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blanche et rouge
bleue et rouge
blanche et noire
blanche et rouge
blanche
bleue
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blanche et rouge
blanche et jaune
blanche
bleue et rouge
blanche et vertr
En 1757, elle était Itlaiiciie et ronge pour Bouillon, Royal-Deux-Ponts. 1702 — Ijjanilie — les tlievau-légers de la garde.
En 1759, le régiment de Picardie n'avait pas de cocarde.
Les hussards n'avaient pas de cocardes. L'uniformisation du costume militaire, dont le premier essai date de 1670, n'était point encore appliquée avec rigueur en 1703. Le premier uniforme porté par l'infanterie française se composa d'un habit gris clair pour tous les régiments, qui se distinguèrent par la couleur de la veste et de la culotte, et souvent par celle de la doublure, qui ressortait dans les collets et parements retroussés. Ces couleurs étaient le bleu, le rouge et le blanc de la livrée du roi.
Coiffure. — Le règlement de 1767 en parle pour la première fois; c'est une des branches de l'uniforme. Notre manie des modes étrangères va chercher au dehors le chapeau à cornes, porté sur l'oreille droite, et les bonnets à poil en usage en Prusse.
Colonel. — La plupart des auteurs qui ont écrit sur l'art militaire font remonter à loi 4 l'institution des colonels; cette institution trouverait plutôt son origine dans l'ordonnance de lb34, créant les premières légions organisées par François P^ Plus tard, en 1544, on substitua la dénomination de mcstre de camp à celle de colonel, qui ne fut rendue ux chefs de corps qu'en cas de vacance de la charge de colonel général. Ces officiers la reprirent et la portèrent successivement de 1661 à 1721, de 1730 à 1780, et de 1788 jusqu'à 1793. A cette époque, une loi du 21 février leur donna le nom de chefs de brigade. Cela dura jusqu'au 1'^'" vendémiaire an XII (24 septembre 1803); Bonaparte leur fit restituer le nom de colonel, qu'ils ont toujours conservé depuis.
L'ordonnance du 22 mai 1759 supprime les colonels dits à la bavette, tant ils étaient devenus nombreux. Aucun officier ne peut désormais être pourvu d'un régiment qu'à vingl-trois ans révolus et après avoir servi au moins sept ans en qualité de capitaine. Dans toutes les troupes, aucun officier, quelle que soit sa naissance, ne sera appelé au commandement d'un corps, s'il n'a auparavant servi pendant quatorze ans, dont six dans le grade de colonel en second, et donné des preuves de zèle, d'intelligence el d'application.
Colonel g;éncral. — Cette charge remonte à 1539, sous Louis XII, époque où la fonction de ministre de la guerre n'existait pas. Les colonels généraux étaient en quelque sorte ministres chacun dans leur sphère, non sans de grandes contestations avec le connétable, dont ils déclinaient fréquemment l'autorité.
Les colonels généraux avaient dans tous ou presque tous les régiments (le leur arme une compagnie leur appartenant. Sous François I"', les colonels généraux adoptèrent le blanc à titre de distinction personnelle. Cette couleur devint celle de la cravate quand Louis XIV, se substituant aux colonels généraux, s'empara de la cornette et du drapeau fleurdelisé de la colonelle. Telle est l'origine du drapeau blanc national.
Privés de la direction dos troupes, les colonels généraux avaient conservé le droit d'attache, c'ost-à-dire qu'ils signaient et délivraient les lettres d'attache, le complément du brevet. Le roi conférait le grade; c'étaient eux qui déterminaient en quel corps serait exercé l'emploi.
Par l'édit du 28 juillet 1661, qui abolissait la charge de colonel général, Louis XIV se créa l'héritier et le gérant de cet emploi avec toutes ses prérogatives, et dès lors il fit rendre en son nom la justice à l'infanterie. Celle des hommes ù cheval a continué plus longtemps à n'être rendue qu'au nom du colonel général de la cavalerie, et non à celui du souverain. L'ordonnance de 17.30 annula le titre de niestre de camp et consacra celui de colonel. Déjà, sous Louis XIV, les niestres de camp de l'infanterie avaient pris le nom de colonels; mais les chefs de la cavalerie ne cessèrent pas de porter celui de mestres de camp, attendu qu'il continuait à exister un colonel général de la cavalerie.
Louis XII, en 1499, avait donné au brave Fontenailles le titre de capitaine général de la cavalerie légère. Ce titre fut remplacé par celui de colonel général. Sous Henri II, Charles de Cossé-Brissac et le duc d'Auniale le portèrent, l'un en l.")48, l'autre en lool. Charles IX, en lb6o, conféra la charge de colonel général de la cavalerie légère à Jacques de Savoie, duc de Nemours. La charge de colonel général de l'infanterie fut rétablie, par ordonnance du 31 mai 1721, en faveur du fils du régent, le duc de Chartres, qui ne l'exerça réellement que pendant deux années; quand il donna sa démission, le .-> décembre 1730, la suppression de l'emploi fut décidée.
Le comte d'Évreux, colonel général de la cavalerie depuis 1704, donna sa démission le 7 juillet 1740, en faveur du prince de Turenne, son neveu; mais il en conserva les fonctions pendant dix ans à cause du bas âge du titulaire. On vendit la charge en avril 17o'.) au marquis de Béthune, mestre de camp général de l'arme.
Pour les dragons, le maréchal de Coigny, titulaire de la charge en 1713, l'exerça jusqu'en janvier 1734, s'en démit en faveur de son fils, le comte de Coigny; puis il la reprit, après la mort de celui-ci (mars 1748), et la céda, le 28 janvier l7o4, au duc de Chevreuse. Le chevalier de Coigny en devint à son tour titulaire le 10 octobre 1771.
Depuis 1751, M. le duc de Choiseul était colonel général des Suisses et Grisons. Louis XV le remplaça par le troisième de ses petits-fils, le comte
d'Artois, et cette charge s'éteignit de fait quand l'infanterie franco-suisse disparut en 1792.
Un régiment se composait d'un nombre indéterminé de bandes, enseignes ou compagnies; elles étaient en général de plus de cinq et ne dépassaient pas trente. Quel que fût le nombre des compagnies composant un régiment entretenu, il y en avait une, appartenant au colonel général, qui portait le nom de compagnie colonelle et qui marchait la première. L'officier qui la commandait, revêtu du titre de lieutenant de la colonelle, ou par abréviation lieutenant-colonel, exerçait une surveillance active sur tous les actes du mestre de camp et des autres officiers qui auraient pu être contraires aux prérogatives du colonel général.
Après la compagnie colonelle, c'est-à-dire au second rang, marchait la compagnie du mestre de camp, ou simplement la mestre de camp. Toutes les autres compagnies suivaient dans l'ordre d'ancienneté des capitaines. Chacune d'elles possédait un drapeau de couleur, le drapeau du régiment ou enseigne d'ordonnance. La colonelle seule avait le drapeau blanc. Ces enseignes étaient très grandes, quatre fois au moins plus grandes que les drapeaux aujourd'hui en usage dans l'infanterie.
ConiiuaiKlant «le bataillon. — Sorte de commandant régime ntaire qu'il ne faut pas confondre avec les chefs de B., quoique souvent les deux grades soient pris l'un pour l'autre. Ainsi, en vertu des ordonnances des 3 juillet et 17 septembre 1677, le premier capitaine prenait le titre de commandant de B., sorte d'avancement sans grade, et commandait le B. en l'absence du lieutenant-colonel. Suivant les lois de la composition de cette époque, les commandants de B. étaient ce qu'ont été depuis les capitaines reconnus par l'ordonnance du 10 décembre 1734 et réformés par celle du 10 décembre 1762.
Les ordonnances des 1'^'' juin 1766 et F"" mars 1768 ne parlent pas de ce grade, mais celles des 22 juin 1774 et l'"'" janvier 1791 le reconnaissent définitivement.
Commandant «le place. — D'après l'ordonnance du i'^'' mars 1768, le commandant de place rend compte au ministre directement des changements qu'il a décidés dans l'intérieur de la place, et il a le droit d'infliger des punitions aux officiers de son grade. Cette môme ordonnance le désigne, conjointement avec l'officier du génie, pour faire la visite des casernes et s'assurer que rien n'y manque, au départ comme à l'arrivée de la troupe.
