‹ Les guerres sous Louis XV (volume 5)Chapitre 14 sur 21 · CAMPAGNE SUR LE MAYN · texte numérisé non relu

CAMPAGNE SUR LE MAYN

(janvier à novembre 1743).

Janvier 19. Mort du cardinal de Fleury.

Février 20. Les troupes anglaises se mettent en marche.

Mars l'^^ Les Autrichiens sortent du pays de Luxembourg. — 8. La dernière division de la cavalerie anglaise quitte ses quartiers du Brabant. — Les premières divisions des Autrichiens et des Anglais passent le Rhin.

Avril l^"". Les troupes françaises destinées à former l'armée se mettent en marche le i"'' avril. — 22. Pont jeté sur le Rhin à Lausheim. — 24. Arrivée du maréchal de Noailles à Strasbourg. — 29. Cantonnements entre le Rhin et le Neckar. — 30. B. et E. rassemblés.

Mai 1 et 2. Le prince de Bombes prend le commandement des troupes entre le Rhin et le Neckar. — 5. Détachement à Oppenheim. — 6. Poste à Worms et à Frankenthal. — 8. M. de Berchiny détaché. — 10. M. de Berchiny est renforcé.

— 12. Position générale des troupes alliées. — 15. Assemblée d'une partie des troupes françaises au camp de Rheindurckheim. — 16. Le maréchal de Noailles se rend à Worms. — 19. Arrivée de l'artillerie à "Worms. — 20. 11 B. et G E. français sous M. de Montai. — 25. Troupes du prince de Dombes sur le Neckar,

— 29. Pont jeté à Wimpfen pour le passage du corps qui marche en Bavière. JuinZ. M. de Ségur rassemble ses troupes près Wimpfen. — 4. Ces troupes passent le Neckar. — 5. Le prince de Dombes, avec son corps, passe le Neckar à Heidelberg. — 6. Arrive à Lorsch. — 7. Toutes les troupes françaises passent le Weschnitz; le quartier général à Zwingenberg. — 9. L'armée à Plungstadt. — 10. M. de Berchiny occupe Gross-Gerau. — 11. L'armée se met en marche. — 15. La moitié de l'armée alliée marche à Aschaffenburg. — 17. L'armée française se dirige sur Arheilingen. — 18. Quartier général établi à Dieburg. Le duc de Gramont est détaché avec quelques troupes. — 19. Arrive dans la plaine de Slockstadt. — 23. Pont jeté à Seligenstadt. — 25. La brigade des gardes et celle de Noailles passent à la gauche de la Gersprentz. — 2G. Pont jeté sur le haut Mayn à Niedernberg. — 27. Bataille de Dettingen.

Juillet 2. L'armée française campe à Steinheim. — 5. 3 brigades d'infanterie, les carabiniers, 3 régiments de dragons à Offenbach. — 8. A Steinheim. — 8. Arrivée des dernières divisions de l'armée. M. le maréchal de Broglie en remet le commandement à M. le comte de Saxe. — 12. L'armée à Sprendlingen. — 13. A Grafenhauseu. — 13. Réunion des différentes divisions de l'armée sur la gauche du Rhin, près Spire. — 14. L'armée à Plungstadt. — 15. A Gros-Rorheim. —

16. Commence à passer le Rhin à Rheindurkheim. — 17. Campe sous Worms. — 20 et 21. Les troupes de M. de Clermont-Gallerande se mettent en marche pour la haute Alsace. — 22. La gendarmerie et 5 escadrons de [carabiniers pour la haute Alsace. — 24. La maison du roi part de Worms. — 25. L'armée décampe de Worms. — 25. M. le comte de Saxe, avec une partie des troupes qui sont à Spire, en marche sur l'Alsace. — 26. L'armée entre Spire et la Rehute. — 28. Réunion des troupes à Schiltigheim sous Strasbourg. — 30. L'armée repasse le Spirebach, prend son camp entre Spire et Heiligenstein. — 31. M. le comte de Saxe campe à Erstein.

Juillet. Les troupes françaises revenues de Bavière; nombre et force des régiments; leur marche et leurs étapes en janvier et février. — 17. De la défense des bords du Rhin. — 18. Marche du prince Charles sur Neustadt; le comte de Saxe à Spire. — 20. État des troupes sur le Rhin. — 23. Au camp de Spire, le comte de Saxe, avec ses troupes, se dirige sur Schelestadt. — 25. État des troupes.

Août 4. Le prince Charles remonte le Rhin: passage du fleuve par le baron de Trenck. — 10. Le comte de Saxe à Markolsheim. — 13. Près de Schalarapé. — 21. Au camp de Heiterau, vis-à-vis le prince Charles. — 24. M. de Coigny à Weissembourg. — 25. A Strasbourg, vient prendre le commandement de l'armée.

— 30. Départ du comte de Saxe. — 31. Arrive à Landau, se rend auprès du maréchal de Noailles.

Août 13. L'armée française, aux ordres de M. le maréchal de Noailles, campe à Belheim. — 14. A Rheinzabern. — 15. Entre dans les lignes de la Lauter. — 17. 15 B. et 18 E. se mettent en marche pour la haute Alsace. — 29-30. Le duc de Coigny en haute Alsace. — 30. L'armée se porte sur les lignes de la Queich.

Septembre 19 et 20. La maison du roi part de ses cantonnements sur la Bruche pour se rendre à l'armée de M. le maréchal de Coigny. — 22. L'armée française abandonne les lignes de la Queich, rentre derrière celles de la Lauter. — 23-24. Départ de 14 B. pour l'armée du maréchal de Coigny. — 25. Le gros de l'armée se replie sur Haguenau; 20 B. et 40 E., sous les ordres du comte de Saxe, restent sur la Lauter.

Septembre. Le maréchal de Coigny remplace le comte de Saxe. — 4. Tentatives de passage repoussées par M. de Balincourt. — 6. Le ;^prince Charles redouble ses préparatifs à l'Jle de Rheinau. — 13. Traité à Worms contre la France.

— Envoi de secours du maréchal de Noailles. — 27. Arrivée à Sassenheim. — 28. Position des deux armées vis-à-vis le prince Charles et l'armée alliée.

Octobre 4. Mouvement des ennemis. — 8. Le prince Charles hésite sur un nouveau passage. — 10. Reste dans la même position. — 19. Grand mouvement du côté de Fribourg. — 25. Directions des troupes abandonnant Vieux-Brisach. — Traité entre la France et l'Espagne signé à Fontainebleau.

Octobre 16. Départ des premières troupes pour se rendre dans des quartiers d'hiver.

— 21. Le maréchal de Noailles part de Haguenau jiour conférer avec le maréchal de Coigny. — 27. Les dernières troupes se mettent en marche pour rentrer en France, remplacées par celles de l'armée du maréchal de Coigny. L'armée autrichienne laisse 15,000 honunes en Brisgau et se retire en Bavière.

Novembre 9. Les Anglais repassent le Rhin à Biebrich, les Hollandais le long de la

Sambre. — 14 et 15. Répartition de notre armée en Alsace-Lorraine et dans les Évôcliés. — 25. Départ du maréchal de Noailles pour Paris. Décembre. Établissements des quartiers d'iiiver. — Départ de M. de Coigny pour Strasbourg, le 26 novembre.

La guerre jusqu'en 1743 ne s'était passée que sur les provinces dont on prétendait ravir la souveraineté à la reine de Hongrie, et tour à tour portée en Silésie, en Autriche, en Bohême, avait promené ses ravages loin des bords du Rhin. Les revers successifs et la défection du roi de Prusse changèrent le théâtre de l'action; les alliés de Marie-Thérèse, enhardis par nos malheurs, se rassemblèrent en Flandre; aux Autrichiens (40 B. et 10 E.) se joignent les Anglais, les Hanovriens et les Hessois, en Brabant et près de Liège. Notre armée de Westphalie ne les contenait plus, forcée de courir au secours de Prague; cependant, en 1742, nos ennemis n'attaquèrent point de ce côté et M. de Noailles n'eut qu'à les observer. Mais, pour prévenir les projets plus offensifs qu'il savait être formés à Londres, le roi fit hiverner (1742-1743) de la Meuse à la mer 78 B. et 27 E. et de la Meuse à la Sarre 22 B. Les alliés nous opposaient 50 B. et 78 E., les Hollandais parlant encore de neutralité.

Les mouvements des Autrichiens au commencement de l'hiver inquiétèrent la cour de Versailles, qui fit réparer les places de la frontière, surtout Longwyet Thionville. Comme, sur la proposition du duc d'Arenberg, les alliés (Anglais, Hanovriens, Hessois, Autrichiens) devaient se mettre en marche pour s'approcher du Rhin, qu'un corps anglais (10,000 hommes) s'y joindrait au printemps, M. de Noailles fut chargé de s'opposer à l'exécution de leurs projets. On fit de nouvelles levées, et pour la première fois la ville de Paris prit part au contingent des milices (1); ainsi la guerre

(1) Le 10 janvier 1743, le roi tint un grand conseil de guerre à la Muette; il y fut décidé qu'on lèverait' de nouvelles milices pour recruter l'armée et former de nouveaux régiments. La ville de Paris et les faubourgs devaient fournir 1,800 hommes, formant 3 B. L'ordonnance disait que tous les garçons de chaque corporation et comnuinauté des marchands et artisans, gens de peine et de travail, et qui se trouvaient dans l'enceinte de Paris et des faubourgs, depuis l'âge de 16 ans Jiksqu'à 20 ans, et de force à porter les armes, seraient obligés de tirer au sort. M. de Marville, alors lieutenant général de iiolice, accorda la liberté à ceux ([ui tomberaient au sort de pouvoir donner un homme en leur place. On les incorpora dans des bataillons de milices, qui furent portés à 103.

devenait plus vive, et la France, qui dans l'origine n'y était entrée que comme auxiliaire, allait en supporter presque seule tout le fardeau. Le cardinal de Fleury prodiguait à regret les trésors de la France dans cette lutte qu'il désapprouvait, et son économie, salutaire en temps depaixjdevenaitfuneste dans des moments difficiles où un grand efFoùt était nécessaire. « Ce ministre, dit Saint-Simon, tourna cette vertu en défaut. La vie pauvre qu'il avait menée jusqu'à son épiscopat, celle surtout qu'il avait menée dans sa jeunesse dans les collèges et les séminaires, l'avait accoutumé à une vie dure, à se passer de tout et à une grande épargne. Cette habitude n'avait pas dégénéré en lui, comme presque à tous ceux qui sortent d'une longue pauvreté, en soif d'argent, de biens, de bénéfices, d'entasser et d'accumuler des revenus ou en avarice crasse et sordide. C'était l'homme du monde qui se souciait le moins d'avoir et qui, maître de se procurer tout ce qu'il aurait voulu, s'est le moins donné, comme il y a paru dans tout le cours de son long et toujours tout-puissant ministère. Mais avec le désintéressement personnel et cette simplicité, même portée trop loin, de table, de maison, de meubles et d'équipages, et libéral du sien aux pauvres, à sa famille, même à quelques amis, sans faire pour soi le moindre cas de l'argent, il l'estima trop en lui-même; et non content d'une sage et discrète économie, choqué à l'excès des profusions des ministères qui avaient précédé le sien, il tomba dans une avarice, pour l'État et pour les particuliers, dont les suites ont été funestes.» Il ne devait pas voir nos revers, il les avait prévus. La France dut ses malheurs à cette obstination du cardinal de mourir ministre. Faute qui porte atteinte à beaucoup d'hommes remarquables pour rester grands dans l'histoire : de mourir à propos. JNé le 22 juin 1653 à Lodève (Languedoc), André-Hercule deFleury expirait le 19 janvier 1743, à Issy, à l'âge de 89 ans et sept mois. Aucune émotion ne se produisit dans Paris à la nouvelle de cet événement, si souvent annoncé que l'impression en était pour ainsi dire épuisée. Il avait vécu trop longtemps; les épreuves des dernières années avaient excédé ses forces; cet homme doux, prudent, modéré, persévérant dans ses vues, n'avait pas su pratiquer la grande politique et il laissait la France, qui lui avait pourtant dû une période de prospérité, sous le coup d'une invasion pour une cause qui ne la touchait qu'indirectement. Mort, le roi parut se souvenir de son aïeul

et déclara qu'il n'aurait plus de premier ministre; ayant résolu de gouverner lui-même (1), il donna ses premiers soins à la guerre, ne changea d'abord rien aux dispositions prises et conserva aux généraux leurs commandements. Les ministres restèrent maîtres de tout le courant des affaires. Ils étaient alors six. Le ministère de la guerre, vacant par la mort de M. de Breteuil, fut donné, le 8 janvier, à M. le comte d'Argenson, esprit brillant, libéral et ouvert aux idées nouvelles. Avant l'ouverture de la campagne, le roi s'occupe de la sûreté des places du Luxembourg et de la Lorraine; le maréchal de Noailles, commandant la partie de la frontière Thiérarche-Lorraine jusqu'à l'Alsace, apprenait que, le 20 février, les troupes anglo-hanovriennes ('2) avaient quitté leurs cantonnements et passé le Rhin à Neuwied, le 12 mars, entre Coblentz et Andernach; aussi, les 20, 22 et 27 février, partirent de Paris les gardes françaises et suisses, malgré l'émotion causée par la levée de la milice. Toute incertitude ayant cessé, puisque l'on savait que les Anglo-Hanovriens se portaient sur la Meuse et le prince d'Arenberg vers le pays de Juliers, on tira de Flandre, pour les envoyer en pays messin, 15 B. et 14 E. destinés a remplacer pareil nombre qui passerait en Alsace, car les troupes de l'armée de Bohême et de Bavière en Franche-Comté et en Alsace avaient trop souffert pour être d'aucun secours.

