CHAPITRE II
Westphalie, Hanovre. (Maréchal d'Estrées.)
Janvier. Négociations, correspondances entre les cours de Versailles et de Vienne.
Février. ?.. Offre du roi à l'Impératrice d'un secours de 105.000 hommes sur le bas Rhin, et de 10,000 Wurtenibergeois et Bavarois. Mouvements des troupes hanovriennes et hessoises. — 19, Le roi de Prusse en Sa\e. — 21-22. Conférences de M. de Belle-Isle pour l'établissement des troupes sur le bas Rhin.
Mars. l"'. M. d'Estrées à la lêle de l'armée sur le bas Rhin. Le duc d'Orléans commandera l'armée en cas d'absence ou de maladie de M. d'Estrées. Ordre au prince deSoubise sur le bas Rhin : destiné à commander un corps séparé, en cas de jonction avec une armée impériale, il est employé en attendant à l'armée du bas Rhin. — 2. Troupes hanovriennes sur le bas Elbe réunies à celles de Brunswick, de Hesse et de Saxe-Gotha, formant une armée aux ordres du duc de Cumberland. — 3-4-5. Les premières troupes françaises commencent leurs inou- A'emenls par le bas Rhin et la basse Meuse. — 23. Les Prussiens évacuent Wésel et se retirent sur Lippstadt. M. de Soubise part de Versailles pour commander les troupes en mouvement. Le 25, à Bruxelles. — 25. L'armée iianovrienne se rassemble depuis "Werden jusqu'à Nienburg, et de Boden^verder à Ilameln.
— 26. T-e prince de Soubise à Maaseyck ; il envoie ordre à M. de Dombal, avec ses 4 B. autrichiens destinés à servir dans notre armée, de faire sortir un détachement de Ruremonde sur Clèves, Rees et Buderich.
Avril. 1". Clèves et Gueldre occupés par 4 B. autrichiens et les premiers régiments des colonnes de l'armée qui arrivent à Stockheim, Linnich, Neuss, et successivement par les troupes qui doivent les suivre. — 2. M. de Soubise à Maaseyck et Ruremonde. — 3. A ^^euss, laissant à M. de Lorges le commandement de la gauche des cantonnements dans le pays de Clèves, et à M. de Saint- Germain celui de 7 B. qui doivent former l'investissement de Gueldre, où les Prussiens ont laissé une garnison. — 4. Les Prussiens continuent leur retraite de Wésel sur Lippstadt, et de là sur Rietberg. puis Bielfeld, comté de Ravens berg. — 5. M. de Chabot part pour Wesel avec un détachement atin de prépare l'arrivée des troupes ; il y entre le 6. Clèves se soumet à M. de Dombal. — 8 M. de Saint-Germ;ûn dans Wésel à la tête de troupes françaises et autrichiennes
— 9. M. de Maillebois, de Neuss avec un détachement, à Mulheim. — 10 A Dorsten; à Haltern. Les Prussiens reviennent à Lippstadt. — 12. Les Ha novriens s'assemblent sur le Wéser. M. de Maillebois à Dulmen et Buldern Des troupes françaises entrent dans Cologne aux ordres de M. de Custine. — 14. M. de Soubise, de Neuss à Wésel, rejoint par M. de Maillebois qui a laissé
son détachement à M. de Grillon, par échelons sur la Lippe. Des hussards à Hanim. — 15. 2 B. autrichiens s'avancent de Wésel à Schermbeck. Les Prussiens continuent des mouvements sur la haute Lippe et les Hanovricns sur le "Wéser. L'inondation de Gueldre complètement formée. — 16. 1 régiment français à Schermbeck. — 17. M. de Saint-Germain sur Lippstadt, par Haltern et Liinen, avec 12 B. et 4 E. Le prince de Roauvau sur Munster avec 6 B. Les ennemis s'assemblent à >'ienburg et Hameln. Le duc de Cumberlandà Stade. — 23. Le prince de Soubise fait marcher un corps au delà du Rhin, pour soutenir M. de Saint-Gcrniain à Hamm. — 24. M. de Beauvau dans Munster. Les Prussiens évacuent Lippsladt et se retirent par le comté de Rietberg sur Bielfeld, dans celui de Ravensberg. — 25. M. de Saint-Germain à Soést : occupe Lippsladt. Hamm, Liinen, Dorlmund et Werl sur les bords de la Lippe. — 27. Le maréchal cTEstrées arrive à l'armée, se rend à Wésel. quartier général. — 28-29-30. Les ennemis forment des magasins à Bielfeld. Quelques troupes hanovriennes y ont joint les Prussiens.
Mai. 1". L'armée alliée sur le Wéser; 25 B. et 34 E. à Nienburg et à Hameln. Nouvelles troupes à Bielfeld. — 2. M. de CumberlanJ à Bielfeld. — 3. L'ennemi occupe Ri'^berg. — 4. M. d'Estrées, sur AVareiulorf. M. de Soubise, desliné à commander le corps sur la haute Lippe, part de Wésel. M. d'Armenlières organise le blocus de Gueldre, dont sera chargé M. de Beausobre. M. de Saint-Germain rapproche de Lijipstadt les troupes échelonnées sur la Lii>pe. C B. à Dorstein et Ilaltern pour soutenir Munster. M. de Muy occupe Limen et Dortmund avec G B. Le prince de Beauvau occupe Munster depuis le 24 avril. — 6. M. de Soubise de Lippstadt revient à Hamm, y laissant M. de Saint-Germain, passé sous ses ordres, pour mettre cette place en défense. — 8. Les 6 B., portés à Dorstein et Haltern, renforcent M. de Soubise. — 8-9. Une partie des Français passe le Rhin et forme un camp près de Wésel. Camp à Haltern aux ordres de M. de Laval. — 10. M. de Cuniberland. à Bielfeld, fait ouvrir des marches sur Rietberg et Osnabrùck. Des troupes se portent sur Versmold et poussent des détachements surRhéda. — 12. M. de Villemeur de Dorstein à Haltern. ADiilmen avec les forces des deux camps. M. de Laval conserve à Haltern quelques troupes de son camp. — 18. M. de Cumberland passe le Wéser avec 10 ou 12,000 Hanovricns ou Hessois, se dirige vers Paderborn, Lippspring. Les Prussiens restent à Bielfeld ; le gros de l'armée à Bracwede. Le poste de Rietberg couvre la communication de l'armée à Paderborn. — 20-21. M. d'Estrées de Wésel à Dorstein. M. de Soubise se porte avec sa réserve de Hamm à Lippstadt. M. de Muy remplace M- de Soubise à Hamm-, joint par 5 B. de M. de Laval. M. de Villemeur de Dulmen à Munster. Les 5 B. laissés à M. de Laval partent pour Hamm. — 25. M. d'Entrées à Munster, son quartier général. Les troupes du prince de Beauvau rentrent dans l'armée. — 26. 18 B. du camp de "W'ésel arrivent sous Munster. M. de Villemeur joint l'armée sous Munster. — 28. Le duc d'Orléans, parti le 25 de Wésel avec le reste des troupes, opère le même mouvement. — 29-30. Le duc de Brissac, avec le corps de cavalerie formé à Neuss, marche pour être à W^ésel les 29 et 30. Troupes encore dans les cantonnements de Ruremonde.
