‹ Les guerres sous Louis XV (volume 4)Chapitre 296 sur 299 · REGIMENT DE ROUERGUE, EN GARNISON A THION VILLE · texte numérisé non relu

REGIMENT DE ROUERGUE, EN GARNISON A THION VILLE

Colonel : vicomte de Ccstine.

Brillante jeunesse qui brûlez de servir votre roi, venez satisfaire vos louables inclinations et adressez-vous à cet effet au sieur Vinot, sergent audit régiment, logé chez M. Hardi, rue Tliihaudiére, vis-à-vis l'arclie Marion, au troisième. Il les prend de la taille de cin(j pieds six pouces. Ceux <|ui procureront de beaux hommes seront bien récompensés.

Enrôlement «les volontaires. — Les capitaines admettaient comme volontaires des gentilshommes, des fils d'officiers, des étudiants, etc., auxquels ils ne payaient aucune prime d'engagement. Il était de règle d'accorder à ces soldats leur congé définitif dès qu'ils le demandaient, à moins qu'on ne fût en campagne. A son départ, le soldat gentilhomme (c'était sa désignation) devait indemniser le capitaine en lui fournissant un remplaçant. C'est de cette catégorie, fort nombreuse encore en 1730, que sortaient ceux qu'on appelait les officiers de fortune ou officiers bleus.

Il était interdit aux capitaines d'enrôler aucun vagabond ou repris de justice, non plus que des miliciens, gardes-côtes ou inscrits maritimes. Les Français ne pouvaient servir dans les régiments étrangers; les étrangers étaient confinés dans ceux de leur nation; les Alsaciens seuls pouvaient entrer dans les régiments allemands, suisses ou français.

Enseigne. — Chargé de porter le drapeau de la compagnie dans les actions de guerre, il remplissait les fonctions de second lieutenant. Le sous-lieutcnant, quand il y en avait un, ne marchait qu'après l'enseigne. L'ordonnance du 2 mars 1703 emploie indiiréremment l'un pour l'autre les termes d'enseigne et de sous-lieiitenant. De 1718 à 1742 on ne trouve de sous-iieutenants que dans quelques compagnies d'infanterie, mais pas dans la cavalerie; ils étaient employés à cette époque comme sous-aidesmajors.

L'enseigne blanche du colonel général fut portée dans 12 régiments sur 13; en 1633, dans 19 sur 90; en 1636, dans 22 sur 107; en 1643, dans les 133 régiments composant l'armée. A partir de 1643, chaque régiment entretint une compagnie colonelle, avec enseigne blanche. L'ordonnance du 17 février 17o3 donne à cette enseigne le nom de drapeau colonel.

L'ordonnance de 17oo détermine les règles suivant lesquelles les enseignes devaient apporter le drapeau.

En 1762, quand fut créé le grade de sous-lieutenant dans les compagnies qui conservaient des enseignes, ces officiers eurent le grade le moins élevé de la compagnie, ce fut le quatrième. L'ordonnance du 1" mars 1768 s'occupe avec détails de leur service et de leurs attributions, surtout quand ils quittèrent l'esponton pour être armés de fusils.

Kpaulcltes. — Les épaulettes portées sur l'habit, la redingote, etc., sont d'origine française. On doit au maréchal de Belle-Isie, ministre de la guerre, l'introduction de cette marque distinctive, portée d'abord uniquement sur l'habit. Elle a été imitée dans quelques services étrangers, mais jamais en Autriche, où l'écharpe et la dragonne remplissent le même office.

Cette innovation était dictée par une pensée sage, celle de mettre un terme aux dépenses ruineuses de costumes brodés des officiers, d'établir sur l'habit un signe extérieur, utile pour retenir le baudrier, simple et point embarrassant, qui servît à distinguer d'une manière nette, positive, apparente de loin comme de près, l'arme et le grade, à les faire connaître à la simple inspection du métal, de la dimension et du travail de la frange, des losanges ou des raies du corps de l'épaulette.

L'ordonnance du 12 janvier 1759 prescrit l'emploi de l'épaulette (1);

(1) II parait (juc le règlement du li janvier 17';!), cité par Banlin, n'existe pas dans les colleclions du Di'jnit de la ^nierre. II résulte de là que l'épaulellc n'est en usage dans l'armée française (jue depuis i'&2. Les insignes distinctil's les plus anciennement adoptés pour les oi'ficiers sont l'échariic et le liausse-col ; ce dernier est un reste de l'ancienne armure. Imposée comme signe des grades, l'épaulette fut très

celle du 10 décembre 1762 décrit une épaulette qui distingue l'officier sans accuser le grade; celle du 1^'' mars 1763 donne aux colonels une épaulette à graines d'épinards, peu différente de celle des lieutenantscolonels.

Vers le milieu du dix-septième siècle, les officiers français qui portaient le baudrier le fixèrent sur l'épaule au moyen d'une patte. C'est cette patte, en drap, en or, en argent, etc., et de dimensions plus ou moins grandes, dont le port et la forme n'étaient pas encore réglementés, qui donna naissance à l'épaulette.

L'ordonnance du 10 décembre 1762, réglant l'habillement et l'équipement des régiments, donne au colonel deux épaulettes avec franges en nœuds de cordelière (graines d'épinards); au lieutenant-colonel, une seule épaulette, pareille à celles du colonel ; au major, deux épaulettes sans graines d'épinards, avec franges flottantes ; aux capitaines, une seule épaulette, pareille à celles du major; même épaulette pour les aides-majors; aux lieutenants et autres officiers, l'épaulette en losanges alternées d'or et de soie.

Le règlement du 25 avril 1767 (art. 2) fait également mention de la forme et de la composition des épaulettes des officiers.

Éqiiitatioii. — Les cavaliers de toutes les nations civilisées se servent de selles, de brides et d'étriers. La démonstration des principes de l'art de monter à cheval est développée et approfondie dans l'École française, par Laguérinière, Châtelain et du Bohan.

Escadron. — Subdivision d'un régiment de cavalerie, divisée ellemême en compagnies. L'effectif de l'escadron varie selon le nombre des hommes et des chevaux du régiment. L'ordonnance du 15 mars 1749 les mit à 120 chevaux; celle du 17 août 1772, à 110, etc.

Escrime. — C'est l'art d'attaquer et de se défendre avec une arme blanche, telle que l'épée et le sabre. Gérard (1736), Danet(1766), Battier (1772), sont les auteurs des traités les plus connus. L'escrime à cheval enseigne au cavalier à combattre avec un sabre contre toute espèce d'armes blanches. Les maîtres d'escrime, dans les régiments d'infanterie, portaient leur fleuret attaché à leur sabre, comme on le voit dans le dessin de Détaille : « Le 104'' régiment d'infanterie, Royal-Lorraine. » (Voir l'atlas de l'ouvrage des Guerres sous Louis XV.)

mal accueillie. Les officiers appelèrent cette nouveauté « une guenille à la Choiseul ». Cependant ils s'y accoutumèrent bientôt et y attachèrent même un grand prix.

K^ponfon. — Les colonels, lieutenants-colonels et majors étaient armes d'un esponton, sorte de canne longue de six pieds, surmontée d'un petit for de lance avec un ornement en laine et se terminant en bas par une douille pointue en fer. (Ordonnance du 10 mai 1690.) Les lieutenants el autres ol'ficiers subalternes portaient un fusil au canon fleurdolisc avec la ba'ionnette à douille et la cartouche (giberne). Il n'y avait d'exception que pour les régiments des gardes, dont tous les officiers conservèrent l'esiionton jusqu'en 1774.

Les sergents avaient la hallebarde, longue de six pieds et demi, y compris le fer. Ce ne fut (ju'en 17o0, au commencement de la guerre de Sept Ans, qu'ils la remplacèrent par le fusil.

A la formation des régiments, l'esponton avait succédé à la demi-pique. L'ordonnance du 1*'' décembre 1710, qui donne le fusil aux officiers, et elle du 6 mai IToo, font encore mention de l'esponton. La pique et l'esponton sont entièrement abandonnés au commencement de 1756.

Esprit fie corps. — Ce sentiment se manifeste, en temps de guerre, dans les régiments par une noble émulation, qui les porte à rivaliser d'ardeur, de courage et de fermeté; en temps de paix, par la recherche de la tenue, de l'application aux exercices, de manière à surpasser les régiments voisins et rivaux. 11 fortifie ainsi les aspirations généreuses qui élèvent souvent le soldat au-dessus de lui-même.

Malheureusement il engendre aussi les rixes, les duels entre fantassins et cavaliers, il met même aux prises les uns contre les autres des militaires de la même arme. Il est vrai que les duels entre soldats ne sont regrettables que dans une certaine mesure, car ils constituent comme un apprentissage de la guerre; ils enseignent le sang-froid dans les combats, le dédain du danger et le mépris de la mort.

Esprit militaire. — Il a toujours consisté dans l'amour du métier et de la gloire, dans l'observation de la discipline, le respect pour ses chefs et une fraternité générale, sorte de solidarité qui fait de l'armée une véritable famille.

Étapes. — On appelait ainsi les vivres qu'un entrepreneur, appelé étapter, devait fournir, en temps et lieu déterminés, à tout soldat, troupe ou détachement qui traversait une ville ou lieu d'étape, alors qu'était tracé sur le royaume un réseau dit routes d'étapes. Cette ration n'était fournie qu'aux présents sous les armes. Elle coulait au roi 8 sols environ en 1745. 11 était donc avantageux de recevoir cette ration en nature. Les officiers recevaient depuis 3 jusqu'à 12 rations, selon le grade. Quant aux lieux d'étape, ils étaient espacés de façon à ce qu'un fantassin n'ex- T. vu. 32

cédât point ses forces en parcourant plus de 30 ou 40 kilomètres par jour.

État-major. — On désignait ainsi les officiers employés au commandement de plusieurs fractions de troupes, dont chacune avait des officiers particuliers : il y avait l'état-major général, l'état-major d'un régiment. Grimoard, qui défend tous les usages, incline pour l'organisation de l'état-major sous Louis XV, avec des maréchaux généraux des logis, ayant les mêmes attributions que sous Louis XIV; des majors généraux de l'infanterie, de la cavalerie et des dragons, dirigeant le service de leur arme, dont le détail était confié aux plus anciens majors des régiments.

Frédéric, qui sentait la nécessité de former un bon corps d'état-major, donna, le premier en Europe, l'exemple d'une école qu'il "voulut « diriger lui-même, et dans laquelle il faisait lever des terrains, marquer des camps, fortifier des villages, retrancher des hauteurs, élever des palanques, etc., etc. » {Mémoires de Frédéric, 1 763-1 77 îJ.) Dans les camps formés alors en France, le temps se perdit en de vains essais sur l'ordre profond.

État-major. — Il se compose des officiers du régiment. L'ordonnance du 10 décembre 1762 donne à chaque régiment un colonel, un lieutenant-colonel, un major, un quartier-maître ou trésorier, un tambourmajor, un aumônier, un chirurgien et deux porte-drapeau.

Étendard. — Drapeau de cavalerie. Le règlement du 2o avril 1767 charge les colonels de la confection des cravates et des frais de monture. Ils ne varièrent pas depuis Louis XIV jusqu'à 1791, portant toujours le soleil pour emblème, et la devise : Nec pluribus impar, avec de riches broderies d'or ou d'argent à l'entour, des franges et des glands aussi en or ou en argent.

Exempt. — Nom que portaient avant 1789 certains officiers de cavalerie que leur grade plaçait au-dessus du brigadier et au-dessous de l'enseigne. Ces officiers commandaient en l'absence du capitaine et du lieutenant, et portaient un petit bâton d'ébène, garni d'ivoire, que l'on appelait « bâton d'exempt ». Il y avait 48 exempts dans les quatre compagnies des gardes du corps.

Exemption du tirag^e au sort. — La liste des exemptions comprend le fils d'un laboureur d'un âge avancé ou le fils d'une veuve de laboureur, le frère d'un milicien, celui qui est pourvu d'une charge de justice ou de finance, les huissiers, les sergents, les geôliers de prisons, le fils d'un juge et celui d'un marchand intéressé dans le commerce de

son père, le principal commis ou facteur d'un gros commerçant, le jardinier, le garde-chasse ou le domestique d'un gentilhomme, le principal valet d'un cure, le garde d'étalons, les messagers ordinaires, le chirurgien de paroisse le plus ancien ou le plus nécessaire, les acquéreurs de maîtrises de chaque art et métier, les avocats, notaires et tabellions, les employés aux receltes el fermes royales , les marchands et négociants des villes, médecins, apothicaires, salpètriers (patrons, enfants, ouvriers), les maîtres de poste aux lettres et aux chevaux et leur principal commis ou postillon pour quatre chevaux, les étudiants, baillis et procureurs fiscaux, sergents de justices scii;neuriales, garçons chirurgiens et apothicaires, ouvriers des salines, commis à la distribution de l'étape, collecteurs de la subvention et syndics des communautés, maîtres d'école.

Exercice. — Action d'exercer le corps pour en assouplir les membres, et par extension d'habituer les soldats au maniement des armes et aux pratiques des armées en campagne, pour qu'ils puissent passer dans un moment de l'état de paix à l'état de guerre.

Les leçons données aux troupes ne se bornaient pas à ce qu'on appelait « l'ordonnance » ; mais à des promenades pendant plusieurs lieues sur toute espèce de terrain, et avec tout l'attirail militaire. « De toutes les parties de la guerre, disait le maréchal de Saxe, celle à laquelle il faut faire le moins d'attention, c'est l'exercice de l'ordonnance; le principal de l'exercice, c'est les jambes et non pas les bras, c'est dans les jambes qu'est tout le secret des manœuvres, des combats; c'est aux jambes qu'il faut s'appliquer. » Il blâmait comme une faute rimmol)ilité prolongée à l'imitation des Prussiens, si peu d'accord d'ailleurs avec la vivacité française.

Dans la cavalerie, l'obligation où l'on est de soigner et de faire promener les chevaux exerce le cavalier pendant une partie de la journée, en lui donnant l'occasion de mouvoir ses bras, d'assouplir ses jambes. L'ordonnance des manœuvres venait les perfectionner.

Les ordonnances de 1732 et 1733 donnent les plus anciennes règles connues sur la matière; celle du 14 mai 1734 résume l'ensemble de ce quia été prescrit jusque-là; celle du 6 mai 175o contient quelques innovations; celle du 1''' janvier 1769 traite des troupes légères, et l'instruction du 1 1 juin 1774 donne de vrais règlements.

Factionnaire. — Fonction du soldat qui veille à la sûreté d'une troupe, d'un camp, d'une citadelle, d'une caserne. Les sous-ofliciers et

caporaux, exemples de la faction, sont chargés de poser les factionnaires et de leur transmettre la consigne.

Les ordonnances du 1'-'' janvier 1766 et du 11 juin 1774 donnent de ongs détails sur cette fonction.

Par inemier factionnaire , on désigne un capitaine du régiment qui n'est pas exempt de monter la garde, parce que le service des corps de garde s'appelle une faction. Un tel est le premier factionnaire du régiment, signifie qu'il est le quatrième capitaine du régiment. Le colonel, le lieutenant-colonel et le capitaine des grenadiers ne montent pas les gardes ordinaires; le major aussi est exempt de ce service. 11 faut bien comprendre que le colonel et le lieutenant-colonel étaient en même temps chacun capitaine d'une compagnie, et que le terme de factionnaire était synonyme de militaire susceptible d'être employé à un service commandé à tour de rôle. Il y avait donc quatre personnages, mais seulement trois genres de capitaines avant le premier factionnaire : le capitaine de la colonelle ou colonel; le capitaine de la lieutenant-colonel et le capitaine de la majeui' ou major. Le premier capitaine susceptible de monter la garde après eux et le capitaine de grenadiers , c'est-à-dire le capitaine de la 3*^ ou de la 4" compagnie, était premier factionnaire.

Les ordonnances de 1766, ^774, 1775 et 1776 donnent le nom de factionnaires aux capitaines de fusiliers, pour les distinguer des capitaines de grenadiers, ainsi que de ceux des compagnies colonelle et lieutenantcolonel ; puis elles se servent aussi du terme compagnie factionnaire.

On appelait factionnaires les capitaines en pied, commandant une compagnie portant leur nom; les capitaines de grenadiers n'étaient pas factionnaires, parce que leur compagnie n'était pas sous leur nom. Si, en ordre de bataille, on eût compté les capitaines de fusiliers, du premier au dernier, l'ordre numérique de ces capitaines n'eût pas été le même que l'ordre numérique des factionnaires. En effet, le premier factionnaire commandait la l*"'' compagnie, qui, en ordre de bataille, était le premier peloton de fusiliers du B.; le deuxième factionnaire commandait la 2'' compagnie, qui, en ordre de bataille, était le 3'' peloton du B.; l'instruction de 1774 appelle deuxième factionnaire le capitaine second chef de B. Quelquefois, par une disposition différente, le premier factionnaire d'un régiment est au l""" B., le deuxième factionnaire au 2*' B. Avant la création des chefs de bataillon, le premier factionnaire remplissait quelques-unes des fonctions attribuées au grade moderne de chef de bataill'on. Enfin l'ordonnance de 1773 ne connaît plus que trois capitaines factionnaires. Ce titre est ensuite tombé tout à fait en désuétude, et ne figure même plus du tout dans l'ordonnance de 1788.

Fanion. — Petit drapeau, qui sert d'alignement. L'ordonnance du

LEXIQUE DES LOIS, DECRETS, ETC. ôOl

il fi'vricr 1753 veut que le nom du régiment soit inscrit sur le fanion.

Feux. — Le règlement du 2 mars 1703 sur le service de l'infanterie est successivement modifié et augmenté. Sont introduits : \esfeux de pied ferme en tctc ou en queue; feux par rang; les feux par file, par demifile, par peloton ; les feux de pied ferme sur les ailes, les feux en marchant, les feux à la suédoise, les feux par la tête de colonne.

On comprenait donc déjà la nécessité d'exercer sérieusement les troupes au tir, tout en cherchant à déshabituer le soldat français des combats corps à corps.

L'ordonnance du l'"" mars 1746 et surtout les circulaires du 10 janvier 1747 et du 28 mars 17.ï0 fixèrent les règles sur la manière dont devaient s'exécuter les feux ; enfin celle du 7 mai 17;j9 , qui est due à Voyer d'Argenson, réalisa un progrès sensible , en prescrivant d'exercer les troupes à marcher à rangs ouverts et rangs serrés, à pas cadencés, l'arme sur l'épaule, à faire tirer ensemble les quatre rangs.

L'ordonnance du 6 mai 1755 (1) introduit les feux successifs de la droite à la gauche et par le centre vers les ailes. Ils sont tous réglés de telle sorte que la fraction ayant tiré la première était prête à tirer après le feu de celle qui terminait. Le feu roulant vint ensuite.

Dans la guerre de Sept Ans, on employa quatre espèces de feux : de pied ferme, de charge, de retraite et de parapet ou par file. L'ordonnance du 20 mars 17(>4 prescrit de nouvelles modifications dans les commandements; elle est complétée par celle du I'"'' janvier 1766. Les officiers abandonnent Tesponton, sauf ceux des gardes qui le conservent jusqu'en 1774. Ils sont armés du fusil avec baïonnette et portent l'épce et la giberne; il en est de même des sous-officiers et appointés. Les ordonnances des l'"" mai 1768, l"'' avril 1709, 25 avril 1770, 25 mai 1771, l'^"" mai 1772, 10 avril 1773, déterminent les qualités et quantités de munitions et donnent des prescriptions sur les principes de tir.

Fifre. — Petit instrument à vent, en forme de tlùte, percé de six trous,

(1) L'ordonnance de l"o5 dit que les leiix sont de deux espèces : l'une s'exécutanl par dislocation des ranifs, l'autre sans qu'ils se séparent.

Tant que l'infanterie se rangea sur six rangs ou plus, les iK^umes étaient à rangs et à fHes ouverts. Le premier rang tirait, faisait volte-face et s'écoulait par les esi)aces ménagés entre les files des rangs postérieurs ; le second rang faisait feu, puis se relirait de même, etc., etc. C'était la dislocation.

Les feux de la seconde espèce sont de l'invention de Gustave-Adoliilie. On mettait les hommes sur (|uatre rangs : les deux premiers rangs, agenouillés, faisaient feu à la fois, et quand ils avaient rechargé (ce (jui devait être très pénible, étant à genoux). le feu s'exécutait par les derniers rangs. Puis vint le tour des feux de rang, ou feux successifs d'un seul rang.

ayant un son très aigu. Date de François F"" (ordonnance du 24 juillet 1334). L'usage s'en est conservé dans les troupes jusqu'à Louis XVL

File. — Dans l'ordre mince, c'est trois hommes pour l'infanterie, deux pour la cavalerie. On dit : chef de file, serre-file, doubler les files, serrer les files, etc.

Filles publiques. — Elles étaient expulsées de l'armée, et, malgré les ordres les plus sévères, elles y rentraient toujours.

On lit dans une lettre en date du 10 juillet 1760, adressée par le duc de Broglie au maréchal de Belle-Isle : « Nous faisons une guerre continuelle aux filles de mauvaise vie, et, au lieu de les faire fouetter, comme cela se pratique , ce qui ne les empêche pas de revenir, on leur noircit le visage avec une drogue dont on m'a assuré que l'effet dure près de six mois. Si cela est vrai, elles ne reparaîtront plus, car cela fait horreur sans leur faire de mal. » (D. G., cart. 3oiJ7, n'' 3.)

Fortifîcation. — Se fortifier, c'est se couvrir d'une arme défensive immobile. C'est mettre un terrain dans un état tel que les troupes destinées à le défendre puissent résister à un ennemi supérieur en forces. On distingue deux espèces de fortifications : celle de campagne et celle des places.

Cette dernière est l'art de renfermer un espace de terrain d'une figure quelconque, de la manière la plus avantageuse relativement à la forme de ce terrain, de façon à ce que la défense se fasse avec le plus petit nombre d'hommes possible. Cormontaigne et Vauban étaient les grands maîtres de ces attaques et de ces défenses des places.

La fortification de campagne consiste en travaux exécutés à la guerre et qui subsistent seulement pendant que les armées sont en campagne.

