CHAPITRE IIL
Succession d'Autriche. — Bavière (1741).
Septembre, l^'' au 10. Rassemblement des troupes bavaroises à Scharding. — 5 au 12. Corps détaché dans le haut Palatinat sous le général Minutzi. — Les Bavarois à Willibald. — Arrivée des premières divisions des troupes françaises à Donauworth; l'infanterie se rend en Autriche. — 13. L'armée de l'électeur à Efferding. — Les troupes autrichiennes évacuent Linz. — 14. A Linz, l'armée de l'électeur est jointe par les deux premières divisions des troupes du roi. L'électeur proclamé, à Linz, archiduc d'Autriche. — M. de Gassion rejoint par la brigade d'Anjou, aux ordres de M. deXimenès, venant de Donauworth. — 20. Les dernières divisions de l'infanterie française arrivent à Linz et se réunissent aux troupes de l'électeur. — Toute l'armée marche à Ennsle 23. — L'électeur, maître de la haute Autriche et des positions à l'entrée des montagnes de Styrie. — A l'approche de nos troupes, l'ennemi se retire sur Vienne : le prince de Lobkowitz évacue la Bohême, et M. de Neuperg cherche les moyens d'échapper au roi de Prusse pour accourir à la défense de cette capitale. — La reine de Hongrie à Presbourg, où elle convoque les états. — Le corps destiné à la défense du haut Palatinat, sous MM. de Minutzi et de Xi menés, entre en Bohème. — La cavalerie, aux ordres du comte de Saxe, ayan t joint l'armée à Enns le 29, l'électeur de Bavière se décide à se porter en avant. — M. Schmettau, ministre de Frédéric, engage M. de Belle-Isle àfaire marcher l'armée sur Vienne. — 22. La moitié de l'armée de l'électeur campe sous Enns. — L'armée ennemie abandonne Enns, se retire à Krems et à Saint-Polten. — 23. L'électeur à Enns avec le reste de son armée, occupe Steyer. M. le comte de Saxe chasse d'Ips les hussards autrichiens. — 29. La tète de la cavalerie de France joint l'armée à Enns. — ■ 30-31. Assemblée d'un corps autrichien à Pilsen, en Bohême, sous les ordres du prince de Lobkowitz.
Octobre. 1"'' au 12. AErlap. Arrivée successive des troupes françaises. — 4. L'armée de l'électeur campe à Strengberg. — 15. A CIoster-Erlap. ^ 6. Ips. — 10. M. de Palfy aux environs de Saint-Polten. — 12. M. deMortagne s'empare de Saint-Polten. —
13. M. de Palfy fait attaquer M. de Mortagne près Saint-Polten, est repoussé. —
14. M. de Mortagne rejoint] psr M. d'Aubigné. La moitié de l'armée à Erlap. M. de Gassion à Amberg. — 15. La 1™ division à Molk. — 16. La 2' division joint la fe à Molk. — 17-18. M. de Mortagne i chasse l'ennemi de Mautern. — M. du Brocard part de Linz, se rend à Budweis. — is. M. de Gassion fait partir des troupes sous M. deFiennes pour joindre M. de Minutzi à Waidhau sen. Le maréchal de Neuperg prend le commandement de l'armée autrichienne .
— 19. Les Bavarois se séparent des troupes françaises. — 20. L'armée française à Printzerhorf. Les troupes envoyées par M. de Gassion arrivent à Waidhausen. Toute l'armée à Amberg. — MM de Minutzi et de Ximenès entrent en Bohême.
— 23, M. de Gassion se rend à Waidhausen.
SUCCESSION D'AUTRICHE. — BWIÈRE (1741). 57
ARMÉES DE LA FRANCE PENDANT LA GUERRE DE LA SUCCESSION d'AUTRICHE.
1741. Bavière, Bohème, Flandre, Italie.
1742. Bavière et Bohême , Bavière, Flandre, Italie.
1743. Bavière, Bohême, Allemagne, Rhin, bas Rhin, Alsace, Flandre, Italie.
1744. Bavière, Allemagne, bas Rhin, la Lahn, Mayn, Neckar, Sarre, Rhin, Moselle, Flandre, Italie.
1745. Bavière, Allemagne, Rhin, Mayn, Neckar, haut Rhin, Flandre, Italie.
1746. Allemagne, Rhin, Sarre, Moselle, Meuse, Flandre, Italie.
1747. Allemagne, Flandre, Italie.
1748. Allemagne, Flandre.
1749. Flandre.
L'armée française (1) destinée à appuyer sur le Danube les troupes de l'électeur de Bavière, commence à se rassembler en Alsace dans les premiers jours du mois d'août.
Le maréchal de Belle-Isle devait commander en chef cette armée, forte d'environ 40,000 hommes^ tout en étant subordonné lui-même à l'électeur de Bavière, auquel le roi avait par lettres patentes adressé le pouvoir suivant, pour bien exprimer que dans la guerre que nous allions entreprendre notre seul but était de soutenir les intérêts de ce prince, sans poursuivre aucune ambition personnelle :
« Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre. A tous ceux qui ces présentes verront, salut.
« Notre très haut et très aimé frère et cousin l'électeur de
(1) État major général de l'armée : M. de Mortaigne, maréchal général des logis.
Aides : MM. de Beausobre, de Baye, du Plessis, de Robert, de la Borde.
M. de Champigny, major général de l'infanterie.
Aides ■■ MM. Dastier, de la Tour, de Guittot.
M. de Fouquet, maréchal général des logis de la cava lerie.
i4Jdes : MM.de Montmort, d'Autanne, de Ségur, de Curzay.
M. de Séchelles (*), intendant général. M. Pavé, directeur des vivres.
(') De SéclK'lles (Jean Moreau), né à Paris le 6 mai 1690, conseiller au parlement, maître des requêtes en 1719. Intendant de l'armée en Bohême, en Bavière; puis de celle de Flandre. Contrôleur général des finances le 30 juillet 175ft. Ministre en janvier 1755 ;'mort le 31 décembre 1760. Nommé pour fournir des subsistances aux Saxons dans la campagne de 17li2, il répondit : « Je ferai l'impossible possible; » sentence qui devrait être écrite enj lettres d'or sur la porte du bureau de tous les intendants.
Bavière nous ayant requis de lui accorder les secours nécessaires pour se mettre à couvert des insultes qu'il pourrait craindre, et en état de faire valoir les droits de sa maison : Nous nous sommes portés d'autant plus volontiers à faire passer dans ses États une armée auxiliaire. Pour ces causes nous constituons par ces présentes, signées de notre main, notre cousin l'électeur de Bavière lieutenant général, représentant notre personne en notre armée d'Allemagne, avec plein pouvoir et autorité à toutes les troupes. Donnons en mandement à nos lieutenants généraux qui serviront en ladite armée , et à tous nos maréchaux de camp, brigadiers, tant de cavalerie et dragons, que d'infanterie, colonels, mestres de camp et autres officiers d'artillerie, des vivres ou commis à l'exercice de leurs charges, capitaines, chefs et conducteurs de nos gens de guerre, tant de cheval que de pied, français et étrangers, et autres officiers et sujets qu'il appartiendra, de le reconnaître et de lui obéir. »
Le commandement effectif de cette armée, qui devait prendre plus tard le nom d'ARMÉE de Bohême, fut remis provisoirement au plus ancien [lieutenant général, M. de Leuville, M. de Belle- Isle étant alors à Francfort retenu par les affaires diplomatiques et l'électeur à Munich occupé à rassembler ses propres troupes.
En dehors de M. de Leuville, et des officiers généraux employés, se trouvait : l'infanterie sous les ordres supérieurs de M. de Leuville, la cavalerie sous ceux de M. de Glermont-Tonnerre, les dragons sous M. de Chevreuse, l'artillerie sous M. du Brocard.
Telle était la composition générale de l'armée qui allait partir d'Alsace. Mais une portion seulement devait se mettre en mouvement d'abord avec M. de Leuville pour joindre l'électeur de Bavière sur le Danube; le reste, sous M. de Gassion, destiné à se jeter sur la Bohême, devait attendre de l'autre côté du Rhin le moment opportun pour s'élancer à son tour à travers l'Allemagne.
Ce deuxième corps, 20 B. et 44 E,, sorte de réserve, ne s'assertibla que vers la fin du mois d'août et le commencement de septembre.
Le corps de M. de Leuville ne comprenait pas moins de 25 B., 54 E,, 3 B, d'artillerie et 7 compagnies franches. Tous les régiments
qui le composaient s'étaient rendus entre Strasbourg et Landau vers le 10 août; ils devaient marcher en avant aussitôt que seraient achevés les ponts nécessaires pour déboucher sur la rive droite du Rhin. On s'occupa sans délai de cette construction, l'un à Fort- Louis, l'autre à Schreck, près de Rheinzabern.
Le maréchal de Broglie et M. de Brou, chargés en leur qualité de gouverneur et d'intendant d'Alsace d'assurer le passage de l'armée, déployèrent une activité remarquable dans l'accomplissement de leur mission; grâce à eux, le 14 août le pont de Fort- Louis était achevé, et la chaussée qui y donnait accès par l'île du Marquisat entièrement réparée. Dès le lendemain l'infanterie, au passage de laquelle ce pont avait été affecté et qui s'était massée la veille dans les environs, commença son mouvement. Ses 4 divisions y passèrent successivement à deux jours d'intervalle l'une de l'autre, et prirent de là leur route sur Donauworth en Bavière, où s'opérait la concentration générale.
La division de M. de Leuville (1), la première, partie le 13 août, montre la route aux autres, quitte Rastadt, remonte le 16 à Ettlingen et, après un séjour de deux jours à EUmendingen, quitte la vallée du Rhin, pour arriver le 19 à Pforzheim, sur l'Enz, affluent du Neckar qu'elle passe le 23 à Kannstadt, les 20, 21 et 22 par Heimsheim et Ditzingen, où l'on séjourne. Prenant alors la route que suit à présent le chemin de fer de Kannstadt à Aalen par Gross-Hippach, Schorndorf, Lorch, Gmiind, Mogglingen et Aalen, elle la parcourt en huit jours, quitte la dernière ville le 31 août, et arrive le 5 septembre à Donauworth par la route de Bopfmgen, Nordlingen et Meckingen.
La division de M. d'Aubigné (2) part le 17 août de Fort-Louis,
(1) M. de Leuville {*), lieutenant général; MM. de Ximenès et Bérenger, maréchaux de camp, à la tête de 6. B. d'infanterie (Navarre, 4; Beauce. I; Vexin, 1).
(2) Composée de 6 B. d'infanterie (la Marine, 4; Penthièvre, 2) et de 2 E. (Rallsksyhussards); avec M. d'Aubigné, lieutenant général; milord Clare, maréchal decami», et M. de Charron, brigadier.
(*) De Leuville (Louis-Thomas du Bols do Fiennes, marquis), né le 24 septembre 16G8. Counu d'abord sous le nom de marquis de Tiivry. Page du roi en 1085, mousquetaire en 1088. En 1700 commando lo régimont d'infantorie de son nom. Maréchal de camp lo 8 mars 171s. Rieutenant général le 22 d<!'cembre 1731. A l'armée de Bavière 17fil, détaché au mois de mars 17£i2 pour le siège d'Egra, est tué devant cette place le 3 avril.
celle de M. de la Fare (1) le 19, et celle de M. de Curton le 21 (2). Elles suivent la même route que la colonne de M. de Leuville et arrivent à Donauworth les 7, 9 et H septembre.
Tandis que s'effectuait ainsi le passage des -4 divisions d'infanteriC;, la cavalerie, qui comprenait 2 divisions, passait le fleuve un peu en aval de Fort-Louis.
