Languedoc
Le :20aoûl 1750, le roi de Prusse fait envahir l'Électorat. Aussitôt Marie-Thérèse réclame à la France le secours de 24,000 hommes promis par le traité de Versailles.
La France et l'Angleterre entrent en hilte au Canada. George II envoie une flotte, pour tenter des déharquements sur nos côtes, dont la défense est confiée au maréchal de Belle-Isle. Aubigné esta Saint-Malo; Orléans et Marbeuf, à Granville ; la Reine et Harcourt, au Havre; Caraman, à Cherbourg; Colonel-général et Apchon, à Calais; Bauffremont, à Saint- Valéry ; Dauphin, à Dunkerque.
Les exigences de Marie-Thérèse forçant le roi à mettre une armée sur pied, les dragons quittent leurs cantonnements et sont placés sous les ordres du maréchal d'Estrées.
1757. — Au commencement d'avril, les Français occupent Clèves et Wezel. Afin de les arrêter, le duc de Cumberland s'établit à Hastembeck, où il est défait en juillet par le maréchal d'Estrées. Celui-ci ayant été rappelé, le commandement passe au duc de Richelieu, qui sait profiter des avantages acquis pour en obtenir de nouveaux. Quelques jours avant la capitulation de Closter-Seven (8 septembre), les dragons s'emparent de Harburg.
En décembre, le duc de Richelieu est à Zell, qu'il abandonne, laissant son arrière-garde derrière l'.Xller, aux ordres de M. de Caraman, avec son régiment.
1758. — Février. La non-exécution, par les Hessois et les Hanovriens, des clauses de la capitulation de Closter-Seven provoque le rappel du maréchal de Richelieu; M. de Clermont lui succède. Le duc de Brunswick, profitant de la dispersion des quartiers d'hiver, nous force à repasser le Wéser et s'empare de Minden, oii se trouvaient Li compagnies de Meslre-de-camp-général. Les régi-
ments sont dans le plus grand délabrement. Mestre-de-camp, Harcourt, le Roi avaient énormément souffert ; Colonel-général avait perdu ses selles et ses armes.
23 juin. M. de Clermont met son armée en quartiers le long de la rive gauche du Rhin : M. de Brunswick, maître de la rive droite, passe le fleuve à Emmerick, et bat le comte de Clermont. Pendant la bataille, les dragons restent spectateurs, souffrant beaucoup du feu de Tennemi. Colonel-général perd dix officiers.
1758. — Ordonnance du 21 octobre, qui donne rang dans les dragons aux compagnies de dragons détachées des milices gardescôtes des provinces de l'Aunis, du Poitou, de la Saintonge et de la Guyenne, sous la dénomination de dragons gardes-côtes. Il leur est enjoint de se conformer aux ordonnances et règlements par lesquels les dragons sont gouvernés. Les officiers jouissent des prérogatives des officiers de dragons , ils prennent le visa et l'attache du colonel général et du mestre de camp général des dragons. Ce corps ne devait être rassemblé qu'exceptionnellement , en cas d'urgence. Les hommes, choisis parmi les habitants les plus aisés, s'habillent, s'équipent, et entretiennent leurs chevaux à leurs frais. Ils sont échelonnés le long des côtes; leur tâche est de donner promptement avis de ce qui s'y passe, et de fournir aux postes d'observation les détachements nécessaires chargés de reproduire les signaux convenus et de porter les dépêches de poste en poste. Les dragons gardes-côtes furent réformés le 13 décembre 1778.
Par application de l'ordonnance du 18 août 1735, les 16 régiments de dragons sont formés à 4 E. de quatre compagnies. En se reportant à l'ordonnance du 3 janvier 1757, il y a un cornette dans chaque compagnie, et le plus ancien major d'une armée remplit les fonctions de major général des dragons.
En décembre , le prince de Soubise part pour Ober-Wesel avec les régiments du Roi et de la Ferronnays, s'empare de Goarhausen et porte son quartier général de Hanau à Francfort.
1739. — Août. M. de Contades, battu à Minden, est remplacé par M. le duc de Broglie, qui, vainqueur à Bergen et à Sondershausen, commence avec succès la campagne de 1760.
Dans sa marche sur l'Edder, il attaque un corps considérable avec Bauifremont-dragons.
A l'affaire du 15 octobre se trouvent Royal et de Thianges.