Fourrages». — L'administration a fait l'épreuve de trois systèmes: l'entreprise, la gesfion directe des corps chargés de pourvoir à leurs besoins, et la régie, qui dura du l'"' janvier iTCo au l'"'" janvier 1772.

L'ordonnance du 13 juillet 17;j7 règle les fournitures d'étape; celle du

23 mars 1733, la ration de la cavalerie, des dragons, hussards et troupes légères; elles sont toutes deux modifiées par celles du 23 mars 1763 et du

24 juillet 1767. A la date du 10 décembre 1772, les 64 régiments de cavalerie sur pied depuis 1756 sont réduits à 34, y compris 3 de hussards et celui de carabiniers. Le nombre des régiments de dragons demeure fixé à 18; l'effectif de chaque régiment est réglé à 432 hommes.

La ration de fourrage en 1770 (année de disette) est de 20 sols; en 1754, elle était de 13 sols. Les pays d'états et les provinces frontières sub-

Cavalerio

venaient aux dépenses des fourrages comme à celle des étapes, mais pour une somme déterminée; l'excédent demeurait ù la charj;e du roi.

Rations de foiin-a;)r.

Par jour.

Capitaine 6

ILicutonant 4

Sous-lieulonanI 4

Lieutenant en second 4

Cornette 3

Maréchal des loifis 2

Brii;adier 1

Hussard 1

Trompette 1

Tambour l

Hautbois I

\ Timbalier 1

Nota. — La ration est de 15 litres de foin et l."> litres de paille, ou iS litres de foin et les2|3 du boisseau d'avoine, mesure de Paris.

Fusil. — Les caporaux, anspessades et soldats portèrent un fusil de trois pieds huit pouces de longueur, depuis la lumière du bassinet jusqu'à l'extrémité du canon, et du calibre au moins de vingt balles à la livre. Chaque fusil avait sa baïonnette à douille ajustée, et chaque soldat une cartouche contenant 20 coups à tirer, avec un fourniment (petite boîte contenant de la poudre fine pour amorcer) suspendu par un cordon en bandoulière, allant de la gauche à la droite.

C'est en 1717 qu'est établi le premier modèle de fusil. En 1718, les capitaines cessent d'être chargés de fournir les armes à leurs hommes; elles sont remises aux troupes directement par les magasins de l'État, qu'alimentaient les manufactures de Saint-Etienne, de Charleville et de Maubeuge, placées sous le contrôle de l'artillerie. Un nouveau modèle est introduit en 1728. L'ordonnance du 28 mai 1733, qui règle l'uniformité de toutes les armes d'infanterie et de cavalerie, prescrit l'emploi des cartouches en papier, et Tinstruction de 1738 détermine la manière de les faire. En 1746, parut un troisième modèle, où l'on remplaça la baguette en bois des modèles de 1717 et de 1728 par la baguette en fer, adoptée par les Prussiens à l'instigation du prince Léopold d'Anhalt- Dessau (1). En 17o4, on eut le premier fusil régulier; en 1763, vinrent les fusils dits modèles avec baguette en acier; puis parurent les modèles de 1766, 1768 (2;, 1770, 1771, 1773, 1774.

(1) Mémoires de la maison de Brandebourg.

(2) L'ordonnance du l" mars 1768 est la première qui se soit occupée du fusil avec détail sous le point de vue du service des feux. Les capitaines des compa-

En 1771, la France possédait 558,000 armes à feu. Le modèle de 1774 fut remplacé par celui de 1777, qui a servi aux guerres de la république.

Fusilier. — Se dit des soldats d'infanterie, qui forment les compagnies du centre dans un bataillon, par opposition aux grenadiers.

Fusiliei's-gnides. — Créés avant 1756. Ils comprenaient un capitaine, deux lieutenants; deux sergents, dont un à cheval; deux caporaux et quarante hommes. Licenciés en 1760.

Fusiliers de montagne. — En 1743, on reconstitua en régiment les compagnies de fusiliers de montagne levées en 1689, pour les opposer aux miquelets espagnols. Ils sont réduits en 1748, puis licenciés en 1762.

Fustigation. — Châtiment corporel inflige aux soldats et tombé en désuétude, dont, malheureusement, M. de Saint-Germain, ministre de la guerre, essaya de raviver l'usage.

Ciale. — Est un cas de réforme, si elle se complique. L'ordonnance du V mars 1768 dit qu'elle sera traitée à la caserne; celle du 21 mai 1768 prescrit de la soigner dans les hôpitaux.

Galerie. — Dans les travaux de siège, elle conduit l'assiégeant au pied de la muraille pour y attacher un fourneau de mine.

Clamelle. — Dans l'origine, écuelle ou jatte de bois sans rebord et creuse, dont se servait la marine. — Effet de campement, susceptible d'être suspendu au sac. Elle est en fer-blanc, et assez grande pour contenir la soupe d'une escouade de 6 à 8 hommes.

Ciarçon-major. — Sorte d'adjudant. Les garçons-majors existaient anciennement dans les troupes françaises; c'étaient de véritables adjudants; ils secondaient dans le service les aides-majors, qui eux-mêmes secondaient le major. Ces aides-majors avaient des fonctions analogues à celles de nos adjudants-majors.

gnies portaient l'esponton; les lieutenants et sous-lieutenants, le fusil, qu'ils gardèrent jus(|u'en 1784. C'est en 1707 que les soldats portent la baïonnette au ceinturon ; jusque-là elle était suspendue prés de l'épée:

C-urfIc«lii ilrapoaii. — En \1'6'6, deux sergents étaient îi droite et à gauclie des deux enseignes du bataillon.

En 1760, les deux premiers sergents llanquaient les deux officiers portedrapeau.

En 1774, les deux porte-drapeau avaient près d'eux les huit troisièmes sergents. Cette agglomération s'appelait le « peloton du drapeau ».

Garnison. — L'ordonnance du 13 juillet 1727 et surtout celle du !«'■ mars 1768 font loi à l'égard des garnisons; elles règlent tout ce qui est relatif au service, à la répartition des gardes, aux honneurs, au commandement des postes, etc.

F>es soldats se plaignaient des trop fréquents changements de garnison. Quelques-uns se réunirent pour faire entendre à ce sujet leurs doléances au roi. « Quel bien, écrivirent-ils, ne feriez-vous pas, si vous aviez la bonté de nous laisser deux ou trois ans dans nos garnisons et de ne pas nous faire aller d'un bout à l'autre du royaume, comme vient de le faire le régiment de Médoc, qui est à "Valenciennes, arrivant de Briançon. Nos camarades ont usé deux ou trois paires de souliers dans leur route, des guêtres, bas, chemises, etc., etc., de manière qu'ils sont ruinés depuis longtemps. » (A. G., 1765.)

Ils se plaignaient donc plus de l'usure de leurs effets que de la fatigue. Dans les étapes de 5 à 6 lieues, les hommes mettaient leurs mousquets en écharpe et marchaient à leur aise.

Gendarmerie {gens armata). — Lorsque le chef de la troisième dynastie, Hugues Capet, monta sur le trône (987;, le mot de gendarmerie ne s'entendit plus que d'une cavalerie pesamment armée, qui, jusqu'à la révolution produite par l'invention de la poudre, fut considérée comme la principale force militaire de la France. L'histoire de ces temps anciens est remplie des services rendus par les gens d'armes; c'est principalement à leurs efforts que, sous Charles VU, on dut l'expulsion totale des Anglais. La gendarmerie figurait, comme troupe noble, dans la garde de nos rois. Après la paix des Pyrénées, c'est un amalgame de gendarmes anglais, écossais, bourguignons. Le nombre des compagnies a varié de dix à vingt; on y fondit plus tard les chevau-légers. Enfin, par l'ordonnance du 1^'" août 1767, ce corps devient gendarmerie de Lunéville, avec un effectif de dix compagnies, réformées en 1784.

Général d'armée. — Terme qui désignait le chef de toute armée agissante. C'était le général en chef d'aujourd'hui. — A la naissance de la monarchie, le roi fut général d'armée; puis ce furent les sénéchaux, les connétables et les maréchaux. Louis XIV, obligé de grossir ses armées.

les subordonna chacune à un maréchal. Mais quand le nombre de ces dignitaires obligea de réunir plusieurs maréchaux dans une même armée, il en résulta de violents conflits, qui nécessitèrent de nouveaux titres, tels que ceux de maréchal général, capitaine général.

Ciéaéral €le hataille, ou g^énéral-major. — Grade dont les fonctions et le titre existent dans les pays étrangers. Son rang répond à celui de maréchal de camp.

dénie. — I.e régiment des Fusiliers du Roi avait pris, en 1693, le nom de régiment Royal- Artillerie. A diverses époques, de 1679 à 1706, on leva une compagnie de sapeurs de 200 hommes et quatre compagnies de mineurs. Ces compagnies ne formaient pas corps. Les sapeurs prirent rang dans l'artillerie; les compagnies de mineurs furent les premières troupes régulièrement employées dans les sièges. Jusqu'alors un général, en vue d'un siège à entreprendre, choisissait, parmi les officiers, ceux qui avaient quelques notions de la fortification. Les terrassiers, pris dans l'infanterie, exécutaient les travaux d'approche et les parapets destinés aux batteries, que le personnel de l'artillerie venait ensuite armer. Quelques ingénieurs se distinguèrent sous Louis XIV : le comte de Pagan, le chevalier de Clerville, le chevalier Etienne Quarré (1), et surtout Vauban (2), que Saint-Simon proclame a le plus honnête homme, et le plus vertueux de son siècle et avec la réputation du plus savant dans l'art des sièges et des fortifications. »

Vauban, dans un mémoire, proposa la création d'un régiment de sapeurs, ou l'introduction dans chaque régiment d'infanterie d'une compagnie de sapeurs et mineurs, dont l'instruction serait l'objet de soins particuliers; mais il ne put obtenir, malgré ses instances, que la création d'un corps d'ingénieurs militaires. Ceux-ci furent classés en deux catégories : 1" les ingénieurs ordinaires, employés plus particulièrement à la construction des places fortes; 2° les ingénieurs extraordinaires, pris le plus souvent parmi les capitaines d'infanterie munis d'un brevet et des-

(1) Le chevalier Etienne Quarré, de la branche des Aligny, mestrc de canii> de cavalerie, auteur d'un traité de fortification, dont Vauban faisait tant de cas qu'il en garda le manuscrit.

(2) Vauban (Sébastien Leprestre, marquis de), né en 1G93 à Saint-Léger de Fouchcrest (Yonne), s'enrôla à dix-sept ans; lieutenant au régiment de Bourgogne (infanterie); détaché de son corps, reçoit en IG'Jo le l)revet d'ingénieur du roi; capitaine au régiment de la Ferté, puis à celui de Lorraine; à vingt-cinq ans, il dirige les sièges de Gravelines, d'Ypres et d'Oudenarde, et cependant, en 1674, à quarante et un ans, il était encore capitaine. On rend enfin justice à ses services éclatants, à son mérite incontesté; il est, sur la demande de Louvois à Louis XIV, nommé brigadier, et en l'OS il devient maréchal de France. Mort en 1707.

tinés à servir dans les sièges avec leurs compagnies. La position de ce& officiers était difficile, eflacée; Vaiiban les nommait « les martyrs de l'infanterie ».

4iiil>ci'no. — Petit coffret en bois ou en cuir renfermant les cartouches. C'est en i(i20 que Gustave-Adolphe donna la giberne à son infanterie. Sous Louis XIV, elle se portait suspendue à une bandoulière; au commencement du règne de Louis XV, elle se porta sur le devant du ceinturon, avec une poire à poudre suspendue à unn lanière de cuir passée en bandoulière; en IToO, quand commença l'usage des cartouches, on porta de nouveau la giberne en bandoulière.

Gloire. — Renommée éclatante, honorable; renommée due à des actions qui commandent plus que l'estime. La gloire est mieux que la célébrité et plus (jne l'honneur. La célébrité s'attache souvent aux mauvaises actions; l'honneur ne s'obtient que par des actions louables; la gloire, que par des actions dignes d'admiration.

Crouvci'neurs «le province. — Tandis que les intendants jouissaient des pouvoirs les plus étendus, les gouverneurs de province en recevaient les honneurs et les distinctions. Environnés de la considération qui s'attache à la naissance et aux souvenirs historiques, ils y joignaient une représentation qui attirait les yeux de la population par un grand éclat. En 1770, on comptait douze grands gouvernements (1), et vingt de moindre importance ('2), plus quatre cent sept gouvernements particuliers et soixante-six lieutenances générales. Les lieutenants généraux, subordonnés aux gouverneurs, suppléaient ces derniers en cas d'absence; il y en avait quelquefois deux dans la même province. Les gouverneurs recevaient un don voté par les états, à titre de gratification. I>es villes avaient leurs gouverneurs particuliers, appelés lieutenants dr roi. Dans les pays d'états, la tenue de ces états était pour le gouverneur l'occasion de fêtes et de réceptions où il déployait toutes les magnificences du rang et de la fortune.

Les gouvernements de province étaient souvent donnés à des princes du

(1) i" Ile-dc-Fraiice, -2" Normandie, 3" l'iiardic, 4" Chamj)agne, ii" Bretasne, G" Bour- {îogne, 7" Lyon nais, 8° Daupiiino,9''Provencc,10'' Auvergne, 11° Languedoc, 1:2' Guyenne et Gascogne.

(2) i" Flandre, 2" Artois, 3" Poitou, 4" Aunis, ">" Saintonge et Angoumois, G" Béarn, 7" Foi\, 8" Roussilion, il" Franche-Comte, 10" Alsace, 11" Lorraine, 12" Maine et Perche, 13" Anjou, 1 i" Orléanais, IS» Touraine, 16" Berry, 17" Nivernais, 18" Bourbonnais, 19" Marche, 20" Limousin.

Il y avait, en outre, des gouvernements particuliers i)our huit villes : 1" Paris, 2" Dunkerque, 3° Boulogne, 4" le Havre, 5" Saumur,C"Toul,7"Metz et Verdun, 8" Sedan.

sang. Le duc d'Orléans, Qls du régent, fut gouverneur du Uauphiné de 1719 à 1747. Son fils et son petit-fils le furent après lui. Le roi Louis-Philippe, n'étant que duc de Chartres, avait été gouverneur du Poitou en 1783. Le gouvernement de Bourgogne appartint successivement à quatre princes de la branche de Condé : Henri 11 de Bourbon; le grand Condé, son fils; Louis III de Bourbon, prince de Condé, et le duc de Bourbon (M. le Duc), premier ministre. Louis-Armand de Conti avait le gouvernement du Poitou, qui, à sa mort en 1727, passa à son fils, Louis-François de Bourbon, prince de Conti.

Presque tous les princes légitimés furent gouverneurs de province. Le prince de Dombes, fils du duc du Maine, le fut en 1730; puis le comte d'Eu, frère de ce dernier, en 17oo. Le comte de Toulouse avait passé du gouvernement du Languedoc à celui de Bretagne, où lui succéda le duc de Penthièvre. En 1722, le Maine eut pour gouverneur le maréchal deTessé, auquel succéda en 1746 son petit-fils, René Mans de Froulay, comte de Tessé.

Quoique le ministre de la guerre, outre la direction des maréchaussées, de l'artillerie et des fortifications, eût sous sa juridiction les états-majors, les haras et l'administration des frontières, les gouverneurs et les lieutenants généraux des provinces n'étaient en rien soumis à son autorité.

Gouferneurs généraux. — D'après les ordonnances du 2o juin 1730 et du !''■ mars 17«i8, ils commandent aux officiers et aux troupes, visitent les places, veillent au maintien de la discipline.

Cioiit'orneiirs particuliers. — Ces places se donnaient, comme les lieutenances de roi, et les majorités des villes et des châteaux, pour tenir lieu de retraites ou de pensions. Les gouverneurs particuliers avaient au-dessous d'eux, dans les grades inférieurs, les majors, aides-majors et sous-aides-majors.

Grades. — Ordonnance du 12 janvier 1739, qui prescrit que les différents grades seront distingués par les épaulettes.

Cirand maître de l'artillerie. — Charge qui a existé depuis le quinzième siècle jusqu'en 1762. Elle remplace au seizième siècle celle de grand maître des arbalétriers, longtemps auparavant supprimée par Louis XI. Sully fut grand maître de l'artillerie sous Henri IV. Le premier grand maître avait été Jean Bureau, mort en 1463; le dernier est Louis- Auguste de Bourbon, duc du Maine, mort en 1773. A la suppression de cette charge, les attributions en furent conférées à des inspecteurs.

GrenadierM. — Les grenadiers étaient des soldats choisis pour leur conduite et leur bravoure. La création de ce corps est toute française; elle remonte à l'époque où ils jetaient la grenade. Ils formèrent d'abord des compagnies d'élite, enfin, en 1741, un corps de 10 à 12,000 hommes. L'ordonnance du 10 avril 174o les met en régiments, et celle du 28 janvier 1746 en régiments royaux; celle du I" mars 17o0 porte ces régiments ;i douze. Ils s'acquirent une grande renommée dans la guerre de i7b6. Mais depuis l'adoption définitive du fusil , qui présentait dans le tir une rapidité et une justesse bien plus grandes que les anciennes armes à feu, l'emploi des grenades à main, très dangereux, était tombé en désuétude. Les grenadiers changèrent de rôle, non de titre. Us étaient devenus les éclaireurs et les tirailleurs de l'infanterie, et ne combattaient plus que hors ligne. C'était, sans doute, un service digne de soldats d'élite; mais on avait déjà, à cette époque, l'habitude de remplir les compagnies de grenadiers des hommes les plus grands et les plus forts des régiments. Il était aisé de comprendre que le service de tirailleurs conviendrait mieux à des jeunes gens d'une moindre taille, mais lestes et adroits. La première compagnie de chasseurs fut levée en 1725, à titre d'essai.

Circnadicrs i>owtii*lies. — Destinés à occuper les places de grenadiers, soit en cas d'absence, soit à mesure des vacances, ils ne jouissaient pas du sou de grenade, parce qu'ils n'étaient en quelque sorte qu'en survivance. Il y avait dans les compagnies de fusiliers des grenadiers postiches designés à l'avance.

Ciuerre. — 11 y a la guerre civile, la guerre offensive et la guerre défensive.

Aussitôt que les hommes sont en société, l'état de guerre commence.

Clia(|ue peuple a brille tour à tour sur la terre,

Par l'esprit, parles arts et surtout par la guerre. (Voltaiue.)

Il n'en est pas que leur histoire ne représente armés les uns contre les autres. Frédéric II écrit, en 1761 :

La guerre eu tous les temps lut le premier des arts.

Si c'est une science, elle ne l'est pas à principes arrêtes; car Napoléon a dit, depuis sa chute, qu'une nation devait changer tous les dix ans son système de guerre.

1719. — Philippe d'Orléans, régent, soutient contre l'Espagne une guerre motivée par la conspiration de Cellamare, ambassadeur de cette puissance. Le duc du Maine, fils naturel de Louis XIV, trempa dans ce

complot, qui avait pour but de faire passer la régence à Philippe V. Cette courte guerre, terminée en 1720, appauvrit les puissances qui y prirent part.

1733. — Après une longue paix, la guerre éclate à l'occasion du décès •d'Auguste II, qui laissait vacant le trône de Pologne. Elle est concertée avec l'Espagne et le Piémont, et déclarée par Louis XV à l'empereur d'Autriche; le ministère de la guerre s'y préparait depuis longtemps. La France met sous les armes près de 200,000 hommes, non compris les troupes préposées à la défense des places, des côtes et des colonies. Elle jette une armée sur le Rhin, une dans les Évèchés, une en Italie. Louis XV réussit à faire élire une seconde fois roi de Pologne Stanislas, son beau-père ; mais l'Empereur, appuyé par la Russie, s'oppose à son intronisation. I,o00 Français, chargés de le soutenir, osent lutter contre les Russes; mais ils sont bientôt forcés de se rendre prisonniers. L'Angleterre et la Hollande restent neutres. Dans cette guerre, la France obtient en Italie des succès rapides contre l'Autriche. L'empereur Charles VI perd presque toutes ses possessions italiennes. Cette guerre se termina en 1735, par le traité de Vienne, qui donnait la Lorraine à la France.

En 1739, trois semaines de campagne suffisent à la France pour soumettre la Corse.

1741. — Dans la guerre appelée par les Anglais la « guerre de 1746 », Louis XV prend parti contre la Sardaigne, l'Angleterre et l'Autriche; il déclare une guerre injuste à Marie-Thérèse, qui défendait la succession de son père et voulait faire couronner empereur son époux. La France se joint à l'Espagne et s'unit au roi de Prusse, déjà maître de la Silésie et de la Saxe. Cette coalition appuie les prétentions de Charles-Albert, électeur de Bavière, qui aspire à la couronne impériale. L'armée des coalisés est soldée par Louis XV; elle se grossit d'une quantité de légions, de chasseurs, de partisans, de nouveaux corps levés à la hâte. Le i'''' août 1742, le ministère a recours à la vicieuse pratique du dédoublement des compagnies, afin d'ouvrir des débouchés et d'offrir des emplois. C'est aussi en 1742 qu'a lieu une expédition anglaise dirigée contre Lorient. Dès l'hiver de 1744, l'infanterie ne se recrutant plus que d'enfants hors d'état de faire campagne, on les incorpore dans les B. de miliciens et on les remplace par des hommes de bonne volonté; il s'en présente en si grande quantité qu'on est embarrassé du choix : telle est la cause de la création des grenadiers royaux, qui se couvrent de gloire pendant toute cette guerre, plus brillante qu'avantageuse. Nos troupes, chassées par la famine, quittent l'Italie et l'Allemagne. Une grande partie de notre armée, après avoir abandonne la Bohème, la Westphalie et la Bavière, manœuvre entre la mer et la Meuse, s'empare de Tournay, d'une portion du Brabant, des Pays-Bas autrichiens et de la Flandre hollandaise. Les victoires de Fontenoy, de Rau-

LEXIQUE DES LOTS, DÉCRETS, ETC. ill

coux et de Lawfeld font tomber en notre pouvoir des provinces soumises à l'Autriche. Mais bientôt Louis XV est forcé d'abandonner ses conquêtes, et la France perd en même temps cette espèce de droit d'arbitrage que, depuis vingt ans, elle exerçait en Europe. La haute administration de l'armée fit quelques progrès pendant cette guerre, qui se termina par la paix d'Aix-la-Chapelle, le 18 octobre 1748.

