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CHAPITRE VIII

Campagne de Bavière.

(1®'' mars à 31 décembre 1742. )

Mars 1742. Départ des troupes d'Alsace; formation de l'armée de Bavière; sa marclie. La tête, sous les ordres du duc d'JIarcourt, arrive à Donauworlh. Jonction des Bavarois. L'armée s'assemble.

Avril 8. M. de Ségur à Ingolsladt et au camp de Neuburg. — 11. Se met en route pour renforcer M. de Torring. — 13. Les ennemis évacuent Kelheim; M. d'Harcourt y entre. — 16. Il retourne à Ingolstadl avec M. de Villemur; y trouve M. de Ravignan. — 29. MM. d'Harcourt et de Ravignan, après avoir assemblé leurs troupes sur l'Altmulil par Straubing, quittent Kelheim, descendent le Danube et arrivent le 30 à Stadt-am-Hof. M. de Ravignan reste à Donaustauf.

Mai 1^''. Arrivée successive des troupes venant de France aux ordres de M. d'Harconrt. — 6, Les Autrichiens rentrent en Bavière; s'emparent de nouveau de Munich. — 15. M. de Kewenhuller lève ses camps de Passau et de Scharding. — 16. M. d'Harcourt reste sur le Danube. — 17. Chasse l'ennemi, occupe Grafenau avec M. de la Ravoye. Assemblée des troupes bavaroises à Bogen. — 18. M. de Kewenhuller rassemble son armée à Pleiming, y jette un pont sur le Danube. — 19. L'armée française au campde Nieder-Altach. — 21. M. de Torring à Plattling sur risar. — 22. M. de Minutzi détaché avec son corps à Landau. — 23. L'infanterie du roi, avec un régiment de dragons et un régiment de cavalerie, rassemblée au camp de Nieder-Altach ; la cavalerie reste cantonnée sur la Naab. — 24. Des corps ennemis passent le Danube et s'avancent vers Nieder-Altach. — 28. Ces corps, attaqués par les Français, se retirent sur le château d'Hengersberg.

Juin 14. Mentzel abandonne leLech; se retire sur Munich. — 19. M. du Chayla joint l'armée bavaroise à Straubing. — 21. Campe à la tête du pont de Deggendorf. Des troupes autrichiennes rejoignent l'armée; renforts arrivés de Hongrie. — 29. Cham, occupé par les troupes du roi.

jMïWel! 6. Winterberg et la communication avec la Bohême abandonnés. Retraite de tousles postes de cette partie. — 10. Des troupes autrichiennes à la gauche du Danube repassent ce llcuve, s'avancent sur Landau.

Août 5. Le comte de Saxe prend le commandement de l'armée à Nieder-Altach. — 8. Attaque du château, évacuation de ce poste. L'armée française quitte le camp de Nieder-Altach, occupe celui de Deggendorf. —21. M. de Seckendorf, à la tôte

de l'armée, à Plaltling, jette un second pont sur l'isar. — 23. M. d'Estrées à Egra. — 25. M. de Lobkowilz, détaché de l'armée de Bohême avec un corps de 10,000 hommes, campe à Luditz. — 26. Dirige sa marche surMies, elenvoie le 28 des détachements dans le Palalinat.

Septembre i'^'^-Z. Le camp des équipages, près Nuremberg, attaqué par M. de Kewenhuller qui se replie sur Amberg. — 5. Le comte de Saxe décampe de Deggendorf, passe le Danube. — 6. Arrivé à Aiterhofen, il est joint paries Bavarois. M. de Seckendorf quitte Plattling. M. de Minutzi abandonne Landau. — 8. L'armée française et bavaroise à Schonach. — 9. Passent le Danube à Donauslauf, campent à la gauche de ce fleuve; M. de Balincourt détaché à Nabburg avec un corps de l'armée de M. de Maillebois. — 10. Les Français et Bavarois àSladt-am- Hof. — 12. M. de Balincourt à Nabburg; le comte de Saxe passe le Regen. — 13. L'armée bavaroise se sépare de celle du roi, campe à Kelbeim. — 14. A Schwandorf. — 16. Le maréchal de Maillebois marche d'Amberg à Hirschau. — 17. M. de Maillebois à Wernberg. — 18. A Vohenstrauss. — 19. A Waidhausen. — 20. M. de Bernklau reste en Bavière avec 10,000 hommes. — 21. M. d'Harcourt s'empare de Plan. — 22. M. de Maillebois se replie sur Floch. — 23. De sa personne à Pronimonhof, sa division à Tirschenreuth. — 24. A Mahring. — 25. Une partie de l'armée à Prommenbof. — 27. Y est entièrement rassemblée.

Octobre 1. L'armée bavaroise de Kelheimà Abensberg. — 4. Surprend Landshut.

— 6. M. de Seckendorf envoie un détachement à Munich, abandonné par l'ennemi. M. de Bernklau, en quittant Munich, se retire à Wasserburg. — L'armée du roi en marche le 6 au soir. — 7. A Albenreuth. — 8. Sous Egra. — L'armée bavaroise passe l'isar à Moosburg, campe à la droite de cette rivière.

— 9. L'armée du roi àLeibitsch. — 10. A Maria-Kulm. Les Bavarois à Erding.

— 11. A Dorfen. L'armée française à Falkenau. — 12. Elbogen. — 13. Fischeren. — 15. Schlackenwerth. A Haag, un détachement de la garnison de Straubing s'empare de Deggendorf et du château d'Hengersberg. L'armée autrichienne s'allonge vers Saatz. — IC. Les Bavarois à Muhldorf. — 17. A Otting. — 18. Chassent l'ennemi de Burghausen. — 19. L'armée française à Elbogen. — 20. A Falkenau. — 21. A Liebitsch. — 22. Sous Egra. — 24. A Mitterteich. — 25. A Falkenberg. M. de Seckendorf occupe Braunau, abandonné par l'ennemi, son armée à Ranshofen près cette place. — 26. L'armée du roi à Neustadt. —28. A Forst. — 29. A Nabburg. — 30. A Schwandorf. — 31. M. le comte de Saxe à Pfreimf, M. de Lautrec à Schwarlzhofen.

Novembre 1. L'armée du roi à Schwandorf. — 3. M. de Balincourt détaché à Donauslauf. — 4. L'armée à Burglengenfeld. — 5. M. de Balincourt à'Stadt-am- Hof; l'armée à Regenstauf, le comte de SaxeàKirn. — 8. M. de Balincourt passe le Danube à Donauslauf, marche vers Dingelfing. — La télé de l'armée autrichienne arrive à Bogen. — 9. Attaque et prise de Deggendorf. — 11. Le prince de Conti détaché à Pilsling. — 12. Arrive à Dingelfing. M. de Montai part de Kegenslauf joindre l'armée. Le maréchal de Stadt-am-Hof à Pfeter. Le reste de l'armée marche par divisions. M. de la Ravoye reste à Stadt-am-Hof.

— 13. M. le maréchal et M. de Saxe à Straubing. L'armée s'y rassemble. — 14. M. de Montai joint l'armée. Le grand-duc arrive à Munschdorf, sur le Kolbach, avec l'avant-garde ennemie. —15. Le comte de Saxe détaché à Nieder-Altach.

L'armée carnpe à Leiblfing, sur l'Aiterach. — 16. L'armée française à Dingelfing. M. de Seckendorf abandonne Pfarkirchen et Ried. — 17. Le prince Charles à Aidenbach. — 21. M. de Broglie prend le commandement de l'armée à Dingelfing. M. de Balincourt à Fronlcuhausen. Toute l'infanterie bavai'oise, sous M. de Minutzi, entre dans Braunau. — 22. M. de Balincourt à Reissbach. — 25. M. de Seckendorf décampe de Ranshofen, repasse l'Inn à Braunau et s'établit à Markil. — 26. Blocusde Braunau. Le prince Charles arrive à Aitheim.M. de Kewenhuiler d'Aidanbach va àFurslenzelle. — 27. M. de Balincourt part de Reissbach pour retourner à Fronlenbausen. — 28. Braunau entièrement investi. Le prince Charles à Ranshofen. — L'armée bavaroise à OIting. Décembre 1". Tranchée devant Braunau. M. de Coigny joint M. de Balincourt à Frontenhausen. — 2. M. de Saxe reprend Deggendorf, cantonne ses troupes dans les environs. — 3. L'armée à Frontenhausen sur deux lignes. MM. de Balincourt et de Coigny à Eggenfelden. Les Autrichiens de Nieder-Altach se retirent sur Passau. — 5. L'armée française à Eggenfelden. MM. de Balincourt et de Coigny à Thann. — 8. M. de Coigny bat le corps ennemi qui bloque Braunau. — 12. Levée du siège de Braunau. — 13. M. de Kewenhuller à Scharding, le prince Charles à Altheim. A Obernberg. M. de Seckendorf occupe Laufen abandonné. — 14. Le prince Charles à Scharding. L'armée autrichienne y est entièrement rassemblée. — 18-19. Mouvement des troupes du roi dans leurs cantonnements. — 20. Séparation de l'armée ennemie pour ses quartiers d'hiver.

Les malheurs arrivés en Autriche pendant l'hiver, la perte de Linz, l'invasion de l'armée de M. de Kewenhuller en Bavière, la situation critique de l'armée de Bohème à Piseck, avaient déterminé Louis XV à faire passer en Bavière un nouveau corps de troupes pour défendre les États de l'électeur et opérer une diversion favorable aux affaires de Bohême.

M. le maréchal de Broglie fut destiné à commander cette armée, mais seulement lorsque le maréchal de Belle-Isle serait arrivé en Bohême. Nos troupes n'ayant pu se mettre en marche, des bords du Rhin, que dans les premiers jours de mars 1742, et la Bavière, dépourvue de garnisons, n'étant gardée que par des milices et des régiments incomplets et harassés que M. de Torring venait d'y ramener de Bohême, M. de Kewenhuller, ne trouvant aucune résistance devant lui, la capitale et une partie des places de la Bavière, excepté Straubing, Ingolstadt etDonauworth, avaient subi le joug autrichien. Les troupes légères hongroises avaient pénétré jusqu'au haut Danube et menaçaient la Souabe; M. de Torring, réfugié dans Ingolstadt, n'avait pu opposer aucune résistance.

Aussitôt que la tête de nos troupes paraît avec M. d'Harcourt à

portée de Donauworth, les affaires commencent à changer de face.

De même que l'Autriche, la France entrait en ligne avec de nouvelles forces. Le cabinet de Versailles, ne croyant pas pouvoir dégarnir la Westphalie et déplacer en ce moment l'armée de M. de Maillebois, avait réuni pendant l'hiver en Alsace une troisième armée aux ordres de M. le duc d'Harcourt, composée de 40 B., 30 E. et A compagnies franches (1).

L'infanterie du duc d'Harcourt s'était rassemblée au fort Louis, la cavalerie à Landau.

(1) État-major: Lieutenants généraux : MM. d'Harcourt, d'Hérouville, de Bullveley, du Chayla. Marécliaux de camp : MM. de Mollèze, de Graville, de Ramburcs, de la Ravoye, de Rieux, de Refuges, dWrgouges, de Bouteville, de Clerniont-d'Amboise, de Montauban, deLangenis, el MM. d'.\ppelgrehen et de Puysioulx eu qualité de brigadiers.

Infanterie : 40 B. (Picardie et Normandie, 4, chacun; Orléans, Royal et Noailles, 3, chacun; Appelgrehen, Auvergne, Enghien, 2; Nice, la Marck, Bresse, Vivarais, d'Ouroy, la Fère, Lemps, Saintonge, Touraine, 2; Foix, Duras (*), Bauffremont, Boulonais , Médoc, Brie, Agénois, Beauce, I bataillon, chacun).

Cavalerie: 30 E. (tous les régiments ont 3 E. : Saint-Simon, Rohan, Broglie, Chepy, Commissaire général, Beaucaire, Maugiron, Noailles, Dragons-d'Harcourt et Languedoc).

