‹ Les guerres sous Louis XV (volume 5)Chapitre 17 sur 21 · CAMPAGNE DU BRISGAU · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DU BRISGAU

^septembre 1744 à avril 1745).

Septembre. 10. M. de Belle-Isle s'empare de Willingcn. — 28. Commencement des travaux pour le siège de Fribourg. — 29. Départ de 14 E. joignant l'armée impériale en Bavière. — 30. Tranchée ouverte devant Fribourg.

Octobre. 7. Le Roskopf occupé. — 9. Constance capitule. — 10. Arrivée du roi. — 11. A Munzingen, quartier général de S. M. — 11 et 12. La l'" et la 2^ division de la cavalerie arrivent à Rottweiler. — Toutes les troupes aux ordres de M. de Belle-lsle sont rassemblées à Radolfzell. — 14. La cavalerie, destinée à hiverner en Souabe, prend des cantonnements.

Novembre. 6. Capitulation de la ville de Fribourg. — 7. 6 B. entrent dans la ville. — 8. Démolition des fortifications de la ville. — 9. Le roi quitte l'armée. — Le maréchal de Coigny reste commandant les troupes. — 13. 14. B. et E. en marche pour le bas Rhin. — 25. Capitulation des châteaux. — 28, 29, 30. Démolition des fortifications des châteaux de Fribourg.

Décembre. 1*^''. Mise en marche pour les quartiers d'hiver. — 2. Départ du reste des troupes campées devant Fribourg, — 8. Départ du maréchal de Coigny pour Strasbourg.

Janvier 1745. La démolition de Rheinfelden, Brisach, Fribourg, et l'évacuation de cette dernière place annoncent l'abandon du Brisgau et des villes forestières. — 15. M. de Coigny quitte Strasbourg, laissant M. de Ravoye à Constance, et le commandement de l'armée à M. de Balincourt à Fribourg, qui s'occupe des quartiers de la Souabe pour les mettre à l'abri des attaques de M. de Bernkiau.

Février. 12-15. 6 B. et 8 E. destinés à l'armée de M. de Maillebois se mettent en marche pour Heidelberg. — 18. Départ du régiment de dragons d'Orléans se rendant au bas Rhin. — M. de Sallieres en Souabe.

Mars. 8. Nouvelle position de l'armée.

Avril. 1^^'. Toutes les troupes commencent à lever leurs quartiers en Souabe pour se rendre sur leNeckar; 6 B. restent dans Fribourg, 1 à Willingen, 1 de milices à Brisach, 2 régiments de hussards à Gunzburg, Leipheim, Burgau et dans les environs d'Ulm. — 9. Attaque d'Amtzell et de Guebershofen par les habitants de Bregenz et les troupes autrichiennes de la garnison de celte place. — 23. Constance évacué; M. de la Ravoye se replie sur Willingen avec sa garnison et le régiment de dragons qui masque Bregenz. — 24. M. de Ségur, revenu de Bavière avec les troupes du roi à ses ordres, arrive à Kannstadt, est joint pen-

dant sa marche par les deux régiments de hussards cantonnés à Gunzburg et aux environs d'Ulm. — 26. M. de la Ravoye arrive à Willingen. — 28. M. de Balincourl part de Fribourg pour Strasbourg. Évacuation de Willingen. — 29. M. de la Ravoye arrive à Fribourg. — 30. Évacuation de Fribourg, M. de la Ravoye se rend à Forzheim avec la garnison et les troupes de Constance et de Willingen.

En conséquence, le i" septembre, est expédié à M. de Ségur son ordre de commandement des troupes auxiliaires de France jointes à l'armée impériale de l'autre côté du Rhin. Le même jour, M. de Noailles se rend de Lauterbourg à Strasbourg, après avoir conféré avec M. de Seckendorf sur le plan des opérations des deux armées, puis à Metz auprès du roi.

Par suite de cette conférence, le détachement du chevalier de Belle-Isle devait continuer quelques jours sa marche sur l'arrièregarde ennemie , avec celui de l'armée impériale sous MM. de Ségur et de Piosasque, et revenir ensuite seul par la vallée de la Rinzig, pendant qu'on enverrait au-devant de lui un autre détachement avec M, de Glermont, prince du sang, pour s'emparer de Roltweiler et Willingen.

«J'ai reçu, écrivait, le 4"' septembre, M. d'Argenson à M. de Ségur, votre lettre du 23 du mois dernier, et j'en ai rendu compte au roi. S. M. a vu avec plaisir les dispositions que vous témoignez d'agir dans un parfait concert avec M. de Seckendorf, et elle vous recommande de faire tout ce qui dépendra de vous pour maintenir l'union entre vos troupes et celles de S. M. I.

«Vous avez grande raison de penser qu'il convient que cette armée règle ses mouvements sur ceux du roi de Prusse; mais si ce prince exige des démarches trop hasardées, M. de Seckendorf doit lui en représenter les inconvénients pour le ramener à l'intérêt de la cause commune; il est sans difficulté que les Impériaux, n'étant point en état de faire face aux troupes rassemblées du prince Charles, ils ne peuvent avancer en Bavière qu'à proportion que les ennemis lui abandonneront le terrain ou qu'ils s'affaibliront en détachant une partie de leurs forces pour aller au secours de la Bohême; ce parti est môme celui qui favorise le plus les projets du roi de Prusse, puisqu'il éloigne de lui son ennemi, au lieu qu'en suivant une conduite opposée, ses vues pourraient se trouver dérangées par des mauvais succès, auxquels il y aurait par consé-

quent de l'imprudence de se commettre sans nécessité. C'est ce que vous devez faire sentir à M. de Seckendorf, pour qu'il règle sur cela la réponse qu'il doit faire au roi de Prusse. Car, à l'égard des 15,000 hommes qu'il prétend qu'on lui a promis de faire avancer sur le Lech, outre que M. le maréchal de Noailles assure qu'il n'en a pas été question de sa part, dans la conférence de Lauterbourg, il n'est pas possible de détacher un corps aussi considérable de l'armée qui fait le siège de Fribourg, et c'est beaucoup que le roi, qui a d'autres vues sur celte armée, ait consenti aussi aisément de la diminuer de 14 E. dont elle a renforcé l'armée impériale.

« J'attends au surplus de vos nouvelles sur les facilités que vous aurez trouvées à passer le Danube; j'ai écrit à MM. de Séchelles et M. Duverney sur ce qui concerne les troupes impériales au delà de ce fleuve. S. M. consent à leur faire fournir le pain jusqu'à leur séparation; mais elle n'entend en aucune façon que la fourniture des fourrages soit à sa charge. »

M. de Noailles à M. d'Argenson.

« Au Fort-Louis, lef soplcinbre 1744.

