‹ Les guerres sous Louis XV (volume 3)Chapitre 7 sur 20 · REGIMENTS · texte numérisé non relu

REGIMENTS

La Reine

Fitz-James

Bourbon-Busset.

Condé

Bezons

Saint-Jal

Bourbon

Raugrave

Beauvilliers

Peuthiévre

Salm

Lameth

Poly

Montcalm

Grammonl

Lusignan

D'Escars

Les dragons

Hussards de l'Impératrice . . Volontaires de Nassau

Total.

Royal-Lorraine à Freyburg.

Royal-Barrois avec l'artillerie.

Réserve.

Poitou Penthiévre.

Rohan Lusignan.

Corps détaché de M. de Saint-Germain.

Marine Condé.

Touraine Poly

(D. G.. Allemagne, 3443. 573.)

Weissensée, selon les nouvelles que j'apprendrai du roi de Prusse.

Je m'approcherai de l'armée de Richelieu, le plus tôt qu'il me sera

possible. »

Le lendemain (6 novembre 1757), le triste vaincu de Rossbach

annonçait en ces termes sa défaite à M. de Paulmy :

« Je vous annonce le plus grand malheur; Farmée du roi a

été repoussée hier, et suivie par les Prussiens depuis le commencement de la bataille jusqu'à la fin. Les manœuvres et le feu continuel de leur infanterie a arrêté la française à 23 pas de la ligne, et, depuis ce moment, il n'y a pas eu moyen de faire un pas en avant. La cavalerie a fait un peu plus de résistance, mais tout a plié, excepté quelques régiments qui ont battu quelques E. prussiens, mais en très petit nombre. Je suis occupé à rassembler l'armée derrière l'Unstrutt, à employer le fourrage qui me reste et à mettre en sûreté l'armée que le roi avait eu la bonté de me confier et qui finit la campagne aussi malheureusement. Je ferai mon possible pour envoyer les détails dès ce soir. Comme nous avons perdu le champ de bataille, il y a beaucoup de prisonniers, surtout parmi les blessés. Je n'as pas voulu différer à mander une aussi triste nouvelle exigeant peut-être de nouveaux ordres. L'armée marchera à la pointe du jour en remontant l'Unstrutt vers Laucha et Ribra... »

« Quel malheur, écrivait-il le même jour à M. de Choiseul, et à quoi peut-on se fier! Ardeur, bonne volonté, bonne disposition, j'ose le dire, étaient de notre côté; en une demi-heure les manœuvres du roi de Prusse ont fait plier cavalerie et infanterie; tout s'est retiré sans fuir, mais sans jamais retourner la tête.

(c L'infanterie, malgré la déroute de la cavalerie, s'avançait de très bonne grâce; elle marcha sans tirer un coup de fusil jusqu'à cinquante pas des ennemis, et, dans les moments où j'avais les plus grandes espérances, les têtes tournèrent, on tira en l'air et on se relira. 11 faut convenir que la contenance des ennemis fut très fière, et je n'y remarquai pas le moindre ébranlement. Depuis ce moment, la ligne des Prussiens s'avança toujours en faisant feu et sans se rompre; nos brigades de la gauche reculaient sans fuir; mais, excepté quelques instants où l'on trouvait moyen de les arrêter, l'inclination pour la retraite dominait et l'emportait.

« Je ne parle pas de l'infanterie des cercles, je ne m'en souviens que pour m'affliger du moment oh j'ai eu le malheur de la joindre. L'artillerie et les équipages sont en sûreté, nos traîneurs rejoignent, et j'apprends que de tous côtés les fuyards se rallient.