Comman«lemcnts. — Avant la promulgation des ordonnances de 1753 et 17j4, les termes du commandement n'étaient pas précis, mais vagues, arbitraires et différents de régiment à régiment
C'oniniisMuire général. — Les commissaires des guerres étaient des agents nommés par le gouvernement pour la surveillance administrative et pécuniaire des approvisionnements en tout genre, tant aux armées que dans les places. Louis XIV créa en 1692 un commissaire ou conseiller-commissaire aux revues, dans chaque ville, bourg ou lieu d'étape. En 1704, on fit des commissaires provinciaux, ayant autorité sur tous les commissaires aux revues de leurs provinces respectives. Il y avait aussi des comtnissaircs provinciaux ordonnateurs, qu'on plaçait à la tète des armées, soit dans les places, soit dans les camps. Enfin la cavalerie avait également son commissaire général, qui possédait, comme les colonels et mestres de camp généraux, un régiment de cette arme sou? le titre de sa charge.
Coniniissairc de*» guerres. — Indépendant des autres chefs militaires, armé d'un pouvoir royal, ce fonctionnaire pouvait exercer un contrôle sur tous les officiers de sa juridiction, à la condition d'être toujours soutenu par le ministre. Il fallait avoir vingt-cinq ans au moins pour occujier cet emploi. Il y avait, en 1740, des commissaires des guerres de i'% de 2« et de 3« classe.
Dans toutes les cérémonies militaires, même au conseil de guerre, ils assistaient à la délibération, assis à gauche du plus haut chef militaire, de quelque grade qu'il fût. Outre le contrôle des troupes, les commissaires avaient à veiller au bon entretien des casernes, des corps de garde et autres bâtiments affectés à un service militaire quelconque, sauf les fortifications proprement dites. Ils surveillaient aussi la stricte exécution des marchés, qu'ils ne devaient sous aucun prétexte contracter eux-mêmes, laissant ce soin aux intendants des provinces en temps de paix, à l'ordonnateur en temps de guerre.
Coniniifisioii. — Se disait de l'ordre de service reçu par écrit.
Compagnie. — L'ordonnance du 20 août 1726 admet que, dans un régiment de 2 B., sept capitaines, sept lieutenants et un enseigne peuvent être absents six mois.
Les compagnies s'achetaient. Celles de l'infanterie n'étaient mises en vente que suivant un règlement. Il n'en coûtait pas moins une somme assez forte à celui qui prenait le commandement, attendu qu'il lui fallait rembourser à celui qu'il remplaçait les frais d'entretien de cette compagnie. Les corps ne furent tous mis à la solde du roi qu'en 1762, et ces charges ne cessèrent absolument d'être vénales qu'à dater du ministère du maréchal de Ségur.
La compairnie comprend un nombre indéterminé de soldats. La conipa-
gnie colonelle était celle dont le colonel général avait la propriété et le commandement; il s'y faisait représenter par un capitaine, nommé lieutenant du colonel. Ces compagnies adoptèrent le drapeau blanc, porté il la tête des régiments d'infanterie. Par analogie, la cornette du colonel général reçut dans la cavalerie le nom de compagnie colonelle. Ces dénominations et usages furent abolis par l'ordonnance du 17 août
L'ordonnance du 6 mai 1735 avait établi la compagnie port«-drapeau, celle du ITi juin 1771 donne à l'officier qui la commande le nom de capitaine commandant.
Compag^nic franebe. ^ Elle avait pour chefs des officiers avant carte blanche. Ces compagnies étaient de vrais régiments. Après la guerre de 1741, des régiments légers remplacèrent ces corps, mais ils rendirent moins de services.
Con&pagriiie générale. — Créée le l'"'" juin 1763 dans le régiment de Colonel-général. C'était la compagnie colonelle du corps, elle y gardait le drapeau blanc.
Compagnie «le grenadiers. — Ces compagnies sont commandées par le capitaine le plus ancien. On les licencie en 1748, et elles forment les grenadiers royaux. L'ordonnance du '29 juin 173."^ et celle du 17 août 17oo établissent un ordre numérique indépendant de l'ancienne1«6 des capitaines.
Compagnie «les Indes. — Des négociants, de grands capitalistes s'unissent d'intérêts pour entreprendre une vaste opération commerciale. La réunion de ces intéressés forme une compagnie. C'est sous le ministère du cardinal de Richelieu que l'on vit se former, en France, des compagnies avec l'autorisation exclusive de conquérir des terres et de commercer. Avant 1664, ces entreprises ne furent que des essais. Cependant on leur dut des établissements dans le Canada et la possession des ilesde la Guadeloupe, de la Martinique, de Saint-Barthélémy, de Sainte- Croix, etc.; mais la France ne profitait guère du négoce qui se faisait dans ses colonies, les Anglais et les Hollandais en recueillaient seuls les avantages. Ce fut pour corriger cet état de choses que Louis XIV créa la compagnie royale des Indes orientales en 1664. Elle nommait les officiers de justice et de guerre, pouvait traiter avec les rois et princes de l'Inde. La guerre qui suivit la révolution d'Angleterre, celle de la succession d'Espagne, suspendirent les opérations de la compagnie, mais elle reprit un nouvel essor à la paix de Riswick.
En mai I7I'J, la compagnie des Indes orientales se réunit à la compagnie des Indes occidentales : tous les malheurs vinrent de là. Malgré nos sacrifices d'argent et d'hi»nimes, nos efforts n'aboutirent qu'à des pertes longues à réparer. Cette compagnie était un gouvernement dans l'État, elle asservissait les pays conquis par ses armes afin de répondre aux exigences continuelles des associés. Les débats entre le ministère et ses agents produisirent de violentes querelles qui ont causé la perte de l'Indoustan, après une longue série de guerres, de dévastations, de déprédations, d'illusions et de déceptions de tout genre. Son histoire offre des faits militaires glorieux pour la nation, mais elle se termine honteusement. Son privilège ne fut aboli que par le décret du 3 avril 1790, que confirma la loi du 0 juillet suivant.
Comptable. — C'est l'officier auquel sont confiés les deniers de l'État. Les gardes-magasins de l'armée, les quartiers-maîtres des régiments sont comptables du ministère de la guerre.
Conjçé. — L'ordonnance du 2 juillet 1762 est la première qui prescrit de délivrer les congés sur des feuilles imprimées. Ils ne datent réellement que du 10 décembre 1762, car jusqu'à cette époque les capitaines avaient la haute main sur le recrutement comme sur les congés; celle du 1'^'' avril 1763 menace de poursuites les officiers qui délivreront des congés frauduleux.
L'ordonnance du 17 avril 1772 détermine le nombre des congés.
Conseil «le la ;;uerre. — Créé le 15 septembre 1715, il était destiné à embrasser tous les services administratifs; on le supprima le 15 octobre 1718.
Conseil de gnerre. — Réunion de gens de guerre pour délibérer sur des entreprises militaires ou pour réprimer des infractions aux lois de l'armée.
Les conseils de guerre sont d'usage : 1" au début d'une guerre, pour mesurer les efforts à faire; 2° dans le cours d'une guerre, pour porter remède à des événements qu'on n'a pas su ou dû prévoir.
Conseil «le suorre, ou «le justice militaire. — L'armée a ses lois pénales particulières, et les juges chargés de les appliquer sont pris dans son propre sein. Les conseils de guerre ont été substitués à un régime beaucoup plus arbitraire. Celui des prévôts de la coiinétablie et des maréchaux fut également une amélioration et le premier frein mis aux excès des justices féodales. Le code pénal des militaires est né de la difficulté de concilier la promptitude avec la régularité, et
aussi de la crainte d'ôter des mains des chefs de l'armée le frein avec lequel ils la gouvernent. L'ordonnance du l^f juillet 1727 combine l'application des peines; celle du 8 avril 1733 s'occupe de la justice des troupes en campagne, et celles du l*"' août i7oU et de 1768 donnent une régularité complète à cette branche de la législation.
