‹ Les guerres sous Louis XV (volume 5)Chapitre 16 sur 21 · de Coigny à M. d'Argenson · texte numérisé non relu

de Coigny à M. d'Argenson

« Je vous demande 60B.; de ces 60 B., je suis obligé d'en laisser 2 à Huningue. place importante; dans Strasbourg, les 4 de Picardie et de Champagne, moins en état de faire campagne, achèveront de s'y reformer; dans Landau, les 3 de Monnin-Suisse avec les milices; et, dans le cas où je serais forcé de m'éloigner des bords du Rhin, j'y

37(i LES GUERRES SOUS LOUIS XV.

laisse à Neuf-Brisach 2 des B. de nouvelle levée des régiments allemands, avec 1 dans Fort-Louis. Voilà donc l'emploi de 10 B, sur 60 ; il m'en restera 50, parmi lesquels il y en a 5 de nouvelle levée, c'est-à-dire. 3 de Royal-Lorraine et 2 des régiments allemands. Je ne parle pas des 100 E. de l'armée du Rhin; il y en a suffisamment, ils serviront aux communications et sur les derrières pour les escortes. Je me conformerai aux mouvements des Autrichiens, en me portant sur la Sarre, le Rhin ou la Moselle. »

Ceux-ci avaient déjà commencé à former des magasins dans le duché de Wurtemberg et sur le Neckar; ils continuaient leurs préparatifs pour marcher vers cette rivière, comptant y rassembler 75 B., 100 E. et un corps de troupes légères qui hivernait en Bavière et autres pays, formant 62,200 hommes. Le prince Charles de Lorraine devait prendre le commandement de cette armée et tenter le passage du Rhin comme l'année précédente.

Le V avril, sont désignés les officiers généraux et les troupes destinés à former les armées du Rhin et de la Moselle, aux ordres de MM. de Coigny et d'Harcourt. L'armée du Rhin comprenait 60 B. de campagne, 1 d'artillerie, et 100 E.,dont 72 de cavalerie, 8 de hussards et 20 de dragons.

'L'armée de la Moselle se composait de 13 B. et 52 E., dont 2S de cavalerie, 4 de hussards et 20 de dragons.

En même temps, M. de Belle-lsle est appelé en chef dans les Évêchés, en Lorraine, en Champagne et dans la Thiérache. M. de Laval-Montmorency commande en second en Lorraine, et M. de Joyeuse reste chargé d'établir une ligne de paysans armés sur la frontière de la Thiérache et de la Champagne, sous MM. de Belle-Isle et d'Harcourt.

Une communication s'établit entre les généraux des armées par des relais, depuis l'armée du Rhin jusqu'à celle de Flandre.

M. d'Harcourt se rend à Sedan en toute hâte. Le maréchal de Coigny, apprenant que les Autrichiens se disposaient à envoyer un corps de troupes dans le Brisgau (1), fait avancer 2 régiments

(1) Brisgau ou Brisgaw, pays à l'extrémité méridionale du grand-duché de Bade, s'étendant depuis le bassin de la Kinzig au nord, jusqu'aux environs de Bâle et au conrs du Rhin au snd. Cet espace comprend les deux versants des montagnes de la Forèl-Noire. On le divisait en Brisgau proprement dit, comprenant principalement la vallée droite du Rhin depuis la Kinzig jusqu'aux approches de

SUCCESSION D'AljTRlCilK. — Al.SACK (1744). 377

de cavalerie en haute Alsace (Royal-Piémont et Saint-Simon) ponv renforcer les troupes sur le haut Rhin avec M. de Glermont-Gallerande.

« On me confirme, écrivait M. de Coigny à M. d'Argenson, les magasins de Rannstadt, Marbach et Laufen et l'arrivée des Autrichiens, qui y camperont vers le 15; ils seront successivement suivis par d'autres : mais les troupes continueront-elles leur marche pour Spire ou pour Fribourg? Ce qu'il y a de certain, c'est un grand transport de bateaux sur le bas Rhin et que M. de Bernklau actuellement à Schaffouse, est attendu h Fribourg, avec un corps considérable qui couvrira leur transport par le long de la route de la montagne (Bergstrass) . »

Le C avril, M. de Coigny part de Strasbourg avec M. de Sallières, visite les bords du Rhin, le 8, de Neuf-Brisach en voiture, jusqu'à Sansheim oii il monte à cheval; il trouve les troupes en bon état ainsi que les ponts construits près d'Huningue et les ouvrages relevés sur les bords du fleuve. Il pousse jusqu'à la Birs et reconnaît un camp sur cette rivière, vis-à-vis d'Arlesheim, pour le faire occuper dans le cas où les ennemis tenteraient le passage par le territoire de Bâle. Il reste quelque temps à Huningue.

Le H, il se porte sur le territoire de Bâle; le i2, il prend la route des montagnes, examine avec attention les gorges parallèles du cours du Rhin et l'intérieur de la haute Alsace, retourne, le 1-4, à Strasbourg, d'où il fait transporter des munitions à Colmar et Belfort.

Le 16, il se remet en marche, termine sa tournée par la basse Alsace , visite les lignes qu'on rétablissait sur la Lauter et la Queich , examine les bords du bas Rhin, ordonne un pont de bateaux à Germersneim; il obtient de l'électeur palatin la permission de mettre des troupes dans cette ville pour soutenir ces lignes et le pont destiné à communiquer avec les troupes de l'empereur qui s'assemblaient sous Philippsburg.

Le 22, il retourne à Strasbourg, ayant reçu la permission de pousser ses troupes au delà du Rhin, en cas de besoin.

Bàle, avec Fribourg, Vieux-Brisach, Willingen ; cl en pays compris cnlrc la Wiesen et la Wulacli, le Rhin et le Feldberg, sommité culminante tUi Scliwarzwald ou Forèl-Noire, avec Sucklngen cl Walshut.

Le 24, M. d'Argensoii lui fait part de l'intention du roi de diriger 30 E. et quelques B. entre Sambre et Meuse pour couvrir cette partie et favoriser par cette position les opérations de l'armée de Flandre se préparant au siège de Menin.

Le 26, M. de Belle-lsle passa à Verdun, allant à Metz, et y eut des conférences avec M. d'Harcourt, M. de Beaupré, intendant, et M. de Joyeuse, sur les arrangements à prendre pour former sa ligne de paysans armés. Ce jour-là parut l'ordonnance portant déclaration de guerre contre la reine de Hongrie, car l'on savait son projet d'employer une grande partie de ses forces à l'invasion de l'Alsace, et en effet, vers la fin du mois, ses troupes, qui avaient hiverné en Bavière, ayant achevé les préparatifs de leur marche, commencèrent à se mettre en mouvement au nombre de 50,000 hommes pour se porter en quatre colonnes sur le Neckar aux environs d'Heilbronn, où leur étaient préparés des magasins et où d'autres renforts devaient les joindre.

Le 1" mai, M. de Coigny, complètement instruit de la marche des ennemis vers le Neckar (1), rassemble son armée, en laissant environ 10,000 hommes sur le haut Rhin, depuis Strasbourg jusqu'à Huningue, et porte la plus grande partie de ses forces sur le bas Rhin pour en défendre le passage. Il appelle de la Lorraine 14 B. et 4 E. destinés à son armée. Il réclame aussi la gendarmerie et les autres troupes qui avaient passé l'hiver dans les environs avec 2 régiments de hussards qui arrivent sur les bords de la Queich.

On trace un camp sous Landau (2) dans la prairie, de 15 B. et 43 E., et un autre à Germersheim, de 32 B. et 25 E., laissant dans la haute Alsace 13 B, et 25 E. sous le commandement de M. de Clermont-Gallerande, pour couvrir cette partie en attendant qu'on sût la destination du corps des ennemis déjà dans le Brisgau. Leur projet probable était de descendre le Rhin, de tenter le passage aux environs et sous la protection de Mayence, de se jeter ensuite

(1) L'armée de la reine de Hongrie, venant de Bavière, marchait sur quatre colonnes, la première partant de Friedberg, la seconde de Rain, la troisième d'Ingolsladt, et la quatrième de Dielfurl.

(2) Camp sous Landau : 15 B. (Rouergue, 1; Bouzols, 3; Picardie, 3; Guise,!; Brancas, 2; Bourbon, 2; Chami)afi;n(', 3); et 43 E. (Barbancon, 3; Rosen, 4; Hendicourt, 4; Royal-Allemand, 4; Coiulé, 4; Royal-Pologne, 4; Mestre de camp général, 4; Bourbon, 3; Anjou, 4; Bretagne, 4; Dragons-FHopital, 5).

par le Hundsruck, par Deux-Ponts et Bliescastel, sur la Sarre et nos frontières.

Le 4, M. cl'Ari,^enson, accompagnant le roi à l'armée de Flandre, écrit à M. de Coigny que S. M. approuvait le passage du Rhin et la jonction aux troupes de l'empereur, s'il trouvait l'occasion fle combattre l'ennemi. M. de Coigny fait alors marcher 3 B. et 30 E. par détachements à Avesnes, afin de couvrir l'entre Sambre et Meuse, et jusqu'à Maubeuge. Ces troupes, déjà rassemblées à Mézières et dans les environs, se mirent successivement en marche sur trois colonnes par Rocroi et Mariembourg. M. le maréchal de Belle-lsle travaillait en même temps à la sûreté de la Lorraine et des Évêchés avec 17 B. et 22 E., restés après le départ des troupes qui rejoignaient l'armée du Rhin et celle de M. d'Harcourt.

Le tO, M. d'Argensun écrivait de nouveau à M. de Coigny de rassembler son armée au plus tôt sur le bas Rhin pour passer ce fleuve à Germersheim, en occupant les camps de Landau et de Germersheim, en envoyant de Strasbourg l'artillerie de campagne dans la haute Alsace et vers le bas Rhin.

Le H, il part pour s'entendre avec M. de Seckendorf sur les opérations. Ce dernier, arrivé à Philippsburg, campe les troupes de l'empereur sous cette place de manière qu'elles ne pussent être attaquées par les ennemis. Les troupes de la reine de Hongrie commençaient à arriver sur le Neckar : deux colonnes, déjà établies près d'Heilbronn, en attendaient deux autres de Bavière; 3 régiments d'infanterie et^ de hussards, qui avaient hiverné dans le Brisgau, reçoivent aussi ordre de se rendre sur le bas Neckar par Offemburg en deux colonnes, et on ne douta plus que cette rivière ne fût le point de concentration de l'armée du prince Charles de Lorraine, quand le général Bernklau, commandant l'avant-garde, se présenta devant Laufen le \% avec la première colonne, et le 4 4, avec la seconde, à Heilbronn.

MM. de Seckendorf et de Coigny, s'étant rencontrés à Germersheim, convinrent que l'armée française, incapable d'arrêter les Autrichiens sur le Neckar où ils avaient l'avance, garderait le bas Rhin, à portée de secourir le camp de Philippsburg : c'était donc rester sur la défensive; aussi M. de Coigny en donnait-il les raisons, le ia mai, à M. d'Argenson : « L'armée impériale étant dans l'état où on la représente, les troupes du roi ne pouvant être ras-

semblées qu'à la fin du mois, et celle des ennemis, qui le seront plus lot, se montant, au dire de M. de Seckendorf, à plus de 60,000 hommes, je ne puis songer à passer le Rhin. Ce serait compromettre la gloire des armées du roi, et si les Autrichiens passent le Neckar avant que je sois en étal de pouvoir les en empêcher, je me réduirai au projet dont nous sommes convenus, M. de Seckendorf et moi, de descendre le Rhin pour leur en disputer le passage. Voilà tout ce que je puis faire dans les circonstances présentes. »

Le 17, part de ce camp M, de Balincourt, avec 4 B. et le régiment de PoUeresky, destiné à des pntrouiiles sur le Rhin et à occuper Spire.