La division du comte de Saxe (3) se concentre le 18 août entre Lauterbourget Rheinzabern, franchit le pont de Schreck le 19 août; les pluies avaient fait déborder le fleuve, retardé les travaux du pont, une vaste inondationencouvraitles abords ; en outre, le danger était encore augmenté par l'impétuosité du courant qui disjoignait sans cesse les bateaux et nécessitait des travaux de réparation constants. Maurice de Saxe faillit y périr avec une partie de ses troupes. Cependant il arriva heureusement sur l'autre rive, le 20 à Graben, le 21 à Bruchsal, le 22 à Gondelsheim, où l'on resta le 23 pour se diriger en trois étapes par Knittlingen et Illingen sur Bietigheim, où passe l'Eiiz, qui va se joindre au Neckar un peu au dessous. On y séjourne le 27, et le fleuve traversé par Steinheim et Oppenweiler, on se dirige sur Murrhardt, d'où l'on suit la rivière de Murr, affluent de droite du Neckar, par Gaildorf et Sontheim jusqu'à Krailsheim; on quitte le 4 septembre pour arriver le 7 à Donauworth, ayant pris la route par Dinkelsbiihl, Wittelshofen, Ottingen et AUerheim.
La 1^ division de cavalerie (M. de Ségur) (4)'devait franchir le
(1) M. de la Fare, lieutenant général d'infanterie delà 3« division, a 6 B.(Touraine, Royal-Vaisseaux) et 2 E. (Pons-cavalerie); maréchaux de camp, le duc de Luxembourg, et le marquis de Mirepoix.
(2) M. de Curton, lieutenant général, a 6 B. (Anjou, 3; Rochechouart, 2; Alsace, 1; 3 d'artillerie (Labory), et 2 E. (Lévis-cavalerie) ; le duc de Boufflers et le marquis de Marcieu, maréchaux de camp; M. de Brocard, commandant d'artillerie.
(3) Elle était de 2G E. (Carabiniers, 10; Orléans ,3; le Roi , 3; du Rumain , 2 ; Dragons, Mestre-de-camp et Dauphin, 8), et de 4 compagnies franches (de Pauly, de Bock, de la Haye, du Chemin, avec les mineurs de Rochefort et les ouvriers de Chevreau). M. de Saxe avait pour maréchal de camp, M. d'Estrées ; pour aide-maréchal des logis de cavalerie, M. de Montmort ; pour aide-major général, M. de Robert.
( 'i) M. de Ségur (*), lieutenant général; maréchaux de camp, MM. du Châtel, de Berchiny, deTresmes. Sa division était de 22 E. (Colonel-général, 3; Royal-Allemand, 3>
(*) 21 août \lk\. — Comte de Ségur à M. de Breteuil. « Je partis avec les troupes et laissai
pont de Schreck le 21 août; mais l'inondation, qui depuis le passage du comte de Saxe n'avait fait qu'augmenter, rendit cette fois l'entreprise absolument impossible, de sorte que M. de Ségur se trouva forcé de se rabattre sur Fort-Louis, oh il effectua le passage du fleuve avec ses 22 E. Il remonta ensuite vers le nord, traversa Sollingen, Rastadt et Mulhberg, et gagna Bruchsal oii il reprit son itinéraire et sa route sur Donauworth, à la suite de la division de Saxe.
Les 4 divisions d'infanterie échelonnées formant la colonne de droite, et les deux divisions de cavalerie celle de gauche, traversèrent parallèlement la Souabe. Elles observèrent sur leur route la discipline la plus rigide, à laquelle nos ennemis euxmêmes ont rendu hommage. Elles étaient d'ailleurs munies de bons de réquisition que l'électeur de Bavière, en sa qualité de commissaire de l'Empire, leur avait délivrés d'avance, et sur le vu desquels les habitants s'empressaient de leur fournir les vivres et les fourrages nécessaires.
(( Je suis, écrivait le comte de Saxe (1), en pleine marche vers la Bavière, nous tenons le plus grand ordre qu'on puisse tenir; le pays en est surpris et les Français eux-mêmes en sont étonnés. Vous verrez par mes plans que, s'il prend fantaisie à l'électeur de Bavière, avant que nous arrivions à Donauworth, d'interrompre notre marche à la hauteur de Dinkelsbuhl, nous allons droit sur le passage d'Egra en Bohême. C'est des trois passages par lesquels on peut entrer en Bohême le plus facile. Les princes de Sulzbach, et le fils du duc Ferdinand de Bavière, sont venus hier au camp de Bruchsal. Toute mon armée a défilé devant eux, pendant quatre lieues, par un beau soleil. Je les avais fait mettre en buffles; c'est l'élite de la cavalerie française, et cela faisait une belle parade, canons, pontons, équipages; ils sont retournés à Schwatzingen rejoindre l'électeur palatin, très contents. »
la Reine, 3; ;Royal, 3; Penthièvre, ?.; Vogué, 2; Berchiny-hussards, 2; Arinenonville-dragons, 4), et de 3 compagnies franches (Jacob , Galhau, la Harte). (1) Lettre au comte de Briilil, du camp de Gondelslieira (24 août).
M. de Beuvron, brigadier, avec les dragons d'Armenonville et les hussards Berchiny, pour escorter les vivres et bagages. Ce nombre de troupes était nécessaire, afin d'être le maître de contenir tous les valets des équipages dans une marche qui devait Être longue. »
Pendant que le corps d'armée qui devait opérer sous M. de Leuville avec les Bavarois se portait ainsi sur Donauworth, et que le corps de M. de Gassion s'assemblait en Alsace, la deuxième armée (1), dont M. de Belle-Isle avait demandé le concours indirect pour appuyer nos négociations, se réunissait dans les Ardennes. Placée sous M. le maréchal de Maillebois, elle devait se rendre en Westphalie avec mission de contenir le roi d'Angleterre, électeur de Hanovre, d'intimider les Hollandais, de protéger les électeurs de Cologne et palatin, et d'exercer une pression sur les électeurs de Trêves et de Mayence pour les amener à donner, lors de l'élection impériale, leurs voix à l'électeur de Bavière, protégé de la France.
A la fin d'août, cette armée, dite armée de Westphalie, se réunissait à Sedan et à^Givet, en deux corps : l'un celui de Sedan de 13 B. et 45 E. ; l'autre celui de Givet, de 28 B. et 30 E. Chacun de ces corps en deux divisions se mirent successivement en marche à trois jours d'intervalle et prirent toutes la direction de Modave, oii elles', se réunirent deux à deux et d'où elles continuèrent ainsi accouplées leur route sur Dusseldorf.
La division de M. d'Épinay (2) quitta Sedan le 28 août , et en huitjours, par Bouillon, Fays-les-Veneurs, Libramont, Saint-Hubert, Rochefort et Château-de-Ry, rejoignit à Petit-Modave la division de M. de Balincourt (3), qui y arrivait de Givet après quatre étapes
(1) État-major de l'armée de Westphalie : M. de Sallières, maréchal de camp, maréchal général des logis. Aides : MM. de Crémilles, Diicé, de Maillebois.
M. du Roure, major général de l'infanterie. Aides : MM. de Villesergne, Gayou , de Bréauté, de Bonn, de Chauvelin.
M. de Montai, maréchal général des logis de la cavalerie. Aides : MM. de Maillae, de la Neuville, de la Touche.
M. de Bissy, commandant de la cavalerie et commissaire général. M. Préal, capitaine des gardes.
(2) V division : MM. d'Épinay, de Lutteaux, de Phelippes, lieutenants généraux; MM. de Brézé, de Maulevrier, de Contades, maréchaux de camp, 7 B. (Montmorin, 2; la Couronne, 3; Beauvoisis, 1 ; Périgord, 1). 17 E. (Royal-Étranger, 3; Condé, 3; Bourbon, 3; Orléans et laSuze, dragons, 8).
(3) La 2e division était de 14 B. (Champagne, 3; Poitou, 3; Artois, Rouergue, Bourgogne, Puyguyon, Provence, Biron, Blaisois, Valenceau-arlillerie, 1 B. chacun), et de 22 E. (Rosen, 3; Dauphin, 3; Berry, 3 ; Bretagne, 3; Aumont, 2; Vibraye et Nicolaï, dragons, 8). — MM.de Balincourt, de Clerinont, de Vaudrey, lieutenants généraux; MM. de Putanges et de Saint-Vallier, maréchaux de camp.
parAnseremme, Celle et Hubinne. Les deux divisions réunies parties le ode Neuville-en-Coudroz arrivèrent à Neuss le 16 septembre par Cheneux, Melin, Burtscheid, Laurensberg, Broich et EUsen, avec repos tous les trois jours. Ces routes, sans changement autre que celui de Grand-Modave, furent tenues avec les mêmes arrêts et le séjour aux mêmes endroits (Saint-Hubert, Grand-Modave^ Cheneux, Burtscheid et Broich) par les deux divisions de M. de Louvigny et du Montai (1), qui prirent, l'un la route de M. d'Epinay, et le second celle de M. de Bahncourt.
Le 19 septembre, l'armée entière de M. le maréchal deMaillebois se trouvait ainsi réunie sur le cours inférieur du Rhin. On ne jugea pas à propos de l'engager plus avant en ce moment, et elle resta provisoirement sur la rive gauche du fleuve dans les États de l'électeur de Cologne , pour y attendre le résultat des négociations que M. de Bussy, notre ambassadeur près de la cour de Hanovre, avait entamées avec le roi d'Angleterre, en vue de l'amener à proclamer sa neutralité dans la guerre actuelle. En conséquence, nos troupes s'établirent sous la tente le long du Rhin, la droite au village d'Holzheim, la gauche appuyée à la ville de Neuss, oi!i s'installa le quartier général de l'armée.
Pendant que l'armée de Westphalie s'acheminait ainsi sur la route de Hanovre, l'armée de Bohême arrivait à Donauworth. La division de M. de Leuville y avait paru le 5 septembre, les autres divisions d'infanterie les 7,9 et 11 du même mois.
Informé de l'approche de ses alliés, qui, pour le rejoindre plus rapidement devaient s'embarquer sur le Danube, et après avoir détaché de son armée un petit corps de 5 B. et 800 chevaux (2), partis de Passau le 5 septembre, sous les ordres de M. de Minutzi, pour occuper le haut Palatinat et surveiller les débouchés de la Bohême, l'électeur de Bavière franchit aussitôt l'Inn avec le reste
(l)Ces deux divisions comprenaient ensemble 20 B. (Vermandois, Royal-Comtois, Guyenne, Angoumois, Ponthieu, Santerre, 1 B. chacun; Bourbonnais, Marsan, Lyonnais, 3; Limousin et Saxe, 2; Guise, 1); 28 E. (gendarmerie 8 E.; lloyal- Roussiilon, Conti, Saint-Aignan, Fitz-James, Royal-Piémont, Dauphin-Étranger, 3 chacun; Barbançon, 2), et 8 E. de dragons (Colonel- général et la Reine, i chacun).
(2) Régiment du Duc-Clément, 3 B.; régiment du Prince-Électoral, 2 B.; régiment de cavalerie de Costa, 5 E.
des troupes composé de 4 régiments d'infanterie et 4 de cavalerie (1), et envahit sans coup férir la haute Autriche, pays ouvert et où la meilleure place n'avait pas de fossés. Son armée campe le 11 septembre à Willibald, le 12 à Penzig, le 13 à Efferding, et le 14 elle entrait dans Linz, la capitale de la province, sans défense depuis la retraite de M. de Palfy, obligé de céder devant des forces supérieures. L'électeur, à peine maître de la ville, s'empresse de publier le manifeste pour affirmer ses droits à la succession du défunt empereur.
Les pays autrichiens relevaient des ducs de Bavière ; au décès de Frédéric le Belliqueux, duc d'Autriche, mort sanspostérité, Rodolphe de Hapsbourg, élu empereur grâce à Louis le Sévère, duc de Bavière, les ducs de Bavière pouvaient espérer rentrer dans leur patrimoine ; il n'en fut rien, et Rodolphe en investit ses fils, en éloignant encore les ducs des donations de Conradin de Souabe. Ils auraient pu recourir à la force , mais l'Empereur était trop puissant; ils durent se contenter de protester en pleine diète.
