oser faire passer cette rivière à toute son armée? D'oij tirerait-il donc ses vivres, vous tenant votre droite à Marburg et votre gauche vers Giessen?... Dans cette position, s'il ne pousse en deçà et à la gauche de la Lahn que des détachements, vous pouvez leur en opposer de plus considérables, et enfin vous avez toujours un chemin plus court pour porter dans Francfort tout ce qu'il vous plaira et y communiquer de même pour en tirer vos besoins. Il faut nécessai.femenl que l'ennemi succombe le premier, et il vous

fournira peut-être, en faisant des tentatives hasardées, les moyens de lui donner quelque échec considérable; ce qui esta désirer, pour remettre, comme on dit, vos troupes en curée, et le ton qui convient aune armée comme la vôtre. Si vous quittiez jamais Marburg, M. le prince Ferdinand s'y mettra tout de suite et vous fera naître alors des obstacles bien mieux fondés pour n'oser et ne pouvoir même pas entreprendre de le déposter : c'est alors qu'il trouvera des positions que vous ne pourrez pas impunément attaquer, ni peut-être tourner, et vous aurez le désagrément de lui voir faire des détachements sur la Thuringe, la Franconie ou la Saxe, que vous n'empêcherez point alors, comme vous êtes le maître de le faire en tenant Marburg et le couvrant avec votre armée, resserrant M. le prince Ferdinand, comme il l'est, dans un pays où il n'a de vivres que ce qui est derrière lui, toutes les places du Rhin étant ou en notre pouvoir ou en celui de nos amis. Enfin j'avoue, par le vif intérêt que je prends et à l'honneur des armes du roi, et à la cause commune, et à vous personnellement, Monsieur le maréchal, que je ne puis envisager qu'avec la peine la plus sensible qu'il peut être question d'abandonner Marburg, par toutes les conséquences les plus fâcheuses qui ne manqueraient pas d'en résulter (1). »

L'ennemi resté sur les hauteurs d'Ober-Wetter, nous continuâmes à retrancher notre front, à soutenir la Lahn dans la partie de Giessen, et, sur le Rhin, dans celle de Goblenlz et de Cologne, en donnant aussi à M. d'Armentières les moyens de tenir la campagne.

Le 2 septembre, le prince Ferdinand fait un mouvement par sa gauche, en portant le prince de Holstein à Schwartzenbovn et le prince héréditaire à Ober-Weimar. Dans sa marche, il attaque les volontaires de M. de Vert, bientôt dégagé par les dragons d'Apschon

(1) Situation de l'année, le 31 août, sur le bas Rhin : M. d'Armentières, 11 B., 4 E.; infanterie de garnison (Wettéravie), 15 B.; cavalerie sur les derrières, dont (> Berchiny, 19 E.; M. le duc de Fitz-James, 14 E.; M. d'Andlaii, 6 E.; M, de Nicolaï, 1" ligne, 33 B.; M. de NoalUes, 2" ligne, 37 B.; duc de Brissac, 14 E.; M. Duménil, 8 E.; réserve du duc de Broglie (4 E. volontaires Nassau), 18 B., 31 E.; réserve d'infanterie (M. de Sainl-Pern (6 Berchiny), 11 B., 19 E.; réserve de cavalerie (M. de Poyanne), 18 E.; réserve de dragons (duc de Chevreuse), IG E.; artillerie (M. Pelletier), brigades. 3 B.; M. de Chabo. Turpin, 6 E.; plus la légion Royale, volontaires de Flandre, de Hainaut, étrangers, de Dauphiné, d'Halié et Fischer. Total : 128 B., l.VJE.

et les Schomberg. Comme Marburg était menacé, Fischer occupele château, appuyé par M. de Saint-Germain, défendant les débouchés et en mesure de renforcer M. de Broglie. Ces démonstrations de l'ennemi tendaient plutôt à nous empêcher de marcher à Giessen qu'à une attaque sérieuse.

Le duc de Broglie au maréchal de Belle- Isle (l).

« Klein-Linden, le 5 novembre 1739.

« II ne me reste qu'à demander les ordres sur le parti à prendre. Ferai-je rester l'armée dans la position où elle est, jusqu'à ce que M. le prince Ferdinand ait quitté la sienne, ou partirai-je le premier, et à quelle époque? Comme je n'ai ni vue ni opinion particulière, et que je ne veux qu'exécuter ponctuellement les ordres^ je vais vous tracer les inconvénients de l'un et de l'autre parti, du moins tels que je les imagine; je me conformerai ensuite avec la plus grande exactitude à ce qui me sera prescrit. Si l'on s'opiniâtre à demeurer les derniers dans cette position, il est sûr que la cavalerie, déjà en très mauvais état, souffrira beaucoup ; elle a été très mal nourrie, pour la plus grande partie, l'hiver dernier; le commencement de la campagne a été très rude pour elle, et l'éloignement des lieux oti elle fourrage depuis longtemps a achevé de la fatiguer à un point excessif. Il est vrai qu'à commencer du 12, elle sera fournie du magasin de Butzbach; mais, malgré cela, si les pluies viennent, il périra dans ce trajet une assez grande quantité de chevaux : cela ne peut se nier.

« Si on se détermine à replier l'armée sur Bulzbaeh et sur Friedberg à l'époque du 18 ou du 20, il faudra prendre le parti ou de laisser une garnison dans Giessen, ou d'évacuer et démanteler cette place. Si on y laisse une garnison, le prince Ferdinand viendra peut-être en faire le siège ; il passera la Lahn et prendra un poste avantageux, où il serait très hasardeux de l'attaquer; il prendra Giessen derrière lui, et même en très peu de jours, s'il ne craint pas de brûler la ville, qui est toute en bois et où il n'y a aucun souterrain ni magasin d'aucune espèce. Giessen une fois en sa possession sans avoir été démantelée, elle lui servira de point d'appui, et

(1) D. G., Mémoires de Vanli, 1759, p. 29*.

GUERRE DE SEPT AiNS (1759). 455

il paraît difficile , lorsqu'il y sera établi, que le projet de garder Friedberg et de prendre des quartiers depuis Saint-Goar jusqu'à AVilbel puisse avoir lieu ; on ne pourra certainement pas les prendre tant que l'armée ennemie ne se sera pas séparée; il sera nécessaire que celle du roi reste rassemblée près de Friedberg, où le bois manque et où elle souffrira beaucoup. Il en sera à peu près de même en faisant sauter Giessen. Si, après que l'armée du roi se sera retirée, les ennemis passent la Lahn, ils obligeront de se tenir rassemblé à Friedberg jusqu'à ce qu'ils aient pris euxmêmes leur parti, et l'armée souffrira alors davantage que dans le camp qu'elle occupe.

« Il n'appartient qu'à S. M. d'ordonner ce qu'elle jugera à propos que je fasse, et je l'exécuterai avec la soumission et l'exactitude la plus grande. Ces ordres portent sur trois points. 1° L'armée attendra-t-elle, dans la position où elle est, que les ennemis quittent la leur et prennent leurs quartiers ? 2" Se retirera-t-elle la première, à quelle époque et où la séparera-t-on? 3° Gardera- t-on Giessen, ou le fera-t-on sauter?

(( Vous trouverez ci-joint l;i copie de la lettre que j'ai reçue en arrivant ici de M. le marquis d'Armentières et de la réponse que je lui ai faite... Comme elle roule sur le ravitaillement ou l'évacuation de Munster et que ces opérations doivent être combinées avec les mouvements de cette armée, il me semble nécessaire que le roi prononce en même temps pour Munster et pour Giessen, et que vous fassiez savoir en droiture ses intentions à M. le marquis d'Armentières en même temps que vous m'enverrez ses ordres. »

Le maréchal de Belle- Jsle au maréchal (l''Eslrées{\].

>> Versailles, le 3 septembre 175!).

« S. M. approuve entièrement le plan que vous avez formé, M. de Contades et vous, de ne point chercher à aller attaquer l'ennemi pour donner une seconde bataille; mais aussi de ne pas l'éviter lorsqu'il sera question de conserver des positions nécessaires : 1° pour empêcher l'ennemi de pouvoir détacher du secours

(1) D. G.. Mémoires de Vault, 1759, p. 196.

pour la Saxe; 2" pour ne pas se mettre dans le cas de manger et consommer tous les fourrages de la Lahn et de la rive droite du Mayn, qui doivent nous fournir des subsistances pour nos quartiers d'hiver; 3° enfin pour ne pas laisser subsister plus longtemps le ton de supériorité qu'a pris l'ennemi et finir, du moins, cette campagne sur le pied d'une défensive vigoureuse et active.

