VAISSEAUX
Canons.
De Macnaniaia . .
Lieutenant général ,
iionté sur :
La Fleur de Lys . .
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Bauffreniont
Capitaine,
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Le Palmier
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rÉveilIc
L'InIlexible
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Gucbriant
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L'Aigle
Dubois
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L'Amétiste, frégate
La Fleur de Lys,
frégate
Marinière
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Chef d'escadre , monté sur :
L'Héroïne, frégate.
L'Entreprenant ...
Bois de la Motte.
Beaussier
Capitaine,
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Le Défenseur
Montalais
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Le Dauphin-Royal.
La Yiléon
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L'Algonquin
Bnuville
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L'Espérance
Hocquart
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L'Alcide
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Chef d'escadre, Capitaine,
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Le Bizarre
L'Actif
Le chevalier de
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Caumont
Clioiseul
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L'Illustre
Moeslien
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L'Opiniâtre
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Le Lvs
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Saint-Lazare
Le Léopard
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L'Apollon
L'Aquilon
La Rigaudière...
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La Jonquière
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La Sirène, frégate.
\De Ruis •. .
La Comète, frégate.
avait voulu les forcer de saluer le pavillon anglais, et, sur leur refus, les avait attaqués et pris après un combat de plusieurs heures. Cette barbare agression fut suivie de la prise du vaisseau VEspércmce, et bientôt a lieu une invasion générale de tous les navires du commerce qui se rencontrèrent à la mer dans quelque parage que ce fût, sans aucune déclaration de guerre, comme plus tard le discours d'ouverture du parlement britannique, le 13 novembre, le dit hautement.
JNI. de Rouillé, dans sa dépêche du 21 décembre 1753, traita d'actes de piraterie les violences commises par les vaisseaux anglais, et alla même jusqu'à exiger réparation des injures faites au pavillon de France, indemnité du dommage causé au commerce et restitution immédiate de tous les navires pris contre le droit des nations. Cependant, avant d'en venir à une déclaration de guerre, le ministre des affaires étrangères du roi remit à Londres un mémoire demandant au roi d'Angleterre satisfaction de tous les actes commis et la restitution des vaisseaux, prolestant que la France regarderait son refus comme une déclaration hostile. Aussi, à partir du 13 janvier 1736, jour où Fox répondit à la dépêche de M. de Rouillé, « que le roi d'Angleterre n'était pas moins disposé que le roi de France à un arrangement équitable, mais qu'il ne pouvait consentira la restitution demandée, parce que les mesures qu'on reprochait au gouvernement anglais avaient été nécessitées par les hostilités commencées par la France en pleine paix, » la guerre était-elle ouvertement déclarée entre la France et l'Angleterre. On s'y prépara des deux côtés, et chacune des deux puissances, avant de la commencer, chercha à s'assurer des alliés. Les chances des deux partis semblaient assez égales. Si notre marine était moins forte, elle avait moins de possessions à garder. Réunie à celle de la Compagnie des Indes, elle pouvait ramener les beaux jours du siècle de Louis XIV, dans le cas où l'Espagne, qui y avait le plus grand intérêt, se joindrait à nous; et Louis XV respirait à la réponse de son ministre lui disant : « J'ai combiné l'état de vos finances; elles me procureront des ressources pour quatre ans; si à la fin de ce terme la paix n'est pas faite, les campagnes ne pourront continuer que par des impôts accablants pour vos peuples. »
L'Angleterre était gardée par l'Océan, mais l'électoral de Ha-
novre ne se trouvait pas à l'abri d'une invasion. Il semblait donc, eu égard à la nature des forces de la France, que ce lût là le point vulnérable par où nous devions chercher à frapper notre ennemie, et en effet le conseil se divisa sur la question de savoir si on se bornerait à une guerre maritime, ou si on porterait en même temps les hostilités vers l'Allemagne. M. de Machault insistait sur le premier parti. Il disait, non sans raison, que la grande supériorité des Anglais sur mer obligerait la France à des efforts auxquels la totalité de ses ressources pourrait à peine suffire. La suite des événements prouvera les conséquences désastreuses de l'adoption de ce plan, nous mettant aux prises avec la plus grande puissance maritime et la plus redoutable des puissances continentales. Peutêtre eût-il été sage de proposer un traité de neutralité à George II, pour ses possessions allemandes; mais tel ne fut pas l'avis de M. d'Argenson, qui l'emporta.
Les esprits étaient excités en France par les déprédations des Anglais, et les opérations de la guerre furent poussées avec une vigueur qui semblait présager le succès. Trois flottes furent en peu de temps équipées à Brest, à Kochefortetà Toulon. Deuxarméesse rassemblèrent : une de 80,000 hommes, sur les bords de l'Océan; une moins nombreuse, sur ceux de la Méditerranée. Le maréchal deBelle-Isle commandait la première, le maréchal de Richelieu la seconde. L'Angleterre, si fière, si hautaine dans ses relations, trembla pour sa propre sûreté. Sentant l'imminence de l'invasion, elle se crut obligée de chercher des secours étrangers. George II réclama les 6,000 hommes que les Hollandais devaient lui fournir en temps de guerre, et qui lui furent refusés. Son parlement l'autorise à faire débarquer 10,000 Hanovriens et Hessois, qui augmentèrent le mécontentement national. Que serait-il arrivé, si la France, profitant des inquiétudes et du découragement de la nation anglaise, eût jeté sur les côtes une armée nombreuse? Mais nos démonstrations sur l'Océan n'avaient qu'un but, distraire leur attention d'une expédition qui se préparait à Toulon.
Le roi de Sardaigne eut le bonheur de ne jouer aucun rôle dans la guerre de Sept ans. Cependant les premières négociations de l'Autriche et de la France avaient paru menacer ses États, et si le roi de Prusse eût succombé, la guerre se trouvait bientôt portée dans le Piémont. Peu s'en fallut qu'elle ne fût allumée dans ce
pays en 1755, à l'occasion du fameux chef de contrebandiers Mandrin, qui, après avoir commis en France un grand nombre de meurtres et d'exactions, s'était retiré dans un vieux château du roi de Sardaigne, d'où il continuait à exercer ses brigandages. Louis Mandrin était né à Saint-Étienne de Saint-Gesirs, en Dauphiné, le 31 mai 17ii. Son père ne subsistait que par ses vols et par la fausse monnaie; dénoncé, poursuivi, il fut tué en résistant aux gardes qui voulaient le prendre. Au moment où il allait succéder à son père dans sa profession de fauxraonnayeur, la guerre éclata; mais il déserta. Alors commencent ces histoires de vols, d'assassinats, de brigandages de toutes sortes qui le rendirent si célèbre à la tête de ses compagnies. Le Dauphiné, le Languedoc, une partie de l'Auvergne, le Lyonnais et le Maçonnais, sont le théâtre de ses exploits, au point d'en inquiéter les populations et d'obliger le roi à envoyer des troupes pour le combattre. Attaqué par un lieutenant-colonel des volontaires de Flandre, il fut sommé de se rendre; mais Mandrin, qui s'était fortifié à la hâte, se défendit courageusement; il fut pris néanmoinsauchàteau de Rochefort, près de Saint-Louis d'Aoste , sur les terres du roi de Sardaigne, lié et apporté à Valence, le 26 mai 1755 , où il fut exécuté. Mandrin, résigné à la mort, finit avec courage, regarda même l'échafaud avec forfanterie, et, selon la coutume de l'époque, harangua le peuple et mourut après avoir eu les bras, les jambes, les cuisses et les reins rompus. Le roi de Sardaigne se plaignit vivement de cette violation de territoire. Un conseil est tenu à Gompiègne, où il est décidé que le roi enverrait un ambassadeur extraordinaire au roi son oncle, pour lui témoigner le regret de ce qui s'était passé. M. le duc de Noailles remplit cette mission à Turin pour donner satisfaction.
Sous Louis XV, la diplomatie a été mal jugée, mal appréciée, méconnue, et cependant elle se montra habile, prévoyante, pleine de lumières et de sages conseils. Elle n'a jamais manqué à son devoir sous ce règne, et si sa gloire ne fut pas plus brillante, c'est la" faute de ses alliés. Ce traité de 1756 avec l'Autriche, conçu dans le but d'a>surer l'équilibre européen, ne manquait ni d'habileté ni de prévoyance : la faiblesse peut-être, et non l'alliance autrichienne, empêcha la France de s'opposer énergiquement au partage de la Polosne.