Juin. 1". M. d'Estrées à Munster avec 67 B. et 37 E. Il reste encore 32 E. à Ruremonde, plus 19 B. et 14 E. au blocus de Gueldres. M. de Soubise occupe
Lippstadt et les environs avec 20 B. et 20 E. Le duc de Cumberland avec 20,000 hommes à Bielfeld et Rielberg. Les Ilanovriens à Paderborn au nombre de 10 à 12,000 hommes. Le gros de l'armée à Brackwède. — 2. M. de Muy, de Hamm à Herzebrock. Les Hanovriens décampent de Paderborn et joignent à Brackwède. — 3. M. de Soubise avance des troupes à Gesecke, du côté de Paderborn abandonné. — 3-4-5. L'armée sur l'Enns : la 1" ligne pari de Munster le 3 et se porte à Telgte, le 4 à Warendorf, où la 1" ligne arrive le 5. La réserve reste à Telgte. — 7. M. de Soubise a Tordre de joindre l'armée pour passer l'Enns, le 7, à Wiedenbruck. L'ennemi évacue Rietberg dans la nuit du 8 au 9. — lo. La 2<^ division de l'armée à Herzebrock. — 11. Les alliés rapprochent leur gauche de Brackwède. — 12. L'armée française à Rhéda et \Medenbruck. Le prince de Soubise à Neuenkirchen près Rielberg. — 18. M. de Chabot attaque l'anière-garde ennemie à Bielfeld. Le duc de Cumberland se replie de Brackwède à Herford. — 16. Le prince de Soubise, nommé pour commander sur le Mayn, part de Versailles. M. d'Estrées change la composition de son corps : une partie marche vers la droite sur Paderborn avec M. d'Armentières, et le reste par la gauche vers le bas Wéser avec M. de Broglie. — 17. L'ennemi repasse le Wéser. — 18-19-20. L'armée à Bielfeld le 20. M. d'Armentières entre Oerlinghausen et Detraold. M. de Bruglie en avant de Ravensberg. — 24. Les Prussiens à Minden, un autre corps à llameln. Le maréchal d'Estrées envoie deux reconnaissances vers le Wéser. — 25. Les ennemis portent la plus grande partie de leurs forces sur Minden, laissant un corps considérable sous Hameln. — 26-27. L'armée française à Bielfeld. Le maréchal d'Estrées renforce M. de Broglie. M. de Chevert détaché avec un corps à Herford. M. de Souvré à Lemgo.
Juillet. 3. M. Dauvet, parti vers la fin du mois de juin pour lever des contributions en Ost-Frise, s'empare d'Emden. — 5. M. de Broglie se porte à gauche d'Herford sur la droite de Minden. M. de Chevert fait de fausses attaques sur Rehme et Vlo- Iho. M. de Souvré reste à Lemgo. Le duc d'Orléans, avec 28 B. et 32 E., de Bielfeld se dirige vers la Hesse, puis sur Brackel. M.'dArmentières d'Otlinghen à Lippspring; le 6, marche à Driburg, et le 7 à Erckeln. — 8. L'armée part de Bielfeld. M. d'Armentières jette deux ponts à Biankenau. M. de Broglie doit se tenir à la rive gauche, près de Bodenwerder. M. de Chevert en marche le long du Wéser, à la hauteur de Corvej . M. de Souvré sur Trendelburg. Les petits postes ennemis se retirent à l'approche de M. d'Armentières. — 10. Le maréchal d'Estrées à Biankenau; son quartier à Corvey. M. de Contades détaché avec une partie du corps d'Orléans pour s'emparer de la Hesse. — 11. M. d'Armentières fait descendre un de ses deux jionts à Hoxter. Le duc d'Orléans, avec le reste de son corps, à Hoxter. — 12. M d'.\rmenlières fait descendre le 2' pont à Trendelburg. M. de Souvré, outre le pont qu'il reçoit de M. d'Armentières, en jette un autre. M. de Contades remplace le duc d'Orléans à Warburg. y reçoit la soumission de Cassel, Marburg et tout le pays. M. de Perreuse, qu'il détache en avant, s'empare de Munden, sur le haut Wéser. L'armée, qui a trois ponts, arrive à Corvey. — 14. M. d'Armentières de Biankenau à Luchtringen, où il est joint par M. de Lorges. — 15. M. de Contades entre dans Cassel. M. de Perreuse s'empare de Gottingen. — 16. Toute l'armée passe à la rive droite du Wéser, campe à Holzminden, rejointe par MM. de Chevert et de Souvré. M. d'Armentières passe
le Wcser et se porte oji avant d'Oldendorf. M. de Broglie reste sur la rive gauche à hauteur de Blomberg. — 17. Le maréclial laisse M. de Contades en Hesse avec 11 B. et 10 E. ; 1 B. occupe Marburg, le reste réjouit l'armée. L'ennemi a quitté Minden et campe sous Hamein, la droite à Afferde, la gauche à Haslenbeck. — 18. M. de Langeron nettoie la forêt de Solingen. Le duc d'Orléans envoyé avec 100 compagnies de grenadiers et tous les dragons pour chasser les partis des alliés répandus dans la gorge d'Oldenforf à Eimbeck , éclairer la marche de l'armée et protéger M. d'Armentières en avant d'Oldendorf. Jl détache à Eimbeck, sous M. de Randan, 1 brigade d'infanterie et 1 de cavalerie pour en recevoir autant revenant de Gottiugen. Le duc de Cumberland s'avance à Wegensen avec 7 ou 8,000 hommes. — 19. M. d'Armentières en avant d'Oldendorf. M. de Broglie à gauche du Wéser. — 20. L'armée se porte à Oldendorf. A l'arrivée de la 1" ligne de l'armée à Scharfoldendorf, le duc d'Orléans marche sur Wegensen. M. de Cumberland se replie de Wegensen sur flalle. — 22. L'armée marche sur Halle. M. d'Armentières forme l'avant-garde sur Heyen et la soutient adroite sur la Lenne. M. de Randan à Eimbeck. L'ennemi réuni à Hastenbeck, avec des iiostes en avant et sur les flancs. — 23. M. d'Armentières rencontre à Hoyen des partis qu'il re|)0usse sur Borry. — 24. L'armée à portée de Borry pour soutenir l'avant-garde. M. de Broglie par la gauche du Wéser pour se porter sur les derrières des ennemis. M. de Randan à Risperode sur la chaussée de Hanovre. Les ennemis, qui gardaient Borry et les hauteurs, se retirent à l'approche de M. d'Estrées. Le duc de Cumberland se concentre à Hastenbeck. — 25. L'armée française passe les montagnes et se met en bataille. M. de Broglie franchit le Wéser. — 26. Bataille d'Hastcnbeck. L'armée sur le champ de bataille. Le duc de Cumberland se retire derrière la rivière d'Hameln. — 27. M. de Fitz- James détaché pour observer l'ennemi. Investissement d'Hameln. M. de Broglie repasse à gauche du Wéser pour l'investissement d'Hameln. — 28. Capitulation d'Hameln, — 31. L'armée passe l'Hameln. M. de Broglie reste à gauche du Wéser, à hauteur d'Hameln. M. de Randan à Risperode. L'ennemi se retire de Minden sous Loccum.