((Pendant la nuit, presque toute l'infanterie s'était dispersée. Nous commençons à nous ranimer, les propos reviennent sur le bon ton. Vous savez qu'avec les têtes françaises il y a de grandes ressources. Je me représente le tableau de Versailles en apprenant cette triste nouvelle; mon cœur en est pénétré. »

Il s'en prenait à la fortune et n'accusait pas ses troupes. Cependant, malgré leur valeur incontestable, un peu d'indiscipline pouvait peut-être compter au nombre des causes de la défaite. C'est du moins l'avis de M. de Saint-Germain, qui, placé en réserve, avait protégé la retraite et contenu les Prussiens. Dans sa colère, il incrimine trop les soldats et ne ménage pas assez les termes dans l'expression de son sentiment (1); car cette réserve ne parut que pour couvrir la retraite que M. de Soubise essayait en vain de rétablir à l'aide de sa cavalerie. Cette inaction de M. de Saint-Germain est jugée sévèrement et aussi suspecte que celle de M. de Maillebois à Hastenbeck. Peut-être était-il très difficile d'arriver à temps, ce qui explique l'amertume de sa correspondance.

M. de Bourcet au ministre de la guerre.

« 7 novembre.

« L'armée française a voulu tourner l'aile gauche des Prussiens, et, au moment qu'il semblait que nous allions réussir, notre droite a été enveloppée. La cavalerie impériale avec la nôtre de la droite ont défait trois E. prussiens , mais n'ont pu soutenir l'effort des autres. Notre infanterie a cédé après quelques charges, et la déroute est devenue si générale qu'il ne restait plus que nos batteries sur le champ de bataille (2). »

(!) Lettre du 11 novembre 1757 à Pâris-Duverney, le grand vivier, celui que le maréchal de Noailles appelait le général des farines et (jue le comte de Saxe préférait à tous les maréchaux de France réunis.

(2) D. G., Allemagne , 3443, 47.

M. de Soubise écrivait au ministre, de Sachsenburg, le 8 novembre :

« Raugrave(l) voulait gagner son rang de cavalerie; il l'a mérité. »

M. de Cdstries au ministre de la guerre.

« Noidhausen, 9 novembre.

« Le régiment de Raugrave se trouvait à la gauche de la première ligne. Dans la charge de cavalerie, les régiments de Bourbon, Beauvilliers, Raugrave et Filz-James fournirent une charge vigoureuse, renversèrent ce qui était devant eux ; mais ils furent obligés de se retirer, lorsque la deuxième ligne des ennemis s'ébranla.

« Je ne dis rien des dragons d'Apschon, ni des hussards de Nassau, ils ont eu la meilleure contenance et ont beaucoup servi à s'opposer aux différentes charges ennemies (2). »

Le vieux maréchal de Belle-Isle, ministre de la guerre à 74 ans, essaye de rassembler nos débris et d'inspirer à tous l'énergie de son âme; il confie à M. de Choiseul ses tristesses et ses colères. «Je ne suis pas surpris, Monsieur, que vous ayez le cœur navré de l'affaire du 5. Je n'oserais pas faire par écrit toutes les réflexions dont cette matière est susceptible. Contre tous les principes du métier et du bon sens, on a enfourné l'armée dans un fond et à rai-côle, laissant le même ennemi maître de la hauteur, sur laquelle nous n'avions pas seulement le moindre petit détachement pour observer les mouvements du roi de Prusse, en sorte que toute notre armée était encore en marche et en colonnes, lorsque toute la cavalerie prussienne a débouché en bataille sur notre tête et que l'infanterie ennemie a paru sur la hauteur avec une nombreuse artillerie, à laquelle la nôtre, qui était dans le fond ou à mi-côte, n'a pu faire aucun mal. Je ne me consolerai jamais que des troupes du roi;, que j'ai vues penser si longtemps noblement et agir avec autant de vigueur et de courage, aient perdu si promptemenl leur réputation (3). »

(1) Des relations désignent à tort ce régiment tous le nom de Volontaires de Raugrave. (D. G., 5452, 59.)

(2) D. G., Allemagne, 3443, 52.

(3) D. G., Allemagne, 3444, 68 bis.

M. de Soubise, parvenu avec beaucoup de peine à faire passer pendant la nuit sur le pont de Freyburg toutes les troupes, le reste d'artillerie et quelques équipages, se trouva à la pointe du jour à la rive droite de l'Unstrutt, où les différents corps se rassemblèrent. Malgré l'absence d'ennemis , M. de Soubise jugea prudent de s'éloigner par une on deux marches forcées, pour que l'armée revînt de son abattement.