(*) Le marquis de Mirabeau servait alors dans le régiment de Duras, dont son père avait été colonel; il y était premier capitaine factionnaire; il marcha souvent dans le cours de cette guerre, et avec distinction, à la tête des grenadiers.

La famille des Riquetti, marquis de Mirabeau, est originaire de la Toscane, descendant des Arrighetti qui, vers 1060, vinrent de Prato h Florence. En 1350, ils s'établirent en Provence. Honoré, fils d'Antoine H. se lit remarquer à la défense de HLirseille, assiégée, en 1523, par le connétable de Bourbon.

Jean, en 1562, est élu premier consul de Alarseille. En 1660, Thomas, le chevalier, qui s'était distingué dans les troubles de la Fronde, en Provence, eut l'honneur de recevoir chez lui le jeune roi. C'est lui qui obtint pour Honoré, son lils, le titre de marquis.

Jean-Antoine Riquetti de Alirabeau, né le 26 novembre 1666, mort le 17 mai 1737. Au moral comme au physique, rien n'égalait sou impétuosité naturelle. Entré aux mousquetaires ti dix-huit ans, il ne dépassa pas le grade de colonel. Honoré de l'affection |)articuliùre du duc de Vendôme, il se distingua surtout dans la guerre d'Italie. En 1705, à Cassano, laissé pour mort, il fut avec peine ramené en France, estropié du bras droit et obligé, toute sa vie, de porter un collier (Cargenl pour soutenir les muscles de son col brisés en partie par une halle. Il quitta le service, se maria le 17 avril 1708 ;i mademoiselle de Castellane, morte le 20 mai 1769, dont il eut Victor, Jean-Anloine-Joseph-Charles-Elzear, et Louis- Alexandre.

Mirabeau (Victor P.iquetti, marquis de), né à Pertuis, le II octobre 1715, mort à Ar^enteuil, le ISjuillct 1789, entra au service comme enseigne; capitaine de grenadii'rs au régiment de Duras, dont son père avait été colonel ; occupe de théories d'économie politique, de

Le 11 mars, M. d'Appelgrehen, avec les 1" et 2" B. de Picardie et la compagnie franche de Mandre, franchit le Rhin en face de Rasiadt ; les jours suivants, la l""! division continua, et le 22 les derniers régiments de la 2® division. Immédiatement après, la 3^ division se porte également en avant par petites fractions, se succédant à un jour de distance. M. de Ravignan n'étant pas arrivé à son poste, M. de Ravoye prend le commandement de cette division; il quitte Strasbourg, est le 22 au fort Louis, et passe le Rhin le 23. Les autres B. suivent jusqu'au 2 avril.

La cavalerie, formant la 2° division, marche de Landau sur Mannheim; elle commence à passer le Rhin le 11 sur le pont de Mannheim,sous la direction de M. de Puysieulx, qui commandait en l'absence de M. de Grandvillers, et prend la route de Neckar-Gemund. Vers le 18, M. de Graville, arrivé à Strasbourg, en prit le commandement et franchit à son tour le fleuve, le 21, avec ses derniers escadrons.

travaux sur los finances, il eut des adversaires et des amis passionnés, qui lui valurent le titre de UAmi des liommes.

Jean-Antoine-Joseph-Charles-Elzear, né le 8 octobre 1717, connu sous le nom de BaiUy> mort à Malte, le 18 avril 1791, sert dans la marine; capitaine de vaisseau en 1751, gouverneur de la Guadeloupe; d'un caractère vif, droit; son originalité éclatait dans ses reparties; a laissé un ouvrage intitulé : Des lettres de cachet.

Louis-Alexandre, né le 6 octobre 172^1 ; mort chevalier de Saint-Louis, le 21 juillet 1761 ; capitaine au régiment du Roi, député de la sénéchaussée d'Aix à rAsscmbléc nationale en 1789.

Mirabeau (Honoré-Gabriel Riquetti, comte de], fils de Victor, né le 9 mars 1749. mort le 20 avril 1791. Destiné îi la profession des armes, le 19 juillet 1767, il est incorporé dans le régiment du marquis de Lambert. Sert en Corse dans le Royal-Comtois, y arrive capitaine, en janvier 1771; mais des désordres dans sa vie privée exaltèrent son imagination, donnèrent un premier élan à son éloquence, qui le plaça bientôt au rang des premiers orateurs.

Mirabeau , vicomte de Riquetti, surnommé M irabeau-TOTDicau pour son obésité, né le 30 novembre 175^1, mort à Kribourg, le 15 septembre 1792. Colonel du régiment de Touraine, d'une grande vivacité d'esprit, d'une jolie figure, se maria en Bretagne et eut un lils unique, Victor-Claude-Dymas, né le 2U mars 1789, marié le 22 mars 1817. Forcé d'émigrer en juillet 1790, il créa la légion Mirabeau; a écrit des pamphlets politiques. Aujourd'hui ce grand nom, illustré à tant d'époques, s'éteint dans le marquis de Mirabeau, né le 18 octobre 1819, qui a servi en Afrique et au 7* régiment de hussards.

Hommage à cette grande figure; car depuis Mirabeau jusqu'à Bonaparte, il ne s'éleva |)ersonne pour maîtriser la révolution. Dans ce vaste mouvement d'une nation remuée tout entière pour s'entendre appeler à la réforme de ses constitutions séculaires, il aurait fallu un honnne pour contenir, défendre son impétuosité, placer des barrières et empocher le fleuve do devenir torrent. Le sort voulut que la France eût en ce moment, au gouvernail, un prince doué de qualités estimables, ami du bien, désirant sincèrement les réformes utiles, mais dépourvu d'étendue d'esprit, incapable de résolution.

La reine de Hongrie avait demandé au duc de Wurtemberg l'autorisation de faire entrer ses troupes dans ses États, et sur l'avis de M. de Ségur que, sans attendre cette autorisation, les hussards de Mentzel parcouraient la Souabe, M. de Brou, intendant d'Alsace, eut soin d'en informer le duc d'Harcourt pour qu'il eût à s'observer pendant la route. Par prudence, il renforce sa tête de colonne formée de ^ B. et 1 compagnie franche; il la porte à 4 B. et 2 compagnies franches, et se met à leur tête. Jl s'avance sur Donauworth par Pforzheim, Heslach, Zell, Altbach, arrive, le 19, à Plochingen etUhwingen près Goppingen, oij il attend le reste de ses troupes. En passant à Sebenhausen, il rencontra des hussards de Mentzel qu'il culbuta sans peine.

Le 22, il se porte à Ruchen, après avoir préalablement occupé les défilés d'Eislingen. Le 23, il gagne Urspring, inflige aux hussards de Mentzel une nouvelle défaite en les délogeant d'un village où ils s'étaient postés, et, rejoint par le reste de ses troupes, il se rend, le 25, à Langenau. Menlzel, hors d'état de résister, s'était replié sur Hochstadt.

Le 27, continuant sa marche, il entre dans Lauwingen que les Hongrois venaient d'abandonner précipitamment pour se retirer sur la gauche du Danube, il y rencontre quelques troupes que M. de Ségur, au bruit de son approche, avait envoyées à Donauworth au-devant de lui, et, le lendemain 28, il arrive dans cette ville. Il y opère ainsi sa jonction avec la cavalerie et les grenadiers de M. de Torring, puis il répartit ses troupes entre Guntzburg, Lauwingen, Neuburg et Ingolstadt. Quant à Mentzel, il avait regagné Augsburg. .

Les troupes envoyées pour renforcer M. de Broglie suivirent la même roule que la 1"^^ division, inquiétées par les hussards ennemis qui cherchaient à entraver le passage en s'avançant dans le cercle de la Souabe, dont ils violèrent la neutralité par l'enlèvement des magasins de vivres et de fourrages destinés à la subsistance des troupes du roi pendant leur marche. M. d'Harcourt arriva néanmoins sans obstacle sérieux, ne laissant à l'ennemi que quelques contributions exigées dans le comté de Neuburg.

Toutes les dispositions avaient été prises pour marcher sur Ratisbonne, à la gauche du Danube, immédiatement après l'arrivée à Donauworth des troupes nouvelles de France. Le maréchal de Tor-

ring, commandant les troupes palatines et impériales au nombre de 12B. et environ 2 à 3,000 chevaux, devait agir avec M. de Ravignan pour déposter l'ennemi de Relheim et l'y attaquer au besoin, et même à force ouverte, pour tomber sur Deggendorf, point important. Ingolstadt devait fournir les pièces d'artillerie nécessaires à cette expédition, après laquelle M. de Ravignan se détacherait avec 10 B. seulement pour se rendre en Bohême par Grafenau et et y prendre la droite de la Wottawa.

M. de Ségur occupait toujoursDonauworth et les points adjacents, où il avait placé les 5 B. lui restant de la garnison de Linz. On avait demandé l'interdiction du colonel Mentzel, qui avait violé la capitulation. Le roi l'attendit vainement de M. de Rewenhuller, qui rejeta la faute surnostroupes, prétendant qu'elles étaient restées à Donauworth au delà du terme fixé. M. de Belle-Isle, informé de cette réponse, crut qu'il n'y avait d'autre parti à prendre que de garder Donauworth et les postes de Lauwingen, Dillingen et Hochstadt, tout le temps qu'on le jugerait nécessaire.

C'était à l'époque du retour des Prussiens en Moravie, les inquiétudes des Autrichiens étaient moindres, et le 1 1 avril le chevalier de Belle-lsle, envoyé du roi près de l'empereur à Francfort, donna avis de la levée du siège de Straubing, le H, par les Autrichiens, qui vinrent attaquer Kelheim, dont ils s'emparèrent. M. de Torring y marcha avec du canon et fut repoussé.

Toutes les troupes de M. d'Harcourt arrivées successivement à Donauworth, il fut approuvé d'avoir profité de l'éloignem^nt des troupes palatines pour engager le gouverneur de Neuburg à y recevoir celles du roi, poste paraissant des plus importants pour contenir l'ennemi à la droite du Danube.

M. de Ravignan, arrivé à Donauworth le 23 avril, se rend à Ingolstadt le lendemain, croyant y trouver le duc d'Harcourt qui s'était mis en marche dès le 12, avec 7 B. et 8 pièces de canon, comptant reprendre le poste de Relheim que les ennemis abandonnèrent à son approche. M. de Torring marcha sur la Naab, et M. d'Harcourt établit ses troupes sur l'Altmiihl, après la prise de Relheim; l'ordre fut renouvelé à M. de Ségur de ne point sortir de Donauworth avec les 5 B. qui lui restaient, afin de protéger la navigation du Lech et du haut Danube qui commençait à être libre.

M. de Ravignan, attendant à Ingolstadt d'avoir rassemblé toutes

ses forces pour se porter sur Deggendorf, fit occuper les postes de Neustadt, d'Abensberget de Wohburg, tous près de Kelheim, tant pour se procurer des fourrages que pour en éloigner les hussards. Pendant ce temps, les ennemis rassemblaient leur infanterie à Dingelfing et àLandshut, et, apprenant que nous allions à Deggendorf, l'abandonnèrent ainsi que Plattling et prirent la route de Scharding, se retirant sur l'Inn à mesure que nous descendions la rive gauche du Danube.

Le 12 avril, M. de Ravignan, arrivé à Pforzheim , prit la poste pour être plus tôt à Donauworth, laissant le soin à MM. les officiers généraux d'y conduire leurs divisions.

M. de Belle-Isle, toujours à Versailles, se préparait à rejoindre l'armée de Bohême par la route de Francfort, afin de concerter avec l'empereur les opérations de la campagne, et ensuite se rendre à Prague relever M. de Broglie, destiné à commander l'armée de Bavière (1), dont 10 B. devaient être envoyés à celle de Bohême en attendant les 2 B. d'Orléans, ceux de Languedoc, de Foix et de Bauffremont. L'armée de Bohême, en échange, enverrait à celle de Bavière : le régiment de Luxembourg, le B. de Marsay-artillerie, et les 3 E. du régiment de Grammont; 1 régiment de hussards, et quelques compagnies franches, ce qui produirait peu ou point de changement à la force des deux armées, lesquelles, quoique séparées l'une de l'autre, devaient s'aider mutuellement suivant les circonstances.