Comme les mouvements des ennemis avaient été prématurés, on eut le temps de rassembler toutes les troupes d'Alsace à destination de Lausheim, lieu de passage du Rhin. M. de Noailles avait reçu, le 16 avril, ses instructions :

H L'armée qu'il doit commander sous l'empereur est destinée à s'opposer à la marche des Autrichiens, des Hanovriens, des An-

(l)Ala niori du cardinal, le conseil d'État se trouvait composé du duc d'Orléans, qui n'y assistait presque jamais ; du cardinal Tencin ; du contrôleur général Orry (ancien capitaine de dragons); des secrétaires d'État de Maurepas, Amelot et d'Argenson. En mars, le roi y fit entrer le maréchal de Noailles. A la date du 9 avril, d'Argenson écrit : « Cette survenue du maréchal rend la vie très dure aux ministres. Ce n'est pas un premier ministre ; mais c'est un inspecteur importun. »

(2) Neuf divisions : loFcld-maréchal comte de Stairs ; 2" Général-major Ligonier; 3° Brigadier Frantom;4° Colonel Pattiron ; 5° Général-major Hawley ; 6° Brigadier Pullney ; 7° Brigadier comte de Rothes ; 8» Général-major Cope ; 9» Brigadier Ponsonby.

glais, soit sur Mayence el Francfort, soit sur le haut Palatinatou du côté de Donauworth. Il doit les attaquer, les combattre tant en deçà qu'au delà du Rhin, lorsqu'il en trouvera l'occasion, pourvu que ce soit sur les terres de l'Empire ou sur les États dépendant de la reine de Hongrie en Allemagne et non sur les Pays-Bas, sur lesquels le roi défend aucune hostilité. Si les ennemis marchent sur Mayence ou Francfort, il prendra toutes les mesures pour les prévenir sur le Mayn et les obliger à prendre une route plus difficile pour pénétrer dans le Palatinat. S'il ne peut les prévenir sur le Mayn et qu'il soit obligé de s'avancer sur le Neckar pour couvrir le Danube, il est maître de diriger ses marches depuis Heilbronn, de manière à le laisser le plus longtemps possible dans l'incertitude. S'il se porte vers la Bavière à portée d'agir avec l'armée du maréchal de Broglie, il aura le commandement supérieur de ces deux armées avec un seul état-major. Dans le cas où les Anglais et Hanovriens se contenteront de couvrir la marche des Autrichiens en Allemagne, et si ces derniers y passent seuls, il pourra envoyer à l'armée de Bavière un secours proportionné.» Telle était la substance de ses instructions; on y avait joint plein pouvoir de traiter, le cas échéant, avec l'empereur et avec les princes de FEmpire.

En conséquence, le 21 mars, le prince de Dombes, avec i2 B. et 14 E., se prépare à passer le fleuve (1), le pont est jeté à Lausheim en face Spire; le maréchal quitte Versailles, arrive le 24 à Strasbourg avec Pâris-Duverney : ces troupes prennent leurs cantonnements entre le Rhin et le Neckar, occupant Heidelberg, Ladenburg, WiebHngen, Rohrbach et Wiesloch; 2 B. restent h la tête du pont. Le maréchal de Noailles arrive à Spire, après avoir traversé Landau, et, le 30 mars, 14 B. et 52 E. sont rassemblés dans leurs cantonnements, tant aux environs et sur le Spirebach, que sur la Queich et le Neckar. Tandis que l'armée s'assemblait à Spire, on avait fait passer le Rhin à 12 B. et 14 E. cantonnés à Heidelberg, entre la Lauter et le Spirebach, et dans les environs de Wiesloch. M. de Noailles était à peine à Spire que les ennemis se mettaient en pleine marche, passaient le Rhin à Neuwied et à Mulheim, puis la Lahn, et, s'avançant sur le Mayn , s'étendirent jusqu'à Gelnhausen.

(1) 12 B. (Vaisseaux, 3; Rohan, 3; Touraiiie, 2; Royal-Polofjne, 2; Bourbon, 2}. 14 E. (la Sarre, 2; Bauffremont et l'Hôpital-dragons, 8; du Ruinain, 4).

Il ajouta donc un renfort de 8 B. et 6 E. aux troupes commandées par le prince de Bombes, qui eut ainsi 20 B. et 20 E., et prit le commandement de toutes les troupes entre Rhin et Neckar. La lenteur des ennemis dans leur marche lui donna le temps de passer le Rhin sur le pont de Spire avec la maison du roi et tout le reste des troupes attendues pour joindre le corps commandé par M. le prince de Bombes, et ensuite de marcher en force à l'ennemi avant qu'il passât le Mayn.

Le l'^' mai, M. le duc de Chartres (1) joignit l'armée à Spire et fut chargé du commandement de la cavalerie. M. de Chabannes, major général de l'armée, et M. de Grémille, maréchal général des logis, précédèrent l'arrivée de ce prince, ainsi que M. le duc de Gramont et plusieurs autres officiers généraux.

Le 7 mai, M. de Noailles détache M. de Berchiny avec un corps d'infanterie et 4 R. de hussards pour couvrir, par l'occupation de Frankenthal et de Worms, le Palatinat menacé. Les ennemis (46 B. et 30 E.), en effet, avaient jeté un pont à Hochst près Mayence; les Autrichiens s'y cantonnèrent, les Anglais, Hanovriens, Hessois s'étendant de Francfort à Hanau; la cavalerie anglaise, restée dans les environs d'Aix-la-Chapelle, se mettait en marche sur quatre divisions pour passer le Rhin à Neuwied et joindre leur armée; tandis que la cavalerie hanovrienne à Ruremonde s'avançait en six divisions pour passer le Rhin à Mulheim, toujours avec la destination du Mayn. Pour les contenir, M. de Berchiny occupa Oppenheim, et, afin de communiquer avec Worms, on augmente ses troupes (2).

(1) Louis-Philippe d'Orléans, duc de Chartres, né le 12 mai 1725.

Le 28 mars 1737, on lui donne un régiment d'infanterie de son nom. Fait sa première campagne à l'armée de Flandre en 1742, où l'on se tint sur la défensive, et, à la date du !«'■' avril 1743, commande la cavalerie du maréchal de Noailles, se distingue à Dettingen, est créé maréchal de camp le 2 juillet, finit la campagne en Alsace; à l'armée de Flandre, V avril 1744 ; lieutenant général le 2 mai ; se trouve aux sièges de Menin, d'Yprcs, de Furnes.deFribourg, de Tournay, aux batailles de Fontenoy, Raucoux, Lavvield; à l'armée du Rhin, par lettre du l'^'mars 1757, s'empare de Cassel et combat à Hastembeck, qui fut sa dernière campagne. Mort le 18 novembre

(2) Régiment de Béarn, 2 ; Gardes lorraines, 2 ; Brancas, 1 ; Bassigny, 1 ; Dauphin, 1 : en tout, 7 B.

Compagnies franches Saint-Genez et Romberg, 2 ; Cuirassiers, 3 ; Chabot, 2 ; Bassigny, 1; Dauphin, 1; Brancas, 3 ; Berchiny, 2 ; Estherazy, 2 : total, 16 E., plus 330 hommes des gardes françaises.

Le moment était critique : le prince Charles avait replié les Français sur risar, défait les Bavarois à Erblach; Charles VII s'était réfugié à Augsburg, après que M. de Broglie, quoique renforcé de 12,000 hommes, eutjugé à propos de se retirer sur le Rhin. M. d'Argenson, mécontent de la détermination de M. de Broglie, prévenait M. de Noailles de son arrivée, lui donnait le commandement général et l'engageait à fondre dans son armée les troupes encore valides de l'armée de Bavière, bien qu'il doutât qu'on pût en tirer parti. Attaqué de face et menacé d'avoir les Hongrois sur ses derrières, M. de Noailles ne faillit pas à sa tâche; il surveille les Anglais, les enferme entre le Spessart et le Mayn à Aschaffenburg. Il tenait la victoire et la guerre prenait fin peut-être, par la capitulation de l'armée entière des Anglais : une faute sauva nos ennem.is; la fortune nous était décidément contraire, puisqu'elle changeait en revers un succès presque assuré.

Le 14 mai, les troupes anglaises et autrichiennes, sous le comte de Stalrs, augmentées par plusieurs corps d'Hanovriens, de Hessois, passent le Rhin, arrivent, le 23, dans les environs de Francfort et se trouvent en présence d'une armée française rassemblée sur le Rhin que M. de Noailles avait portée sur le Neckar, pour empêcher leur jonction avec le prince Charles. Lord Stairs était donc arrêté dans sa marche, car M. de Noailles, qui gardait les défilés d'Aschaffenburg, s'était rendu maître du cours du bas Mayn par des ponts jetés à Selingenstadt. Cependant, malgré ce premier avantage obtenu, M. de Noailles sentait bien la difficulté de sa position et croyait devoir en instruire le roi, le 14 mai.

« V. M. sait, disait-il, que quand j'ai eu l'honneur de prendre congé d'elle, toute son attention se portait à empêcher les ennemis de s'avancer entre la France et la Bavière, et à se joindre à l'armée de l'empereur, si les mouvements des Autrichiens l'exigeaient; c'est pourquoi l'on occupe le Neckar, à la grande surprise des aUiés. Or, comme ils ne peuvent former de magasins suffisants pour toute leur armée sur la route directe de Bavière, ils ne sauraient guère s'y avancer, ni passer dans le haut Palatinat par Fulda etBayreuth, pour la même raison. Il est donc probable qu'ils passeront seulement le Mayn pour tenter, entre Rhin et Neckar, une bataille que les Anglais pensent pouvoir perdre impunément, estimant la France trop heureuse de traiter. Si nos

adversaires agissent ainsi, il faut qu'ils s'emparent de différentes places pour les dépôts et les magasins, qui seront sans doute Mayence, Francfort et Hanau. — On soupçonne l'électeur de Mayence d'être porté pour la reine de Hongrie; mais j'y envoie M. de Contades pour l'entretenir dans de bonnes dispositions et tâcher de pénétrer ses vues. On ne peut guère compter sur la fidélité des magistrats de Francfort, et il est certain qu'ils pourraient alors dissoudre la diète et amener de force l'empereur à traiter au détriment de la France et de l'Espagne. Mais, outre que leur position sur les bords du Mayn rend impossible toute tentative de les empêcher d'arriver avant nous dans la ville, le peu de subsistances dont nous disposons est un obstacle pour nous porter en force à leur rencontre. Tout découle de là, et l'on ne sait laquelle des deux armées sera prête la première. Gomme M. Chauvelin, intendant de notre armée, promet des fourrages pour le 18 mai du côté de Worms, je compte y camper ce jour-là et marcher en avant le plus tôt possible. L'armée aura le Rhin à sa gauche, et le Mayn en face et adroite, par l'effet d'un coude que fait cette rivière; elle sera à portée, si les ennemis ont passé le Mayn, de les gêner dans leurs subsistances, de chercher les occasions favorables de les combattre, ou de tenter de les empêcher de le passer, s'ils sont encore au delà. On pourrait môme faire passer cette rivière à notre armée, si l'on peut parvenir à avoir une place qui puisse en même temps assurer son passage et sa retraite, la prudence ne permettant jamais de négliger dette précaution en cas d'événement, lors même que le succès est le plus apparent. Qu'il serait glorieux de forcer les ennemis de l'empereur à se retirer de l'Empire, de les en chasser, et de se flalter de faire une campagne assez décisive pour les forcer à la paix, et de pouvoir les rejeter dans la Wetteravie et le Westerwald, pays fort mauvais et qui ne pourrait plus leur fournir les subsistances nécessaires, ce qui les forcerait à rétrograder vers le Rhin et à se retirer !

« C'est dans celte vue. Sire, que je souhaiterais pouvoir occuper Aschalfenburg ou Hanau. »

Malheureusement M. de Noailles savait combien il était difficile d'être maître de l'une ou l'autre de ces villes; Aschaffenburg appartenait à l'électeur de Mayence, Hanau au roi de Suède, qu'il ne fallait, pas froisser; quant à Francfort, il faudrait au moins obte-

nir des lettres réquisitoriales de l'empereur autorisant à occuper la ville. Nous occupions divers postes, tant en deçà qu'au delà du Rhin et sur le Neckar, avec le quartier général à Spire, d'où le maréchal n'attendait que le reste des troupes qui le devaient joindre pour passer le Rhin et marcher en avant.

Le 16 mai, il se transporte à Worms, visite les bords du fleuve, et construit un pont à l'endroit jugé le plus convenable, c'est-àdire à une lieue au-dessus de Worms, au hameau de Rheindurkheim, et campe à Nordheim. Le prince de Bombes, sur le Neckar, attendait de même pour s'établir à Lorsch dès qu'il en recevrait l'ordre. Pendant ces opérations, les bagages de l'armée et l'artillerie arrivaient à Worms, et, le 20, toute l'artillerie (H B., 6 E.) passe le Rhin, campe entre la tête du pont et le village de Nordheim, sous les ordres de M. de Montai ; le 25, 8 B., après avoir traversé le Rhin, rejoignent M. le prince de Bombes sur le Neckar.

Le roi oâi maréchal de Noailles.

« Versailles, 20 mai 1743.

