Compagnies franches
A pied et à cheval : Delacroix 2
De Somberg 1
De Sancenis et Dumoulin 2
De Mandres et un détachement de Jacob 1
Etat des recrues.
Pour 7 1 B. à 300 hommes par B 2 1 . 300
Pour 65 E. à 60 hommes par E 3.900
Non compris la gendarmerie qui se recrute en France, par 34 E. de dragons à 25 hommes par E 850
20. 050 Chevaux nécessaires pour la remonte de la cavalerie et des dragons. ... 3.000
prisonnières 3 compagnies de grenadiers à Egelsée, et occupe Schmidtmuhlen et Rieden.
Cette capitulation produisit grand effet à Versailles, et par suite, le 9 avril, à Burglengenfeld, fut convoqué un conseil de guerre avec M. du Chayla, président, pour en juger les officiers, au.xquels il n'y eut aucun reproche à adresser, s'étant tous conduits en gens d'honneur.
Il devenait nécessaire d'éloigner les ennemis. M. de Balincourt se rend à S(adt-am-Hof avec 1 brigade d'infanterie et 42 E. cantonnés sur le haut Danube; marche le 24, s'empare de Schmidtmuhlen, Rieden et Ensdorf, place dans cette dernière ville les régiments de Elaisois et de Guyenne-infanterie, les dragons de la Reine , le régiment de Mon-tmorin à Rieden, ceux d'infanterie de Médoc et de Bourgogne dans Schmidtmuhlen etVilshofen, enfin ceux de cavalerie de Bretagne et Beaupaire dans Egelsée, avec 1 B. de Normandie et 3 E. de Saint-Simon, dans Ralzenhull. 11 reste lui-même à Burglengenfeld avec 3 B. de Normandie et les dragons de Nicolaï.
Cette affaire nécessite le départ de 6 B. des environs de Plattling et de Landau pour renforcer la Wils, en occupant la gauche du Danube par des postes avec destination de reprendre le 20 les postes enlevés par les ennemis qui font retraite avec M. de Forgalz, abandonnant leurs quartiers sur la haute Naab. Le 27, des ponts sont établis à Deggendorf, Bogen, Straubing, Worth, Donaustauf, Stadt-am-Hof, Kelheim, Ingolstadt et Donauworth. M. de Broglie eutavecM. de Seckendorf une entrevue, à laquelle assistait le prince de Conti, sur la nécessité de rester sur la défensive pendant cette campagne, à moins que les ennemis ne donnassent occasion de reprendre l'offensive, restant ainsi en opposition au désir de l'empereur sur l'attaque de Scharding et le siège de Passau. Quant à s'étendre jusqu'à Braunau, garder le Danube et le Palatinat jusqu'à Amberg, semblait contredire les motifs qui l'avaient engagé à retirer sa droite; cependant il s'engagea à se rapprocher un peu de Braunau. L'article des approvisionnements de fourrages était inquiétant; ceux du Danube s'épuisaient; on marchait sur ceux de l'intérieur et on était à la veille de ne plus subsister que par les magasins d'ingolstadt et de Donauworth. Cependant tous les secours étaient prodigués à cette armée de Bavière pour la mettre à l'abri des privations et des rigueurs du climat; la mortalité de-
vint telle dans les cantonnements qu'à peine les troupes fournissaient le service journalier. M. de Caraman, à Donauworth, recevait les recrues et en opérait la répartition dans les corps avant la lin de mars. M. de Broglie n'attendait que ces nouvaux effectifs pour exécuter son projet de melire Égra en état de défense, ravitaillement d'autant plus difficile que tout le pays, depuis Amberg, était occupé par l'ennemi et de nature à être défendu aisément.
Il prévenait ainsi M. d'Argenson de ses projets [i] : « Je suis très flatté que le roi ait approuvé le plan que je vous ai envoyé concernant le projet de changer la garnison d'Égra et de pourvoir aux approvisionnements de cette place ; la brigade de Montmorin, composée de 5 B., se trouvera toute portée sur la Wils, sous le prétexte que je la mets en garnison à Amberg à la place des 4 B. de milice qui viennent d'être incorporés, et je rassemblerai aussi depuis Schmidtmuhlen jusqu'à Amberg la brigade de Limosin, commandée par M. de Calvières (2). Je ferai marcher la brigade deNicolaï-dragons, composée de 8 E.; 12 E. de cavalerie, qui sont aussi sur la Wils aux ordres de M. de Chaseron, et 5 E. de cavalerie on dragons palatins. J'y joindrai encore 3 brigades de cavalerie qui sont entre Straubing et Stadt-am-Hof en deçà du Danube, et qui passeront ce fleuve chacune devant elles, sur les ponts de Sladlam-Hof, Donaustauf et Straubing. Les 3 B. d'Alsace marcheront avec les 2 brigades de Montmorin et de Limosin, ce qui fera 13 B. et 41 E., et suffira pour aller, la tête haute et même par le grand chemin, conduire la garnison à Égra avec tous les approvisionnements et ramener à Amberg celle qui y est à présent. Je me porterai de ma personne à Amberg, le jour que les troupes devront partir, afin de mettre tout en ordre, étant toujours plus sûr de faire sa besogne par soi-même que de la confier à un autre. Je souhaite fort que M. de Saxe soit arrivé assez à temps pour être chargé de cette commission; mais en cas qu'il ne le soit pas, j'en chargerai M. du Chayla qui va relever M. de Balincourt à Burglengenfeld.
(1) M. le maréchal de Broglie à M. d'Argenson, Straubing, le 24 mars 1743.
(2) Calvières (C. F, marquis de), né le 22 avril 1693, page du roi le 21 mars 1711, Cadet dans les gardes en 1714. Maréchal de camp le 2 mai 1744, lieutenant-général le 10 mai 1748. Mort le 24 novembre 1777.
« Je joins ici la disposition des troupes et des officiers généraux. Je crois que ce sera au plus tard vers le 15 du mois prochain, et même plus tôt, si l'ennemi se dégarnissait du côté de la Naab et de la Wils, qu'il faut se porter du côté de l'Autriche. »
Pour mettre son projet à exécution, M. de Broglie, voulant prévenir les incursions des ennemis dans le haut Palatinat de Bavière et les États de Neuburg, rétablit des postes sur la Naab et sur la Wils de 10 B. et 20 E. aux ordres de M. de Balincourt; cette position avantageuse nous assurait la communication de Stadt-am-Hof à Amberg et la facilité d'en tirer des fourrages. Cependant l'étendue du pays à garder était si considérable que nous devions naturellement être souvent inquiétés par des postes de hussards dans nos quartiers. Ceux de la Wils se trouvèrent des plus exposés par la proximité du général Forgatz, qui, tombant sur le village d'Égelsée, l'investit et obligea nos troupes à capituler.
Les recrues de Strasbourg arrivaient vers la fin de mars à Straubing, Deggendorf, Stadt-am-Hof et Burglengenfeld. M. de Broglie n'attendait plus que la concentration totale de ces jeunes troupes pour effectuer une tournée depuis Amberg jusqu'à Deggendorf, ayant le dessein de changer la disposition de son armée, car il savait que le prince de Lobkowitz se préparait à faire le siège d'Égra. Désireux de mettre cette place en sûreté et d'en relever la garnison par d'autres troupes, il attend le retour de M. le comte de Saxe à l'armée pour le charger de cette mission. Ce dernier, ignorant ce projet, après avoir été de Paris à Haguenau, oii se rassemblait son nouveau régiment, était allé à Dresde pour y terminer quelques affaires et n'arrivait à Amberg que le lendemain du départ de M. du Ghnyla qu'on avait pris à sa place. Pour cette expédition furent choisis des hommes capables d'en soutenir la fatigue, tant dans l'infanterie que dans la cavalerie. Chaque cavalier était porteur d'un sac de farine. Ce ravitaillement demandait d'autant plus de secret que des partis ennemis occupaient tout le pays depuis Amberg jusqu'à Égra, déjà par lui-même de nature difficile et coupé. C'était donc une expédition toute dans le caractère du comte de Saxe.
Comme les ennemis semblaient avoir le dessein de diminuer Ijeurs forces du côté de la Naab et de la haute Wils et d'en répartir
une partie vers l'Autriche, personne en France ne doutait que le maréchal ne profitât de cette circonstance pour exécuter au plus vite son projet ; de Versailles on lui recommandait d'empêcher les ennemis de diminuer leurs forces en Bavière pour les faire passer du côté de l'Italie. L'ennemi n'ayant que 55,000 hommes, M. de Seckendorf se maintenant de son côté, comme il l'avait promis, avec les troupes de l'empereur, de sa personne il garderait les deux côtés du Danuhe et ses derrières.
Noire armée se trouvait composée de 67 B., non compris les 2 d'artillerie, et de 93 E., plus une quantité de déserteurs hongrois (lu côté de Schwandorf qui servirent à recruter le régiment. d'Essoffy de la même nation. Ce régiment eût été appelé à de grands services si, par celte ressource, il se lut constitué.
M. d'Hérouville, commandant à Égra, s'y trouvant hloqué , hasarde d'envoyer un second exprès à M. de Broglie, le premier ayant été arrêté. Par sa réponse, le maréchal l'informait de ses mesures pour mettre la place en état de défense, et des secours qu'il se proposait de lui envoyer.
L'armée impériale était alors forte de 30,000 hommes, selon les avis de Seckendorf. Il projetait de faire avancer une partie de la cavalerie à portée de soutenir Thann , Eggenfelden et les autres quartiers que nous occupions entre l'Inn et la Wils et dont on attendait hon effet. A cette époque, indépendamment des difficultés que lui causait la présence en nombre des Autrichiens devant lui, M. de Broglie craignait l'arrivée des Anglais sur ses derrières. En outre, sentant combien son inaction devait paraître extraordinaire à Versailles, il cherchait à se justifier. La lettre suivante à M. d'Argenson en est la preuve :
« J'ai reçu votre lettre (1) du 5 à 11 heures du soir, que votre courrier m'a remise hier ici à 7 heures, après avoir fait une journée de douze heures de suite avec des escortes par des chemins affreux. M. Blondel, ministre de France à Mayence près l'électeur, M. Sallabery à Nuremberg, m'ont donné les mêmes avis sur la marche des Autrichiens. Il serait h désirer que M. de Noailles et ses meilleurs officiers généraux les eussent devancés sur les bords du Rhin. Si les troupes sont obligées de faire de grandes.
