‹ Les guerres sous Louis XV (volume 3)Chapitre 5 sur 20 · CAMPAGNE DE HANOVRE. — CAPITULATION DE CLOSTER-SEVEX · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE HANOVRE. — CAPITULATION DE CLOSTER-SEVEX

(août-décembre 1737).

(m. le maréchal, duc de ricrelieu.)

Août. 1*'. Les députés de Minden viennent offrir les clefs de celte ville; ceux de Hanovre se rendent à l'armée pour traiter des contributions. L'armée ennemie se retire sous ÎSienburg. — 3. L'année française marche au delà d'Oldendorf. Le maréchal de Richelieu, nommé au commandement des troupes du bas Rhin le 25 juillet, arrive à l'armée. Il a sous ses ordres l41 B. et 156 E., des troupes légères et li B. étrangers. M. d'Armentières à Buckeburg. M. de Broglie, qui a suivi le mouvement de l'armée par la rive gauche du Wéser, fait prendre iiossession de Minden par M. d'Aubigné. Il rentre à l'armée. M. de Randan à Hammelspringe. — 7. Le maréchal d'Estrées quille l'armée. M. de Richelieu reçoit la capitulation de Hanovre. Il envoie 1 régiment d'infanterie et I de cavalerie en Osl-Frise, pour renforcer à Emden. — 8. Les ennemis se portent sur Weiden.

— 12. L'armée sous Hanovre. M. d'Armentières campe à Minden. M. de Randan à Neusladt en avant de Hanovre. Il ne reste que des chasseurs à Nienburg; M. de Cumberland à Werden. — 15. Les capitulations de Brunswick et de Wolfenbiittel signées le 13, le duc d'Ayen en prend possession avec 6 B. et 6 E.

— 18. M. de Villemeur reste à Munster, se porte à Meppen ; des dragons occupent Zelle. M. d'Armentières à >'ienburg avec 14 E. de renfort venus de Rureuionde. Les alliés se fortifient sous Werden. avec un poste à Retheni. — 22. L'armée française à "Wolksdorf. Les hussards de PoUeresky et de l'intànlerie joignent les dragons à Zelle. L'ennemi évacue Rethem et brûle le pont de l'Aller.

— 23. L'armée à Mariensée. Capitulation de Gueldre. Une fraction du corps de M. d'Armentières pour aller avec M. de Broglie à Oster-Bruck, jointe par M. de Berchiny. M. de Randan rejoint l'armée. A l'approche de M. de Broglie, 3,000 grenadiers et 1,500 clievaux, laissés de l'autre côté de l'Aller, se retirent sur Werden. L'armée ennemie décampe de celte ville. M. de Chevreuse marche par la rive droite de la Leine à Bothmer; établit un pont à Essel. — 24. L'armée s'avance à Rodewald. M. de Broglie fait marcher deux détachements à Werden.

— 25. L'armée s'avance à Relhem; trois ponts jetés sur l'Aller au-dessous de Bothmer, à hauteur de Gitten. M. d'Armentières campe à deux lieues en avant de l'armée à Elelsen. M. de Chevreuse à Bothmer. L'ennemi à Rolhenburg derrière la Wumme. — 26. Les volontaires Royaux s'avancent sur Bremen ; Fischer en expédition à Halberstadl. M. de Broglie prend possession de Werden.

— 27. M. de Guerchy reste à Relhem. — 28. L'armée se porte à Westen ; le 29 ,

à Werden. M. d'Armentières à Achim. — 29. Il marche à Brenien, dont il reçoit la soumission. M. de Broglie à Achim. M. de Chevreuse, sur la Bothmer, pousse des partis sur Rothenburg. — 30. M. de Guerchy à Willohe. M. deMonteynard à Eversen. Le duc de Cumberland occupe les positions de Rolhenburgh et Ottersberg. — 31. M. de sur Broglie Otlersberg. L'ennemi décampe, laissant à Rothenburg et Otlersberg des garnisons qui évacuent ces places à l'arrivée du maréchal de Richelieu. Les alliés se retirent sur Gyhum. Septembre. 1". L'armée reste à "Walle avec le maréchal. M. d'Armentières à Bremen. M. de Saint-Pern à Rothenburg avec les grenadiers et les carabiniers; il détache en avant M. de Poyanne. — 3. Le maréchal se porte vers Closter-Seven avec tous les grenadiers. M. de Broglie rejoint le maréchal à Closter-Seven. M. de Poyanne s'avance vers l'ennemi à Selsen; son arrière-garde à Closter- Seven. — 4. Le maréchal attaque Bevern. Quartier général à Closter-Seven. L'armée rejoint. Capitulation de Haiburg. M. de Poyanne sur Selsen. L'ennemi se relire entre Bevern et Bremenworde. — 5. M. de Rochambeau sur Wolfenb'ùttel et Halberstadt. — 8. Capitulation de Closter-Seven. — État des camps : 15. NYerden.ducdeBrissac. Bremen, M. d'Armenlières. — 16. Relhem, M. deChevert. — Bothmer ou Essel, duc de Chevreuse. — 18. Zelle, M. de Contades. — lO- 11. M. de Richelieu ordonne le mouvement sur \Volfenbïittel et Brunswick. Le roi de Prusse avec 40,000 hommes vers l'armée de M. de Souhise et de l'Empire qui s'assemble à Erfurt. — 12. Prise du château de Regenstein. — 15. Le maréchal à Rethem. — 16. Le maréchal à Zelle. — 17-18. M. de Berchiny en Hesse; M. de Talaru à Eschwege sur la Werra ; M. de Turpin, de AVitzenhausen à Allendorf et un détachement à Kreulzburg. — 19. Le maréchal à Brunswick; les premières divisions de l'armée à Wolfenbiittel. M. de Rochambeau à Osterwick avec M. de Voyer; ils se retirent le 20 sur Hornburg. Le prince Ferdidinand de Brunswick à Halberstadt, où il établit son quartier général; derrière lu' la garnison de Magdeburg. — 26. Le maréchal, avec les premières divisions de l'armée sur Hachum. M. de Voyer se porte sur Osterwitk; le 27 à Athenstedt, et le 28 en deçà de Groningen. Les postes ennemis avancés à Zilly et Osterwick. — 27. Les troupes du maréchal en échelons sur Osterwick; campent à Dardesheim, Bersel et Osterwick. Les Prussiens se retirent derrière Halberstadt. Le prince Ferdinand sur Hammersioben, puis sur Wanzicben. — 28. Les Français s'avancent sur Athenstedt, puis Halberstadt. — 29 et 30. Sont suivis par le reste de l'armée, excepté la réserve de M. de Chevreuse à Oschersleben. M. d'.\rmentières à Quediinburg.

Octobre. 7. M. de Broglie, avec 20 B. et 18 E., rejoint M. de Souhise vers Nordhausen. — 11. Le duc de Cumberland en .\ngleterre. Un corps de troupes de Wanzleben, avec le prince Ferdinand, fait une démonstration sur M. de Chevreuse. — 12-13. Le corps de M. de Chevreuse augmenté de 3 brigades d'infanterie et de 10 E. — 16-17. M. de Broglie à Mulhausen.

Novembre. 1. L'armée quitte Rcichertswerbern. M. Hilburghausen change les projets, s'arrête à Schortau. M. de Souhise à Kayna et Merseburg. — 2. Les Prussiens passent la Saale près de Weissenfels et campent à Braunsdorf. M. de Souhise, à Muchein, est rejoint par M. Hilburghausen. — 3. Le roi passe la Saale près de '^■eissenfels, campe près de Braunsdorf. — 4. L'armée combinée

change de position et se trouve face à l'armée prussienne. — 5. M. de Soubise amène la cavalerie et la réserve. Bataille de Rossbach, prodiges de valeur de M. de Castries. M. de Saint-Germain protège la retraite. Le prince Henri de Prusse tombe sur les Français, il est blessé. Seidlilz avec sa cavalerie. — 6. Le roi de Prusse marche à Frey bu rg. Les armées combinées se séparent. M. Hildburghausen se dirige sur Arnstadt, puis en Franconie. — 7. Frédéric retourne à Leipsig, notre armée à Sachsenburg. — 8. A Kildenbruck. — 9. A Nordhausen. — 12. Nadasti force la garnison de Schweidnilz à capituler. — 13. Le prince Henri est laissé en Saxe. Le roi quitte Leipsig. Départ de notre armée en trois colonnes pour Dingelstadt, Duderstadt et Mulhausen. — 16. Le prince Henri passe l'Elbe à Torgau et pénètre en Lusace. d'où il chasse Marshal. — 20-21. Nos troupes de droite dirigées sur Kirchain en Hesse, celles de gauche sur le Mayn. — 21-22. Le prince Charles dresse des batteries le long du camp prussien de Breslau. — 22. Les généraux d'Arenberg et Marquire forcent le poste de Schmiedeleld. Beck repousse les Prussiens à Piinitz. Le duc de Bevern, attaqué dans son camp de Breslau. derrière la Lobe, est culbuté et se rallie près des faubourgs de Breslau. M. de Soubise quitte Duderstadt, prend la route de Mulhausen. — 28. A Eisenach. Vers les derniers jours du mois , l'armée de Soubise versée dans celle de Richelieu, tout en conservant son commandement distinct.

Décembre. 2. Le maréchal quitte Luneburg. — 3. A Zelle. Avantage de M. de Caraman sur les chasseurs hanovriens. IM. de Villemeur à l'arrière-garde; il opère de manière à rejoindre à couvert de l'Aller. RI. de Noailles à l'altensen. — 6. M. de Broglie à Zelle. ainsi que M. de Noailles. L'ennemi laisse 4 ou 5,000 hommes devant Harburg. — 7-8. Le maréchal rappelle à lui les troupes laissées dans la Hesse. M. d'Armentières se re[ilie sur Halberstadt et Osterwick Le corps prussien est à Halberstadt et Osterwick. — 12-13. Les troupes françaises derrière l'Aller. — IG. L'armée au camp de Zelle. Le quartier général ennemi à Altenbagen. — 19-23. Dispositions pour passer l'Aller. — 21. M. de Broglie dans le duché de Bremen. — 24-25. Dans la nuit, MM. de Villemeur, de Laval, de Grandmaison, d'Auvet, d'Aveu jettent des ponts et passent l'.Vller. Succès de ce passage. L'ennemi se retire sur Winsen et Luneburg; le prince Ferdinand à Uelzen. — 26. Le maréchal à Luneburg. — 27. Harburg capitule. — 28-31. Cantonnements de l'armée entre l'Aller, l'Ocker et la Leine. Quartier général à Hanovre. M. de Broglie entre Zelle et Bremen.

Dès le mois de juin, le roi avait pris la résolution d'assembler deux nouvelles armées en Alsace, avec l'intention de produire en Allemagne une diversion capable d'arrêter les progrès du roi de Prusse et d'intimider les princes de l'Empire disposés à se prêter à ses projets. M. de Richelieu, destiné à commander une de ces deux armées, devait, en se portant sur la Wettéravie, favoriser les opérations du maréchal d'Estrées, ou agir de concert avec lui, suivant les circonstances. Le succès de la bataille de Chostemitz en

Bohême, gagnée par les troupes de l'Impératrice sur celles du roi de Prusse, changeait absolument les plans d'invasion.

Le conseil supérieur de la guerre pensa donc que l'armée de M. de Soubise, renforcée d'une partie des troupes destinées à M. le maréchal de Richelieu et combinée avec celle des cercles, suffirait à opérer efficacement dans la partie de l'Allemagne oîi une diversion paraîtrait avantageuse aux intérêts des alliés, et que le moyen le plus prompt pour terminer la guerre serait de mettre l'armée de Westphalie en état d'activer les premiers succès de la campagne et de lui donner sur celle des ennemis une supériorité telle qu'elle pût entreprendre plusieurs opérations à la fois. C'est dans cette vue qu'il se détermine à porter sur le Wéser 20 B. et 36 E. de plus, y compris les 20 E. laissés au camp de Ruremonde, et à réunir ces troupes à l'armée du maréchal d'Estrées, sous le commandement supérieur de M. de Richelieu. Par cette augmentation, cette armée devait être de 141 B. et 156 E., indépendamment des troupes légères et de 14 B. étrangers.

Le duc de Cumberland avait ignoré pendant la bataille les succès du duc de Brunswick, comme le maréchal d'Estrées avait ignoré ceux de Chevert. Par son inaction, le général de Maillebois allait donner le signal de la retraite, lorsqu'il s'aperçut que l'ennemi opérait la sienne sur tous les points et abandonnait cette batterie du centre qui avait trop épouvanté le comte de Maillebois. M. d'Estrées (1), en emportant les regrets de son armée, se vengea du

(1} D'Estrées (Louis-César), né le 2 juillet 1695. Comte, puis duc. Jeune colonel, quand, en 1725, il fut envoyé avec son régiment à Weissembourg. Aimable, possédant cette fleur de galanterie qui sait allier la politesse aux convenances, i! pensa alors épouser Marie Leczinska, retirée dans une modeste position et y vivant avec son père Stanislas. La piété filiale avait développé en elle des vertus d'innocence qui, dès l'âge le plus tendre, avaient adouci tous les maux de sa vie errante. Ses traits n'avaient rien de remarquable ; mais la jeunesse et la santé leur donnaient de la grâce. Timide comme les personnes qui ont a.ppris de bonne heure à se défier de la fortune, Stanislas n'espérait lui trouver un époux que parmi les hommes fort au-dessous du rang qu'elle avait occupé. D'Estrées vint apprendre au régent le bonheur inespéré qui lui était offert, s'il obtenait uu duciié.

Le régent le traita de présomptueux et fit échouer toutes démarches. L'évêque de Fréjus, dans la crainte de voir sur le trône une princesse de Condé, chercha la réalisation d'un mariage avec le roi, et offrit aussitôt à Stanislas cette prodigieuse faveur de la fortune. Mestre de camp de Roussillon-cavalerie, 22 mars 1718 ; brigadier, 20 février 1734; maréchal de camp, 24 février 1738; lieutenant gêné-

moins de M. de Maillebois, auquel il reprochait d'avoir, comme chef d'état-major, compromis la victoire en donnant des ordres contraires. Tl l'accusa avec tant de persévérance que le gouvernement fit examiner la conduite de cet officier général. L'accusation fut portée devant le tribunal des maréchaux de France et occupa fort le public. Les juges donnèrent leur avis cacheté, qui fut porté au roi. Ce jugement n'a jamais été bien connu légalement; cependant, déclaré coupable, M. de Maillebois, enfermé à la citadelle de Doullens, resta privé de tous ses emplois, bien que quelques années après il reparût avec de nouvelles faveurs.

En effet, le maréchal d'Estrées venait d'être privé de son commandement, malgré d'aussi glorieux avantages. Comme le plan de la bataille qu'il venait de gagner, aussi bien que son choix heureux de Chevert pour concourir au succès, lui appartenait en propre, il y eut dans toute l'armée non pas seulement étonnement, mais douleur de voir la récompense se changer en disgrâce. Dès le début de la campagne, le maréchal d'Estrées avait exprimé dans ses lettres de justes plaintes contre le munilionnaire général Pâris- Duverney, qui depuis lors n'avait cessé de chercher à le déconsidérer. De son côté, M. de Maillebois, maréchal général des logis de l'armée , se croyant plus habile que son chef suprême, faisait en secret cause commune avec Versailles contre le maréchal, et comme à Versailles, sous l'influence de l'entourage intime du roi, tout se traduisait souvent par les voies de l'intrigue, le complot suscité par Pâris-Duverney eut un plein succès. Le rappel du maréchal d'Estrées et son remplacement par le duc de Richelieu,

rai. 2 mai 1744 ; envoyé à Vienne pour les oi>éralions de la campagne de 1757; maréchal de France le 24 février 1757; commande l'armée d'Allemagne; ministre d'État , 2 juillet I75S; remis à la tête des troupes en 1762, remporte avec le prince de Soubise la victoire de Johannisberg. Mort sans postérité en 1771.