Tout se préparait pour y faire prédominer l'influence française. Pendant son séjour à Varsovie, notre ambassadeur, M. de Broglie, se montra protecteur ardent et fidèle, au milieu des divisions qui agitaient ce pays. La maison de Saxe, menacée par les Russes, se jeta du côté de l'ambassadeur de France et toute la noblesse s'y rallia, espérant même que celle ancienne république allait reprendre avec son indépendance un gouvernement plus fort, des lois, plus sages, une politique régulière : mais M. de Broglie fut rappelé.
L'Autriche a hésité longtemps; elle a cru que la France parlerait avec fermeté et présenterait le traité de 1756 comme obligatoire par son texte et son esprit, pour ranger le cabinet de Vienne à côté de celui de Versailles, contre le grand scandale du partage. Les deux puissances copartageantes, la Prusse et la Russie, ont vivement craint le réveil de la France et son influence à Vienne; la portion des dépouilles concédée à l'Autriche était comparativement si petite, que la cupidité aurait faiblement parlé contre l'honneur, contre d'autres intérêts plus d'accord soit avec l'alliance française, soit avec un système favorable à la Pologne et véritablement préférable pour la maison d'Autriche.
Alors, effrayé des préparatifs de la France et tremblant pour son électoral de Hanovre, George II se tourna vers la Prusse, comme vers l'alliée qui pouvait lui être le plus utile. Un traité d'alliance défensive, connu sous le nom de traité de Westminster, fut signé entre les rois d'Angleterre et de Prusse; ils s'engageaient à s'opposer à l'entrée d'aucune troupe étrangère en Allemagne, tant que durerait la guerre entre la France et l'Angleterre. Le but de l'Angleterre était de mettre le Hanovre à couvert des représailles de la France ; la politique du roi de Prusse, de se rendre nécessaire et redoutable pour assurer ses conquêtes.
La France ; de son côlé, prenait ses précautions, et s'il est vrai que le traité entre la Prusse et l'Angleterre fut signé à Westminster le 16 janvier 1756, alors que le traité entre la France et la Prusse n'expirait que le 5 juillet 1756, la France signa un traité de neutralité et d'alliance défensive avec l'Autriche, le l*"" mai 1756, lequel fut ratifié le 28, et la Gazette de France du 5 juin en annonça la conclusion.
En un jour était renversée toute la politique du cardinal de Richelieu, dont l'abaissement de la maison d'Autriche fut la pensée
dominante. C'était une révolution dans la politique. Auparavant, l'Angleterre, la Russie, la cour de Vienne, les Provinces-Unies, formaient un parti opposé à la France, à l'Espagne, à la Suède et à la Prusse; la cour de Sardaigne passait tour à tour d'un camp à l'autre. Le traité de Versailles allait réunir la France, la maison d'Autriche, la Russie, la Suède et l'Empire contre l'Angleterre et le roi de Prusse. Seules, l'Espagne, la Sardaigne et les Provinces-Unies gardèrent une stricte neutralité. Ce traité, dont les circonstances avaient enfin hâté la conclusion, se préparait depuis des années déjà. Le 12 mai 1752, le comte de Broglie, dont les négociations furent le prélude de la guerre de Sept ans, eut pour objectif l'alliance avec la Russie et l'Autriche. D'un autre côté, la Russie commençait à intervenir dans les affaires de l'Europe, et son alliance pesait désormais d'un grand poids dans les luttes entre Vienne et Berlin. Or, depuis 1746, il existait un traité d'alliance défensive par lequel les deux puissances se promettaient mutuellement une armée de 60,000 hommes, dans le cas où Frédéric II attaquerait la Pologne, l'Autriche ou la Russie.
L'Autriche, qui ne pouvait conserver l'espérance de garder ses possessions d'Espagne ou d'Italie, tant qu'elle aurait la France pour ennemie, appela, en 1753, aux affaires le comte de Kaunilz (1), qui réussit à éteindre l'ancienne rivalité des maisons de Bourbon et de Hapsburg et à amener un rapprochement définitif entre les cours de Vienne et de Versailles.
Le comte de Kaunitz, alors ambassadeur de Vienne, suivait depuis longtemps le plan qui devait augmenter l'ascendant de la maison d'Autriche. Tout entier dévoué à la politique de Marie-Thérèse, dont le désir était de reconquérir la Silésie, il pensait que la France seule pouvait l'y aider. La rivalité qui divisait les maisons de Bourbon et de Hapsburg durait depuis un siècle et demi, quand
(1) Kaunitz Riltberg (Antoine- Veiiceslas, comte et ensuite prince de), né à Vienne, le 2 février 171 1, reçut de son père, gouverneur de Moravie, une excellente éducation qu'il termina à l'université de Leipsig ; voyage en France, en Italie, en Allemagne ; 1744, ministre à Turin, puis à Bruxelles , où il a la direction des affaires dans les Pays-Bas, sous l'archiduchesse Marie- Anne et le prince Charles de Lorraine ; 1748, se dislingue au congrès d'Aix-la-Ci»apelle en soutenant les intérêts de la maison d'Autriche; en septembre 1751, nommé ambassadeur en France; en 1753, remplace Bartenstein à la direction des affaires d'Autriche.
la guerre éclata entre la France et l'Angleterre. L'Autriche, il est vrai, dans la dernière guerre de la succession de Charles VI, avait été l'alliée de l'Angleterre. Mais cette guerre, loin de resserrer les liens qui unissaient les cabinets de Londres et de Vienne, contribua à les séparer; l'un se plaignant des sacrifices exigés par son allié, de la froideur avec laquelle il avait soutenu sa cause; l'autre, de l'oubli dont on payait ses bons offices. Aussi, dans l'état des choses, des ouvertures furent bientôt faites à la cour de France, qui proposait un traité absolu entre Versailles et Vienne, garantissant leurs possessions respectives en Europe, Marie-Thérèse restant maîtresse de garder la neutralité avec l'Angleterre.
La première conférence pour le traité d'alliance avec l'Autriche eut lieu à Babiole, le 7 septembre, dans une petite maison au bas de la terrasse de Bellevue; la seconde, le 22, dans l'appartement de M. de Bernis aux Tuileries; la troisième, dans la maison de M. de Stahremberg. Ces rendez-vous furent si secrets que, pendant plus de six mois, les ministres étrangers ne soupçonnèrent rien. L'affaire se traitait d'ailleurs directement entre le roi de France (I) et l'impératrice-reine. Les pleins pouvoirs de M. le comte de Stahremberg (2) se renfermaient dans celte lettre : « Je promets, foi d'impératrice et de reine, que de tout ce qui sera proposé de ma part au roi très chrétien, il ne sera jamais rien divulgué et que le plus profond secret sera gardé à cet égard pour toujours, soit que la négociation réussisse ou qu'elle ne réussisse pas; bien entendu, néanmoins, que le roi me donnera une déclaration ou promesse pareille à celle-ci. »
Les négociations traînaient en longueur pour g.igner du temps; enfin, la solution presque obtenue, M. de Bernis, n'osant en pren-
(0 L'opinion personnelle du roi était favorable à ce cliangement de politique, comme le prouve sa lettre au comte de Broglie du 24 décembre 1756 : « Je trouve 1res bon que vous me fassiez toutes tes représentations ([ue vous croirez devoir me faire et à mes ministres ; mais ayez toujours eu vue l'union intime avec Vienne : c'est mon ouvrage, je le crois bon, et je veux le maintenir. >»
(2) Stahremberg (Georges- Adam, comte de), né à Londres, le 10 août 172i; accompagne M. de Kaunitzdans son ambassade en France, ministre plénipotentiaire en 1753; arrive à Paris, n^çoit sa première audience du roi le 22 janvier 1754 ; accrédité ambassadeur en 1756; reçoit son audience de congé le 20 mai 1766; ministre des Pays-Bas en 1770 ; mort en 1807.
dre seul la responsabilité, s'adjoignit les quatre ministres comme négociateurs officiels : de^NIachault, ministre de la marine; de Séchelles, contrôleur des finances; de Rouillé, ministre des affaires étrangères, et de Saint-Florentin, secrétaire d'État pour les affaires intérieures. A Vienne, la délibération, déjà longue, fut suspendue encore par les couches de l'Impératrice, qui le 2 novembre mettait au monde cette princesse infortunée (1), appelée au trône de France, qui résuma dans sa destinée tous les charmes de la beauté, tous les enchantements, toutes les douleurs, tous les supplices. Ces retards diplomatiques atteignirent et dépassèrent môme a fin de l'année.
