CAMPAGNE DE FLANDRE. — PRISE DE MENIN, D YPRES ET DE FURNES
1740. Préliminaires.
Sejjtembre. Deux flottes parties de Toulon et de Brest pour soutenir les colonies espagnoles. — Marie-Thérèse présente son époux, François-Etienne de Lorraine, comme successeur de l'empereur Charles VI. — L'électeur de Bavière se déclare compétiteur. — Traité entre les rois d'Espagne, de Prusse, des princes d'Allemagne et Louis XV, pour l'appuyer contre la polih'que et les entreprises de l'Angleterre.
1741. Janvier. 18. Combat maritime contre les Anglais.
De février à septembre. Le roi met ses places maritimes en état de défense.
1742. Avril. Dunkerque fortifié. — Mai. Premier débarquement des Anglais à Ostende. — Désignation de différents commandements sur la frontière du nord. — JwiZ/e/. Établissements, batteries et camps retranchés. — Août. Nouveaux débar-
' quements des Anglais. — 21. Rassemblement d'une armée sur la frontière des Pays- Bas, sous les ordres du maréchal de Noailles. — Septembre. Départ du maréchal, pour visiter les places frontières. — Octobre. M. de Cremilles le rejoint et l'accompagne.— Modifications, changements dansles états-majors. — Novembre. Les |irinces du sang à l'armée. — Décembre. Les Anglais cantonnent de Dixmude à Courtray. — Les Hanovriens dans les Pays-Bas. — Les Autrichiens à Luxembourg. — M. de Noailles se rend à Versailles, remplacé par M. de Ceberel. — La guerre, sans être ouvertement déclarée; les préparatifs augmentent de tous côtés. — Levées extraordinaires.
1743. Avril. 27. Le roi d'Angleterre et le duc de Cumberland quittent Londres. — A la suite de la bataille du 27 juin, traité du 13 septembre contre la France. — Le Luxembourg et les Pays-Bas deviennent le théâtre de la guerre.
1744. Une armée sous les ordres du maréchal de Noailles avec MM. de Cel)erel, de Lutteaux, d'Harcourl, de Clerinont, de Pons, du Chayla; l'autre sous le maréchal de Saxe, avec MM. d'Estrécs, d'Armentières contre celles des alliés.
Avril. 25 au 30. L'armée des alliés s'assemble dans les environs de Bruxelles. — 27. Les troupes sous les ordres de M. de Noailles, qui doivent former nos armées, cantonnent sous les places de lu frontière.
Mai. 10. M. d'Harcourl concentre sous Sedan 23 E. — M. de Choiseul chargé de la Thiérache et de la frontière de! Champagne. — 14. L'armée de Noailles se rassemble dans la plaine de Cysoing. Le roi s'y rend. — Corps d'infanterie et de dragons détachés à Dunkerque avec M. d'Aunay. — L'armée commandée par le maréchal de Saxe se rend également dans la plaine de Cysoing. — 15. Le roi passe la revue de l'armée. — 16. Les troupes venues de la Flandre maritime et de l'Artois à Armentières, sous MM. de Cebercl et de Lutteaux. — M. d'Harcourt arrive à Maubeuge. — 17. L'armée de Noailles cantonne dans les environs de Lille.
— Les troupes de MM. de Ceberet et de Lutteaux campent à Commines. — L'armée du maréchal de Saxe à Dottignies sur le ruisseau de Groote-Spierre.— M. d'Estrées, détaché à Courtray, occupe ce posleet Haerlebeke. — 18. Investissement de Menin.
— L'armée de Noailles, sur les hauteurs de Menin, à la droite de la Lys, près Roncq. — M. de Berchiny protège la communication de Lille à Douai, s'établit au Pont-à-Marcq. — M. de Ceberet, avec une partie des troupes venues de Flandre et de l'Artois, sur les hauteurs de Menin; M. de Lutteaux sur celles de Courtray à la gauche de la Lys. L'armée aux ordres de M. de Saxe, la droite à Courtray, la gauche à Haerlebeke. — 19. M. de Lutteaux joint l'armée de M. de Saxe. — 21. Les troupes restées en arrière arrivent devant Menin. — 23. L'armée française prend une position définitive devant Menin. Le roi se rend à son quartier de Werwick. — Les Anglais et les Hanovriens près Alost. Un corps de troupes les remplace au camp de Bruxelles. — 28 au 29. Tranchée ouverte devant Menin. — M. de Talleyrand occupe Dcynse. — 31. M. de Lulleaux, détaché, s'empare d'un convoi.
/w'n. 4. Menin capitule. — M. de Lutteaux rentre au camp. — 6. Investissement d'Ypres. — M. de Clermont détaché pour cette opération. — Le maréchal avec une partie de ses troupes concourt à l'investissement d'Ypres du côté du moulin de Brielen. — Il retourne au camp de Courtray. — Le reste de l'armée devant Ypres. — 9 et 10. Le quartier du roi à Vlaincrtynghe. — L'armée des alliés se forme successivement à la rive droite de l'Escaut, campe entre Bottelaere et Audenarde sous les ordres du duc d'Arenberg. — 15. Ouverture de la tranchée devant Ypres. — 18. 42 E. de notre armée rejoignent M. de Saxe à Courtray. — 26. Ypres capitule. M. de Boufflers détaché fait le siège du fort de Knocke. — 27. Le roi se rend à Dunkerque. — 28. Investissement du fort de Knocke; ouverture de la tranchée la nuit suivante. — 29. Le fort de Knocke capitule. M. de Clermont, chargé du siège de Furnes, masque cette place. — MM. de Ségur et d'Avaray détachés pour l'investissement de Furnes. — 30. Investissement de Furnes. 8 B. tirés de Dunkerque pour le siège. — M. de Clermont arrive devant Furnes et établit son quartier à Bogaert.
Juillet, l'''' et 2. Toutes les troupes destinées au siège arrivent devant Furnes; le camp devant Ypres entièrement levé. — Les troupes sé[)arées en différents corps ; les gardes à Dunkerque ; le prince de Ponsà Dixmudepour couvrirle siège de Furnes. — La maison du roi à Loo. — M. d'Harcourt à Valenciennes. — M. de Clermont renforcé par une partie des troupes du siège d'Ypres. — M. le prince de Pons , chargé de couvrir le siège de Furnes, à Dixmudc avec une partie des t roupes du siège d'Ypres. — 6,000 Hollandais et 4,000 Anglais débarquent à Ostendeet marchent pour joindre l'armée. — 5. Changeme;it dans l'emplacement des troupes
de M. de Clermont entre Wulpen et Bogaert. — 7. Tranchée ouverte devant Fiirnes. — 10. M. d'Harcourt part de Valenciennes pour les Évêchés. — Capitulation de Fumes. — 16. 26 B. et 33 E. détachés de l'armée de Noailles se rendent dans les Évéchés et ensuite en Alsace. — 17. 15 B. et 18 E. des troupes du siège de Furnes partent pour joindre M. de Saxe à Courtray. — Séparation des troupes du siège de Furnes. — M. de Clermont suit le roi en Alsace. — 18. M. d'Harcourt arrivée Sedan. — M. de Saxe, renforcé par des troupes du siège de Furnes, passe la Lys et campe à la rive gauche. — 19. Le roi quitte Dunkerque, se rend à Metz et ensuite en Alsace. — M. de Saxe reste seul commandant eu Flandre. — M. de Berchiny part de Ponf-à-Marcq en Alsace. — M d'Armentières remplace M. de Berchiny au Pont-à-Marcq. — 24. M. d'Harcourt arrive à Metz. — 28. M. d'Estrées, détaché par M. de Saxe avec 16 E. et 1 régiment de hussards pour Mauheuge, campe au Pont-à-Marcq. — 29. A Cysoilig. — Une partie de la garnison de Tournay joint l'armée alliée. — 30. M. d'Estrées arrive à Saint-Amand.
— 31. Au Quesnoy. — L'armée alliée passe l'Escaut. — Corps avancé à lugoyghem. Aoiît . 1«''. M. d'Estrées à Maubeuge sur la rive droite de la Sambre. — L'armée des
alliés jointe par les Hollandais. — Elle remonte l'Escaut par la rive gauche, campe à Esi>icrres. — 5- M. d'Armentières rejoint l'armée. — 6. L'armée ennemie passe le ruisseau de Spierre et campe dans la plaine de Saint-Léger. — 7. Le maréchal se porte avec une partie de l'armée vers l'ennemi, rentre le même jour au camp sans avoir pu l'attaquer. — 8. M. du Chayla, détaché avec]23 E., campe sous Lille.
— 9. Les alliés passent la Marcq, campent à la rive gauche près Sainghiii. — 10. M. d'Estrées revient à Bavay. — 11. A Valenciennes. — Corps de 6,000 Hollandais détaché au-devant d'un convoi venant d'Osteiide. — 13. M. d'Armentières à Armentières avec 4 B. — 15. M. de Ceberet commande à Lille. — La garnison est renforcée. — M. d'Estrées au Pont-à-Raches sous Douai. — Un corps de 15,000 Hollandais dans les environs d'Ostende pour escorter un convoi d'artillerie.
— 18. MM. d'Apcher et de Chevreuse, détachés vers Audenarde au-devant d'un convoi d'artillerie ennemi venu d'Ostende, rentrent au camp le lendemain.
— M. d'Estrées change la position de son camp, va à Orignies sous Douai. — 26. M. d'Armentières quitte Armentières et se rend à la Bassée. — 27. A Douai, cil il joint M. d'Estrées. — M. d'Avaray commande dans la place. — 28. M. du Chayla à Henin-Liétard.
Septembre. 3. Le prince de Pons détaché de l'armée vers le canal de Gand, se rend près d'Audenarde. — M. du Chayla revient sous Lille. — 4. Le prince de Pons à Saint-Denis, occupe Deynse avec un fort détachement. — 5. Passe la Lys, campe à Mariakerke. — 6. Passe le canal près l'embouchure de la Nievele, campe à Lowemleghem. ^ 8. A Bellem. — Un corps de troupes ennemies passe l'Escaut à Tournay. — 10. Le prince de Pons repasse le canal, se retire à Nievele, près Deynse, où il est joint par 16 E. du camp de Courtray. — 4 brigades de cavalerie détachées de l'armée pour joindre le prince de Pons. — Le corps ennemi qui avait passé l'Escaut campe au Mon t-de Trinité. — il. Il marche vers Gand. — 12. Se réunit aux troujjes près Gand, et campe dans la plaine d'Everghem derrière le canal de Bruges, aux ordres de M. de Chanclos, en différents camps séparés. — 13. Le prince de Pons joint par 2 brigades d'infanterie de l'armée, aux ordres de M. de Souvré. — 28. M. de Lutteaux, détaché
du camp de Courtray à la poursuite de l'ennemi, se porte sur Espierres, ensuite à Cysoing ; rentre à l'armée. — M. du Chayla dépasse Lille pour attaquer l'ennemi dans sa retraite. — Rentre à son camp sous Lille. — MM. d'Eslrées et d'Armentlères attaquent l'ennemi dans sa retraite. — 28 au 29. L'armée alliée se relire et, le 29, campe à Cliin, près Tournay. — 29. M. d'Estrées rentre au camp sous Douai. — M. de Chanclos remonte la rive droite de l'Escaut, se rapproche d'Audenarde.
Octobre, f"'. L'armée des alliés descend l'Escaut, passe le ruisseau de Spierre à Alveghem et Helchin. — 4 . Le prince de Pons rentre à l'armée avec son corps. — M. d'Apcher à Wachen sur la Mandel. — M. du Chayla quitte son camp sous Lille et rejoint l'armée. — L'armée alliée à Audenarde. — 7. A Nazareth. — 9. M. du Chayla détaché sous Ypres avec toute la cavalerie. — 13. L'armée alliée sous Gand. — 18. M. d'Eslrées prend des cantonnements dans les environs de Maubeuge, d'Avesnes et de Landrecies. — 19. L'armée ennemie se divise. — 20. Séparation entière de l'année des alliés. — Le duc d'Arenberg part pour Bruxelles. — 21. L'armée française commence son mouvement. — 23 et 24. Entière séparation de l'armée dans des cantonnements. — M. de Saxe à Lille. — 24. M. d'Apcher quitte Wachen, fait l'arrière-garde et se rend à Menin.
Novembre, l*^"". L'armée de M. le maréchal de Saxe et les corps détachés de MM. d'Estrées et du Chayla se mettent en marche pour leurs quartiers d'hiver.
Il n'y eut pas de grandes opérations de guerre en Flandre pendant les années 1740, 1741, 1742 et 1743. Alors se dévoile l'état de nos frontières de Flandre; nos ennemis mettent sur pied une nombreuse armée dans les Pays-Bas autrichiens, qui deviennent le théâtre des grandes opérations, en liant la campagne de 1743 à celles des armées d'Allemagne.
Par l'origine même de la guerre, Marie-Thérèse présentait à la diète, chargée de nommer un successeur à l'empereur Charles VI, son époux François deLorraine, grand-duc de Toscane. Charles-Albert, électeur de Bavière, invoquant ses anciens droits consacrés dans le seizième siècle par l'empereur Ferdinand, se déclarait son compétiteur. Les divers États de la chrétienté se partageant entre les deux princeSj le roi de France se prononce en faveur de l'électeur de Bavière, se fondant sur ce quel'intérêt de l'Europe s'opposait à voir recommencer une seconde maison d'Autriche. Les rois d'Espagne, de Prusse et la moitié des princes de l'Allemagne suivent l'exemple de Louis XV, qui, à la réquisition de l'électeur de Bavière, consentait à faire passer des troupes en Allemagne.
A ce moment Louis XV crut utile de se prémunir contre les entreprises de l'Angleterre, qui dirigeait des troupes sur la Flandre.
Nos escadres prirent la mer, et en janvier 1741 eut lieu un engagement dans lequel quatre de nos vaisseaux (1), attaqués par les Anglais, les combattent et les mettent en fuite, démâtés et en désordre. Donc, en septembre 1741, le roi résolut de mettre ses places maritimes en état de défense, et particulièrement celle de Dunkerque, comme la plus exposée aux flottes anglaises. M. de Givry, autorisé à tirer de l'Artois les secours dont il aurait besoin pour mettre les côtes maritimes en sûreté, se rend à Dunkerque dans le courant de septembre, donne ses premiers soins aux fortifications de cette place; il construit une batterie sur le Risban, et trois autres du côté de l'ancien fort Blanc. On lui fait passer toute l'artillerie nécessaire. Il met le port en sûreté et la place à couvert d'un bombardement. Puis, la saison étant trop avancée pour continuer les ouvrages, il approvisionne cette place de manière à pouvoir y travailler au printemps, rétablir les écluses et nettoyer le port.
En avril 1742, on achève la construction des redoutes, et comme en mai les Anglais avaient débarqué à Ostende, M. de la Billarderie (2) fut nommé commandant des troupes qui se rendaient à Landrecies, Avesnes, Guise, Cambrai et Péronne, et M. de Mainville, sous les ordres de M. de Givry, fut placé dans le pays entre Sambre et Meuse.
Les Anglais ayant opéré un second débarquement à Ostende, les régiments suisses de Bettens, La Cour-au-Chantre et Diesbach, sont envoyés à Dunkerque pour renforcer les troupes campées sous cette place. L'on recommande à M. de Givry de favoriser le commerce de Dunkerque avec l'Angleterre, afin de découvrir par la correspondance des négociants quels étaient les projets des Anglais et les suites de leurs tentatives auprès des États-Généraux pour les indisposer contre la France à l'occasion des travaux de Dunkerque; on lui ordonne d'établir de nouvelles batteries, des chemins de commu-
(1) V Ardent, commandé par le chevalier d'Espinay, chef d'escadre; le 3/ercMre, par M. Lestendurc; le Diamant, par le chevalier de Piosin, et la Parfaite, yAr le chevalier d'Estourmel. Voir le sixième volume des Guerres sous Louis XV.
