‹ Les guerres sous Louis XV (volume 5)Chapitre 12 sur 21 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

CAMPAGNE DE BAVIERE (l*^"" janvier à 31 août 1743).

Janvier 1743. — l^f. Canlonnemenls des armées françaises. — 2. La gendarmerie • et plusieurs régiments de cavalerie sur le Lech. — 7. Quartier général à Straubing. — 20. Les brigades de Champagne et de Normandie, sous M. de Cliaseron, à Donaustauf, Regenstauf et Burglengenfeld. — 25. L'armée autrichienne débouche des gorges de la Bohême par Tirschenruelh, Waidhaus et Waldmunchen, occupe Neuburg, Cham, Rotz, la haute Naab et les environs d'Egra.

Février, l^''. Départ de B. et E. pour France. — 12. Bogen occupé. — 15. Le prince de Conli commande à la gauche de l'Isar. — 16. Poste d'Egolsée surpris. — 18. Départ de troupes des environs de Platlling. — 20. M. de Balincourt sur la Wils. — 24. Quartier à Burglengenfeld. — 27. Ponts sur le Danube.

Mars. 9. Une partie de la cavalerie autrichienne sur la Naab, se rapproche de la Bohême.

Avril. 13. Ravitaillement d'Egra. — 15. Marche sous M. du Chayla. — 21. L'armée bavaroise à Neu-Otting. — 23. Le prince de Couti à Dingelling. — 24. M. du Chayla à Amberg. — 25. Un régiment d'infanterie et 5 E. palatins d'Ani- . berg joignent l'armée à Neu-Otting.

Mai, l'^'". M. de Saxe sur la Naab. — 6-7. L'ennemi s'avance entre l'Inn et l'Isar. — 12. Braunau bloqué. — 17. Prise de Dingelfmg par le prince Charles. — 18-19. Prise de Landau. — 20-21. M. de Seckendorf rassemble toutes ses troupes à Landshut. — 21-22. Position de notre armée sur l'Isar. — 22. Position de l'armée bavaroise. — 23. Le prince de Conti chargé de la défense de Deggendorf. Le comte de Saxe à Amberg. — 27. L'ennemi s'empare de Deggendorf. — 28. M. de Brezé à Amberg. — M. de Saxe à Stadt-am-Hof.

Juin. l^r. Évacuation de Straubing. — 5. Attaque de l'ennemi sur le cours de l'Isar. — 6. L'armée bavaroise abandonne Landshut. — 7. Troupes françaises arrivant à Ralisbonne. — 9. L'armée du roi près Kelheim. — 10. Elle continue sa marche. — 14. L'armée bavaroise se sépare. — 15. Changement dans la position de notre armée. — Friedberg se rend à l'ennemi. — 16. M. de Lobkowitz à Wohburg. — 18. Les troupes palatines entrent dans Neuburg. — 19, M. de Saxe détaché pour masquer Neuburg. — 21. L'armée du roi passe le Danube à 8 heures du soir. — 22. Continue sa marche. — 23. Sous Donauworth.

Juillet. 9. La réserve en destination de Spire. — 10. Suivie de la l''« division. — 11, Les trois dernières divisions également en marche pour les rejoindre. — 12. Retraite de l'armée du maréchal de Noailles. — 13. L'armée de Bavière achève de passer le Rhin à Spire, campe sous cette ville. — 15. M. de Noailles à Gross- Roriteim. — 16. M. Phelippes passe le Rhin à Worms. — 17. L'armée de M. de

Noailles campe sous celte ville, — 19. Capitulation de Straubing. — 23. Le comte de Saxe part pour Schelestadt.

Août. 3. M. de Saxe revient à Haguenau. —27. Tranchée ouverte devant Ingolstadl. — 29. Le maréchal de Coigiiy prend le commandement de l'armée de la haute Alsace. — 31. Départ du comte de Saxe pour Landau à l'armée du maréchal de Noailles.

Octobre, l«^^ Ingolstadt remis aux Autrichiens. La garnison se rend à Strasbourg M. de Bernklau prend possession d'Ingolstadt.

La levée du siège de Braunaule 12 décembre, la retraite des armées autrichiennes dans la haute Autriche et sur le bas de la rivière de rinn, où elles n'occupaient plus que Scharding et Passau, rendaient entin la tranquillité à la Bavière et permettaient aux troupes du roi et à celles de l'empereur de se reposer des fatigues de la dernière campagne, M. de Belle-Isle était à Égra, d'où il comptait partir promptement. M. de Breteuil, en le félicitant d'avoir forcé le blocus de Prague, lui avait d'ailleurs exprimé les intentions du roi de faire revenir son armée par la route la plus courte, qui lui paraissait être celle d'Amberg. Les troupes devaient marcher par petits corps, commandés par des officiers d'un grade supérieur, afin de faciliter les logements, les vivres et les transports.