«Si M. le prince Ferdinand continue de détacher des corps aussi hasardés que je l'ai vu faire les campagnes précédentes, vous trouverez, ce que j'espère, l'occasion de le corriger des entreprises hasardeuses qui lui ont réussi, mais qui peuvent aussi causer sa perte. Nous pensons, dans le fond, de même vous et moi, il n'y a que sur les formes respectives que nous ne sommes pas d'accord; car, en admettant que nos E. ne fussent qu'à 100 chevaux le jour du combat, quoique tous les états que l'on m'envoie soient plus forts. 83 E. feraient 8,300 chevaux ; il faut y ajouter 3 E. de Gendarmerie, de 120 chacun, et 6 E, des 6 régiments, que je ne comptais pas non plus, ce qui fait donc 9,200 combattants, et 20 E. de dragons, au moins 2,500. Tout cela forme un total de près de 12,000 hommes de cavalerie, et certainement M. le prince Ferdinand n'en a pas autant... Si les états que m'a envoyés à plusieurs reprises M. de Cornillon sont justes, comme il me l'assure, nous devons avoir 50,000 combattants, non compris les malades, les blessés, etc. Marburg, auprès duquel se trouve actuellement l'armée du roi, est une position qui remplit tous les objets, et je suis persuadé, intérieurement, que M. le prince Ferdinand est beaucoup plus occupé de vous en déplacer, pour se porter tout de suite sur sa gauche, que de s'enfermer sur la basse Lahn entre l'armée du roi et le Rhin, dont toutes les places sont dans nos mains ou dans celles de nos amis. L'état de faiblesse ou de crise où se trouve le roi de Prusse ne doit pas permettre à M. le prince Ferdinand de tourner ses vues du côté du Rhin; tout doit, ce me semble, l'appeler sur le Wéser et au delà, en conservant, s'il peut, toute la Hesse,àcause du landgrave... ))

Malgré les instances réitérées du ministre, M. de Contades crut devoir abandonner Marburg.

Le 4 septembre, l'armée quitte son camp de Gross-Seelheim, laissant Marburg et son château à M. du Plessis, avec mission de

s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité, et s'établit à Mainzlar, derrière Loliar; M. de Broglie, sur la rive gauche de la petite rivière qui sejeltedanslaLahn àLoIlar. Le prince Ferdinand, suivant notre retraite, poussait des détachements dans la direction de Wetzlar, pendant que le prince de Holstein occupait notre ancien camp de Gross-Seelheim ; ce qui nous obligea, le 7, à porter i'armée à Annerod {{), derrière le ruisseau de Buseck, et à rapprocher notre gauche de Giessen.

Annerod offrait une très bonne position, couverte par les troupes légères dans les villages de Burkhardsfeld, Oppenrod, Grossen- Alten-Buseck et Wieseck. La réserve de M. de Broglie était, le 8, àMunchholzheim, sur le chemin de Wetzlar, sa droite à Dudenhoven, sa gauche à Heuchelheim, L'armée du prince Ferdinand venait d'être divisée en quatre corps, le 1®'' à Wetter, le 2'' sur la hauteur de Marburg, le 3" à Weimar, le A" à Langenstein.

Louis XV, désirant, avant tout, que ses généraux empêchassent le prince Ferdinand de renforcer le roi de Prusse, s'était engagé envers la cour de Vienne à occuper et à contenir toutes les forces alliées en Allemagne. Cependant M. de Contades se voyait dans l'impossibilité de s'y opposer.

« Si le prince de Holstein va en Saxe, disait-il, il ne me sera pas possible de le suivre. En cas qu'il marche sur Fulda pour me donner de l'inquiétude sur la Franconie, nous pouvons lui opposer un corps de même force en le faisant marcher sur le haut Mayn, Quoique le prince Ferdinand s'affaiblisse chaque jour, M. le maréchal d'Estrées pense, et je pense comme lui, qu'il ne me sera pas possible de l'attaquer sur les hauteurs de Marburg, ni de marcher en avant, M. de Peyre ne pouvant faire subsister l'armée sans faire un nouvel établissement. Fischer doit partir cette nuit de Grunberg avec toute sa troupe, pour suivre le corps

(1) Position et état de l'armée, le 1er soptembie 1759, à Gross-Scelheim, sur la rive f^auche de l'Olini, entre Amœneburg et Marburg :

Infanterie : 1'" ligne, 33; 2' ligne , 37; réserve, 11 ; au service de l'artillerie. 3 (84 B.).

Cavalerie : V ligne, 28; 2" ligne, 14; réserve, 18; dragons, 12 (72 E.)-

Troupes légères : légion Royale , corps de Fischer, volontaires de Flandre, de Dauphiné, de IJainaut, étrangers.

Réserve du duc de Broglie : à Holzausen, au-dessous de Marburg, rive gauche

du prince de Holstein, ne pas le perdre de vue et m'inslruire du mouvement qu'il fera. »

Tandis que nous reculions du côté de Marburg, nos affaires semblaient aller un peu mieux à Munster. L'ennemi avait été obligé de se retirer par suite de la belle défense de M. de Gayon. (D. G., 3522, 103.) Sommé de se rendre, M. de Gayon répondait au général commandant le corps de l'armée alliée devant Munster : (c Monsieur, je vois avec étonnement que toute votre artillerie est dirigée sur la ville et non sur les fortifications : c'est cependant par leur seule destruction que je puis être forcé de la rendre, et j'ai l'honneur de vous assurer, Monsieur, que l'embrasement de toutes les maisons de la ville ne m'engagera jamais â en abandonner les remparts. En réussissant à vous en rendre maître, il vous est plus glorieux de la trouver en état de vous fournir tous les secours qu'une ville de cette espèce renferme. Il n'est pas douteux, d'ailleurs, qu'un pareil exemple obligera le roi mon maître et ses alliés à des représailles toujours funestes. J'ai trop grande opinion de votre façon de penser, pour ne pas espérer que vous voudrez bien faire attention à ce que j'ai l'honneur de vous écrire. » (D. G., Mémoires de Vanlt, 1759, p. 648.)

Les Français ont toujours eu, on le voit, des idées spéciales sur la façon de bombarder les villes. Aussi M. de Gayon s'attira-t-il la réponse suivante : « Monsieur, S. A. S. M. le duc Ferdinand de Brunswick m'a détaché avec uncorps de son armée pour reprendre Munster. Si vous refusez de rendre cette place, vous serez responsable du malheur et delà ruine d'une ville que S.A. S. souhaiterait pouvoir ménager. J'ai l'honneur d'être avec la plus parfaite considération, etc. Gh. d'Imhof. »

M. d'Armentières, qui avait désespéré de pouvoir secourir la ville, s'empressa, le 6 septembre, d'annoncer ce succès à M. de Belle- Isle : « Les ennemis ont levé le siège de Munster seulement aujourd'hui. La tranchée a été ouverte dans la nuit du 26 au 27 août : ainsi cette place, très mauvaise, a tenu 11 jours de tranchée ouverte.

de l'Ohm, 18 B., 31 E. ; entre Giessen et "Wetzlar, Tiirpin et volontaires de Halle, 10 E. ;àHanau, 2; Francfort, 5-, Giessen, 2; Coblenlz, 1; Cologne, 4 (14 B.);au bas Rhin, 11 B., 4 E. — Total : 128 B., 136 E. (D. G., 3522, 9.)

« Pour vous rendre compte, Monseigneur, de ma conduite, j'ai eu rhonneurde vous écrire deBorcken. JevinscamperàCoesfeid. L'on m'annonça que les ennemis voulaient m'empêcher de faire lever le siège de Munster et venaient au-devant de moi, ce qui m'a fait marcher ce matin avec circonspection, fort déterminé à les combattre, s'ils étaient venus. »

Les inquiétudes, à Versailles, redoublèrent à la nouvelle de la retraite de l'armée derrière la Buseck; les ordres devinrent formels : il fallait ou combattre le prince Ferdinand, couvrir la Franconie et empêcher le prince de Holstein de joindre l'armée de l'Empire, ou se porter sur l'Elbe.