« Mon cousin, j'ai reçu votre lettre du 14, par laquelle vous m'expliquez le projet que vous avez formé de conduire mon armée sur Worms, Oppenheim et Barmstadt. J'approuverais les différents motifs qui vous y ont déterminé, si je n'avais pour objet que d'arrêter sur le Mayn la marche des troupes de la reine de Hongrie et de ses auxiliaires. Les circonstances sont changées par l'action, désavantageuse aux troupes de l'empereur, qui s'est passée près de Braunau, et qui leur cause une perte dont les suites pourraient exposer mon armée en Bavière. Vous en avez été instruit directement, et vous aurez vu la demande d'un renfort de troupes pour être en état de résister aux entreprises des ennemis de l'empereur et pour en arrêter les progrès. J'ai résolu de le lui accorder, et je vous ordonne à cet effet de détacher au plus tôt 12 B. et 10 E. de votre armée pour les faire marcher sur Bonauworth. Vous aurez en môme temps attention de ne prendre ces B. et ces E. que dans ceux de mes régiments qui ont servi l'année dernière en France ou qui sont revenus de Linz. Comme, après ce détachement, l'armée

que vous commandez se trouvera affaiblie, il parait difficile que l'ous continuiez l'exécution du projet que vous avez eu de vous porter sur le Mayn ; ainsi vous pourrez, suivant vos premières instructions, venir prendre sur le Neckar les positions qui vous paraîtront les plus avantageuses, et lorsque vous serez fortifié par les troupes qui ont servi l'année dernière en Bohême, et qui vont vous arriver incessamment, vous déterminerez vos opérations. »

Ainsi d'offensive la situation de M. le maréchal de Noailles devenait défensive; il lui fallait seulement, à présent, couvrir la Lorraine et favoriser en cas de besoin le retour de M. le maréchal de Broglie, qui ne pouvait plus se soutenir en Bavière. D'après les ordres du roi, il lui envoya donc un secours de 14 B. et 10 E. M. de Ségur, accompagné de MM. d'Apcher et de Villemur, se mit à leur tête et se porta sur Donauworth, le 29, par la Franconie et la Souabe, en jetant un pont à Wimpfen (1 1.

Malgré l'incertitude où le retour de M. de Broglie et la lettre du roi le laissaient, M. de Noailles n'en continuait pas moins à tout disposer pour la réussite de son plan. Profitant fort habilement de la configuration du terrain et de la facilité que lui donnait pour se porter sur un point quelconque du Mayn (entre Mayence, Hanau et Mitlenberg) sa position entre Worms, Oppenheim et Nordheim, il espérait enfermer dans le Spessart son ennemi, l'y affamer et l'obliger à quelque action qui mettrait fin à la guerre. Qu'il serait glorieux, disait-il dans le rapport du 14 mai, de forcer les ennemis de l'empereur à se retirer de l'Empire, de les en chasser^ de les discréditer entièrement et de pouvoir se flatter de faire une campagne assez décisive pour les forcer à la paix!

Les craintes qu'il avait de ne pouvoir arrêter assez tôt les alliés sur le Mayn ne firent qu'accroître son impatience à rassembler ses troupes pour se porter en force de l'autre côté du Rhin et se placer devant l'armée alliée, tout en prenant une position avantageuse

(1) État «les troupes partant de "Wimpfen pour Donauworth : M. de Guercliy, colonel de Royal-Vaisseaux, avait 3 B. ; M. de Lussan, brigadier-colonel de Royal- Roussillon, 2; M. de la Tour du Pin, colonel de Bourbon, 2 ; M. de Monty, colonel de Royal-Italien, 1 ; M. de Montbarey, brigadier de Lorraine, 1 ; M. de Pont de Chavigny, brigadier de Cambrésis, 1 ; M. de la Carte, brigadier de Conli, 2; M. de Vogué, colonel d'Anjou-cavalerie avait 3E. ; M. du Rumain, colonel de Rumain, 3 ; M. delllôpilal, colonel de l'Hôpital- dragons, 4 ; ce qui faisait on tout 12 B. et 10 E.

d'où il pourrait se retirer derrière le Neckar, si les décisions du conseil persistaient à le retenir sur cette rivière plutôt que de l'envoyer sur le Mayn ; il se ménageait ainsi les moyens de contenir les alliés et de donner la main à la Bavière. Les ennemis ayant construit deux ponts sur le Mayn, l'un à Hoehst, l'autre à Griesheim, et 3,000 Anglais ayant passé, infanterie et cavalerie, sur le premier, il fit quitter à ses troupes auparavant postées à Rheindurkheim, Frankenthal, Oppenheim et Novdheim, les positions qu'elles occupaient; le A juin, 10 B. et 4 4 E. passent le Rhin, campent entre Nordheim et Kleinhausen sur la rive gauche de la Weschnitz.

Le 5 juin, 13 B. et 10 E. des camps de Nordheim et de Rheindurkheim suivent ces troupes sur la Weschnitz : les gardes françaises et 3 E. traversent Nordheim, pendant que le prince de Dombes, à la tête de 22 B. et 20 E., passe le Neckar à Heidelberg. Le 6, arrivé à Lorsch, il est rejoint par les gardes françaises. Les troupes de Nordheim et de Rheindurkheim s'établissent à Biblis et Kleinhausen avec le quartier général ù Lorsch. En môme temps que la maison du roi passe le Rhin à Nordheim, les gardes suisses et! B. restent i\ la rive gauche pour garder le pont.

Le 10 juin, l'armée arrive à Plungstadtpour prendre position sur la petite rivière la Schwarz, qui coule à Gérau et àTrébur. Cependant M. de Berchiny passait le Rhin sur le pont volant d'Oppenheim, occupait Gros-Gerau avec 2 régiments de hussards, les dragons et les hussards Esterhazy; la maison du roi de Gross-Rorheim s'avançait jusqu'à Eberstadt. Les Autrichiens, de leur côté, ayant passé le Mayn, joignirent les Anglais et les Hanovriens et placèrent à Russelheim leur droite et à Schwanheim leur gauche. Mais, à la nouvelle de la marche sur sept colonnes des Français sur Gros-Gerau, leur armée, entièrement réunie, repasse le Mayn le 12, campe à Ilochst, le 15 marche sur Aschaffenburg, y arrive le 17. Lord Stairs fait occuper la ville, t;indis que notre armée, à la pointe du jour, décampe deGioss-Gerau, marche sur six colonnes et campe à Arheilgen.

Le 18, de Dieburg, où le quartier général est établi, M. le duc de Gramont, détaché avec la brigade des gardes, celle de Noailles-infanterie, les dragons et les hussards, se porte aux défilés d'Aschaffenburg, s'étend, le 19, dans la plaine de Stockstadt, forçant un détachement ennemi à repasser le Mayn; dans la soirée, l'armée campe

dans la plaine même de Stockstadt, pendant que Obernburg et Niederberg sont occupés par des détachements.

Lord Stairs est le 21 à Aschafîenburg, ayant sa gauche à cette ville et sa droite appuyée aux hauteurs couvertes de bois ob. se trouvaient les Hanovriens. Le 23 juin, le maréchal quitte le camp de Stockstadt pour celui de Seligenstadt, y construit un pont sous la protection de l'artillerie et d'une brigade d'infanterie, en préparant un autre à Niedernberg.

Le 25, 2 brigades d'infanterie, 2 régiments de dragons et la cavalerie de la gauche de la deuxième ligne se campent aux ponts de Seligenstadt, à la gauche du Mayn. La brigade des gardes et celle de Noailles passent à la gauche de la Gersprenz. Saisissant alors l'occasion qu'il avait si bien su faire naître et trouvant l'ennemi dans une position où il lui était possible de l'affamer, le maréchal de Noailles masque le pont d'Aschaffenburg par un retranchement, établit des postes le long du Mayn jusqu'au pont de Seligenstadt, en l'appuyant de 2 régiments de hussards, pendant qu'il jette un nouveau pont sur le haut Mayn à Niederberg, au-dessous d'Aschaffenburg. Notre armée alors passe le Mayn sur le pont de Seligenstadt et aux gués voisins; un corps le traverse à Aschaffenburg, dont il s'empare.

Le roi d'Angleterre, qui tirait peu de vivres de la Franconie, se sentit alors en danger d'être affamé; il voulut se retirer, la position choisie par lord Stairs était si bien fermée qu'il pouvait facilement nous arrêter, mais qu'en revanche nous pouvions l'empêcher d'en sortir. C'est ce que le maréchal pouvait raisonnablement espérer, et ses dispositions étaient très bien prises pour réussir; Louis XV y comptait : « J'espère, écrivait-il au maréchal de Noailles le 22 juin, que vous préviendrez les ennemis aux défilés, ou, au moins, que vous né les y laisserez pas passer impunément, "désirant, autant que le comte de Noailles, que vous puissiez frotter d'importance ces messieurs anglo-autrichiens : vous voyez que je me conforme aux mots nouveaux quand ils me paraissent bons. »

Cette victoire qui semblait assurée se changea en insuccès.

Sur le mouvement (1) que firent les ennemis, le IG et 17, en quit-

(1) Armée française : Infanterie, 7C B. (régiment des gardes françaises et suisses, 9. Navarre, 4. Piémont, 4. La Marine, 4. Rolian, S.Auvergne, 2. Le Roi, 4. Dauphin,

tan le camp de Hôchst au-dessous de Francfort pour se rendre sur le haut Mayn, l'armée du roi quitta son camp de Gerau et se porta en trois marches vis-à-vis d'Aschaffenburg. Cette ville appartient à l'électeur de Mayence, elle est située sur la rive droite du Mayn, et les ennemis s'en étaient déjà emparés, parce qu'ils étaient déjà de l'autre côté. Leur armée, campée le long de la rivière, en était peu éloignée. Leur camp adossé à la montagne, leur droite s'appuyait au village de Rlein-Ostheim et leur gauche à la ville d'Aschaffenburg : ces deux endroits touchent à la montagne et sont sur le bord du Mayn. Notre camp était vis-à-vis du leur, le Mayn entre nous deux, notre droite au village de Gross-Ostheim, la gauche à celui de Stockstadt, avec 2 brigades vis-à-vis le pont de pierre d'Aschaffenburg pour le masquer. Telle était la position des deux armées. L'impossibilité de marcher à l'ennemi, placé sur le bord d'une rivière aussi large, fit prendre le parti à M. le maréchal de les affamer dans leur camp; à cet effet, il occupe sur le bas Mayn Gross-Welsheim, Seligenstadt et Stenheim, et, sur le haut Mayn, Niderberg, Worth, Rlingenberg et Mittenberg. Cette dernière ville, pour nous, était d'une extrême importance à cause delà communication qu'elle pouvait donner aux ennemis avec les troupes de la reine de Hongrie stationnées dans le haut Palatinat de Bavière. Par ce moyen toutes les subsistances apportées de Mayence par le bas Mayn, ou de Franconie et du pays de Wurtzburg par le haut Mayn, leur furent entièrement coupées, de sorte que pendant deux jours le pain leur manqua entièrement, et que le soldat fut réduit

2. Touiaine, 3. Eu, 2. Noailles, 3. Brancas, 2. Orléans, 2. Artois, 1. Aubeterre, 1. Contlé, 2. Royal-Mariuo, l.Breaudc et Fontenoy, artillerie, 2. Mortemart, 1. Biroii , 1. Nice, 1. Penthièvre, 2. Bearn, 1. Haynault, 1. Bigore, 1. Forcsf, 1. La Marche, 1. Vivarais, l.Vexin, 1. Dauphiné, l.Bassigny, 1. Beaujolais, 1. Bulkeley, l.Clare, 1. Dillon, I. Chartres, 2. Rooth, 1. Bervvick, 1. Gardes lorraines, i). Cavalerie : 139 E. Gardes du corps, compagnies de Noailles, Charost, Viileroy et Harcourt, 8. Grenadiers à cheval, 1. Chevau-légers, 1. Gendarmes, 1, et 2 compagnies de mousquetaires, 2. Gendarmerie, 8. Colonel-général, 4. Mestrc de camp général, 3. Royal, 4. Le Roi, 3. Cuirassiers, 3. Cravates, 3. Royal-Piémont, 3. Royal-Allemand, 3. Carabiniers, 10. Royal- Pologne, 3. La Reine, 3. Berry, 3. Orléans, 2. Clermont-Prince,

3. Penthièvre, 2. Brancas, 3. Tallcyrand, 2. Clermont-Tonncrre, 3. Chabrillan, 2. Egmont, 2. Grammont, 2. Andlau, 3. Fleury, 1. Vogué, 3. Vintimille, 2. Camille, 2. Chabot, 2.Noailles, 2.Filz-Jamcs, 3. Hussards ErsolTy, C. Berchiny, 6. Eslerhazy, 4. Dragous-Mestrc de camp général, 3. Royal, 4.Bauflremont, 4. Surgères, 4. Maiily, 4).

à la derni-ration. Ne pouvant alors se soutenir plus longtemps dans une pareille position, ils décampèrent la nuit du 26 au 27.