« Toutes les nouvelles que nous recevons des ennemis, de même que celles qui viennent de M. de Seckendorf, nous confirment la confusion et le désordre de leur armée dans sa marche : je ne vous répéterai pas toutes mes dispositions pour harceler et inquiéter leur arrière-garde, on la suit avec un corps considérable : les armées ne peuvent pas courir la poste, quoi qu'en puisse dire M. de Schmeltau, encore moins peut-on les conduire à travers un pays 011 les subsistances ne sont pas préparées. Quant à ce qui concerne l'armée impériale, il est fort à désirer de lui donner les secours qui lui sont nécessaires pour la composer en état d'agir. Je sais qu'au sujet des troupes de Bayreulh, d'Anspach, de Wurtemberg et même les Hessois, il ne faut pas trop y compter. Je sens également les inconvénients de renvoyer des troupes françaises en Bavière par leur répugnance à y aller ; mais le dessein du roi est de les remplacer, au passage du Lech, par celles des princes de l'Empire. »

Le 2, M. de Noailles, après avoir arrêté les derniers détails de ce

SUCCESSION D'AUTRICHE. — BUISGAU (1744-1745). 41.5

plan de campagne, l'adresse à M. de Coigny à Kork, auquel il. laisse le commandement de l'armée. Alors a lieu le rassemblement du parc d'artillerie à Strasbourg, venant de Biescheim. Les 2 B. de Bourbon y arrivent, remplacés à Strasbourg par ceux de Gondé. Un des ponts du Fort-Louis et un de ceux de Germersheim remontent le Rbin. M. de Belle-Isle se sépare à Bietigheim de M. de Piosasque, marche avec son détachement par la route de Marbach vers Williiigen. L'armée impériale se préparait donc à marcher en Bavière, et l'armée française à faire le siège de Fribourg en Brisgau, sous les ordres du maréchal de Coigny.

L'armée qui devait faire le siège de Fribourg comprenait quatre divisions et un corps sous les ordres du comte de Clermont, rassemblé à Renchen (16B.et 12 E.), des camps de Sintzheim, Rastadt et Muhlburg, pour rejoindre le corps de M. le chevalier de Belle- Isle au débouché de la montagne Noire. Cette colonne, partie d'Offenburg le 8 septembre, arrive le 9 à Biberach, où elle reste le 10, et parcourt, avant d'arriver le 18 à Fribourg, les étapes suivantes : Haslach, Hornberg, où elle reste deux jours, Waldkirch, Langendenzlingen, où elle séjourne le 17.

La i'" divisioti, M. de Montai (18 B. et 19 E.), se rend le 6 d'Eltlingen à Ruppenheim, le 7 à Buhl, le 8 à Renchen , le 9 à Offenburg, où elle séjourne le 10, le 11 à Friesenheim, le 12 à Rippenheim (séjour), le 14 à Kensingen, où elle demeure les 15, 16 et 17, et arrive le 18 devant Fribourg.

La 2° division (4 B. et 7 E.), M. de Clermont-Tonnerre, va le 6 de Rastadt à StoUhofen, le 7 à Diershein, le 8 à Goldscheuer (séjour), le 10 à Ichenheim, le 11 à Rappel, le 12 à Sasbach (séjour), le 14 à Brisach (séjour), le 16 à Neuenburg (le 17, séjour), le 18, devant Fribourg.

La 3* division, M. le duc de Gramont (14 B. et 24 E.), marche le 6 de Muhlburg à Rastadt, arrive le 7 à StoUhofen, le 8 à Diershein, le 9 à Goldscheuer (le 10, séjour), le 11 à Ichenheim, le 12 à Rappel (le 13, séjour), le 14 à Sasbach.

La 4° division, M. le duc d'Harcourt (10 B. et 24 E.), part de StoUhofen pour Diershein le 6, arrive le 7 à Goldscheuer (le 8, séjour), le 9 à Ichenheim, le 10 à Rappel, le 11 à Sasbach, le 12 à Brisach (les 13, 14, 15, séjour), le 16àMunzingen, le 17 à Saint- Georges, devant Fribourg.

416 LKS GUKRRIiS SOUS LOUIS XV.

Le 3, M. de Coigny commence ses dispositions ; il ne laisse qu'un pont à Phiiippsburg et un autre au Fort-Louis, faisant remonter à Strasbourg le reste des bateaux. Le môme jour, le détachement du chevalier de Belle-Isle rejoint celui de l'armée impériale à Kannstadt, sur le Neckar, d'où les Autrichiens venaient de décamper et avaient passé cette rivière au nombre de 65,000 hommes en jetant 10 B. et 3 régiments de cavalerie dans Fribourg.

L'armée ennemie est déjà à deux marches plus loin que Kannstadt, quand les deux détachements se séparent, à peine réunis : le chevalier de Belle-Isle se dirige vers Willingen, et M. de Ségur rejoint l'armée impériale. Dans celte marche, chaque colonne s'avance par deux divisions ; la première, de troupes françaises, composée de Royal-Allemand, la Sarre, Condé, Bourgogne, Saxe et Royal-Suédois; la seconde division, régiments de Rosen, d'Alsace, la Marck, Royal-Bavière. La colonne de droite est toute composée des impériaux. MM. de Piosasque et de Ségur sont en avant, ainsi que M. le chevalier de Belle-Isle.

Le 4, cette dernière armée part de son camp de Neudorf pour se porter près d'Heilbronn.

Le 5, le maréchal de Coigny détache de l'armée 16 B., 12 E,, des canons et M. de Clermont, pour marcher par Renchen, Ottenburg, Biberach et Haslach vers le comté d'Hohenburg, afin de seconder le chevalier de Belle-Isle et se rendre maître des vallées sur Fribourg. 11 dirige aussi un second corps de troupes, aux ordres de M. d'Harcourt, campé à StoUhofen et composé de 14 B. et 28 E. pour s'emparer du Vieux-Brisach.

L'armée part en même temps de Muhlburg, remonte la rive droite du Rhin et campe à Lichtenau. Elle arrive le 6 à Rork, et y séjourne plusieurs jours, en attendant de marcher sur Fribourg, où toutes les troupes devaient arriver de différents côtés. M. de Coigny, qui ne perdait pas de vue l'objet principal de sa marche en avant, se préoccupait de l'encombrement qu'amenait forcément la présence à l'armée de la maison du roi, et demandait à M, d'Argenson de lui faciliter les moyens de renvoyer toute troupe inutile. Sa lettre est de Kork.

« Je tiens à vous parler de la maison du roi et de la gendarmerie. Le grand nombre de cavalerie de cette armée va consommer en huit jours les subsistances qui nourriraient pendant un mois la ca-

Valérie nécessaire au siège de Fribourg : je vous propose de la réduire aux 7 régiments de dragons, à 40 E. de cavalerie, le régiment de hussards et quelques compagnie franches, pour mettre dans les gorges. Si vous voulez jeter les yeux sur la prodigieuse consommation que font les équipages de MM. les officiers généraux, vous en diminuerez le nombre de moitié. »

Quelques jours après, en effet, la gendarmerie et la maison du roi prenaient leurs quartiers en Lorraine. Pendant ces mouvements le chevalier de Belle-Isle se rendait maître de Rottweiler et, le 10, arrivait à Willingen, qu'il trouve évacué.