L'invasion de la Saxe par les Prussiens causa une vive sensation en Europe. On désapprouvait la conduite de Frédéric II, sans en vouloir connaître les raisons. Le roi de Pologne, qui se gardait bien d'avouer ses intrigues, criait contre celte violence. Ces plaintes retentissaient à Versailles, à Saint-Pétersbourg et dans toutes les cours. Les ministres autricbiens avaient aigri l'esprit de la nation française pour l'entraîner dans la guerre d'Allemagne et à prendre le parti du roi de Pologne. Versailles, qui au fond désirait une rupture ouverte, afin d'attaquer l'Angleterre dans ses possessions du Hanovre au lieu de continuer contre elle la lutte sur mer, se rendit sans difficulté aux pressantes sollicitations qu'on lui faisait de toutes parts; elle renvoya de Paris le ministre prussien, rappela celui qui
résidait à Berlin, déclarant que l'invasion et l'occupation de la Saxe était une violation du traité de Westphalie, garanti par la France. Louis XV fit plus encore : il entraîna les Suédois dans cette guerre. D'un autre côté, l'alliance de la France avec l'Autriche restait toujours considérée comme un chef-d'œuvre de politique, et les ministres impériaux usèrent si adroitement de leur influence dans les conseils du roi, qu'au lieu de 24,000 hommes d'auxiliaires que la France s'engageait de fournir à l'Impératrice-reine, ils en obtenaient 100,000 ou en réalité 90,000 à l'effectif, destiftés à passer le Rhin. La campagne faite par Frédéric II montrera comment, par les intrigues de la cour de Vienne, le roi de Prusse fut à la veille d'être accablé sous le nombre de ses ennemis ; mais aussi comment il sut triompher, autant par sa constance dans le malheur que par son génie.
A cette époque, les esprits en France touchaient à cet état d'exaltation qui présage la révolte ou les crimes; depuis quelque temps des lettres menaçantes arrivaient aux ministres, sortes de pronostics ordinaires dans les moments de fermentafion : ces lettres anonymes, avec des emblèmes hiéroglyphiques, annonçaient un événement sinistre. La veille des Rois, un attentat jette l'alarme à Versailles; au milieu de ses gardes, Louis XV montait en carrosse vers 6 heures, pour aller souper et coucher à Trianon, lorsqu'il se sentit atteint d'un coup au côté droit entre les côtes. La nuit était déjà avancée; sous la voûte, peu éclairée, stationnait une multitude ordinaire d'oisifs ; un froid rigoureux obligeait les spectateurs de s'envelopper dans leurs manteaux. Le régicide en avait un, et, après avoir commis son crime, s'était rejeté dans la foule, où il aurait peut-être échappé aux recherches, s'il avait eu la précaution d'avoir le chapeau bas comme tout le monde. Robert- François Damiens, né en 1715 àThienlloy, près d'Arras, en Artois, n'appartenait pas aux fanatiques religieux de la classe des Clément et des Ravaillac. Il fut égaré, entraîné malgré lui vers son crime par les propos les plus anarchiques, les plus exaltés, tantôt d'un parti, tantôt de l'autre, et qu'en sa qualité de domestique il entendait tenir à table, propos qui lui bouleversaient le sang et exaltaient son cerveau jusqu'à la démence. Gomme les plaintes qu'il entendait sans cesse, soit des gens d'Église, soit des hommes de robe, soit des citoyens honnêtes gémissant de ces divisions, por-
talent toujours contre une administration vicieuse; qu'il était trop ignorant pour savoir qu'un souverain n'est qu'un représentant de l'État, il ne vit dans son délire que le roi à qui s'adresser. Par le fait, Damiens n'eut jamais dans le cœur aucune haine; son intention ne fut jamais de tuer le roi , mais de le blesser seulement afin de le ramener à Dieu et à la nation. La blessure, fort légère, ne donna même pas la fièvre. L'attention une fois éveillée par ce crime, les partis s'en accusèrent mutuellement. Dans la nuit du 17 au 18 janvier, Damiens fut transféré de la geôle des gardes du corps à la prison du Palais. L'arrêt de sa condamnation est du 26 mars; la séance s'ouvrit à 8 heures du matin et ne finit qu'à 7 heures 1/2 du soir : il fut condamné au même supplice que Ravaillac, et le 28 mars, à 4 heures 3/4, il le supporta avec une fermeté intrépide (1). Dans le public, l'agitation des esprits croissait chaque jour par les violences du gouvernement sur la magistrature, les auteurs, les imprimeurs et colporteurs de libelles contre la religion ou l'autorité royale. Celte agitation s'augmenta par les nouvelles de la guerre. Pendant la durée du procès de Damiens, le conseil des ministres est présidé par le Dauphin, qui pour la première fois y entre le 15 janvier; il y montra beaucoup de prudence, d'esprit, de sagacité et de respect pour le roi.
