‹ Les guerres sous Louis XV (volume 3)Chapitre 4 sur 20 · SUR LE WÉSER · texte numérisé non relu

SUR LE WÉSER

Camp de Ruremonde. — Clermont-Prince, 2; Dauphin-Étranger, 2; Archiac , 2; Royal-Piémont, 2; Royal-Étranger, 2; Harcourt, 2; Charost, 2; Cravates, 2; Conti, 2; Noailles, 2; la Reine, 2; des Cars, 2;Hainaut, 2; Fleury, 2; Orléans, 2; Dauphin, 2; Lenoncourt, 2 (34 E.).

Camp de Halteren. — Chartres, 2; Grenadiers de Modène et de Chantilly, 4 (6 B.). -^ Berri, 2; Bourbon, 2 (4 E.).

Camp de Dorstein. — Royal-Bavière, 2; Enghien, 2; Orléans, 2; Eu, 2; Menonville-arlillerie, 1; Royal-Pologne, 1; Nassau-Sarrebruck, 1 (11 B.). — Clermont-Tonnerre, 2; Bellefonds, 2; Royal- Pologne, 2 (6. E.).

C«wj9 de Wésel. — Picardie, 4; Champagne, 4; la Marine, 4; le Roi, 4; Lyonnais, 2; Dauphin, 2; Gardes lorraines, 2; Grenadiers de France, 4;Bergeret, 2; Artillerie, 1; Grenadiers d'Aulan, 2; Navarre, 4 (35 B.). Commissaire-Général, 2; Bourbon-Busset, 2; Henrichemont, 2; Talleyrand, 2; Dragons-Colonel-Général, 4 ; Harcourt, 4; Mestre-de-Camp, 4; Orléans, 4 (24 Ë.).

Corps de M. de Soubise. — Belzunce, 4 ; Poitou, 2; Provence, 2; Salis, 2; Reding, 2; Alsace, 3; Saint-Germain, 4 (16. B.). — Mestrede-Camp, 2; Saluées, 2; Condé, 2; Beauvilliers, 2; Lameth, 2; Cuirassiers, 2; Royal-Allemand, 2; Nassau, 2; Wurtemberg, 2; Marcieu, 2; la Rochefoucauld, 2; le Roi, 2 (24 E.).

Camp de Dusseldorf. — Aquitaine, 2; Fumel,2; Vienne, 2; Carabiniers, 40; Moutiers, 2; Royal-Roussillon, 2; Colonel-Général, 3; Bourgogne, 2; Dampierre, 2 (27 E.).

Corjjs de Munster. — La Couronne, 2; Vatan, 2; Conti , 2 (6. B.).

Destinations particulières de régiments d'infanterie. — Saxe-Gotha, 2; Royal-Suédois, 2, sur la Lippe. — La Dauphine, 4 ; Mailly, 4, à Herduke et Schwerte. — Aquitaine, 2; Bentheim, 2; Cambresis, 4, à Lunen et Meppen. — Condé, 2, Arsberg-Autrichien, 1; Conrten, 2, à Wésel et sur la Roër. — Lochman, 2 ; Vaubecourt, 2 ; la Roche-Aymon, 2; Berg, 1 ; Nassau-Usingen, 1; la Mark, 2; Artil-

lerie, 1, à Cologne. — Jenner, 2, à Ruremonde. — Losrios Autrichien, 1; Foix, 1; Périgord, 1 ; Lowendal, i, au blocus de Gueldre (36 B.). — Royal, 2; Dragons-d'Aubigné, 4; le Roi, A; Maugiron, 2 (12 E.), sur la Lippe. — Les hussards de Berchiny, Turpin, Polleresky, à hauteur de Cologne (1).

Le 10, le duc de Cumberland, encore à Bielfeld avec 22,000 hommes, marchait sur Rietberg et Osnabriick. Par celte disposition il tenait la Lippe en échec et restait maître du bas évêché de ^Munster, d'où il tirait toutes ses subsistances. De ce moment M. d'Estrées aurait désiré pouvoir se porter sur JMunster; mais les approvisionnements de fourrages n'étant pas à beaucoup près assez avancés, il devenait impossible de former des magasins et en même temps de marcher en avant. Pensant, le 20, rassembler 28 B. et 20 E. à Munster, 20 B. et 20 E. à Dulmen, 16 B. et 4 E. à Wésel, il espérait encore ouvrir des communications avec le corps de M. deSoubise pour le joindre vers Warcndorf, et qu'alors M. le duc de Cumberland (2) serait tenté de repasser le Wéser. Peutêtre aussi que, dans le cas où ce prince, connaissant le nombre de troupes laissées nécessairement en arrière, garderait sa position, il serait difficile de la lui faire abandonner, l'armée du roi n'ayant qu'un débouché de douze lieues pour s'avancer sur le Wéser et d'où elle pourrait recevoir ses ressources.

(1) Récapitulation : Camp de Ruremonde » 34

— Dusseidorf

— Halleren

— Dorslein

Corps de Souhise

Camp de Wésel

Corps de Munster

Destinations parliculières

situés dans la Gueldre, appartenant à la maison d'Autriche, sur qui les Hollandais et les Espagnols l'avaient conquise plusieurs fois.

(2) Cumberland (Guillaume-Auguste, duc de), né le 26 avril 1721, mort le 31 octobre 1765, troisième fils du roi George II. Blessé près de son père à Detlingen (1743) ; contre Charles-Edouard, à Culloden (1746). Battu par le maréchal de Saxe (1747) à Lawfeldt. Perd la bataille d'Hastenbeck (1757) et conclut, le 8 septembre, la convention de KIoster-Seven. Alors rappelé, le commandement des troupes alliées est confié au duc Ferdinand de Brunswick.

Le 11, les ennemis, portés sur Versmold, poussaient des détachements jusqu'à Rhéda. Cette nouvelle position les rapprochant de Munster, M. d'Estrées fit avancer sur Haltern le corps campé à Dorsten, aux ordres de M. de Villemeur. Ce même corps se porta le lendemain à Dulmen, à même d'être soutenu par 10 E. En même temps on faisait de grandes reconnaissances pour déterminer la position exacte des ennemis, comme l'indiquent les instructions :