Les dernières troupes venant de France étaient enfin arrivées, le 7 mai, à Donauworth; do B. en furent détachés vers la Bohême sous les ordres de MM. le duc d'Harcourt et de Villemur ; le reste de l'infanterie fut réparti sur Straubing et Deggendorf, où M. de Torring s'était avancé avec les Bavarois. Mais M. de Ravignan ne put y arriver, par suite de la consommation des subsistances faite par ces derniers.

L'armée de M. de 3elle-Isle était à Wolin, oii mourut M. de Polastron au commencement de mai, et M. de Ravignan, malade

(1) On avait créé un état-major pour l'armée de Bohême : M. de Ghampigny, major-général; M. de Merplex, maréchal des logis de la cavalerie; M. d'Audessan, aide-maréchal des logis ; M. Dupas, commandant de l'artillerie; M. d'Invilliers, major; M. Peloux, intendant de l'arraée.

à Straubing, remit son commandement à M. d'Harcourt pour marcher vers Passau et s'en emparer.

11 arriva, le H, à Deggendorf où il reçut ordre de M. de Broglie de ne point aller plus en avant dans la crainte d'un échec. M. d'Harcourt, sur cet ordre envoya seulement un détachement à Winzer pour y relever une compagnie franche de Bavarois et chasser les ennemis des postes d'Hofkirchen et de Grafenau qu'ils occupaient. Pendant ces mouvements, les Autrichiens rentraient dans Munich qu'ils avaient évacué avec le général Bernklau. C'est dans la position qu'il avait alors que M. d'Harcourt apprit l'issue du combat de Sahay et la délivrance deFrauenberg; ses 10 B, et les 5 de M. de Villemur restés à Klattau avaient permis à M. de Broglie de marcher en avant.

Du côté de la Bavière, M. d'Harcourt, campé à Nieder-AUach, en partit le 28 au matin, afin de reconnaître la position des ennemis. M. de Torring, avec lequel il avait concerté celte marche, l'accompagnait. Ils s'avancèrent sans opposition sur le terrain occupé par l'ennemi près du château de Kinickersberg, et quelquesuns de ses corps feignirent de se retirer à l'approche de nos grenadiers. Mais comme il avait placé des troupes dans des bacs à droite et à gauche des nôtres, on se trouva exposé longtemps à leur feu sans pouvoir les approcher. M. d'Harcourt prit le parti de la retraite, qui se fit en assez bon ordre. La trop grande ardeur de M. de Torring nous fit perdre beaucoup de monde dans cette affaire.

« J'arrivai hier (1) au soir, assez tard, d'un détachement avec lequel nous étions allés, M. de Torring et moi, reconnaître le château de Kinickersberg, ce qui n'a pas eu tout le succès que nous désirions, M. de Torring ayant entamé un peu trop chaudement l'affaire avec ses dragons bavarois et m'ayant obligé par là de le soutenir. Je reçus, il y a trois jours, une lettre de S. M. l. qui me pressait d'attaquer le château de Kinickersberg et même d'attaquer M. de Kevvenhuller, et, pour cela, de me réunir avec M. de Torring, auquel il avait écrit pareille lettre. Sur cela, je l'ai invité à venir ici pour concerter avec lui ce qu'il y avait à faire pour satisfaire l'empereur et ne rien hasarder de considérable mal à propos et sans

(1 ) M. d'Harcourtà M. deBreteuil, camp de Nieder-AUach, le 29 mai 1742.

une mûre réflexion. Nous avons donc pris le parti d'aller reconnaître ce château. Pour cet effet, je commandai un gros détachement des Impériaux et des nôtres pour attaquer ce château, si cela était possible. Je fis partir M. de Gravilie à minuit pour s'emparer du village de Schwanrenkirchen , ce qu'il fit.

«Nous partîmes avec le reste sur les cinq heures du matin , ayant été obligés d'attendre la cavalerie impériale. Lorsque nous eûmes joint M. de Gravilie, nous prîmes 8 compagnies de grenadiers, et 200 dragons impériaux, la compagnie de Bomberg et 200 cavaliers, et fîmes suivre le reste, commandé par M. d'Herouville et par M. de la Ravoye. Nous trouvâmes un camp de croates, qu'ils venaient d'abandonner ; nous passâmes un grand défilé, après nous en être emparés sans nulle résistance, et trouvâmes un camp d'un autre corps de croates et hussards que nous poussâmes jusque sur une hauteur ou M. de Torring les suivit assez vivement avec ses dragons et une compagnie franche de tireurs du pays qu'il avait avec lui. Je commençais à mettre les troupes du roi en bataille, lorsque le feu des ennemis partit avec beaucoup de vivacité. Nous trouvâmes dans ce moment le bois forcé de croates, et découvrîmes le château sur notre flanc, retranché tout autour et crénelé, qui fit un feu terrible sur nos grenadiers et sur la cavalerie, qui en fut si étourdie qu'elle se renversa. Sur-le-champ je rassemblai les grenadiers et les piquets, et je ralliai au premier bois tout ce que je pus ramasser, et donnai le temps au reste de se retirer, à huit piquets près, que M. de Grillon conduisait par la gauche dans le bois, qui ne purent nous joindre, les ennemis ayant couvert toute la plaine et s'étant mis entre nous et lui.

« M. de Talleyrand, qui conduisait les grenadiers, eut beaucoup de peine à les contenir après la retraite de la cavalerie. J'envoyai avertir le reste de venir nous joindre; mais, ne les voyant pas arriver, je pris le parti de continuer ma retraite. Je fis regarnir le bois par M. de Talleyrand, et nous arrêtâmes les ennemis avec une troupe de cavalerie de tous nos régiments que M. de Puysieulx rassembla. Elle était commandée par M. de Torsac, capitaine dans Broglie, quia été longtemps page du roi, et qui sut bien la contenir pendant la journée. M. de Puysieulx, qui commande ici la cavalerie, me fut d'un grand secours. M. de Torring contint aussi une troupe de

266 LliS GUERRES SOUS LOUIS XV.

dnigons de Gabrieli; mais ce qui acheva de remettre tout en lègle, ce lut 5 compagnies de grenadiers et autant de piquets que M. de Noailles amena, avec lesquels il s'empara d'un village qui se trouvait sur notre chemin et que les ennemis voulaient occuper, et les y enchâssa lui-môme au milieu du feu, et donnant ses ordres avec un sang-froid admirable. Il les fît charger à la baïonnette, ce qui les obligea de se retirer, et par là il nous donna le temps de repasser le grand défilé; nous nous remîmes en bataille de l'autre côté avec le reste de nos troupes, et nous achevâmes notre retraite.

(( M. d'Herouville avait envoyé au camp et fait avancer 6 B., nous croyant plus suivis; je les trouvai à Schwanrenkirchen commandés par M. de Bulkeley. J'étais très inquiet de M. de Grillon; il nous rejoignit le soir, ayant pris son parti, étant coupé par les hussards, de se retirer par la gauche dans les bois, où les ennemis n'osèrent le suivre. Il s'est conduit très sagement et avec beaucoup de courage, et je ne puis trop me louer de MM. de Noailles et de Talleyrand, qui ont acquis toute estime ; de même que M. de Puysieulx, qui fut toujours partout et a reçu un coup de fusil, et de M. de Saint-Pern, qui avec son sang-froid et sa présence d'esprit, me fut d'un grand secours.

« Je dois rendre justice aux officiers qu'ils firent ce qu'ils purent pour rassurer les troupes et payèrent de leurs personnes, entre autres M, de Grassin, premier capitaine des grenadiers de Picardie, qui est un officier d'une grande distinction non seulement par son courage, mais aussi par sa capacité. Je m'en suis servi plusieurs fois, et l'ai trouvé toujours joignant beaucoup d'intelligence à beaucoup de bonne volonté, et capable de tout ce qu'on voudrait le charger. Je joins ici un état de ce que nous avons perdu, et regrette fort les officiers, qui étaient des sujets de distinction. Les ennemis n'ont pas laissé de perdre assez de monde; M. de Lillebonne, mon neveu, a été pris en portant un ordre à M. d'Herouville. Ils l'ont mené par les bois au camp de M. de Palfy, où était M. de Kewenhuller. On ne peut rien ajouter à leur politesse pour lui ; il me l'a renvoyé ce matin. Quoiqu'il ne me convienne pas de parler de mon neveu avec éloge, je puis vous assurer que j'ai été surpris de l'intelligence avec laquelle il m'a rendu compte de tout ce qu'il a vu dans le camp ennemi. Les ennemis ont

SUCCESSION D'AUTRICHE. — BAVIÈHE (1742). 267

actuellement deux ponts. Ils n'ont point encore reporté leurs troupes dans les camps dont nous les avons chassés. Je ne crois pas qu'ils aient envie de nous attaquer, mais je prends toujours les précautions nécessaires pour les bien recevoir. Dèsquel'ingénieurgéographe que vous avez envoyé aura levé le plan, je vous l'enverrai. Sans l'obligation où j'ai été d'attendre les troupes impériales, comme je vous l'ai marqué, nous aurions enlevé leur premier camp, ou pour mieux dire leur premier corps, car ils n'ont point de tentes et couchent tous au bivouac, que j'aurais surpris, si j'étais parti àla pointe du jour comme je l'avais ordonné. »

Malgré cette affaire sans résultat, la situation de M. d'Harcourt allait devenir critique; sa position à Nieder-Altach ne pouvait être regardée comme avantageuse que s'il n'avait affaire qu'à Rewenhul- 1er; mais quand le prince Charles, poussant M. de Brogliejusque sur laBeraun, serait maître des cercles de Bohême qui confinent la Bavière et le haut Palatinat, il ne pourrait conserver sa position, étant attaqué de plusieurs côtés. Ses inquiétudes redoublèrent lorsqu'il apprit par M. de Torring que le général Bernklau embarquait sur des radeaux l'infanterie autrichienne à Munich, pour descendre à Landshut et que la cavalerie et les hussards prenaient la môme direction.

L'empereur éprouvait les mêmes craintes que lui et envoyait, le 31 mai, ordre d'employer 4 B. français à la garde des rivières du Leck et du Danube, pour assurer nos subsistances par la navigation. Fortifiant ainsi Tarmée qui agirait sur le bas Danube contre M. de Kewenhuller, composée de 6 B. impériaux, 4 B. palatins, 22 B. français, 14 E. impériaux, et toute la cavalerie française; 36 E., 32 B. et 50 E., effectif de 24,000 hommes au moins, plus que suffisant pour agir contre le général autrichien, qui, n'ayant que 18,000 hommes, nous permettait d'employer sans aucun risque les 4 B. français qui nous restaient sur les 27, indépendamment de celui d'Ingolstadt, à la garde des rivières, les plaçant, l'un à Relheim, deux à Neuburg et le quatrième à Rain.

Quant aux 5 B. de la garnison de Linz, ils parlent deDonauworth, le 31, pour revenir en France avec M. de Ségur et se rendre à Strasbourg. L'empereur, informé du départ de ces 5 B., envoie ordre à M. le maréchal d'Harcourt de les remplacer par d'autres troupes.

M. du Ghayla, resté sur la Naab et la Regen d'après les ordres

de M. d'Harcourt, était parti de Nabburg par Straubing avec les derniers E., arrive à Straubing le 19, le 21 campe à la tête du pont de Deggendorf sous les ordres du maréchal de Torring, joint par 4 B. palatins, pendant que Mentzel abandonne le Lech et se retire sur Munich. Les troupes de M. de KewenhuUer joignent l'armée de Hongrie, un nouveau corps passe le Danube en face d'Osterhofen.