Le 11, M. d'Harcourt s'empare de Neuf-Brisach et y jette deux ponts.

Le 12, l'armée impériale passe le Neckar pour se porter, les troupes impériales à Dinkelsbuhl, les troupes françaises à Seidelsdorf.

Le 14, le chevalier de Belle-Isle part de Willingen, se porte dans le comté de Nellenburg avec ordre de soumettre ce district à l'empereur ainsi que le reste de l'Autriche antérieure, sans donner le moindre ombrage à la Suisse. Il charge M. de Contades de marcher sur Fribourg.

La division de M. de Glermont chargée de soutenir le chevalier de Belle-Isle, ayant trouvé Willingen soumis, campe le 15 à Waldkirck et se porte àLangendenzlingen, dans la plaine de Fribourg.

L'armée se porte à Thengen , et le corps de M. d'Harcourt du Vieux-Brisach à Munzingen, pendant que M. de Contades s'approche également de Fribourg du côté du val Saint-Pierre. Il reste au Vieux-Brisach 2 B., 1 brigade de cavalerie et 1 régiment de hussards avec M. de Berchiny. Le 17, on commence l'investissement de Fribourg. M. d'Harcourt arrive devant cette place à 10 heures du matin, et campe son infanterie de Merzhausen à Ufhausen, et sa cavalerie de ce village à celui de Saint-Georges. Le même jour, après midi, M. de Contades entre dans la vallée de Saint- Pierre avec les 8 régiments de dragons et de hussards. Il campe en arrière d'Ebnet.

Le 18, M. de Goigny envoie M. de Glermont appuyer sa droite à la gauche de M. d'Harcourt, et rend compte à M. d'Argenson de l'état de ses opérations : « Je suis arrivé à la tête des divisions que je conduisais et je commence la circonvallation de Fribourg

en les unissant à celles qui sont arrivées en même temps. Je ferai occuper la chapelle des Mille, et travailler à la communication de ma droite avec Ebnet; il reste la montagne de Roskopf à occuper pour l'entier investissement; je destine à la garde de ce poste toutes les compagnies franches, quand elles seront de retour (1). Quant à l'alarme prise par les cantons suisses à l'égard de la marche de M. le chevalier de Belle-Isle, je lui ai sur-le-champ recommandé d'observer tous les ménagements. »

Le roi de Prusse venait de se rendre maître de Prague après six jours de tranchée ouverte. Cette place avait capitulé le 46 et la garnison s'était rendue prisonnière de guerre, mais ce prince était à la veille de voir toutes les forces autrichiennes réunies contre lui : le maréchal Bathiany était déjà entré en Bohême avec les troupes restées sous ses ordres en Bavière, et le prince Charles, commandé alors par le maréchal de Traun, arrivait dans le haut Palatinat; le reste, sous les ordres du général Bernklau, était encore à Munich et paraissait destiné à retarder les progrès de l'armée impériale en Bavière. M. d'Argenson écrit au maréchal de Coigny de faire marcher par Willingen, Tuttlingen et Mingen 44 E., avec M. de Crussol, pour joindre l'armée impériale. Ce ministre ajoute que l'intenlioti du roi est d'envoyer aussi 46 autres E. de cavalerie et de hussards dans les domaines de la reine de Hongrie en Souabe pour faciliter les subsistances, n'ayant pas besoin de cette cavalerie au siège.

Le 23, pendant qu'on commençait les travaux du siège de Fribourg, le chevalier de Belle-Isle termine glorieusement son expédition en Autriche antérieure. Il soumet le comté de Nellenburg, marche sur les villes forestières, dont Waldshut, Suckingen et Laufenburg se rendent. Rheinfelden s'étant mis en défense, il était entré de vive force dans la ville et avait forcé la garnison de se retirer dans le château de Burgstett, situé au milieu du Rhin sur un roc escarpé. La situation de cette foiteresse, regardée de tout

(1) L'armée se composait de 97 B. et 180 E. ainsi répartis: 66 B. et 130E. formant la circonvallation de Fribourg; 22 compagnies de grenadiers el 900 dragons ou hussards, avec M. de Belle-Isle, entre le haut Danube et le lac de Constance ; 8 B. et t E. sur le haut Rhin; 3 B. et 4 E. au Vieux-Brisach; 21 E. (maison du roi el gendarmerie) en Lorraine et Franche-Comté; 20 B. et 24 E. joints à l'armée impériale avec M. de Ségur. L'armée impériale était de 45,000 hommes tout compris.

temps comme inattaquable, l'engagea à faire venir de Huningue des mortiers pour tâcher de la réduire ; comme les ennemis, en se retirant, n'avaient levé que les planches du pont du Rhin qui y communiquait, et que les piles et les longerons subsistaient dans leur entier, il essaya, en attendant l'arrivée des mortiers, de le rétablir. Les ennemis s'y opposèrent en y mettant le feu; mais les flammes s'étant communiquées avec une rapidité extraordinaire au château, le commandant battit la chamade et se rendit prisonnier de guerre avec sa garnison.

Après cette heureuse expédition, M. de Belle-Isle renvoie à l'armée son infanterie et reste avec ses dragons et ses hussards à Rheinfelden, attendant les ordres du maréchal de Coigny; il lui proposa de se porter sur Constance, occupée par les troupes autrichiennes. C'était une ville impériale, à laquelle d'ailleurs les Suisses prenaient un intérêt particulier; le m.aréchal se crut obligé de demander des ordres, et, comme on savait qu'il faudrait un siège dans les règles et que le comte de Clermont désirait en être chargé, le maréchal proposa de lui confier cette opération. Il s'occupa, en attendant, d'envoyer le renfort de 14 B. que le roi avait accordé à l'empereur, sous condition qu'ils hiverneraient en France, et d'expédier une partie de sa cavalerie dans les terres de la maison d'Autriche ou de l'Empire en Souabe pour y vivre pendant le siège, afin de diminuer la consommation, qui, dans l'état oii était l'armée, se montait à 45,U00 rations de fourrage par jour. La conquête des villes forestières et des diff'érents pays appartenant à la reine de Hongrie que M. de Belle-Isle venait de soumettre à l'empereur favorisait l'exécution de ce projet. Le départ des 14 E. destinés à joindre l'armée impériale était ce qu'il y avait de plus pressé; ces troupes se mirent en marche sous M. de Crussol, et, parties le 29 septembre du camp devant Fribourg, prirent la route de Willingen pour se porter sur Ehingen près Ulm, et se rendre ensuite en Bavière suivant les ordres qu'ils recevraient de M. de Seckendorf, alors à Nordlingen et qui se disposait à passer le Danube entre Hochstelt et Donauworth, que les Autrichiens occupaient encore.