« MM. de Vault et de Greaulme partiront, le 13, de Hamm pour se rendre le même jour à Erwitte. A Erwitte, il leur sera donné à chacun 23 dragons des volontaires royaux; l'un des deux s'en ira par Gesecke pour retomber à Buren le même jour, l'autre suivra le grand chemin d'Erwitte à Buren. Ils auront grande attention l'un et l'autre de reconnaître la nature du pays et ses ressources, l'espèce des chemins et les moyens qu'il y aurait de les rétablir, ainsi que les distances bien exactes de tous les lieux par où ils passeront. Celui qui passera par Gesecke pourra peut-être apprendre des nouvelles des ennemis, et s'il y en avait d'intéressantes, il les enverrait à iM'witte pour les faire passer à M. le prince de Soubise. Ils se réuniront à Buren, d'où ils se reporteront avec le détachement des volontaires royaux droit sur Warburg par le grand chemin de Paderborn à Cassel et tâcheront d'y arriver le 15; ils prendront, chemin faisant, toutes les connaissances dont on vient de parler ci-dessus sur tous les points qui peuvent aboutir au Wéser et ne s'arrêteront à Warburg que le temps nécessaire pour remplir leur objet; comme celui-ci n'est pas éloigné de Cassel, ils s'informeront, avant d'y arriver, si les Hessois n'ont point poussé de troupes, et comme ils ne vont pas là pour combattre, ils ne se porteraient pas jusqu'à Warburg et Volkmarsen et tâcheraient de regagner Brilon en laissant ces deux endroits sur leur gauche. De Brilon ils renverront les volontaires royaux à Erwitte, et à Brilon ils trouveront 2 compagnies de grenadiers de Reding qui les escorteront jusqu'à Meschède , d'où ils renverront encore ces 2 compagnies de grenadiers en passant par Erwitte. Ils trouveront à Meschède des grenadiers de Poitou et de Saint-Germain qui les escorteront jusqu'à Arnsberg, où ils trouveront les 2 compa'gnies de grenadiers dont on avait tiré ce détachement (1). »

(1) Instruction de M. de Broglie pour MM. de Vault et de Greaulme, aldesmaréctiaux généraux des logis, le 13 mai 1757.

Le 17, les ennemis restant immobiles, M. d'Estrées se détermine à conserver encore quelque temps son camp sous Wésel, et à ne se porter en avant que lorsqu'il serait absolument nécessaire.

Les nouvelles du 18 changèrent sa résolution; M. de Soubise lui écrivait que M. le duc de Cumberland faisait passer le Wéser à 10 ou 12,000 Hanovriens ou Hessois, qui semblaient s'approcher de Paderborn, et que ce prince parlait aussi d'attaquer Lippsladt. M. de Saint-Germain était à portée défaire entrer 10 B. dans cette ville, qui commençait déjà à être approvisionnée et secourue; tout portait à penser que le projet des ennemis était plutôt de consommer et d'enlever les grains et fourrages de l'évêché de Paderborn. M. d'Estrées aurait désiré pouvoir s'y opposer promptement, mais la difficulté des subsistances, qui jusque-là ne lui avait pas permis de rassembler son infanterie, l'obligeait davantage à se diriger sur Munster pour revenir prendre une position intermédiaire entre cette ville et Hamm. Il prie donc M. de Soubise de quitter ses cantonnements et de rassembler sa cavalerie, d'éclairer les mouvements ennemis, et de se mettre en état de soutenir Lippstadt; quant à lui, il se mettrait en marche le 21, et serait, le 25, entre Munster et Hamm avec 48 B. et 20 E,, plus 20 B. et 8 E., à portée de le joindre.

Le 20, les ennemis, campés à Lippspring, s'avancèrent à une lieue et demie en deçà de Paderborn. Comme ils ne prononcèrent aucun mouvement dans la journée du 21, M. de Soubise, campé sous Lippstadt, crut pouvoir attendre M. le maréchal d'Estrées. Il prit cependant la précaution de se faire joindre par les 6 B. de Hamm aux ordres de M. de Muy. Les ennemis restèrent plusieurs jours inactifs ; alors toute inquiétude cessa du côté de Lippstadt. M. de MaiHebois, arrivé à Munster le 23, en part le 24 pour reconnaître le cours de l'Ems depuis Telgte jusqu'à Widenbruck. Par cette reconnaissance, il cherchait les moyens d'obliger l'ennemi à abandonner sa position et de l'empêcher de consommer ce qui restait de fourrages dans le pays.

M. de Soubise au ministre de la guerre.

« De Lippstadt, le 30 mai 1757.

« Je ne vous ai point écrit depuis quelques jours, parce que notre

position a toujours été la même, conséqaemment à celle des ennemis; ils sont toujours dans leur camp en avant de Paderborn; j'ai été avant-hier le reconnaître, avec un détachement des volontaires royaux, sur une hauteur en avant de Salzkotten d'oii l'on découvre parfaitement la droite et la gauche de leur camp, et tout le monde s'est accordé à juger qu'ils étaient au moins de 13 à -18,000 hommes; quelques dragons de mon escorte se sont rapprochés des vedettes et de leurs grand'gardes, et personne n'a tiré; comme mon objet était de reconnaître tranquillement le pays J'avais défendu d'attaquer : ainsi j'ai eu le temps d'examiner leur position, qui paraît très bonne; je crois cependant qu'on pourrait aisément tourner la gauche en passant la rivière d'Alme à quelque distance au-dessus, mais ce serait une opération qui demanderait des forces supérieures à celles que j'ai. La droite de leur camp va jusqu'à Neuhaiis et la gauche couvre Paderborn... »

M. d'Estrées, à Munster, s'occupait alors des dispositions relatives à ses projets, mais il ne les prévoyait réalisables que dans les premiers jours de juin. Cependant M. d'Estrées n'avait pas perdu de temps, car, selon les projets formés avant l'ouverture de la campagne, il ne devait pas dépasser Munster avant le l"juin, et cela supposait des magasins dans cette ville. Il ne s'y trouvait pas le tiers de ce qu'il avait espéré y rassembler, et, suivant ses dispositions, il serait le C à trois marches en avant et à portée d'obliger l'ennemi à s'éloigner, ou en mesure de le combattre. La difficulté de subsister deviendrait extrême en s'éloignant du Rhin; la Westphalie est un pays ingrat, stérile; autrefois le grand Turenne eut de la peine à y vivre avec 23,000 hommes; dans ce moment, c'était 100,000 hommes, sans compter les inutilités entraînées à la suite des armées.

Dans les premiers jours de ce mois commencèrent réellement les opérations. Du 3 au 3 juin, l'armée toute réunie se porte successivement de Munster sur l'Ems à Telgte, puis àWarendorf. Le maréchal d'Estrées rassemblait sous Munster un camp de 67 B. et 37 E. ; M. le prince de Soubise occupait Lippstadt avec 20 B. et 20 E.

Le duc de Cumberland était à la tête d'environ 22,000 hommes tant à Bielfeld qu'à Rietberg, et les Hanovriens campaient sous Paderborn au nombre de 10 à 12,000. Ces derniers ne paraissaient