M. d'Harcourt se détermine donc à rester à Nieder-Altach, et continue de faire tous ses efforts pour engager M. de Torring à ' rester à Platlling, mais seulement tant qu'il n'y sera pas compromis. Malheureusement, il ne trouvait pas dans notre allié tout le bon vouloir désirable, cette lettre (1) en est la preuve ; elle montre aussi sa situation embarrassée.

(( J'eus l'honneur, Monsieur, lui disait-il, de vous envoyer avanthier mon frère, le comte d'Harcourt, pour vous exposer ma véritable situation touchant les fourrages. II est douloureux pour moi que vous vouliez douter encore de la disette où je me trouve à cet égard. Je vous prie donc de commettre quelqu'un pour aller visiter mon magasin de Deggendorf. Je suis trop bon serviteur du roi mon maître et trop zélé pour les intérêts de S. M. L pour ne pas donner à ses troupes tous les secours qui pourraient dépendre de moi; mais en même temps je ne craindrai point de vous dire que je croirais agir également contre le bien de leur service, si, par l'épuisement de quelques fourrages rassemblés avec tant de peine, je me mettais dans le cas d'être forcé de quitter un camp que vous avez reconnu vous-même être la seule bonne position que je pouvais tenir, et en effet, si j'étais obligé de l'abandonner dans la malheureuse conjoncture oii se trouvent nos affaires en Bohême, cet abandon emporterait la perte nécessaire de tout le haut Palatinat,et par conséquent plus de communication avec la Bohême. De plus, cela vous obligerait à quitter votre poste et à vous retirer à Straubing, où vous ne seriez pas encore en sûreté. Les ennemis ne manqueront pas de dévaster tout ce pays comme ils le font d'ici à Passau, pour nous empêcher d'y pouvoir subsister dans la suite lorsqu'il nous sera permis de marcher en avant. Il

(1) M. le duc d'Harcourt à M. le maréchal de Torring, camp de Nieder-Altach, 26 juin 1742.

y a plus, c'est que la position sous Slraubing serait sujette à tant de différents inconvénients que je doute que nous puissions la conserver, et nous pourrions être contraints d'en aller chercher une sur le Regen ou la Naab, et peut-être plus loin.

a Toutes ces raisons, Monsieur, sont plus que suffisantes pour vous faire sentir combien il est important de conserver le poste oii je suis, qui, par les précautions que j'ai prises et par les ouvrages que j'ai fait faire, est hors de toute insulte tant que l'ennemi ne sera pas renforcé par un corps considérable qui pourrait lui venir de Bohême; mais pour le conserver, Monsieur, il faut que je conserve aussi mes subsistances, et que vous ne vous exposiez point à être attaqué par des forces égales aux vôtres dans le camp où vous êtes , ne convenant nullement dans les circonstances présentes de rien risquer.

« Ce serait de vous. Monsieur, que j'emprunterais des conseils; ainsi je ne vous dirai point d'abandonner présentement et de brûler votre pont de Plattling, ni de venir vous camper, ainsi que nous en étions convenus, au pont de Deggendorf. Je vous prierai seulement de travailler sans relâche à mettre ce camp à la tête du pont de Deggendorf en état de défense, et de le venir occuper aussitôt. Vous sentirez de reste, Monsieur, que dans cette position nous sommes mutuellement en état de nous secourir, et que dans celle oîi vous êtes à présent nous ne le pouvons faire sans courir le risque de prendre pour vraies les manœuvres de M. de Kewenhuller qui, par ses marches et contremarches, ne cherche qu'à nous tromper.

« Je ne regarderai point la perte du pont de Plattling, lorsque vous serez obligé de le brûler, comme bien considérable, pouvant être aisément réparée dès que nous serons en état de prendre le ton de l'offensive. Je reviens encore une fois à l'article des fourrages; vous savez combien la partie de pays que j'occupe est étroite et couverte de bois : en coupant l'herbe et les grains, je n'en aurais pas pour huit jours, en y joignant même le secours de la pâture. Vous n'êtes pas dans le même cas. Vous avez devant vous, sur vos flancs et sur vos derrières, une plaine immense et abondante. Je sens qu'il est cruel de fourrager son propre pays, et je déplore plus que personne le malheur de celui-ci; mais il est des temps oii il faut savoir céder à de si tristes circonstances. Je ne vous fais cette observation que parce que vous avez

dit à M. d'Harcourt que, dès que les fourrages au sec nous manqueront, vous serez le premier à m'engager à ne point ménager le pays; mais cela pourra être bon pour vous, et ne le sera pas pour moi, car je ne trouverai plus de fourrages à portée, et je ne]^m'exposerai pas ni à passer le pont de Deggendorf pour en aller chercher, ni à courir au loin pour laisser mon camp dégarni : d'oii je finirai par conclure, Monsieur, que, jusqu'à ce que j'aie des subsistances assurées pour dix ou douze jours, il me sera impossible de vous aider. Je laisserai les 10 E. qui sont sous les ordres de M. du Chayla camper où ils sont. Cela vous en fera 33, avec les 20 que'"vous avez déjà et les 3 palatins. Vous avez outre cela 12 B. Il me paraît bien difficile qu'avec ce corps M. de Kewenhuller ose vous attaquer aussitôt que vous aurez pris le parti de venir [vous placer à la tête du pont de Deggendorf, parce que dans celte position vous aurez votre gauche à l'Isar, votre droite au Danube, et que vous serez couvert sur votre front d'un marais, et qu'il n'y aura qu'un assez médiocre espace de terrain par où l'on pourra venir à vous, ce qui, ne pouvant se faire en un moment, me donnera toujours le temps de vous faire passer toutes les troupes dont vous pourrez avoir besoin. Voilà, Monsieur, tout ce que mes faibles lumières, que je soumettrai toujours aux vôtres, m'ont suggéré. Je vous prie de me dire ce que vous en pensez, et, si je ne m'étais pas assez clairement expliqué, je vous prierais de me donner un rendez-vous à notre camp de cavalerie sous Deggendorf, S'il m'était permis de pouvoir m'éloigner d'ici, j'aurais l'honneur de vous aller voir jusqu'à Plattling, mais je crois que dans les circonstances présentes je ne le puis faire avec prudence, n

Le 29 juin, Gham est occupé par nos troupes, et M. de Broglie ordonne, le 30, à M. d'Harcourt d'envoyer à Ingolstadt M. de Graville pour commander cette place, renforcée de 2 B. de milice.

On voit quelles entraves les Bavarois apportaient à notre action. Heureusement le mois de juillet se passa sans attaques. Les 12,000 hommes campés à Nieder-Altach et à Hengersberg , au confluent de l'Isar et du Danube, tenaient en échec l'armée de Kewenhuller, 15 à 20,000 hommes.

Le 4 juillet, M. de RewenhuUer essaya de couper la communication de notre camp avec celui des Bavarois et le corps de cava-

lerie campé sous Deggendorf, qui renfermait nos magasins : il fut repoussé; mais, pour éviter une nouvelle attaque, 5 B. bavarois vinrent camper entre leur camp et Deggendorf, et 4 B. palatins entre la même place et le camp de Nieder-Altach. Les Hessois se placèrent à Bogen pour se joindre ensuite aux troupes de M. de Torring.

Le 7 au matin, les ennemis se portent encore sur la droite de notre camp, poussent nos gardes et brûlent quelques maisons dans différents villages, tandis que des croates attaquaient faiblement, et sans réussite, le cbâteau de Winzer avec du canon et de la mousqueterie. M. de Grassin, détaché du côté de la Bohême par M. d'Harcourt, dégage le château de Winterberg bloqué depuis quelques jours, en ramène la garnison, les effets du roi, fort exposés, et deux détachements. Les jours suivants, M. d'Harcourt prépare sa retraite, rappelle à Nieder-Altach M. du Chayla, laissant au camp près de Deggendorf M. de Langeron avec les 10 E., se fortifie solidement dans Nieder-Altach, en détachant M. Bruslard pour reconnaître les routes de l'autre côté du Danube, où l'armée pouvait se porter.

La restitution que le comte de Saxe avait sollicitée lui étant accordée, il prolonge son séjour en Russie, retenu par l'espoir d'obtenir la reconnaissance éventuelle de ses droits sur la souveraineté deCourlande. Mais la politique de la Russie, qui consistait à s'inféoder la Courlande, ne devait pas s'accommoder d'un candidat qu'elle eût difficilement assoupli à ses vues. Elisabeth ne put donc se prêter aux desseins du comte de Saxe. Il quitte Moscou au mois de juillet, arrive le 23 du même mois à Dresde, où il trouve ses lettres de service pour l'armée de Bavière , transmises par M. Des-Alleurs (1), ministre du roi. A la fin de juillet, il était au camp de Nieder-Altach.

On voit les positions des armées, le duc d'flarcourt à Nieder- Altach , le maréchal de Torring à Plattling, M. de Kewenhuller à Pilsting, M. deBernklau sur le haut Isar, quand par une lettre du

(1) Des-AUeiirs, un des familier-; les plus adifsdu prince de Conll, avait épousé la fille du palatin polonais Lubomirski, qui par ses relations lui facilita sa position diplomatique à Dresde. Appelé au poste d'ambassadeur à Constantinople le 17 février 1743, il y mourut le 12janvier 1755, ne laissant aucune fortune. Sa veuve fut obligée de demander au roi un sscours pour en revenir (livre rouge).

l^'aoùt, de M. de Breteuil, M. d'Harcourt reçut l'ordre de remettre les troupes françaises en Bavière à M. de Saxe, comme au plus ancien lieutenant général destiné depuis longtemps à ce poste, et le G il entrait en fonctions.

Les choses en étaient venues à ce point, par nos fautes, par l'abandon des Prussiens et des Saxons, par le peu de secours des Bavarois, que notre armée de Bohême avait passé de l'offensive à la défensive. Elle était bloquée à Prague, et si étroitement qu'il fallait avant tout songer à la secourir, si l'on voulait rétablir nos affaires. Versailles pensa alors à l'armée de Westphalie qui venait de passer dans l'inaction l'hiver de 1741-1742, campée entre Munster, Osnabrùck, Paderborn, Bruggen et Kayserswerth. Seulement les malheurs de l'armée de Bohême, la défection du roi de Prusse, le débarquement des Anglais aux Pays-Bas, avaient fait prendre la détermination de la rappeler sur la rive gauche du Rhin, et elle revint camper aux environs de Neuss à la fin de juillet 1742. Enfin, le 9 août, M. de Maillebois fait partir la première division de son armée et donne des ordres pour la marche des trois autres, toutes devant le suivre à deux jours de distance, tandis que M. le comte de Saxe, arrivé le 5 au camp de Nieder-Altach, continue les dispositions de M. d'Harcourt, son prédécesseur, pour marcher au-devant du secours et joindre M. le maréchal de Maillebois dès son arrivée dans le haut Palatinat. Voici son impression sur la situation :

« J'ai visité (1) notre camp, il est assez bon, mais nous ne pouvons aller aux ennemis; outre les difficultés que la situation produit, ils se sont retranchés jusqu'aux dents et se retranchent tous les jours. Notre retraite sur le pont de Deggendorf ne vaut absolument rien : il y a deux lieues par des défilés continuels en côtoyant le Danube, lesquels sont commandés de toutes parts, et je crains que les ennemis, ayant bien assuré les avenues de leur pont et de leur camp, ne viennent me faire des algarades sur mes derrières. J'ai considéré tout cela,el j'ai été chercher un autre camp que j'ai trouvé tout auprès de Deggendorf; je mets par là à couvert la tête de mon pont, je me rapproche des Impériaux, et le camp est sûr et bon. J'appuie ma droite au Danube, au-dessus du pont, et cet endroit est

(1) M. le comte de Saxe à M. de Breteuil, camp de Nieder-Altach, 13 août 1742.

inattaquable; la gauche est appuyée à des ravins, Deggendorf derrière moi avec deux défilés devant moi par où il faut qu'ils viennent, supposé qu'ils en fussent tentés , ce que je ne crois pas, car une grande armée n'oserait m'altaquer dans cette position; outre cela, il faudrait toujours revenir à cette position, supposant une marche soit de ce côté-ci du Danube ou de l'autre, de quoi je conviendrai avec M. de Seckendorf quand il sera arrivé , et comme il faut du temps et des précautions, soit que les Impériaux passent de mon côté, soit que je passe du leur, il faut que je prenne poste quelques jours avant notre marche, d'autant plus que la contenance en paraîtra plus assurée que si l'on se dérobait, ce qui ne peut jamais se faire sans précipitation et sans confusion; ce n'est pas une chose aisée que de passer une rivière dans un pays aussi bizarre que l'est celui-ci, devant l'espèce de gens à qui j'ai affaire; ce ne sont que défilés, sentiers de chèvres et ils ont une multitude de miquelets qu'ils soutiennent avec des troupes réglées. Toutes ces choses considérées, je changerai de camp dans quatre à cinq jours, et me mettrai à portée de notre pont pour le couvrir.