M. le maréchal en fut averti à une heure après minuit : il monta aussitôt à cheval et donna ordre aux troupes de se tenir prêtes à marcher; il se porta lui-même en avant, côtoyant le Mayn, vit les ennemis en pleine marche sur deux colonnes, et prenant le chemin d'Hanau tant par la route ordinaire que par celle qu'ils s'étaient ouverte sur la pente de la montagne au travers des bois. Ainsi, bien assuré par lui-même de leur marche, il se rend sur-le-champ à Seligenstadt, où il avait établi deux ponts sur le Mayn, sur lesquels, aussitôt qu'il fut arrivé, il fit passer les 3 brigades (1) qui y étaient campées, et ces brigades furent jointes quelque temps après par celle des gardes françaises et celle de Noailles, qui avaient reçu leur premier ordre de marche. Il fit traverser aussi en même temps, à des gués reconnus, 12 E, de cavalerie, 11 de dragons et environ 6 E. de hussards. Le maréchal aussitôt place une brigade d'infanterie dans le village de Klein- Welsheim sur le bord du Mayn, formant notre droite, notre gauche restant appuyée à un bois, la cavalerie dans le centre; par cette position, la plaine se trouvait fermée. Il laissa des officiers généraux pour placer, suivant cette première disposition, des troupes qui devaient arriver. Il repasse ensuite lui-même le Mayn, observe les manœuvres de l'ennemi qui commençait à se former, donne l'ordre en même temps d'occuper le village de Dettingen (2), qui venait d'être abandonné.

Ces dispositions arrêtées, l'action s'engage; le maréchal revenait sur la rive gauche pour observer les mouvements de l'ennemi, qui

(1) Touraine, Auvergne et Orléans.

(2) Le village de Dettingen est coupé par un ruisseau, le Beck, qui forme ravin audessus du village ; ses bords sont couverts d'arbres et de baies vives, on ne peut y arriver que par un chemin creux, aussi l'armée alliée devait défiler en colonne sur ce chemin. Le maréchal place 8 brigades d'infanterie dans le village de Dettingen, et ordonne à l'officier général qui les commandait de n'en sortir que lorsqu'il l'en avertirait. Son plan était qu'aussitôt la première colonne engagée dans le défilé, en deçà du ruisseau, ces brigades se plaçassent entre la colonne et le ruisseau, l'attaquassent à dos, pendant que la maison du roi et le gros de l'infanterie la chargeraient de front. Pour empêcher les autres colonnes de soutenir la première colonne, on la fbudioierait avec l'artillerie-, des brigades devaient encore donner sur les derrières de l'ennemi, en escarmouchant ; le succès s'annonçait certain.

SUCCESSION D'AUTRICHE. — MAYN (1743). 3Jo

reculait déjà sous le feu rapide et sûr de son artillerie. Le désordre se répandait dans leurs colonnes, et, ainsi exposés à nos feux, bien qu'encouragés par la présence de George II et du duc de Cumberland, son second fils, ils devaient tous y rester, sans l'impatience du duc de Gramont, neveu du maréchal, qui, à la vue du désordre des alliés et désirant se signaler, débouche de Dettingen à la tête des gardes françaises. Cet aveugle courage rend impossible l'action des batteries placées de l'autre côté du Mayn. Alors les alliés reprennent courage et leurs acclamations sont un présage de victoire. Le maréchal court en toute hâte, il arrive trop tard. Déjà 5 brigades, la maison du roi, des régiments de cavalerie, de dragons, étaient engagés dans la plaine.

De défensive, la bataille devenait offensive; il fallut sur-le-champ prendre de nouvelles dispositions. Les premiers corps engagés manquèrent de fermeté; le régiment des gardes, refoulé deux fois par le feu des Anglais, faiblit ; la maison du roi ne montra pas cette éclatante bravoure qui l'avait rendue si célèbre. Vainement la maison du roi à cheval et les carabiniers enfoncèrent par leur impétuosité deux lignes entières d'infanterie, ces lignes sont bientôt reformées; les officiers du régiment des gardes cherchent à rétablir le combat et marchent hardiment à la tête d'un faible corps d'infanterie; '27 sont tués sur place, sans compter les blessés; le régiment des gardes est mis dans une déroute complète; le duc de Chartres (1), le prince de Clermont, l'arrière-petit-fils du grand Condé, le comte d'Eu (2), le duc de Penthièvre, malgré sa grande jeunesse, faisaient des efforts inouïs pour arrêter, le désordre. Le comte de Noailles a deux chevaux tués sous lui; le duc d'Ayen, son frère, est renversé. Dans ce désordre affreux, la

(1) A Dellingon, le duc do Cliartres conduisit vaillamment son régiment. Proportion gardée, ce régiment fut celui de tous les corps qui souffrit le plus dans cette journée : 6 officiers et 60 soldats tués; le colonel-lieutenant de Balleroy, 1" officiers, 110 soldats blessés. La propriété du régiment avait été donnée en 1737 à Louis-I*liili|)pe I'"" d'Orléans, 3<= duc de Chartres, transmise le 20 mars 1752 à son (ils Louis-Pliilippe-Josepli , qui la passa le 21 novembre 1785 à Louis Philippe, devenu roi des Français.

(2) Voltaire a immorlalisé la bravoure des deux princes, le comte d'Eu et le duc de Penthièvre, dans son poème de l'ontenoy, dédié à la duchesse du Maine.

D'Eu, par qui des Français le tonnerre est guido.

(Voltaire, OEiwres coniplêles, Ijouchot, t. \\T, p. lOO-Ut.'i.]

maison du roi et les carabiniers conservaient leur sang-froid ; ils combattaient, mais ce n'étaient plus que des hommes défendant chèrement leur vie. Bientôt les gendarmes, les mousquetaires, les chevau-légers, les gardes du corps et les grenadiers à cheval se trouvèrent combattant pêle-mêle avec les gardes françaises et les autres corps d'infanterie. Le marquis de Gontaut a le bras cassé; le comte d'Harcourt, de la Motte-Houdancourt, sont blessés. Le duc de Rochechouart est ttié sur place, ainsi que les marquis de Sabran, de Fleuri, le comte d'Estrade et de Roslaing. Enfin, après trois heures de ce carnage continuel, le maréchal de Noailles ordonne la retraite. « On pressa, dit-il lui-même dans son rapport, M. de Noailles, sur les 4 heures et demie, d'ordonner la retraite ; il se rendit aux représentations qui lui furent faites; toutes nos troupes repassèrent le défilé en ordre et sans être suivies, se remirent ensuite en bataille, et regagnèrent ainsi leur camp, Tinfimterie en repassant le Mayn sur nos deux ponts, et la cavalerie au gué.

« Les ennemis conviennent avoir perdu 1,700 hommes tués sur le champ de bataille; ils ont encore eu plus de blessés. De notre côté, nous n'avons pas perdu 600 hommes, elle nombre des blessés ne va pas à plus de 1,200 hommes dont on peut môme regarder le quart comme n'ayant que de simples blessures, puisque beaucoup sont partis à pied pour se rendre aux hôpitaux qui sont sur les derrières. Nous avons perdu quatre étendards, ceux qui les portaient ayant été tués avec leurs chevaux, et nous leur en avons pris trois. Le régiment d'Auvergne a pris une pièce de canon pendant le combat. Les ennemis se retirèrent pendant la nuit, et le firent avec tant de précipitation qu'ils abandonnèrent deux de leurs pièces de canon avec un grand nombre de blessés. Nous en avons actuellement ici plus de 600 que M. le maréchal a fait tirer de dessus le champ de bataille ou de quelques villages voisins, pour les transporter dans des hôpitaux, et dont il fait prendre le même soin que des nôtres. »

Dans cette journée, on se rallia trois fois inutilement contre les ennemis serrés en plusieurs lignes d'où sortait un feu continuel et meurtrier. Le duc de Chartres, petit-fils du Régent (il avait dixhuit ans), se distingua dans cette action, ralliant les troupes et les ramenant lui-même au combat. M. de Rochechouart, âgé de 22 ans, colonel du régiment d'infanterie Rochechouart, y fut

tué; ayant perdu le drapeau de* son régiment dans cette déroute, il s'était mis à la tête de ses officiers avec ses grenadiers, et avait repris son drapeau en laissant 17 officiers sur le terrain. MM. de Montai, de Bulkeley, Ségur, Luttanges, duc de Biron, ducs de Richelieu, de Luxembourg, d'Apscher, de Boufflers, de Soubise, de Picquigny, Duras, de Lorges, de Gontaut, de Beuvron, s'y firent remarquer excitant les troupes à leur devoir.

Le lendemain, 28 juin, l'armée britannique passe la Kinzig, campe sur une ligne, la gauche à Kesselstadt, près Hanau, la droite àFeckenheim, trop heureuse de s'être sauvée d'un poste qui avait failli lui être si funeste et abandonnant ses blessés, que lord Stairs recommande par une lettre expresse à la générosité du maréchal de Noailles. En France, oh l'on plaisante volontiers dans les cas les plus graves, cette journée fut ap])elée journée des hâtons rompus, parce que MM. d'Harcourt et de Gramont avaient compté sur le bâton de maréchal, qu'ils n'eurent point. Six semaines plus tard, le comte de Stairs définissait en ces termes cette victoire sans résultats pour le vainqueur : « Je pense que les Français ont fait une faute, et nous, deux; la vôtre a été de ne pas savoir attendre; les deux nôtres ont été de nous mettre d'abord dans un danger évident d'être perdus, et ensuite de n'avoir pas su profiter de la victoire. » Mais les Anglais étaient si fatigués qu'ils nous laissèrent nous retirer sans poursuivre et bivouaquèrent sur le champ de bataille, tout en convenant que la position était critique.

« George l'eût payé cher à Dettingen, sur le Mayn, sans l'imprudent mouvement du duc de Gramont; car les dispositions du maréchal de Noailles étaient dignes du plus grand capitaine. » (Frédéric II, Histoire de mon temps, t. IL)

Aussitôt que la nouvelle de la défaite se répandit en France, ce fut un concert d'imprécations où l'on n'épargna ni M. de Gramont, ni les gardes françaises.

« Il se répand un bruit qui perd de réputation le régiment des gardes françaises et une partie de la maison du roi. M. de Noailles marque qu'ils ont lâché pied; on désire fort que le roi humilie ce corps en punissant sa lâcheté. On dit cela d'autant plus que c'est à ce régiment de donner l'exemple. On parle en fort mauvais termes de M. de Gramont; il est l'objet de l'indignation publique. Si la maison du roi a été si maltraitée, c'est parce qu'elle ne sait

ni escacironner, ni faire la manœuvre de guerre, et qu'il est éton nant qu'on néglige pour ce corps toute discipline militaire. »

« L'on nous fait passer le Mayn, écrit le 27 juin le comte de Saxe à M. de Briihl, le matin à 5 heures par les ponts et par les gués à droite et à gauche des ponts, et cela par les bons conseils du duc de Gramont, qui fait tout, ne doute de rien, et qui a cependant oublié de se pourvoir des qualités nécessaires à un général. »

Aussi plus tard le duc de Gramontchercha-t-il à réparer sa faute : il tomba frappé mortellement à Fontenuy par un des premiers boulets des batteries anglaises, sous les yeux du maréchal de Noailles. Il expia ainsi la part très grande qu'il avait prise à un acte funeste d'indiscipline. On doit donc, pour être tout à fait juste, le décharger d'une partie de la responsabilité qu'on chercha, dans un premier mouvement de colère, à faire peser sur lui et écouter les appréciations de ceux qui jugèrent de l'événement plus froidement que la masse. Les seuls qui virent clair, connaissant le fond des choses, furent le maréchal et le roi lui-même. Le premier écrivait à Louis XV :

« C'est à la seule discipline des ennemis, à la subordination des officiers et à l'obéissance au commandement qu'on doit attribuer les manœuvres qu'il ont faites hier ; et c'est avec douleur que je suis obligé de dire à V. M. que c'est ce qu'on ne connaît pas dans ses troupes, et que si Tonne travaille pas avec l'attention la plus sérieuse et la plus suivie à y remédier, les troupes de V. M. tomberont dans la dernière décadence. »

A cette lettre énergique, le roi répondit :

« J'ai toujours été bien persuadé de la valeur de nos jeunes seigneurs; mais ce qu'il convient que vous étudiiez en eux, c'est les talents qu'ils développeront pour que vous les cultiviez, afin qu'ils puissent devenir de bons généraux, ce dont tout le monde convient que nous manquons, et pourtant ce dont cet État-ci aura toujours un besoin extrême. Je ne suis pas moins fâché que vous de ce que vous me dites de ma maison et surtout de celle à cheval; trop de complaisance doit en être la cause, tenons-nous-le pour dit pour l'avenir. Je garderai le secret que vous m'en demandez : mais le tout est déjà public et peut-être même plus enflé qu'il n'est, car vous savez qu'en ce pays l'on y va fort vite, soit d'une façon, soit d'une autre. Certainement il faut apporter tous ses soins et tout son

argent à l'état militaire; car je vois bien que c'est le soutien de l'État, surtout étant aussi jalousé qu'il l'est par nos voisins. Dans rhiver, nous verrons ce qu'il y aura à faire pour l'année prochaine et à la paix pour l'avenir, laquelle il ne faut pas faire honteuse qu'on n'y soit contraint par la très grande force, et j'y suis bien déterminé, au péril même de ma vie. »

Le mal était à son comble; outre l'influence ordinaire de la misère et de la démoralisation sur les armées, nos soldats s'étaient gâtés en Allemagne au contact des pandours et des croates, et se livraient à leur exemple à tous les excès. Il fallait à tout prix remédier à un tel état de choses; heureusement il y avait alors à la tête des affaires de la guerre M. d'Argenson pour marcher avec le duc de Noailles dans le système des réformes qu'il méditait. De son côté, d'Argenson avait besoin d'un chef militaire qui le comprît et qui eût la force nécessaire à l'exécution de ses projets.