Le maréchal d'Estrées n'était d'Estréesque par substitution de nom et d'armes : par lui-même de noblesse récente, mais illustre, il s'appelait Le Tellier ; petil-(ils de Louvois. Jusqu'en 17:^9, marquis de Courtenvaux ; après la mort du maréchal d'Estrées, son oncle maternel, il obtint de Louis XV la permission de relever le nom que portait sa mère et qui, faute d'héritier direct, allait disparaîtrede l'armée.

D'Estrées, honnête homme, brave, actif, vigilant, mais brusque et emporté, brillait par .ses connaissances. Son extrême sévérité le fit haïr des soldats, et sa dureté le rendait désagréable aux officiers. Ne voulant pas avoir une table somptueuse, on le taxa d'avarice. (D. G.)

commandant l'armée du bas Rhin, furent décidés sous le vain prétexte que le maréchal était trop lent et trop indécis dans ses opérations contre le duc de Cumberland. Cette injuste appréciation devait tourner à la gloire du maréchal et à la confusion de ses ennemis. Le 25 juillet (1), l'ordre du rappel est signé, et le 26, la bataille de Hastenbeck gagnée; les deux nouvelles si opposées se croisaient en route et presque en même temps elles arrivaient à leur adresse. Puis Pâris-Duverney et Versailles recevaient également coup sur coup celles des 28 juillet, 1", 3 août et des jours suivants, qui augmentaient, avec la gloire du maréchal disgracié, l'embarras et la mauvaise humeur de ses ennemis.

Le maréchal de Richelieu se rend à Strasbourg pour régler la marche des troupes, ayant reçu les pouvoirs à lui adressés pour le commandement de l'armée du bas Rhin. Le roi prévient le maréchal d'Estrées de la nouvelle destination de l'armée s'assemblant en Alsace, et de l'arrivée de M. de Richelieu à l'armée le 3 août. L'entrevue avec le maréchal d'Estrées eut lieu le lendemain, entrevue pleine de franchise et de bonnes façons de la part de ce dernier, et dans laquelle le plus embarrassé ne fut pas celui sacrifié à l'autre. Après avoir donné trois jours à son successeur pour le mettre au courant des affaires, il quitta l'armée le 7, ému des vives sympa-

(1) Le ministre de la (jucrre à M. le maréchal de Richelieu.

«. Conipiègne, 25 juillet.

« Je viens, Monsieur, de faire porter par un courrier la lettre du roi à M. le maréchat d'Estrées pour l'informer de votre arrivée prochaine sur le Wéser, et j'écris en môme temps à MM. de Maillebois, de Cornillon et de Chabot

« A l'égard de M. de Chabot, je lui annonce qu'il doit céder le détail de la cavalerie, cl je vous envoie un ordre du roi pour l'autoriser à faire le service de maréchal de cainp dans l'armée, s'il ne veut point servir sous son successeur. « (D. G., Correspondance, 3436,91.)

La date de cette lettre prouve que la nomination de Richelieu était arrêtée bien avant la batailleet sans en connaître les conséi[uences. Le maréchal d'Estrées, intrépide soldat, vivant en dehors des intrigues, était devenu le point de mire des ambitions démesurées de Richelieu, et la campanne était à peine ouverte qu'il s'établissait une correspondance secrète entre Richelieu, .M. dePanlmy son beau-frère, et M. de Maillebois. Heureusement pour M. d'Estrées que, son successeur s'oubliant dans les plaisirs de Strasbourg, il gagne pendant cette absence la bataille d'Hastenbeck.

thies que lui témoignaient officiers et soldats, et se rendit à Aix-la- Chapelle pour y prendre les eaux avant de rentrer en France.

Le 8, l'armée ennemie décampait et se portait sur Werden. Le duc de Cumberland n'avait pu se déterminera violer si promptement la neutralité signée pour le duché de Brème, sans conserver le projet de s'avancer vers les Anglais qui débarqueraient à Stade. Cette conjoncture ne l'empêchait cependant pas de prendre toutes les précautions possibles pour la conservation de l'Ost-Frise, où l'on craignait encore un débarquement anglais. Le maréchal, dès les premiers jours de son arrivée, y avait envoyé les régiments d'Euinfanterieet d'Archiac-cavalerie, faisant part à M. d'Auvet (1) qu'il lui donnerait le nombre de troupes nécessaires à la défense de cette province, dans le cas cependant oh il serait possible de l'entreprendre sans trop exposer les troupes qui en seraient chargées.

Le 11 août, le nouveau général en chef, impatient d'agir et de livrer, s'il se peut, une bataille qui fasse oublier celle de Hastenbeck, porte son camp à Linden, sous les murs de Hanovre, où, malgré une pluie battante, il voulut faire une revue de son armée. Les renforts qu'il attendait, arrivés, lui constituaient un effectif de 128,000 hommes, force beaucoup trop considérable pour vaincre l'armée hanovrienne affaiblie et démoralisée par sa récente défaite.

Les ennemis n'avaient laissé que des chasseurs dans Nienburg, et le duc de Cumberland était à Werden. Sa retraite sous Nienburg, après la journée du 26 juillet, ne semblait d'abord déterminée que par la nécessité de se rapprocher de ses subsistances -lui arrivant par le Wéser; mais sa marche sur Werden paraissait désigner un autre objet. M. de Richelieu ne doutait pas que l'embarquement des 13,000 Anglais, dont on parlait depuis longtemps, ne fût destiné à Stade, et que ;la position du duc de Cumberland n'eût pour objet de les joindre plus sûrement à son armée.

En effet, il ne paraissait pas vraisemblable que ce prince eût rompu la neutralité signée nouvellement avec le Danemark à l'égard des duchés de Brème et de Werden, s'il n'avait eu un objet prin-

(1) Auvet (marquis d') ; 1745, brigadier; 10 mai 1748, maréchal de camp; 17 décembre 1759, lieutenant général. Exact dans l'exécution des ordres qu'il reçoit, scrupuleux, mais trop inquiet. (D. G.)

cipal qui l'engageât à la sacrifier. M. de Richelieu pensait même que le secours seul de l'Angleterre ne déterminerait peut-être pas le duc de Cumberland à une pareille démarche ; d'après toute probabilité, c'était un pacte concerté avec le roi de Prusse et l'Angleterre pour mettre son armée dans un état de force ou même de supériorité qui lui permît de tenter une seconde fois la fortune avec les troupes du roi. En admettant ce principe, l'objet essentiel était de prévenir l'arrivée des secours et de marcher à l'ennemi avant la jonction. Mais leur attention de toujours se tenir à quatre marches au moins de l'armée du roi, depuis la journée du 26, ne l'avait pas permis. Les nouveaux entrepôts que l'on était obligé de former à Hameln, à Hanovre, et le repos dont les troupes avaient besoin, exigeaient un séjour dans leur position actuelle. D'ailleurs, M. de Richelieu pensait que, dans le cas où les ennemis tenteraient de défendre le passage de l'Aller, il serait plus en état de le forcer, une fois rejoint par une partie des troupes attendues. Il se proposait d'employer ce retard indispensable à reconnaître tout le pays entre rOcker et la Leine, et entre la Leine, l'Aller et le Wéser, à faire des reconnaissances sur Neustadt, Nienburg, Werden, et sur ces points de communication, enfin à des dispositions de subsistances qui pussent le mettre en état d'agir offensivement ou défensivement. La capitulation pour les villes de Brunswick et de Wolfenbiittel signée le 13, le duc d'Ayen partit le 15, avec 6 B. et 6E., pour prendre possession de ces deux places le 20. Quelques troupes se mettent en marche dès ce jour-là; l'armée se porte le 22, sur quatre colonnes, et can>pe à Wunstorf, sur la rive gauche de la Caspane, la gauche en avant de cette ville, la droite en avant de Blumenau.

Le 23, l'armée s'avance et campe, la gauche à Mariensée. La division de M. de Randan, à Neustadt, rejoignit l'armée à ce camp, et il resta de sa personne à Hanovre pour y commander (1).

Quelques jours auparavant, M. le maréchal avait fait marcher à Zelle des dragons et des hussards Pollereski,-qui ne trouvèrent personne et occupèrent ce poste. Quant au duc d'Ayen, parti avec 6 B. et 6 E. pour occuper Brunswick et Wolfenbiittel, il trouva dans la première de ces villes 160 pièces de canon et une grande quantité

(1) Le duc de Randan a laissé en Hanovre un souvenir cher et honorable, en ailoucissant les malheurs de ce pays conquis. (D. G.)

de munitions en tout genre. M. de Yoyer prit une vingtaine de canons dans Wolfenbûttel.

M. d'Armentières, dont la réserve venait d'être augmentée de 14 E. de cavalerie arrivés de Ruremonde, restés en dépôt depuis le commencement de la campagne, marchait de Minden le 18 sur Nienburg, d'où les ennemis s'étaient entièrement retirés. Bien qu'encore campés sous Werden avec un corps à Relhem, ils construisaient des redans et des lunettes à un camp placé dans une position avantageuse à quelques lieues de Werden. Malgré leurs démonstrations, ils ne semblaient pas attendre le maréchal; leur position à "Werden les éloignait du roi de Prusse, mais cela n'empêchait pas le maréchal de donner toujours beaucoup d'attention à la partie d'Halberstadt et de Magdeburg, pensant que l'on ne pouvait sans danger abandonner toute défiance que Magdeburg ne fût pris, et que, pour le succès d'une telle entreprise et pour en surmonter les difficultés, il fallait s'en occuper sans perdre de temps, et agir de concert avec la cour de Vienne.

Ce fut dans ces circonstances que M. de Richelieu reçut le 22, par un trompette, une lettre du duc de Cumberland, datée du camp de Werden le 21 août, lui proposant une suspension d'armes, qu'il refusa par sa réponse du 23. (D. G., 3437, 81.)

Presque en même temps, M. le comte d'Hardenberg, ministre de Hanovre, arrivait au camp de Mariensée, demandant un passeport pour trouver M. de Cumberland par suite d'une lettre de ce prince qui le chargeait de le lui demander de sa part, et traiter avec lui une affaire dont il lui donnerait connaissance. M. d'Hardenberg ne s'expliqua pas davantage. Le maréchal ayant reconnu dans cette démarche de M. de Cumberland qu'elle avait trois objets, ou de colorer honnêtement la retraite de l'armée hanovrienne, ou d'animer les troupes de Brunswick et de Hesse, ou d'inquiéter nos alliés, refusade donner le passeport. M. d'Hardenberg retourna à Hanovre, et le maréchal continua de s'occuper des moyens de réduire M. de Cumberland plutôt par la force que par la négociation, en essayant de lui enlever Werden.

L'armée ennemiepartit de Werden le 23 août à midi. M. deBroglie marche le 24 au matin; un détachement se dirige par la rive droite de l'Aller, aux ordres de M. de Limoges, lieutenant-colonel des volontaires Royaux, et M. de Chabo, commandant ce corps, s'avance

pnr la rive gauche sur Werden. Les deux détachements entrèrent en même temps dans cette ville, qu'ils trouvèrent abandonnée. M. le duc de Chevreuse, qui avait marché dès le 23 par la rive droite de la Leine jusqu'à Bothmer, établit un pont sur l'Aller à Essel, tandis que l'armée en jetait unau-dessous de Bothmer, à hauteur de Gillen et au-dessus de Ahlden.

L'armée marche le 24, s'établit à Rodewald, avec sa gauche et sa droite placées près de l'Aller.

Le 25, on s\ivance sur trois colonnes et on campe à Relhem, à la rive gauche de l'Aller. L'armée y essuie un orage si violent que les ravages qu'il fit dans le camp l'empêchèrent de partir le lendemain. M. d'Armentières était à deux lieues en avant de l'armée, les ennemis retirés dans leur camp de Rothenburg derrière la Wumme. Les volontaires Royaux marchent sur le chemin de Brème, après que le duc de Broglie eut pris possession de Werden le 26 au matin. Dans la position des ennemis près Rothenburg, ils se trouvaient à neuf lieues de nous.

L'armée de M. de Richelieu, restée à Rethem, en part le 28, se portant vers les ennemis établis derrière la Wumme. Une lettre adressée à M. de Paulmy, en date du 21) août, au camp de Werden, donne l'explication de ce mouvement (D. G., 3438, 170) :

« Je vous ai marqué, Monsieur, que l'ouragan effroyable que nous essuyâmes le 25, en arrivant à Rethem, m'avait forcé d'y séjourner (1). Je mis hier l'armée en marche pour venir camper à Westen, qui est à demi-chemin d'ici, où je vins moi-môme dîner chez le duc de Broglie. L'armée y est arrivée aujourd'hui. J'avais mandé à M. d'Armentières de m'attendre de sa personne chez M. de Broglie pour raisonner sur les différentes positions à prendre et reconnaître parfaitement celle de la droite des ennemis. J'ai fait marcher aujourd'hui M. de Broglie à Achim, et la réserve de M. d'Armentières, qui y avait marché hier, se dirige sur Brème. Les ennemis ont un poste auprès de l'embouchure de la Wumme. Ils ont

(1) La journée avait été assez belle; une chaleur de la saison ne faisait pas craindre un orage effroyaltle qui se déclara vers les 7 heures du soir. Une pluie mêlée de grêle et poussée par un vent iini»étueux inonda le camp et la ville; les lentes renversées, les piquets abattus, les chevaux échappés, les arbres déracinés, les soldats errants cherchant un abri à travers les éclairs, forcèrent l'armée de rester deux jours à Rethem pour se remettre.

leur droite à Ottersberg, qu'ils ont fortifié et où il paraît que l'on ne peut aborder que par une chaussée ; leur gauche est appuyée à Rothenburg, la Wumme devant eux, et ils font plusieurs digues pour la faire refluer dans les marais à travers lesquels elle coule. Le duché de Brème paraît assez fertile dans tous les bords de la mer, mais le milieu n'est que marais. Je suis fi examiner l'étendue de ceux qui enveloppent l'armée des ennemis, et la possibilité qu'il pourrait y avoir de les y attaquer ou de les y tourner, et combiner tout cela avec ces malheureux moyens de subsistance. Il y a eu plusieurs petites affaires des volontaires Royaux qui ne doivent pas tenir place dans un tableau qui présente des objets si importants. M. de jBroglie doit aller reconnaître aujourd'hui les moyens praticables et la nécessité d'attaquer le poste de Bassen; il doit aussi reconnaître demain Ottersberg de plus près qu'on ne l'a fait jusqu'ici, et voir !a possibilité qu'il y aurait d'établir des batteries de droite et de gauche. Le duc de Chevreuse est toujours campé sur la Wumme, prêt à s'allonger sur sa droite et poussant de grands partis sur Rothenburg, protégeant les volontaires que je vous ai marqué qui devaient s'avancer jusqu'à Harburg. J'ai laissé M. de Guerchy à Rethem avec 10 B. et le régiment de dragons de Caraman, qui doit pousser plusieurs partis sur le fond du centre des ennemis, et 10 autres B. qui ont passé l'Aller et qui sont entre lui et moi. C'est du vésultat de ces reconnaissances que je ferai ma disposition générale pour me porter tout d'un coup sur les ennemis, et M. de Chevreuse fera en même temps son mouvement par sa droite pour se porter sur leur flanc gauche. Les ennemis ont fait sortir beaucoup de partis ce matin qui ont troublé nos reconnaissances. Il est fort désagréable d'être dans un pays dont il n'y a pas seulement des cartes, où personne n'a jamais fait la guerre et où on n'envisage que des difficultés, »

Nos reconnaissances étaient poussées fort loin, comme le constate cette lettre de M. Berchiny au ministre de la guerre, le 30 août 1757 (D. G., 3438, 159) :

« J'ai eu l'honneur de vous informer, le 17 de ce mois, d'un projet d'envoyer sur les confins de la Saxe un détachement de 450 hussards aux ordres de M. Turpin, pour enlever l'argent appartenant au roi de Pologne, que ses sujets ne pouvaient lui faire passer par rapport aux partis prussiens qui rôdaient dans ce

pays. Depuis son départ, j'ai reçu de lui deux lettres du 22 et du 26, par lesquelles il me mande qu'il a établi les contributions dans les duchés de Gotha, d'AUenburg, de Weimar, d'Eisenach conformément aux ordres de M. le maréchal de Richelieu ; qu'il ne laissera point d'argent en aucun endroit, appartenant au roi de Pologne, encore moins de celui du roi de Prusse, s'il en trouve. Son lieutenant-colonel fait la récolte de son côté , et ils doivent se rejoindre à Langensalza. M. de Turpin, après avoir assuré les contributions dont il a envoyé la copie des conventions au maréchal de Richelieu et gardé les originaux, ne voulant point les risquer par une estafette, me rend compte par sa dernière qu'il a poussé son détachement jusqu'à Borna où il a ramassé tout l'argent qu'il a trouvé et en a fait passer la plus grande partie à Langensalza, lieu de sûreté.