Tandis que ces mouvements s'accomplissaient, les opérations du siège de Fribourg continuaient. Le travail du canal avançait lentement à cause du grand feu de la place et des forts ; cependant, quoiqu'il ne fût point encore en état de recevoir la rivière, on se dé-

termina, pour ne pas retarder plus longtemps l'entreprise du siège et pour établir des batteries qui en imposassent au feu des assiégés, à commencer, le 29, en avant du canal une parallèle qui fut achevée le lendemain. Le 30 septembre, les B. firent le service.

On commença aussi le travail des batteries, ce qui engagea les assiégés à faire un feu très vif. Deux jours après la garde de la tranchée est diminuée et réduite à 8 B. et 7 compagnies de grenadiers auxiliaires.

L'envoi d'une partie de la cavalerie de l'armée en Souabe et l'expédition de Constance eurent lieu dès que le siège fut entamé, et le maréchal de Coigny, instruit des intentions du roi par la lettre de M. d'Argenson du 1" d'octobre, fit ses dispositions pour les mettre à exécution. Le comte de Glermont en fut chargé, et la cavalerie qui devait prendre ses cantonnements en Souabe fut à ses ordres, comme les troupes destinées à l'expédition de Constance.

Vers la fin du même mois, l'armée impériale continue sa route vers la Bavière. Elle marche de Dinkesbuhl et de Seidersdorf à Nordlingen, ensuite à Bissingen, pour arriver le 1" octobre sur les bords du Danube. Les 43 E. (27 E. de cavalerie et 16 E. hussards) destinés à marcher sous M. de Clermont furent partagés en trois divisions dont les deux premières partirent du camp devant Fribourg le 5 et marchèrent sur deux colonnes, l'une dirigée par Saint-Morgen et Furtwangen sur Willingen, l'autre par Waldkirch et Hornberg sur Rottweiler. La troisième ne se mit en marche que le 7 et suivit la même route que la dernière.

Toutes les troupes de M. de Belle-Isle répandues dans les villes forestières, depuis Rheinfelden jusqu'à Radolfzell, furent réunies sous M. de Clermont, et partirent aussi le 5 et les jours suivants pour se réunir à Radolfzell; on y joignit le régiment de Béarn qui était à Huningue et la compagnie de grenadiers de Nice alors à Willingen! Il ne resta au château de Rheinfelden que la compagnie franche de la Croix. La marche seule de ces dernières troupes produisit autant d'effet qu'une attaque en règle. Le partisan Golhau, qui se porta dans les environs de Constance, intimida tellement la garnison et les habitants, en annonçant l'arrivée prochaine d'un grand nombre de troupes pour les assiéger, que les troupes autrichiennes qui occupaient la ville l'évacuèrent. Il n'y resta que le gouverneur pour la reine de Hongrie, qui s'occupa à exciter les

habitants à se défendre ; mais le comte de Glermont, instruit de ces circonstances, le 7, à son arrivée à Rheinfelden, ordonna à Golhau de redoubler ses menaces, et de faire même des démonstrations pour couper les vignes des environs. Il réussit si bien à jeter l'alarme parmi les habitants, que, le 9, il reçut à RadoUzell une députation du magistrat qui demandait à se soumettre; la capitulation fut signée le même jour, et le commissaire de l'empereur reçut, le \3, pour S. M, I. le serment de la ville.

Pendant cette expédition, la cavalerie et les hussards partis du camp devant Fribourg cheminaient vers les pays de la domination autrichienne en Souabe. La cavalerie prenait ses cantonnements partie dans le comté de Hohenberg, partie dans celui de Nellenburg; les hussards s'avancèrent plus avant dans la Souabe et occupèrent le comté de Sonneberg, et les bailliages de Munderkingen et de Riedlingen sur le haut Danube; deux autres de ces régiments furent envoyés à Altdorf et dans le voisinage de Bregenz, que M. de Glermont se préparait àattaquer pour terminer la conquête de tous les pays appartenant à la maison d'Autriche dans la partie supérieure de la Souabe. En attendant, il resta à Radolfzell, et M. de Beile-Isle, après la prise des vil les forestières (1), partit pour rejoindre à Metz le maréchal son frère. M. de Glermont s'étant mis en mouvement pour son expédition, les travaux du siège avaient continué sans que la garnison s'opposât à leur progrès autrement que par un grand feu de l'artillerie. On avait cheminé en avant du canal pour arriver sur le bord de la rivière, mais l'excavation de ce canal avançait lentement malgré le secours de nombreux pionniers successivement arrivés de Franche-Comté dans les premiers jours du mois. On fut plus diligent pour l'établissement des batteries. On était le 6 en état de tirer. L'avis de M. de Vallière fut de ne les démasquer que lorsque toutes les autres batteries seraient prêtes, aGn de faire par un feu général un effet plus certain et plus imposant. Mais M. de Goigny, voyant que celui de la place faisait perdre beaucoup de monde, préféra tirer le même jour. Effectivement le feu de la place fut moins vif, et, le lendemain 7, les bat-

(1) On désigne sous le nom de villes forestières les villes allemandes situées sur -le Rhin, dans l'ancien cercle de la Souabe et jadis dans la forêt Noire : Laufen- Jjurf;, Rheinfelden, Sûckin^en, Waldshut, Ensislieim. Ce nom est encore donné aux quatre villes suisses voisines du lac de Lucchk! : Lucerne, Schwitz, Altdorf, Stanz.

teries ayant été augmentées, il fut presque entièrement éteint, excepté celui des châteaux.

Jusqu'alors on n'avait pas été en état d'occuper le Roskopf, montagne d'un très difficile accès qui les dominait. Il était à craindre que, la ville prise, le gouverneur, forcé de se retirer dans les châteaux, ne prît le parti, au lieu d'y renfermer toute sa garnison, de n'y faire entrer que Tindispensabie pour leur défense et de camper le reste sur le Roskopf ; Fischer occupe ce poste le 7. Malgré la lenteur du travail de la tranchée pour le proportionner à celui du canal, le 10 on portait la tête sur le bord de la rivière, où l'on établit ce jour-là plusieurs demi-parallèles.

Tel était l'état du siège lorsque le roi, venu la veille de Strasbourg à Scheiestadt, arriva à Munzingen, lieu désigné pour son quartier; sa maison, envoyée précédemment en Lorraine, arriva quelques jours après (1).

On avait espéré pouvoir, le 12, jeter la rivière dans le canal ; mais les eaux, grossies par les pluies, emportèrent l'estacade : il fallut plusieurs jours non seulement pour la rétablir, mais aussi pour approfondir le canal. Ces travaux n'empêchèrent point ceux des tranchées, on parvint à passer la rivière au moyen de trois ponts sur chevalets et on poussa au delà des sapes qui, la nuit du 16 au 17 octobre, se trouvèrent, près du chemin couvert. Les assiégés firent deux sorties, chacune sur la droite et sur la gauche des sapes; les travailleurs abandonnèrent l'ouvrage, et les ennemis à leur tour furent repoussés et conduits jusqu'à leurs palissades. Leur feu, tant du chemin couvert que des remparts, fut meurtrier; ils jetèrent aussi une grande quantité de bombes qui, tombant dans des terrains pierreux, blessèrent beaucoup de monde.

