‹ Les guerres sous Louis XV (volume 5)Chapitre 6 sur 21 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CAMPAGNE DE BOHÊME JUSQU'a L'A PRISE DE PRAGUE.

(24 octobre à 27 novembre 174d).

Octobre. — 24. Pont jeté à Krems sur le Danube. — MM. de Minutzi et de Ximenès arrivent à Kladrau. — Le maréchal de Neuperg campe près Olmutz avec l'armée autricliienne venant de Silésie. — M. de Lobkowitz se replie sur Prague.

— 25. Les bavarois, sous M. de Tôrring, passent le Danube, campent à la tête

du i)ont. — Une partie de l'armée française revient à Saint-Polten, à Siernig.

26, M. du Brocard à Budweis. — M. de Torring à WeizoU. — MM. de Minutzi et de Ximenès à Pilsen. — 27. M. de Torring à Gfôhl. —,28. A Rastenfeld. — L'armée du roi décampe de Saint-Pollen les 28 et 30, reprend la route qu'elle avait tenue depuis Enns, pour passer le Danube à Mauthausen, se rendre à Freysfadt

et ensuite par division du 10 au 12 novembre à Budweis. — 29. A Zvvettei.

M. de Minutzi s'avance avec les troupes bavaroises pour descendre le Tyrol.

M. de Ximenès reste à Pilsen. — L'électeur part du camp de Siernig, se rend à Budweis, laisse le commandement à M. de Leuvillc. — 30. Le reste de l'armée française quitte Saint-Pollen. — 31. Le maréchal de Tôrring à Wetlra.

Novembre. — 1 •='. L'électeur à Enns. — M. de Tôrring à Bomischgralz. — 2. A Scbweidnilz. — M. de Gassion à Pilsen. — Les troupes de M. de Ximenès rentrent dans l'armée. — 3. L'armée à Neumarckt. — Les troui)es parties le 29 passent le Danube sur des bateaux, campent à Mauthausen. — M. de Neuperg àKrumau. — Le grandduc assemble des troupes à Znaïm. — 4. L'armée à Amstetten. — M. de Tôrrln» à Budweis. — b. \ Widin. — 6. L'armée campe à Enns. — Les troupes parties le 29 arrivent à Freystadt. — M. du Brocard occupe Teyn; une partie des convois à Budweis. — M. de Tôrring à W'esely. — Tabor occupé. — Arrivée des dernières divisions de MM. de Clermonl-Tonnerre, de Polastron et du Chayla. — M. d'Armentières à Rokitzau. — Le prince de Lobkowitz laisse des troupes dans Pra"ue.

— Se relire en Moravie. — 7. M. de Gassion à Rokitzau. — M. d'Armentières à Mauth. — 8. L'électeur de sa personne à Budweis. — M. de Leuville part de Linz avec la moitié des troupes. — M. de Gassion à Mauth. — M. d'.Vrmentières à

Zebrak. — M. de Clermonl-Tonnerre à Rokitzau. — Pilsen reste occupé.

M. de Neuperg à Iglau. — 9. M. d'Aubigné suit M. de Leuville avec le reste des troupes. — M. de Ségur chargé du commandement en Autriche. — M. de Clermonl-Tonnerre à Mauth. — M. de Gassion à Zebrak. — M. d'Armenlières à Béraun. — 10. M. de Leuville à Freystadt. — 11. L'électeur part de Budweis, campe à F^rauenberg.

Novembre 1741. — Il passe le Danube sur des bateaux à Maulhausen, arrive le 6 à Freystadt, le 8 à Budweis et en jiart le 12, le 13 à Piseck, et continue sur Prague.