(1) M. le maréchal de Broglie à M. le comte d'Argenson, Biirglengenfeld, 12 avril.
SUCCESSION D'AUTRICHK. — BAVIÉRI-: (1743). 303
marches , nous avons l'expérience qu'elles arrivent souvent en désordre laissant beaucoup de monde derrière elles et peu en état de combattre. Pour moi, je suis persuadé que les Anglais suivront leur pointe, comme fît milord Marlborough dans la campagne d'Hochstedt : il attaqua Donauworth le même jour qu'il y arriva et força nos troupes après un rude combat, y passa le Danube tout de suite. Vous en savez les suites. Il n'y a que sept marches de Coblentz h Francfort, et les ennemis ont passé le Rhin, comme il y a lieu de le croire, les 12, 13 et 14 de ce mois. Il est fort à craindre que les 20 E. et les 20 B. que le roi a envoyés pour se porter sur le Neckar n'y arrivent un peu tard.
« Pour prévenir les entreprises des ennemis, un des plus sûrs moyens, à mon avis, est de se tenir ensemble et de ne point garder plus de pays que proportionnellement à mes troupes. Il y a environ quarante lieues d'Eggenfeldà Amberg : c'est un grand pays à garder, principalgnent cet espace étant coupé presque par Je milieu par le Danube; si je m'étends plus loin que Eggenfeld, il faut nécessairement que je me dégarnisse par ma gauche, à mon sens parti dangereux parce que c'est le côté le plus facile à l'ennemi.
a Ne serait-il pas plus convenable que M. de Seckendorf, qui m'assure tous les jours qu'il aura une armée de 30,000 hommes au moins, quoique jusqu^à présent je ne vois pas qu'il ait encore rassemblé aucune troupe, se rapprochât de ma droite que de m'étendre davantage. La pétition que fait M. de Seckendorf de défendre l'Inn me paraît très dangereuse; je viens d'envoyer le comte de Broglie pour persuader à M. Phelippes de ne point se retirer des bords de l'Inn qu'à la dernière extrémité : c'est un poste très dangereux à soutenir, laissant plusieurs rivières derrière nous entre Tlnn et l'Isar, et nous aurions beaucoup de peine à repasser celte dernière rivière dans une retraite un peu précipitée.
« Je crois. Monsieur, que S. M. voit avec peine ses armées se consumer et se détruire sans que le sort des armes y ait aucune part. Depuis que je suis passé en Bohême, je n'ai évité aucune occasion de commettre ses troupes avec celles des ennemis pendant les deux campagnes que j'y ai faites, les deux armées ont presque toujours été en présence avec des forces bien inférieures de ma part, et il ne s'est guère passé de jours où il n'y ait eu du moins quelques escarmouches. »
Cependant, Maurice de Saxe n'arrivant pas, M. du Chayla partit d'Amberg pour Égra avec 54 E. et 1 3 B. , arriva, le 19, sous cette place sans obstacle, et, après l'avoir ravitaillée en hommes, munitions de guerre et de bouche, argent, etc., il revint aussi heureusement sur ses pas.
Le il, le prince Charles, désireux de marcher sur l'Ilm'et l'Isar, le 21 jette un pont à Obernberg sur l'Inn et y fait passer des avant-postes de cavalerie légère.
Le 22, M. de Lobkowilz se repliait sur Waidthurn, du côté de Waidhaus, se portant sur la haute Naab pour attaquer les troupes du ravitaillement d'Égra.
L'empereur était avec son fils, le 19, à Munich, désireux de voir les Français se diriger vers l'Inn; le maréchal de Belle-Isie lui faisait remarquer l'impossibilité d'entrer en campagne avec 50 E. et 37 B. (1), y compris les 2 d'artillerie.
Pendant ces hésitations, le comte de KewenhuUer é4ait sur le haut Inn, menaçant la Bavière du côté de Salzburg.
Le 21, l'armée bavaroise s'était concentrée à Neu-Otting; le prince de Conti se rendait à Dingelfing, y prenait le commandement des troupes cantonnées à la droite du Danube, tandis qu'une partie de celles du prince de Lobkowitz quittait le haut Palatinat le 25, se portant sur l'Inn, et remontait à Wilshofen le pont de Worth, en renforçant les postes de Wilshofen et d'Altersbach.
Au retour de M. du Chayla à Amberg, le 24 avril, le maréchal quitte cette ville et se rend à Straubing, centre de ses opérations, où il arrive le 27. Le mouvement pour rapprocher de l'Isar et de la Wils la cavalerie, que le manque de fourrages avait obligée de tenir vers le Lech et sur le haut Danube, s'exécuta dans les derniers jours du mois. Elle cantonna, partie entre Deggendorf et Straubing, partie entre Straubing et Stadt-am-Hof, afin d'être toujours à portée de marcher sur Dingelfing, Landau et Plattling, ou sur la Wils et la Naab, selon les circonstances.
Depuis le ravitaillement de la place d'Égra par M. du Chayla et
(1) Car les troupes françaises s'étaient retirées, et des 69 B, dont l'armée du roi était composée en infanterie, il y en avait 5 à Égra, 5 à Amberg, 5 à Stadt-am-Hof, 1 à Kelheim, 2 à Straubing et 12 à Deggendorf, pour la garde indispensable de ces postes, de sorte qu'il n'en restait que 37, avec les 2 d'artillerie, à emiiloyer pendant la campagne prochaine.
le retour de M. de Broglie à Straubing, M. le comte de Saxe remplaçait M. de Balincourt et commandait les troupes répandues depuis Worth jusqu'à Stadt-am-Hof, et celles au midi le long de risar. Le prince de Gonti avait un détachement considérable à Landau; le feld-raaréchal de Seckendorf, à Landshut, avec le gros des Bavarois, et le général Minutzi, avec le reste, couvrant Braunau. Il y avait de plus quelques compagnies franches et de l'infanterie dans divers postes tels que Griesbach, Pfarrkirchen , Eggenfelden et Thann pour communiquer avec le général Minutzi, campé sousBraunau, prêta le secourir. Toutes ces troupes rassemblées formaient quatre corps sur Braunau, Massing, Neu-Otling et Passau. M. de Seckendorf, qui comprenait l'importance de se soutenir dans ces postes pour secourir M. de Minutzi ^^ en écrivit à M. de Broglie et l'engagea à les renforcer. M. de Broglie, d'après des dispositions toutes différentes, n'accéda pointa l'avis de M. de Seckendorf, dont malheureusement la prédiction se réalisa bientôt. Le maréchal avait ses raisons pour refuser; bien persuadé que tous les mouvements des ennemis sur l'Inn ne tendaient qu'à l'engager à s'affaiblir dans le haut Palatinat, et que c'était dans cette dernière partie qu'ils feraient leurs plus grands efforts lorsque les Anglais et les Hanovriens seraient à portée de se joindre à eux et opérer ensuite avec leurs forces réunies. Leurs mouvements et ceux du prince Charles sur Grafenau et sur le Regen engagent le maréchal de BrogUe à envoyer Maurice de Saxe à Amberg, entre la Naab et la Wils, à renforcer les postes de l'Isar et à faire rentrer ceux de la rive gauche du Danube, qu'il envoya dans des villages derrière Landau, point important à soutenir entre Dingelflng et Straubing. Cependant le prince Charles continuait de s'avancer, prenant son quartier à Muntzkirchen, au-dessus de Scharding, et portait M. de Kewenhuller sur la rive gauche pour nous attaquer entre la Wils et l'Inn.
M. dePhelippes apprit, le 6, que le général autrichien devait faire ce mouvement avec 9,000 hommes. Aussitôt il écrit à M. de Kermelec de se retirer à Eggenfelden sur le régiment d'Aubeterre avec celui de Rouergue, en priant en même temps M. d'Argouges d'y amener les E. de cavalerie qu'il commandait sur la Root, pendant qu'il se retirerait à Dingelflng avec les B. des régiments Royal-Picardie et Royal-RoussHlon cavalerie. Même communication avait été
faite àM. Delacroix; mais le prince Charles avait replié ses postes
avancés et défait entièrement, à Pfarrkirchen, les 2 compagnies
franches Lacroix et Dumoulin, pendant que M. de Phelippes, déjà
à Eggenfelden, arrivait le 8 à Frontenhausen, et rejoignait le corps
de M. le prince de Conti sousDingelfîng, àla rive droite de l'Isar.
Le général Minutzi, campé sous Braunau, est bientôt attaqué par
le prince Charles et n'a que le temps de se retirer dans la place
avec les débris de son infanterie. Braunau est bloqué, M. de Kewen-
huller campe à Thann, tandis que M. de Seckendorf, le 12, se met
en marche de Neu-Otting pour gagner Landshut, en laissant une
garnison à Vilsbiburg, et que 6 E. et 4 B. marchent à Dingelfîng.
(( Dans le temps (1) que je devais le moins m'y attendre, après
les conversations que j'ai eues avec M. de Seckendorf sur notre
position, et toutes les raisons que je lui ai données pour mettre
l'Isar devant nous, et malgré toutes les instructions données à
M. le comte de Bavière en l'envoyant auprès de l'empereur pour lui
faire les réflexions dont je vous ai envoyé copie, M. de Seckendorf
a fait avancer la plus grande partie de la cavalerie et de l'infanterie
de l'empereur du côté de Sisabach, en face de Braunau.