L'attaque n'eut lieu que le 19. A 10 heures du soir, on déboucha

(1) Le maréchal de Noailles arrivait à larniée à la suite du roi avec les mêmes lettres de service qui lui avaient été expédiées lorsque, au mois d'août, il était venu prendre le commandement de l'armée; M. de Coi^ny resta chargé de tous les détails. Le roi était accompagné de ses aides de camp : MM. les ducs d'Aumont, de Pecquigny, de Richelieu, de Boutïlers, d'Ayen et le prince de Soubise, qui chaque jour montèrent alternativement la tranchée en qualité d'aides de camp du roi. Le régiment des gardes suisses fit partie du siège, quoique par traité il ne passe jamais le Rhin; mais par exception, quand le roi passe le Rhin en personne, comme ils sont de garde et de sa maison, ils le passent aussi.

sur les trois angles, et les grenadiers les attaquèrent avec une telle vivacité qu'ils furent emportés; le logement se fit avec beaucoup de peine et coûta beaucoup de monde, les ennemis revinrent même occuper les deux angles rentrants de la droite et de la gauche. Le 20 au soir, l'attaque eut plus de i^uccès que celle de la veille, et les ennemis abandonnèrent tout le chemin couvert.

Dans la journée du 21, on parvint à rétablir les ponts de la rivière deTresheim, à achever le logement du chemin couvert, et le mineur (1) commença ses galeries. Le S^3, on travailla aux batteries de brèche, qui commencèrent à tirer le 26, et ce jour-là les mineurs se trouvèrent près de la contrescarpe, oti le prince de Sotibise eut le bras cassé.

Le 28, deux des ponts de la rivière sont emportés de nouveau par la violence des eaux. Tout fut réparé le lendemain, et le roi alla à la chapelle des mines pour reconnaître les ouvrages de la tranchée et voir l'effet des batteries de brèche. Les mineurs arrivaient à la contrescarpe. Les assiégés démasquèrent aussi de nouvelles batteries avec un feu continuel sur celles du chemin couvert et sur les tranchées.

Il en fut de même les jours suivants; le 2 novembre, la brèche étant trouvée praticable, on y fit monter la nuit suivante des compagnies de grenadiers: elles arrivèrent sans obstacles; mais, n'ayant pas été suivies assez promptement et accablées par le feu, on ne put faire de logement et on prit le parti de les retirer avec perte.

La nuit du 4 au 5, on se logea dans une des demi-lunes, et, M. de Coigny rendant compte au roi de Tétat des travaux du siège, S. M. lui donna ordre de faire étendre le front de l'attaque en embrassant le bastion de la Reine, et de faire battre ce bastion en brèche pendant que l'on continuerait à élargir celles du bastion du Roi. Pendant que le maréchal retournait au siège pour communiquer lui-même les ordres, un officier dépéché par le général Daumitz, gouverneur de Fribourg, vint lui proposer de sa pari de suspendre les hostilités jusqu'au retour d'un courrier qu'il demandait la permission d'envoyer à Vienne pour savoir les intentions de la reine de Hongrie. L'officier fut renvoyé à Fribourg avec une ré-

(l)'Los mineurs étaient dirigés par MM. de Turniel ef Antoriiazzi, ordclers très dislingués.

ponse peu favorable, et M. de Monconseil, chargé de le conduire à la porte de la ville, ayant été invité d'y entrer, fit entendre au gouverneur qu'il avait défense d'écouter aucune nouvelle proposition de sa part, et qu'il allait porter à l'officier général qui commandait la tranchée l'ordre de recommencera tirer. Cette menace le détermina à arborer le drapeau blanc et à demander à voir le lendemain le maréchal de Coigny pour traiter avec lui de la capitulation. Il se rendit, en effet, le 6 au quartier général, et M. de Coigny le mena chez le roi où l'on convint des articles, qui furent signés à 2 heures après midi.

En conséquence, toutes les troupes de la garnison entrèrent pendant le reste de la journée et la nuit suivante dans les châteaux, et le 7, àSheuresdu soir, le duc deBiron et M. de Fremure, officiers généraux de jour, prirent possession de la ville avec 6 B. Comme elle était ouverte du côté des châteaux, on travailla aussitôt à un retranchement pour la fermer et on profita de deux tours aux extrémités pour se mettre à couvert de leurs feux; on travailla dans l'intérieur de la ville à des batteries, pour commencer l'attaque des châteaux dès que le courrier serait revenu de Vienne. Le 8, le roi, tout à fait rétabli, ayant assisté à la plus grande partie du siège, ordonna de raser les fortifications de Fribourg, comme il l'avait fait de Menin : c'étaient deux ouvrages de Vauban. Le 9, le roi quitte l'armée pour se rendre à Versailles, et le maréchal de Coigny reste chargé du commandement.

Le comte de Clermont remet à M., de Laigle la direction des troupes qui occupent Constance et les villes forestières, et se met en marche pour rejoindre l'armée devant Fribourg.

Vers la fin de novembre, des dispositions sont arrêtées à l'égard des quartiers à donner aux troupes, et comme M. de Maillebois devait conduire 30 B. et 37 E. en Westphalie, il part avec 5 B. et se rend à Worms, où il établit son quartier général. Celle armée du bas Rhin est destinée à favoriser les opérations des alliés du roi, qui prit encore à sa solde 6 B. palatins destinés à l'armée de l'empereur. Cette augmentation portait à 48 B. et 92 E. les troupes données à S. M. L, qui s'était déjà emparée de Munich, Muhldorf et de Wasserburg, et forçait le général Bathiany à se retirer sous Braunau. M. de la Ravoye part d'Huningue avec le régiment de Béarn, prend le commandement de Constance et des

SUCCKSSION D'AUTRICHE. — BRISGAU (1744-1745

villes forestières. Il est rejoint par Royal-Roiissillon, et te entrent dans Constance. Un régiment de dragons cantonne â audorf pour masquer Bregenz. Pendant ce temps, M. de Coigny, désireux d'abréger la durée du siège de Fribourg et de se mettre à l'abri du feu des châteaux, fit ouvrir des tranchées pour communiquer à couvert du camp à la ville et pour arriver aux batteries.

Le 2?, tout fut prêt, et on était en état de commencer un feu général dès que la suspension d'armes cesserait. Mais tous ces préparatifs devinrent inutiles; le courrier de Vienne étant arrivé le 24, M. de Daumitz demande à capituler. Sont envoyés réciproquement des otages, et le 25 la capitulation est signée, acceptant la garnison prisonnière de guerre. M. de Voyer, fils de M. d'Argenson, porta au roi les termes de la capitulation, et M. de Vaudreuil, major général , les 62 drapeaux. Le feu des ennemis, vif et soutenu, avait tué chaque jour beaucoup de monde, et les maladies causaient déjà de plus grandes pertes. Les attaques furent dirigées par M. de Lowendal (4), qui venait d'entrer au service de France.