En proposant une alliance contre la Prusse, le ministre autrichien, tout en engageant la Russie, décidait la France à y amener ses alliés, les deux familles de Naples et d'Espagne, moyennant la cession des Pays-Bas à un prince de la maison de Bourbon, l'infant don Philippe, frère du roi d'Espagne et mari de la fille aînée de Louis XV, cession garantie par Ostende et Nieuport; enfin le trône de Pologne était assuré au prince de Conti, dont le comte de Broglie servait les intérêts à Dresde et Varsovie; quant au titulaire de cette même couronne, Auguste III, électeur de Saxe, père de la Dauphine, on lui promettait en compensation Taugmentation de
(1) Mane-Antoinette-Joséphine-Jeatiiie, aiclùducliesse cfAulriche. née le 2 novembre 1755, fille de François I'^'', empereur d'Allemagne, dauphine et reine de France; mariée, le 19 avril- 16 mai 1770. à Louis \V1, roi de France et de Navarre, appelé d'abord le duc de Bern, , puis le Dauphin après la mort de son père, le 20 novembre 1765, né le 23 août 1754, mort sur l'échafaud, le 21 janvier 1793 ; elle mourut sur l'échafaud, le 16 octobre 1793 (25 vendémiaire an II}.
Sont nés de ce mariage :
1. Marie-Thérèse-Charlotte de France, née le 19 décembre 1778, morte le 19 octobre 1851, à Frohsdorf; mariée le 10 juin 1799 à Louis-Antoine d'.Artois, duc d'Angouléme, fils du comte d'.Artois ; ajipelée en naissant Madame ]usqu' à la mort de Louis .WIII ; prend alors le titre de Dauphine; après lb30, celui de comtesse de Marnes.
2. Louis-Joseph-Xavier-François de France, dauphin; né le 23 octobre 1781, mort le 4 juin 1789.
3. Louis-Charles de France, appelé d'abord le duc de Normandie, à la mort de son frère, et Louis XVII à la mort de son père ; né le 27 mars 1785, mort au Temple, le 8 juin 1795 (20 prairial an 111].
4. Marie-Sophie-Hélène-Béalrice de France, née le 9 juillet 178G, morte le 19 juin 1787.
ses États héréditaires aux dépens de la Prusse; des réserves élaient ménagées à ceux des alliés delà France, la Suède, le Danemark, le Palalinat, qui s'adjoindraient à nous dans cette coalition. C'était s'emparer de cette Flandre, cette frontière de nos provinces septentrionales, cette partie découverte de la nationalité française. Par les conditions de ce traité, on devait réunir Mons à la France, démanteler Luxembourg ; céder à l'infant don Philippe le Brabant et le Hainaut, en échange de Parme, Plaisance et Guastalla; déclarer, en faveur de la postérité d'Auguste III, la Pologne monarchie héréditaire; donner à la Suède la Poméranie prussienne et faire avec la Russie, avec l'Espagne et avec les cours d'Italie les arrangements pour assurer le succès de l'alliance. Tel est le traité de Versailles du l^"" mai 1756.
Alors la France dirigea ses principales forces vers le nord de l'Allemagne, où allèrent encore se perdre ses trésors, son sang et l'honneur de ses armes, tandis que Marie-Thérèse, n'ayant rien à craindre sur le Rhin, en Flandre, en Italie ou en Hongrie, pouvait emplover toutes ses forces contre son ennemi redoutable.
De 1748 à 1736, l'influence de l'esprit philosophique fit encore peu craindre de dangers, parce qu'il agissait lentement sur les institutions politiques; la France, heureuse et florissante, voyait dans cette tranquillité ses richesses s'accroître par son industrie. Le luxe se répandait de tous côtés; en même temps que les villes s'embellissaient, l'agriculture commença à se ressentir des améliorations et des progrès introduits en Angleterre.
Du reste, le roi s'occupait volontiers aussi de tout ce qui importait à la bonne tenue de l'armée et aimait à se rendre compte par lui-même des efforts de toutes sortes faits en vue d'améliorer la qualité de nos troupes. Ainsi Louis XV alla visiter l'école des chevau-légers, le H juin, hôtel des chevau-légers de la garde du roi, bâti en 1751, à Versailles, avenue de Sceaux (n"^ de 2 à 8), sur l'emplacement de divers hôtels achetés par l'élat-major. On y établit une école ou académie militaire que le duc de Chaulnes, capitaine des Chevau-Légers, avait fondée en 1747 avec le concours de M. de Lubersac, l'un des écuyers de la grande écurie, cornette dans la compagnie. Dès 1753, l'école avait acquis une notoriété méritée. Stanislas Leczinski la visita le 2 octobre; il assista à des courses de
têtes, aux exercices du manège, au maniement des armes, à la voltige, et n'eut que des éloges à donner aux jeunes gens et à leurs maîtres. « L'école des chevau-légers, dit le duc de Luynes en 1755 (t. XIV, p. 184), se continue toujours avecle même succès, et, quoiqu'il en coûte environ 5 ou 600 livres (1) pour y entretenir son fils pendant deux ans, qui est le temps à peu près nécessaire pour apprendre les exercices différents, M. de Chaulnes est plus embarrassé à refuser des sujets qu'à en trouver. » Sous l'habile direction de M. de Lubersac et de M. de Vezanne, major de la compagnie, on donnait aux élèves une excellente instruction militaire; la natation, le service de l'artillerie et des ponts, n'étaient pas oubliés dans cette école de cavalerie, où l'on croyait avec raison qu'un officier doit connaître la pratique de toutes les armes. Les modèles destinés à l'étude de l'artillerie et des ponts avaient été exécutés sous la direction de l'habile ingénieur J.-B. Berlhier, l'auteur de la belle carte des chasses (^).
« Depuis longtemps M. de Chaulnes désirait que le roi honorât de sa présence les exercices des chevau-légers de la garde; le roi voulut bien y aller le M, après dîner. S. M. y arrive à quatre heures un quart avec monseigneur le Dauphin ; les gardes du corps et les Cent-Suisses garnissaient partout dans les dehors, les chevau-légers dans les dedans ; M. d'Argenson, M. de Paulmy, M. le garde des sceaux, M. de Saint-Florentin y accompagnèrent le roi. S. M. entra d'abord au balcon du manège, d'où elle vit pendant une demiheure différents chevaux de distinction bien dressés et menés avec grande justesse par les chevau-légers les plus habiles. Le dernier qui parut était monté par celui qui donne les leçons au manège; il est impossible de voir un cheval dressé plus parfaitement et des talents plus dignes d'admiration que ceux de cet écuyer. Après le manège, le roi monte à la salle des exercices, voir le bataillon de
(1) Dansun autre passage, il dit 3,000 livres, ajoutant : » Mais lorsque l'on fait la réllexioa que les mœurs y sont en sûreté et qu'on y apprend en même temps tout ce qu'il convient de savoir, peut-être ne Irouvera-t-on pas celte dépense effrayante, surtout en la comparant à ce qui est nécessaire pour les exercices d'un homme à Paris. »
(2) Gravée par Tardieu. J.-B. Berthler avait été aidé par son fils Alexandre Berlhier, qui devint sous l'empire prince de Wagram et de Neufchàtel, major général de l'armée.