(c P. S. Je voudrais bien aussi que M. de Seckendorf (1) fût arrivé. Il y a mille choses à concerter pour la marche et par où l'on veut la faire; les ennemis ont reçu un renfort de Bohême hier, au dire des déserteurs. »

En même temps M. d'Estrées écrivait d'Egra, le 14 août, à M. Duvaucy son sentiment pour débloquer Prague :

« J'avais déjà reçu le 7 au soir, par M. Des-Alleurs, avis de ce qui est projeté. Le 8, je reçus une lettre de M. de Maillebois par laquelle il me demandait plusieurs éclaircissements que je lui ai envoyés le y, pour qu'il les reçoive à Francfort le 15, où il me mande de lui adresser ma réponse. J'envoie aujourd'hui à M. de Breteuil copie de ce que j'ai mandé à ce maréchal pour servir de réponse préliminaire à la lettre du ministre en date du 31 juillet. Je serais encore dans l'incertitude si la copie de celle que vous écrivez h, M. de Belombre ne m'apprenait que l'armée du Danube doit faire un mouvement; cela suppose que l'on n'en doit pas attendre des Saxons,

(l) Seckendorf, qui avait quitté le service d'Autriche pour passer à celui de l'empereur Cliarles VU, avait été nommé général en chef des troupes bavaroises. (Hisloire de lu maison d'Autriche.)

ce que l'on aurait pu espérer de plus avantageux; car, si la jonction par le cercle de Saaz est la plus longue, je la crois moins difficile, supposant que l'on pût faire à l'avenir remonter des subsistances le long de l'Elbe, après s'être emparé préalablement de Leitmerilz.

« Il faut faire le point de jonction en Bohême et on ôtera à M. de Kewenhuller tout moyen d'arriver à temps pour joindre M. le prince Charles; mais en ce cas la marche de M. d'Harcourt vers Ratisbonne est de tous points inutile, en ce qu'il donnerait aux Autrichiens non seulement le temps de marcher, mais même d'arriver avant nous proche de Prague ou de se porter aux montagnes pour nous en disputer les passages : je m'en remets sur cela au projet que j'enverrai sous trois jours à M. de Breteuil et qui en substance est une réunion sur Pilsen. Ce projet n'a que deux inconvénients, c'est qu'il laisse les derrières bien à découvert, et par conséquent nos subsistances fort en l'air ; le deuxième, c'est qu'en arrivant proche de l'ennemi, il faut passer la Beraun : quoique guéable en bien des endroits, et nommément à Beraun, c'est une rivière assez large. Je pense cependant que si l'ennemi vient en disputer le passage, il s'affaiblit à Prague de façon que le siège ou le blocus en sera levé : ainsi j'espère que nous aurons le temps d'arriver pour sauver l'armée, mais il n'est pas sûr que ce soit assez à temps pour empêcher la cavalerie d'y mourir de faim.

ce Pour en revenir au sujet de votre lettre, elle a pour objet l'approvisionnement d'Egra de préférence à tout. J'approuve cette façon dépenser, car, laissant M. de Kewenhuller derrière vous, vos convois seront alors extrêmement difficiles à passer. La moisson étant faite ou prête à se faire, il n'y a nul soin à présenta prendre pour la subsistance des chevaux de l'armée, excepté dans le Palalinat, si on ne veut pas achever de le ruiner.

« Les convois qui viennent d'Amberg à Egra passent à Grafenwohr, à Kemnat, à Ebnath, à Arzberg, pays de Bayreuth, à Egra.

« Jusqu'à présent ils sont arrivés ici le quatrième jour. Les chemins sont montueux ; il en faudra six avec les caissons.

« Pour travailler d'une façon solide, il faudrait avoir l'état des subsistances de M. de Maillebois, celui de l'armée du duc d'Harcourt; celui des troupes que j'ai ici et de ce qui suivra de Nuremberg. Peut-être pourra-t-on tirer quelques secours du pays,

mais cela est bien incertain pour un aussi gros corps réuni ; ce qui est sûr, c'est que, proche la Beraun, l'ennemi ne doit pas non plus être à son aise et que peut-être n'attendra-t-il pas d'y être resserré.

« Je compte que, d'Amberg marchant droit à Prague, il faut pour aller jusqu'à Beraun vingt jours, sur quoi j'en mets trois pour prendre Pilsen, si les ennemis laissent du monde dedans, mais j'en doute. Ainsi il faut avoir en pain biscuité et en biscuit pour vingt-quatre jours de vivres pour donner le temps de faire des fours et de cuire les farines que l'on aura fait suivre, et à vue de pays je vois qu'il faudra 80,000 rations par jour, si l'armée impériale suit. »

La réponse du cabinet de Versailles fut l'instruction suivante du roi à M. deMaillebois :

(( L'objet de S. M., en se déterminant à cette marche, a été de dégager l'armée qui se trouve actuellement bloquée sous Prague; ainsi le maréchal de Maillebois doit prendre les mesures les plus promptes et les plus sûres pour y parvenir, et assurer cette opération par des forces supérieures. S. M. donne ses ordres au comte de Saxe d'aller joindre le maréchal de Maillebois avec le corps de troupes qu'il commande sur le Danube.

« Entre les différents moyens proposés à S. M., le premier a été de faire celte jonction à Wernberg et de partir de là pour Egra. Le comte de Saxe, de Deggendorf, marcherait à Cham et de Cham à Wernberg, situé sur la route que doit tenir le maréchal de Maillebois. En cas que cette roule de Cham à Wernberg se trouvât impraticable, soit par les précautions que l'ennemi aurait prises de faire couper les chemins ou par les postes qu'il aurait fait occuper, le comte de Saxe pourrait diriger sa marche sur Kelheim et se couvrir de la Naab pour arriver à Amberg où la jonction se ferait, au lieu de la faire à Wernberg; mais celte dernière roule serait plus longue que la première de 27 lieues et consommerait huit jours au moins de plus que la première. L'armée arrivée à Egra, elle continuerait sa marche par les cercles de Saaz et de Uakonilz, laissant l'Eger sur sa gauche et couvrant ses convois et bagages, qui marcheraient, à môme hauteur de l'armée, à la gauche de la rivière. Suivant les connaissances qu'on a prises jusqu'ici de la nature du pays situé à cette gauche, il est si coupé de montagnes et de défilés qu'on ne croit pas

praticable d'y porter l'armée. D'ailleurs, si elle s'y engageait, elle serait obligée de repasser TEger pour arriver sur Prague; ce qui serait sujet à bien des inconvénients en présence de l'ennemi. Supposant M. de Maillcbois arrivé à portée du prince Charles, ce dernier ou marchera au-devant de l'armée de secours pour la combattre, ou restera dans ses postes. Dans le premier cas, M. de Broglie pourrait trouver le moyen de se dégager, et dans le second d'harceler l'ennemi par les derrières, autant qu'il le pourrait, dénué de cavalerie, pendant que M. de Maillebois l'attaquerait de front.

« Le second projet est d'établir le point de jonction à Pilsen et de concerter les marches du maréchal de Maillebois et du comte de Saxe de manière qu'ils y arrivent en même temps. Le comte de Saxe, partant de Deggendorf, s'y porterait parCham, Furth, Tauss et Staab, dans une route de 36 lieues. Des deux routes que le maréchal de Maillebois pourrait prendre, l'une, passant par Waidhausen, est d'environ 28 lieues, l'autre, passant par Waldmunchen, est de 33.

« Les avantages de ce projet sont : 1" qu'il abrégerait de quinze j ours la marche que l'armée aurait à faire si elle se portait sur Egra ; 2° que le comte de Saxe étant plus à portée que l'ennemi d'occuper les chemins de Cham et Furth, le comte de KewenhuUer ne pourrait joindre l'armée du prince Charles qu'en passant à Grafenau et côtoyant la Moldaw, ce qui donnerait le temps à M. de Maillebois de le prévenir; 3° qu'il y a lieu de présumer que dès que l'armée sera arrivée à Pilsen, le prince Charles ou se dépostera des environs de Prague pour venir la combattre, ou se retirera de l'autre côté de la Moldaw. Dans l'un ou l'autre cas, M. de Broglie aurait la liberté de gagner Egra en se couvrant de l'Eger. Le point qui a paru le plus essentiel à S. M. est de savoir à l'avance si les ennemis n'auront pas rompu les communications et fortifié les défilés qui se trouvent sur le chemin de Cham et de Furth, et si le comte de Saxe pourra se porter par cette route sur Pilsen avant que M. de Rewenhuller puisse y arriver.

« Supposé que cette route se trouvât impraticable et que rien ne s'opposât à celle que tiendrait le maréchal de Maillebois, le comte de Saxe en ce cas irait le joindre à Amberg ou Wernberg pour marcher sur Pilsen. S. M. ne peut s'en remettre qu'aux lumières

et à l'expérience du maréchal de Maillebois. Arrivé à Amberg, il est indispensable qu'il se mette en relation continuelle avec le comte de Saxe et qu'il lui donne les instructions qu'il jugera convenable.

« 1° Si, contre toute apparence, l'armée bloquée sous Prague recevait un échec considérable, ou était forcée de capituler avant l'arrivée du secours, l'intention de S. M. est en ce cas que toutes ses troupes se retirent sur le Rhin. Le maréchal de Maillebois pourra diriger sa marche par la Franconie sur Spire, à moins que le comte de Saxe ne fût suivi dans sa retraite par le comte de KewenhuUer; auquel cas, le maréchal de Maillebois se repliera sur le Danube, pour continuer la retraite avec le comte de Saxe, en retirant les garnisons, les munitions et les effets qui sont à Straubing, ïngolstadt et autres villes et postes occupés sur le fleuve.

« 2° Si le prince Charles, quittant le blocus de Prague, marchait au-devant de M. de Maillebois et que le maréchal se crût assez de supériorité, S. M. trouvera bon qu'il l'attaque, et elle se repose sur lui des mesures à prendre pour en assurer le succès. Comme la supériorité ne peut être supposée qu'après la jonction du comte de Saxe, s'il arrivait que le prince Charles s'avançât sur Pilsen avant cette jonction, M. de Maillebois ne hasardera rien séparément et se portera de manière à attendre en sûreté le comte de Saxe, auquel il facilitera les moyens de le joindre.

« 3° Quelque peu d'apparence qu'il y ait que le prince Charles diminue son armée pour fortifier le corps du comte de KewenhuUer, si cependant il détachait un corps considérable pour mettre ce général en état d'attaquer le comte de Saxe, l'armée ennemie étant alors affaibhe du corps qui en aurait été détaché, ce corps pourait être tel que M. de Maillebois, renforcé de ce qu'il aurait pu tirer de Nuremberg et d'Egra, se trouverait peut-être seul en état d'en imposer au prince Charles et l'obliger à se déposter; mais on ne fait cette supposition que pour ne rien laisser d'imprévu. Enfin, en supposant que les choses restent au même état où elles sont actuellement, la première attention de M. de Maillebois doit être de régler sa marche et ses campements de Francfort à Amberg, d'où il pourra marcher également ou sur Pilsen ou sur Egra. 11 informera d'avance le comte de Saxe du jour de son arrivée à Amberg et lui prescrira l'ordre de la marche qu'il aura à faire

jour par jour pour qu'il arrive à point nommé au lieu fixé pour la jonction : le comte de Saxe a ordre de se conformer exactement à ceux qu'il lui enverra.