Il n'était plus question du duc d'Hildburghausen ; le jour du combat, aussitôt après la défaite des cuirassiers autrichiens et de sa cavalerie, il quitta le champ de bataille et se rendit à Freyburg, oii il passa la nuit. Le lendemain, il partit de grand matin .sans attendre M. de Soubise, auquel il avait donné rendez-vous sur la hauteur, et gagna Rosen, après avoir donné ordre aux troupes de l'Empire de s'y rendre, excepté les 2 régiments de hussards autrichiens restés avec M. de Soubise. Il lui fit seulement dire par son aide de camp, « que, son devoir étant de couvrir l'Empire, il lui abandonnait la défense de la Saale et se retirait à Arnstadt. »

M. de Soubise marcha de son côté le 6, et conduisit l'armée à Wiehe, distant de Freyburg d'environ six lieues. La plupart des troupes, privées de tentes, passèrent la nuit au bivouac dans le bois. M. le prince Camille, avec 1 brigade d'infanterie, resta chargé de garder les passages de la rivière, en la remontant du côté de Laucha et de Nebra. Les dragons et les volontaires de Nassau, placés au village de Bûcha, entre Bibra et Wiehe, couvrirent l'armée. M. de Saint-Germain, qui depuis Freyburg avait marché par le grand chemin de Weissensée, passa la nuit à Hoscler avec les troupes sous ses ordres qui n'avaient point combattu le 5, ayant aussi avec lui les hussards autrichiens.

Le 7, on marche encore et l'armée s'approche de Sachsenburg; le quartier général s'y établit; une partie de l'armée seulement passe l'Unstrutt. La cavalerie et quelques brigades d'infanterie restent près d'Heldrungen, petit village entouré d'un bon fossé et d'une espèce de parapet, défendu par les dragons et les grenadiers.

M. de Soubise à M. de Pauhmj.

•i. Depuis avant-hier, je n'entends plus parler de M. d'Hildburghausen; heureux si je n'avais jamais joint son armée et encore plus si j'avais su m'opposer avec assez de fermeté à la dernière résolution qu'il a prise (1). »

Sur l'avis que les ennemis avaient fait passer l'Unstrutt à de gros détachements et même à toute leur armée, M. de Soubise se détermine à marcher le même jour. Il y avait deux directions à prendre : celle de Mulhausen, ou celle de Nordhausen. Pour Mulhausen, il fallait traverser des plaines très étendues; le chemin de Nordhausen nous menait à travers un pays montueux et boisé, avantageux à la sûreté des troupes, qui, n'ayant point de tentes, souffraient beaucoup du froid et de la neige, et qui auraient trouvé de l'abri dans les bois; mais plusieurs raisons engagèrent M. de Soubise à préférer la retraite sur Mulhausen : 1° le maréchal de Richelieu lui écrivait qu'ayant quitté Halberstadt le 6, il avait replié tous ses postes avancés; 2° toutes les subsistances sur lesquelles on pouvait compter se trouvaient à Mulhausen; 3° les soldats, depuis deux jours, s'écartaient et pillaient dans les bois, et restaient derrière : on devait craindre d'en perdre beaucoup. Il est vrai que dans les plaines on courrait quelques risques, mais la cavalerie n'en paraissait pas effrayée, et M. de Soubise pensait avec raison qu'elle soutiendrait les efforts des détachements ennemis.