point tranquilles dans leur camp. La proximité des troupes françaises les inquiétant, ils ne s'occupaient qu'à rassembler et à détruire les fourrages dans les environs. « J'apprends, dit M. de Soubise que les ennemis ont décampé cette nuit de Paderborn. Je vais, en attendant les ordres de M. le maréchal^ faire avancer la brigade du Mestre-de-Camp-Général à Gésecke et pousser les volontaires Royaux jusqu'à Paderborn pour tâcher de conserver ce qui peut rester de fourrages dans le pays, et avoir des nouvelles plus sûres de l'ennemi. M. de Ghabo est à Neuhaus eta poussé des détachements jusqu'auprès d'un cabaret nommé Hollanderhaus, sur le chemin de Bielfeld; une colonne des ennemis a campé à une demi-lieue de cette maison et devait aujourd'hui continuer sa route sur Bielfeld par Wiedenbruck. M. de Bussi avec son détachement de volontaires a passé la nuit à Delbruck, je lui ai ordonné de s'approcher le plus près qu'il serait possible de Rietberg pour savoir si les ennemis y ont envoyé de nouveaux renforts et s'ils campent dans le voisinage de cette ville. M. Fischer esta portée de prendre des connaissances par Rhéda et Wiedenbruck. Le projet de M. d'Estrées étant d'obliger les ennemis à repasser le Wéser, la retraite des Hanovriens ne changea rien au mouvement ordonné pour rassembler son armée sur l'Ems. » « M. le maréchal, dit la correspondance de la guerre de Sept ans, a porté son armée sur i'Ems, où elle est campée en différents corps dont les mouvements ont été successifs. La l''Migne est partie de Munster le 3 pour aller camper à Telgte, et le 4 à Warendorf. La 2® est arrivée le 5 au même camp. La réserve, composée de 8B. de grenadiers et de 1 régiment de dragons, est demeurée à Telgte, et le corps qui était à Hamm, aux ordres de M. de Muy, s'est mis en marche le 2 et campe aujourd'hui à Herzebruck. »

M. de Soubise reçut l'ordre de joindre le gros de l'armée pour passer TEms, et se rendit le 7 à Wiedenbruck avec une partie de ses troupes; le reste y arriva le lendemain.

« M. de Soubise est arrivé avant-hier avec la réserve qu'il commande à Wiedenbruck, où ses troupes sont campées et sontpresque réunies avec le corps de l'armée, sa gauche s'approchant de Rhéda et notre droite en étant à environ 3/4 de lieues.

« ... M. le maréchal apprend l'évacuation de Rietberg; les ennemis y avaient 1,500 hommes qui se sont retirés pendant la

nuit, et les détachements et les volontaires de la réserve de M. de Soubise s'y sont portés sur-le-champ. Une compagnie de volontaires et le corps de Fischer sont toujours disposés en avant à deux lieues à peu près des ennemis. »

La première division de l'armée se posta donc à Herzebruck, la seconde y arriva le 10. Le mauvais temps que les troupes essuyèrent pendant cette journée obligea M, d'Estrées à différer le passage de l'Ems, qui devait s'exécuter l^e 11.

Le 12, l'armée passe l'Ems, campe à Rhéda et à Wiedenbruck, et la réserve de M. de Soubise se porte à Neuenkirchen.

Le 11, par quelque changement, les ennemis rapprochaient leur gauche deBrackel. Les ouvrages construits en avant de leur camp font présumer à M. le maréchal d'Estrées leur intention de conserver leur position, et, ayant résolu de les y attaquer, il détache des reconnaissances sur cette gauche avec des détachements pour masquer leur front. Mais le duc de Cumberland ne croit pas devoir l'attendre.

Le 13, après midi, son armée se mit en marche sur Vorden, suivie par diftërenls détachements. Les volontaires Royaux seuls, commandés par M. de Chabo, entamèrent son arrière-garde.

« ... Sire, écrivait de Rhéda le maréchal d'Estrées, j'ai cherché les moyens de l'obliger (M. de Cumberland) à se déposter et à repasser le Wéser; cela ne pouvait s'exécuter qu'en l'attaquant de front dans un camp préparé longtemps d'avance, ou en le tournant par sa gauche, la droite n'étant pas attaquable. Les mesures que j'ai prises pour remplir cet objet ont réussi et ont prévenu de quatre jours un combat que j'étais déterminé de donner aussitôt que j'en aurais reconnu par moi-même la possibilité, détermination qui avait été arrêtée hier définitivement; mais M. de Cumberland n'a pas jugé à propos d'attendre plus longtemps; il a décampé hier à -4 heures du soir; son armée a pris le chemin d'Herford, où je l'ai fait suivre par plusieurs détachements. Je me porterai en avant sur Gutersloh pour accélérer sa marche de l'autre côté du Wéser, pendant que je ferai un établissement à Paderborn pour les opérations ultérieures qu'il a plu à Votre Majesté de m'ordonner... »

Cependant le duc de Cumberland, inquiet du voisinage des Francjais, se repliait sur Minden, après avoir enlevé tous les grains

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et les fourrages jusqu'au Wéser, et passé le lleuve le 16 dans la journée, dans l'intentioa de tenir ferme derrière cette barrière que les conseillers hanovriens regardaient comme bien plus difficile à franchir que le Rhin.

De Rhéda, l'armée française vient camper à Bielfeld.

C'est à ce moment que le prince de Soubise est rappelé subitement à Paris. Le prince de Soubise commandait dans l'armée de Hanovre une réserve de 24,000 hommes. Ce corps, destiné originairement à marcher en Bohême, avait été réuni depuis à l'armée du bas Rhin, avec un élat-major séparé et ne paraissant pas sans instruction soumis au commandement du maréchal. Les événements de la guerre en Bohême occasionnèrent ce rappel du prince de Soubise. Le roi de Prusse, après avoir battu l'armée autrichienne devant Prague, s'occupait à en faire le siège, et on craignait avec raison qu'un nouveau succès ne ruinât absolument la maison d'Autriche; alors fut décidée la création d'une seconde armée, dont une partie renforcerait les Autrichiens en Bohême, et l'autre resterait sur le haut Rhin à portée de rassurer les cercles. Cette seconde armée, d'environ 60,000 hommes, représentait une révolution véritable : toutes les forces de la France en Allemagne employées au service d'une puissance que peu d'années auparavant nous avions cherché à renverser.

M. d'Estrées, informé de la nouvelle destination de M. de Soubise, par l'ordre à ce dernier de se rendre à Versailles pour y recevoir des instructions sur les opérations d'un corps sur le haut Rhin, profile de cette absence et divise la réserve que le prince commandait en deux nouveaux corps destinés à opérer sur sa droite et sur sa gauche : le premier, aux ordres de M. d'Armentières, couvrant Paderborn; le second, commandé par M. le duc de Broglie, destiné à inquiéter l'ennemi sur le bas Wéser et couvrir l'Ost-Frise. Ces deux nouveaux corps, afin de dérober à l'ennemi le passage du Wéser, devaient manœuvrer sur les deux ailes de l'armée à vingtcinq lieues l'un de l'autre, de manière à rendre plus difficile au duc de Cumberland la vigilance à ne point se laisser surprendre, car c'était àMinden et à Hameln que le duc avait ses magasins, deux points dont il devait craindre d'être coupé; aussi, après avoir repassé le Wéser, il établissait définitivement son quartier général à Minden.

Le 18, l'armée se porte eu avant de Bielfeld avec l'intention de poursuivre l'ennemi, mais les dispositions relatives à l'artillerie ne le lui permirent pas. D'ailleurs, M. d'Estrées voulait, en jetant des ponts sur le "SVéser^ pénétrer en même temps dans la Hesse, et il ne pouvait entreprendre cette opération qu'après la jonction des 6,000 Palatins, qui, ne devant se mettre en marche que le 20 ou le 22, n'arriveraient à l'armée que le 6 ou le" juillet. Il fallait aussi attendre l'arrivée de 12 E., partis de Ruremonde pour rejoindre, sous le commandement du duc d'Aven.