Le 18, le maréchal part de Strasbourg, avec les autres officiers généraux et son état-major, et établit son quartier au camp de Germersheim, où le gros de ses troupes continuait de se rassembler, ainsi que dans celui de Landau (i); le maréchal de la Fare reste à Strasbourg. Ce même jour, M. le général de Bernklau passe le Neckar avec son avant-garde, campe à Eppingen; ses hussards s'avancent jusqu'à Bruchsal d'un côté, et jusqu'aux portes de Francfort de l'autre, et les deux dernières colonnes autrichiennes rejoignent les deux premières sur le Neckar, campant entre Neckarsulm et Laufen. M. de Coigny, ayant eu outre appris que le prince Charles était arrivé de Bruxelles à Heilbronn, où il avait son quartier général, détache une partie des troupes du camp de Germersheim, et toute l'infanterie de celui de Landau avec 1 régiment de dragons et une partie de l'artillerie pour former un troisième camp sous Spire aux ordres de M. de Montai, et laisse à Landau M. de Clermonl-Tonnerre avec les 59 E. qui y restaient. En même temps M. de Balincourt campe à Friesenheim, vis-à-vis l'embouchure du Neckar, pour couvrir cette partie du Rhin, et occupe la ville de "Worms.

(1) Armée du Rhin : 68 E. de cavalerie, 8 brigades commandées par M. de Courtebonne (brigade de gendarmerie, 8 E.), M. d'Andlau (Meslre de camp, Saint-Simon. Saluées, de 4 E. chacun), M. de Rosen (Royal-Allemand, Rosen, de 4 E.), M. de Talmonl (Royal-Pologne, diiRumain, de 4 E.), de Poyanne (Bretagne, Hendicourl, de 4 E.), de Vogué (Anjou, Beaucaire, de 4 E.), de Barbançon (Condé, Barbançon> de 4 E.), de Crussol (Bourbon, Maugiron, de 4 E.) et 20 E. de dragons, soit 2 brigades commandées par M. de Frémur (Colonel-général, de l'Hôpital, de 5 E.), et de Nicolaï (Vibraye et Nicolaï, de 5 E.).

Le 26 mai, arrivèrent les premières nouvelles d'un traité (1) conclu entre les rois de Prusse et de Suède avec l'empereur, l'électeur palatin et le prince de Hesse. D'un autre côté, l'électeur de Mayence s'était déclaré en faveur des Autrichiens. Les électeurs palatin et de Trêves, les cercles de Souabe et de Franconie, observèrent une exacte neutralité.

A ce moment (fin mai), M. deCoigny avait 60 B., i d'artillerie et 100 E. à Landau, Germersheim, Spire et Friesenheim, plus 51 B. et 80 E.; 12 E. en marche pour le rejoindre; en haute Alsace, sous les ordres de M. de Clermont-Gallerande (quartier général à Neuf- Brisach), 6 B. et 8 E.; 4 B. à Strasbourg, sous les ordres de M. de la Fare et des milices armées.

L'empereur, à Philippsburg, appuyait sa droi te au Bhin, sa gauche à des marais impraticables; son front, pour la plus grande partie, était couvert par des marais. Il ne restait de Huttenheim qu'un espace peu étendu d'un terrain sec et uni, qui pouvait faire un point d'attaque et que retrancha M. de Seckendorf. L'intérieur, embarrassé de broussailles et de flaques d'eau, fut couvert par des communications ayant l'avantage de joindre les deux ponts établis sur le Bhin, l'un à la Petite-Hollande, l'autre à Germersheim.

Le princ Charles, avec le reste des renforts de Bavière eldu Brisgau, part d'Heilbronn, jette son armée du côté de Philippsburg et établit son quartier général à Sinsheim. Le général Bernklau, commandant l'avant-garde, s'avance en même temps d'Eppingen à Wiesloch, le 26, et le comte d'Esterhazy le renforce avec un autre corps de troupes. Toute son armée se montait à 60,000 hommes. Il reste à Fribourg en Brisgau 10 B., 1 régiment de hussards dans le pays et au Vieux-Brisach; plus 25,000 hommes en Bavière (général Bathiani) qui devaient encore envoyer de nouveaux renforts au prince Charles. Telle était, de part et d'autre, la position des troupes en Allemagne.

(1) Ce traité, dit d'Union confédérale, avait été signé à Francfort le 22 mai 1744; le roi de Prusse rattachait à sa cause la France, l'empereur, l'électeur palalin et le roi de Suède comme landgrave de Hesse-Casscl. Sur un article séparé, il se chargeait de con(iuérir la Holiéine, s'en réservait hs trois cercles les |)lus voisins de laSilésie; le roi de Suède s'obligeait à fournir à la sohh; de la Franc»; 6,000 Hessois, indépendamment des 3,000 ([ui avaient déjà rejoint les lin|M'riau.v.

Les troupes de l'armée de la Moselle formaient deux corps : le l'^S de 3 B. et 30 E., destiné à couvrir l'entre Sambre et Meuse; le 2% de 10 B. et 18 E., dans les Évêchés, pour se porter où le besoin l'exigerait, sous le chevalier de Belle-Isle, indépendamment de Melz et autres places de cette frontière où l'on prenait les mêmes précautions qu'en Alsace. En effet, pendant que M. de Coigny se préparait à disputer le passage du Rhin, M. de Belle-Isle mettait à l'abri des courses ennemies la Lorraine et les Évêchés, la frontière de Champagne et la Thiérache; il établissait des postes sur la basse Sarre, la Moselle et la Meuse, sans trop affaiblir les garnisons.

M. de Belle-Isle recommande en même temps à MM. d'Harcourt et de Joyeuse de perfectionner la ligne des paysans armés sur la frontière delà Champagne et de la Thiérache, trop éloignée pour y pourvoir lui-même, et reste à Metz. M. d'Harcourt, à Mézières, s'occupe d'abord de cette ligne depuis Sedan jusqu'à Mézières en suivant la Meuse, la continue depuis Mézières jusqu'à la Capelle, et depuis la Capelle jusqu'à Landrecies. Il part ensuite de Mézières, avec la 3" division de ses troupes, pour rejoindre les deux premières à Avesnes, avec ordre d'envoyer i B. à l'armée de Flandre; il lui restait encore 2 B. et 30 E. ainsi répartis : 1 B. et 7 E. à Maubeuge, pour couvrir la partie entre la Sambre et Avesnes, et la ligne des paysans de Landrecies à la Capelle; 1 B. à Sor-le-Château; 1 régiment de hussards; 2 E. à Ghimay et 2 à Marienbourg pour battre le pays avec des patrouilles jusqu'à Givet, avec son quartier général à Avesnes, où cantonna le reste de la cavalerie. Comme les hussards ennemis commençaient à paraître du côté de Bavay, M. d'Harcourt envoie des détachements pour les empêcher de pénétrer entre la Sambre et l'Escaut. Ainsi, par la position de son armée, il couvrait également l'entre Sambre et Meuse, le Hainaut français et la droite de l'armée du roi, occupée au siège de Menin.

M. le maréchal de Goigny, à qui le roi avait laissé la liberté de ses actions pour empêcher le prince Charles de passer le Rhin, résolut de rester à Spire afin d'être à portée de monter ou de descendre ce fleuve suivant les mouvements de ce prince, qui venait d'établir son quartier général à Sinsheim. Au commencement de juin, il appelle au camp de Spire le reste de l'artillerie de celui

de Landau, et il envoie ordre à M. de Clermonl-Tonnerre (1) de partir de ce dernier camp avec 17 E. pour rejoindre le corps de M. de Balincourt campé à Oggersheim, vis-à-vis l'embouchure du Neckar. Ayant appris que le prince Charles se disposait à détacher de nouvelles troupes vers le bas Rhin, il fait descendre à Worms 9 B. du camp de Spire, avec M. de Montai, qui devait commander dans toute cette partie, et il disperse d'autres détachements le long du fleuve. Le 6 et les jours suivants, le prince Charles marche de Sinsheim à Wiesloch et ensuite à Walddorf, entre Philippsburg et le Neckar, à trois lieues de Spire. 1 régiment de nos hussards occupe Oppenheim; M. de Clermont s'établit à Hermsheim, entre Worms et Oppenheim, et 23 E. du camp de Landau se rendent à Frankenthal, à la gauche de M, de Balincourt; il ne reste plus au camp sous Landau que la gendarmerie, 6 E. de cavalerie et des hussards. Quant à M. de Coigny, il reste à Spire avec 16 B.; M. de Putanges , à Germersheim avec 14 B. et des hussards, 5 B. gardent le Rhin depuis Germersheim jusqu'à Lauterbourg; 6 B., venus de Germersheim avec M. de Rupelmonde, campent à la rive gauche du Rehbach près Rheingonheim; Altripp et Otterstadt sont occupés par des détachements; enfin 2 B. du camp de Worms s'avancent à Oppenheim, un autre au village d'Eich. Du côté de l'armée autrichienne, les pandours, ayant passé le Rhin à Oppenheim, le 7 juin de grand matin, s'emparent du pont volant et de tous es bateaux ; et pendant que le prince Charles s'établit à Wiesloch, le général Bernklau se porte à Ketsch, au-dessous de Spire, et occupe l'île de Neckerau; des détachements, passant le Neckar, se rassemblent à Germersheim, sous les ordres du prince Ksterhazy à Stockstadt.

Le 8, les Hessois arrivent au camp de Philippsburg, et le prince Charles, qui a le gros de son armée à Waldorf , où il établit son quartier général, va reconnaître les retranchements des

(1) Clermont- Tonnerre (Gaspard, marquis de), né le 10 avril 1688 à Dijon. Cornette au régiment du Cliàtelet (cavalerie), le 8 janvier 1703. Maréchal de camp, le 22 décembre 1731 . Lieutenant général, le l"^ avril 1734. Mestre de camp de la cavalerie, le 16 mars 1736. Maréchal de France, le 17 septembre 1747. Duc ; mort le 16 mars 1781, à Paris. En qualité de doyen des maréchaux, représenta le connétable au sacre de Louis XVI. Servit avec distinction à l'armée de Bohême en t741; à la bataille de Fontenoy, il commanda la gauciie de l'armée.

Impériaux sous Philippsburg, Graben, Weisenthal etNeudorf. Le 9, nouvelles dispositions sur la rive gauche du Rhin, dont les Autrichiens eembiaient devoir tenter le passage à la fois sur le bas Rhin et en forçant l'année impériale à Philippsburg. M. de Coigny envoie des secours aux Impériaux et vis-à-vis le camp du prince Charles, un renfort à Wornis, à Oppenheim et à l'île de Neckerau. Le 13, M. de Coigny apprenait que le prince Charles avait poussé un corps vers le bas Rhin entre le Neckar et le Mayn, aux ordres du général Berncklau, campé à Rleinhausen ; qu'il rassemblait des bateaux pour établir un pont vis-à-vis de Stockstadt, au-dessous de. Worms; que ses détachements faisaient des courses le long du Rhin, et qu'il lui venait par la Franconie un renfort soutenu par de l'artillerie, et des pontons arrivant de Waldorf, pour tenter le passage du Rhin.