PRÉLIiMINAIRES DE GUERRE (1756). 27
jeunes gens. Toutes les évolutions se firent avec la précision la plus grande au son du tambour et au commandement. Ensuite on montre au roi l'exercice des armes, qui fut suivi du voltiger ; dans l'un et dans l'autre, et surtoutdans le dernier, onadmirala science, la légèreléet l'adresse de presque tous ceux qui y parurent. Il y a dans la salle un cheval de bois qu'on élève successivement; on l'éleva jusqu'à sept pieds, el il y eut des jeunes gens qui sautèrent dessus en grosses bottes. M. de Rochegude se distingua dans le voltiger et M. de Beuzeville dans les armes. Dans les intervalles d'un exercice à l'autre, il y avait une musique composée de timbales, de violons et de hautbois. De la salle des armes le roi descendit à celle des plans ; il y vit un parc d'artillerie en petit et en cuivre , fait exprès pour l'instruclion et où l'on a rassemblé tout ce qui peut servir à faire connaître les détails les plus curieux. 11 y vit aussi une batterie formée comme elle l'est dans un siège et une grande quantité de plans tant en relief qu'en dessins. De la salle des plans le roi fut conduit, par des corridors et à couvert, au logement de M. de Lubersac, auprès duquel on avait établi un balcon qui donne sur la carrière. Les jeunes gens coururent des têtes avec beaucoup d'adresse; on y fit différentes manœuvres de guerre au bruit du canon et de la mousqueterie, pour faire voir le soin qu'on avait eu d'accoutumer les chevaux au feu. Il était près de sept heures quand le roi en sortit, et il parut satisfait. Il y a actuellement cent jeunes gens dans cette maison. » Les Chevau-Légers donnèrent plusieurs fêtes dans leur hôtel; le 21 octobre 1757, à l'occasion de la naissance du comte d'Artois, ils tirèrent un feu d'artifice et donnèrent un bal. L'école et la compagnie des chevau-légers subsistèrent jusqu'en 1787, époque à laquelle Louis XVI supprima sa maison militaire.
Marie-Thérèse est la figure la plus accomplie de la dynastie des Hapsburg, la souveraine la mieux douée de qualités royales, en même temps que la plus irréprochable dans sa vie publique et privée, qui soit mentionnée dans l'histoire. Sortie de la terrible épreuve qui l'avait accueillie à son avènement au trône, elle mit à profit les rudes leçons de ses précoces adversités. Une cruelle expérience la contraint de sentir la perversité et l'insatiable ambition de son plus dangereux ennemi. Les protestations d'amitié venant de Berlin la trouvèrent insensible; elle demeura convaincue que l'ancien vassal, affranchi par usurpation, restait un ennemi acharné,
irréconciliable, audacieux, perfide, entreprenant. Femme forte et pratique, elle se mil en devoir et en mesure de se garder de l'agresseur, de repousser ses attaques, de déjouer ses intrigues, de paralyser ses alliances, d'opposer la force à la force, l'argent à l'argent, la prudence à la perfidie, la fédération à la conjuration.
« L'Impératrice avait senti, dans les guerres précédentes, la nécessité d'une meilleure discipline; elle choisit des généraux actifs et capables de l'introduire dans ses troupes; les vieux officiers, peu propres aux emplois qu'ils occupaient, furent renvoyés avec des pensions et remplacés par des jeunes gens de condition, pleins d'ardeur et d'amour pour le métier de la guerre. Elle forma des camps dans les provinces, où les troupes étaient exercées par des commissaires inspecteurs bien versés dans les grandes manœuvres de la guerre. L'Impératrice se rendit elle-même dans les camps de Prague et d'Olmutz pour animer les troupes par sa présence et par ses libéralités. Elle savait faire valoir mieux qu'aucun prince ces distinctions auxquelles on attache tant de prix. Elle récompensait les officiers qui lui étaient recommandés par les généraux, excitant partout l'émulation, les talents et le désir de lui plaire. » (Frédéric II, Guerre de Sept ans^ ch. i".)
A partir de cette époque, les corps ne sont plus répartis uniquement dans la Hongrie, tous les régiments subissent les mômes exercices; un système général estcombiné sous la direction du comte de Daun, déjà connu par ses qualités militaires.
Le 1" mai, furent conclus à Versailles la convention et l'acte de neutralité entre le roi et la reine de Hongrie, pendant la guerre présente de la France et de l'Angleterre. Le même jour encore, ils sont affermis par le traité d'amitié dans lequel l'Impératrice promit de garantir tous les États du roi en Europe et réciproquement ; se promettant leurs bons offices pour empêcher les attaques ou invasions, et, s'ils ne réussissaient pas, par un secours de 24,000 hommes d'infanterie et 6,000 chevaux. Ce traité est signé par MM. de Rouillé, l'abbé comte de Bernis et M. le comte de Slahremberg.
11 consistait en deux conventions : 1" l'Impératrice s'engageait à la neutralité dans les différends actuels entre la France et l'Angleterre; 2" rimpératrice et le roi de France se garantissaient leurs possessions d'Europe et se promettaient un secours mutuel de
d8,000 hommes d'infanterie et 6,000 de cavalerie contre tout agresseur.
La France ne réclamait ni pour l'Italie ni pour la Turquie, dominées par notre influence. Par articles secrets, cependant, l'engagement de secours devenait réciproque.
Marie-Thérèse (1) renversa tout le système des alliances de la France et détermina l'union contre la Prusse, que ses voisins jaloux, la Russie, la Saxe, la Suède, voulaient détruire ou au moins affaiblir. Pourvu qu'on l'aidât à reprendre la Silésie, elle consentait à céder les Pays-Bas à la France. Par là on coupait court aux funestes effets des discordes continuelles des maisons de Bourbon et d'Autriche. En se rapprochant, en confondant leurs intérêts, elles étaient tout espoir à des politiques peu sages. Une ou deux campagnes devaient faire rentrer le roi de Prusse dans ses premières limites et prévenir à l'avenir tout sujet de guerre continentale, en assurant une paix générale qui serait l'ouvrage de la France. Ainsi fut conclu, le i*"" mai 1756, le traité de Versailles : la reine de Hongrie déclarait sa neutralité pendant la guerre de la France avec l'Angleterre, et contractait alliance avec le roi. Cette alliance à peine conclue, la France commença à mettre à exécution son plan d'attaque contre l'Angleterre.
Le maréchal de Belle-Isle avait envoyé à Plymouth un espion intelligent qui, peu de temps après, rapportait à Boulogne un croquis des côtes d'Angleterre, depuis Plymouth jusqu'à Harwich, dans le comté d'Essex; dessin accompagné d'un mémoire circonstancié sur tous les points du littoral propres à un débarquement. On construisit dans les cha'ntiers des chaloupes ou bateaux plats pour le transport des troupes au moment d'aborder; enfin des camps furent immédiatement formés le long des côtes de la Bretagne et de la Normandie : à Saint-Malo, la Hougue, Cherbourg, Ronfleur, Dieppe, Calais et Dunkerque. Les troupes qui composaient ces différents camps furent exercées aux manœuvres simulées d'attaque et de défense. Ces démonstrations répandirent l'alarme en Angleterre et forcèrent George II, afin de rassurer les populations, d'envoyer sur les côtes des troupes hanovriennes et hessoises (1).
(1) Voir le sixième volume des Guerres sous Louis XV {Descentes sur les côles de France par les Anglais).
Cependant on peut croire que ces préparatifs d'une descente à l'autre côté du détroit, et le maintien des camps français jusqu'au mois de septembre, n'avaient d'autre butque celui de détourner l'attention de l'ennemi de l'expédition que Versailles préparait dans le môme temps à l'île de Minorque; opération dont les Anglais ne s'aperçurent que lorsqu'il n'était guère possible de l'arrêter.
Le 12 avril, en effet, le maréchal de Richelieu, nommé généralissime des côtes de la Méditerranée, partait d'Hyèressur une escadre commandée par M. delà Galissonnière; le 17, le débarquement des troupes s'opérait dans l'île sans obstacle; le 19, le maréchal s'emparait de Giutadella et marchait sur Port-Mahon, que la garnison anglaise abandonne à notre approche pour se renfermer dans le fort Philippe. Le maréchal de Richelieu, sans tarder d'un seul jour, fait attaquer le fort. Au même moment, paraît à la hauteur de Mahon une escadre anglaise, commandée par l'amiral Bing; arrivée trop tard pour empêcher notre débarquement, elle se retourne contre notre flotte, qu'elle compte bien anéantir, pour ensuite bloquer dans l'île le corps expéditionnaire français (1).