L'armée entière arrive le 20 à Bielfeld ; le corps de M. d'Armentières se place entre Ottinghausen et Detmold, celui de M. le duc de Broglie dans le comté de Ravensberg. Avec cette position, M. d'Estrées a pour objet de couvrir un détachement parti pour l'Ost- Frise sous la conduite de M. d'Auvet, et d'être en état de se porter à volonté sur MindenetHameln.ou de tenter le passage du Wéser, soit qu'il se décidât à entrer dans l'électoral de Hanovre, soit que cette démonstration ne servît qu'à couvrir l'invasion de la Hesse.

L'époque des opérations décisives dépendant aussi des approvisionnements de Lippstadt et de Paderborn, la position de Bielfeld offrait l'avantage de consommer les fourrages des comtés de Ravensberg, de la Lippe, et d'une partie de la principauté de Minden, dont les ennemis auraient pu se servir comme diversions inquiétantes.

Le 24, M. d'Estrées reconnaît avec deux détachements les positions ennemies. Ils ont deux ponts sur le Wéser, un à Ylotho et l'autre à Rehme. Ces deux ponts sont soutenus par l'armée entière, dont la droite campe àYlolho et la gauche se perd dans les gorges. Le corps prussien aux ordres du prince de Hesse est à Minden, avec un autre corps sous Hameln.

Le roi désirait vivement que le maréchal pût dans les premiers jours de juillet entreprendre le passage du Wéser, et envoyer en même temps dans la Hesse un détachement assez considérable, mais il ignorait les difficultés que pouvait rencontrer l'exécution de ces deux opérations entreprises à la fois. Les fours en construction à Paderborn ne devaient être achevés que le 8 ou le 10 juillet, et il était impossible de se porter sur Hameln sans avoir créé un nouvel établissement intermédiaire, ce qui ne pouvait s'exécuter en moins de quinze jours. D'ailleurs, il s'en fallait bien que l'approvi-

sionnement de l'artillerie fut assez considérable pour fournir le nécessaire, d'un côté, à l'entreprise sur la Hesse et, de l'autre, au siège d'Hameln. D'après la certitude d'insuffisance des moyens dans ces deux opérations, M. d'Estrées crut devoir donner la préférence à celle de la Hesse, dont la réussite procurait une communication libre avec la Franconie, et mettait l'armée qui devait s'assembler du côté de Francfort en état d'agir avec celle du bas Rhin.

Il avait déjà réussi à donner aux ennemis de l'inquiétude sur le bas Wéser; le 25 juin, en portant la plus grande partie de leurs forces du côté de Minden, ils laissaient un camp considérable sous Hameln. Pour les entretenir dans cette crainte et leur cacher ses véritables projets, M. le maréchal renforce le corps de M. le duc de Broglie et en envoie deux autres à Herford et àLemgo, le premier aux ordres de M. de Ghevert, le deuxième commandé par M. de Souvré.

Kempfer, commissaire des guerres au maréchal d'Estrées.

« Mayence, 28 juin (1).

« 11 y a une agitation scandaleuse dans Francfort au sujet de l'arrivée du détachement de 500 chevaux et de 600 hommes du régiment de Fischer, qui y a été annoncé pour être logé dans la ville. Le magistrat a fait conduire toute son artillerie sur les remparts; il a fait visiter les armes des bourgeois avec ordre de les tenir en état; il a défendu l'entrée de nuit dans la ville, il a envoyé des courriers à la moitié des États de l'Empire à Vienne, à Ratisbonne, et à l'électeur de Mayence pour le requérir de rappeler les troupes du cercle du haut Rhin, ou au moins le régiment de Nassau qui en fait partie et qui est de 1,500 hommes, dont 7 compagnies du contingent de ladite ville, pour le mettre en garnison dans Francfort, afin d'y maintenir l'ordre et la tranquillité pendant le sé-

(1) A cette date M. de Rouillé, ministre des affaires étrangères, donne sa démission, meurt le 20 septembre 1761. Il fut remplacé par l'abbé de Bernis, qui avait été nommé à l'ambassade d'Espagne, mais ne s'était pas rendu à son poste, sentant que son ambition lui permettait d'aspirer à une plus haute position.

jour du détachement en question; on y a animé la bourgeoisie. »

Le gros de l'armée reste à Bielfeld, à portée de soutenir les corps détachés, et le -4 juillet la réserve de M. d'Armenlières devait avoir jeté deux ponts sur le haut Wéser, l'un à Blankenau, l'autre àBeverungen. Telles furent les dispositions qui occupèrent le maréchal d'Estrées pendant les derniers jours du mois de juin.

Le maréchal, parvenu à faire repasser le Wéser aux ennemis, s'occupa de remplir les intentions du roi, autant que les circonstances le lui permettraient. Son principal objet devait être de s'assurer une communication libre avec l'armée que S. M. se proposait de rassembler sur le haut Rhin. C'est cette pensée qui le déterminait de préférence à l'invasion de la Hesse. L'état de ses subsistances, la difficulté des transports et la nécessité d'un établissement intermédiaire entre PaderbornetHameln, ne lui permettaient pas encore de se porter sur cette dernière place; mais il ne perdait pas de vue le passage du Wéser, pensant au contraire que menacer l'électorat de Hanovre et montrer les dispositions nécessaires à y entrer, c'était assurer l'expédition de la Hesse. Les ponts qu'il se proposait d'établir à Corvey et Blankenau rempliraient cet objet, et il était à présumer que l'armée d'observation serait retenue au moins en grande partie sur le bas Wéser,

Le o, le mouvement général pour passer le Wéser commence à s'exécuter; trois corps de troupes, dont un aux ordres de M. le duc de Broglie, un à ceux de M. de Chevert, et un troisième commandé par M. de Souvré, devaient effectuer sur le bas Wéser des démonstrations qui pussent donner de l'inquiétude aux ennemis et détourner leur attention du principal endroit où M. d'Armentières jetterait ses ponts. Pour remplir ces prescriptions, le duc de Broglie se porte à la gauche d'Herford sur la partie droite de Minden. M. de Chevert, avec des ponts à sa suite, s'avance jusqu'à Rehme et Ylotho, motivant de fausses attaques qui pouvaient affirmer aux ennemis que son objet était de jeterdes ponts à l'un de ces deux endroits. Le corps de M. de Souvré se porte surLemgo, et la réserve de M, d'Armentières, le 5, à Lippspringe; elle marche le 6 à Driburg, le 7 à Erkeln, et dans la journée du 8 elle jette deux ponts à Blankenau. Les ennemis n'avaient dans cette partie que de très petits postes, qui se retirèrent à l'approche de nos troupes.

Pendant tous ces mouvements, l'armée restait dans son camp de

Bielfeld (1). Le défaut de subordination se répandait déjà dans les rangs; le duc d'Orléans dut souvent contenir l'esprit d'indiscipline, qui chaque jour faisait de grands progrès. Le souvenir de ses premières armes, son affabilité naturelle, l'exactitude scrupuleuse dans son service, fut à la fois un grand exemple pour l'officier, un grand encouragement pour le soldat, A la tête de sa division, à cheval douze et quinze heures, exposé aux pluies qui rendaient les marches si pénibles, jamais il ne rentra sous sa tente, que ses troupes ne fussent établies dans leur camp.

