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CHAPITRE XIII

INVASION DE LA BAVIÈRE JUSQU'a LA POSITION SLR l'aLTMUIIL

(24 août à 27 décembre 1744).

Août 1744 . — 24. L'armée jointe par des troupes du roi au\ ordres de M. de Ségur.

— 9.6. Rassemblée à Rheinzabern. — 27. A Gerinersheim. — 28. Y passe le Riiiii, campe à Neudorf. — 30. M. de Piosasquo délaclié à Rretten.

Septembre. 2. Capitulation provisionnelle d'Ingolstadt. — 3. A Bieligheim, le chevalier de Belle-lsie se joint à l'armée, qui s'avance avec lui jusqu'à KannsladI.

— 4. L'armée reçoit 4 nouveaux B. de l'armée du Rhin. — 7-8. M. de Seckendorf à Laufen. — M. île Ségur à Bieligiieim, — Capitulation d'Egra; la garnison, prisonnière de guerre, prend des quartiers en Bohême. — 9. M. de Saint-Germain, détaché, fait lever le siège de Rottenburg. — II. L'armée passe le Neckar; les Impériaux à Laufen, les Français au-de.ssous. — 12. L'armée s'avance sur trois colonnes. — 20-21. Elle arrive à Dinkclsbuhl. — MM. de Mortaigne, de Saint-Germain et le prince de Deux-Ponts détachés. — 23. Le prince de Deux-Ponts, attaqué, se retire à Wessingen. — 24. M. de Saint-Germain le suit. — 25. L'armée campe à Nordlingen. — 29. 6,000 Hessois rejoignent. — 30. L'armée campe à Boplingen.

Octobre, i'^^. M. deSeckendorf occupe les postes le long du Danube. — 2. M. de Piosasfiue détaché. — Prise de Donauworth. — 4. Les troupes impériales et hessoises campent sous cette place. — 5. Rejointes par les Français. — G. Passage à la rive droite du Danube. — 7. La droite vers Egelstctten, la gauche à Obern- (lorf. — Canonnade. — 8. Retraite de l'ennemi. — 10. L'armée passe le Danube. — M. de Mortaigne détaché. — 11. Ainsi que M. de Saint-Germain. — 16. L'armée campe à Junkenhofen. — 17. M. de Mortaigne joint M. de Saint-Germain à Munich. — 20. L'armée se rassemble à Dachau. — 21. Arrivée de l'empereur. — 22. L'armée à Menzing, à une lieue de Munich. — 23. L'omi)ereur entre dans Munich à la tète de l'armée. — 24. M. de Saint-Germain se porte à Rosenheim.

25. L'armée en marche pour Ebersbcrg. — 26. L'empereur à Ebersberg. — 27

au 28. M. le prince de Ilildburghausen sur Wasserburg. — 28. Chargé du siège de cette place. — 29. Tranciiée ouverte. — M. de Ségur chasse l'ennemi de Miihldorf, sa prise. — 31. L'armée à Ampfing. — Pont jeté sur l'inn au-dessus de Miihidorf.

Novembre. 1"'. Troupes renforcées. — 2. M. de Saint-Germain surprend deux postes iimemis. — 3. L'empereur ordonne de passer l'Inn. — 4. Wasserburg abandonné.

— 1,0 prince d'Ilildburghausen entre dans Wasserburg. — 5. L'armée à Massiiig.

— 0. A Eggcnfelilen. —8. AArnsiIorl. — '.i.A Altersback.— .M. (rilildburgliausen

SUCCliSSIOX D'AUTRICHE. - BAVIÉRK (1744). 435

à Traunslein; est joint par M. de Saint-Germain. — 10. L'armée à Wilshofen abandonnée. — L'empereur établit des postes le long du Danube. — 12. Il reconnaSl Passau. — L'ennemi s'empare de Salzburg. — 13. Attaque de Thann. — 15. Prise de Griesbach. — 16. Orttenburg abandonné. — 18. Entreprise sur Burghausen.

— L'empereur quitte l'armée pour se rendre à Munich. — 19. Le prince de Saxe- Hikiburgliausen chargé de re.\pédition. Toutes les troupes en marche, — 20. Burghausen emporté par escalade. — 22. MM. de Saint-Germain et de Rupelmonde sur la gauche de l'Inn. — 26. L'ennemi se rapproche de Burghausen. — 27. Bombardement de la ville et du château pendant la nuit. — 28. 4 B. et 14 E. français se rendent à Rain sous M. de Lussan. — 30. 3 régiments d'infanterie avec MM. de Sève et de Langeron prennent la même route.

Décembre. 2. L'armée dans ses quartiers d'hiver. — 9. M. de Ségur revient à Neusladf. — M. de Seckendorf àFriedberg. — 10. M. de Ségur renforce Reichertshofen.

— M. de Bernklau passe le Danube à Passau. — Arrestation du maréchal de Belle-lsle. — 21. Marche vers Stadt-am-Hof. — 24. M. de Crussol replie tous ses postes. — 26. Occupe l'Altmiihl. — 27. M. de Ségur se rend à Munich

Louis XV, informé de la marche du roi de Prusse vers la Bohême, avait accédé au désir manifesté par l'empereur de faire passer le Rhin à l'armée impériale pour suivre le prince Charles et regagner la Bavière; il s'était même déterminé à y joindre un corps composé de 16 B. et de 7 E. de la cavalerie allemande à son service. Le maréchal avait porté toutes ses troupes sur sa gauche; et, dès le 21, lorsqu'il se détermine à suivre de plus près le prince Charles, elles furent comme séparées de l'armée du roi, et il en confie le commandement à M. de Ségur. A celte époque commencent les opérations de l'armée impériale destinée à passer en Bavière. Bientôt elle n'aura plus que des rapports éloignés avec celle du roi, qui restera près du Rhin.

Le prince Charles ayant donc repassé ce fleuve, le 23, à Beinheim, campe à Ettlingen; le maréchal de Noailles, n'ayant pu l'atteindre, reste près du fort Louis le 24, et se dispose à y passer le Rhin, afin de marcher ensuite à El tlingen. Le même jour, M. deSeckendorf, resté à Hochfelden sur la Zorn, arrive avec l'armée imipérialc cl les troupes françaises, se dirigeant sur Rheinzabern, oi^i il stationne le 20, le 27 à Germer.Nheiai, et, le 28, après le passage du Rhin, il campe à Neudorf près Philippsburg. Ayant appris alors le départ du prince Charles dKlllingen sur deu.x colonnes vers Plorzheim et vers Durlach, il détache pour le suivre MM. de Piosasque et de Ségur. M. de Noailles, de son côté, ayant achevé

43f, LES GUERRES SUOS LOUIS XV.

le 27 ses ponts près du fort Louis, ordonne le lendemain à M. le chevalier de Belle-Isle de suivre le prince Charles. Dans la matinée du 28, il y eut une conférence oii les maréchaux de Noailles et de Coigny arrêtèrent :

1» De faire le siège de Fribourg; 2° après ce siège, de s'emparer des villes forestières appartenant à la maison d'Autriche, des environs du lac de Constance et surtout du comté de Bregenz : ce dernier d'une grande importance; 3" puis de se rendre maîtres des villes de Willingen et de Rottweiler pour la communication libre et sûre avec les frontières de la Bavière, et se mettre par là en état de soutenir toujours l'armée impériale.

Et ils ajoutaient : « Quant à l'armée de l'empereur, elle n'a d'autre chemin à tenir, lorsque toutes les troupes qui la doivent composer seront réunies, que celui par Pforzheim et Rannstalt vers le haut Danube. C'est la seule route oii on puisse lui fournir es subsistances nécessaires. Elle pourra se rendre de là dans le Brisgaw, pays appartenant à la maison d'Autriche, oii cette armée trouvera des subsistances et des fourrages abondants; elle s'avancera en Bavière et se placera sur le Lecb. L'armée impériale, arrivée en Bavière, suivra la rive droite du Danube, s'emparera successivement le long de ce fleuve des places qui y sont situées pour se rendre jusque sur les frontières de l'Autriche. On ne saurait prescrire ce que cette armée pourra entreprendre lorsqu'elle sera arrivée en Bavière. Mais ce que Vcm peut assurer est qu'il n'est pas possible de faire passer l'armée impériale par la rive gauche du Danube : 1° parce qu'elle serait obligée d'y payer ses fourrages et ses subsistances; 2° qu'elle pourrait y trouver des oppositions de la part des troupes autrichiennes, qui reviendraient sur elle pour la combattre; 3° que rien n'est plus avantageux que d'obliger les troupes autrichiennes à une diversion éloignée et qu'elles seront alors moins à portée de se joindre à celles qu'ils opposeront au roi de Prusse. »