Pendant ce temps continuaient les négociations pour le traité avec l'Autriche. Marie-Thérèse, faisant appel à tous les sentiments dans les cours catholiques, cherchant un appui près de la Dauphine, fille d'Auguste III, se servant même de l'assassinat de Damiens, qu'elle impute aux machinations du roi de Prusse, arrive à conclure une convention par laquelle Louis XV prendra à sa solde des Bavarois et Wurtembergeois laissés à la disposition de l'Autriche, et qu'il mettra sur pied une armée qui ne posera les armes que lorsque rimpératrice-reine recouvrera la Silésie, Glatz et Crossen. Enfin la Russie et la Suède accèdent au traité de Versailles; l'Espagne et les Provinces-Unies seules promirent de garder la neutralité.
D'un autre côté, Frédéric V, roi de Danemark, restait seul disposé à coopérer avec l'Angleterre, car il avait épousé Louise, fille de George II; mais comme il avait déjà accepté un subside de la
(1) Pièces originales et procédures du procès fait à Robert- François Damiens, tant à la prévôté deVhàtel de ville qu'en la cour du Parlement. — Paris, chez Pierre-Guillaume Simon, 1 vol. in-S", ou 4 vol. in-12.
France et que ses relations avec l'Angleterre étaient affaiblies par la mort de son épouse et par le mariage qu'il contracta ensuite avec Julie-Marie, princesse de Brunswick, parente de l'Impératrice-reine, il se rangea de notre côté. George II forme alors sur le Wéser une armée d'observation, composée de troupes hanovriennes et hessoises, dont le duc de Cumberland prit le commandement. Le roi de Prusse avait proposé de faire de Wésel une place forte, d'établir l'armée d'Angleterre derrière la Lippe, entre celte ville et Lippstadt, position qui couvrait la Westphalie; mais ce plan ayant été trouvé trop étendu, il envoya 6,000 hommes à l'armée de Cumberland et renonça à la défense de ses États de Westphalie.
Les négociations se poursuivaient avec la cour de Vienne. Le roiavait nommé le prince de Soubise pour commander provisoirement une armée et désigné les officiers généraux d'état-major, quand Marie-Thérèse suspendit la marche de ce corps.
M. d'Estrées {\), notre négociateur, mécontent de ce changement, et convaincu que les instances près la cour de Vienne sur cette demande de 24,000 hommes se motivaient par la persuasion qu'indépendamment de ce secours, de grands efforts sur le bas Rhin seraient nécessaires, cherche à faire revenir l'Impératrice sur cette dernière détermination. Il obtint que, dans le cas oii la neutralité du Hanovre serait acceptée, la cour de Vienne se contenterait d'un secours direct de 3,000 Wurtembergeois soudoyés par le roi, et, dans le cas contraire, de 10,000 hommes d'infanterie, dont 6,000 Wurtembergeois et 4,000 Bavarois. La négociation ne fit aucun progrès pendant le reste du mois de janvier 1757. Le projet de neutralité à l'égard de l'électorat de Hanovre étant dressé, l'artillerie de siège et la question de savoir par qui elle serait fournie occasionnèrent de nombreux débats. Beaucoup de correspondances sont échangées sur les plans de campagne des armées combinées; enfin la lettre du maréchal de Belle-Isle, du 2 février, qui autorisait M. d'Estrées à offrir le secours de 105,000 hommes pour agir sur le bas Rhin, et de 10,000 Wurtembergeois et Bava-
(1) Pendant l'hiver, le comte d'Estrées fut envoyée Vienne pour s'entendre sur le plan de la campagne prochaine ; à son retour, il est nommé général en chef de l'armée rassemblée sur le bas Rhin. On avait grande opinion de sa capacilé , il s'était fait une réputation dans la dernière guerre, le maréchal de Saxe l'employait en toutes occasions.
rois soudoyés par S. M. au service de l'Impératrice, termina les discussions. Ces propositions mirent fin aux lenteurs et aux irrésolutions de la cour de Tienne, et il ne resta plus que quelques difficultés sur l'artillerie de siège.
Pendant ces débats, le roi met sa signature à une convention avec l'électeur palatin relativement à un corps de 6,000 hommes que ce prince s'était engagé à lever et à mettre à sa disposition; M. deRyhiner presse la levée de 1,800 soldats ordonnée par l'électeur de Cologne pour le service des alliés, et contrariée par la régence de Munster. Les troupes hanoviennes et hessoises, que la crainte d'une descente dont la France menaçait l'Angleterre avait appelées à la défense de cette île, sont rappelées en Allemagne, et celles de l'Impératrice quittent les Pays-Bas , se rendant en Bohême, Les glaces, d'un côté, arrêtent la marche des Russes, et le roi de Prusse, de l'autre, continue à épuiser la Saxe par des contributions et des achats de grains pour l'établissement de ses magasins. Ces quelques mouvements dans les troupes prussiennes en nécessitent dans celles d'Autriche. Le village d'Hirchfeld, près Zittau, est attaqué le J9 février, et les Prussiens, après une vive résistance, sont forcés de l'abandonner avec perte de 3 à 400 hommes, 2 pièces de canon et quelques prisonniers.