Cet homme ne se trouvant pas parmi les officiers généraux français, le maréchal de Noailles jeta les yeux sur un militaire étranger qui, seul, avait su faire combattre ses troupes et obtenir des succès. Ce général était Maurice de Saxe. Élevé dans les principes sévères, mais un peu minutieux, de l'école allemande, entré au service de France en 1720, il avait obtenu immédiatement du Régent la propriété du régiment étranger de Sparre. 11 s'était appliqué à y introduire cette régularité peut-être excessive, cette précision mathématique qui distinguait déjà l'armée prussienne. L'exemple fut suivi par les colonels des autres régiments allemands, et, à la tête de sa division, il s'était déjà fait remarquer pendant les campagnes de 1742 et 1743. Après la déroute de Dettingen, le ministre lui donna le commandement de l'armée ou plutôt de ce qui en restait, et il s'appliqua sans relâche à y rétablir l'ordre et la discipline. Ses efforts furent couronnés de succès et préservèrent la France de l'invasion dont la menaçait l'archiduc Charles.

Au 1" juillet, l'armée de M. le maréchal de Noailles (79 B. et 113 E., non compris les compagnies franches) campa à Steinheim, la droite au Mayn, la gauche au ruisseau de Mulheim ; M. de Berchiny occupait Offenbach avec des dragons et des hussards. M. d'Apcherest envoyé avec un détachement à Sprendlingen pour couvrir la gauche de notre armée et veiller aux mouvements des

ennemis à Hôchst. L'ennemi élail au delà d'Hanau et de la rivière de laKinzig.

Le 2, le maréchal s'avance au delà de Sleinheim, démarche hardie qui parut en imposer à l'ennemi et donna plus de confiance à nos troupes. C'est alors qu'il apprit le retour inopiné de M. de Broglie. Sur l'avis des mouvements ennemis vers Offenbach, il détache 3 brigades d'infanterie, les carabiniers et 3 régiments de dragons pour occuper ce poste et. celui de Bergen de l'autre côté du Mayn, afin de leur couper leurs subsistances et la communication avec Wurtzburg, puis il se rend à Francfort.

L'empereur, aussitôt après l'abandon de l'Isar par le maréchal de Broglie, avait quitté Munich et s'était retiré avec toute la famille impériale à Augsburg; puis, voyant tous ses États livrés aux Autrichiens, il partait d'Augsburg, le 26 juin, et arrivait à Francfort. Son armée n'avait pas suivi celle de M. de Broglie; elle s'était retirée à Wemding près Donauworth, petit territoire indépendant de la Bavière dans le cercle de la Franconie, et, l'empereur ayant déclaré que cette armée faisait partie de celle de l'Empire pour se joindre aux troupes des cercles, la reine de Hongrie consentit à faire cesser toute hostilité contre elle, dans les terres neutres, à condition qu'elle en ferait de même à l'égard de ses troupes et qu'elle ne s'opposerait pas à leur marche dans l'Empire.

M. de Noailles, tout en s'intéressant à son sort, pensait surtout à la France et, après l'avoir vu, écrivait au roi : « Ce n'est plus aujourd'hui le moment d'examiner s'il convient de se lier avec ce prince, tant par rapport à son caractère personnel qu'à celui des personnes qui l'environnent, non plus qu'au peu de ressources et de moyens qu'on peut trouver dans ses Étals; il s'agit de sortir honorablement de l'engagement qu'on a contracté avec lui, et l'on ne parviendra jamais à débrouiller le chaos dans lequel toutes les affaires sont tombées, qu'en trouvant le moyen de se servir de l'empereur comme d'une idole qu'on doit continuellement présenter à tout l'Empire, pour l'arrêter et l'empêcner de se livrer aveuglément aux vues des Anglais et des Autrichiens, qui ont conjuré, sinon la perte de votre État, au moins son démembrement. »

Louis XV, sous l'impression des derniers événements, lui répondait le 13 juillet : « J'en dirais trop et ferais trop, si je me laissais gagner à ma mauvaise humeur : il s'agit de la retraite de Bavière...

SUCCESSION D'AUTRICHE. — MAiTN (1743). 351

(( Pour ce qui concerne l'empereur, je suis bien convaincu qu'il faut le soutenir tant que nous pourrons, et je ne veux pas croire que trautres pensent autrement. Le subside pour le faire vivre est très juste; à l'égard de celui, pour ses troupes, je vous avouerai que je ne pense pas de même, et je crains toujours que ces troupes-là ne nous soient plus nuisibles qu'utiles. Passe qu'il ait un certain pied de troupes, mais point trop au-dessus de ses forces... Comptez qu'il ne démordra jamais de ses projets... Ce qui est passé est passé, ainsi ne songeons plus qu'au présent et à l'avenir. Le présent est de soutenir cette guerre de toutes nos forces, et l'avenir est de faire la paix le plus tôt possible et la moins onéreuse qu'il soit possible. J'excuse votre liberté et vous en remercie, sachant d'oti cela part. Continuez à me donner des marques de votre amitié et de l'intérêt que vous prenez à ma gloire et au bien de mon royaume. »

Le maréchal de Noailles fut donc chargé du soin de veiller à la conservation de la position depuis le Ilhin jusqu'à la mer. Pour lui en donner les moyens, on mit sous ses ordres toutes les troupes ramenées de Bavière,

M. de Broglie, à son arrivée à Wimpfen avec les dernières divisions de son armée, le 8 juillet, remit ce même jour son commandement à M. de Saxe, et se rendit à Strasbourg.

M. de Noailles, découvert sur sa droite par la retraite de l'armée de Bavière, se trouvait alors sur le Mayn, séparé par cette rivière de l'armée des alliés, campée entre Hanau et Francfort : sa première pensée fut de laisser le comte de Saxe sur le Neckar avec un corps composé' de celles des troupes de l'armée de Bavière dans le moins mauvais état, et d'envoyer le reste en Alsace pour se réparer et partager avec les paysans de cette province la garde du Rhin; mais informé que les troupes légères autrichiennes s'étaient déjà fait voir sur les bords du Neckar et que l'armée du prince Charles les suivait sur trois colonnes, qui devaient arriver à Esslingen, Rannstadt et Marbach le 18, il se détermine à abandonner le Neckar, et M. le comte de Saxe fait successivement mettre en marche toutes les troupes de Bavière pour repasser le Rhin à Spire. Elles y furent rassemblées le 13.

Le 15 juillet, l'armée part de Plungstadt et, traversant le ruisseau de Land-Graben, elle campe le môme jour près Gernsheim, à Gross- Rorheim. M. le duc de Chevreuse est détaché à Bensheim avec

3 régiments de dragons, M. d'Apcher avec 2 autres , M. de Berchiny vers la montagne, M. Phelippesà Wernsheim; et M. Duménil, après avoir évacué les magasins de Dieburg, se replie sur Zwingenberg. Tous les corps détachés s'approchent de Zwingenberg. M. Phelippes occupe Lorsch et Rleinhausen. M. le duc de Chartres est détaché pour protéger la marche du convoi de Zwingenberg. L'artillerie et une partie de l'armée passent le Rhin, au pont de Rheindurkheim, avec tous les corps séparés.

Pendant ce temps, l'armée de Bavière se rassemblait à Spire, sous les ordres du comte de Saxe, au nombre de 37,000 hommes, dont 4,000 détachés pour couvrir le Neckar, et le surplus campe dans des terres non ensemencées

MM. de Montai et de Balincourt sont appelés en Lorraine à la tête des troupes destinées à la sûreté de cette province, et M. de Laval, qui en avait le commandement, fut restreinte celui des Trois- Évêchés. M. de Gensac, chargé de veiller aux mouvements des ennemis vers la haute Alsace, apprenant qu'ils se portaient à Brisach etFribourg, que même le prince Lobkowitz était déjà arrivé à cette dernière ville, donne des ordres aux différents commandements de places pour détacher leurs troupes de garnison et les faire marcher à Ottmarsheim, Rumersheim, Biesheim, près deNeuf-Brisach, et à Marckolsheim.

L'artillerie avait passé le 16, et, pendant la nuit du 17, les bagages, l'infanterie, la cavalerie et les dragons de l'aile gauche sous les ordres de M. de Glermont. Le corps de M. Phelippes doubla l'arrière-garde, et on laissa seulement de l'autre côté du pont quelques grenadiers pour le replier, quand les magasins à fourrage auraient été évacués.

Dans la nuit du 17 au 18, les troupes avaient repassé le Rhin (1).

(l)État des troupes qui composaient l'armée de Noaillcs, le 17 juillet, après le passage du Rtiin. Infanterie : 81 B. (Gardes françaises, 6. Gardes suisses, 3. Piémont, 4. Navarre, 4. La Marine, 4. Rolian, 3. Auvergne, 2. Le Roi, 4. Dauphin, 2. Touraine,3. Eu, 2. Noailles, 3. Brancas, 2. Orléans, 2. Artois, 1. Aubeterre, 1. Condé, 2. Royal, 1. Brcande-artillcric, 1. Monnin-Suisse, 2. Morlemart, 1. Biron, l.Nice, l.Pentliièvre, 2. Rerry, 1. Bearn, 1. Haynault, l.Bigorre, 1. Forest, 1. La Marche, 1. Nivernais, 1. Vexin, 1. Dauphiné, l.Bassigny, i. Beaujolais, 1. Buliieley, 1. Clare, 1. Dillon, I. Chartres, 2. Rooth, 1. Bervvick, 1. Gardes lorraines, L Royal- Vaisseaux, 3. Conli, 2).

(Ces deux derniers (ô. B.) sont tirés de l'armée de Bavière.)

M. le maréchal, ne doutant pas que le prince Charles n'eût alors commencé à passer le Neckarà Kannstadt, le 18 juillet, s'occupe d'établir les troupes revenues de Bavière. Il expédie 28 B. et 36 E. en haute Alsace, les 20 et 21 juillet, aux ordres de M. de Clermont- Gallerande, et dirige en même temps 20 B., 2 régiments de cavalerie et de dragons en Lorraine, en pays messin et sur la frontière de Champagne.

Ainsi obligé de rester à Worms, jusqu'à l'entière évacuation des magasins de cette place et de ceux qui nous restaient à Spire, le maréchal, avant son départ, fait avancer, le 24 juillet, la maison du roi sur la Bruche, entre Strasbourg et Phalsbourg, ainsi que la brigade des gardes et expédie en môme temps les troupes de M. le comte de Saxe à portée de Schelestadt, pour qu'il ne pût être devancé dans la haute Alsace par le prince Charles, et pour faciliter le retour de notre armée par Spire et Landau. Maurice de Saxe obéit, mais il avait sa manière de voir et ne se cachait pas. Il écrivait de Spire, le 25 juillet, à Auguste III : «Sire, notre destinée est de nous retirer. On m'a donné un commandement en Alsace ; et comme j'ai Landau, Strasbourg, Béfort et Huningen à défendre, je pourrai mettre peu de troupes en campagne pour empêcher M. le prince Charles d'entrer en Alsace : mais j'y ferai de mon mieux. Pour un Allemand et un luthérien surtout, ce n'est pas peu de chose. Que Dieu me lire bien de ceci, et je lui promets une belle chandelle. M. de Noailles avec son armée est destiné à suivre les Anglais; il se porte sur Luxembourg; son armée est plus forte et meilleure que la mienne. Il ne m'a donné que les épluchures de la sienne, et m'a pris ce qu'il y avait de meilleur dans celle de Bavière; mais celui qui fait les parts, fait ordinairement la sienne bonne (1). »

Cavalerie •• 149 E. Maison du roi, 13. Gendarmerie, 8. Colonel-général, S.Meslre de camp général, 3. Royal, 3. Le Roi, 3. Cuirassiers, 3. Cravates, 3. Royal-Allemand, 3. Carabiniers, 10. Royal-Pologne, 3. La Reine, 3. Orléans, 2. Clermoul- Prince, 3. Penlhièvre, 3. Brancas, 3. Talleyrand, 2. Clermont-Tonnerre, 3. Chabrillan,

2. Egmont, 2. Gramont, 2. D'Andlau, 3. Fleury, t. Vogué, 3. Vintiniille, 2. Prince- Camille, 2. Chabot, 2. Noailles, 2. Berchiny-hussards, 6. Royal-Piémont, 3. Rerry,

3. Filz-James, 3). (Ces trois derniers tirés de l'armée de Bavière). Dragons-Mestre de camp général, 3. Royal, 4. Baui'fremont, 4. Surgères, 4. Mailly, 4. — Infanterie : 81 B. A défalquer, 39 : reste, 42. Cavalerie : 149 E. A défalquer; 46 : reste, 84.

(1) Troupes de M. de Saxei Infanterie : 25 B. (Normandie, 4. La Sarre, 1. Royal- T. II. 23

Le 25, l'armée décampe de Worms sur quatre colonnes et s'établit à Hefsheim.

Quant au côté de la Meuse (1), le duc d'Harcourt reste chargé de celte partie de la frontière en faisant encore filer vers la haute Alsace 8 E. de gendarmerie et 5 de carabiniers, aux environs de Landau. Sachant que le prince Charles se dirigeait sur le Brisgau, le maréchal de Noailles annonce au ministre de la guerre, le 26 juil- * let, que son armée quitte Spire pour Hefsheim, près de Frankenthal, avec 6 compagnies et le régiment de Berchiny, laissés sous les ordres de cet officier pour assurer les communications avec Mannheim.