Le 16, par suite de ces nouvelles, M. de Coigny détache M. de Montai, pour assurer le Rhin entre Worms et Oppenheim, sur Spire, et aux camps de Germersheim et de Landau, enfin du canon sur la droite du pont de Germersheim, pour favoriser le passage des Impériaux. En même temps, en deçà du Rhin, passent sur ce pont les 32 E. des Impériaux placés entre Germersheim et Lauterbourg. Le l'J, M. de Coigny envoie de nouvelles troupes à M. de Montai pour faire face aux ennemis, qui venaient de s'emparer de l'île de Kuhkopf, vis-à-vis de Stockstadt, où ils continuaient de préparer un pont.

Le 21 , le prince Charles fait passer de l'infanterie et des croates dans cette île, d'autres troupes dans celle du Héron en face de Worms, 4,000 hommes au-dessous de Stockstadt, et 3 régiments de cavalerie au-dessus, qu'il avait reçus de Bavière, aux ordres du baron de Trenck, et ordonne de se préparer à passer le Rhin en plusieurs endroits. Le 23, M. de Coigny visite les postes de sa gauche depuis Worms jusqu'à Oppenheim, fait camper M. de Montai à Guntersblum avec la plus grande partie de son infanterie, place M. de Clermont-Tonnerre à Rheindurkheim avec la cavalerie, à portée de joindre le premier, et il laisse à Worms M. de Maupeou avec quelque infanterie. Le 24, à la suite d'une nouvelle conférence avec M. de Seckendorf, il l'engage à tenir prêt le reste des troupes impériales pour les passer de Philippsburg en deçà du fleuve. En conséquence du projet de tenter le passage

de ce côté , MM. les maréchaux jugèrent à propos de joindre le reste des troupes de l'empereur aux nôtres sur la rive gauche du Rhin. M, de Coigny achève les retranchements commencés par les troupes de M. de Montai, fait descendre la gendarmerie de Landau à Spire et l'infanterie de Germersheim à Alsheim, ne laisse à Lauterhourg que peu de troupes avec M. de Gensac, et envoie ordre à M. de Clermont-Gallerande , commandant dans la haute Alsace, d'en faire partir 3 B. et 4 E. et de les envoyer à Sarrebourg pour renforcer les postes de la Sarre, où il comptait se porter lui-même en cas d'irruption de la part de l'ennemi de ce côté.

Le 26, apprenant que le prince Charles envoyait des renforts du côté de Stockstadt, il détache encore M. Phelippes à M. de Montai qui se trouve alors avec 24 B. et 38 E. de Worms à Oppenheim.

Les jours suivants, le prince Charles marche à Ladenburg sur le Neckar, avec une grande partie de ses forces, n'ayant laissé que 10,000 hommes à Waldorf; il avait porté à 25,000 hommes le corps du général Berncklau, descendu à ïrébur, entre Stockstadt et Mayence, oîi ses troupes avaient achevé un pont sur le premier bras du Rhin dans l'île de Ruhkopf avec des batteries; elles se disposaient à en jeter un autre sur le second bras.

Le 30 juin, M. de Coigny, quitte Spire et porte son quartier général à Oggersheim. Il est remplacé le même jour à Spire par le maréchal de Seckendorf , qui, après avoir fait passer pendant la nuit le Rhin aux troupes impériales restées sous Philippsburg, n'y laisse que 4 B. A peine cette manœuvre achevée, un corps de pandours paraît à Rnaudenheim ; mais l'artillerie, sur le bord opposé, les met en fuite, et les troupes de l'empereur s'établissent tranquillement de Lauterhourg à Spire. Ces dispositions n'empêchent pas les Autrichiens de se livrer à des marches et contre marches. Ils rassemblent les bateaux sur la rive droite du Rhin, sur le Neckar, le Mayn et à l'embouchure de cette dernière rivière au-dessus et au-dessous de Mayence, dont l'électeur ainsi que celui de Cologne les favorisaient. La ville de Rottemburg, près Nuremberg, appartenant à S. M. Impériale, fut attaquée, malgré la neutralité du cercle de Franconie, par le général autrichien Harsh, qui prit la ville, mais en fut bientôt repoussé par la garnison, retirée dans le château.

Les ennemis avaient encore en Bavière et dans le haut Palatinat 26,000 hommes d'infanterie et 8,000 de cavalerie, aux ordres du général Bathiani, qui devaient venir joindre le prince Charles dès la fin du mois dernier. M. d'Harcourt s'était porté avec toutes ses troupes sur la Meuse et la Sambre, couvrant cette frontière, tandis que l'armée de Flandre opérait sur la Lys et l'Escaut, et, le 4 juin , son corps était rassemblé entièrement sous Maubeuge ; il n'était resté dans les Évéchés et sur la Sarre que 9 B. de troupes réglées et 21 de milices, 17 E. de cavalerie, dont plusieurs de nouvelle levée, et les compagnies franches. Il fut ensuite camper à Marly en avant de Valenciennes, entre l'Escaut et la Scarpe, laissant à Maubeuge M. de Bulckeley. Par cette position, son corps d'armée couvrait également le Hainaut et l'entre Sambre et Meuse, favorisant les opérations de l'armée du roi, qui, après avoir pris Menin le 4, et Ypres le 25, investit la ville de Furnes à la fin de juin.

Au commencement de la campagne, le prince Charles de Lorraine, qui voulait passer le Rhin et pénétrer en Alsace, ordonnait à ses troupes des mouvements continuels pour nous tromper et exécuter plus aisément son projet. Il avait marché sur le bas Neckar, pris son quartier à Ladenburg et campé la plus forte partie de son armée aux environs.de Neckarhausen, son centre; laissant à Waldorf , qu'il venait de quitter, un corps de 10 à 12,000 hommes entre le Neckar et Philippsburg, et un autre plus haut à Bruchsal, avec la plus grande partie des troupes légères sous le général Nadasty formant l'extrémité de sa gauche en face de la droite des Impériaux campés en deçà du Rhin; poussant, en même temps, du côté de Mayence un corps de 25,000 hommes , général Berncklau; enfin il occupait les îles du Héron, de Neckerau et de Kuhkopf, entre Worms et Oppenheim, en avant du centre de son armée, à la tête de 70,000 hommes.

M. le maréchal de Goigny, observant les différents mouvements des ennemis, avait réglé sur leurs positions la marche de son armée et occupé les points d'où il pouvait empêcher le succès des entreprises du prince Charles. Il avait chargé M. de Montai (I) de garder

(1) De Montai (Louis-Charles de Montsaulnin, marquis de), né le 17 juin 1681. Mousquetaire, le 17 .avril 1696; maréchal de camp, le 1'^'^ février 1729; lieutenant général, le 1" avril 1734; décédé le 22 août 1758. (M. G.)

le bas Rhin de Worms jusqu'à Oppenheim, et comme les emiemis semblaient devoir tenter sur ce point leur plus grand effort, il lui avait confié 30 B. et 40 E. Le reste de l'armée, 21 B. et 48 E., gardait la rive gauche du Rhin depuis Worms jusqu'à Oggersheim, quartier général. Le maréchal de Seckendorf avait lesien à Spire, et l'armée impériale campait depuis cette place jusqu'à Lauterbourg avec des troupes françaises aux ordres de AI. de Gensac. M. de Clermont-Gallerande conservait des forces suffisantes à la protection de la haute Alsace contre les B. et les hussards ennemis laissés dans le Brisgau.

Telles étaient les dispositions adoptées, lorsque le prince Charles trouva le moyen de faire passer le Rhin à ses troupes aux deux extrémités de la ligne que son armée occupait, et non au centre, qui n'était qu'une fausse attaque. Le peu d'attention que les Impériaux mirent à exécuter les ordres de M. de Goigny permit aux troupes légères de la gauche ennemie de commencer le passage entre Germersheim et Lauterbourg, oîi il n'y avait que peu de cavalerie de troupes impériales, le reste de leur armée étant descendu vers Spire. Il est reconnu qu'il est impossible d'empêcher le passage d'une rivière, lorsqu'on a un trop grand front à garder, un ennemi supérieur à combattre, qui, par les facilités que lui donne cette supériorité, peut faire en même temps plusieurs tentatives de passage dans différents points fort éloignés les uns des autres. Le prince Charles, qui ne l'ignorait pas, traversa le l'*'' juillet le Rhin à Schreck, en basse Alsace, et exécuta le même jour près de Neuburgweier, en haute Alsace, une tentative à deux heures de Schreck.

Le prince Charles avait fait tous ses préparatifs dans le vieux bras du Rhin de Schreck, près du coude de Leimersheim, en basse Alsace. Le 1^'' juillet, à 3 heures du matin, les pandours du camp de Bruchsal (général Nadasty) passèrentdans des barques à Schreck à la faveur d'un brouillard et débarquèrent du côté de Leimersheim à trois lieues de Landau. A la pointe du jour, ils marchèrent ensemble, attaquèrent et enlevèrent les gardes avancées des grenadiers à cheval de S. M. I., tombèrent ensuite sur le régiment de Taxisdragons, campé à Leimersheim, en tuèrent encore endormis dans leurs tentes et obligèrent les autres d'abandonner ce camp. Ce régiment se retira sous le bois entre Rheinzabern et Germersheim, en attendant du secours. M. Leroy, maréchal de camp des troupes

impériales, commandant à Rheinzabern, rassembla le plus tôt possible les régiments de Taxis et d'Olting-dragons, 1 régiment de hussards (Bavarois) venu à la hâte de Germersheim, et les grenadiers à cheval de l'empereur à Worth, à quelque distance de l'attaque. A trois heures de l'après-midi, il fit une tentative pour reprendre le poste de Leimersheim, mais il en fut repoussé par la supériorité des pandours qui se multipliaient et profitaient de l'avantage du pays, couvert de bois où la cavalerie ne pouvait manœuvrer. Il se replia donc à Rheinzabern.

La nuit du l^"" au 2, M. de Seckendorf marcha de Spire à Germersheim avec le reste de ses troupes, pour aider M. Leroy à repousser les ennemis, se contentant d'abandonner Rheinzabern, de mettre le feu aux magasins de fourrage et de se retirer sous Landau.

M. de Nadasty, profitant du passage de ses pandours, jeta alors un pont sur le Rhin à Schreck, où traversèrent cette nuit-là 15,000 hommes qui campèrent à Neufotz. Pendant ce temps avaient lieu trois fausses attaques dirigées par le prince Charles en avant de son centre et de sa droite dans la partie défendue par M. de Montai : la première, vis-à-vis de nos retranchements des îles; la seconde, à Oppenheim, et la troisième sous le glacis de Mayence. La môme nuit, à 10 heures du soir, les hussards et les pandours^ favorisés par l'électeur de Bavière , passèrent en effet sur des bateaux à Schirstein, Walluf, Eltville, Winkel. Ces troupes s'avancèrent à la hauteur de Weissenau sans trouver personne. A une heure du matin , elles donnèrent le signal à celles de l'autre côté du Rhin en face de Weissenau. Il passa 6,000 hommes sur un pont construit des bateaux tirés de l'embouchure du Mayn, et ils remontèrent les bateaux du côté d'Oppenheim pour y faire passer le reste des troupes aux ordres du général Bernklau, ce qui eut lieu à Biebrich et plus haut. Un poste de nos hussards, du côté de Mayence, se replia pour donner des nouvelles, qui de poste en poste arrivèrent à Oppenheim.