Le 28 au soir elle 29, toute l'armée du roi passe le Rhin et campe àRuppenheim, d'oii elle porte des troupes à Muhlburg pour soutenir M. le chevalier de Belle-lsleà Stafforth. MM. de Piosasque et de Ségur se portèrent à Bretten dans le dessein de se joindre au chevalier de Belle-Isle, et de tomber sur l'arrière-garde ennemie, commandée par M. de Bernklau, avant qu'elle eût passé la rivière

SUCCESSION lyAUiRicm:. — bavièrk (1744;. 437

d'Entz; mais ils ne purent la joindre; M. de Bernklau se replia pendant la nuit du 30 au 31 sur le prince Charles, qui passa ce jour-là le Neckar à Rannstadt. 11 n'était plus question de chercher à l'entamer; le Neckar et les pays difficiles pour aller à lui le mettaient à couvert; d'ailleurs, les subsistances n'étaient point préparées à la marche active nécessaire pour l'atteindre. Toutes les troupes, tant à l'armée du roi qu'à celle de l'empereur, restèrent dans leur position avant de faire aucun mouvement. Celle du roi ■fut destinée au Biisgaw pour assiéger Fribourg; elle devait en même temps faire, au nom de l'empereur, la conquête de l'Autriche antérieure et des villes forestières. Quant à l'armée de l'empereur, les maréchaux de Noailles et de Goigny étaient d'avis qu'après son arrivée en Bavière elle suivît la rive droite du Danube. Le maréchal de Seckendorf pensait différemment; il parut préférer d'opérer à la rive gauche du Danube et dans le haut Palatinat.

Le 1" septembre, le comte de Ségur reçut l'ordre du roi qui le nommait au commandement des troupes françaises auxiliaires de l'empereur : « De par le roi, S. M. ayant résolu de joindre à l'armée de l'empereur un corps de ses troupes à titre d'auxiliaires, elle a jugé qu'il convenait également au bien de son service et à l'avantage de ses alliés de donner le commandement de ce corps à un officier général qui, par la supériorité de ses talents, et la force de son expérience, puisse assurer le succès de ses opérations, et dont le zèle et la fidélité lui répondent de sa conservation, et trouvant toutes ces qualités réunies dans le S' comte de Ségur, etc. »

Quatre jours après, l'armée impériale (1) part de Neudorf; elle se porte en trois marches près d'Heilbronn, passe le Neckar, le H et le 12, et arrive en deux colonnes et en trois marches, le 20, à Dinkelsbuhl en Souabe, où elle reçoit un renfort de 4 B. français ; le 3, elle est rejointe à Bietigheim par un détachement de l'armée du roi, sous le chevalier de Belle-lsle, qui s'avance avec elle jusqu'à Kannstadl.

L'armée avait été divisée en trois colonnes (2) ; celle de M. de Sec- Ci) D. G. Vol. 3050.

(2) État (lesdivi.sions des troupes pendant leur marche :

Colonne de gauche : M. de Ségur. Infanterie : Condé, la Sarre, Bourgogne, Saxe, Royal-Suédois ; cavalerie : Royal-Allemand et Rosen.

Colonne du centre : M. de Seckendorf. Infanterie: Gardes del'empereur, Secken-

kendorf arrive à Laufen le 7, celle de M. de Ségur à Bietigheim; M. de Piosasque rejoint l'armée au camp de Laufen et M. de Saint-Germain, détaché, fait lever le siège de Rothenburg, attaqué par M. Festetitz. A ce moment, le prince Charles quittait l'armée, se rendant à Vienne; le maréchal de Traun passait en Bavière avec une partie des troupes, et le maréchal Bathiany prenait le commandement de l'armée, pendant que M. de Bernklau restait dans les environs de Donauworth.

Le Jl, les Impériaux passent le Neckar à Laufen, et notre armée au-dessous d'Heilbronn, campant h la tête des ponts.

Le 12, l'armée se remet en marche sur trois colonnes, arrive le 20 et le 21 aux environs de Dinkelsbuhl. Commue M. de Seckendorf se trouvait peu éloigné de Donauworlh, il essaya de surprendre cette ville avec les trois détachements de MM. de Mortagne, Saint-Germain et le prince de Deux-Ponts; mais il n'y réussit pas. Le prince de Deux-Ponts, à peine sur les hauteurs de Donauworlh (1), est chassé par l'ennemi, et M. de Mortagne avec son détachement en désordre le rejoint le 24. Forcé de gagner Wertingen, M. de Bernklau se retira sur Munich, laissant une réserve sur la montagne de Schellenberg.

Quoiqu'on approchât du théâtre des opérations et quoique l'empereur eût adopté le projet de marcher sur la rive gauche du Danube, il n'y avait pas de plan arrêté. M. de Ségur penchait pour la nécessité d'agir avec le roi de Prusse; il lui avait même écrite cherchant à démontrer les avantages de pousser l'armée impériale en Bohême. Ce sentiment était appuyé par le maréchal de Schmettau, envoyé en France par Frédéric pour consulter le plan des opérations en Allemagne pendant cette campagne.

Enfin, sans attendre réponse à tous les projets, il est décidé dans une dernière conférence d'agir par la rive droite du Danube et de

dort, Hildburgliausen, Duc-Clément; cavalerie : Taxis, Torring, Holslein cl Morla-

Colonnede droite .-M. de Piosasque. Infanterie : Prince-Royal, Trucksein,Miiiulzi, Moraniski, el 3 régiments hessois; cavalerie : Oelling, Pressing, Zollern, Frauber et Hessois-dragons.

(1) Donauworlh, au confluent du Danube et de la Wernitz, qui nait en Franconie, est une forle ijosition stratégique, qui a joué un rôle dans l'histoire par ses sièges et ses actions de guerre

se porter sur le Lech. Les nouvelles du roi de Prusse en Bohême et les mouvements des ennemis déterminèrent les opérations sur la rive droite.

Prague capitulait, le 16, devant Frédéric, après dix jours de tranchée ouverte; MM. de Seckendorf et de Ségur devaient espérer rapproche du roi de Prusse sur le Danube. Quant au prince Charles^ parti pour Vienne, y chercher les instructions sur les moyens de s'opposer aux progrès du roi de Prusse en Bohême, son armée, sous les ordres du maréchal de Traun, marchait sur trois colonnes par la rive gauche du Danube, pour joindre par Dietfurt et Burglengenfeld les troupes que M. de Bathiany avait conduites de Bavière en Bohême. 11 ne restait dans les environs de Donauworth que les troupes du général de Berriklau et celles qui tenaient les places de la Bavière.

Le 24, notre armée campait la droite à Nordlingen, la gauche à Baldingen, où elle est rejointe, le 29, par les 6,000 Hessois. Le 25, elle quitte les environs de Dinkesbuhl et s'établit au village de Baldingen, avec l'Eger devant son camp.

L'armée se trouvait forte alors de 33,000 hommes. Il lui manquait encore, pour être portée au nombre de 40^000 dont elle devait être composée, les 5,000 hommes que l'électeur palatin s'était engagé de fournir, et un corps de cavalerie française que le roi avait promis d'y envoyer avec un train d'artillerie. Ces dernières troupes, au nombre de 14 E., ne se mirent en marche de devant Fribourg, dont M. de Coigny faisait le siège, que le 29 septembre, pour se rendre le môme jour à Willingen, le lendemain à Tuttlingen, ensuite à Mingen à la droite du Danube, où elles devaient recevoir les ordres de M. de Seckendorf sur leur marche ultérieure (1). L'artillerie qui devait suivre ces troupes fut composée de gros canons, mortiers et pontons tirés de Strasbourg, et qui arrivèrent à Heilbronn le 30. On devait, après le siège de Fribourg, faire passer en Bavière un nouveau train d'artillerie. A l'égard des troupes palatines, elles remontaient la rive droite du Neckar, et tenaient le chemin de Donauworth ; elles étaient encore fort éloignées. M. de Seckendorf, pressé par le roi de Prusse, qui se plaignait

(I) Ces troupes furent composées des régiments de cavalerie de la Reine, Dauphin-Étranger, Vintimilleet Ciiepy, sous les ordres de M. Crussol..

de la lenteur de la marche des Impériaux et des Français vers la Bavière, sollicita de nouveau les 12,000 hommes promis dans la conférence de Lauterbourg à envoyer sur le Lech pour appuyer ses opérations; mais elles servaient au siège de Fribourg.

Il se détermine à agir sans ce secours; et, ayant avis que l'ennemi campait au nombre de 15,000 hommes à Rain, derrière le Lech, et qu'il ne restait du côté de Donauworth que 2 ou 3,000 hommes sur la montagne de Schellemberg, il résolut de s'approcher du Danube.