Ainsi se terminait celte expédition commencée avec une armée de 40,000 hommes dont le chef se présentait en législateur, en conquérant. Il la ramenait sans une victoire remportée, usée par les marches et les contremarches, les attaques de la cavalerie ennemie et les sièges soutenus, décimée par le froid et par la faim ; trop heureux de l'opinion* indulgente qui lui faisait un titre de gloire de la retraite de Prague. Si l'on fut sévère pour lui en France, si l'on demanda ce qu'il avait été faire en Bohême, pourquoi il n'avait pas gardé les passages de l'Inn, pas conservé ses communications par la haute Autriche entre le Danube et la Bohême, et laissé éparpiller ses troupes, on s'enthousiasma au récit du blocus forcé, de la retraite malgré l'ennemi et malgré la nature.

Cette armée, rivalisant d'abnégation et de vaillance, manquant de pain, couchant la nuit au milieu des champs sur la glace, s'était frayé un chemin à travers tous les obstacles. On raconta même que le maréchal avait quitté la ville assiégée comme un triomphateur, dans une voiture à huit chevaux, ayant avec lui la comtesse de Bavière et un général blessé, M. de Biron. On oublia l'expédition

manquée, la ruine de noire politique, l'argent et les hommes inutilement dépensés, la guerre reportée sur nos frontières, pour ne voir que la constance dans le malheur et cette sorte de désinvolture, si chère aux cœurs français, à tenter l'impossible pour sortir d'une impasse. N'avons-nous pas toujours pardonné, même les plus cruelles défaites, aux généraux qui avaient sauvé l'honneur ?

Pour obéir à l'ordre de retour qu'il avait reçu, le maréchal de Belle-Isle organisa son armée pour rentrer en France.

De son côté, l'armée de Bavière, partant de Donauworth, s'acheminerait par Harburg, Nordlingen, Bopiingen, Ellwangen, Halden, Hall, Oehringen et Neuensladt sur Wimpfen pour y traverser le Neckar.

Entrées dans leurs cantonnements à la fin de décembre, les troupes de l'empereur étaient en position sur le haut Inn et la rivière de Rott; celles du roi, la droite à Pl'arkirchen , jusqu'à Dingelfing ; M. de Saxe, avec 12 B. etE., à Deggendorf sans communications avec le reste de l'armée, les glaces ne lui ayant pas permis d'établir un pont sur le Danube. On n'occupait donc, dans le haut Palatinat, qu'Ambergavec 4 B. de milice, et Égra, abandonné à 3 B. et demi de milices et des compagnies franches. Cette position générale n'était que momentanée, obligé qu'on était de la modifier, pour placer les troupes plus à portée des magasins sur le haut Danube, principalement d'Ingolstadt où étaient rassemblées des millions de rations.

En faisant rentrer ses troupes, Louis XV n'abandonnait pas cependant l'empereur à ses propres forces. L'intervention nouvelle des Anglais nécessitait le retour en France des troupes qu'on voulait leur opposer. Le d" avril, M. de Broglie avait appris que les Anglais et les Autrichiens devaient passer le Rhin à Andernach, et, prenant par l'électorat de Mayence, le pays de Fulde, de Wurlzburg et la Franconie, allaient rejoindre le prince de Lobkowilz dans le haut Palatinat. En conséquence, le roi faisait rassembler des troupes en basse Alsace, sous les ordres du maréchal de Noailles, et envoyait le prince de Dombes, avec 20 B. et autant d'E. de cette armée, sur le Rhin, qu'il passerait du 20 au 25 janvier pour secourir l'armée de Bavière.

On sait qu'elle devait se composer de 55 à 60,000 hommes, recrutés en ce moment par les officiers de M. de Broglie chargés d'à-

mener enBavière les milices de Slrasbourg, et de 30 à 35, 000 hommes des troupes impériales. La reine de Hongrie avait alors 60,000 hommes, partie avec M. de Kewenhuller sur le bas Inn, entre Scharding etPassau, partie avec le prince de Lobkowitz aux environs de Prague. C'est de là que vint la première démonstration. Précédée par le général Festetitz, qui était déjà à Plan le 6 avec tous ses hussards, cette armée débouchait le 20 janvier des gorges de la Bohême par Tirschenreuth, "NYaidhausen et Waldmunchen, sur Neuburg, Cham et Rotz, c'est-à-dire la haute Naab et les environs d'Égra. Ce mouvement avait pour but de séparer M. de Broglie de M. de Belle-Isle. Le premier appuyait sa droite à Pfarkirchen sur la Rott, le centre derrière l'Isar, la gauche s'étendant le long du Danube jusqu'à Donauworth, l'armée de l'empereur sur le haut Inn et la rivière de Ilott. Les corps détachés de M. de Saxe étaient h la gauche du Danube, dans les environs de Deggendorf, Égra et Amberg.