« Il s'est rendu le 26 à Mersburg et, chemin faisant, a touché quelque peu d'argent à Lutzen; étant à Weissenfels, il apprit que le colonel Lodon, au service de Saxe, avait un gros corps de croates et d'hussards aux environs de Leipsig, qui coupait la communication avec Torgau. Le comte Turpin lui écrivit de se joindre à lui pour tâcher de s'emparer de Leipsig, ce qui, dit-il, aurait peut-être pu leur réussir, d'autant mieux qu'il avait des intelligences dans cette ville; mais n'en ayant point reçu de réponse, il s'est retiré à Mersburg, où il compte se saisir des armes qu'on y a laissées d'un B. de troupes légères prussiennes que l'on avait levées. Il s'est approché le plus près qu'il a pu de Leipsig sans rien risquer, étant couvert par la rivière de la Saale et ayant des détachements en avant, et me mande que, si avec ses hussards il avait de l'infanterie, il prendrait cette ville, où il y a 1,500 hommes de garnison, dont 500 Prussiens, et le reste Saxons qui n'attendent que le moment de se révolter, ce dont, me mande-t-il, le commandant meurt de peur; il ajoute que ce qui lui fait peine est de voir dans les sujets du roi de Pologne autant de Prussiens que de Saxons. 11 a intercepté, entre quantité de lettres, plusieurs au roi de Prusse ; il me les a envoyées, et je les ai fait ensuite passer à M. de Richelieu ; j'en ai pris lecture et n'y ai rien vu de conséquence, à deux près qui peuvent être importantes, étant écrites en chiffre. Il empêche les partis prussiens de dévaster le pays. 11 attend les premiers corps de l'armée de Soubise, qui doit aller

dans ce pays, et compte êlre de retour dans sept ou huit jours. » L'armée part de Werdeu le 31 pour Walle, où elle campe sur deux lignes. Les ennemis restant toujours dans leur position de Rothenburg et d'Ottersberg, le maréchal se détermine à les y attaquer en faisant partir le 30 M. de Monteynard pour aller reconnaître le pays et s'approcher de leur camp : il avait à ses ordres des compagnies de grenadiers, des carabiniers et de la cavalerie, un détachement des volontaires de Flandre et du Hainaut, plus quatre pièces. M. de Monteynard , avec ce détachement, se porte le 30 au matin à Eversen, à quatre lieues environ de Werden : il y découvre le camp des ennemis encore tendu à un quart de lieue au delà de Rothenburg.

Il passe la nuit en bataille et se place à la pointe du jour sur le village d'Unterstedt, d'oii il débouche en colonne jusque près de Rothenburg, par le grand chemin, ayant des marais à droite et à gauche. M. de Monteynard s'aperçut alors que les ennemis avaient fait décamper le centre de leurs lignes, et ne laissaient qu'un détachement dans le fort de Rothenburg et à celui d'Ottersberg, qu'il jugea être destiné à favoriser leur retraite. Il envoie sur-le-champ sommer le commandant, qui lui répond qu'il avait ordre de se défendre. M. de Monteynard en fit avertir le maréchal, déjà en marche pour le joindre, et, sur cet avis, envoie chercher -40 compagnies des grenadiei-s de l'armée, tous les grenadiers Royaux, les Carabiniers et douze pièces d'augmentation.

Le maréchal arrive à 7 heures du matin devant Rothenburg, qu'il reconnaît lui-même encore occupé par une forte colonne d'infanterie, reçoit quelques coups de canon du fort, s'occupe de rétablir les ponts de la "SVumme rompus par l'ennemi. En même temps, il passe sur une écluse des compagnies de grenadiers aux ordres de M. de Wurmser. Les ennemis, les ayant aperçus et craignant d'être coupés, évacuent le fort, d'autant plus rapidement que M. de Caraman, par la droite, avait déjà passé les marais et une branche de la Wumme avec ses dragons. Nos sentinelles avertirent de la retraite précipitée des ennemis, mais il ne fut pas possible de s'y opposer, tous les ponts sur la Wumme étant rompus, et sans aucun gué praticable à portée; l'on ne pouvait d'ailleurs arriver à Rothenburg que par une seule chaussée, ce poste étant

environné de marais de tous côtés. Sur-le-champ un des faubourgs de la ville est occupé par quelques compagnies de grenadiers, en attendant qu'on rétablisse le pont du fort. Les ennemis laissent des pièces enclouées, avec les affûts brisés, et l'on ne trouva aucune sorte de munitions, quoique ce fût un poste très avantageux et aisé à défendre longtemps.

M. de Monteynard se porte à trois lieues environ en avant de Rothenburg, poursuivant les ennemis retirés sur Séven à Gyhum, entourés de marais impraticables et ayant rompu la seule chaussée qui y conduisît.

M. le duc de Broglie, qui s'était avancé le 29 de Werden à Achim, en portant ses grenadiers à Bassen afin de déboucher à Oltersberg par la chaussée qui y conduisait à travers les marais, seul chemin par lequel on pût y arriver, envoya sommer le commandant de ce fort. Cet officier répondit que son intention était de se défendre et fit rompre en conséquence tous les ponts dans celte partie. Mais M. de Broglie, par la même manœuvre que le maréchal à Rothenburg, ayant fait passer des grenadiers au gué, force le commandant à se retirer avec précipitation, laissant son artillerie dans ce fort. M. d'Armentières marche avec son corps de 10 B., 12 E. et 10 pièces de campagne à Brème, arrive le 29 devant celte ville, dont les magistrats livrent les portes et reçoivent les troupes du roi. Le maréchal de Richelieu, ne pouvant les suivre avec toute son armée dans un pays si difficile et dénué de toutes sortes de subsistances, prend le parti de garder son camp de Walle et de laisser en avant un gros détachement destiné à observer M. de Cumberland en retraite sur Stade. Apprenant que les ennemis sont restés au camp de Selsen et que M. de Poyanne avait trouvé leur arrière -garde à Closter-Seven, il se porte sur-le-champ en cet endroit avec tous les grenadiers et la brigade d'Alsace (1).

(1) Alsace, appelé à l'armée du bas Rhin, se dislingue à Hasfenbeck, où le capitaine Picquot prend à l'ennemi huit canons et trois obusiers; ([ualre capitaines du régiment y sont blessés. 11 forme l'extrême avant-garde de M. de Richelieu dans l'invasion du Hanovre ; le 31 août, force le camp des Hanovriens entre Rollienburg et Ottersberg. Le 3 septembre, l'armée du duc de Cumberland campée à Eversen, il se porte avec tous les grenadiers, combat le lendemain ;\ Bevern. Le 8, les Hanovriens, violant la convention, se remettent en campagne; Alsace marche à leur reu-

9G Li:S GUERRES SOUS LOUIS XV.

Le 4 au malin, les ennemis s'étaient retirés entre Bevern et Bremerworde (1) : « Je vous ai mandé, écrivait au ministre le maréchal de Richelieu, ce qui avait suspendu la poursuite. Malgré le temps perdu, j'avais cependant chargé M. de Saint-Pern et M- de Poyanne de les suivre avec des troupes légères; ils trouvèrent les ennemis campés à Eversen, ce que j'appris comme j'allais partir pour ûttersberg. Je pris mon parti snr-le-champ de me porter avec tous les grenadiers à Rothenburg et la brigade d'Alsace à Closter- Seven, où je suis, six lieues en avant de Rothenburg, où je mandai au duc de Broglie de me venir joindre avec sa réserve : je poussai M. de Poyanne en avant avec son détachement.

« Hier matin, les ennemis avaient décampé; je me portai moimême au détachement de M. de Poyanne pour reconnaître le pays et la position des ennemis; j'allai jusqu'au village de Bevern; je vis le camp des ennemis de l'autre côté du ruisseau; leurs troupes légères tenaient ce village, qui fut attaqué et emporté par M. de Berchiny et M. de Ghabo, avec des dragons du régiment d'Harcourt qui avaient mis pied à terre; mais les ennemis faisant sortir des troupes réglées en assez grand nombre d'un petit bois qui est en face du village, je ne jugeais pas à propos de laisser entamer une affaire que je n'étais pas en état de soutenir, puisque je n'avais aucune infanterie et que je pouvais croire toute l'armée ennemie à la suite du camp dont je voyais une partie, comme elle y était effectivement. J'ordonnai donc aux troupes dans ce village de se retirer, et je dis à M. de Poyanne de se replier sur celui de Selsen, où il devait passer la nuit, protégé par 12 compagnies de grenadiers et quatre pièces aux ordres de M. le prince de Chimay, que j'avais placé dans un bois à une lieue en avant pour assurer en même temps la retraite de la cavalerie, si elle était inquiétée; ce qui ne manqua pas d'arriver.

« M. de Poyanne n'avait pas fait une demi-lieue de chemin qu'on aperçut une colonne d'infanterie de Hessois commandés par M. de Zastrow en personne, avec plusieurs troupes de cavalerie, qui, débouchant du village, avaient passé le ruisseau et venaient

contre, se trouve au combat de Vigesach et à la piise de Brème, y reste jusqu'en février 1758.

(1) D. G., Allemagne, 1757 ; 2435, 17.

pour lâcher de joindre M. de Poyanne et ses troupes de dragons qui se repliaient toujours très doucement, et comme les hussards se repliaient avec affectation encore plus lentement, cela fit espérer davantage aux ennemis de pouvoir les atteindre, et à nous qu'ils pourraient arriver jusqu'à portée de M. de Chimay, ce qui arriva effectivement; il leur fit alors une décharge si à propos qu'ils en furent fort ébranlés. En même temps, les grenadiers des volontaires de Chabo (1) chargèrent la tête de cette infanterie, qui ne s'attendait point à trouver la nôtre si près;

(1) Cliabo (comte de), capitaine dans Crussol, 1748; brigadier, 29 mars 1758; maréctial de camp, commande la légion royale jusqu'en 1759 ; lieutenant général, 25 juillet 1762.

Son frère (Antoine de Cliabo, chevalier de la Serre), né le 28 novembre 1716; mousquetaire le 23 février 1733; cornette au régiment de Lorraine-cavalerie ; capitaine le 23 mars 1735 ; aide-maréchal général des logis à l'armée de Flandre en 1746; en Italie, 1747; à l'armée d'Allemagne en 1757; brigadier, 10 février 1759; colonel de la légion royale le 10 mars 1760; maréchal de camp, 20 février 1761.

Famille qu'il ne faut pas confondre avec celle de Chabot (Rohan).

Les désordres qu'ont entraînés les guerres des grands vassauv de la couronne et des Anglais contre les rois de France ont détruit beaucoup d'anciennes chartes; celles conservées dans la maison de Chabot, duc de Rohan, remontent à 1008. Cette maison est une des plus anciennes et des plus puissantes du Poitou et de toute la Guyenne; ses titres sont certifiés par lettres patentes de Louis XI en 1469, de Charles VIII, de Louis XII, de François F^ de Louis XIV en 1648. Je ne cite que ceux ayant montré leurs noms dans l'armée sous Louis XV.

Rohan-Chabot (Guy-Augusie de), né le 27 août 1683; mestre de camp du régiment de dragons de son nom, 3 février 1703 ; brigadier, 29 janvier 1709 ; maréchal de camp, 1" février 1719 ; lieutenant général, 20 février 1734 ; mort le 13 septembre 1760.

Rohan-Chabot (Louis-Antoine-Auguste de) , sixième duc de Rohan-Chabot-, né le 20 avril 1733; entre au service en 1748, fait la campagne de Flandre comme cornette au régiment de Rohan ; colonel des grenadiers de France, 25 août 1749; colonel du régiment Étranger-cavalerie, 1756; fait lescampagnes de 1757, 1758, 17.59; se dislingue à Crefeldt, à Lutzelberg, à Minden où il est blessé. Le maréchal de Belle-Isle l'appelle « mon jeune héros. » Brigadier, 1760; maréchal de cainp le 25 juillet 1762; Ueutenant général le 5 décembre 1781 ; mort le 29 octobre 1807.

Surnommé le Balafré, très brillant officier, d'un grand courage. Il fit une défense héroïque sur le pont d'Hoya en 1757, où il donna tout le temps nécessaire pour rassembler l'armée. (D. G.)

Rohan-Chabot (Louis-Marie de), né le 17 janvier 1710;'colonel de Vermandois, 20 février 1734; d'un régiment de son nom, 15 avril 1738; brigadier, février 1743.

Chabot (Marie-Charles de Rohan, vicomte de), néle 9 juillet 1740 ; mestre de camp de Chabot-dragons.

ce qui fit qu'elle se retira fort en désordre : les volontaires du même régiment et les hussards tombèrent dessus, ce qui acheva de mettre la confusion parmi les ennemis. »

Le maréchal établit, le A au soir, son quartier général à Closler- Seven, avec ordre à l'armée de marcher en deux divisions du camp de Walle où elle était restée. La première ne pouvait arriver que le 6 à Rothenburgj et le 7 à portée de Closter-Seven. La seconde devait suivre la même direction à un jour de distance, en sorte que l'armée ne serait en état d'agir que le 9. Dans ce moment, le maréchal apprit que M. Baudouin, aide-maréchal des logis de l'armée, et M. de Grandmaison, major des volontaires du Hainaut, avaient obligé la garnison de Harburg à capituler, qu'on y avait trouvé des magasins considérables dans la ville et dans le fort, et qu'un détachement envoyé à Buxtchude avait pris du bailli ce qui s'y trouvait.

D'un autre côté, il porte M. de Rochambeau sur Wolfenbûttel avec 4 B. (1), le corps de Fischer et des hussards sur Halberstadt, oîi il devait être rejoint par le régiment de cavalerie de Lusignan; un autre régiment de cavalerie gardait la communication entre Halberstadt et Wolfenbiittel avec deux consignes principales : i° reconnaître plus particulièrement Halberstadt, et s'assurer comment on pourrait s'y cantonner l'hiver; 2° tirer toutes les subsistances qui se trouveraient entre Halberstadt et Magdeburg, afin d'en priver les ennemis, déjà occupés à les rassembler dans cette dernière place, et de les employer aux besoins de l'armée.

Dès le 3 septembre, le chef du détachement laissé à Rothenburg donnait avis que toute l'armée hanovrienne pouvait être facilement repoussée de ses retranchements de Bremerworde. Toujours en quête d'une action d'éclat, le maréchal appelle à lui une seconde fois une partie de ses troupes; mais il fallait le temps à cette colonne d'arriver. Le 4, s'étant porté aux avant-postes devant Bevern, avec 1,200 hommes pour toute ressource, peu s'en fallut qu'il ne fût fait prisonnier, et la retraite qu'il opéra de Bevern à Closter-Seven ne fut rien moins que brillante. Heureusement pour lui, le duc de Cumberland restait découragé depuis Hastenbeck. Le 4 au soir, il avait appris la prise de Harbourg sur l'Elbe, et le lendemain, que le détachement maître de cette place poussait non

(I) Poitou, 2 B. — la Maick, 2 B. ; Fischer, Turpin-hussards. (D. G., 3439, 104.)

loin de Stade. Se croyant menacé sur sa gauche et sur sa droite, il craignait naême que M. de Riclielieu, débouchant sur son front, ne fit effort pour le jeter dans l'Elbe. Dans cette situation critique, dont un général plus audacieux et plus habile eût pu se tirer noblement, le duc envoya, le 5, aux avant-postes français, le comte de Lynar, ministre du roi de Danemark, avec mission de négocier. Une suspension d'armes est d'abord conclue, puis, le 8 septembre, cette fameuse convention, dite de Glosler-Seven, par laquelle les troupes françaises devaient garder tout le terrain conquis par elles, les troupes alliées se retirera Stade, puis être dirigées les unes sur leurs pays respectifs, les autres, celles de Hanovre, être ramenées dans des limites tracées et acceptées d'un commun accord.