(2) De Flaiiault de la Billarderie de Saint-Remi (Charles-César, marquis), eatre cornette dans Royal-Pologne, 10 mars 1684; colonel 1""' février 1699, brigadier 29 janvier 1709, maréchal de camp l^^'" février 1719 ; lieutenant général, 20 février 1734, à l'armée de Flandre, concourt à la défense de cette frontière. Mort à Weissembourg, le 23 mai 1742.
nicalion et un camp retranché. Cependant, les Anglais continuant de débarquer des troupes à Ostende et se disposant à passer en Flandre au nombre de 15,000 hommes, le roi rassemble une armée sur la frontière des Pays-Bas, dont il confie le commandement à M. le maréchal de Noailles; il nomme M. Bignon intendant de celte armée, et M. de Breteuil adresse une circulaire aux intendants de Flandre, Hainaut, Artois et Picardie, leur donnant avis d'entrer en correspondance avec M. Bignon sur les approvisionnements et autres fournitures à tirer de leurs départements pour le bien du service.
M. de Noailles, ayant reçu, le 4, ses pouvoirs et les lettres de service des officiers généraux qui devaient être sous ses ordres, se rend aussitôt à Amiens et de là à Boulogne-sur-Mer , et visite toute la côte de Boulogne jusqu'à Calais. Ambleteuse attira son attention , Calais lui parut trop respectable pour que les Anglais osassent y rien entreprendre; Boulogne et le Boulonnais, quoique le pays fût sans défense, lui semblèrent faciles à couvrir en fortifiant Ardres. Il gagne ensuite Dunkerque, où il examine les nouveaux ouvrages, et en envoie les détails au roi en l'informant d'un septième débarquement de troupes anglaises à Ostende. M. le maréchal, qui prévoyait le retour de M. de Bussy (l), se ménage des correspondances en Angleterre pour l'instruire des projets arrêtés. 11 envoie M. de Gramont s'établir à Douai, visite les postes de la Colme (2), des villes de Bergues et Aire, et, ayant appris que 16,000 Hanovriens, 6,000 Hessois et environ 15,000 Autrichiens se mettaient en marche, prend des dispositions avec M. Bignon pour la défense de la frontière, surtout vis-à-vis de Maubeuge, où l'on pouvait craindre une entreprise de la part de l'ennemi; il
(1) M. de Bussy, ministre à Londres, envoyé à Hanovre en juin 1741. Il garantit le traité de la neutralité du Hanovre entre le roi d'Angleterre et la France, le 28 octobre 1741 ; mais il oublia dans les stipulations d'y li\er un terme pour sa durée. La défection d'un si puissant allié paraissait le signal de la déserlion générale. Accompagne le maréchal de Noailles en Espagne, d'où il revient le 11 juin 1746. Chargé des négociations entre la France et l'Angleterre jusqu'à la démission de Pilt, le 5 octobre 1761.
(2) Colme, canal de navigation. Il commence dans l'Aa,, près de Watten, et se portant au N. E. il se termine à Furnes en Belgique, après avoir louché à Bergues et envoyé un embranchement à Hondschoote. 11 a été ouvert, sous la domination espagnole, de 1634 à 1662.
détache M. de Creil, qui commande dans cette place et la défendra en cas d'attaque. Il venait de recevoir de Versailles des lettres de service pour cet officier, en même temps que pour MM. Maubourg, du Roure, de la Ferronnays et de Stavacourt.
M. de Cremilles, recevant la patente de maréchal général des logis de l'armée de Flandres, se rend aussitôt auprès de M. le maréchal de Noailles pour l'accompagner dans ses tournées et prendre connaissance des places de la frontière. M. de Puységur est choisi comme aide-maréchal général des logis de cette armée.
Les dispositions des Anglais dans le Furnembach et les munitions transportées de Gand à Bruges déterminèrent le maréchal à porter spécialement son attention du côté de la Flandre maritime. Le roi fut d'avis qu'il y dirigeât une partie de ses troupes, en les cantonnant de manière qu'elles pussent joindre dans l'espace d'un jour ou deux les 18 B. alors sous Dunkerque. Il approuva les redoutes jointes aux forts de campagne, qui avaient été jugées nécessaires le long du canal de Bergues à Dunkerque et le long de la colline de Bergues à Saint-Omer pour assurer la communication entre les places et ôler à l'ennemi les moyens de tourner et prendre à revers le camp de Dunkerque; enfin il le laissa le maître d'ordonner et de faire exécuter à Licques, Watten et Bourbourg les travaux indispensables.
L'ennemi avait sur nous l'avantage de pouvoir se porter en ligne droite de la mer à la Meuse, quand nous ne pouvions y communiquer que par un long circuit, l'armée du roi étant dans l'impossibilité d'agir selon les circonstances. Le maréchal alors abandonne les places entre Sambre et Meuse à leurs propres forces, en les approvisionnant de tout ce qui pourrait être nécessaire à les mettre en état de bonne défense; dirige sur Maubeuge, exposée par sa proximité avec Mons, de l'artillerie et beaucoup de munitions de guerre; il agit de même à l'égard de Philippeville et Char;, lemont. S. M. recohimande au maréchal que dans le cas oh les Anglais, avant la déclaration de guerre, pousseraient des troupes sur les enclaves, possessions de la reine de Hongrie, entre Beaumont et Chimay, il eût à les laisser tranquilles, n'étant point en droit de s'en plaindre, mais de leur répondre au premier acte d'hostilité commise. Le maréchal désigne quelques changements dans les gar-
Disons. Cependant les places de Flandre sont mises en sûreté et palissadées. M. d'Asfeld envoie 2 brigades d'ingénieurs travailler aux ouvrages ordonnés par M. le maréchal de Noailles.
Sur les nouvelles que les Anglais se disposaient à passer en Flandre et que les Hanovriens traversaient la Meuse à Venloo, les troupes sont mises en mouvement pour protéger le côté de la mer sans perdre de vue celui de la Sambre; on s'occupe des inondations des places, de celles qui se font par la retenue des eaux des rivières, en remettant celles qui s'exécutent promptement à l'aide des eaux de la mer, M. de Breteuil adresse les fonds nécessaires à la fourniture des palissades et fascines, tant pour mettre en état les chemins couverts des places de V ligne que pour la construction des forts sur 1 a Colme et la rivière d'Aa. Le maréchal donne alors à M. de Cherizey le commandement des troupes depuis l'Escaut jusqu'à la Meuse; il visite, accompagné des princes, les postes de Watten et les retranchements de Dunkerque; il se rend à Bourbourg et charge M. le prince de Bombes et M. le comte d'Eu de reconnaître les environs de Bergues, et M. le duc de Penthièvre de visiter la côte de Gravelines à Boulogne. Les princes du sang avaient, en effet, demandé au roi la permission de servir en Flandre, et des lettres de service de lieutenants généraux avaient été envoyées à M. le prince de Bombes, aux comtes de Clermont et d'Eu (d), le duc de Chartres devant servir en qualité de volontaire. Il ordonne les inondations de Condé; et fait palissader les chemins couverts de cette place; il ne décide cependant qu'une partie des inondations de Valenciennes et de Condé, afin de ménager le pays.
Les Anglais se cantonnèrent depuis Bixmude jusqu'à Courtray. Les Hanovriens s'avancèrent dans le pays de Liège, et les Autrichiens sur Luxembourg. La marche des Autrichiens détermine à faire avancer des troupes à Mézières et à Sedan. M. de Laval, chargé de mettre en état de défense la frontière desÉvêchés, prend des mesures quant à l'approvisionnement des places et l'on écrit à M. d'Asfeld de planter les palissades à Longwy comme la place la plus exposée. La saison étant alors trop avancée pour qu'on craignît quelque entreprise de la part de l'ennemi, il est permis aux princes du sang de se rendre à Versailles, et M. le maré-
(1) Voir le iiremier volume des Guerres sous Louis XV, i)3ge 15.
chai de Noailles autorise M. de Ceberet à commander en Flandre pendant son absence.
Ainsi se passa l'année 1742, sans grands événements de ce côté. En 17-43, M. de Ceberet, toujours en l'absence de M. de Noailles, eut à s'occuper de la sûreté de la frontière depuis la mer jusqu'à la Meuse. MM. de Creil et de Laval observaient Longwy etThionville; M. d'Asfeld construisait des ponts à Longwy, et l'on mit en état de défense les places de la frontière de Hainaut. Cependant les Anglais avaient déterminé les États-Généraux à se joindre à eux; leurs projets de marcher sur la Meuse et le haut Rhin étant connus, on se détermina à passer en Allemagne, où eurent lieu les événements principaux. En Flandre, le rôle de M. Ceberet se réduisit à informer le roi (ainsi que les officiers généraux et autres sous ses ordres) des débarquements de troupes anglaises, de leur destination, de la marche des alliés, de tout ce qui se passait dans les Pays-Bas et le Hainaut, du remplacement des troupes autrichiennes par les Hollandais à Mons, Ath et Gharleroi, et de toutes les dispositions de la cour de Londres, d'où S. M. Britannique même part, le 27 d'avril, avec le duc de Gumberland pour passer la mer et exciter les Hollandais à concourir à ses vues, ce qui eut lieu.
C'est alors que le roi d'Angleterre vint se mettre à la tête des troupes alliées sur le Mayn, attaqua, le 27 juin, l'armée du roi commandée par M. de Noailles, et passa à Worms, où il conclut et signa le traité du 13 septembre, dernier effort de sa jalousie contre la France.
Les Hollandais, vivement sollicités, se déterminent à augmenter le nombre des alliés par un secours de 20,000 hommes, dont 6,000 avaient déjà remplacé les Hessois à Mons, Ath et Charleroi. Les 14,000 autres prennent la route de la Meuse et du Rhin pour rejoindre l'armée des alliés, qui s'avance jusque sur la frontière d'Alsace, tandis que les hostilités continuaient à l'abbaye de Saint- Hubert et que Mentzel venait pousser de nouvelles incursions du côté de la Meuse (1). Cependant les troupes des alliés, ayant échoué dans leurs projets d'envahir l'Alsace et d'y favoriser le passage du prince Charles, reviennent prendre des quartiers d'hiver dans le Luxembourg et les Pays-Bas autrichiens. On n'avait point cessé
(1) Voir le deuxièiiK! volume des Guerres sous Louis XV, campagne d'Alsace.
d'y accumuler des approvisionnements ; ces préparatifs se continuèrent avec plus d'activité que jamais sur cette frontière, aux environs de laquelle avait été distribuée la plus grande partie de l'armée de M. le maréchal de Noailles; aussi elle devint enfin le théâtre de la guerre.
Le parti des alliés, à la fin de la campagne précédente, de ramener leur armée des bords du Rhin et du Mayn dans les Pays-Bas et le Luxembourg ne laissait plus aucun doute sur leur projet de porter la guerre en Flandre, tandis que l'armée autrichienne, commandée par le prince Charles de Lorraine, agirait sur le Rhin contre celle du maréchal de Goigny en Alsace. 11 ne s'était passé aucun acte d'hostilité en Flandre pendant la campagne, tous les ordres prescrivant de les éviter avec soin. Il semblait que les mêmes troupes qui, la campagne précédente, avaient combattu comme ennemies les unes contre les autres en Allemagne fussent neutres en Flandre. On profita de part et d'autre de ce temps de tranquillité pour se mettre en état d'agir hostilement dans cette partie, comme l'année précédente sur le Mayn. La conduite des Anglais sur mer à l'égard de la France rendait inévitable une rupture ouverte et une guerre particulière entre ces deux puissances.
En effet, les outrages répétés et les pirateries des vaisseaux de guerre anglais, l'infidélité du roi d'Angleterre dans l'exécution de la convention de Hanovre (octobre 1741), obligent le roi de France à signer, le 15 mars 1744, l'ordonnance portant déclaration de guerre. Dans la prévision de cette éventualité, on s'était préparé par tous les moyens à soutenir avec avantage une guerre pour laquelle les Anglais et les autres alliés de la reine de Hongrie étaient décidés à faire les plus grands efforts. Déjà le prince Edouard, fils du roi Jacques HI, arrivé en France dans le mois de février, avait préparé l'embarquement à Dunkerque d'un corps de troupes, aux ordres de M. le comte de Saxe, destiné à opérer en Angleterre. Les Anglais en avaient pris de l'inquiétude et avaient réclamé l'exécution des engagements pris par les États- Généraux pour la défense de leur pays. 6,000 hommes des troupes de Hollande marchent donc à Ostende et passent en Angleterre (1).
Mais les malheurs arrivés le 22 février aux flottes de France et
(1) Celte expédition est relatée dans les guerres hors du continent. Voir le sixième volume des Guerres sous Louis XV.
d'Espagne, battues par l'amiral Mathews près de Toulon, et des circonstances particulières n'ayant pas permis de mettre à exécution l'entreprise du prince Edouard, la diversion qu'on en espérait n'eut point lieu; aussi fallut-il s'occuper davantage de la guerre sur terre et s'y préparer sérieusement. Trois armées furent mises sur pied : l'une sous le prince de Gonti, en Provence, pour agir avec les Espagnols et entrer dans les États de la maison d'Autriche par l'Italie ; la seconde sur le Rhin et en Alsace, avec M. le duc de Coigny; la troisième, avec les forces les plus considérables, en Flandre, pour attaquer les Anglais et les obliger à abandonner l'Allemagne. On croyait aussi que les Hollandais, craignant pour leurs places de la barrière, rentreraient dans la neutralité, dont ils n'étaient pas d'ailleurs sortis officiellement.
Les troupes des alliés dans les Pays-Bas et le Luxembourg (environ 100,000 hommes, Autrichiens, Hanovriens, Anglais et Hollandais) occupaient des quartiers depuis la mer jusqu'à la Meuse. Ces troupes avaient souffert, l'année précédente, au combat deDettingen et se ressentaient de l'hiver. Il en était de même des nôtres; une partie de celles qui hivernaient sur la frontière de Hollande et des Évêchés et un grand nombre de celles destinées à la composition de l'armée pendant la campagne revenaient fatiguées de la campagne de Bavière. En peu de temps, par la prévoyance de M. d'Argenson, elles furent complètes et elles se trouvèrent bientôt en très bon état.
Les premières hivernèrent sur la frontière depuis Dunkerque jusqu'à la Sarre, sous M. le maréchal de Noailles, qui, malgré sa présence à Versailles, continua d'en avoir le principal commandement. Il y avait là 68 B. et 93 E., nombre insuffisant pour commencer la guerre avec assez de supériorité et forcer l'ennemi à la paix. Ces forces furent donc portées à 100 B. et 151 E. en Flandre, indépendamment d'un nombre de B. de milice et de B. et d'E. de nouvelle levée, destinés à garder les places et à assurer les communications. Ces différentes troupes, destinées à former deux armées, devaient opérer conjointement ou séparément suivant les circonstances. Le commandement de l'une des armées appartint à M. le maréchal de Noailles (1), et M. le comte de Saxe, élevé à la dignité de
(1) Armée du maréchal de Noailles; M. de Chabaiines, major-général. Infanterie, fi8 B. (gardes françaises, 6; gardes suisses, 2; Navarre, 4; Piémont,
maréchal de France, depuis le 26 mars 1744, fut destiné à l'autre armée (1). M. de Séchelles, intendant de Flandre, est attaché comme intendant à l'armée de Noailles, et M. de Ségent, commissaire ordonnateur, à celle du maréchal de Saxe.
Ces deux armées étant destinées à agir dans le même pays, et les circonstances pouvant exiger qu'elles fussent quelquefois réunies et peut-être réciproquement affaiblies ou augmentées suivant les différentes opérations, M. le comte de Saxe reçut une instruction sur la conduite à tenir vis-à-vis du maréchal de Noailles. Elle lui permettait de concourir à l'exécution de ses projets, et autori sait M. de Noailles à augmenter ou diminuer le nombre des troupes de M. de Saxe, suivant qu'il le jugerait nécessaire et d'après les circonstances.