Le 30, l'armée décampe de Nordlingen^ marche sur trois colonnes, les équipages à la droite, la cavalerie au centre, et l'infanterie à la gauche, et campe à Bissingen. Le dessein de M. de Seckendorf était une nouvelle tentative sur cette place, et d'y traverser le Danube, ou au moins, s'il ne réussissait pas, de s'assurer un passage du côté d'Hochslett.

Le 1" octobre, M. de Seckendorf prépare à Bopfingen ses dispositions de marche en avant. Son plan fut assez bien exécuté pour que le lendemain le chevalier de la Touche pût raconter à M. d'Argenson la prise de Donauworth : a J'arrive de Donauworth, dans lequel un détachement de nos troupes est entré cette nuit. Les pandours ou croates qui l'occupaient se sont retirés avec précipitation de l'autre côté du Danube, et ont mis le feu au pont, lequel heureusement n'a pas été brûlé entièrement, et pourra encore servir, après quelques réparations. Ces pandours ont tenu pendant plus de deux heures à l'abri d'un fort palissade, danslequel ils ont tâché de nous empêcher, par un feu continuel, d'éteindre celui du pont, sur lequel ils ont blessé très dangereusement M. Geschrey, capitaine, fameux partisan des troupes de l'empereur, qui, pendant la nuit, avait eu le bonheur d'entrer le premier dans la ville. Ce n'est que par la supériorité de notre feu, et par le secours des pièces à la suédoise, que nous avons délogé les pandours. M. le maréchal de Seckendorf et M. de Ségur, avec lesquels j'étais parti ce matin avant le jour pour Donauworth, viennent de revenir, après y avoir laissé tous les détachements destinés à l'entreprise de M. de Piosasque. Une preuve que les ennemis ont été surpris à Donauworth, est que des hussards campés en deçà de la ville n'ont pu la regagner, et ont pris le chemin de Neuburg, en suivant la ligne gauche du Danube. Un corps de

troupes ennemies, campé de l'autre côté du fleuve, a pris le chemin de Nordheini. »

Cependant, malgré cet avantage, le plan du cabinet de Versailles n'était pas qu'on s'avançât très rapidement vers la haute Autriche. « La difficulté, écrivait M. d'Argenson (1), que M. de Seckendorf trouvait à s'emparer de Donauworlh suffit pour répondre à ce que vous me mandez de sa part , des sollicitations que le roi de Prusse lui fait pour l'engagera s'avancer sur Passau. Ce prince doit sentir que l'armée impériale n'est pas assez forte pour résister à toutes les forces autrichiennes dans la Bavière, et qu'elle ne doit s'y avancer qu'autant que l'ennemi s'y affaiblira. Cette conduite est celle qui favorise le plus les opérations du roi de Prusse en Bohême, puisqu'elle retient l'ennemi plus éloigné de lui, et que le mauvais succès d'une affaire hasardée sur le Danube dérangerait tous ses projets; c'est ce que vous devez faire sentir à M. de Seckendorf, pour qu'il écrive au roi de Prusse dans cet esprit.

« A l'égard des 12,000 hommes que le maréchal de Seckendorf demande que l'on fasse marcher sur leLech, ils ne lui ont jamais été promis, et M. de Noailles dénie formellement de lui avoir donné aucune espérance à Laulerbourg; les troupes employées au siège de Fribourgy sont trop nécessaires pour, les déplacer; et vous devez faire valoir la complaisance que S. M. a eue d'en détacher 14 E. pour renforcer l'armée impériale ("2), comme marque la plus sensible, qu'elle pouvait donner de l'impatience qu'elle a de voir l'empereur rétabli dans ses États. »

Mais l'empereur, qui avait hâte de les reconquérir, pressait M. de Seckendorf de marcher en avant, et, fidèle exécuteur de ses volontés, ce dernier s'était emparé de Donauworth, ayant au préalable fait occuper Lauwingen, Dillingen, Hochstedt et Blindheim pour s'assurer les ponts du Danube. Toute l'armée le passe le 7, se porte à Martingen, la droite vers EUgau, la gauche à Oberndorf. Ainsi fortement pressé, M. de Bernklau fait brûler le pont de Rain, le 8 octobre, se retire vers Friedberg, abandonnant Neu-

(1) Lettre à M. le baron de Freugwal, Metz, le 3 octobre I7Vj.

(2) État des brigades qui servent dans l'armfie impériale : la Sarre, 1 B. ; Saxe, 3 ; la Mark, 3 ; Alsace, 4 ; Royal-Suédois, 3 ; Coudé, 2 ; Bourgogne, 1 ; Royal- Bavière, 3; Royal-Allemand, 4 E. ; Rosen, 4.

burget Kelheim, et plaçant du renfort dans Ingolstadt. M. de Saint- Germain jette des ponts sur le Lech, que passe l'armée impériale pour venir camper entre Thierhaupten et Munster. M. de Mortaigne (i) va occuper Friedberg ; un autre détachement s'empare de Neuburg et M. de Saint-Germain de Munich, le 16. L'armée (16- 17 octobre) campe à Gebenhofen, Friedberg, et le 19 occupe les positions suivantes : l'infanterie de l'armée à Hadesried, l'artillerie à Odelshausen, la cavalerie à Wiedenzhausen ; de l'infanterie est laissée à Friedberg et 1 régiment occupe Neuburg.

Le 21, l'empereur arrive et passe en revue l'armée, jointe par lesl4E. de cavalerie française amenés par M. de Crussol (2); MM. de Ségur et de Rupelmonde sont en même temps détachés, avec 14 B. français et 7 E. impériaux, pour chasser l'ennemi de Landshut; le 22, l'armée occupe Menzing aune lieue de Munich, et le 23 l'empereur entre dans la capitale de la Bavière à la tête des troupes, guipassent l'Isar et campent sous cette place, rejointes par 2 B. et 1 E. palatins, tandis que les Hessois s'avancent sur Erding pour favoriser l'expédition que M. de Ségur allait tenter sur Muhldorf, les ennemis se retirant vers Braunau, en longeant la rive gauche de l'Inn. La rive droite était gardée avec beaucoup de soin par l'ennemi; partout des hussards, et même des troupes réglées, avec du canon qui tira sur celles de l'empereur : ce qui fit juger qu'ils étaient déterminés à en disputer le passage. On comptait néanmoins la traverser à Muhldorf; mais cette espérance s'évanouit. M. de Ségur, qui vint joindre l'empereur, lui rapporta l'impossibilité de rétablir le pont entièrement brûlé, et dont la tête du côté de l'ennemi se trouvait bien gardée sur les hauteurs. Ce n'était pas le seul obstacle s'opposant à l'exécution du projet de l'empereur de marcher sur Braunau et Passau. L'article des subsistances éprouvait des difficultés insurmontables; M. de Sechelles, arrivé à l'armée, trouva cette partie dans le plus grand

(1) Mortaigne (Ernest-Louis de Mortani, marquis de) (date et lieu de naissance inconnus). Volontaire dans Royal-Allemand (cavalerie), juin 1706; maréchal de camp au service de l'empereur Charles VII, le 20 juin 1742; rentré au service de France, comme lieutenant-général, le 1'^'' mai 1742 ; décédé le 16 décembre 1762.

(2) Crussol des Salles (François-Emmanuel de Crussol d'Uzès, marquis de), né le 2 janvier 1711, lieutenant au régiment du Roi, maréchal de camp le 2 mai 1744. lieutenant général le 10 mai 1748 ; mort le 1" avril 1761, à l'île d'Oléron.

désordre, aucun établissement n'était préparé; à la vérité, l'ennemi n'ayant pas dévasté le pays, le fourrage restait abondant ; mais sans magasins de farine qu'à Donauworlh, Augsburg et Ratisbonne , et point de chevaux dans le pays pour les transports ; les caissons suffisaient à peine au service journalier et pour les convois de pain qu'on était obligé de tirer de Munich, très éloignée du camp : toute marche en avant mettait l'armée dans le cas de manquer entièrement de tout. D'un autre côté, l'artillerie ne consistait qu'en pièces de campagne dont une partie employée au siège de Wasserburg, où les ennemis avaient laissé une garnison. La grosse artillerie venue d'Alsace s'était arrêtée aux environs de Munich, sans les chevaux nécessaires pour la conduire au camp. Les pontons qui l'avaient accompagnée s'étaient avancés jusqu'à Wasserburg, mais en très mauvais état, et sans ouvriers pour les réparer.

M. de Sechelles, voyant le danger auquel le désir extrême qu'avait l'empereur de marcher à Braunau et à Passau allait exposer l'armée, instruit d'ailleurs de la mésintelligence entre M. de Seckendorf et le maréchal de Torring, chercha à détourner S. M. L de cette entreprise; il lui représenta qu'indépendamment de ces inconvénients, ses opérations devaient être subordonnées à l'établissement des quartiers d'hiver, qu'en conséquence ses projets devaient se réduire à se rendre maître des postes nécessaires à leur sûreté.