Jusqu'au 10, M. de Contades reste dans l'incertitude des projets de l'ennemi. Pendant notre mouvement sur Annerod, toute communication était interrompue entre Munster et leBbin, et M. d'Armentières n'eut de nouvelles de M. de Gayon que le 6, lui annonçant la levée du siège de Munster, sa belle défense et sa fermeté contre le général Imhof. M. de Contades fait revenir à l'armée 1 E. de chacun des régiments de Colonel-Général, Mestre-de-Camp, Condé et Vogué, plus des hussards de Berchiny; il renvoie en France le fonds de ces régiments (1).

Il ne faut pas croire cependant que la question de la reprise de l'offensive préoccupât uniquement le ministère. On s'occupait aussi à celte époque de l'établissement de nos quartiers d'hiver. D'après le plan proposé par les maréchaux, il s'agissait de tenir nos principales forces sur le haut Rhin et de ne garder sur le Mayn qu'un corps peu élevé; mais le genre de guerre que l'on faisait en Allemagne tenait absolument aux intérêts de nos alliés^ à ceux des principaux électeurs et princes de l'Empire, et par conséquent était subordonné aux questions politiques. Aussi le duc de Choiseul décida le roi à mettre le gros de l'armée sur le Mayn : ainsi il fut arrêté que 70 B., 88 E., avec 3 régiments de troupes légères, indépendamment des troupes saxonnes et de io B. wurtembergeois repris à la solde de la France, hiverneraient sur le Mayn et le haut Rhin, et que 35 B., dont 12 de milices, et 34 E., avec la légion Royale et 1 régiment de troupes légères, garderaient le bas Rhin. C'est ce que démontre l'extrait du mémoire du 10 sep-

(1) Camp d'Annerod. M. de Monteynard au ininistro. (D. G., 3522, 1()8.)

tembre et le mémoire sur l'emplacement des quartiers de M. de Choiseul.

Le maréchal cVEstrées au maréchal de Belle-Isle (1).

Cl Camp d'Aiincrod, le 10 septembre 1759.

« J'ai l'honneur de vous envoyer, Monsieur le maréchal, le mémoire dans lequel j'expose ce que je pense de notre position et des suites de la campagne. Je vois avec le plus grand déplaisir que cette situation s'accorde peu avec les autres projets; mais je trahirais la vérité, si je parlais autrement. L'ennemi n'attaquera pas, mais successivement il dépostera l'armée du roi de tous les postes qu'elle pourra prendre. Je conviendrai aisément que l'honneur des armes du roi exigerait qu'on pût avoir une autre conduite; mais que deviendrait cet honneur, si son armée achevait de périr avant la fin de cette campagne? C'est ce qui arrivera, si elle n'est aidée de plus puissants secours pour la réparer et pour la nourrir. Je sais tout ce que vous avez à me répondre; mais plus ces réponses sont légitimes, plus la situation est fâcheuse. Je vous prie de croire que je n'intimide pas l'armée par mes propos ni par ma contenance, et que M. le maréchal de Contades est aussi déterminé à combattre que moi, lorsque ce sera possible sans témérité. J'en reviendrai toujours à dire la même chose : où sera le fruit d'une bataille gagnée? quels seront les malheurs d'une bataille perdue? Pour reprendre un peu le ton, on a fait un détachement assez considérable aux ordres de M. le duc d'Havre, qui a replié au delà de la Lahn toutes les troupes légères qui étaient à la rive gauche; il n'y a eu aucun événement, le corps de la droite n'ayant pas marché d'assez bonne heure... »

Mémoire du maréchal d'Estrées (10 septembre) (2).

« Tant que le prince Ferdinand est à la rive droite de la Lahn, il est bien difficile de lui donner une détermination fixe. Il peut également marcher par Dillemburg sur Cologne, ou tenter de passer la basse Lahn à Weilburg pour se porter sur Ussingen. On sentira

(1) D. G., mémoires de Vault. 1759, p. 228.

(2) D. G., Mémoires de Vault, 1759. p. 694.

aisément que cette marche rappellerait promptement l'armée du roi à Friedberg; mais si, au contraire, il passe la Lahn entre Giessen et Marburg, il ne peut avoir que trois objets : le premier, de se porter sur l'abbaye de Fulda; le second, de combattre l'armée du roi; le troisième, de la prévenir à Aschaffenburg. Il est impossible de s'opposer au premier de ces mouvements; on combattra dans la seconde supposition; on ne peut parer à la troisième qu'en marchant par la droite à mesure que l'ennemi s'allongera par sa gauche. Si donc le prince Ferdinand suit ce dernier projet, ou veut déposter l'armée du roi de Giessen, il marchera à Lich. De ce moment il est indispensable de marcher à Friedberg, pour éviter d'y être prévenu. Ce prince aura alors à choisir de remarcher sur Giessen, ou de continuer sa marche vers Hanau et Aschaffenburg. Ce sont des faits qui ne peuvent être révoqués en doute et qui existent dans la plus grande vérité, quelque chose que l'on puisse dire. Au contraire, si l'ennemi se porte successivement sur le Mayn, du côté d'Aschaffenburg, on sera forcé de repasser cette rivière et d'aller au-devant de lui. Ainsi on peut être certain que par des marches successives, plus ou moins promptes, l'armée du roi sera contrainte de se porter sur Aschaffenburg. Si on pouvait y prévenir le prince Ferdinand et détendre le Mayn, alors ce général se reporterait en Franconie par Gelnhausen, et saris qu'il fût possible de l'en empêcher ni de le combattre, excepté au passage du Mayn, où il faudrait l'attaquer...

« On ne peut parer à tous ces projets qu'en mettant M. d'Armentières en état d'agir avec quelque activité sur la Lippe; il est certain qu'il affaiblirait le prince Ferdinand et ramènerait à peu près l'égalité entre les deux armées. Il ne faut pas s'abuser : on croit de loin l'armée du prince Ferdinand plus faible que celle du roi, et de près on est sûr qu'elle est plus forte On a été obligé de renvoyer 12 B. sur le Rhin et sur le Mayn, il faudra en mettre 2 dans Giessen; ce qui, joint aux autres détails dont on a déjà rendu compte , fait que l'armée du roi n'est pas de plus de 50 à 55,000 hommes... »

Les dispositions des quartiers d'hiver et les instructions ministérielles établissaient la base de conduite des maréchaux pendant le reste de la campagne et pendant l'hiver : empêcher l'ennemi de passer la Lahn, occuper des positions qui le tiennent loin du Mayn

et conserver Giessen. Ces ordres ne laissaient qu'un faible effectif pour la conservation de Munster. Le point important était de l'évacuer dans un moment favorable et de profiter de l'occupation pour tirer des contributions de l'Ost-Frise. Ainsi, malgré le triste exposé de la situation de notre armée (lettre du 10 au roi), nous devions tenir nos principales forces sur le Mayn, non seulement parce que les efforts du prince Ferdinand n'étaient pas tournés sur le bas Rhin, mais aussi par suite de la situation du roi de Prusse, qui venait de perdre la Saxe, parce que Dresde était occupé par les Autrichiens et les Impériaux, enfin parce que l'Impératrice se proposait de concentrer des forces considérables en Saxe, en vue de la campagne d'hiver. Cependant le prince Ferdinand n'attendait plus que la prise du château de Marburg, qui capitula (1) dans la nuit du 10 au 11. A la suite de celte occupation, le prince de Hclstein quitta Frauenberg du 11 au 12, rejoignit l'armée à Nieder-Weimar, et M. de Freylag s'avança à Lollar, Daubringen, Mainzlar et AUendorf, d'où il fut repoussé par nos troupes légères, en laissant des prisonniers. Le prince Ferdinand renforçait sa droite, et comme M. de Broglie restait toujours éloigné pour assurer nos communications, M. de Bauffremont occupe Klein-Linden, la Lahn devant lui (2). En même temps, Giessen recevait des approvisionnements, et le camp d'Annerod se couvrait de redoutes et d'abalis.