1756. — La guerre de Hanovre, dite de Sept Ans à raison de sa durée, est marquée par plus de sièges et de batailles que celle de Trente Ans, et se termine à notre grand désavantage. En 17oo, le roi de Prusse sollicite l'alliance de Louis XV; blessé du refus qu'il éprouve, il se ligue avec l'Angleterre. Celle-ci, mécontente des stipulations du traité d'Utrecht relatives aux limites de ses possessions au Canada, nous y attaque immédiatement. Malgré les traditions de Henri IV et de Mazarin , nos plénipotentiaires signent le traité de Versailles (l'aimai 17o6), et alors commence, en 1756 sur mer et en 1757 sur terre, cette guerre funeste La France réunit une armée de 250,000 hommes, et envoie un secours de 24,000 hommes à l'Autriche; elle tient quatre armées sur pied, en Allemagne, sur le bas Rhin, dans la Hesse et en Espagne. La Prusse, unie à l'Angleterre, tient tête aux forces de l'Empire germanique, de l'Autriche, de la Russie, de la Suède et de la France. La France est attaijuée en même temps dans l'Inde et dans l'Amérique. En 1759, la victoire de Bergheim est suivie de la perte de Minden, puis de la désastreuse campagne de 1761. Malgré la situation obérée de nos finances, l'armée est portée à 330,000 hommes, indépendamment de 7,000 hommes de milices bourgeoises chargées du service de l'intérieur, de 10,000 Saxons et de 8,000 ^Vurtembergeois. Il était temps que la paix de 1762 vînt mettre fin à cet état de choses.

1767. — Expédition contre la Corse en vue de pacifier le pays. Elle est conduite par le maréchal Devaux, et devient l'occasion des premiers succès de Guibert et de Uumouriez. On y fait l'essai du nouveau système d'artillerie de montagne. La paix est conclue en 1767.

Guêtres. — Elles sont en usage dans les armées de toutes les nations européennes de 1745 à 1820. Montant jusqu'au-dessus du genou, elles étaient serrées à la jointure par une lanière. L'ordonnance du 1'' mars 1768 prescrit l'usage des guêtres en toile noire. On les porta ensuite en drap. Les dragons, quand elles n'étaient pas en cuir, les eurent aussi en drap.

Guides. — Les ordonnances du 25 janvier 1774 et du 20 décembre 1756 créent une compagnie de guides, employés comme gardes des généraux.

Les ordonnances du 1'^'' mai 1709 et du H juin 1774 désignent, dans les ré!?iments, les serments comme agents de la marche des B.

Ilaltillcment. — L'ordonnance du 28 février 1716 s'occupe sérieusement de l'habillement des troupes; celles du 10 mars 1729 et du 18 janvier 1734 marquent les premiers essais en vue d'introduire de l'uniformité dans l'habillement des soldats et des officiers. « L'augmentation des espèces, dit l'ordonnance, ayant fait hausser le prix des étoffes, en sorte que les capitaines ne peuvent habiller leurs compagnies qu'avec une dépense plus grande que celle des années précédentes. Sa Majesté a voulu y pourvoir et a chargé la compagnie des Indes de fournir toutes les étoffes nécessaires pour l'habillement des troupes, dont le prix sera réglé par les capitaines à peu près sur le pied qu'elles valaient avant l'augmentation des espèces, sauf à S. M. à faire dédommager la compagnie de l'excédent du prix des marchandises. L'armée devra être habillée en drap de Lodève. Les régiments qui voudront s'habiller cet hiver ou le printemps prochain, soit eu entier, soit en partie, enverront un état du nombre d'hommes qu'ils veulent habiller, avec la quantité de drap qu'ils demandent. Les draps seront livrés à Paris, Lyon et Montpellier; les régiments enverront un officier les y recevoir; à mesure qu'ils les auront reçus, les ballots seront plombés devant eux, et ils auront seulement à se pourvoir des voitures nécessaires pour les faire transporter à leurs garnisons. »

Les maîtres tailleurs commencent donc à prendre mesure aux soldats. Les officiers cessent de porter l'habit de fantaisie, brodé d'or ou d'argent et doublé en soie; ils y substituent un habit d'uniforme analogue à celui que portait depuis longtemps la troupe.

En 1725, l'habillement se composait du justaucorps (espèce de redingote courte, dont la partie inférieure se détachait par des retroussis), de la veste et de la culotte, qui ne va pas sans les guêtres.

C'est l'ordonnance du 31 mars 1748, s'appuyant sur celles du 19 janvier et du 1"='" juin 1747, qui détermine les coupes de l'habit en drap blanc. Ensuite arrivent peu à peu les revers, les poches en long et les différences principales distinguant l'infanterie de bataille d'avec les corps légers. L'ordonnance du 19 janvier 1747 ne connaissait pas encore le mot retroussis; elle disait : « Les justaucorps seront croisés sur le derrière en surtout. » Cette croisure n'était pas encore ornée d'attributs. Les justaucorps étaient en serge et serrés par une agrafe.

Les ordonnances des 19 janvier 1747, mai 1750 et 18 février 1763 sont

des règlements étendus, qui parurent sous le ministère d'Argenson, mais qui ne survécurent pas à la guerre de Sept Ans. L'ordonnance du 25 avril 1767 rétrécit l'haltillement, à la manière de celui des Prussiens, dont on voulait alors tout imiter; enfin celle du l^"" mars 1768 exige qu'en public l'officier ne se montre plus qu'en uniforme.

Le blanc ou le gris dominent d'abord dans l'habillement de l'armée, puis c'est le rouge et le bleu. Ces trois couleurs (blanc, rouge, bleu) étaient celles du roi et devaient être un jour celles de la France, couleurs éclatantes, harmonieuses qui donnaient aux régiments assemblés ce brillant aspect qui répondait si bien au goût de la nation. Elles séduisaient les jeunes gens qui s'engageaient : les Français ont toujours eu l'ambition de plaire.

Les capitaines restaient chargés d'habiller les soldats : malheureusement pour ceux-ci, la vanité des chefs s'accordait avec leur parcimonie pour les engager à faire ménager outre mesure le vêtement qu'ils fournissaient à leurs hommes. Ce vêtement devait durer trois ans; mais, pour qu'il fît meilleure figure dans les revues, on défendait de le porter pendant les deux tiers de l'année. Il en résultait que les soldats, réduits h un sarrau de toile et à une veste râpée, contractaient en hiver des refroidissements qui les menaient à l'hôpital. On prétend (jue dans certains régiments d'infanterie on aurait trouvé le moyen de faire durer les habits sept ans.

Haras. — La décadence de la production chevaline commence en France au moment où les compagnies d'ordonnance remplacent la chevalerie. Dès lors l'élevage du cheval décline d'une manière rapide. Henri IV s'en préoccupa et établit des haras, mais d'une façon incomplète. Sous Louis XIII, ils tombent dans l'oubli. Louis XIV, par le faste de sa cour, les effectifs de la cavalerie et de sa maison, les carrousels, remet l'élevage du cheval en honneur. Colbert institue des haras royaux, et, par ordonnance du 17 octobre i66b, chaque canton est doté d'un étalon hollandais, danois, espagnol ou barbe; il multiplie les encouragements, mais ses efforts restent sans résultats.

On appelle communément havas le lieu destiné à loger des étalons et des juments pour la production des poulains.

Les dépôts d'étalons sont les établissements dans lesquels l'État tient à sa charge un certain nombre d'étalons destinés à couvrir les juments des particuliers au moment de la monte.

Le droit de saillie, qui n'était que de .3 livres et d'un boisseau d'avoine, avait déjà excité des réclamations assez fortes; elles avaient même paru assez fondées pour que par le ri'glement du .31 août 1718, touchant le service des haras à établir dans l'intendance du Roussiilon, le roi, en T. vu. 33

conservant aux gardes-étalons leurs privilèges, en exceptât cependant la rétribution d'un écu et d'un boisseau d'avoine pour le saut de chaque jument.

L'organisation appelée sous Louis XV « administration des haras » avait de grands avantages avec ses haras parqués, ou de particuliers, et ses haras de l'État. A ce système ont succédé d'abord les primes aux poulains et poulinières, puis les courses de chevaux.

En 1770, l'Autriche a essayé le système, dit « haras de l'armée ».

llati!S««e-col. — Ce mot, dont i'étymologie est toute française, désigne une imitation en petit du hausse-cou des chevaliers. Le hausse-col est resté le signe distinctif des officiers d'infanterie, quand ils accomplissent un service ou qu'ils sont à la tète d'une troupe sous les armes. Le règlement du 1''' mars 17t)8 enjoint aux officiers de porter le hausse-col pendant toute la durée du service. Dans un vieux recueil de règlements, on trouve, sous la date de 1758, un projet, resté sans réalisation, qui consistait à en tirer un parti profitable : on eût gravé autour de l'écussori, ou derrière, le nom, l'emploi, le régiment de l'officier, avec la date de sa commission ou de son brevet. L'officier aurait ainsi porté sur lui le témoignage de son véritable rang d'ancienneté. En cas de mort sur le champ de bataille, ce genre d'inscription devenait, pour la famille, comme un certificat d'identité.

Les officiers des gardes françaises le portaient doré, ceux des gardes suisses argenté, et ceux des régiments étrangers en acier.

Tous les officiers portent en service un hausse-col de cuivre jaune, tout uni, sans armoiries, chiffres ni devises. Cette pièce de métal, échancrée, reste des armes défensives dont le soldat était autrefois couvert, se place sous la cravate, joignant le col. Dans la cavalerie, cette marque distinctive est remplacée par la giberne.

Ilavrcsac. — Le soldat portait en marche ses effets dans un sac en coutil suspendu en bandoulière par une bretelle, comme une carnassière. Ce sac, long de quatre pieds, large de deux pieds six pouces, avec coins arrondis, s'appelait havresac (1). Outre l'usage ordinaire, il servait de coucher à la guerre, et on y mettait un petit sac à serrer les nippes. Ce havresac avait une bretelle, de la largeur de la bande du ceinturon, cousue à deux pieds de l'ouverture et qui venait se boucler à un autre morceau de bretelle cousue sur le côté gauche. On repliait en dessus, depuis la bretelle, la partie vide du sac. Lorsqu'on ordonnait une charge, un feu de

(1) Quand les reîtrcs arrivèrent en France, ils apportèrenl de leur pays ce sac, qu'ils appelaient hafersack, habersach, mol signiliaiil musette ou sac à provisions.

file ou de trois rangs, l'infanterie devait préalablement mettre le sac à terre.

Outre le sac, les soldats portaient en campagne des vivres pour quatre jours avec leurs marmites et leurs bidons.

En d7.il, le havresac était en coutil doublé de peau, à une ou doux bretelles; les miliciens ne le portaient qu'en toile.

L'ordonnance du 21 mars 1708 (titre XXI, art. 141) adopte le mot francisé de havresac et prescrit au commandant du régiment de faire tour les mois une visite générale des havresacs. Dans ce dessein, on rassemblait le régiment à l'improviste, et, sans bruit de caisse ou de trompette, chaque sous-officier et soldat, cavalier ou dragon, apportait et déployait devant lui son havresac ou son portemanteau, et le commandant du régiment visitait les effets qui y étaient contenus, partageant les bataillons ou escadrons entre les officiers supérieurs, afin d'employer moins de temps à cette visite. Si, dans cette visite, on découvrait que le soldat avait perdu ou vendu quelqu'un des objets fournis par l'Etat, il était tenu de remplacer ces effets sur les fonds de sa masse.

Honneur. — Source d'un grand nombre d'actions louables. C'est le sentiment qui porte d'Assas, surpris seul par l'ennemi, à crier : Auvergne, à moi! et à se faire tuer, quand, en gardant le silence, il eût pu sauver sa vie par une lâcheté qu'on eût ignorée. L'honneur est le garant de l'intégrité, le juge intérieur de nos actes.

C'est le sentiment de l'honneur qui portait la noblesse à servir le roi. Ce service, elle le devait à sa propre dignité, elle le devait à la gloire de ses ancêtres comme au respect de ses descendants. Être homme de guerre ce n'était ni un métier, ni une profession, ni une carrière; c'était la vie. Ce n'était pas impunément qu'on avait l'épée au côté. L'honneur a toujours été le dieu de la noblesse française. Quand Montesquieu se mit à en raisonner, l'honneur agonisait, et cette société est morte. Mais l'honneur ne pouvait mourir en France, il s'est relevé, il a revécu bientôt dans les camps, par la guerre. L'honneur est le lot de tous les hommes honnêtes; chez le soldat, il s'unit au courage militaire.

Honneurs. — De tout temps, les chefs de troupes reçurent d'elles des témoignages extérieurs de dévouement et d'obéissance. L'ordonnance du 20 avril 1727 et celle du 2o juin 1750 s'occupèrent des honneurs en garnison; celle du 17 février 1753, des honneurs en campagne. Elles se fondirent dans celle du l*"' mars 1768, dont les dispositions ont été en grande partie conservées jusqu'à ce jour.

Une circulaire aux commandants des places de Flandre, relative aux honneurs à rendre aux princes du sang sur leur passage, ordonne de

tirer le canon à leur entrée et à leur sortie, et de battre aux champs. Quant à leur garde, elle était fixée par les ordonnances à oO hommes, avec un drapeau, détachés des plus anciens régiments, suivant le rang de chacun de ces princes. Louis XIV, en fixant par l'article 265 de son règlement du 8 décembre 1691 la garde donnée par le régiment de ses gardes aux princes du sang à iiO hommes, commandés par un lieutenant, se réservait, par l'article 266, de leur accorder une compagnie entière, à condition que les tambours ne feraient que rappeler. En conséquence, l'intention du roi était que les princes du sang et les princes légitimés de France auxquels il a permis de servir en Flandre jouissent de cet honneur. Que s'ils se trouvaient tous ensemble dans une même place ou un même quartier avec le régiment des gardes, cette garde d'une compagnie ne sera donnée qu'au premier d'entre eux aux conditions de Tarticle 266; la garde des autres princes sera tirée des autres régiments, le plus ancien de ces régiments devant fournir la garde du second, et ainsi de suite, suivant le rang de ces princes.

llôpitaux. — L'ordonnance du 20 décembre 1717 et celle de 1718, puis celle du 22 novembre 1728, s'occupent des hôpitaux. Le l*"'' janvier 1747, paraît un règlement détaillé sur leur administration; on y insiste plus fortement qu'on ne l'avait fait jusqu'alors sur l'établissement des feuilles de route des militaires isolés et sur la délivrance des billets d'entrée et de sortie dont ils doivent être munis.

« Les hôpitaux sont dans un état si pitoyable que le cœur le plus dur en serait touché, écrivait le comte de Clermont le 16 février 1758 au ministre. Il y règne une saleté et une puanteur, qui seules feraient périr l'homme le plus sain. 11 n'y a ni lits, ni linge, ni médicaments, et souvent le bouillon manque, etc. » En effet, l'entreprise des hôpitaux se donnait à l'enchère, se vendait au plus offrant, de sorte que l'acquéreur cherchait à se rattraper sur les malades. Jusqu'en 1759, le service des hôpitaux laissait à désirer sous tous les rapports. Mais le progrès, une fois commencé, ne devait pas s'arrêter, car en 1772 on forma une commission de santé chargée d'inspecter les hôpitaux, et l'on ouvrit à Strasbourg, Metz et Lille trois grands amphithéâtres destinés à former des médecins et des chirurgiens. Xavier Audouin {Histoire de l'administration de la guerre) dit que la réputation des chirurgiens français était, à cette époque, si bien établie que Frédéric II, lorsqu'il organisa le service de santé de ses armées, y créa deux places de chirurgiens français.

La journée du soldat malade était de 10 sols, prix accordé aux entrepreneurs. Les médecins attachés à ces hôpitaux n'avaient pas de gages, et les chirurgiens étaient payés par les entrepreneurs. A partir de 1759, les uns et les autres recurent du roi des traitements fixes.

En 17C4, une nouvelle ordonnance décide la création de Si» hôpitaux militaires permanents, placés sous la surveillance des commandants de place, et dont la police est confiée spécialement aux commissaires des guerres et aux intendants des provinces.

Les hôpitaux ont été lon^rtemps exploités par les engagements à forfait de deux entrepreneurs, l'un pour les denrées et les médicaments, l'autre pour les effets de couchage et les frais du service. Il y en avait pour l'intérieur et pour les armées; en sorte que les évacuations donnaient lieu à des contestations perpétuelles. Cet état de choses dura jusqu'en 1781 .

Infanterie. — Tout homme qui combat à pied s'appelle un fantassin. L'infanterie est propre à tous les genres de services : pour agir, elle ne dépend ni de la nature des lieux ni de la saison; c'est la force principale et la partie essentielle des armées. Sous Louis XV, l'infanterie est employée à la construction, à la réparation des forteresses, à l'ouverture des canaux. Cormontaigne, en 1744 et 1745, employa les soldats à la démolition des remparts de Menin, Tournay, etc. En 1739 et 1769, les troupes ne purent tenir en Corse avec sécurité qu'en perçant des routes à l'aide de l'infanterie. On distinguait l'infanterie de bataille, ou de ligne, et l'infanterie légère. « Ce que j'admire autant en ces fantassins, c'est que vous verrez des jeunes gens sortir des villages, de la labeur, des boutiques, des escoles, des palais, des portes, des forges, des écuries, des laquais et de pareils autres lieux bas et petits; ils n'ont pas demeuré plustôt parmy ceste infanterie quelque tems, que vous les voyez aussy tost faicts, aguerris, façonnés, que de rien qu'ils étaient, viennent à estre capitaines et esgaux aux gentilshommes, ayant leur honneur en recommandation autant que les plus nobles, à faire des actes aussi vertueux et nobles que les plus grands gentilshommes. » (lirantôme.)

Infanterie française.

1719 Ili..';f)7

.„, j./ o,-.2 ( Officiers compris, ainsi que les Imalides, les

I C(>inpagnies franciies et la milice.

1"35 1 10.09:! Y compris les gardes françaises.

..jgg „.. g^„ ( Y compris les gardes suisses, les miliciens,

(. les volontaires et les compagnies franches.

1748 330. .'iSi

.-^ ,.=. r- • ,-««.„ ( Non compris les gardes françaises et suisses,

1702 (I" février) — 273.943 , , „ f

( lormant 6.930 lionniies.

1762 (10 décembre). 123.991

1773 l.jI.OOO

177i l.-w.OOO

Infanterie étrangère.

1719 20 régiments. 24.898 lionimes.

;'Sont à 1,2, 3 B.;les B.

1749 30 - 29.860 - ) de 6 à 8 compagnies;

i les compagnies de ^ 50 à 67 hommes.'

1762 (10 décemlire). 23 — 24.990 — 47 B.

1762. — Création d'un quartier-maître par régiment, avec rang de sous-lieutenant. Il commande tous les fourriers et est chargé du logement et du campement. 2 porte-drapeau par B. remplacent les 2 enseignes; ils sont tirés du corps des sergents, ont rang de dernier sous-lieutenant et portent les drapeaux à pied. L'appointé, nouvelle création qui prend dans l'armée la place de l'anspessade, commande l'escouade en l'absence du caporal.

D'après les ordonnances des 19 juin 1771 et 18 juillet 1772, chaque B. d'infanterie française et étrangère est composé d'une compagnie de grenadiers et de 8 compagnies de fusiliers.

Ingénieur géographe. — Titre donné aux officiers du corps spécialement chargé de la confection des cartes civiles et militaires. Cette institution date du règne de Louis XV. Ces officiers, en petit nombre, avaient le titre d'ingénieurs géographes des camps et armées, parce que les levées des champs de bataille et les reconnaissances militaires constituaient leur principale occupation.

C'est du 20 avril 1736 que date l'organisation du corps des ingénieurs géographes; mais depuis longtemps des officiers étaient attachés aux armées sous le nom d'ingénieurs géographes des camps et armées. En 1744, on réunit le dépôt des cartes à celui des fortifications, fondé par Louvois. En 1761, un officier ingénieur géographe est attaché au dépôt central de la guerre, à Versailles; les autres résidaient à Paris, d'où on les détachait, suivant les besoins, aux armées en campagne. Ainsi furent employés Cassini, Camuset, Monligny et d'autres ingénieurs.

Ingénieur militaire. — Officier chargé des travaux militaires, savoir : en temps de paix, les fortifications des places, les bâtiments mi-

litaires et toutes les constructions sur les terrains militaires; à la guerre, les travaux de siège (attaque et défense], les retranchements et autres ouvrages nécessaires dans les combats, les batailles et la marche des armées.

C'est du corps de ces ingénieurs militaires que sont sortis des hommes tels qu'Adam de Crapone, Errard de Bar-le-Duc, Claude de Chàtillon, Pagan, Deville, Fabre, Mcsgrigni, Goulon, Clervillc, Deshoulières, Vauban, Lappara, Dupui-Vauban, Valory de Montalembert, Bélidor, Cormontaigne, Filey.

En 1690, Louvois réunit les ingénieurs en un seul corps. En 1748, il fut décidé qu'on ne pourrait être ingénieur sans avoir passé par une école spéciale établie à Mézièrcs, puis transférée à Metz.

En ] 732, on leur donna l'habit rouge à parements bleus. Il est remplacé, en 1744, par l'habit gris de fer à revers de velours noir, avec un filet d'or aux boutonnières el une bordure d'or au chapeau. En 17o8, ils prennent l'habit bleu de roi avec parements de velours noir et doublure rouge, qu'ils gardent jusqu'en 1776.

Ce corps disparut un moment en 1705, par suite de la réunion de l'artillerie et du génie ; mais une année de guerre suffit pour montrer les inconvénients de cette innovation, et en 1758 les deux corps furent rétablis dans les conditions où ils se trouvaient trois ans auparavant.

Par l'ordonnance du 10 mars 1759, le roi se réserve d'employer des officiers du corps dans les états-majors des armées, et décide qu'aucun ingénieur ne pourra servir d'aide de camp à un général.

Insig^nes. — De i7o0 à 1760, les vestes et les collets sont de drap rouge ou bleu, moins salissant que le drap gris blanc.