L'armée se mit en marche le 8, à dix heures du matin, dirigée par Kindelbruck sur Weissensée. M. de Saint-Germain, qui s'était porté le 7 sur Golleda, apprit par un aide de camp à M. de Soubise que toute l'armée du roi de Prusse était à peu de dislance de lui, et se repliait derrière l'Unstrutt. M. de Soubise, sachant que cette rivière, seul obstacle entre le roi de Prusse et l'armée française, était d'une faible défense, et qu'il serait facile aux ennemis de l'atteindre dans les plaines qu'on allait traverser pour gagner Mulhausen, prit le parti de changer la marche de l'armée et de la diriger sur Nordhausen. La colonne de cavalerie, qui pouvait gagner légèrement Mulhausen, continue sa marche, conduite par M. de Pourprey, pour s'y rendre le plus promptement possible;

(1; Sachscnburg, 8 novembre. (D. G., 3443, 60.)

mais on fit rebrousser chemin à la colonne d'infanterie et à celle d'artillerie, en y joignant 3 régiments de cavalerie. La première de ces colonnes prend le chemin de la montagne, à travers laquelle les canons des régiments eurent beaucoup de peine à passer. Les troupes de cette colonne arrivent la nuit au village de Seega, où une partie campe dans les bois. Une brigade pousse jusqu'à Sondershausen, où elle cantonne. La colonne d'artillerie s'achemine de Sachsenburg à Heringen, où elle ne fut rassemblée que le lendemain. M. le prince Camille reste chargé de l'escorter avec quelques B. et quelques E. La marche se fit tranquillement et sans l'apparition des ennemis. Les nouvelles de M. de Saint-Germain étaient fausses, et de son côté il se replia sans être suivi, et passa l'Unstrutt à Sachsenburg, brûlant et détruisant tous les autres ponts. Le 9, tout arrive à Nordhausen; les troupes étant fatiguées, M. de Souhise les cantonne entre Sondershausen et Nordhausen.

Comme M. de Richelieu se proposait depuis longtemps de quitter Halberstadt, il devenait impossible de rester sur la Saale, il fallait même renoncer à la rive gauche de cette rivière; M. de Soubise cherche en conséquence à se rapprocher du maréchal de Richelieu, qui, dès le 6 et avant la nouvelle de la bataille de Rossbach, abandonnait Halberstadt et repassait l'Ocker, étabhssant ses troupes dans leurs quartiers. Celles de M. de Soubise, cantonnées dans les environs de Nordhausen, marchent le 13 sur trois colonnes, la première sur Duderstadt, la seconde sur Dingelstadt et Heiligensladt, la troisième sur Mulhausen; marche couverte par les hussards autrichiens qui avaient suivi mal à propos la cavalerie jusqu'à Mulhausen. Les troupes occupèrent donc des cantonnements autour de Mulhausen, Heiligenstadt et Duderstadt. M. de Soubise part de sa personne, le 14, pour Duderstadt; il y trouve M. de Maillebois, envoyé par le maréchal de Richelieu pour arrêter avec lui les dispositions des quartiers d'hiver.

Dans le projet général du maréchal de Richelieu sur l'emplacement des troupes, celles de M. de Soubise devaient occuper le comté de Hanau et les bords de la Lahn. M. de Grémilles, que le roi avait envoyé auprès de M. de Richelieu pour traiter les dispositions à l'égard de l'hiver, regardait aussi cette destination comme préférable à toute autre; mais M. de Soubise ne se crut point autorisé sans de nouveaux ordres à accepter cet arrangement;

il écrivit en conséquence à M. de Paulmy, au maréchal de Richelieu et à M. de Crémilles. La réponse du maréchal de Richelieu, du 15 novembre, sur son parti de faire garder la Hesse et laWerra parles troupes de son armée, fut formelle. M. de Soubise n'eut plus qu'à porter les siennes dans le pays de Fulda, communication de cette ville avec Hanau, dans le comté de Hanau et sur le Mayn jusqu'à Obernburg. Quoiqu'il pensât que ces arrangements dépendaient seuls du roi, il mit cependant ses troupes en marche, afin de ne pas perdre un temps précieux, avec l'intention d'arrêter celles non destinées au pays de Fulda en cas d'ordres contraires.