« S. M. veut que, dans le cas où les troupes impériales , en tout ou en partie, viendraient joindre M. de Maillebois suivant les ordres qu'elles en auraient reçus de l'empereur, elles campent séparément et sans être, sous quelque prétexte que ce soit, mêlées avec celles du roi, son intention étant que toutes ses troupes réunies ne deviennent qu'un, seul corps et ne fassent qu'une seule armée aux ordres du maréchal de Maillebois. »

Le comte de Saxe se prépare donc à effectuer sa jonction avec le maréchal de Maillebois.

Le 10, informé que les ennemis, le colonel Trenck à leur tête, assiégeaient le château d'Haus, oii commandait M. d'Armeville, sous le prétexte d'un fourrage du côté de Dittling, dirige secrètement des troupes en deux divisions, et le château d'Haus fut évacué.

Le 11, il envoie M. de la Ravoye mettre le camp de Furth et les équipages de l'armée de Bohême à couvert des hussards ennemis. Ayant reconnu, les jours suivants, une position plus avantageuse près de Deggendorf, il y fait entrer des renforts , charge M. d'Estrées d'envoyer 4 ou 5 B. de milice d'Egra à Amberg, et confère avec M. de Torring pour laisser 3,000 hommes dans Straubing, 3,000 à Ingolstadt, 2,000 à Neuburg, 1,000 à Relheim, et autant à Donauworlh, afin de couvrir ces places pendant qu'on marcherait au secours de Prague , dont le siège se poussait avec activité. Les ennemis en Bavière couchaient au bivouac depuis trois jours, dans la crainte d'être attaqués. A la nouvelle qu'un changement de camp était notre seul objet, ils passent en deçà du Danube.

Le 18, M. le comte de Saxe donne aussitôt l'ordre aux troupes de se tenir prêtes à partir à minuit. Il marche, en vue de canons en batterie qui firent feu à son approche; et, à 8 heures du matin, il entrait dans le camp de Deggendorf. Il construit de suite un second pont de bateaux sur le Danube pour communiquer avec l'armée de M. de Torring, campé à Plattling, à la tête de 10 E.

Le 23, M. de Seckendorf, qui venait de relever le maréchal de Torring, a une conférence avec le comte de Saxe. Ils s'entendent pour la sûreté des places de la Bavière pendant qu'ils marcheront

en Bohême, plutôt que de hasarder une bataille avec le général Kewenhuller, qui chaque jour recevait des renforts.

Le 24, M. de Breteuil écrit pour la défense d'Ingolstadt; il recommande au comte de Saxe d'attendre les ordres de M. de Maillebois avant de décider son départ, de prendre toutes les dispositions nécessaires pour tromper ou contenir l'ennemi occupant alors le camp de Nieder-Altach. Pendant ces préparatifs pour l'arrivée des troupes dans le haut Palatinat, il parut tout à coup un corps de dragons et hussards ennemis, avant-garde du prince Lobkowitz, détaché de l'armée du grand-duc pour retarder la marche de nos troupes et le mouvement de nos convois.

Le 28 août, cette cavalerie couchait, près d'Amberg, où M. de la Ravoye avait heureusement reçu 4 B. d'Egra, que les ennemis n'osèrent attaquer; le lendemain, ils se répandirent du côté de Sulzbach et de Nuremberg. Le comte de Saxe se tenait prêt à partir au premier moment, mais la difficulté était grande pour les transports et pour ravitailler Egra ; on peut en croire M. d'Estrées, qui connaissait bien la nature du pays et ne dissimulait pas dans ses lettres qu'il y aurait des obstacles très grands à vaincre, ce dont on les chargeait, lui et le duc d'Harcourt.

Dans la nuit du 5 au G septembre, les troupes du comte de Saxe passèrent le Danube, et M. de Kewenhuller occupa de suite Deggendorf, abandonnant l'isar.

Nos troupes marchèrent sur trois colonnes, dont deux pour les troupes et une composée des équipages.

L'armée bavaroise et française campe, le 6 au soir, derrière le ruisseau d'Aiterach, à Ailherofen, le jour suivant à Schonach, sur le Gross-Laber; le 10, près du pont de Donaustauf, gardé par les régiments de Duras et la Marck; passe le Danube le 11 et campe à Stadt-am-Hof. En effet, M. de Maillebois, qui était le 3 à Bieberehren, devait être à Furlh près de Nuremberg le 8, avec son armée, et l'on allait au-devant de lui. Il allait d'ailleurs recevoir les instructions que M. de Breteuil lui envoyait de Versailles le 11 septembre. Elles étaient ainsi conçues :

« Par tout ce que j'apprends, M., j'ai lieu d'espérer que l'incursion des hussards en Franconie ne retardera pas votre jonction avec M. le comte de Saxe, et qu'ainsi vous vous trouverez réunis sous Amberg. Les différents partis à prendre pour secourir Prague

VOUS sont connus, et, avec les éclaircissements que vous avez reçus de MM. de Saxe el d'Estrées, je suis persuadé que vous serez en étal de choisir le meilleur. Dès que vous serez à portée d'avoir des nouvelles de M. de Broglie, et de lui faire passer des vôtres, vous ne devez pas perdre un moment pour concerter avec lui les opérations relatives à la situation où vous vous trouverez l'un et l'autre, et en attendant vous devez éviter de commettre l'honneur des armes du roi , en n'engageant point d'affaire dont le succès pourrait être douteux.

(( Si, lors de votre arrivée sur la frontière de Bohême, le prince Charles, n'osant plus se flatter de prendre Prague, était réduit à se retirer sur la haute Moidaw, votre jonction avec M. de Broglie ne pouvant plus être traversée, vous vous concerterez avec lui pour ramener toutes les troupes du roi en France.

M. de Maillehois, arrivé à Amberg le 13 septembre, opérait sa jonction avec l'armée de Bavière; sa seconde division ne le rejoignit que le 15, et la troisième le 17 ; et, à la date du 14, il prenait le commandement de l'armée. Les troupes de l'empereur partirent le 1 3 pourRelheim, celles de France passèrent la Regen à Regenstauf, se rendirent par Burglengenfeld à Schwandorf, où elles arrivent le lo. Leur jonction devait avoir lieu àNabburg; elle ne fut faite que le 18 à Vohenstraus, par la gendarmerie et les brigades d'infanterie de Poitou et de Montmorin. Bien que lentement exécuté, ce mouvement eut un résultat immédiat, et le 12, à 7 heures du soir, les assiégés de Prague comprirent, au mouvement de voitures et de troupes et à la cessation du feu, que l'ennemi était obligé de faire face à l'armée de secours. En effet, le 17 septembre, le prince Charles arrêtait à Roshaupt l'avant-garde de M. de Maillebois, commandée par MM. Walincourt et de Putanges, qui venaient l'un de Waidhausen et l'autre de Wernberg. Le maréchal avait campé luimême la veille à Hirschau venant d'Amberg, et ces m,essieurs à Treswitz, ce qui avait motivé le départ de M. de Kewenhuller par Cham et Furth. Notre avant-garde dut se replier devant les 30,000 hommes du prince Charles, qui arriva ainsi à Pilsen, le lendemain 18 à Wohentrauss, et le surlendemain 19 à Waidhausen.

Il fallait renoncer à arriver avant l'ennemi à Pilsen. Le 20, il est vrai, M. d'Harcourt s'était emparé de Plan avec M. d'Armentières, venu d'Egra; mais, le 21, il est obligé de se retirer au camp

dePrommenhof. Devant cette résistance, M. de Maillebois commençait à trouver l'entreprise difficile et s'en ouvrait, le 21 septembre, à M. deBreteuil, Il connaissait tous les plans de Versailles; mais, malgré son obligeance à le mettre au courant, M. d'Estrées n'avait pu lui donner le moyen de sortir d'une situation très critique, que M. de Saxe aurait améliorée en restant quatre jours de plus à Deggendorf pour arrêter M. de Kewenhuller qui, fdant par Cham et Waldmunchen, occupait les gorges avec ses croates. Au passage du Rosshaupt, on s'est heurté à des troupes retranchées derrière des abatis d'arbres, et, pour éviter sur ce point, qu'il a reconnu luimême, une action d'infîmteriequi lui a semblé hasardée, il fait filer le comte de Saxe droit sur la gorge de Mahring qui tombe sur Plan, espérant qu'il prendra poste au débouché et que de là on pourra gagner Plan et Theusing avant d'avoir combattu. Car il était évident que si le prince Charles cherchait à engager le combat, il aurait tout pour lui, s'il le gagnait, et, s'il le perdait, il n'aurait qu'à se retirer sur Budweiss, sachant bien qu'on ne l'y poursuivrait pas, puisqu'il était connu qu'on n'avait d'autre but que de rentrer en France. M. de Breteuil voit donc que la marche sur Prague est bien difficile à cause de la nature du terrain, de la masse de chariots qu'il faut mener avec soi pour subsister et de l'impossibilité où l'on sera de remplacer les vivres manquants.

M. de Maillebois, gêné par les subsistances, n'avait pas grande confiance dans l'expédition qu'il tentait. Cependant il cherchait à pénétrer en Bohême par la gorge de Bischof-Treinitz et faisait partir de Vohenstraus, le 20 septembre, le comte de Saxe pour qu'il s'emparât de la gorge de Prommenhof. Devant la résistance de l'ennemi, le 22 septembre, le maréchal se replie surFloch, M. de Balincourt faisant l'arrière-garde. Le 23, il se rend de sa personne à Prommenhof pendant que sa division esta Tirschenreuth. Le 24, il est à Mahring, et, le 25, une partie de l'armée arrive à Prommenhof, où elle est entièrement rassemblée le 27, sa gauche appuyée à Neudorf.

Le prince Charles, près de Plan, avec une partie de son armée, jette deux ponts pendant la nuit et opère sa jonction avec l'armée de Kewenhuller. Son infanterie se porte entre Plan, Ober-Godrisch sur la Schlada, et les marais et étangs de Gramling, traversés par la Wanscha; ils y restent jusqu'au 27.

Voyant l'inutilité de sa tentative, M. de Maillebois prend le parti de séjourner î\ Prommenhof dans l'espoir que, sa présence attirant les ennemis de son côté, M. de Broglie et de Belle-Isle pourront se ravitailler et venir au-devant de lui jusqu'à Saaz.

Au l®"" octobre, les Autrichiens ayant replié leurs lignes, on pouvait croire à une retraite, quand, le 2, sous la protection de deux corps de cavalerie, ils attaquèrent M. de Maillebois, qui, ne voulant pas engager un combat, ordonna à M. d'Argouges de se replier sur l'armée. Ne pouvant plus subsister à Prommenhof, ou pénétrer par cette gorge en face de l'armée du grand-duc, il se décide à revenir sur Egra.

A la date du 3, il écrivait à Prague que, toujours en présence des ennemis qui lui barraient les débouchés du côté de Plan, il n'avait point ordre de les attaquer (1), et qu'il lui était impossible de pénétrer plus avant par cette route; qu'ainsi il avait résolu de prendre, le 5, la route d'Egra, où il comptait arriver le 7, et partir le 9 pour se rendre le 45 à Kaaden et Saaz en suivant la rive gauche de l'Eger, si les ennemis ne s'y opposaient point. Il priait M. de Broglie de s'avancer de ce côté avec l'armée de Prague, et de faire tout son possible pour favoriser leur jonction. L'armée se met en marche par sa gauche le 6 au soir, précédée par la réserve.

Elle campe, le 7, sous Egra. Le comte de Saxe, avec un corps composé des régiments d'infanterie de la Couronne, Duras, Saxe, de la Marcketde ceux de cavalerie Beaucaire, de Noailles, plus quelques détachements infanterie et cavalerie arrivant de Kelheim, est chargé de l'arrière-garde.