Pendant ces premières dispositions sur la Flandre, on prenait des mesures à l'égard de la frontière du pays messin, des Évêchés et de la Lorraine, qui par la marche des troupes destinées à former l'armée se trouvait ouverte aux partis de la garnison de Luxembourg. M. le maréchal de Belle-Isle, qui, depuis son retour
4; Bourbonnais, 3; Rohan, 3; Monaco, 3; le Roi, 4; Royal, 3; Gondrin, 2 ; Noailles, 3; Orléans, 2; la Couronne, 3; Artois, 1; la Fère, 1; Beauvoisis, I ; Royalla-Marlne, 1 ; BeUens^ 2 ; Royal-Comtois, 1 ; Biron, 1 ; Penthièvre, 2 ; Hénauit, 1 ; Angouinois, 1; la Marciie, 1; Nivernois, 1; Diesbach, 2; Bulkeley, 1; Clare, 1 ; Montboisier, I; Chartres, 2; Roolh, 1; Berwick, 1; Royal-Corse, 1; Bréande et Valenceau-artillerie, 2); plus les arquebusiers de Grassin, les guides de Bruick et les chasseurs de Fischer.
Cavalerie, 93 E. (maison du roi, 13; Royal, 4; Cuirassiers, 4 ; Royal- Cravates, 4; Carabiniers, 10; Berry, 4; Orléans, 3; Clcrmont-Prince, 3; Penthièvre, 3; Egniont, 4; la Vieuville, 4; Vogué, 3; Prince-Camille, 3; Lévis, 3; Noailles, 3; Dragons. Mestre-de-camp général, 5; Royal, 5; Dauphin, 5; Egmont, 5; Hussards-Berchiny, 4).
(I) Armée du maréchal de Saxe ; M. de Brezé, maréchal général des logis, M. d'Hérouvillc, major-général et MM. de Lulteaux, du Chayla, de Granges, lieutenants généraux.
Infanterie, 32 B. (Normandie, 4; Auvergne, 2; Dauphin, 2;Touraino, 3; Eu, 2; Royal-Vaisseaux, 3 ; Seedorf, 2 ; Wittmer, 2 ; Aubeterre, 1 ; Tresnel, 1 ; Languedoc, 1; Bresse, 1; Soissonnais, 1; Aunis, 1; Vexin, 1; Baufremont, 1 ; Courten, 2; La Cour-aii-Chantre, 2).
Cam/me, 58 E. (Colonel-général, 4; le Roi, 4; Royal-Étranger, 4; Royal-Roussillon, 4; Brancas, 3; Talleyrand, 3; Chabrillan, 3; Clermont-Tonnerre, 3; Gramonl, 3; de Ficnnes, 3; Pons, 3; Asfeld, 3; Dragons-Baufremont, 5;laSuze, 5; Hussards de Beausobre, i; Dragons volontaires de Saxe, 4j.
d'Allemagne en 1743, n'avait point servi, se rendit dans son gouvernement des Évêcbés.M. de Laval devait passer en Lorraine aussitôt l'arrivée de M. de Belle-Isle à Metz. M. de Creil eut ordre de se diriger de Maubeuge sur Thionville, et fut remplacé à Maubeuge par M. deBulkeley. M. d'Harcourt continua de commander à Sedan et sur la Meuse.
Les alliés, de leur côté, rassemblaient leurs forces et se mettaient en état d'entrer en campagne. A lafm.de mars 1744, quelques-unes de leurs troupes légères dans le pays de Lu.xembourg se portent vers Bruxelles; les Hanovriens, dans celui de Cologne, devaient procbainement se concentrer sous Ypres; des cantonnements étaient préparés depuis Binch et Ath jusqu'à Courtray pour les Hessois et une partie des Hanovriens. Enfm on envoyait Mons un convoi de munitions de guerre et des viandes salées de Hollande. Notre but était de prévenir l'ennemi. L'objet de la France, en assemblant des forces aussi considérables que celles employées en Flandre, ne devait pas être de rester sur la défensive et de faire la guerre sur nos frontières. La plus grande activité devait ôter le temps à l'ennemi d'augmenter ses forces, de prendre sur ses frontières des postes avantageux et de se mettre à portée de soutenir ses places.
Le maréchal arrive à Valenciennes le 20. Les troupes destinées à former les armées durent donc s'assembler, du 20 au 30 avril, en différents camps sous les places de la frontière, la droite à la Meuse, la gauche à la mer, et camper en front de bandière, dans les premiers jours du mois de mai, dans la plaine de Cysoing entre Lille et Tournay. Les environs d'Orchies semblèrent d'abord plus convenables au rassemblement de l'armée, mais après la reconnaissance du pays M. de Noailles se décida pour la plaine de Cysoing.
Dès les premiers jours d'avril (l), les ordres sont envoyés aux officiers généraux de se rendre à leur destination : M. de Noailles
(1) Le 5 avril 1744 est signée, à Francfort, par les soins intelligents de M. de Chavigny, une ligue entre la France, Charles Vil, le roi de Piusse, le grand-duc de Hesse, roi de Suède, et l'électeur ])alatin. Celle ligue avait trois objets: le maintien de Charles Vil comme empereur, la délivrance de la Bavière et la garantie de la Silésie à la Prusse. Sa conclusion fut suivie d'une inliniléde traités particuliers qui s'y rattachent. Ainsi l'union de Francfort se trouva un contrepoids ;\ l'union de ■VV'orms.
arrive le 22 à Douai, lieu désigné pour Tétat-major et le quartier général; mais les pluies continuelles avaient tellement harassé les troupes, pendant leur marche, que le maréchal crut devoir leur donner quelques jours de repos. En conséquence, elles cantonnèrent dans les places et dans les villages voisins; en même temps le rassemblement général, fixé au 10 mai, est retardé de quelques jours, afin de donner aux traînards et aux malades le temps de rejoindre et à différents corps celui de recevoir les habillements dont ils manquaient. Ce retard ne portait aucun préjudice à nos projets, puisque l'ennemi n'était pas en état de se concentrer; que les troupes hanovriennes venant du pays de Cologne n'entraient que le 15 avril dans celui de Juliers; les Hessois ne devaient passer le Rhin que le 20, et les Autrichiens, venant du pays de Luxembourg, n'étaient pas encore en marche. Une lettre du 23 de M. de Noailles ordonne donc de mettre au plus tôt le pays entre la Sambre et la Meuse à couvert des courses des garnisons de Namur, Luxembourg, Mons et Charleroi. C'est ce qui l'engage à demander que M. d'Harcourt, à Sedan, se portât dans cette partie avec 20 à 25 E. pour les y tenir réunis ou dispersés suivant les circonstances, et pour veiller avec ces troupes à la sûreté de la Sambre, de la Meuse, de la Champagne et du Soissonnais.
M. le maréchal s'entend en même temps avec M. de Méliand, intendant du Soissonnais, pour armer les paysans de la Thiérache et de la frontière de Champagne, les mettre en état de s'assembler, en cas de besoin, sur différents points en arrière de la première ligne formée des troupes réglées, et sur les passages par lesquels les partis auraient pu pénétrer. Quelques officiers sont mis à la tête de ces paysans dans les différents arrondissements, en étendant les mêmes mesures à l'intendance de Champagne.
M. le maréchal de Belle-Isle, se chargeant du pays entre la Meuse et la Moselle, assure une correspondance prompte et peu dispendieuse entre les provinces frontières, depuis la mer jusqu'au Rhin, et entre les armées de Flandre et d'Alsace; il établit à cet effet des communications au moyen des chevaux d'ordonnance fournis par les différents pays. Ces dispositions approuvées, on expédia aussitôt les ordres de diriger sur Sedan 23 E. (I), tant du pays messin que
(1) Broglie, 4; Beaiivilliers, 3; Dauphin-Étranger, 3; Dragons-d Harcourt, 5 ; Orléans, 4 ; David-hussards, 4 : 23 E.
SUCCESSION D'AUTRICHli:. — FLANDRE (1740-1744). 329
de Picardie et de Normandie. Ces différents régiments devaient y être entièrement rassemblés le 12 mai. M. de Ghoiseul reste chargé, sous les ordres de MM. de Belle-Isle et d'Harcourt, des détails qui pouvaient regarder la Champagne et la Thiérache (1).
Au milieu de ces dispositions, et pendant que les troupes se préparaient dans leurs cantonnements à se rendre dans la plaine de Gysoing aux premiers jours de mai, époque fixée par M. le maréchal pour la réunion des deux armées, M. de Séchelles s'occupait de la subsistance des troupes. Toutes les rations nécessaires vinrent de Cambrai, de Bouchain et de Lille par terre, de Valenciennes, de Gondé et de Douai parles rivières jusqu'à Lille. Les rivières et les canaux amenèrent une partie des convois d'artillerie, de munitions et de fers coulés, tirés de Cambrai et de Douai.
Il n'existe aucune trace du projet formé pour les opérations de cette campagne, mais par les grandes dispositions à l'égard de l'artillerie on doit supposer que le roi était résolu à faire des sièges. La frontière de l'ennemi, hérissée de places depuis la mer jusqu'à la Meuse, ne présentait que trop de sujets capables d'occuper la prodigieuse quantité de bouches à feu préparées dans nos différents arsenaux et de retarder les opérations des armées formidables destinées à agir en Flandre. Malgré les grands préparatifs à Cambrai et à Douai en transports immenses de cette artillerie, rien n'indiquait au public ni à l'ennemi oii se porteraient les premières attaques. De Cambrai les convois pouvaient se diriger également vers les places du Hainaut autrichien et de la Sambre, ou vers l'Escaut et la Lys. Les canaux et les rivières menaient de Douai à l'Escaut et à la rivière de Haine par la Scarpe, ou bien à la Lys par la Deule. Le rassemblement de l'armée dans la plaine de Cysoing n'indiquait pas davantage le chemin qu'elle pourrait prendre par la suite. Les six ponts établis sur l'Escaut, près de Condé et sur la Haine, près de cette ville, nous ouvraient celui de la droite de ces deux rivières et nous mettaient de même à portée des places du bas Escaut et de la Lys. Aussi les ennemis, incertains de nos premières démarches, travaillaient ardemment aux réparations de leurs places depuis Namur jusqu'à la mer, et aux inondations
(1) Petit pays dans la Picardie, aujourrihui compris dans la partie nord du département de l'Aisne, avec Guise comme chef-lieu, et Nouvion, Marie, la Fère, villes principales.
de celles qui en étaient susceptibles, principalement Mons, Tournay, Menin et Ypres. Ils augmentaient la garnison de Mons et d'Audenarde. Les places de la barrière (1) restaient occupées par les troupes hollandaises. Nous ignorions cependant leurs dispositions pour rassembler les troupes des différentes nations formant leur armée, et s'ils camperaient en corps séparés dans les environs de Bruxelles, de Leuze et de Cambron. La position de leurs magasins de fourrages, placés entre Avelghem et Audenarde, semblait indiquer leur projet de se porter en force dans cette partie, et les différents mouvements de leur artillerie, d'Ostende et de Bruxelles, paraissaient se diriger sur Gand. Il arrivait d'Angleterre un grand nombre de recrues, de remonte et d'équipements pour les troupes anglaises. Les Hanovriens ne devaient commencer à passer la Meuse que vers le 20 avril ; les Hessois devaient arriver sur le Bhin à la môme époque. 8 B. de troupes autrichiennes, annoncés du pays de Luxembourg en Flandre, ne prononçaient pas encore leur marche dans les derniers jours du mois d'avril.
Ces nouvelles, jointes à la mésintelligence qui régnait entre les généraux des différentes nations, ne laissaient aucune crainte que les ennemis fussent en état de prévenir le rassemblement de nos armées. Cependant le maréchal, afin de ne pas perdre ses avantages, se prépare le 26 à placer toutes les troupes sous la tente, le 4 mai, dans la plaine de Cysoing.
Le roi vint alors se mettre à la tête de l'armée (2); parti de Versailles le 3 mai, avec le Dauphin, il arrive à Péronne, passe à Cambrai et à Valenciennes, oii il reste six jours qu'il emploie à visiter
(1) Le premier traité de barrière est .conclu à la Haye le 29 octobre 1709, entre TAngleterre et les états généraux des Provinces-Unies, tendant à ce qu'à la première paix les Pays-Bas et les places que les alliés y avaient conquises servissent de barrière aux Provinces-Unies contre la France.
Le 30 janvier 1713, les deux puissances contractantes signèrent à Utrecht un nouveau traité de barrière avec quelques changements au premier. Enfin, le 15 novembre 1715, l'empereur, à qui on avait cédé les Pays-Bas, conclut à Anvers avec les États-Généraux et la Grande-Bretagne un traité définitif de barrière dans l'esprit des précédents, et que l'empereur Joseph II abrogea de son autorité privée pour faire démolir les fortifications des places où les Hollandais avaient le droit de mettre garnison et qu'ils évacuèrent en janvier 1782.
(2) Le roi avait avec lui M. de Meuse, MM. les ducs de Richelieu, de Luxembourg, de Bouffiers, d'Ayen, de Soubise et dePicquigny, ses aides decamp.
Bouchain, le Quesnoy et Maubeuge. Le 10, il se rend à Douai, et le 12 à Lille, où l'on chante un Te Deum à l'occasion des succès remportés dans le comté de Nice. Son arrivée à Lille marque l'époque du rassemblement de l'armée. Les premières troupes s'établissent dans la plaine de Gysoing le 12 mai (1), les dernières le 14 ; ce jour même il y avait 68 B. et 119 E. Les troupes dans la Flandre maritime et en Artois se rendent en même temps à Armentières sur la Lys, au nombre de 22 B. et 2i E. sous MM. de Geberet et de Lutteaux, et sont entièrement rassemblées le 16. Celles réunies dans les différents points devant agir en campagne se montaient à 90 B. et 143 E.; dans les places il y avait 18 B. et 36 E. de campagne, y compris les 8 B. et 18 E. de nouvelle levée, ce qui formait un total de 108 B. et 169 E. pour les armées de Flandre.
Les troupes campées dans la plaine de Gysoing furent séparées en deux parties; l'une, de 47 B. et 70 E., formait l'armée de M. le maréchal de Noailles et campait^ la droite en avant du village de Bourghelles, la gauche à la chaussée du pont à Tressin, à la hauteur du village de Chereng ; l'autre, sous M. de Saxe (16 B. et 43 E.), campa en potence à la gauche de celle de Noailles, près du village de Ghin. Les troupes campées à Armentières ne rejoignirent pas l'armée; elles n'y furent incorporées que quelques jours plus tard.
Le roi se rend, le 14 mai, à Gysoing avec son quartier général. Le lendemain, il passe la revue des deux armées.
Les ennemis, de leur côté, s'assemblaient dans les environs de Bruxelles, de Hal et d'Alost, et paraissaient donner beaucoup d'attention à la partie d'Audenarde et de Gand, dont ils renforcèrent la garnison. Le nombre de leurs troupes dans les Pays-Bas et dans le Luxembourg excédait 66,000 hommes. Les États-Généraux s'étaient engagés à fournir à l'alliance 20,000 soldats, qui occupaient effectivement pendant l'hiver non seulement les places de la barrière, mais aussi des quartiers dans le Brabant et dans le Hainaut autrichien. Cependant ces mêmes États-Généraux, inti-
(1) A celle date parulle règlement du maréchal pour les services de son armée, si bien observé pendant loule la campagne. Chef-d'œuvre de prescriptions traitant tous les détails, la marche dos «(juipages, les fourrages, la discipline dans les camps; citant les ordonnances des l'^'' juillet 1727, 20 juillet 1741, sur le rang que chacun doit tenir. C'est encore aujourd'hui la base de notre service en campagne.
midés par le parti que la France avait pris de déclarer la guerre à la reine de Hongrie, ce qui nous mettait en droit d'attaquer toutes les places soumises à la domination autrichienne, même celles de la barrière, cherchaient à retarder les malheurs dont ils se voyaient menacés: ils dépêchèrent donc au roi le comte de Wassenaër, précédemment leur ambassadeur en France.