La nécessité, qui créait la guerre et les armées, n'obligeait que trop souvent de recourir à la peine de mort. En guerre, elle pouvait être ordonnée sommairement; en temps de paix, il fallait qu'elle fût prononcée par un conseil de guerre composé de sept officiers, qui devaient être en hausse-col, à jeun, et avoir « entendu la nicsse )>. La sentence, une fois rendue, était exécutée le jour même.
La potence était déshonorante, la fusillade ne l'était pas. Les baguettes étaient regardées comme infamantes. Mais le châtiment qui frappait le plus l'imagination et le moral du soldat, c'était la dégradation, devant les troupes assemblées. Le condamné, entièrement équipé, était amené les fers aux pieds; le sergent-major lui lisait sa sentence, arrachait ses boutons, en lui donnant quelques coups de bâton sur le bas des reins; ensuite, suivant la gravité de la faute, il était banni de la garnison ou livré à l'exécuteur du grand prévôt, qui devait le pendre ou le rouer.
En principe, il était défendu à l'olficier de frapper le soldat d'aucune façon.
Les châtiments ordinaires sont les piquets, les arrêts à la chambre, les pelotons d'instruction, la consigne, les corvées que le soldat accomplissait en bonnet de police, avec deux bas de couleurs disparates ou avec un bas d'un pied et une guêtre de l'autre.
Cornette. — Étendard, guidon d'équipement. Elle tend à s'effacer au commencement du règne de Louis XV.
Le cornette est un officier de cavalerie, destiné à porter l'étendard dans chaque compagnie de cavalerie ou de dragons. Les ordonnances du 8 septembre 17o6 et du o janvier 1757 les placent dans les compagnies à étendard. Les ordonnances du 21 décembre 1762 et du l''" mars 1763 suppriment le titre de cornette et y substituent -celui de sous-lieutenant.
Couronne. — L'n ouvrage à couronne se compose, à la partie avancée, d'un bastion entre deux courtines et de deux demi-bastions terminant les courtines et les rattachant aux ailes.
Couronnement. — Action de prendre de vive force un chemin couvert.
Cravate (col-). — Un large col était devenu d'une mode universelle; même par-dessus la cuirasse qu'endossaient les généraux , on vit s'éta-
1er de irrands cols plais en batiste ou en guipure, souvent fixes par une ganse blanche à chaque bout de la(|uelle pendait un gland.
C'est à l'année 1630 que remonte l'usage des cravates en France. Cet ajustement, qui venait d'Allemagne, fut remarqué pour la première fois sur des officiers revenant de l'armée. La première invention en est attribuée aux Croates, qu'on nommait communément Cravates (1).
Les amples cravates à la cliancelière, qui avaient la vogue sous le règne de Louis XV, furent remplacées par des cravates de soie ordinairement noires , quelquefois de couleur, dont les bouts écourtés se nouaient en rosette. Pour suppléer les bouts tombants, on inventa le jabot, qui s'harmonisa très heureusement avec les manchettes.
Après la paix de Hanovre, le col bouclé par derrière fut imposé à toute l'armée par M. de Choiseul. Noir pour presque tous les corps, il était cerise ou bleu d'azur pour quelques régiments, ce qui s'harmonisait très bien avec les collets blancs ou de couleur de certains uniformes. Ces cols militaires en crin et garnis de baleine étaient d'une dureté qui rappelait le carcan de Charles XIL Ils tenaient le cou raide, et, quoique bordés de liséré en cordon blanc pour en adoucir le contact avec la peau, ils gênaient l'exécution des commandements: tête adroite, tète à gauche; souvent même ils incommodaient gravement, surtout en marche et dans les manœuvres d'été.
Les généraux de la république portèrent deux cravates superposées, celle de dessous était blanche et dépassait un peu la noire qui venait pardessus. Cet usage s'était introduit comme pour conserver la tradition du liséré blanc qui bordait l'ancien col militaire, alors abandonné. Nul n'a oublié, s'il l'a vue une fois, la belle tète de Kléber si bien encadrée par sa riche chevelure en crinière de lion, et se détachant avec tant de noblesse de cette martiale cravate. Celte tradition persistait encore après la révolution de juillet; car à l'école militaire de Saint-Cyr, de 183(J à 1832, nous portions encore les deux cravates l'une sur l'autre.
Cuirasso. — Elle est formée de deux parties, dont l'une, nommée plastron, couvre la poitrine, etl'autre les épaules. Ces deux pièces, attachées ensemble par des courroies, se mettent sur l'habit et protègent le soldat jusqu'à la ceinture; elles sont réunies par un ceinturon.
L'ordonnance du 28 mai 1733 fait reprendre la cuirasse abandonnée; elle la donne même aux officiers supérieurs d'infanterie; celles du 27 sep-
(I) Ce même nom de cravate a été aussi donné à une race de < hevaux originaire (le Croatie. Ajoutons que le régiment de Royal-Cravates fut un des plus oclcbrcs de l'armée et qu'il conserva sa réputation jusciu'à son licenciement, (|ui eut lieu à la révolution.
tembre 1743 et du l^' juin 17S6 veulent que les officiers de cavalerie la portent, même en temps de paix,, dans tous les exercices et dans toutes les marches. Les généraux la portent également. Dans la guerre de Sept Ans, la cuirasse de la cavalerie consistait en un plastron. C'est du plastron en buffle qu'il s'agit dans l'ordonnance du l''"' janvier 1766, qui disposait qu'en temps de guerre et sous les armes, tous les officiers de grand état-major de l'infanterie devaient être en cuirasse. Le régiment de cuirassiers, dont le roi était mestre de camp, fut le seul qui, tout en ne portant pas le casque, eût la cuirasse avec dossière. (Voir le régiment de cavalerie n° 7.)
Culotte. — C'est celle qu'on voit de nos jours, à boucles de jarretières, accompagnée de bas et de grandes guêtres pour les hommes à pied et de bottes pour la cavalerie. Les ordonnances du i'^'" juin 1763 et du 29 juin 1764 imposent les guêtres de toile et de drap à l'infanterie; celle du 23 avril 1767 en donne épralement aux cavaliers.
Défense «les places. — C'est l'art de résister aux attaques d'un ennemi qui veut s'emparer d'une place par un siège en forme. Il n'y a de longue et belle défense que quand des sorties ont été exécutées avec succès, soit à la crête des glacis, soit contre des cheminements mal soutenus par les assiégeants. Les sorties ont été dans les sièges le moyen de défense fondamental. On en a la preuve dans les sièges de Philippsburg (1734), de Prague (1742), de Fribourg (1744), de Tournay (1743), de Bruxelles et de Mons (1746), de Berg-op-Zoom (1747), de Maestricht (1748).
Dépôt des fortilications. — Il existait déjà à Versailles en 1744, mais il ne fut régulièrement constitué que par la loi du 19 juillet 1791, qui le sépara du dépôt de la guerre.
Dépôt «le la guerre. — Créé en 1688 par Louvois, il se composa de plans de campagnes, de mémoires et dessins concernant la guerre, de la correspondance des généraux et de tous les documents relatifs au mouvement des armées. Ce dépôt, peu à peu négligé, fut relégué dans des locaux abandonnés du château de Versailles, puis transporté à l'hôtel des Invalides. En 1720, on s'occupa d'un premier classement. En 1734, M. le maréchal de Maillebois en fut nommé directeur. En 1761, le dépôt, augmenté de cartes et plans, fut replacé dans un hôtel aménagé dans ce but à Versailles. M. de Vault, brigadier d'infanterie, succéda à
M. de Maillebois et rédigea, d'après les textes originaux, l'historique de diverses campagnes, en commençant par la guerre d'Allemagne. C'est vers la fin de 1791 que cet établissement fut transféré à Paris.
népôi «le In marine. — Il a été formé on 1720.