Le comte de Bavière, de son côté, ne voyant pas les questions mihtaires sous un point de vue plus favorable, et convaincu que non seulement la prise de Muhldorf ne servirait à rien pour le passage de l'Inn, et que, quand même on parviendrait à se mettre de l'autre côté de cette rivière , on ne serait pas en état d'assiéger ni Braunau, ni Passau, se joignit à M. de Sechelles pour détourner l'empereur d'une démarche si funeste. Mais ni les dangers ni les représentations n'arrêtèrent l'empereur, et, persistant dans sa résolution de marcher au bas de l'Inn, il s'attacha à se rendre maître du haut de cette rivière et de Wasserburg, qui continuait à faire une vigoureuse défense. Il donna en même temps des ordres pour que, le pont de Muhldorf ne pouvant être rétabli, on en jetât un de pontons au-dessus de cette ville. Pour exécuter les ordres de l'empereur, M. de Ségur occupe Landshut, secondé par les Hessois postés à Erding. L'empereur établit son camp, le 26 oc-

4J4 LKS GUKRRKS SOUS LOUIS XV.

tobre , ;\ Kbersberg. Le prince de Hildburghausen ouvre la tranchée devant Wasscrburg, et le même jour (29 octobre), les Français et les Hessois prennent Muhldorf. Toujours en avant, l'empereur transporte, le 31, son quartier général à Zangberg, près de Muhldorf, l'armée étant à Ampfing.

Le {'"■' novembre, les troupes du siège de Wasserburg sont renforcées, et, le 2, M. de Saint-Germain passe l'Inn à Rosenheim, où il culbute un poste ennemi, en continuant toujours sa marche sur Wasserburg. Le 3, l'empereur fait passer l'Inn à Holzhein, dans des bateau.\ et des nacelles, à 2 régiments de cavalerie et à tous ses grenadiers, et se porte à Otting, ce qui, par le mouvement de M. de Saint-Germain, force les ennemis d'abandonner Wasserburg en y mettant le feu. Alors M. de Bernklau replie tous les postes de l'Inn et l'armée autrichienne se retire par la droite vers la rivière de la Salza.

Le A, le prince de Saxe-Hildburghausen, joint par M. de Saint- Germain, pénètre dans la place, et les deux généraux doivent se porter immédiatement à Burghausen sur la Salza. Le 5, l'armée à Massing est jointe à Eggenfelden, pendant sa marche, par M. de Ségur; alors, le 6, M. de Hildburghausen passe l'Inn à Wasserburg, poursuit l'ennemi, traverse Trostberg et s'établit sur l'Alza ; l'armée occupe le 6 Eggenfelden, le 8 Arnsdorf, le 9 Altersbach, le 10 Wilshofen, au confluent de la Wils et du Danube. Hildburghausen est rallié à Traustein par M. de Saint-Germain qui, le 10, marche à Reichenhall sur la Saalach et s'en empare. L'armée reste à Neu-Lofen, abandonné par l'ennemi, à la jonction de l'Achen et de la Saalach.

Le 6, Fribourg avait capitulé et le roi était maître du Brisgau ; l'empereur occupe avec des détachements Thann, Pfarrkirchen, Griesbach, et établit des postes le long du Danube. Cependant M. de Bathiany appuie sa gauche à Salzbourg, son centre à Braunau, sa droite à Passau, renforce la garnison de Burghausen, de Laufen, pendant que les hussards d'avant-garde attaquent le poste de Thann et, le IS, s'emparent de Griesbach.

Le 12, l'empereur pousse une reconnaissance sur Passau; mais la position des généraux autrichiens rendant ce siège fort difficile, on se réduisit à celui de Burghausen. Pour cacher ce projet, M. de Mortaigne part de Wilshofen pour s'avancer vers l'Inn, avec ordre au prince Hildburghausen de précipiter sa marche. Le 15,

SUCCESSIOiN' DWUTRICHi:. — r.A.VlKl\E (in^;. 445

un détachement sorti de Passau s'empare d'Orttenburj;, abandonné par les troupes impériales et françaises. Le maréchal Bathiany descend rinn, renforce les garnisons de Burghausen, de Scharding et de Passau, et fait retrancher les hauteurs de celte dernière ville, en apprenant la marche rétrograde de l'artillerie française venant de Munich pour en entreprendre le siège. Afm d'assurer l'entreprise sur Burghausen, dont M. d'Hildburghausen était chargé, on lui envoya les détachements de MM. de Saint-Germain et deRup'elmonde; M. de Mortagne fut détaché pour faire diversion sur le bas Inn, en jetant un pont sur le Danube à Plaltling, Toutes les troupes, mises en marche le 19 au soir, arrivent devant Burghausen le lendemain à la pointe du jour. L'empereur avait quitté l'armée le 18, se rendant à Munich dans le but de régler les quartiers d'hiver avec le maréchal de Belle-Isle, arrivé le 19 par Augsbourg, venant du siège de Fribourg et parti avant la capitulation, qui fut signée le 25 novembre. Le 20, Burghausen est enlevé par escalade; les troupes campèrent sous Wilshofen, et le 22, après cette heureuse opération, MM. de Saint-Germain et de Rupelmonde reprirent la route de la gauche de l'Inn.

Pendant ce temps, les troupes autrichiennes rassemblées du côté de Slarit-am-Hof descendaient le Danube, et, jointes par celles cantonnées dans les environs de Passau, débouchèrent de cette ville et remontèrent vers Wiishofen. Un autre corps, dans le pays de Saltzburg, passe la Salza près de cette ville. Dès que la nouvelle de ces différents mouvements arrive à Munich, le maréchal de Torring envoie M. d'Hildburghausen rassembler un corps derrière la Wils pour s'opposer à celui de l'ennemi qui avait passé l'Inn, ou du moins pour l'arrêter sur cette rivière. Il y arriva le 2i : les ennemis n'avaient point encore passé à Pfarkirchen, ils ne faisaient aucun mouvement; s'ils restaient encore dans l'inaction, on aurait le temps de rassembler assez de troupes pour soutenir la Wils ; mais s'ils s'avançaient en force avant qu'il fut en état de les recevoir, il se voyait forcé de se retirer derrière l'isar. M. de Saint- Germain, qui commandait sur la Salza, devait disputer le passage de la rivière, lorsqu'on apprit, le 2(), qu'un corps détaché marchait vers le ïyrol. Sans instruction sur leur destination , on jugea ou qu'ils passeraient en Italie, ou qu'ils déboucheraient dans la partie

44G LIvS GUKPvRES SOUS LOUIS XV.

méridionale de la Bavière pour venir répandre la terreur jusqu'aux portes de Munich.

Dans cette incertitude et dans une position aussi critique, les Bavarois demandèrent qu'il plût enfm au roi de faire avancer en Bavière un détachement de ses troupes en Souabe, quand le roi avait lui-même besoin de toutes ses forces à opposer aux princes de l'Empire et aux alliés de la reine de Hongrie. 11 avait même déjà fallu non seulement retirer de Souabe quelques troupes pour mettre M. de Maillebois sur le Mayn en état de tenir tête à celles des alliés commandées par M. le duc d'Arenberg, avançant sur la Lahn et à la veille de pénétrer jusqu'à Francfort ; mais Louis XV venait de prendre la résolution de prendre entièrement les quartiers de Souabe, même d'évacuer les villes forestières pour rassembler ses troupes sur le Neckar, depuis Kannstadt jusqu'à Heidelberg, et les mettre également à portée d'appuyer l'armée du Mayn et d'entretenir la communication avec la Bavière.

L'inquiétude sur la conduite des Hessois fît juger que bientôt la Wils ne serait plus tenable, et que l'Isar allait devenir la seule barrière à opposer aux Autrichiens : en conséquence M. de Torring sollicita M. de Ségur d'envoyer des troupes françaises vers cette rivière ; M. de Ségur, apprenant que de l'infanterie et de la cavalerie appartenant à la garnison d'Ingolstadt marchaient sur Kelheim, loin de se rendre aux instances de M. de Torring, demanda lui-même à M. de Zastrow, commandant les troupes à Neuburg, un secours, le pressant de tenir ces troupes prêtes soit à soutenir sa position, à suivre l'arrière-garde ennemie se repliant sur la Bohême. Il devenait difficile de compter sur les Palatins, qui avaient constamment refusé de passer le Danube; sur les Hessois, dont la conduite devenait chaque jour plus suspecte. Us ne tardèrent point à se démasquer. Un détachement ennemi ayant passé à vue de Wilshofen, le général du Ghaffaut, commandant dans cette ville pour l'électeur, donna ordre à la garnison hcssoise d'en sortir pour attaquer ce détachement; mais le colonel qui la commandait refusa d'obéir, alléguant qu'il n'avait point d'ordre d'agir offensivement; et, malgré les instances du comte de Donop, ministre de Hesse à Munich, qui lui objectait que les ordres précédents de rester sur la défensive n'avaient plus de raison

d'être, le général Brandt déclara que, sous quelque prétexte que ce fût, il ne partagerait point l'offensive avec les Bavarois, que, si les Autrichiens l'attaquaient, il saurait se défendre, mais qu'il ne ferait aucune démarche pour les chercher.