Il eut audience, le 16 mai, à Cysoing. Ce ministre, en rendant au roi ses hommages, l'assura du désir ardent de L. H. P. d'entretenir une heureuse intelligence, et le suppliait de contribuera l'espérance du calme et de la tranquillité en reconnaissant l'empressement qu'elles mettaient à concourir au rétablissement de la paix. Le roi lui répondit qu'il avait différé la guerre autant que possible et y avait été contraint en quelque sorte. Le même jour, il donna l'ordre de marcher en avant et retourna à Lille attendre le commencement des opérations. Le 17, les deux armées quittèrent le camp de Cysoing; celle aux ordres de M. deNoailles se mit en marche sur quatre colonnes, dont deux commandées par M. le comte de Clermont, les deux autres par MM. de la Mothe et le duc de Biron. Toutes les troupes cantonnèrent dans les environs de Lille. Le 18, elles campèrent sur les hauteurs de Menin à la rive droite de la Lys, près du village de Roncq. Les troupes qui étaient à Armentières, sous MM. de Ceberet et de Lutteaux, marchèrent aussi le 17 et campèrent à Commines. Le 18, celles de M. de Ceberet occupèrent les hauteurs de Menin à la rive gauche de la Lys, ce qui forma l'investissement de cette place. Celles de M. de Lutteaux se portèrent sur les hauteurs de Gourtray à la rive gauche de la Lys.
Les armées, en s'éloignant de Lille et de Cysoing, laissaient cette partie exposée aux courses de la garnison de Tournay. M. de Berchiny dut y veiller avec son régiment de hussards, celui de Grassin, de l'infanterie, 1 régiment de cavalerie et 1 de dragons, protégeant la communication de Lille à Douai et empêchant les partis ennemis de passer la Marcq.
L'armée du comte de Saxe prend une autre direction, se porte sur Menin et couvre le siège; elle marche, le 17, sur trois colonnes, campe en deux lignes sur le ruisseau de Spierre, la droite vers Dottignies, la gauche vers le pont de Spierre. Kn partant de Cysoing, le maréchal de Saxe détache M. d'Estrées, avec des grenadiers, de la cavalerie et les hussards de Beausobre, pour occu-
per Courtray. L'ennemi en avait retiré ses troupes : M. d'Estrées s'y installe et porte M. de Beausobre à Haerlebeke sur le chemin de Gand.
Le 18, le maréchal de Saxe marche de Dottignies à Courtray sur deux colonnes, et campe sur une ligne, la droite à Courtray, la gauche à Haerlebeke, couverte par la brigade des Vaisseaux et les hussards de Beausobre. Le lendemain, les troupes de M. de Lutteaux arrivèrent au camp; elles l'augmentèrent de 12 B. et 9 E.. portant son effectif à 28 B. et 52 E. Le maréchal poussa des détachements de hussards entre la Lys et l'Escaut; quelques-uns allèrent même jusqu'à Bruges et à Dixmude; les fourrages arrivèrent en abondance et les magistrats de Gand envoyèrent une députation pour traiter des fournitures.
Pendant ce temps, quelques troupes de l'armée, restées en arrière, arrivèrent au camp devant Menin (1). Le 21, le nombre de B. et d'E. formant l'investissement de cette place était de 62 B. et 84 E., y compris les troupes de M. de Geberet.
Le roi part de Lille, le 22 à midi pour Werwick; le 23 mai, l'armée autour de Menin prend la position qu'elle occupa pendant le siège. Le roi s'y rend le même jour au quartier royal de Werwick, après avoir reconnu la place, dont il s'approche, en réglant les différents points d'attaque et l'ouverture de la tranchée.
Suivant les nouvelles qu'on en recevait, les Anglais et Hanovriens campaient près d'Alost. Le camp de Bruxelles, qu'ils avaient quitté, restait avec un corps de troupes hollandaises, et l'on annonçait leur marche prochaine vers Gand.
Dès les premiers jours de son arrivée à Courtray, le maréchal visite le ruisseau de Vive-Saint-Éloi, qui formait à sa rive gauche un champ de bataille avantageux et de bonne défense par les
(1) Emplacement des troupes au camp devant Menin :
Infanterie, sur la rive droite de la Lys, 25 B. (brigades de Noailles, 4 ; la Couronne, 4 ; Royal, 4 ; Artois, 4 ; Orléans, 5 ; Bourbonnais, 4).
Cavalerie, 42 E. (maison du roi, 13; Royal-dragons, 5; Royal, 7; Brionne, 6; Penthièvre, 6; Mestre-de-camp général, 5).
Infanterie, sur la rive gauche, 37 B. (brigade des Gardes, 8 ; Rohan, 4; le Roi, 4; Piémont, 2; Touraine, 3; Bulkeley, 4; Gondrin, 2; Beauvoisis, 2; Tresnel, 2; Aulnes, 1 ; Courten, 2 ; 1 artillerie, 2).
Cavalerie, 42 E. (la Suze, 5; Carabiniers, 10; Berry, 7; Cravates, 7; Cuirassiers, 4; Clermout-Prince et Levis, G; Pons, 3).
marais qu'il traverse. Le terrain entre ce ruisseau et Gourtray est fort plat et coupé par une infinité de haies et de fossés. Quelques jours après, il se porte jusque sur les hauteurs d'Audenarde. On y rencontra des hussards ennemis, que les nôtres poussèrent jusqu'à la barrière. Le canon de la place tira quelques coups sur nos troupes. L'objet de sa reconnaissance rempli, il continue sa tournée par Heurne et Deynse, et revient ensuite à Gourtray. M. de Talleyrand s'était emparé de Deynse le 29 mai; ce fut alors qu'il commença à se servir avantageusement des partisans d'infanterie.
A son arrivée à Gourtray, M. le maréchal de Saxe, apprenant par un de ses espions que, de Bruges à Gand, un convoi considérable de munitions et de recrues venait d'Angleterre, et que ce convoi, escorté, devait passer le l'"" juin à Bellem, situé sur le canal qui communique à ces deux villes, détache en conséquence M. de Lutteaux, le 31 mai au soir, avec de l'infanterie et de la cavalerie pour se porter le lendemain dans les environs de Bellem, à l'heure où l'on supposait que le convoi devait y passer. Mais M. 'de Lutteaux trouva les ponts rompus, et, sachant que le convoi des ennemis avait pris sa route par terre à une lieue au delà du canal, il renvoya une partie de son détachement à M. de Langeron, par Thielt, au camp, où il revint lui-même, le 4, par Thourout et Rousselaër (1).
Les préparatifs du siège achevés, la tranchée est ouverte devant Menin dans la nuit du 28 au 29, aux deux attaques déterminées par le roi, l'une sur la rive gauche de la haule Lys, dite attaque royale, et à laquelle S. M. assiste, l'autre devant l'ouvrage à cornes d'Halluin, dont fut chargé en chef M. de Clermont.
(1) Le ministre de la guerre accompagna Louis XV dans la campagne de 1744 aux sièges de Menin, d'Ypres et de Fribourg; il était avec lui à Fontenoy. A cette bataille se trouve également le frère aîné de d'Argcnson, secrétaire d'État des affaires étrangères depuis quelques mois. Le roi avait toujours témoigné jiour les questions diplomatiques un certain attrait et connaissait à fond les relations extérieures. Amelot de Chaillou donna sa démission le 23 avril 1744. Il ne lui fut pas donné de successeur, et les deux premiers commis du Theil et le Dran restèrent chargés de la rédaction des dépêches ; ils accompagnèrent le roi à l'armée de Flandre. Les deux frères d'Argenson formèrent presque son conseil dans la campagne de 1746 et continuèrent leur influence jusqu'au 10 janvier 1747, que le ministre des affaires étrangères reçut l'ordre de donner sa démission.
M. de Saxe justifia toujours la confiance du duc de Noailles, car il écrivait, le 4 octobre 1743 : « Il a été le bouclier de la haute Alsace. » Une seule fois, en 1741, il songea à quitter le service de la France en offrant son épée à la Saxe , alliée alors avec la France.
La nuit du 1" au 2 juin, à l'attaque de M. de Clermont, l'ouvrage à cornes d'Hailuin est emporté; la brèche n'étant pas encore praticable, il est escaladé. Par suite de la prise de cet ouvrage, on établit des pièces qui battent dès le lendemain le corps de place à la gauche de la porte d'Hailuin; les travaux sont conduits avec autant d'activité à l'attaque royale.
Dès la nuit du 3 au 4, les trois angles saillants du chemin couvert sont couronnés, les emplacements pour les batteries de brèche arrêtés. Les assiégés n'attendirent pas; le 4, après midi, ils battent la chamade. La capitulation est signée le même jour par M. le maréchal de Noailles et par M. d'Echten (1), qui obtient les honneurs de la guerre. La garnison sort de la place, le 7, et se retire à l'Écluse. Le régiment de la Fère entre dans la place pour y tenir garnison, le commandement en est confié à M. du Dognon (2), remplacé quelque temps après par M. de la Basèque, gouverneur de la citadelle de Lille.
S. M. avait déjà donné des ordres pour le siège d'Ypres.
Dès le 6 au matin, M. de Clermont avec des détachements d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, part du camp devant Menin pour reconnaître et tracer l'investissement de cette place du côté de Poperinghe, depuis le moulin de Brielen jusqu'à la rive gauche du canal de Boësinghe. 20 B. et 25 E. sont destinés à occuper ce terrain. M. de Saxe quitte en même temps le camp de Courtray avec de la cavalerie, des hussards, des grenadiers et de l'infanterie, et forme l'autre partie de l'investissement depuis le moulin de Brielen jusqu'à la rive droite du canal de Boësinghe. M. de Clermont s'empare de la redoute du sas de Boësinghe, à peu de distance
(1) La place, investie dans la nuit du 18 mai, capitule le 7 juin. Le gouverneur était le lieutenant général baron Van Echten -, la garnison se composait de la cavalerie de Hesse-Philipstahl, de l'infanterie de Villegas et de la Rocque *.
(2) Vidaud du Dognon (Etienne). En 1691, soldat au régiment de Navarre; en 1705, capitaine au régiment de la Fère; en 1729, lieutenant-colonel; en 1743, brigadier.
. Deyster Naemregister de Hceren mililairc offîcieren, Lcyileii, 1713, in-12.
d'Ypres, écluse importante qui faisait refluer les eaux jusqu'à la place.
Le 9 et le 10, le reste des troupes destinées à ce siège se met en marche de Menin. M. le maréchal de Noailles, parti le 9 juin avec 24 B. H) et 30 E., est suivi le lendemain par 26 B. (2) et 17 E.
Ces troupes, devant Ypres, sont partagées en trois parties dont M. le maréchal donne le commandement à trois lieutenants généraux : M. de Clermont entre le canal de Boësinghe et Zillebecke, M. de Ceberet entre Zillebecke et l'étang de Diekebusch, M. de la Mothe entre cet étang et le canal de Boësinghe. Le quartier du roi est à Vlamerlynghe.
L'armée ennemie se formait successivement à la rive droite de l'Escaut, entre Bottelaëre et Audenarde ; les Anglais étaient à Bot-r telaëre, les Hollandais à Baeleghem, les Hanovriens àEenaeme, l'infanterie autrichienne (6,000 hommes) dans Audenarde, et la cavalerie au-dessus de cette ville, ainsi que les hussards. Ils n'avaient personne à la rive gauche de l'Escaut, excepté une garde de hussards sur la chaussée. Les 50,000 hommes (3) sous les ordres de M. le duc d'Arenberg (4), retourné à Bruxelles, attendaient les résolutions des cours respectives sur les mouvements futurs. On ne parlait que du peu d'accord qui régnait entre les différents officiers généraux, dont les uns voulaient passer l'Escaut, les autres se porter sur le canal de Bruges. Il y avait aussi sujet de douter que les forces des alliés fussent dans ce moment aussi
(1) Infanterie : gardes françaises et suisses, 5; brigades de Noailles, 3; du Roi, 4 ; Piémont, 4 ; Touiaine, 3 ; les Irlandais, 5.
Cavalerie .-maison du roi, 13; Dragons-Mestre-de-camp général, 5; Egmont, 5 ; brigade de Berry, 7 .
(2) Infanterie : Rohan, 4; la Couronne, 4; Artois, 4; Orléans, 4; Gondrin, 2; Bourbonnais, 4; Royal-infanterie, 4, Cavalerie : Royal, 7; Royal-dragons, 5 et la Suze, 5. Lartillerie, les2 B. de Valenceau et Richecourt, les 4 B. de Montboisier, Hainaut, Beauvoisis et Royal, recevront des ordres.
(3) 15,000 Hollandais, 16 à 18,000 Anglais, 9 à 10,000 Hanovriens, S à 10,000 Autrichiens.
(4) Léopold-Philippe-Charles-Joseph, duc d'Arenberg, d'Arschot et de Croy, prince du saint-empire; né en 1690, entré jeune au service de l'Autriche, blessé à Malplaquetel à Temeswar en 1716, généralissime des troupes impériales aux Pays- Bas, commandement qu'il conserve jusqu'à sa mort en 1754 au château d'Hervelée, près Louvain.
considérables; mais les 6,000 Hollandais partis pour l'Angleterre à la fin de l'année précédente repassaient la mer en même temps qu'un corps de 5,000 Anglais. Toutes ces troupes devaient joindre l'armée des alliés. Il fallait donc assurer la tranquillité du siège et être en état de s'opposer aux entreprises probables des ennemis après l'arrivée de ces renforts.
M. le comte de Saxe devait prendre la responsabilité de cette besogne importante. Son armée se composait alors de 33 B. et 52 E., non compris 42 E. de l'armée de Noailles, campés sous Courtray à la rive gauche de la Lys pour faciliter leur subsistance, et dont il pouvait disposer. Le reste des troupes stationnait devant Ypres (50 B. et 47 E.). En outre, M. d'Harcourt, sous Maubeuge, veillait à la sûreté de la Sambre et du Hainaut; M. de Berchiny au Pont-à-Marcq avec les Grassins, 1 régiment de dragons, ses hussards et 1 régiment de cavalerie, contenait la garnison de Tournayet les hussards ennemis répandus dans le pays à la gauche de l'Escaut. M. d'Aunay à Dunkerque garantissait cette ville et la Flandre maritime des insultes des Anglais. Comme il importait de se mettre en état ou de s'opposer aux mouvements de l'ennemi ou de prendre une position défensive qui pût assurer les opérations de l'armée du roi, M. de Saxe écrit le 8 juin à M. de Noailles, lui demandant des ordres sur le parti à prendre, si les ennemis passaient l'Escaut. Cette lettre fut suivie de plusieurs autres où il mettait à jour ses idées sur la position à occuper à Courtray et sur ses mouvements. Il marquait ainsi sa confiance dans ce poste, soit pour se tenir sur la défensive, soit pour marcher aux ennemis. S'il ne parla pas des mouvements à faire à la gauche de la Lys, c'est que vraisemblablem.ent il ne pensait pas que l'ennemi pût venir de ce côté.
En effet, par les rapports d'officiers d'état-major de l'armée et d'après les reconnaissances dans le pays, les ennemis n'avaient que trois positions à prendre dans cette partie : l'une à Olsène, audessous de Deynse, pour couvrir Gand; la seconde à Rousselaër, qui est trop éloignée de Deynse pour qu'ils pussent y arriver avant l'armée à Courtray; la troisième à Thourout; mais les débouchés de cette position étaient trop difficiles pour qu'ils pussent en tirer le moindre avantage. Enfin, de quelque côté que l'on considérât la position de M. de Saxe, elle était également avantageuse. Dans le T. m. 22
cas où les ennemis auraient marché à lui par la rive droite de la Lys, la facilité avec laquelle il pouvait recevoir des renforts de l'armée le mettait en état d'aller à leur rencontre et de les combattre avec avantage; de même qu'en le supposant obligé de se tenir sur la défensive, il pouvait passer la Lys sous la protection de Courtray, avec les riioyens de se mettre promptement à couvert. II avait les mêmes avantages du côté de la Mandel dans le cas où les ennemis auraient marché par le pays à la rive gauche de la Lys; car de Courtray il n'y a qu'une petite marche pour se porter sur cette rivière, et déjà le château de Mandel, poste principal à son embouchure dans la Lys, était occupé.