Toutes les troupes sont en mouvement le 20 et le 21 novembre sur trois colonnes : celle de la droite dirigée sur Marburg, celle du centre sur Kirchhayn dans la Hesse, et celle de gauche par Fulda et la vallée de la Kinzig sur le Mayn. M. de Soubise, quittant Duderstadt le 22, prend la route de Mulhausen et ensuite d'Eisenach, afin de faire l'arrière-garde de la colonne qui passait par cette route. Les 20 B. et 18 Ë. détachés de l'armée de Richelieu, aux ordres de M. de Broglie, partent le 20 pour les quartiers qui leur sont destinés dans la Hesse et sur la Werra.

Alors Frédéric se hâte d'aller recueillir en Silésie les fruits de lu journée de Rossbach; les revers de ses généraux l'appelaient au secours de celle province envahie par les Autrichiens victorieux, qui s'emparaient de Schweidnitz et menaçaient Breslaw. Prévenus de cette marche le 22 novembre, ils attaquent et battent le duc de Bevern, victoire qui les rend maîtres de Breslaw, et le roi de Prusse n'arrive que pour recueillir les débris de cette armée.

Le reste des troupes de M. de Richelieu entre dans ses quartiers d'hiver, et M. le duc de Saxe-Hildburghausen, qui depuis la journée du 5 avait successivement repassé les montagnes de la Thuringe, établit ses troupes en cantonnements dans la Franconie, projetant d'occuper pendant l'hiver Meiningen et la haute "Werra, en liaison avec les quartiers de Fulda, Schweidnitz une fois rendue aux troupes impériales, la cour devienne se proposait de porter 6,000 hommes en Saxe, et d'envoyer vers Berlin tout le reste de l'armée. Elle demandait de détacher 10,000 hommes de celle de M. de Richelieu pour concourir à l'opération, et d'envoyer sur la Saale les troupes de M. de Soubise y prendre leurs quartiers d'hiver; mais ces propositions de la cour de Vienne furent rejetées à Versailles.

C'est après le départ des troupes de Duderstadt et Mulhausen que M. de Soubise reçut la réponse du roi sur les dispositions de ses quartiers d'hiver. Par la lettre de M. de Paulmy du 21 novembre, le roi approuvait « qu'elles occupassent la Hesse et la Werra, afin de leur éviter des marches aussi longues pour se rendre dans le comté de Hanau, après avoir été aux portes de Leipsig, » et M. de Paulmy marquait en même temps à M. de Soubise « que, dans ce cas, lui et ses troupes se trouveraient aux ordres de M. de Richelieu, mais par l'intention du roi il continuerait à commander, sous lui, un corps de troupes comme au commencement de la campagne sous le maréchal d'Estrées; que ce corps se composerait des régiments de son armée ayant le moins souffert à l'action du 5, et des autres régiments qu'il jugerait à propos d'y joindre ; que M. de Soubise disposerait de ces troupes pendant l'hiver dans un arrondissement qui lui procurât un commandement distinct, conservant les ofûciers généraux, en y ajoutant le duc de Broglie et les officiers de son état-major (1) . »

Dans l'intervalle, M. de Paulmy ayant été instruit qu'en raison des arrangements entre M. de Richelieu et M. de Soubise les troupes étaient en pleine marcbe vers le comté de Hanau, ce ministre lui mande, le 29 (2), qu'il n'est plus possible d'y faire de changement. Les troupes continuèrent donc de se rendre dans le pays de Fulda et sur le bas Mayn, où elles devaient arriver aux premiers jours de décembre et y occuper les quartiers convenus. On continua d'évacuer sur Eisenach ce qui restait de subsistances et d'approvisionnements à Erfurt. Les postes prussiens à Naumburg et Weissenfels s'étant retirés pour se porter vers Dresde, il n'y eut plus d'inquiétude sur cette opération. Toutes les forces du roi de Prusse se dirigeaient en ce moment vers la Bohême, où ce prince rentrait par la Lusace, tandis que M. de Keith, suivi du prince Maurice d'Anhalt, y pénétrait par Commotau.