A la fin de la guerre de Sept Ans, l'engouement pour les usages des Prussiens fait adopter un costume plus étroit.

De 1767 à 1775, on essaye une infinité de coiffures, qui sont ensuite successivement abandonnées, et c'est l'ordonnance du 25 avril 1767 qui semble enfin établir une forme durable.

Les habits sont garnis d'un rrvers; les officiers de fusiliers et les simples fusiliers portent le chapeau bordé ; les officiers de grenadiers, le bonnet de peau d'ours et les buffleteries en cuir blanc.

Colonel, 2 épaulettes or ou argent, ornées de franges, dites graine d'épinards.

Lieutenant- colonel, 1 épaulette k gauche, semblable.

Major, 2 épaulettes à franges simples.

Capitaine, sur l'épaule gauche, I épaulette semblable à celle du major.

Lieutenant, 1 épaulette losangée à frange simple mélangée de soie.

Sous-lieutctiant, l épaulette semblable à celle du lieutenant.

Quartier-maître porte-drapeau, épaulette de soie bleue. Sergent fourrier, bande de galon sur les manches. Caporal, deux galons en laine.

Tambours, la livrée du roi, sauf ceux du régiment de la reine et des princes du sang, qui gardent leurs livrées anciennes.

Inspecteur grénéral d'artillerie. — Titre qui remplaça celui de grand maître de l'artillerie. De Vallière fut chargé de cette inspection en IToo; Gribeauval lui succéda en 176j.

Inspecteur général d'infanterie et de cavalerie. — Ces

officiers généraux étaient désignés par le ministre pour veiller au main lien de l'esprit d'uniformité et de discipline dans les corps. Ils devaient s'assurer de la capacité des officiers, sous-officiers et caporaux ou brigadiers, constater les droits de chacun, visiter les casernes, les archives, les magasins, les écoles, etc.

En 1714, il y en avait huit, ils furent tous pris pendant le règne de Louis XV parmi les lieutenants généraux ou parmi les maréchaux de camp . Le nombre variait chaque année; le ministre désignait à chacun les régiments qu'il devait inspecter. Cet ordre de choses subsista jusqu'en 1776.

Intendants. — C'est presque toujours à Richelieu que remontent les institutions administratives ayant pour résultat de concentrer tous les pouvoirs dans les mains du monarque. On lui doit la création des intendants, dont le titre officiel : « intendant de justice, police, finances et commissaire départi dans les généralités du royaume pour l'exécution des ordres du roi », indique ce qu'ils furent en effet, les instruments les plus actifs du pouvoir absolu. Les intendants devinrent permanents en 163o. Ala fois administrateurs et juges, ils jouissaient d'un pouvoir discrétionnaire. Leur juridiction s'étendait à toutes les affaires civiles et criminelles. Tout ce qui concernait l'enrôlement des troupes relevait de leur autorité. Ils correspondaient directement avec les ministres. Supprimés en 1648, ils sont rétablis en i6o4, et on en donne un à chaque généralité. Tous les ans, ils devaient parcourir le territoire de leur généralité, élection par élection, s'arrètant dans les villes et les villages, pour s'enquérir de leurs besoins, recevoir les réclamations et les plaintes. Les intendants avaient parfois à liquider les dettes communales et à remédier aux maux causés par une mauvaise administration. Il entrait dans leur charge de veiller à la santé publique et de prendre des précautions contre les épidémies.

Par leur administration souvent intelligente et éclairée, ils propageaient l'instruction, les innovations utiles et battaient en brèche les préjugés.

La France était divisée en pays d'états et en pays d'élection. Les pays d'états comprenaient la Bretagne, le Languedoc, la Bourgogne, la Flandre, l'Artois, le Dauphiné, la Provence et quelques contrées situées au pied des Pyrénées, représentant ensemble le quart du territoire. Les pays d'élection, comprenant les trois quarts de la France, relevaient de l'autorité immédiate du roi : tels étaient l'Anjou, le Maine, la Normandie, la Touraine, l'Orléanais, le Bourbonnais, le Nivernais, la Marche, le Berry, l'Aunis, la Saintonge, l'Angoumois, la haute et la basse Auvergne, le Quercy, le Périgord, le Rouergue. La convocation de leurs assemblées appartenait au pouvoir royal, qui en réglait les séances, et les officiers royaux dirigeaient les délibérations.

Parmi les intendants, il est juste de distinguer de grands caractères, des administrateurs habiles, des hommes intègres; il suflit de citer Turgot, Tourny, Étigny, Paulmy, auxquels la reconnaissance publique éleva des statues, ou dont elle voulut donner le nom à des places ou à des promenades datant de leur administration.

Iiifciidant militaire. — C'est le nom des fonctionnaires chargés de pourvoir à tous les besoins de l'homme de guerre et de rendre compte de tous les fonds que l'État lui consacre. Les intendants commencent à figurer dans l'état-major général tout à la fin du règne de Louis XIV. L'approvisionnement des armées en campagne, trop complètement livré aux spéculateurs, ne remplit pas les conditions d'une bonne gestion, malgré l'habileté de d'Argenson et de Choiseul. D'après l'ordonnance du 5 avril 1763, époque où les compagnies passent au compte de l'État, les intendants des armées n'interviennent dans l'administration intérieure des corps que comme agents intermédiaires entre les capitaines des compagnies et les trésoriers.

Dans la guerre de 1741, M. Hérault de Séchelles, dont le nom est demeuré célèbre, fut intendant en chef.

Invalides. — Philippe-Auguste, en 122b, eut la première pensée de créer un asile pour les soldats estropiés, mais le projet n'eut pas de suite. Saint Louis fonda les Quinze-Vingts en faveur des chevaliers infirmes ou estropiés revenus de la croisade. Au chapitre iv du quatrième livre de ses Commentaires, Montluc, s'adressant à Henri II, s'exprime ainsi : « Certes, Sire, et vous qui êtes appelés aux grandes charges, une des « principales choses dont vous devriez avoir soin, c'est d'établir des lieux « pour les pauvres soldats estropiés et blessés, tant pour les panser que n pour leur donner quelque pension; pouvez-vous moins faire, puisqu'ils « vous font présent de leur vie?» Henri II ne resta pas sourd à l'appel de

Montluc. « Aux stropiats, qui avoient perdu bras et jambes ou la moitié « delaveiie pour son service, ditViellevilie {Mémoires, liv. III, eh. ix), il « fist donner de l'argent et les relégua dedans des abbayes en France, « ordonnant aux abbés de leur donner pension annuelle pour le reste de « leur vie. »

En 1573, Henri III fonda, dans la rue de Lourcine, une maison royale hospitalière, « pour l'entretenement des pauvres capitaines et sol- « dats estropiez à la guerre, ans quels il assigna des rentes et reve- « nus pour aliment et vesture sur les hospitaux et maladreries de « France, pour les loger une maison située en la rue des Cordeliers « Saint-Marcel lez Paris, appelée la maison de la Charité chrétienne. Il « ordonna que ceux receuz en cet ordre charitable porteroient sur leur <( manteau, au costé gauche, une croix anchrée en broderie de satin « blanc ou taffetas, à l'orle et bordure de soye bleu céleste. Au mitan « de la dicte croix une lozange de salin bleu céleste, chargée d'une fleur « de lys d'or en broderie; ceste croix entourée, contenant ces mots « brodez en lettres d'or : « Pour avoir fidèlement servy. »

Henri IV, le 7 juillet 1605, ordonna la reconstruction de la maison de Lourcine et la dota généreusement. Louis XIII, voulant développer les œuvres paternelles, fit faire à Bicètre des travaux pour l'installation d'une maison de refuge destinée aux vieux soldats. Louis XIV enfin créa l'hôtel des Invalides. Un arrêt du conseil, daté du mois de mars 1660, décida la construction de ce vaste et grandiose hôtel pour recevoir les débris des armées françaises. Dix ans plus tard, les travaux étaient achevés par les architectes Jules Hardouin et Mansard.

Les invalides entretenus à l'hôtel, comme incapables de service pour cause d'infirmités graves, étaient au nombre de 4,000 environ. Il y en avait 10,000 autres qui formaient 177 compagnies, employées comme garnisons en province; 3 compagnies formaient à Lunéville la garde du roi Stanislas; 26 autres étaient partagées entre l'hôtel des Invalides, la Bastille, Paris et Vincennes.

Une ordonnance du 7 octobre 1724 défend, sous peine d'expulsion de l'hôtel des Invalides, à tout militaire de contracter mariage sans autorisation. (Voiries ordonnances de 1716, 17.30, 17.31, modifiant le règlement du 12 mars 1670.)

Lorsque les soldats avaient servi 23 ou 30 ans, ils pouvaient entrer dans les compagnies d'invalides. Ces compagnies, au nombre de 77 en 1740 et de près de 200 en 1760, formaient les seules troupes de garnison pour les châteaux et forteresses de l'intérieur. Elles appartenaient au roi et ne se vendaient pas. Leur solde était fournie par le 31'' jour du mois, jour retranché de la solde mensuelle; par la retenue sur tout ce qui était payé pour les troupes, enfin par les contributions en argent fournies par

les abbayes et couvents qui autrefois, avant la création de l'bôtel, avaient la charge d'entretenir les officiers et soldats estropiés au service du roi. (Voir les ordonnances du 10 mai 1721), d'août 1731 et du 1<"'" janvier 1768, sur les invalides.)

Effectif des soldais invalides de 1719 h 1775.

En 1719, ils étaient 10,000

En 1748 — 11,000

En 1761 — 10,418

En 176.3 — 7,640

Tant à l'hùtcl des Invalides cjue dans les compagnies détachées.

C'est alors (|ue M. de Clioiseiil proposa aux invalides de se re-

£n 1764, ai)rcs la guerre de Sept I tirer avec solde dans les pro-

Ans, près de 30,000 \ vinces. 1-i.OOO environ y consentirent, et les compagnies détachées, dont le nomijre dépassait alors 150, purent être ré- \ duiles à 81.

En 1766, ils étaient 0,-280

En 1775 — 0,900

Jeu. — Les anciens rois rendirent des ordonnances sévères contre les gens de guerre qui, dans les camps ou les garnisons, jouaient aux jeux de hasard. François K'" voulut qu'ils fussent fouettés la première fois, et fouettés, cssorillés et bannis en cas de récidive. Henri II renouvela cette ordonnance en 1557. Louis XIV, par les édits de 1091 et de 1698, changea ces peines en peines capitales. Louis XV voulut aussi bannir les jeux de hasard de ses armées; il promulgua l'ordonnance du l''"' juillet 1729 contre les joueurs; enfin, par celle de 1768, il enjoignit aux officiers généraux de veiller à ce que, parmi les troupes sous leurs ordres, les coupables fussent condamnes suivant la rigueur des lois. Pour éviter aux officiers tout engagement ruineux, et conserver à sa destination naturelle le traitement que le roi accordait à son armée, une ordonnance défendit de rien acheter à crédit. Les titres et billets furent supprimés, les officiers perdants qui les auraient souscrits et les officiers gagnants devaient être punis des arrêts et de la prison. Tout officier ou cadet joueur, après deux punitions, était jugé par un conseil de guerre et renvoyé de son corps.

aiigement, arrêt. — Termes génériques exprimant les actes par lesquels la loi défère juridiction sur la punition des crimes.

Les travaux des érudits qui depuis François I'"' avaient illustré les parlements et le barreau permirent aux ministres de Louis XIV de rédiger les premiers codes que la France ait possédés. Ces ordonnances fixèrent la législation française.

•Iiistaucorp». — Vêtement qui, dès 165;» et en 1072 fut porté par les gardes françaises comme habit de troupe. L'ordonnance du 10 mars 1729 le donne de nouveau à l'armée. Les règlements des 20 avril 1737, 19 janvier 1747 et 23 avril 1767 s'étendent sur sa forme, la quantité de drap employé à sa confection, et montrent qu'en définitive il y avait peu de différence entre l'habit et le justaucorps.

Lansffucnets, ou landkiieelits. — Mercenaires recrutés surtout eu Allemagne.

« Bons hommes, dit Brantôme, mais la plupart gens de sac et de corde, méchants garnements, ayant les cheveux hérissés et de longues barbes. »

Liég^ion. — Les légions furent créées à l'instar de celle du maréchal de Saxe, dite légion de Saxe, toute composée d'étrangers. En 1743, 1744, 174o, 1750, 17o7, 1761, il y en eut de composées de chasseurs à pied et à cheval, d'autres de hussards, d'autres de chevau-légers. Le corps de Grassin, colonel des Grassins, formé en 1744, fut supprimé en 1749.

Dans la guerre de 1756 on comptait six légions : Royale, Flandre, Lorraine, Condé, Soubise, Dauphiné; leur force était d'environ 2,060 hommes, dont le tiers seulement de cavalerie. D'autres corps, sans porter le nom de légions, en furent réellement aussi : par exemple, en 1743, les chasseurs de Fischer, et en 174a les fusiliers de laMorlière, corps de 700 hommes à pied et 300 à cheval. En 1760, il y eut des régiments de hussards comprenant de l'infanterie.

L'ordonnance du 1*^' mars 1763 ne conserva que quatre légions, de dix-sept compagnies : une de grenadiers, coiffés de bonnets à poil; huit de fusiliers; huit de dragons, coiffés de casques de fer et décorés d'aiguillettes. Cette même ordonnance donnait au colonel et au lieutenantcolonel des épaulettes presque pareilles.

L'ordonnance du 25 avril 1767 coitfe de bonnets à poil les dragons des légions.

I^cttre de service. — Diplôme adressé à un officier et l'autorisant à exercer un emploi en rapport avec son grade. Elle détermine l'époque de la réception et de l'entrée en fonctions. Elle diffère du brevet en ce que le grade qu'il confère pourrait être sans emploi, tandis que le droit

au traitement de l'emploi est la conséquence de la délivrance de la lettre.

I^ieuteiiant. — Les lieutenants sont tirés de la classe des enseignes, des suus-lieutenants, des sous-aides-majors. En 1748, les lieutenants furent supprimés et les emplois qu'ils exerçaient devinrent ceux des capitaines en second; mais cette suppression fut de peu de durée. On comptait un lieutenant par compagnie.

liiculenant-coloncl. — Lieutenant du colonel, et ensuite le capitaine qui commandait la compagnie colonelle; il s'appelait aussi capitaine-lieutenant, parce qu'il était le lieutenant du colonel général; il le représentait à la tête de la compagnie qui, dans chaque régiment, restait la propriété de cet officier général.

Le lieutenant-colonel eut à son tour sa compagnie, la lieutenantecolonelle; il la faisait aussi commander par un représentant, dans la cavalerie comme dans l'infanterie.

L'ordonnance du 10 décembre 1762 donne comme marque distinctive de ce grade une épaulette d'or ou d'argent, selon la couleur du bouton, ornée de franges à nœuds de cordelière à gauche.

C'était l'usage que les lieutenants-colonels d'infanterie fussent nommés brigadiers sans passer par le grade de mestre de camp; mais il n'en était pas de même pour la cavalerie. Quelques exemples rares font exception à cette règle.

Avant l'ordonnance du 10 décembre 1762, un capitaine passait lieutenant-colonel par le droit de l'ancienneté; cette ordonnance réserve au roi le choix à cet emploi; et comme le grade de colonel était souvent donné à des officiers qui n'avaient d'autre titre que la faveur, la place de* lieutenant-colonel devint le partage des officiers expérimentés. D'après l'ordonnance du l^"" mars 1760, il y a souvent lieu d'attribuer les places vacantes à des officiers tirés d'autres corps. Celle du i'^' août 1768 veut que le lieutenant-colonel soit toujours logé le plus près du régiment en bataille, à quatre pas à la droite du colonel.

L.ieutenant général. — Ce grade remonte à Louis XIIL Les lieutenants généraux sont attachés à une armée; ils ne sont pourvus que d'une simple commission mentionnée dans une lettre de service et pour la durée de la campagne. Leur nombre a beaucoup varié.

liits. — Le 21 avril 1732 fut passé un traité pour la fourniture générale des lits aux troupes, à raison d'un lit pour trois soldats, bien que la propreté des hommes, la salubrité, les mœurs demandassent que les lits de soldats ne fussent qu'à une place. Jusqu'à cette époque, l'infanterie couchait comme elle pouvait, soit au compte des communes, soit aux dé-

pens des particuliers, soit même sur la paille. Les lits furent d'abord fournis par les habitants, mais le plus souvent par les villes; plus tard cette fourniture passa à des entrepreneurs payés par l'État. Ces couchettes avaient une dimension fixée; elles étaient garnies d'une paillasse, d'un traversin, d'une couverture et d'une paire de draps, plus un matelas de laine cardée. L'ordonnance du 1"' mars 1768 réclame un lit de plume, quand le soldat loge chez l'habitant : ce lit devait suffire pour trois hommes. Les maréchaux du Muy et de Ségur firent rendre des ordonnances pour qu'on ne fit coucher que deux hommes par lit. L'État s'efforçait de réglementer le mieux possible cette charge du logement chez l'habitant, et c'est dans ce but qu'en 1768 eut lieu le premier numérotage des maisons des villes.

liOgeiuent. — L'obligation du logement entraînait souvent de nombreux abus. Le soldat se faisait le maître de la maison dans laquelle on l'avait logé, et rien ne protégeait le propriétaire contre les vexations des troupes. De là une invincible horreur pour cette sorte d'impôt qu'on appelait le logement des gens de guerre. L'ordonnance de 1768 exigeait que l'officier donnât reçu des meubles qui lui seraient confiés. Enfin, l'impôt du logement étant devenu insupportable, l'établissement des casernes eut pour objet d'en affranchir totalement la population.

liOgcments d'une place. — Se dit des travaux offensifs de la guerre de siège. Dans les attaques de place, les approches des assaillants sont une suite de logements, depuis les parallèles et les places d'armes jusqu'à l'occupation de la demi-lune, de la contrescarpe, de la brèche.

L.iixe. — Beaucoup de généraux mangeaient dans de la vaisselle plate. Le luxe de leurs équipages était à l'avenant. Malgré toutes les mesures prises par les ministres de la guerre pour combattre les habitudes luxueuses dans l'armée, la mode l'emportait; les ordonnances ne produisirent aucun effet, et tout de suite elles étaient transgressées (C. Roussel, le Comte de Gisors).

Ces désordres n'étaient point particuliers à l'armée française, l'armée prussienne en souffrait également. « Si le brigandage et le désordre des femmes et des goujats continue, écrivait Frédéric à son frère, le 5 juillet 17S8, il sera bon de faire un exemple et de faire pendre quelques-uns de cette canaille. »

Au début delà guerre de Sept Ans, le maréchal d'Estrées, honnête et vaillant soldat, s'indignait de la conduite des troupes, et il fit pendre bon nombre de pillards pour servir d'exemple. Cependant la première année de la guerre de Sept Ans fut un début brillant : l'occupation de la West-

phalie, le passage du Neckar, la victoire d'ilastembeck, la conquête do. l'électorat de Hanovre, du duché de lîrunswick et de tout le pays qui s'étend de Brème aux portes de Magdebourp. enfin la capitulation infligée à l'ennemi à Closter-Seven, étaient des succès bien propres à flatter l'orgueil de l'armée et de la nation. Tant que les troupes sont bien nourries et bien conduites, elles ne commettent ordinairement aucun excès, parce que la discipline est alors facile à maintenir. Mais quand les opérations^ de la guerre sont malheureuses, que les privations se font sentir, le luxe des chefs devient pour les soldats une excitation continuelle au pillage, aux excès de toute sorte et à l'indiscipline.

L'ordonnance du do février 17.34 enjoint aux officiers de diminuer le luxe de leur table et de réduire leurs équipages à la guerre. Ce règlement est digne de la sagesse d'un souverain, mais l'exécution en était difficile. 11 apporta néanmoins plus de facilité dans le transport des bagages, et diminua la consommation générale et la dépense particulière de l'officier. L'ordonnance du roi du 8 avril 173o porte que nul colonel d'infanterie, mestre de camp de cavalerie ou de dragons, ni aucun officier, subalterne ou volontaire, ne pourra avoir dans ses équipages d'autre vaisselle d'argent que des cuillères, fourchettes et gobelets. Il est défendu de faire servir à la table des officiers autre chose que des rôts et entremets de grosses viandes. A l'égard des fruits, ils seront servis dans des plats ordinaires, et non dans des porcelaines, cristaux, etc.

Le 20 juillet 1741 paraissent deux ordonnances, l'une pour défendre aux officiers généraux d'employer à leur usage personnel les chevaux de l'artillerie ou des vivres, l'autre pour régler les équipages. Il n'y a que le commandant de l'armée qui ait le droit d'en avoir tel nombre qu'il voudra. Les lieutenants généraux ne doivent avoir que 30 mulets ou chevaux en tout; les maréchaux de camp, 20; les brigadiers et colonels, 16; les autres officiers, autant qu'ils ont de fourrages. L'esprit militaire s'accorde mal avec la mollesse et le luxe; il est temps d'en revenir à l'ordonnance du Ici avril 1707, prescrivant à tous les officiers de ne faire servir pour le dessert que des compotes, du fromage, du lait ou des fruits crus et cuits, sans sucreries, biscuits ni massepains.

L'ordonnance du 25 mars 1758 fait observer que le caractère de générosité et de gaieté qui est celui de la nation française la porte tellement à la dépense que, si la prudence du monarque ne la réprimait quelquefois en renouvelant les ordonnances, elle pousserait les choses à un excès embarrassant pour les armées et ruineux pour ellemême. En conséquence, il est défendu aux officiers de tous grades et môme aux lieutenants généraux de faire servir autre chose sur leurs tables que des potages et du rôt, des entrées et entremets de grosses viandes. Les fruits montés sont interdits.

L'article 18 de l'ordonnance du 3 juin 1758 n'admet d'autre vaisselle d'argent, sur les tables, que les couverts, les cuillères à potage et à ragoût et les gobelets; les plats et les assiettes doivent être d'étain, de fer-blanc ou d'autre métal de moindre prix. Cet article supprime les cristaux, les porcelaines et même les faïences ou autres terres cuites.

Une lettre du maréchal de Belle-Isie au duc de Chevreuse fait supposer que le mestre de camp général des dragons s'était conformé à cette ordonnance, qui avait amené un mieux à son estomac.