« Toutes les raisons pour le convaincre qu'il fallait se tenir derrière l'Isar ont été inutiles, et il vient de lui arriver un échec très considérable. Il ne pouvait nous arriver un plus grand malheur. M. le comte de Bavière m'ayant dit de la part de l'empereur que M. le maréchal de Noailles venait de mander à ce prince que depuis que les généraux anglais et autrichiens avaient appris le ravitaillement d'Egra, ils s'étaient arrêtés et retranchés sur les bords du Mayn.
« Je pardonnerais à M. de Seckendorf, s'il en avait pu tirer quelque avantage; mais les raisons de tenir nos troupes ensemble derrière l'Isar non seulement ne l'ont point persuadé, mais même il a engagé l'empereur à penser comme lui. Si je n'avais pas donné des ordres aussi précis que je l'ai fait à M. de Phelippes de se retirer d'Eggenfelden, le roi y aurait perdu iO B. et 12 E., et si M. de Lacroix avait été mieux informé des mouvements des ennemis, il n'aurait pas été pris comme il l'a été. Le mal aurait été encore plus grand, si j'avais consenti à ce que le prince de Conti m'a proposé de
(1) M. le maréchal de Broglie à M. le comte d'Argenson, Straubing, 12 mal.
marcher avec une partie de ses troupes pour soutenir le poste d'Eggenfelden; il est vrai que si j'avais eu assez de troupes pour soutenir ce poste avec sûreté, cela protégeait Braunau. Je me sais gré d'avoir eu la fermeté de ne pas condescendre à toutes les propositions faites à ce sujet. Décidé à tenir bon, tant que la position serait possible, il se faisait protéger sur sa gauche par le comte de Saxe qui était à Amberg, et il pensait que Braunau tiendrait assez pour lui permettre de chasser l'ennemi des postes qu'il occupait, en commençant par les plus faibles; ce qui, rompant la ligne de défense, ferait tomber les plus forts. « Je tiens, ajoutait-il, cette manœuvre de M. de Luxembourg, qui, après la bataille de Fleurus, n'attaqua pas d'abord le château de Ligny et plusieurs autres, qui étaient retranchés, et les prit ensuite à discrétion, après avoir battu les troupes qui les protégeaient. Vous pouvez compter sur l'exécution de ce projet, et si j'y vois jour, du moins j'y ferai de mon mieux; » mais ses prévisions furent bien trompées. »
Le 15 mai, Dingelfmg est abandonné; on y laisse 2,000 grenadiers avec du Châtelet, les régiments de Marsan et de Royal; et, le 17, les Autrichiens s'avancent sur la ville, qu'ils attaquent de vive force, et y mettent le feu. Forcés de nous retirer, nous passons l'Isar, après avoir perdu 120 officiers, 500 soldats. Le prince de Conti, qui était le 14 à Straubing, attendant le retour du maréchal de Broglie de Woinzach pour s'entretenir avec l'empereur, en apprenant ce désastre de Dingelflng, accourt et, voyant que les Autrichiens descendent l'Isar pour se porter sur Landau, les côtoie sur la rive gauche. Le comte Daun, arrivé le 19 à Ober-Ettling, s'empare de Landau, et la garnison repasse l'Isar, en voyant sa retraite coupée. A cette nouvelle, nos troupes dans Eggenfelden et Thann abandonnent leurs postes pour rejoindre le prince de Conti, qui, de son côté, craignant l'approche du prince Charles, abandonne Landau et se retire de l'autre côté de l'Isar. L'empereur aurait voulu qu'on couvrit Munich ; mais les positions qu'il voulait assigner aux troupes françaises semblant trop étendues à M. de BrogUe, il ne se prêtait pas à ce qu'on lui demandait. Peu satisfait de la résistance de M. de Broglie à l'exécution de ses projets, il témoigne le désir de s'entretenir particulièrement avec lui et de se rendre au château de Woinzach, à environ vingt-six lieues de Straubing. L'entrevue eut lieu le 17, et M. de Broglie repart quelques heures après pour Strau-
SOy LES GUERRES SOUS LOUIS XV.
bing, où il arrive le lendemain. Pendant celte absence, les affaires changeaient de face; le prince Charles arrivait le 17 au matin, avec toute son armée, sur les bords de l'Isar.
Au moment où nous nous éloignions de l'Inn, le prince Charles avait passé cette rivière à Scharding ; il la remonte et arrive à Griesbach, où se trouvait M. de Minutzi, l'attaque, le fait prisonnier, et le peu de troupes qui s'échappe de cette victoire gagne Braunau. Le maréchal de Broglie, informé à son retour de Wolnzach que l'ennemi était maître de l'Isar, se rend, le 21, à Pilsting et envoie le prince de Conti à Deggendorf : cette place n'avait pour défense que les régiments d'infanterie de Bourbonnais, de la Mark, Royal- Comtois, les dragons de Vibraye, Conti et Saint-Simon cavalerie.
Posté à Thann avec une partie de son armée, tandis que l'autre était employée au siège de Braunau, le prince Charles détache 9,000 hommes, aux ordres du comte de Daun, pour s'emparer de Dingelfmg.
^ M. du Châtelet commandait dans cette place et était à même d'être secouru par M. de Phelippes, campé auprès avec 14 B. et 12 E.; mais, à l'approche de l'ennemi, il repasse l'Isar pour favoriser la retraite de la garnison. M. Brun, de son côté, garde l'Isar depuis Landshut jusqu'à Wprlh avec 4 B. et 8 E. 2 B. partent de Straubing pour renforcer le prince de Conti. M. de Seckendorf est à Ebersberg, et le prince Charles, à la tête d'une partie de son armée, arrive à hauteur de Landau, le reste marchant pour s'y rendre, et, de son côté, M. de Bernklau arrive à Schonach, à hauteur de Worth.
Le 19, M. de Seckendorf rassemble ses troupes à Landshut et M. Brun se porte à Worth, pendant que le prince Charles s'étend le long de l'Isar depuis Dingelfmg jusqu'au Danube, établissant son quartier général à Nieder-Pforing, et s'emparant de Landau.
L'alarme est grande alors parmi les Français et les [Bavarois (1) ; de Versailles arrivent des dépêches pressantes :
« Ne perdez pas un instant, écrivait M.d'Argenson, à rassembler
(1) Lettre au maréchal de Broglie, du 20 mai.
Les armées alliées occupaient les positions suivantes :
Troupes impériales : 14 B., 5 compagnies de grenadiers, 39 E., le régiment de hussards de l'empereur, à Landshut ; 6 E. sur le haut Isar; 8 B. , le régiment de hussards de Ferrary, à Munich; 13 B. et 10 compagnies de grenadiers dans Braunau.
Armée française : à Plattling, M. Clermont-Gallerande avec 7 B. (Cham-
votre armée, mettez-vous en force, à portée de secourir Braunau ou du moins d'opérer la sortie des troupes, qui ne seront pas moins nécessaires pour la défense de cette place. Vous savez que S. M. ne craint pas que son armée en vienne à une action, elle compte que vous ayant à sa tête, le sort ne peut qu'en être heureux. Lorsque vous aurez réussi à dégager les restes de l'armée de l'empereur, S. M. espère que les mesures qu'auront à prendre les généraux de S. M. avec vous se concilieront mieux qu'elles ne l'ont été jusqu'ici; la dernière affaire est une preuve que des troupes alliées ne doivent point agir séparément, lorsqu'elles ont affaire à un ennemi dont les forces sont réunies. »
Cette lettre indiquait déjà à M. de Broglie qu'on s'occupait à Versailles de le protéger contre une attaque venue du Hanovre, et le maréchal deNoailles, de Worms, le rassurait sur la marche des Anglais et sur les secours qu'elle pourrait porter à M. Lobkowitz, en affirmant que, par la position qu'il prendrait à la droite du Rhin vers Darmstadt avec toute son armée, il l'empêcherait de passer le Mayn soit à Francfort, soit à Aschaffenburg. Dans ce moment, en
pagne, Royal-Suédois) et 14 E. (Saint-Simon, Vibraye-dragons) ; à Moosfurt, M. de Maupeou avec 3 B. (la Couronne) et 6 E. ; en face de Landau, M. de Lutteaux avec 9 B. (Royal, Bonnac, Guise, Angoumois, Provence), 4 E. (Royal-Étranger) ; et en face de Leiblfing, 9 B. et 8 E. A Dingelfiug, M. de Louvigny avec 10 B. (Picardie, Marine, Lyonnais) et 11 E. (Royal-Roussillon, Berry, Rosen) ; à Worth, M. de Brun, maréchal de camp avec 5 B. (Beauvais, Rouergue, Vermandois, Saxe, Boulonnais), et 6 E. (Dauphin, Bourbon). En face de Straubing, le duc de Brissac avec Poitou, Dauphin-Étranger et Brionne (cavalerie). A l'embouchure de risar, M. de Coigiiy avec 1 B. de Royal-Artillerie, de Valenceau, Royal-Comtois Périgord et Colonel-général dragons. Sur la rive droite du Danube , entre Deggendorf et Plattling, le comte de Danois avec Boulonnais et la Marck. Son?, Straubing , ■ le prince de Conti avec Luxembourg et de Broglie (infanterie) et Royal-Piémont, Condé, de Broglie, de Maugiron, de Barbançon (cavalerie). A l'embouchure du Pfalter, M. d'Escars avec Santerre (infanterie). En face de Donmistauf, le duc d'Olonne avec Saintonge. Devant Ratisbonne, le comte de Saxe avec Normandie, Alsace, de Brie, Blaisois, Agénois, Royal-Bavière, bataillons de Pumbecque, Royal- Artillerie et Commissaire-général, Bretagne, Saint-Aignan, Beaucaire, Salaces, Chepy, Fitz-James (cavalerie), la Reine, Nicola'i, d'Harcourt, la Suze (dragons). A Kelheim et Wohburg, le marquis de Boufflers-Remiencourt avec Languedoc et Orléans (dragons) ; à Aniberg,M. de Brezé avec Montmorinet Guyenne (infanterie); à Mehring, M. d'EssofFy avec son régiment de hussards ; à Ingolstadt, M. de Graville avec 2 B. de milice de Bergeret; à Donauworih, M. Delamare avec 2 B, d'Enghien ; à Égra, M. d'Herouville avec Limosin, Bourgogne, Médoc et Ponthieu.