Le 9, l'armée passa l'Eger et s'établit la droite à Liebitsch, la gauche vers Katzengrum, le quartier général à Liebitsch; le 10, à Rauhan-Kulm, près de Maria-Kulm; le 11, à Falkenau sur trois lignes, la droite au ruisseau de la Zwotta, les autres le long de l'Eger; le 12, à Elbogen sur deux lignes, la droite à un bois en avant de Bergerhausen, la gauche à Grembs, et le 13 à Fischeren près Carisbad, derrière le petit ruisseau de Rohlau, la droite à Fischeren, la gauche à Alt-Rohlau. La difficulté du pays coupé et

(I) « si l'on avait donné carte blanclie à ce maréclial, le destin do la Bohême aurait pu changer; mais, de Versailles, le cardinal le menait à la lisière. »

(Fhédéric II, Histoire de mon temps.)

montueux qii'on traversa, depuis Egra jusqu'à Fischeren, ne permit d'avancer que sur deux colonnes. Nous suivions l'Eger, et l'ennemi-marchait parallèlement à même hauteur. Son projet était de gagner Saaz avant nous et de masquer les défilés de l'Eger; cependant nous espérions arriver à Kaaden malgré les désordres occasionnés par les mauvais chemins, le manque de subsistances et la fatigue extrême des troupes : malheureusement nous ne pûmes gagner l'ennemi de vitesse; toutes les difficultés s'accumulaient pour arrêter l'élan de nos troupes, le découragement gagna chefs et soldats, de sorte que, le 17 septembre, à Fischeren, M. de Maillebois, pour ne pas prendre seul la responsabilité d'une retraite, assembla un conseil de guerre. On s'y décida à abandonner la marche en avant, faute de subsistances. Le comte de Saxe, si ardent d'ordinaire, opina pour la retraite. On poussa jusqu'à Rlosterlé et Kaaden. N'eût-il pas mieux valu alors laisser l'Eger sur la droite et gagner Leitmeritz, où M. de Broglie avait des troupes attendant, vainement le secours promis?

L'armée pensait continuer la roule qu'elle suivait, quand le maréchal, instruit de la difficulté d'y mener des caissons de vivres et craignant de manquer de subsistances dans ce pays de montagnes, informé du reste que le grand-duc, établi en forces dans le cercle de Saaz, couperait sa communication avec Leitmeritz et Egra, donna l'ordre de se replier dans la nuit du 16 au 17. Tout contribuait à accélérer cette marche en arrière, et les nouvelles que M. de Maillebois reçut en arrivant à Neustadt, de l'activité avec laquelle les Autrichiens portaient leurs troupes sur le Danube, ne lui permirent pas d'y rester longtemps ; le 28, il campe à Au sur la Naab, sa gauche sur Pischldorf; le 29, àNabburg; M. de Balincourt ne se mit en route que le lendemain avec le reste des troupes : on était arrivé à Schwandorf; le comte de Saxe suivait, le 31, à Pfreimf.

Depuis quinze jours, les troupes ne recevaient que les 2/3 de la ration et le pays ne fournissait plus aucune ressource ni à l'officier ni au soldat, malgré les prix exagérés ; les chevaux excédés de fatigue, il leur fallait un repos absolu. On abandonnait donc les défenseurs de Prague à leurs propres ressources, et cela sans esprit de retour. M. de Maillebois ne voulait, ne pouvait plus rien tenter; à peine lui semble-t-il possible de s'établir en quartiers d'hiver : il

suffit d'ailleurs, pourvoir quelle était la situation, d'en lire le triste et complet résumé dans la lettre suivante (I).

a J'ai reçu, le 31 octobre, à Nabburg votre lettre de Versailles du 25 du même mois, oia je vois vos craintes sur le sort futur de Prague que vous ne croyez pas ravitailler. Je vois par le 2" article les intentions du roi sur la destinée de cette armée qu'elle a résolu de faire passer l'hiver dans cette partie de l'Empire , soit en prenant des quartiers en Bohême ou en Bavière, et le long de la Naab dans le haut Palatinat.

« Par le 3^, vous entrez dans le détail des moyens pour me conformer aux intentions du roi, dont le premier et le plus prompt aurait, été de rentrer en Bohême, après avoir séjourné sous Egra ou dans le haut Palatinat; le second serait, en supposant que nous n'aurions point les ressources nécessaires pour prendre ce parti de vigueur, de laisser un corps de cavalerie avec un d'infanterie aux environs d'Egra, après y avoir séjourné quelque temps, et de faire cantonner entre cette ville et Amberg un corps de troupes qui pût être à couvert des entreprises de l'ennemi et lui faire croire en même temps que l'on a toujours le dessein de rentrer en Bohême, et quepar cette position, la droite de l'armée s'approchant de M. de Seckendorf, l'ennemi serait obligé de se porter sur le Danube, ce qui ferait une diversion dont l'armée de Prague pourrait profiter.

ce Par le 4^, vous m'ordonnez de choisir celui de ces moyens que je croirai le plus convenable.

« Je vois, par le 5®, que vous avez envoyé vos ordres au s'' Peloux et au commissaire Lassaut pour des fourrages; je ne sais si ce dernier pourra exécuter vos ordres, car il est à Strasbourg; le premier est déjà en mouvement pour cela. Quant à l'article oîi vous me marquez que la disette de l'armée provient du manque de discipline, je ne le traiterai qu'à la fin de ma lettre, et je vais répondre d'abord à tous les autres que la vôtre contient.

(( Sur le premier, je dois vous représenter que le sort actuel de Prague peut n'être pas aussi affligeant qu'on pourrait le présumer: 1° par les lettres de M. de Broglie des 14 et 23 du mois dernier, je dois croire qu'il se ravitaille journellement, que même il est dans l'abondance, ce sont ses termes; 2" parce que l'ennemi n'est

(1) Lettre à M. de Breteuil, du camp de Burglengelfeld, le 4 novembre.

point en élat de tenter un second siège; 3° parce que s'il prend le parti d'un blocus pendant l'hiver, il y perdra, par la rigueur de la saisonet les difficultés des subsistances^ le peu de bonnes troupes qui lui restent, que d'ailleurs les postes d'un blocus sont bien mal gardés dans une saison aussi rigoureuse qu'est l'hiver en ce pays ; 4° parce que dès que je m'approcherai de l'Inn, le grand-duc s'y portera avec ses forces pour couvrir l'Autriche.

« Je répondrai, sur le second article, que puisque l'intention du roi est de faire hiverner son armée en ce pays-ci, ce qui je crois peut avoir des suites fâcheuses pour son rétablissement, je dois observer : 1° qu'il y aura des difficultés infinies pour la pourvoir des subsistances nécessaires, surtout pour la cavalerie; 2° que la proposition d'établir des quartiers depuis Egra, le long de la Naab, jusqu'au Danube n'est praticable que pour certaine partie; 3° que pour en établir en Bavière et dans les duchés de Neuburg et de Sultzbach appartenant à la branche palatine, il faut le consentement de l'empereur et de ces deux princes, et que j'ignore les mesures que notre cour a prises à cet égard. J'observerai encore que comme l'établissement des quartiers d'hiver en Bavière dépend de la position dans laquelle M. de Seckendorf pourra s'y maintenir, ainsi que du succès des opérations , je ne puis rien proposer que de très conditionnel. Quant à la distribution des quartiers en particulier, je ne puis la proposer que quand je serai instruit des ressources qu'on en peut tirer; mais il faut pour cela avoir ces états par les ministres de l'empereur. Quant à ceux du haut Palatinat, je les connais assez. Les Etats de Bavière et les duchés de Neuburg seuls nous apparaissent pour quartiers d'hiver, car il n'y a aucune probabilité que nous puissions en prendre en Bohême.

{( Je réponds à présent aux moyens de me conformer aux intentions du roi : le premier et le plus prompt, de rentrer en Bohême, est totalement impraticable, 1° par l'impossibilité d'y porter des subsistances , par la disette des voitures du pays et l'état de celles du roi ainsi que des attelages aussi bien que de celles de l'artillerie; 2° par l'état des troupes tant d'inf;mterie que cavalerie.

« Sur le second moyen, de laisser un corps sous Egra et un autre cantonné entre cette ville et celle d'Amberg pour inquiéter l'ennemi sur les gorges par lesquelles on peut pénétrer en Bohême, cette position n'est pas tenable depuis Egra jusqu'à hauteur de

28(i LliS GUERRES SOUS LOUIS XV.

Pfreimf en descendant la Naab, que je connais aujourd'hui. Il y aurait imprudence d'y placer des troupes. Cette rivière est guéable presque partout dans cette partie. A l'égard de la basse Naab depuis Pfreimf jusqu'au-dessous de Burglengelfeld, on peut s'y placer avec sûreté.

« A la suite de ces réflexions, j'ajouterai que la distance depuis Egra jusqu'au Danube, suivantla Naab, donnerait trop d'étendue à la disposition des quartiers d'hiver, et ne serait pas soutenable par la fatigue des escortes continuelles et parce qu'il faut travailler pour maintenir les troupes de l'empereur sur l'Inn.

« Sans assembler un conseil de guerre, j'ai consulté les officiers généraux de cette armée qui m'ont paru les plus instruits du pays, et j'ai cru ce parti plus sage qu'un conseil de guerre, où il aurait fallu admettre nombre de personnes étrangères.

«Quant aux subsistances à prendre sur le Danube, elles ont été fourragées totalement pendant le séjour de l'armée que le roi avait en Bavière et de celle de M. de Kewenhuller : il faudra donc y suppléer par les ressources du haut Danube. Malheureusement on n'a pas eu le temps de les assembler; il n'y a pas un moment à perdre pour opérer, puisque l'ennemi marche à même hauteur que nous et qu'il est de la dernière importance d'empêcher d'entrer en Bavière entre l'Inn et l'Isar, parce que , si ce cas arrivait , M. de Seckendorf serait fort embarrassé pour me rejoindre. Sur la disette qui a régné dans l'armée, je ne saurais convenir qu'elle ait été occasionnée par l'esprit de libertinage, que je travaille journellement à détruire, puisque depuis un mois on a exécuté plus de 30 soldais; le pays manque de ressources nécessaires à 1 officier comme vin, pain et bière, le paysan n'ayant que ce qui est nécessaire à sa subsistance journalière.

« L'officier n'a donc eu de ressources que celle du pain blanc que vous avez ordonné de lui faire faire, mais il en jouissait très rarement, parce que, les marches étant continuelles et embarrassées d'un nombre prodigieux de voitures, celles qui portaient la farine destinée pour le pain de l'officier arrivaient si tard qu'on ne pouvait cuire que très rarement et dans un jour de séjour; ces marches qui continuent depuis trois mois ont détruit ses équipages , ont épuisé toutes ses petites ressources, le dégoût s'y est mis, le défaut de subordination qui en est une suite s'y est introduit et le

défaut de discipline l'a suivi, au point qu'il est devenu plus fâcheux que celui du libertinage et de la mauvaise volonté qui a gagné le soldat par la fatigue excessive et la soufïrance qu'il a essuyée.

« Je n'ai rien à me reprocher pour remédiera tous ces maux, les remèdes violents n'ont point été épargnés; je vois avec douleur, ce que j'ai déjà éprouvé dans deux ou trois occasions, que la volonté de la nation a ses bornes et que celle qui a paru la plus vive, pendant un certain espace de te mps, dégénère en dégoût lorsqu'on l'excède à un certain point. Je suis fâché d'un tableau aussi peu satisfaisant de Fétat actuel de celte armée ; je manquerais à mon devoir, si j'en laissai» rien ignorer : celui des troupes qui la composent aujourd'hui, et que la maladie gagne journellement, est tel qu'on ne peut répondre de la voir rétablie au printemps, malgré les soins qu'on en pourra prendre en hiver, si l'on ne prend dès à présent les mesures les plus justes pour recruter, remonter et augmenter la cavalerie, ainsi que pour les recrues de l'infanterie, dont il serait plus utile d'augmenter les compagnies que d'en former de nouvelles.