M. de Montai, averti de la marche des ennemis vers cette place, y envoya de suite un renfort, et replia tous ses postes pour remonter le Rhin et courir au plus pressé, d'autant que le prince Charles venait de retirer son pont vis-à-vis de Stockstadt, avait fait évacuer les îles du Héron, de Neckerau et de Kuhkopf, et abandonnait lui-

même les bords du Neckar avec son armée, pour suivre sa gauche qui avait passé à Schreck.

M. de Coigny ne connut d'abord qu'une partie de ce qui s'était passé, etil l'écrivait à M. d'Argenson, le 2 juillet, du camp de Lingenfeld, où il s'était porté avec toutes ses troupes pour tâcher de s'opposer au passage : « M. de Seckendorf me donna avis de l'entreprise commencée; la nuit, mon fils arriva avec du secours. Au lieu de charger, comme il aurait dû le faire, M. de Seckendorf manifesta l'intention de se retirer, faisant déjà ses bagages et ayant envoyé une partie de sa cavalerie à Landau. Le sentiment unanime était d'attaquer et l'on se préparait à celte disposition, lorsqu'il changea encore d'avis. Enfin le résultat de ces hésitations fut de se replier à Germersheim, où je le trouvai hier soir à mon arrivée. » Et, le 3, il apprit dans tous ses détails que le prince Charles avait réussi malgré les renforts envoyés à M. de Seckendorf, que les Autrichiens continuaient à passer le Rhin sur deux ponts à Schreck, que leur avant-garde s'avançait vers la basse Alsace. Dans ces circonstances, il n'eut d'autre parti à prendre que de rassembler toutes ses troupes pour la défense de l'Alsace. M. de Montai devait replier derrière lui tous les postes du Rhin, diriger sa marche sur Landau, tandis que lui-même marcherait avec les troupes de son camp de Spire et de Germersheim et se porterait par Weissembourg sur les lignes de la Lauter.

La nuit du 3 au 4, à 10 heures du soir, il part de Lingenfeld avec sa division, marche en ordre de bataille et arrive le 4, à 10 heures du matin, à Rohrbach, route de Landau, entre les lignes de la Queich et celles de la Lauter.

Le même jour, 4, M. de Montai, après trois marches forcées du côté de la montagne, campe sous Landau à midi avec la 2° division (30 B. et 40 E.), jette 6 B. dans Landau pour renforcer la garnison alors de 10 B. La garde de la place est confiée à M. de Phelippes; mais, tandis que Parmée française se réunissait ainsi aux Bavarois à Rohrbach, le prince Charles occupait les lignes de la Lauter et le général Bernklau, passait le Rhin à Weissenau, Oppenheim et Slockstadt, s'avançant vers Worms et Frankenthal.

Le o, à 2 heures du matin, M. le maréchal part de Rohrbach en même temps que M. de Montai quittait Landau, devant tenir une colonne parallèle à la sienne, et se dirige sur Weissembourg, point

de réunion de toute l'armée; mais il n'était plus temps. Le même jour au matin, M. le maréchal, en s'avançant sur le moulin de Bienwald, apprit que les ennemis, ayant gagné une marche sur lui, s'étaient emparés, la veille au soir, de la ville ainsi que d'une partie des lignes de la Lauter, et même de Lauterbourg, où M. de Gensac avait été obligé de capituler. « L'armée ennemie (1), écrivait M. de Gensac, était venue en très grande force à 4 heures du matin. Toutes mes dispositions étaient faites suivant le peu de troupes que j'avais; l'inondation n'a point servi de grand'chose, puisqu'ils se sont emparés de suite du camp retranché qui leur a servi de rempart contre nous. De là ils se sont glissés dans les fossés des ouvrages jusqu'au pied de la berne des courtines; l'ennemi avait aussi des colonnes d'attaque du côté de l'ouvrage à corne de Weissembourg. J'ai cru devoir épargner au roi ses troupes et le pillage de la ville. »

Le comte de Waldeck accepta la sortie de la garnison (2) avec tous les honneurs de la guerre, à la condition qu'elle ne servirait ni contre la reine ni contre ses alliés, pendant un an et un jour, à la réserve de M. de Gensac, qui ne fut point compris dans le nombre, et auquel fut accordée une pièce de canon à son choix, comme marque de sa valeureuse défense. La garnison se retira à Landau et au fort Louis. Cependant les deux colonnes de l'armée continuaient leur route. Le régiment de Saluces-cavalerie et celui de l'Hôpital-dragons, détachés en avant par M. de Montai pour occuper d'abord Weissembourg et y conduire des équipages, avaient trouvé près de Landau, dans le village d'AItenstadt, un corps considérable de' pandours et de croates, qui, les ayant attaqués, les avaient obligés de se replier sur l'avant-garde de la division du maréchal. Les troupes de cette avant-garde , commandée par M. de Coigny, chassèrent l'ennemi de la plaine et le forcèrent de rentrer dans les lignes. Les régiments de Colonel-général, de Vibraye et de Nicolaï-dragons mirent pied à terre et s'emparèrent d'un village. Le combat finissait lorsque M. le maréchal arriva avec la gendarmerie dans les environs de Weissembourg. C'est

(1) A M. d'Argensoii, le 5 juillet, île Lauterbourg.

(2) La garnison se composait de 4 compagnies de la milice de Tarare (Lyonnais), des milices de Caliors, de Bourg-en-Bresse, d'Autun.

alors qu'il reconnut que Lauterbourg, la partie gauche des lignes de la Lauter, le village d'Altenstadt et plusieurs autres dans la plaine, étaient occupés par l'ennemi. Il n'y avait plus qu'une ressource, forcer les lignes. Il rassembla donc toute l'armée, se fit joindre par celle de l'empereur, et il donna ses ordres pour former trois attaques.

Il charge de celle de Weissembourg M. de Montai; le commandement de la seconde, c'est-à-dire du moulin de Bienwald, entre Weissembourg et le village d'Altenstadt, est donné à M. de Clermont-Tonnerre; à M. de Seckendorf, la troisième, celle du village d'Altenstadt. Vers cinq heures du soir, les trois attaques commencèrent en même temps. Weissembourg est emporté l'épée à la main. L'attaque du moulin n'est pas moins vive. Les ennemis se défendent quelque temps dans Altenstadt, mais ils sont bientôt contraints par les troupes impériales d'abandonner ce poste en se retirant du côté de Lauterbourg. Les régiments de Salucescavalerie et de l'Hôpital-dragons restes aux mains avec un corps considérable de hussards et d'infanterie hongroise, furent bientôt secourus par le détachement de la gendarmerie qui escortait les équipages, par les piquets de dragons et enfin, peu après, par les hussards de Linden. Ces troupes ensemble forcèrent les ennemis de se replier sur le village de Schveighoffen, de là à Schweighen, d'où ils furent chassés et poursuivis jusqu'à Weissembourg et Altenstadt, dit village des Picards, où ils se jetèrent en désordre.

Le prince de Lorraine resta spectateur sur les hauteurs, derrière le village de Gutlesten, jusqu'au moment où ses lignes furent forcées.

L'attaque d'Altenstadt fut menée par les 2 B. du régiment de Bourbon, le 3" de Bavière, les 3 B. des gardes de l'empereur et les 2 B. du duc Clermont de Bavière, soutenus par 14 E. M. de Mortagne, qui les conduisait, les voyant manquer de décision et souffrir du feu prodigieux de l'ennemi, fit avancer du canon. Cette artillerie tira avec tant de succès sur les colonnes ennemies formées dans la rue d'Altenstadt, qu'elles sont obligées de se mettre à couvert dans le cimetière. Au centre, le moulin et la redoute furent forcés par les 2 B. de Montmorin, les 4 d'Alsace, les régiments de Bigorre, Cambrésis et Nice, qui pénétrèrent dans les 11-

gnes, soutenus par le régiment de Bretagne-cavalerie, les milices deCahors, de Tarare, de Bourg-en-Bresse etd'Autun (1).

Le maréchal passe la nuit au bivouac dans la plaine avec toute l'armée, appuie sa droite à hauteur de Geisberg et sa gauche au village d'Altenstadt. La nuit du 5 au 6 et le 6, les troupes du roi, celles de l'armée impériale, restèrent au bivouac tant dan s les lignes que sur les hauteurs voisines du château de Geisberg , où le maréchal établit son quartier général. Le 7, il apprend q ue les ennemis sont en force à Lauterbourg, avec deux ponts à la hauteur de ce poste, et de plus à leur droite, sur les hauteurs de Sulz, près de la montagne, un corps aux ordres du général Nadasty; qu'ils

T (1) De cette époque datent de grandes transformations dans le combat d'infanterie, par l'adoption du fusil à ba'ionnette ; alors ce fut sur l'emploi du feu que se portèrent les efforts. Nous en avions déjà subi les premières épreuves àDettingen. La lettre du maréchal de Noailles constate que le feu de l'infanterie ennemie avait une vivacité toute nouvelle. Quelle était la modification, qui l'avait amenée.^ C'était l'emploi de la cartouche chez les ennemis, tandis que les Français chargeaient encore leur arme en introduisant successivement la poudre, la bourre et la balle; aussi leurs adversaires avaient-ils un tir deux ou trois fois plus rapide.

En 1744, la cartouche fut adoptée dans l'armée. Ce ne fut pas le seul progrès que subit l'infanterie à cette époque; on faisait en même temps ce changement : l'ordre mince sur trois rangs prenait la place de l'ancien ordre profond sur six rangs. On prenait ainsi la tactique, l'ordre de bataille et les manoeuvres qui ont régné jusqu'à nos jours.

L'ancienne ligne, à ordre profond, complètement impuissante dès qu'elle était en flanc et à dos, fit place à une ligne mince, mobile et transformable, avec une seconde ligne en arrière et une troisième ligne de réserve, de manière à ce que toutes les troupes d'une armée ne fussent jamais engagées tout entières à la fois. Mais pendant la période qui suit la guerre de Sept ans, un grand mouvement de travail aux progrès de la guerre se produisit en France. Le Commentaire de Guibert fut le chef-d'œuvre du temps , et qui forma les généraux de la république et de l'empire.

En 1813, la nécessité amena l'emploi fréquent de deux rangs au lieu de trois; ils furent suffisants contre la cavalerie. Enfin, de nos jours, la nouvelle méthode de guerre se désigne par ordre dispersé. L'agilité, la spontanéité, la hardiesse, la sagacité, l'art de tirer parti des circonstances, de tout temps, à travers les siècles, cette manière de combattre a caractérisé nos soldats qui se sont montrés en Crimée si supérieurs par ces mêmes qu alités à leurs émules comme à leurs ennemis. Cette nouvelle phase de la guerre doit être notre confiance, et si les Prussiens, par extraordinaire et par surprise, nous ont vaincus dans cette campagne de 1870, c'est en faisant acquérir artificiellement à leurs soldats les qualités que les nôtres possèdent naturellement.

commençaient aussi à s'étendre par leur gauche en remontant le Rhin et avaient envoyé dans le Brisgau le comte de Trenck, déjà arrivé aux environs de Fribourg, destiné à une tentative sur le haut Rhin. Le prince Charles s'était retiré à Trimbach.