Ferdinand P'', devenu par arrangement avec Charles-Quint empereur d'Allemagne, pour consolider la puissance de sa maison fit en 1543 et 1547 un testament où il déclarait qu'à défaut d'héritier mâle, sa succession passerait à sa fille aînée Anne, femme d'Albert V de Bavière, et mère de Guillaume V, trisaïeul de l'électeur actuel. Aussi la Bavière, qui avait intérêt au maintien de ces dispositions, redoubla-t-elle d'attachement pour l'Autriche et lui prêta appui en diverses circonstances. Cependant, malgré ces services, Charles VI fit une déclaration, prétendue pragmatique sanction, dans laquelle, intervertissant l'ordre établi par Ferdinand I", il déclarait que sa succession, à défaut d'héritiers mâles, passerait par ordre de primogéniture aux archiduchesses Joséphines, puis aux archiduchesses Léopoldines. Comme il pressentait que la Bavière ne pouvait accepter cette solution, il chercha des garants et surprit les puissances en affirmant que sa pragmatique sanction avait été concertée par ses prédécesseurs et acceptée par lui ; qu'elle ne renfermait rien qui ne fût conforme aux anciens privilèges; que les électeurs de Saxe et de Bavière
(1) Les Gardes, 3 B. ; Minutzi, 3; Morawiski, 3; Holstein, 3; Torring, 5 E. ; Rayinon, 5; Hockensoler et Piosac (dragons), 3 chacun.
intéressés à l'attaquer l'avaient reconnue et qu'elle ne portait préjudice à personne, ce qui était faux, puisque Léopold, Joseph et Charles ne pouvaient agir contre des dispositions antérieures. L'électeur s'est d'ailleurs empressé de présenter à la diète un votum pour sauvegarder ses droits. Pour plus de sûreté, il demanda à Vienne communication du testament de Ferdinand F'', et le roi de France voulut bien s'entremettre en sa faveur; mais il ne put l'obtenir.
L'électeur de Saxe, à ce moment oii le partage allait s'ouvrir, ne voulut pas rester en arrière, et presque en même temps que l'électeur de Bavière il fit paraître son manifeste. C'est par amour de la paix, et dans l'espoir que les différends survenus au sujet de la succession de Charles VI seraient terminés à l'amiable, qu'il n'a pas fait valoir plus tôt les droits de sa femme, fille aînée de l'empereur Joseph. Par la même raison il ne s'esi point opposé à la prise de possession par Marie-Thérèse des États de Charles VL Mais la pragmatique sanction ayant été enfreinte par la collation faite au duc de Lorraine de la co-régence des États héréditaires, il croit devoir démontrer la nullité de cet acte. Par un pacte de famille passé en 1703, entre l'empereur Léopold et ses deux fils Joseph et Charles, la question a été définitivement réglée et en faveur de la reine de Pologne, électrice de Saxe, fille aînée de Joseph, et ensuite de l'électrice de Bavière sa sœur; ce pacte est inattaquable, car c'est une disposition d'un père; les deux frères s'y sont soumis, Joseph a renoncé à l'empire en faveur de Charles, qui à son tour a promis, au cas où il n'aurait que des filles, de leur préférer celles de Joseph, ce qui était juste puisqu'il était le puîné. De plus l'Empereur et ses fils avaient droit d'agir ainsi puisque, aucun privilège précédent ne les gênant, ils pouvaient disposer de la Bohême et de la Hongrie, provinces acquises par la guerre, et qu'enfin la succession ainsi ordonnée a été le seul motif de la cession de l'Espagne faite au profit de Charles.
Malgré cette disposition si sage, l'empereur Charles, aveuglé par l'amour paternel, crut devoir la modifier par la pragmatique sanction, en établissant que ses filles seraient ses héritières et parviendraient à la succession avant celles de Joseph. Sentant ce qu'il y avait de défectueux dans cette déclaration, et les archiduchesses Joséphine avançant en âge, on leur fît déclarer qu'elles
renonçaient à la succession et cela particulièrement à l'archiduchesse Marie-Josephe lorsqu'en 1719 elle fut demandée par S. M. le roi de Pologne, sans quoi il n'y avait point d'établissement à espérer pour elle. Il est nécessaire de démontrer l'injustice de cette renonciation .
La cour de Vienne, pour élayer son édifice ruineux, a cherché par ses manœuvres à obtenir la garantie de la pragmatique par les puissances d'Europe. Elle n'a point encore réussi, quoique plusieurs l'aient en effet promise, mais se croient depuis dispensées de cette obligation, nul n'étant obligé de se perdre pour sauver autrui. Et c'est dans ce cas que se trouve le roi de Pologne, qui a en outre démontré que son épouse royale n'a pu renoncer validement, l'ayant fait comme contrainte et forcée. Enfm les droits méconnus des margraves de Mesnie sur l'Autriche et la Styrie, sur les États de Bergh et de Juliers, les sommes prêtées en 1706, époque de l'invasion des Suédois, suffiraient à amener de sa part une juste revendication par les armes, qu'il se déclare prêt à ne point faire, si ses prétentions peuvent s'accommoder à l'amiable ; sinon il emploiera toutes ses forces et tous les moyens que Dieu lui a mis en main pour soutenir ses droits et ceux de sa maison royale et électorale, espérant de sa divine bonté que, connaissant la droiture de ses intentions et la justice de sa cause, il voudra bien répandre sa bénédiction sur les opérations de ses armes pour que la paix si désirable puisse être d'autant plus tôt rétablie.
Le jour même où les troupes bavaroises occupaient Linz (14 septembre), les premières troupes françaises y arrivaient également. C'étaient celles de la division de M. de Leuville, qui, après avoir séjourné deux jours seulement à Donauworth, s'étaient embarquées dans cette ville le 7 septembre sur le Danube, par les soins de M. d'Astier, aide-major général; elles débarquaient le 12 à Passau et de là continuaient leur route par terre en côtoyant le fleuve. Les divisions d'Aubigné et de la Fare suivirent ce mouvement, moitié par eau jusqu'à Passau, moitié par terre ; elles s'embarquèrent à Donauworth les 9 et 11 septembre et arrivèrent à Linz (1) les 16, 18 et îiO du même mois.
(1) Linz, capitale de la haute Autriche, sur le boni du Danube, occupe le point
Les divisions de cavalerie de MM. de Saxe et de Ségur, après s'être reposées un jour seulement à Donauwortli , reprirent leur route à grandes étapes, traversent Neuburg, Mehring, Neustadt, Schierling, Scharding, Plattling et Wilshofen, arrivent les 21 et 23 septembre à Passau où. elles s'arrêtent attendant de nouvelles instructions pour se porter plus en avant. Leur marche à travers la Bavière ne se fit pas sans désenchantement. Nos soldats avaient compté sur un peu d'empressement de la part des sujets d'un prince dont ils venaient de si loin soutenir la cause : il n'en fut rien, ils ne trouvèrent dans la population que froideur et presque mauvais vouloir ; avec peine ils se procuraient sur leur route les subsistances nécessaires. Il en résulta un certain mécontentement dans Parmée.
Le comte de Saxe à M. de Bruhl (I).
Neustadt, le 15 septembre.
« Nous marchons sur Linz; l'infanterie, dont une partie est arrivée, parce qu'elle descend le Danube en bateaux, a ordre de s'y rendre. Je serai à Passau le 21. Je me tourmente ici avec les baillis pour me faire fournir ce qu'il me faut, les troupes sont mécontentes de la manière dont elles ont été reçues en Bavière ; j'ai toutes les peines du monde à les contenir dans la discipline. Elles murmurent hautement, et disent que le roi de Sardaigne leur avait marqué plus d'égards. »
La division de M. de Chabannes-Curton n'avait pas suivi le mouvement de l'armée. A son arrivée à Donauworth, elle trouvait des ordres de l'électeur qui, redoutant une invasion de ses États par la Bohême, prescrivait à la brigade d'Anjou, formée
où viennent aboutir la route de Salzburg par la vallée de la Traun, et celle de la Bohême par les brèches ouvertes entre le Bochniervvald et le plateau de la Moravie. (1) Henri, comte de Briihl, ministre d'Auguste II, roi de Pologne, né en 1700 en Thuringe ; disgracié parle jeune électeur, il ne put supporter ce revers et mourut le 28 octobre 1763; d'une instruction remarquable et amateur de beaux livres; sa bibliothèque fut l'origine de celle de Dresde.
d'Anjou, de Rochechouart et d'Alsace (c'est-à-dire à toute son infanterie) de se rendre, sous les ordres de M. de Ximenès, dans le haut Palatinat pour appuyer M. de Minutzi. L'artillerie de M. de Laborie et de Levis-cavalerie avaient donc seuls continué leur marche sur Passau, et la brigade d'Anjou s'était portée sur le flanc gauche de l'armée.
Elle devait s'embarquer sur le Danube et descendre à Straubing; mais l'insuffisance des bateaux et des radeaux, tous utilisés pour le transport rapide des troupes destinées à grossir l'armée de l'électeur, fit abandonner pour elle cet itinéraire : elle fut dirigée par étapes sur Straubing, et de là sur Eschelkam, par Neuburg, Marching, Neustadt, Schierling, Geïselrhoring, Straubing, Azenzell etCham.
Partie de Donauworth le 13 septembre, elle arrive vers le 21 sur les frontières de la Bohême , rejoint à Eschelkam une compagnie de cavalerie bavaroise de Costa, et se relie avec le corps de M. de Minutzi qui avait pris position à Treffelsteim de l'autre côté du débouché de Waldmunchen, en arrière duquel Lobkowitz avait rassemblé un corps de 4 à 5,000 soldats, poussés jusqu'à Pilsen, et avec lequel il menaçait le Palatinat.
Les troupes françaises ayant ainsi joint les Bavarois, l'électeur prit le commandement effectif des deux armées réunies , dont les relations réciproques furent réglées par un accord intervenu entre M. Amelot, secrétaire d'État pour les affaires étrangères à Versailles et le prince de Grimberghe, ministre à Munich. Il fut arrêté, comme cela s'était pratiqué dans la guerre de la succession d'Espagne, que les Français auraient la droite sur les Bavarois, que les officiers généraux des deux armées avec le même grade ou un grade équivalent rouleraient entre eux suivant l'ancienneté de leur commission, et qu'à ancienneté égale les officiers français auraient le pas sur les autres. Il fut convenu également que tous les colonels seraient admis à la table de l'électeur, mais que les troupes françaises ne monteraient pas la garde chez lui, que les déserteurs qui passeraient de l'une des armées alliées dans l'autre seraient mutuellement restitués. Une difficulté s'éleva de la part des brigadiers, qui, n'ayant pas de lettre de service, prétendaient ne pas servir dans une qualité inférieure à ce grade ; M. de Breteuil la trancha en prescrivant que les officiers dans cette position eus-
sent à remplir le service qu'exigeait d'eux la charge qu'ils occupaient dans les corps auxquels ils appartenaient.
Gomme M. de Torring, qui commandait sous les ordres de l'électeur les troupes bavaroises, avait le grade de feld-maréchal et pouvait à ce titre prétendre à avoir le pas sur M. de Leuville, on régla aussi cette question. Il fut décidé que tous deux recevraient le mot (1) de l'électeur et le rendraient le premier à un officier général bavarois, le second à un officier général français, ce qui impliquait entre eux une parfaite égalité.
Enfin l'on adressa à nos officiers généraux ainsi qu'à M. de Séchelles un exemplaire des sauvegardes accordées par le roi en temps de guerre à l'ordre de Malte, en leur recommandant de faire jouir autant qu'il dépendrait d'eux les personnes et biens de cet ordre, des exemptions contenues, et l'on envoya à M. de Leuville la lettre de service nécessaire à M. le comte de Bavière pour servir dans notre armée avec le grade de lieutenant général ; dans cette lettre le roi, par une marque courtoise des excellents termes dans lesquels nous étions alors avec nos alliés,'*lui donnait le titre de cousin.