Dans la nuit du 18, l'armée ennemie campe à hauteur de Staufenberg, et son corps avancé àWissraar pénètre dans Welzlar, d'oii il est chassé par M. de Broglie. Les troupes ennemies sur la Dille augmentèrent considérablement le 19; c'est alors que, le 20 (3), M. de Broglie, sur les hauteurs de Wetzlar, s'opposa à leur passage de la Lahn. Wetzlar restait imprenable tant que nous tenions notre position; mais le manque de fourrages pouvait forcer notre retraite sur Friedberg, peut-être sur Bergen.

Ces considérations firent transporter, le 22, notre camp à Klein- Linden (4), pour revenir au champ de bataille préparé à Annerod,

(1) Journal de la défense, p. 240. M. duPlessis, lieutenant- colonel de Piémont.

(3) 12 septembre, camp d'Annerod : brigades de Champagne, Belzunce, régiments de Caraman, Turpin, volontaires de Halle. (D. G., 3523, 45.)

(4) 20 septembre, camp d'Annerod. 'D. G., 3523, 71.)

par ia droite ou par la gauche, rejoindre M. de Broglie. Le même jour, M. de Luckner passe la Lahn, au-dessous de Braunfels, pour atteindre Weilburg et ensuite Ussingen. Ce dernier point était très rapproché de notre communication avec Francfort et surtout avec Friedberg; aussi M. de Ghabo fut-il dépêché à Butzbach le 23, et l'armée fit le lendemain son mouvement sur Rlein-Linden (1).

Le passage de la Lahn n'amena aucun résultat important. Luckner n'eut d'autres succès que celui de prendre quelques cavaliers à Ussingen, et de s'emparera Rodheim des équipages et éclopés des volontaires de Nassau; il se retira ensuite par Limburg, et MM. de Ghabo et Bellefonds protégèrent le convoi.

Comme il s'agissait d'assurer la communication avec nos derrières contre les entreprises des troupes légères ennemies, M. de Ghabo reste à Ussingen avec la légion Royale et les volontaires de Muret; et, pour servir de point d'appui à ces troupes, 3 B. et 4 E. sont laissés à Friedberg. D'un autre côté, cette communication se trouva également couverte par les postes de M. de Broglie à Brand- Oberndorff, Gross-Seelbach, Neukirchen sur la Solms. La troupe de Fischer remplace la légion Royale à Alt-Buseck, en avant de la droite (^).

Les deux armées restaient en présence, séparées par la Lahn, chacune attendant un moment favorable pour combattre.

A l'égard de Munster, les nouvelles instructions exprimaient plus encore que par le passé le désir de conserver cette ville. M. d'Armentières, malgré cette incertitude, avait approvisionné la place, afin de s'y maintenir l'hiver, profitant, depuis sa retraite à Wesel, de courses dans le comté de la Marck pour en tirer des subsistances

(1) 21 septembre. (D. G., 3523, 79.)

(2) État de Vannée et de ses positions, le 25 septembre. — Il y avait la gauche à Klein-Liiulen , la droite à Aimerod, Fischer à Allbruck, volontaires de Hainaut à Vieseck, volontaires de Flandre et étrangers à Gross-Buseck, ceux de Dauphinéà Oppenrod, 70 B., 72 E.; M. de Broglie à Muncholzhausen, 17 B., 41 E.; les volontaires de Halié, les 6 E. de Turpin et 4 de Nassau; M. de Porail, brigadier, à Friedberg, 2 B., i E.; M. de Chabo à Ussingen avec la légion Royale; bataillons de garnison, 20 B.; au bas Rhin, M. d'Armentières etles volontaires de Clermont, 18 B., 16 E. Total : 127 B., 133 E.

Le total de l'infanterie est de 127, au lieu de 128, par le renvoi en France d'un des 2 B. de Bouillon ; le total de la cavalerie est de 133 , au lieu de 121, par suite des 12 E. arrivés au bas Rhin.(lVI. de Monteynard). (D. G., 3523 , 124.)

et de l'argent; il cherchait à refouler M. d'ImhofversLippstadt. Avec la cavalerie arrivée de France à Dusseldorf et ce qu'il tira de Cologne, il marche, le 21, de Wesel à Dorsten, avec des détachements sur Haltern et Unna. C'est à Dorsten qu'il reçut de M. de Belle- Isle sa lettre du 15, lui donnant ordre d'évacuer Munster et le laissant maître de son expédition dans l'Ost-Frise.

Le ^2, son corps arrive de Dorsten à Recklinghausen, le 23 à Lunen (1), enlevant des otages à Hamm, Soest et Unna, mais sans réussir à s'emparer des principaux membres des régences, réfugiés à Lippstadt. Les dispositions du général Imhof , recevant des renforts considérables, l'engagèrent à ne pas trop s'éloigner du Rhin, et, le 24, l'ennemi occupanlLudinghausen, après avoir quitté Telgte, et s'avançant sur Ahlen par Dreiteinfurt, M. d'Armentières pensa ne pas devoir s'éloigner davantage de Cologne. Il lui devenait donc impossible de s'approcher de Munster, approvisionné jusqu'au 15 décembre, car il avait résolu de ne se commettre que dans un cas avantageux. Le 30 seulement, il put faire entrer dans cette place des approvisionnements; le o octobre, il rentrait à Dorsten.

Depuis le 22 septembre, les maréchaux étant restés sur la défensive, et le prince Ferdinand ne pouvant nous attaquer dansune position si avantageuse, il devenait urgent de conserver Giessen, d'une grande influence pour l'emplacement de nos quartiers sur le Mayn. Les subsistances n'étant assurées que jusqu'au 15, c'était l'époque oîi l'on pouvait prévoir qu'il serait urgent de se séparer de cette ville ; en acceptant d'avance sa démolition, on y travailla sur-lechamp. Ce parti fut approuvé dans le conseil tenu à Versailles le 17, en présence de M. de Broglie, appelé pour recevoir ses instructions relatives au commandement de l'armée pendant l'hiver.

Le prince Ferdinand, tout en paraissant rester immobile, détachait 6 régiments d'infanterie et 2 de cavalerie sur la Westphalie. Cet envoi de renforts, à la date du 10, fit occuper Roxel, position qui permettait au général imhof d'ouvrir ses communications autour de Munster par la rivière d'Aa et d'occuper Albachten et Appelhusen. C'est alors que M. d'Armentières reçut de l'armée du Mayn 2 brigades d'infanterie, 2 de cavalerie et le corps de Fischer;

(1) Camp de Klein-Linden, 23 septembre. M. Lamy de Chûlelaii ministre. (D. G. 3523, 103.)

on y joignait 6 B. Une fois assuré de leur embarquement sur le Rhin, il se mit à même de secourir Munster dès leur arrivée (1).

M. d'Armenlières était bien décidé à tout entreprendre pour forcer M. d'imhof à se retirer, même à le combattre avec l'infériorité de ses forces. La conservation ou l'abandon de Munster laissait toujours quelque incertitude, et il ne savait s'il fallait seulement ravitailler Munster, approvisionné jusqu'à la fin de janvier, y laisser la garnison telle qu'elle était, l'augmenter, ou, enfin, s'il devait profiter d'un événement heureux pour l'évacuer. Les ordres que jusque-là il avait reçus à ce sujet n'étaient point positifs et laissaient voir de la part du roi une tendance à évacuer la place plutôt qu'à la garder. Cependant M. d'Armentières, de concert avec M. de Voyer, avait depuis longtemps cherché à faire ressortir tous les avantages que l'on en retirerait pendant l'hiver et tous les inconvénients qui résulteraient d'une évacuation; mais la raison politique devait l'emporter ; Munster allait être délaissé.

M. d'Armentières au maréchal de Belle- Isle.

" Wolen, le 2 octobre 1759.

« Le 30 au soir... je vous rendais compte que jusqu'alors je n'avais pas de nouvelles bien certaines des ennemis. A 11 heures, il m'en arriva et j'appris qu'ils étaient campés en trois corps : l'un, ayant sa gauche au canal, pouvait me faire craindre qu'ils ne cherchassent à empêcher l'entrée du convoi. En conséquence, je donnai ordre à M. d'Auvet d'en faire la tête avec ses troupes; je l'avais renforcé dès la veille d'un détachement aux ordres de M. des Gars.