1761. — Le 21 mars, près de Grunberg, le marquis de Bouille 1), capitaine dans la Ferronnays, à la tôtedeSOO chevau.x,dont 150 de son régiment, attaque la gauche du prince héréditaire de Brunswick, lui enlève cinq drapeaux et trois pièces de canon, se réunit aux Dragons du Roi et poursuit l'ennemi jusque dans Burgenmunden, d'où il le chasse, en lui prenant encore onze pièces d'artillerie. Il tourne immédiatement une partie de ces canons, qu'il fait servir par ses seuls dragons, contre le général de Luckner, ([ui, malgré la supériorité de son feu, ne peut l'empêcher de se maintenir dans ce poste, oia l'infanterie vient le relever à la nuit. 2,000 prisonniers, 10 drapeaux, 14- canons, furent les trophées de celle affaire. En récompense de sa conduite, M. de Bouille fut chargé par le maréchal de Broglie de porter au roi la nouvelle de ce succès (2). 11 revint de Versailles avec le grade de colonel et la promesse du premier régiment qui viendrait à vaquer.
1701. — Août. M. de Bouille, chargé, à la tête de 500 chevaux, d'attaquer l'arrière-garde du général de Luckner, le met en déroute, le suit jusque sous les murs d'Eimbeck, oblige l'ennemi à se retirer de l'ouvrage avancé, fait mettre pied à terre aux dragons, qui enfoncent la porte à coups de hache, et, malgré une vive fusillade, pénètre dans la ville, dont il se rend maître, faisant prisonniers 150 grenadiers hanovriens et nombre de hussards.
Le régiment du Roi avait commencé brillamment la campagne au combat de Kindelbruck le 15 août ; le 30, les dragons de Chapt, aux ordres du duc de Fronsac, chassent l'ennemi de Bocksel.
(1) Bouille (F.-C.-A., marquis de), né en 1739; cadel dans Rohun-Rochefort (infanterie), llb'i; capitaine dans la Ferronnays-dragons, 1756; colonel d'infanterie, 1761; brigadier. 1770; maréchal de camp, 1777; lieutenant général, 1782: commandant en chef l'armée de la Meuse, Sarre-ct-Moselle, 1790; mort à Londres, 1800.
(2) Extrait du rapport sur le combat de Grunberg, adressé i>ar le maréchal de Broglie au ministre de la guerre et daté de Giessen le 22 mars 1761 :
« Je charge M. de Bouille, capitaine à la Ferronnays, de porter cette nouvelle à S. M. 11 commandait les piquets de la brigade du Roi, qui en formaient l'avantgarde. Cet officier s'est conduit à son ordinaire avec le plus grand courage et a pris du canon à l'ennemi. J'ai déjà eu l'honneur de vous mander combien il méritait les grâces du roi ; il lui manque quelques mois pour avoir vingt-trois ans, mais il est bien dans le cas de la dispense d'âge. »
T. vu. 27
Les troupes légères sont composées d'infanterie et de dragons. Alors les compagnies franches disparaissent pour former les volontaires Royaux, qui deviendront légion Royale, toujours avec les dragons, dont l'effectif subira de nomljreuses modifications.
Par ordonnance du 27 aoi!it, les chasseurs Fischer prennent le titre de dragons-chasseurs de Conflans, pour être transformés en 1767 en hussards.
Conformément à l'ordonnance du 27 octobre, les dragons prennent l'habit vert t't le casque à visière de cuir mobile, la veste et la culotte de chamois. Les officiers au-dessous du grade de capitaine portent le fusil et la giberne comme les simples dragons. Dans l'intérieur des casernes, dans les camps, ces troupes font usage du gilet de travail, du bonnet de police et des guêtres de toile noire.
Dans tous les régiments, à lépaulettc est fixée une patte de drap recouverte d'un galon avec bouton pour retenir la cartouchière. Toujours les revers des bonnets sont de la couleur des parements.
Création de 1762.
Par ordonnance du 1*''' février, est transformé en dragons le régiment de dragons de Schomberg, ex-volonf aires de Saxe. Le nombre des régiments est ainsi porté à 17, savoir :
Colonel-général.
Caraman (la Rochefoucauld).
Mestre-de-camp-général.
La Ferronnays (Chabot).
Royal.
Reuvron (de Thianges).
Le Roi.
.\psclion (Lanan).
La Reine.
Thianges (Relzunce).
Dauphin.
Marbœuf (Comte de Provence)
Orléans.
Languedoc.
BaulFremont.
Schomberg (1).
Aubigné (Custine).
Volontaires de Na^ce.