A Versailles, on s'occupait de la marche des troupes destinées à former l'armée du bas Rhin, et des conférences avaient eu lieu à ce sujet chez M. le maréchal de Belle-Isle le 21 et le 22 (1), pendant que M. d'Estrées travaillait à Vienne à aplanir les difficultés relatives à leur passage dans les Pays-Bas et les États de l'Empire. Les directions des routes sont arrêtées, les entrepôts des vivres et des hôpitaux fixés, les réquisitoires et passeports de l'Impératrice expédiés, et des commissaires français et impériaux envoyés sur les lieux de passage pour toutes les fournitures nécessaires aux troupes. La mission de M. d'Estrées se termine enfin par un arrangement sur la grosse artillerie et les dépenses des
(1) D. G., 21 et 22. Projets de cantonnements pour les troupes partant de différents points de la frontière, dirigées sur la Meuse, depuis Huy jusqu'à Stockheim et Maaseyck, avec la supposition d'être autorisé à en placer dans les faubourgs de Liè^e. Les volontaires royaux (Beizunce) devront partir les premiers avec 4 E. de cavalerie. Dispositions préparatoires pour faire marcher 2i B. et 4 E. sur trois colonnes et les porter sur le Rhin, la droite à Neuss, la gauche à Clèves.
sièges, et par la convention pour le service des armées combinées. MM. de Soubise et de Maillebois préparent l'établissement des troupes sur le bas Rhin. Ils reçoivent des instructions à ce sujet, et des lettres de service sont adressées aux officiers généraux et d'état-major appelés sous leurs ordres.
Les négociations terminées, on s'occupe des moyens de remplir les nouveaux engagements contractés avec l'Impératrice. Le mois de mars est entièrement consacré aux dispositions relatives à la marche des troupes qui devaient se rassembler sur le bas Rhin.
Le roi choisit M. d'Estrées, et l'élève, le 24 février, à la dignité de maréchal de France, pour commander cette armée, avec M. de Maillebois comme maréchal général des logis et M. de Lucé comme intendant. En même temps est expédié un pouvoir à M. le duc d'Orléans, premier prince du sang, pour prendre le commandement en cas d'absence ou de maladie de" M. le maréchal. Cette armée, dite armée auxiliaire, par sa dénomination assujettissait les opérations de la France à la maison d'Autriche, et sous ce rapport ôtait au roi son caractère de protecteur, d'arbitre, de pacificateur dont il jouissait jusqu'à ce jour. Cette armée n'en était pas moins la plus belle qu'on eût vue depuis longtemps : pendant neuf années de paix, on s'était occupé de la discipline, bien que l'esprit de critique regardât comme une grande faute d'avoir introduit l'exercice prussien en étouffant l'instinct français.
M. le prince de Soubise, dès l'année précédente destiné à commander le corps de troupes auxiliaires que la France s'engageait à fournir à l'Impératrice, reçoit de nouveaux pouvoirs pour un corps séparé qui, suivant les circonstances, devait joindre l'armée de l'Impératrice en Bohême ou se réunir à celle de M. d'Estrées. Ce corps devant être composé des premières troupes qui marcheraient sur le bas Rhin, il lui est adressé une instruction sur la marche de ces troupes et sur les cantonnements à prendre sur la Meuse et le bas Rhin. Dilférents officiers d'état-major envoyés en Allemagne pour prendre connaissance du pays dans lequel les armées devaient opérer, aussi bien que pour donner avis des mouvements de troupes étrangères, annoncèrent que le dernier transport des troupes hanovriennes arrivait le 2 mars sur le bas Elbe , et que ces troupes, réunies à celles de Brunswick, de Hesse et de Saxe-
Gotha, formeraient une armée dont M. le duc de Cumberland prendrait le commandement.
Dans les premiers jours du mois de mars, les Autrichiens prononcèrent quelques mouvements vers Gabel et Reichenberg jiour la sûreté de ces débouchés. Les Prussiens en firent aussi du côté de Freyberg, où ils formèrent un rassemblement. Les inquiétudes sur Munster et le voisinage des Prussiens engagèrent l'électeur de Cologne à donner des ordres sévères à sa régence afln de mettre cette place en état de défense, et à charger le colonel Ryhiner de la direction de ces travaux.
Ainsi commençait celte guerre de Sept ans, qui ne fut pas aussi glorieuse pour nos armes qu'elle aurait pu l'être ; elle est néanmoins, sans contredit, la partie la plus mémorable du règne de Louis XV, elle a servi de leçons et d'exemples aux troupes des puissances européennes, elle forma un grand nombre de bons officiers. Nos malheurs à celte époque s'expliquent aisément : de 1748 à 1736, la France vécut dans une prospérité jusque-là sans exemple, dans une expansion énorme de jouissances intellectuelles et sensuelles. L'armée fiUalement s'y énerva, et quand la guerre dut la^tirer de cette oisiveté de la paix, l'armée, qui se croyait toujours elle-même, se trouva tout à coup affaiblie à tous les degrés de la hiérarchie. L'influence de l'époque, le goût de bien vivre, avaient créé des nécessités auxquelles on ne savait plus se soustraire. De plus, les deux hommes qui, à l'intérieur, auraient pu donner une heureuse impulsion aux affaires avaient été disgraciés. Par suite d'influences de cour, M. de Machault et M. d'Argenson quittaient le ministère le même jour (1" février 1757). Louis XV les remercia en ces termes :
« Monsieur de Machault, quoique je sois persuadé de votre probité et de la droiture de vos intentions, les circonstances présentes m'obligent de vous redemander mes sceaux et la démission de votre charge de secrétaire d'P^tat de la marine; soyez toujours sûr de ma protection et de mon amitié; si vous avez des grâces à demander pour vos enfants, vous pouvez le faire. Il convient que vous restiez quelque temps à Arnouville (1). »
« Monsieur d'Argenson, votre service ne m'étant plus nécessaire, je vous ordonne de me remettre la démission de votre charge de
(1) Seigneurie, près de Gonesse (arrondissement de Pontoise, Seine-et-Oise), érigée en comté eu faveur de J.-B. de Machault.
secrétaire d'État de la guerre et de vos autres emplois, et de vous retirer à votre terre des Ormes (1). »
Ces deux disgrâces furent une faute, et nos malheurs commencèrent à celte époque. M. d'Argenson (2), par ses lumières et son expérience, aurait, dans ce moment, bien conduit la guerre; son neveu, M. de Paulmy, trop jeune, manquait des connaissances nécessaires à l'ouverture d'une canipagne. Quant à M. de Machault, sérieusement au fait des détails de la marine, il était aimé et respecté; M. de Moras n'était pas en état de le remplacer, bien qu'ayant de l'esprit. Il réunit la marine au contrôle des finances.