Les Saxons s'assemblent alors aux environs de Pirna, marchent à lung-Bunt-

zel, et delà sous Prague, et les Prussiens, qui côtoyaient l'Elbe, se rendent àBran- ,jeis — Le grand-duc se décide à marcher au secours de Prague. Il décampe de Znaim, le 10, et détache le général Nadasty avec tous les hussards pour se rendre maître de Neuhaus. — Toute l'armée autrichienne y arrive le 16. — Le grand-duc y établit son quartier général. — M. de Gassionà Béraun. — 12. L'électeur à Teyn. — M. de Leuville à Budweis. — M. de Gassion est joint par M. de Clermont-Tonnerre. — Toutes les troupes cam|)ent à la rive gauche de la Béraun, sur le chemin de Prague. — 13. M. d'Aubigné joint M. de Leuville à Budweis. — L'électeur à Piseck. — 4. A Przibram. — M. de Clermont-Tonnerre reconnaît Prague, — 15. M. de Leuville rassemble toutes les troupes à Budweis, occupe la position de Wittingau. — 16. L'armée saxonne à Budin. — Un corps de Prussiens à Brandeis. — M. de Neuperg rejoint par MM. de Lobkowitz et de Palfy. — 17. Arrivée de convois à Budweis. — Le maréchal de Neuperg campe à Neuhaus, y rassemble toutes ses trou|ies. — 18. M. de Leuville fait passer les convois à Pi-. seck. — L'électeur de Bavière à Kônigsaal. — L'armée ennemie, sous les ordres du grand-duc, marche vers Prague. — 19. Évacuation du poste de "Wittingau. — M. deTôrring à Teyn. — L'armée de M. de Gassionà Horzelitz. — M. de Ximenès à Kônigsaal. — L'électeur joint M. de Gassion. — Les troupes de S. A. restent à Kônigsaal sous les ordres de MM. de la Tour et de Mirepoix. — 20. Budweis abandonné. — L'armée aux ordres de M. de Leuville, à Nemschitz. — Évacuation de Freystadt. — L'électeur prend le commandement des troupes devant Prague. — L'infanterie devant Prague, la cavalerie reste au camp d'Horzelitz sous M. de Clermont-Tonnerre. — Le quartier de l'électeur à Mol bol, celui de M. de Gassion à Ginowitz. — 21. L'armée française arrive à Protiwin. — Est jointe par celle des Bavarois, commandée par M. de Tôrring. — 22. Les deux armées campent à Piseck. — 23. AMirowitz. — 24. A Mitin. — 25. A Dobritz. — Arrivée de M. le chevalier de Belle-Isle au quartier de l'électeur. — L'armée saxonne à Tursko. — A Bostock. — 26. Prise de Prague par escalade. — L'électeur de Bavière, informé que le grand-duc, parti le 25 de Tabor, marchait sur Beneschau pour secourir Prague, se décide à brusquer l'atlaque de cette place pour l'enlever. — L'électeur, accompagné de M. de Beauvau et de M. de Séchelles, entre le 26 dans cette place.

Dès Tarrivée à Amberg de la division de M. de Gassion, la marche sur la Bohême avait commencé. M. de Minutzi, commandant le corps détaché des Bavarois dans le haut Palatinat, formait l'avanl-garde avec M. de Ximenès, venu au mois de septembre le \

renforcer avec la brigade d'Anjou et placé sous ses ordres. Il rassemble ses troupes répandues entre Trefelsheim et Eschelkam, et les forme sur sa gauche à Wernberg sur la Naab, d'où il protégeait admirablement la concentration des troupes françaises à Amberg, . et à portée d'occuper rapidement le défilé qui forme le meilleur accès de la Bohême, le seul passage h la route de Pilsen.

11 s'ébranle, le 16, avec la plus grande partie de ses troupes et toute la brigade d'Anjou, 9 B. (dont 3 bavarois) et 800 chevaux, et prend position à Waidhausen; rejoint, le 18, par de l'infanterie, de la cavalerie et 0 pièces de canon, que M. de Gassion (1) détacha d'Amberg aux ordres de M. de Fiennes avec mission de le soutenir.

Le 21, il entre en Bohême, le 24 à Kladrau, et arrive à Pilsen le 26, et ne trouve devant lui aucune résistance. Le corps du prince de Lobkowitz , à la nouvelle de la marche de l'électeur sur Saint- Polten, s'était déjà replié en arrière au delà de Prague oii, à son passage, il avait jeté à la hâte 3 B. d'infanterie et des hussards.