(( M. de Testu (2) ouvrit, pendant la nuit, une marche pour cou-

(1) État des troupes envoyées dans le bas Rhin par ordre du 19 : brigades Walilner et Planta, canonniers d'Invillicrs, service de 200 voitures, régiments d'Orléans et de Damas, corps de Fischer, le 20, à Ober-Weisel; 21, à Kamberg; 22, à Katzenelbogen; 23, séjour; 24, à Braubach et Ober-Lahnslein ; 25, à Wcissenlhurn. (D. G., 352'i, 206.)

(2) Teslu (François), comte de Ballincourt, né en 1687, mort en 1766; frère du maréchal (voir tome II, page .518), qui n'eut pas de postérité; entre au service en 1682 ; en Espagne jusqu'en 1714; mestrc de camp, 1722 ; lieutenant général, 1748 ; fait toutes les campagnes d'Allemagne et de Flandre.

Son fils, Charles-Louis, né le 30 mars 1729; inous(|uetaire, 23 février 1744 ; capi- T. IV. 30

vi'ir le flanc droit du convoi , et dans cet ordre nous marchâmes. La crainte que j'eus que quelques coups de fusil, pendant la nuit, ne causassent une désertion totale dans les paysans, me détermina à arranger ma marche de manière qu'il n'arrivât au point oii il pouvait être attaqué qu'au jour. La marche du convoi s'est faite fort tranquillement. Sur les 8 heures, je commençai à entendre des coups de fusil sur ma droite dans la direction des volontaires de Clermont, qui couvraient mon flanc droit. M. de Commeyras me fit dire en môme temps qu'il était attaqué. Il perdit cependant fort peu de terrain... Je le fis renforcer par des dragons... Je fls ensuite ma marche fort tranquillement sur Roxen , et l'on m'envoya un officier pour me rendre compte que le convoi entrait dans la place, mais que les ennemis étaient en bataille à la tète de leur camp, qu'ils paraissaient même s'y fortifier. L'incertitude des mouvements ultérieurs qu'ils pouvaient faire et la confiance que j'avais dans la reconnaissance que ferait M. de Voyer me déterminèrent à le prier de donner un temps au galop jusqu'à Munster, où il fut accompagné par M. de Valogny. Je priai en même temps M. de Voyer de voir s'il ne serait pas possible d'entreprendre sur eux, trouvant que je n'en faisais pas encore assez, quoique j'eusse rempli ma mission. »

m. de Gayon au maréchal de Belle-hle (1).

■ Munster, le 1" octobre 1750.

« Le 5 de ce mois, je suis sorti avec M. de Boisclaireau et un gros détachement d'infanterie avec 3 pièces de canon, et me suis porté en avant sur le chemin de Roxel, jusqu'au ruisseau derrière lequel les ennemis avaient un petit camp de cavalerie et d'infanterie. J'ai fait canonner le camp pendant une heure et demie, et après nous sommes rentrés.

« Hier, 16, M. de Boisclaireau ayant reconnu depuis quelques

laiae dans Beriy, 1748; colonel des grenadiers de France, 5 septembre 1749; mestre de camp de Ballincourt (cavalerie), 1759 ; blessé à Minden; brigadier, 23 juillet 1762 ; maréchal de camp, 4 janvier 1770; mort en 1794.

Cette famille, qui remonte à Henri IV, par qui Philippe Testu fut fait chevalier à Ivry, n'a pas cessé jusqu'à ce jour d'avoir des enfants dans l'armée.

jours la position d'un camp des ennemis, sa force, ses postes, les débouchés pour se porter sur lui , je lui confiai un détachement pour se porter avant le point du jour au débouché de la bruyère. Ce camp était composé de 2 B. et de 2 E. M. de Boisclaireau est arrivé sur le camp, par les sages dispositions qu'il avait prises, sans être aperçu; il est tombé avec la moitié de son infanterie sur le B. de la gauche, pendant que M. de Cavanac tombait sur la cavalerie. On s'est emparé des armes aux faisceaux et des chevaux au piquet; tout a été pris, tué ou mis en fuite. M. de Boisclaireau a ramené des prisonniers; on a mis le feu au camp, et la retraite s'est faite en très bon ordre. »

Le maréchal d'Estrées au maréchal de Belle-Isle.

« Camp de Klein-Liiiden, 2."; octobre.

« Notre cavalerie est furieusement fatiguée et toutes les troupes à cheval, excepté la légion, sont, pour ainsi dire, nulles. Les volontaires de Hainault, Liégeois, de Flandre et Dauphiné, ne sont pas 800 chevaux. » (D. G., 3524, 262.)

Pour être prêt à l'exécution de son projet de marche au moment où toutes les troupes qu'il attendait seraient arrivées aux points indiqués, M. d'Armentières s'avance, le 25, à Bockum (1), oij il avait plus de facilités qu'à Dorsten pour vivre du pays de la Marck et faire rentrer une partie des contributions imposées; mais 3 régiments d'infanterie et 2 régiments de dragons ennemis venaient d'arriver à Arnsberg et marchaient vers Munster. II lui était impossible de les prévenir, car il voyait maintenant au général Imhof une supériorité trop décidée pour risquer une action et dégager la garnison de Munster. Cette situation l'engagea à deman-

(1) Position de M. d'Armentières, le 26 octobre : MM. de Commeiras. volontaires de Clermont, à Dorsten et Marie ; le chevalier de Meaupou, détachements de Touraine, dragons de Thlanges, à Bork ; de la Chassagne , 3 E. de Bauffremont , à Kastrop; détachements d'infanterie et dragons, à Essen; 1 E. de Bauffremont, à Dortmund.

Camp deBockum : la Couronne, 2; Provence, 2; Jenner, 2; Reding, 1; Lockinan, 1 (8 B.); Royal, 2; Seisselles, 2; Fleury, 2; des Cars, 2 (8 E.) ; M. d'Argence, avec des dragons et de l'infanterie, entre Unna et la Ruhr. (D. G., 3525, 12.)

der de nouveaux ordres, en exposant que, s'il était réduit au seul objet de retirer la garnison sans se commettre à une action, le succès de cette opération ne pouvait dépendre que de l'accord des mouvements de cette garnison avec les siens, ce qui devenait fort équivoque (1), les troupes attendues ne le rejoignant que le 6 novembre. Il attendit à Bockum, s'occupant pendant celte inaction à l'enlèvement des fourrages, à recouvrer des contributions et à porter des détachements sur Unna, Dortmund et Schwert.

Pendant que M. d'Armentières manœuvrait ainsi, les maréchaux, fatigués de leur fausse situation, attendaient avec impatience M. de Broglie, qui arriva le l"'' novembre à Francfort, et le 2 à Klein-Linden. MM. de Gontades et d'Estrées recevaient en même temps l'ordre de quitter l'Allemagne, ainsi que tous les officiers généraux plus anciens que M. de Broglie. MM. de Monteynard, Fumel et Cornillon sont remplacés par MM. le comte de Broglie, Beizunce et Lamelh. Le premier soin du nouveau général fut de s'occuper des fourrages dans un travail qu'il fit avec M. Gayot. Comme la cavalerie (2) avait déjà beaucoup souffert, et que la saison déjà avancée la détruirait entièrement, si elle restait chargée des transports, il l'avance à Butzbach, et porte à Gemunden (3) le corps du duc de Wurtemberg, en attendant des ordres positifs à l'égard de Giessen.

Cette question avait déjà été traitée si amplement, pendant le séjour du duc de Broglie à Versailles, que le maréchal de Belle-lsle, par une lettre du 10 novembre, se contenta de lui observer que, comme il connaissait l'importance de la conservation de celte place et les inconvénients de la laisser entre les mains des ennemis, le roi s'en rapportait entièrement au parti qu'il prendrait; mais que, dans le cas oîi il serait obligé de s'éloigner de Giessen plus tôt que

(1) Voir la dépêche (le M. d'Armentières au maréchal de Belle-lsle, du 30 octobre.

(2) Le duc de Broglie au ministre.

« Klcin-Lindeii, 5 novembre.

" La cavalerie est dans un état pitoyable, et le froid, assez vif depuis quelques jours, fait beaucoup de mal aux chevaux. Le manque de fourrage m'inquiète; les hommes souffrent moins, ayant du bois et bien baraqués. » (D. G., 3525, 36.)