Oésertour. — L'ordonnance du 2 juillet 1710 déclare déserteur tout soldat qui, sans un congé régulier, s'éloigne de plus de deux lieues du quartier de sa compagnie, lorsqu'elle est dans l'intérieur du royaume, et d'une dcrai-lieue, si elle est en garnison dans une place frontière. La peine qu'encourait alors le déserteur était de passer par les armes jusqu'à ce que mort s'ensuivît. Cette peine était très rarement appliquée; car des rapports de 17."J3 et 17G9 disent que la plupart des désertions appelaient la pitié plus que la rigueur. En effet, on ne doit punir les hommes que pour les corriger et pour donner des exemples de terreur au public, et la désertion sera mieux réprimée par une peine afflirtive que par la mort. (D. G.) L'ordonnance du 12 décembre 1775 ne maintient la peine de mort qu'à l'égard de la désertion en temps de guerre et pour j)asser à l'ennemi.
C'est par la désertion qu'on voyait fondre les armées.
L'état de déserteur présentait de singulières vicissitudes : pendant la paix, on le poursuivait, on concluait contre lui avec les puissances étrangères des cartels d'extradition ; au moindre bruit de guerre, l'amnistie effaçait le crime, le déserteur devenait un objet de prix que les belligérants se disputaient.
Dettes. — Le règlement du 28 février 1748 prononce l'emprisonnement contre tout officier endetté; celle du 1" mars 1768 le maintient en prison jusqu'à ce qu'il se soit acquitté.
Deuil. — A la cour, pendant le grand deuil, l'usage voulait qu'on drapât les voitures, que la cravate, les manchettes et les pleureuses (bandes de toile blanche qui s'adaptaient aux parements des manches de l'habit) fussent de batiste. Les gens titrés, officiers de la couronne, grands officiers de la maison du roi, de la reine ou des fils de France, avaient aussi le privilège de porter ainsi le deuil. Le deuil du roi était porté par toute l'armée, le crêpe au drapeau, à l'épée pour les officiers, au bras gauche pour les soldats.
Discipline militaire. — Frein légal avec lequel se gouverne l'armée; c'est l'art de serrer les soldats autour du drapeau. Le frein de la disciphne trouve parmi nous un puissant auxiliaire dans le point d'honneur.
Pendant la paix, elle est assez exactement observée pour ne jamais donner lieu à des plaintes sérieuses de la part des habitants; tout se borne à quelques querelles de cabaret et à des rixes avec le guet ou les bourgeois. Il n'en est pas de même à la guerre; quand les soldats viennent de se battre, de faire de longues marches, qu'ils ont souffert du froid, de la soif, de la chaleur, il devient difficile d'exiger d'eux rigoureusement le respect de la propriété, et bien peu de chefs l'ont obtenu. Les règles de la discipline entraînent souvent à des répressions qui froissent les sentiments humains; mais cette rigueur est nécessaire pour maintenir l'ordre et la subordination parmi les troupes.
L'ordonnance la plus ancienne sur la discipline militaire est de looO. A différentes dates on la remit eu vigueur pour réprimer les abus, les désordres, les exactions et les violences dont tels ou tels corps serendaieut coupables.
Ces désordres graves, ces excès étaient rares, et l'argent que gaspillaient les soldats, comme celui qu'on employait en indemnités, profitait au pays occupé. Les officiers généraux dépensaient leur argent presque toujours sur place, et par le grand état de maison qu'ils tenaient ils rendaient bien vite en consommations ce qu'ils recevaient en subsides. (Montbarey, I, 68.) ^ •
Le pillage, avec l'autorisation, devenait du moins méthodique et réglé. «Si la troupe, écrit FrédéricII,a pris ses quartiers d'hiver en pays ennemi, le général aura 15,000 florins de gratification; ceux d'infanterie, de cavalerie, 10,000; les lieutenants généraux, 7,000; les généraux-majors, 5,000; les capitaines, 2,000 ; les soldats, pain, bière, viande gratis : mais que tout cela se fasse en ordre, et le général y tiendra la main. » Dans une lettre du même au prince royal son frère, en date du 5 juillet 17o8, on lit : « Si ce brigandage et le désordre des goujats continue, il sera bon de faire un exemple, en pendant quelques-uns de cette canaille. » Remarquons qu'après la prise de Prague la troupe ne commit aucun excès. « Ce qu'il y a d'incroyable, dit M. de Mirepoix, c'est que nous ayons pu contenir le soldat et empêcher le désordre. » M. de Montai écrit en 1741 : « A peine a-t-on entendu parler de maraudes, il ne s'est pas pris une carotte dans le pays. >» MM. de Gassion, de Sallières, de Neuville, d'Aubigné, de Maillebois, de Polastron, dans leurs correspondances, témoignent aussi avec éloge de la conduite modérée des troupes. En 1742, après la reddition de Linz, M. de Ségur se plaint seulement d'un peu de désordre dans les troupes. En 1743, M. de Broglie est obligé de recourir à des moyens extrêmes pour arrêter le pillage. En 1756, le maréchal réprime quelques scènes de désordre.
La discipline ne fut jamais aussi stricte et aussi sévère qu'après la guerre de Sept Ans. On ne recula devant rien pour enseigner les mouvements
dits « prussiens », on exigea alors du soldat plus qu'à aucune autre époque. L'ordonnance de 1768 a pour objet de rendre la discipline encore plus forte. C'est seulement en 1788 que sont abolis dans l'armée les châtiments corporels. Les hommes se lèvent à 4 heures du matin en été, à 0 heures en hiver. Apres la prière, le travail; repas, puis travail jusqu'à 11 heures; travail l'après-midi, jusqu'à o heures; repas. (D. G.)
Discipline (compag^nies «le). — La fréquence des rechutes dans les mêmes fautes elles mêmes désordres était trop nuisible au maintien d'une bonne discipline pour qu'il ne devînt pas nécessaire d'écarter des rangs pendant un temps plus ou moins long ceux qui donnaient ces mauvais exemples. On les isola donc dans des compagnies spéciales, en les astreignant à des travaux plus rudes que les exigences ordinaires du service militaire.
Discipline (conwoil «le). — C'est le conseil de discipline du régiment qui prononce l'envoi dans les compagnies, après jugement rendu sur la plainte du capitaine de la compagnie à laquelle appartient le soldat insubordonné.
Divisions des troupes ou d'armée. — Louis XV eut souvent sur pied une armée considérable, que l'on doublait ou triplait pour la guerre, en créant de nouveaux régiments qu'on licenciait à la paix. IMusieurs furent d'un R. de (iOO hommes. C'était là un système d'une efficacité restreinte et ruineux pour les finances. Les manœuvres des armées étaient longues, difficiles et rarement bien exécutées. Le maréchal de Puységur disait qu'on perdait bien des batailles pour ne pas savoir se mettre en bataille; il voulut en conséquence revenir, en 1740, à la formation sur six rangs. Le maréchal de Saxe prétendait que l'infanterie française n'était nullement propre à soutenir une charge et à combattre en grande manœuvre dans les plaines. Se basant sur cette fausse appréciation, il voulait tout réduire à des affaires de postes. C'est vers 1770 qu'on conçut enfin l'heureuse idée de former des divisions de troupes et de territoire. Ceux qui commandaient les divisions territoriales avaient sous leurs ordres les régiments qui s'y trouvaient. Peu de temps après vinrent les formations de divisions d'infanterie et de cavalerie, commandées par des officiers généraux qui avaient servi dans ces troupes. Ces divisions sont, en effet, les unités des grands mouvements, comme les B. et E. sont celles des manœuvres de la division.
Dragonne. — Courroie d'abord adaptée à la poignée du sabre des dragons, qui, souvent obligés de faire feu le sabre à la main, le tenaient T. vu. 31
par là suspendu k leur poignet. L'ordonnance du 2b avril 1767 dispose qu'elle sera tissue en fil couleur de feu. On l'adapta également à l'épée des officiers de cavalerie et d'infanterie.
Dragons. — En i7b0, ils portaient encore le chapeau. L'ordonnance du l''' mars 1763 leur donne le casque de fer, avec une crinière dans le genre de celle du maréchal do Saxe.
Celle du 25 avril 1767 donne le bonnet à poil aux dragons des légions, excepté à ceux de Saxe.
Ils portent le guidon, et non l'étendard; ils ne reçoivent pas non plus le titre de maître, réservé à la cavalerie. (Voir chapitre X, Dragons.)