Il quitte, le 5, le camp de Bielfeld avec 28 B. et 32 E., dont 4 de hussards, se rendant en Hesse. 11 dirige sa marche sur Brackel pour être à portée de soutenir les ponts, s'ils étaient attaqués. Le corps de M. de Souvré arrivait en même temps sur Trendelburg, et M, de Chevert s'avance le 8, en longeant le NYéser, à hauteur de Corvey. Le corps du duc de Broglie devait se tenir à la rive gauche près de Budenwerder.

L'armée part de Bielfeld le 8, et M. le maréchal arrive de sa personne le 10 à Blankenau; après une reconnaissance sur la rive droite du Wéser, il établit son quartier général à l'abbaye de Corvey.

M. le duc d'Orléans campait le H à Hoxter, oùM. d'Armentières avait descendu le matin un de ses ponts; celui resté à Blankenau descendit le 12 à Trendelburg, où M. de Souvré en établit un pareil, de sorte que l'armée française eut alors trois ponts sur le Wéser. Elle arriva le 13 à Corvey, et M. d'Armentières passa le même jour à Luchtingen, joint le lendemain par un corps de troupes aux ordres de M. de Lorges.

M. de Ferreuse s'empare le 10 de Munden, sur le haut Wéser, avec 400 prisonniers de guerre par capitulation.

M. de Contades, détaché le 10 avec une partie des troupes de M. le duc d'Orléans pour envahir la Hesse, reçoit le 12 à Warburg des députés de la régence de Cassel, qui lui offrirent de lui remettre cette ville et tout le pays. En considération de leur soumission, ils demandèrent une capitulation; M. de Contades leur répondit qu'il n'était autorisé à leur en accorder aucune, mais que la promptitude avec laquelle ils setîonformeraient à ce qui leur serait ordon-

(1) Bielfeld, capitale du comté de Ravensbcrg, dans la principauté de Minden.

né pourrait leur mériter un traitement plus honorable, et il garda deux otages comme sûreté de la promesse d'ouvrir leurs portes de Cassel et de désarmer les milices. En conséquence de cet arrangement, il arrive à Cassel le 15. Après avoir pris possession de la place, établi une garde, il envoie 1 B. à Munden, à la jonction de la Werra, relever la brigade de Salis, qui marcha sur Gottingen, dont M. de Pereuse s'empare le 16.

1 B. du régiment de Vaian part aussi de Cassel le 17, se rendant en cinq marches ùMarburg, dont les portes devaient lui être ouvertes. L'opération de la Hesse n'ayant point exigé l'artillerie qui lui était destinée, M. d'Estrées fit revenir celle avancée jusqu'à Warburg, et il laisse 11 B. et 10 E. en Hesse.

L'armée passe le 16 à la rive droite du W'éser, et campe à Holzminden. La réserve de M. le duc deBroglie reste à la gauche, à la hauteur de Blomberg.

Les nouvelles des ennemis, à la date du 17, les annonçaient quittant leurs positions près Minden, et campant sous Hameln, la droite au village d'Afferde, la gauche à Hastenbeck.

M. le maréchal, ayant passé le "NVéser, désirait pouvoir le descendre jusqu'à Hameln. En conséquence, il donna l'ordre général suivant : « Le 20 au soir, l'armée marchera à Eschershausen, Scharf- Oldendorf; on fera attaquer le 21 , au point du jour, les gorges de Eschershausen et Halle. L'armée arrivera pour soutenir ces attaques.

« La réserve de M. d'Armentières ira camper à Halle. On enverra un corps sur Eimbeck et on y fera arriver la brigade de Gottingen. La réserve de M. de Broglie avancera son camp pour être le 22 dans la position qu'il a reconnue en deçà de Grohnde. il fera avertir le 21 à Steinheim pour faire avancer son convoi de pain à son nouveau camp. Le 22, on séjournera dans ces positions. Le 23 de même, pour recevoir le pain. Le 24, M. d'Armentières marchera à Grohnde, l'armée à Halle. Le corps d'Eimbeck fera un mouvement relatif. »

M. d'Estrées, forcé d'attendre, s'occupait à préparer ses marches. 11 envoya, sous la conduite de M. de Langeron, un fort détachement fouiller la forêt de Delligsen, et, le 19 au soir, il envoya, sous les ordres de M. de Chevert, chasser les partis ennemis répandus dans la gorge qui coudait de Scharf-ûldendorf à Eimbeck. Le maréchal, dans l'intention de suivre les ennemis le plus promp-

GUERRE DE SEPT ANS (t757j. 7S

tement possible, ne perdait pas de vue son projet. Cependant, pour porter l'armée au delà d'Oldendorf, il était forcé d'attendre un convoi dont la distribution ne devait avoir lieu que le 23 : M. de Bourgade, munitionnaire général, par de nouveaux arrangements à Halle, obtint sa distribution à la même époque , et la marche de l'armée fut fixée au 22.

Le duc de Gumberland s'avançant jusqu'à Wegessen, avec un corps de 8,000 hommes, soutenus par un autre plus considérable, le maréchal fit, le 19 au soir, un détachement de 100 compagnies de grenadiers et de tous les dragons de l'armée, aux ordres de M. le duc d'Orléans avec le duc de Chevreuse et M. de Chevert. Ce détachement devait couvrir la marche de l'armée et protéger le corps de M. d'Armentières à trois lieues en avant d'Oldendorf. Le duc de Broglie, toujours à la gauche du Wéser à hauteur de l'ennemi, se tenait prêt à passer cette rivière dans le cas où les circonstances l'exigeraient.

L'armée se mit en marche le 20 au matin sur Oldendorf; aussitôt la première ligne arrivée, le détachement aux ordres du duc d'Orléans pénètre à travers les bois et se porte jusqu'à Wegessen, que le duc de Cumberland abandonne pour gagner Halle.

Le 22, l'armée ennemie se trouvait rassemblée en totalité dans le camp d'Hastenbeck (1), poste choisi et préparé pour y recevoir le combat.

Le môme jour, le maréchal marcha avec toute l'armée sur Halle, ayant à sa droite et sur les bords de la Leine la réserve de M. de Randan, et celle de M. d'Armentières, formant l'avant-garde, s'avançant par la gauche sur Heyen. Les troupes de cette avant-garde rencontrèrent le 23, en arrivant près de Heyen, plusieurs partis ennemis que les volontaires de Flandre et de Hainaut poussèrent jusqu'au village de Borry, occupé en force et soutenu par la gauche de l'armée ennemie. Le maréchal se porte sur une hauteur dans le but d'attaquer ce poste avec la réserve, lorsque l'armée serait à portée de la soutenir. Mais à peine en fut-il descendu que le duc de

(1) Dans celle plaine on place V Idistavmis campus des anciens, célèbre par l'éclatante victoire que Germanicus y remporla sur Arminius, fan 16 de J.-C.