effet; M. de Noailles rassemblait son armée à Rhein-Turkheim près Worms, y jetait un pont sur le Rhin, qu'il commença à passer le 20 mai pour se porter sur le Mayn. Un corps de ses troupes était déjà campé sur le Neckar, dans les environs de Heidelberg et de Wimpfen. Mais toutes ces raisons ne le rassuraient pas sur les entreprises possibles des Autrichiens, dont les trois armées se trouvaient réunies; il était loin par conséquent de céder aux instances du maréchal de Noailles, de marcher sans perdre de temps au secours de Braunau, disant que cette aventure était impossible quand il ne lui restait a plus que deux passages sur l'Inn trop éloignés l'un de l'autre, « Plattling et Landshut, et dans cette cira constance le parti de la prudence lui restait plutôt que d'exposer 0 l'armée du roi à combattre. »
A l'incertitude dans laquelle se trouvait le maréchal de Broglie sur les projets de l'ennemi du côté de l'Isar se joignait l'inquiétude sur les mouvements que M. Lobkowitz pourrait faire du côté du Palatinat; il n'en eut pas moins pour Deggendorf en apprenant, le 22 au soir, que les ennemis avaient fait remonter à Nieder- Altaich leur pont de Wilshofen et que de la cavalerie passait déjà le Danube. Aussitôt 4 B. du camp de Plattling sont dirigés sur cette place, que M. le prince de Gonti est chargé de défendre; le comte de Saxe se rend à Amberg pour prendre le commandement de toutes les troupes du haut Palatinat et de la Naab, qu'il rassemble tant à Burglengenfeld qu'à Amberg.
Le prince de Lobkowitz remonte le pont de Wilshofen à Nieder- Altaich, sur lequel un corps de cavalerie passe le Danube. Le prince Charles, qui, le 26, avait fait passer le Danube sur le pont de Winzar, arrive à Seebach, et le lendemain matin canonne les trois redoutes sur la droite, pendant que sa cavalerie s'empare de la plaine entre Deggendorf et le Danube, afin de couper la retraite. Le prince de Conti, ne pouvant porter secours, se retire, laissant le 3^ B. de Champagne avec quelques compagnies qui arrêtèrent les Autrichiens. Le maréchal de Broglie, à cette nouvelle, détache à son appui 1 B. de Champagne et les régiments de Broglie, d'Enghien et de Luxembourg. Dans l'impossibilité de résister, les troupes françaises repassèrent le Danube et campèrent sur la rive droite à Fischendorf. Le prince de Conti se conduisit dans cette défense avec sa valeur ordinaire et eut un cheval tué sous lui.
Pendant que le prince Charles se rendait maître de la rive gauche du bas Rhin, le prince Lobkowitz rassemblait ses forces sur la Naab; le 28, il campait à Schwandorf. Cette position faisant craindre à Maurice de Saxe de perdre Stadt-am-Hof, il se replie, le 30, sur Amberg.
Le 27, les ennemis s'étant emparés de Deggendorf, les troupes repassent le Danube et se partagent en trois corps : le \^^ à Fischerdorf, le 2^ sur l'Isar à une lieue du premier, et le 3" à Plattling; alors le prince de Conti ramène à Straubing tous les postes de la rive gauche du Danube ; malheureusement celui d'Egg est obligé de se rendre à l'ennemi, qui fait camper un corps à Deggendorf et l'aulre à Bogen.
Le 28, les troupes de M. de Saxe sont rassemblées en deux corps à Kalmunz etBurglengenfeld. M. de Brézé est resté à Amberg avec 3 B. et 1 régiment de dragons; il se dirige, le 30, sur Stadt-am- Hof, rive droite du Danube, tandis que M. de Lobkowitz réunit la plus grande partie de ses troupes à Schwartzenfeld.
Quant à l'empereur, ne se croyant plus en sûrelé à Munich, il en sort une troisième fois et se retire à Francfort pour être témoin de l'affaire de Dettingen, 27 juin. Il semblait que ses troupes ne fussent plus en mesure de résistera l'ennemi; elles se retiraient toujours comme lui.
« Les ennemis se présentèrent, le 24 au matin, devant Deggendorf, replièrent un de nos petits postes, et s'étabUrent sur les hauteurs qui dominent celte ville : ce n'était d'abord qu'un corps de croates et de hussards, mais le 25 et le 26 ce corps augmenta. Les ennemis travaillèrent à trois batteries : l'une sur la crête de la montagne, l'autre en face de la redoute la plus avancée; la 3* fut placée sur le revers d'un bois, au-dessus d'une hauteur qui est en avant des Capucins. Le 27, environ vers les quatre heures du matin, leur artillerie commença à faire feu sur la première redoute. L'officier qui y commandait manœuvra très bien, et quoique les faces de son retran che.ment fussent bientôt ruinées par le canon, et qu'il fût lui-même très inquiété par les bombes, il tint pourtant ferme jusqu'à près de six heures, qu'il se replia. La retraite du poste de la redoute du Calvaire, évacuée en même temps que celle de la hauteur, détermina à faire replier le 2^ B. de Bourbonnais, qui défendait l'épaulement, sur les trois petits ouvrages gardés par Royal-Comtois et
par Périgord. La droite abandonnée, la gauche ne pouvant plus se soutenir, les 2 B. de Bourbonnais se retirèrent dans la ville par la porte du Danube, et de là dans la communication par la fausse porte. Cependant les ennemis avançaient, maîtres des hauteurs. La 1" compagnie des grenadiers de la Marck les arrêta tout court à la porte du faubourg, et donna le temps à tout ce qui n'était pas retiré d'entrer dans la ville , à la faveur des compagnies de Bourbonnais mises dans le chemin de ronde attenant à la porte du Danube. Les ennemis, entrés dans le faubourg, obligèrent tout ce qui était en avant de se replier sur le grand ouvrage. Cette communication était importante pour notre retraite, M. le prince de Conti ayant avis que 4,000 hommes de l'armée de M. de Lobkowitz devaient venir s'en emparer pendant qu'on attaquerait notre droite. L'on avait ouvert, pour la retraite des troupes qui devaient défendre la ville, une fausse porte dans la muraille, pour communiquer de la fausse braye à l'autre côté du fossé : le pont se rompit, la nuit du 26 au 27, et le 27, au point du jour, l'ennemi s'empara du faubourg du Danube. Il n'était plus question de retraite pour ce qui restait dans la ville; cependant, tout considéré, l'honneur de la nation prévalut, et l'on résolut de percer et de se faire tuer plutôt que d'être pris : alors les grenadiers et le B. de Champagne défilèrent par le fossé, et l'on poussa, malgré le feu du canon et de la mousqueterie, jusqu'à une place d'armes près, du grand ouvrage, où M. de Froulay était resté ; notre salut fut dû à la difficulté qu'éprouva la colonne de cavalerie de nous couper par la gauche, et au grand feu de notre camp qui empêcha l'ennemi de s'établir. L'on passa le pont de bateaux et on le brûla. M. le prince de Conti a montré un sang-froid admirable. »
M. de Broglie, aussitôt informé de la perte de Deggendorf, écrit à M. Maurice de Saxe de se porter immédiatement à Stadt-am-Hof et d'y rassembler toutes les troupes qui étaient à la rive gauche du Danube. Il y arriva le 30 et s'établit à la rive droite, à Kalmunz et à Burglengenfeld.
M. de Brézé en même temps recevait avis d'évacuer Ingolstadt avec les malades, les convalescents. L'ennemi, de son côté, après la prise de Deggendorf , établissait un camp près de cette ville, avançait à Bogen avec un corps de troupes, l'armée du prince continuant d'occuper la rive droite de l'Isar, depuis Dingelflng jus-
qu'au Danube, avec son quartier général à Nieder-Pforing et le maréchal Lobkowitz à Schwarlzfeldt.
M. de Broglie persistait plus que jamais dans la résolution de ne point aller chercher l'ennemi au delà de l'Isar pour le combattre, et de s'en tenir à défendre cette rivière. Ce fut donc sa dernière pensée bien arrêtée, et comme il craignait de ne pouvoir disputer ce passage avec succès, il commence à donner les ordres d'évacuer Straubing, où il ne laisse qu'un détachement avec 2 B. bavarois, bien que continuant d'y rester de sa personne, comme centre d'où il pouvait donner ses ordres. Le maréchal de Seckendorf était toujours à Seligenstadt, près Landshut, avec le peu de troupes bavaroises qu'il avait pu rassembler, toujours plus inquiet que jamais sur le sort de Braunau.
Après l'évacuation de Straubing, le prince de Gonti prit le commandement des troupes qui en sortaient. M. le comte de Saxe abandonne Stadt-am-Hof, ne conservant que le poste de la Brasserie, et M. de Brézé à Amberg, avec ordre de se retirer sur Ingolstadt au moindre mouvement ennemi. M. de Saint-Germain, du corps d'armée bavarois, s'empare de Rosenheim, tandis que M. de Lobkowitz se porte avec une troupe assez considérable d'infanterie et de cavalerie vis-à-vis Stadt-am-Hof; la tête de l'armée autrichienne avec le prince Charles arrive à Ober-Altaich, précédée par une avant-garde, et des partis se montrent à Worth. Malgré ces progrès constants de l'ennemi, on se flattait encore au camp français de se soutenir sur la rive droite du Danube jusqu'à l'Isar et sur la rive gauche de celte rivière, en établissant des camps pour défendre les passages : on fut bientôt détrompé.