» Versailles, le 2G mai 17S9.

« Je suis charmé que votre estomac se trouve mieux par la diminution du nombre de plats et de couverts à la table des officiers. Je vous exhorte à continuer de même, car, outre le vif intérêt que je prends à votre santé, rien n'est si utile que le bon exemple que donnent les personnes de votre rang; et il faut absolument que nous venions à bout de bannir le luxe de nos armées : d'autant que je prévois avec bien de la peine que les payements, même des officiers généraux, vont devenir fort difficiles et ne se feront peut-être pas du tout. Je ferai certainement tout ce qui peut dépendre de moi pour n'être pas réduit à cette extrémité. Je vous assure, monsieur le duc, que mon métier est bien pénible. »

Le luxe, contre lequel réagissent toutes les ordonnances de cette époque, est le principe de corruption qu'on voulait détruire. Il ruine l'officier riche, il pousse l'officier pauvre à recourir à tous les expédients. Il faut, disent en substance toutes les ordonnances, que le militaire vive de ses appointements avec dignité, mais sans éclat; qu'il donne toujours l'exemple de la sobriété, s'endurcisse à la peine et s'accoutume aux privations.

xM.

liaison flu roi. — Les sergents d'armes, créés en 1191, et la compagnie des gardes de la prévôté, organisée en 1271, sont le noyau de la maison militaire.

Effectif de la maison du roi de 1719 à 177i.

„ „„„ , ( Dont 2,000 de cavalerie, et non compris

1719 8,000 hommes. , .'. • . j •

I les 16 compagnies de gendarmerie.

173') 0,911 — Avec les gardes françaises et suisses.

1748 9,600 — Infanterie et cavalerie.

1761 8,860 — Son infanterie est de 7,170 hommes.

,„ n 0-.0 I L'ordonnance du 10 décembre y recon-

I naît 3,414 cavaliers.

17G7 9,0-21 — 8,391 gardes à pied et à cheval.

Frais d'cntrelicri annuel de la maison mililaire.

Dr'iicnsc de la maison militairo du roi H,((-i{,000 livres.

Gardes françaises l,fw»:i/tii —

Gardes suisses I,;{0I,82."> —

Gardes du corps, grenadiers à cheval 2,ll(j,7iG —

Clie\au-!égers et mousquetaires '.' "88,^7 —

Gendarmerie l,^()i,34G —

Dépenses diverses et extraordinaires "0C,30i —

Slaid'c. — Mot employé pour désigner un cavalier, et dont l'usage remonte au temps des hommes d'armes; il désignait alors le maître de la lance, le chef des archers, pages, écuycrs et valets qui l'accompagnaient. Quand il n'y eut plus ni archers ni écuyers dans les compagnies, on continua néanmoins d'employer le même terme. On comptait l'effectif par maîtres : ordinairement, il y avait 40 à oO maîtres par compagnie.

Manceuvres. — Se dit des mouvements e.\écutés par les troupes. Celles qui ont lieu en présence de l'ennemi sont les premières dispositions qui ont été soumises à la théorie; mais celles qui suivent n'appartiennent plus aux principes, elles sont le produit du génie qui éclaire le général en chef. C'est aux inspirations instantanées qu'est due la victoire.

Le plus ancien livre publié sur les manœuvres est de Lostelneau, en 1647. Les principes de Frédéric II sont reproduits dans rinslruction do 1774; puis vinrent Guihert et Saint-Cermain, en 1770.

llarauclag;c, niaraiifle. — Vol commis par des soldats écartés de l'armée. Le maraudeur, pris en flagrant délit par le prévôt de l'armée, était pendu sur-le-champ.

On a essayé, à diverses reprises, de déraciner les habitudes de maraude et de pillage, en les punissant de peines très sévères : par exemple, en 1741, les galères de terre inventées par .Maurice de Saxe, et, en 1736, les terribles exécutions du grand prévôt faisant brancher sans procès les maraudeurs. En 1758, le maraudeur était puni de mort. L'ordonnance du 1"mars 1768 réprimait le pillage, mais assignait aux partisans une part de leur brigandage légal.

Hai'clkcs. — Les ordonnances du 8 avril 1735 et du 20 juillet 1741 sont les premières qui entrent dans les détails concernant la police des marches, le choix du terrain de campement, la direction du service l'assiette des cantonnements, la conduite des reconnaissances. Celles de 1744 et du 17 février 1753 n'en sont qu'un remaniement. Enfin ces diverses ordonnances parurent revisées et améliorées le 17 février 1760 Jusqu'à la mise en vigueur de ces règlements, les généraux ne tenaient aucun compte des principes établis, chacun agissant à sa guise dans les armées ou portions d'armée ([u'il commandait.

T. vu. 34

liaréclial «le camp. — Le nombre en devint excessif dans les guerres de 1741 à 1745, et ils appartenaient à toutes les armes.

Les prérogatives de ces officiers sont les mêmes que celles dont jouirent plus tard les généraux de brigade.

Le maréchal de camp de jour aidait en campagne le lieutenant général de jour dans le placement des postes et des gardes; il faisait le détail du service, recevait l'ordre, le distribuait au major général de l'infanterie, au maréchal des logis général de la cavalerie, au major général des dragons, à celui de l'artillerie, au prévôt, et marchait à la tète du campement; il marquait au maréchal général des logis de l'armée le terrain du camp et du quartier général, il indiquait au maréchal des logis de la cavalerie les points où devaient s'appuyer les ailes et se poster la cavalerie. Il donnait au major général de l'infanterie le terrain de son arme, il posait les gardes extérieures, et, après avoir assuré les gardes, il rendait compte au général ou au maréchal de l'état des choses. Dans les camps de séjour, il dirigeait les fourrages armés, après avoir échelonné les postes employés à la sûreté. Un jour de bataille, il se tenait à Tavant-garde jusqu'au moment où l'armée était à proximité du lieu de combat; il faisait alors rentrer les gardes et se plaçait à la droite du commandant en chef.

llaréchal «le France. — Cette dignité ne date vraiment que de Henri IV, alors le maréchalat devient une charge de la couronne, comportant grade et dignité à la tête des armées.

Promotions de maréchaux de ITlii à 1774. 2 février I12i.

Broglie (Victor-M'"\ duc de). (V. le b° vol. des Guerres sous Louis XV.)

RoQUELAURE (AutoineGaston, duc de}, né en 1656, connu sous le nom de marquis de Biran; sert sous Turenne et Villeroy; maréchal de camp le 25 avril 1091; lieutenant général, 3 janvier 1696. Avec le concours du duc de Noailles, défait les Anglais et les Hollandais près de Cette. Mort le 6 mai 1738.

RouxEL DE Medavy (JacquBS-Léonard de), comte de Grancey (1). Né le 13 mai 1655 à Chalancey (Bourgogne), colonel du régiment d'infanterie de son nom; brigadier, "24 août 1688; maréchal de camp, 30 mars 1693; lieutenant général, 29 janvier 1702. Prend part à toutes les guerres en Allemagne et en Italie. Il était gouverneur dcThionvillc quand il mourut, le 6 novembre 1725.

DuBOuiiG. (V. le 6*^ vol. des Guerres sous Louis XV.)

(I) n était le pctit-fils du maréchal de France Ilouxel de Medavy, comte de Grancey. ne le ^ juillet 1G03 et mort en 1«80.

AiixiîE (Yves, marquis à'), né en 16;j3; entre au service en 1075, sert à l'armée de Flandre, blessé à Steinkerque, brigadier le 10 mars 1690, maréchal de camp, 30 mars 1693; lieutenant général , 29 janvier 1702; commande en Bretagne; mort le 9 mars 1733.

AuHLssoN (Louis, duc de la Feuillade d'), né le 30 mars 1673; marié, le 8 mai 1692, à Charlotte Phellipeaux, fille du ministre; volontaire à l'armée d'Allemagne en 1688;mestre de camp, 1689; en Flandre, 1690, 1691, 1692, 1693; brigadier, 1702; lieutenant général, 1704; commande en Savoie ; mort le 29 janvier 172o.

Gramont (Antoine, duc de). Depuis 1685, fait toutes les campagnes; se distingue sous les maréchaux de Boufllers et d'Humières; brigadier de dragons, 6 juin 1701 ; maréchal de camp, 29 janvier 1702; lieutenant général, 26 octobre 1704; colonel des gardes françaises; blessé à Malplaquet, le 10 septembre 1709; membre du conseil de la guerre en 171o; mort le 16 septembre 1725, à cinquante-trois ans.

l"jm« 1730.

CoETr.oGON (Alain-Emmanuel, marquis de), né en 1046, d'une des plus anciennes familles de Bretagne ; entre au service dans IJauphin-infanterie ; passeau service de mer en 1670. Lieutenanten 1072, capitaine de vaisseau en 1675; commande ['Éclatant au combat du 2 juin, sous le maréchal de Yivonne, contre les flottes d'Espagne et de Hollande; prend part au bombardement d'Alger, !«•' juillet 1688; chef d'escadre le f^'' novembre 1690; au combat de la Hogue, 29 mai 1692; commande des escadres en 1703, et 1705; maréchal; mort le 7 juin 1730, à quatre-vingt-cinq ans.

ii juin 1734.

BmoN (A.-Ch. de Gontaut, duc de). (V. le 4'' volume des Guerres sous Louis XV, p. 222.) PuYS^GUR (J.-F. de Chastenet, marquis de). (V. le 5'' vol., p. 376.) AsFEi.D (C.-F. Bidal, marquis d'). (V. le K"- vol., p. 226.) ^o.ur.LES (A. -M., duc de). (V. le l'^'' vol., p. 606.)

Montmorency-Luxembourg (C.-L., prince de Tingry). (V. le 1''' vol., p. 210.) CoiG.NY(F. de Franquetot, duc de). (V. le l*"'' vol., p. 452.) Brogue (F. -M., duc de). (V. le a^-vol., p. 61.)

11 février 1741.

Br.vncas (1) (Louis, marquis de Cereste de), né le 10 janvier 7672, se

(1) Les Brancas, originaires de Naplcs (Brancalli), .se sont étaiilis en France sous Ciiaries VU.

Louis Rulile de Brancas, fils aine du niaréciial, na<iuit le '28 seplcmlire 1710. U débuta assez brillamment dans la carrière militaire. Assistant, à l'àgo de vingt-trois ans,

distingue ù la guerre et dans les ambassades; maréchal de France; mort le 9 août IToO, à l'âge de soixante-dix-neuf ans.

Chaulnes (G. -a. d'Albert d'Ailly, duc de), né le 22 décembre i676;débute au régiment d'infanterie du Roi, l"^"' avril 1694; capitaine, 18 mai 169.S; sert en Flandre, à l'armée de Villeroy, à Ramiliies, à Oudenarde,àDouai, au Quesnoy, à l'armée du Rhin; maréchal; mort le 9 novembre 1744.

Nangis (de Brichanteau, marquis de), né le 27 septembre 1682 , sert à l'armée d'Allemagne, en Bavière; brigadier, 26 octobre 1704; maréchal de camp, 19 juin 1708; lieutenant général, 8 mars 1718; se distingue à Kehl, Ettlingen; maréchal ; mort à Versailles le 8 octobre 1742.

IsEXGniEN (Louis de Gand-Villain, Merode de Montmorency, prince d"), né à Lille le 16 juillet 1678; fait les campagnes de Flandre (1695 et 1696) dans les mousquetaires du roi ; colonel, 1697; brigadier, 1703; armée de la Moselle, 1703, 1706; maréchal de camp, 1709; lieutenant général, 1718; Allemagne, 1734, 173o; mort le 16 juin 1767.

DuKAs I Jean-Baptiste de Durfort, duc de, fils du maréchal duc de Duras; né le 28 janvier 1684; sert dans les mousquetaires du roi; colonel de cavalerie, 1697; brigadier, 1704; Allemagne et Flandre; maréchal de camp. 1709; lieutenant général, 1720; sur le Rhin; maréchal de France le 11 février 1741 ; mort à Paris le 8 juillet 1770.

Maili.ebois (Desmarets, marquis de). (V. le 3'' vol. des Guerres sous -Louis XV, p. 177.)

Belle-Isle (L.-C.-A. Fouquet, duc de). (V. ci-après, p. ooO.)

26 mars 1744.

Saxe (Maurice, comte de^. (V. le 4'' vol., p. 7.)

au siège du fort de Kehl, il fut assez heureux pour avoir les cheveux coupes par un boulet de canon sans autre dommage. Ce bizarre coup de canon est constaté par un impromptu de Voltaire, adresse au héros en 1733.

Des boulets allemands la pesante tempête A, ilit-on, coupé vos cheveux.

Les gens d'esprit sont fort heureux Qu'elle ait respecté votre tête .

La fail)lesse de sa santé ne lui permit pas de continuer; mais il conquit de bonne heure la réi)Utation d'un homme. d'esprit, gai, d'un ton noble, facile, peignant avec feu tout ce qu'il racontait. M""* de Flaraarens, l'amie de M»": du Deffand, disait, en parlant de lui, qu'il éclairait une chambre en y entrant.

Son frère Louis-Paul, second fils du marécliaL né le 2o mai 1718, entra aux mousquetaires en 1733, fit la campagne du Rhin, obtint le régiment Koyal-Piémont (cavalerie), 19 novembre 1737, puis un régiment de son nom, -28 octobre 1738; se distingua en Flandre. Maréclial de camp, 10 mai 1748; à l'armée d'Allemagne, et en Hanovre; commande sur les cotes de Normandie; lieutenant général, 17 décembre 175'J.

LEXIQUE DES LOIS, DECRETS, ETC. 53a

30 mars 1745.

M.vuixvR[Eit-L.\rGEuoN (Andraiilt, marquis de), né le 3 novembre IfiTT , capitaine ; aide de camp de Catinat, 1693; colonel d'Anjou, 1697; sert sous Berwiciv et Villars; maréclial de camp, 1701 ; lieutenant général; envoyé extraordinaire, 1720; en Italie, 1744; maréchal de France; mort le 22 mars 17;i4.

19 octobre 1746.

Balincoukt (C.-G. Testu, marquis de). (V. le 2*^ vol., p. bl8.) La Fare (Pliilippe-C-harlcs, niar(iuis de), né le 15 février 1687; mousquetaire du roi en 1701 ; colonel de (latinais-infanterie ; sert en Italie de 1706 à 1712; brigadier en 1716; maréchal de camp, 10 avril 1720; lieutenant général, 1'' avril 1744; sous le maréchal de Belle-Islede 1743 à 1746, en Allemagne ; maréchal de France; mort le 4 septembre 1752.

Hahcouht François, duc d'), fils aîné de Henri d'Harcourt, maréchal de France; né le 4 novembre 1680; fait ses premières armes à Ramillies, 1706; commande un régiment de 1709 ù 1713; brigadier, 1718; lieutenan général, 173i; armée de laMoselle, 1744; en Flandre, 1745 à 1746; mare chai de France, 19 octobre 1746; mort le 10 juillet 1750.

17 juillet il il.

LAVAt.-MoNTMORENCY (Guy-Claude-Rolaud de Laval, comte de), né 5 novembre 1677; lieutenant au régiment du Roi, 1695; capitaine, 1701 colonel de Bourbon ( infanterie ), 1705; brigadier, 1710; maréchal de camp, 1719; lieutenanlgénéral, 1736; maréchal de France, 17 juillet 1747 mort le 14 novembre 1751 (1).

Ci-ERMONT-ToNNERRE (G., duc de). (V. le 2° vol., p. 383.) LAMOTnE-HoLDA.N-couRT (marquis de). (V. le 2'' vol., p. 404.) Lo\vENDAL(\Voldemar, comte de). (V.le 2''vol., p. 42o;le3'' vol., p. 563.)

11 octobre 1748.

RiciiELiEi' (Louis-François-Armand Dupicssis, duc dei, né le 13 mars 1696; d'abord duc de Fronsac (Guyenne); 15 mars 1718 , colonel de Béarninfanterie; 1724, ambassadeur à Vienne; 20 septembre 1734, brigadier; l''" mars 1738, maréchal de camp; 2 mai 1745, lieutenant général; 1746,

(1) Son fils aîné, Guy-André, marquis ilc Lezay, culonel, meurt le 7 avril 1745, au siège de Kribourg, d'un coup de feu à travers la ligure. Son second lils, né le 23 septembre 1723, se dislingue à Raucoux.

ambassadeur extraordinaire à Dresde; 11 octobre 1748, maréchal de France; mort le 8 août 1788, à quatre-vingt-douze ans.

Comme son père (1), il s'était marié trois fois. Sa première femme, M^^"^ de Noailles, mourut en 1716; en 1740 il perdit la deuxième, Elisabeth de Lorraine, fille du prince de Guise, et, en 1780, âgé de quatre-vingt-quatre ans, il épousa Jeanue-Sophie de Lavaulx, veuve d'un officier irlandais au service de France.

Richelieu traverse le siècle, triomphant comme un dieu; rien ne lui résiste, il devient une idole devant laquelle la pudeur n'a plus que des larmes. La femme va chercher le scandale auprès de lui ; elle brigue la gloire d'être affichée par lui. Il y a de l'honneur dans la honte qu'il donne. Tout lui cède, la coquetterie comme la vertu, la duchesse comme la princesse. Il est l'objet de l'adoration de la jeunesse, de la beauté, de la cour du régent, de la cour de Louis XV; le sexe va au-devant de lui comme une prostituée; les femmes se battent pour lui comme des hommes; c'est pour lui que M™'' de Polignac et la marquise de Nesie échangent au bois de Boulogne deux coups de pistolet. La singularité du caractère du maréchal de Richelieu et de sa destinée, ses succès en différents genres, son courage, son esprit; l'éclat de ses galanteries dans un temps où cette sorte de célébrité tenait quelquefois lieu de gloire; la réputation que lui donna dès sa jeunesse sa liaison avec le poète le plus célèbre de son siècle, qui le chanta ; ses ambassades, sa conduite à Gènes, à la prise de Minorque, à Fontenoy; la longue vie d'un homme qui a vu Louis XIV et le dauphin, fils de Louis XVI, c'est-à-dire une succession de sept rois ou princes héréditaires; ses trois mariages sous trois différents règnes; la faveur et quelquefois la familiarité de Louis XV ; le rôle qu'il joua dans les affaires publiques, étrangères et intérieures, dans les négociations et dans les intrigues; ses places, ses emplois, la riche moisson de faits curieux, d'anecdotes intéressantes que lui avaient permis de faire ses liaisons et ses correspondances avec tant d'hommes célèbres, voilà ce qui remplit les Mémoires qui ont été publiés sous son nom (2). (V. le 3'' vol. des Guerres sous Louis XV, p. 388; le 6'' vol., Mahon.)

(1) Richelieu (Arniand-.Iean de Vignerod Duplessis, duc de), lieutenant général (1C29-1715), i)elit-ncveu du cardinal par son père, le marquis de Pontrourlay, lequel ('tait fils de Françoise dellichelieu et frère de la duchesse d'Aiguillon.

En i~0'2, déjà veuf de sa première femme, Anne Poussart, et de la seconde, Anne d'Acignè, mère du futur maréchal, il épousa en troisièmes noces la veuve du mar- (juis de Noailles : il avait soixante-treize ans.

(2) On doit rei)rocher à l'éditeur, M. Soulavic l'aîné, de s'être trop étendu sur les orgies nocturnes du duc d'Orléans, sur les tur|)itudes du cardinal Dubois, enfin d'avoir prêté au maréchal un langage quelquefois révolutionnaire, contraste le plus étrange avec le caractère et le tour d'esprit si connu de ce type des cour-

LEXIQUE DES LOIS, DECRETS, E'IC. Ô3ô

24 février 1757.

Sennetehue (J.-C, marquis de). (V.le 3" vol. des Guerres sous Louis X\\ p. r^m.)

La Tour MauboukCt (J.-H. de). (V. le 3« vol., p. 585.)

Lalthec (D., vicomte de). ( V. le 2" vol., p. :)21.)

BiRo.v (Louis-Antoine de Gontaut (0, duc dei, quatrième fils d'Armand- Charles, ne le 2 février 1701; garde de marine en 1716; colonel de Koyal-Roussillon en 1729; Italie, 1733 à 173o; maréchal de camp en 1734; 1741, en Bohème; 1732, lieutenant général; en Flandre, 174.) à 1748; maréchal de France le 24 février 1757; mort le 2'J octobre 1788.

LuxEMiiouRG (2) (Charles-François-Frédéric, duc de Montmorency, né le 31 décembre 1702, était neveu de Christian-Louis de Montmorency, prince de Tingry, connu sous le nom de maréchal de Montmorency (14 juin

lisans despotes. — Mallieuieuscmonl les Mi-moires ne vont que jusi|u'à 1730. I.;i Vie privée du niaréclial fait coniiaiire les divers rolos que cet homme célèbre a joués pendant plus de quatre-vingts ans. C'est le talileau des ahus, des vices moraux et politi(|ut's, qui, en conduisant la nation au dernier degré du malheur, l'ont placée dans l'allornative de périr ou de changer entièrement les bases de l'édilice social. Ce n'est point un livre à donner à la jeunesse, à cause des trop nombreux récits d'avenUn-es galantes rassemblées là comme à plaisir, car la jeunesse ne doit connaître que la pureté et l'honnêteté des mœurs.

(1) Gontaut (Ch. -Antoine-Armand de), frère cadet du maréchal duc de Biron, né le 8 sei)tombre 1708, appelé d'abord maniuis de .Montferrani, puis duc de Gontaut. Colonel d'infanterie en mars 173.'i; brigadier le 13 février 17i3; maréchal de camp, 31 octobre I7io; lieutenant général, 10 mai 1718; blessé à Etiingen en même temps ([ue le ])rincc de l)(nul)cs, le comte d'Eu et les ducs d'Harcourt et de Boufllcrs, et où périt le duc de llochechouarl.