M. de Saxe ne songea donc qu'à m.ettre Courtray, le plus tôt possible, en état de défense. Cependant le siège d'Ypres continuait toujours; le 45 juin, à dix heures du matin, à la faveur des haies et des broussailles, les communications sont ouvertes, la première parallèle ébauchée aux deux attaques déterminées par le roi, l'une à droite, l'autre à gauche du canal de Boësinghe. S. M. arrive le lendemain à son quartier général de Vlamertynghe. Dès la cinquième nuit, on s'empare, à la grande attaque, de la redoute à la rive droite du canal de Boësinghe, et à l'attaque de M. de Clermont on se logea dans la lunette de la gauche au delà de l'inondation.
La neuvième nuit, le chemin couvert de la basse ville à la droite et à la gauche du canal est attaqué. La résistance des ennemis fut opiniâtre : ces deux attaques coûtèrent beaucoup de tués ou blessés, dont M. de Beanvau, le comte de Poniatowski, colonel au service de Saxe, volontaire. Cependant le chemin couvert est emporté; on s'y logea. Ici se place un fait qui montre à quel point l'émulation était grande entre les soldats des différentes armes et quel parti leurs chefs en pouvaient tirer.
Au commencement du siège d'Ypres, il y avait 25 E. de dragons à l'armée. Quelques propos méchants furent tenus sur la conduite des dragons. Ces conversations étaient parvenues jusqu'au maréchal de Noailles. Le duc de Chevreuse s'en plaignit et demanda justice. Ces bruits tombèrent d'eux-mêmes; le duc de Chevreuse en profita pour augmenter l'émulation d'un corps auquel il s'intéressait naturellement, puisqu'il en était mestre de camp général. Il rappela aux dragons, peu de jours après, ce qu'on avait dit contre eux; qu'il en avait reconnu la fausseté, mais que, pour confondre
leurs calomniateurs, ils devaient donner à la première occasion des preuves encore plus évidentes de leur valeur. L'occasion ne se fit pas attendre. A l'attaque du chemin couvert, une partie des dragons sautèrent même avant les grenadiers par-dessus les palissades, l'autre se porta avec tant de vivacité à cette attaque que l'armée leur donna les éloges qu'ils méritaient. Le duc de Chevreuse s'empressa d'en aller rendre compte au roi. Louis XV ne répondit pas un mot; mais un instant après, étant sorti, il trouva un officier de dragons et lui dit : « Je sais ce que mes dragons ont fait cette nuit à la tranchée; dites-leur combien j'en suis satisfait. » Dès que le duc de Chevreuse connut cette parole, il se rendit près du roi : « Sire, j'apprends les marques de bonté de V. M. données à ses dragons; je crains fort qu'à la première occasion il ne soit plus possible d'arrêter leur zèle. » Le roi répondit alors à M. de Chevreuse : « J'aurais bien du regret à ce que j'ai dit, si je croyais qu'il m'en coûtât un seul homme. » Royal surtout se distingua à Ypres, et, dans une lettre au duc de Noailles, le comte de Clermont prétend qu'il n'y a qu'un poltron qui ait pu soupçonner que les dragons n'avaient pas toujours fait leur devoir.
Le lendemain de l'attaque, les ennemis abandonnèrent la basse ville; M. de l'Estang(l) y entra, et le 25, à huit heures du soir, comme il s'occupait à y établir des batteries, M. le prince de Hesse-Phillips-Thall arbora le drapeau blanc. La capitulation fut signée le 26 au matin. La garnison, composée de 4 B. hollandais, dont 3 suisses, et de 4 compagnies de cavalerie, obtint les honneurs de la guerre. On prétendit que c'était la bourgeoisie qui avait forcé le prince de Hesse à capituler. Ce qu'il y a de certain, c'est que cette place se rendit après onze jours de tranchée ouverte, ses ouvrages et ses fortifications, ainsi que ses inondations, la mettant en état de se défendre au moins pendant un mois.
Aussitôt la prise d'Ypres, M. de BoufUers est détaché avec 1 brigade d'infanterie pour le siège du fort de la Knocke, gardé par un détachement de la garnison d'Ypres, mais qui, n'étant pas aux ordres du commandant de cette place, ne put être compris dans
(1) Le 27, le roi visite l'hôpital de Boesiiighe, y donne la croix de Saint-Louis à M. d'Arnaud de l'Eslang, grièvernenl blessé, en ajoutant pour devise à ses armes : Ypris coram rege captis.
la capitulation. Ce fort, investi le 28 juin, capitule le lendemain
après seize' heures d'attaque : la garnison sort avec les honneurs
de la guerre.
Le roi résolut aussi de s'emparer de Fumes, afin d'être maître
de toute la Flandre maritime, voulant par ce moyen conquérir sa tranquillité sur cette partie des frontières, et pouvoir agir par la suite plus librement suivant les circonstances. M. de Glermont, chargé du siège de Furnes, reçut 25 B. et 7 E. des troupes employées à celui d'Ypres, et 8 B. de celles de Dunkerque et de Bergues. Ces dernières se mirent en marche du 3 au 6 juillet ; les autres partirent d'Ypres le l""" et le 2. La maison du roi campait à Loo ; 12 B. et 4 E., aux ordres du prince de Pons, étaient à Dixmude, destinés à couvrir le siège; la brigade des gardes à Dunkerque, oii, après le siège d'Ypres , le roi s'était rendu pour visiter les places et les côtes en attendant la prise de Furnes.
L'armée ennemie se renforçait aussi de 6,000 Hollandais (comte de Nassau) , et de 4,000 Anglais (général Wade) débarqués à Ostende pour la joindre dans sa position derrière l'Escaut. Un corps de 20,000 hommes s'avançait, tandis qu'un autre de même force irait camper près Gavre, entre Audenarde et Gand , après avoir jeté trois ponts sur l'Escaut au-dessus d'Audenarde. Ces mouvements annonçaient plutôt une défensive que le projet de passer l'Escaut. Néanmoins le maréchal de Saxe, décidé à se couvrir du côté de la Lys, si les ennemis passaient l'Escaut avec toutes leurs forces, campe à la rive gauche de cette rivière, la droite à hauteur de Courtray, la gauche à Bavichove, précédé de ses hussards. Par cette disposition, 33 B. étaient destinés à entrer dans Courtray.
M. de Clermont, de son côté, s'occupait du siège de Furnes. Dès le 29 juin, il dirigeait MM. de Ségur et d'Avaray (1) pour former l'investissement de cette place, l'un depuis le village de
(1) De Besiade (Charles-Théophile, marquis d'Avaray), fils du duc d'Avaray, lieutenant général. Lieutenant dans Orléans-dragons le 17 septembre 1720; capitaine dans Armenonville-dragons le 31 août 1725; meslre de camp de cavalerie le 9 février 1729. Philippsburg 1734. Campagnes d'Italie 1735, 1736. Brigadier le 1" janvier 1740. A Detlingen, en Flandre. Maréchal de camp le 1"" avril 1744. Aux sièges de Menin, d'Ypres et de Courtray; commande à Dunkerque, le 20 février 1745. Envoyé à Anvers, où il meurt le 30 mai 1746.
SUCCESSION D'AUTRICHE. — FLANDRE (1740-t744). 34t
"Wulpen jusqu'à Oostdunkerke , l'autre entre le canal de Loo à Furnes et le canal de Furnes à Dunkerque; il se porte de sa personne sur le terrain le lendemain, arrête l'investissement définitif dans la partie entre Steenkerke et Wulpen, et décide l'emplacement du camp des troupes arrivant les l'^'" et 2 juillet. Son quartier général est à Bogaert. Après avoir 'reconnu avec soin les ouvrages et le terrain par lequel on pouvait cheminer, il détermine deux attaques, l'une entre le canal de Nieuport et celui de Dunkerque, l'autre entre le canal de Loo et celui de Bergues à Furnes. M. le maréchal de Nouilles vient voir les dispositions, les approuve et retourne à Dunkerque, en craignant que le commandant de Nieuport ne prenne le parti de rompre les digues, et d'inonder les environs et une partie des fossés de Furnes, ce qui aurait nui aux attaques.
Enfin le 7 juillet, rien ne s'opposant plus au siège, la tranchée est ouverte le soir aux deux attaques, et le 10, à onze heures du matin, M. de Schwartzemberg, commandant à Furnes, arbore le drapeau blanc, et la capitulation est signée le lendemain. La garnison, composée de 3 B. hollandais, obtient les honneurs de la guerre, et le J 3 défile devant le roi. M. d'Estrées, lieutenant-colonel du régiment du Roi, entre dans la place et en prend le commandement. La prise de Furnes nous rendait maîtres de toute la Flandre maritime, et les trois places couvraient d'aulant mieux nos frontières de cette partie que leurs fortifications n'étaient presque point endommagées, et que de simples garnisons les mettaient à l'abri de toute entreprise. Cependant les projets sur Nieuport existaienttoujours, et dès les premiers moments où M. de Clermont s'était approché de Furnes, il avait reçu l'ordre de reconnaître cette place et d'examiner les moyens ou de l'attaquer en régie, ou de la surprendre. Son rapport concluait à une surprise. On fît venir au siège des canonniers de la marine, des canons et des mortiers. Ces canonniers de la marine n'eurent pas tout le succès qu'on attendait. Peu accoutumés à cette espèce de travail, ils le firent avec beaucoup de lenteur.
Le roi dut bientôt ne plus penser à la Flandre. Le passage du Rhin par l'armée autrichienne, dont il reçoit la première nouvelle le 7 juillet, le décide à ne point s'engager dans quelque opération qui lui ôtât la liberté de prendre promptement le parti le plus utile
pour le bien général. 11 se détermine même, dès ce moment, à prévenir les besoins de M. le maréchal de Coigny en faisant repasser dans les Évêchés le corps campé sous Valenciennes. M. d'Harcourt reçoit en conséquence ordre de se mettre en marche pour Sedan et de diriger ensuite ses mouvements par les ordres de M. de Belle-Isle, alors à Metz. Il part de Valenciennes le 10 juillet, et arrive le 18 à Sedan. On se souvient que le prince Charles, après avoir passé le Rhin, s'était emparé de Lauterbourg, de Weissembourg et de toute l'étendue de la ligne de la Lauter, et que M. de Coigny, malgré l'heureux succès du combat de Weissembourg livré pour pénétrer dans les lignes et rentrer en Alsace, avait dû se retirer sur la Moder.
Le roi, instruit le 12 de la situation, jugea que le plus pressant était d'arrêter le prince Charles et qu'il fallait préférer à de nouvelles conquêtes en Flandre la sûreté de ses autres frontières (1). En conséquence, il détache sur-le-champ de son armée 26 B. et 33 E. pour suivre le corps de M. d'Harcourt dans les Évêchés, prend en même temps la résolution de se rendre en Alsace et de laisser à M. le maréchal de Saxe le commandement de la frontière de Flandre et de toutes les troupes destinées à cette occupation (2).
Il donne en outre l'ordre à ce dernier de se tenir sur la défensive, et de prendre ses dispositions pour garantir Furnes et Maubeuge ; M. de Beausobre devait couvrir la partie entre Lille et Tournay.
Le 18 juillet, M. le comte de Saxe passe la Lys, campe sur la rive gauche, la droite à la chaussée de Courtray à Menin, à un ruisseau qui tombe dans la Lys au-dessous de Bisseghem, la gauche appuyée au village de Bavichove; 5 brigades de cavalerie, dont 3 en première ligne et en seconde, formaient l'aile droite; autant à l'aile gauche. Cette aile était protégée un peu en avant, sur son flanc gauche, par les 10 E. de carabiniers. 8 brigades d'infanterie occupaient le centre de la première ligne, et 7 la seconde; l'artillerie et les troupes attachées à son service campaient entre l'ar-
(1) Voir le deuxième volume des Guerres sous Louis XV, page 395, campagne d'Alsace, 1744.
(2) 65 B. et 117 E. de campagne, outre 9 B. anciens, 10 nouveaux, 40 de milices et 17 E. de nouvelle levée, soit un effectif de 124 B. et 134 E.
mée et la Lys, en avant des 2 brigades d'infanterie de la droite de la première ligne; 2 régiments de dragons à droite et à gauche de l'artillerie; 3 autres régiments formaient équerre sur le flanc de l'aile gauche , ainsi que les hussards de Beausobre qui étaient près du village d'Hulste; enfin 4 B. occupaient les ouvrages qui défendent Gourtray, 3 entre la porte Haerlebeke et celle de Tournay, et l'autre entre celle de Tournay et la basse Lys. Le camp était coupé dans son centre par la rivière d'Heule.
Ainsi, forcé de se tenir sur la défensive, le maréchal de Saxe pensa qu'il ne fallait pas cependant attendre, quand il serait en force, que les ennemis fissent un mouvement en deçà de l'Escaut. Aussitôt donc qu'il eut reçu les 15 B. et les J8E. de Furnes, il ordonna de prendre position sur la rive gauche de la Lys. Le mouvement s'exécuta sur six colonnes par six ponts jetés sur la Lys et trois sur la Heule; ces derniers étaient construits de manière qu'un escadron passât de front. L'armée (1) prend alors position, la droite entre le village d'Heule et Gourtray, la gauche à Bavichove, la Lys devant le camp. Tout le terrain du camp et celui sur la Mandel et jusqu'à Rousselaër était couvert, coupé de haies et de fossés. Le quartier général reste à Gourtray avec les régiments d'infanterie d'Auvergne et de Fleury; ceux de dragons du Mestrede-camp et de Bauffremont, à la droite de la Lys, furent placés dans les ouvrages avancés et sur les glacis de la ville à la porte de Gand et à celle de Lille.
Tandis que le maréchal protégeait ainsi la frontière, les troupes
(1) État des troupes restant sous les ordres du maréchal de Saxe : Infanterie : 65 B. (Piémont, 4 ; Normandie, 4 ; Bourbonnais, 4 ; Rohan, 4 ; Auvergne, 2; Monaco, 3; Royal, 3; Dauphin, 2 ; Touraine, 3; Eu, 2 ; les Vaisseaux, 3 ; Orléans, 2; la Couronne, 3 ; Aubeterre, 1 ; Beauvoisis, 1 ; Royal-la-Marine, 1 ; Royal-Artillerie, 1 ; Bettens, 2 ; Seedorf, 2 ; Languedoc, 1 ; Wittraer, 2 ; Traisnel, 1 ; la Cour-au- Chantre, 2; Penlhièvre, 2; Soissonnais, 1; Aunis, 1 ; Fleury, 1; Courten, 2; Berwick, 1; Bulkeley, 1; Clare, 1 ; Dillon, 1; Chartres; Rooth, 1).
Cavalerie : 113 E. (Colonel-général, 3; le Roi, 4; Royal-Étranger, 4; Cuirassiers, 4; Royal-Cravates, 4; Royal-Roussillon, 4; Royal-Carabiniers, 10; Orléans, 4 ; Clermont-Prince, 3 ; Penlhièvre, 3 ; Brionne, 3 ; Brancas, 3 ; Talleyrand, 3 ; Clermont-Tonnerre, 3; Chabrillan, 3; Egmont, 3; Grammont, 3; La Neuville, 3; Vogué, 3; Prince-Camille, 3; Fiennes, 3; Rohan, 3; Pons. 3; Des Cars, 3; Hussards-Beausobre, 3 ; Dragons : Mestre-de-camp général, 5; Royal, 5; Dauphin, 5; Baufremont, 5; Egmont, 5); les arquebusiers de Grassiu et les 2 comiiagnies de mineurs.
destinées à l'Alsace se mettaient en marche, sous les ordres de M. de Ségur. Le roi, parti de Dunkerque le 19 juillet, se rendait à Metz par Saint-Omer, Béthune, Arras, Péronne, Saint-Quentin, la Fère, Laon> Reims , Châlons, Sainte-Menehould et Verdun. Il était à Metz le 4 août. Les nouvelles restaient très incertaines sur les ennemis. Ils continuaient de rassembler dans les environs d'Audenarde et de Gand les troupes restées en arrière et celles débarquées d'Angleterre. Quelques-unes de leurs avant-gardes commençaient à se laisser voir en deçà de l'Escaut; un détachement de leurs hussards s'avança même jusque auprès de Gourtray, où il attaqua une garde ordinaire de cavalerie postée dans l'ancien camp à la droite de la Lys. Cette garde fut forcée de se retirer en désordre à Gourtray, et M. de Saint-Jal, qui la commandait, resta prisonnier.