Le lendemain 20, M. de la Galissonnière accepte résolument la bataille. L'indignation et la honte furent grandes à Londres à la nouvelle d'une victoire maritime de la France. L'île fut conquise, et resta au pouvoir de la France jusqu'à la paix de 1763.
En même temps on prenait pied dans l'île de Corse. Gênes étant impuissante à en conserver la souveraineté, la maison de Savoie rêvait de la joindre à la Sardaigne; l'Angleterre voulait en faire une autre Minorque. M. d'Argenson écrit le 17 juin : « Nous envoyons 19 B. en Corse, commandés par M. de Caslries. Nous voulons empêcher que les Anglais ne s'en emparent, faute par eux de recouvrer Minorque ; » et, par le traité de Compiègne (4 août 17o6), nous occupons les citadelles de Calvi, de Saint-Florent et d'Ajaccio (2). C'était le prélude de la réunion, qui eut lieu treize ans plus tard.
Au moment même où ces événements se passaient dans la Méditerranée, Frédéric II songeait à tirer parti des circonstances. Il
(1) Voir les détails de l'expédition de Mahon au sixième volume des Guerres sous Louis XV.
(2) Voir, au sixième volume des Giierres sous Louis XV, l'histoire des expéditions de Corse et son occupation définitive.
n'ignorait pas que Marie-Thérèse, assurée du concours de la France, avait gagné la Russie, que la Czarine avait rompu ses engagements avec l'Angleterre et conclu un traité secret avec l'Autriche et la Saxe pour le partage de la Prusse. Ayant donc examiné sa position critique avec calme, et prévu qu'au printemps prochain la diplomatie autrichienne précipiterait sur lui une formidable coalition, il prit suivant son hahitude l'initiative des hostilités pour pouvoir choisir le théâtre de la guerre. Fidèle d'ailleurs à sa tactique accoutumée de se poser devant l'opinion comme étant la victime des machinations de ses ennemis, il demande à Marie-Thérèse l'assurance qu'il ne serait attaqué par elle et ses alliés ni cette année, ni l'année suivante. L'Impératrice refusa de donner cette assurance. Il avait donc sauvé les apparences, et quand, vers la fin de juillet, le roi prescrivait à notre ministre à Berlin de faire savoir au roi de Prusse qu'en cas d'attaque contre l'Autriche, la France se regarderait comme attaquée, il s'adressait à un ennemi déjà prêt : M. de Nivernois, qui se présenta pour remplir sa mission, ne put s'en faire écouter, et Frédéric se contenta de lui répondre, en lui tournant le dos et sans le laisser achever : « Voilà qui est bien, Monsieur, mon ministre vous transmettra ma réponse. » Il y avait huit jours déjà qu'une sommation menaçante était envoyée à Marie-Thérèse, lui enjoignant d'avoir à cesser ses mouvements de troupes en Bohême. Sur les réponses négatives de Vienne, il entra en Saxe (1).
Il y avait d'ailleurs de la naïveté de notre part à chercher à tromper un ennemi aussi fm et aussi renseigné. On ne pouvait
(1) Pemlant la guerre de Sept ans, Frédéric, ayant contre lui les armées de presque toute l'Europe (Empire germanique, France, Russie, Saxe, etc.), ne se trouva en personne qu'une seule fois aux prises avec la France pour la vaincre à Rossbach, en 1757; depuis lors et même dès l'année 1756, les campagnes du roi de Prusse ont leur théâtre en Saxe, en Silésie, en Bohême, loin de celui des armées françaises. J'aurais pu me dispenser de faire le résumé des opérations spéciales à Frédéric, si les nombreuses cartes générales et les plans manuscrits de camps et d'actions de guerre des armées prussiennes et impériales opposées ne se contredisaient les unes les autres. Ces documents, partie acquis à prix d'argent et partie enlevés en 1805 et 1806 aux archives de Vienne et de Berlin, et qui étaient disséminés, et par conséquent perdus au point de vue historique, dans l'immense collection des archives des cartes du Dépôt de la guerre, ont été réunis et classés chronologiquement à la suite de chaque campagne par les soins intelligents de M. Turpin, sous-
plus douter de la rupture de la paix. Dans le mois d'avril les bases du traité d'alliance avec la maison d'Autriche se discutaient et le l^'-mai se signait le traité de Versailles, et, bien qiie les négociations eussent été tenues secrètes, Frédéric se préparait depuis longtemps pendant que l'Autriche concentrait ses forces en Bohême. Alors il prend la résolution d'entrer brusquement en campagne.
Le 29 août, il envahit la Saxe afin de s'assurer la navigation de l'Elbe et d'annihiler les troupes saxonnes, pour marcher ensuite avec toute liberté contre le royaume de Bohème. Il fait avancer trois corps d'armée, qui partent de Magdeburg, de Wittenberg et de Francfort-sur-l'Oder (1). Cette conduite fort habile lui était, du reste, dictée par la nécessité. Le traité d'alliance qu'il avait conclu avec l'Angleterre lui assurait, à la vérité, des subsides pour l'aider à soutenir la nouvelle guerre qui éclatait, mais sans donner à son armée un régiment de plus en troupes auxiliaires. Sa position n'était donc pas sans gravité devant la menace des Russes, des Saxons et des forces autrichiennes de l'Impératrice-reine, forces d'autant plus considérables que Marie-Thérèse n'avait plus à combattre contre la France, sa nouvelle alliée. Frédéric, ainsi isolé au milieu de tant d'ennemis, débuta dans la première campagne de celte guerre avec autant de promptitude que d'habileté. Les Russes, il le savait, ne pouvaient entrer immédiatement en action.
La guerre de Sept ans, commencée en 1756, fut signalée par des actions d'éclat dues à la valeur française, mais malheureusement aussi mêlée de revers. Toute la gloire reste à la Prusse, dont le roi déploya de merveilleux talents et la plus étonnante énergie. Frédéric, obligé de faire tête à la fois aux armées françaises, russes et autrichiennes, de contenir la Saxe et la Silésie conquises, de
bibliothécaire. J'ai pensé qu'il ne serait pas sans intérêt de résumer les opérations de Frédéric, en prenant pour base de ce travail les mémoires mêmes du roi, sinon tout à fait exempts d'erreurs historiques, du moins remarquables par leur impartialité dans l'exposé des faits pour ou contre le vainqueur ou le vaincu ; ce résumé complétera les opérations militaires de l'époque.
(1) C'est ainsi que débute la troisième guerre de Silésie. Quand il écrivait quelquelque temps avant, dans son instruction militaire : " Nos guerres doivent être courtes et vives, parce qu'une longue guerre amollit notre discipline, dépeuple notre pays, épuise nos ressources, » Frédéric ne se doutait pas qu'il était à la veille d'entreprendre une lutte de sept années qui mettrait la Prusse à deux doigts de sa perte.
défendre la Poméranie contre les invasions suédoises, s'immortalisa comme grand capitaine. L'accroissement de puissance de Frédéric et le peu d'union entre l'Autriche et la Grande-Bretagne devaient opérer un changement dans la politique.
Toute l'ambition de l'Impératrice-reine était de reprendre la Silésie; l'agrandissement rapide de la maison de Brandeburg, que Léopold I", Joseph 1" et Charles VI avaient favorisée pour en faire un contrepoids à la maison de Bourbon, semblait influer désavantageusement sur sa prépondérance en Allemagne. Cette pensée était celle de M. de Kaunitz, dont tout le mobile fut de parvenir à une alliance avec la France. Ces efforts paraissaient toucher à une heureuse solution, lorsqu'ils échouèrent. C'est alors que fut dit ce mot : « On doit conquérir l'Amérique en Allemagne. »
La paix d'Aix-la-Chapelle était une conséquence de la résolution de conserver nos colonies américaines. Quoique nos vues ne fussent pas encore remplies, nous avions déjà une influence si marquée sur le commerce extérieur et sur les conséquences qui devaient en résulter, que l'Angleterre comprit le danger qui la menaçait. Les ordres sont donnés pour agir tout de suite hostilement tant en Europe qu'en Amérique. Malgré la supériorité de notre armée de terre, la partie n'était pas égale en Amérique, puisque le succès dépendait absolument des moyens de transporter et d'entretenir des troupes dans ce pays, ce qu'on ne pouvait réaliser sans la supériorité sur mer.