Cette guerre présente quatre théâtres d'opérations : un contre la Russie, sur le Prégel, la Vislule et l'Oder; le deuxième contre la Suède, dans-la Poméranie et aux environs de Stralsund ; le troisième dans le Hanovre, où opère une armée française contre le duc de Cumberland; le quatrième, où Frédéric commande en personne et où il lutte contre les armées autrichiennes, soutenues de l'armée franco-allemande du prince de Soubise.
L'armée française, dite de Westphalie, livrée à ses propres forces contre celle des alliés (anglaise, hanovrienne et hessoise), conduite par le duc de Cumberland, est mise sous le commandement du maréchal d'Eslrées, mais dirigée les premiers mois de l'année par le prince de Soubise.
Vers le 15 février, les premières troupes (3) commencèrent leur mouvement sur le bas Rhin. Les commissaires envoyés près des princes et États de l'Empire conclurent des traités pour les fournitures des troupes, et M. le baron de Zuckmantel fit avec l'électeur
(1) Seigneurie du Poitou, près Cliâtellerault (Vienne), érigée en baronnie en 1652 et qui passa dans la famille Yoyer d'Argenson.
(2) M. d'Argenson soutint pendant quelque temps sa disgrâce avec assez de fermeté; mais au bout de cinq ans, pris par le cliagrin, il mourut en exil, le 22 août 1764, ne sachant même pas qu'il avait reçu la permission de rentrer à Paris. M. de Machault, au contraire, loin d'être abattu, se livra à l'étude. Bien qu'il fût question de l'appeler an ministère à l'avènement de Louis XVI, il ne rentra pas aux affaires. Mort à la prison des Madelonnettcs en 1794.
(3) État des troupes qui doivent déboucher sur le bas Rhin, avec la date des jours, se portant sur Neuss et Linnich. 12 B. 4 E. volontaires royaux , 1 ; de Saint-Germain : Champagne, 4 ; de Metz : Royal-Suédois, 2 ; de Thionville : Royal- Pologne, 1 ; la Dauphine, 1 ; Prince Louis de Nassau, 1 ; de Sarrelouis : Royal- Bavière, 2; de Phaisbourg, de Vienne et Lameth, 4 E. de Tout.
palatin une convention particulière au sujet de l'occupalion de Dusseldorf. Les difficultés éprouvées relativement aux approvisionnements amenèrent quelques changements dans les époques fixées pour le départ des troupes du second mouvement.
Dans le courant de mars, les premières colonnes sont en mouvement de Lille, Valenciennes et Maubeuge pour se porter sur Wésel, dont on pensait faire le siège.
Les Prussiens, qui, le 15 mars, avaient commencé l'évacuation de Wésel, abandonnèrent entièrement cette ville le 24, après avoir détruit une partie des ouvrages. La garnison se retira sur Bielfeld et Lippstadt.
C'est le 17 que la diète germanique met Frédéric au ban de l'Empire, et donne l'ordre à l'armée des cercles de marcher contre lui; l'Allemagne alors se divise : la plupart des Etats font cause commune avec l'Autriche et signent des traités avec la France; cependant le Hanovre, le Brunswick, la Hesse et quelques princes saxons restent alliés de la Prusse. George II eût désiré obtenir de l'Autriche la neutralité du Hanovre pour ne pas engager l'Angleterre dans une guerre continentale qui alarmait le Parlement. Il fit valoir auprès de Marie-ïhérèse les services rendus, et s'offrit médiateur entre elle et Frédéric; mais l'Impératrice posa des conditions inacceptables, la Czarine ne voulut écouter aucune proposition d'une puissance qui l'avait abandonnée, et la France encouragea ces résistances par une diversion à la guerre maritime.
Des nouvelles confirmaient que des émissaires prussiens achetaient des grains et des fourrages dans la haute Franconie et le haut Mayn, et que l'armée hanovrienne se rassemblait depuis "Werden jusqu'à Nienburg sur le Wéser et de Rodenberg à Hameln. L'évacuation de Wésel par les Prussiens dérangeait les plans de la France; on avait compté sur la durée probable du siège de cette place pour se donner le temps de préparer les subsistances indispensables à la marche de l'armée entre le Rhin et le Wéser; et il advint qu'en se fondant sur une opération toute problématique, le munitionnaire général, Pâris-Duverney, n'avait encore pu assurer les vivres et le fourrage à l'armée.
Le 26, M. le prince de Soubise (1) arrivait à Tongres, et, ayant
(1) Maaseyck, 31 mars. — Le prince de Soubise au ministre de la guerre : « Je
appris l'évacualion totale de Wésel et le départ de la garnison de celte ville, fit sortir de Ruremonde un détachement autrichien des troupes aux ordres de M. de Dombal et de la troupe de Fischer, qu'il dirige sur Glèves, Rées et Buderick pour arrêter les derniers bateaux chargés sur le Rhin.
MM. de Saint-Germain et de Maillebois étant arrivés à Maaseyck, M. le prince de Soubise travaille avec ce dernier à un projet de cantonnement des 24 B. et 4 E. alors à ses ordres. Leur position n'avait eu pour objet que l'établissement du pont de Stockheim, et, ce pont devenu inutile, M. de Maillebois fit reconnaître les débouchés de la Roër, d'Heinsberg à Wassenberg, pour s'assurer s'il ne serait pas plus avantageux de le faire descendre à Ruremonde. Il envoie aussi des aides-maréchaux de logis reconnaître la position que M. de Soubise projetait comme cantonnement des troupes en les portant, la droite à Neuss, et la gauche dans le pays de Glèves. Par cette disposition il se mettait en état d'entreprendre le passage du Rhin, aussitôt qu'on le jugerait nécessaire. Les mouvements des Prussiens continuaient dans le Vogtland et la Lusace, et M. le maréchal Daun conimandait l'armée autrichienne en Silésie.