TAnlK, Annales, iivrell, admirable description decet auteur sublime, sur ce même ciiamp de bataille où les Romains défirent les Chérusques et leurs alliés.

Cumberland l'occupa avec 8,000 hommes, ce qui détermina à remet- Ire l'attaque au lendemain, l'armée n'étant pas encore arrivée.

Elle marche le 24, à deux heures du matin, pour être à portée de soutenir l'avant-garde devant attaquer le village de Borry, qui, par le changement de position des ennemis, se trouvait à leur droite. Au jour, les armées se trouvaient en présence, le village et la gorge occupés. Pendant qu'on se disposait à atlaquer, l'armée ennemie se retira, et le détachement qui occupait le village et la gorge se replia dans les bois et les montagnes, la tète occupée par de forts détachements. M. d'Estrées, faisant reconnaître la nouvelle position des ennemis, jugea qu'il n'y avait d'autre parti à prendre que de les inquiéter par lenrdroiteet.parleur gauche en même temps que l'on avancerait sur leur centre. En conséquence, le duc de Broglie eut ordre de se préparer à marcher sur le derrière de l'armée ennemie et de passer le Wéser au moment de l'attaque. Le duc de Randan, qui revenait d'Eimbeck avec 2 brigades d'infanterie et 15 E., s'avance sur Bisperode, village situé sur la chaussée de Hanovre. Ces dispositions engagèrent le duc de Cumberland à abandonner la tête des bois et à se placer sur son champ de bataille.

Le 22, le maréchal d'Estrées campait à Halle, éloigné de cinq lieues environ de l'ennemi. Vers midi, s'engage un combat d'avantgarde que le maréchal fait cesser, ne jugeant pas le moment encore favorable de livrer une bataille complète et décisive. Du 24 au matin au 25 à 5 heures du soir, cette bataille est encore différée autant par la prudence du maréchal que par un changement de front dans la position du duc de Cumberland, qui, rétrogradant sur Hameln, avait placé son armée sur une ligne perpendiculaire au Wéser et aux montagnes, dont le village d'Hastenbeck couvrait le centre. Un nouveau plan d'attaque devenait donc nécessaire. Après avoir reconnu lui-même les dispositions ennemies, le maréchal réunit en conseil les lieutenants généraux pour leur communiquer ses projets, dont jusqu'ici certains membres de ce conseil ne le laissaient pas maître. Résolu à porter son principal effort sur la gauche de l'ennemi, il confiait au général Chevert le soin de le tourner par la montagne, et, pour exécuter cette importante et délicate mission, il mettait aux ordres de ce chef, non moins expérimenté que résolu, sa meilleure infanterie. M. d'Armentières, avec plusieurs brigades, devait seconder l'opération par une attaque de front. Au centre.

M. de Contades, et à gauche, M. deBroglie,'ne devaient commencer leur mouvement que lorsque les progrès de Chevert sur le flanc et les derrières de l'ennemi seraient marqués et prononcés. Le bruit du canon dans la montagne devait être le signal de l'action générale. Auprès de lui, le maréchal gardait en réserve 2 brigades.

Notre armée, placée en ligne, appuyait sa gauche au Wéser et sa droite au village de Voremberg, l'artillerie au centre.

Le 25, le maréchal se porte dès la pointe du jour de l'autre côté des montagnes, d'où il aperçoit la totalité de l'armée ennemie en bataille à la tète de son camp derrière les marais d'Hastenbeck, en ligne le long et parallèlement au bois de Deister et à la montagne d'Ohnsberg, les deux armées séparées par le petit ruisseau qui passe de Voremberg à Hastenbeck. A huit heures, il fait battre la générale, et nos troupes passent les montagnes ; mais cette marche n'ayant pas été préparée, elle ne put être exécutée totalement, et à 5 heures du soir seulement elles se trouvaient en bataille.

Le duc de Cumberland avait sa droite h Hameln, et tout son front couvert par un marais impraticable. La gauche appuyait i\ des montagnes très hautes etcouvertesdebois, et tout l'intervalle depuis ces montagnes jusqu'au village d'Hastenbeck était traversé par sept ou huit ravins très profonds. Cette disposition ne laissait donc qu'un point d'attaque par le flanc gauche des ennemis, et la possibilité de les tourner par les sommités des montagnes. Ainsi ce flanc devenait le front à son ordre de bataille.

Le 26décidadusortderélectoratde Hanovre. Dans cette position du duc de Cumberland, son aile droite ne pouvant être attaquée, défendue par les marais qui la couvraient, tout l'instinct du maréchal devait se porter sur la gauche, si avantageusement située sur des hauteurs au premier coup d'oeil inaccessibles. Le seul point consistait à tourner ces hauteurs, à se rendre maître de leurs sommités, que le duc de Cumberland avait eu l'imprudence de négliger. Il n'y avait que ce moyen de réussir : déloger les ennemis du bois même, et du succès de cette manœuvre devait dépendre le sort de la journée. M. d'Estrées détache M. de Chevert, de Meaupou et Ruffey, avec les brigades de Picardie, Navarre, la Marine et beaucoup de troupes légères. Le corps se met en marche à minuit ; comme il devait former la droite de l'attaque, la réserve de M. de Randan rejoignit l'armée en bataille sur plusieurs lignes, la gauche de l'in-

fantevie vis-à-vis du village d'Haslenbeck, et la droite à un bois contenant plusieurs colonnes redoublées pour attaquer lorsqu'il en serait temps. La cavalerie, qui devenait inutile dans une semblable mission, fut placée à la gauche et derrière l'infanterie. Le feu de l'ennemi commence à six heures, et le mouvement concerté avec M. de Chevert seulement à neuf heures. Le feu de l'artillerie française est d'abord très modéré; mais à huit heures et demie, l'armée s'étant mise en mouvement, l'artillerie domina celle de l'ennemi. Un moment après, le feu de l'infanterie se fit entendre dans la montagne, où les troupes aux ordres de M. de Chevert (1), pénétrant après un combat fort vif, chassaient l'ennemi de tous ses postes. A mesure que le feu de notre artillerie en imposait à celui del'ennemi, M. de Contades, chargé de l'attaque de la droite, formait sur plusieurs lignes les brigades à ses ordres pour se porter sur un front de deux à trois cents mètres, le seul point que présentât l'ennemi. Comme ce front se rétrécissait encore en approchant du village d'Haslenbeck, soutenu par plusieurs colonnes, le maréchal en forma quatre à l'extrémité de sa gauche, commandées par MM. de Broglie, de Guerchy, de Leyde et de Souvré. Cette disposition, prenant l'ennemi en flanc, lui fit abandonner le village et replier ses colonnes déjà écrasées par l'artillerie et chassées successivement des postes les plus avantageux. M. d'Armentières, avec 4 brigades soutenues des dragons à pied, longeait les bois à micôte. La brigade de Champagne, avec M. de Danlézy, soutenue par celle de Reding, marche le long du bois à une redoute dont elle s'empare avec dix pièces de gros canon. Pendant ce temps, les Carabiniers débouchaient le long des haies du village d'Hastenbeck; la cavalerie, sur plusieurs colonjies, soutenait et suivait l'infanterie pour déboucher au moment favorable sur celle de l'ennemi. Tout annonçait une victoire complète, lorsqu'on fut forcé de suspendre l'attaque.