Les troupes légères autrichiennes occupent une redoute entre le poste de la Brasserie et le pont de Regen , formant une communication de cette redoute à Stadt-am-Hof, et, le 3 juin, l'armée campe au château de la Justice, entre Stadt-am-hof et Regenstauf. 6 B. et 4E., tirés des camps de Straubing, de Landau, de Bogen, partent en toute hâte pour Fischerdorf. 7 E. du camp de Straubing remplacent l'infanterie du camp de l'Isar; et, le 5, l'ennemi attaque sur tout le cours de cette rivière, jetant un pont sur le Danube à Posching, sur lequel il passe dans la nuit. Cette vive canonnade, pendant toute la journée, sur le château dit de la Brasserie^ était une fausse attaque ayant pour objet d'attirer l'attention dans cette partie du haut Da-
nube, et de faciliter à la seconde ligne de l'armée du prince Charles le passage du Danube. Les Français, du reste, ne pouvaient sans se dégarnir opposer des troupes suffisantes. Ayant de plus forcé le passage de risar, le maréchal de Broglie ne put mieux agir que de joindre le comte de Saxe, se mettre à la tête des troupes rassemblées, donner la main à celles qui réclamaient du secours et attendre sous le canon de Straubing, assurant la place par des hommes pris dans différentes brigades avec M. Gautier, lieutenant-colonel de Picardie, et un officier général de l'empereur. En conséquence, le régiment de la Marck et 1 brigade de cavalerie se portent sur Straubing.
Le 7, les' ennemis bloquent la place. Les dernières troupes arrivent à Ratisboime ainsi que sur le Pfatter (1); l'armée se trouve concentrée sous cette place en trois camps.
« Vous verrez, par les copies des lettres de MM. de Saxe et de Danois, que je n'avais pas lieu de supposer que l'ennemi passât le Danube, comme il l'a fait, en vingt-quatre heures ; cela est pourtant arrivé.
(' Le 5 au soir, il a fait une attaque générale de canons et de mousqueterie depuis Dingelfing jusqu'à Ratisbonne, et il y a lieu de croire que l'endroit où ils ont surpris plutôt que forcé un passage, qui est à Posching entre Bogen et Deggendorf, n'était qu'une fausse attaque qui est devenue la bonne; les 2 B. de la Marck, très faibles, ainsi que les autres B. allemands, leurs recrues étant encore en France, défendaient ce poste. M. de Barrau, qui en est lieutenant-colonel, les commandait : il a beaucoup de réputation ; il y a aussi dans ce régiment MM. de la Marck et Hamilton pour capitaines de grenadiers : ce sont d'excellents officiers et très braves gens, de sorte qu'il ne faut pas s'en prendre à eux si ce poste n'a pas été défendu pour donner du moins le temps à M. de Danois, qui n'en était qu'à une lieue sur la droite, et à M. de Gossé, à la même distance sur la gauche, de s'y porter pour le soutenir. Je suis bien fâché de cet événement. Je n'ai pu savoir encore ce que le régiment de la Marck a perdu dans cette occasion.
« La première attaque que les ennemis ont faite pour passer l'Isar a été à Dingelfing, c'était le 17 du mois passé, la seconde celle de Landau, et la troisième celle de Deggendorf; le plus difficile était
(1) Lettre à M. d'Argenson, camp sous Ratisbonne, le 7 juin.
fait , puisqu'il y avait vingt jours d'écoulés sans qu'ils eussent pu forcer aucun passage, mais en vérité un général est bien à plaindre quand il a tant d'officiers et de troupes [qui ne savent pas leur métier : j'ai toujours été d'ailleurs tourmenté par M. de Seckendorf, qui voudrait avoir une partie de l'armée pour garder ses troupes , et qui m'a obligé malgré moi à m'étendre beaucoup plus que je n'aurais voulu; il m'ôte non seulement toutes les subsistances qu'il peut, mais veut encore en exiger beaucoup au delà de celles qu'il peut demander.
« Toutes les troupes depuis Moosfurt jusqu'à Slraubing sont arrivées hier au soir à Pfatter un peu tard, ayant fait onze lieues; comme elles n'avaient que très peu d'équipages avec elles , cela a rendu leur marche plus légère : j'avais pris la précaution d'envoyer à chaque commandant des instructions qu'ils ont fort bien exécutées, surtout MM. de Clermont, Danois et Goigny; ils ont eu bien de la besogne pendant les vingt jours qu'ils ont été dans ces postes ; on a beaucoup tiré depuis le matin jusqu'au soir, mais, par l'etîet des retranchements sur le bord des rivières, ces escopetteries n'ont fait perdre que fort peu de monde. Je compte que dans la journée les troupes depuis Landau jusqu'à Dingelfing et Worth me rejoindront, quoique suivies par des hussards qui, en assez grand nombre, ne peuvent faire aucun mal quand on se tient bien ensemble.
« Je fais marcher tous les équipages devantmoijusqu'àingolstadt, parce que sans cette précaution il y a toujours beaucoup de désordre; les officiers en sont un peu plus mal à leur aise, mais on se retire avec plus de sûreté. Je compte partir demain d'ici avec toute l'armée rassemblée, tous les caissons et toute l'artillerie, pour camper à Kelheim, et de là en deux ou trois jours au plus me rendre à Ingolsladt, où je trouverai dans nos magasins toutes sortes de subsistances, du moins pour quelque temps, et où j'attendrai les ordres de S. M., que vous m'enverrez par un exprès.
(( Je ne sais si vous approuvez une idée qui m'a passé par la tête, qui serait, sans perdre de temps, de marcher avec cette armée, et les 12 B. et les 10 E. que M. le maréchal de Noailles envoie pour la joindre, de marcher tout de suite avec ces deux armées rassemblées à milord Stayrs; outre que je crois que nous lui serions supérieurs en force, il est bien différent de donner une bataille proche de chez soi, ou de la donner à cent cinquante
lieues, et je doute que les Autrichiens puissent y arriver aussitôt que nous. Si S. M. approuve cette idée, et en cas qu'elle voulût que cette armée revînt en France, cela se pourrait, passant par la Souabe, par Willingen et ensuite par la vallée d'Offembourg, en écrivant d'avance à Strasbourg d'y faire un pont au-dessus de Kehl. J'ai fait cette marche après la dernière bataille d'Hochstelt. »
A la suite de cette surprise, les troupes, comme l'écrivait le maréchal, quittent les camps de Fischerdorf et de Plattling, abandonnant risar, et marchent le même jour pour arriver à Pfatter; Tous les autres corps campés sur l'Isar reçoivent l'ordre de se replier, depuis la hauteur de Landau jusqu'à Worth, sur Ratisbonne. Le maréchal part vers midi, et dès ce moment les portes sont fermées et l'on reste séparé de toute nouvelle de l'armée. Le 7, les dernières troupes étant arrivées à Ratisbonne, l'ennemi bloque la place, et cependant ses mouvements sont si lents que les Bavarois, partis des bords de l'Isar après les Français, peuvent effectuer tranquillement leur retraite.
Le 9, l'armée française campe à Affeking, près Relheim , et Amberg est complètement évacué. Malheureusement les équipages de la division venant de Moosburg furent pillés pour n'avoir pas suivi le chemin des troupes. M. de Lutteaux, chargé de l'arrièregarde, y montra une grande valeur et un grand sang-froid. L'armée campa au village de Manching, près de la Paar, oii elle trouva le comte de Seckendorf établi avec 8,000 hommes des troupes de l'empereur, qui s'y était rendu directement de Landshut. M. de Brézé qui avait reçu ordre, le 8 au soir, de quitter Amberg avec les 3 B. de Montmorin et de Guyenne, s'était replié en quatre jours sur Ingolstadt par Dietfurt.
L'empereur était au désespoir, D'Augsburg, oii il s'était réfugié, il écrivait au maréchal de Broglie, le 9 juin, et l'on sent bien toute l'amertume de son âme aux reproches à peine dissimulés qu'il lui adresse.
« Si vous avez été sensible au triste événement du passage des ennemis, je le suis encore d'autant plus que je devais moins m'y attendre après votre lettre du 5 et vos dispositions. Je ne puis comprendre comment les ennemis ont pu surprendre le passage , les avis qu'ils le tentaient ayant été trop multipliés pour qu'on ne dût pas être sur ses gardes. Je crois cependant entrevoir que vous
n'aviez pas cru qu'on pût s'opposer aux ennemis, puisque vous aviez déjà donné vos ordres pour la retraite, et que je vois qu'ils ont été exécutés avec une diligence incroyable, vos troupes ayant fait ce jour-là onze lieues. Ces manœuvres ne sont guère propres à les animer, et je suis persuadé qu'il n'y a qu'une extrême nécessité qui puisse vous y avoir forcé; vous en sentez vous-même toutes les suites affreuses, puisque voilà mon pays entier en proie aux ravages des ennemis, et ma capitale qui retombe pour la troisième fois entre leurs mains. Actuellement que vous êtes sur le point d'être à Ingolstadt, et que vous attendez le secours de 12 B. et 10 E., je me flatte que vous marcherez incessamment pour délivrer Straubing, sans quoi je dois croire qu'on veut absolument m'abandonner, puisque par la position oh vous êtes, bien loin de me voir soutenu dans mes justes prétentions, mes pays patrimoniaux même sont perdus sans ressource. Vous savez que j'ai prévu depuis longtemps ce qui nous arrive, et je suis persuadé que si on ne se détermine pas à des partis de vigueur, l'armée du roi tombera dans un délabrement, soit par dégoût, soit par la maladie, soit par les ennemis qui vous harcèleront partout. Je vous prie de songer combien vous vous rendriez responsable. Quant à moi, l'extrémité où je suis est violente et je la sens bien vivement. »
Ainsi , l'empereur cherchait à lutter contre sa fortune et par ses représentations espérait en conjurer les effets. Il voulait arrêter la retraite de M. de Broglie et tenter un dernier effort pour son pays abandonné, pour ses troupes restées dans Braunau et perdues sans ressource, si on ne les secourait. Mais rien ne devait plus arrêter le maréchal de Broglie : l'armée était le 12 juin tout entière à Dielfurt. C'était la première fois que le maréchal se trouvait à la tête de l'armée réunie dans le même camp, sauf le détachement laissé à Straubing ; mais il n'avait pas plus confiance dans ses forces, amoindries par près de 8,000 hommes laissés dans les hôpitaux et par le faible effectif de ses B.; les Bavarois, qui campaient à droite, n'étaient pas plus forts.