Il fallut hien se contenter de l'espoir d'un aussi faible secours; cependant la cour de Munich, qui avait résolu de faire abandonner Wilshofen, considérant que si la garnison, presque toute composée de Hessois, venait à être attaquée, leurs généraux se trouveraient forcés de marcher à son secours, et que si les Autrichiens ne faisaient aucun acte d'hostilité, ce poste, restant occupé, continuerait d'être d'un effet utile, en suspendit l'évacuation. M. de Donop confirma l'électeur dans cette résolution en lui communiquant une lettre du prince Guillaume, par laquelle, interprétant les ordres envoyés précédemment au général Brandt, il faisait connaître que son intention n'avait pas été de favoriser les opérations des Autrichiens, et qu'il voulait, au contraire, que ses troupes fussent employées à la défense de la Bavière et des possessions de l'électeur. Ces heureuses dispositions firent naître l'idée d'en profiler pour encourager les Hessois à soutenir Wilshofen.

Il n'était plus temps; les Autrichiens, s'étant présentés le 29 devant ce poste, et ayant sommé le commandant bavarois, qui refusa de se rendre, mirent le feu aux faubourgs. Les Hessois se retirèrent dans la ville, et avec une telle confusion que les croates y entrèrent avec eux, massacrant environ une centaine de soldats. Le reste de leurs troupes ni les Bavarois ne firent aucune résistance; toute la garnison mit bas les armes.

Les Hessois à Dingelfing et à Landau furent tellement effrayés de l'approche des Autrichiens, qu'ils évacuèrent ces postes et rompirent les ponts de l'Isar.

M. de ïorring se rendit, le 30, de Munich àLandshut, où il trouva le prince de Saxe-Hildburgshausen et le général Brandt, auquel il annonça l'intention où était le prince Guillaume que ses troupes fussent employées à la défense de la Bavière. Il conféra avec eux sur les moyens de prévenir les suites de la perte de Wilshofen, et l'on convint qu'il n'y avait d'autre parti à prendre que de garder risar, en plaçant les Hessois depuis l'embouchure de cette rivière dans le Danube jusqu'à Landshut et les Bavarois depuis cette place jusqu'à Munich, de manière à pouvoir les rassembler par

LliS GUERRES SOUS LOUIS XV.

les ponts de Moosburg, de Freysingen et de Munich. On résolut d'abandonner Reichenhall, Burckhausenet les autres postes deiaSalza, et de ne garder sur l'Inn que Rosenheim et Wasserburg, jugés nécessaires pour se défendre le plus longtemps possible. La plus grande difficulté était de soutenir Landshut, située sur la droite de risar et fort exposée. Après être convenu de ces premières dispositions, M. de Torring retourne à Munich. Il trouva la cour fort consternéedes événements passés à Wilshofen; elle croyait tout perdu et désespérait de voir encore longtemps l'électeur dans sa capitale. Ce prince, persuadé lui-même qu'il serait bientôt forcé de la quitter, renvoya d'avance vers le Lech la grosse artillerie de Munich et les gros équipages de l'armée pour les faire vivre des magasins de Landsberg et de Friedberg.

Comme la rigueur de la saison ne permettait pas de pousser plus loin la campagne, on ne pensa plus qu'à l'établissement des quartiers d'hiver. L'empereur communiqua au maréchal de Belle-Isle un projet de M. de Seckendorf remis avant son départ de Wilshofen, et suivant lequel les troupes impériales et hessoises devaient être placées le long de la Salza et de l'Inn depuis Reichenhall jusqu'à Wilshofen, les troupes du roi h la gauche du Danube derrière la Naab jusqu'à Amberg, et les Palatins aux environs d'Ingolstadt.

S. M. I. avait adopté ce projet parce qu'il tendait à garder une grande étendue de pays, et à embrasser toute la frontière de ses États; mais cetle même raison engageait M. de Belle-Isle à le combattre. Il représenta qu'en voulant tout conserver, on ne serait plus gardé dans un pays ouvert où l'ennemi tenait les postes importants; que l'objet principal devait être de procurer aux troupes les moyens de se rétablir, et non pas les exposer pendant l'hiver à des mouvements qui achèveraient de les détruire; qu'il fallait s'occuper essentiellement de la formation des magasins, et pourvoir au nécessaire pour se mettre en état d'ouvrir de bonne heure la cam[)agne par le siège d'Ingolstadt, qui donnerait un point d'appui en Bavière et assurerait la navigation du Danube. Le maréchal de Belle-Isle déclara en même temps à l'empereur l'intention du roi que ses troupes fussent placées le plus près du Lech et à portée de celles que le maréchal deCoigny, après le siège des châteaux de Fribourg, destinait à des quartiers en Souabe.

L'empereur ne put se refuser à l'évidence des avantages du plan

■de M. de Belle-Isle, el trouva bon qu'il s'entendît fi cet égard avec M.deSeckendorf; ce dernier se contenta de faire à son projet quelques changements, suivant lesquels les troupes du roi, au lieu d'aller occuper le haut Palatinat, seraient placées à la droite du Danube, les troupes palatines à la gauche de ce fleuve dans les environs d'ingolstadt, de manière à former le blocus de cette place, et les troupes impériales et hessoises en première ligne sur la Salza et l'Inn.

Ces dispositions arrêtées, les 14 E. de la cavalerie française quittèrent l'armée, le 28 novembre, pour se rendre, sous M. de Lussan, à Rain sur le Lech ; ils furent suivis, le 30, par 2 régiments d'infanterie de 4 B. (1), avec MM. de Sève et de Langeron. Toutes ces troupes étaient destinées à rejoindre l'armée de M. deCoigny; il ne devait rester pendant l'hiver à celle de l'empereur que les 16 B. et 8 E. des troupes allemandes au service du roi.

Le 2 décembre, l'armée se sépare à Wilshofen pour prendre ses quartiers : les Impériaux et les Hessois entre l'Inn, l'Isar et le Danube; les troupes françaises (16 B., 8 E.), et les Palatins, dans les environs d'ingolstadt. Un détachement des troupes du roi et un régiment de celles de l'empereur s'établissent à Amberg. MM. de Seckendorf et de Ségur se rendent à Munich.

L'armée ennemie s'établit entre le Danube, l'Inn et la Salza. M. de Bathiany part pour Vienne, laissant à JNI. de Bernklau le commandement de l'armée, qui, le même jour, est renforcée de 6 B. et 2 régiments de cuirassiers détachés de Bohême.

Tout marchait à souhait; l'empereur avait reconquis ses États et l'heureuse combinaison d'une attaque simultanée en Bohême semblait promettre entin des avantages" décisifs. « On devait tout attendre (2) en Bohême de la diversion du roi de Prusse; mais, par un de ces revers si fréquents dans cette guerre, le prince de Lorraine chassait alors les Prussiens de la Bohême comme il en avait fait retirer les Français en 1742 et en 17 43, et les Prussiens faisaient les mêmes fautes et les mêmes retraites qu'ils avaient reprochées aux armées

(1) Les 4 B. allèrent cantonner à Dillingen, Lawlngon, Gundelfingen el Leiplioii. Ils y arrivèrent excédés de fatigue par la longueur des marches, dont (]uel(|U('s- II nés de 8 à 10 lieues.