La convention de Closter-Seven (1) stipulait, sous la garantie du roi de Danemark, promise par le comte de Lynar, que le général anglais renverrait ses troupes auxiliaires de Hesse, de Brunswick, de Saxe-Gotha et du comté de la Lippe, et que le maréchal de Richelieu leur donnerait des passeports pour retourner dans leurs pays et y être dispersées; qu'il en serait aussi donné au reste des troupes du duc de Cumberland pour passer l'Elbe, et que celles laissées en garnison à Stade ne pourraient être augmentées, ni recrutées, ni faire aucun acte d'hostilité, ni même s'éloigner de la ville et passer les limites qui seraient désignées et marquées par des poteaux; enfin, que les troupes françaises resteraient en possession des duchés de Brème et de Werden jusqu'à la conciliation définitive des deux puissances. Si ce traité eût été solide, il procurait au roi les mêmes avantages qu'une victoire, le rendait maître absolu et sans contradicteur de tous les États du roi d'An-

(1) On a beaucoup blâmé celte capitulation, dit le général Jomini, et ce n'est pas sans fondement. Au moyen de sa grand» supériorité, le duc de Riclielieu pouvait faire mettre bas les armes à l'armée hanovrienne, ou tout au moins détruire et disperser le plus grand nombre, si une partie parvenait à s'échapper. On eut bientôt lieu de se repentir de la légèreté aveclaquelle il traita cette affaire. La destruction ou la prise de l'armée combinée aurait porté à George II un coup mortel, et, au lieu d'essuyer les désastres qui suivirent, la France eût été arbitre de la paix. Jamais général n'eut une plus belle occasion de s'immortaliser, en profitant des victoires qu'il n'aurait pas remportées ; jamais on ne put mieux apprécier les dangers de confier la conduite d'une guerre à des généraux courtisans. La rumeur publique accusa Richelieu d'avoir reçu de l'or pour prix de son extravagance. (Traité des grandes opérations militaires, t. I.)

gleterre en Allemagne et de ceux de ses alliés, donnait à son général la facilité d'amener de nouveaux secours à l'Impératrice et au roi de Pologne, électeur de Saxe, enfin de porter la guerre au roi de Prusse dans le duché de Magdeburg(lj.

Le roi de Prusse en avait si bien prévu la conséquence, qu'il avait écrit au roi d'Angleterre : « Je viens d'apprendre qu'il est encore question d'un traité de neutralité pour l'électorat de Hanovre. V. M. aurait-elle assez peu de fermeté et de constance pour se laisser abattre par quelques revers de fortune? les affaires sont-elles si délabrées qu'on ne puisse les rétablir? Que V. M. fasse attention à la démarche qu'elle a dessein de faire, et à celle qu'elle m'a fait faire. Elle est la cause des malheurs prêts à fondre sur moi : je n'aurais jamais renoncé à l'alliance de la France sans toutes les belles promesses que V. M. m'a faites. Je ne me repens point du traité que j'ai fait avec V. M.; mais qu'elle ne m'abandonne pas lâchement à la merci de mes ennemis, après avoir attiré toutes les forces de l'Europe contre moi. Je compte que V. M. se ressouviendra de ses engagements, réitérés encore le 26 du passé, et qu'elle n'entendra à aucun accommodement que je n'y sois compris. »

Quelque pressante que fût cette lettre, la circonstance l'étant encore plus, le traité avait été conclu et en partie exécuté. Le duc de Cumberland, retourné en Angleterre, mécontent ou disgracié, avait remis tous ses emplois en se retirant dans ses terres. Plus tard il eut le chagrin de voir les mêmes troupes, si découragées sous son commandement, reprendre un nouvel essor sous la conduite du prince Ferdinand de Brunswick, et effacer par une campagne offensive jusqu'au souvenir de leurs fautes et de leurs malheurs.

A la suite de la capitulation de Closter-Seven, le maréchal de Richelieu présenta au roi le projet de marche des troupes, et donna en détail les mouvements qu'il annonçait pour porter l'armée en différents corps sur l'Aller, depuis Zelle jusqu'à Brème, et ensuite sur Wolfenbûltel (2).

(1) On prétend que M. de Lynar, en sortant de la tente du maréchal de Richelieu, dit aux officiers français qui l'environnaient : « Je viens, Messieurs, de vous arrêter dans vos conquêtes; mais je n'ai rien diminué de votre gloire. »

(2) Positions assignées, le 12 septembre 1757, à notre armée du Hanovre : Camp de Brème ^M. d'Armentières, en chef; MM. de Pourprey, du Rumain, d'Ail'

ly) : Mailly, 4 ; Royal-Bavière, 2; Royal-Suédois, 2 ; Nassau- Ussingen, 1 (9 B.).

Mais le succès des dernières opérations militaires, et l'anéantissement de l'armée hanovrienne par la capitulation de Closter-Seven, changeaient entièrement la situation. Le maréchal tourna toutes ses vues sur sa droite, à laquelle jusqu'à ce moment il n'avait prêté qu'une légère attention, pour rester en force à sa gauche et parvenir au grand résultat qu'il venait d'obtenir. Cette partie droite devenait d'autant plus importante, que se dessinaient en Saxe les mouvements du roi de Prusse, qui venait de se porter avec 30 ou 40,000 hommes vers l'armée du prince de Soubise et celle de l'Empire, s'assemblant à Erfurt. Ces circonstances changeaient non seulement le plan des opérations, mais aussi celui des quartiers d'hiver.

M. de Maillebois (1) adresse un nouveau projet suivant lequel la gauche devait être à Harburg, d'où la ligne passant par Luneburg,

Colonel -général^ 3 ; Commissaire-général, 2 ; la Reine. 2 ; Bellefoncls, 2 ; le Roi, 2 ; Bourbon, 2; Mouliers, 2; Royal-Étranger, 2; Orléans, 2 (19 E.).

Camp de Werden (M. de Brissac, en chef; MM. de Morangies, de Sourches, Rulïey, Dombaslo, Montmort, d'Estourmcl et Foucquct) : Lyonnais, 2; .\lsace, 3; Autrichiens, 2; Saint-Germain, l ; Artillerie, 1 ; Gardes lorraines, 2 (Il B.).

Bourgogne, 2; Condé, 2; Royal-Pologne, 2; Harcourt, 2; Royal-Piémont. 2; Conti, 2; Dragons-d'Harcourt, 4 (16 E.}.

Camp de Rethem (M. de Chevert, en chef; MM.de Muy, de Saint-Pern, Isselbach, Dosten, Roquepine, Beaucaire, Traisnol) ; Condé, 2; Palatins, 10; Dauphin, 2; Enghien, 2; Artillerie, 1 ; Grenadiers de France et Royaux, 12 (29 B.).

Royal, 2; la Rochefoucault, 2; Talleyrand, 2; Bourbon-Busset, 2; Fumel, 2; Henrichemont^ 2; Saluées, 2 ; des Cars, 2 (16 E.).

Camp de Bothmer ou Essel (duc de Chevreuse) : Provence, 2 ; Salis, 2.; Reding, 2 (6 B.).

Meslre-de-camp-général, 2 ; Cuirassiers, 2; Clermont-Tonnerre, 2 ; Marcieu, 2; Roy al- Allemand, 2; Wurtemberg, 2; Nassau, 2; Dragons-Colonel-général, 4; Mcsfrede-camp, 4 ; Orléans, 4; Aubigné, 4 (16 E.).

Camp de Zelle (M. de Contades, en chef; MM. de la Suze, Fitz- James, Brogiie, de Chaulnes, Guerchy) : Navarre, 4 ; Champagne, i ; Orléans, 2 ; Chartres, 2 ; Vaubecourt, 2 ; Aquitaine, 2; Vatan, 2 ; Picardie, 4 ; la Marine, 4 ; Beizunce, 4 ; Artillerie, 1; la Tour-du-Pin, 4; le Roi, 4 (39 B.}.

Dauphin, 2; Charost, 2; Royal-Roussillon, 2 ; Lameth. 2 ; Dragons-Caraman, 4 (12 E.).

Les hussards de Berchiny, destinés à Zelle, et le corps de Fischer à Halberstadt.

(1) Maillebois (comte de), frère du maréchal, s'était distingué dans l'expédition de Minorque comme lieutenant général. Il passa en Allemagne et servit sons les ordres du maréchal d'Eslrées. Il ne s'opposa point à la convention de Closler-Seven, dans l'espoir que celte faute perdrait Richelieu et qu'il prendrait sa place. Le bruit s'était déjà répandu auparavant qu'il avait empêché, par de faux avis, le maréchal

Welzen, Gifhorn et Brunswick, retournerait de même sur la Hesse, se réservant d'occuper Halberstadt.

Chacun se flattait, peu de jours auparavant, d'entrer incessamment dans les quartiers d'hiver; mais la marche du roi de Prusse se décidant sur le prince de Soubise, il fallut songer à de nouvelles opérations. Au premier avis, le maréchal mit l'armée en mouvement; dès le 10 (1), il se porte avec promptitude en avant de Brunswick et dans le pays d'Halberstadt, envoyant en même temps MM. de Monteynard et de Vogué ouvrir des reconnaissances dans le pays d'Halberstadt le plus loin possible, et reconnaître les positions et les passages, en attendant qu'il pût voir lui-même le parti à prendre, et régler ses opérations sur la position du roi de Prusse et celle du prince de Soubise, Le duc d'Ayen, porté aussi sur Halberstadt, y trouvait des troupes de M. de Rochambeau, et avançait un détachement à portée de Regenstein, du côté des montagnes; il s'emparait du château, situé dans une bonne position et assez fort par lui-môme, dont le maréchal désirait depuis longtemps se rendre maître. Ce château tenait la communication principale avec Blankenburg, et nous mettait à même d'arrêter les partis du roi de Prusse et de protéger nos propres avant-postes. De son côté, le prince de Soubise annonçait aussi que le roi de Prusse se dirigeait effectivement sur lui, et qu'en conséquence il devait se replier le 13 d'Erfurt sur Eisenach, où il avait fait reconnaître une position qu'il regardait' comme principale et où il comptait pouvoir tenir, si le roi de Prusse persistait dans son projet. Le maréchal, par sa lettre de Brème du 12 septembre, lui donnait connaissance des mouvements de l'armée, afm de ne point mettre de retard dans sa marche, prévoyant que si le roi de Prusse marchait réellement sur

(l'Estrées de profiter de la victoire d'Hastenbeck pour achever la ruine des forces alliées. M. de Maillebois pensa qu'il était de son honneur de se justifier, et il publia un mémoire (petit in-8^ de 22 pages) dans lequel il essaya d'établir que les fautes qui avaient suivi cette journée devaient être uniquement attribuées à M. d'Estrées. M. de Maillebois fut attaqué encore par l'opinion publique. Le mémoire du maréchal d'Estrées, fort de sa conduite, de sa probité, eût été un chef-d'œuvre de simplicité et d'honnêteté, sMl eût poussé encore plus loin la modération et si, en méprisantla calomnie et les injures, il avait parlé de lui avec un peu plus de dignité. Son procès avec le maréchal d'Estrées suffit pour moliver un jugement désavantageux sur son caractère. Il ne devait pas y survivre; son jiardon fut donc dangereux. (D. G.). (1) Le maréchal à M. de Paulmy, 10 septembre, Closler-Sevcn. (D. G., 3459, 16.)

lui, il n'y avait pas un moment à perdre. Par suite des dispositions qu'il adopta (1), il devait arriver en personne le 19 à Brunswick; la première division de l'armée devait s'y trouver le 20, et successivement toutes les autres jusqu'au 23. Il annonçait en même temps au prince deSoubise qu'il dirigerait delà ses mouvements sur les points indiqués, etle renseignaitsur leparti qu'il prendrait, sur les positions qu'il garderait et sur celles du roi de Prusse. Il lui disait que, n'ayant pas de troupes du côté d'Halberstadt, il ne pouvait mieux faire que d'y marcher avec tout ce qu'il lui était possible de rassembler, pouvant s'y trouver aussitôt que les 20 B. et les 20 E. que le prince de Soubise lui proposait; que, du côté de la Hesse, il avait donné ordre à M. deBerchiny (2), qui y commandait, de rassembler ses troupes, et de s'avancer sur la Werra en attendant de nouveaux ordres de sa part, ou du moins de camper en avant de Cassel dans une position intermédiaire entre cette ville et la Werra, pour être également à portée de recevoir M. de Soubise s'il se repliait sur lui, ou de se porter où il lui manderait, quand il serait en communication avec lui. Par ces différentes dispositions, le maréchal avait prévenu les intentions du roi, car il recevait à ce moment même une lettre du ministre qui lui disait que, ne doutant pas qu'au premier avis de celte marche il n'eût rassemblé dans la Hesse ou plus avant un corps de troupes qui pût également soutenir le prince de Soubise et qu'il ne s'y portât lui-même de sa personne, il devait laisser sur l'Aller

(1) Marche par divisions de l'armée du maréchal de Richelieu. (D. G., Allemagne, 3'i39 , 191.) M. de la Suze : 2i B., 10 E.; de Poyanne* : 40 E., dont 4 Berchiny ; duc de Chevreuse : 30 E.; de Guerchy : 16 B., 4 E.; Contades : 22 B., 12 E.; duc de Brissac: 8B., 16 E.; Saint-Pern** : 12 B.;d'Armentières : 8 B., 17 E.; — total, 90 B., 103 E.

(2) Cassel, 15 septembre, le maréchal à M. de Berchiny. (D. G.. 3439, 222.)

* Poyanne (marquLs de), guidon des gendarmes de la garde, 17il ; nicslre de canij) de Bourgogne (cavalerie), 17ii ; brigadier, 1748; maréchal de camp; inspecteur de cavalerie; l"' mai 17o8, lieutenant général; a commandé les carabiniers; trop suflisant, trop lémcraire, trop impétueux. (U. G.).

** Saint-Pern (Vincenl-.ludes, marquis de), né en 1G83 ; lieutenant au régiment du Roi, 18 février 1713 ; maréchal de camp, l"' mai 1745; lieutenant général, 10 mai 1718; colonel et inspecteur des Grenadiers de France, 20 lévrier 171!» ; mort à Francfort, le 8 mars 1701. Se distingue à la bataille de AVarburg à la tête de la réserve, entre le chevalier de Muy et le comte de Broglie. Bon ollicicr, honnête homme, sévère, brave, entendant bien son métier. Son austéiité déplaisait , mais sa bravoure el sa probité lui avaient acquis la confiance des soldats. (D. (;.)

un corps suffisant pour observer le duc de Cumberland et le contenir dans les marais où il s'était retiré.

La marche projetée sur Brunswick et Wolfenbûttel s'exécute. M. le maréchal arrive le 15 à Rethem, le 16 à Zelle, où il séjourne les 17 et 18 pour donner des ordres dans le duché de Luneburg.