M, de Gassion , avec le gros de ses forces , avait suivi le mouvement de M. de Minutzi; parti le 23 octobre d'Amberg, avec sa division forte de 8 B. et 6 E., il passe par Hirschau, Wernberg, Waidhausen, Haid , Kladrau, et arrive le 1" novembre à Pilsen, où il ne trouva plus de son avant-garde que la brigade d'Anjou de M. de Ximenès (2) et les 1,300 hommes de M. de Fiennes.

Le C"' de Minutzi, à son arrivée dans cette ville le 26 octobre, trouva des instructions de l'électeur qui, ayant appris que les paysans de la Styrie menaçaient son électorat d'une invasion par le haut cours de l'Enns, le rappelait en toute hâte; il était en conséquence reparti de Pilsen le 27 et avait repris, avec tout son corps bavarois, la direction des villes de Salzbourg et d'Ischl, autour desquelles il devait s'établir de manière à s'opposer aux progrès des paysans styriens.

MM. de Glermont-Tonnerre et du Chayla suivaient M. de Gassion à deux jours d'intervalle, le premier quittant Amberg le 25 , le deuxième le 27. Tous deux rejoignirent successivement Pilsen, oi!i, le 6 novembre , se trouva réunie toute l'armée qui avait passé le Rhin à Spire, augmentée de la brigade d'Anjou de la colonne de M. de Leuville.

La résolution de marcher en Bohême avait été prise vers le 20 oc-

(1) Gassion (Jean, marquis de), né le f'' juillet 1678, mousquetaire en février 169G, luaréclial de camp le !<=' février 1719, lieutenant général le l^'" avril 1734; mort le 20 mars 1746.

(2) Ximenès (Auguslin, marquis de), né le 3 août 1684, lieutenanl dans Royal-Roussillon-infanterie en IC'JS, maréchal de camp le 1"' août 1734 ; décédé le 4 avril 1742

Volin (Bohême).

tobre. Le mouvement sur Budweis commença presque aussitôt. Quelques bons esprits, et parmi eux le comte de Saxe, ne voyaient pas sans regret qu'on se décidât à abandonner le bas cours du Danube et la ligne de la Traisen. Ils pensaient qu'en se tenant à cheval sur le fleuve à Rrems, en y établissant deux têtes de pont, en les fortifiant, on serait en état de s'opposer, tout aussi bien qu'à Budweis, à une marche de M, de Neuperg sur Tabor, et par suite à appuyer indirectement M. de Grassion , tout en continuant à menacer Vienne. Mais M. de Belle-Isle tenait à l'exécution de son plan, se sentant d'ailleurs soutenu par le cabinet de Versailles, qui rejetait toute entreprise sur Vienne ; on ne tint donc pas compte des observations du comte de Saxe.

Le corps bavarois de M. de Tôrring s'avança le premier; arrivé à Mautern le 20 octobre^ il reçut l'ordre de passer immédiatement sur la rive gauche du Danube , d'aller par le Manhartsberg prendre position vers Wesely et Tabor. Son mouvement, qu'il devait d'ailleurs accélérer, afin d'être maître au plus tôt de la ligne de la Luschnitz, le destinait en outre à couvrir la marche de l'armée française, qui devait revenir en arrière jusqu'à Enns, franchir le Danube à proximité de cette ville, et se diriger sur Budweis avec l'artillerie et les équipages.

M. de Tôrring jette un pont de bateaux en face de Krems, passe le fleuve , quitte Mautern le 25 octobre avec ses 12 B. et 16 E. (1), et campe le 25 du côté de Krems. En cinq jours par WeizoU, Gfohl, Rastenfeld etZwettel, il tourne le Manhartsberg et arrive à Wettra, où, après un jour de repos, il repart pour Wesely; il s'y établit avec le gros de ses troupes, le 6 novembre , ayant marché par Bôhmischgratz et Schweinitz, ville où l'on séjourna, Budweis et Widin.

Un fort détachement occupa Tabor et garnit de postes les bords de la Luschnitz.