A dater de 1748, le nombre des régiments de dragons varie peu, comme le montre le relevé suivant.
1718 36 régiments.
^ A cette époque, ils sont considérés comme ( en dehors de la cavalerie.
1762 ("20 (!(>(•.)... 17 — A 3 E. de 4 compagnies, soit 0,883 hommes.
1774 17 - 6,2-28 hommes et i,8!>6 chevaux.
Drapeau. — C'est le signe de ralliement de l'infanterie, comme l'étendard est celui de la cavalerie. L'un et l'autre sont des enseignes. Des cérémonies religieuses consacraient la remise des drapeaux, remise à laquelle on ne pouvait donner trop d'éclat et de pompe. Rappelons-nous les paroles de l'évèque de Clermont aux soldats du régiment de Catinat : « 0 Dieu, bénissez ces étendards sacrés, faites-en des signes assurés de la victoire. Couvrez, couvrez de votre aile cette troupe illustre, détournez tous les traits de l'ennemi, faites-la toujours précéder de la victoire et de la mort, faites sentir sa valeur aux nations jalouses de notre gloire. »
D'après l'ordonnance du 12 mai 1696, le drapeau blanc ne devait être porté que par les gardes de faction chez le roi ou le dauphin. Le drapeau blanc ne marchait jamais qu'accompagné d'un drapeau d'ordonnance. Après la guerre de 1741, le drapeau blanc cesse d'être porté par la compagnie colonelle et passe à la première du régiment. En 1762, le drapeau n'est plus porté par un enseigne, puisqu'il devient sous-lieutenant; c'est un sous-officier qui le porte. L'ordonnance du 19 juin 1771 plaçait le drapeau au second rang d'une compagnie du centre; celle du 11 juin 177o reconnaît encore deux drapeaux par B.
Sous Charles VII, les enseignes françaises étaient caractérisées par une croix droite blanche. Un seul drapeau, l'étendard royal, bleu d'azur, aux fleurs de lis d'or, écartelé par la croix blanche, était fixe et servait de
LKXIQUE DES LOIS, DhXRETS, ETC. 483
ralliement à toute l'armée. Il est à remarquer cependant que l'enseigne à croix blanche ne fut jamais en usage que dans les troupes à pied; la cavalerie resta féodale jusqu'au bout. Les compagnies d'ordonnance créées par Charles VII prirent pour étendards les bannières particulières des grands seigneurs qu'elles avaient à leur tète, elles n'y placèrent pas la croix blanche. Celle-ci ne figura jamais dans les étendards de la cavalerie, pas même après la formation des régiments, pas même lorsque les étendards et guidons cessèrent en 10(30 d'être aux couleurs des mestres de camp. La cornette blanche du commandant en chef ou colonel général de la cavalerie est le seul étendard blanc qu'ait jamais eu l'ancienne cavalerie française jusqu'à la révolution. Après la formation des régiments de cavalerie en 1035, la cornette fut confiée à la compagnie colonelle du régiment du colonel général. Ainsi le colonel général de la cavalerie n'eut jamais qu'un seul étendard blanc.
Louis XIV, quand il abolit, en 1001, la charge des colonels généraux d'infanterie, transporta leurs prérogatives à sa couronne, et le drapeau blanc devint non le drapeau national , mais le pennon du roi, considéré comme colonel de son infanterie. Tous les drapeaux des régiments d'infanterie jusqu'en 1784 portaient dans leur milieu la croix blanche. Le drapeau des gardes françaises était bleu, semé de fleurs de lis d'or, avec quatre couronnes aux extrémités de la croix; celui de Picardie était rouge, celui de Champagne vert, de Navarre noir, de Piémont feuille morte et noir.
L'ordonnance du 1"' mai 1700 porte que le drapeau, au lieu de marcher en avant, sera précédé de quatre sous-officiers, à la tête desquels marchera un officier supérieur.
Drapeau blanc. — Aux dix-septième et dix-huitième siècles comme à i»résent, le drapeau blanc était le drapeau parlementaire, et son usage est resté général dans toute l'Europe. Arborer le drapeau blanc, c'est, de la part d'un commandant de troupes, faire connaître son désir d'entrer en communication avec le commandant des troupes adverses, soit en personne, soit par parlementaire.
Drapeau (liattre au). — Exécuter une batterie de tambours lorsqu'un régiment reçoit son drapeau.
L'ordonnance du 2 juin 1755 règle le cérémonial du salut au drapeau.
Duel. — En 1079, Louis XIV signe une loi qui punit de mort les duellistes, mais il accorde des lettres patentes aux maîtres d'escrime. Louis XV renouvelle tous les anciens édits. Le duel devint en 1701 d'un usage très fréquent parmi les soldats, qui se croyaient obligés de faire preuve de
courage même contre leurs camarades. Cette coutume, quoique blâmable, n'en était pas moins une action vigoureuse. On se prenait de querelle; il fallait obliger l'adversaire à se battre, lui tâter le pouls. Le vainqueur était exposé à la sévérité des lois militaires; il allait trouver son caporal, lui demander conseil. Le blessé, soit qu'il mourût, soit qu'il en réchappât, ce qui arrivait souvent, ne divulguait jamais rien, pas plus que les deux témoins. On faisait courir le bruit qu'il était mort de la fièvre à l'hôpital, et personne ne réclamait. Ces soldats ne faisaient, du reste, qu'imiter leurs officiers, qui, bravant les édits, mettaient flaraberge au vent pour le plus léger motif.
Éclaireurs. — Soldats détachés sur le flanc d'une colonne ou d'un convoi, pour éclairer la route et éviter les surprises. Ce mot avait pour synonymes autrefois ceux de découvreurs, d'avant-coureurs, d'enfants perdus, de batteurs d'estrade.
École d'application de l'artillerie. — En 1720, on en ouvrit dans chacune des garnisons des troupes de cette arme. Celle de la Fcre date de 17o8.
École d'application dn génie. — Elle fut instituée en 1748 à Mézières.
École de cavalerie (à Saumur). — Le duc de Choiseul avait fondé, en 1764, quatre écoles de cavalerie, à Metz, Douai, Besançon et Angers. Les élèves les plus distingués de ces écoles devaient être réunis à Paris, dans une école spéciale ; mais les quatre écoles ne purent être organisées comme on devait l'espérer, et on les remplaça en 1771 par celle de Saumur.
École militaire. — Pàris-Duverney, en 1749, conçut le premier l'idée d'une école militaire à Paris sur le Champ de Mars. En 1730, il adressa au roi un mémoire à ce sujet, dans lequel il citait l'exemple d'institutions analogues existant à l'étranger. L'idée de Pâris-Duverney reçut du roi l'accueil le plus favorable, et, le 13 janvier 1751, Louis XV fit publier l'édit de création, enregistré le 22 par le parlement. La destination de l'école était l'éducation des jeunes gentilshommes pauvres dont les pères avaient voué leur existence à la carrière des armes. « Nous avons résolu, lit-on dans les considérants de l'édit, de fonder une école militaire
et d'y faire élever sous nos yeux cinq cents jeunes gentilshommes, nés sans biens, dans lesquels nous préférerons ceux qui, perdant leur père à la guerre, sont devenus les enfants de l'État. » L'édit ajoutait que l'institution de l'école avait aussi pour but de créer un plan d'éducation pouvant servir de modèle à toute la noblesse, « en sorte que l'ancien préjugé qui a fait croire que la valeur seule fait l'homme de guerre, cède insensiblement au goût des études militaires , que nous aurons introduit. »
Les conditions d'admission fixées par l'édit royal étaient les suivantes :
1° Faire preuve de quatre générations de noblesse du côté paternel;
2° Être dans l'indigence ;
3° JN'ètre ni contrefait ni estropié;
4° Être âgé de huit à neuf ans au moins, et de dix à onze au plus.
Les candidats devaient être classés en huit catégories, constituant l'ordre de préférence; elles étaient basées uniquement sur les services que le père avait rendus à la patrie.
Tel était ce préambule, dont toutes les expressions ne peuvent pas être plus dignes de la majesté royale et de la grandeur de la fondation.