Le 27 mars, le prince de Soubise remet au maréchal d'Estrées le commandement qu'il exerçait par intérim et reçoit la direction d'un corps dit de réserve, mais qui, dès le début de la campagne, opère cependant à l'avant-garde.
Le maréchal d'Estrées campe à Wésel (t), d'où les ordres de Versailles le pressaient de chercher le duc de Gumberland et de le combattre.
Un second traité se signe le 1" avril, jour anniversaire du premier. Gette fois la France et l'Autriche, non contentes de stipuler les conditions de leur engagement commun, règlent d'avance l'objet et les résultats de la guerre. L'Autriche reprendra la Silésie, le comté de Glalz et le duché de Grossen; Magdeburg et Halbers-
« compte partir demain, pour aller coucher à Ruremonde. Un détachement de Fischer « s'est approché de Gueidres dans la matinée ; le rapport est qu'on travaille aux « écluses et aux inondations. »
(1) Autrefois ville impériale et anséatique, dépendant à cette époque du duché de Clèves, appartenait à la maison de Brandebourg ; environnée de bonnes fortilications, passait pour aussi forte que Luxembourg.
tadt seraient rendues ù la Saxe, la Poméranie à la Suède, les possessions de la Prusse sur le Rhin à différents princes. L'Autriche cédait à la France Ostende, Nieuport, Furnes, le fort de Knock, Ypres, Mons, Chimay, Beaumont; on rasait Luxembourg, constituant ainsi avec le reste des Pays-Bas autrichiens une souveraineté peur l'infant de Parme. La France devait occuper immédiatement les deux premières de ces places à titre de gage, et l'Autriche à titre définitif les États de Parme, se réservant aussi la réversibilité des Pays-Bas donnés à l'infant, s'il ne laissait pas d'héritier direct, ce qui paraissait probable. Dès lors la succession du royaume des Deux-Siciles redevenait libre. La France promettait de seconder l'élection du fils de Marie-Thérèse, Joseph I", comme roi des Romains, d'appuyer les efforts d'Auguste IR pour rendre la couronne de Pologne héréditaire dans la maison de Saxe, et même de lui fournir, concurremment avec la cour de Vienne, les subsides nécessaires.
Pendant ces négociations, le prince de Soubise, poursuivant son mouvement en avant, occupe Wésel, le duché de Clèves, et forme en même temps le blocus de Gueldre (1). Les ennemis s'étaient retirés à Lippstadt (2), En même temps il faisait part à M. d'Estrées de ses projets (3) :
« Vous jugerez, par le compte que j'ai l'honneur de vous rendre des dispositions envoyées à M. de Lorges pour le blocus de Gueldre , que celte place sera investie et serrée de près, aussitôt que l'arrivée des troupes le permettra. Je laisse M. de Saint-Germain pour commander les 7 B. employés à ce blocus, et M. de Lorges se portera à Clèves pour commander tous les cantonnements de la gauche. »
On reçut alors la nouvelle que les Hanovriens avaient demandé passage dans l'évêché d'Hildesheim, pour prendre des quartiers le long du Wéser, et que les Prussiens évacuaient Lippstadt et se retiraient dans le comté de Rietberg.
Le 10 donc, M. de Soubise détache MM. de Maillebois et de Cril-
(1) Celte ville, assiégée inutilement trois fois dans le dernier siècle par les Hollandais, fut cédée au roi de Prusse par le traité d'Utrecht. Bâtie dans les marais de la Niers, elle était presque inattaquable par la possibilité de ses inondations. Formaient le blocus, 7 B. : Autrichiens, 3, Salis, 2, Belzunce, 2.
(2) Située sur la rivière de la Lippe, d'où elle tire son nom ; autrefois libre; appartenait aussi au roi de Prusse.
(3) (D. G. Allemagne.) Neuss, le 4 avril 1757.
Ion, avec instruction de s'avancer sur la Lippe et rassurer la ville de Munster, effrayée par le voisinage des Prussiens. M. de Maillebois devait se rendre dans cette ville pour prendre par lui-même une connaissance plus parliculière du pays et être en état d'agir promptement. Mais la neutralité qu'elle s'imposait, jusqu'à ce qu'elle eût reçu les ordres de l'électeur de Cologne, ne le lui permit pas. Il s'avance jusqu'à Buldern, où il laisse une partie du détachement de M. de Grillon, et, après avoir placé le reste par échelons sur la Lippe, il se rend le 14 à Wésel, où M. de Soubise établit son quartier général le même jour. Dans cet intervalle, les Prussiens étant retournés à Lippstadt, M. de Soubise pensa qu'ils n'avaient d'autre dessein que de consommer ce qui restait de fourrages en deçà du Wéser. En conséquence, il porte à Schermbeck 2 B. autrichiens de Wésel. Le lendemain 16, ils sont suivis du régiment de Reding, et, le 17, 15 B. passent le Rhin pour marcher sur trois colonnes entre la Lippe et la Roër, espérant par cette disposition obliger l'ennemi à repasser le Wéser, assurer la conservation des subsistances et donner des cantonnements au delà du Rhin aux troupes destinées à se porter en avant au commencement de la campagne.
Sur la confirmation des mouvements des Hanovriens sur le Wéser et des Prussiens sur la haute Lippe, M. de Saint-Germain (M. de Grillon et de Rougé sous ses ordres) se porte le 17, avec lOB. et 4 E., à Haltern et Lùnen, obligeant les ennemis à se retirer s'ils n'étaient pas en force, et en tout cas occupant les ponts les plus avancés sur la Lippe pour soutenir M. le prince de Beauvau en marche sur Munster, où il entre le 24 avec 6 B. de l'artillerie, 1 E. de dragons et de hussards.