A peine arrivé à Linz (:2), l'électeur de Bavière, se considérant comme maître de la haute Autriche, évacuée par M. de Palfy pour se retirer derrière l'Ips, assembla dans cette ville les états de la province et, jaloux d'affirmer de suite son autorité, se fît proclamer archiduc et prêter serment de fidélité; puis, toute l'infanterie de MM. de Leuville, d'Aubigné et de la Fare l'ayant rejoint, il poursuivit sa route à l'est dans Tintention de prendre position sur la rive
(l)Le mot est de temps immémorial regardé comme faisant partie des honneurs militaires, comme une des prérogatives des personnages de distinction, comme attribut d'un haut grade. Le roi, les généraux d'armée, le donnent aux troupes sous leurs ordres. Daniel (1721) dit que le mol se compose encore aujourd'hui, comme du temps des Romains, d'une ou deux courtes paroles. L'un était comme la première syllabe de l'autre. Quand on avait prononcé cette première syllabe, la dernière se donnait en réplique; c'était un moyen réciproque de sûreté. Ensuite, en campagne, li> mot de ralliement a été donné comme supplément du mot. Le mot d'ordre alors est devenu indivisible, le ralliement a été la réplique.
(2) Camp de Linz, occupé par l'armée franco- bavaroise du 16 au 23 s(>ptt>mbre 1741. Première ligne, face au Danube, sur la rive droite (la Marine et Penthièvre). Deuxième ligne, parallèle (Touraine, Royal-Vaisseaux, Ilolienzollern, Torring, Navarre, Rosen, Bcaucc, Morowisky, les Gardes).
gauche de l'inns, de manière à couvrir contre toute attaque les frontières du pays.
Le mouvement eut lieu en deux colonnes; la moitié de l'armée part de Linz le 22 septembre, le reste le 23. Nos premières troupes entrent dans la ville d'Enns le 22, sans aucune résistance, M. de Palfy se retirant entre Krems et Saint-Polten à l'approche de nos avant-gardes, qui, établies sur le cours inférieur de la rivière d'Enns, assurèrent leur droite et se couvrirent du côté de la Styrie et du Tyrol par un fort détachement qui s'empara de la place de Steyer, y mit garnison et poussa un parti jusqu'à Gemunden au bord du lac de Traun, oii se trouvaient des salines considérables dont les produits devaient servir aux approvisionnements de l'armée. Les troupes de l'électeur s'arrêtèrent à Enns.
On était sur la route de Vienne, mais on hésitait sur la direction à donner aux opérations. L'armée fît donc halte, campée : les Français sur les hauteurs au sud de la place, les Bavarois dans la plaine du nord vers le confluent du Danube; la brigade de Navarre, à l'extrême "droite, face au village de Kôtting. Les brigades de la Marine et de Touraine, placées dans le prolongement sur une seule ligne, appuyaient leur gauche à Enns; la cavalerie des Bavarois, en deuxième ligne derrière leur infanterie, laissait à droite entre elle et la ville d'Enns l'espace nécessaire à l'établissement de la cavalerie française du comte de Saxe, dont la tête de colonne déboucha le 26 septembre, et dont les régiments parurent successivement les jours suivants et prirent, au fur et à mesure de leur arrivée, les emplacements marqués par leur ordre de bataille. La cavalerie de M. de Ségur resta provisoirement en arrière, partie à Linz, partie à Passau. Ainsi se reproduisait cette scène du mois d'avril, cette même panique à l'arrivée des troupes prussiennes après la bataille de Molwitz. Des dragons français et bavarois chevauchèrent jusqu'à Sieghardskirchen, gravissant les pentes du Wienerberg, d'où ils dominaient la flèche de Saint- Etienne et la ville impériale.
Pendant que l'électeur de Bavière enlevait à Marie-Thérèse une de ses plus belles provinces, le cabinet de Versailles négociait par l'entremise de M. de Bussy avec l'électeur de Hanovre. Celuici, à la tête de 30,000 hommes, Danois, Hessois et Hanovriens, qu'il passait en revue le 23 septembre, semblait peu disposé à
laisser pénétrer ses desseins, quand une marche en avant du maréchal de Maillebois l'y força. Les Français campés entre Holzheim et Neuss, jetant un pont sur le Rhin à Kaiserswerth, audessus de Dusseldorf, y passaient cavalerie le 23, infanterie le 24 septembre, et établissaient la droite à Ralkum, la gauche à Holtorp, y recevaient les contingents allemands : 7,000 hommes de l'électeur palatin; 3,000 de l'électeur de Cologne, qui envoyait en outre 6,000 hommes de son évêché de Munster et 800 de Paderborn. Louis XV était décidé à pousser en avant et à conquérir le Hanovre, acquisition précieuse et qui eût empêché les funestes diversions, l'année suivante, par le roi d'Angleterre. Fleury hésitait par indécision naturelle, influencé d'ailleurs par les suggestions de Frédéric II, qui redoutait les succès des Français, et ce retard permit au roi d'Angleterre de faire à la France ses propositions de neutralité. M. de Hardenberg fait signer le traité du 27 septembre. Le roi George s'engageait à ne fournir à Marie-Thérèse aucun secours, à ne gêner en rien les opérations du roi de Prusse, de l'électeur de Bavière et des autres alliés de la France contre la maison de Hapsbourg-Lorraine, à ne pas combattre les intérêts de l'électeur Charles-Albert dans la prochaine élection d'un empereur, enfin à observer dans la lutte, une complète neutralité. A ces conditions la France promettait de ne pas souffrir le moindre dommage aux sujets de l'électoral de Hanovre, de tenir son armée toujours éloignée d'au moins trois lieues de ses frontières et d'employer ses bons offices auprès du roi de Prusse pour que les troupes de ce souverain avancées à Magdeburg, aux ordres du prince d'Anhalt-Dessau, s'éloignassent pour ôter au roi d'Angleterre toute inquiétude au sujet de ses frontières du côté de Brandeburg. Marie-Thérèse perdait ainsi son plus précieux allié; bien plus, deux jours après, l'électeur de Mayence abandonnait aussi sa cause. Craignant pour ses propres États, il signait le 28 septembre un engagement en vertu duquel il promettait, comme le roi d'Angleterre, sa voix à l'électeur de Bavière lors de l'élection impériale. Peu à peu tout croulait autour de la reine de Hongrie et du grand-duc son époux; leur isolement, grandissant tous les jours, devenait alors complet : seul l'électeur de Trêves, fidèle à ses sympathies, refusait d'abandonner leur cause et résistait à toutes les insinuations pour le détacher d'eux; mais c'était là un sou-
tien purement moral et dont l'appui portait si peu ombrage aux coalisés, que ceux-ci ne crurent même pas nécessaire d'exercer sur lui une pression et d'exiger la promesse de son suffrage en faveur de l'électeur de Bavière, élection du reste désormais assurée malgré son opposition.
Ce n'était pas assez pour la France d'avoir déjà jeté deux armées en Allemagne; une troisième y entrait encore. Les régiments de M. de Gassion, ayant succédé en Alsace à ceux de M. de Leuville, étaient prêts; on les lança à la fin de septembre, partie sur le Danube, derrière l'armée de l'électeur, partie sur la Bohême, que l'Autriche paraissait alors hors d'état de défendre, et dont les engagements conclus avec Télecteur de Bavière faisaient naturellement, après la conquête de la haute Autriche, le deuxième objectif des opérations de nos armées.
10 B. et 9 E. furent dirigés sur la Bavière ; 14 B. et 32 E. prirent la route de la Bohême. M. de Polastron, avec le commandement de la première colonne, composée d'une partie de l'infanterie et de tous les dragons, eut ordre de se rendre à Lauwingen, sur le Danube; M. de Gassion conduisit la deuxième, qui chemina sur Amberg dans le haut Palatinat.
Les troupes de M. de Polastron partirent de Fort-Louis les 23, 24 et 26 septembre en trois petites divisions échelonnées.
Elles suivirent, à partir de Fort-Louis, la route de M. de Leuville par Ellmendingen, Ditzingen et Schorndorf; mais arrivées à Gmund, au lieu de continuer sur Donauworth , elles prirent à droite par Heidenheim, Giengen, et arrivèrent à Lauwingen les 9, 10 et 12 octobre.
M. de Polastron, lieutenant général, commandait la F" division : 6 B. d'infanterie (Rohan, 3; Souvré, 2; Marsay, 1) et 1 B. d'artillerie (la Bachelerie); M. de la Gervaisais, brigadier (1), et M. de la Tour, maréchal de camp, étaient à la tête de la 2^ division (Royal-dragons et Bauffremont-dragons, 8 E.); M. de Mélac, colonel, commandait la 3'' (Berry, 1 B., Saint-Mesme-dragons, 4 E.) : il menait un convoi de fusils et de poudre. (D. G.V. 2617.)
(I) Le titre de brigadier impliquait déjà, à cette épof[ue, la charge dun colonel ou d'un mestre de cauip et prenant par cette position rang d'officier général. En outre des attributions de son grade, il était revêtu du droit de commander dans l'armée seulement dont il faisait partie.
Les troupes de M. de Gassion (i), assemblées dans le Palatinat, partirent de Spire les 23, 25 et 27 septembre également en 3 divisions échelonnées, qui vinrent traverser le Neekar à Wimpfen, après une marche par Wieslach et Sinzhein, parallèle au cours inférieur du fleuve. Elles atteignirent Merzenthein par Widdern et Boxberg, et, contournant les dernières ondulations du Steiger- Wald par Weikersheim , Siberens, Uffenheim, Lenkersheim, Wilhermsdorf et Langenzenn, passèrent la Regnitz à Furth et arrivèrent à Amberg vers le milieu d'octobre, à quelques jours d'intervalle l'une de l'autre, par Lauf et Herskruck sur la Pegnitz et Hartmanshofen.
La marche des colonnes de MM. de Polastron et de Gassion, comme celle des colonnes précédentes, s'effectua dans un ordre remarquable et sans peser sur le pays, les vivres et les fourrages leur étant fournis sur des réquisitions de l'électeur de Bavière; aussi partout sur leur route, les bourgmestres, baillis et gens de justice leur délivrèrent des certificats de bien vivre, et les souverains allemands dont elles traversèrent les États ne purent s'empêcher de féliciter nos généraux de la beauté de leurs troupes et de la discipline admirable de notre armée. Il n'y avait point de traînards, et s'il n'était survenu une sorte d'épidémie de dysenterie produite par la crudité des eaux du duché de Wurtemberg et qui sévit à tel point sur les soldats de M. de Polastron en particulier, que celui-ci fut obligé d'établir des hôpitaux temporaires à Pforzheim et à Kannstadt, on n'eût laissé personne en arrière.
Ainsi, vers la fin de septembre, les troupes, transportées en moins de six semaines des bords du Rhin aux portes de Vienne, occupaient par Steyer, Enns, Eschelkam , Waldmunchen et Amberg, un demi-cercle dont Munich était le centre; elles étaient
(1) M. de Gassion, lieiilenant général, était à la tête de la 1" division,'de 7 B. (Piémont, 4; la Reine, 2; Luxembourg, 1) et G E. (Fleury, 2; Hendecourt, 2; Fiennes, 2), avec M. de Fiennes comme brigadier. La T division, de 20 E. (Mestre-decamp-général, 3;- Fouquet, Asfeld, d'Ândlau, Brissac, 2 chacun ; Clermo.nt-Tonnerrc, Grammont, ChabriUan, 3 chacun), était conduite par M. de Clermont-Tonnerre, lieutenant général, MM. d'Apcher, maréchal de camp, et de Fouquet, maréchal général des logis. Enlin la 3^ division, de 7 B. (le Roi, 4, Royal-Bavière, 3) et de 6 E. (Egmont et Sai>ran, 3 chacun), avait pour chef M. du Chayla, lieutenant général, dont le maréchal de canii) était leducde Biron. ( D. G. \ . 2017;)
prêtes à envahir la Bohême. D'après les plans de M. de Belle-Isle, agréés à Versailles et acceptés par l'électeur, les troupes ne devaient pas dépasser la rivière d'Enns. La France ne voulait pas Charles-Albert trop puissant. Elle consentait à conquérir la haute Autriche, dont la possession faciliterait la prise de la Bohême; car de là on surveillait le Tyrol, on couvrait la Bavière et l'on pouvait se porter sur Budweis et Tabor, d'où l'on donnerait facilement la main à M. de Gassion. Ce plan explique l'arrêt subit à Enns, à la fin de septembre, après sa marche rapide depuis le Rhin à Donauworth. Mais l'électeur, commandant en chef, enivré par la fortune favorable, n'était plus dans la même situation d'esprit qu'au début de la guerre. Il n'écoutait plus les seuls conseils de notre chargé d'affaires, M. de Beauvau. Frédéric II, désireux surtout de son propre succès, peu soucieux de la réussite des plans de M. de Belle-Isle, voulait garder la Silésie : M. deNeuperg était toujours dans cette province et le gênait. Il fallait l'éloigner; une menace de l'électeur de Bavière sur Vienne le ferait, et, séduit par M. de Schmettau, habile serviteur d'un si habile maître, Charles-Albert s'engagea dans cette voie : la marche sur Vienne était résolue. Elle commence le 4 octobre. M. de Saxe prit les devants avec les 2 régiments de dragons (1) et les 6 compagnies franches (2) de sa division, les hussards Rattsky et 8 compagnies de grenadiers, en tout 40 E. et 12 compagnies.