(3) M. de Broglie au duc de Wurtemberg. Klein-Linden, 3 novembre. (D. G., 3526, 3 bis.)

le prince Ferdinand, il ne devait point hésiter à évacuer entièrement la place et à détruire ses fortifications.

Leduc de Wurtemberg arriva à Gemunden le 11. La rigueur de la saison l'obligea à faire cantonner ses troupes; cependant ses hussards s'avancèrent sur la Rintzig et le corps devait se rendre à Fulda le 19 ou le 20. Ce mouvement avait pour objet d'attirer l'attention de l'ennemi, et M. de Broglie l'appuya et établit une communication assurée ; c'est ainsi qu'il envoya M. de Nordman, brigadier, avec 500 hussards, surHirschfeld, et les volontaires de Nassau dans la vallée delà Kintzig (1); il porta en même temps de Hanau à Aschafl'enburg 0 B. saxons, avec ordre de s'avancer jusqu'à Gemunden pour assurer la retraite du duc de Wurtemberg, si elle devenait nécessaire.

M. d'Armentières avait instruit le duc de Broglie de sa situation, autant pour l'engager à contenir le prince Ferdinanil que pour lui faire part de ce qu'il pensait sur l'abandon ou la conservation de Munster. M. de Broglie était tout aussi persuadé que lui des avantages de la possession de celle place pendant l'hiver, et M. de Beile- Isle, en recommandant de ne pas l'évacuer trop tôt, espérait qu'un événement heureux donnerait les moyens de la garder. C'est dans cet ordre d'idées que le roi, moins inquiet que M. d'Armentières des nouveaux renforts qui arrivaient au général Imhof, pensait que c'était peut-êlie un moyen favorable pour y parvenir. Le prince Ferdinand s'affaiblissait journellement, et M. de Broglie, devenant, au contraire, plus fort par la jonction des troupes du Wurtemberg, pouvait, sans crainte de trop s'affaiblir, envoyer de nouvelles troupes à M. d'Armentières pour le mettre en état de combattre avec avantage et de délivrer la Westphalie, ou au moins de prolonger le séjour de nos troupes dans Munster jusqu'à ce que les ennemis se fussent déterminés à prendre leurs quartiers dans des pays plus recultîs.

Le maréchal de Belle-Isle, en faisant part de ces considérations au commandant de l'armée du bas Rhin, les adressait en même temps au duc de Broglie, qui avait à concourir au succès de ce nouveau projet; mais ce général était loin de songer à se sé-

(1) Voir l'extrait de la lettre du due de Broglie en date du 3 novembre, et celle du 9.

parer du moindre de ses bataillons et répondait, le 9, au ministre : « Je ne vois pas qu'il me soit possible dans ce moment de songer à me dégarnir devant le prince Ferdinand. Il m'a paru qu'on était persuadé à Versailles, pendant le séjour que j'y ai fait, que la conservation de Giessen était encore préférable à celle de Munster, et qu'il ne serait pas raisonnable de s'affaiblir ici, par l'envoi d'un corps de troupes sur le bas Rbin, sans être assuré que ce prince y en eût fait passer un qui le mît hors d'état de pouvoir entreprendre dans cette partie. Cela m'a toujours semblé d'autant plus convenable que, par le grand détour que les troupes qui partent d'ici, pour se rendre sur le bas Rhin, sont obligées de faire, et la position centrale oii se trouve M. le prince Ferdinand, il pourrait se faire qu'il attaquât et battît l'armée ainsi diminuée, et qu'il eût encore le temps ensuite défaire joindre M. le général Imhof par un gros détachement de ses troupes avant que les nôtres n'eussent joint M. d'Armentières. Ce malheur, s'il arrivait, entraînerait nécessairement la perte de Giessen et rendrait nos quartiers entre la Lahn et le Mayn impossibles , et, peut-être, ceux derrière cette dernière rivière bien difficiles à prendre. Vous devez être persuadé, Monsieur le maréchal, que je ne négligerai rien pour être instruit des mouvements des ennemis; que, dès que je verrai jour à pouvoir envoyer sur le bas Rhin les troupes qui y sont destinées, je ne perdrai pas un moment à les faire partir, et que j'accélérerai leur marche le plus qu'il sera possible en les faisant embarquer à Coblentz. ))

Il se contenta d'allonger des bataillons jusqu'à Kamberg, et ordonna de tenir prêts, à Coblentz et à Rhinfeis, les bateaux nécessaires à l'embarquement des troupes, si les circonstances leur nécessitaient de descendre le Rhin.

M. d'Armentières quittait Bockum le 5, sur l'avis que la grosse artillerie était partie de Lippsladt. Apprenant toute l'importance de Munster, il marchait à Dorsten le 8, plus à portée d'attaquer l'ennemi dans ses projets de siège et de ravitailler la place. Cet état de choses rengage à prolonger son séjour à Dorsten, attendant que les circonstances ou les ordres de Versailles le déterminassent à un mouvement; et comme la saison devenait de plus en plus rigoureuse, il baraque son infanterie et cantonne sa cavalerie dans les environs du camp.

Dans la nuit du 9 au dO, l'ennemi ouvre la tranchée devant Munster, entre la maison des Jésuites et la porte Sainte-Égide. Le 12, cette redoute est attaquée sans succès. Ces différentes nouvelles décident la marche de M. d'Armentières le 14. Il campe, le 16, à Haltern; le 17, à Seppenradt. Les grenadiers dirigés sur Ludinghausen apprirent que le rassemblement d'Appelhusen s'était replié sur Roxel et Albachten.

Le 18, il s'avance sur Senden, et Fischer enleva, le 19, le village et le château d'Albachten, que l'ennemi ne put reprendre malgré ses tentatives. Bien résolu à ne pas quitter le camp de Senden, il se proposait de s'avancer sur Munster, de s'établir derrière l'Aa dans les bruyères de Roxel, prescrivant à M. de Gayon d'évacuer dans la nuit du 19 au 20, et ainsi terminer la campagne par cette entreprise hardie, lorsque, le duc de BrogUe réclamant des renforts, on lui annonça qu'il ne devait plus conserver aucune espérance de sauver Munster, mais chercher seulement une occasion d'en retirer la garnison. En présence de la force et de la position des ennemis, M. d'Armentières, perdant tout espoir de délivrer la garnison, se replie, le 20, de Senden à Seppenradt et se rend le lendemain à Dorsten, d'où il se proposait d'entrer dans ses quartiers d'hiver. Mais la garnison s'étant rendue le 21, après avoir obtenu les honneurs de la guerre, voyant qu'il n'aurait plus aucune influence sur l'ennemi, considérant la difficulté de subsister à Dorsten et le danger d'être obhgé de replier le pont de Wesel par les glaces, il fait passer le Rhin, le 24, à la plus grande partie de son corps. M. de Maupeou marche à Cologne ; M. d'Auvet reste à la rive droite du fleuve, à Mettman, pour couvrir le duché de Bergh et être en état de se porter en avant, si les circonstances l'exigeaient (1).

Le marquis d'Armentières au maréchal de Belle-lsle.

« Seppenradt, le 20 novembre l"o9.

« Je me portai avant-hier d'ici à Senden; je poussai, le même jour, Fischersur le chemin d'Albachten. Cette direction était la plus praticable, d'ailleurs plus militaire, parce que, en débouchant par Senden, je me portais directement sur la gauche de M. Imhof, retiré

à mon approche, le 17, d'Appelhussen à Schappdetlen et, le 18, à Roxen.J'y trouvais aussi l'avantage que, dans tous les cas, j'assurais ma retraite par le seul débouché que les ennemis n'avaient pas rendu inabordable.

(( Hier, 19, je détachais M. de Maupeou en avant de Senden, sur ma gauche, dans l'objet de soutenir le corps de Fischer, chasser les ennemis d'Albachten et y prendre poste, ce qu'il a très bien exécuté. Le château et le village ont été emportés. La perte des ennemis a été considérable. Nos troupes établies dans le village d'Albachten, les ennemis se sont présentés en force pour le reprendre; mais notre canon les a toujours arrêtés. Une heure après la tombée de la nuit, ils ont recommencé à canonner le village, et ils ont fait jusqu'à 10 heures plusieurs attaques et tentatives toujours inutiles. Cette opiniâtreté de leur part m'avait donné quelque espérance qu'ils songeaient à repasser la Werse et que, tandis qu'ils me présentaient cette tête, ils faisaient filer par Ladbergen leur artillerie et leurs bagages.