La première idée de M. de Coigny, après avoir rassemblé les troupes françaises et impériales, fut de marcher au prince Charles pour livrer un second combat ; mais, Lauterbourg étant en son pouvoir, et soutenu de toute son armée, il le jugea inattaquable. Il avait un autre parti à prendre : de rester dans sa position et de s'attacher à couvrir toutes les gorges et les passages par lesquels les ennemis auraient pu se porter sur la Sarre et la Moselle. Considérant que ce serait abandonner l'Alsace et qu'alors il n'aurait aucun point d'appui pour ses subsistances, ayant été d'ailleurs informé que des troupes du prince Charles remontaient déjà le Rhin, il se porte derrière la Moder, aûn d'être à portée de l'empêcher de pénétrer plus avant dans l'Alsace et d'avoir derrière lui les magasins de Strasbourg. Pour faciliter sa marche, qui devait être de six lieues depuisWeissembourg jusqu'à Haguenau, et pour remettre ses troupes en ordre, elles s'allongèrent le 6 sur le chemin de Haguenau et campèrent en front de bandière.

Le 7, les deux armées marchèrent à Haguenau et y campèrent derrière la Moder; celle du roi appuyant sa droite à Drusenheim, sa gauche vers Haguenau; celle des Impériaux, la droite à portée de cette ville, la gauche à Schweighausen. Weissembourg fut aussi évacué. M. de l'Aigle fut envoyé à Fort-Louis, dont la garnison était insuffisante.

Cependant xM. de Coigny, en se mettant ainsi derrière la Moder, n'ignorait pas qu'il ne pourrait empêcher les incursions ennemies sur la Sarre et la Moder; il était d'autant plus inquiet qu'il sut les mouvements du prince Charles du côté de Lauterbourg : Bernklau avait passé le Rhin à Weissenau, à Oppenheim et à Stockstadt, s'était avancé à Franckenthal et avait détaché des renforts sur Neustadt. En outre, le maréchal savait que l'étendue de cette position (six lieues depuis la montagne jusqu'au Rhin) et les bords peu escarpés du fleuve ne lui donnaient aucun avantage ; pourtant il n'avait pas d'autre barrière, et la nécessité de se placer à portée de Strasbourg l'avait emporté sur toute considération. Il convint donc avec M. de Seckendorf d'occuper ce point central pour tomber

sur le prince Charles où il porterait ses forces, et de garantir l'Alsace. Le prince (quartier général à Lauterbourg) attendait du renfort; Nadasty était à sa droite à Worth, et Bernklau à gauche entre Drusenheim et Fort-Louis. M. de Coigny ne craignait pas pour cette place, bien approvisionnée; il était plus inquiet du Brisgau, où Trenck devait être bientôt rejoint par les Bavarois arrivés déjà dans le cercle de Franconie; aussi augmenta-t-il en haute Alsace M. de Glermont-Gallerande, représentant de nouveau à M. d'Argenson la supériorité du prince Charles. Pour pouvoir se soutenir avec une si grande infériorité, il cherche à se préparer sur la Moder un poste qui , par sa nature et ses avantages, devait balancer la supériorité en nombre du prince Charles : on lui en indiqua un sur le haut de cette rivière; mais ayant été sur le terrain avec M. de Seckendorf , il reconnut qu'il n'y avait dans cette partie aucune position. D'ailleurs, persuadé que le prince Charles, à cause de ses ponts, ne s'éloignerait pas du Rhin, il se confirma dans la résolution de ne pas se séparer de Strasbourg. En même temps, craignant d'être percé sur un point de sa ligne, si le prince Charles dirigeait des troupes de son armée dans le Brisgau, il se trouvait dans la nécessité d'en envoyer de nouvelles en haute Alsace; prévoyant même que bientôt il ne pourrait plus soutenir sa communication avec la Lorraine et le pays messin par Tngwiller et Saverne, il se disposa à l'établir par Strasbourg, Obern-. heim et Phalsbourg.

Dans cette situation critique, il demande à M. de Belle-Isle de lui envoyer promptement les troupes du duc d'Harcourt, à mesure qu'elles arriveraient dans les Évêchés, pour fortifier la haute Alsace. Il lui écrit en même temps d'obtenir qu'on retire de l'armée de Flandre de nouvelles troupes et de les porter dans les Évêchés ou en Alsace. Le roi n'avait pas attendu cette demande pour prendre un parti sur la situation générale des affaires militaires. Informé de la retraite de M. de Coigny derrière la Moder, il abandonne tout projet de nouvelles conquêtes en Flandre , et se détermine à y rester sur la défensive pour être en état de pourvoir à la sûreté de ses autres frontières. Il avait déjà donné ordre de faire suivre par 26 B. et 33 E. de son armée les troupes que le duc d'Harcourt conduisait dans les Evêchés et résolut d'aller lui-même diriger les affaires à l'endroit le plus exposé. Son départ de Dunkerque fut fixé au 20, pour se

rendre à Metz le 5 du mois d'août et passer ensuite en Alsace.

M. d'Argenson, en faisant part à M. de Coigny de ces dispositions, lui prescrivait d'éviter tout ce qui pourrait le commettre à une action générale et décisive, et de ne songer qu'à prendre des positions dans lesquelles le prince Charles ne pût l'attaquer qu'avec désavantage et en même temps qui le missent à portée de donner la main au secours qu'on lui envoyait, si la jonction devenait nécessaire.

Lorsque ces ordres parvinrent au maréchal de Coigny, l'avis de l'arrivée d'un renfort à l'armée du prince Charles lui avait fait prendre la résolution de ne pas l'attendre sur laModer, mais de se retirer derrière la Zorn lorsqu'il le verrait en mouvement pour marcher sur lui, et ensuite sous Strasbourg et derrière le canal de Mutzig. Les impressions de M. d'Argenson le confirmèrent dans ce projet.

Le roi donna donc ses ordres à M. d'Harcourt, à Marly, pour se rapprocher des Évêchés et marcher suivant les avis du maréchal de Belle-Isle, toujours à Metz. Ce premier secours devait être augmenté aussitôt après la prise de Furnes, qui capitula le 10.

Ce jour même, M. d'Harcourt part du camp sous Valenciennes avec ses 2 B. et 30 E., prend la route de Bavay, couche le H à Maubeuge, le 12 à Avesnes, le 14 à Trelon, le 15 à Mariembourg, le 16 à Rocroi, le 17 h Mézières, le 18 à Sedan, et rassemble ensuite les 13 B. et 52 E. qui avaient d'abord composé l'armée de la Moselle à ses ordres, dont partie avait été laissée au chevalier de Belle-Isle sur cette frontière.

Le 12 juillet, le roi, ayant résolu de diriger de nouvelles troupes sur la Moselle et l'Alsace, forma un détachement de l'armée de Flandre de 26 B. dont 1 d'artillerie, et de 33 E., avec ordre au maréchal de Coigny d'éviter une action générale en attendant tous ces renforts. Il ajoutait qu'il passerait lui-même en Alsace, s'y rendant par Metz, et le comte de Saxe restant seul commandant en Flandre. Les troupes du détachement destiné à l'Alsace prirent les devants et marchèrent sur quatre colonnes (1) aux ordres du maréchal de Noailles.

(l) V colonne : 13 E. de la maison du roi; 2= colonne : les gardes françaises et suisses; 3"= colonne : régiment du Roi, Custine, Royal-Comtois , la Marche et Montboissier (infanterie); Berry et Noailles (cavalerie); 4° colonne : Navarre,

M. de Belle-lsle prépare le passage de ces troupes sur son territoire, en prenant toutes les mesures nécessaires à la sécurité de la Thiérache, la frontière de Champagne, les Évêchés et la Lorraine.

Le 43, M. de Coigny, à la vue d'une quantité considérable de troupes légères masquant Fort-Louis, détache M. de Balincourt vers Fort-Louis; mais, attaqué sur la chaussée, entre Wanzenau et Drusenheim , il est obligé de se replier. Les jours suivants, le maréchal établit de bons postes sur notre ligne, principalement de Drusenheim et Bischwiller, avec M. de Seckendorf. C'est dans cette position que les généraux résolurent d'attendre l'ennemi , projetant ensuite de se retirer derrière la Zorn.

L'armée française et impériale comptait 41,780 hommes, tandis que celle des Autrichiens, campés entre Beinheim et Roeschwog, en comptait 60,000. Cependant le prince Charles ne jugea pas à propos de s'avancer.

Le 17, M, de Coigny, apprenant que le colonel Trenck se disposait à opérer sur le haut Rhin, détache M. de Putanges. M. du Ghâtelet-Lomont est envoyé à Phalsbourg pour conserver la communication des gorges avec la Lorraine.

Le 19, le roi part de Dunkerque et arrive le 29 à Reims.

Le 20 au matin, comme les ennemis se disposaient à faire le siège de Fort-Louis, M. de Maupeou et le débordement du Rhin, qui rompit les ponts ennemis, les arrêtèrent dans leurs projets. Les pluies continuelles n'empêchèrent point MM. d'Harcourt et le chevalier de Belle-lsle de continuer leur route vers les Vosges pour réunir à Phalsbourg l'armée de la Moselle. De son côté, le maréchal de Belle-lsle fortifie Sarreguemines, et envoie un détachement d'infanterie et de cavalerie à Bitche pour mettre cette place à l'abri du général Nadasty, dont les hussards commençaient à se répandre aux environs.

Comme, le 24, les ennemis commençaient à s'étendre par leur droite pour appuyer le général Nadasty, Phalsbourg reçoit un renfort. Le 27, le maréchal est informé que le prince Charles se porte sur Soultz, Goersdorf et Woerth, après avoir poussé en avant le

Gondrin et Artois (infanterie), Valence-artillerie, Royal-cavalerie, Asfeld-dragons, Berchiny-hussards, commandés par MM. de Ségur et de Berchiny.

corps Nadasty; que deux ponts sont construits sur le Rhin et qu'il a reçu le renfort qu'il attendait.

Le 28, l'armée ennemie continuait sa marche vers l'abbaye de Niederbronn; la nuit du 28 au 29, M. le maréchal de Goigny fait évacuer Drusenheim et Haguenau, part de Bischwiller et campe avec toute l'armée derrière la Zorn, la droite à Hoerdt, où il prit son quartier, et la gauche, composée des Impériaux, versBrumath. 2 brigades d'infanterie avec M. de Maupeou se rendent derrière le canal deMutzig, et, la nuit du 29 au 30, l'armée se remet en marche et se prolonge derrière le ruisseau de Suffel , au-dessous de Strasbourg; M. le maréchal établit son quartier général et son centre à Biescheim, sa droite à Hoenheim et sa gauche à Lamperthein. D'un autre côté, M. du Châtelet-Lomond, commandant à Phalsbourg, sachant que le général Nadasty marchait sur Saverne, s'y rend et y rassemble promptement les postes de Phalsbourg, Ingwiller, Bischwiller et delà Petite-Pierre, en attendant le duc d'Harcourt déjà à une marche de Phalsbourg. Le 30 juillet, ce lieutenant général arriva en effet de Bouquenon dans cette dernière place. Il s'entretient avec M. du Châtelet et détache de Phalsbourg de l'infanterie le long de la chaussée et de la montagne de Saverne.