Les Autrichiens, venant de Bavière, s'étendaient de Rastadt à Bruchsal. Les nôtres, alors entre Spire et la Rehutte, repassent le ruisseau et vont camper entre Spire et Heiligestein. M. de Sallières, avec 15 B., 2 régiments de dragons et 1 brigade de cavalerie, devait commander à Landau et réparer la place; M. de Rupeimonde fut chargé des lignes de la Lauter. Bientôt le maréchal, menacé par le mouvement des Anglais venant de Worms, prend position entre Landau et le Rhin, puis rétrograde jusqu'à Haguenau, « espérant, écrivait-il au roi, dans le mois d'octobre et, plus que tout, dans les irrésolutions du roi d'Angleterre pour nous tirer du mauvais pas où nous sommes. »

Il ne s'en tenait pas moins sur ses gardes, car le prince Charles avait son quartier général à Durlach et Muhlburg, vis-à-vis de Lauterbourg, et les Anglais cherchaient, en envoyant des bateaux à Mayence, à faire un pont au-dessous de cette ville. Aussi le maréchal ne devait-il pas moins s'occuper du salut de l'Alsace que des moyens de prévenir les entreprises des alliés du côté de la Moselle.

Roussillon, 1-Revel, 1. Saxe, 1. La Marck, 2. Lorraine, 1. Canibrésis, 1 . Luxembourg, 1. Royal-Suédois, 2. Engliien, 2, Monnin-Suisse, 2. Beaujolais, 1. Béarn, 1. Bigorre, 1. Forest, 1. Daupliiné, 1. Royal-Bavière, 1). Cavalerie : 40 E. (Colonel-général, 2. Bretagne, 3. Bourbon, 3. Saint-Simon, 3. Beauvilliers, 3. Talleyrand, 3. Clerniont- Tonnerre, 3. Chabrillan, 3. D'Andlau, 3 Dragons-la-Reine, 4. Nicolaï, 4).

(1) Troupes destinées à la haute Lorraine et au pays messin : 20 B. (Royal, Blaisois, Périgord, Sainton^e, Guise, Vermandois, Guyenne, Royal -Comtois, Bonac, Boulonnais, Angoumois, Agenois, Valenceau, artillerie, Beauvoisis, la Couronne-Santerre). Cavalerie : Roussillon, Dauphin, 6 E. Dragons d'Harcourt, 4, devant occuper Nancy, Toul, Sedan, Metz, Verdun, Sarrelouis, Thionville, Longwy, Monlmédy, Bitche, Phalsbourg.

iSUCCESSION D'AUTRICHE. - MAYN (1743). 355

Sans trouver nécessaire de prononcer aucun mouvement vers cette province , il ordonne cependant à la brigade de Brancas de partir de Landau, le 7 août, de se rendre à Bitche en deux jours, d'y garder ce posle et d'y aider aux travaux de M. de Boufflers. Le Rhin, c'està-dire la partie entre Strasbourg et Lauterbourg, lui paraissait celle qui par la position de l'armée du prince Charles était la plus menacée; en conséquence il fait quitter au comte de Saxe son camp de Schelestadt, pour rentrer dans la basse Alsace. L'armée est alors divisée : une partie était destinée à la frontière de la Moselle, de la Sarre, sous le maréchal de Noailles; l'autre, à l'Alsace. Pour parer à l'inconvénient qui résulte du partage de l'autorité, tant que les armées resteront sur la même frontière, on leur donne un seul chef, le maréchal de Noailles.

Tout le mois d'août se passa d'ailleurs en manœuvres rendues nécessaires par la difficile position des Français que le retour de M. de Broglie laissait tout à fait à découvert contre une attaque simultanée des alliés et des Autrichiens. « Je ne l'ai point puni, écrivait le 13 août le roi au maréchal, tant qu'il ne l'a pas mérité, puisqu'il avait carte blanche; à cette heure, m'ayant désobéi entièrement en évacuant la Bavière avec une si grande précipitation, dès qu'il arrivera à Wimpfen, il vous remettra le comm:indement de son armée et se rendra à Strasbourg; il quittera l'Alsace et viendra à Chambray (sa terre en Normandie, aujourd'hui Broglie dans le département de l'Eure) sans passer à Paris. J'ai nommé le maréchal de Coigny an commandement de l'Alsace. »

Vers le 9 août, l'armée anglo-hanovrienne semblait établie entre Hôchst, au-dessous de Wiesbaden sur le Mayn, un corps d'Autrichiens dans la plaine Walluf jusqu'à Schierstein, et la cavalerie tirant sur Biebrich où on jetait un pont, le 11, pour passer le Rhin. Les Anglais avaient passé le 10. En même temps, -pour s'opposer au prince Charles, Maurice de Saxe, renforcé de 15 B. et de 18 E., quitte Spire le 12, et par Belheim, Rheinzabern, arrive le 13 à Lauterbourg. 5 B. et 18 E. étaient partis, le 15, pour la haute Alsace, et 13 E. pour Haguenau,

On sut alors (le 18) que les Anglais poussaient trois colonnes sur Oppenheim, Kreuznachet Bingen, tandis que les Autrichiens, arrivés le 9 à Wilslelt, se portaient le 10 sur le Rhin, de Kititziiigen répandant leurs troupes légères sur le cours de ce fleuve depuis Bischen

jusqu'à Stolihofen, enfin le 16 campaient près du Vieux-Brisach, le quartier général à Munzigen avec des détachements pour la communication sur Fribourg.

Convaincu que les ennemis avaient abandonné leurs projets sur la Moselle, le maréchal rassemble son armée pour passer la Lauter et la porter sur la Queich, la gauche à Landau et la droite à Germersheim (1), et se rencontre à Weissembourg avec M. de Goigny pour concerter leurs plans. Menzel, placé vers la Sarre, d'Oltweiler à Saint-Wendel et Honjburg, avait en face de lui M. de Berchiny; M. d'Harcourt veillait, entre Longwy et Thionville, à la frontière de Lorraine.

M. de Noailles, obligé d'occuper un poste dans lequel il ne pouvait prendre confiance, trouva qu'en abandonnant le cours de la Queich, difficile à garder, et en s'établissant derrière des ruisseaux, des marais et des ravins où l'on pourrait jeter le cours de la rivière, il aurait une position susceptible de la meilleure défense. Il fit commencer les travaux sans retard, car les alliés étaient arrivés le 30 août à Worms, un détachement s'était avancé à hauteur de Franckenthal ; de plus on savait que Menzel avait abandonné Ottweiler et Saint-Wendel pour se porter sur Kaiserslautern, d'où l'on pouvait présumer que toutes les forces des alliés, jointes à celles du

(\) État des troupes campées sur le Queich, entre Landau et Gennersheim. Entre Queicheim et Morlheim : Rohan, 3. Eu, 2. Royal-la-Marine, 1. Pentliièvre,

2. Gardes lorraines, 1 : soit, 8 B. Le Roi, 3. Royal-Allemand, 3. Egmont, 2. Gramont, 2. Vogué, 3. Camille, 2 : soit 15 E. A Damheim : Baufremont-dragons, 4 E, A Essingen : Esterhazy-liussards, 4. E. Entre Morlheim, Offenbach et Ottersheim : Noailles, 3. Haynault, 1. La Marche,, 5. Auvergne, 2. Artois, 1. Touraine, 3. Chartres, 2. Les Vaisseaux, 3. Conti, 2 : soit 18 B. La Reine, 3. Fitz-James, 3. Noailles, 3. Royal, 4. Orléans, 2. Brancas, 3. Chabot, 2 Fleury, 1. Meslre de camp dragons,

3. Mailly, 4 : soit 28. E. Entre Bellheim et Knittelsheim : Brigade des gardes françaises et suisses, 9. Brigade d'artillerie, 1 (10 B.). Mestre de camp général, 3. Cuirassiers, 3. Clermont-Prince, 3. Penthièvre, 2. Vintimille, 2. Cravates, 3. Royal- Piémont, 3 (22. E.). Près de Germersbeim, Piémont, 4. La Marine, 2. Nivernais, 1 : soit 7 B. Royal-dragons, 4. Surgères-dragons, 4 -. soit 8. E. Le 5 octobre, arrivèrent à l'armée les 10 E. de carabiniers et, le 4, le quatrième escadron du Roi ; les régiments, Royal-Bavière, 2. Brancas, 2. Alsace, 3. Orléans, 2. Aubeterre, l. Brigade de Navarre, 5. 15 B. La maison du roi, 13. Commissaire général, 2. La Suze-dragons, 4 : soit 19 E., arrêtés à Haguenau, Weissembourg, Bitche, Rheinzabern, Beinheim, et Drusenheim et à portée de rejoindre en deux ou trois jours de marche. Mortemar (3 B.) reste au fort Louis.

prince Charles, allaient se porter sur la basse Alsace. Le 3 septembre, en effet, eut lieu une attaque générale, depuis Huningue jusqu'à Marckolsheim, dont les points principaux furent Brisach et Rheinwiller. A Vieux-Brisach, M. de Clermont-Gallerande fut repoussé, un pont est jeté et l'ennemi n'avait plus qu'un bras fort étroit à traverser pour entrer en Alsace. A Rheinwiller, M. de Balincourt, plus heureux, repoussa le débarquement qui s'était fait sur 132 bateaux et rejeta l'ennemi au delà du fleuve.

Néanmoins M. de Coigny, sachant que 14,000 hommes s'avançaient du côté de Schaffhouse, demanda du secours à M. de Noailles, qui, inquiet sur sa propre situation, lui fit part du plan qu'il jugeait être le meilleur; il voulait réunir leurs deux armées et marcher sur celle des deux armées ennemies dont la retraite serait la plus difficile. N'ayant plus que 46 B. et 80 E. à opposer aux 80 B. de l'ennemi, le maréchal s'occupa d'assurer sa défense. Il visita les lignes de la Lauter et les trouva dans le plus mauvais état; Lauterbourg était ouvert, le fort Louis sans munitions de guerre; Drusenheim, au confluent de laMauter, poste selon lui très important, n'avait plus que des traces d'anciennes fortifications, et Haguenau n'était pas en meilleur état.

Enfin M. de Noailles ne remarqua partout que négligence; de ces points pourtant dépendait le salut de l'Alsace. Il y fit faire les quelques réparations les plus indispensables; car l'armée alliée avait commencé le 25(1) à se mettre en marche, étaitle27àSpire, campée

(1) Les désertions dans l'armée delà reine étaient très fréquentes. Des correspondances nombreuses viennent à l'appui et toutes dans le genre de celle-ci : « Jean-Joseph Wakaslowich, natif de Hongrie, capitaine de croates, mécontent des injustices de la cour de Vienne, souhaiterait de passer au service de France. Il s'engage d'y conduire 1,000 à 1,200 de ses compatriotes et de servir le roi à pied ou achevai, de la façon que S. M. jugera le plus convenable, et il ne demande, pour lui et les siens, que ce que le roi croira que ses services lui auront mérité. Comme les soldats qu'il emmènera avec lui sont actuellement à l'armée du prince Charles, il partira la semaine prochaine pour s'y rendre. Il y reprendra ses fonctions de capitaine et il trouvera d'autant mieux le moyen de passer à l'armée du roi, que sa troupe est aux postes avancés. Il sera à Francfort dans quelques jours; il supplie de faire savoir les intentions du roi à M. de Lanoue (*), ou qu'on lui indique

(*) De Lanoue-Malbran, chargé d'affaires de France près les diètes d'Olm et de Francfort. Ministre à Ratisbonne. Le 19 mai 17afi, sa déclaration du roi en retirant ses troupes d'Allemagne.

la gauche à la ville, la droite à Harthausen. Malgré le mauvais état des lignes, il manda au comte de Saxe de s'y soutenir autant que possible; celui-ci, ayant besoin de troupes pour cet objet, demanda du secours et, le 30 septembre, on lui envoya le prince deDombes à Sultz (Carabiniers et 1 brigade d'infanterie). Maurice de Saxe, sur qui on comptait, évacua Weissembourg et Lauterbourg, fit rompre tous les chemins qui venaient de la forêt de Niederwald à la Lauter, se proposant de disputer longtemps le passage. Ses bonnes dispositions, l'arrivée de M. de Berchiny le 27 à Bitche et de M. d'Harcourt le 29 à Sarreguemine, ne calmèrent pas les inquiétudes de M. de Noailles, qui venait d'apprendre que Mentzel avait reparu tant à Oltweiler qu'à Saint-Wendel et dans les environs de Deux-Ponts.

« Il n'y a que trois partis (i) à prendre par rapport à l'armée que je commande : ou de s'opposer aux ennemis pour les empêcher de pénétrer, ou de se retirer le long du Rhin de poste en poste jusque sous Strasbourg, ou enfin de faire la même manœuvre le long de la montagne, en choisissant des camps avantageux, sans jamais se commettre, et se conservant toujours une retraite par la gorge de Phalsbourg. De ces trois partis, le premier, et sans contredit le plus honorable, ne peut avoir lieu qu'autantque l'on aurait au moins 60 B. pour opposer aux 80 de l'ennemi, mais ce serait vouloir sacrifier inutilement l'armée du roi, que de l'entreprendre avec 40 B.

« Le second parti, celui de se retirer le long du Rhin sous Strasbourg, donne aux ennemis la facilité de couper la communication de Strasbourg et de toute la basse Alsace avec une partie de la Lorraine, les Évôchés et la Champagne, et dès lors les subsistances de l'armée et les approvisionnements de Strasbourg deviendraient fort incertains.

« Le troisième parti donne aux ennemis la facilité de couper la communication de Strasbourg; il oblige de jeter dans cette place une forte garnison, qui affaiblirait encore d'autant les armées, et 1 ouvre à M. le prince Charles le passage du Rhin.