En arrivant à Wallsée, il trouve les ennemis rangés en bataille de l'autre côté du village, les attaque vivement et, malgré leur nombre, les met en fuite. Puis se portant sur les bords du Danube , il s'empare de nombreux bateaux chargés de provisions, continue sa marche sur Ips, en poussant devant lui les éclaireurs de M. de Palfy, et frayant ainsi la route au reste de l'armée, qui était parti d'Enns (3) sur Ips les 4 et 5 octobre. Les Français (18 B, et 21 E.) formaient la 1''^ colonne. Ils campèrent :
(1) Meslre-de-camp et Dauphin.
(2) Pauly, Bock, la Haye, du Chemin, Rochefort et Chevreau.
(3) Le camp d'Enns, du 7 septembre au l'^' octobre 1741, au moment où rejoint la division du comte de Saxe, est placé dans le bras formé par l'Enns elle Danube, défendu par une ligne formée de Minulzi, Morowisky, les gardes et les dragons de Hohcnzollern ; une seconde ligne parallèle, formée de Torring, Raymond, le régiment du Roi, et par une troisième ligne perpendiculaire aux deux premières, for-
le 4 à Slrengberg, le 3 à Gloster-Erla; le 6, ils arrivèrent àlps. (D. G. Y. 2917.) Les Bavarois les suivirent à un jour de distance et rejoignirent
le 7.
Alps, nouvelle halte de huit jours. Quels furent les motifs d'un
pareil retard, quand il était d'un si grand intérêt d'agir? Les faibles troupes de M. de Palfy ne pouvaient être un obstacle; toujours à deux marches de l'armée, elles en inquiétaient les détachements avancés, mais ne résistaient nulle part. S'éleva-t-il dans l'esprit de l'électeur de nouveaux scrupules, provoqués par les protestations de M. de Beauvau, notre envoyé accrédité à sa cour, ou bien y eut-il nécessité justifiée par le besoin de rassembler des approvisionnements? On peut le supposer, car l'armée, n'ayant pas de magasins, dut faire des fourrages, opération qui, en raison de son grand nombre de chevaux, a pu exiger un certain temps.
Pendant son séjour à Ips, l'armée est ralliée, le 11, parla cavalerie de M. de Ségur, restée en arrière entre Linz et Passau. Les 5 divisions françaises et les 2 divisions bavaroises se trouvèrent ainsi en ligne.
On,établit le camp le long de la rivière d'Ips, au pied des hauteurs qui viennent mourir vers son confluent avec le Danube. Les troupes se disposèrent sur deux lignes : l'infanterie au centre, à cheval sur le chemin de Neumarkt à Karlsbach ; la cavalerie aux ailes, la droite touchant au chemin de Blindenmarkt, la gauche vers Ips (Ij.
mée d'Orléans, duRumain, les carabiniers ayant par derrière Mestre-de-camp et Dauphin-dragons, près Saint-Lorenz. Les régiments de Penlhièvre, Marine, Royal- Vaisseaux, Touraine, Beauce, Rosny, Navarre, s'étendaient le long de l'Enns, depuis £nns jusquà Ennsdorf.
(1) Première ligne : au centre, brigades de Navarre (Navarre, Beauce, Rosnyvincn) et de la Marine (la Marine, Penthièvre) avec les régiments d'infanterie bavaroise (les gardes et Morowisky) ; à droite. Carabiniers et régiments de Penthièvre, Pont et Colonel-général; à gauche, 3 régiments français (la Reine, Levis, le Roi) et 2 régiments bavarois (Torring et Holiensoller). (D. G. V. 2617.)
Deuxième ligne : RU ccnire, brigade de Touraine (Touraine, Royal-Vaisseaux) avec 2 régiments d'infanterie bavaroise (llolsteia et Minulzi); à droite, 5 régiments français (Royal, Orléans, Vogué, du Rumain et Royal-Allemand); à gauche, 2 régiments bavarois (Raymond et Piosac). (D. G. V. 2617.)
Le régiment de dragons Dauphin couvrit le centre du camp en occupant Neumarkt, les régiments de dragons Armenonville et Chevreuse (Mestre-de-camp) en couvrirent la gauche, en occupant avec les hussards de Rattsky les abords de la ville d'Ips, où fut installée l'artillerie.
On leva le camp d'Ips les 14 et 15 octobre. Quelques jours auparavant l'avant-garde partit, ayant à sa tête M. de Mortaigne, qui succédait au comte de Saxe.
M. de Mortaigne, officier d'une valeur éprouvée, dans la nuit du 10 au 1 !, reconnut presque seul le pays jusqu'à Môlk, et les défilés aux abords de cette ville; puis rentré à Ips, ayant échappé heureusement aux coureurs de M. de Palfy, il en repartit douze heures après, à la tête d'une forte colonne composée de grenadiers, carabiniers, dragons, hussards ainsi que des compagnies franches, se présenta devant Môlk le 12 au matin, et s'empara de la ville qu'occupaient les ennemis, qui ne jugèrent pas à propos de combattre et se replièrent devant lui. Laissant alors une partie de sa colonne, il continue son mouvement en avant. A peine à deux lieues de Môlk, sa petite troupe tout à coup assaillie par un détachement de dragons, Rasciens ou hussards autrichiens, et surprise par cette attaque imprévue, faiblit un instant. Mais bientôt ralliée par M. de Mortaigne, elle se jette à son tour sur les cavaliers de M. de Palfy, reprend sur eux l'avantage, les force à la retraite et les poursuit vivement jusqu'au delà de la rivière de Traïsen. Elle entre à Saint- Polten le soir même.
M. d'Aubigné avait suivi de près cette avant-garde pour la soutenir au besoin, emmenant avec lui, en outre de sa division composée de la brigade de la marine (la Marine, Penthièvre) et des hussards Rattsky, les 10 E, de carabiniers et les 2 régiments de dragons de la division de Saxe (Mestre-de-camp et Dauphin). Parti d'Ips le 12 au matin, il avait couché le soir du môme jour à Erlap, le lendemain à Môlk et le 14 à Saint-Polten.
Le reste de l'armée ne quitta Ips que les 14 et 15 octobre. Le mouvement sur Môlk se fit en deux colonnes échelonnées à un jour de distance.
L'électeur arrête ses troupes à Môlk et y séjourne plusieurs jours, peu pressé d'arriver à Vienne. Son armée s'établit en arrière de la rivière de Bilach : toute l'infanterie et le gros de la cavalerie
rangés en ligne le long du Danube en aval avec le quartier général, l'artillerie parquée près du village d'Unlerpried et le camp couvert, entre Môlk et la Bilach, par 6 régiments de cavalerie dont 3 français (le Roi, Levis et la Reine) à gauche, et 3 bavarois (Torring, Piosac et Hohensoller), à droite; au centre, en avant de la ville de Molk, les dragons d'Armenonville, ^devant eux les hussards Berchiny.
M. de Mortaigne rentre le 17 au camp de l'électeur et en part dans la nuit du 17 au 18, se dirigeant sur Mautern. Il trouva cette place occupée, des troupes légères en défendaient les approches. L'ennemi parut vouloir faire résistance; mais, à la canonnade de M. de Mortaigne, les Autrichiens se décidèrent à l'abandonner, après en avoir détruit le pont, et peu d'heures après son arrivée il y entra sur leurs pas avec sa petite troupe.
La route ainsi frayée, les Bavarois sous M. de Torring quittèrent Môlk le lendemain 19, campèrent à Langeck, s'établirent à Mautern et poussèrent leurs détachements avancés jusque vers ie confluent de la Traisen,
La 1''^ colonne campe le 14 à Erlap, et s'établit le 15 à Molk.
La 2^ colonne, le 15 à Erlap, rejoint la précédente, à Môlk, le 16 octobre. On trouva dans cette ville les fourrages assurés par les soins de M. d'Aubigné qui, avant de se porter en avant, avait réuni des magasins considérables.
L'intention de l'électeur était, à partir de Môlk, de marcher sur Vienne, poussant les Français sur la route de Saint-Polten où ils avaient déjà leur avant-garde, et de diriger les Bavarois le long du Danube pour flanquer leur marche : ces derniers eurent ordre de se rendre à Mautern près de l'embouchure de la Traisen. Mais comme cette ville, située à huit lieues de Molk en face de Stein et de Krems, était encore occupée parles Autrichiens, on y fit marcher d'abord une avant-garde sous les ordres de M. de Mortaigne, naturellement désigné pour une affaire semblable à celle qu'il avait si brillamment conduite sur Saint-Polten.
De leur côté, les Français sous M. de Leuville, se portèrent sur Saint-Polten avec l'électeur, quittèrent le camp de Môlk le 20, le lendemain du départ des Bavarois, campèrent le môme jour à Printzerhof et arrivèrent le 21 à Saint-Polten, où ils rallièrent l'avantgarde de M. d'Aubigné, qui, rendue depuis le 14 sur les bords de
la Traisen, avait mis le temps à profit pour y réunir des approvisionnements de vivres et surtout de fourrages. Nos troupes s'établirent au camp de Saint-Polten sur deux lignes, l'infanterie en avant, la cavalerie en arrière. M. d'Aubigné était déjà installé au sud de la ville avec la brigade de la Marine en première ligne, les Carabiniers en deuxième, les 2 régiments de dragons Mestre-decamp (Chevreuse) et Dauphin en avant de la gauche de son infanterie à proximité du pont de la Traisen, et les hussards Rattsky en arrière à cheval sur la route de Molk.
M. de Leuville occupa le nord de la ville, s'étendant le long de la rivière dans la direction de Wichhofen avec les nouveaux régiments, à l'exception des dragons d'Armenonville envoyés pour couvrir la droite du camp de M. d'Aubigné.
Les brigades de Navarre et de Touraine, déployées sur une seule ligne, appuyèrent leur droite à Saint-Polten ; les 11 régiments du comte de Saxe et de M. de Ségur formèrent en arrière de cette infanterie une seconde ligne de cavalerie, et l'artillerie parqua en troisième ligne derrière la droite de la cavalerie.