Ce corps fut formé, sur le pied de 1,000 hommes, par le maréchal de Saxe, avec autorisation royale du 30 mars 1743. C'était une de ces agrégations mixtes dont la mode fut apportée de Bohême. 11 se faisait remarquer par sa célérité, sa tenue et sa
(1) Ce corps des dragons de Schomberg a marqué son influence sur l'arme : c'est de lui que sont venus l'habit vert, porté pendant plus de cent ans, et le casque caractéristique.
discipline. En 1748, le roi en passe la revue au bois de Boulogne. Composé en partie de uhlans, ce corps comptait alors environ 1,200 hommes. De 1750 à 1755, ils s'appellent volontaires de Friezen, elle l*^"" février 1762 ils sont réunis aux dragons, sous la dénomination de dragons de Schomberg, régiment qui marche le dernier de l'arme.
Ces volontaires de Saxe, recrutés parmi les compatriotes du maréchal, formaient six brigades de 160 hommes chacune, uhlans ou lanciers et pacolets.
L'origine des pacolets (1) remonte à 1717, époque à laquelle le roi de Pologne, Auguste III , prit à son service deux polks , ou régiments de volontaires.
Ils se réputaient gentilshommes, ayant chacun un ou deux valets pour avoir soin de leurs chevaux et équipages.
Ces pacolets, ou pacholets, ou poczwy, formaient un corps de combattants à part et de second ordre; ils s'armaient de carabines, et s'habillaient comme ils pouvaient.
Dans le régiment, les pacolets, ou dragons, ne représentaient déjà plus les valets des uhlans comme dans les polks du roi Auguste; néanmoins ils leur restèrent toujours inférieurs, parce que les uhlans seuls jouissaient de la noblesse. La façon de combattre des uhlans consistait à se réunir par petits pelotons à la manière des hussards, leurs inférieurs en agilité; ils chargeaient en appuyant leur lance sur la pointe du pied et portant le coup avec le pied môme, si adroitement qu'ils manquaient rarement leurs ennemis. Pendant que les uhlans chargeaient ainsi, les pacolets restaient en arrière, afin de faciliter la retraite de leurs maîtres en cas de besoin, ou bien, avec une extrême habileté, ils tendaient des pièges et des embuscades.
Les uhlans portaient l'habit et la culotte de drap vert, la botte hongroise, un casque de similor garni d'un turban de cuir de Russie et d'une queue de crins, dont la couleur variait pour chaque brigade. C'est de là très certainement que vint l'usage de distinguer les escadrons par la couleur des pompons, usage qui s'est appliqué aussi à l'infanterie.
(1) Le iiacolet était le satellite du uhlan, comme autrefois larcher attaché à l'homme d'arincs; le uhlan, gentilhomme polonais, avait près de lui le pacolet, ou paysan armé de la carabine.
Leurs armes se composaient d'une lance de 9 pieds avec une banderole, d'un sabre et d'un pistolet à la ceinture.
Les pacolets, ou dragons, avaient aussi l'habit vert^ avec les parements, le collet, les revers à la bavaroise et la doublure de couleur écarlale; les boutons de cuivre, la veste ventre de biche bordée d'écarlate, la culotte de peau; des bottines boutonnées le long du mollet, c'est-à-dire des espèces de guêtres, adoptées plus tard par les dragons ; le casque de similor, garni de peau de chien de mer, avec deux rosettes de similor et la queue de crins.
Les uhlans et les dragons montaient des chevaux valaques ou tartares, ou originaires de la Bessarabie, avec des housses de peau de loup.
L'armement consistait en un fusii, un sabre et deux pistolets.
Le maréchal de Saxe , qui avait des goûts asiatiques , eut pour sa garde personnelle une compagnie entièrement composée de nègres montés sur des chevaux blancs.
Lorsque le maréchal se retira à Chambord , le roi lui laissa la jouissance de son régiment, et lui-même y fit construire un corps de caserne. Les uhlans y pratiquaient le service comme dans une place de guerre. Le maréchal assistait à leurs exercices et récompensait les hommes qui s'y distinguaient. 30 uhlans, avec un étendard, montaient chaque jour la garde au château. C'est dans celte magnifique demeure que mourut le maréchal, le 30 novembre 1730.
L'ordonnance du 21 décembre 1762 conserve les 17 régiments de dragons alors sur pied, y compris celui de Schomberg, en leur donnant 8 compagnies, à 3 officiers et 48 hommes chacune , en 4 E. Voici la désignation de ces régiments :