Une colonne ennemie de grenadiers, qui s'était avancée au travers des bois, ayant attaqué la brigade d'Eu, postée sur une hau-

(1) Il marcliait à la tèle de ses brigailes sans cuirasse et le cordon rouge sur l'haljil ; on sait qu'il répondit à un officier le pressant de se couvrir de sa cuirasse : Ces braves gens en ont-Us ? Ce mot d'un lieutenant générai, qui avait été volontaire, aurait créé des soldats, s'il n'eût été adressé à des troupes reconnues d'une si grande intrépidité.

leur, celle-ci répondit par un feu très vif, ce qui attira sur elle celui d'une partie des troupes françaises, qui, par ce moyen secondant les efforts des ennemis, forcèrent cette brigade à abandonner les hauteurs. Les batteries, dont l'ennemi s'empara, connuencèrent alors à tirer sur le flanc de l'armée victorieuse. Ce feu bien dirigé et la retraite de la brigade d'Eu persuadèrent qu'un corps supérieur s'était emparé des hauteurs et allait tourner l'armée par sa droite, ce qui parut d'autant plus vraisemblable que toute l'infanterie ennemie, à la faveur des bois, avait fait un mouvement par sa gauche, et qu'en même temps le maréchal d'Estrées était averti qu'un corps d'infanterie et de cavalerie paraissait à Textrémité de sa droite, déjà dégarnie par le mouvement de toute l'infanterie sur le centre. Il était bien difficile que ce contretemps n'arrêtât pas l'entière défaite des ennemis. En effet, l'attaque ayant été interrompue pendant une demi-heure, ils en profitèrent pour faire leur retraite au delà de la rivière de Hameln sans être suivis, ce qu'ils n'auraient pu exécuter que dans le plus grand désordre si l'armée du roi n'avait pas été obligée de ralentir ses mouvements. On prit aux ennemis 9 pièces de gros canon et 2 obusiers. Ils perdirent aussi 3,000 hommes, et les Français à peu près 1,500, tant tués que blessés.

L'infanterie hanovrienne évita tout engagement à sa droite, ne tenant ferme qu'au travers des bois, où 34 B. pénétrèrent cependant par deux passages regardés comme impraticables. L'infanterie française se comporta avec la plus grande valeur; la cavalerie n'eut pas occasion de donner. L'artillerie, dirigée par MM. de Valière (1) et de Fontenay, fut servie avec tant de succès qu'elle en imposa à celle de l'ennemi, bien que sur des emplacements choisis et préparés depuis plusieurs jours. Le succès de l'attaque de Chevert fut aussi brillant que rapide. Les troupes s'y distin-

(1) De Valière (Jean-Florent), né en 1GC6, sous-lieutenant de mineurs en 1690; maréchal de camp, l**^' février 1719 ; lieutenant général, 20 février 1734 ; fait toutes les dernières guerres de Louis XIV ; mort le 6 janvier 1 759.

Son (ils Joseph, marquis de Valière, né en 1717 ;au siège de Kehl (1733), comme volontaire; lieutenant d'artillerie, '20 mars 1734; se distingue en Bohême; brigadier, 2 mai 1744; inspecteur, 9 avril 1745 ; inspecteur général sur la démission de son père, 9 mars 1747 ; maréchal de camp, i7 septembre ; blessé à Berg-op-Zoom ; lieulenant général, 10 mai 1748; alarmée d'Allemagne, 1757 à 1760; mort en 1776.

guèrent par cet entrain qui a caractérisé de tout temps la valeur française. Gheverty conserva sa gloire, et sa conduite ne démentit pas un seul instant la réputation de ses campagnes précédentes. Chevert avait non seulement trouvé le moyen de s'emparer de ces hauteurs, mais encore d'y placer le canon de ses brigades, dont il se servit pour foudroyer les troupes dans les bois, où Brehant (1) arbora le drapeau de Picardie.

(I) De Brehant. Celte maison appartient au diocèse de Saint-Brieuc en Bretagne, elle remonte à 1090; on en parle en 1370 sous du Guesclin, dans les croisades et sous Henri IV. De Brehant, comte de Plelo, mort en 1738, était le père du comte de Plelo, tué à Dantzig en 1734, qui, marié à Louise de Phelipeaux de la Vrillière, fille du marquis de Ciiàteauneuf et sœur du comte de Saint-Florentin, ministre, eut pour fille Louise-Félicité de Brehant-Plelo, duchesse d'Aiguillon.

Brehant (Marie-Jacques, marquis de), lieutenant au régiment de Nicolaï-dragons, 30 janvier I72i; gentilhomme à drapeau aux gardes françaises, 20 février 1732; deuxième enseigne, 1"' novembre 1733; enseigne, 4 mars 1735; sous-lieutenant, 13 mars 1741 ; lieutenant, 17 juillet 1743 ; mestre de camp de Médoc, 1" décembre 1745; rang de brigadier, 10 mai 1748; meslre de camp de Picardie, 25 août 1749; inspecteur général de l'infanterie, 18 janvier 1760; maréchal de camp, 20 février 1761; décédé en 1765. Campagnes en Allemagne, 1734-1735; Flandre, 1742- 1745; Italie, 1747-1748: armée d'Allemagne, 1757-1761. Contusionné à la cuisse à Hastenbeck, 20 juillet 1759; se distingue à l'attaque d'Hameln, 8 août 1759. Le marquis de Brehant avait gagné l'eslime et la confiance des troupes par ses manières franches, sa noble et grande valeur. Excellent officier pour mener une colonne à l'ennemi ou soutenir une arrière-garde : très utile dans une armée. (D. G.)

Son frère, de Brehanl-Bihy (.\lmaric, comte), né en 1 734 ; capitaineaux dragons de la Reine, 13 septembre 1758; chambellan du roi Stanislas en souvenir du dévouement du comtede Plelo, son frère ; 1702, mestre de camp ; quitte le service comme colonel, après la guerre de Sept ans. D'une grande énergie, il est appelé à Versailles par le duc d'Aiguillon pour faire rentrer dans l'ordre le régiment de Dauphiné, en garnison à Marseille, qui, par son insubordination, chassait successivement tous les colonels qu'on lui envoyait. « J'y mets les conditions : pouvoir sans bornes ; et si je i)arviens à le discipliner, n'en conserver le commandement pas plus d'un an. » Il part, arrive à Marseille, s'y loge dans une petite auberge, en sort vêtu d'un frac, se rend au café fréquenté pas les officiers, qu'il trouve causant de ce qu'ils auront à faire contre le nouveau colonel. « Vous ne le connaissez pas; c'est un homme qui ne soulfre pas l'insulte et qui vous en demande raison ; » et, déboutonnant son frac, il montre .sa croix de Saint-Louis, choisit les deux plus exaltés, se rend sur le terrain et les blesse chacun à leur tour. « Messieurs, dit-il aux témoins, en voilà assez ce matin pour un homme qui a couru jour et nuit depuis Paris. Si le cœur en dit encore à d'autres, on me retrouvera. » 11 les quitte, rentre chef lui, met son uniforme, se rend chez le commandant de place et donne l'ordre de convocation aux officiers, bien étonnés de voir l'homme du café. Il leur parle avec bonté, an-

Chevert se préparait à poursuivre ses avantages en poussant la gauche des ennemis, ou même en coupant la retraite à une partie, et le succès eût été au delà des espérances, si le maréchal avait fait attaquer en même temps le centre ennemi. L'hésitation de la brigade d'Eu, assaillie et mise en désordre, fut le seul événement malheureux; le maréchal suivit le duc de Gumberland avec 18 E. et 4 brigades d'infanterie (1); mais ce prince ayant passé la rivière de Hamein et placé sa cavalerie en bataille sur les hauteurs d'Hameln, l'armée coucha sur le champ de bataille.