M. de Belle-Isle avait pris ses cantonnements sur la Naab et près d'Amberg, la droite à Schwandorf. Quand il apprit que M. de Lobkouitz avançait avec toute son armée sur la frontière du Palatinat et qu'il occupait en force les postes de Cham et Waldmunchen, il détacha M. Darnaud pour occuper Neuburg et Rôtz, situés dans la gorge qui conduisait du Palatinat à Waldmunchen et dans laquelle était en quartier un régiment de cuirassiers sous les ordres du général Poupartz. M. Darnaud, le 25, chasse de Neuburg la partie de ce régiment qui s'y trouvait, pousse jusqu'à Rôtz, où il fit des prisonniers et revient à Neuburg; le 31, il se replie sur Amberg, abandonnant la Naab.

La première division, composée de 6 B. et de 12 E. tirés de l'armée de Bavière, partit de Donauworth le i" février, se rendant à Lauterbourg, sous MM. de Lautrec et de Ponchartrain (1).

Ce départ n'était pas sans inquiéter le maréchal de Broglie, qui sentait la situation critique où il allait se trouver. M. de Tresnies

(1) Voici dans quel ordre les troupes partirent : les 4 premiers E. de gendarmerie, le l"'" février-, les 4 autres, le 3; Artois, le 5; d'Aumont-cavalerie, le 7; de Biron, le 9; de la Marche, le U ; de Noailles, le 13; de Noaiiles-cavalorie, le 15. Ils arrivèrent dans le môme ordre à Lautorjjourg les 23, 25 et 27 février, les 1, 3, 5, 7 et 9 mars.

reçut aussi l'ordre de partir de Cassel avec une division composée de Uoyal-Aliemand, Pons et Sabran, et le 21 février il y joignait l'arlillerie de M. du Brocard, qu'il conduisait à Spire. De son côté, M. de Belle-Tsle semblait aussi peu rassuré que M. de Broglie sur le pays qu'il abandonnait, à cause des mouvements du prince de Lobkowilz. Aussi, pour préserver le Palatinat, on y plaça 20 B. et 4 régiments de dragons joints à la garnison d'Égra, d'où MM. de Villemur, Desgranges et du Chayla étaient sortis avec leurs divisions, pour rejoindre à Spire celles qui les avaient précédés. En parlant après ses divisions pour Versailles par Francfort et Metz, M. de Belle-Isle laissait M. de Broglie à Straubing et M. de Maillebois à Stadt-am-Hof, tous deux très inquiets de la marche du prince de Lobkowitz, qui descendait vers eux.

A tout événement, 12 E. avaient passé le Danube à Straubingpour se rendre sur la Wils et la Regen, aux ordres de M. Chaseron; les troupes autrichiennes occupaient Konigswart, Neustadt, Wernberg, Nabburg et Schwandorf; nos 12 E. s'étaient concentrés à Zwisel, Grafenau, Regen et le haut de la rivière de Regen.

Pourtant le prince Lobkowilz, resté à Pilsen, semblait jusqu'à ce moment n'avoir d'autre dessein que d'y prendre ses quartiers d'hiver, tout en harcelant dans sa route l'armée de Bohême, et de vivre aux dépens du Palatinat; quant à M. de KewenhuUer, il occupait les villages de la Bavière, aux environs de Passau. Toutes nos troupes de l'armée de Bohême parties d'Amberg étaient en pleine marche pour gagner Spire, Lauterbourg jusqu'à Landau, leur point de réunion. Aussi, comprenant le danger qu'il courait, si l'ennemi prenait l'olfensive, M. de Broglie ne dissimulait-il pas son sentiment sur les malheurs qui résulteraient de continuer la guerre en Allemagne dans cette triste position, et sur les avantages, au contraire, qu'on en retirerait pour la conservation de cette même armée, si le roi la faisait rentrer en France; et il résumait sa situation dans une lettre écrite de Straubing à M. d'Argenson, le successeur du marquis de Breleuil (1) :