Le 31, à la pointe du jour, M. d'Harcourt fut joint heureusement par le chevalier de Belle-Isle venant de Bilche. A 6 heures du matin, le général Nadasty arriva devant Saverne, qu'il attaqua. M. du Châtelet songeait à la retraite, suivant l'ordre reçu de M. d Harcourt, quand ce dernier vint à sa rencontre et rentra heureusement à Phalsbourg, sans avoir été entamé. L'ennemi s'empara de Saverne évacué. M. d'Harcourt cantonna son armée, forte de 10 B. et 47 E., des deux côtés de Phalsbourg (1),

Le même jour 31, M. de Noailles arrive à Metz, d'où il envoie M. de Tremilles au maréchal de Coigny, l'engageant à garder la communication par les gorges de Phalsbourg pour les troupes arrivant de Flandre. M. d'Argenson écrit de Klims dans le même sens. M. de Goigny avait donc déjà prévenu les ordres du roi

(1) Il ne se trouve nulle part aucune trace des mouvements du prince Charles depuis le 28, jour auquel M. de Coigny fut informé de son arrivée à Sullz. Seulement, par un fragment de lettre du duc d'Harcourt, on sait que toute son armée arrivait à Hochsfelden, où elle campait en effet le même jour 31, tandis que M. de Nadasty attaquait Saverne.

et envoyé les siens à M. d'Harcourt pour la sûreté de Phaisbourg. Il resta dans son camp au-dessous de Strasbourg, observant le prince Charles qui campe à Hochfelden, ayant la Zorn en avant, Saverne occupé par le général Nadasty et un autre corps à Hoeinheim entre Strasbourg et Drusenheim, sous le commandement du général Bernklau.

M. deCoigny, informé de l'abandon de Saverne et de l'arrivée du prince Charles sur le haut de la Zorn, assemble un conseil de guerre pour avoir l'avis des officiers généraux de l'armée sur le parti à prendre, tant pour barrer aux ennemis le chemin de la haute Alsace que pour donner la main à M. d'Harcourt. Il prépare ainsi au roi les moyens de réunir, sans obstacle de la part du prince Charles, toutes les troupes à la tête desquelles S. M. se proposait de se mettre pour réparer nos malheurs. L'avis du conseil de guerre fut unanime sur la nécessité de se rapprocher des montagnes, et plusieurs officiers généraux exprimèrent l'avis de mener l'armée à Chatenois, situé à hauteur deSchelestadt et à portée delà gorge de Sainte-Marie-aux-Mines ; mais le maréchal, jugeant que ce serait trop s'éloigner de M. d'Harcourt et le laisser longtemps seul devant toutes les forces du prince Charles, préféra tenter sa jonction avec lui par la vallée de Schirmeck et n'avoir recours au camp de Chatenois que dans le cas oh cette dernière route serait impraticable.

En conséquence, l'armée décampe de Biescheim, le 2, et se place derrière la Bruche et le canal de Mutzig, le quartier général à Dorlesheim; les troupes françaises campent depuis ce point jusqu'à la montagne, les Impériaux près d'Enzlheim. Strasbourg appuyant la droite de la position et étant éloigné de près de deux lieues de la droite des Impériaux, on y fit entrer 3 B. (1) et, pour assurer la gauche et couvrir en même temps l'entrée de la vallée de Schirmeck, on y campe 2 régiments de dragons et 10 compagnies de grenadiers sous M. d'Épinay.

L'armée devait se mettre en marche le lendemain pour entrer dans la vallée de Schirmeck et se rendre à Phaisbourg; mais M. de Coigny, par la connaissance de la nature des chemins dans cette vallée, et considérant la difficulté non seulement des défilés

(I) 11 y en avait déjà 3 de milices dans la ville, 1 dans la citadelle et 1 de troupes réglées.

et des débouchés, mais aussi le risque de ne plus trouver M. d'Harcourt à Phalsbourg et au contraire d'y être prévenu par l'ennemi, abandonne son projet et se détermine à occuper le camp de Chatenois. L'ordre fut donné pour décamper le 3, et s'y rendre en deux marches, lorsque, considérant d'ailleurs que sa marche pour se retirer à Chatenois laissait aux ennemis la vallée de Schirmeck par laquelle il venait d'établir une communication avec M. d'Harcourt, il se détermine à rester derrière le canal de Mutzig pour en disputer le passage, et à ne se retirer qu'à l'extrémité au camp de Chatenois. Il espère aussi qu'avant d'y être forcé, le roi aurait le temps d'arriver avec les secours par la gorge de Sainte-Marie-aux- Mines. Il ne fut donc plus question que de s'établir solidement dans cette position pour conserver d'un côté la communication avec Strasbourg, depuis Entzheim où était la droite des Impériaux, et de l'autre avec Phalsbourg par la vallée de Schirmeck, dans laquelle on établit des postes fournis par l'armée et par les troupes de M. d'Harcourt.

Le prince Charles ne fit aucun mouvement important. M. de Bernklau, qui commandait le corps détaché de la gauche, comme M. de Nadasty commandait celui de la droite, s'avança le 3 jusqu'à Reichstett , près de Strasbourg , et mit la contribution à Rupertshau sous le canon de la place. Le 4, le prince Charles fit quelque changement dans sa position pour se rapprocher de M. de Nadasty encore à Saverne, où il se retranchait, et établit son quartier général à Dettwiller. Le même jour, M. de Bernklau campait à Hoerth.

Le 6, M. de Noailles se rend de Metz à l'armée du Rhin. Les troupes détachées de Flandre et arrivées aux environs de cette place le 2 et le 4, partirent aussi sur trois colonnes pour joindre la même armée sous les ordres de MM. de la Mothe-Houdancourt, de Maubourg et de Gramont, au nombre de 26 B. et 33 E.

En attendant ce secours, M. de Coigny continuait à couvrir la haute Alsace. Il avait jugé à propos, le 1" du mois, de prendre un camp plus avantageux derrière la rivière de la Bruche et le canal de Molsheim. Il établit son quartier général à Dorlesheim , sa droite composée des Impériaux.

Le 3, le prince Charles de Lorraine, toujours dans le même camp d'Hochfelden, ayant devant lui la rivière de la Zorn, allongeait

son armée vers la droite pour soutenir le général Nadasty à Saverne; le général Berncklau campait à sa gauche à Hoenheim, entre Strasbourg et Drusenheim. Les Autrichiens alors comblent les lignes de la Lauler et détruisent les ouvrages de Lauterbourg, qu'ils avaient abandonnés, replient leurs ponts et les remontent plus haut; ils en établissent un à Beinheim, un autre à Drusenheim, un troisième à Offendorf, et renvoient leurs équipages de l'autre côté du Rhin.

A cette époque, quelques princes de l'Empire résolurent de soutenir la France, alliée de l'empereur. Les rois de Prusse et de Suède, ce dernier en qualité de landgrave de Hesse-Gassel , et l'électeur palatin, se décident à mettre à exécution un traité, qu'ils avaient conclu avec l'empereur, dit Union de Francfort.

Le roi de Prusse fut le premier à se déclarer en faveur de l'empereur.

Le 7, M. de Schmetlau, grand maître de l'artillerie, vient à Metz annoncer cette nouvelle à Louis XV, et lui apprendre que les troupes prussiennes, à la date du 6, se mettaient en marche pour entrer en Bohême par la Saxe, et en Moravie par la Silésie; que Frédéric II se disposait en personne à aller faire le siège de Prague, et que d'autres corps d'armée allaient être rassemblés.

Fidèle à sa parole et impatient, selon sa coutume, de prévenir l'ennemi, il partit de Berlin le 13 août, partagea son armée (70,000 hommes) en trois colonnes et pénétra en Bohême par la Saxe, tandis que le prince Léopold de Dessau y entrait par la Lusace, et Schvverin par la Silésie.

Le 2 septembre, l'armée se réunit devant Prague et l'investit; le 10, la tranchée est ouverte, et, le 10, le général de Harsch, commandant la place, se rend prisonnier de guerre avec une garnison de 12,000 hommes : de là les Prussiens se répandent dans toute la Bohême. Le débutétait brillant; mais Frédéric commit la faute de ne placer que peu de troupes dans Prague. Il fut arrêté dans sonpremier plan de traverser Beraum, de chasser Bathiani de la Bohême, de s'emparer de Pilsen, des magasins qu'on y formait pour le prince de Lorraine, et de pousser jusqu'aux gorges de Gham et de Furth, qui ouvraient les chemins de la Bohême aux Autrichiens du côté du haut Palatinat. Il céda aux insinuations du maréchal de Belle-Isle demandant que les Prussiens se portassent du côlé de

Tabor, de Budweis et de Neuhaus, afin d'établir une communication avec la Bavière et d'inquiéter le prince de Lorraine au sujet de l'Autriche. Telle était la situation des affaires, quand le roi tomba dangereusement malade à Metz (1).

Le roi y était arrivé le A août. « Les jeunes gens de famille composèrent plusieurs compagnies de cadets, et des arcs de triomphe furent élevés sur tout le passage du roi, à son entrée le 4, à midi, dans les rues bordées des deux côtés par les régiments, au son des musiques, des cloches et des pièces d'artillerie. »

Le roi, à cheval, mit pied à terre sur la place d'Armes et entra dans la cathédrale, reçu par Tévôque et le clergé, remonte à cheval avec sa suite, passe par la place Saint-Jacques, la rue des Clercs, sous l'arc de triomphe à l'entrée de l'Esplanade et en descend dans la cour du Gouvernement. Après le repas du premier jour et les visites aux fortifications, le roi reçut, le 7, M. de Schmettau. Le roi monte ensuite à cheval et, après avoir passé en revue, sur l'Esplanade, le nouveau régiment de hussards de Raugrave, se rend sur la place Coislin, visite les casernes construites à ses frais en 1727 et 1730, la nouvelle fonderie près la porte Saint-Thiébault, et s'arrête sur la hauteur du camp de Saint-Julien, où M. de Belle- Isle indiqua les nouvelles fortifications à créer pour augmenter les forces de la citadelle et former l'inondation de la Seille. Les retranchements des vallées de la Sture et de Château-Dauphin ayant été forcés par l'armée du roi, sous le prince de Gonti, le 8, fut chanté un Te Deum auquel ne put assister le roi, par un mal de tête accompagné de fièvre. Il se réveilla souffrant, accablé. Quelques jours plus tard, la France entière était consternée. « Le danger du roi se répandit dans Paris, au milieu de la nuit. On se lève, tout le monde court en tumulte, sans savoir oh l'on va. Les églises s'ouvrent en pleine nuit, on ne connaît plus le temps du sommeil, ni de la veille, ni dès repas. Paris était hors de lui-même, toutes les maisons des hommes en place étaient assiégées d'une foule continuelle ; on stationnait dans tous les carrefours. Le peuple s'écriait : « S'il meurt, c'est pour avoir marché à notre secours! » (Voltaire, Siècle de Louis XV.)

(1) Journal du séjour du roi dans la ville de Metz du 4 aoiît au 29 septembre 1744 ; à Metz, imprimerie de la veuve de Pierre Collignais, imprimeur de l'hôtel de ville et du collège, place Saint-Jacques, à la Table d'or; MDCCXLIV. T. II. 26

Le lendemain 9, et les jours suivants, y conripris le 12, le mal de lèle et la fièvre résistèrent aux remèdes et aux saignées.

Pendant la nuit du 13 au 14, l'accès devenant plus grave, le roi se confessa et demanda le viatique : l'inquiétude augmentait, les avenues du château, qui dès les premiers jours étaient difficiles par la foule du peuple, devinrent inaccessibles, et chacun de se prosterner pour fléchir la miséricorde de Dieu et Timplorer pour la conservation des jours du roi. Le 15, S. M. reçut l'extrême-onction à 5 heures du matin.

Le dimanche 16, on commença d'espérer (1). Le 17, le Dauphin avec le duc de Châtillon, son gouverneur, M. du Muy-, sous-gouverneur, M. l'évêque de Mirepoix, son précepteur, devancèrent de beaucoup la reine, arrivant par la route de Bar. La reine vit le roi un instant ; mais cette satisfaction ne fut point accordée au dauphin, dans la crainte de la malignité de la fièvre.