(2) Voltaire, Siècle de Louis AT.

françaises (19 novembre i74i); ils abandonnaient successivement tous les postes qui assurent Prague; enfin ils furent obligés d'abandonner Prague même, le 27 novembre. »

Aussi, dès le 3 décembre, M. de Belle-Isle écrivait-il à M. d'Argenson :

« J'adresse (1) à monsieur votre frère le détail de ce qui vient de se passer de la part des Prussiens dans l'abandon de la ville de Prague. Je ne répète point ici ce qui concerne l'empereur^ non plus que mes réflexions à ce sujet; ma principale attention a été de relever le courage de l'empereur et de son entourage. M. de Seckendorf, qui a trop d'expérience pour ne pas connaître la détestable position des quartiers qu'il a fait prendre aux troupes de l'armée impériale, n'aurait pas mieux demandé que d'abdiquer le commandement, menace qu'il a déjà commencée depuis plus de deux mois. Je suis bien d'avis que l'empereur ait un autre général pour la campagne prochaine; ce n'est pas chose facile que de le trouver, l'empereur y est toutaussi embarrassé. Il en est extrêmement occupé ; et je ferai toutes les tentatives possibles auprès du prince Guillaume, quoique avec peu d'espérance, et ensuite auprès du roi de Prusse. J'ai donc cru qu'il était nécessaire d'insister pour que M. de Seckendorf, qui est la véritable cause de la mauvaise situation, soit obligé de pourvoira tout. Nous nous sommes assemblés à plusieurs reprises tant en présence de l'empereur que chez moi. Nous avons supposé et prévu ce que pouvaient faire les Autrichiens avec plus ou moins de forces. 11 ne peut y avoir aucun inconvénient de préparer les magasins provisionnels destinés aux troupes à la gauche, à la droite et au centre, si l'on s'y trouve contraint, et je compte que ces premiers emplacements se feront aux frais du pays. Mais s'il en faut venir à rassembler les trois corps et rétrograder sur le Lech, il est impossible dans ce dernier cas que l'empereur ni la Bavière puissent subvenir aux magasins provisionnels à former en avant sur l'isar; et il n'y a pas assez de voitures, ni de moyens de former des convois en arrière sur le Lech : ce ne peut être que de la Souabe et à prix d'argent.

«LejuifBline a encore un assez grand approvisionnement de grains et farines qu'il aurait conservé pour la campagne prochaine.

(l)Le inarétlial de Bellc-Isle au coinle. d'Argcuson, Miuiicli, le 5 déceinlirc 1744.

Je vais voir aux moyens de déposer une partie des grains à Augsburg, Friedberg, Rain et Donauworth, à les faire convertir en farines; il n'en coûtera rien ou très peu, parce que toutes ces matières serviront ou seront même nécessaires pour la campagne prochaine. Il y a encore bien des raisons qui peuvent faire espérer que la cour de Vienne ne portera pas ses forces sur la Bavière. Il faudra redoubler d'activité pour mettre l'armée de l'empereur en état de pouvoir opérer encore plus tôt qu'on ne l'avait projeté; si, au contraire, les Autrichiens marchent sur le Danube, je crois qu'il est indispensable que nos troupes en Souabe se mettent en état d'appuyer et recevoir les troupes impériales sur le Lech, et de les y fortifier <le manière à faire tête à l'ennemi. Donauworth, le dépôt de toute l'artillerie et de toutes les autres munitions de guerre et de bouche, exige que l'on fasse tout pour le conserver, sans quoi il faudrait non seulement renoncer à la Bavière, mais aussi à faire la guerre sur le Danube. Voilà une des occasions qui renouvelle les regrets de ne s'être point emparé de la ville d'Ulm; cette place remédiait à tout; il n'y avait pas plus de difficultés que pour la ville de Cologne, qu'on s'était néanmoins déterminé d'occuper quoiqu'il y eut un obstacle de plus par son alliance particulière avec les Hollandais. » Et il ajoutait : « L'événement de l'évacuation de Prague, joint au passage de l'Elbe que le roi de Prusse a laissé faire aux Autrichiens, change tellement la face des affaires et la situation actuelle de l'empereur et de ses troupes que l'un et l'autre exigent des dispositions toutes différentes.

(i Vous examinerez la demande de l'empereur pour placer 15 B. et 40 E. dans le haut Palatinat, au lieu de les laisser en arrière en Souabe, quoique dans le fond je sente combien il est essentiel de ne pas perdre et la Bavière et l'armée impériale; ce qui entraînerait le discrédit total de l'empereur et de ses affaires, et donnerait une telle audace à la cour de Vienne et à ses partisans, dont le nombre s'accroît chaque jour, qu'il est fort à craindre que, dans l'indisposition générale qui règne dans les cercles et la fermentalion où est la diète de Francfort, il ne s'y prenne des partis qui augmenteront nos embarras. Le soutien des postes déjà occupés, et l'emplacement proposé, doit vraisemblablement arrêter l'ennemi, assurer le siège d'Ingolstadt. Il n'est pas douteux que les troupes ne soient à portée également de se rendre par un chemin

aussi court et plus commode sur Mayence, en se servant du Mayn; mais il y a tant de circonstances pour et contre que le ministre seul peut combiner.

(c Je laisserai toutes les mesures à prendre à MM. de Bavière, de Ségur et de Chavigny^ pour qu'ils en suivent l'exécution tant auprès de l'empereur et de M. de Seckendorf ; après quoi je crois n'avoir rien de plus pressé et de plus utile que de me rendre le plus tôt possible auprès du roi de Prusse. Je suis encore plus obligé que jamais de me détourner de près de 80 lieues pour éviter la Saxe ; M. de Seckendorf m'a dit que, quand même ce prince voudrait aujourd'hui faire un accommodement, il croyait être certain que la cour de Vienne n'en voudrait pas entendre parler, tant la haine, l'aigreur et l'acharnement est extrême ; et que c'est précisément parce qu'elle a actuellement de l'avantage sur le roi de Prusse qu'elle ne lui donnera point de relâche; c'est ce qui me fait espérer que le prince Charles ne fera point de ce côté-ci une aussi grande démonstration. J'informe de tout ceci le maréchal de Coigny avec lequel je suis jusqu'à présent dans une correspondance suivie. J'espère pouvoir partir d'ici le 8, et quoique je ne puisse rien avoir d'intéressant à vous mander pendant ma marche, qui sera de lo à 18 jours, en voyageant depuis la pointe du jour jusqu'à la nuit, je ne laisserai pas de vous écrire.

« Le courrier qui porte ce paquet est un de ceux de l'armée que je vous avais annoncés d'Augsburg.

« P. S. — Depuis ma lettre écrite, l'empereur nous a encore assemblés chez lui.

M. d'Argenson au tnaréchal de Belle-hle (1).

« S. M., après avoir pesé les différentes raisons alléguées par M. de Seckendorf pour faire avancer dans le haut Palatinat 15 B. et 40 E., a jugé que vos motifs de refus à cette proposition méritaient une entière déférence, et que ce mouvement sans objet causerait infailliblement la perte d'une partie considérable de nos troupes. S. M. sait, d'ailleurs, par expérience du passé, qu'un pareil corps ne serait pas suffisant pour se soutenir dans le haut Pa-

(1) Leltre du 17 décembre 174'i.

latinat, sans aucun poste forlifié, et n'ayant devant lui pour se couvrir qu'une rivière aussi peu considérable que la Naab, guéable en dilTérents endroits dans tous les temps de l'année. Dans ces circonstances, S. M. est fortement déterminée sur trois points capitaux dont elle ne veut pas se départir :

« 1° De ne pas faire remuer ses troupes sans une nécessité absolue; elle n'en voit aucune dans ce moment-ci, puisque le roi de Prusse, en se retirant de la Bohême et attirant le prince Charles du côté de la Silésie, éloigne de plus en plus les forces que l'empereur aurait à craindre. Son armée conserve actuellement la supériorité qu'elle avait sur le corps de Bathiany, et tous les mouvements que le prince Charles pourrait faire pour se rapprocher du Danube seraient plus aisés à prévenir, puisque nos troupes ne sont qu'à deux ou trois marches du Lech. Il aurait été à désirer que l'empereur ne se fût ni si fort avancé, ni si fort étendu; mais c'est une raison de plus pour le roi de s'occuper uniquement du rétablissement de ses troupes, afin de se mettre en état de donner, la campagne prochaine, à l'empereur des secours plus puissants, en cas que les Autrichiens portent directement leurs efforts sur lui. 2" S. M. est fermement résolue de soutenir l'empereur la campagne prochaine. Vous savez tous les efforts pour former à ce prince une armée puissante et plus forte même que le roi de Prusse n'avait osé l'espérer. Vous savez les mesures que nous prenons pour préparer le siège d'ingolstadt. Si la reine de Hongrie veut s'opposer à cette entreprise avec des forces supérieures, elle abandonne de nouveau la Bohême et la Moravie au roi de Prusse, elle se prive du secours des Saxons, qui ne laisseront pas leur pays en proie à leur ennemi. 3° S. M. est déterminée à ne pas séparer ses forces, pour quelque cause que ce soit. Le roi de Prusse connaît mieux ce principe que personne, et il ne doit pas être surpris que le roi ne veuille plus s'en écarter. Si S. M. se trouve dans la nécessité, pour l'intérêt de la cause commune, de faire marcher ses troupes au secours de la Bavière; elle y enverra un corps considérable, et tel qu'il ne pourra plus être question alors d'avoir une armée sur le bas Rhin, puisque le peu detroupes qu'on pourra tirer de celles aux ordres de MM. de Goigny et de Maillebois seront nécessaires pour renforcer l'armée qui doit agir du côté des Pays-Bas. Le roi de Prusse ne pourra pas se plaindre alors de ce qu'on ne satisfait pas le désir qu'il a lou-