Le 13, le prince Charles arrive à Neustadt, et l'armée bavaroise se sépare de l'armée du roi, se portant vers Neuburg.
Le 14, MM. de Ségur, d'Apcher et de Villemur avaient conduit à Donauworth 42 B» et 10 E. détachés du corps de troupes que le
prince de Bombes commandait sur le Neckar (1). Ces B. et E. devaient y recevoir les ordres de M. de Broglie, qui envoya MM. Chaseron et Caraman en prendre le commandement et les établir sur le Scbellenberg. M. de Ségur rejoignit, le 14, l'armée de M. de Noailles, qui lui avait fait part de l'arrivée de ses troupes à leur destination. La ville de Friedberg prise, l'armée campait dans l'île du Danube, près d'Ingolstadt, où l'on jeta deux ponts, sur quatre lignes, deux d'infanterie et deux de cavalerie, dans cette île formée par un bras du Danube appelé Alt-Wasser, la gauche vers Ingolstadt, la droite vers Neuburg; M. de Seckendorf s'établissait à Rain.
M. de Lobkowitz, le 16 juin, jetant un pont sur le Danube, s'avançait vers le prince Charles, qui marcha sur Neuburg après l'avoir joint à Geisenfeld ; le comte de Saxe alors est détaché pour masquer Neuburg, pendant que l'armée, avec M. de Broglie, passe le Danube à 8 heures du soir, arrive à Ried et y demeure. Sur le refus de M. de Seckendorf de renforcer la garnison d'Ingolstadt, il y laisse à l'état-major de la place MM. de Vielld, lieutenant du roi, Raincé, major, et Millet, aide-major.
Le 16, M. de Lobkowitz arrive avec son armée à Wohburg, y jette un pont, et le prince Charles s'avance à Geisenfeld, à quelque distance d'Ingolstadt, pour établir sa jonction.
L'empereur fut très impressionné de la prise de Friedberg, avec la garnison dans cette place, ses murs et ses fossés bien en état de résister, quand déjà les troupes de cette garnison avaient fait des sorties avec succès., et que les troupes palatines s'étaient séparées, le 18, de l'armée à Neuburg. Le prince Charles, en ayant eu avis, signifia à cette régence que les B. palatins, qui appartenaient à l'armée de l'empereur, eussent à la quitter, sans quoi il traiterait cet Élat de l'électeur comme un pays ennemi.
Le maréchal de Broglie, en apprenant que les armées du prince Charles et du comte de Kewenhuller avaient passé le Danube et l'Isar et s'acheminaient de son côté, et ayant reconnu que la rivière de Paar et les marais qui défendaient son camp étaient guéables, se
(1) Infanterie : la Sarre, Royal-Roussillon, Royal-Italien, Lorraine, Canibrésis, 1 B., chacun ; Bourbon, Condé, 2, chacun ; Royal- Vaisseaux, 3. Cavalerie : Anjou, 3 E. ; du Rumain, 3j Hôpital-dragons, 4.
place dans l'île d'Ingolstadt, campé sur quatre lignes, la droite à un marais et à l'Ait- Wasser, la gauche au Danube ; puis il quitte Ingolstadt, en déclarant à Charles VII que l'armée française évacuait la Bavière, et voici l'impression du comte de Saxe à celte date :
« Notre cavalerie est complète, mais nos B. sont réduits à 300; les Français désirent plus que les ennemis d'être hors de ce pays. « Les Autrichiens ont le diable au corps ; les hussards ont fait hier quelque chose d'assez plaisant : ils ont attrapé une vingtaine de nos maraudeurs, les ont dépouillés de leurs habits et leur ont donné force coups de bâton en leur disant que c'était pour leur apprendre à rester avec leurs drapeaux et à ne plus faire les libertins. J'ai vu arriver ce troupeau tout nu, et je n'ai pu m'empêcher de rire avec toute l'armée. »
Le 22 juin, le maréchal continue sa marche sur Mornsheim; M. de Seckendorf quittait son camp de Rain, passait le Lech, y coupait le pont et campait près Donauworth, abandonnant Landsberg entouré par 5,000 hommes sous les ordres de M. de Bernklau, et les deux armées autrichiennes se présentent devant Rain,
Voici comment le maréchal de Broglie expliquait ses projets à l'empereur sans manquer de lui faire part de son plan d'aller rejoindre le maréchal de Noailles pour tomber en force sur les Austro-Anglais :
« Quoique mon dessein (1) fût de rester sous Ingolstadt avec l'armée pour y attendre les ordres de V. M. I., j'ai été obligé d'en partir le 21 de ce mois, à 4 heures après midi, averti que M. le prince Charles marchait avec ses trois armées pour passer le Danube à Neuburg. Je fis partir sur-le-champ M. de Saxe pourmasquer Neuburg, me méfiant malgré les assurances par écrit de M. de Zastrau qui y commande; je suivis avec l'armée le détachement et l'ai joint presque en même temps que M. le comte de Saxe arriva sous Neuburg; l'armée coucha cette nuit au bivouac sous Neuburg, et à la pointe du jour, sur l'avis de l'ennemi marchant du côté de Rain, je suis venu camper à Mornsheim, où je reçus des nouvelles de M. le maréchal de Seckendorf m'annonçant qu'il avait abandonné Rain et s'était retiré sous Donauworth avec toutes les troupes de V. M., ce qui m'a déterminé à venir sous Donauworth, oh. l'armée
(1) Lettre à l'empereur, Donauworth, le 23 juin.
est arrivée toute entière de bonne heure, aujourd'hui 23. J'ai trouvé ici en arrivant M. de Mauléon, qui m'a dit toutes les armées du prince Charles campées vis-à-vis le Lech, et que M. de Seckendorf attendait ma réponse pour qu'en cas que je ne passasse pas le Danube pour le joindre, il fît dépasser ses troupes en deçà parce qu'il n'y serait pas en sûreté. J'ai dit à M. de Mauléon de dire à M. de Seckendorf de vouloir bien venir ici ce soir ou demain matin.
(( M'étant informé des subsistances ici, tant pour l'armée du roi que pour celle de V. M., soit en grains, soit en fourrages, il n'y en a pas pour quinze jours suivant les états de M. l'intendant, de sorte que dans ce temps-là nous serons forcés de nous en aller faute de subsistances, mon sentiment est de marcher le plus tôt qu'il sera possible pour joindre M. de Noailles; d'ailleurs, je suis averti, et M. de Seckendorf a les mêmes avis, à ce que m'a dit M. de Mauléon, que le prince Charles s'avance à Burgau, terre appartenant à la reine de Hongrie jusqu'à Guntzburg oîi il y a un pont sur le Danube qui n'est qu'à 3 lieues d'Ulm, entre Lauwingen et celte ville, ce qui nous couperait notre communication totale avec Strasbourg et même avec l'armée de M. de Noailles. Je ne répéterai point à V. M. toutes les autres bonnes raisons pour me rapprocher de M. de Noailles, les deux armées réunies étant en état par leur supériorité de battre celles des Anglais et Autrichiens qui sont du côté de Mayence, et il me semble qu'il serait bien plus avantageux pour V. M., voulant combattre l'ennemi par sa lettre d'Augsburg, le 19 de ce mois, de le combattre avec supériorité à portée de l'Alsace que de donner une bataille partout ailleurs, éloigné de nos frontières et au risque de perdre totalement l'armée.
(( Il ne tiendra qu'à V. M. de joindre les deux armées réunies et de se mettre à la tête ; la supériorité que nous aurions sur celles de milord Stayrs et du duc d'Aremberg nous promettant avec probabilité toute apparence de succès, le gain d'une bataille sur eux dans cette partie sera bien plus décisif et plus capable de forcer la reine de Hongrie à faire une paix avantageuse et rendre justice à V. M. sur ses prétentions etjà engager l'Empire, qui jusqu'à présent n'a voulu aider V. M. en aucune façon, à prendre des mesures efficaces, comme il y est obligé, parce que, se trouvant le théâtre de la guerre, il en sentira le poids, au lieu qu'en restant neutre comme il est aujourd'hui, il tire tout l'argent des deux partis sans se sentir d'aucune
SUCCESSION D'AUTUICHE. — BAVIÈRE (1743). 321
misère par la cherté dont il vend ses denrées et par l'argent immense qui se répand dans tout l'Empire, ce qui sera tout différent, si une fois les deux armées se rassemblent qui le mangeront et le désoleront; ce sont, Sire, toutes les raisons qui me déterminent, sous le bon plaisir de V. M., à me mettre en marche avec l'armée du roi, le 26 ou le 27 de ce mois, selon les mouvements que pourront faire les ennemis, pour aller le premier jour à Harburg, le second à Nordlingen, le troisième à Bopfingen, le quatrième à Elwangen, le cinquième à Buhlerthan, le sixième à Hall, le septième à Œhringen, le huitième à Neuenstadt, le neuvième à Wimpfen.
« J'espère que V. M. ordonnera à M. de Seckendorf de se joindre à notre armée. Je lui ferai fournir la même subsistance qu'à nos troupes. Il sera facile à V. M. de se rendre à Mannheim et puis à l'armée, avec toute sûreté, et j'espère qu'elle approuvera le projet.
ce Comme M. de Seckendorf peut partir avec son armée un ou deuxjours après moi, il aura certainement le temps d'attendre les ordres de V. M. »
Et, sans savoir si l'empereur l'approuvait, M. de Broglie arrive à Donauworth, y campe, le Danube devant lui, sa droite à la Wernilz", à laquelle les lignes d'infanterie sont adossées, sa gauche à l'embouchure de cette rivière dans le Danube, avec les troupes de l'empereur, qui se formèrent devant le pont. Il dispose son retour pour la France en faisant partir les convalescents, ses malades en état d'être transportés, et divise son armée en quatre divisions et une réserve, y comprenant les régiments venus de l'armée du maréchal de Noailles; il fixe le premier départ au 26, et fait suivre les divisions à un jour d'intervalle l'une de l'autre, pour se rendre à Wimpfen.