Le 19, le Dauphin et Mesdames de France eurent la permission d'entrer un instant. Le courrier qui apporta, le 19, à Paris la nouvelle de sa convalescence fut embrassé, presque étouffé par le peuple. Les rues retentissaient du cri de joie : « Le roi est guéri ! » C'était le dernier élan de cette fidélité monarchique qui devait s'effacer.

Le roi était sauvé; la joie, par toute la France, se manifesta par des fêtes; à Metz même, ces marques de l'allégresse publique prirent un caractère de splendeur inouïe; les mousquetaires, les régiments de la garnison, les officiers et gardes du corps, les princes, la milice bourgeoise, les Suisses, jusqu'à M. del Campo Florido, ambassadeur d'Espagne, firent chanter des Te Demn ou donnèrent des repas pour célébrer la convalescence du roi et faire éclater leur joie ; deux mois presque se passèrent ainsi à Metz, et, le 29 septembre, le roi partait pour Lunéville.

Cependant, le 9 août, le maréchal de Noailles arrivait de Metz à Schelestadt, s'entendait avec M. de Coigny sur les moyens de poursuivre l'armée ennemie, qui ne pouvait rester longtemps dans sa position. Son projet consistait soit à passer le Rhin sur deux

(1) On assure que c'est un médecin juif de Metz qui eut l'idée de lui appliquer des sangsues sur la tête en lui ordonnant en même temps une potion à lui, très énergique; d'autres l'attribuent à un médecin-major de régiment. Ce qu'il y a de certain, c'est que Dumoulin, le médecin du roi, n'arriva que le dimanche 16, quand tout danger était passé.

SUCCGSSIOX D'AUTRICHE. — ALSACE (1744). 403

ponts au-dessus de Strasbourg, pour prendre à revers ceux du prince Charles, soit à poursuivre directement son arrière-garde.

En effet, Frédéric II avait tenu sa promesse à Louis XV, quand il lui écrivait, le 12 juillet : « J'apprends que le prince Charles a pénétré en Alsace. Ceci me suffit pour déterminer mes opérations. Je serai en marche à la tôte de mon armée le 13 d'août, et devant Prague à la Qn du même mois. Je passe sur bien des considérations et je m'engage peut-être dans un pas assez périlleux. Mais je veux donner à. V. M. des preuves de mon amitié pour elle. Je regarde dés ce moment ses intérêts comme les miens, persuadé qu'elle en agira de même avec moi, et surtout qu'aucune considération particulière ne pourra l'obliger à m'abandonner dans une guerre que j'entreprends en grande partie pour ses intérêts et pour sa gloire. Tout notre système est fondé sur trois grands coups qu'il faut frapper, pour ainsi dire, en même temps. Le premier est l'invasion de la Bohême et de la Moravie ; le second, la marche des troupes impériales et françaises le long du Danube en Bavière, et le troisième, que je regarde comme l'article principal, est l'envoi d'un corps de troupes dans le pays de Hanovre. ))

Le résultat de l'entrée en campagne des Prussiens ne devait pas se faire attendre; et en effet, le 10 août, M. de Coigny apprend que le prince Charles avait quitté le matin son camp d'Hochfelden, après un mouvement en avant, et passé sur la rive droite de la Zorn, plaçant son quartier à Mutzelhausen, sa droite à Hoehfrankenheim,à trois lieues de Strasbourg, et sa gauche au village de Berstett; qu'il avait même poussé le corps du général Bernklau jusqu'à Mannolsheim; mais que celui-ci s'était replié sur l'armée.

Cette marche et cette démonstration n'avaient d'autre but que de couvrir les dispositions des ennemis pour repasser le Rhin. Ils avaient déjà évacué Lauterbourg, les lignes de la Lauter, leurs magasins, et rassemblé leurs bestiaux et subsistances de basse Alsace pour les envoyer de l'autre côté, par les ponts de Beinheim et de Drusenheim. Us ne pouvaient se dispenser de prendre la même route par suite de l'approche du renfort de Flandre et de la marche du roi de Prusse vers la Bohême.

M. de Coigny donne donc des ordres pour le rétablissement des ponts sur le canal de Molsheim, afin de pouvoir déboucher sur

plusieurs colonnes dans la plaine de Strasbourg et de suivre l'ennemi, lorsqu'il se retirerait; e1 au cas que cette retraite se fît précipitamment, il tenait des troupes en réserve, ainsi que M. de Seckendorf, pour charger sur l'arrière-garde. Le même jour au soir, M. de Noailles se rend de Schelestadt à Strasbourg reconnaître dé la tour la position des ennemis et être plus à portée de s'entendre avec les maréchaux. La conférence eut lieu le 1 1 , et on y résolut de construire deux ponts sur le Rhin, vis-à-vis de Goldscheuer, à une demi-lieue au-dessus de Strasbourg, d'en faire garder les têtes par des grenadiers et des piquets, d'employer des pionniers aux retranchements qui devaient les couvrir, et de rapprocher de Strasbourg 25 B. et 15 E. du détachement de Flandre, débouchant en Alsace par la gorge de Sainte-Marie aux Mines, qui arrivèrent le même jour au camp de Schelestadt, avec MM. de Maubourg et de Gramont (1), suivis des 51 E. de la maison du roi qu'amenait M. de Lamothe-Houdancourt (2).

Le 12, ces troupes passèrent sous Strasbourg; on les destinait à empêcher les Autrichiens de marcher dans le Brisgau en tombant sur le flanc de leurs troupes. Le 13, M. d'Argenson envoie l'ordre du roi à M. de Noailles pour commander en chef l'armée du Rhin, jointe au détachement amené de Flandre, comme plus ancien de grade que M. de Coigny, qui resta commandant en second.

Ce jour même, on fît passer sur les deux ponts du Rhin des troupes pour en garder la tête , de l'autre côté, sous les ordres de M. de Maubourg. Celles arrivées de Flandre campèrent de ce côtéci de la tête des mêmes ponts, et elles devaient y passer le lendemain, suivies des maréchaux de Coigny et de Seckendorf. Mais M. de Noailles jugea à propos de le différer jusqu'à ce qu'il eût reconnu lui-môme le terrain de l'autre côté du Rhin, où il se rendit. II devenait urgent de prendre un parti, car les subsistances et

(1) Gramont (Jean-Georges de Caulet, marquis de), d'une vieille famille de la Franche-Comté; seigneurie acquise au treizième siècle. Né en 1663, volontaire au régiment de Chazel (dragons) en 1710, maréchal de camp le 2 mai 1744, lieutenant général le 10 mai 1748, décédé le 8 mars 1753.

(2) Lamothe-Houdancourt (Louis-Charles, marquis de), né le 21 décembre 1687, mousquetaire en 1703, brigadier le 1" février 1719, maréchal de camp le 20 février 1734, lieutenant général le 18 octobre 1735, maréchal le 17 septembre 1747, décédé le 3 novembre 1755.

fourrages devenaient difficiles : les magasins de Strasbourg étaient peu fournis, la basse Alsace avait été mangée par l'ennemi et la haute Alsace l'était en ce moment par nos troupes, de sorte que nos ressources ne pourraient bientôt venir que des provinces de Lorraine, de la Franche-Comté et des Evêchés.

Pendant qu'on prenait ces dispositions, M. d'Harcourt, toujours campé à Phaisbourg, apprenant le mouvement du prince Charles vers le Rhin, résolut d'attaquer de front et par le revers le corps de M. de Nadasty à Saverne. Les ennemis, contraints d'abandonner Saverne, M. d'Harcourt les poursuit, puis s'arrête, en apercevant distinctement le camp du prince Charles sur le haut du Kohkersberg. Alors il ramène ses troupes à Phaisbourg, laissant dans Saverne M. du Châtelet-Lomont et dans la plaine 1 régiment de hussards et les compagnies franches. Sur les 4 heures, le prince Charles ayant détaché l'aile droite de son armée au secours du général Nadasty, M. d'Harcourt se remit en marche; mais il est bientôt obligé à la retraite, en bon ordre. Saverne fut réoccupé par l'ennemi.

Le 14, MM. de Noailles, de Coigny et de Seckendorf pensèrent à faire passer le Rhin aux troupes de Flandre, lorsqu'une grande crue d'eau arrêta ce projet.

Le 15, comme on ne voyait aucune possibilité de traverser le Rhin, on résolut le passage du canal de Molsheim et de marcher à la première nouvelle de la retraite du prince Charles.

La nuit suivante, ce prince lève le camp de Mutzenhausen, repasse la rivière de Zorn et campe à Schirrhein, entre Bischweiler et Drusenheim, pour être plus à portée de ses ponts, sur lesquels il fait passer une partie de l'aile gauche de son armée, se porte au fameux défilé de Rencken pour barrer la Queich, supposant notre passage du Rhin.

Le 16, à l'information de la retraite des ennemis, toute l'armée est en mouvement. Les troupes venues de Flandre, formées près des ponts au-dessus de Strasbourg, campent à Bieschheim, sur le ruisseau de Suffel. où M. de Noailles établit son quartier. M. de Seckendorf passe le canal de Molsheim et la Bruche, appuyant la droite à la gauche des troupes de Flandre. L'armée de M. de Coigny passe aussi le canal et campe à la gauche des Impériaux. M. de Noailles donne ordre à M. d'Harcourt de s'établir sur les hauteurs

de Kohkersberg, à la gauche de M. de Goigny. Les ponts du Rhin sont gardés par M. de Conlades.

Le 18, les maréchaux conviennent de réunir les armées entre Bieschheim et la Zorn. M. de Seckendorf s'avancerait d'abord jusqu'au ruisseau de Suffel, en avant de Bieschheim, et favoriserait le mouvement des troupes du roi ; pour couvrir ce détachement il y en aurait trois autres, dont un de troupes impériales s'avancerait jusqu'à Reichstett, et les deux autres de troupes françaises, avec MM. de Montai et de Balincourt, se porteraient, l'un à Lampertheim, l'autre à Pfulgriesheim. M. d'Harcourt eut aussi ordre de pousser des détachements le long de la Zorn.

Le 19 au matin, ces différents mouvements s'exécutèrent. L'armée du roi campe à Berstett, la droite à Lampertheim, la gauche à Truchtersheim. En cet endroit les troupes de Flandre et l'armée de M. de Goigny ne firent plus qu'un même corps aux ordres du maréchal de Noailles. L'armée impériale s'établit de Hoenheim à Mundolsheim.

Vers le soir, 25 à 30 B. français s'avancèrent vers la Zorn observant les ennemis campés de l'autre côté de cette rivière.

Le 20, toute l'armée se porte jusqu'au ruisseau de Rohrbach, le quartier général établi à Hochfrankenheim sur la route d'Hochfelden, où vint camper M. d'Harcourt. A l'approche de l'armée, le princeCharlesne jugeapas à propos de l'attendre, ni de lui disputer le passage de la Zorn; la nuit suivante, il décampe précipitamment de Weyersheim et se retire vers Drusenheim, évacuant en même temps Haguenau et faisant passer le Rhin à ses gros équipages.