Lorsque la garnison eut évacué les châteaux, les 10 B. de Tarmée de Maillebois dont la marche avait été suspendue partirent du camp, le 1" décembre, pour le bas Rhin. Ils suivirent à la droite de ce fleuve la route de Heidelberg et à sa rive gauche celle de Worms, et de là aux quartiers qui leur avaient été assignés.

Ce fut aussi le 1" décembre que les troupes qui devaient rester pendant l'hiver sous les ordres du maréchal de Coigny se rendirent dans leurs quartiers. La cavalerie destinée aux comtés de Hohenberg et de Nellenburg se porta plus avant dans la Souabe^ et se répandit dans les pays neutres de ce cercle, remplacée par les

(1) Lowendal (Ulrich-Frédéric-Woltlemar, comte de), né à Hambourg le 1«'' avril 1700, servit en Pologne, puis en Danemark, en Hongrie sous les ordres du prince Eugène, et en Russie. C'est le l'^'" septembre 1743, sur les sollicitations de son ami Maurice de Saxe, qu'il fut fait lieutenant général et eut bientôt l'occasion de se distinguer encore aux sièges de Flandre. Après la victoire de Lawfeld, il s'empare en deux moisde Rerg-op-Zoom, cette jilace formidable des Pays-Bas devant laquelle avaient échoué le duc de Parme en 1588 et S|)inola en 1662, et, le 2.3 septembre 1747, il est nommé maréchal. De|)uis la paix, il vé(utdans l'étude et mourut à Paris le 27 mai 1755. Son liis uiiiciue couiniaiHia, piMuianl la révolution, un corps d'émigrés.

troupes restées au camp de Fribourg, dont une partie occupa les villes forestières. Alors, l'armée impériale étant rentrée en Bavière où elle n'avait trouvé que de faibles obstacles de la part des troupes autrichiennes (I), les 4 B. d'infianterie française et les \6 E. que le maréchal de Coigny avait envoyés à Donauworth rentrèrent en Souabe. Toutes les troupes étaient rendues à leur destination le 13 décembre.

Ce succès de la prise de Fribourg n'eut pas les résultats qu'on en eût pu attendre, si l'on avait su combiner nos efforts avec ceux de Frédéric. Car pendant que toutes les forces françaises étaient arrêtées devant cette place, le prince Charles se repliait sans inquiétudes vers la Bohême, où il arrivait à temps pour augmenter les embarras du roi de Prusse. La Saxe s'était déclarée contre lui ; les secours des Bavarois et des Français, sur lesquels il avait compté, n'arrivaient point, et, avant la fin de l'année, il était contraint d'abandonner la Bohême, et l'armée avec laquelle il rentrait dans ses États était affaiblie par la misère, les maladies, les désertions. Il laissait dans Prague 1 1,000 hommes, commandés par le général Einsiedel, avec ordre de tout détruire. Einsiedel, croyant toujours que cet ordre serait révoqué, en suspend l'exécution; mais, dans la nuit du 25 au 26 décembre, il est forcé d'évacuer Prague. La garnison prussienne défilait encore par la porte Saint-Charles, que les pandours entraient de l'autre côté.

Einsiedel, ayant passé l'Elbe à Alt-Bunlzlau, se dirige par Leypa etReichstadt sur Friedland. Arrivé àReichenberg, il est cerné dans les montagnes de la Lusace par le général Arning et le chevalier de Saxe, se poste près de Hochwald dans un terrain étroit, reste sous les armes dans la neige, depuis le 11 jusqu'au 13 décembre, et est dégagé par le général de Nassau; il gagne alors Friedland, atteint les frontières de Silésie avec 5 à 6,000 hommes, le reste était mort de froid, de faim, ou avait déserté (2). Telle fut l'issue de cette campagne de Silésie, si brillante à son début.

Le maréchal de Goigny n'était pas dans une situation qui lui permît de s'occuper de la conservation de Constance vis-à-vis les

(1) Les Autrichiens avaient évacué Munich cl s'étaient retirés sur llnn ; mais ils étaient encore maîtres d'Ingolsladt et de Straubing.

(2) Histoire de mon temps, t. II.

affaires de Bavière et la situation du maréchal de Maillebois au bas Rhin. Les mouvements des Autrichiens à la rive gauche du Danube donnaient de telles inquiétudes à l'empereur que ce prince de sa seule autorité envoya ordre à 4 B. des troupes en Souabe de s'avancer sur Dillingen. Une telle démarche et les circonstances critiques des affaires en Bavière forcèrent M. de Coigny de craindre pour sa propre sûreté. D'un autre côté, l'arrivée de M. de Maillebois au bas Rhin engageant les alliés à former aussi dans cette partie une armée composée de troupes autrichiennes, hollandaises et hanovriennes, ce général, craignant de n'être pas assez en force sur la Lahn, demanda des secours à M. de Coigny, auquel Versailles ordonna de tenir prêtes à marcher celles de ses troupes le plus à portée de se rendre promptement sur le Mayn à la réquisition de M. de Maillebois.

Se voyant ainsi à la veille d'être inquiété du côté de la Bavière et d'être forcé de s'affaiblir pour porter des secours au bas Rhin, M. de Coigny jugea ne devoir pas sacrifier le salut de l'armée à la conservation de Constance; d'ailleurs, le parti arrêté de faire démolir Rheinfelden, Brisach et Fribourg, et d'évacuer cette dernière place, n'annonçait pas l'intention d'occuper longtemps le Brisgau et les villes forestières.

M. de la Ravoye resta dans l'incertitude. M. de Coigny étant partide Strasbourg, le 15 janvier, sans lui donner d'instructions, ni sur l'occupation d'Isny et de Wangen, ni sur sa conduite si les troupes autrichiennes, jointes aux Breguentins et à leurs voisins, se portaient contre lui, il prépara seulement les moyens de défense que le mauvais état de la place put lui fournir. M. de Balincourt, h qui M. de Coigny laissa le commandement dp l'armée, dès le Icndenniin de son départ se rendit à Fribourg afin d'achever les dcniolilions et l'évacuation de la place. A peine arrivé, il conçoit de nouvelles inquiétudes pour la Bavière, informe qu'un corps détaché de troupes autrichiennes (général Bcrnklau) s'était emparé de iXeumark dans le haut Palatinat, où 1 B. des troupes du roi avait été fait prisonnier, et que M. de Ségur, forcé d'abandonner l'Altmuhl, avait repassé le Danube à Neustadt et s'était relire à Schrôbenhausen.

Cet événement, en rendant M. de Bernklau maître de toute la rive gauche du Danube, lui donnait la liberté non seulement de ra-

vilailler Ingolstadt, mais aussi de se porter jusque sur Donauworlh, tandis que le gros de l'armée autrichienne pouvait agir par l'Inn contre celle de l'empereur, répandue jusque sur le haut de celle rivière.