Ainsi se forma le sage projet d'attaquer le pays de Hanovre. Versailles, par cette conquête facile, espérait que, dans la suile et vu l'attachement du roi à cet électorat, lorsqu'il en ferait la restitution, il regagnerait ses pertes d'Amérique, que son armée serait entretenue par les contributions sur le pays conquis, et que par sa position sur l'Elbe il en imposerait à l'Allemagne et ferait la loi aux puissances qui voudraient se mêler du litige. Ces raisons déterminèrent la guerre d'Allemagne, car nous avions assez de troupes pour l'entreprendre, pour garder le pays, et pour faire la conquête de l'Amérique, si notre marine avait été capable de protéger les convois nécessaires à y envoyer. Alors fut mis à contribution tout le pays entre l'Elbe et le Rhin, contribution facilitée par la proximité de notre frontière.
Au contraire, si les Anglais se proposaient d'envoyer une armée
en Allemagne, il fallait créer des soldats, enrôler des recrues presque de force pour continuer la guerre en Amérique, à moins de tirer des troupes de l'Allemagne môme et de les payer à un prix extraordinaire. Le cabinet de Versailles jugeait donc que ces difficultés épuiseraient les trésors de l'Angleterre, produiraient des murmures dans la population et paralyseraient ainsi les préparatifs pour l'Amérique.
Le roi de Prusse manquait ainsi à toutes les conditions de sa vieille alliance avec la France, c'était son droit : nous devenions libres de sauvegarder nos intérêts; son peu de conscience s'en trouva ébranlé, car aux reproches de M. le duc de Nivernois (1), il s'écria : «Eh bien, faites avec l'Autriche ce que je viens de faire avec l'Angleterre. » Dès ce moment tous les ménagements étaient épuisés; il fallait agir sur un autre terrain que celui des discussions; le cabinet de Versailles devait donner son adhésion complète aux projets de l'Autriche, et ne pas perdre de temps pour les opérations militaires. Quand MM. de Bernis et de Rouillé conclurent ce traité, il y eut en Europe un retentissement immense : ce rapprochement de la petite-nièce de Charles-Quint avec le petit-fils de Henri IV renversait une politique de deux siècles. Ce changement est l'origine de la guerre, acte juste contre une agression sans provocation; malheureusement le sens véritable en a été dénaturé par de faux jugements et l'ignorance des faits historiques, déguisés à l'avantage de Frédéric, qui à cette époque payait sa renommée, même en France.
Rien encore n'était terminé en février, quand fut envoyé à Ber-
(1) Louis-Jean Barboii-Mancini-Mazarini , duc de Nivernois , né 16 décemljie 1716, rejeton de celle maison Mancini, illuslre en Italie deimis 1300. — Entré au service, devient colonel de Limousin ; fait la campagne de Bohême ; maréchal de camp, quand sa santé le force d'accepter l'ambassade de Rome en 1748, et celle près du roi de Prusse en 1755; il arrive à Berlin le 12 janvier 1756; puis ambassadeur en Angleterre en 1762.
Déjà ayant vu massacrer son gendre le duc de Brissac, gouverneur de Paris, commandant la garde du roi, le duc de Nivernois est arrêté le 13 septembre 1793, échappe des Carmes en août 1794, et meurt le 25 février 1798. Avait épousé Hélène Phelippeaux de Pontcharlrain, sœur du comte de Maurepas, disgracié le 26 août 1749. Homme aimable, de bon goût, esprit distingué, ses écrits l'appelèrent à l'Académie en 1743.
Laisse 10 volumes in-S", avec ses œuvres posthumes.
lin M. le duc de Nivernois, chargé de discuter les mesures à prendre à l'expiration du traité conclu le 2 janvier 1751. Ce traité, dit Schaffer (Archives de Berlin), obligeait la France à payer à Frédéric un subside de cent mille écus pour l'entretien des troupes auxiliaires, payable de six mois en six mois, et dont la dernière échéance avait lieu le l^"" juillet 1736.
A sa première audience, Frédéric lui présenta le traité signé le 16 janvier à Westminster, entre son ministre à Londres et le gouvernement anglais, par l'intermédiaire du duc de Brunswick. Rien n'explique de la part de Frédéric cette diversion si contraire à nos intérêts, cette solidarité formée contre toute invasion de troupes étrangères sur le territoire d'Allemagne. En apprenant l'alliance anglaise avec la Russie, il avait été envoyé en Prusse pour conclure un traité semblable à celui signé lors de la guerre de 1741, et aussitôt fut préparée une armée sur le Mayn; l'armée principale, destinée au bas Rhin, devait agir contre l'électorat de Hanovre et les alliés du roi d'Angleterre. Ce commandement est donné au maréchal d'Estrées, pour le récompenser d'avoir négocié le traité de Versailles.
L'Impératrice ne s'était pas consolée de la perte de la Silésie, ses regrets s'accroissaient par l'ascendant que cette augmentation de pouvoir donnait au roi de Prusse. Toute son ambition, ses vues, ses plans, tendaient à reconquérir cette province; elle s'adressa à l'impératrice de Russie et la détermina à concourir à ses projets. Les deux cours impériales s'unirent donc par une nouvelle et étroite alliance qui embrassait non seulement le plan de reprendre la Silésie, mais aussi d'anéantir la Prusse et de s'en partager les États. Elles proposèrent au roi de Pologne d'accéder à cette union, ce qu'il refusa jusqu'au moment où il jugea utile à sa sûreté de se déclarer contre le roi de Prusse; cependant l'expérience lui avait appris que les Prussiens avaient plus de facilité de l'opprimer que les Autrichiens n'en avaient de le défendre.
Ces deux puissances, en 1736, n'étaient cependant pas préparées à agir, et fixaient l'année suivante pour l'exécution de leurs projets. Le roi de Prusse, parfaitement instruit, prévint leurs opérations et entra dans la Saxe, ce qui occasionna en Allemagne une guerre générale. La position du roi de Prusse devenait grave : alarmé des rassemblements russes en Livonie, d'une forte con-
centration de troupes autrichiennes en Hongrie, il prévoyait néanmoins que l'armée russe destinée à l'invasion de son territoire ne pourrait être prête, pas plus que les autres confédérés.
Le 29 août, Frédéric n'hésite plus, et, en signifiant à l'Autriche la déclaration de guerre, il marche sur trois colonnes vers Dresde, rendez-vous général. Son plan est d'envahir la Saxe pour en retirer des ressources, occuper c^ pays, couvrir ses États du côté de l'Elbe où ils étaient le plus mal gardés, disperser l'armée saxonne, puis pénétrer en Bohême par la rive gauche de l'Elbe. La colonne de droite, sous les ordres du duc Ferdinand de Brunswick, part de Magdeburg; celle du centre , commandée par le roi, quitte Wittenberg et s'avance par Pretsch, ainsi que la première par la rive gauche de l'Elbe. La colonne de gauche, sous les ordres du duc de Bevern, de Francfort-sur-TOder se dirige sur Hoyerswerda, Stolpen, camp vis-à-vis de Pirna sur la droite de l'Elbe. Ces trois armées, fortes de 70 B. et 80 E., d'un effectif de 64,000 hommes , sont réunies le 6 septembre, avec un corps d'observation sur le revers méridional de l'Erz-Gebirge pour arrêter les secours que l'Autriche pourrait envoyer. Quoique éloignées les unes des autres pendant leur marche d'environ huit à dix lieues, elles n'avaient rien à craindre des Saxons, chacune d'elles étant plus forte que leur armée d'environ 18,000 hommes. En devançant l'ennemi^ le roi de Prusse donne de la confiance à ses troupes, et il éloigne la guerre de ses frontières et de son pays. En même temps, il publie dans l'Europe entière les dépêches secrètes des trois cours de Vienne, de Saxe et de Pétersbourg, assurant que s'il a été entraîné à prendre les armes, l'unique but de son invasion est de s'ouvrir une communication avec la Bohême, de garder cette conquête comme un simple dépôt jusqu'à la paix (1), et qu'il le remettra au roi de Pologne aussitôt qu'il le pourra.