« Pour être averti de leurs manœuvres dans cette partie et pour éclairer ma droite, je détachai aussi, le 19 au matin, M. Dauvet.

« Ce qu'il y a de bien constaté, c'est que, dans tous les cas, au moyen de la communication qu'ils ont établie autour de Munster, j'aurais été forcé de décrire un cercle plus grand que le leur; en outre, ils auraient toujours été les maîtres de me masquer leurs mouvements et se seraient présentés en force sur tous les points que j'aurais pu ou voulu attaquer. Les seuls faits que je puisse vous assurer, Monseigneur, avec une sorte de probabilité, c'est qu'à mon arrivée les ennemis ont suspendu le siège de Munster, qu'ils ont renvoyé partie de leur artillerie derrière la Werse. Quoique je n'aie pas trouvé les ennemis divisés, comme je pouvais l'espérer, et qu'en conséquence je pusse regarder comme un allégement pour la garnison de les avoir forcés à se rassembler, je vous avouerais cependant que j'ai été au moment de prendre mon parti et de me porter sur Roxel par une marche de nuit, avec le projet de percer, à la pointe du jour, tout ce qui seseraitprésentédevant moi. J'en étais d'autant plus tenté que les troupes montraient beaucoup de bonne volonté; mais l'assujettissement oti j'étais de conserver mon seul débouché de Senden m'a arrêté ; des combinaisons justes et démontrées m'ont fait craindre que, de Roxel voulant me retirer par Notluln ou par

Dulmen, je ne fusse arrêté tout court dans mes mouvements. Les obstacles multipliés qui m'ont empêché de marcher à eux par ces deux points auraient trop retardé ma marche, si j'avais été obligé de m'en servir pour ma retraite; j'étais d'ailleurs nécessairement forcé de renoncer à l'idée de ravitailler Munster : j'étais Irop loin de la supériorité qui m'eût été nécessaire pour exécuter le projet de M. de Voyerà cet égard, et lui-même, malgré le désir qu'il en a, convient de l'impossibilité d'y parvenir, vu les circonstances. Toutes ces réflexions m'ont fait sentir de plus en plus la nécessité de ne point abandonner la position de Senden, et je n'ai pas cru devoir hasarder un combat, toujours douteux, dont le succès ne m'aurait mené qu'à retirer la garnison.

« Il est bon de vous faire observer encore que j'ai eu nouvelle, le 17, et confirmation de deux côtés, le 18, que des troupes parties de l'armée du prince Ferdinand étaient en marche pour ce pays-ci; que M. le prince héréditaire les commandait et que la tête était hier, 19, en avant de Hamm. Je n'ai rien négligé pour faire passer à M. de Gayon des officiers pour lui indiquer les points que j'occupais, afin qu'il tentât de venir me joindre avec sa garnison. J'ai enfin pris le parti de me retirer par mon unique chemin sur Dorsten, et me suis mis en marche aujourd'hui à midi, après avoir eu confirmation que les ennemis tenaient dans leur position et qu'ils en retranchaient les avenues et les débouchés, et qu'enfin j'avais opéré ce que vous désiriez ardemment de moi, qui était de faciliter, par une grande diversion, à l'armée de M. le duc de Broglie les moyens de prendre ses quartiers.

(1 Vous voyez. Monseigneur, que j'ai rempli autant qu'il était en moi toutes vos intentions, puisque enfin je n'ai pris le parti de la retraite qu'après avoir reçu de M. de Gayon le billet ci-joint ; que je dois par mes manœuvres d'avoir retardé la prise de Munster de plusieurs jours; que j'ai obligé les ennemis à suspendre leur siège pour m'opposer toutes leurs forces; et qu'enfin j'ai réussi à la seule attaque que j'ai tentée, qui est celle du village d'Albachten, que nous avons tenu tant que nous avons voulu. Vous n'ignorez pas que je n'ai marché que par vos ordres, sans me flatter d'un grand succès, et après avoir prévu, dit et annoncé toutes les difficultés, lesquelles cependant ne m'auraient certainement pas arrêté,

si vous m'aviez ordonné de tout hasarder aussi positivement que vous m'avez prescrit le contraire.

« Le 17, on a proposé à M. de Gayon tous les honneurs de la guerre, qu'il a refusés. »

Copie du billet de M. de Gayon.

« Mon général, au cas que vous ayez reçu mon petit billet d'aujourd'hui à 1 heure après midi, je vous prie de n'y pas faire attention : nous comptions sur une ressource qui nous a manqué- L'ennemi est en force depuis Roxel jusqu'à la Werse; malheureusement je n'ai reçu votre billet qu'à 5 heures du matin. J'ai entendu dans la journée votre canon tirer du côté de Roxel, et même de la fusillade. J'espère fort avoir de vos nouvelles ce soir. J'aurais bien désiré pouvoir donner la main à Roxel, mais M. de Boisclaireau, qui n'est pas timide, juge la chose impossible ; aussi notre espérance est en vous. Les batteries des ennemis tirent toujours des bombes, mais peu de canon depuis la nuit. Vous savez notre situation, le temps ne la bonifie pas; l'ennemi, jusqu'à présent, chaque jour, a augmenté son feu. Si je n'ai pas de vos nouvelles, je me conduirai suivant les circonstances.

« De Gayon. »

Le prince Ferdinand, resté sur la défensive, avait, par les renforts du général Imhof, rendu son armée à peu près égale à la nôtre. Le 15, M. de Broglie cantonne sa cavalerie dans les environs du camp, en détache sur France, ainsi que la moitié du corps saxon de Hanau sur Wurtzburg.

L'ennemi profitait de la prise de Munster : le 27, le général Imhof s'approcha de la Lippe sur Wipperfurthle. Le même jour, M. de Broglie fut informé du mouvement du prince de Holstein- Gottorp vers Fulda. Le duc de Wurtemberg s'y trouvait le 21, son infanterie placée le long de la Fulda jusqu'à Hersfeld, ses hussards àRothenburg, des détachements à Schlitz; M. de Nordman était à Lauterbach, et M. de Wurmser à Herbstein et Grainfeld.

Le 29, M. de Nordman (I), entouré, se retire à Schlitz, et 1 ré-

(1) Voir la relation de Nordman. (D. G., 35;>5, 187.)

giment tout entier de cuirassiers y est très maltraité. Le prince de Wurtemberg, attaqué, le 30, parle prince héréditaire, vit tous ses grenadiers tués, et 1 B. d'infanterie resta prisonnier; il fut obligé de se retirer en toute hâte sur Bruckenau. Le général Wolf, à Hersfeld, ne le rejoignit qu'avec beaucoup de peine par Tann et Milzeburg. (D. G., 3525, 303.)

Le prince héréditaire ne poursuivit pas son succès : il se replie le 2 décembre, et, le 1", le prince de Holstein, soit pour favoriser cette retraite, soit pour inquiéter M. de Broglie, arrive à Grunberg. Le 5, l'armée quitte son camp de Klein-Linden pour Bulzbach(l). La marche ne fut pomt inquiétée, quelques troupes légères seulement parurent en avant des cantonnements de Nieder-Cleen et d'HoIzheim, occupés par MM. de Grandmaison et de Schomberg. M. de Vioménil, à Laubach, fut obligé de se retirer à Munzenberg.

Le 6, l'armée prend ses cantonnements dans les environs de Friedherg, Butzbach restant occupé par M. de Saint-Germain, et M. de Vogué arrive à Limburgle 15 (2). L'ennemi passa la Lahn avec presque toute son armée; il semblait devoir couvrir le siège de Giessen, ayant le choix d'une belle position, qui le rendait d'autant plus en sûreté par l'affaiblisse ment de notre armée, tandis que le prince Ferdinand était augmenté du corps du prince héréditaire et de celui d'Imhof; M. de Broglie songeait à se replier sur Friedherg. C'est alors que M. d'Armentières l'entretenait d'une diversion qui forçât l'ennemi à entrer dans ses quartiers d'hiver, en l'inquiétant sur son flanc gauche par Crainfeld et Herbstein.