L'empereur indigné lui répond :
« Augsbui's, 25 juin.
« Moucher maréchal, j'ai reçu votre lettre du 23 par laquelle j'apprends la résolution d'abandonner mes États et de joindre M. de Noailles; je m'en remets à ce que je vousaiécritet fait dire là-dessus par M. de Piosasque, mais je ne puis m'empêcher de vous rappeler que c'est votre départ de dessous Ingolstadtqui a mis M. de Seckendorf dans la nécessité d'abandonner Rain, parce que, votre armée ayant repassé le Danube, il ne pouvait résister seul aux trois armées
du prince Charles, avec des forces fort inférieures aux vôtres ; vous savez aussi que, M. de Seckendorf n'ayant été averti de votre retraite que 24 heures après, vous le mettiez en danger en le laissant absolument à découvert sans le prévenir en rien, ce qui est arrivé plusieurs fois. Après m'avoir expliqué votre projet de porter la guerre dans l'Empire, en le mangeant et en le désolant, je ne sais pas comment vous pouvez me proposer de me mettre à la tête des armées et d'autoriser par ma présence tous les maux que vous préparez à cet empire dont je suis le chef. L'armée de M. de Noailles est supérieure à celle des Autrichiens et de leurs alliés, les manœuvres qu'il a faites jusqu'à présent prouvent qu'il ne demande qu'à attaquer. Le secours que vous lui menez peut lui devenir embarrassant, et ne justifiera jamais la démarche que vous faites d'abandonner mes États et d'exposer ma personne. Comme je dois croire que vous n'y êtes point autorisé, je verrai le parti que je prendrai ; mais, en attendant, je,ne changerai point les ordres donnés à M. de Seckendorf de séparer mes troupes. »
« P. S. Je reçois encore, avant le départ de cette lettre, celle d'aujourd'hui que M. de Piosasque a apportée. Comme vous n'avez point changé de disposition, je n'ai point changé de résolution. Vos magasins eussent été mieux remplis, si vous n'aviez pas toujours eu en vue le projet que vous exécutez aujourd'hui.»
M. de Broglie essaya de se justifier, et, comme toujours, le manque de vivres fut la raison qu'il donna de son retour en France. Cependant la ville de Braunau capitulait le 27 juin, et on stipulait la neutralité de l'armée bavaroise. Les grandes institutions militaires qu'avait fondées Louvois, dans lesquelles il avait comme exprimé le génie de Coudé et l'expérience consommée de Turenne, étaient devenues ce que deviennent toutes les institutions humaines, lorsqu'un souffle continu de réforme et de vie ne les renouvelle pas. La sève qui les avait produites se tarissait chaque jour. Les armées envoyées en Bavière, en Bohême, en Westphalie, belles au départ, d'un aspect imposant, se fondaient en détail, par des surprises, la maraude, les désertions, par l'indiscipline des soldats, par l'incurie des officiers.
L'empereur se trouvait à Augsburg lorsqu'il apprit notre retraite précipitée vers le Rhin et l'abandon du bas Isar. Se voyant pour la troisième fois à sa merci, il écrivit au maréchal de Broglie que, si
les troupes françaises quittaient Donauworth, son intention, pour ne pas porter la guerre dans l'Empire, était de convenir de la neutralité de son armée avec le prince Charles. En effet, M. de Seckendorf, s'étant rendu à Rain, signa avec M. de Kewenhuler un traité par lequel les troupes de l'empereur, en restant dans l'Empire, seraient considérées comme troupes des cercles et ne seraient point attaquées par la reine de Hongrie. D'après cet arrangement, les troupes bavaroises occupèrent Donauworth, dans la nuit qui précéda le départ de la première division des troupes françaises; puis elles allèrent à Wemding, où elles restèrent jusqu'à leur marche dans le cercle de la Souabe, près de Philippsburg.
Il faut rendre cette justice à M. de Seckendorf, qu'il s'efforça de faire comprendre dans cette neutralité les troupes françaises encore dans quelques places de Bavière; il ne l'obtint pas, ce qui nécessita le siège d'Ingolstadt; les Français, en apprenant qu'on leur refusait la neutralité accordée aux Impériaux, aux Palatins et Hessois, ne voulurent pas évacuer cette place et résolurent de s'y défendre.
Le retour en France s'effectua dans de bonnes conditions (1); mais M.d'Argenson, au nom du roi, écrivit àM. deBroglie (2 juillet) une lettre fort irritée.
(1) V^ division (5 B., 13 E. de cavalerie, 8 de dragons), commandée par M. de Conti, ayant sous ses ordres MM. du Cliayla, d'Argouges et de Rarabures.
2* division (15 B., 14 E., l'artillerie et 1 B. Royal-Artillerie), commandée par MM. de Clermont-Gallerande, du Chàtelet, le prince de Pons, Chaseron, Laugeron, Maupeou. — Elle fut suivie d'une division (14 E., 16 C. et 10 pièces) commandée par M. de Louvigny, avec MM. de Danois, de Bavière, Boutteville, Clermont d'Ainboise, Caraman, Brissac, Rupelmonde et de Mauroy.
3<* division (15 B., 12 E., 10 pièces), avec MM. de Coigny, de Brun, de Rieux, de Brézé, Fontaines-Martel, de Hautefort, d Harcourt. M. de Broglie s'y trouvait.
4« division (20 B., 22 E. de cavalerie, 8 de dragons, 10 pièces, 1 batterie d'artillerie), sous MM. de Lutteaux, Phelippes, Montauban, Refuges, Ravage, d'Armentières, de Monconseil, de Rissy, Bérenger, prince de Deux-Ponts (*).
(*) Frédéric, comte palatin du Rhin, prince de Deux-Ponts, fils puîné de Cliristian II, né le27 février 172Û. Son père lui ci-Ao le régiment d'Alsace le 10 mars 1734; il en pi-end le commandement pour la guerre de 1741. Ce régiment fait partie de l'armée de Bohême, s'y distingue au siège d'Egra. Le prince Frédéric monte à l'assaut avec M. de Pellety, lieutenant-colonel ; y perd la moitié de ses troupes. Blessé d'un coup de feu à la tête, à la sortie du 12 avril à Prague, le prince Frédéric est appelé sous les ordres de M. de Ségur, qui rejoint l'armée de M. de Seckendorf pour rentrer en Bavière. Gouverneur de Mannlieim en 1751. Nommé feld-maréchal en Autriche. Dans la campagne de 1759, il s'empare de Dresde. iMort le 15 avril 1707.
« J'ai rendu compte au roi, lui écrivait-il (1), de vos lettres des 16, 18, 19, 23, 24 et 26 du mois dernier; c'est avec peine que je me trouve obligé de vous marquer le mécontentement de S, M. sur le parti que vous avez pris; vous avez vu par mes lettres du 13 et du 22 quelles étaient les intentions de S. M., et si elle ne vous avait pas donné des ordres positifs pour rester àquelque prix que ce fût sur le haut Danube, du moins elle vous avait fait assez connaître son désir de ne pas vous livrer à une retraite précipitée telle que celle que vous venez de faire. Elle avait môme lieu dépenser que vous vous soutiendriez à Ingolstadt, après ce que vous lui aviez mandé, par votre lettre du 14, de la bonté de votre position. Vous alléguez par rapport à Donauworth la difficulté des subsistances; suivant les étals que j'ai entre les mains, vous en aviez pour toute votre armée jusqu'au 29 de ce mois, en comptant ce que vous pouviez tirer d'Hochstadt. « Voilà donc la Bavière entièrement abandonnée, l'empereur fugitif, et malheureusement prévenu, contre lavérité, que vous n'avez agi que par des ordres précis de S. M., et l'ennemi maître de porter, sans crainte, des renforts aussi considérables qu'il le voudra soit en Italie ou sur le Mayn. Ces circonstances sont, je vous l'avoue, d'autant plus affligeantes que tout ce que S. M. a fait pendant deux campagnes pour soutenir les droits de S. M. L se trouve détruit au commencement de celle-ci, sans presque aucune résistance de votre part. Suivant ce que vous me mandez, votre armée doit arriver le 7 de ce mois à Wimpfen ; comme S. M. la destine à agir conjointement avec celle duMaynsous les ordres deM.deNoailles, son intention est qu'à l'arrivée de votre armée à Wimpfen, vous en laissiez le commandement à M. le comte de Saxe, subordonnément à M. le maréchal de Noailles et que vous retourniez à votre gouvernement de Strasbourg pour y attendre les ordres de S. M. » M. le comte de Saxe se rendit en conséquence auprès de ce général, et, revenu à Wimpfen le 8, M. de Broglie lui remit le commandement et il partit le lendemain pour Strasbourg.
Quant à l'usage que M. de Noailles avait à faire des troupes qui revenaient de Bavière, on ne lui donna point d'ordres positifs, mais seulement la liberté de retenir à son armée celles qui seraient le plus capables de combattre, surtout dans la cavalerie, que M, de
(1) Le comte d'Argenson au maréchal de Broglie, Versailles, 2 juillet.
Broglie avait mandée être en assez bon état, et dont M. de Noailles manquait, et de faire passer en Alsace l'infanterie, dont le dépérissement ne permettait pas de tirer aucun secours. Du reste, persuadé que l'armée de M. de Broglie serait suivie par celle des Autrichiens et que, si M. le prince Charles ne pouvait s'opposer à ce qu'elle passât le Neckar à Wimpfen, il irait joindre sur le Mayn l'armée des alliés, on se réduisit à demander à M. le maréchal de Noailles de faire tous ses efforts pour empêcher cette jonction.