« J'apprends, après ma lettre écrite, que nombre d'officiers sont allés à Amberg sous prétexte de maladie avec les caissons qu'on y a envoyés et sans me demander permission; l'on m'assure même qu'il y en a déjà qui ont poussé sur Nuremberg, soit pour y rester, soit pour passer outre. Comme je vois que l'esprit de dégoût, et même séditieux, si je l'ose dire, s'insinue un peu trop vivement, j'ai pris le parti d'écrire à M. de Granville à Ingolstadt et à M. Desgranges à Amberg, d'arrêter tous ceux qui arriveront dans ces villes sans passeport, et je n'en délivre aucun sans un certificat du médecin-major. Je crois, sauf votre meilleur avis, qu'il conviendraitd'envoyer vos ordres à Strasbourg et à Sarrelouis pour arrêter ceux qui passeraient : un exemple contiendrait tout le monde. »

A celte lettre, M. de Breteuil répondit, le 7 novembre, que puisqu'on ne pouvait plus rien tenter sur la Bohême, il fallait au moins faire une diversion sur la haute Autriche. Dans l'intervalle, l'armée s'était concentrée à Stadt-am-IIof ; dès qu'on sut l'intention du ministre , M. de Balincourt, qui avait toujours tenu l'avant-garde , passe le Danube à Donauslauf et marche vers Dingelfing, sur les instances de M. de Seckendorf, qui nous obligea aussi à occuper Munich et Landshut, malgré le voisinage de M. de Rewenhuller,

toujours dans Landau. L'arrivée du grand-duc à Passau redoubla les craintes de M. de Seckendorf, et il mit une garnison dans Braunau et se tint sur le haut Inn, entre Markil et New-Otting, plaçant de la cavalerie à Massing sur la Root pour conserver sa communication avec l'Isar.

Le 9, l'attaque de Deggendorf est abandonnée parles troupes du roi. Le H, Je prince de Conti, détaché avec 10 B. et 20 R., campe à Pilsting près de l'Isar.

Le 12, il arrive à Nuremberg, le 13 àNeumarkt et le 14 àStadtam-Hof, se disposant à gagner Slraubing où il comptait trouver M. le maréchal de Maillebois avec la plus grande partie de son armée.

A la date du 15 , M. de Breteuil lui renouvelle Tordre de déployer la plus grande activité pour la diversion projetée en Autriche , puisque M. de Maillebois, en évitant une action désisive, reste sous l'impression de ne rien hasarder.

Le 21, M. de Broglie arrive à Dingelfmg où se trouvait l'armée de Bavière, dont M. de Maillebois lui remit le commandement en chef; ils restèrent néanmoins ensemble jusqu'au 5 janvier 1743 , époque à laquelle M. de Maillebois se rend à Stadt-am-Hof, d'où il part le 18 pour la France.

Le 22, sa première préoccupation fut de pourvoir aux subsistances; il détache de suite M. de Balincourt avec plusieurs brigades d'infanterie et de dragons à Keissbach sur la Wils. Le prince Charles, informé que les Français s'avançaient sur l'Isar, donne ordre à M. de Kewenhuller de s'approcher de lui.

La nouvelle du retour du prince de Lobkowilz en Bohême décida le comte de Saxe, occupant en ce moment Ober-Altach avec 11 B., 600 chevaux et une brigade de cavalerie, à marcher à Deggendorf. De son côté, M. de Kewenhuller, en se rapprochant du prince Charles, le mettait en forces sur l'Inn, et augmentait les inquiétudes de M. de Seckendorf, qui informa immédiatement M. de Broglie.

Le 26, le prince Charles prend la résolution de so rendre maître de Braunau; après avoir côtoyé l'Inn et assuré sa communication avec ses dépôts, il bloque la place. Malheureusement, comme nous l'avons déjà dit, l'accord n'était pas entre les généraux alliés. L'espèce de défiance instinctive que M. de Broglie avait toujours

SUCCESSION D'AUTRICHE. - B.WIÈRE (1742). 289

éprouvée à l'égard du maréchal de Seckendorf, eut de nouvelles raisons d'être quand il apprit, le 21, que son allié avait abandonné le 23 le camp de Hanshofen, laissant sa droite à découvert, repassé rinn à Braunau pour se retirer à Markil. Dans la place, M. Minuzzi était resté avec 6,000 hommes d'infanterie et les milices du pays, s'attendantà être bloqué. Comme M. Seckendorf écrivait en même temps à M. de Broglie que Kewenhuller marchait d'Aidenbach à Furslenzell , il ne pouvait comprendre que Braunau fût investi. Les nouvelles de M. de Saxe le rassurèrent véritablement, il sut que M. Lobkowitz n'était point dans le Palatinat, mais en Bohême, formant le blocus de Prague avec un corps d'environ 20,000 hommes.

Le 29, M. de Broglie envoie ordre à M. le comte de Saxe de marcher sur Deggendorf avec M. le chevalier d'Aumale et quelques ingénieurs. M. de Balincourt dirige sur Eggenfelden les deux compagnies franches de la Croix , pour observer les ennemis du côté de Braunau, et donne également des ordres à M. de la Ravoye relativement à Kelheim, Stadt-am-Hof et Donaustauf; le quartier général restant toujours à Dingelling et le gros de l'armée partie sur l'isar et partie sur la "Wils.

M. de Kewenhuller, en se rapprochant du prince Charles, le mettait plus en forces sur l'Inn; il résolut alors de se rendre maître de Braunau et ordonne à M. de Bernklau de conduire à Ranshofen une partie de l'artillerie de Passau. Laissant une garnison dans Ering pour assurer sa communication avec les dépôts, il ouvre la tranchée devant cette place le 1" décembre.

M. de Broglie, forcé de céder aux sollicitations de M. de Seckendorf, envoie à son secours le corps de M. de Balincourt, tout en conservant le regret de séparer les troupes du roi.

Le 3, au moment où M. de Saxe marchait sur Deggendorf et s'en emparait, le prince Charles mettait le feu dans Braunau; pour protéger cette expédition, il avait placé M. de Kewenhuller à Orttenburg, par conséquent maître de l'Inn et de la llott, et détachait à Laufen le général Heilfreich.

A la date du 7, le ministre écrit à M. de Broglie qu'il n'était plus question de ramener en France la totalité de ses troupes; que S. M. avait le dessein d'en laisser un corps considérable à ses ordres en Allemagne pour les joindre à celles de l'empereur, qu'on

augmenlerait. Il lui recommande de faire secrètement des dispositions pour le retour d'une partie des troupes et, en attendant, de profiter de sa supériorité pour favoriser la retraite de M. deBelle- Isle. Cependant M. de Broglie continuait sa route sur Braunau; le 5, il était à Ganghofen, le 6 à Eggenfelden.

Le 8, il part d'Eggenfelden et se rend à ïhann avec tous les grenadiers de l'armée , la gendarmerie et la brigade de dragons d'Harcourt pour se montrer dans la plaine de Braunau avec ces forces jointes aux corps de MM. de Balincourt et de Coigny, détachés dès le 6 à Thann.

Le 12, le prince Charles donne l'assaut à Braunau; n'ayant pas réussi, il se décide à lever le siège. M. de Broglie, arrivant en toute hâte, le poursuit et fait son entrée dans cette place. Le prince Charles, sans s'arrêter à Altheim, campa le 13 à Obernberg, le 14 à Scharding, oia vint le joindre M. de Kewenhuller. Quittant son camp d'Ûrltenburg, très inquiété déjà par M. le comte de Saxe qui, par la construction d'un pont sur le Danube et de redoutes sur les hauteurs, mettait Deggendorf à couvert et facilitait ses communications avec Straubing et le haut Danube, tout en conservant l'espoir d'un coup de main sur Passau. La saison était si avancée qu'il n'était plus possible de camper; les troupes autrichiennes prirent donc leurs emplacements d'hiver.

M. de Kewenhuller resta dans Scharding; Passau, les deux rives du Danube jusqu'à Wilshofen, la rivière de Traun depuis Efferding jusqu'à Salzburg et une portion de la Hongrie furent les points occupés.

Cependant, le 24, M. de Broglie refusait à l'empereur de marcher sur Scharding et Passau, par l'impossibilité d'une pareille entreprise vis-à-vis la rigueur de la saison et la fatigue des troupes.

Le 28, M. de Breleuil adresse à M. de Broglie l'état des troupes d'infanterie, cavalerie et dragons dont S. M. a résolu le retour en France, en laissant sous ses ordres la plus grande partie de l'armée, par suite de la résolution de tirer des milices et d'envoyer en Bavière l'augmentation de la cavalerie, portée par l'ordonnance de 6 août, à 20 hommes par E. et 200 par B., et nos troupes prirent leurs emplacements pour l'hiver. Leur droite était appuyée à l'Inn, à portée de Braunau, traversant cette rivière et la longeant jus-

qu'au Danube; en seconde ligne venait la cavalerie; le quartier général était à Dingelfing (1).

Les troupes de l'empereur gardèrent Braunau, le haut Inn et la Salza (2). Charles YII avait espéré qu'on profiterait de l'avantage remporté dernièrement pour reprendre Scharding et Passau, et dégager entièrement la Bavière. Mais, outre la difficulté résultant de l'hiver, les plans de la cour de France étaient changés. La retraite de Prague s'éfant effectuée et la Bohême étant entièrement évacuée, on ne pensait plus à reconquérir le royaume, le roi ayant besoin de ses troupes dans la Flandre menacée, devenue le théâtre de la guerre. Aussi une partie de l'armée de Bavière devait-elle être rappelée; on ne laissait à l'empereur que 53 à 60,000 hommes des troupes françaises, tout en lui donnant les moyens d'augmenter les siennes jusqu'à 33 à 40,000. Tels furent les points sur lesquels M. de Breteuil attira l'attention de M. de Broglie pour la campagne prochaine.

(1) Positions : enUe la Rott et l'Inn, M. de Balincourt avec 2 brigades d'infanterie (Lyonnais, Montmorin) et 2 de cavalerie (d'Aumont, Rosen); dans Eggenfcld, sur la Rott, le prince de Conti avec 3 brigades d'infanterie (Bourbonnais, Royal, Bretagne), 1 de cavalerie (de Cossé) et 3 de dragons (Colonel-général, d'Orléans, d'Harcourt). A Pfarkircken, les compagnies franches Duliniont, du Moulin, Lacroix; et aux environ*, sur le cours de/« Wils, M. d'Harcourt avec 8 E. de gendarmerie et 5 brigades de cavalerie (Puysieuix, Crussol, Chepy, Fitz-James, Noë). A Dingelfing, MM. de Broglie et de Maillelois avec 2 brigades d'infanterie (Champagne, Marsan), 1 de cavalerie (Marcieu), 1 do dragons (la Reine). k Plattling, M. de Montai avec 2 brigades d'infanterie (Picardie, Poitou) et 1 de cavalerie (Barbançon). L'artillerie était à Ingoldstat, ^■ornlandie à Studl-am~ Ilof, Limousin et Luxembourg sur le Z)a?iM&e^ depuis Donausiauf '}us.qu'ii Straubing; Santerre à Keiheim, Ponthieu et Vermandois à Amberg. La ville de Deggendorf était occupée par la réserve du comte de Saxe.

(2) Cantonnements de l'armée impériale, le 22 décembre 1742 : le quartier général à Landslmt; à Ottlng, 2 régiments de cavalerie; 6 régiments de dragons à Markil, Traiienstein, Kraiburg, Trostberg, Wasserburg ; 1 de hussards à Burghausen avec 1 régiment d'infanterie. A ISenburg, la cavalerie palatine; à Salzburg, la cavalerie et l'infanterie hessoise ; à Bratinmi, 3 régiments d'infanterie; à Bosenhein et Wasserburg, 3 B. de l'électeur palatin ; à Moosburg, toute l'artillerie et les chariots de vivres.

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