L'état de l'armée était alors excellent, les régiments presque au complet; les fatigues, les marches et les privations n'avaient pas encore eu de prise sur ces rudes soldats. L'électeur en passa la revue le 22 octobre et en parut satisfait. Il lit distribuer une gratification d'une livre de viande pendant trois joursà chaque cavalier, dragon ou soldat, et admit à sa table un grand nombre d'officiers. A la fin du repas, quelques-uns d'entre eux, faisant allusion à la dignité de chef de l'Empire que par fiatterie ils considéraient comme désormais assurée à l'électeur, lui dirent qu'ils ne s'étaient jamais trouvés si près de l'Empereur; celui-ci, après un moment de réflexion, et comme s'il voulait donner à entendre que personnellement il n'aurait point osé concevoir de si hautes prétentions, leur répondit, en cachantà peine sa satisfaction intérieure : « C'est vous qui m'en tracez le chemin ; à la fin je ne pourrai plus m'en dédire. »
M. de Séchelles à M, de Breteuil.
23 octobre 1741, camp de Saint-Polten,
« L'électeur de Bavière passa la revue hier et fait donner une gratification. Jamais la cavalerie ni l'infanterie n'ont été si belles ni en si bon état, et cela est incroyable. »
L'arrivée des Français à Saint-Polten jeta la terreur dans Yienne. Déjà au commencement du mois , sur l'avis que l'électeur levait son camp d'Enns, la panique commençait à s'y produire. On allait y célébrer l'anniversaire de la délivrance de la ville par Sobieski, en 1683 ; les réjouissances projetées furent brusquement interrompues par la fatale nouvelle. Tous les dignitaires de l'Empire, les grands seigneurs de la cour, les familles nobles et riches abandonnaient leurs hôtels et cherchaient un refuge, les uns à Presbourg en Hongrie, les autres à Gratz en Styrie, emportant leurs meubles, leurs joyaux et leurs bibliothèques, (c L'état de nos affaires, écrivait (1) l'impératrice douairière, a pris un pli si accablant, que l'on peut dire notre cas un abandon général; car plus aucun n'est pour nous. Ce qui nous console dans notre malheur, est que Dieu précipitera plus d'un Pharaon dans la mer Rouge et confondra nos faux simulés amis. Il n'est pas possible que la plupart ne croient plus qu'il y a un Dieu. Vrai est-il, les fausses apparences ne m'ont pas endormie, et malgré que l'électeur de Bavière nous a attiré les Français et me chasse d'ici, je l'estime un digne prince; il n'a point simulé, ni été faux, il s'est démasqué d'abord et a agi honnêtement. Je doute de vous écrire plus d'ici. C'est une triste année pour moi. Conservez-nous l'alliance, et qu'ils se gardent de faux et simulés amis; je suis votre affectionnée tante Elisabeth. »
Les ministres et Marie-Thérèse elle-même, emmenant son jeune fils, s'enfuyaient à Presbourg, laissant la garde de la capitale au comte de Kewenhuller, homme de tête, qui resta calme en face du péril. Il pensait avec raison que par la saison déjà bien avancée l'électeur ne pourrait faire en règle le siège de Vienne, et comptait sur les maladies, les privations, le froid, les combats et les
(1) Au prince Louis de Brunswick, le 21 septembre 1741.
escarmouches pour affaiblir l'armée française, en attendant les secours qui débloqueraient la ville. Il prit donc toutes les dispositions nécessaires pour empêcher Vienne de tomber entre les mains des ennemis. Il expulsa les bouches inutiles, abattit les faubourgs non fortifiés et les palais tenant à l'enceinte de la ville, releva cette enceinte, sur plusieurs points, crénela les maisons à proximité, agrandit les fossés et ajouta de nouveaux ouvrages extérieurs. Par ses ordres, des légions de travailleurs se mirent à l'œuvre, et en quelques jours la place était en état de défense. En vue d'un siège, les magasins furent approvisionnés pour plusieurs mois de manière à permettre de supporter un long investissement. La garnison ne se composant que de 2,000 hommes d'infanterie, les régiments de Waldeck et de Molk qui , au signal du danger, venaient de s'y jeter à la hâte avec les généraux Geisruck et Tornaco, on fit appel à la population et celle-ci répondit avec un patriotisme admirable au cri de détresse jeté au nom de sa souveraine. Bourgeois, artisans, étudiants, tous se levèrent à l'envi pour défendre leurs foyers contre l'étranger. M. de Rewenhuller leur distribua des armes, et, confiant dans leur patriotisme, les employa concurremment avec les soldats à la garde des remparts.
La ville n'était couverte à l'extérieur que par les 3 à 4,000 dragons, Rasciens et hussards de M. de Palfy, qui, depuis Linz, avaient reculé pas à pas devant nos troupes et qui prenaient position à Sifering, à peu de distance de Closter-Saint-Joseph, près de Vienne, ayant leur avant- garde à Sieghartskirchen, sur le grand chemin de Saint-Polten. Mais ces troupes irrégulières, et d'ailleurs déjà battues en plusieurs rencontres, restaient incapables en face de nos régiments aguerris. La route de Vienne nous était donc ouverte, et deux jours suffisaient pour amener nos soldats sous ses murs.
L'électeur cependant reste immobile à son camp de Saint-Pollen, et se contente, du 21 au 28 octobre, de lever de fortes contributions dans la basse Autriche , et notamment dans le Wienerwald, où il lance ses partis avancés. Tout le pays jusqu'à ïuln est sillonné par nos détachements qui en ramènent des otages destinés à garantir le paiement de ces contributions; l'un d'eux, conduit par M. de Mortaigne, poussa même, le 22, jusqu'à quatre lieues de Vienne.
Toutefois, pour intimider M. de Kewenhuller, l'électeur le fit
sommer de lui livrer la place. Il lui envoya en même temps, pour Marie-Thérèse, un paquet de lettres sur l'adresse desquelles il donnait à cette princesse le tilre de grande-duchesse de Toscane seulement. M. de Rewenhuller y vit une impertinence et rendit le paquet au trompette, ne voulant pas recevoir des lettres oii l'on ne donnait pas à sa souveraine son véritable titre. Mais il retint le courrier, dépêcha un exprès à Presbourg demander les ordres de la reine. Celle-ci lui répondit « qu'elle mettait trop de confiance dans le zèle et l'affection de ses fidèles états et sujets de la basse Autriche, pour n'être pas persuadée de l'éloignement qu'ils auraient à écouter des propositions si contraires à leur devoir; qu'elle espérait donc qu'ils les rejetteraient d'une manière convenable, et qu'ils ne cesseraient de demeurer attachés à leur souveraine et de faire tous leurs efforts pour repousser les ennemis qui la persécutaient. »
Certain dès lors que Marie-Thérèse ne songeait en aucune manière, comme le bruit en avait couru, à un accommodement avec l'ennemi, le comte de Kewenhuller renvoya au camp de l'électeur le courrier bavarois, lui déclarant « que les fidèles états et sujets de la basse Autriche demeureraient inviolablement attachés à la reine de Hongrie, et qu'ils sacrifieraient leurs biens et leurs vies pour défendre leur souveraine. » Malgré cette fierté de la reine et cette fidélité de ses sujets , la ruine semblait inévitable. L'adresse et la fermeté la conjurèrent. Marie-Thérèse fait appel aux Hongrois, si sévèrement traités par son père et par ses aïeux, et les gagne à sa cause, non pas, comme on l'a dit, en une seule séance tumultueuse et comme en une explosion de sentiments chevaleresques, mais par suite de longues négociations et d'émotions habilement préparées.
Dans la diète qu'elle convoqua pour son couronnement, la majorité de l'assemblée était surtout opposée à l'idée de voir l'époux de la reine associé au trône de Hongrie. Quelques jours après, Marie-Thérèse recevait à Vienne une députation chargée de la féliciter à la fois sur son avènement et sur la naissance de celui qui devait être Joseph H. Le 19 juillet, elle s'embarque sur le Danube, portée sur un bateau pavoisé aux couleurs nationales de la Hongrie, rouge, blanc et vert. Elle est saluée à la frontière par les cris de Vivat domina et rex noster! titre donné par les Hongrois
à la seule femme qui avant elle eût régné en Hongrie. Enfin, le 21, elle reçoit les hommages de la diète au château de Presbourg, où devait se faire le couronnement. Cette cérémonie, qui a toujours excité l'enthousiasme des Hongrois, si jaloux de leur autonomie et si passionnés, s'accomplissait dans des circonstances tout exceptionnelles. Cette jeune et belle princesse ceignit le diadème héréditaire et, montée sur un cheval fougueux, brandit aux quatre vents, sur la colline du Roi, l'épée de saint Etienne. « C'était une des plus belles femmes qu'il y eût en Europe, écrit un Anglais, témoin oculaire. Sa taille était élégante et son maintien majestueux. Ses yeux étaient expressifs et pleins de douceur, elle relevait de couches et l'air de langueur qu'elle conservait encore, prêtait un nouveau charme à ses attraits. Tout était enchanteur en elle. » Cependant, après le couronnement, des contestations recommencèrent. C'est le 13 septembre qu'eut lieu la première scène de l'épisode théâtral. La reine, ayant convoqué tous les bans dans le château de Presbourg, y paraît en habits de deuil, la couronne sur la tête, l'épée de saint Etienne au côté ; le chancelier, Louis de Bathiany, expose les dangers qui menaçaient la reine et la Hongrie. La reine alors prend la parole : « L'existence même du royaume de Hongrie, celle de notre personne, de nos enfants et de notre couronne sont menacées. Abandonnée de tous nos alliés, nous plaçons notre confiance uniquement en la fidélité et en la valeur si longtemps éprouvées des Hongrois. Dans ce péril extrême, nous vous exhortons, vous, les états et ordres du royaume, à délibérer sans délai sur les moyens propres à pourvoir à la sûreté de notre personne, de nos enfants et de notre couronne, et à y recourir sur-le-champ.
(c Quant à nous, les fidèles états et ordres de Hongrie peuvent compter sur notre coopération, en tout ce qui pourra contribuer au rétablissement de la félicité publique et rendre à ce royaume son ancien éclat (1). »
Son discours, entremêlé de larmes, excita d'abord une émotion contenue. Le primat répondit, et, l'émotion croissant, il fut interrompu par les cris de Vltam et sang^dnem! Les magnats décidèrent
(1) Cette proclamation est le texte in(Mne tiré des archives de Honj^riepar Coxe, et diffère de celle de Voltaire, moins vraie, mais plus dramatique.
SUCCESSION D'AUTRICHE. — BASSE AUTRICHE (1741). 8a
une levée de 100,000 hommes et acceptèrent dans la séance du 20 septembre le prince-époux pour co-régentdu royaume ;|le 21, il prêta serment et jura de consacrer sa vie et son sang à la reine et à la Hongrie.
Marie-Thérèse montra alors aux états son jeune fils, qui la veille seulement était arrivé de Graëlz. Alors les magnats, émus de compassion à la vue de leur souveraine éplorée, excités par ce spectacle prolongé d'une auguste infortune, flattés dans leur amourpropre national, peut-être animés de sentiments de reconnaissance pour une princesse qui leur avait rendu leurs anciens privilèges, dont ses ancêtres les avaient dépouillés au prix de tant de sang répandu, se précipitèrent autour de l'estrade où se tenait Marie-Thérèse, et là, les mains étendues, firent retentir l'air de ce cri célèbre : Moriamur pro rege nostro Maria Therem !
Ce ne fut point un vain serment; en deux mois, les Magyars avaient réuni des troupes, organisé^des corps francs, sous les ordres de Trenck (1), Menzel, Trips, Berenklau, qui portaient leur contingent à des milliers de soldats. La nation montra un enthousiasme héroïque, le clergé donna l'argent, et toute la noblesse était à cheval. Ces bandes firent payer cher leurs services, car, dédaignant la géographie , elles saccagèrent les provinces autrichiennes aussi impitoyablement que le territoire ennemi; elles commirent
(1) Le baron François de Trenck, frère du célèbre Frédéric de Trenck, emprisonné par le roi de Prusse, d'une famille originaire de Poméranie, naquit en 1711 à Reggio, dans la Calabre, où; son père servait connue lieutenant-colonel autricliien. La nature fit de lui un prodige de beauté, de force et d'audace; il joignait à une merveilleuse présence d'esprit une cupidité insatiable, un amour effréné des plaisirs, une violence de caractère qui le portaient aux derniers excès. Il entra dans l'armée autrichienne avant 17 ans, prit du service en Russie contre les Turcs, sous les ordres du maréchal Munnicli. Les continuelles disputes aux(iuellcs il se mêla le forcèrent bientôt à en partir. La ligue formée contre Marie-Thérèse lui fournit l'occasion de rentrer à Vienne; on accepte son offre de lever un régiment de pandours; c'est ainsi ([u'il forma une trouite de bandits sans peur et sans pitié qui mêlaient le sang à la débauche. « Un capitaine nommé Quadagni avait rassemblé pour les joindre à ses milices tous les brigands des frontières turques de la célèbre forêt de Bakony. » En 1744, il fut présenté à 1 impératrice connue un héros. Dans l'isolement et le repos, sa turbulente imagination se tourna vers la piété ; il se lit capucin et mourut sous le fi-oc. On l'enterra, selon son désir, dans leur caveau funèbre, « pour que le diable soit attrapé, dit son testament, lorsqu'il viendra chercher ma pauvre âme, en se frottant les mains. »
les mêmes férocités que les soldats de Wallenstein un siècle auparavant. Le maréchal de Kewenhulier dit : « Ces corps francs incendiaient les maisons pour se divertir, ils pendaient par caprice, aux portes des villes ou au premier arbre venu, les gens les plus inoffensifs, pillaient les églises, en vendaient l'or aux juifs. Les soldats bavarois des milices rurales, qu'ils faisaient prisonniers, ils les renvoyaient souvent après leur avoir coupé le nez et les oreilles; ils garroltaient le maître d'une maison, violaient sa femme, ses filles. »
A la voix de leurs magnats, les Hongrois se levèrent donc en masse et, sous le nom de talpaches, de pandours, de croates et de hussards (1), vinrent grossir les armées de Marie-Thérèse au point de les rendre bientôt numériquement supérieures à celles de ses ennemis.