«Or, de différents bruits, on a conclu que l'armée de M. le prince

un offlcier général auquel il puisse s'adresser pour correspondre avec lui. Il désire surtout M. de Berchiny ou quelque autre parlant allemand. » (1) Au camp d'Haguenau, 30 septembre 1743. M. de Noailtes à M. d'Argenson.

Charles était fort supérieure à celle du roi en haute Alsace. L'armée du roi d'Angleterre est composée d'environ 80 B. (Anglais, Ilanovriens, Hessois, Autrichiens et Hollandais), qu'on peut en général regarder comme très supérieurs en qualité à l'infanterie de la reine de Hongrie. Il y a lUO escadrons de cavalerie et de dragons, 3 régiments de hussards, 12 compagnies franches et des troupes irrégulières à pied, dont on ne sait pas le nombre, qui sont aux ordres de Mentzel (I).

« Le roi, pour s'opposer à ces deux armées, en a deux en Alsace. L'une est composée actuellement de 67 B. et de 121 E. de cavalerie, et de 3 à 4,000 paysans dont on peut fort aisément augmenter le nombre jusqu'à 10,000.

«L'autre armée n'est composée que de 43 B. et de 80 et tant d'E.

« De ces deux armées du roi, celle de 67 B. se trouve destinée à défendre le passage du Rhin contre une de 51 B., et celle de 43 E. doit défendre le passage de quelques ruisseaux contre une de 80 B. »

Tandis que ces dispositions étaient prises en basse Alsace, on essayait aussi en haute Alsace de suppléer par la tactique à l'infériorité où l'on était vis-à-vis de l'ennemi.

Il était évident qu'avec des forces très supérieures les ennemis voulaient tenter une attaque sur nos frontières par les deux extrémités. Dans le grand projet de démembrement de la France, qu'ils formaient alors, il fut arrêté que l'armée combinée se porterait en Alsace, pour faciliter au prince Charles le moyen de passer le Rhin à Bâle et de reprendre la Lorraine, la Franche-Comté et la Bourgogne, Pour défendre le pays menacé, le prince de Gonti occupait le Harlliausen, M. de Lutteaux le gardait depuis Spire jusqu'à Mannheim, et M. du Chayla était placé entre Lingenfeld et Lauteibourg; M. de Clermont-Gallerande était chargé de garder avec 14 B. et 37 E. la partie entre Rhinau et Iluniugue (2).

(1) Jean-Daniel Menlzel, ou Menzel, né àLeipsig on 1698, fait ses premières campagnes sous Auguste le Fort, roi de Saxe et de Pologne; sert dans les armées russes. La réputation qu'il s'acquit à la tête de ses bandes sauvages le rend une terreur. Toujours exalté par le vin, il reçut une balle dans le bas ventre et exjura le lendemain. Sur son lit de mort, il exprima le regret de n'avoir pu pénétrer dans Paris. {Geschicthe des Œstreichischen Ho/s und adels.)

(2) Neuf-Brisach et environs : Lyonnais, 3. Montmorin, 2. Provence, 6. Brie, I :

On recommanda la plus grande surveillance aux commandants d'Huningue, de Neuf-Brisach, du fort Louis, de Lauterbourg et le long du Rhin, car M. d'Estrées, à Huningue, annonçait des dispositions sérieuses de l'ennemi sur Fribourg.

M. de Noailles jugea alors à propos d'investir Maurice de Saxe du commandement de la haute Alsace et le faisait en ces termes :

« Quartier général d'Hermsheim, 18 juillet 1743.

« Étant nécessaire dans les circonstances présentes d'établir un officier de grade supérieur pour commander dans la partie de cette frontière qui peut être la plus menacée, nous, en vertu du pouvoir à nous accordé par le roi, lorsque S. M. nous a confié le commandement de cette armée et de toute cette frontière, et par la connaissance particulière que nous avons de la valeur, expérience et réputation de M. le comte de Saxe et de son zèle pour le service de S. M., l'avons commis pour commander dans la haute Alsace, tant aux officiers généraux et aux troupes qui y sont et seront ci-après, qu'à celles qui seront dans le plat pays; lui donnons pouvoir de placer lesdits officiers généraux'et lesdites troupes où il lui semblera le plus convenable, et de leur faire faire tous les mouvements qu'il jugera nécessaire; ordonnons de la part du roi à tous officiers et gens de guerre, comme aussi aux commissaires qui sont à la suite des troupes et à tous habitants et sujets du roi dans ledit pays, de lui obéir en tout ce qu'il leur commandera pour le service de S. M., sous peine de désobéissance. »

Malheureusement, outre l'influence ordinaire sur eux de la misère et de la démoralisation, nos soldats s'étaient beaucoup gâtés en Allemagne. Le mal était à son comble; il fallait songer à y remédier. Le comte de Saxe, en arrivant à Spire, fut effrayé de l'anarchie qui régnait parmi les troupes. Il travailla donc à réorganiser les régiments, jusqu'au moment où M. de Noailles lui apprit son remplacement par le maréchal de Goigny.

soit 7. B. Royal-Étranger, 3. Dauphin-Étranger, 3. L'Hôpilal-dragons, 4. Condé, 3. Chepy, 2. Saluées, 2 : soit 17 E.

Colmar et environs ; Champagne, 3. Poitou, 3. Royal-Italien, 1 : soit 7 B. Rosen, 3. Orléans et Vibray-dragons, 7. Anjou, 4. Broglic, 2. Maugiron, 2. Barbançon, 2 : soit 20 E.

Le comte de Saxe à M. d'Argenson.

« 18 juillet.

u Quoique je n'aie le commandement de cette armée que pour quelques jours, le désordre et l'indiscipline y sont si grands que je n'ai pu me dispenser de faire des actes de sévérité. Je ne sais si ma franchise vous sera agréable; mais je crois de mon devoir de ne vous laisser rien ignorer. »

Le comte de Saxe à M. d'Argenson.

« Camp de Spire, 23 juillet 1743.

« Je joins ici l'état des troupes qui seront sous mon commandement, je ferai humainement tout ce qui dépendra de moi, et si les ennemis me donnent le temps de faire un peu connaissance avec les nouvelles troupes qui me viennent de l'armée du maréchal de Noailles, j'espère de pouvoir rendre inutiles toutes leurs entreprises. C'est avons de pourvoir le plus promptement qu'il vous sera possible à nous compléter et à faire avancer les E. des régiments nouvellement formés, à nous envoyer des milices pour pouvoir tirer les régiments des garnisons et en former une armée qui puisse faire face à celle de M. le prince Charles. »

M. le maréchal de Noailles ne devra donc quitter l'Alsace que lorsque la marche de l'armée anglaise sera bien décidée sur la Moselle; mais il apprit bientôt l'arrivée de son successeur.

M. d'Argenson à M. de Coigny.

cr II n'est plus question pour vous que de défendre d'ici à huit jours le passage du prince Charles, soit sur le Rhin, soit par la Suisse, et de remettre la besogne entre les mains de qui elle doit être, sans qu'elle ait été ni entamée, ni gâtée. »

En conséquence, le 23, il se met à la tête des troupes qui doivent rester en Alsace, tirées de l'armée du maréchal de Noailles, s'étendant de Spire à Landau, Strasbourg et Huningue.

Le prince Charles avait laissé 12,000 hommes en Bavière avec le général Bernklau, et 8,000 en Bohême sous les ordres de Collowrath, marchant sur le Rhin avec les autres troupes de la reine de Hongrie. Son armée était arrivée, du 17 au 18, sur trois colonnes àRannstadt, Esslingen et Marbach, et, le 26, il étaitde sa personne à Hanau avec le comte de Kewenhuller, pour y conférer avec le roi d'Angleterre sur les opérations futures; il revenait ensuite rejoindre son armée à Rastadt.

Le 4 août, l'armée du prince Charles arrivait sur deux colonnes, allant par Stollhofen, Lichtenau, Wilstett, Ottenheim, le 15 au Vieux-Brisach, campant en corps d'armée sur trois lignes, la cavalerie aux ailes, la droite au Vieux-Brisach, le prince à Muntzigen, à la tête de 60,000 hommes.

Le baron de Trenck, dès la fin de juillet, était arrivé avec ses pandours et une partie des troupes légères au Vieux-Brisach par la forêt Noire, ayant tenté trois fois le passage du Rhin, chaque fois volant et incendiant. Sur l'avis que le prince Charles remontait le fleuve, le comte de Saxe (1) avait repris la route de la haute Alsace, arrivant le 10 à Markolsheim.

Le comte de Saxe au maréchal de Noailles.

« Camp de Markolsheim, le 10 août 1743.

« Je suis arrivé hier ici, où j'ai pris un camp avantageux. Il me met à portée de suivre les mouvements du prince Charles, et je n'épargne rien pour en être informé, soit par Strasbourg, soit par Bâle, les autres voies étant interdites, ce qui ne laisse pas que d'en-

(1) /n/an<me, 45 B. (Picardie, 3; Normandie, 4; Bourbomiais, 3 ; Bouzols, 3; Montmorin, 2 ; Bretagne, 1 ; La Sarre, 1 ; Royal-Roussillon, 1 ; Rouorgue, 1 ; Saxe, 2; Boinbec-arlillerie, 1; Royal-Italien, 1 ; Monnin, 2 ; Broglie, 1 ; Provence, 1 ; la Marck, 2; Lorraine, 1 ; Béarn, 1 ; Bigorre, 1; Forcst, 1; Canibrésis, 1 ; Brie, 1 ; ■ Dauphiné, 1 ; Luxembourg, 1 ; Beaujolais, 1 ; Royal Suédois, 2'; Enghien, 1 ; Royal- Bavière, 1).

Cavalerie, 42 E. (Colonel-général, 3; Bretagne, 3; Bourbon, 3; Saint-Simon, 3 ; Beaucaire, 3; du Rumain, 3; Talleyrand, 3 ; Clcrmont-Tonnerre, 3; Chabrillan, 3 ; Beauvilliers, 3; d'Andlau, 1 ; Colonel-général (dragons), 4; la Reine, 4; Nicolaï, 4).

traîner après soi des longueurs. Vous verrez par la lettre de M. de Talleyrand quels sont les mouvements du prince Charles. J'ai cru ne pouvoir remettre en de plus sûres mains le détail des espions, tant pour l'économie que pour l'intelligence, et d'ailleurs sa probité ne laisse aucun soupçon.

«J'ai examiné aujourd'hui les bords du Rhin, depuis ici jusqu'au fort Mortier. Parles mesures que M. de Clermont-Gallerande (i) a prises, il est impossible qu'aucun parti puisse pénétrer en Alsace; mais aussi il est impossible d'empêcher à l'armée du prince Charles le passage du Rhin, s'il a assez de bateaux. Cette rivière est couverte de plusieurs grandes îles qui ne font, pour ainsi dire, qu'une forêt. Avec leurs milliers de pandours, s'ils les répandent dans ces îles qu'on ne peut occuper toutes, il se formera une guerre d'îles très vive. Nous garderons bien le bord du Rhin, et nous serons avertis quand ilsjetteront un pont d'une de ces îles sur notre bord. Ainsi, je ne me fais point fort de vous répondre que j'empêcherai ce passage, mais je puis vous assurer que j'y porterai de grands obstacles, et que le prince Charles pourrait se repentir de l'avoir entrepris. »

On le voit, tout se passait de part et d'autres en manœuvres sans grand résultat. Ainsi, le 13 au soir, le comte de Saxe, informé que les Autrichiens se portaient sur Neuenberg, laisse à Markolsheim M. de Fontaine-Martel avec les 2 B. de Saxe, i E. d'Andlau, marche sur Schalampé, d'où il aperçoit un camp autrichien, ce qui le décide à se placer à Ottmarsheim. «Je marchai le 14 (2), me faisant suivre par M. de Nicolaï avec la brigade de la Reine-dragons, après avoir fait occuper les postes qu'elle gardait : le prince Charles est vis-à-vis de moi, je ne le perdrai pas de vue. »

Et le 22, il ajoutait :

(1) De Clermont-Gallerande (P. G. marquis), né le 4 février 1682. Connu d'abord sous le nom de comte d'Amboise. Sert en Flandre, aide de camp du duc de Bour-

• gosneen 1709. Commande un régiment de dragons de son nom en 1712.

Brigadier, 1»^ février 1719. Meslre de camp, 27 juillet 1726. Maréciial de camp, 20 février 1734. Lieutenant général, 1"' mars (738. A l'armée delà Meuse en 1741, en Bohême en 1742, sous le maréchal de Coigny, en Flandre, s'y distingue. Mort à la Rochelle, le 27 octobre 1756.

(2) Lettre à M. d'Argenson.

« La position est toujours la môme, les ennemis ne font aucun mouvement, le prince Charles est toujours vis-à-vis de moi. »

Cependant M. de Coigny s'était mis en mesure de venir prendre part aux opérations militaires et il écrivait à M. d'Argenson : (( Je suis arrivé (1) cette nuit de Weissembourg, où j'ai conféré longtemps avec le maréchal de Noailles sur l'arrangement de nos armées et la distribution des troupes qui doivent composer la mienne. Je ne saurais assez dire combien j'ai lieu d'être content de l'esprit de conciliation et d'union où j'ai trouvé le maréchal, conforme à celui que j'apportais. Je vous enverrai demain l'état des troupes de mon armée. J'écris à M. le comte de Saxe, pour le prévenir de mon arrivée. »

Le maréchal de Coigny se sépara de M. de Noailles le 27 pour retourner à Strasbourg, d'où il partit le 29, se rendant en haute Alsace.