jours eu de nous voir avancer sur le bas Rhin, puisque ce sera par son propre fait qu'il nous aura mis dans la nécessité de le faire; s'il s'était maintenu dans la Bohême, et s'il y avait occupé les principales forces de la reine de Hongrie, comme il s'en était flatté, l'empereur n'aurait pas besoin de secours, et nous serions en état de faire une puissante diversion du côté de l'Allemagne ; mais quand ce prince rentre dans ses États, que la reine de Hongrie rentre en possession de la Bohême, et que cette princesse a la liberté de toutes ses forces contre l'empereur, que peut-on exiger autre chose du roi que d'aller au secours de l'allié commun. S. M. regarde même aujourd'hui comme un bonheur de n'avoir pas laissé engager plus loin son armée sur le bas Rhin, comme elle l'avait d'abord fait espérer au roi de Prusse, puisqu'elle se serait trouvée par là plus éloignée de porter un secours que le roi de Prusse rendra peut-être nécessaire.

« Je n'oublieraijamais avec quelle force je vous ai entendu réunir toutes les raisons que vous-même aviez à opposer au roi de Prusse sur son entrée en Bohême, sur le temps précieux qu'il avait perdu après la prise de Prague, sur le peu de progrès qu'il avait fait en Moravie. Ce qu'il faut, c'est exciter les passions tant contre la reine de Hongrie que contre les Saxons et l'électeur de Hanovre, et enfin l'engagera faire une nouvelle irruption en Bohême au printemps prochain. De la part de S. M., elle ne changera point la position actuelle de ses troupes, disposées de façon à pouvoir se réunir et se porter de tel côté que le bien de la cause commune pourra l'exiger.

« Je vous ai touché un mot, dans l'apostille d'une de mes lettres précédentes, de la surprise où le roi a été des plaintes qu'on a voulu élever ici contre la démolition de Fribourg, A l'égard de l'artillerie, le roi ordonna qu'elle fût transportée en Alsace : i° parce qu'il ne convenait pas de la laisser dans une place démantelée; 2° parce qu'elle ne sera pas moins à portée en Alsace que dans le Brisgaw d'être utilement employée pour le service de l'empereur; 3° parce que le roi ayant fait préparer un attirail de siège destiné à passer en Bavière, S. M. donne par là un secours plus efficace à l'empereur.

« Lemaréchalde Çoignyvous aura sansdoute envoyé l'état de la distribution de ses troupes dans leurs quartiers, et vous aurez vu

que le côté de Constance n'a pas été oublié. J'ai mandé à M. de Ségur que le roi trouvait bon que M. de Crussol restât en Bavière sous ses ordres, en la place de M. de Lussan qui revient ici.

« M. de Sechelles a rendu compte ici de tout son travail, mais que M. le contrôleur général trouve un peu cher. Il se défend sur quelques articles dont je ne doute pas que M. de Sechelles ne vous instruise. Le principal est la levée des cinq nouveaux B. de l'empereur. On en doit parler demain au conseil. »

Investi du commandement par suite du départ de M. de Belle- Isle, M. de Ségur double la garnison de Reichertshofen. Du 15 au 21, M. de Bernklau traverse le Danube à Passau avec des troupes légères, occupe Grafenau, Schonberg, Hengersberg, remonte la rive gauche du Danube et, rejoint par des troupes réglées, s'avance vers Stadt-am-Hof, tandis que le 23 un corps de troupes se porte vers Burglengenfeld et Falkenstein et s'avance même jusqu'à Donaustauf et Stadt-am-Hof.

Cependant de Munich M. de Belle-Isle devait se rendre à Berlin pour y conférer avec Frédéric. Muni des pleins pouvoirs du roi de France et de l'empereur, le maréchal, venant deCassel parl'Eichsfeld (1), voyageait sans défiance avec son frère et toute sa suite, lorsqu'il fut arrêté par un bailli et des dragons hanovriens dans le bourg frontière d'Elbingerode. Cette suite nombreuse, composée de vingt-cinq personnes, fit supposer qu'il y avait parmi elles des ingénieurs et des officiers déguisés, chargés de reconnaître la route et d'examiner si elle serait un bon passage à l'armée.

Le maréchal de Belle-Isle écrivit immédiatement à M. le marquis deValori : « Vous serez sans doute informé que j'ai été arrêté hier soir à Elbingerode : ce qui ajoute à cette situation est la difficulté que m'a fait le bailli de garder avec moi deux de mes domestiques qui me sont le plus nécessaires, même mon chirurgien et un interprète. Vous savez les infirmités qui me font souffrir et m'obligent à des remèdes journaliers; l'on m'a fait marcher toute la nuit et l'on veut encore user de même, sans me laisser seulement le moyen de changer de linge, ni de reposer. J'ai offert de nouveau de donner ma parole ; je me reconnais prisonnier du roi d'Angleterre, aussi

(1) Territoire appartenant alors à l'électeur de Mayence et situé entre la Thuringe, la Hesso et le pays de Brunswick.

bien que mon frère, dont on m'a séparé hier avec violence. Je demande qu'on nous laisse rendre à Hanovre et y attendre les secours convenables à mon état. Je compte sur les marques d'amitié dont vous avez eu des preuves à Francfort.

« P. S. — L'on me promet de vous faire passer cette lettre. Veuillez obtenir les ordres pour obtenir la liberté à moi et à mon frère, qu'on accorde aux gens de notre état, quand ils ont donné leur parole. »

Sa route était signée du prince Guillaume, à Stadt-Halter du pays de Hesse : la régence d'Hanovre prétendit n'avoir point donné cet ordre ;'^cependant il paraît prouvé qu'elle avait posté des dragons hanovriens sur les confins de la Saxe pour l'arrêter quelque part où il passerait. Les sollicitations de M. de Valori furent vaines auprès duvroi de Prusse, bien que le maréchal lui fût envoyé par l'empereur. Le négociateur avait été arrêté par les ordres de George H et conduit en Angleterre comme prisonnier de guerre, au mépris du droit des gens. M. de Belle-Isle était seul capable de bien conduire la négociation, ayant la confiance du cabinet de Versailles, du roi de Prusse et de l'empereur. Jamais circonstance ne fut plus fatale à la cause commune que cette arrestation illégale. George ne voyait en lui qu'un ennemi personnel, qui l'avait contraint, en 1741, de donner sa voix à Charles VH, d'accepter la neutralité, tandis que le maréchal de Maillebois menaçait l'électorat de Hanovre. Prisonniers de guerre, les deux frères furent embarqués à Stadon pour le château de Windsor et n'eurent leur liberté qu'après la journée de Fontenoy.

Les opérations militaires continuaient. Pour marcher sur le roi de Prusse, le prince Charles avait détaché de la Bohême 10 B., 4 régiments de cavalerie et 1 de hussards, destinés à joindre le général Bernklau opérant dans le haut Palalinat de l'autre côté du Danube, ce qui obligea M. de Crussol d'abandonner Stadt-am-Hof et de se replier derrière l'A'ltmiihl, occupant Relheim, Neu-Essing, Riedenburg, Dielfurt, et laissant un détachement d'infanterie et de hussards à Hemau.

Vers la^fm du mois Tempereur envoyait ordre aux 4 B. français repartis en Souabe de se rapprocher de Donauworth, afin de seconder les troupes destinées à couvrir le haut Palatinat. Il faisait demander, en outre, au roi un nouveau secours de 15 B. et de 40 E.; on semblait peu disposé à le lui accorder; M. de Ségur se rendit alors

(27 décembre) à Munich pour se concerter avec lui. En effet, la situation des troupes bavaroises était aussi mauvaise que possible; son général, M. de Seckendorf, avait pris de tels quartiers d'hiver qu'une portion considérable de ses troupes étaitponssée jusque dans le pays de Salzbourg, alors que la partie principale du cours de rinn était au pouvoir des Autrichiens; position qui donnait k l'ennemi les moyens de passer celte rivière en force, de couper les Bavarois, de les battre partiellement sans leur laisser le temps de se rassembler. Il en fut ainsi dès la campagne précédente, l'empereur reçut toujours de fidèles avis, il n'en tint aucun compte, attendant l'arrivée à Munich du maréchal de Belle-Isle pour les discuter avec lui et savoir enfin si M. de Seckendorf étail un traître ou un ignorant (1).