A Budweis, on avait trouvé l'artillerie, qui y était depuis le 26 octobre. Parti le 22 de Linz sur ordre de l'électeur, M. de Brocard, qui la commandait, se mit aussitôt en roule sous l'escorte du régiment d'infanterie de Berry et de Royal-dragons, et conduisit heureusement sa colonne à travers les montagnes du haut

(1) B. Les gardes, Minutzi, Moiawiski et Holstein; E. Tôring, Raymond, Hohensoler et Piosac.

Manhartsberg, où n'avait encore paru aucun éclaireur ennemi. Il établit son parc et son convoi à Budweis, et occupe aussitôt Teyn par des cavaliers qui, en arrivant, font main basse sur un grand nombre de bateaux et de radeaux qu'à tout hasard les Autrichiens de M. de Lobkowitz y avaient rassemblés avant de se replier sur Neuhaus.

L'électeur et les Français ne quittent Saint-Polten que les 29 et 30 octobre. Les hussards ennemis devenant audacieux (1), M. de la Fare fut envoyé avec la brigade de Touraine et 3 brigades de cavalerie à Siernig pour protéger la marche par les délilés de Molk, et l'électeur quitta Saint-Polten le 29 au matin, accompagné de M. de Ghampigny, major général de l'infanterie, et du comte de Saxe (2), rallie à Siernig les 3 brigades de cavalerie et, après cinq jours de marche, arrive à Enns. La brigade du Roi-cavalerie (le Roi, la Reine et Levis) d'avant-garde y était parvenue le 31 octobre ; l'électeur avait pris aussi les devants à partir de Strenberg et s'y trouvait le 1" novembre, accompagné de M. de Séchelles, qui, d'abord chargé d'assurer les subsistances en vue d'une marche sur Vienne, devait h présent prendre d'autres mesures en vue d'une marche sur la Bohème. Les indications superficielles, souvent erronées, que lui donnait le maréchal de Tôrring ne lui facilitaient pas la tâche.

Heureusement M. de Séchelles, doué d'une capacité administrative hors ligne, prit si bien ses mesures que, même avant l'arrivée de l'armée à Budweis, des magasins étaient déjà formés dans cette ville, les fours établis, le pain et les fourrages assurés.

(1) Les attaques incessantes des hussards liongrois fatiguaient beaucoup notre cavalerie, en inquiétant conlinuollement nos marclies et nos campements. La manière de combattre de ces hussards était si différente de celle à laquelle nous avions jusqu'alors été habitués que nos escadrons ne pouvaient parvenir à joindre cet ennemi mobile et insaisissable.

M. de Baye, au ministre.

u 3 iioM'inljrc I7il.

« Ce serait perdre sans fruit la cavalerie (jue de la faire courir après ces poignées de puces. »

(2) 11 avait avec lui le régiment d'infanterie de Bcauce, et tout ce qui restait de la cavalerie, les carabiniers, les 3 régiments de dragons (Mestre-de-camp, Dauphin *t Armenonville) et 2 régiments de hussards (Berchiny et Ratlsky).

Resté seul à Saint-Polten , M. de Leuville rallia l'infanterie de M. de la Fare à Siernig et, désormais à la tête des 3 brigades d'infanterie de l'armée, continua sa route sur Enns, où il arriva le 6 novembre par MolkjPochlarn, Neumarckt, Amstetten etStrengberg. Dans cette marche, il ne cessa d'être inquiété par les hussards autrichiens alors commandés par un partisan d'une audace inouïe et d'une habileté consommée, le lieutenant-colonel Mentzel (1).

Constamment sur nos talons entre Saint-Polten et Enns, par trois fois il poussa l'audace jusqu'à prononcer sur nos troupes de véritables attaques, le 30 octobre à Saint-Polten, le P"" novembre à Môlk, le 3 àErlaf. Elles furent repoussées avec succès; elles n'en produisaient pas moins un effet funeste pour nos troupes (2).