M. de Saxe, autant pour en imposer aux détachements de l'ennemi qui se répandaient en deçà de l'Escaut, que pour avoir de leurs nouvelles, augmenta, contre ses principes de guerre, le nombre des partis d'infanterie vers l'Escaut, depuis Tournay jusqu'à Gand, et vers le canal de Brug'es. Il trouva dans les régiments une quantité d'officiers intelligents qui s'acquittèrent avec beaucoup de succès des reconnaissances dont ils furent chargés. Plusieurs rencontres nous laissèrent l'avantage, souvent avec des prisonniers.
Le départ de M. d'Harcourt laissait le Hainaut et la Sambre entièrement à découvert. On pouvait craindre que les ennemis, en se rapprochant de Tournay, ne pénétrassent avec de forts détachements par cette partie de la frontière jusqu'à Gondé. M. d'Estrées partit donc du camp de Gourtray, le 28 juillet, avec 12 E. de cavalerie et le régiment de hussards de Beausobre, pour camper sous Maubeuge ; il y arriva le l'^'" août, s'établit à la droite de la Sambre sur les hauteurs du camp retranché. Les hussards se logent au village de Rousies, l'infanterie de la garnison occupe la manufacture d'armes au-dessous de Maubeuge, et le pont d'Haumont au-dessus de cette ville.
En effet, les ennemis avaient passé PEscaut, le 31 juillet, à Gavre, à Bechem et Escanaffles, excepté les Hollandais restés de l'autre côté de cette rivière, se dirigeant sur le Mont-de-Trinité. Deux armées, sous les ordres du duc d'Arenberg, campaient dans la plaine
de Eyne, la gauche à l'Escaut, et occupaient les'châteaux de Wareghem, Worteghem etPeteghem, Le maréchal jugea par cette position qu'ils avaient l'intention de venir à lui par le pays entre la Lys et l'Escaut; et cependant il avait de la peine à se persuader qu'ils prendraient ce parti, vu la difficulté d'emporter Courtray.
Les nouvelles sur la destination des Hollandais se trouvèrent sans fondement, car, dès le 1" août au soir, après le passage de l'Escaut, ils rejoignaient l'armée des alliés, avec un corps d'infanterie au village d'Ingoyghem, près de Courtray : c'était la tête de leur armée, qui vraisemblablement devait être suivie le lendemain par les autres corps. L'objet de leur marche paraissait donc inexplicable au maréchal, qui ne pouvait imaginer qu'ils osassent ni tenter l'attaque de Coutray, ni dépasser cette place, parce qu'ils avaient retiré la garnison de Gand; or les Anglais ne pouvaient naturellement perdre de vue cette place qui contenait tous leurs gros bagages, et, s'ils le faisaient, en y marchant il devenait facile de s'en emparer (1).
Cependant M. le maréchal crut devoir agir pour la défense de Courtray. Son projet était de mettre, tant sur les remparts que dans les ouvrages de la ville, 32 B. avec des réserves composées de toutes les compagnies de grenadiers, des piquets de dragons et de carabiniers. Tous les officiers majors des régiments, dès le 2 août, reconnurent le terrain de campement affecté à leurs corps. Il ordonna la construction de trois redoutes à la gauche- de la Lys, à la tête des ponts faits à Haerlebeke; et, comme il voulait, dans le cas où les ennemis passeraient la Lys et marcheraient à lui par son flanc gauche, repasser lui-même cette rivière pour prendre une position à la rive droite, il mit en meilleur état les ouvrages de la basse ville de Courtray à la gauche de la Lys, et commanda des travailleurs pour découvrir la plaine autour de la ville.
(1) A celte époque prévalait encore le système qui consistait à défendre une frontière par de nombreuses places fortes placées à tous les points de quelque importance. On a vu, par la relation de la campagne, qu'on s'astreignait alors à s'emparer successivement de toutes ces places. Ce système, dont les déliiuts sont universellement reconnus aujourd'hui, a fini par être condamné en France. On sest attaché à grouper les places de manière à former de grands camps retranchés stratégiques qu'on ne puisse ni bombarder, ni même investir comme à cette époque. Celles alors qui ne se prêtent pas à cette organisation ou qui ne permettent pas une défense suffisante sont abandonnées ou déclassées.
L'ennemi marcha effectivement, le 3 août, mais il prit un autre chemin en remontant l'Escaut par sa gauche et gagna Espierres, la droite à Avelghem (1).
« Ce sont, écrivait le maréchal de Saxe (2), les Hollandais qui forment cette gauche; les Anglais forment la droite, et elle est arrivée hier à Avelghem. Ils marcheront vraisemblablement aujourd'hui, et, s'ils viennent sur moi, comme c'est le dire de leur armée, ils seront en vue de Courtray vers midi. Dans ces circonstances, j'ai cru qu'il était à propos de retirer les troupes qui étaient sur la Marcq. J'ai mis le Colonel-Général de cavalerie dans Lille, pour servir aux escortes; le régiment d'Orléans-cavalerie entre Lille et Warneton, pour garder les passages sur la basse Deule. M. d'Armentières, avec le Royal-dragons, me joindra aussi et je mettrai les Grassins sur ma gauche le long de la Lys, vers Deynse, pour donner quelque inquiétude aux ennemis sur leur droite. »
Cependant les alliés s'avançaient toujours, et, le 6, le maréchal prévenait M. d'Argenson qu'en raison de l'attaque qu'ils semblaient méditer sur Tournay, il faisait entrer 3 B. à Lille et envoyait de la cavalerie sur la haute Deule. Une escarmouche, oîi nous eûmes l'avantage, avait lieu auQuesnoy. Enfin, pensant avoir surpris leurs projets, le maréchal écrivait à M. d'Argenson ce qu'il comptait faire; mais il fut prévenu, comme on va le voir.
« J'avais, disait-il(3), quelques soupçons que les ennemis voulaient faire un mouvement par leur gauche. Je fus informé hier, après midi, qu'ils marchaient sur Cysoing, et, comme il me vint vers le soir des avis que les Anglais, qui forment leur droite, étaient encore à huit heures du malin auprès d'Audenarde, il m'a paru qu'à moins qu'ils ne marchassent toute la nuit, je pourrais tomber dans leurs marches et les séparer de leur armée au pont de Spierre, sur le ruisseau de ce nom, qui est assez difficile à passer. Ces différents objets m'ont déterminé à faire une disposition. En conséquence, j'ai fait partir M. de Béranger avec la brigade d'Auvergne, celle de Bulkeley et
(1) Pendant ce temps, le roi arrivait à Metz le 4 ; sa maladie se déclara le 8 ; elle devint de jour en jour plus grave jusqu'au 15, époque à laquelle il éprouva un mieux qui se soutint jusque sa guérison. Voir le deuxième volume des Guerres sous Louis XV, page 401, campagne d'Alsace.
(2) Lettre à M. d'Argenson, de Courtray, le 4 août 1744.
(3) Lettre du 7 août, de Courtray.
des dragons, à minuit, pour se rendre à Menin et y passer la Lys à la pointe du jour, et se porter de là sur Tourcoing, Roubaix et Lannoy, par échelons, afin d'attirer l'attention des ennemis qui auraient passé le ruisseau de Spierre. J'ai fait traverser à la môme heure la Lys aux Grassins, soutenus par des dragons, pour tomber sur l'arrière-garde des ennemis, et je me suis porté avec tous les régiments d'infanterie par la chaussée de Tournay, qui passe à Espierres, pour les percer et les séparer du gros de leur armée. En approchantd'Espierres, j'ai appris qu'ils avaient achevé de passer le ruisseau h cinq heures du matin, ayant marché toute la nuit. Comme le voisinage de l'armée des ennemis dans les environs de Lille cause de grandes inquiétudes, j'y enverrai demain les 2 B. d'Auvergne et celui de Fleury. M. du Chayla se rendra aussi demain sous cette place avec 23 E. pour empêcher les ennemis de passer la Deule en petit nombre, ce qui pourrait me faire faire un faux mouvement : s'ils la passent en force, je m'y porterai moi-même avec l'armée. »
Cependant le comte de Saxe apprenait que les compagnies franches des ennemis s'avançaient vers Lannoy, à peu de distance de Lille; que le quartier général des Hollandais était à Estaimbourg, celui des Anglais à Avelghem et celui de M. le duc d'Arenberg au château d'Helchin. Mais il est difficile de croire que cette position fût celle que M. le duc d'Arenberg fit prendre à son armée après avoir passé le ruisseau de Spierre. La seule inspection de la carte doit en convaincre, puisque Avelghem et Helchin sont à la rive gauche et même assez éloignés de ce ruisseau. Il est plus supposable que, si les ennemis occupèrent cette position, ils ne se mirent ainsi à cheval sur ce ruisseau que parce que la difficulté de ce passage ne leur permit de se porter que successivement à la rive droite de ce ruisseau, et qu'après l'avoir passé dans leur marche du 6, toute leur armée campa dans la plaine de Saint-Léger et du Pecq. En général, ces lettres de M. de Saxe et les autres correspondances renferment beaucoup d'obscurité sur les véritables mouvements des ennemis, et l'on ne doit pas être étonné, en voyant une si grande incertitude dans les nouvelles sur un objet aussi important, qu'il ait manqué l'occasion de les attaquer au passage du ruisseau de Spierre.
Du reste, même incertitude dans la suite des mouvements dont
le maréchal rend compte par ses deux lettres du 9 août. La première annonce que leur armée, ayant marché toute la nuit précédente, campait, la droite à Saint-Maur, la gauche à Bachy (1), et, dans la seconde du même jour, elle campe, la droite à Ère, la gauche à Saint-Amand.
Quoi qu'il en soit, il est certain que, M. le duc d'Arenberg ayant passé la rivière, son principal objet fut de s'approcher de Tournay pour faciliter ses subsistances et menacer en même temps Lille, Douai et Condé. Mais dans sa seconde lettre du 9 août M. de Saxe exprime combien peu ces mouvements audacieux des ennemis lui en imposaient, et sa confiance dans la position de Courtray, Il prit néanmoins des mesures pour s'opposer à leurs projets et pour rassurer le pays et les commandants dans les différentes places.
M. d'Estrées reçut donc l'ordre de revenir sous Valenciennes. Il part de Maubeuge le 10 août avec sa cavalerie, ses hussards et le régiment de Bresse, tiré de cette place; le même jour il campe à Bavay, la gauche à ce village, où il loge le régiment de Bresse, la droite au château de Rame, les hussards en avant de Bavay. Le H août, il campe sous Valenciennes en avant du faubourg de Marly, que les hussards occupèrent. Ceux des ennemis établis au village de Boussu, entre Quiévrain et Mons, parurent près de Condé, tandis qu'il était occupé à visiter cette place, mais il les fit repousser au delà de Boussu.
Le 15 août, il marche de Valenciennes à Douai, s'établit entre le Pont-à-Raches et le fort de Scarpe. Son arrivée et la position de M. du Chaylasous Lille avec 23 E., entre celte place et l'abbaye de Loo, mettaient la Deule et la Scarpe à l'abri des excursions ennemies. Ce n'était cependant pas assez, car la position de leur armée , prise dès le 9 août à la rive gauche de la Marcq, menaçait Lille, Valenciennes, Douai et Condé. Elle campait, d'après les nouvelles certaines sur deux lignes : la droite au Pont-à-Tressin, formée par les Anglais, les Hanovriens au centre, les Hollandais à la gauche, appuyés à Péronne, avec le quartier général à Sainghin. La force de cette armée montait à 70 B. et 126 E. anglais, hanovriens, hollandais et autrichiens.
(1) Bachy, près Cysoing, et Saint-Maur, situé au-dessus de Tournay, à la droite du ruisseau d'Ère.
Il était arrivé à Tournay un convoi de canons de siège indépendamment des pièces déjà au camp de Sainghin, et, le 13 août, un autre convoi devait passer par Gand pour aller à Tournay. Le maréchal, afin de renforcer la garnison de Lille, y envoie 4 B. de la brigade de Dauphin, et les remplace à Tarmée par 4 B. tirés de Dunkerque, Bergues et Ypres, où des B. de milice leur succédèrent. M. de Ceberet avait donc à Lille 7 B. de troupes réglées, 5 de milice, 1 régiment de dragons et 2 E. de nouvelle levée.
Quoiqu'il n'y eût à Valenciennes que 3 B., 2 E. et le régiment de Bresse laissé par M. d'Estrées, à Condé que 3 B., à Douai que 4 B. et 1 E., le maréchal ne jugea pas à propos d'augmenter ces garnisons , et M. d'Estrées mit toutes ces places en état de défense. Ce qui le rassurait sur l'éventualité du siège de Lille était le peu de supériorité en nombre des ennemis sur lui-même et il persistait à croire que leurs mouvements dans la direction de cette place n'étaient qu'une feinte. Cependant, comme ils faisaient de grands préparatifs d'artillerie, il chercha à les empêcher de la recevoir. D'après l'arrivée de cette artillerie à Tournay ou à leur camp, il devait se décider s'il resterait à Courtray ou s'il abandonnerait sa position. Il mit donc tous ses soins à être bien instruit de sa marche, se proposant, ainsi qu'il l'annonçait dans une de ses lettres du H, de jeter un pont sur l'Escaut pour enlever cette artillerie lorsqu'elle passerait à hauteur de Gavre. Il dut renoncer à ce projet en apprenant, le 42, que les ennemis avaient détaché la veille 6,000 chevaux pour aller au-devant du convoi. Malgré cette nouvelle, le maréchal 'ne se pressa point dans son mouvement vers Lille. Il remit au lendemain pour prendre un parti, se proposant, dans le cas où ces nouvelles seraient confirmées et où il n'aurait plus aucune espérance d'enlever l'artillerie ennemie, de marcher dès ce jour même sur Warneton et ensuite sur Lille ou bien sur Armentières, en longeant la Lys alin de conserver la communication avec les places.
C'est ici un moment intéressant et remarquable, puisque ce séjour de l'armée au camp de Courtray décida du sort de la campagne; la persistance du maréchal à rester dans sa position enleva le jugement de l'Europe^ : on reconnut ses talents supérieurs dans l'art de la guerre, ne s'étant jamais départi de la juste opinion.
que tous les mouvements de M. d'Arenberg ne tendaient qu'à le sortir d'une position inattaquable.