Incapables de résister en ligne à la valeur française, ni les Pandours ni les Croates ne pouvaient se flatter de tenir devant nos bataillons, ni les hussards de soutenir le choc de nos cuirassiers. Mais en revanche ils étaient merveilleusement propres à une guerre de partisans. Ainsi employés, ils devaient rendre plus de services qu'un égal nombre de troupes régulières, et ce fut un des mérites des généraux autrichiens de l'avoir compris. A partir de l'entrée en ligne des bandes hongroises, la guerre en effet changea de caractère; plus de grandes luttes, plus d'actions décisives, mais une perpétuelle menace autour de nous, l'ennemi toujours vigilant, toujours agressif, le jour, la nuit, sans paix ni trêve.
(1) Les talpaches, par corruption du mot magyare dolpatsche (soldat fantassin), forinaieiil riiifanlerie réglée et enrégimentée. Ils portaient de grandes culottes à peu près coiniiic les Polonais, un l)onnel de fourrure dont la pointe l(;ur descendait le long du dos, et avaient pour armes un fusil, deux pistolets et un sabre.
Les pandours ou bandurs, nom (jui leur vient de leur lieu de rassemblement, village dit Pamlnr dans la basse Hongrie, étaient miliciens de l'Esclavonie, originaires d'entre la Save et la Dravc, habillés et armés à peu près comme les Turcs, leurs voisins. Outre une carabine, ils portaient des pistolets à la ceinture, un sabre au côté et un grand couteau assez scnd)lable au cangiar des janissaires.
Les Croates, que les Allemands appellent Crabaleset les Français Cravates, étaient les miliciens du ban de Croatie, paysans féroces et cruels au-delà de tout ce] ([u'on peut imaginer.
Les hussards formaient la cavalerie des Hongrois, montés sur de petits chevaux d'une sobriété extraordinaire, dune agilité surprenante et qu'ils maniaient admirablement bien; ils étaient armés d'un grand sabre recourbé, d'un mousqueton fort court et de deux pistolets à l'arçon.
SUCCESSION D'AUTRICHE. — BASSE AUTRICHE (1741). Sfy
L'armée française, décimée, harassée , affamée, se fondait insensiblement ; en un seul hiver, son effectif de 30,000 hommes se réduisit à moins de 15,000 par suite des escarmouches journalières, des fatigues qu'imposait la nécessité de se garder sans relâche, et des maladies engendrées par le défaut de subsistances.
C'^ d'Estrées à M. de Breteuil.
« Quoique la cavalerie du roi soit encore en bon état, elle a été extrêmement fatiguée depuis quinze jours, soit par les marches, soit par les détachements. Je puis vous dire qu'il y a eu toujours plus du tiers de commandé; si cela dure, on en verra bientôt le bout. ))
Cependant les alliés de Marie-Thérèse, effrayés pour elle-même et pour eux, cherchaient à détacher le roi de Prusse du faisceau de ses ennemis. M. Robinson, ministre d'Angleterre à Vienne, reçut l'ordre de tenter quelques propositions d'accommodement. Il se rend au camp du roi de Prusse et, au nom de Marie-Thérèse, lui offre le Limbourg, la Gueldre espagnole et de l'argent, à condition de renoncer à ses prétentions sur la Silésie, qu'il évacuerait immédiatement, et d'épouser la cause de l'Autriche. Frédéric refusa, aussi offensé, disait-il, de l'offre que de la précédente hauteur de la cour de Vienne.
Le roi d'Angleterre, voyant qu'une cession en Silésie amènerait un accommodement, résolut alors de faire entendre raison à Marie-Thérèse, et donna des instructions dans ce sens à son ambassadeur, lord Hinford, alors au camp prussien de Neudorf, Celui-ci arrive au camp de M. de Neuperg, et de là présente de telles remontrances à la cour de Vienne, que Marie-Thérèse consent enfin à proposer à la Prusse, en échange de la paix, la cession de la basse Silésie, de la ville de Neisse et d'une lisière en haute Silésie, renonçant d'ailleurs à la clause autrefois mise en avant et d'après laquelle Frédéric se fût engagé à prendre parti pour elle contre ses ennemis. Le roi de Prusse, qui visait à la cession de la Silésie tout entière , ferma l'oreille à ces propositions; et, pour ne point se laisser amuser par de belles paroles qui l'eussent retenu oisif dans son camp de Neudorf, il dérobe
une marche à l'ennemi, passe la Neisse àMichelau et le lendemain campe à Kausker, tandis qu'un de ses détachements occupe Oppeln. A la nouvelle de ces mouvements, M. de Neuperg quitte Neisse et se porte sur Oppersdovf. Le roi le tourne par Friedland et se campe à Steinau.
Ces différentes manœuvres et la marche simultanée de l'électeur sur Saint-Polten (21 octobre), accélérèrent sans doute les négociations de lord Hinford et donnèrent du poids aux représentations qu'il continuait à faire à Vienne ; peu de jours après, en effet, ce diplomate vint avertir le roi de Prusse que le cabinet de Vienne consentirait à ce que M. de Neuperg abandonnât la Silésie, pourvu que ce prince s'engageât verbalement à ne rien entreprendre contre Marie-Thérèse. Ces offres étaient trop avantageuses pour qu'il se refusât de négocier sur ces bases. Ses troupes, fatiguées de onze mois d'opération, retireraient d'une trêve le privilège de prendre tranquillement leurs quartiers d'hiver, et d'ailleurs l'occupation effective et dès lors acceptée de la Silésie entière lui paraissait bien près d'équivaloir à sa possession; en tout cas, elle constituait un acheminement naturel à la cession définitive de cette province. Il se rend donc en secret, accompagné du seul colonel Goltz, à Ober- Schnellendorf, où il trouve le maréchal Neuperg, le général Lentulus et lord Hinford. Les conférences s'ouvrirent aussitôt. Frédéric, qui savait que Fleury avait offert à Marie-Thérèse, par l'entremise de M. de Stainville, ministre du grand-duc de Toscane à Vienne, de retirer son appui à l'électeur en échange du Luxembourg et d'une partie du Brabant, ne craignit pas de rompre des engagements formels pris avec la Bavière et la France, quatre mois avant; mais il voulait ménager la France, dont il pouvait avoir besoin pour la complète réalisation de ses projets d'agrandissement : il exigea donc, comme condition sine quâ non, le plus grand secret dans toute cette affaire; si les Autrichiens en divulguaient les conditions, par cela même il s'autoriserait à rompre la convention; clause habile, car s'il consentait, si chèrement pour l'impératrice, à se retirer de la lutte, s'il entravait ainsi les projets des Français, à qui il ne voulait pas permettre d'écraser complètement Marie-Thérèse, il prétendait ne pas avoir les mains liées et se préparait un moyen de rentrer dans l'arène alors qu'il trouverait à y gagner; car il prévoyait bien que Marie-Thérèse, espérant
semer la défiance parmi ses ennemis, ne manquerait pas de publier le traité.
Accompagné du colonel Goltz, il signa donc, le 9 octobre, àOber- Schnellendorf; le général Lentulus, M. de Neuperg et lord Hinford y assistaient seuls. Il était stipulé que la place de Neisse serait rendue aux Prussiens, mais que néanmoins ceux-ci Tassiègeraient pour la forme ; que les troupes prussiennes ne seraient point inquiétées en Silésie ni en Bohême, et surtout que, sans le secret le plus rigide, tout ce qu'on venait de régler serait nul.
Peu après, M. de Neuperg prend avec son armée la route de la Moravie, et le roi de Prusse met le siège devant Neisse. La ville ne tint que douze jours; la garnison autrichienne n'en était pas encore sortie que déjà les ingénieurs prussiens traçaient les nouveaux ouvrages pour y créer une place de premier ordre. Alors Frédéric sépare son armée. Une partie marcha en Bohême sous» les ordres du prince Léopold d'Anhalt, quelques régiments restèrent employés au blocus de Glatz, et le reste des troupes du maréchal Schwerin se répandit dans la haute Silésie.
Tandis que les Prussiens s'établissaient ainsi en quartiers d'hiver, notre armée de Westphahe se séparait aussi. Mais l'électeur de Hanovre, au moment où les troupes allaient recevoir leur destination, fit, contre ses engagements, passer le Weser à une partie de ses troupes, qu'il installa, entre Weser et Hunte, à Liebenau et Siedenburg, sur le fleuve k Schiusselburg, Slolzenau et Bahrenburg, et en avant sur la rivière d'Hunte à sa frontière, à Wildeshause, Diepholtz et Barnstorf. M. de Maillebois crut nécessaire de s'établir alors dans l'évêché d'Osnabruck, pour défendre les défilés d'Hameln.
Les troupes entre la Meuse et le Weser occupaient une vaste zone semi-circulaire dont la gauche touchait à Aix-la-Chapelle, et dont la droite s'appuyait à Paderborn. Elles étaient placées : à la gauche dans la vallée de la Roer, à Nideggen, Duren, Eschweiler, Kintzweiler, Juliers , Heinsberg, Birgden, Wassenberg (1) et Sittard (2), dans le Limbourg; au centre dans la vallée de l'Erft, à
(1) 6 B. (Bourbonnais, Champagne) ; 18 E. (Gendarmerie, 8; Filz-Jamos, 3; la Reine, 4 (dragons); Filz-James, 3).
(2) 6 B. (Rouergue, 1; Puyguyon, 1; Marsan, 3; Biron, 1); 3 E (Berry).
Morschenick, Caster (1), Grevenbroich, Neuss, et entre Rhin et Meuse, à Dahlen, Gladbach, Dulken, Bruggen, Kaldenkirschen, Kempen et Huis; la cavalerie gardait le fleuve à Emmerich, à sa sortie de Westphalie, disséminée aussi à Erp, Turnich, Balkhausen (2): de l'autre côté, sur la rive droite du Rhin, les troupes étaient à Mettmann, Ratingen, Kayserswerth et Mulheim (3), sur la Ruhr.
Le centre se rattachait, vers Miinster (4), à la gauche disposée en croissant d'Osnabruck à Lugde, par Dortmund, Recklingshausen, Dorsten, Haltern, entre Lippe et Ruhr, Dulinen, Goesfeld sur la crête de partage des bassins de la Lippe et de la Vecht (5).
La droite, enfin, s'étendant jusqu'à Yôrden, en facedeLemfôrde, par Bramsche (6), Osnabruck, Glandorf et Telgte, sur la route de ,TeIgte à Bramsche; bordant, par Sassemberg et Harsewinkel, Wolbech, Wahrendorf, Rhéda, Viedenbruck et Dellbruck (7), le cours de l'Enns jusqu'à Paderborn (8), tenait le pays au delà de cette dernière ville.