Le 20, les Prussiens paraissaient encore vouloir se soutenir dans Lippstadt; mais la disposition de M. de Saint-Germain pour les couper détermine le prince de Hesse à évacuer cette place. Il se retire par le comté de Rielberg à Bielfeld. M. de Saint-Germain avec MM. de Grillon et de Rougé entre dans Lippstadt, le 2G, avec 10 B. et 4 E. , et place le reste de son détachement à Soëst, Lùnen, Werl et Dortmund. G'est à ce moment que le roi donna ses instructions à M. d'Estrées (1), qui s'occupa dès lors de reconnaître si l'inondation
(1) Les instructions du roi à M. le maréchal d'Estrées sont datées du 20 avril. Après avoir séjourné à Versailles le temps nécessaire pour communiquer les pians
pratiquée autour de Gueidre en permettait le siège, et, sur le rapport des ingénieurs, y destina 17 B. avec MM. d'Armentières, d'Orlick, de Dreux, de Maupeou et le duc d'Antin. M. d'Estrées aurait désiré les obliger à repasser le Wéser, mais l'état des approvisionnements ne le lui permettait pas encore. Il regardait comme impossible de quitter les bords du Rhin avant le 2o de mai, à moins que la circonstance indispensable de soutenir Munster ne l'y déterminât. Son intention dans ce cas était de faire passer 26 B., afm de renforcer ce qui se trouvait sur la Lippe; alors il devenait nécessaire d'abandonner Lippstadt et de replier les troupes jusque sur Hamm (1).
Le mois de mai n'offre encore aucun événement intéressant. Cependant les nouvelles du 1" annonçaient que 3 régiments hanovriens arrivaient à Bielfeld, et que 4 B. hessois passaient par Brème pour se rendre à Nienburg. On assurait aussi que ceux dans cette dernière place recevaient ordre de se porter sur Lippstadt. Suivant l'état des troupes des alliés sur le Wéser, ils rassemblaient déjà 25 B. et 34 E. tant à Nienburg qu'à portée d'Hameln.
Les troupes françaises continuaient d'occuper la même position sur la Lippe et du côté de Munster, où M. le maréchal d'Estrées croyait ne pouvoir agir que le 10. M. de Soubise, parti de l'armée le 4, rejoint sa réserve à Hamm, et M. d'Armentières se rend de nouveau devant Gueidre pour les dernières dispositions du blocus, dont il laisse le commandement à M. de Beausobre. Les mouvements des ennemis et l'arrivée de M. le duc de Cumberlandà Bielfeld déterminant M. de Saint-Germain à rapprocher de Lippstadt une partie des troupes laissées en échelle sur la Lippe, M. d'Estrées porte 6 B. à Haltern et Dorstein, et il ordonne pour le 8 le mouvement qui ne devait être exécuté que le 10, se disposant à ap-
concertés à Vienne, il arrive à Wésel le 27, trouvant la position des troupes plus avancée qu'il ne l'avait espéré. Immédiatement instruit de la disette des fourrages, il ordonne à tous les olficiers de renvoyer en France le surplus de leurs équipages, le premier en donnant l'exemple.
(1) Position des troupes à l'arrivée de M. d'Estrées.
Corps de Munster et communication sur la Lippe, M. de Beauvau : 8 B.; sur la haute Lippe, M. de Saint-Germain": 10 B,, 4 E.; entre la Lippe et la lluhr à Unna, Liinen, Dortmund, Schwerte et Herdecke, id. : 8 B., 2 E.; dans le duché de Berg, id. : 8 B., 10 E.; entre le Rhin et la Meuse, id : 50 B., 20 E. Des troupes doivent arriver successivement jusqu'au nombre de 110 B. et 127 E.
puyer Munster par 20 B. dans le cas où celte ville serait menacée. Le 4, les ennemis s'avancent à Rietberg au nombre de 4 à 5,000 hommes; le reste de leur armée, consistant en 22,000 hommes, devait s'y rendre en deux colonnes. M. d'Estrées, en conséquence, occupe avec 6 B. Liinen, Dortmund et Schwerte. Le lendemain eut lieu une escarmouche.
(D. G. Allemagne.) Wésel, 5 mai.
Le maréchal d'Estrées au ministre de la guerre.
« Fischer, étant allé à la découverte, a rencontré en avant de Warendorf 2 E. hanovriens. Le combat s'est engagé , les Fischer en ont tué trente à quarante, fait dix prisonniers dont un officier blessé. Ils n'ont pas perdu un homme , mais plusieurs chevaux tués et blessés. Ce détachement était commandé par un capitaine, M. Guerdan, et M. de Clery, lieutenant. Un oflicier, M. Marsin, a été blessé légèrement à la jambe. Ce premier début mérite quelque attention, car cette troupe s'est conduite avec beaucoup d'intelligence et de valeur. Il y avait de l'infanterie hanovrienne un peu en arrière qui a reçu les fuyards et fait cesser le combat. Les prisonniers ont dit que M. de Cumbevland était au camp et qu'il voulait marcher en avant. »
Le 8, arrivèrent plusieurs régiments hanovriens en deçà du Wéser; alors M. d'Estrées avance les 6 B. de Dorsten et Haltern, afin d'être plus à portée de soutenir les postes occupés par le corps de
Situation de la cavalerie française : Effectif de 37,432 chevaux.
1° Maison du Roi : Gardes du Corps, Gendarmes, Chevaux- Légers, Mousquetaires, Grenadiers à cheval, 9 compagnies ; 2° gendarmerie de France, 16 compagnies ; 3° cavalerie des troupes légères : chasseurs de Fischer, volontaires royaux, volontaires du Dauphiné, volontaires de Beyerlé, volontaires de Flandre, volontaires du Ilainaut et guides (dragons), 1 compagnie; 4° 63 régiments de cavalerie; 504 régiments de hussards; 6" 16 régiments de dragons. (D. G.)
L'infanterie s'élevait au chiffre de 236 B., formant 184,294 hommes, sans compter 149 B. de milices, inégaux il est vrai, mais formant 7 1 ,335 hommes]; plus 3,015 hommes de troupes légères propres au service d'avant-garde. (D. G.)
A la fin du mois d'avril, l'armée confiée au maréchal d'Estrées comprenait 110 B., 131 E. et 90 pièces de campagne, sans compter l'artillerie, dite légère, attachée à l'infanterie , à raison d'une pièce par B. (D. G.) L'armée de Hanovre se composait donc de 95,000 hommes environ. (D. G. Situation des troupes du 8 au 20 mai.)
M. de Soubise; en même temps, il ordonne de passer le Rhin à une partie des troupes restées en arrière et destinées à des camps.