Le 19, il se rend à Brunswick; 45 B. et 40 E., formant les premières divisions de l'armée, arrivèrent le même jour à Wolfenbûttel. Le maréchal apprenait en môme temps à Brunswick que le roi de Prusse, avancé dans le comté de Mansfeld, portait un corps de troupes du côté d'Halberstadt; il ne put savoir précisément le nombre et la composition de ce corps, ni d'où il venait, mais seulement qu'il était commandé par le prince Ferdinand de Brunswick, avec de l'infanterie sortie de Magdeburg, le reste en grande partie de la cavalerie et des hussards, détachés par le roi de Prusse du corps sous ses ordres; enfin on sut que les Prussiens avaient des troupes dans Halberstadt, ce qui donna quelques inquiétudes au maréchal jusqu'au moment où ses troupes seraient arrivées et rassemblées, ce qui ne pouvait être avant le 25.

Tous nos détachements envoyés en avant pour faire amener à Brunswick les grains et les fourrages s'étaient repliés; un de ces détachements, commandé par M. de Lusignan, mestre de camp de cavalerie, fut attaqué et très maltraité; M. de Lusignan resta prisonnier avec 12 officiers et environ 180 cavaliers.

Fischer se trouvait à Goslar, point important, pour observer les détachements du roi de Prusse et connaître ses mouvements. Il annonçait, le 21, que le roi de Prusse marchait par sa droite arrivant du côté d'Halberstadt. L'occupation de cette ville par des troupes prussiennes fut suivie d'un gros corps commandé par le prince Ferdinand. Fischerdonnait au roi de Prusse environ 60,000 hommes, paraissant marcher contre les Suédois, avec plusieurs postes dans la Poméranie, où ils avaient fait de grandes déprédations.

Pendant que ces événements se passaient du côté de la Thuringe, on s'occupait avec une peine infinie de faire exécuter la capitulation de Gloster-Seven. A l'égard de l'armée des alliés, M. de Villemeur, chargé par M. le maréchal de traiter avec M. de Sporcken, lieutenant général hanovrien, différents articles de la capitulation, principalement de la dispersion des troupes et des routes à suivre pour se rendre dans les quartiers assignés, avait fait, le 16, à Bre-

merworde, une convention suivant laquelle les premières divisions devaient se mettre en mouvement le 20, et les dernières le 28. M. de Villemeur dressa en même temps des états de la force effective des différents régiments d'infanterie et de cavalerie destinés à rester dans le pays de Brème et de Stade, lesquels, suivant la capitulation, ne devaient point être recrutés, et M. Gillot de Vireux, commissaire des guerres, constata par un procès-verbal les limites accordées à ces troupes dans le pays de Stade; celles de Brunswick retourneraient dans leur pays. Mais dès le lendemain de la convention, c'est-à-dire le 17, M. de Lynar écrivait à M. de Bichelieu une lettre pour lui demander, sous différents prétextes, que ces troupes prissent leurs quartiers du côté de Luneburg et d'Uelzen. M. le maréchal, sentant combien la demande de M. de Lynar (1) était équivoque, n'hésita pas à la lui refuser.

Ces dispositions et les mesures prises à l'égard de l'exécution de la capitulation, ainsi que la lettre du 19 que le maréchal reçut dans ce moment de M, de Lynar, par laquelle cet ambassadeur lui annonçait que le roi de Danemark agréait et ratifiait toutes les promesses faites en son nom, et que S. M. Danoise se chargeait de la garantie de la convention et des articles séparés, tout annonçait une tranquillité entière de la part de l'armée des alliés, et paraissait devoir donner au maréchal la liberté de ne plus penser qu'à sa droite.

Il n'était pas sans inquiétude par rapport aux Hessois. Le landgrave lui annonçait que son ministre traitait avec le roi, à Versailles, la manière dont les troupes hessoises seraient désarmées et dispersées; mais le maréchal n'ayant pas encore d'ordre à ce sujet, et la situation du roi de Prusse lui paraissant rendre cette affaire plus pressante, chargea M. de Ghampeaux, ministre du roi à Hamburg, d'en parler au landgrave, afin de le prévenir sur cet article et qu'il vît ce qui lui serait le moins désagréable. M. le comte Donep, ministre du landgrave, venu au quartier général au

(1) Le comte de Lynar, qui dirigeait celle négociation, écrivait au comte de Reuss, appartenant comme lui à la secledes piélistes : « L'idée qui me vint de faire cette "■ convention était une inspiration céleste. Le Saint-Esprit m'a donné la force « d'arréler les progrès des armes françaises, comme autrefois Josué arrêta le soleil. « Dieu tout-puissant, qui tient l'univers en ses mains, s'est servi de moi, indigne, « pour épargner ce sang luthérien, ce précieux sang hanovrien, qui allait être « répandu. »

sujet de différentes représentations à l'égard de la Hesse, en écrivit aussi. Le maréchal lesregardaitcommede peu d'importance, pourvu que les troupes fussent désarmées et dispersées dans le pays, ce qui fut convenu avec M. Donep. L'objet principal était de recevoir des ordres du roi sur un article aussi important, mais le maréchal répétait à M. de Paulmy que s'ils tardaient trop à lui parvenir, et que les choses demeurassent dans leur état actuel, il seraitforcé d'en venir au désarmement avant que ces troupes entrassent dans leur pays, et qu'il en userait de même avec celles de Brunswick, ce qui serait encore plus facile, le duc étant sur les lieux ainsi que l'armée. Les premières divisions des troupes hanovriennes et hessoises se mirent effectivement en marche le 20, suivant les termes de la capitulation. M. de Villemeur, après avoir terminé avec M. de Sporcken les différents arrangements, s'étant mis en chemin pour rejoindre le maréchal à AVolfenbiittel, reçut une lettre de M. de Sporcken, datée de Stade le 23, par laquelle il le prévenait que le duc de Cumberland envoyait ordre à ces divisions, alors en marche, de s'arrêter aux endroits où elles se trouvaient; qu'un malentendu avec M. de Richelieu, par suite de sa correspondance avec le président Ogier (1), occasionnait cet ordre, qui cependant ne pouvait modifier aucun des articles conclus avec lui, comptant que dans peu de jours ces troupes pourraient reprendre leur marche. M. de Villemeur, ignorant les faits passés à ce sujet entre M. de Richelieu et le duc de Cumberland, fut surpris de ce procédé, et réclama aussitôt l'exécution de la convention. Mais, par sa lettre du 29 à M. de Paulmy, le maréchal semble être convenu avec M. de Lynar que les troupes hanovriennes et hessoises resteraient jusqu'à nouvel ordre dans les endroits oii elles s'étaient arrêtées, et même de ne point s'opposer à leur marche rétrograde sur Stade, si elles voulaient y retourner. Il est difficile d'exposer les raisons qui engagèrent le maréchal à accorder ce délai à M. de Lynar; seulement, d'après sa lettre à M. de Paulmy du 24 septembre, il pensait que rien ne pressait quant au désarmement des troupes de Hesse

(1) Président Ogier, ininisfre du roi à Copenhague, eu 1757. Le 23 août, M. de Richelieu lui écrit au sujet des duchés de Brème et de Werden. Se croit médiateur etarl)itre des deux grandes monarchies; influence le roi de Danemark pour la suspension darmes, afin de parvenir à un accommodement définitif, ou du moins à une neutralité en faveur de l'éleclorat. (Affaires Étrangères.)

et de Brunswick, au sujet duquel il attendait les ordres du roi; mais que cependant, pour ne pas être pris au dépourvu, il avait engagé le comte Donep à se rendre à Hamburg pour y présenter au landgrave différentes propositions sur la manière d'opérer ce désarmement, dans le cas où le roi n'eût pas envoyé ses ordres, au moment où il lui serait impossible de laisser approcher ces troupes de la Hesse, ainsi que celles de Brunswick. L'incertitude du maréchal contribuait à augmenter son désir de rentrer à Halberstadt avec toutes ses forces, et d'être en état d'en imposer aux Prussiens et de les combattre.

Le 2C, M. de Richelieu part de Wolfenbùttel avec les premières divisions de l'armée qui y arrivaient, et campe à Hachum. Il y trouve M. de Voyer, dont le corps arrivait le matin sur le chemin d'Osterwick. Ce corps se composait de 2 brigades d'infanterie, 2 de cavalerie, des hussards de Berchiny, des volontaires du Hainaut et des volontaires de l'armée, avec 1 brigade d'artillerie.

A Hachum, le maréchal apprenait que le prince Ferdinand était à la tête de iO à 12,000 hommes, indépendamment de la garnison de Magdeburg, composée de 25 B. et H E., sans compter un corps de 3,000 hommes établi sur les hauteurs derrière Zilly, tout en occupant Osterwick avec des hussards et dragons, et que le gros de ses troupes campait derrière Halberstadt avec son quartier général. Il donna aussitôt des ordres pour faire passer le canal, devant lui, à la plus grande partie de la cavalerie arrivée ; il ordonnait en même temps à M. de Voyer de partir la nuit avec sa réserve, de s'approcher d'Osterwdck, de le reconnaître avec les troupes légères à la pointe du jour, et à M. le duc de Brissac (1), ayant sous lui MM. de Guerchy (2), deNoailleset de Filz-James, de partir à minuit,

(1) Brissac (Jean-Paul de Cossé, duc de), né le 12 octobre 1698; engagé en 1713 jusqu'en 1716 sur les galères de l'État ; capitaine de cavalerie, 1718; en Espagne, en Italie, comme nieslre de camp du régiment de son nom ; en Bohême, à l'armée du bas Rhin et en Flandre; lieutenant général, 1748; fait les campagnes de 1757, 1758, 17ri9; maréchal de France le l*^'' janvier 1768 ; gouverneur de Paris; mort le 17 décembre 1780.

(2) Guerchy (comte de), franc, droit, honnête, très brave, a la noblesse et la simplicité d'un ancien chevalier. Se conduit courageusement pendant la guerre, fait toujours les succès et la gloire des troupes qu'il commande; à Hastenbeck, contribue à la victoire ; en 1762, s'emi)loie heureusement aux conditions de l'armistice. (D. G.) — Voir troisième volume, page 540, Campagne de Flandre.

avec 30 E. etCB., pour tenir la même route et se trouver à la pointe du jour réuni à M. de Voyer (1). Le reste des troupes avec lui, composé de tous les Grenadiers de France, de d2 B., 6 E. de cavalerie, les Carabiniers et d8 pièces, partit avant le jour, aux ordres de M. de Ghevert, ayant sous ses ordres MM. de Poyanne et la Valette, poursoutenir en échelons les deux premiers détachements. A la suite de ce mouvement, les Prussiens se retirent de Zilly derrière Halberstadt.

Le 28 (2), tous ces différents corps se remirent en marche à cinq heures du matin, celui de M. de Voyer formant l'avant-garde, et se rassemblèrent sur les hauteurs de Zilly. Le maréchal les déploya surseptcolonnes, en front de bandière, jusqu'à Alhenstedt. Le défilé en cet endroit l'oblige à une halte pour attendre des nouvelles de M. de Voyer, porté en avant de Dannstedt, afin de pousser les troupes légères sur Halberstadt, qu'elles trouvèrent abandonné.

Le corps ennemi campé sur les hauteurs de Zilly en était parti la veille au soir pour rejoindre le gros du corps du prince Ferdinand, mis en marche la veille et se retirant à Hadmersleben, d'où l'armée était partie , le 28 au matin, pour camper à Wanzleben au delà de la Bode.

Aux nouvelles reçues de M. de Voyer, le maréchal fît passer le défilé aux corps restés en arrière, traversa Halberstadt, qu'il occupa, et alla reconnaître le pays et la position tenue dans cette partie par le prince Ferdinand; il marqua son camp, laissant à M. de Voyer sa

(1) Voyer (marquis de), cornelle aux clievau-légers d'Anjou; meslre de camp de Berry, 1743; brigadier, 1745; maréchal de camp, 10 mai 1748; iieuteiiaiit général, 5 novembre 1758. Plein de bravoure, a de l'éloquence, de l'instruction en tous genres, toutes les qualités de l'esprit; toujours malheureux dans les expéditions de 1757 à 1761. (D. G.)

(2) Le maréchal de Richelieu se met en marche très lentement sur Halberstadt, y arrive le 28 septembre, y reste jusqu'au 5 novembre, près de deux mois employés à pressurer le pays. (Soulavie, Mémoires de Richelieu, t. L\,p. 193 ; la Guerre de Sept ans, Ed. Duker.)

Celte phrase de Frédéric a été citée par Sainte-Beuve, dans son article sur le comte de C\ermont {Nouveaux Lundis, t. XI, p. 155) : « En même temps on régla « avec lui les contributions, 'et il n'est pas douteux que les sommes qui passèrent (( entre les mains du maréchal ne ralentirent dans la suite considérablement son « ardeur militaire. » Tout ce temps gagné par les lenteurs, c'est Soubise battu, <'est le Hanovre reconquis, c'est la Prusse sauvée.

réserve qu'il campa en deçà de Groningen; les troupes légères occupèrent cette ville. Pendant que le maréchal marchait à l'ennemi avec ces différents corps^ MM. de Contades et d'Armentières le suivaient à un jour de distance avec le reste de l'armée et l'artillerie,' à l'exception de la réserve, aux ordres de M. de Chevreuse, qui, marchant par Helmstedt, s'avançait à Oschersleben, couverte par la Bode.

Goslar occupé, M. d'Armentières se porte vers Quedlinburg, où il arrive le ["octobre, campe la droite à la ville, la Bode devant lui; Fischer, à Dudersladt, est envoyé sur la Saale.

Pendant que le maréchal marchait sur Halberstadt, il reçut enfin les réponses du roi, si attendues, encequi concernaitla capitulation de l'armée hanovrienne, principalement sur le désarmement des troupes de flesse et de Brunswick. Le roi s'expliquait aussi sur les mouvements et les opérations relatives à l'armée de M. le prince de Soubise, et sur l'établissement des quartiers d'hiver. Or, à ce moment, ce qui occupait surtout le maréchal, c'était de ne point faire passer de troupes à M. de Soubise , parce qu'il estimait qu'il n'en avait lui-même que suffisamment (1). Il voulait aussi se porter à Halberstadt et y établir ses quartiers d'hiver. Enfin il négociait le désarmement des Hessois. Malheureusement, le plus important dans ce moment était la situation de M. de Soubise; elle devenait chaque jour plus difficile, plus critique. Le maréchal de Bichelieu reçut de lui de nouvelles lettres, par lesquelles il insistait pour qu'il fît avancer un corps de troupes prêt à le joindre et lui expliquait ses projets. Le maréchal, pressé par les instances de M. de Soubise, et jugeant que les circonstances, quoique modifiées depuis les premières idées sur l'envoi d'un corps de troupes de son armée à celle de M. de Soubise, ne lui permettraient pas d'attendre les réponses du roi, se détermine à faire partir, le 7, le duc de Broglie, avec 20 B. et 18 E., pour s'approcher de M. le prince de Soubise. Le maréchal en rend compte à M. de Paulmy, en lui exprimant qu'après le départ de ces troupes il ne lui res-

(1) Armée du duc de Richelieu au !«'' octobre. Corps d'armée : 72 B., 65 E.; à Oscherleben, de Chevreuse : 10 B., 20 E.; à Groningen, de Voyer : 7 B., 15 E., dont 3 Berchiny; à Quedlinburg, d'Armentières : 52 B., 37 E.; 4 B. Turpin-artillerie; — effectif : 150 B. et 159 E.; troupes en arrière : 1 E. Berchiny, à Cassel; 4 E. Polleresky, dans le duché de Luneburg. (D. G., Allemagne, 4441, 5.)

terait qu'environ 42,000 hommes, et dès lors une armée hors d'état d'entrer en campagne l'année suivante, qu'il tiendrait néanmoins sa position tant qu'il pourrait ramasser du grain et du fourrage, qu'il pouvait toujours maintenir le roi de Prusse et n'était pas éloigné de M. le prince de Soubise (1).

Le duc de Broglie, en marche du camp d'Halberstadt le 7, se rend à Nordhausen avec 17 B. et 16 E., et M. le comte d'Orlick se dirige sur Mulhausen avec 3 B. et 2 E.