Biron (Armand-Louis de Gontaut, duc de Lauzun), né le 13 avril 1747, lils du précédent. Naissance, fortune, esi)rit, beautc;. il avait tous ces avantages. Ardent, brave, léger; tour à tour galant, joueur, |)oliti(pie et soldat, aristocrate et démagogue, ce viveur (-légant aimait les livres autant (|ue les fennncs. Sa bibliothèque clail choisie. 11 laissa des mémoires d'une grande simplicité de style, mais i)récieux i)ar la ))einlurc d'un monde ipii s'éteignait au milieu des verres, des chansons et des baisers. Condamné à mort le 31 décembre 1703, il gravit avec insouciance les marches de la lugubre machine, envisageant l'inconnu avec dédain. — Il avait épousé M"« de Bouf- 11ers et ne lui avait pas fait trouver dans cette union le bonheur (pi'elle méritait par ses grâces et ses vertus. Jean-Jac(|ues, dans ses Confessions, la peint ainsi à l'âge de onze ans : « C'était une charmante persoiuie, elle avait vraiment une ligure, une timidité de vierge; rien de i)lus aimable, de plus intéressant (|uo sa ligure, rien de plus tendre et de plus chaste que les sentiments qu'elle inspirait. » — .M'"« Necker dit de M'"' de Lauzun : • Les portraits d'imagination sont les seuls qui lui ressemblent. » Hélas! cette délicieuse duchesse, qui n'avait pas cessé d'être un modèle de vertus, trouva aussi une lin prématurée sur l'échafaud révolutionnaire.

(21 Cette famille a compté quatre maréchaux, avec François-Henri de Lnxembourg- .Montmoreuc\,;«) juillet lC7.'i; Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France, né en lil8, décapité le 14 décembre 1475.

f)36 LKS GUERRES SOUS LOUIS XV.

17341, qui laissa deux fils : Charles-François-Christian de Montmorency, prince de Tingry, mort en 1787, maréchal de France, et le comte de Beanmont, mort en 1762, lieutenant général.

Charles-François-Frédéric ne prend qu'en 1726, à la mort de son père, le titre de duc de Montmorency.

Il est en Espagne, en Allemagne, en Bohême, en Flandre; lieutenant général le 2 mai 1744; maréchal de France le 21 février 17o7; mort à Paris le 18 mai 1764. (V. le 6"^ vol. des Guerres sous Louis XV.)

EsTRÉEs (comte d'). (V. le 4« vol., p. 8.ï.)

TiiOMO.xD (C. G' Brien, comte de Clare). (V. le 2^ vol., p. 160.)

Mirepoix-Levis (duc de). (V. le 6* vol., Canada.)

la 7?iars 17.") 8.

Berchinv (Ladislas, comte de). (V. le 4'' vol., p. 141.)

18 mars 1758.

CoNFLAiNS (H. de Brienne, comte de). (V. le 6" vol., Canada.)

24 aoiit 1758.

CoNTADEs (C.-G.-E., marquis de). (V. le 4'^ vol., p. 271.)

19 octobre 17S8.

SouRisE (Ch. de Rohan, prince de). (V. le 4'' vol., p. 132.)

16 décembre 1759.

Broglie (V.-F., duc de). (V. le 5'' vol., p. 61.)

if"" janvier 1768.

LoRGEs (Guy-Michel de Durfort, duc de), né le 26 août 1704; colonel en 1723; Italie, 1733, 1734; brigadier en 1734; maréchal de camp en 1740; armée de la Meuse, 1741, 1742; armée du Rhin, 1744; lieutenant général en 1745; en Flandre, 1746; en Allemagne, 1757, 1758; maréchal de France le K'" janvier 1768; mort le 6 juin 1773.

Armentières (L. Conflans, marquis d'). (V. Ie6'' vol., Canada.) Brîssac (Jean-Paul-Timoléon de Cossé, duc de), né le 12 octobre 1698; engage dans l'ordre de Malte, sous le nom de chevalier de Brissac, en 1713, sert sur les galères de la religion, puis revient en France; capitaine de cavalerie en 1718; duc après la mort de son frère aîné; mestre de camp d'un régiment de son nom; fait les campagnes d'Italie, 1734,

173i); celles de la succession d'Autriche et de la guerre de Sept Ans; lieutenant général en i768 ; gouverneur de Paris en 1771 ; mort le 17 décembre 1780.

C'était une des figures les plus originales du dix-huitième siècle. Jamais ridicules n'ont été respectés comme les siens. Ils étaient vraiment respectables, car ils avaient les grâces de la naïveté, le charme du romanesque, et le mérite d'une réalité aussi estimable qu'extraordinaire. Son style gaulois, ses phrases amphigouriques, ses bas ponccau roulés, son justaucorps à grands parements boutonné, les deux petites queues qui terminaient sa ligure exhaussée, tout cela allait parfaitement à l'air de son unie. De loin on croyait voir un vieux fou, mais de près c'était un homme du temps des Bayards, et ce qui rendait son héroïsme complètement aimable, c'est que les formes de sa vertu étaient assez grotesques pour ne pas humilier l'ainour-propre de ses contemporains. On voulait un jour l'engager, par la crainte de déplaire au roi, à une condescendance équivoque; il répondit : a J'ai tous les courages, hors celui de la honte. » {Souvenirs du baron de Cleichen.)

Le maréchal avait conservé l'habitude d'user du vieux style avec son franc parler. Le jour de la prise de voile de M"'' de Lenoncourt, que sa tante, la comtesse de Uupelmondc, forçait ù être religieuse, et qui ne fut sauvée du cloître que par le maréchal de Beauvau et l'archevêque de Paris, le maréchal, ne pouvant contenir sa colère, se récria tout haut sur « la manigancieuso perruchonneric de la tantatre à l'endroit de sa tourterelle et colombine de nièce (ju'elle avoit entrepris d'encager inhumainement et deloyaument ». (Appendice Gcdlani.)

Chef d'une des plus anciennes familles, brave, altier, désintéressé, galant, il conserva toujours le costume du siècle de Louis XIV, avecl'écharpe et les deux queues. (Mémoires de M. d'Éon de Beawnont.) l\ avait toute la générosité et le courage de l'ancienne noblesse. Respecté, aimé des soldats, haï des courtisans, d'une tournure d'esprit toujours plaisante. En 1741, attaqué par l'infanterie hongroise, il demande quel est le régiment en tète. On lui répond : Bithleem; il se retourne vers sa troupe et s'écrie : « Renvoyons ces gens-là en Galilée. » (D. G.)

llaréclial «les lo^is. — L'ordonnance du 21 décembre 1762 institua les maréchaux des logis dans la cavalerie; il n'y avait eu jusque-là que des brigadiers.

.Haril^clial général «les lo;;is (major général). — Ce grade, qui remonte à 1 44;j, sous le règne de Charles VII, n'est jamais occupé que par un officier général parfaitement an courant de tous les détails des opérations des armées. Ces fonctions furent réunies en 1760 à celles du

maréchal général des logis de l'armée et du maréchal général des logis de la cavalerie, sous le titre unique de chef d'état-major général de l'armée. Du règne de Louis XIV date réellement Torganisation de l'état-major des armées, comprenant les officiers généraux ou subalternes et les administrateurs militaires chargés d'exécuter les ordres du général en chef. On institua un major général de l'armée pour communiquer à tous les chefs de corps les ordres du général en chef; on donna des aides de camp à chaque général. En 1725, on désigna deux maréchaux des logis à titre d'office; c'était une commission qui répondait au grade de brigadier, mais inférieure à celle de maréchal de camp. Il entrait directement en rapports avec le général d'armée; il commandait le tour de service des officiers généraux, prenait et distribuait le mot, reconnaissait le pays, présidait auxmarches, commandaitle campement, désignait le quartier général, etc. De 1721 à 1773, il eut sous ses ordres un maréchal des logis par régiment d'infanterie et de cavalerie.

Maréchal général des lugls de la cavalerie. — Chef d'état-major de la cavalerie.

Maréchal GÉNÉRAL des logis de l'infanterie. ■ — Chef d'état-major de l'infanterie.

llarëcltal g^énéral des canigts et armées. — On peut comparer son rang à celui de capitaine général ou de généralissime. Cinq maréchaux ont obtenu cette haute dignité : Biron, deuxième du nom ; Lesdiguières en 1631 ; Turenne en 1660, Villars en 1733, Maurice de Saxe en 1744. C'était un degré intermédiaire entre la dignité de connétable etlegradede maréchal : ainsiTurenne, en 1069, eut le commandement sur trois maréchaux, et en 1670, comme pour le dédommager de ne pas être connétable, il fut déclaré qu'il ne roulerait pas avec les autres maréchaux.

Marécliaiissëe. — Elle est régie par les édits de mars et d'avril 1720. Les brigades, réparties en trente-trois compagnies (une par généralité) et placées sous le commandement d'un prévôt général, comprennent 331 officiers et 3,473 sous-officiers et soldats. Les provisions des prévôts et de leurs lieutenants s'expédiaient par le secrétariat de la guerre? puis devaient être présentées, pour prendre leur attache, aux maréchaux de France, en leur qualité de chefs et commandants supérieurs du corps, qui était déclaré faire partie de la gendarmerie de France.

Par ordonnance du J7 avril 1772, les compagnies de gendarmerie sont ramenées de 16 à 10 et divisées en grande gendarmerie, faisant le service du roi et en gendarmerie de LunéviUe ou des princes.

Compagnie de In connétahlie, gendarmerie, maréchaussée de France, camps et armées du roi.

Cette compagnie était la première et la colonelle de toutes les compaf,'nies de maréchaussée du royaume. Son chef a eu de tout temps le grade de premier colouel de la cavalerie légère, et le titre de prévôt général des camps et armées. Elle était destinée à la garde des connétables. Son service actuel, sous les ordres des maréchaux de France, a pour objet d'entretenir le bon ordre, l'union et le point d'honneur entre les militaires et les nobles du royaume.

Par édit du mois de mars 1720 (article 4], les compagnies de maréchaussée sont déclarées du corps de la gendarmerie, sous le commandement des maréchaux de France. Les archers ont les Invalides après vingt ans de service.

La déclaration du roi du 23 février 1708 dispense les prévôts généraux el lieutenants des maréchaussées du prêt et annuel, droits de mutation et autres droits casuels pour l'hérédité de leurs charges, qu'ils ne posséderont plus qu'à vie.

Uniforme. — Habit bleu de roi; parements et doublure écarlates; veste couleur chamois, doublée de serge blanche ; surtout bleu bordé de serge rouge; boutons argentés placés de trois en trois; manches des cavaliers garnies de six ganses d'argent à queue; celles des brigadiers et sousbrigadiers, avec un galon large d'un pouce ; manteau de drap bleu, parements rouges, chapeau bordé d'argent. Il n'y a que les simples cavaliers qui portent la bandouHère.

Compagnie du lieutenant criminel de robe courte.

Cette compagnie est composée d'un prévôt, de 4 lieutenants, 12 exempts, i fourrier, 4 brigadiers, 4 sous-brigadiers, o8 cavaliers et un trompette ; un commissaire et un contrôleur aux revues.

Uniforme particulier de cette compagnie. — Habit bleu ; parements, revers, veste et culotte rouges; boulons blancs à limace, chapeau bordé d'argent.

aiarinc. — Le règne de Louis XIV avait été la période la plus glorieuse de la marine française. Sous le ministère de Colbert et de Seignelay, elle atteignit un développement et jeta un éclat qui la mirent au premier rang. Le port de Brest fut agrandi, celui de Toulon creusé. Jean Bart, Duguay-Trouin, Duquesne, Château-Renaud remportèrent de brillantes victoires; Tourville rendit notre pavillon redoutable à l'Angleterre.

Sous Louis XV, la marine, déchue de sa puissance, éprouva des revers. Le duc de Choiscul essaya de la relever. Mais, si l'on eut à déplorer des

défaites navales, on n'en doit pas moins rappeler les noms de la Galissonnière et de la Motte-Piquet.

Les vice-amiraux ou lieutenants généraux, les chefs d'escadre (dont le grade correspond à celui des contre-amiraux), les capitaines de vaisseau, les majors, les lieutenants et les enseignes, formaient les étalsmajors.

L'uniforme général était un habit bleu, manches en boites; doublure, parements, veste, culotte et bas rouges. Les vice-amiraux portaient l'habit et la veste bordés d'un galon d'or avec galon sur les tailles. Les capitaines de vaisseau n avaient pas de galon sur les tailles; les chefs d'escadre non plus, mais ils se distinguaient par un grand galon sur les parements. Les capitaines de vaisseau avaient un grand galon large bordant leur habit et leur veste, avec double galon sur les parements. Les capitaines de frégate n'avaient qu'un seul galon à leurs parements. Les lieutenants de vaisseau et les enseignes n'avaient qu'un galon.

Pour devenir officier de marine, il fallait entrer dans les gardes de la marine, où l'on était admis dès l'âge de quatorze ans. 11 y avait trois compagnies des gardes de la marine : à Brest, Toulon, Rochefort.

A partir de 1764, chaque compagnie, de 80 gardes chacune, fut commandée par un capitaine de vaisseau, un capitaine de frégate, comme lieutenant en premier, deux lieutenants de vaisseau et huit enseignes, dont quatre brigadiers et quatre sous-brigadiers. On quittait les gardes de la marine pour entrer dans les gardes du pavillon, formant une seule compagnie partagée entre Brest et Toulon.

L'administration de la marine se trouvait confiée à des intendants et à des commissaires. Le pavillon des galères (1) était rouge; la flamme rouge, bleue et blanche, couverte de fleurs de lis d'or.

Les vaisseaux marchands arboraient le pavillon bleu avec une croix blanche.

Du ministre de la marine dépendaient le commerce maritime, les fortifications des places maritimes, les ports, les galères, l'administration des colonies, les consulats.

llédaille, médaillon. — Décoration qui, en vertu de l'ordonnance du 10 avril 1771, s'accordait aux militaires comme équivalant à trois chevrons d'ancienneté; c'était la récompense des services et la marque distinctive attestant 24 ans de présence sous les drapeaux ou l'accomplissement de trois congés dans le même corps. Un brevet et une haute paye y étaient attachés. Le médaillon consistait en une plaque ovale de drap

(1) La <|uestion des drapeaux français et des couleurs a été U'aitée par le niar(|uis de Rouillé, dans son livre intitulé : les Drapeaux français.

rou<re ou de couleur pareille aux revers; un cadre de cuivre l'entourait, il représentait deux épées en sautoir. Ce si^ne, cousu sur l'habit, se portait du côté .^auche de la poitrine. Il était remis solennellement aux récipiendaires en présence du corps rangé sous les armes. On abolit cette distinction le 6 août 1701.

llédeoiii. — C'est seulement en 1772 que fut créée une comuîissiou de santé chargée d'inspecter les hôpitaux. Jusqu'en 1759, il n'y eut dans les troupes ni médecins ni chirurgiens rétribués par le roi; aussi le service de santé denieura-t-il longtemps vicieux et arriéré. Le comte de Clermont écrivait en 1758 : « Les hôpitaux sont dans un état si pitoyable que le cœur le plus dur en serait touché. »

llcslre die caïup. — Prend rang au-dessous du maréchal de camp.

llcstrc <Io camp g<>iiéral. — Dans l'origine, le mestre de camp était un chef de corps, temporairement chargé de réunir dans un camp diverses troupes dunt il prenait lo commandement. Vers le milieu du seizième siècle, le mestre de camp était éventuellement le lieutenant du colonel général de l'infanterie ou de la cavalerie, en môme temps qu'un autre officier, sous les ordres du colonel général et avec la désignation de mestre de camp général, commandait toute l'infanterie et toute la cavalerie. En lo44, chef de corps et mestre de camp étaient synonymes. En lo47, il y eut à la fois des colonels et des mestres de camp ; plus tard les mestres de camp généraux suivirent le sort des colonels généraux, en qualité de lieutenants. Après la création des régiments, leurs commandants furent improprement qualifiés de mestres de camp, et les régiments reçurent un drapeau à leurs armes, jusqu'au jour où Louis XIV n'y laissa plus figurer que les siennes.

• Mestre €lc camp général cle cavalerie. — Institué en 1758. Général commandant la cavalerie légère en l'absence du colonel général de cette arme.

Mestre «le camp général des dragons. — Adjoint au colonel général, comme chef d'état- major chargé de tous les détails du commandement et servant d'intermédiaire entre le colonel général et les capitaines. Le mestre de camp transmettait aux troupes les ordres du colonel général, les conduisait dans les marches, choisissait l'assiette du cafnp, y maintenait les règlements et la discipline, désignait les places do bataille; l'action engagée, il secondait le colonel général. On voit donc que c'étaient là des fonctions très importantes. lUentôt les officiers revêtus de ce tilrc se multiplièrent, ce qui était pour les colonels généraux un

grand soulagement; mais il y eut à la fin autant de mestres de camp que de colonels.

Hilice. — La cre'ation de la milice en France ne remonte qu'à la fin du dix-septième siècle. « >e pouvant plus songer à trouver dans la noblesse une réserve sérieuse, Louis XIV essaya d'en créer une dans les classes roturières, et en 1 688, lors de la lutte contre la ligue d'Augsbourg, il fut décidé qu'on formerait, sous le nom de milice, au moyen de levées dans toutes les généralités, une troupe d'infanterie destinée à la garde des places frontières ou maritimes en temps de guerre. La durée du temps d'inscription dans la milice était de deux années, pendant lesquelles les miliciens n'avaient, sauf le cas de mobilisation, à subir d'autres exigences particulières que de ne pas s'absenter, sans autorisation, de leur résidence pour plus de quarante-huit heures et d'assister à des manœuvres hebdomadaires. Cinquante miliciens de localités voisines composaient une compagnie, et trente compagnies formaient un régiment. » (Chassignet, p. 349-3j1 .)

A dater du 25 février 4726, la milice devient presque permanente; elle forme 182 B. d'infanterie, i oO E. de cavalerie, 4o E. de dragons, et 140 compagnies d'invalides; c'est dès lors une réserve imposante, à la fois troupe auxiliaire et dépôt de recrues.

D'après les ordonnances des 2 février 1726 et 2o janvier 1729, les officiers de milice devaient être choisis parmi les officiers ayant déjà servi, réformés ou retirés dans les provinces. En effet, dans un pays oii l'état militaire était regardé comme le premier de tous, où la fleur de la noblesse servait dans l'armée, où tous les officiers étaient de naissance, il était facile et il était sage de confier à des chefs capables le commandement de troupes ainsi composées.

Le 24 mars 1733, la milice fut formée en B. Le 12 novembre, elle comptait 122 B. Ce déploiement de forces était réclamé par les guerres sur le Rhin et en Italie, où ces troupes se distinguèrent, bien que dans le commencement elles n'eussent été appelées à combattre que sur la frontière.

Après la signature de la paix (18 novembre 1738), parut l'ordonnance du 20 novembre 1738 qui portait licenciement des régiments, réduction à 100 B., et suppression des compagnies de grenadiers. Désormais les B. ne devaient s'assembler qu'une fois par an avec faculté de n'en faire assembler qu'une partie, ou même de faire cette assemblée par compagnies. Les ordonnances des 3 février 1739, lo février 1740 et 15 mars 1741 maintiennent les dispositions précédentes. Mais au mois de janvier 1742, quand il fallut soutenir l'électeur de Bavière sous le nom de Charles VII, l'ordonnance du 24 mars remit les B. à 600 hommes , et fixa la levée à 30,000 hommes. Le 30 octobre, nouvel appel de 30,000 hommes avec durée de service

de six ans. Le troisième appel est celui du 10 juillet 1743, qui fut de 30,000 hommes.

En 1744 (1,\ les milices deviennent auxiliaires des troupes. On les partage en H. de garnison et H. de campagne. 10 B. de campagne sont réunis le 13 avril 1745 (2) sous les ordres du général d'Ilerouville, avec un commandant en second (19 mai), le chevalier de GrossoUes (3), qui devint titulaire le I''" juillet; ils prirent part à toute la guerre de Flandre, pendant que 12 autres servaient sur les Alpes, et on dut encore les augmenter le 28 mars 1746.

Le 1'' mars 1747, on reconstitue les brigades, qui se distinguent aux sièges des places llamandes, surtout celles confiées à M. de Bergeret (4).

Du 2:; mars 1748 date une nouvelle organisation des brigades, organisation plus ou moins modifiée dans les détails par les ordonnances ultérieures du l''' février I7.il, du l'' janvier 17.i2, de 17o3, 1754 et 17oo.

Le 20 mars 17;i7, les régiments de Lorraine et de Barrois sont réduits à 2 B. ; celui de Paris reste attaché à la capitale, ce qui réduit les B. de milice à 100. Paris, fi; Picardie et Artois, 3; Soissons, 3; Orléans, 4; Bourges, 2; Moulins, 2; Lyon, 2; Clermont, 2; Poitiers, 3; la Rochelle, 1; Limoges, 2; Bordeaux, 6; Tours, o; Auch, 3; Montauban, 3; Grenoble, 2; Chàlons, li; Rouen, :i; Caen, 3; Alencon, 4; Bretagne, 7; Provence, 2; Languedoc, 1 ; le duché de Bourgogne, o; le comté de Bourgogne, o ; les Trois-Évèchés, 2; Alsace, 2; Flandre, 1; Hainaut, I, (100 B.)

En 1761, il y avait 75,000 miliciens sous les armes. L'ordonnance du 10 décembre 1762 licencie les Grenadiers royaux et Royal-Lorraine (5).

(1) Celle ordnnnanre de 1744 crée une compagnie de grenadiers dans ciiaque lî. . compagnies qui sont réunies en 17io en 10 rcginienls d'un B. sous le nom de Grenadiers royaux, ils gardèrent l'uniforme de la milice, en y ajoutant un collet hleu et une épaulclte de couleur distinctive avec chapeau; maisils n'eurent pas de drapeau.

(2) A la paix d'Aix-la-Chapelle, les régiments de Royal-Lorraine et Iloyal-Barrois redeviennent B. de milice. I.e corps reste composé de 112 B., toujours avec les H régiments de grenadiers royaux.

(3) Grossollcs (chev. de), né en 1708: lieutenant de Languedoc, I7déceml)re 1720 ; colonel, ."> janvier KiMJ; maréchal de camp, 20 lévrier I7<U; lieutenant g(;'néral, 1'-' mars 1780; mort 178«.

('*) Bergeret (.l.-A. île), né en l(j!)8; enseigne aux gardes wallonnes, l"'' juin 171! : colonel, l" mars 1747; brigadier, 27 octobre 1747; maréchal de cani)), 10 février nw»; lieutenant général, l'"' mars 1780; mort en 1788.