L'édit décidait, par conséquent, la construction d'un hôtel pouvant loger les cinq cents jeunes gentilshommes élèves, ainsi que le personnel du commandement et les professeurs, et qui prendrait le nom d'Ecole royale militaire. Pour commencer les travaux, le roi autorisa Pàris-Duverney à faire un emprunt de deux millions, remboursable en quinze années, et à employer au remboursement de cet emprunt : le bénéfice d'une loterie; les revenus de l'abbaye de Saint-Jean de Laon, « alors vacante et à laquelle on résolut de ne point pourvoir; » la pension faite au roi par l'abbaye de Lessies, en Hainaut; enfin le produit des droits établis sur les cartes à jouer.
La construction de l'hôtel royal militaire fut confiée à Gabriel, architecte du roi, dès le mois de février ITol.
Les travaux furent poussés avec une grande activité, et au mois de juillet 1756 les élèves, placés provisoirement à Vincennes, étaient transférés à l'École militaire.
Les élèves y recevaient les premiers éléments de l'instruction militaire : on leur faisait étudier les ordonnances concernant les exercices et les évolutions, celles relatives au service des places; on leur exposait les lois militaires, les crimes et délits, enfin on leur expliquait le règlement général.
Rcglemcnt général pour les élèves de l'École royale militaire (13 décembre 1759). — Entre tous les devoirs, disait l'article 1«', la subordination tient ici le premier rang. Elle doit être telle qu'un élève de l'École royale militaire ne doit jamais répondre un mot à un ordre qui lui sera donné
par un supérieui^ quel qu'il pût être. Son devoir est d'obéir sur-le-champ et sans examen, sauf à faire ensuite dos représentations à ce même supérieur, qui sera toujours prêt à les écouter quand elles seront raisonnables.
Les récompenses. — Le système des récompenses mérite une mention spéciale.
« Tous ceux, disait le règlement, qui sont bien nés et qui pensent bien, ne devront jamais chercher de récompense que dans la satisfaction de bien faire et dans l'honneur qui en résulte nécessairement. Le conseil, pour accoutumer de plus en plus les élèves à une opinion qui doit faire la base des sentiments de tout militaire, a résolu de n'accorder jamais pour récompenses que des grades et des distinctions qui, relativement à l'âge et aux devoirs des élèves, sont proportionnellement regardées comme aussi honorables pour eux que celles auxquelles ils peuvent prétendre. ->
Tout concourait donc au but non seulement de développer l'instruction professionnelle des élèves, mais surtout de les préparer à porter dignement l'épaulette, de leur inculquer l'esprit militaire et d'en faire des officiers véritablement dignes de ce nom.
La première promotion était entrée en 17o3. En 1761, année pendant laquelle elle termina ses études, parut une ordonnance du roi, réglant la manière dont les élèves seraient répartis et employés dans les troupes :
Tous les corps de troupe, y était-il dit, doivent également participer à l'avantage d'avoir des officiers sortant de l'École militaire. Les élèves seront répartis dans les troupes suivant les talents et les aptitudes reconnus en eux.
Les élèves ayant montré des dispositions pour les mathématiques et les autres parties relatives à l'arme du génie sont envoyés à l'école de Mézières, où ils ont à passer les examens ordinaires pour être nommés ingénieurs. Les élèves affectés à l'artillerie sont reçus immédiatement sous-lieutenants; toutefois, ils doivent, au préalable, aller passer à la Fère un examen, dans lequel ils justifient qu'ils possèdent les qualités et le degré d'instruction nécessaires. Les élèves affectés à l'infanterie, à la cavalerie et aux dragons sont répartis dans ces armes suivant leurs aptitudes, et de façon qu'il y ait un officier sortant de l'École par bataillon dans l'infanterie, et un par deux escadrons dans la cavalerie et les dragons.
En quittant l'École royale militaire, les officiers recevaient un titre de pension de 200 livres, la croix des ordres du Mont-Carmel et de Saint- Lazare, l'uniforme complet qu'ils portaient, une épée et enfin un petit trousseau.
En 1764, l'École militaire subit dans ses programmes des transformations considérables : il s'agissait de mettre les études à un niveau plus
élevé, car l'importance que prenait l'école devenait telle de jour en jour, qu'elle n'était plus assez spacieuse pour recevoir les élèves. C'est alors que l'on créa un établissement, au collège de la Flèche, en faveur de 25(1 jeunes gentilshommes pauvres, de huit à quatorze ans, pensionnés par le roi pour y suivre leurs éludes. Et ceux-là seulement qui avaient montré des dispositions pour l'état militaire étaient appelés, k quinze ans, à l'École royale militaire de Paris, pour y poursuivre, de quinze à dix-huit ans, des études spéciales. Le collège de la Flèche devenait donc l'école préparatoire à l'École militaire, et celle-ci une véritable école d'application.
Mais Louis XV vint à mourir, et, deux ans après, la dissolution de l'École militaire était prononcée en vertu d'une ordonnance du i*^^"" février 1776, contresignée Saint-Germain.
C'est alors qu'un règlement, daté du 28 mars 1770, répartit les élèves dans dix collèges militaires de province, tenus par des ordres religieux et par des congrégations; ces collèges étaient : Brienne, Effiat, Pont-à- Mousson, Rebais, Tournon, Sorèze, Tiron, Pont-Levoy, Vendôme et Beaumont.
Heureusement on ne tarda pas à s'apercevoir de la faute commise, et on s'empressa de la réparer. Une ordonnance du 17 juillet 1777 rétablit l'Ecole royale militaire, sous le titre de Corps des cadets gentilshommes. Les élèves devaient être choisis dans les collèges militaires des provinces sur le compte rendu par l'inspecteur général en tournée; on y admettait aussi déjeunes gentilshommes élevés aux frais de leurs familles, et âgés de treize à quinze ans. La pension était de 2,000 livres; le trousseau do
Le corps des cadets formait une compagnie d'un effectif indéterminé, commandé par un capitaine ayant rang de lieutenant-colonel et assisté de trois officiers-majors.
Les cadets avaient même rang que les cadets des régiments. Ils concouraient avec eux pour l'avancement; et si, à seize ans révolus, ils avaient deux ans de présence au corps des cadets, ils recevaient une lettre de sous-lieutenant, mais ils ne rejoignaient leurs corps que quand ils avaient terminé leurs études, c'est-à-dire généralement à dix-huit ans.
En 1781, une ordonnance de Louis XVI décida la suppression par extinction des cadets gentilshommes des régiments, qui depuis 1770 avaient, parallèlement au corps des cadets, fourni le recrutement des cadres d'officiers. La compagnie des cadets gentilshommes de l'Ecole militaire de Paris reçut, par le règlement du 19 mai 1784, une organisation absolument militaire. On revint aux principes qui avaient inspiré les règlements de 1730.
La compagnie fut partagée en 4 divisions, qui avaient des chefs choisi
parmi les cadets eux-mêmes, et ces élèves devaient, sous l'autorité des officiers de la compagnie, concourir à maintenir l'ordre et la discipline. Les quatre divisions étaient partagées en pelotons commandés par des cadets; enfin elles avaient pour commandant en chef un cadet gentilhomme. Le cadet commandant en chef portait trois galons d'argent sur chaque bras; et le commandant de peloton, un galon sur l'avant-bras droit seulement.
Ce fut à la compagnie des cadets de l'École militaire de Paris que fut envoyé en 1784 le jeune Napoléon Bonaparte, qui était au collège militaire de Brienne depuis cinq ans et qui avait subi avec tant de succès l'examen d'usage, que l'inspecteur, le chevalier de Keraiio, le désigna pour l'École de Paris, bien qu'il n'eût pas l'âge requis. Le futur empereur ne resta qu'un an à l'École, et en 1785 il était nommé lieutenant en deuxième au régiment de la Fère.