C'est alors que l'Impératrice exigea de la France les 24,000 hommes stipulés dans le traité d'alliance. Le roi, fidèle h ses enga-
(1) Mémoire raisonné sur la conduite des cours de Vienne et de Saxe et sur les desseins dangereux contre le roi de Prusse, avec les pièces originales et justificatives. — Le roi, après la prise de Dresde, ouvrit les archives de Saxe et transporta à Berlin les dépêches secrètes qui certifiaient l'assertion du danger dont il avait été menacé, et dont les originaux furent restitués par l'article IV de la paix de Hubersburg.
gements, ordonna de les rassembler en octobre. Le commandement est confié au prince de Soubise, qui choisit M. deBroglie-Revelpour son maréchal des logis. Ce secours devait être suivi au printemps d'une armée sous le maréchal d'Estrées afin d'opérer en Weslphalie, plus d'une autre sur le bas Rhin avec le maréchal de Richelieu.
La ligne de TElbe s'étendant de Magdeburg à Dresde une fois occupée, le roi de Prusse s'établit dans la capitale de la Saxe, abandonnée par le roi de Pologne, qui, après avoir fait toutes les propositions de neutralité, s'était rendu à Pirna^ où étaient campés 17,000 Saxons commandés par le comte de Rutowski,
La nature s'était complue, dans ce terrain bizarre, à former une espèce de forteresse à laquelle l'art n'avait presque rien ajouté. A l'orient de cette position, coule l'Elbe entre des rochers qui, en rétrécissant son cours, le rendent plus rapide; la droite des Saxons s'appuyait à la petite forteresse de Sonnenstein, près de l'Elbe. Dans un bas-fond, au pied de ces rochers, est située la ville de Pirna, dont le camp tire son nom ; le front, qui fait face au nord, s'étend jusqu'au Kohiberg; celui-ci forme comme le bastion de cette courtine, devant laquelle règne un ravin profond qui, de là tournant vers la gauche, entoure tout le camp et aboutit au pied duRonigstein. Du Kohiberg, qui forme une espèce d'angle, une chaîne de rochers, dont les Saxons occupaient la crête, va, laissant Kottwernsdorf devant soi et se rétrécissant vers Struppen, se terminer aux bords de l'Elbe à Konigslein.
L'armée saxonne (25 B., 24 E., les gardes du corps du roi de Pologne, 8. E.), à l'arrivée des Prussiens et en attendant les Autrichiens, passe l'Elbe sur le pont de Capitz-Sonnenstein, les 4" et 2 septembre, pour camper à Gross-Struppen; le parc d'artillerie et les gros bagages, placés en arrière entre Rottwernsdorf et Naundorf , sont défendus par la petite rivière de Gottleuba, qui se jette dans l'Elbe à Pirna.
Septembre, 10. — Le quartier du roi de Prusse, de 16 B, et 14 E. de hussards, est à Gross-Seidnitz; le duc de Brunswick, avec 14 B. et 10 E. de hussards, en avant de Dohna. Le margrave, avec 16 B., 2U0 chasseurs tirés du corps du duc de Brunswick, déployé en avant du corps de ce général, échelonné le long de la rivière de Gottleuba, bloque les Saxons dans le camp de Pirna, pendant que le général Willich entre à Dresde avec 4 B.
Le 46, le roi s'avance an peu avec son corps, ayant sa gauche à l'Elbe. Le général Forcade, pour couvrir Schandau, occupe Krippen et Cunnersdorf. Le général Lestewitz se place à Rattmansdorf, sur la rive droite de l'Elbe, à l'angle formé par cette rivière, pour s'opposer à la jonction des Autrichiens avec les Saxons. Quant aux troupes du général Retzow, elles occupaient sur la rive droite de l'Elbe, vis-à-vis Ronigslein, le pont important de Lilienstein.
Le 30, c'est-à-dire 20 jours après que les Saxons eurent été cernés au camp de Pirna, le maréchal Brown passe l'Éger et se porte sur Lowositz. Trop peu nombreux pour occuper le vaste camp retranché, les Saxons s'étaient bornés aux points accessibles. Le roi laisse au margrave Charles le soin du blocus et rejoint le corps de Reith à Aussig, s'avançant pendant la nuit entre Bilin et Welemin.
Le l®"" octobre, sa seconde position était en bataille, l'infanterie en une ligne, la cavalerie en arrière sur trois lignes. La droite de Brown s'était arrêtée en arrière de Lowositz, à l'exception de son avant-garde postée dans ce village et s'y appuyant, et la gauche s'étendait dans la plaine marécageuse jusqu'à Czischkowitz, son front couvert par la rivière laMorel, qui se jette dans l'Elbe à Lowositz.
Cependant la gauche de Frédéric chasse des vignes et des bois les croates soutenus par quelques B.; et, ayant remarqué que les Autrichiens avaient négligé d'occuper les hauteurs importantes qui dominaient les environs de leur front, il en prit possession en y plaçant ses deux ailes couvertes par de fortes batteries.
L'emplacement de l'avant-garde du maréchal Brown et surtout celui de sa cavalerie, exposée aux batteries prussiennes, firent croire à Frédéric que le maréchal se proposait de passer l'Elbe pour agir par la rive droite. Dans cette supposition, il ordonne un mouvement de conversion à gauche, dont la hauteur de Lobosch (1) serait le pivot, afin de s'emparer de ces terrains et d'acculer cette arrièregarde ennemie à l'Elbe. Frédéric se porte au-devant de lui, range son armée, l'infanterie sur deux lignes et la cavalerie en arrière sur trois lignes, face au village de Lowositz. Un combat de cavalerie s'engage; les hussards autrichiens tombent sur les flancs
(1) Loboschberg , montagne couverte de bois et de vignes vis-à-vis Lowositz, séparée de celle de Radostitz-Stoniolka par la roule de Welemin à Lowositz, face aux villages de Sulowitz et Czischkowitz, qui reçoit l'IIostina.
prussiens et sont culbutés par les dragons de Bareulh, qui les poursuivent jusqu'au point où, canonnés par l'artillerie autrichienne, ils sont obligés de se retirer avec une perte considérable derrière des fossés creusés le long de la route de Sulowitz h Lowositz. Le roi se place alors derrière son infanterie; son aile gauche, forcée à l'attaque par les tirailleurs croates, descend les revers de la montagne de Lobosch, qui s'abaissent sur l'Elbe, et s'empare de Lowositz, incendié par les boulets. Le brouillard se dissipe en ce moment : détrompé, le roi reconnaît qu'il a affaire à tout le corps de Brown. Celui-ci, sentant loute l'importance des hauteurs qu'il avait négligé d'occuper et dont les Prussiens s'étaient emparés, ordonne une attaque contre les deux ailes prussiennes. Ces deux attaques échouent; la colonne qui attaque Lowositz est repoussée au delà; celle partie de Sulowitz ne put déboucher du défilé, arrêtée qu'elle était par la batterie prussienne placée à Stomolka.
C'est en vain que Brown s'efforce de mettre sa gauche en mouvement sur le village de Sulowitz, les batteries placées sur la pente de la montagne Stomolka anéantissent le dessein d'attaquer l'aile droite des Prussiens par le chemin de Sulowitz. Ce village est incendié et empêche la retraite des Autrichiens, pendant qu'un corps prussien, se détachant après le combat sur Gzishkowitz, menace la gauche des Autrichiens et détermine le maréchal Brown à se retirer : il passe l'Éger et rentre dans son camp près de Budin. Frédéric reste sur le champ de bataille. Les Autrichiens ne s'avouèrent pas vaincus, et le maréchal Brown résolut une nouvelle tentative sur la rive droite.