M. de Paulmy adresse à M. de Soubise une lettre du roi avec ses intentions sur la refonte de son armée dans celle du maréchal de Richelieu, et les noms des officiers généraux et de l'état-major désignés pour servir dans le corps séparé dont le commandement lui est destiné. M. de Soubise se rend de Mulhausen à Eisenach;

(2) Le roi au inaréclial de Richelieu. (D. G., 3444, 166.)

après les dispositions nécessaires à l'évacuation d'Erfnrt et de Gotha, 011 M. de Czezeni fît l'arrière-garde avec son régiment de hussards, il arrive à Fulda par Wacha et Hunfeld.

En arrivant à Fulda le 2 décembre, M. de Soubise recevait l'avis du refus formel de l'électeur de Mayence de recevoir les troupes du roi dans ses États situés sur le Mayn et le Rhin, sous prétexte que le pays d'Erfurl et celui d'Eischfeld avaient beaucoup souffert pendant la campagne. Le roi désirait bien que l'on ménageât par préférence les États de l'électeur, mais il était impossible de rejeter ces troupes sur les princes voisins. Ce fut l'objet de vives représentations de M. de Soubise à l'électeur de Mayence.

M. de Soubise, le 3 à Hanau, apprit par un courrier du maréchal de Richelieu sa destination pour Gassel avec ordre de remplacer en Hesse les régiments qu'il en tirerait pour rejoindre l'armée. Ces mouvements de la part du maréchal provenaient des dispositions des ennemis, qui, ayant rompu ouvertement la capitulation de Closter-Seven, se rassemblaient aux environs d'Harburg sous le prince Ferdinand de Brunswick.

M. de Soubise est à Hanau le 12 et le lendemain arrive à Gassel. M. de Richelieu continuait à rassembler ses forces derrière l'Aller; les troupes en quartiers sur la Lippe et même dans l'Ost-Frise s'approchaient de lui; il ne restait en Hesse que les équipages et les éclopés des régiments et ceux envoyés par M. de Soubise.

En arrivant à Gassel, sur l'avis de M. le maréchal des mouvements d'un corps ennemi sur Nordhausen et de la nécessité de porter son attention dans la haute Werra, il se détermine à avancer encore quelques B. et quelques E. dans la Hesse, ce qui forma dans cette partie un corps de 16 B. et 4 E. Le reste de ses troupes demeure dans le comté de Hanau, le pays de Fulda et la Wétéravie au nombre de 8 B. et 14 E.

La partie de Fulda devenant moins menacée, M. de Saint-Germain prend à Eschwige, sur la Werra, le commandement de toutes les troupes sur cette rivière et dans les environs. Les hussards de Gzezeni, appelés à séjourner dans le pays de Fulda, vont à Mulbausen éclairer la partie de Duderstadt et de Nordhausen, et achever Tévacuation d'Eisenach. Us y arrivèrent le 17. Les hussards de Spleni restaient avec M. d'Hildburghausen. Depuis longtemps ce prince nous restait étranger, avec son quartier général

à Nurnberg, après avoir répandu ses troupes dans la Franconie et la Souabe. Le régiment de Spleni devait occuper la ville et le comté de Schleitz dans le Voiglland, afln de porter des postes avancés depuis Zw ickau jusqu'à Rudolstadt. Dans sa situation, cette armée ne nous était d'aucune utilité , et la plus grande partie des troupes envoyées par M. de Soubise en Hesse ne pouvait y être rendue avant la fin du mois. Cependant M. de Richelieu, sur les avis réitérés de la marche d'un corps ennemi vers l'Ocker sous le prince Henri de Prusse, lui écrivait de tenir ses troupes prêtes pour la défense de la basse Werra, et de se porter en force à Munden si les circonstances l'exigeaient. Le régiment de Brissac, en marche sur le bas Rhin, revint sur ses pas, destiné à Nordheim et ne se trouvant plus aux ordres de M. de Soubise, ainsi que les troupes de Gottingen.