M. de Broglie campe le 7 à Heimbnrg, le 8 à Beneckenstein, le 9 à Ellrich, le 10 à Nordhausen. Pendantla marche sur Heimburg dans les montagnes du Hartz, par des chemins presque impraticables, avec beaucoup de neige et de froid, il resta plusieurs soldats en arrière, et les gros équipages couchèrent dans les bois. Le duc de Broglie cantonne ses troupes dans la ville et dans les environs. La continuité des marches depuis le mois de mars les avait réduites à un point de fatigue inexprimable; une partie n'avait point de tentes, la cavalerie était en très mauvais état et harassée.

Après quelques jours de repos à Nordhausen, les troupes du duc de Broglie se mirent en marche en deux divisions : la première part le 14 pour cantonner à Bleicherode, le Jo à Grosse-Keula, le 16 à Mulhausen; la deuxième division quitte le 15, et arrive par la même route le 17. Toutes ces troupes cantonnent dans les environs, et passent ensuite au commandement complet de M. de Soubise.

Le seul mouvement du maréchal depuis le départ de M. de Broglie fut d'augmenter, dans la nuit du 12 au 13, le camp de M. de Chevreuse, près d'Oschersleben, de 3 brigades d'infanterie et de 10 E., ce qui portait ce corps à 22 B. et 20 E. Dans les premières dispositions sur les quartiers d'hiver, la troupe de Fischer restait seule dansle pays d'Halberstadt, employée à faire rentrer les grains, les fourrages et les contributions demandées. Le roi de Prusse, instruit de ces dispositions, fit proposer par M. Dietrich, directeur de la chambre d'Halberstadt, de désigner la rivière de Bode comme ligne de démarcation entre les deux armées, et de cesser de part et d'autre les hostilités dans le pays d'Halberstadt. Un projet de convention, envoyé par M. Dietrich et signé provisoirement par

(1) D. G,, Alleimagne, 3441, 89.

le prince Ferdinand, contenait les articles proposés. Le maréchal, jugeant qu'ils remplissaient toutes les garanties militaires, les approuva, et M. Dumesnil, lieutenant général, chargé de cette négociation, y joignit un mémoire des raisons qui engageaient à accepter cette convention. Au reste, l'occupation d'Haï berstadt et de Bernburg était l'objet que le roi paraissait le plus avoir à cœur dans le moment, et sur lequel il semblait principalement fonder ses espérances pour le siège de Magdeburg. On en juge facilement par une instruction remise par ordre du roi à M. de Crémilles, qui se rendait auprès du maréchal de Richelieu et de M. le prince de Soubise, instruction rédigée dans le même sens que celles déjà transmises par M. de Paulmy.

Le maréchal fut d'autant mieux confirmé dans cette pensée, qu'il reçut alors une lettre du prince de Soubise du 26, datée de Weissenfels, où il s'était avancé à la tête de son armée, tandis que M. d'Hildburghausen se portait à la tête de l'armée de l'Empire à Pegau sur l'Elster. Ce prince, en lui apprenant que le roi de Prusse, dont la retraite sur Torgau paraissait toujours assurée, revenait sur Leipzig, joint par le corps du prince Maurice, demandait les dO B. et les 20 E. promis depuis si longtemps. Il pensait qu'après avoir ainsi diminué ses forces de 30 B. et 38 E., y compris ceux donnés au duc de Broglie, il ne pouvait lui rester d'objectif que de soutenir les places et quartiers de l'Ocker, ne faisant occuper Halberstadt que par des troupes légères, en les appuyant par Osterwick et Hornburg.

Depuis la capitulation ou convention conclue à Closter-Seven les 8 et 10 septembre, entre MM. de Richelieu et de Gumberland, par l'intermédiaire du roi de Danemark et de M. de Lynar, délégué à cet effet par S. M. Danoise, on n'était pas encore parvenu à réaliser ce grand ouvrage, en lui donnant la forme nécessaire par la signature réciproque des plénipotentiaires et la ratification des puissances, conformément au projet présenté par M. de Lynar. Ce fut le 6 octobre seulement que le roi envoya à M. de Richelieu ses pleins pouvoirs. Le roi, tout en acceptant les articles de la capitulation et les explications données quelques jours après sur différents points qui ne paraissaient pas suffisamment intelligibles, trouvait cependant que l'article P'", fixant un terme à la cessation des hostilités, n'était point assez élucidé ; et que Tarticle III, stipulant que les troupes ha-

novriennes qui ne resteraient point à Stade passeraient l'Elbe pour se rendre à la rive droite de ce fleuve, ce qui pouvait leur laisser la liberté de joindre l'armée prussienne, n'était pas assez précis. En conséquence des réflexions émises par le conseil du roi sur ces deux questions, le 20 septembre, M. le président Ogier et M. de Richelieu déclarent, l'un au roi de Danemark, l'autre h son ministre, que le roi ne saurait admettre de suspension d'armes qu'autant qu'elle serait aussi durable que la guerre; que cette suspension d'armes regardait les troupes hanovriennes ayant passé l'Elbe comme celles restées à Stade ; que les Anglais ne pourraient passer de troupes dans les duchés de Brème et de Werden, et que les troupes hanovriennes ainsi que leurs auxiliaires comprises dans la convention ne pourraient ni servir pendant la guerre contre le roi et ses alliés, ni se joindre à celles d'Angleterre ou de Prusse ou à celles de leurs alliés. Le roi avait aussi approuvé le consentement donné par le maréchal de Richelieu à la marche des Hessois, partis le 20 septembre de l'armée des alliés, et le refus délaisser passer ces troupes dans les États de S. M. Danoise. De plus, on négociait toujours avec M. de Donep un arrangement en vertu duquel les Hessois devaient passer au service de la France.

Dans ces circonstances, un major de l'armée hessoise arrive au quartier général avec une lettre de M. de Zastrow, commandant l'armée hanovrienne depuis le départ duduc de Gumberland, lettre du 23, par laquelle il informait le maréchal de la nécessité de replier jusqu'à Seven les troupes de Hesse, arrêtées près de Werden; et qu'en cas de nécessité elles se replieraient encore davantage , afin de subsister plus facilement, attendu que les mauvais chemins ne permettaient plus de leur envoyer le nécessaire. Le maréchal ne fut pas peu surpris de l'arrivée d'un officier ennemi sans passeport, ainsi que de l'objet de son voyage. M. de Lynar, auquel il l'observa, convint que c'était manquer aux paroles d'honneur dont il était garant. Le maréchal répondit immédiatement à M. de Zastrow de toujours s'adresser à lui en tout ce qui lui serait utile, dans les limites oh les paroles données réciproquement l'exigeaient, et qu'ainsi, comme il paraissait désirer des subsistances pour les troupes hessoises, et prévenir l'obligation dans laquelle la disette les mettrait ou de manquer aux paroles données, ou de souffrir la faim, quoique très voisines du ter-

ritoire de Werden , très fertile en tout genre , avec la facilité du Wéser pour les transporter, il donnait l'ordre aux commandants, dans le pays de Werden et dans les environs, de procurer à ces troupes tout leur nécessaire jusqu'à la fin des difficultés.

Cependant le landgrave de Hesse priait M. de Donep de chercher à faire expliquer M. de Richelieu plus qu'on ne l'avait fait à Paris sur les conditions qu'on lui imposait en acceptant ses troupes au service du roi, parce qu'on le pressait pour les joindre à celles du roi de Prusse, ce qui lui faisait désirer qu'elles fussent dans les États du roi de Danemark pour éviter cette situation. Le landgrave ajoutait qu'il ignorait si le roi d'Angleterre, comme électeur de Hanovre, ratifierait la capitulation de Gloster-Seven, mais que le ministre britannique enlevait au duc de Cumberland le droit de disposer des troupes payées par la Grande-Bretagne. Le landgrave s'étendait principalement sur la destination de ses troupes si elles entraient au service du roi, et il paraissait préférer les voir employées à l'armée suédoise (1). Le maréchal répondit à M. de Donep qu'il n'avait aucune instruction sur tous ces points, mais qu'il pensait que dans les circonstances présentes il fallait décider sur la démarche des Hessois, la sauver ou la punir; dans tous les cas, qu'il devait sur toutes choses observer les conditions importantes de la capitulation, et ne pas s'exposer à de nouvelles difficultés; puis, en présence de M. de Lynar, il déclara qu'il fallait absolument savoir à quoi s'en tenir sur les sentiments du laYidgrave, sans attendre aucuns éclaircissements ultérieurs, et le somma de l'exécution de toutes les conditions portées dans la capitulation, suspendue seulement sous le prétexte du désarmement des troupes hessoises; qu'il était urgent, dans cette saison si avancée, de savoir si on avait la paix ou la guerre, et qu'il voulait se mettre en état de répondre au roi de la dernière démarche des Hessois, ou d'en tirer raison, si c'était une action personnelle de M. de Zastrow, comme M. de Donep l'assurait. M. Donep, paraissant flotter entre le désir

(1) Le 22 septembre, avait été signée, à Stockholm, la seconde convention déterminant les forces que la Suède devait mettre en campagne, et, le 5 novembre, l'impératrice de Russie accédait à la convention conclue, le 21 mars, entre la France, l'Autriche et la Suède. L'accession de la Russie fut d'autant plus importante, que cette puissance penchait en ce moment à conclure un traité d'alliance avec les cours de Londres et de Berlin.

T. IV. g

et la crainte, termina la conférence par l'envoi d'un courrier au landgrave, dont il demandait avec instance le prompt retour, ajoutant que sa lettre était une sommation pour l'exécution de la capitulation.

M. de Richelieu, en rendant compte au roi de ce qui venait de se passer entre lui et ces deux ministres, écrivait à M. de Paulmy que dès le moment oi!; les Hessois se mettraient en marche vers la Hesse, dispersés suivant les arrangements ultérieurs, et que les Hanovriens marcheraient dans le pays de Lauenburg, on jouirait de tous les avantages de la capitulation, puisque les Hessois seraient à notre discrétion au milieu de nos quartiers, et que, les troupes de Brunswick y étant déjà par le traité de neutralité signé à Vienne, les troupes de Gotha et de Biickburg (grand-duché de Bade) ne causeraient aucun embarras; qu'à l'égard de celles de Hanovre, ces troupes, soit isolées, soit unies, ne pouvaient être d'une grande considération du moment que nous occupions leur pays. Toutes ces négociations n'empêchèrent pas le maréchal de faire continuer les mouvements de son armée pour l'approcher de ses quartiers d'hiver, et le 6 il quitte lui-même Halberstadt, où il ne laisse que des troupes légères, campant le même jour à Hachum. M. de Crémilles (1), arrivé deux jours auparavant à Halberstadt, visite attentivement ce poste, ses environs, et reconnaît qu'en effet on ne pouvait le considérer comme sérieux. Il se rendit aussi à Quedlinburg, où était encore M. d'Armentières, afin de voir le pays, qui formait une plaine entièrement découverte jusqu'à Bernburg, sans un seul arbre.

En arrivant à Hachum, le maréchal apprit la triste nouvelle de la bataille perdue en Thuringe, le 5 novembre, par l'armée de l'Empire et celle du prince de Soubise. Ce malheureux événement pouvait apporter du changement dans nos mouvements ; mais en voyant M. de Soubise repasser la Saale, il se dispose à rassembler l'armée à Duderstadt, dans le cas où les circonstances exigeraient qu'il

(I) Crémilles (Louis-Hyacinthe Boyer de), né le 10 décembre 1700 ; cadet aux gardes en 1717; maréchal général des logis, 6 février 1734; maréchal de camp, 2 mai 1744; lieutenant général, 10 mai 1748; appelé, le 8 avril 1758, pour aider le maréchal de Belle-Isie au ministère de la guerre; directeur de l'artillerie le 30 janvier 1761; donne sa démission de toutes charges le *J avril 1762; mort à Paris le 19 février 1768.

s'approchât de lui : ce fut sur ce point qu'il résolut de réunir ses troupes , afin de recevoir le prince de Soubise et de s'opposer aux progrès du roi de Prusse. Seulement les subsistances ne lui permettaient pas d'opérer ce mouvement avant le 12 ou le 13, avec un nombre de troupes qui le mît en état de s'engager au hasard d'une bataille, dont la perte aurait été décisive. En attendant, il se rend le 7 à Brunswick et y établit son quartier général. Il écrivait au ministre de la guerre, le 12 novembre : (c Les villes de Gardeleben, Salzwedel et Gross-Apenburg ont été châtiées rigoureusement par M. de Poleresky et M. de Chatelux que j'y avais envoyés : Jes portes, les murs sont démantelés, toutes les armes des bourgeois brisées et des otages des plus considérables amenés pour gage des contributions en argent, grains et fourrages, de façon que la vieille marche a été dans le plus grand effroi et s'est soumise à payer tout ce qui lui a été imposé, pour ne pas être exposée à être brûlée et dévastée selon les lois de la guerre. » (D. G., 3443, 161.) Ces circonstances critiques inquiétaient moins M. de Richelieu que l'infraction à la capitulation de Gloster-Seven et les mouvements des ennemis, qui avaient rassemblé un corps d'infanterie devant Harburg, avec de la cavalerie, des chasseurs et des hussards, et établi un camp entre Alten-Kloster et Buxtchude (1), où ils formaient des magasins, augmentant de troupes et d'artillerie le camp de Winsen, sans compter qu'à l'embouchure de l'Elbe six bâtiments de transport faisaient voile vers Stade. Le maréchal recevait eu même temps la réponse du landgrave de Cassai, du 4 novembre, aux premières plaintes sur l'infraction à la capitulation. Ce prince lui exprimait seulement que c'était au généraf commandant l'ar-

(1) Les petites rivières ne sont pas d'un objet très important dans les projets de campagne, mais elles ont une grande influence sur le détail des opérations d'une armée, dont elles servent à couvrir le front et les lianes, surtout lorsqu'une armée est sur la défensive. Dans tous les cas, il est utile d'en connaître tous les passages fréquentés. Le 7, on envoya un détachement de dragons occuper le petit bourg de Buxtchude, sur l'Elbe, où lesennemis avaient un grand magasin de farine. Ce. bourg est entouré d'eau, et l'on ne peut y arriver que par le chemin de Harburg et de Stade. Les environs sont marécageux et inondés par une petite rivière, dont les eaux sont retenues par un moulin qui est à la porte de Stade. Le duc de Cumberland envoya un détachement pour reprendre ce poste ; nos dragons s'y défendirent très bien et jamais les ennemis ne les auraient forcés, si les habitants de la ville n'eussent levé toutes les vannes.

mée à pourvoir à la subsistance de ses troupes, que de son côté il ne pouvait prendre part aux arrangements que M. de Zastrow jugeait nécessaires à cet égard, et qu'il se flattait que M. le maréchal ne l'accuserait point des dispositions jugées nécessaires à l'égard des Hessois. Le landgrave ajoutait l'expression de ses regrets de ce que la résolution du roi sur le désarmement de ses troupes avait mis un empêchement inattendu au retour dans leur pays.

D'un autre côté, M. de Lynar avait reçu quelques jours auparavant la réponse de M. de Zastrow à sa lettre sur sa dernière conversation avec le maréchal ; M. de Zastrow écrivait à cet ambassadeur qu'il convenait de toutes les bonnes raisons marquées sur l'exécution de la capitulation, mais qu'après tout ce qui s'était passé, il se croyait obligé d'envoyer un courrier à Londres pour obtenir les derniers ordres du roi d'Angleterre. (Lorsque M. de Zastrow fit cette réponse, il n'avait pas encore la nouvelle de la bataille du 5.)