Il avait été convenu que dans la nuit du 11 octobre les Saxons passeraient l'Elbe près de Ronigstein, pour attaquer les Prussiens sur ja rive droite le 12 au matin, tandis que Brown en ferait autant à Rattmansdorf et Portschdorf. Il traverse i'Eibe près de Raudnitz, marche par Wernstadt, Rumburg, arrive à Lichtenhain; il y campe, attendant l'issue du combat engagé entre les Saxons et les Prussiens. Profitant de l'état du temps, de la rupture d'un pont et des retards qui en étaient la conséquence, les Prussiens renforcent la rive droite de l'Elbe, s'y fortifient, et les Saxons, ne pouvant passer que par un étroit sentier au bas du Lilienstein, qui s'élève à pic près de l'Elbe , arrivèrent en désordre sur un plateau près du village d'Ebenheit.
Les Prussiens entrent, le 13 au soir,- dans le camp de Pirna, en prennent possession le 14; et comme Brown n'avait pas quitté Lichtenhain, l'armée saxonne deniande à capituler.
Le 16, 17,000 hofomes mirent bas les armes au petit village de Potzscha, et les Prussiens les firent repasser l'Elbe sur le pont de Nieder et Ober-Rathen. Le roi Auguste, renfermé dans Ronigstein, assistait à cette scène humiliante et obtint ses passeports pour la Pologne. Les officiers furent relâchés en s'engageant sur l'honneur à ne pas servir contre la Prusse durant cette campagne. Les soldais formèrent 20 B. prussiens; faute dont se ressentit plus tard Frédéric, car tous désertèrent quand l'occasion s'en présenta.
De l'autre côté de la Bohême, le maréchal Schwerin, qui avait tenu en échec l'armée de Piccolomini, rétrogradant vers la Silésie, se cantonne sur les frontières de Bohême depuis Zuckmantel, jusqu'à Greiffenberg.
Le résultat de cette campagne de deux mois fut pour le roi l'occupation de la Saxe, qui eut à supporter les frais de la guerre, et où l'armée prussienne prit ses quartiers d'hiver, formant un cordon depuis Égra jusqu'à Pirna et de là, en traversant la Lusace, jusqu'à la Queiss.
L'ascendant de l'Autriche se fait bientôt sentir sur ses nouveaux alliés, et le cabinet de Versailles appelle à cette guerre la Suède, garante aussi du traité de Westphalie. Cet effort était d'autant plus facile que depuis longtemps, et surtout depuis la diète de 1738, le parti français y dominait. La Suède fut donc entraînée dans la guerre contre Frédéric; elle mit sur pied 20,000 hommes. La Russie envoya 100,000 soldats, qui à leur arrivée furent réduits à 65,000 par suite des maladies. La France reprenait les armes; un nouveau motif la poussait à cette malheureuse guerre : Auguste III, en donnant une de ses filles au Dauphin , nous obligeait à soutenir le beau-père du prince royal, comme autrefois on avait soutenu le beau-père du roi, son compétiteur. Les troupes françaises se disposaient à entrer en Allemagne au printemps de 1757.
M. de Brown essaya donc de délivrer les Saxons et ne put y parvenir. Dans celte bataille, le maréchal négligea d'occuper les montagnes de Lobosch et de Stomolka, dont il aurait pu s'emparer plusieurs heures avant que l'ennemi parût. Il aurait dû passer l'Elbe la nuit avant la bataille avec toute son armée, laissant quelques
troupes légères et se retirer à Budin (I). Dans ce cas, M. de Brown détachait un corps assez considérable à Schandau afin d'ouvrir une communication sûre avec les Saxons, et probablement il détruisait tous les Prussiens de ce côté de l'Elbe; avec le reste il couvrait le pays, excepté quelques villages entre les montagnes et Égra, et le roi alors n'aurait osé passer, craignant de se porter en avant dans un pays ennemi avec 23,000 hommes, laissant une armée maîtresse des défilés entre lui et son autre armée, ses subsistances et ses bagages. La position prise était donc aussi mauvaise que possible, et il était contraire à la théorie de la guerre d'occuper un camp dominé par des hauteurs. La gauche et le centre étaient bien inattaquables; le seul point à soutenir élait Lowositz : c'est ce que vit le maréchal, mais il ne s'aperçut pas qu'il était commandé par le Loboschberg. Si l'ennemi eût été repoussé, il n'aurait pu le poursuivre ni avec de la cavalerie ni avec de l'infanterie.
L'Impératrice lève 2 régiments de hussards et i d'infanterie, auxquels sont joints 2 régiments d'infanterie envoyés par l'électeur de Mayence et l'évêque de Wurlzburg; plus 3 régiments de cavalerie légère saxonne. Toutes ces troupes, avec celles déjà en Bohême, formaient l'armée du prince Charles de Lorraine.
Les Prussiens, de leur côté, ne perdirent pas de temps. H y eut pendant l'hiver entre les troupes légères quelques engagements sans importance. Les plans primitifs de Fiédéric pour l'entrée en campagne sont infiniment inférieurs aux plans accidentels qui lui furent inspirés dans le cours même de la campagne par la tournure des événements : il est plutôt l'homme des expédients et des ressources que de la conception grandiose première, plutôt le héros de la nécessité et du bon sens que celui de l'imagination hardie et du haut calcul. Jomini aurait voulu qu'au début de la campagne de 1756, Frédéric portât à la coalition formée contre lui un coup terrible, et qu'entre les trois lignes possibles d'opérations il choisît l'offensive, celle de la Moravie, où une grande bataille gagnée lui
(1) La bataille avait été sanglante, mais indécise. L'abbé de Bernis écrivait, le 13, à Pàris-Duverney : « Les Autrichiens et les Prussiens chaulent le Te Deumj la suite décidera du succès de celle journée; » et quelques jours après, dans une autre lettre : « Il est prouvé que la victoire prétendue du roi de Prusse est une fanfaronnade. Chacun a manqué son objet dans celte affaire : les Autrichiens n'ont pas délivré les Saxons, et les Prussiens n'ont pas pénétré en Bohême. »
eût permis de pousser jusqu'à Vienne. Napoléon, dans son précis des guerres de Frédéric II, dicté par lui à Sainte-Hélène, dit : « Des écrivains militaires ont avancé que le roi de Prusse devait pénétrer par la Moravie sur Vienne et terminer la guerre par la prise de cette capitale; ils ont ^o?Y;ileîit été arrêté par les places d'Omultz et de Brunn; arrivé au Danube, il y eût trouvé toutes les forces de la monarchie réunies pour lui en disputer le passage, dans le temps que l'insurrection hongroise se fût portée sur ses flancs. Une opération aussi téméraire eût évidemment exposé son armée à une ruine certaine. »
Dans cette courte campagne, qui ne dura que deux mois, Frédéric ne reste pas exempt de critique comme général et comme politique. Avant d'entrer en Saxe, sachant la ligue formée contre lui, il n'a tenté de former aucune alliance, ce à quoi il eût certainement réussi par sa prépondérance déjà acquise en Europe. Il n'a pas commencé la guerre en IToo, ou au moins au mois d'avril de 1756, quoiqu'il y fût aussi bien préparé qu'au mois d'août, lorsqu'il entra en Saxe, et que ses ennemis le fussent infiniment moins. C'est un axiome d'entrer en campagne le plus tôt possible; si on est sur l'offensive, on a le temps d'exécuter ses plans et projets; cela n'est pas moins nécessaire sur la défensive, parce qu'en prévenant l'ennemi, on consomme le pays qui doit le faire vivre. Il n'a pas marché en Bohême au moment où les Saxons se déterminèrent à défendre le camp de Pirna. L'armée autrichienne n'étant pas encore rassemblée, manquant même d'artillerie et de munitions, M. de Brown n'aurait pas pu s'opposer à son entrée en Bohême. En supposant M. de Brown repoussé, celui-ci devait se jeter sur le Danube, autant pour couvrir Vienne que pour assurer sa communication avec les troupes qu'il attendait de Flandre, d'Italie et de Hongrie : il trouvait donc la Bohême abandonnée.
Après cette expédition, les Prussiens prirent leurs quartiers d'hiver en Silésie et en Saxe, et les Autrichiens en Bohême. Pendant le quartier d'hiver de 1756 à 1757, les Prussiens et les Autrichiens firent plusieurs tentatives sur leurs postes, mais sans importance. De grands préparatifs ont lieu pour la campagne suivante; les troupes de Hongrie, d'Italie, de Flandre marchent sur la Bohême.