L'extrême fatigue des troupes, depuis trois jours et trois nuits sous les armes, l'éloignement du camp à quatre lieues en arrière du champ de bataille, ne permirent pas d'envoyer le lendemain des détachements assez considérables pour inquiéter l'ennemi, qui s'était mis en marche vers le milieu de la nuit.

Le duc de Fitz-James est détaché pour observer la marche du duc de Gumberland, qui se retirait vers Minden. Les grenadiers de France eurent aussi ordre de se porter en avant pour soutenir M. de Filz-James et commencer l'investissement d'Hameln. Le duc de Broglie repasse le même jour à la gauche du Wéserpour investir cette place. Le gouverneur, sommé inutilement le 27, demande le 28 à capituler. La garnison obtint les honneurs de la guerre. La place fournit beaucoup d'artillerie et de munitions de toute espèce.

nonce les ordres sévères dont il est porteur, demande si tous les officiers sont présents. On lui répond que deux sont malades : « Je vais les voir, dit-il, pour in'assurer s'ils ne manquent de rien. » Ils veulent s'excuser : « Je ne veux rien savoir de ce ([ui s'est passé, persuadé de n'avoir qu'un honorable compte à rendre sur la conduite d'un corps d'officiers avec lequel j'espère vivre dans la i)lus grande union. >- Celte conduite, sa noble familiarité, sa fermeté , lui valurent l'amour du régiment de Dauphiné, qui le vit quitter avec regret, et conserva ai>rès lui la stricte discipline qu il y avait fait renaître.

Leur petit-neveu, Almaric, comte de Breliant, mon camarade d'école, capitaine au deuxième régiment des chasseurs d'Afrique, oflicicr estimé et plein d'avenir, est mort en 1843 à Hyèrcs, de ses longues fatigues dans la jirovince d'Oran.

(1) Les régiments de Belzunce, d'Alsace, de Yaubecourt, de Champagne, à leur tête M. de Gisors, rivalisèrent de valeur. Le prince de Condé (it ses premières armes à celte bataille, que le duc d'Orléans avança par ses charges de cavalerie. Le maréciial de Beauvau a écrit un fragment de cette campagne de Hanovre. Ce manuscrit appartient au comte de Ludre. Il y vanta peut-être avec trop d'exaltation les faits et gestes du duc d'Orléans, près duquel il servit.

L'ennemi, relire précipitamment sous Minden^ marche le 31 à Loccum, et le l^' août sous Nienburg.

Le maréchal, après avoir laissé reposer l'armée pendant quelques jours, se mit en marche le 31 et passa la rivière d'Hameln. La réserve de M. de Randan est portée à Risperode, et celle de M. de Broglie reste à la gauche du Wéser, à hauteur d'Hameln.

]1 y a lieu d'être étonné de la retraite du duc de Gumberland sur Minden et Nienburg; en se repliant par Hanovre, il protégeait cette capitale jusque après la reddition d'Hameln; puis, conservant sa retraite sur Brunswick, il se trouvait protégé par le canon de Magdeburg. De cette façon, l'armée française, quoique victorieuse, n'aurait jamais osé prendre ses quartiers sur la rive droite du Wéser.

Comme, suivant la convention particulière récemment conclue entre la France et le Danemark, les troupes françaises ne pou valent entrer dans le pays de Brème et de Werden que lorsque le duc de Gumberland leur en donnerait l'exemple, il dépendait donc de lui de réduire à peu d'importance la journée d'Hastenbeck ; mais les Hanovriens ne confondaient point encore leur cause avec celle du roi de Prusse; ils préférèrent exposer les duchés de Brème et de Werden aux malheurs de la guerre, dont ils pouvaient les préserver en s'enfonçant eux-mêmes dans les marais de Stade, que de prendre une position menaçante sous le canon de Magdeburg.

Cette victoire eut pour résultat l'occupation entière de Télectorat. Un détachement était déjà entré à Emden; Minden et Hanovre ouvrirent leurs portes. La Hesse-Gassel, le Brunswick, les duchés de Werden et de Brème eurent le même sort que le Hanovre et furent misa contribution. Jamais victoire n'eut des suites plus étendues et plus rapides. Hameln se soumettait le 28 juillet, Minden le 1" août, Hanovre le 3; quelques jours après, Brunswick, Wolfenbiittel, tout le duché de Brunswick, tout rélectorat de Hanovre restaient conquis.

Le l'"" août, les députés de Minden se rendirent à l'armée pour offrir les clefs de cette ville ; ceux de la régence d'Hanovre les accompagnèrent atin de traiter des contributions.

Le même jour, le maréchal recevait une lettre d'un des ministres du duc de Brunswick demandant à entrer en négociations. Il répondit qu'il y consentirait volontiers, mais seulement dans le cas où ce

prince serait disposé à retirer ses troupes de l'armée des alliés.

Quoique le succès de la bataille d'Hastenbeck n'eût pas été aussi complet qu'on aurait eu lieu de l'espérer, rien ne pouvait mieux caractériser les avantages de celte journée que les démarches des ennemis.

L'événement qui a empêché l'armée du maréchal de poursuivre son attaque victorieuse a été exagéré. La ligne française enveloppait celle de l'ennemi ; dès lors il était impossible qu'inférieur en nombre, il envoyât des détachements sur nos communications. Ainsi deux manières d'attaquer s'offraient au choix du maréchal, pour expulser l'ennemi de sa position : la première, en se portant en masse sur Hastenbeck au centre, en ne faisant que des démonstrations sur les hauteurs pour contenir la gauche de l'ennemi; la seconde, en attaquant cette gauche avec force pour la chasser des hauteurs , pendant que la gauche de la ligne ferait un effort pour percer le centre. Ce dernier principe paraissait le plus convenable, parce que les Français pouvaient user de leur supériorité numérique et que l'attaque sur les hauteurs facilitait celle dirigée sur Hastenbeck. Ce fut aussi celui adopté par le maréchal, et il aurait eu plein succès, si sa droite eût été soutenue par un corps de cavalerie lancé dans la plaine à la suite de l'ennemi.

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