Pendant que la Bavière était ainsi menacée et que l'armée du roi se trouvait exposée, la mort de l'empereur, arrivée le 20 janvier, donna lieu de craindre une révolution générale, soit par rapport à la Bavière, soit relativement aux États de l'Empire.

En attendant des ordres, M. de Balincourt s'occupa principalement de la sûreté deé quartiers de la Souabe et des moyens de pouvoir les rassembler, si le général Bernklau venait à faire un mou- Tement offensif. En même temps, pressé par M. de Maillebois de lui envoyer des secours, il porte sur Heidelberg 10 B. et 15 E. des troupes le plus à portée d'y arriver promptement. II prévint en €ela les intentions de Versailles, qui, informé de la mort de l'empereur, lui écrivit, ainsi qu'à M. de Putanges, commandant en Souabe, de prendre des mesures nécessaires pour les rassembler promptement, afin de s'opposer aux Autrichiens et en imposer au cercle de Souabe, qui, ne se croyant plus tenu à la neutralité adoptée par considération pour l'empereur, et qui, fatigué par les quartiers d'hiver, pouvait se joindre aux mouvements combinés des Autrichiens. Ses troupes, en bonétat, consistaient en plus de 11,000 hommes auxquels le duc de Wurtemberg pouvait en joindre 5 à 6,000 des siennes. Déjà ce cercle avait manifesté ses mauvaises intentions en autorisant les baillis et ses populations à disputer à nos troupes les subsistances qu'ils devaient leur fournir.

Les mouvements des Autrichiens ne furent pas aussi offensifs : il ne parut à hauteur de Donauworth qu'une tôle de hussards qui ne s'avança point en Souabe; M. de Bernklau, de son côté, se contentant d'avoir forcé M. de Ségur à repasser le Danube, s'établit à la rive gauche, et M. de Ségur, retiré à Schrobenhausen, était en état (le couvrir Donauworth ; le duc de Wurtemberg, directeur de Souabe, augmenta les assurances les plus formelles de la neutralité. Ces dispositions laissèrent à M. de Balincourt la liberté de céder aux instances réitérées de M. de Maillebois qui lui demandait des troupes; 6 B. et 8 E. se mirent en marche le 12 et le 15 pour Heidelberg et, quelques jours après, le régiment de dragons d'Orléans partit pour la même destination.

SUCCESSION D'AUTRICHE. — imiSGAU (1744-1745). 429-

Cependant Versailles, inquiet de la position des quartiers non pas au point de vue militaire, mais dans .le but de procurer aux troupes une subsistance abondante, jugea nécessaire de prendre des mesures pour leur sûreté et les mettre en état de faire les mouvements que les circonstances exigeraient; il envoya' en Souabe M. de Sallières reconnaître le pays. Les soupçons sur la fidélité du cercle de Souabe augmentèrent en apprenant, au commencement de février, que dans l'assemblée qui se tenait à Ulm il venait d'être réglé que le nombre des troupes de ce cercle serait quadruplé, et que celui de Franconie, agissant de concert, était à la veille de prendre la même résolution. En même temps les baillis recommencèrent des difficultés pour la fourniture des fourrages et à ne vouloir faire les livraisons que pour l'effectif. Les ménagements pour les États de l'Empire dans ces circonstances obligèrent d'avoir recours au duc de Wurtemberg pour obtenir par la voie de la négociation ce qu'on ne voulait pas exiger de force, et ce prince sut concilier les intérêts du roi avec ceux du cercle, et confirma de nouveau la résolution d'observer la plus exacte neutralité. Néanmoins M. de Sallières, dans ses dispositions pour un nouvel emplacement des quartiers, cbercba à distribuer les troupes de manière que celles du cercle ne pussent se réunir et qu'on pût leur en imposer, surtout à la garnison de la ville d'Ulm et à celle de Dillingen, dont les détachements inquiétaient journellement les quartiers; il prit aussi des précautions pour masquer, par l'arrivée d'artillerie, la ville et le pays de Bregenz dont les habitants ainsi que ceux des quatre comtés d'Adelberg, joints aux troupes réglées venues d'Italie et aux déserteurs prussiens, pouvaient entreprendre sur les derrières. Ce fut aussi ce qui engagea M. de Sallières à disposer les quartiers de manière que leur communication avec Willingen fût assurée.

Le mouvement pour la nouvelle position se fit le 8 mars, et il parut en imposer au cercle, qui dès ce moment fut plus conciliant pour les fournitures à livrer. L'intention n'était pas de laisser longtemps les choses dans cet état. L'armée des allies marchait vers la Lahn, et, M. de Maillebois se trouvant dans l'impossibilité de soutenir cette rivière faute de subsistances et des moyens de se porter en avant, le roi s'était déterminé à rapprocher de cette partie toutes ses troupes en Souabe en les faisant descendre sur le bas Neckar dans les environs de Heilbronn. L'objet de cette dis-

position était non seulement de les mettre à portée de secourir M. de Maillebois, mais aussi de les réunir à celles sous ses ordres pour former une seule et même armée, sous le commandement de S. A. S. le prince de Conti (1), destinée à défendre à celle des alliés les approches de Francfort, où devait se faire l'élection d'un nouvel empereur, et à soutenir en Empire les droits de l'électeur de Bavière, tandis que l'armée du feu empereur, jointe au corps de M. de Ségur, chercherait à rétablir l'électeur dans ses États et à s'opposer aux efforts des Autrichiens. Le haut Rhin n'était plus une partie intéressante, la reine de Hongrie ne se trouvait plus à portée d'y faire la guerre ; le pays étant entièrement ravagé, toutes les places du Brifegaw et la forteresse de Rheinfelden démolies , elle ne pouvait plus donner de l'inquiétude à l'Alsace.

Ce fut seulement le 7 mars qu'instruit de l'abandon de la Lahn par M. de Maillebois pour se retirer derrière le Mayn, et de l'établissement des alliés sur la première de ces rivières, Versailles se détermina à envoyer à M. de Balincourt l'ordre de lever les quartiers de la Souabe et de diriger toutes les troupes sur le bas Neckar. Au 1'^'' avril fut fixé leur mouvement, en prescrivant à M. de Balincourt de les faire diriger par plusieurs routes et par divisions pour prendre des cantonnements le long de cette rivière depuis Heilbronn jusqu'à son embouchure, mais en même temps de laisser 3 B. dans Fribourg, 1 de milice dans Brisach, et à Constance les 4 B. qui y étaient, ainsi qu'un régiment de dragons dans les environs, tant pour conserver la communication avec la Bavière que pour en imposer aux partis qui pourraient venir du côté de Bregenz.