Ainsi à Osnabruck étaient 4 B. et 5 E.; à Munster, 5 B. et 6 E.; à Paderborn, 2 B. et 3 E.
Enfin, pour protéger ses derrières, le maréchal de Maillebois avait fait occuper les bords du Rhin de Coblentz à Bonn par Andernach, Breizig, Linz, Erpel, Remagen et Oberwinter (9); la vallée de l'Aar par Sinzig(IO); la vallée delaSiiz par Sûzburg (H).
(1) 3 E. (Conty).
(2) 9 E. (Saint-Aignan, Dauphin-Étranger, Royal-Piémont, 3 chacun).
(3) 6 B. (Angoumois, 1; Limousin, 2; la Couronne, 3, dont partie à Haltern.
(4) 5 B. (Poitou, 3; Guise, 1; Artois, 1) et 6 E. (Dauphin et Condé, 3 chacun).
(5) 6 B. (Saxe et Monlmorin, 2 chacun; Blaisois et Beauvoisis, 1 chacun); 6 E. (Bretagne et Royal-Roussillon, 3 E. chacun), et 4 E. de Colonel-général-dragons.
(6) 5 E. (Royal-Étranger, 3; Aumont, 2) et 4 B. (Lyonnais, 3; Périgord, 1).
(7) 2 B. (Bourgogne et Santerre, 1 chacun); 15 E. (Rosen, 3; Orléans, la Suze et Vibraye, 4 chacun); plus une compagnie de dragons Dumoulin.
(8) 2 B. (Vermandois et Provence, 1 chacun); 3E. (Bourbon).
(9) 2 régiments de 1 B. (Ponthieu, 1; Royal-Comtois, 1); 4E. (Nicolaï).
(10) Trois compagnies franches (La Croix, de Liraont, Vandal).
(11) E. (Barbançon).
Enfin, le B. d'artillerie de Valereau alla occuper Juliers; les chevaux affectés à cette arme prirent leurs quartiers à Hasselweiler, et les ouvriers à Kaiserswerth sur le Rhin. Le quartier général était établi à Uerdingen; M. de Balincourt commandait à Munster, M. deLautrecà Osnabruck, M. de Putanges à Paderborn; M. du Montai avait sous ses ordres les troupes occupant les bailliages de Bruggen, et M. de Malezieux celles cantonnées autour de Neuss et de Kayserswerth.
L'électeur de Cologne prit à la même époque des quartiers d'hiver; ses troupes s'étendirent dans les évêchés de Munster, de Paderborn et Osnabruck, à l'exception de 2 B. sur le Rhin à Zons, un peu en amont de Dusseldorf. Les troupes palatines étaient, de leur côté, dans les duchés de Bergh et de Juliers.
Ces dispositions, achevées le 15 novembre, marquèrent le terme des opérations de cette armée de Westphalie qui allait rester pendant huit mois inactive dans ses cantonnements, et n'en sortir que trop tardivement au bruit lointain des désastres de l'armée de Bohême. C'était, en effet, en Bavière et en Autriche que s'était porté tout le poids de la guerre ; M. de Gassion, arrivé à Amberg le 14 octobre avec sa division, s'y était arrêté pour rallier les divisions de MM. de Clermont-Tonnerre et du Chayla (1), marchant derrière lui à deux jours d'intervalle. M. de Polastron, de son côté, atteignait Lauwingen, le 9 octobre, d'où il se dirigeait sur Linz, par Donauwôrth, quand la nouvelle de l'apparition, en Tyrol, de régiments autrichiens rappelés d'Italie, fit changer les plans de l'électeur. D'après ses ordres, M. de Polastron envoya à Fussen, sur le Lecht, au débouché du Tyrol, M. du Châtel avec 5 B. de Rohan et de Souvré; à Linz, son B. d'artillerie dont 50 hommes (2), commandés par M. de Vature, prirent avec le B. de Marsay la direction d'Amberg, accompagnés par M. de la Tour, chef de la seconde colonne, avec Royal-dragons. Le régiment de Bauffremont quitta le 15 octobre, àDonauworth, la 2® colonne et rejoignit l'infanterie de M. du
(1) Du Cliayla (Nicolas-Joseph de Langlade, vicomte), né le 6 avril 1686. Mousquetaire en 1704. Maréchal de camp le 20 février 1734. Lieutenant général le 1"" mars 1738. Mort le 16 décembre 1754. (D. G.)
(2) Ils devaient conduire à M. de Gassion des pièces de canon à la Suédoise, des caissons de munition d'artillerie et d'infanterie.
Châtel. M. de Molac (1), marchant avec la 3^ colonne de M. de Polastron, formée du régiment d'infanterie de Berry et des dragons Saint-Mesme, arrivait le 12 octobre à Lauwingen, avec un important convoi de poudre et de fusils, qui fut embarqué sur le Danube pour se rendre à Linz, par les soins d'un officier d'artillerie. M. de Brou est envoyé exprès de Linz pour assurer cet embarquement; les chariots et autres voitures pesantes furent dirigés par terre, sous l'escorte des 2 régiments, sur Donauworth, et d'où ils prirent par eau la direction de Linz en même temps que le régiment de Berry. Les dragons de l'Hôpilal-Saint-Mesme, qui d'après les premiers projets devaient occuper Wilshofen, furent dirigés sur le haut Lecht à la suite des dragons Bauffremont pour renforcer les troupes que M. de Châtel avait déjà conduites de ce côté. Ainsi des trois colonnes échelonnées qui formaient, au départ, le corps de M. de Polastron, primitivement destiné à renforcer notre armée sur le Danube, aucune n'arrivait complète à destination. Le noyau de réserve se fondait avant d'être en vue de l'ennemi. L'entrée des troupes en Bohême ne se poussait pas moins avec beaucoup d'ardeur.
On était, en effet, revenu au plan de M. de Belle-Isle. Vainement, de Francfort oîi il se trouvait, il avait essayé d'empêcher la marche sur Vienne ; les lettres les plus pressantes écrites à l'électeur, à M. de Beauvau, à M. de Leuville, restèrent sans résultat. L'électeur était allé de l'avant, il écoutait alors le roi de Prusse, et cette marche l'avait mis aux portes de Vienne. Mais Frédéric avait traité, onlesut, sans se préoccuper de ses alliés; l'armée deM. deNeuperg allait rentrer en lice et l'électeur retomba dans ses hésitations. Versailles s'effrayait de l'étendue exagérée de notre ligne de bataille qui d'Amberg à Saint-Polten ne mesurait pas moins de cent lieues. Si M. de Neuperg se jetait sur Budweis et Passau , il pouvait isoler nos deux armées, s'établir aux sources de la Moldau, d'où il serait impossible de le déloger, et, des montagnes qui séparent la Bohême de la basse Bavière, s'élancer sur Prague ou sur Vienne et écraser sous leurs remparts l'armée qui s'y porterait.
On nevoulaitpas non plus livrer à l'électeur une si grande étendue de territoire : n'eût-ce pas été remplacer la trop puissante maison
(1) De Molac. — Cornette au régiment de Vaudrey (cavalerie) en 1729. Colonel de Berry (infanterie) 1*'' mai 1735. Mort le 6 mars 1743. (D. G.)
de Hapsbourg par une maison aussi puissante? Il fallait donc détourner l'électeur de l'exécution du plan de Frédéric II. MM. de Belle-Isle, de Beauvau et de Leuville lui montrèrent, en les exagérant, les périls de la situation : M. de Rewenhiiller opiniâtre dans Vienne, les Hongrois levés en masse, M. de Neuperg tournant l'armée par le Mannhardsberg, les Tyroliens et les Styriens en armes sur ses frontières. Qui savait, d'ailleurs, les projets de l'électeur de Saxe sur la Bohême? La souveraineté de la Moravie que M. de Belle-Isle lui laissait entrevoir avait pu ne pas lui sutfire; et, si par calcul il avait semblé accepter, qui savait, alors que la Saxe armait à outrance et réunissait à Pirna un matériel considérable et une armée nombreuse, si Auguste ne méditait pas de marcher sur Prague? L'électeur fut très frappé de ces observations; à cette époque oii tant de violations de traités se produisaient, il pouvait bien suspecter la bonne foi de son allié et il tenait à ne pas lui laisser prendre une province sur laquelle il croyait avoir plus de droits que lui. Pendant tout son séjour à Saint-Polten , il demeura en proie à Fhésitation. Une lettre du roi de France adressée à M. de Belle-Isle, le 23 octobre, où on l'autorisait, en cas de marche sur Vienne, à se séparer des Bavarois, décida l'électeur à ramener ses troupes en arrière sur la ligne de l'Enns et de la Moldau. L'entreprise sur Vienne était abandonnée, l'on revenait au plan de la France. Un mois avait été perdu. Est-ce à dire que celui deFrédéricIIfût mauvais? Non, si l'exécution en eût été suivie avec vigueur; mais Charles-Albert perdit quinze jours à Enns, huit à Ip§, quatre à Molk, au lieu de marcher à grandes journées sur Viehne et de profiter de l'état misérable de défense où la ville se trouvait pour s'en emparer. Quel résultat cependant au point de vue des opérations futures !
La campagne de Bohême, telle que la désirait la cour de France, allait commencer. Quelles étaient au début les positions principales occupées par l'armée française et par les Bavarois et de combien de troupes disposaient les alliés? La pointe sur Saint-Polten était formée par les divisions de MM. de Leuville, d'Aubigné, de la Fare, de Saxe et de Ségur ; nous avions là 18 B. (I),
' (1) Il est assez difficile de préciser quel étail, enlre la guerre de Poloj^ne et celle de la succession d'Autriche, la composilion des bataillons. Ininicdialement
55 E., compagnies franches, régin:ient d'artillerie; l'électeur s'y était joint avec 12 B. et 16 E. dont 6 de dragons. A Eschelcham et Waldmunchem, MM. de Minutzi et de Curton avaient 11 B. et 6 E. M. de Gassion était à Amberg avec 15 B. et 33 E., compris le B. de Marsay et Royal-dragons. Enfin M, du Ghâtel, à Fussen sur le Lecht, surveillait le Tyrol avec 5 B. et 10 E.
après la guerre de Pologne, toutes les troupes françaises furent réduites: l'infanterie à 510 hommes par B., la cavalerie à 100 maîtres par E., ainsi que les dragons, dont 60 montés et 40 à pied faisant le service de grenadiers. Vers le mois de mai 1741, l'infanterie est portée à 685 par B. et, au commencement de 1742, la cavalerie et les dragons, après avoir été remis en pied, à 140 maîtres par E. Une augmentation aussi considérable, jointe au vide qui se trouve dans cette saison, pour arriver au complet, fut l'objet d'une levée de près de 40,000 hommes pour l'infanterie et de 10,000 pour la cavalerie et les dragons, qui dans des circonstances moins pressantes eût exigé plus de temps.
Pour qu'on puisse se faire une idée de l'état de l'infanterie à cette époque, voici la comparaison de l'infanterie française en 1734 et en 1744 .
A la première date, 102 régiments, dont 2 gardes françaises et gardes suisses, formaient 172 B., en tout 117,933 hommes dont 8,841 ol'Hciers ; 53 régiments étrangers comprenaient ,il,80O hommes dont 1,523 officiers; la milice apportait 69,296 hommes commandés par 3,904 officiers répartis entre 122 B. Les compagnies franches ajoutaient 5,631 hommes à ces chiffres : l'effectif total des 175 régiments, divisés en 351 B., était de 228,574 hommes, compris 14,578 officiers.
En 1744, il y avait : maison du roi (gardes françaises, 6 B., gardes suisses, 4), 6,780 hommes; 100 régiments français (161 B.), 110,625 hommes; 23 régiments étrangers (Suisses et Frisons, 27 B.; Allemands, 18 ; Italiens et Corses, 2; Irlandais, 5; Écossais, 1), 36,065 hommes.— En somme, 157,920 hommes, et, si l'on y ajoute la milice, les compagnies franches, elc, 264,755 hommes.