Gomme l'artillerie qu'il voulait enlever était restée à Gand, le maréchal resta à Gourtray. Il était sur maintenant que le duc d'Arenberg ne ferait pas le siège de Lille, puisqu'il n'en avait pas fait l'investissement après le passage de la Marcq; il se contenta donc de défendre la Deule et la Scarpe. Dans ce but, il laisse M. d'Estrées sous Douai avec sa cavalerie et ses hussards, M. du Chayia sous Lille avec 23 E., et, pour donner un point d'appui à ce dernier, il établit à Warneton, sous les ordres de M. d'Armentières, les 4 B. tirés de Dunkerque, Bergues et Ypres, et envoie à Werwick 1 régiment de dragons faire des patrouilles entre ce lieu et Warneton, afin que, dans le cas où les ennemis feraient un passage sur ses derrières, il pût être averti assez tôt pour charger la tête qui aurait passé. D'après les estimations, l'armée des ennemis se montait dans ce moment à 70,000 hommes. On n'avait aucun état réel de leurs troupes, et on n'évaluait leurs forces que par la quantité de pain nécessaire à leur consommation journalière, qui était de 85,000 rations tant pour les troupes que pour les ofBciers et leurs équipages. Malgré cette supériorité numérique, le maréchal était tranquille et ne craignait point leurs entreprises; il connaissait l'arrivée à Metz du baron de Schmettau, qui apportait au roi la nouvelle de l'entrée en campagne du roi de Prusse, alors en Bohême à la tête de 40,000 hommes, et prévoyait que cette diversion délivrerait l'Alsace des Autrichiens et influerait sur les opérations en Flandre. Effectivement, M. d'Arenberg ne fit aucun mouvement; mais comme il était toujours question de l'arrivée par Gand de l'artillerie destinée aux alliés, et qu'on ignorait si elle ne remontait pas l'Escaut, le maréchal de Saxe, pour s'en assurer, envoya, le 18 août, MM. d'Apcher et de Chevreuse du côté de Worteghem , près d'Audenarde, et M. de Grassin vis-à-vis de Gavre. Cette reconnaissance n'eut point de résultats. Effectivement l'artillerie stationnait encore à Ostende, toute embarquée pour être transportée par mer à Anvers, et on y attendait d'Angleterre un transport de 4 à 5,000 hommes qui, joints à la garnison et aux 6,000 hommes portés au-devant de l'artillerie, pouvaient former dans les environs d'Ostende un corps de 15,000 hommes. Ces nouvelles firent penser à M. le maréchal que les ennemis avaient des intentions sur Furnes. 11 ordonne
en consé quence qu'au premier mouvement sur cette place des troupes assemblées à Ostende, le régiment d'Angoumois, à Ypres, se rendit à Furnes. D'un autre côté, les compagnies franches des ennemis ayant pris poste, dès le J8 août, à Saint-Amand, il envoie ordre au régiment de Bresse, laissé à Valenciennes par M. d'Estrées, d'entrer à Condé, et aux 4 B. à Warneton de se rendre à Armentières pour les porter de là en deux marches à Douai et les jeter ensuite dans Valenciennes ou dans les autres places menacées; car, d'après la disposition des ennemis, si leur projet était réellement d'attaquer Furnes, ils feraient un mouvement sur Saint- Amand et sur la Scarpe, et, pour l'attirer dans cette partie, ils marcheraient sur Condé, et peut-être en entreprendraient le siège. Aussi, après avoir renforcé cette place de 1 régiment, il augmente en cavalerie les corps de MM. du Ghayla et d'Estrées, les met en état de tenir la plaine des environs de Maubeuge, et celle entre le Quesnoy et Douai, espérant, avec ce qui lui resterait de troupes, faire échouer l'expédition de Furnes.
« MM. les alliés, écrivait-il (1), sont à deux lieues de Lille; ils ont apparemment cru me déposter. Il me semble que je les incommode fort ici pour l'exécution de leurs projets, parce qu'ils ne peuvent faire venir leur artillerie par le canal de Bruges à Gand, ni par l'Escaut de Gand à Tournay. Outre cela, ils n'oseraient passer en avant pour aller à Douai, parce qu'ils ne pourraient soutenir leurs communications avec Tournay, d'oîi ils tirent du pain. Pour les empêcher de pousser leurs postes dans la plaine de Leuze et dans le Hainaut, j'ai placé sous Douai 24 E. et sous Lille autant pour couper la retraite aux corps qu'ils pourraient pousser au delà de la Scarpe ou de la Deule, ce qu'ils n'ont encore osé entreprendre. Voilà nos différentes positions; j'espère m'en tirer, quoique les ennemis me soient supérieurs en nombre. Ils sont venus vis-à-vis de moi et ont eu l'intention de m'attaquer; mais ils ont changé d'avis, et je crois qu'ils ont bien fait. »
Quelques jours se passèrent sans mouvement des ennemis, excepté celui d'un corps de 8,000 hommes vers l'Escaut et le long de cette rivière; des nouvelles annoncèrent même que, loin de penser
(1) Lettre au duc de Saxe- Weissenfels,feld-maréchal, commandant en chef l'armée saxonne.
à quelque entreprise, ils se préparaient à se retirer dans peu de jours, et qu'à cet effet ils couvraient de ponts la rivière de Marcq derrière eux; que leurs compagnies franches s'étaient emparées d'Orchies et s'y retranchaient. Mais le maréchal, toujours persuadé de leur projet de se porter sur la Scarpe, fait partir, le 26 août, M. d'Armentières avec 4- B., lequel se rend le même jouràlaBassée et le 27 à Douai. 2 de ces B. entrèrent dans la ville, oh M. d'Avaray commandait, et 2 autres campèrent avec la cavalerie de. M. d'Estrées, qui était alors entre Douai et le fort de Scarpe, près du canal, la droite à Dorgnies, maison des jésuites, la gauche aux glacis de la place. Il avait quitté, le 18, son camp près de Pont-à- Raches, ne se croyant pas en sûreté, et s'était posté là, pensant que ce nouvel emplacement offrait l'avantage de la protection de Douai et du canal qui le couvrait.
Le 26 août également , M. du Ghayla quitte Lille et se rend à Hénin-Liétard, y campe le lendemain, la droite à Hénin, la gauche à Montigny. Par cette marche il couvrait celle des 4 B. de M. d'Armentières et était en mesure d'occuper le camp de M. d'Estrées, s'il le quittait pour se porter sur le haut Escaut. Ce dernier se préparait effectivement à marcher entre Bouchain et Valenciennes aussitôt que les ennemis feraient un mouvement, soit pour se replier, soit pour occuper une position derrière le ruisseau d'Orchies, la droite à Nonain, la gauche au delà de Landras; et, comme par cette position Douai n'aurait pas été menacé, M. d'Estrées se proposait, en se portant à Yalenciennes et Bouchain, de jeter dans Valenciennes ou dans Maubeuge les 2 B. qui lui restaient , et de couvrir le pays avec sa cavalerie. Chaque jour confirmait les nouvelles d'un mouvement prochain de la part des ennemis vers la Scarpe. En effet, ils appelaient à leur camp une grande quantité de voitures, enlevaient des otages dans les bourgs et villages, ainsi que dans les maisons religieuses, pour les envoyer à Ath. Des avis annonçaient le rassemblement d'un corps sous Saint-Ghislain; ils formaient des magasins considérables à Blaton, et ouvraient des marches de Tournay à Mons. Enfin tout tendait à faire croire de leur part à une opération sur leur gauche.
Le maréchal de Saxe ne se laissa point ébranler; il jugea au contraire que, les ennemis n'ayant rien entrepris jusque-là, toutes leurs démonstrations n'avaient qu'un objet, lui faire abandonner sa
position. Il s'en tint donc à toutes les précautions, continuant d'inquiéter les ennemis par ses fréquents partis sur les bords de l'Escaut. Un détachement du régiment de Grassin passe ce fleuve à la nage entrée Gand et Audenarde, et brûle un magasin de fourrage ; un autre détacliement de ce môme régiment traverse le canal de Bruges à Ostende et met le feu à un autre magasin. Enfin un troisième détachement attaque, de l'autre côté du canal de Bruges à Gand, une troupe de dragons hollandais, la bat et fait des prisonniers. M. d'Estrées, de son côté, inquiétait l'armée des ennemis sur leur flanc et sur leurs derrières par ses détachements.
Cependant le long séjour de l'armée à Courtray rendant les subsistances très difficiles, le maréchal, qui était déterminé à conserver sa position aussi longtemps que possible, regarda comme indispensable d'obliger l'ennemi à repasser l'Escaut. Il porte ses vues sur Gand , ne doutant pas que les alarmes qu'il pourrait donner sur le canal de Bruges et sur le Sas-de-Gand ne se communiquassent à Bruxelles, et ne fissent prendre aux ennemis le parti de repasser cette rivière.
M. le prince de Pons fut chargé de l'opération, ou pour mieux dire de la tentative. Il part, le 3, du camp de Courtray avec 1 brigade d'infanterie, 2 de cavalerie, 1 régiment de dragons et 6 pièces de canon, avec ordre de se porter le môme jour près d'Audenarde et le lendemain à Saint-Denis, près de Gand, où le régiment de Grassin devait le joindre. De l'infanterie et des pontons se rendent en même temps à Deynse. Le prince de Pons devait se prêter à tout ce que le chef du régiment de Grassin croirait devoir entreprendre, même au hasard de ne pas réussir, le maréchal ne regardant pas le mauvais succès de cette troupe comme capable de porter atteinte à la réputation de nos armées.
Un fourrage eut donc lieu dans les villages voisins d'Audenarde. En même temps plusieurs partis d'infanterie sont dirigés du côté de Roubaix et de Tourcoing et sur la droite de l'ennemi pour éclairer ses mouvements. 11 était plus important que jamais d'en être averti au moment où nos troupes s'affaiblissaient d'un nombre considérable, quoique le maréchal eût combiné que deux jours suffisaient au retour de M. le prince de Pons, puisqu'il fallait aux ennemis deux jours pour se porter sur Courtray. Alors il rapproche
M. du Chayla, qui était à Henin-Liétard, et le place sous Lille. Le prince de Pons ne vit pas l'ennemi pendant sa marche; seulement, après son arrivée à Saint-Denis, quelques hussards sortirent de Gand et escarmouchèrent avec ses grand'gardes.
Le 5 septembre, après avoir établi un pont sur la Lys avec ses pontons, il campe à Mariakerke, et détache sur le canal de Bruges M. du Blaizel avec de la cavalerie et une partie du régiment de Grassin, qui fusillèrent toute la journée avec les hussards ennemis et avec un poste de l'autre côté du canal.
Le 6, M. de Pons construit un pont sur le canal près de l'embouchure de la Nieuvre. Le même jour, il passe le canal, marche à Lowendeghem, où il séjourne le 7, envoyant jusqu'aux portes de Damme et de Bruges des reconnaissances. Le 8, il se porte à Bellem, où il descend son pont. Bientôt, la nouvelle de sa marche inquiétant l'ennemi, quelques troupes de Hollande passèrent l'Escaut en plusieurs endroits se portant vers Audenarde, suivies par un corps d'Anglais ou Hanovriens, qui campaient le 10 septembre au Mont-de-Trinité.
Sur les premiers avis de ces mouvements, M. le maréchal dirige, le même jour 10, les 4 brigades de cavalerie (du Roi, Royal- Étranger, Cuirassiers, Cravates) qui lui restaient au camp de Courtray, pour camper à Névèle près Deynse ; elles y trouvèrent M. le prince de Pons qui s'y était retiré après avoir repassé le canal. Il y avait ramené 1 des B. de son infanterie et sa cavalerie, laissant 3 autres B. et son artillerie pour garder le pont de Bellem. Sa tête couverte par un ouvrage, M. de Pons ajouta à la rive gauche deux petites redoutes avec du canon défendant les approches de la rive droite. Le régiment de Grassin se plaça au château de Poësele. M. de Pons avait alors sous ses ordres 6 brigades de cavalerie, 1 régiment de dragons, 1 brigade d'infanterie, le régiment de Grassin et de l'infanterie à Deynse.
Tout considérable que fût ce nombre de troupes , le maréchal sachant que, le 11, 8 régiments d'infanterie et 4 de cavalerie, avec du canon, passaient l'Escaut et se portaient du Mont-de- Trinilé vers Gand, le 13, 2 brigades d'infanterie (de Bourbonnais et de Rohan) joignirent encore M. le prince de Pons ; il était convaincu qu'avec de telles forces le prince conserverait le pont de Bellem, important par l'inquiétude que l'occupation de ce
passage donnait à l'ennemi, en lui ôlant la communication avec Bruges et Ostende. Il lui avait môme prescrit, par sa lettre du 14, de ne mettre que peu de monde dans l'ouvrage qui en couvrait la tête, les ennemis ne pouvant y arriver que par la levée du canal, où il leur fallait essuyer de très près le feu de la mousqueterie et du canon. Malheureusement, M. de Pons, ayant reçu avis qu'un corps arrivait à Beernem sur le chemin de Bellem à Bruges, et qu'un autre de 8 à 10,000 hommes, ayant passé le Sasde-Gand, marchait à Lowendeghem, avait repassé le canal, ramenant avec lui des otages et beaucoup de voitures de fourrage. M. le maréchal fut peu satisfait de sa conduite et lui manda de prendre une nouvelle position sans quitter Deynse. Alors M. le prince de Pons campe, la droite à cette ville, la gauche à Névèle, derrière le ruisseau d'Ecker. Le corps de Grassin reste à Poësele. Deux jours après il était à Caeneghem, laissant seulement un détachement au château de Poësele. Les troupes ennemies campèrent dans la plaine d'Everghem près Gand, derrière le canal de Bruges, et formèrent différents petits corps depuis Bruges jusqu'à Gand, assurant les communications par la chaussée. M. de Chanclos, avec le commandement de ces troupes, alla ensuite camper à Lowendeghem, mais sans passer le canal et sans y jeter de pont.
Quoiqu'il s'en fallût de beaucoup que par son opération le prince de Pons (1) eiJt répondu aux vues de M, le maréchal de Saxe, cependant sa diversion fut favorable, en attirant vers Gand un corps ennemi; il procura en outre beaucoup de fourrages, sans lesquels il eût été impossible à M. le maréchal de conserver sa position de Courlray, ayant à peine de quoi y vivre jusqu'au 25. Grâce h ce secours, les subsistances restèrent assurées jusqu'au 15 octobre.
Il était difficile aux ennemis de rester jusqu'à cette époque dans la plaine de Lille, où les fourrages commençaient à devenir fort
(1) De Lorraine (Charles-Louis), prince de Pons, né le 19 novembre 1696. Colonel d'un régiment d'infanterie de son nom, 15 mars 1718 ; sert au camp de la Moselle, puis au siège de Kehi en 1733. Brigadier, 20 février ITS'i, concourt à l'attaque des lignes d'EtUingen et de Pliilippsburg. Maréchal de camp, 1«>" mars 1738. A l'armée de M. de Maillebois, marciie avec la 2'' division, le 31 août pour la Westphalie et la Bavière; rentre en France, finit la campagne en basse Alsace, sous M. de Noailles, en 1743. A l'armée de Flandre, lieutenant général le 2 mai 1744; y est employé en 1744, 1745, 174G, 1747. Mort le 1" novembre 1755.
rares, et très cerlainement ils se préparaient à la retraite. M. d'Estrées continuait à les inquiéter dans leurs ouvrages. Le maréchal, de son côté, les faisait sans cesse harceler par ses partisans, principalement par M. de Copley qui se distingua dans plusieurs occasions; et, pour mieux les intimider, il se porte lui-même avec un détachement sur Tourcoing. Il espérait que les ennemis, s'étanl affaiblis du corps qu'ils avaient fait marcher vers Gand, pourraient craindre qu'on ne voulût profiter de ce moment pour les attaquer, et que cette idée les empêcherait d'étendre leurs fourrages autant qu'ils en avaient l'habitude du côté de la Scarpe et de la haute Deule.
Chaque jour confirmait la nouvelle d'une prochaine retraite de leur part, et l'époque en était fixée au 25 septembre. Leurs gros bagages étaient déjà partis pourTournay avec escorte; mais, le 26, ces mêmes bagages étaient revenus à leur camp, et tout y était dans la même situation qu'auparavant.
Cependant M. d'Estrées, le 27 à midi, ne doutaitplus que l'armée ennemie ne se mît en marche, le 28, pour repasser l'Escaut. 11 en donna avis au maréchal, et dès ce moment s'avança vers Orchies (toujours occupé par des compagnies franches) afin de reconnaître leur marche. Son objet principal était d'embarquer un gros détachement de sa cavalerie et de ses hussards dans les environs d'Orchies, à portée du chemin que la garnison devait tenir pour rejoindre l'armée ennemie, et de masquer ce poste avec un autre détachement afin d'attaquer cette garnison au moment où elle ferait sa retraite. Il chargea M. d'Armenlières d'un de ces détachements, conduisit lui-même l'autre, et se mit en marche la nuit du 26 au 27. Malheureusement, jamais tant d'incertitude n'exista dans les rapports des espions et des partisans. Elle empêcha M. le maréchal de Saxe de profiter du moment décisif de la retraite de l'ennemi.
Le maréchal de Saxe au comte d'Argenson.
« Courtray, 30 septembre 1744.