Les troupes devaient être rendues sur le bas Neckar du 12 au 15. Le régiment de dragons destiné à couvrir Constance , Fribourg et Willingen fut placé à Munderbingen, Tuttlingen, Stockach et Radolfzell, et comme les régiments de hussards de David et de Polleresky escorteraient l'artillerie de campagne destinée à la Bavière, ces deux régiments s'établirent à Gunlzburg, Leipheim, Burgau et dans les environs d'Ulm.

Les troupes mises en mouvement, les Breguentins commencèrent à remuer et à s'assembler en force, les paysans des quatre comtés

(I) Le maréctial de Maillebois était destiné à aller prendre le commandement de l'armée d'Italie.

SUCCESSION DAUÏRICriE. — BRISGAU (17^4-1745). 431

d'Adelberg se joignirent à eux, et, le 9 du mois d'avril, mêlés avec les troupes réglées de Bregenz, ils attaquèrent les postes de GuebersholTen et d'Amtzell, occupés chacun par des compagnies du régiment de Nice; il y avait de plus dans le premier de ces postes 3 compngnies du régiment de hussards de Raugrave. Amtzell se défendit avec une telle vigueur, depuis 6 heures du matin jusqu'à midi, que les assaillants furent forcés de se retirer. Les troupes dans Guebershoffen ne se conduisirent pas si bien, elles furent surprises à la pointe du jour par trois colonnes, mêlées de troupes réglées, de hussards et de paysans, avec du canon ; les 2 compagnies du régiment de Nice furent enlevées, de même que des hussards de Raugrave. M. de Maubourg, qui commandait cette partie, n'avait pas encore mis toutes ses troupes en marche; mais, sur la nouvelle de ce qui venait de se passer à Amtzell et Guebershoffen, il leva les postes les plus avancés le long de la rivière d'Arg, les rassembla au village d'Altdorf, et, sur l'avis de l'attaque des Breguentins lorsqu'il se retirerait de la Souabe, il devança d'un jour celui auquel il devait se mettre en mouvement et partit le H. Il fit marcher ses troupes ensemble jusqu'au passage du Danube, et leur fit ensuite prendre les différentes routes indiquées pour descendre sur le bas Neckar. M. de BalincoUrt, de son côté, jugea ne devoir point encore dans ces circonstances laisser évacuer Willingen et y fit rester le régiment de la Marche.

Le ministre ne s'était point encore expliqué sur le sort de Constance. Il connaissait l'importance de cette place par sa situation relativement aux pays antérieurs de la maison d'Autriche qu'elle couvrait et aux facilités qu'elle donnait pour la communication avec le haut Danube, et par conséquent avec la Bavière; il jugeait aussi que, gardée par les 4 B. qui y étaient, elle ne pouvait pas être emportée de vive force, ni même attaquée en règle par des troupes de l'espèce de celle, que les Breguentins pouvaient rassembler. Cependant M. d'Argenson disait, le 45, à M. de Balincourt qu'avec le parti de retirer toutes les troupes de la Souabe, et ne voulant point exposer celles qui étaient dans Constance au blocus qu'on ne serait point à portée de faire lever, il eût à faire évacuer cette place le plus tôt possible, pour porter les troupes de la garnison où le prince de Conti, qui devait arriver peu de jours après à Strasbourg, le jugerait à propos. En donnant cet ordre, on semblait avoir

prévu les malheurs que venait d'éprouver en Bavière le corps de M. de Ségur, forcé de céder à la supériorité des Autrichiens, qui l'avaient attaqué le 15, pour se rendre à Kannstadt et chercher asile derrière le Neckar (l).

M. de Balincourt n'avait encore que des nouvelles incertaines de ce désastre, lorsqu'il reçut l'ordre d'abandonner Constance. Il envoya à M. de la Ravoye, qui y commandait, l'ordre de se replier sur Willingen, et, pour assurer sa retraite, il fit partir de Fribourg, sous M. de Frémure, les compagnies de grenadiers de la garnison pour aller, par Willingen, s'emparer du pont de Geisingen sur le Danube, cheminque M. de la Ravoye devait tenir. Ce dernier partit, en effet, de Constance le 23 et replia, avec les 4 B. de la garnison, le régiment de dragonsdu Roi, qui masquait Bregenz. llarrive àWillingen le 26 et y trouve le régiment de la Marche. Les ordres de M. le prince de Conti, à Strasbourg depuis le 10, lui enjoignirent de s'y faire joindre par les 2 régiments de hussards dans les environs d'Ulmet de Guntzburg et, après avoir évacué Willingen, de se rendre en toute hâte à Pforzheim par la route la plus directe, c'est-à-dire par Need-Eschach, Sullz, Nagold, BulachetLiebenzell le long du revers des montagnes Noires qui regardent laSouabe.M.de Balincourt dut aussi évacuer, sans perdre de temps, Fribourg etBrisach, ainsi que le château de Hohenzollern, dont les troupes bavaroises n'avaient pas pris possession, et de se rendre aussi à Pforzheim avec toutes les troupes de Fribourg. Les dispositions du prince de Conti pour la marche de M. de la Ravoye étaient relatives à celle de M. de Ségur, qui ne devait arriver à Kannstadt que le 28; mais, pressé par les Autrichiens, qui le suivaient, il avait accéléré sa retraite, et y arrivait le 24. Le prince de Conti, sur l'avis qu'un corps autrichien arrivait à Guntzburg le 21, craignit que la route de Willingen à Pforzheim par Nagold ne fût trop dangereuse, et il manda à M. de la Ravoye de prendre celle de Fribourg pour de là gagner Pforzheim en laissant les montagnes Noires à sa droite.

M. de la Ravoye, après avoir séjourné à Willingen, marche le 28, avec les 5 B. et le régiment de dragons, et arrive le lendemain à Fribourg par la route de Neustadt, sans être rejoint par les 2

(I) V. Campagne en Bavière, détails de l'affaire de Pfaffenhoffen et de la retraile de M. de Ségur.

régiments de hussaids. M.deSégur, en s'éloignant de Donauworth, leur avait envoyé l'ordre de se replier et de le joindre pendant sa marche.

Fribourg et les châteaux se trouvant entièrement démolis et tous les effets de l'artillerie évacués, M. de la Ravoye en partit, le 30, avec les troupes qu'il y avait amenées et ses 6 B. pour Pforzheim. M. de Balincourt avait quitté Fribourg deux jours auparavant, afin d'achever l'évacuation du vieux Brisach et faire replier le pont du Rhin, puis il se rendit à Strasbourg.

Les troupes arrivées sur le Neckar se joignirent à celles de M. de Ségur (campagne de 174o) ; le prince deConti, obligé d'aller prendre lui-même la conduite des affaires sur le bas Rhin et la Lahn, les destina à garder le Neckar contre les Autrichiens, à qui la paix que l'électeur de Bavière venait de conclure avec la reine de Hongrie, le 22 avril, à Fuessen, laissait la liberté déporter la guerre dans l'Empire et de réunir toutes leurs forces pour appuyer l'élection du nouvel empereur et faire repasser le Rhin aux troupes françaises.

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