Au moment oii l'École militaire, construite à grands frais et rendue enfin complète par des améliorations successives, allait prendre rang à la tète de toutes les écoles militaires de France, les mêmes attaques, auxquelles une première fois déjà, en 177G, la nouvelle institution n'avait pu résister, se reproduisirent avec un nouvel acharnement. On lui reprochait son luxe, son installation fastueuse, surtout on la jalousait : les cadets apparaissaient comme des privilégiés dans une classe déjà privilégiée. Enfin le désordre des finances, qui allait toujours en augmentant, obligea bientôt le gouvernement à ne plus subventionner un établissement aussi coîileux. Par un arrêt du conseil du 9 octobre 1787, l'École royale militaire fut supprimée, ainsi que la compagnie de cadets gentilshommes qui y était placée. Elle cessa complètement d'exister le l*"" avril 1788. Les élèves qui avaient l'âge requis furent placés dans des régiments avec le grade de sous-lieutenant. Les autres, au nombre de quatre-vingt-six, furent placés dans les douze collèges militaires établis dans les provinces en vertu du règlement du 28 mars 1776.
Quant aux bâtiments de l'Ecole militaire, après avoir été, pendant la période révolutionnaire, transformés successivement en magasins et en hôpitaux, ils furent, en 1704, affectés au casernement des troupes de la garnison de Paris, et depuis lors leur destination générale n'a point changé.
Écoles militaihes. — Le projet d'ouvrir des écoles à la jeune noblesse fut conçu par Henri IV, qui avait établi à sa cour une sorte d'académit; militaire, qu'il se proposait de transformer en un établissement national, « très utile pour les particuliers et très avantageux pour le roi, » dit Sully {Écon. roy., t. II, ch. xix), « d'autant que ça deviendra une pépinière de vrais gens de guerre vivant par ordre et police. »
Ce même projet date aussi de Richelieu; on trouve au li^ volume de sa
correspondance, tracé de la naain du cardinal, le pian d'une académie de 1,000 gentilshommes, dont 600 pour l'armée et 400 pour l'Égliso. Ces deux projets d'écoles destinées à la jeune noblesse furent réalisés par Louvois.
L'ordonnance du 16 juin 1682 établissait, à Metz et à Tournay, deux compagnies de cadets ouvertes aux gentilshommes « désireux d'acquérir les connaissances et les qualités nécessaires pour devenir un jour de bons officiers. »
On élargit bientôt les cadres de cette institution. Sept autres compagnies furent installées dans les places frontières de Cambrai, Valenciennes, Charlemont, Longwy, Strasbourg, Brisach et Besançon.
En 1084, le roi entretenait près de 4,275 cadets, auxquels étaient délivrés, selon les besoins du service, des brevets de sous-lieutenant ou de cornette dans les armées.
L'œuvre du grand ministre ne lui survécut pas. En 1604, les cadets qui ne sont pas devenus officiers sont répartis dans les régiments.
En 1728, six compagnies nouvelles sont rétablies pour préparer un corps d'officiers destinés à Tinstruction des milices. (Ordonnance du 2 août 1728.) Elles sont bientôt réduites à deux, puis à une seule de 600 gentilshommes; enfin les cadets, par ordonnance du 22 décembre 173.3, sont définitivement licenciés, sous prétexte que « pendant la guerre cet établissement n'est pas nécessaire. » Abandonnée en France, cette institution fait des progrès à l'étranger, en Prusse, en Hollande, à Vienne, à Madrid, à Pétersbourg (1).
Enfin, sous l'impression produite par les victoires de Frédéric, on songea, non sans quelque crainte, aux connaissances superficielles de la plupart de nos officiers. Le gouvernement se sentait aussi menacé à l'intérieur ; le parlement était hostile, et par l'édit de mainmorte on s'était aliéné le clergé : il s'agissait de trouver dans la noblesse « l'appui le plus ferme de l'Élat contre les maux intérieurs qui pouvaient altérer sa consistance. »
L'édit portant création de l'École militaire parut le 22 janvier 1731 (2).
(1) Mémoires de Brandebourg, Cadets de Saint-Pétersbourg, organisés en 173-2 par maréchal de Munich. (Archives nationales, cart. K, n" 140.)
(2) Devaient être admis : 1" les orjjhelins de i)èrcs tués au service ou morts do leurs blessures; 2" les orphelins de pères ayant trente ans de service; 3» les enfants à la charge de leur mère, dont le père a été tue au service ou est mort après trente ans de service: 4» ceux dont le père est au service; 5° ceux dont le père a été obligé de (|uitter le service par suite d'infirmités; 6" ceux dont les grands-pères sont morts au service; 7" les enfants de la noblesse cjui, piir indigence, ont besoin de secours. L'admission se prononçait de neuf à dou»e ans; à dix-huit ans, ils devaient entrer dans les régiments, et pendant les trois i>remières années ils recevaient du roi une pension de 200 livres.
On se proposait pour but de former « des corps robustes, des esprits éclairés, des cœurs honnêtes, » et pour cela il fallait joindre l'éducation physique à l'éducation intellectuelle et morale. On voulait « endurcir le tempérament et inspirer le courage, qui est peut-être autant une vertu d'éducation qu'un don de la nature. » La nourriture était très saine et frugale; l'habillement large et aisé, de manière à ne pas gêner les articulations : ni boucles, ni jarretières, ni cols. La plus grande propreté régnait dans la tenue; les élèves devaient s'habiller, s'équiper eux-mêmes; le plus grand ordre présidait au rangement des effets; pas de service domestique; cheveux courts, jusqu'à douze ans; après cet âge, coiffure à queue en usage, poudre seulement les dimanches et fêtes. Usage de l'eau froide dans la toilette et même pour se laver les pieds; bains en été avec enseignement de la natation. Pour habituer graduellement les élèves à supporter les rigueurs de la saison, ils devaient rester tête nue, faire de fréquentes promenades en tout temps. La couchette, sans rideaux, avait une paillasse, un matelas, une seule couverture, même en hiver, excepté pour les plus délicats. Les supérieurs ne devaient jamais perdre de vue que ces jeunes gens étaient destinés à devenir gens de guerre. On recommandait de choisir les jeux tendant à exercer le courage et à développer les forces. Les études compatibles avec le plein air et le mouvement ne devaient pas être faites dans des lieux renfermés. L'escrime el la danse étaient considérés comme récréation.
Quant au programme de l'enseignement intellectuel et moral, il se résumait ainsi : étude de la religion, catéchisme; étude des langues française et allemande, en employant des domestiques de cette nation; latin; auteurs classiques; histoire et géographie; mathématiques appliquées à l'art militaire; dessin, paysage, fortification, castramétation et topographie ; étude de la morale et de la logique, en écartant toutes les superfluités métaphysiques. Comme on voulait élever les cœurs par de grands exemples, en même temps qu'on en nourrissait la mémoire, les punitions corporelles étaient interdites, et les récompenses se fondaient sur l'honneur et sur les distinctions, de manière à eu faire contracter le besoin à l'âme. (A. G. Institutions militaires avant 1789, Montzey.)
L'École militaire de Paris, principalement destinée à la noblesse pauvre, devait recevoir de préférence les jeunes gens qui, rendus orphelins par la guerre, devenaient les enfants de l'État.
Le nombre des élèves fut fixé à oOO, qui tous devaient faire preuve de quatre générations de noblesse en ligne paternelle. Mais l'irrégularité des entrées, soumises, selon les circonstances, à de continuelles fluctuations, rendait les meilleures leçons trop souvent stériles, de sorte que, sur 300 sortants, 40 seulement pouvaient entrer dans l'artillerie ou le génie, armes spéciales qui exigeaient des connaissances plus approfondies.
M. de Choiseul s'efforça de remédier à quelques-uns de ces défauts. Le collège de la Flèche, confié par Henri IV aux jésuites, étant devenu vacant par suite du bannissement de la compagnie, il résolut d'en faire une école où la noblesse pauvre recevrait une éducation première. (Édit du 7 avril 1764.) 2o0 places y furent réservées à des jeunes gens de huit à onze ans.
Le collège de la Flèche resta, de 1764- à 1776, la plus importante école préparatoire à celle de Paris. Des lettres patentes du 20 février 1772 complétèrent les prescriptions antérieures en défendant de recevoir à la Flèche des jeunes gens incapables de se présenter à l'École militaire à quatorze ans, par conséquent ayant déjà fait des études.