On se demande pourquoi nos généraux, profitant de l'effet moral produit par la diversion de Frédéric, n'attaquèrent pas les Allemands en retraite. Le trouble qu'excitait la maladie du roi eut de fâcheuses conséquences; la préoccupation du maréchal réagit sur les mouvements de l'armée et sauva celle du prince Charles de Lorraine. Le maréchal de Noailles était à portée de l'attaquer : M. deSchmettau le pressait de le faire, il lui représentait qu'en chargeant les Autrichiens avec vigueur, il les aurait empêchés de gagner leurs ponts. En effet, quelques avantages remportés par les avant-postes n'empêchèrent point les Autrichiens de repasser sur leurs ponts et de les rompre avant l'aube du jour. Ce manque de vigueur du maréchal, dans cette occasion, fut fatal au roi de Prusse.

Le 21, l'armée du roi passe la Zorn sans obslacle et campe à Brumath, la droite à ce village, la gauche à Wahlenheim.

L'armée impériale est à Hochfelden, d'oti M. d'Harcourt vint rejoindre la gauche de l'armée de M. de Noailles : cette dernière s'était réunie aux 6 B. de M. de Contades, qui avait fait replier les ponts du Rhin, en sorte que toutes nos troupes se trouvaient rassemblées au nombre de 97 B. et 180 E. Cependant, comme le roi avait promis d'augmenter l'armée impériale, appelée à manœuvrer séparément, et môme de fournir les fonds pour prendre des troupes palatines et hessoises à la solde de l'empereur, on commença par joindre à cette armée les 16 B. et 2 régiments de cavalerie de troupes allemandes, au service du roi. M. de Noailles donna le commandement de ce détachement à M. de Ségur.

Le 22, M. de Noailles fit reposer ses troupes, bien fatiguées par trois jours de marche consécutifs, tout en envoyant à la poursuite de l'ennemi MM. le chevalier de Belle-Isle, de Lowendal et Berchiny.

M. de Noailles, le 23, se porte sur les hauteurs d'Haguenau, et, ayant trouvé à Bischwiller le détachement de M. de Lowendal, il occupe Drusenheim abandonné. Il donne ordre aux deux autres détachements de passer la Moder à Kaltenhausen et de marcher vers le Fort-Louis par Schirrhein et Suffelnheim. Vers midi, le chevalier de Belle-Isle annonça que les ennemis occupaient Beinheira avec un corps de troupes retranché derrière des abatis d'arbres. Alors le maréchal détache aussitôt, sous le comte d'Eu et M. de Clermont-Tonnerre, 16 B. et 34 E. avec du canon pour soutenir le chevalier de Belle-Isle (1).

Ce dernier, s'étant joint à M. de Berchiny, attaqua les retranchements construits par les ennemis en deçà de Suffelnheim, qui furent emportés l'épée à la main, et les troupes qui les gardaient furent poursuivies jusqu'à l'entrée de la plaine entre la forêt de Haguenau et Suffelnheim; le chevalier de Belle-Isle, après avoir rallié ses troupes, attaque ce village et s'en empare.

(1) Troupes détachées de l'armée de M. d'Harcourt , pour soutenir le chevalior de Belle-Isle, 27 E. (régiment du Roi-cavalerie, 5; Orléans, 4; Surgères, 5; Harcourt. 5; David-hussards, 4; Raugrave-hussards, 4); 10 coini)a}inips de grenadiers, toutes les compagnies franches à pied et à cheval. Troupes tirées de l'arinée du roi. 9 K. (Nicolaï-dragons, 5; Pollereski-hiissards, 4\

Sur la droite, M. de Lowendal trouva les ennemis retranchés à Auenheim. M. de Gramont, apprenant que les ennemis étaient campés la droitCriRoeschwoog, la gauche à Beinheim, rejoint avec l'armée le détachement de M. de Lowendal. En arrivant près du ruisseau bordé de prairies marécageuses, qui se jette dans le Rhin un peu au-dessus du Fort-Louis, l'ennemi, placé dans les bois sur les ailes, fit une décharge sur nos troupes. Nos grenadiers franchirent le ruisseau et le fossé, mettant en fuite les Autrichiens, qu'ils poursuivirent jusqu'à \0 heures du soir.

L'aurore commençait à peine à paraître que toute l'armée se remit en mouvement; comme elle se mettait en bataille pour marchera Beinheim, elle fut attaquée de nouveau par les ennemis, qui avaient repassé le Rhin pendant toute la nuit; après ce combat, nos troupes, fatiguées par cinq jours de marche, se reposèrent.

Le 24, après midi, MM. de Noailles et de Coigny se rendirent au Fort-Louis, quartier général. L'armée campe près de cette place, et un détachement passe dans l'île du Marquisat. M. de Seckendorf marche le 24 à Sultz avec l'armée impériale, jointe par nos régiments allemands, s'établit le 25 à Freckenfeld, le 26 à Rheinzabern et ensuite à Germersheim, afin d'y passer le Rhin.

Cette retraite des ennemis eut lieu à propos pour nous sauver de l'invasion et fut précipitée par l'arrivée des troupes de Flandre, qui avaient débouché par Sainte-Marie aux Mines, le 17 août {i). La cour de Vienne donc, voyant des forces venir du Brandebourg sur la Bohême, pressait le prince Charles de revenir en toute hâte. Nos deux maréchaux eussent pu changer celte retraite en désastre; mais ils poussèrent trop mollement les Autrichiens, qui, passant le Rhin, de la Souabe marchèrent rapidement au secours de la Bohême. Il fallait par leur conduite les placer entre nous et la Prusse et terminer la guerre par un coup décisif.

Or, pendant que MM. de Noailles et de Coigny laissaient les ennemis regagner la rive droite du Rhin, ceux-ci marchèrent sur la Bohême : Frédéric y restait exposé seul à toutes leurs forces. M. de Bathiany avait amené d'Autriche en Bohême 25,000 hommes dont il remet le commandement au maréchal deTraun, qui enlève

(1) La maladie du roi exerça une factieuse influence; les troupes de Flandre dcvaienl, d'après les ordres, opérer leur jonction avec l'armée de Coigny, le 13, au nord de Strasbourg, et elle n'eut lieu que le 17.

plusieurs places aux Prussiens. Quoique renforcé de 20,000 Hongrois conduits par M. de Palfy, M. de Traun évite une bataille.

Bientôt le prince de Lorraine, arrivant d'Alsace à la tête de 30,000 hommes, est joint par 24,000 Saxons aux ordres du duc de Saxe-Weissenfels, venant tout à coup, soudoyé par les Anglais (1), d'embrasser la cause de l'Autriche.

Le 25, le maréchal de Noailles envoie l'ordre à M. Phelippes, commandant à Landau, de garder les ponts de Germersheim et de défendre Rheinzabern et un autre pont à Lauterbourg. Le même jour, des bateaux descendent au Fort-Louis et on y construit un pont.

Le 20, M. d'Argenson fait part de l'intention du roi de porter l'armée impériale à 40,000 hommes pour opérer en Bavière, et de la composer de 12,000 Impériaux, 6,000 Hessois, 5,000 Palatins, 16 B. et 7 E. allemands au service de France, déjà joints à M. de Ségur, et en outre 8 B. et 20 E. français. Notre pont achevé ce jour-là, M. de Gramont passe dans l'île du Marquisat avec la brigade des gardes françaises et 2 autres; les grenadiers de ces brigades occupent le village de Sollingen.

Le 27, on construisit un autre pont sur l'autre bras du Rhin, et M. de Gramont passa aussitôt et s'établit avec ses 3 brigades dans la plaine de StoUhofen. Le même jour, M. le chevalier de Belle-Isle traverse le Rhin à la poursuite des ennemis abandonnant Ettlingen pour Pfortzheim et Durlach, sur la route de Kannstadt et d'Heilbronn.

La cour approuvait tout à fait la poursuite des ennemis, car M. d'Argenson écrivait à M. de Noailles :

ce J'ai rendu compte au roi, Monsieur, de ce qui vous est revenu du camp des ennemis en deçà du Rhin; cette circonstance fait sentir de plus en plus l'importance de l'action du 23 et la perle effective qu'elle a causée à l'armée auirichienne. J'ai eu soin de la faire passer à M. de Schmettau et à tous les étrangers qui sont ici, afin qu'elle se répande dans toutes les cours et qu'on ne puisse y douter de la réalité de nos avantages. J'ai aussi informé S. M. de l'ordre que vous avez- donné de faire descendre vos ponts de Strasbourg. S. M. est persuadée que vous ne perdrez pas un instant pour faire passer le Rhin à son armée, et

(1) Histoire démon temps, t. Il

elle désire avec empressement d'en recevoir la nouvelle. Elle approuve entièrement la résolution oii vous êtes de poursuivre au delà du Rhin l'armée autrichienne, elle voit avec bien de la satisfaction que vous êtes persuadé que le prince Charles ne i:iourra pas, avec toute la suite qu'il traîne après lui, s'avancer assez promptement pour n'être pas joint dans sa marche. Quant à l'article du siège de Fribourg, au sujet duquel vous me demandez si le roi persiste dans l'intention de le faire, S. M. n'a point changé de dessein à cet égard; mais elle préfère par-dessus tout la poursuite et la destruction de l'armée autrichienne, que vous ne sauriez presser avec trop d'ardeur; c'est en effet ce qui peut le plus contribuer à confirmer le roi de Prusse dans ses engagements, à lui faire sentir la fidélité des nôtres et à réduire la reine de Hongrie dans l'état d'humiliation qui doit être la récompense de nos efforts pour la paix de l'Europe. Le roi attend aussi avec impatience le plan détaillé des opérations que doivent faire son armée et celle de l'empereur. »

Le 28 et le 29, le reste de l'armée passe le Rhin en cinq divisions (1), formant cinq échelons entre Stollhofen et Muhlburg. L'armée impériale passe de Germersheim à Graben. M. de Seckendorf en détache de l'infanterie et de la cavalerie aux ordres de M. de Piosasque, général de cavalerie des troupes de l'empereur, et du comte de Ségur, pour joindre le chevalier de Belle-Isle (2) et suivre ^ensemble l'arrière-garde du général Bernklau de l'autre côté du Rhin.

Le 30, le maréchal de Goigny gagne Muhlburg avec trois divisions pour soutenir le chevalier de Belle-Isle, qui se porte à Stafforth. M. d'Harcourt part en même temps du Fort-Louis pour Stollhofen, formant l'arrière-garde de l'armée.

Le 31, le chevalier de Belle-Isle de Stafforth essaie d'atteindre les ennemis d'un côté, tandis que MM. de Piosasque et de Ségur s'avançaient à Bretten, avec le détachement de l'armée impériale, afin de les surprendre à Pfortzheim. Mais le général Bernklau avait

(1) M. de Gramonl, 14 B. et 24 E.; de Montai, 18 B. et 19 E.; Clermont-Tonnerre, 12 B. et 14 E.; Baliiuourt, 8 B. et 21 E.; M. d'Harcourt, lOB.et 10 E., et le reste de la maison du roi restent au Fort-Louis.

(2) Avec 5 régiments de dragons, 3 de hussards, les compagnies franches, 22 compagnies de grenadiers et du canon.

réuni sa division à celle du prince Charles à Rannstadt. Ils dirigent leur marche pour passer la rivière d'Ens à Bietigheim. Le même jour, M. de Noailles se rend du Fort-Fouis à Lauterbourg et s'y entretient avec M. de Seckendorf sur le plan des opérations de l'armée impériale, qui devait se porter en Bavière par la Souabe et par la droite du Danube, pendant que celle du roi marcherait sur Fribourg pour en faire le siège suivant les projets arrêtés.

412 LliS GUERRES SOUS LOUIS XV.

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