Toutes ces circonstances étaient plus que suffisantes pour ne laisser aucun doute au maréchal sur la mauvaise foi et les projets des ennemis. Il ne se contente pas de réclamer par écrit l'observation de la convention; il se détermine, pour appuyer ses lettres, à diriger sur Luneburg 30 B. et 30 E. sous M. de Villemeur, avec ordre de soutenir Harburg, que M. de Pereuse dut approvisionner et réparer. Avec le reste des troupes, il se tient à Brunswick, prêt à marchera droite ou à gauche, suivant les circonstances. M. deMaillebois se rend àDuderstadt pour y joindre le prince de Soubise et conférer avec lui sur l'arrangement des quartiers d'hiver. M. de Villemeur ne se mit en marche que le 17; 10 B. et 12 E. se rendent en trois jours de Brunswick à Winsen; une autre division, de 8 B. et 2 E., passe par Gifhorn, se rendant à Klotze, et M. de Morangies part de Werden avec 8 B. et 6 E. pour Soltau. Avant le départ des troupes, arriva la réponse de M. de Zastrow; comme elle ne satisfaisait pas le maréchal, il l'envoya à M. de Bernis, en y joignant ses réflexions.

De son côté, le landgrave de Hesse, par l'entremise de M. de Hardenberg, faisait répondre que, les troupes de Hesse étant à la solde de l'Angleterre, et cette puissance n'acceptant pas la capitulation, les choses avaient changé de face et ne pouvaient plus se passer comme il avait été stipulé. Cette lettre de M. d'Hardenberg, trop conforme à la réponse de M. de Zastrow, ne laissait

plus au maréchal la moindre incertitude sur le parti arrêté par les ennemis : il n'hésite plus et marche lui-même sur le duché de Luneburg, se mettant en état de soutenir M. de Yillemeur (1), qui eut ordre de partir d'Uetzen le 21 pour Luneburg. Aussitôt sont formés les états de marche destinés à rassembler les troupes sur les différents points de Zelle, Gifhorn, Soltau et Werden.

M. le maréchal se rend le 20 à Gifhorn, le 22 à Uetzen, où il établit son quartier général, prenant en même temps des mesures pour que la partie de Goslar et de Wolfenhiittel sur laquelle le roi de Prusse aurait pu se porter fût en état de s'y opposer et de lui donner le temps d'arriver.

M. de Soubise, le 9 à Nordhausen où cantonnent ses troupes, dirigeait sa marche sur Duderstadt, ignorant si on le suivait dans sa retraite.

En arrivant à Gifhorn le 20, le maréchal apprend que les troupes de Brunswick s'avancent à nous en marquant le logement à Closter-Seven. De plus^ on savait que le prince Ferdinand de Brunswick, avec le corps prussien, devait prendre le commandement de l'armée hanovrienne; que le prince héréditaire de Brunswick, son neveu, s'était rendu à Hamburg le 20; que le prince Ferdinand arrivait à Magdeburg le 17, devant conduire à Stade un corps de troupes prussiennes pour le transport duquel on préparait à Magdeburg un grand nombre de bâtiments. En effet, ce prince comptait partir le 21, mais les préparatifs n'avaient pu être achevés à cette époque. Ce retard donnait du temps au maréchal pour arriver avec ses troupes, et il pensait que sa position aurait au moins le bon effet de retarder la jonction du prince Ferdinand et de le mettre à portée de protéger Harburg, qu'il se proposait de bien défendre par une augmentation de sa garnison, composée seulement de 2 B. de la Roche-Aymon, avec de l'infanterie, un détachement d'artillerie et de la cavalerie du régiment de Wurtemberg.

A la suite de ces nouvelles, le maréchal se porte à Luneburg, avance M. de Villemeur à Winsen, où M. de Laval arrive avec sa

(1) Villemeur (marquis de); a déjà servi avec distinction dans les guerres précédentes; très bon soldat, 1res entendu dans les détails, plein de courage, mais sans marque de génie. (D.G.)

division le 24; il étend sa gauche jusqu'aux troupes que MM. de Morangies et de Saint-Pern amenaient de Zelle et de Soltau, et qui ne pouvaient joindre que le :28, par le manque de pain dont elles attendaient la distribution. Il rappelle de l'Ost-Frise sur Hoya les troupes destinées à y passer l'hiver'. Sa droite s'étend jusqu'à l'Elbe et tient cette rivière par le fort d'Overschantz, où il porte du canon, afin de réduire tous les bateaux passant sur l'Elbe et d'ôter aux Prussiens l'espérance de pousser en avant par cette route.

Le 28, le prince Ferdinand somme le château d'Harburg de se rendre, avec l'intention d'en faire le siège. En même temps, ce prince écrivait au maréchal de Richelieu une lettre le prévenant de son arrivée pour prendre le commandement de l'armée avec l'ordre de commencer les hostilités, et que la trêve conclue à Gloster-Seven n'existait plus. M. de Zastrow parlait à peu près dans le même sens par sa lettre du 26. Ainsi tous les effets de la victoire d'Hastenbeck et de la capitulation de Closter-Seven étaient perdus pour l'armée de Hanovre : elle se trouvait, au commencement de l'hiver, dans la situation la plus critique par la faute de son chef d'abord, et ensuite par une conséquence naturelle de la défaite du prince de Soubise. Aussi le roi, pour tâcher d'amoindrir les chances défavorables et opposer aux ennemis une plus sérieuse résistance, prit le parti de fondre ses deux armées en une seule, et il écrivait, le 29 novembre, au maréchal de Richelieu :

« L'armée dontj'avais donné le commandement à mon cousin, le prince de Soubise, ayant souffert des pertes considérables à l'affaire du o de ce mois, de sorte que la plupart des régiments dont elle est composée sont non seulement hors d'état de servir actuellement, mais qu'ils auront à peine le temps de se rétablir pendant l'hiver pour pouvoir faire la campagne prochaine, j'ai jugé que dans ces circonstances il était du bien de mon service de refondre cette armée dans celle que vous commandez, et que cependant vous formiez un nouveau corps séparé que le prince de Soubise commandera sous vos ordres, lequel sera composé des officiers généraux et de l'étal-major dont je joins ici l'état avec leurs lettres de service, et des régiments qui ont le moins souffert dans ladite journée, auxquels vous ajouterez ceux de votre ancienne armée que vous jugerez à propos d'y joindre. » A la suite de cette lettre, sans attendre des ordres, M. de Sou-

bise se détermine à prendre ses quartiers dans le comté de Hanau, la Wettéravie et le pays de Fulda, et, pour ne point faire perdre à ses troupes dans les cantonnements autour de Mulhausen un temps précieux à leur repos et à leur réparation, il les achemine vers le pays de Fulda, le Mayn et la basse Lahn; les 20 B. et 18 E. attachés à son armée, aux ordres de M. de Broglie, rejoindraient l'armée de M. de Richelieu.

La position du maréchal devenait chaque jour plus critique. Il occupait les bords de la petite rivière deLuhe qui se jette, à Winsen, dans celle d'ilmenau. Les ennemis rassemblés vis-à-vis de nous, le maréchal pensait qu'ils avaient le projet de passer de l'autre côté de l'Elbe par Stade, et, en forçant le territoire de Hamburg dans le Lauenburgou en Poméranie, de se joindre aux troupes prussiennes du général Lewald. Ces idées ne résistèrent pas à la nouvelle de l'arrivée du prince Henri de Prusse à Magdeburg, à la tête des troupes dont la marche semblait se diriger sur Wolfenbiittel, D'un autre côté, MM. d'Armentières et de Voyer, encore dans cette partie, annonçaient une autre colonne de Prussiens s'avançant de la Saale sur Quedlinburg, et, d'après différents avis, le o décembre était l'époque de l'effort des mouvements combinés des Prussiens.

M. d'Armentières accélérait autant que possible la réunion de ses troupes; mais le maréchal jugea par le nombre de celles des ennemis l'importance de réunir toutes les siennes sur un point central, afin de marcher à celui qui serait le plus menacé. A la nouvelle que le roi de Prusse, se dirigeant vers la Silésie, renvoyait des troupes vers l'Elbe et revenait lui-même pour se joindre au corps s'avançant sur Wolfenbiiltel, il prend le parti d'aller d'abord à Luneburg, puis à Zelle. D'après la lettre du 30 à M. de Paulmy, il pensait qu'avec le corps mené à Luneburg, quoique plus faible que les ennemis, il serait en état de leur couper la communication avec l'Elbe, et il comptait ou les attendre dans une position où il aurait pu rassembler facilement ses cantonnements, ou en sortir pour les attaquer, dans le cas où ils entreprendraient le siège de Harburg. Mais rester rassemblé et agir lui devenait impossible, n'ayant ni tentes, ni moyens nécessaires à une guerre en hiver. Il croyait même beaucoup risquer en restant si près des ennemis, déjà en campagne, et auxquels il ne manquait rien.

Le maréchal quitte Luneburg le 2 décembre, comme il l'avait

annoncé, et arrive à Zelle le 3. M. de Villemeur faisait l'arrièregarde avec sa division; M. de Noailles se porte à Paltensen avec la sienne. Dans ce moment, le maréchal n'a d'autre but que de gagner le temps de pouvoir réunir ses troupes, afin de se présenter à l'ennemi. Suivant les différentes nouvelles, il marchait à nous, laissant Luneburg à gauche, une partie de son armée à hauteur d'Uelzen, et l'autre dans les environs de Sollau. Dans le doute sur le corps le plus considérable, il était difficile de juger sur lequel de ces deux points le prince Ferdinand devait se réunir pour marcher par sa droite ou par sa gauche. Le corps des Prussiens occupait toujours Halberstadt etOsterwick; M. d'Armentières l'observait, et sa réserve s'augmentait journellement par les troupes qui se joignaient à lui. Le maréchal, de son côté , pour se mettre plus en force, venait de faire marcher le régiment du Roi à Cassel même, la Gendarmerie, les Carabiniers et toutes les troupes occupant la Hesse. Celles du prince de Soubise, déjà arrivées en partie dans la Wettéravie et sur le Mayn, les remplacèrent.

La marche du maréchal sur Zelle laissait Harburg livré à ses propres forces. Les ennemis continuaient à canonner et à bombarder cette place. M. de Pereuse, qui y commandait, assurait à M. de Champeaux qu'il tiendrait encore longtemps, espérant donner au maréchal le temps de venir à son secours. Toutes ses craintes se basaient sur le manque de munitions de guerre et de subsistances, bien que M. de Champeaux (1) employât toute espèce de moyens pour lui en faire passer par l'Elbe; mais les ennemis avaient mis des postes dans toutes les îles de cette rivière et sur ses bords, ainsi que des barques avec du canon à la jonction des deux bras de l'Elbe au-dessous de Harburg. Toutes les tentatives furent inutiles. La communication avec Harburg se trouvait entièrement coupée, et c'est avec beaucoup de peine que parvenaient réciproquement des nouvelles.

A ce moment et dans son état d'infériorité numérique, le ma-

(1) Champeaux (Lévesque de). Joignait beaucoup defranchise à une grande étendue de connaissances diplomatiques. Plein d'idées qu'il ne fallait que rectifier ou modérer. Envoyé enSardaigne sous le nom d'abbé Roussel, il signe les préliminaires de la paix le 26 novembre 1746. Ministre de France à Hamburg, 1757. (Affaires étrangères.)

réchal eut à subir à Zelle une attaque si vive qu'il craignit un moment d'avoir à livrer bataille.

M. de Crémilles à M. de Paulmy.

« 12 décembre \^ril.

« Les volontaires du Hainaut ont été attaqués ce matin dans leurs quartiers à une lieue et demie d'ici. Le maréchal a fait marcher pour les soutenir les régiments de Polleresky-hussards, Mestre-de-camp-général-dragonsetdes grenadiers. Les volontaires, attaqués par un nombre trop supérieur, se sont repliés en fusillant toute la journée. Le maréchal, qui était allé se promener le matin, s'était porté sur le soir du côté où l'attaque des ennemis durait encore. La nuit a mis fin à cette escarmouche; on prétend que les ennemis y avaient plus de 3,000 hommes, ce quia laissé croire que l'armée des ennemis n'était pas loin. Un trompette du prince Ferdinand, qui date sa lettre de ce matin à son quartier à Wolthausen, sur l'Oertz, et un coup de canon que nous avons entendu en rentrant, semblent confirmer l'opinion qu'en effet l'ennemi est fort près. En conséquence, le maréchal vient de faire ses dispositions d'envoyer de nouveaux ordres de marcher sur-le-champ, de partir demain à la pointe de jour de leurs cantonnements pour venir camper près de celte ville. L'éloignement de quelquesunes ne leur permettra pas d'arriver dans la journée de demain, et si l'ennemi se présentait, tout ce que je vois que M. le maréchal puisse rassembler demain se réduira à moins de 50 B. très faibles et une quarantaine d'E. qui ne sont guère plus forts. Les troupes se rassemblent à la droite de Zelle derrière l'Aller, entre cette rivière et celle de Fuse; pendant la nuit on battra l'Aller par des patrouilles, pour découvrir si les ennemis ne tenteront pas de jeter des ponts. Le moment d'une décision approche beaucoup, et il y a apparence que la journée de demain ne se passera pas sans que nous sachions à quoi nous en tenir. Il est cependant à désirer que l'ennemi veuille bien nous donner quelques heures pour nous reconnaître.

« 14. — Le maréchal allait monter à cheval hier malin pour reconnaître une position, lorsque tout d'un coup le faubourg de Lune-

burg fut attaqué si violemment, que les grenadiers qui y avaient été placés hier soir furent obligés de se replier et de rompre le pont sur l'Aller ; l'on était déjà tenté défaire sortir du monde pour l'attaquer et l'écraser, lorsqu'onaperçut la colonne del'armée ennemie qui s'avançait et qui, après être arrivée sur une crête derrière le faubourg de Luneburg, tendit ses tentes et campa à une petite demi-lieue d'ici . Nous ne doutâmespoint que l'ennemi ne tentât de faire des ponts !a nuit dernière, et qu'il ne vînt nous attaquer ce malin. Nos troupes, répandues dans des cantonnements, n'étaient point arrivées : le pis est que toutes les positions reconnues jusqu'à cette heure avaient de grands inconvénients, et que les troupes, venant de différents endroits et arrivant successivement hier au soir, se trouvaient placées sur des terrains différents n'ayant aucun rapport les uns aux autres, de telle sorte qu'ayant recommencé dès la pointe du jour à remettre les troupes sur leur champ de bataille, elles n'ont pas pu y être entièrement placées dans toute la journée d'aujourd'hui. La mauvaise position du camp et le petit nombre de troupes ébranlaient déjà le maréchal, et il se serait déterminé, presque avec regret, à se retirer sur le chemin de Hanovre. M. de Roquepine arrivant ce malin avec 6 B., et le maréchal pouvant se faire joindre demain par M. d'Armentières avec 10 B., et 6 E., il s'est cru assez en force pour ne pas décamper d'ici, d'autant plus qu'il aurait fallu abandonner aux ennemis un très grand nombre de malades et beaucoup de subsistances. Je vous exprimerais difficilement la joie que j'ai ressentie du parti noble que le maréchal vient de prendre. Une marche rétrograde, qui ne devait se faire que de nuit, aurait infailliblement porté dans l'opinion de l'Allemagne un vernis de faiblesse, que M. le maréchal vient heureusement de prévenir. »

Il ne se passa rien d'intéressant les jours suivants, et le maréchal eut la satisfaction de voir ses troupes rassemblées le 16, au nombre de 74 B. et de 66 E., qui, bien que faibles, le mettaient en état non seulement de s'opposer aux attaques des ennemis, mais aussi de reprendre l'offensive. Dès le 16 môme, il rétablit les ponts de l'Aller, rompus par nécessité. Le moment de crise le plus fâcheux était passé, et, soit manque de courage de la part des ennemis, soit qu'ils ne fussent pas aussi prêts qu'ils paraissaient l'être.

M. le prince Ferdinand, par son projet de tomber sur nos cantonnements avant qu'ils fussent rassemblés, échoua dans son entreprise, bien qu'arrivé à trois lieues de nous dès le 11 , à un moment 011 nos cantonnements tenaient encore une étendue de vingt lieues. Notre contenance audacieuse leur en imposa; la saison devenait très rigoureuse pour tenir longtemps des troupes ensemble et au bivouac; les tentes n'étaient point encore arrivées, et nos magasins étaient entièrement dépourvus de fourrages. Le moment pressait; il fallait prendre un parti, ou de marcher en avant, ou de se retirer. Le maréchal n'hésite pas; et, malgré les avis contraires d'un grand nombre de généraux, il se détermine à passer l'Aller.