Pendant que notre armée se repliait ainsi sur Enns, pour de là gagner la Bohême, le maréchal Neuperg, libre de ses mouvements par suite du traité secret d'Ober-Schnellendorf, avait quitté le 16 octobre les bords de la Neiss et se rapprochait de Tienne. Le 24 octobre, alors que les Bavarois de M. de Tôrring jetaient leur pont sur le Danube à Rrems, il était arrivé à Olmutz, en passant par Ziegenhals , Freudenlhal et Sternberg. Son armée, grâce à divers renforts reçus après la bataille de Mohvitz, était encore en assez bon état; elle ne comptait pas moins de 30 à 3o,000 hommes, tous bien équipés et armés, mais rebutés du mauvais succès de la campagne, découragés et mécontents de leur général qu'ils accusaient d'incapacité ou de trahison.

M. de Neuperg, d'après les instructions de la cour de Vienne,

(1) Né à Leipzig de parents de basse condition, en 1698, il servit sous Auguste le Fort, roi de Saxe et de Pologne, en Russie, et sous la reine de Hongrie. C'était un des plus déterminés partisans qu'on cùl encore vus. Ayant, au sortir d'un dîner donné par le comte de Barenklau, insulté les Français postés sur le Rhin, nos canonniers pour réponse lui adressèrent un boulet qui lui effleura le bas ventre ; il expira le lendemain matin. Sur son lit de mort, il exprima le regret de n'avoir pu exécuter le dessein qu'il avait formé depuis longtemps, de traverser la France avec ses hussards, de pénétrer dans Paris et d'y lever une énorme contribution de guerre. (Vehse, Geschichle des Œslreichischen Hofs und Adels, t. VII.)

(2) Le 30 octobre, le comte d'Estrées écrivait au marquis de Breteuil : « Quoique la cavalerie du roi soit encore en bon état , elle a été extrêmement fatiguée depuis quinze jours, soit par les marches, soit par les détachements. Je puis vous dire avec vérité ({u'il y en a toujours plus du tiers de commandé ; si cela dure, on en verra bientôt le bout. »

devait régler ses mouvements sur ceux de l'électeur de Bavière, et couvrir avant tout la capitale de l'Autriche; il résolut, à partir d'Olmulz, de marcher droit sur Saint-Polten où il nous supposait encore.

Après avoir donné quelques jours de repos à ses troupes fatiguées de leurs longues marches et contremarches, il se mit en route dans celte direction le l*^"" novembre, sur six colonnes et campa le même soir à Mesritz. Le lendemain 2, il pousse jusqu'à Eibenschutz, et le 3 il arrive à Weimislilz, un peu au-dessus de Kromau, où il s'arrête, ayant reçu avis de la levée du camp de Saint-Polten, de notre retraite précipitée sur la ligne de l'Enns et de nos mouvements dans la direction de Prague.

Cependant le cabinet de Vienne ne s'était pas endormi en face du danger. Grâce aux levées des Hongrois , il avait mis sur pied toute une nouvelle armée, alors en pleine marche pour joindre M. de Neuperg. C'était plutôt une multitude; hussards, pandours, talpaches, varasdins et autres formaient un assemblage incohérent de corps irréguliers et bizarrement accoutrés, mais c'était une force redoutable par son patriotisme fanatique. Le grand-duc de Toscane lui-même se mettait à la tête de ces troupes à demi sauvages. Parti des environs de Presbourg, il marche à grandes journées sur Znaïm, et y arrive le 7.

Il y fut joint le jour môme par les régiments d'infanterie de Waideck et de Môlk, conduits par les généraux Geisruck et Tornaco, sortis de Vienne à la nouvelle de la retraite de M. de Leuville, et qui lui amenèrent un train d'artillerie de 20 pièces de canon, quelques mortiers , avec une quantité considérable de poudre et de boulets ; il opère, les 8 et 9, sa réunion avec les troupes de M. de Neuperg qui, après avoir séjourné quatre jours à Weimeslitz, campèrent à côté de ses Hongrois à Znaïm.

La concentration opérée, le grand-duc prit le commandement supérieur de toute l'armée, avec M. de Neuperg sous ses ordres. Celte armée ne comptait pas moins de iS régiments d'infanterie (1),

(1) Soit 3f) B. (Fraiirois de Lorraine, Ciîarles de Lorraine, Daun , Rade-Bade, Stalirenberg, Golha, Brown, Grune, Maxiinilien de Hesse, Ogilvy, Wuiinl)rand, Mercy, Hanaeh, Thungen, Collowrath, Molck, Waldeck, Schuleinliourg, chacun de 2 B.).