Pendant ce temps, le prince Charles fit du côté de Sponeck des démonstrations qui donnèrent quelque inquiétude et, comme cette partie était une des plus susceptibles d'attaque, M. de Clermont- Gallerande, qui y avait déjà fait élever des batteries, s'y porta avec des troupes de Biesheim. Le prince Charles avait d'autres vues, et, le 28 , le comte de Saxe fut averti, par les postes du Rhin, qu'à deux heures du matin le feu était à son camp. Ne doutant point alors qu'il ne fût en mouvement pour remonter le Rhin et qu'on ne touchât au moment de lui voir commencer ses entreprises, il marche sur-le-champ et campe sa droite à Bantzenheim, sa gauche à Rumersheim, peu loin de Schalampé. Il mène avec lui 25 B. et 50 E. et laisse près Brisach la brigade du Roi, celle des Irlandais et les carabiniers pour qu'ils fussent à portée de rejoindre M. de Noailles, et dans le dessein de les faire marcher vers la basse Alsace dès le lendemain ou le jour suivant.

En arrivant à Otlmarsheim, il apprend que le prince Charles a laissé quelques troupes dans son vieux camp, et que de tous côtés, depuis Sponeck jusqu'à hauteur de Bàle, on voyait des mouvements dans les troupes détachées de son armée; il en fut de même pendant la journée du 29, sans qu'on pût distinguer quel en était le véritable objet.

(1) De Strasbourg, le 25 août.

« Le prince Charles remonte vers Neuenburg, écrivait M. de Coigny (1) ; sur ce mouvement, le comte de Saxe en a fait un sur Schalampé : aussi les projets sont de passer le Rhin de vive force, soit devenir par le territoire de Bâle. Dans ces dispositions, je crois que le plus pressé est de me rendre à mon armée; au lieu de partir demain, je me mets en marche dans le moment pour rejoindre le comte de Saxe. »

Si l'on nous a suivi dans l'exposé minutieux de cette campagne, on aura compris le caractère de cette guerre; on y eut, sans résultat, de continuelles inquiétudes, occasionnées par les mouvements du prince Charles qui semblait toujours vouloir passer le Rhin en différents endroits, ce qui nous obligeait à longer ce fleuve depuis •Rheinau jusqu'à Huningue. Ce fut dans ces circonstances que, la nuit du 29 au 30, le maréchal de Coigny arrive à l'armée et que le comte de Saxe, après lui avoir remis le commandement et lui avoir rendu compte, pendant la journée du 30, de la situation des affaires et de ses dispositions, part pour rejoindre le maréchal de Noailles. Le 31 août, il arrive au camp sous Landau. M. de Noailles, qui se proposait de défendre la ligne de la Queich contre les Anglais réunis à Worms avec les forces hollandaises, le charge de couvrir les approches de l'Alsace et de la Lorraine.

M. de Coigny, campé à Ottmarsheim, s'étant avancé jusqu'à Banzenheim, fait garder le Rhin par MM. de Balincourt, Phelippes et de Clermont-Gallerande. Une tentative des ennemis sur les îles de Rheinau et de Rippenhemweiler échoua grâce à l'énergique résistance de M. de Balincourt. Comme il craignait de nouvelles attaques sur notre camp de Sassenheim, M. de Coigny crut devoir défendre le second bras de l'île de Rheinau, car il avait en face de lui une partie de l'armée du prince Charles, le reste étant à Neuenburg et quelques détachements d'infanterie et de pandours à Sponeck. Il pressait aussi M. de Noailles de lui envoyer du renfort, ayant peu d'espoir de résister efficacement avec les 47 B. qui lui restaient, et il recevait, détachés le 26 de l'armée de basse Alsace, la brigade de Navarre, les 9 B. des régiments de la Marine, Alsace, Royal-Bavière, aux ordres du prince de Deux-Ponts, qui lui arrivaient le 28 et le 29 à Markolsheim; la veille, la maison du roi et plusieurs ré-

(1) A M. d'Argenson, de Strasbourg, le 29 août.

giments de cavalerie, ainsi que 3 ou 4,000 paysans armés s'élaient joints à lui, de sorte que les démonstrations du prince Charles demeurèrent sans résultat.

Néanmoins, M. de Coigny^ qui avait une vue très nette de sa situation difficile et de celle aussi critique de M. de Noailles, cherchait à s'entendre avec lui pour la conduite à tenir en cas de marche en avant des alliés.

Le duc de Coigny au maréchal de Noailles.

« Camp de Sassenheim, 28 septembre 1743.

« Je suis tout prêt à vous donner les secours que vous souhaitez par votre lettre d'hier 27, si l'armée des alliés continue à marcher sur vous. En ce cas, je crois qu'étant tous deux inférieurs à nos ennemis, il faut choisir de défendre ou la haute ou la basse Alsace, fort éloigné de croire qu'il faut donner la préférence à la conservation de la basse Alsace sur celle de la haute Alsace.

« A commencer de 4688, la première a toujours été regardée comme le théâtre de la guerre. En 1706, M. de Villars aima mieux camper sous Strasbourg pour conserver le haut lihin. J'observerai de plus que, quoique les Anglais se portent sur Lampsheim, il y a bien loin à venir sur la Lauter, qu'il leur sera difficile de vivre dans un pays que vous avez dévasté et de porter en avant leurs subsistances, en laissant une place comme Landau derrière eux. Je crois que leur manœuvre d'aujourd'hui n'est que pour vous tenir plus en échec, pendant que le prince Charles renouvelle ses préparatifs et ses efforts pour pouvoir réussir à pénétrer en haute Alsace. En vous tenant sur la Lauter, qui vous paraît difficile à garder, vous m'affaiblissez en tirant de moi des secours^ et, si l'ennemi passe de mon côté, vous vous trouverez alors entre deux armées supérieures, au lieu qu'en observant les Anglais et vous rapprochant de Strasbourg, je serai à portée de vous joindre, et, s'il faut que j'abandonne aux ennemis le passage du haut Rhin, nous serons ensemble. Si vous n'approuvez pas mon idée et que vous vouliez des troupes, la maison du roi est à Markolsheim, je vous les adresserai avec d'autres. »

Au milieu de tous ces mouvements, et alors que la double me-

nace des ennemis eût pu faire redouter l'invasion du territoire sur un point ou sur l'autre, que toute l'attention de nos généraux était portée sur les moyens, sinon de l'empêcher, au moins d'en neutraliser les effets, l'inaction du roi d'Angleterre et ses dispositions bientôt connues pour prendre ses quartiers d'hiver nous donnèrent le temps de respirer. Nos généraux ne cachèrent pas leur joie.

Le maréchal de Noailles au roi.

« 1 6 octobre.

<( Nous sommes sans crainte et sans embarras. C'est de bon €œur que je fais compliment à V. M. sur le départ du roi d'Angleterre. Il est bien heureux qu'il n'y ait point parmi nos ennemis d'Eugènes, de Marlboroughs ou de Starembergs. Nous avons de grandes obligations aux irrésolutions de George II : l'impression des dangers qu'il a courus à Dettingen lui en a fait appréhender de semblables. C'est un bonheur bien singuUer que ses craintes aient fait prendre pour des bataillons entiers les compagnies de grenadiers et les piquets que j'avais mandé à M. le duc d'Harcourt de tirer des garnisons des Évêchés et qu'elles aient multiplié à ce point la force de ce corps et de celui de M. deBerchiny que j'avais fait avancer sur la Sarre du côté de Bitche, pour lui donner inquiétudes sur son flanc et ses derrières. Je n'aurais point osé espérer un effet si grand et si prompt, puisque le roi d'Angleterre a décampé sans attendre le retour du général Brown, qui était allé à l'armée du prince Charles pour se concerter avec lui, sur les opérations respectives des deux armées. »

Le comte de Saxe à Auguste III.

« 10 octobre 1743. Camp de Schleithal sur la Laiiler.

«Le roi d'Angleterre est parti hier avant moi sans prendre congé de moi; quoique cela ne soit pas poli, j'en ai été bien aise, car il m'a causé quelques insomnies avec sa grande vilaine armée. Dieu le conduise, bon voyage et bon vent pour revoir l'Angleterre. Il est apparent que M. le prince Charles s'en ira vers le lac de Cons-

tance. Je crois donc la campagne finie, et je crois- que nous n'en aurons pas l'année prochaine; parce que, remis de nos pertes (ce qui sera cet hiver), les alliés de la reine, ou pour mieu^ dire ses auxiliaires, n'oseront venir nous regarder, si nous restons dans nos frontières. »

Dès les premières nouvelles de la retraite des alliés, M. de Saxe baraque son infanterie et rentre sa cavalerie dans des cantonnements entre la Lauter et la Mauter, en leur faisant consommer sur place les subsistances qui se trouvaient dans les villages; car les magasins de Lauterbourg^ de Langenkandel et de Weissembourg étaient épuisés.

M. de Noailles n'eut pas besoin de prendre les mêmes précautions que M. de Saxe pour la subsistance de la cavalerie campée sous Haguenau. Les magasins étaient remplis; le maréchal s'occupa de séparer son armée et mettre ses troupes en marche pour se rendre sur la Sarre et dans le pays messin. Il communique ses dispositions à M. le maréchal de Coigny en le priant de remplacer en basse Alsace les troupes qui allaient en partir; mais celui-ci, ne voyant aucune disposition de retraite de la part du prince Charles, lui demande (15 octobre) de différer son mouvement jusqu'au départ du prince Charles. M. de Noailles, qui était persuadé qu'on n'avait nullement à s'inquiéter de sa présence, fit prendre à ses troupes la route de Lorraine et du pays messin; seulement, pour calmer les inquiétudes de M. de Coigny, il laissa sur la Lauter 9 B. et 11 E. On apprit bientôt (17 octobre) la retraite des ennemis, aussi fît-on partir la maison du roi et la gendarmerie. Comme les ennemis continuaient à se retirer et qu'ils étaient arrivés à Oppenheim le 17 novembre, à Mayencele 18, et le 19 à Biebrich, oh ils passèrent le Rhin pour aller de là à Neuwied, puis aux Pays- Bas et en Luxembourg, oii ils devaient hiverner, nos généraux, M. de Noailles et M. de Coigny, se concertèrent àSassenheim pour disposer leurs quartiers d'hiver. Le roi avait réglé que ses troupes resteraient à la frontière de Lorraine, et M. de Coigny en Alsace et en Franche-Comté. Comme M. de Noailles savait que toutes les forces des alliés seraient aux Pays-Bas, il proposa de porter à la frontière de Flandre le plus grand nombre de troupes, et de mettre la Lorraine, le comté de Bitche et la haute Sarre sous le commandement du général de l'armée du Rhin.

Comme le pays entre Sambre et Meuse pouvait être inquiété par les incursions des garnisons de Namur, Charleroy et Mons, la cour de Versailles avait fait armer les paysans de la frontière; M, de Mortagne, sous l'autorité du duc d'Harcourt, avait établi une ligne de défense de la Meuse jusqu'à Maubeuge par les garnisons de Philippeville, Maubeuge et Beaumont. Enfin l'on fut informé que toute l'armée s'était séparée en quatre colonnes, dont l'une avait pris la route des villes forestières, l'autre celle de la vallée de Saint-Pierre, la troisième celle de Waldkirch et de la Kinzig, la quatrième celle qui longeait le Rbin par Rappel, Altenheim et Kehl.

Le 25 novembre, les troupes encore près du Vieux-Brisach levèrent leur camp, après la destruction des fortifications de cette place; toutes les nouvelles assurèrent que les troupes qui devaien hiverner, tant à Fribourg que dans le Brisgaw et les villes forestières, seraient au nombre d'environ 15,000 hommes, c'est-à-dire 20 B., 6 régiments de cavalerie et 4 de hussards.

M. de Coigny, voyant les troupes ennemies s'éloigner ainsi des bords du Rhin, se détermine à appeler les siennes dans des cantonnements en Alsace pour y attendre les quartiers d'hiver; le 26, la grosse artillerie et une partie de celle de campagne part des environs de Brisach pour Strasbourg. Le 27, les troupes commencèrent leur mouvement, et le 1°'' novembre il n'en restait aucune sous la toile. Les Suisses dans le même temps renvoyèrent dans les différents cantons celles qu'ils avaient fait avancer dans celui de Bâle, excepté ce qui resta à la garde du Rhin et des passages de leur territoire.

M. de Coigny, depuis quelques jours tombé malade, est transporté à Brisach, oii le suit son état-major. Ce fut alors qu'il dut s'occuper du siège de Fribourg. Dès le 23 du mois précédent, il avait reçu des instructions à ce sujet, le roi apercevant de grands avantages dans sa conquête. Il espérait ainsi déranger les vues de l'ennemi pour la campagne suivante et, en se donnant une entrée dans le Brisgaw, les empêcher de s'étendre à la droite du Rhin depuis Huningue jusqu'à hauteur de Strasbourg, mettre l'Alsace à l'abri de leurs entreprises et par ce moyen pouvoir agir avec supériorité sur les autres frontières. Quoique cette place n'existât plus lorsque M. le maréchal de Coigny fut instruit des intentions du roi, il sentait les

avantages de son occupation; mais, quoique son état n'exigeât pas les dispositions d'un siège, l'opération n'était pas exempte de difficultés; résolu cependant de l'entreprendre, si la politique ne s'y opposait pas, si la position des ennemis dans le Brisgaw et les forces qu'ils y laisseraient n'y apportaient pas obstacle.

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