Effectivement quelques régiments se mirent en marche le 12; mais le mouvement fut arrêté le lendemain par les glaces, Fischer seul s'avança à Hotlingen. Le maréchal de Belle-Isle s'attachait par les plus grands efforts à relever le triste état de notre armée : pour suppléer aux fonds qui lui manquaient et assurer les différentes parties du service, il emprunta à la ville de Marseille, en son propre nom, une somme considérable. Jamais les finances n'avaient été dans un état aussi critique; jamais peut-être une armée ne s'était trouvée dans une situation plus dangereuse, et les

(1) M. de Plinctiamp. Klein-Linden, 4 décembre. (D. G., 3526, 34.)

(2) Duc de Broglie au duc de Wurtemberg, 6 décembre. (D. G.. 3526, 71.)

représentations que le ministre de la guerre faisait journellement au conseil sur la pauvreté du trésor de la guerre n'avaient aucun succès qui pût faire espérer un prochain changement : sa situation et celle du général de l'armée étaient donc également embarrassantes et malheureuses. La seule lueur d'espoir qui restât à M. deBroglie était la diversion par Hachenburg, et il pressa M. d'Armenlières de ne rien négliger pour l'entreprendre. Les difficultés étaient toujours grandes; mais heureusement, le 21, le dégel les fît cesser, et, le 23 (1), les troupes se mettaient en route.

M. d'Armentières apprit en ce moment que le général Imhof, qui occupait Soëst depuis quelque temps, se préparait à entrer dans 'le duché de Bergh, et, en annonçant son mouvement du 26 à M. de Broglie, il lui observa que, si l'ennemi exécutait le sien, sa position à Siegburg et à Hachenburg ne serait pas de longue durée, parce que Imhof, se portant à Wipperfurth, pouvait le séparer du Rhin. Cependant, pour ne pas perdre tout le fruit de sa marche sur Siegburg, en cas qu'il fût obligé de replier promptement ses troupes sur Cologne, il prit des mesures pour pousser sur Hachenburg un fort détachement. Ce furent les dernières dispositions qu'il ordonna, ayant obtenu depuis quelque temps la permission de revenir à Versailles. Nommé maréchal de France, le 16 décembre, le chevalier du Muy, qui devait le remplacer dans son commandement, était arrivé, le 15, au quartier général du corps du bas Rhin.

M. de Belle-Isie, pour éviter à M. d'Arm'entières le désagrément que lui occasionnerait celte promotion, étant l'ancien du nouveau maréchal, lui demanda de quitter l'armée ; ce qu'il fît le 27, malgré son désir d'achever la diversion qu'il venait de commencer.

Sur l'avis du mouvement du corps du bas Rhin, M. de Broglie se prépara à faire marcher non seulement le duc de Wurtemberg et M. de Vogué, mais encore toutes les troupes qui pouvaient contribuer au succès de son projet. Pour mieux connaître les circonstances d'après lesquelles le maréchal de Broglie se trouvait dans le cas d'opérer, il faut se rappeler que le prince Ferdinand n'avait point passé la Lahn. Son infanterie se trouvait toujours baraquée

(1) M. d'Arnienticres à M. de Broglie. Dusseldoil, le 22 décembre. (D. G., 3520,259.)

sur les hauteurs de Gleiberg; sa cavalerie cantonnait sur la Dille ; une partie de ses troupes légères en avant de Giessen occupaient les villages de Nieder-Gleen et environs, soutenues par de Tinfanterie placée sur les bords de la Lahn; d'autres troupes légères étaient à Lich et Laubach. Le prince de Holstein occupait Annerod; un détachement du général Imhof, conduit par M. de Buckeburg, venait de joindre le prince Ferdinand, et le prince héréditaire avec son corps s'était porté sur Rothenburg, sans doute pour se rendre en Saxe et seconder les opérations du roi de Prusse, qui serrait de près la ville de Dresde et l'armée autrichienne, ou pour s'opposer à l'armée de l'Empire, qui entrait en Franconie.

Le duc de Wurtemberg, posté avec 7 B. k Steinberg, y était arrivé le 19; ses dragons occupaient Neuhof, et ses hussards Freiensen. M. deWurmser étaitàHerbstein. Le 23, il fit avancer son infanterie à Freiensen, et ses hussards poussèrent jusqu'à Schotten, d'où ils lancèrentdes patrouilles à Laubach; ils firent quelques prisonniers, et l'ennemi abandonna Ulrichstein. Le 25, il marche à Schotten, et Wurmser gagne Laubach ; les dragons de Wurtemberg se placèrent entre Laubach et Ulrichstein; le reste de son infanterie le joignit le 27, et à cette date M. de Broglie passa la nuit à Giessen, découvrant les montagnes de Gleiberg et de Wetzberg couronnées des feux de bivouac de l'ennemi, qui le lendemain se retira dans ses cantonnements.

Le mouvement des troupes du bas Rhin se dessinait : la communication de Dusseldorf était assurée, Wipperfurth occupé; les deux colonnes qui devaient se rendre à Siegburg se mirent en marche. La première se porte, le 24, des environs de Dusseldorf à Opiaden ; le 25, à Eil ; le 26, à Siegburg ; le 27, elle passe la Sieg; le 28, elle est à Uckerath; le 29, à Altenkirchen, et le 30, à Hachenburg, pour rejoindre M. de Vogué (I) à Mangerskirchen. M. du Muy, à la tête de la seconde colonne, arriva à Siegburg le 28, ayant laissé M. de Groslier à Glèves et M. de Gastellas à Wesel. Les subsistances du bas Rhin ne donnaient aucune crainte , les reconnaissances à la droite de la Dille s'en étaient emparées d'une assez grande quantité pour former un magasin à Limburg, et un détachement

(1) M. de Broglie à M. d'Arnionlières. Friedberg, le 25 déconibrc. (D. G., 352f), 286.)

de Nordman, envoyé du côté d'Herborn, surprenait quelques dragons anglais yi).

On s'aperçut bientôt de l'effet que produisirent sur les ennemis les mouvements combinés de M. de Broglie pour embrasser leur position depuis le Wogeisberg jusqu'au Westerwald. Le prince de Holstein, à l'approcbe de MM. de Closen et de Yiomesnil à Lich, s'étaitrassemblé près d'Annerod; il se replia ensuite sur Staufenberg et Mainzlar, en couvrant ses postes avancés par le ruisseau d'Alt- Buseck. M. de Yiomesnil se porta alors, le 25, du côté de Giessen , et, après avoir enlevé quelques patrouilles, rentra dans la place; l'ennemi avait repassé la Lahn. Ce mouvement rétrograde fit espérer que l'ennemi ne tarderait pas à prendre le parti de la retraite, et M. de Broglie fît ses dispositions pour suivre ses arrière-gardes et ne pas lui donner le temps de prendre de nouvelles positions, afin de le déterminer à prendre ses quartiers d'hiver et pouvoir bientôt y entrer à son tour.

La résistance d'Herborn laissait sentir toute l'importance que l'ennemi attachait à la conservation de la Diile, et qu'il n'abandonnait Dillenburg que contraint et forcé. C'est alors que, le 3, MM. de Voyer et de Vogué cherchèrent à s'emparer de cette ville. Le succès de cette entreprise remplissait les vues de M. de Broglie : resserrer l'ennemi, rapprocher M. de Vogué de la Lahn et mettre ces deux corps à portée de leur jonction avec M. de Muy.

Nos troupes étaient devant Herborn avant le jour. La place se rendit à M. de Vogué, qui poussa M. de Nordman à Merkenbach. M. de Voyer avait marché sur Dillenburg : M. Dauvet y entre par la rive droite de la Dille, Fischer par la rive gauche, poussant ses reconnaissances jusqu'à Eibelnhausen, Nieder-Scheld et Eibach. Le château, sommé de se rendre, se défendit, et M. de Voyer se vit obligé de cantonner ses troupes autour de la ville, occupée par M. Paravicini avec les 2 B. de ^Yaldner et des compagnies de grenadiers.

(I) Voir lex trait de la lettre datée de Versailles du S décembre.

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