Les inquiétudes conçues sur la nouvelle de la marche des Prussiens se dissipèrent bientôt. Les détachements de M. de Czezeni, avancés jusqu'à Nordhausen, assuraient que la tranquillité régnait dans cette partie; des prisonniers revenus de Leipsig annonçaient que le prince Henri s'y trouvait en personne, sans qu'il fût question du moindre mouvement prussien; enfin on savait que les garnisons de Leipsig et de Merseburg ne consistaient qu'en 4 B.

M. de Richelieu rassemblant toutes ses forces auprès de Zelle et le prince Ferdinand se portant aussi avec les siennes sur ce point, on ne pouvait plus douter que l'ennemi ne formât de cette partie l'objet principal de ses opérations. Les troupes de la Hesse devaient coopérer avec celles de M. de Richelieu, et M. de Soubise n'avait qu'à pourvoir au moyen de mettre le plus de troupes possible à portée de se rassembler. Afln d'augmenter le nombre de celles déjà dans la Hesse, il envoya ordre au régiment de dragons d'Apschon, en cantonnement à Elsingen, de se rendre à Lichtenau et Waldkappel, à portée de Gassel. 11 devait y arriver le 8 janvier par Giessen, Marburg, Kyrchhain , Treyssa, Homburg en Hesse, etc. (1).

(1) Cantonnements de l'armée de Soubise, le 31 décembre 1757 :

Hesse: Royal-Roussillon, 2; Royal-Deux-Ponts, 2; artillerie, le Roi, 1 (5 B.),

à Cassel. Poly, 2; Montcalm, ?. (4 E.), à Ober, Kauffingen et Immenhausen.

Royal-Lorraine, 2 B., à Witzenhausen. Tournaisis, 2: Touraine, 2 (4 B.\ à Allen-

dorf et Eschtvège. Provence, 2 ; Castellas, 1 {S B.}, ù Kreîilzburg, Hersfeld.

Le même calme régnait du côté de M. de Richelieu. Les ennemis campaient en front de bandière à la rive droite de l'Aller, en vue de Zelle. Le maréchal, ayant passé la rivière dans les environs de cette ville les avait lorcés, par cette entreprise exécutée avec autant de fermeté que d'audace, à se retirer sur Winsen en laissant une grande quantité de prisonniers, de chariots, de munitions, de bagages et de subsistances. Après cette heureuse expédition, il cantonne son armée entre l'Aller, l'Ocker et la Leyne, de manière à pouvoir rassembler en trois jours un corps capable d'en imposer aux ennemis, s'ils voulaient s'approcher une seconde fois. Peu de jours après, il achemine les troupes vers leurs quartiers d'hiver, ce dont elles avaient grand besoin après les fatigues causées tant par les marches que par l'extrême rigueur de la saison.

La France, à la fin de 1757, offre quelque ressemblance avec notre malheureuse époque de 1870. Les fautes commises par le souverain s'expient sur les champs de bataille et par des déroutes qui étonnent l'Europe. De mauvaises influences, des germes corrupteurs, la contagion du désordre, l'imprévoyance, l'indiscipline, énervent les bras et les cœurs.

Rohan, 2 ; Planta, 2, (4 B.), à Marburg et Munden. D'Apschon-dragons, 4 E., « Walkappel.

Comté de Hanau : artillerie, mineurs, d'Aumale, Beauvoisis, 2 ; Royal-Barrois, 2 (4 B.), à Hanau. Penlhièvre, 4; Raugrave, 2; Fitz-James, 2; Bezons, 2 (8 E.), à Bahenhausen, Vilbel, Dornheim, Ortenberg.

Terres de Mayence : volontaires de Nassau, 2 E., à Goss-Ostem, Slockstadt.

Terres d'Isemburg : Wittnier, 2 B., à Offenbach. Saint-Jal, 2 E., à Budingen.

Paijs de Fulda: Diesbach, 2 B., à Fulda.

Terres de la noblesse : Grammont, 2 E., à Schlitz. Hussards de Czezzini, 2 E., à Eisenach. Hussards de Spleni, 2 E., à Gotha. Total: 26 B. et 26E, (D. G., Allemagne, 3445, 184.)

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