Par ordonnances du l'^'" février et du 28 mars 1776, l'École militaire de Paris était supprimée et les élèves répartis dans les cadets gentilshommes (1) ou dans les écoles nouvelles. Ces nouveaux collèges, bien que prenant le titre d'écoles militaires, n'étaient plus la propriété du roi, ils appartenaient aux congrégations religieuses qui les dirigeaient depuis l'expulsion des jésuites. L'ordonnance du 28 mars les énumère ainsi :
Sorèze (diocèse de Lavaur), hvnèdictins; Brienne (diocèse de Troyes , minimes; Tiron (diocèse de Chartres), bénédictins; Rebais ( diocèse de Meaux), bénédictins; Beaumont (diocèse de Lisieux), bénédictins; Pont-Levoy (diocèse de Blois), bénédictins; Vendôme (diocèse de Blois), oratoriens; Effiat (diocèse de Clermont) , oratoriens; Pont-à-Mousson (diocèse de Toul), chanoines réguliers du Saint-Sauveur ; Tournon (diocèse de Valence), oratoî'icns.
On devait plus tard ajouter à cette liste Auxerre et Dôle.
Chacun de ces collèges devait recevoir de cinquante à soixante étudiants destinés à l'armée. Le roi se chargeait de les entretenir et payait 700 livres pour chacun. D'ailleurs, les règles générales établies par l'édit de 17ol restaient pour la plupart en vigueur et devaient être appliquées par les nouveaux maîtres. Les meilleurs sujets de ces collèges purent obtenir des bourses pour l'École militaire de Paris. C'est ce qui permit à Bonaparte, entré, comme élève du roi, chez les minimes de Brienne, en 1779, d'arriver à l'École militaire de Paris en 1784.
La révolution fit disparaître ces écoles et les cadets. En 1790, un arrêt dispensa des preuves de noblesse les élèves des écoles militaires, que la Convention ferma par décret du 9 septembre 1793. Par un injuste esprit de réaction, les jeunes gens qui s'y trouvaient en ce moment furent exclus des fonctions et emplois publics.
(1) I.e corps des cadets lut installe en 177" dans les bùliments de l'ancienne École militaire, au Champ de Mars, à Paris.
Édit. — Loi nouvelle faite par le souverain sur telle ou telle matière. L'ordonnance est un acte de même nature , mais qui présente le caractère d'un règlement général. La déclaration est l'acte modificatif ou interprétatif d'une ordonnance ou d'un édit antérieurs. Les édits et ordonnances commençaient par ces mots: « A tous présents et à venir » ; les déclarations, par ceux-ci : « A tous ceux qui ces présentes lettres verront ». Les déclarations étaient datées du jour, du mois et de l'année, taudis que les édits et ordonnances ne se dataient que du mois et de l'année.
Éclnoation militaire. — Le soldat français a toujours joint au courage et à l'amour de la gloire beaucoup de gaieté; la monotonie de l'instruction le contrarie, le silence et l'immobilité lui coûtent, mais il suffit d'un geste de ses officiers pour le contenir. Nos armées étaient composées à cette époque de soldats qui, en s'engageant, souvent par nécessité, ne voyaient dans la profession des armes qu'un moyen d'améliorer leur existence, ce qui ne les a pas empêchés de s'illustrer par de brillants faits d'armes, dont le principe ne pouvait être que l'honneur. Ce n'était pas l'espoir d'avancement ou de récompenses qui les animait et les faisait courir à la gloire, mais bien plutôt ce noble sentiment que Montesquieu appelle un certain point d'honneur.
Éloquence militaire. — Elle doit être considérée comme le plus puissant moyen d'action sur les masses combattantes.
Eng^ag^ement. — Le 2 juillet 1716, tout engagement pour moins de trois ans fut interdit; cette limite fut reculée jusqu'à six ans le l'^'" mars 1717, avec défense d'engager aucun soldat âgé de moins de seize ans accomplis.
Les racoleurs exerçaient en réalité une sorte de presse tolérée, quoique non approuvée ouvertement. La mauvaise foi, la vie désordonnée de ces embaucheurs, les avaient mis en tel discrédit, que le terme de recruteur devint le synonyme adouci du terme populaire de racoleur. Sous ce nouveau titre, ils se permirent moins de violences; mais ils attiraient encore les jeunes gens par des promesses fallacieuses, en leur faisant espérer des grades promptement obtenus. Ces ruses ne servaient qu'à jeter dans les régiments l'écume des grandes villes. Les ordonnances du 26 mars 1760 et du 10 décembre 1762 s'efforcèrent de tempérer ces désordres.
Autre abus. Les capitaines d'infanterie et de cavalerie , au mépris de l'esprit militaire, regardaient leurs compagnies comme une métairie de laquelle ils tiraient, même illicitement, le plus qu'ils pouvaient. Malgré les réformes déjà réalisées, certains profits, notamment celui de passe-
volants, qu'on n'avait pu encore extirper, étaient toujours possibles. M. de Choiseul résolut de rendre ces désordres impossibles à ravenir. Par sa nouvelle constitution, il réduisit les capitaines à l'état de simples salariés, leur ôta l'entretien ou plutôt l'espèce de propriété des soldats, qu'ils s'arrogeaient pendant leur engagement, et mit toutes les dépenses au compte du roi, ce qui le chargeait des profits et des pertes. Il changea en même temps le mode d'avancement aux grades supérieurs, où l'on ne porta plus que les officiers les plus capables. I/ancienneté cessa ainsi d'être un titre pour la médiocrité et l'incapacité. En vain la cupidité et les absurdes préjugés des anciens officiers s'élevèrent contre ces réformes : le ministre laissa crier, et bientôt on put constater une amélioration radicale dans l'état des troupes, qui, mieux tenues et mieux exercées, présentèrent aussi des effectifs plus complets. Quoique la valeur de l'argent eût encore baissé, parce que la guerre en avait mis en circulation une masse énorme, il jugea indispensable de diminuer la solde accordée aux troupes pendant la guerre de Sept Ans, qui venait de finir. Les règlements d'administration intérieure des régiments pouvaient passer pour un chef-d'œuvre. M. de Choiseul put se vanter d'avoir résolu le difficile problème proposé en 1651 par M. le Teliier : entretenir le plus grand nombre de troupes possible au meilleur marché possible. Sans être parfaite , cette constitution présenta des avantages énormes.
Enrôlemeut. — Les forces militaires de la France consistaient : 1° dans l'armée active, composée de régiments d'infanterie et de cavalerie, qui se recrutaient au moyen d'enrôlements volontaires; 2'^ dans l'armée de réserve, formée par les milices provinciales et où on vous appelait en vertu du tirage au sort.
Tarif des primes d'engagement à la date du 25 mars '1773.
Infanterie française.
Engagement pour 8 ans oO i
Pourboire 30 \ 9-2 livres.
Frais et gratiruation au recrulL-ur 1:2 )
Cavalerie.
Engagement pour 8 ans 7-2 i
Pourboire 40 1 132 livres.
Frais et grutificalion au rcciuU'ur 20 \
Dragons et hussards.
Engagonienl pour 8 ans 00
Pourboire 3G } 111 livres.
Frais et gratificaUon au recruteur t 15
Infanterie allemande et étruwjère.
Ensagenienl iiour 8 ans 03 \
Pourboire 37 V 120 livres.
Frais et sralilicalioii au recruteur 2!) )
Les enrôlements étaient provoqués par des racoleurs. Dans les jours de fête, dans les fêtes de \illage, un vieux sergent de régiment arrivait avec sa moustache relevée , son uniforme brillant, sa tenue martiale. Il s'installait dans un cabaret, racontait aux jeunes gens du village les merveilles de la vie des camps, vie pleine d'aventures joyeuses, de belles jeunes filles enlevées, de villes conquises, de batailles gagnées, de bruit, de fanfares, de coups de canon, etc.; puis, après force libations, après force chansons de guerre, le sergent profitait de cet enthousiasme pour enrôler les soldats de S. M. Connaisseur habile, il ne racolait d'ordinaire que des hommes robustes et valides, et qui, habitués aux travaux de l'agriculture, devaient être moins éprouvés par les misères de la vie militaire.
Des annonces faisaient appel aux engagements. Voici une de ces annonces manuscrites qui a été conservée :