(5) Koyal-Lorraine, formé sous ce titre le 30 janvier 17i'*, avec les milices de h\ Lorraine, par M. de la Galaisiére. — I7i(i, Rhin, Krihourg; 174!), Provence; réformé le 31 décembre 17i8. Les grenadiers sont versés dans les grenadiers de France; rétabli, et composé des milices de .Mirecourt et de Neufchàteau; licencié le 2:> novembre 17C2.

Royal-Barrois (I) et le régiment de Thianges (2) sont aussi atteints par la même mesure.

A cette époque, les B. de milice sont licenciés, et pendant deux ans le tirage au sort est suspendu, car on espérait que les 31 dépôts de recrues nouvellement institués suffiraient pour remplir les cadres; mais le 27 novembre 176o on fut forcé de rétablir le tirage au sort, en maintenant le nombre des B. à 105.

En 1767, les 32 B.. de recrues furent supprimés et remplacés par quatre dépôts établis à Saint-Denis, Lyon, Toulouse et Tours, où l'on se proposait de les former en régiments provinciaux, et de leur donner ainsi une constitution plus régulière. Ces dépôts ne fonctionnèrent que jusqu'au 4 août 1774.

Milice . g;arfle-càlc — Depuis le 24 février 1739, elle était passée du département de la guerre à celui de la marine. Elle se composait alors de compagnies du guet et de compagnies détachées levées sur tous les habitants des côtes, qui se trouvaient ainsi exempts du service dans les régiments provinciaux.

Les compagnies du guet n'avaient pas d'uniforme; les compagnies détachées portaient celui des régiments provinciaux, mais avec les boutons jaunes. Les compagnies de canonniers se distinguaient par un galon jaune placé aux parements et au chapeau.

Des compagnies de dragons furent également attachées à la milice garde-côte, mais seulement dans le Poitou, l'Aunis, la Saintonge et la Guyenne.

L'effectif de toutes les compagnies, soit à pied, soit à cheval, variait suivant les nécessites locales.

Hilices de I^orraino. — L'armée lorraine sous Charles III comprenait : infanterie : régiments de Gabani, Sulin, d'Esne, Guliani, Colli, Schonanw, Thieully, Spitzenstein; gendarmerie : compagnies de Saint- Georges, Cirey, Fontenoy, Chagne, Courcelles, Plessis, Santi, Hugues, de Reminecourt ; enfin quatorze compagnies de cavalerie légère formant 1,400 chevaux, et 700 arquebusiers à cheval.

(1) ftoyal-Barrois, créé le 1""^ novembre 17«; réforme le 20 mars IT.'wavec les milices de Mirecourt; licencié le 2") novembre 17(>2. — 17iG. Flandre; 1747, 1748, Prn\ence, Alpes; — 1738, bas Rhin, Allemagne. — Colonels : C. de Gisors; M. de Rassompierre, 20 mars 1757; M. de Langcron, 1759. — Habit, culotte blancs; revers, cullel noirs; boutons, galon dorés.

(2) Régiment de Thianges, formé le 3 avril 1743 avec les milices de Lorraine par G.-V. de Thianges. — 1743 à 1748, en Alsace; licencié le 1'='' février 17iy.

LEXIQUE DES LOIS, DECRETS, ETC. :,1ô

Les ducs Léopold et François III réduisirent considérablement leurs troupes permanentes.

Les troupes de ligne comprenaient un régiment de gardes lorraines; ceux de Duhan et de Foix, en garnison à Nancy; deux autres régiments, Vieux-Lorraine et Jeune-Lorraine, qui |)assèrent avec celui de Foix au service de l'empereur Charles VI.

Lorsque François III eut troqué son duché de Lorraine, tous ces corps furent dispersés. Une partie des gardes du corps et des gardes lorraines suivirent la duchesse douairière de Lorraine dans sa souveraineté de Commercy; le reste des troupes s'en alla tenir garnison dans le comté de Falkenstein, dans le Saargau, enclave qui n'était pas comprise dans la cession de la Lorraine. François III n'emmena avec lui que les chevaulégers et les Cent-Suisses.

Pendant le règne du roi Stanislas, le duché de Lorraine, épuisé par tant d'années de guerre, devait encore, pour la gloire de Louis XV, payer de son sang bien au delà de sa dette à la France, dans les guerres de la succession d'Autriche et de Sept Ans. Le 8 novembre 1741, eut lieu une levée de 3,600 hommes tirés "de la Lorraine et du Barrois; on en forma 6 B., auxquels l'ordonnance du 23 janvier 1743 en ajouta 3 nouveaux (1). Les 0 premiers B. formèrent 3 régiments do milice à 2 B., qui prirent les noms de leurs colonels : de Croix, plus tard Thianges, de Polignac et de Marinville. Le 30 septembre 1744, 3,000 hommes empruntés aux trois régiments de la milice servirent à former un régiment de 3 B., sous le nom de Royal-Lorraine, et à boucher les vides résultant dans les B. de milice de la création de ce régiment. A la date du l''" novembre 1745, on leva un nouveau régiment d'infanterie, Royal -Barrois, formé du 3'' B. de Royal-Lorraine et d'un nouvel emprunt aux neuf B. de milice. Les deux régiments de Royal-Barrois et de Royal-Lorraine (2) prirent part à la guerre de la succession d'Autriche. De nouvelles levées eurent lieu encore plus tard. En 1747, la Lorraine fournit 1,300 hommes; en 1748, 2,300.

Le traité d'Aix-la-Chapelle donna quelque repos à cette province,

(I) L'uniforme dos milices conserva la coiilour de fond de riiahil en usa^e sous les anciens ducs;.ius(|u'en 1748 les milices gardèrent le justaucorps jaune avec retroussis cl revers noirs.

(•2) Le régiment de Royal-Loriaine, à partir de 1748, prit l'habit ,^iis blanc, avec parements jaunes, boutons et galon d'argent ; en 17;>7, l'habit blanc, avec collet jaune et revers noirs, boutons et galon jaunes, doubles poches en long. Le dra])eau d'ordonnance était jaune et noir par o|)i)ositioii de croix blanche.

Uoyalliarrois portail en 17.">7 l'habit blanc, la veste rouge, le collet jaune et les revers noirs. Plus tard il prit le même uniforme que Royal-Lorraine, avec cette différence que les parements étaient jaunes, le collet noir et les boulons blancs. T. vil 35

traitée en pays conquis. Les trois régiments de Thianges, Polignac et Monthureux (ci-devant Marinville) revinrent d'Alsace et furent licenciés, ainsi que Royal-Barrois et Royal-Lorraine.

Le calme ne dura pas longtemps; les six premiers B. de milice furent rappelés en 17b0, et à l'aide des compagnies de grenadiers de chaque régiment on forma le régiment des grenadiers royaux de Lorraine. Les régiments de Polignac, de Monthureux, celui des Grenadiers royaux, de Royal-Barrois et Royal-Lorraine prirent [)art à la guerre de Sept Ans.

A la paix, toutes les milices furent licenciées, mais leur effectif de retour était bien loin de celui de départ.

C'est à la mort de Stanislas que l'ordonnance du 4 avril 1771 substitua à la dénomination de miliceii celle de régiments provinciaux [i). La Lorraine dut fournir 4 B., qui formèrent 2 régiments provinciaux: le régiment provincial de ^iancy, n" 34 (Nancy et Sarreguemines), et celui de Bar-le- Duc, n° 35 (Bar et Etain).

Les compagnies de grenadiers royaux de ces deux régiments, ainsi que celles de Verdun et de Colmar, formèrent un régiment de grenadiers royaux sous le nom de Grenadiers royaux de Lorraine.

llinistère de la guerre. — On doit considérer le cardinal de Richelieu comme le fondateur de la haute administration de la guerre et comme le vrai créateur de ce ministère si important, dont le premier titulaire, l'intendant Sublet des Noyers (2) (1636), eut pour successeurs Michel leTellier (3) (1043), Louvois (i) (1662;, Barbezieux (o) (1091),

(1) L'uniforme des régiments provinciaux, B. de garnison et grenadiers royaux de Lorraine, était celui-ci : lialjit, veste et culotte blancs ; revers fermés par sept boutons blancs ; poclies en travers; retroussis et parements bleu de roi. Les grenadiers royaux se distinguaient par la couleur rouge et blanche de leurs épauletles.

(i) Sublet (François), seigneur des Noyers, baron de Dangu, trésorier de France, contrôleur des finances, 162i; intendant des armées d'Allemagne et de Lorraine; surintendant des fortifications; mort le 25 octobre i64S, à cinquante-sept ans.

(3) Le Tellier (Michel), seigneur deChaville et de Louvois, né le lit avril 1003; maître des requêtes, 1038; trésorier du roi, 1052; ministre d'Étal, mars tOOl ; abandonne, à partir de 1002. l'exercice de sa charge; élevé à la dignité de chancelier de France le 20 octobre 1679; mort le 30 octobre 108.5.

(4) Le Tellier (François-Michel), marquis de Louvois et de Courtanvaux, né le 18 janvier 1041; conseiller d'Étal, 2 janvier 1050; au parlement de Metz, 1000 ; surintendant général, 2i décembre 1008; ministre d'Étal, février 1072; mort le 1.5 juillet

(3) Barbezieux (Louis-François le Tellier, marquis de), troisième Ois du marquis de Louvois, né à Paris le 23 juin 1068; conseiller le .5 décembre 1682, en remplacement de sou frère aîné le mar(|uis de Courtanvaux ; chancelier du roi, 10 août 1091 ; mort en exercice le .5 janvier 1701 .

Chamillart (1) (1701), Voysin (2) (depuis 1709 jusqu'au 14 septembre 171 ;>).

Louis XIV, mort à Versailles le 1«' septembre 1715, fut jusqu'à la fin le type des monarques, le roi le plus vraiment roi qui ait jamais porté la couronne. En {.'ouvernant lui-même, il acceptait la responsabilité de tous les actes de son règne : toutefois, ne pouvant entrer dans les détails des affaires, il dut s'adjoindre des secrétaires d'État, qui personnifiaient, chacun dans son département, le système de centralisation inauguré en 1G61.

Le 15 septembre 17lo, parut la déclaration royale portant établissement de [)k]sieurs conseils pour la direction des affaires du royaume. Cette déclaration, émanée du régent et enregistrée le lendemain au parlement, annula entièrement les secrétaires d'État. En ce moment, Voysin réunissait les fonctions de chancelier et celles de secrétaire d'État de la guerre, avec le laillon, l'artillerie ot les pensions des gens de guerre.

La composition des conseils devait être rendue publique. Par ordre du régent, celle du conseil de la guerre parut le 3 novembre. Le maréchal de Villars, auquel étaient attribuées comme président toutes les affaires concernant la guerre, annonça sa prise de possession par une circulaire. (D. C, t. '2i90, p. 136.) Le conseil se composait du duc de Guiche , vice-président; des lieutenants généraux de Puységur, de Joffreville, de Biron, de Levy, de Reinold , de Saint-Hilaire , d'Asfeld, des maîtres des requêtes Le Blanc (3) et Saint-Contest, et de Pensonneau, secrétaire du conseil. Ées bureaux de la guerre se tenaient rue des Petits-Champs.

Ce conseil de la guerre se maintint dans les termes de son institution, fonctionna régulièrement et procéda à l'œuvre difficile de la réorganisa-

(I) Clianiill;ul(Mkliet),niar(iuisde Cani, nr le K! janvier 16.'>2 ; conseiller au parlonienl, ICT6: maître des rdjut-les, 1C8G ; ministnMrÉlat, novembre 1701 : .se dcniel en 1707, avec survivance à son Dis: se relire avec lui, le n juin 1709; mort le li avril 17-21.

(:î) Voysin (Daniel-Krauçois), seigneur de la Noraye, né en KKi ; conseiller au parlement, avril 1674: maître des re(|uètes . août IGS."}; intendant, 1C88 ; secrétaire d'État, 10 juin 1700; chancelier de France, '2 juillet 17l't; démissionnaire le !.'> septembre 171") : nuirt le l'"' février 1717.

(3) Le Blanc (Claude), né le !«'■ décembre dG69; conseiller au parlement de Metz en 1690; maître des requêtes, mai 1697; intendant d'Auvergne en 170'*, de Dunkerque en 1708; nu'inbre du conseil de la guerre, I7l'>; secrétaire d'État de la guerre par commission du 23 septembre 1718 au l''' juillet 1723.

Administrateur habile, éclairé , zélé , il laissa d'honorables souvenirs. Quoique n'étant i)as militaire, il avait acquis des connaissances sur les armées et sur la guerre comme intendant de Flandre. 11 se fit beaucoup seconder par M. de Belle-Isle, alors maréchal de cami), et par les financiers Paris.

tion de l'armée, jusqu'au 5 septembre 1718. (D. G., t. 2o4o.^ Le 24 du même mois, la suppression des conseils fut prononcée.

Le !'■' janvier 1719, reparut l'ancienne organisation ministérielle avec ses secrétaires d'État, travaillant sous la direction du roi. M. Le Blanc fut chargé du ministère de la guerre, avec le taillon ;1), l'artillerie, les pensions des gens de guerre et tous les états-majors.

La mort qui vint frapper le régent le 2 décembre 1723, à l'âge de quarante-neuf ans, fut une perle pour le jeune roi, qu'il était plus capable que personne de former dans l'art du gouvernement. {Mémoires du cardinal de Bernis.) Le duc de Chartres, fils du régent, se trouvait en position de prétendre à la succession de son père; mais, son esprit le rendant peu propre au ministère, ce fut le duc de Bourbon qui le remplaça , malgré le cri de l'opinion publique.

A l'arrivée du nouveau premier ministre au pouvoir, quatre secrétaires d'État reparaissent, comme sous Louis XIV : MM. de la Vrillière, de Maurepas, de Morville aux affaires étrangères après la mort de Dubois, et de Breteuil (2) à la guerre.

M. de Breteuil rattacha à son ministère les provinces dont le gouvernement avait appartenu à ses prédécesseurs : les Trois-Évèchés, l'Artois , la Flandre, le Hainaut, l'Alsace, la Franche-Comté, le Roussillon, le Dauphiné et la principauté de Sedan. On lui doit les premiers tableaux de réglementation des différentes branches d'administration sur la discipline, l'habillement des troupes, l'organisation de l'artillerie, le logement des troupes en marche (3), et de plus un code pénal militaire. Il dota la France de l'armée avec laquelle elle soutint la guerre de la succession de Pologne; il réunit les premiers camps d'instruction sur la Moselle, la Meuse et la Sambre (4).

fl) Imposition en deniers qui se levait de la même manière que la taille, pour l'ournir à la dépense des gens de guerre.

(-2) Breteuil (Le Tonnelier, marquis de), né le 7 avril 1080: conseiller au parlement, août nOj; maître des re(|uêtes, lévrier ITH ; intendant de Limoges, mars 1718; eonimandeur, iircvùt et maître des cérémonies, juin l'îîl; secrétaire d'Élat, chancelier de la reine, 18 mai \~'2.i\ résigne ses fonctions, le 16 juin 1726, en faveur de Le Blanc. M. de Breteuil, appliqué et instruit, forma le premier camp d'instruction.

(3) Le trésor royal n'avait h supporter que les dépenses dites de YordÎÊiaire dcx guerres, qui ne comprenaient guère que la solde en station et l'habillement. Aussi, quand au dix-huitième siècle un ministre voulait faire des économies, faisait-il voyager les troupes, qui étaient alors entretenues pAV l'extraordinaire.

(i) Il y avait eu déjà, sous Louis XIV, des réunions analogues, mais ne comprenant que de la cavalerie. Exceptons cependant le camp de Compiégne {I6S8), où furent réunis 60,(100 hommes de toutes armes, pour leur instruction et poui- <elle du duc de Bourgogne.

LEXTOUE DES LOIS. [)K(:KKTS, ETC. ôV.)

Plus laborieux que brillant, M. d'An^erviliiers (1) s'appliqua à exécuter les vues du cardinal de Fleury. Sous son administration parut une ordonnance de constitution de l'armée; des mesures répressives furent prises au sujet des dettes; des règlements pour le campement des troupes et sur riiabillement furent rédigés, et pour la première fois on imposa l'uniforme aux officiers.

F, 'opinion publique et l'armée se trouvèrent d'accord pour désigner au choix du gouvernement le nouveau ministre de la guerre. M. d'.\ngervilliers eut pour successeur, le 20 février 1740, le marquis de Breleuil. Bien que ce ministère ait jeté peu d'éclat, c'est à lui qu'est due l'ordonnance du "21 juillet 1741 sur le service en campagne. La niorl de ce ministre, le 7 janvier 1743, fit sur l'esprit du vieux cardinal de Flt^ury une telle impression qu'il ne lui survécut que deux semaines et mourut à son tour le 29 janvier 1743. La paix signée à Vienne le 18 novembre 1738 avait mis le sceau à la réputation du cardinal. Si, après avoir donné la Lorraine àla France, affaibli la maison d'Autriche, établi une branche de celle de France en Italie, ce ministre avait eu le courage de quitter le pouvoir, au lieu d'y rester vieillir, sa mémoire serait demeurée grande en Europe. Le maréchal de Bclle-Isie lui fut d'un grand aide dans les deux dernières années de sa vie, en dirigeant les négociations, les armements et les opérations militaires.

En ce moment, la répartition du service des fortifications entre les départements de la guerre et de la marine était définitivement accomplie, quoique d'une façon assez inégale. Le nouveau secrétaire de la guerre, M. d'Argenson (2), était fils cadet du garde des sceaux. Quoique très jeune, il ne se montra pas inférimir à sa tâche, car dès son entrée en fonctions il sut organiser des armées. L'attentat du 5 janvier 1757 contre la vie du roi fournit un nouvel aliment aux intrigues des ennemis de M. d'Argenson, qui le l''"" février dut donner sa démission.

A la suite d'un remaniement opéré dans le ministère et dans le conseil, d'Argenson eut pour successeur à la guerre son neveu le marquis de Paulmy (:<).

A dater du 26 février 1738, le département de la guerre cesse d'être

(1) Angei'villicr.s(Nicolas-Prosper Bauynd"), ne le 15 janvier 1675, maître des rei|uttes, 1697; intendant d'Alençon, de Grenoljle, d'Alsace, 172i; mort le 15 février 17iO.

(2) De Voyer de Paulmy, comte d'Argenson, né le 16 août 1696, conseiller au parlement, 1719: lieutenant général de police de la ville de Paris, F' juillet 1720; conseiller d'État, 1724; ministre d'État, 15 août 1742; exile le l'-' février 1757; mort le 22 août 1764. (V. le 4" vol. des Guerres sous Louis XV, p. 6, 53.)

(3) Antoine de Voyer de Paulmy, marquis d'Argenson, fils du secrétaire d'État des affaires étrangères, né le 22 novembre 1722: conseiller au parlement, 9 décembre 1744; ambassadeur en Suisse, i décembre 1747; secrétaire d'État en survivance de

occupé par des hommes de robe pour être donné à des militaires. Malgré ses soixante-treize ans, le maréchal de Belle-Isle dut accepter le ministère de la guerre sur le désir exprimé par le roi (il. Pour lui épargner les ennuis et la fatigue des détails administratifs et des signatures, un brevet du 9 avril 17o8 lui adjoignit M. de Cremilles, lieutenant général, comme sous-secrétaire d'État. Deux autres brevets, en date du 27 mai IToO, lui conférèrent l'administration des Invalides, la surintendance de l'École royale militaire, et plus tard, le 30 janvier 1761, la charge de directeur des fortifications et du génie. (Voir le 4'^ vol. des Guerres sous Louis XV, p. 114.)

Élevé à l'école du ministre Le Blanc et devenu son conseiller, le maréchal arriva au ministère avec la ré|)ulat!ûn d'un des plus habiles généraux, réputation acquise surtout par sa retraite do Prague. On le citait comme ayant été l'auteur de toutes les ordonnances militaires publiées pendant l'administration du cardinal de Fleury, depuis 1733 jusqu'au ministère de Breteuil. .lusqu'à cette époque, la direction des opérations

son oucle avec adjonction, 8 octobre 1751; titulaire, 3 lévrier 1737; ministre d'État, li février 1759; démissionnaire, 26 février 1758; ambassadeur en Pologne (1762-1764), à Venise (1766-1770); mort le 13 août 1787, à l'Arsenal.

(1) Belle-lsle (Louis-Charles-Auguste Fouquet, duc de), petit-(ils de Fouquet; né le 22 septembre 1684, à Villcfranche (Kouergue); mestre de camp de dragons en mars 1718; lieutenant général, 21 décembre 1731 ; gouverneur des Trois-Évêchés, 0 mars 1733; maréchal de France le II février I7ii : ambassadeur, février 1742: duc de 'Jisors, mars 1742 : ])air de France, mai 1748 ; membre de l'.-Vcadémie française, 20 juin 1749 : ministre d'État le 16 mai 1756 : secrétaire d'État de la guerre. — Son père, troisième fils du surintendant, pour dérober à la méclianceté d'un public maheillant sa tache originelle, s'était condamné à vivre dans l'obscurité d'une petite ville de province. Cependant, après quarante ans écoulés, le mar<|uis de Belle-Ile ne voulut pas imposer à son fils aîné l'espèce de claustration dont il s'était fait l'innocente et volontaire victime. A seize ans, celui-ci vint à Paris, et au mois de juillet 1701 il endossa l'uniforme des mousquetaires du roi. 11 ti[ sa première cam])agne en 1702. comme capitaine dans Royal-Cavalerie.