13 de cuirassiers (1), 6 de dragons (2) et 6 de hussards (3), qui formaient un effectif de plus de 80,000 hommes.

Le grand-duc ne s'arrêta pas longtemps à Znaïm. N'ayant plus rien h redouter de ce côté de Vienne, il se dirige sur Prague; là paraissaient devoir se concentrer tous nos efforts, et il lui importait de secourir au plus tôt cette ville, sous peine de voir la Bohême presque entière tomber entre nos mains. 11 lève son camp, le 10, et se transporte à Jaispitz. De là, pour frayer la route à son armée, il lance dès le lendemain en avant tous ses hussards aux ordres du général Nadasty avec ordre de s'emparer de Neuhaus, poste situé sur la route de Prague , dans les environs duquel nous avions déjà quelques détachements.

Notre armée du Danube était concentrée alors à Budweis, du moins en majeure partie ; en dehors des Baravois de M. de Tôrring, qui occupaient la Luschnitz entre Wesely et Tabor depuis le 6 novembre, et des -i compagnies du régiment de Berry convoquées par M. du Brocard à Teyn à la même époque, nous avions poussé effectivement un détachement sur Wittingau et fait occuper Neuhaus par un parti tant français que bavarois, aux ordres de M. de Bonnaire , lieutenant-colonel du régiment de hussards Berchiny. Un premier engagement devait fatalement se produire à ce moment entre les deux armées.

Pendant son court séjour à Enns (l"" au 3 novembre), l'électeur avait réglé les dispositions à prendre pour couvrir la haute Autriche contre les tentatives de l'ennemi sur cette province après le départ de l'armée. Cette mission, d'après les projets convenus avec la France, appartenait en entier aux soldats bavarois; mais presque tous les régiments disponibles de l'électeur étant alors ou sur le Luschnitz avec M. de Tôrring, ou sur la route de Prague avec M. de Minutzi, il fut convenu que provisoirement sur l'Enns resterait une brigade française d'infanterie avec un peu de cavalerie. On désigna à cet effet la brigade de Touraine (Touraine et Royal- Vaisseaux) et le régiment de cavalerie du Rumain. M. de Ségur,

(1) Scher, Lanltiiéri, Cordona, Hohenembs, Pozasky, Berl<enfeld, Ilolienzollern, Diemar, Sainl-Igiion, Caraffa, Bernes, Charles Palfy, Luljoniirsky, formant 35 E.

{'2) Allliau, Liclilenslein, Balliiani, d'Olloné, \Yurteniljerg, Roiner, de 4 E. chacun : soit 24 en tout.

(3) Desossi, Ghilani, Spleni, Caroli, Ozecky, Pestwermazai.

qui n'avait pu suivie l'armée à Saint-Polten, par suite d'une chute de cheval , fut investi du commandement de ce petit corps détaché, auquel devaient plus tard se réunir les troupes de M. du Châtel, alors occupées sur les frontières du Tyrol, et celles de M. de Minutzi qui, en vertu des conventions, recevait, le 26 octobre, l'ordre de se rabattre sur la haute Autriche et de couvrir les frontières de Bavière du côté de la Siyrie. Puis l'Électeur, en quatre jours par Pregarten, Freystadt, où l'on resta le 6 novembre, et Koplilz, arriva avec le comte de Saxe (1) à Budweis, où il rallia la brigade du Roi-cavalerie. Il y resta trois jours, peu rassuré sur la tournure des événements; la nouvelle du grand-duc à Znaïm avec 80,000 hommes était de nature, en effet, à lui inspirer les craintes les plus légitimes. Et, pour tenir tête à l'armée si nombreuse de ses ennemis, même après l'arrivée de M. de Leuviile qui à ce moment franchissait seulement le Danube, il ne pouvait mettre en ligne plus de 13 à 18,000 hommes. Justement effrayé des périls d'une telle situation, et peut-être inspiré d'une sorte de pressentiment des malheurs que la perte de Budweis entraînerait pour nous, il songe un moment à différer ses projets immédiats sur Prague, à concentrer toutes ses forces sur la Luschnitz, et à opposer aux 80,000 hommes du grand-duc une armée moitié moindre, il est vrai, mais compacte. Grâce à la force des positions, elle serait en état de ne pas se laisser entamer, d'user les efforts des Autrichiens, de leur interdire à eux-mêmes la route de Prague et de les forcer enfin aune action décisive dans laquelle ils perdraient une partie de leurs avantages, les bandes hongroises n'étant point propres à ces sortes d'opérations. Dans cette pensée, il presse la marche de M. de Leuviile, qui devait lui amener d'Enns les deux brigades d'infanterie de Navarre et de la Marine avec toute la cavalerie qu'il n'avait pas emmenée avec lui à Budweis; il écrit à M. de Gassion, alors en pleine marche sur Prague, de venir le joindre au plus tôt avec toutes ses troupes.