En attendant, l'armée continua sa marché à un jour de distance par Buhlerthan, Hall, Oehringen, Neuenstadt, pour arriver le 7 à ^Yimpfen. Le 10 juillet, la réserve se met en marche pour passer le fleuve à Spire; elle est suivie de la première division commandée par M. de Clermont-Gallerande. La journée fut aussi employée à l'embarquement de la grosse artillerie et des malades à Wimpfen, pour descendre à Mannheim. Pendant ce temps, la concentration d'une puissante armée, destinée à la conquête de l'Alsace, s'opérait en Allemagne. Le prince Charles de Lorraine préparait des magasins de vivres dans le cercle de Souabe, et donnait les mêmes ordres aux électorals de Cologne et de Trêves.
Dans les premiers jours du mois de juillet, l'armée autrichienne avait passé le Lech et le Danube, marchant sur trois colonnes, dites du centre, de la gauche et de la droite, le prince Charles laissant en Bavière des détachements qui bloquent Straubing, Ingolstadt et Egra. En partant des bords du Lech pour traverser l'Empire, elles passent : celle du centre, par Martingen, Wittislingen, Nattheim, Oggenhausen, Heidenheim, Steinheim, Bergen, Lorch, Schondorf, Fellbach et Kannstadt; celle de gauche, par Martingen, Wertingen, Dillingen, Giengen, Gerstetten, Donzdorf, Goppingen, Plochingen, Esslingen; enfin la colonne de droite, par Martingen, Neresheim, Aalen, Leinzell, Welzheim, Winnenden et Marbach. Ces trois colonnes occupaient donc, en entourant Stuttgard, le cours du Neckar, et elles étaient prêtes à se porter sur le Rhin, car elles n'avaient plus devant elles que l'armée française battue à Deltingen. Aussi, tandis que les trois dernières divisions françaises de l'ancienne armée de Bavière traversaient le Rhin à Spire, le maréchal de Noailles, battant en retraite le 12 juillet, se portait-il du Mayn sur le Neckar. M. de Phelippes, détaché de l'armée de Bavière, favorisa sa marche et, resté à
l'arrière-garde, s'acquitta de sa tâche avec succès. Le d3 juillet, l'armée de Bavière acheva de passer le Rhin; le 15, M. de Noailles arrive à Gross-Rorheim dans le Berg-Strass, et le 16 M. de Phelippes se replie sur Worms, où il passe le Rhin. Le 17, l'armée de Noailles traverse au même endroit et s'établit : le prince de Conti à Harthausen, M. de Lutteaux depuis Spire jusqu'à Mannheim, M. du Chayla entre Lingenfeld et Lauterburg; M. de Gallerande, avec 15 B. et 36 E., défendant le Rhin depuis Rheinau jusqu'à Huningue. Le comte de Saxe, primitivement passé dans le Spirebach, fut envoyé dès le 23 à Schelestadt, où il arrive le 31, emmenant âo B., 40 E., sur trois colonnes, une côtoyant le Rhin, les deux autres prenant la route de Landau à Strasbourg.
En même temps, M. de Noailles détachait 20 B. dans les Évêchés, en mettait 10 dans les places d'Alsace, et campait dans le Spirebach avec le reste de son armée. On avait appris, le 19, la capitulation de Straubing : le blocus avait commencé le 6 juin, (( Jusqu'au 13 juillet (1), il y eut des engagements continuels sans importance; mais, les maladies augmentant par suite du manque de nourriture, la capitulation se laissait pressentir. Le 19, à 8 heures du matin, arriva un aide de camp de l'empereur, porteur des prescriptions du maréchal de Seckendorf. La capitulation fut signée. Le 20, M. de Bernklau s'établit dans la ville; le 21, les bourgeois sont désarmés, et, le 22, les troupes bavaroises et françaises sortirent avec les honneurs de la guerre, tambour battant et deux pièces de canon. » Mais l'intérêt de la guerre n'était plus là. Il ne s'agissait de rien moins que de l'invasion de la France.
Le 3 août, M. de Saxe, à peine arrivé à Schelestadt, dut retourner en basse Alsace; ses troupes partirent sur une seule colonne pour Eirstein, Strasbourg et Haguenau, distribuant son infanterie le long du Rhin depuis le fort Louis jusqu'à Strasbourg, et campant à Haguenau. Le prince Charles, avec les 8,000 hommes du général Collowrath et les 12,000 du général Bernklau, avait marché sur le Rhin, et, y réunissant les autres troupes de la reine, était arrivé le 19 juillet à Essling, Kannstadt et Marbach, et, après une conférence à Hanau, le 26, avec le roi d'Angleterre, avait rejoint son armée le 4 août à Rastadt.
(1) Lettre à M. d'Argensun.
Le 15, ses troupes occupaient Stollhofen, Lichtenau, Wilstett, Oltenheim, Kensingen et le Vieux-Brisach, campant sur trois lignes.
Le grand projet de démembrer la France paraissait devoir se réaliser. Il avait été arrêté avec le prince Charles, accompagné de M. de Kewenhuller, que son armée combinée, par la jonction des troupes hollandaises, passerait le Rhin et se porterait en Alsace pour faciliter au prince Charles les moyens de le franchir aussi à Bâle, de reprendre la Lorraine et de s'emparer de la Franche- Comté et de la Bourgogne. Le comte de Saxe, informé des rriouvements de l'ennemi vers Neuburg, se porte sur Schalampé, ayant eu soin, en se plaçant à Oltmarsheim, d'envoyer à Bâle auprès des magistrats de ce canton et des représentants de THelvélie, pour empêcher les Autrichiens de pénétrer en France par leur territoire.
Le 22, par suite des conventions intervenues, George II passe le Rhin à Mayence, porte son quartier général à Worms, et le prince Charles se dispose à pénétrer du côté du Vieux-Brisach. Ce plan fut dérangé par le manque d'accord, chacun prétendant régler les mouvements des armées selon ses vues et ses intérêts; et les négociations, si bien entamées, aboutirent au désaccord.
11 ne restait plus en Bavière d'autre place à l'empereur que celle d'Ingolstadt; le baron de Bernklau, n'ayant pu engager M. de Graville à la rendre, s'occupa de son siège. Son gros canon étant arrivé, il ouvrit la tranchée dans la nuit du 26 au 27 août. La garnison fît une sortie le quatrième jour sous M. de Grassin, tua beaucoup des assiégeants et combla une partie de leurs travaux; cependant, comme on n'avait aucun espoir de secours, on essaya d'obtenir une capitulation avantageuse, mais seulement le 1" octobre, d'après les ordres de M. d'Argenson. Nul changement n'étant survenu dans nos affaires, on remit la porte Velkerk aux Autrichiens; la garnison sortit avec les honneurs de la guerre. Les malades devaient êlre soignés par les Autrichiens et renvoyés en France après guérison; enfin les Français encore à Ratisbonne, Augsburg, Nuremberg et autres villes impériales, rentreraient en France sans êlre inquiétés.
La ville d'Egra avait subi le même sort depuis près d'un mois.
Le 4 juin, M. de Kolowrath arrivait devant Egra et établissait
rigoureusement le blocus de celte place, dont depuis deux mois des nuées de hussards interceptaient les communications.
Le 9, il avait sommé le commandant d'Hérouville de se rendre. La garnison, restée seule au milieu de l'Allemagne, voulait une capitulation honorable ; le général autrichien exigeait qu'elle déposât ses armes et ses drapeaux : les propositions de Rolowrath furent repoussées, le blocus resserré, et la brigade Limousin (1), garnison de la ville, se trouva bientôt en proie à la famine la plus affreuse. Cependant personne ne déserta et on n'entendit aucun murmure.
Le 25 août, jour de la fôte du roi, les aumôniers célébrèrent la grand'messe avec pompe; le marquis d'Hérouville (2) donna un grand diner, dont les chevaux de la garnison firent les honneurs, et, sur le soir, les régiments prirent les armes pour faire une décharge de mousqueterie sur le rempart, et la gaieté française trouva moyen de suppléer, ce jour-là, à tout ce qui manquait pour fêter le roi.
Le 7 septembre, il fallut se rendre sous peine de mourir de faim : la garnison, prisonnière, est conduite en Hongrie; les offiriers sont renvoyés sur parole en France. Un peu avant ces deux capitulations, vers la fin du mois d'août, la grande étendue du pays que M. de Noailles avait à garder détermina le roi à choisir M. le maréchal de Coigny pour lui donner le commandement d'une armée en haute Alsace. On la composa du corps de troupes du comte de Saxe et d'une partie de celles de M. de Noailles; elle comprenait 58 B. et 98 E.
L'empereur, dépouillé de ses États et ne recevant plus aucun secours de la France, fit, par l'intermédiaire du prince Guillaume de Hesse, des propositions à George IL On rédigea des préliminaires de paix par lesquels Charles Vil renonça à tous droits sur les
(1) La brigade Limousin, comprenant 1 B. de Bourgogne, 1 de Médoc et 1 de Poitou, réunie à Amberg sous M. de Calvière, était partie, le 15 avril, pour ravitailler Egra et en relever la garnison.
(2) D'Hérouville de Claye, né en 1713, mort en 1782, fit avec dislinclion les campagnes d'Allemagne; lieut. général, inspecteur d'infanterie. Il fut question de lui comme ministre (dit Barbier). A laissé le Traité des légions, la Haye, 1757. Son Histoire générale des guerres ne fut qu'un projet (Grimm, danssa correspondance).
États autrichiens, s'engageant à rompre avec Versailles, et, reconnu empereur, il recevrait un subside pour le maintien de sa dignité.
La guerre offensive qu'avait entreprise la France était terminée.
(' Dieu veuille que nous en soy&ns quittes pour la crainte ! » avait écrit le maréchal de Noailles au roi, en lui annonçant une invasion des Anglais en Lorraine et peut-être en Champagne, après l'affaire de Dettingen. « Je ne connais que Dieu seul qui puisse aveugler vo« ennemis au point de nous garantir de ces malheurs, »
Ses prédictions s'étaient accomplies.
CHAPI'yRE X.