La terre dont le maréchal portait le nom n'est autre que Belle-lIe-en-Mcr. Située à dix lieues marines de Lorient, cette ile est la plus grande que la France ])osséde sur ses côtes de l'Océan. Elle doit à sa beautéet à sa fertilité le nom (|u'eile porte. Vers la fin du dixième siècle, elle fut donnée par le comte de Cornouailles aux moines de Qulmpeilé, et ceux-ci la cédèrent plus tard au maréchal de Retz, gouverneur et amiral de Bretagne, qui la fortifia et y construisit un grand nombre d'habitations. Henri IV érigea Belle-Ile en marquisat-pairie, et le célèbre surintendant Fou- •lucl l'acheta en 1058. Malgré sa disgrâce, qui eut lieu en 1661, sa famille conserva l'ile et la seigneurie. Son (letit-fils porta le titre de marquis de Belle-Ile et embrassa la carrière des armes. Le régent réunit Belle-Ile à la couronne en l'échangeant contre le comté de Gisors, Longueil et d'autres seigneuries du même genre. La compagnie des Indes a possédé sur son territoire des chantiers et des magasins. Le chef-lieu de l'ile est aujourd'hui le Palais, qui tire son nom de l'ancien château du marquis de Belle-Ile.

LEXIQUE DES LOIS, DÉCRETS, ETC. 55t

militaires, comme la haute main sur le personnel, était censée n'appartenir qu'au souverain lui-même. Grné dans ses projets par la pénurie du trésor et par la nécessité de soutenir une guerre désastreuse, il s'attacha du moins à faire de bons règlements. Par celui du 29 mars 1758 il jcla \os liases d'un système équitable d'avancement, en fixant le minimum de temps nécessaire pour passer d'un grade àun autre. Il créa l'épaulelt(; comme signe distinctif du grade. Reprenant un projet présenté par Vauban, il enleva à l'artillerie les sapeurs et les mineurs, pour les réunir aux ingénieurs et constituer le corps du génie. Cette réforme ne fut d'ailleurs que temporaire; après lui, les troupes du génie furent de nouveau rattaclii'cs à l'artillerie en 17(31, pour n'en être définitivement séparées que le l.-i ilécembre 171)4.

A la mort du maréchal, le 26 janvier 1761, M. de Choiseul (1), qui pendant la dernière année avait entièrement dirigé les affaires du ministère de Relle-Isle, fut nommé chef officiel du service, avec ordre du roi de se charger aussi du département des affaires étrangères jusqu'à la conclusion de la paix. Homme de talent, d'esprit, de caractère, il avait de brillantes qualités unies à une grande légèreté. Grand seigneur, ayant à diriger, avec la guerre, la marine et les affaires étrangères, plus occupé de politique que de questions militaires, il était forcé de s'en rapporter beaucoup à ses sous-ordres. Mais il avait le mérite de les choisir judicieusement, de s'assimiler avec sagacité leurs conceptions et d'en savoir tirer parti. Si le duc de Choiseul ne sut pas mieux que son prédécesseur relever la fortune de la France sur les champs de bataille et s'il dut signer le traité de Paris (1762), ses négociations parvinrent, du moins, à en adoucir les clauses. A la paix, il ramena l'effectif de l'armée à 160,000 hommes; mais, voulant racheter la faiblesse numérique par une solide instruction tactique, il fit décider la réunion annuelle d'une partie des troupes au camp de Compiègne (2), dont il voulut faire pour l'armée française ce qu'étaient pour l'armée prussienne les camps d'instruction de Frédéric. Il adopta, pour la cavalerie, la tactique inaugurée par ce dernier. Ses règlements embrassent toutes les parties du service. Par l'ordonnance du 10 décembre 1762, il abolit le principe féodal de la propriété des compagnies. Il modifia les dispositions relatives à l'avancement, réservant au choix du roi la promotion au grade de lieutenantcolonel jusque-là accordé exclusivement à l'ancienneté. Le racolage fut interdit. Les régiments de marine furent créés. Dans l'intérêt de la discipline, il fixa l'heure de la retraite, après laquelle aucun soldat ne doit

(1) Choiseul (ÉUcnne-François de), comte de Staiiiville. (V. le H" vol. des GKcrre.s sous Louis XV, p. :iOS.)

(2) 42 B. furent r('U Dis en l"C9au cani]) de Vorbcru, iirosde Comi)ièsno.

se montrer dans les rues. Son ordonnance du 1'^' mai 1768 a réglé le service des places jusqu'à la promulgation du décret du 13 octobre 1793. Les pensions de retraite ne s'accordaient auparavant qu'à la faveur; des dispositions précises furent substituées par lui à l'arbitraire. Enfin c'est à lui qu'est due la première organisation régulière d'un corps spécial d'état-major, formé par les adjudants généraux et adjudants commandants (1). On peut donc dire que le duc de Choiseul a été le véritable législateur de l'armée. Les divisions territoriales, les conseils d'administration, les camps d'instruction, les quartiers-maîtres, les pensions de retraite, les fournitures de l'habillement, la fabrication des armes, la confection des effets, les évolutions des trois armes et surtout l'exercice d'infanterie, le recrutement, les remontes, les congés, tout cela fut organisé par son initiative ou amélioré par ses réformes. Il extirpa les derniers restes des abus et effaça les dernières traces des routines administratives. La révolution de 1703 produisit l'émulation et tira le militaire du sommeil où il s'était engourdi pendant la dernière paix; on fit manœuvrer les escadrons deux ou trois fois par semaine... L'armée différait du tout au tout, sous le rapport de l'instruction, au commencement et à la fin du ministère de Choiseul.

Le coûteux entretien des corps étrangers obligea Choiseul à dresser des tarifs parcimonieux pour les corps français; il ne parvint à tenir sur pied que 170,000 hommes à peine ; ce qui laissa la France dans l'impuissance de s'opposer au pai^tage de la Pologne.

Nos voisins, plus habiles dans l'art d'entretenir à peu de frais de grandes armées, cessèrent de regarder la France comme un adversaire à craindre; elle ne pesa plus que faiblement dans la balance de l'Europe et perdit une influence qu'elle ne ressaisit que dans la guerre d'Amérique.

On blâma avec passion un ministère qui avait changé la constitution de l'armée. C'était une injustice, car l'organisation donnée à l'armée était supérieure à celle des armées de la Prusse et de l'Autriche. Ses services ne le sauvèrent pas de la disgrâce. Il fut éloigné du ministère et partit pour l'exil le 24 décembre 1770, en emportant les regrets publics.

Le 6 janvier 1771, Voltaire écrivait à M"^* du Deffand : « Il faut que le coup ait été porté inopinément, puisqu'on n'avait pris aucune mesure pour la place à donner. » La succession ministérielle était ouverte , et le

(1) C'est sous l'adminislration du duc de Choiseul ([ue le ministère de la guerre fui installé dans un hôtel construit pour lui à Versailles, sur la proposition de d'Argenson. .lusqu'alors les bureaux de la guerre étaient repartis dans divers locaux et dans des appartements particuliers qu'on louait pour cet usage, souvent même dans l'hôtel du miiiislre.

LKXIOUK DES LOIS, DECFIETS. ETC. 533

•26 janvier 1771 le roi nomma M. de Monteynard 1} ministre de la guerre.

Se défiant de ses a|)titudes administratives, le nouveau ministre commenra par s'entourer de trois directeurs généraux, entre lesquels étaient réparties les affaires. On lui doit la création de l'école vétérinaire d'Alforl et la réorganisation des milices , qu'il forma en régiments provinciaux. Mais il appliqua principalement son énergie à résister aux mesures désorganisatrices que, sous prétexte d'économie, voulait lui imposer le contrôleur général des finances, l'abbé Tcrray. Par ses protestations vives, souvent violentes, par sa fermeté et sa droiture, de Monteynard sut imposer souvent à Louis XV lui-même. Il ne put néanmoins empêcher l'abbé Terray de s'emparer de l'administration du matériel, c'est-à-dire des approvisionnements et marchés. Par faiblesse et insouciance, le roi finit par consentir au renvoi du ministre, qui mérita d'être appelé par Dumouriez, dans ses Mémoires, « le vertueux Monteynard». Son passage au ministère fut court; il se démit de ses fonctions le 28 janvier 1774.

Le duc d'Aiguillon (2), qui remplaça M. de Monteynard, joignit aux affaires étrangères le ministère de la guerre. Quoique travailleur et naturellement économe, il augmenta la dette de l'administration de la guerre et prodigua les commissions de capitaine et le grade de colonel dans toutes les armes.

Le 10 mai, à la mort du roi, il fut remplacé par le lieutenant général de Muy, élevé peu après à la dignité de maréchal de France. (Voir le ij'" vol. des Guerres sous Louis XV, p. loi.)

Le ministère de la guerre comprenait douze districts.

1*^'" district. — Les grâces, les commissions, lettres et brevets des officiers d'infanterie, de cavalerie et de dragons, des régiments de grenadiers royaux et des régiments provinciaux; les provisions et brevets pour les gendarmes, chevau-légers, mousquetaires, grenadiers à cheval et la gendarmerie; l'ordre de Saint-Louis, les ordonnances de pensions dudit ordre; l'ordre du Mérite; les congés, reliefs, pensions de retraite, dettes particulières des officiers, etc. ; les promotions d'officiers généraux; les gouvernements et états-majors des places.

2'' district. — Les projets et ordonnances pour les fonds nécessaires au département de la guerre; la solde des troupes; le traitement des officiers généraux; les ordonnances de pensions, appointements, gratifications annuelles et extraordinaires, tant sur le trésor royal, l'ordinaire

(1) N(i le 13 mai 1703; brigadier, octobre 174'j; lieutenant général, 10 février 1739; secrétaire d'État le 26 janvier 1771 ; se démet le 28 janvier 1774; mort en mai 1791. U ap|ili(|ua dans les promotions lo principe de l'avancement soumis à un certain nombre d'années de grade.

(2) Aiguillon (Duplessis de Richelieu, duc d'i, pcllt-ncvcu du cardinal.

et l'extraordinaire des guerres que sur le quatrième denier; la conversion desdites ordonnances en rescriptions, pour les faire parvenir aux pensionnaires dans les lieux de leur résidence; la comptabilité des trésoriers généraux, tant de l'ordinaire et l'extraordinaire des guerres que du quatrième denier; les mémoires pour l'obtention des grcîces aux veuves des militaires et aux officiers retirés; les revues et appointements des commissaires des guerres; les appointements des états-majors des places, tant pour les garnisons ordinaires que pour celles des places frontières; les employés dans les provinces; les invalides pensionnés; les soldes et demisoldes , et généralement tous les mémoires relatifs aux fonds de l'extraordinaire des guerres et à la comptabilité.

3® district. — Le mouvement, l'emplacement et les répartitions des troupes; l'expédition des routes; les ordonnances concernant la création, augmentation et réforme des troupes, et celles pour les semestres; les revues d'inspection; la nomination des inspecteurs et l'expédition de leurs patentes; les étapes et les voitures fournies aux troupes pendant leur marche; les recrues et remontes; les congés absolus et limités des soldats; les invalides, soldes et demi-soldes; les régiments provinciaux; les ordonnances rendues à ce sujet ; les chevaux morveux dans la cavalerie et dans la maison du roi.

4" district. — Les affaires contentieuses qui se portent au conseil des dépêches ; les lettres d'État, sauf-conduits, surséances, passeports et brevets de retenues de pensions et de grâces; les états et ordonnances sur le fonds du taillon ; la vérification des états au vrai de l'ordinaire des guerres et des maréchaussées; l'état des garnisons ordinaires du royaume; les affaires de l'ordre de Saint-Louis et provisions des charges dudit ordre; la correspondance pour la signature des états et arrêts de finances, et celle des expéditions de chancellerie qui regardent les provinces du royaume, l'École militaire, les Invalides.

0^ district. — La correspondance avec les généraux d'armée, les commandants et intendants des provinces, les officiers généraux employés ; les commandants des places et la discipline, la rédaction des ordonnances relatives à ces deux objets et les lettres tendantes à leur exécution; les affaires contentieuses militaires; les traités de restitution réciproque des déserteurs; les lettres de cachet concernant les militaires et celles des provinces du département; les passeports et brevets de permission pour passer dans les pays étrangers; l'expédition des états et offices des maréchaux de France ; pouvoirs, brevets et lettres de service des officiers généraux et autres officiers de l'état-major, de la cavalerie et des dragons, des gouverneurs et lieutenants généraux des provinces du département; les provisions, commissions, brevets, ordres et congés des officiers de l'état-major des places, et tout ce qui concerne leurs services, droits et

LEXIQUE DES LOIS, DECRETS, ETC. 5ôo

privilèges ; les lettres de relief, de prestation de serment; les commissions des intendants des provinces du département et des subdélégués généraux; le détail des commissaires des guerres; les expéditions pour la convocation des états, instructions des commissaires et réponses aux cahiers desdits états; les dépêches pour le renouvellement ou la continuation des magistrats des villes, et iexamen de leurs comptes pour la Flandre et le Haynault; les expéditions pour l'élection et nomination des abbés réguliers et de leurs coadjuteurs ; les attaches sur bulles et brefs de cour de Rome; les passeports des juifs; les ordres relatifs aux émeutes et assemblées tumultueuses d'habitants; les affaires de contrebande.

6' district. — L'habillement des gardes du corps et des grenadiers à cheval; les détails de l'emploi de la grosse masse affectée à l'habillement et équipement de l'infanterie, de la cavalerie, des dragons, hussards et troupes légères, à l'exception, pour l'infanterie, des gardes françaises et suisses, du régiment du \\o'\ et des régiments suisses, qui ont leur administration particulière, et, pour la cavalerie, des carabiniers, qui en ont l'administration; l'habillement des invalides pensionnés dans les provinces; celui des compagnies d'invalides détachées et des soldats, cavaliers ou dragons retirés avec solde ou demi-solde; la comptabilité que les régiments rendent de la recette et dépense des masses affectées à l'entretien journalier; la fourniture des drapeaux, étendards, tabliers de timbales, banderoles de trompettes; celle des ornements des chapelles militaires en campagne et dans les forts et châteaux appartenant au roi ; la vérification du service des hommes proposés par les inspecteurs pour la vétérance, l'expédition des brevets et envois de plaques à ceux qui y sont admis.

7" district. — L'artillerie de terre, le corps royal; les inspecteurs et commissaires des guerres dudit corps; les commissions, lettres, brevets des officiers; les grâces et les fonds du corps royal; les écoles et les magasins d'artillerie; les fonderies, forges de fers coulés et manufactures d'armes; l'armement des troupes; les poudres et salpêtres; les gardescôtes, commissions, lettres, brevets et grâces dudit corps.

8'" district. — Le corps du génie et les fortifications de toutes les places du royaume; le détail des fonds pour ces deux objets; l'école établie à Mézières pour l'instruction des élèves de ce corps; le dépôt des plans en relief; l'examen des comptes des trésoriers généraux, pour toutes les dépenses concernant l'artillerie et le génie.

9'" district. — Les hôpitaux militaires et tous ceux de charité du royaume où les troupes sont rerues; les lits des hôpitaux et des casernes, et les ustensiles et fournitures des casernes et corps de garde.

10'^ district. — La subsistance des troupes.

W district. — Les maréchaussées, les déserteurs et le contrôle des troupes.

12= district. — Dépôt de la guerre. Direction du dépôt et plans. Ingénieurs géographes.

Hort. — Considérée physiologiquement, elle est la cessation de toutes les fonctions organiques. Certains hommes éprouvent pour la mort une véritable indifférence, bien qu'elle soit rare. Le plus souvent l'homme chez lequel on croit l'observer affecte de la ressentir. On n'éprouve qu'une sorte d'oubli de la mort, même sur le champ de bataille où elle nous entoure de toutes parts. La bravoure militaire, quand elle ne découle pas de l'amour de la patrie, de la gloire, des grades et décorations, n'est guère qu'une sorte de superstition qui fait qu'on ne se croit pas encore arrivé à l'instant de mourir.

Mot. — Son usage remonte à la plus haute antiquité. C'est une précaution contre les surprises et un signe au moyen duquel les militaires d'une même armée, les combattants d'un même parti, se reconnaissent. 11 ne doit renfermer qu'une ou deux courtes paroles. Voir l'ordonnance du I" mars 1768. Il y a le mot d'ordre et le mot de ralliement.

lloufvtacbe. — Elle tomba presque en oubli dans les premières années du règne de Louis XV; puis, à l'imitation des régiments étrangers, surtout des hussards hongrois, elle fut adoptée par les corps français sans que les règlements s'en occupassent. Elle dépendit donc du caprice des chefs de corps.

Masiqne. — En 1683, Louis XIV avait décidé que les corps de musique comprendraient exclusivement des joueurs de cornemuse, de fifre et de cymbales; les hautbois étaient radicalement proscrits. Au commencement du règne de Louis XV, la musique des troupes de France consistait dans la cornemuse des dragons, le fifre (emprunté aux Suisses), le tambour (apporté par les Italiens), pour l'infanterie; dans la trompette, venue des Maures d'Espagne, et les timbales (imitation des Orientaux), pour la cavalerie; dans les hautbois (introduits par les Allemands), pour les mousquetaires à cheval.

Les ordonnances des {" juin 1763 et 24 janvier 1764 attachent un nombre fixe de musiciens à chaque corps d'infanterie ou de cavalerie; celle du l"janvier 1766 institue définitivement la musique. En 1764, les gardes françaises marchaient accompagnées de seize instrumentistes.

Le maréchal de Saxe ne se contenta pas d'avoir remporté la victoire de Fontenoy et d'avoir désespéré, dans une certaine mesure, la plus admirable actrice de son temps; il mit une obstination digne de remarque à reconstituer les musiques militaires, dont le gouvernement, endetté,

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refusait daméliorer la situation précaire. C'est à lui que rarniée de Louis XV dut d'être réjouie par les accents bizarres de la clarinette de Nuremberg, du cor des Hanovriens, du basson des Italiens et de la grosse caisse des Turcs. Tant d'efforts furent couronnés de succès. Soldats et bourgeois rafi'olcrent de musique; cette nouvelle épidémie gagna toute l'Europe. Les garnisons furent littéralement transformées en salles de concert.

IVoWesfse. — Classe de la société jouissant de privilèges. Les Montmorency, les Koban, sont de grands seigneurs. Le maréchal de Villars est un grand dignitaire. Les nobles sont donc des anoblis par le vasselage ou par des lettres du roi.

Depuis la fin du quinzième siècle, tous les hommes d'armes qui composaient les compagnies d'ordonnance étaientgentilshommes; il suffisait, pour posséder la noblesse, de faire uniquement profession des armes, ou d'avoir un fief noble qui obligeait de suivre son seigneur à la guerre. En ['619, Henri 111 supprima cette noblesse, acquise par les fiefs. En 1600, Henri IV abolit celle obtenue par les armes. Louis XIH et Louis XIV laissèrent subsister cet état de choses. En ITIiO, un édit de Louis XV déclara la noblesse acquise de droit non seulement par ceux qui avaient atteint le grade d'officier général, mais aussi par quiconque servirait au moins en qualité de capitaine et dont le père et l'aïeul auraient servi en cette même qualité. Ledit déclaie encore que tous les officiers seront exempts de la taille pendant la durée de leur service militaire, et que les officiers non nobles, d'un grade inférieur à celui de maréchal de camp, s'ils sont chevaliers de Saint-Louis, jouiront, après trente ans de service non interrompus, de l'exemption de la taille pour le reste de leur vie. Le même privilège est assuré aux capitaines réformés pour blessures. Enfin la déclaration du 22 janvier 17o2 porte que la profession des armes anoblit de droit les officiers, sans recourir aux formalités d'anoblissement; que pour épargner aux officiers parvenus aux premiers grades, et qui ont toujours vécu avec distinction, les inconvénients d'un défaut de naissance il a paru juste que les services de plusieurs générations dans une profession aussi noble que celle des armes pussent |)ar eux-mêmes conférer la noblesse.

Jusqu'au commencement du dix-huitième siècle, la plus grande partie de la noblesse, habituée à une vie toute rurale, se faisait remarquer par la simplicité de ses mœurs; elle ne connaissait pas le luxe; son aisance dès lors lui permettait d'entretenir un nombreux personnel, proportionné à l'importance de la terre. On voyait bien des habitations de grande appa-

rence; mais, en dehors de ces exceptions, la masse de la noblesse résidait dans des castels, manoirs, gentilhommières où l'on ne s'inquiétait guère du confort et de l'élégance. Chacun se contentait de peu. La stabilité devenait la loi commune; l'esprit, fait à ces habitudes, ignorait la curiosité aussi bien que l'ennui. La famille du seigneur et ses serviteurs, dans beaucoup de contrées, faisaient leurs repas ensemble dans une vaste salle où brûlait un foyer commun, et où s'accomplissaient les actes journaliers de la vie commune, y compris la prière le matin et le soir. Le déclin de celte noblesse date de la fin du règne de Louis XIV. Les anciennes mœurs alors sont remplacées dans certaines familles, habitant Paris et Versailles, par des habitudes légères et souvent licencieuses. L'introduction de la noblesse de finance aggrave le mal. Les familles appartenant à la noblesse de cour, ne sachant plus vivre de la vie simple d'autrefois, livrent leurs propriétés, leur influence bienfaisante à des intendants avides qui, pour s'enrichir, exploitent les populations agricoles. Tout concourt alors à précipiter le déclin de la nobles.se.

iVoeud. — Xœiul de cordelivres, la partie haute des épauletles des officiers. — Nœudd'épée, genre de dragonne que les officiers portaient à la cour quand ils n'étaient pas en uniforme. On y joignait un crêpe en cas de deuil.

Officier. — Le recrutement des ofdciers présente moins de difficultés que celui des sous-officiers. C'est surtout dans le mode de répartition de l'avancement que réside le problème de la bonne constitution des cadres. L'éducation première exerce aussi une influence qui se fait sentir dans toute la carrière. Sous Louis XV comme sous les règnes précédents, l'arbitraire le plus complet présidait à l'avancement. Les grades étaient l'apanage presque exclusif de la noblesse, et les jeunes gens que leur naissance appelait à jouir de ce privilège gagnaient leurs épaulettes par un apprentissage plus ou moins long dans les corps de troupes où ils servaient soit à titre de volontaires, soit en qualité de cadets. Lorsqu'il s'agissait d'un membre de la haute noblesse, le noviciat se passait ordinairement dans un corps d'élite, tel que les compagnies de mousquetaires et le régiment d'infanterie du Roi. Les grades de lieutenant et de sous-lieutenant étaient réservés aux gentilshommes pauvres, qui n'avaient pas le moyen d'acheter une compagnie.

D'après l'ordonnance du 28 février 1737, les lieutenants en second des régiments d'infanterie française qui n'auront pu être conservés avec ap-

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