« Il est de mon intérêt et n'ai rien tant à désirer que de faire

(1) Sa mort subite, le 7 janvier 1743, à Issy, sous les yeux du cardinal, fil tant d'effel sur lesprit du vieux ministre, qu'il n'y survécut lui-mtMne que quelques jours.

une campagne avantageuse à la gloire des armes de S. M. et à la sûreté des Étals de l'empereur. Comme il n'est que trop vrai que les armées de la reine de Hongrie réunies fassent un corps de 60,000 hommes sans compter les troupes légères, qui se montent à un nombre considérable, et que celles dont le roi m'a donné le commandement ne soit que de 37,720 hommes, toutes les recrues ayant joint et la grande mortalité dont nous sommes persécutés aujourd'hui cessant, me croyez-vous bien en état d'être sur l'offensive et d'enireprendre de chasser les ennemis de Passau et de Scharding? Si l'on pouvait compter sur les 35,000 hommes de l'empereur, la chose changerait de face, mais c'est vouloir s'abuser que de le croire; plût à Dieu qu'il en eût la moitié en état d'agir et de se présenter devant l'ennemi ! Si vous voyiez les choses d'aussi près que je les vois, je me flatte que vous penseriez de même que moi. Mon embarras n'est point de savoir comment je dois attaquer l'ennemi à Passau et Scharding : je n'ai qu'un seul chemin à tenir, de passer rinn à Braunau, ce que l'on ne peut nous empêcherde faire, et de me porter sur Scharding. Il faut d'abord être résolu à attaquer l'ennemi en deçà de Scharding, s'il veut nous disputer ce passage, où il a de très bons postes, la droite appuyée à l'Inn, et la gauche à la montagne; si une fois nous pénétrions à portée de Scharding et de Passau, je ne croirais pas absolument impossible de les y forcer en hasardant un second combat. »

On ne se tenait cependant pas sur une défensive absolue. Malgré toutes ses précautions, malgré sa vigilance, M. le comte de Saxe, pouvait empêcher les attaques des avant-gardes ennemies.

Dans la nuit du 3 au -4, instruit que le régiment de Caroli avait pénétré par la gorge de Cham jusqu'à Kotzting, il détache des grenadiers et des piquets sur Remansfelden avec M. d'Autry, lieutenant-colonel du régiment de la Couronne. Cet officier prit si bien ses dispositions qu'il s'empara de deux cents chevaux, d'un major, trois capitaines et deux lieutenants avec leurs équipages.

Le comte de Saxe ayant ainsi éloigné les ennemis, affermi la tranquillité, fut autorisé à lever un régiment de uhlans. Il part de Deggendorf, le 8, pour Versailles, y est reçu avec des marques toutes particulières du roi et remplacé par M. de Clermont-Tonnerre (1).

(1) « Je pars pour Paris; M. de C'Ierrnonl vient commander pendant mon absence :

La brigade de la Reine-dragons, passant le Danube à Straubing dans des bacs, le pont de bateaux ayant été replié par suite des glaces est portée sur la Wils. M. de Broglie recommande en même temps de rester sur la défensive à Burglengenfeld, àRegenslauf, à Sladl-am-Hol et à Donaustauf. Il était fâcheux de faire mouvoir, dans une saison si rigoureuse des troupes, dont l'effectif diminuait chaque jour. Le repos se faisait sentir bien nécessaire ; il y avait plus de J 1,000 hommes dans les hôpitaux : c'est alors qu'il adressa à M. d'Argenson l'état des recrues qu'il demandait pour compléter les troupes dont l'effectif monterait à 38,400 (i).

Le 15, 2 brigades d'infanterie, cantonnées entre l'Isar et l'Inn, gagnent la Wils à la gauche du Danube, sous les ordres de M. Balincourt, et 1 régiment d'infanterie bavaroise remplace les troupes françaises.

Le IG février, M. de Forgatz passe la Naab à Schwandorf et fait

je l'ai mis au fait de tout. Quoiqu'il me soit d'une nécessité indispensable de partir, je n'ai pu qu'avoir du regret de quitter un corps de troupes qui m'a honoré de quelque confiance et des façons duquel je ne saurais que me louer : je serais inconsolable, si je n'espérais le rejoindre incessamment. »

(1) État des recrues et remontes pour compléter l'armée de Bavière.

70 B. et E. de Royal-Artillerie à 450 hommes sous les armes 31 . 500

73 E. de cavalerie, compris la gendarmerie et 80 hommes par E 5.840

34 E. de dragons à 120 par E 4.080

Chevaux détachés de Bohôtne 600

Page 1