M. de Ségur, qui n'avait pas la même autorité sur lui, discuta donc le plan qu'il proposait pour parer aux circonstances. L'empereur avait deux projets : l'un de porter sur la Naab un corps de troupes assez considérable pour chasser l'ennemi; l'autre de garder l'Altmuhl et la Wils depuis Relheim jusqu'à Amberg.

Au reste, voici l'exposé de toute celte alfaire à M. d'Argenson :

« Munich. 30 décembre 1744.

« Je me suis rendu ici le 27, sur une lettre de M. de Chavigny (2). Nous vîmes l'empereur dès le lendemain; je le trouvai, comme je l'avais bien prévu, fâché de ce que M. de Grussol avait été obligé de se replier pour se mettre dans l'Altmuhl avec 3 B. de Saxe et 2 de Royal-Bavière. Je dis à l'empereur que la retraite de M. de Grussol était nécessaire, à moins de vouloir risquer la perte de 2 B. de Saxe dans Stadt-am-Hof et Donaustauf, endroits ouverts de tous côtés; que lorsque M. de Belle-Isle avait consenti que l'on y portât ces 2 B., on n'avait jamais compté qu'ils pussent s'y soutenir; que l'on devait faire un pont à Donaustauf, et un autre au-dessus de Ratisbonne pour la retraite de ces 2 B.; que, la saison l'ayant empêché, ces 2 B. n'avaient plus de retraite que surKelheim; que

(1) Mémoires de Valori, t. I.

(2) M. de Ctiavigny, envoyé du roi près de la diète, arrivé à Francfort le 21 octobre 1743.

le général Bernklau étant entré dans le Wald avec des forces dont il avait poussé la plus grande partie à Mitterfeld et Falkenslein, qu'ayant de plus envoyé à Burglengenfeld des renforts, M. de Crussol n'avait plus de retraite , et qu'il avait suivi, en se retirant sur l'AItmuhl, l'avis de M. de Seckendorf par une lettre du 14.

« Ce qu'il y a de certain, c'est que si M. de Crussol ne s'était pas retiré le 24 à Hémau, oîi il a séjourné le 25, en 24 heures sa retraite pouvait lui ôtre coupée ; alors, les ennemis poussant des troupes sur Stadt-am-Hof, les 2 B. de Saxe étaient perdus.

« Après cette conversation, S. M. I. médit que, par des raisons politiques et militaires, il était nécessaire de faire absolument un mouvement, et qu'avec la plus grande partie de troupes françaises, les troupes palatines, 1 régiment de cavalerie, 1 régiment de dragons de ses troupes, 1 B. de ses gardes, il fallait me porter sur la Naab, ou occuper l'AItmuhl etlaSullz, et s'étendre par Neumarkt jusqu'à Amberg, afin de le soutenir et d'en conserver la communication.

ce Je répondis à l'empereur qu'il était certain que, dans la situation où nous étions, il fallait absolument faire un mouvement pour opposer une tête dans le haut Palalinat, conserver Amberg et empêcher la communication avec Ingolstadt, parce que lorsqu'ils seraient parvenus à se communiquer avec Ingolstadt, ils nous obligeraient à abandonner Donauworth, et par conséquent toute la Bavière; que j'étais tout près d'exécuter ce que S. M. m'ordonnerait et qu'il en imposerait beaucoup à l'ennemi, s'il réussissait; mais qu'il était sujet à de grands inconvénients; que les 13 B. et les 40 E. devaient au plus tôt arriver dans le hautPalatinat; que s'ils n'y venaient pas, non seulement les ennemis nous empêcheraient de nous soutenir sur la Naab, mais nous forceraient d'abandonner la Bavière; et qu'il n'y avait point d'extrémité à laquelle il ne se portât plutôt que de prendre un tel parti. Je lui parlai de la subsistance des- troupes pendant leur marche; S. M. me répondit qu'il n'y avait qu'à voir combien il faudrait d'argent pour faire subsister les troupes, qu'il assurerait leur subsistance par le pays, et donnerait tout pour trouver cet argent.

« Cette conversation entre S. M. J., M. de Chavigny et moi dura encore longtemps, et l'empereur finit par nous dire que je n'avais qu'à travailler avec M. de Mortaigne pour le mouvement des troupes sur la Naab et sur l'AItmuhl ; qu'il nous donnait rendez-vous le

SUCCESSION D'AUTRICHK. — BAVIÈRE (1744). 459

lendemain matin à 10 heures et demie avec le maréchal de Tôrring et M. de Mortaigne; qu'il se déciderait.

« J'ai omis de vous dire, Monsieur, que j'avais vu M. de Mortaigne chez M. de Chavigny avant d'aller chez l'empereur. Nous travaillâmes ensemble l'après-midi et avec M. de la Touche, que j'avais amené avec moi, nous fîmes l'arrangement pour porter les troupes sur l'AItmuhl, la Sulz et les places depuis Relbeim jusqu'à Amberg.

« Le lendemain nous fûmes chez l'empereur. Ce prince nous fit entrer dans son cabinet, et le maréchal de Tôrring lui lut le projet d'emplacement sur l'Altmuhl, la Sulz, et pour communiquer jusqu'à Amberg. L'électeur palatin lui avait écrit fortement sur sa crainte que, l'ennemi se rendant maître du haut Palatinat, les biens qu'il avait dans cette partie-là seraient encore ravagés. Comme il n'y avait pas à douter de l'envoi des 45 B. et 40 E., il fallait marcher sur la Naab avec ce que nous avions à y porter présentement, soutenu par les troupes qui allaient venir de France. A quoi je répondis que, j'attendais des ordres par écrit; mais que je lui représenterais que sachant positivement le secours du général Thungen se portant sur la Naab, nous courrions risque d'y trouver le secours arrivé; et comme les troupes ne pouvaient marcher que par différentes routes pour arriver sur la Naab, si les ennemis nous prenaient au milieu de ce mouvement, nous serions obligés de nous retirer en désordre derrière l'Altmuhl; tandis que, nous portant d'abord sur l'Altmuhl et la Sulz, nous pourrions avoir le temps de nous placer selon notre projet, M. de Mortaigne et moi; enfin S. M. se rendit à nos raisons.

« J'envoie au maréchal de Coigny les lieux où doivent se porter, en arrivant dans le haut Palatinat, les 15 B. et les 40 E. français, afin que les officiers généraux ou l'ofticier général qui les conduira puisse donner à chaque division les endroits où chaque B. doit se poster; et le prie de m'envoyer une route de chaque division.

« Pour le mouvement projeté, n'ayant pas assez de troupes sans lever le blocus d'Ingolstadt sur la rive droite du Danube, l'empereur dit à M. de Langeron de partir de Lauwingen, Gundelfing et Hochtett avec les 4 B. français pour occuper Donauworth, Rain, Schrobenhausen, Reichershofen et Geisenfeld. J'aurai attention de placer les autres B. qui viendront de France à portée pour se rendre aux lieux qui leur sont destinés dans la campagne prochaine.

(i Vous sentirez, et j'espère que le roi le verra de même, que ma besogne est très difficile; les nouvelles assurent le secours venant de Bohême actuellement arrivé sur les confins du haut Palatinat; ce qui a déterminé l'empereur ce matin à donner l'ordre pour qu'un B. palatin aille au plus vite se jeter dans Amberg, afin de le conserver; car si les ennemis prenaient celle ville, nous aurions bien de la peine à nous établir dans le haut Palatinat. Le peu de troupes que je mène sur l'Altmuhl et sur la Sulz ne peuvent y être toutes arrivées que le il janvier. Pour assurer cette position de l'Altmuhl, l'empereur voulait y porter 16 B., 13 E., 400 hussards et les disposer ainsi : 1 B. à Kelheim, Essing, Riedenburg et environs; la Marck et Royal-Bavière à Beilngries, Dietfurt; Royal -Suédois à Berching, Saxe à Neumarkt , Palatins à Kastel; à Amberg, 2 B. ; la cavalerie (3 E. Hohenzoller) depuis Amberg jusqu'à Kastel; 3 E. palatins de Kastel à Neumarkt, 3 E. palatins de Beilngries jusqu'à Kelheim, plus des hussards à Amberg. Pour protéger le fianc du côté du Danube, il plaçait! B. dans Donauworth, Rain et Schrobenhausen, Reichertshofen, Geisenfeld, Neuburg, Neustadt, Abach et environs, Vohburg et environs; de plus, des hussards à Abach, à Reichertshofen, Neumarkt. MM. de Ségur et de Crussol iraient à Newmarkt, M. de Rupelmonde à Kelheim, le prince de Deux-Ponts et M. de Holstein à Almannstein, M. de Danois à Amberg. »

SUCCESSIOx^ IVAUTRICHK. — BA^VIÈRK (1745). 461

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