Le maréchal, ferme dans sa résolution, devait passer l'Aller dans la nuit du :23 au 24, bien qu'incertain si ce serait au-dessus ou au-dessous de Zelle. Sur le flanc droit et sur le flanc gauche sont des corps détachés et combinés avec les mouvements de son centre, qui, suivant les circonstances, décideraient le point de passage, à portée de pouvoir également déboucher sur les deux côtés, terrain favorable pour cet objet, les ennemis par leur position et la nôtre étant obligés de faire l'arc, tandis que nous faisions la corde. Les nouvelles confirment que le prince Henri s'avance, et assurent qu'une tête de ses troupes paraissait déjà à Wolthausen avec la certitude de se rendre directement à Hildesheim, point important de nos subsistances.

On marcha la nuit du 24 au 25, par suite du retard dans les distributions.

Les armées déjà en présence le 19, le prince Ferdinand (1) pro-

(1) Ferdinand, duc de Brunswick, quatrième fils du duc Ferdinand-Alberl, né à Brunswick le 12 janvier 1721 ; entre au service en 1739 -, jeune, sert sous Frédéric II, commande pour George II les troupes anglaises et hanovriennes dans la guerre de Sept ans, décide du succès de la bataille de Prague. En 1737, il a le commandement de l'armée de Westplialie, remporte les victoires de Crefeldt et de Minden; à la paix, se brouille avec Frédéric II; quitte le service en 1763, et se retire au château de Vechelde; meurt à Brunswick le 3 avril 1792, ayant consacré le reste de sa vie à des pratiques théosophiques (sorte de philosophie mystique que les adeptesprétendent tenir de Dieu, sans être toutefois l'objet d'une révélation positive). Ces théosoplies mêlent ensemble l'enthousiasme, l'observation de la nature, la tradition, le raisonnement, l'alchimie, la théologie, la métaphysique et la médecine, revêtues d'une forme inspirée. Celte école ne dé[)asse pas le dix-huitieme siècle.

nonçait, le 20, un mouvement eu arrière sur sa droite, et il se trouva campé;, la gauche appuyée à la petite rivière de Lachte et la droite au ruisseau de Klein-Hehlen, toujours son quartier général à Alten-Hagen. Notre armée conservait son camp sur deux lignes, la droite appuyée au petit village de Wester-Zeller, en potence les grenadiers de France et les grenadiers Royaux, la gauche tirant au pont de Schafferey à l'extrémité du faubourg de Zelle, dit faubourg de Nieuburg ou Neustadt, et la ville couvrant par conséquent le front du camp.

Les mouvements du maréchal les 20 et 21, par sa droite sur l'Aller, déterminèrent les ennemis à garnir la rivière de Lachte et à occuper plus en force le village de Lachendorf. C'est dans cette position qu'il résolut de les attaquer; le 21 , commencèrent les mouvements de ses opérations, que la nature du terrain et la position de l'ennemi rendaient difficiles, mais qui étaient indispensables au passage de l'Aller. En conséquence, le 21, M. de Broglie prend le commandement des 12 B. et des 8 E. rassemblés dans le duché de Brème; ce corps est destiné à agir sur la Bohme et à la couvrir, de manière à tourner la droite des ennemis et à intercepter leurs convois en se portant jusque sur Wolthausen.

Les journées des 21, 22 et 23 sont employées à inquiéter l'ennemi sur sa gauche et sur ses derrières, (D. G., Allemagne, 3446, 49.)

Le 24, M. de Villemeur, avec MM. d'Andlau, de Sparre, de Laval et Domballe sous ses ordres, 10 B. , 14 E. de cavalerie ou dragons, le régiment de hussards de Polleresky, les volontaires de Flandre et 8 pièces, devait passer l'Aller à Meuden, et favoriser par ses manœuvres en avant la construction des ponts que le corps d'armée réuni à Offensen et Schwachhausen devait y jeter.

M. de Laval, avec une avant-garde de ces corps, est chargé de chasser les troupes établies dans les villages d'Ahnsbeck, d'Iarmsen et de Lachendorf, tandis que M. de Lillebonne, avec son régiment et celui de Berchiny, débouchant le 25 dans la nuit, se porterait sur Lachendorf, et de là, si l'ennemi n'occupait plus ce village, prendrait position sur les hauteurs qui sont au delà, afln de protéger la construction des ponts à jeter tant sur l'Aller que sur la petite rivière de Lachte. M. de Grandmaison, major des volontaires de Hainaut, serait dès le 24 au soir à Uetzen, pour brûler les magasins et établissements des ennemis dans cette ville et inter-

cepter leurs communications. Pendant que M. de Villemeur s'occupait de ces opérations, M. de Caraman avec son régiment, celui de Dauphin-infanterie, des compagnies de volontaires nommés chasseurs de Richelieu, aux ordres de M. Danfrenet, et le corps de Fischer, devait passer l'Aller au pont de Schaffrey pour une fausse attaque dans cette partie sur les ponts de Klein-Hehien et de Gross- Hehlen. En même temps M. d'Auvet, avec 7 B. , 4 E. de dragons, les volontaires du Hainaut, des hussards et 6 pièces, déboucherait aussi du faubourg de Luneburg, destiné également à une fausse attaque, laquelle devait être renforcée si le succès des autres prévenait celle-ci, plus importante.

Le duc d'Ayen (1), ayant à ses ordres M. de Ségur et les brigades de la Marine, de Vaubecourt et d'Orléans-infanterie, celle de cavalerie des Cravates, A E. de Gendarmes et 8 pièces, devait déboucher par le pont d'Alten-Zelle, rétabli, pour éclairer tout ce qui pourrait venir du haut Aller et agir de concert avec le corps d'armée. La brigade d'Orléans est détachée de ce corps et destinée, aux ordres de M. de Maupeou, à opérer une autre diversion sur le point de Lachtenhausen. Le reste de l'armée devait, à Schwachhausen et Offensen, former deux lignes : la première, des brigades de Picardie, Navarre, Auvergne, Belzunce, la Tour-du-Pin et Lyonnais-infanterie; de celles de cavalerie des Cuirassiers, Commissaire-général, Royal-Allemand, Royal-Roussillon et de 24 pièces; la deuxième, des brigades de Champagne, Dauphin et Aquitaineinfanterie, des Carabiniers, du régiment d'Harcourt-cavalerie et de 14 pièces.

Ces troupes de deuxième ligne, aux ordres de MM. de Noailles et de Monti (2), étaient chargées de jeter les ponts, dont M. de Villemeur devait protéger la construction avec son corps, tandis que la

(1) Louis de Noailles, ducd'Ayeii, né à Versailles le 21 avril 1713, (ils aîné du maréchal de Noailles et de Françoise- Charlotte d'Aubigné, maréchal de France, 24 mars 1775. (Voir le premier volume des Ciierres sons Louis XV, p. 606.)

(2) Monti (marquis de), colonel de Royal-Italien, 1741 ; brigadier, 1748; maréchal de camp, 23 juillet 1756 ; lieutenant général, 23 juillet 1762 ; s'était déjà bien montré à Mahon; se distingue à Minden, où il est dangereusement blessé; de grands talents militaires et d'un couiage héroïque. Les Italiens ne sont jamais médiocres à la guerre^ ou tout braves, ou tout... (D. G.) (Voirie premier volume des Guerres sous Louis XV, p. 177.)

première ligne resterait en bataille sur le bord de l'Aller, entre Offensen et Schwachhausen.

Toutes ces dispositions arrêtées, l'armée débouche de ses cantonnements le 25 à huit heures du matin. Le maréchal s'était porté à minuit avec son état-major à Schwachhausen, où il apprit, au point du jour, que, les attaques de la gauche n'ayant trouvé que très peu de résistance, les troupes avaient poussé jusque dans le camp des ennemis, trouvé abandonné. Ils en étaient partis dans la nuit et avaient masqué leur retraite dans l'après-midi par différents mouvements du côté de Winsen. Sur cet avis, il ordonne d'envoyer à leur poursuite tous les détachements; 500 prisonniers restèrent en notre pouvoir, et on tua tout ce qu'une retraite précipitée permet d'atteindre. Les ennemis continuèrent leur retraite sur Luneburg, en tenant la même chaussée que pour venir h Zelle.

Le maréchal revint le 25 au soir dans celte ville, où il établit son quartier général, en plaçant son camp sur le même terrain qu'occupait la veille le prince Ferdinand. M. de Lillebonne arriva aussi avec un convoi de sel, des prisonniers et beaucoup de butin. Il eût été désirable de suivre les ennemis avec des forces supérieures, mais tous les moyens employés ne purent nous faire avoir des subsistances pour se montrer plus en avant, surtout par l'impossibilité de porter le pain des troupes au delà de huit lieues.

Les ennemis marchèrent douze heures sans s'arrêter. La question des fourrages restait toujours embarrassante ; il n'y avait aucun magasin, ni sur l'Aller, ni sur le Wéser. Toutes ces contrariétés firent penser au maréchal qu'il n'y avait d'autre parti à prendre que de se mettre dans la position de faire subsister ses troupes hors de crainte des entreprises ennemies. En attendant des circonstances plus favorables, il les plaça en cantonnements (1) entre l'Aller, l'Oc-

(1) Positions des troupes, le 29 décembre 1757. Auvergne, 4; Vatan, 2; Aquitaine, 2; Brancas, 2; Salis, 2; la Dauphine, I; Reding, 2; Bretagne, 2; Royal-Pologne, 1; Royal-Suédois, 2 (20 B.) ; Berchiny, 4 E., à Zelle et le long de V Aller. Jenner, 2; Nassau-Sarrebruck, 1; Nassau-Ussingen, 1 (4 B. ),.$«/• l'Ocker. Courten, 2; gardes lorraines, 2; Bentheim, 2; Palatins, 4; Alsace, 3; Périgord, 1; Volontaires Royaux, 1 (15 B.); Marcieu, 2; Maugeron, 2 ; Dampierre, 2 (8 E.), de Retheni à Zelle. Cambrésis. 1; grenadiers de Solar, 1; Palatins, 3 (5 B.), de Werdcn à Brème. La Roche-Ayiuon, 2 ; Palatins, 2 ; Lyonnais, 2; Menouville-artillerie, I (7 B.) ; Mestrede-canip-dragons, 4; Colonel-général, 4 ;8 E.), à Minden, Hoija. Grenadiers de

ker etla Leine, et se rendit le 30 à Hanovre, où il établit son quartier général.

Solar, 1; Arsberg- Autrichiens, 1; Bergh, 1; Lowendal, 2; le Roi, i; Conti, 2; la Tour-du-Pin, i; Cbabrié-arlillerie, 1; Gendarmerie, 4; Daupiiin, 2 (22 B.); Cliabrillan, 2; Dauphin, 2; Royal-Roussillon, 2; Royal-Pologne, 2 (8 E.), à Hanovre et environs. Bourgogne, 2; Noailles, 2; Cravates, 2; Harcourt-dragons, 4 (10 E.), à Blumenaxi, Wumtorf, Mariensée. Grenadiers de Bergerel et de Chantilly, 2; Rocbefort, 2; grenadiers de Daulens et de Modène, 2 (fi B.), " Burgdorf, Peyne. Royal-Allemand. 2: Wurtemberg, 2; Nassau, 2; Royal-Piémont, 2; Crussol, 2; Conti, 2(12 E.), à Metjnersen. La Marche, 1 B. ; PoUeresky, 4 E. à Gyphorn. Ârchiac, 2 E., à Garstcnbuttel. Vaubecourt, 2-, Talaru, 5; 4 B. à Dickorst, Bellekenrode. Dragons du Roi, 4 E., à EdenbiUtel. Grenadiers de Modène et de Doullens, 2; Cosne-artillerie, 1; la Marine, 4; Picardie, 4; Enghien, 2 (13 B.); Fleury, 2; Cuirassiers, 2; Harcourt, 2; Vienne, 2; Caraman-dragons, 4 (12 E.), à Brunsivick, Groschulper et Uelzen. La Marck, 2; Brissac, 2; Orléans, 2; Chartres, 2 (8 B.i; la Rochefoucault, 2; Dauphin-Étranger, 2 (4 E.), « Osterode, Northehn. Grenadiers de France, 4 B.-, Carabiniers, 10; Talleyrand, 2 (12 E.), à Hildesheim, Lutter. Grenadiers de Bergerel. 1; Lamotle-arlilleric, 1; Belzunce, 4; Condé, 2; Ligne-Autrichienne. 1; Saxe-Gotha, 1; Royal-Ba\ière, 2 ;iO B.]; Berry, 2; Turpin-hussards, 4 (6 E.), à Wolfenbiittel, Schladen. Grenadiers de Chantilly, 1; Royal- Comtois, 2; Poix, 1; Navarre, 4; la Couronne, 2; Saint-Germain, 1 (11 B.); Commissaire-général, 2; Charosl, 2; Montiera, 2 (6 E.), à Burgdorf, Gotfingen, Eimheck, Goslar. Royal-Roussillon, 1; Royal-Deux-Ponts, 3 (4 B.j; Pauly, 2 ; Montcalm, 2 (4 E.), au pays de Hesse-Cassel. Diesbach, 2 B., à Fuld. Rohan, 2; Planta, 2 (i B.), à Marburg. Castella, 2 B., à Hevsfeld. Provence, 2 B., à Kreutzburg et Treffurt. Royal-Lorraine, 1, à Witzenhausen. Tournaisis , 1; Touraine, 2 (3 B.), à Munden. Gendarmerie, 4 E., à Frislar. Piémont, 4; milices de Beauchêne, 1; Saint-Chamant, 2; Dumont, 1 (8 B.), à Cologne, Neuss et Dusseldorf. Milices HoUier et Blossière, 2 B., à Ruremonde. Fumel, 2; Bourbon, 2; 4 E., à Lock et Gennep. Lockman, 2 B., à Gueldre. Milices de Grendlet. 1 B.;|Mestre-de-camp. 2 E., à Clèves. Clermont-Tonnerre, 2; Aquitaine, 2(4 E.), à £'Wî??iencA. Condé. 2; Henrichemont, 2 (4 E.), à Bées, Uedem. D'Aubigné-dragons, 4 E., à Calcar, Sonsbeck. Orléans-dragons, 4 E., à Sauten. Royal, 2; des Cars, 2 (4 E.), à Meurs. Royal-Étranger, 2 E.. à Crefeldt. Losrios-Autrichien, 1; milices de Bondi, de Cursin, de Pierreville, 3 4 B.); Saluées, 2; Beauvilliers, 2-, Lameth, 2; la Reine, 2 (8 E.), à\\\'esel, Hamm^ Kamen. Milices de Danie et d'Estrade, 2; Poitou, 2 (4 B.), à Lippstadt. Mailly, 4; milices dePincepré et de Saint-Didier, 2 (6 B.), à Munster. Champagne, 4 B.; Clermont-prince, 2 E., à Osnabruck. Eu, 2; Autrichiens, 2 (4 B.), à Emden. Bellefonds, 2; Colonel-général, 3; Orléans, 2; le Roi. 2; Lusignan, 2; Bourbon-Busset, 2 (13 E.), à Groningen, Wener, Bxmd, Leer et Wiitmund.

Armée de Soubise, Royal-arlillerie, 1; Beauvoisis, 2 (3 B.), à Hanau. Royal- Barrois, 1 B.; Penthièvre, 2 E., à Babenhausen. W'itner, 2 B.,à Offenbach. Raugrave-hussards, 2 E., à Vilbel. Filz-James, 2 E., a Bertheim. Bezons, 2 E., à Ortenberg. Saint-Jal, 2; Gramont, 2 (4 E.), à Budingen et Schlltz. D'Apschon, 4; Nassau-hussards, 2 (6 E.), « Lutenav, Stockstadt. Total, 187 B. et 181 E.

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