M. de Gassion reçut sa lettre, le iO novembre, au camp de Zebrak. Fort déconcerté par cet ordre inattendu en complète opposition avec les instructions reçues de Versailles, qui prescrivaient

(1) Il avait sous ses ordres 20 E. et 1 B. (carabiniers, dragons, et régiment de Beauce).

de ne se détourner sous aucun prétexte de la route sur Prague, il ne voulut pas cependant prendre sur lui seul la responsabilité d'une désobéissaiice et consulta les lieutenants généraux de son armée, MM. de Polastron et de Clermont-Tonnerre, sur ce qu'il devait faire. Ces trois officiers, ayant tenu conseil, tombèrent d'accord qu'il ne leur appartenait pas de changer leur destination même en s'autorisant des ordres de l'électeur contraires à ceux qu'ils avaient reçus de Versailles, et se prononcèrent en conséquence tous les trois pour la continuation de la marche sur Prague.

M. de Gassion rendit compte de cet incident à Versailles, où sa conduite fut approuvée. Il fît en même temps connaître sa détermination à rélecleur de Bavière, qui, ne pouvant agir autrement, se décide à rejoindre les troupes de M. de Gassion, abandonnant à l'armée de M. de Leuville, sur le point d'arriver, le soin de tenir la ligne de la Luschnitz, de menacer le flanc du grand-duc et de protéger les communications avec M. de Ségur. Il partit donc le II novembre sous l'escorte du comte de Saxe (1), parcourut en quatre jours la route de Budweis à Prague et par Frauenberg, Teyn, Piseck et Pzibram, laissant à Ronigsaal, le 18 novembre, la majeure partie des troupes, continua sa route presque seul avec M. de Champigny, escorté de quelques cavaliers et du régiment d'infanterie de Beauce; le soir même du 19, il couchait à Horzelitz où était le corps de M. de Gassion à peine arrivé. Cependant M. de Leuville, qui débouchait à Emis le 6 novembre, avait passé le Danube sur le pont de bateaux de Krems qu'on avait fait remonter et assujettir en aval d'Enns vis-à-vis de Mauthausen.

Un jour de repos donné à ses troupes, il commence son mouvement sur Budweis le 8 au matin, s'ébranle avec sa première colonne, composée de la brigade d'infanterie de Navarre et de la brigade de cavalerie de Royal-Allemand, et couche le même jour àPrégarten, le 9 à Freystadt, où il séjourne le 10, le 11 à Koplitz, le 12 à Budweis, où il s'arrête.

(1) Lo comte de Saxe amenait avec lui la brigade du Roi-cavalerie, les carabiniers, 3 régiments de dragons (Mestre-dccani]), Dauiibin et Armenonville) et le régiment d'infanterie de Beauce, en tout 16 E. de cavalerie, 12 de dragons et 1 B. Le régiment de Royal-dragons, qui dans l'intervalle arrivait de Linz à Budweis, à la suite (le l'artillerie de M. de Brocard, escortait le trésor et formait l'arrière-garde.

La 2® colonne (M. d'Aubigné), la brigade de îa Marine et le reste de la cavalerie le suivirent à un jour d'intervalle.

Page 1