« Le 27 au soir, je fus averti de toutes parts que les ennemis marchaient. M. du Chayla passa au travers de Lille avec le corps
qui est sous ses ordres, la nuit du 27 au 28; mais, après avoir poussé quelques troupes de cavalerie qui étaient leurs grand'gardes, il trouva leur armée campée dans le même ordre où elle avait été. Pendant qu'ils prenaient les armes et battaient la générale, M. du Chayla se retira sous le canon de Lille et repassa ensuite par la ville pour retourner dans son camp. Dans la croyance où j'étais que les ennemis avaient marché, je fis partir M. de Lutteaux, le 28 au matin. Je l'accompagnai jusqu'à Espierres par la chaussée de Tournay, où j'aperçus que les ennemis n'avaient pas marché, mais qu'ils étaient en bataille devant leur camp. Je laissai M. de Lutteaux à Espierres avec ordre de se porter le lendemain à l'entrée de la plaine de Cysoing, si les ennemis marchaient, pour lâcher d'entamer leur arrière-garde. Effectivement ils se sont mis en marche la nuit du 28 au 29. M. du Chayla a suivi leur arrière-garde jusque dans la plaine de Cysoing sans pouvoir l'entamer. Il y a attendu M. de Lutteaux jusqu'à 5 heures du soir, mais M. de Lutteaux n'a pu s'y rendre, parce que l'ennemi occupa Chin pendant la nuit du 28 au 29, et qu'il n'a pu distinguer, dans un pays aussi couvert que l'est celui-ci, si c'était la tête de leur armée ou bien un simple détachement. Effectivement, l'armée des ennemis est venue camper à midi, la droite à Chin et la gauche passant sur les glacis de Tournay. Il m'en a fait donner avis, et je lui ai écrit de faire son possible pour voir si dans la nuit les ennemis ne passeraient pas l'Escaut, pour pouvoir tomber sur leur arrière-garde ce matin; mais que s'il ne pouvait s'assurer de ce fait, de replier ses troupes au grand jour et de s'en revenir ici, ne voulant pas exposer plus longtemps un corps aussi inférieur aux ennemis à être attaqué par toute leur armée. »
Les ennemis ne firent pas un long séjour près de Tournay. Le 1" octobre, ils marchèrent par leur droite en suivant la rive gauche de l'Escaut, passèrent le môme jour le ruisseau de Spierre, et campèrent la droite à Aveighem, la gauche à Helchin, l'Escaut derrière eux, ayant trois ponts sur cette rivière à ce dernier village pour tirer des fourrages de Pottes, où ils avaient formé un magasin. Pendant ce temps, M. de Ghanclos, qui commandait le corps campé sur le canal de Bruges, marcha aussi en remontant l'Escaut par sa rive gauche. Cette marche audacieuse des ennemis par la rive gauche de celte rivière, à destination de Courlray, fit craindre au ma-
réchal qu'ils n'eussent le dessein de l'attaquer : bien qu'il n'en crût rien et sût que l'armée ennemie n'était composée réellement que de 66B.el 113 E., c'est-à-dire moins supérieure qu'on ne l'avait annoncé jusqu'alors, il jugea prudent de rassembler ses troupes. En conséquence, il mande à M. du Chayla de joindre l'armée le 4 octobre, avec son corps de cavalerie; à M. d'Estrées, de camper sous Lille à la place de M. du Chayla. La brigade de Dauphin et d'Auvergne et Royal-dragons retournèrent à l'armée, M. d'Avaray vint les remplacer avec 4 B. de la garnison de Douai. Le maréchal rapprocha en môme temps de lui le corps de M. le prince de Pons qui se réunit le4 octobre à Wachen sur la Mandel au-dessous deCourtray, d'oii M. le prince de Pons rentra à l'armée avec sa cavalerie et 1 brigade d'infanterie. M. d'Apcher reste à "Wachen avec 2 brigades d'infanterie et le régiment de Grassin. Après ces dispositions, le maréchal attendit que les ennemis se décidassent ou à marcher sur lui, ou à repasser l'Escaut. C'étaient les deux seuls partis, selon lui, qu'ils pouvaient prendre, et il ne pensait pas qu'ils pussent différer longtemps par le manque de subsistances dont il avait entièrement dépouillé le pays pendant la campagne.
Les ennemis firent en effet, le 4, un nouveau mouvement en campant leur droite vers Asper et leur gauche à Audenarde. On crut à leur projet de repasser l'Escaut; mais comme, le 7, ils avaient encore marché la veille par sa rive gauche et qu'ils s'étaient portés vers Deynsé, l'incertitude se renouvela sur la route prise, soit vers Gand, soit vers Deynse. Mais le maréchal, instruit que M. le dnc d'Arenberg avait appelé à lui toutes les troupes de l'autre côté du canal et vers Bruges, ainsi que son artillerie de campagne qui , depuis Tournay, marchait par la rive droite de l'Escaut jusqu'à Audenarde, jugea que son projet était de passer la Lys aux environs de Deynse pour se porter à Rousselaër ou pour marcher à lui. Par sa lettre à H. le comte d'Argenson, il exprime bien que, dans ces deux cas, il pensait être forcé de se déplacer : r parce que, n'ayant plus aucune subsistance à la droite de la Lys, depuis Douai jusqu'à Gand, il regardait comme impossible d'y faire passer ses troupes et soutenir Courtray ; 2° parce que la position que les ennemis pouvaient prendre à Rousselaër les mettait entre la mer et lui et l'empêchait de pouvoir s'y porter avant eux. Le maréchal jugeait aussi que, dans le cas où les ennemis passe-
raient la Lys, ils pourraient assiéger Furnes, d'autant plus que leur grosse artillerie, partie d'Anvers, avait été probablement transportée à Ostende, d'oii elle pouvait facilement arriver devant celte place.
Ces différentes considérations déterminèrent le maréchal à se placer derrière le canal de Boësinghe dans le cas où les ennemis passeraient la Lys, et à démanteler Courtray s'il était obligé de s'en éloigner. Le duc d'Arenberg n'avait pas de projets aussi vastes; car, le T, il s'était encore rapproché de Gand, la droite à Nazareth, la gauche à Huysse et ayant un gros poste dans Deynse, sans pont sur la Lys : ceux entre Audenarde et Gand lui servaient à tirer des fourrages de la droite de l'Escaut.
Instruit de la nouvelle position des ennemis et persuadé que le défaut de fourrages dans le pays à la rive gauche de la Lys les empêcherait de passer cette rivière, et étant lui-même à la veille d'en manquer, le maréchal envoya M. du Chayla sous Ypres avec toute la cavalerie afm de réserver le peu qui lui restait et tenir encore quelques jours sa position avec son infanterie. Un long séjour était impossible, malgré le désir de ne point quitter Courtray avant que les ennemis eussent repassé l'Escaut : il fallait céder au manque de fourrages. En conséquence il replie l'armée sous Menin, aussitôt toutes ses ressources épuisées. Il y avait rassemblé pendant la campagne environ 250,000 rations, et il donne des ordres pour que la châtellenie d'Ypres et de Furnes en formât un magasin derrière les lignes de Gommines, réparées pendant la campagne, afm de pouvoir occuper ces lignes et ménager, le plus possible, les fourrages assemblés à Menin.
Peut-être le maréchal eùt-il pris dès ce moment le parti de séparer l'armée, persuadé que les ennemis, ainsi que lui, ne pouvaient rien faire de plus utile à la conservation des troupes. Mais la lettre du 10 octobre de M. d'Argenson ne contribua pas peu à tenir encore les troupes rassemblées. Ce ministre lui témoignait le désir que, même après que les ennemis auraient mis l'Escaut devant eux, il employât tous ses efforts pour empêcher qu'ils ne séparassent leurs troupes, ou ne fissent un détachement vers l'Allemagne, avant la fin du siège de Fribourg.
Le maréchal ne crut pas à la possibilité de l'envoi d'un détachement, qui, ne pouvant arriver avant six semaines sur le Rhin, ne lui paraissait pas capable d'influer sur l'opération du siège, à moins
que ce détachement ne fût de 50 à G0,000 hommes, ce qui n'était admissible ni des Anglais, ni de la Hollande, puisque alors toute la Flandre resterait entièrement à découvert.
11 fit part de ces réflexions à M. d'Argenson, le rassura sur la crainte de voir les ennemis arriver à Courtray, s'il s'en éloignait. Le maréchal pensait que, ce poste ne pouvant être soutenu que par une armée, et une armée ne pouvant pas y subsister, par le manque de fourrages entre l'Escaut et la Lys et entre cette rivière et le canal de Bruges, il était impossible aux ennemis de s'y porter en force. Il l'assurait en même temps que, s'ils y venaient, il ne les laisserait pas partir sans les attaquer.
L'occupaiion de Courtray fut plus longue qu'on ne le supposait. Le détachement ennemi à Deynse, craignant la marche de quelques compagnies de grenadiers envoyées pour soutenir des partis, abandonne ce poste le H et n'ose y rentrer que le lendemain. Cette conduite indiquait plutôt une défensive de leur part qu'un projet d'entreprise sur la Lys. Cette idée se confirma lorsque, le 13, M. le duc d'Arenberg conduisit son armée sous Gand. Ce mouvement l'éloignait de Courtray. Il lui aurait fallu trois marches pour s'y porter à travers un pays où il n'y avait aucunes subsistances. Il n'en fallait pas davantage pour être entièrement tranquille sur leurs entreprises; les nouvelles delà séparation des Hollandais pour Tournay et pour Namur avec l'artillerie, déjà passée à Audenarde, ne laissèrent plus de doute. Leur armée, faute de subsistances, avait fourragé Audenarde; il paraissait difficile que Gand évitât le même sort, pour peu que leur séjour sous cette ville se prolongeât.
Enfin, le 19, le maréchal apprit le départ de toute l'infanterie hollandaise le matin pour Anvers et pour le Sas-de-Gand , l'arrivée de 12 B. anglais à Bruges et du reste des troupes de cette nation, ainsi que, le lendemain, la mise en marche des Hanovriens. Chaque moment confirmait la séparation entière de l'armée des alliés. Cependant la route des Hanovriens étant la môme que celle des Hollandais, et ne devant marcher qu'après eux, ils restèrent pendant quelques jours encore campés derrière le canal de Bruges. Mais, le 20 octobre, M. le duc d'Arenberg étant à Bruxelles, le maréchal n'hésita plus à séparer aussi ses troupes.
12 B. partent, le 21, pour le côté de la mer, et les ordres sont
donnés pour lever entièrement le camp de Courtray les 23 et 24, et faire entrer les troupes dans les cantormements désignés quelques jours auparavant.
M, d'Estrées avait quitté, dès le 18, son camp sous Lille, établissant ses cantonnements sur la Sambre dans les environs de Maubeuge, d'Avesnes et de Landrecies. Comme, dès le 22, il ne restait plus d'ennemis à la rive gauche de l'Escaut, M. le maréchal se rendit à Lille où il établit son quartier général. M. le chevalier d'Apcher (1) forme l'arrière-garde, le 24, et arrive à Menin sans être inquiété. Avant d'évacuer Courtray, toutes les palissades furent transportées à Menin.
Indépendamment des motifs qui déterminèrent M. le maréchal de Saxe à séparer ses troupes, le temps rigoureux qu'elles éprouvaient depuis une huitaine de jours l'y .poussait. Des ouragans avaient détruit les tentes, des pluies continuelles défonçaient les chemins et rendaient impraticable tout ce qui n'était pas chaussée pavée; il devenait impossible de garantir les troupes des rigueurs de la saison, et de les faire marcher ou de leur transporter des subsistances. Ces mêmes motifs déterminaient à négliger tous les mouvements exigés pour empêcher les ennemis de faire marcher des troupes en Allemagne. Ces raisons légitimes tendaient trop au bien du service pour que le roi ne les approuvât pas. M. d'Argenson (2) écrivit au maréchal pour lui témoigner sa satisfaction, non seulement à cet égard, mais aussi sur sa conduite dans le cours de la campagne, pendant laquelle, avec des forces inférieures, il avait forcé Tennemi à renoncer à toute offensive.
Les ennemis continuèrent leur marche vers leurs quartiers d'hi-
(1) D'Apcher(CIau(le-Annet de CliàLcauneuf, comte), né le 14 juin 1C93. Cornette à Meslre-de-camp-général des dragons le 8 septembre 1719, maréchal de camp le 1*'" mars 1738, lieutenant général le 2 mai 1744, décédé le 12 février 1753.
(2) Du 28 avril au 18 novembre, il n'y eut pas de ministre des affaires étrangères. Le comte d'Argenson, secrétaire d'État de la guerre, le maréchal de Noailles, minislrc d'État, et le premier commis M. duTheil, plus tard ministre plénipotentiaire, se partageaient la direction de la politique extérieure. Le roi, qui s'était fait suivre par M. du Theil en Flandre, recevait toutes les dépêches et les renvoyait au maréciial de Noailles, commandant l'armée d'Allemagne, qui indiquait sommairement la réponse. Tout ce qui exigeait une signature du secrétaire d'État était expédié par le comte d'Argenson. Cet état de choses dura jusqu'à la nomination du marquis d'Argenson aux affaires étrangères.
ver, et les Hanovriens levèrent leur camp le 27 octobre. Le 1" novembre, le marécbal met en mouvement les corps pour leurs quartiers d'hiver (1). Il congédie en même temps les officiers généraux ne devant pas être employés pendant l'hiver.
Quelques jours après, il apprend que les troupes hanovriennes ne devaient pas rester en Flandre pendant l'hiver, mais s'acheminer sur le Rhin et prendre des quartiers dans le pays de Cologne et de Juliers. Il reçut même l'itinéraire de leur route.
Malgré la tranquillité dont ces dispositions réciproques firent jouir les deux armées dès les premiers moments où les troupes entrèrent dans leurs quartiers, le maréchal resta sur la frontière
(1) Cantonnements de l'armée. A Gravelines .-la Cour au Chanlrc, 3. De Blignac, milices, 1 B. De la Vieuville, 2 E. A Bergues : Aubelerre, 1. Biron, 1. Aunis, 1. Polignac, milices, 1 B. De la Vieuville, 2 E. A Dunkerque .-Rohan, 3. Touraine, 3.Diesbach,3. Hainaull, 1. Royal-Corse, 1 B. Royal-dragons, 3 E. A Fumes : Soissoiinais, 1. Nivernais, 1. De Nantes, milices, 1 B. Royal-dragons, 2 E. XPoperinghe : Brionne, 4. Dauphin, 3. Bettens, 3. Penlhièvre, 2 B. A Ypres : Angouniois, 1. De Paris, milices, 1. De Mayenne, milices, 1 B. Egmont-dragons, 5 E. A Menin : Royal, l.LaFère, 1. De Carhaix, milices, 1 B. Bauffremont-dragons, 3E. A Comines, Warneion et derrière lès lignes : Royal, 2. Royal-la-Marine, 1 B. Bauffremont-dragons, 2 E. A Lille, la Bassée, citadelle : Normandie, 4. Courten, 3. De Rennes, de Ligneville, de Paris, milices, 3. Saint-Brieuc, 1 B. Volontaires de Saxe, 6. Cuirassiers, 4. E. A Bouchain .-Languedoc, i. Caen, milices, IB. A Saint-Amand :GrAisins, 1,200 hommes. A Cambrai .• deSaint-Lo, doBlois^ de Dinan, milices, 3 B. Colonel-général, 3 E. A le Castelet : le Roi, 3 E. A Crèvecœur : Clermont-Tonnerre,
1. De Pons, 4 E. A Douai .- Seedorf, 3. Royal-Artillerie, 1. De Vire, d'Orléans, d'Angers, de Paris, milices, 5 B. Mestre-de-camp-général dragons, 5 E. A ArleuxfÉcluse : Royal-Roussillon, 4. Grammont, 4 E. A Valenclennes Qi citadelle : Auvergne, 3. Orléans, 2. Chartres, 2. Fleury, I. Montargis, milices, 1 B. D'Orléans, 2E. A Condé : Bourbonnais, 3. De Caen, milices, 1 B. D'Orléans, 2 E.; Duquesnoy, Eu, 2. Wittmer, 3. De Rouen, milices, 1 B. A Caleau-Cambresis : Brancas, 4 E. A Maubeuge : Piémont, 4. Bresse, 1. Vexin, 1 B. Beausobre-hussards, 4. Dauphindragons, 5 E. A Landrecies : Beauvoisis, 1. Chartres, milices, 1 B. De Talleyrand, 2 E. Fiennes, 4. Des Cars, 4 E. A Avesnes : Monaco, 3. De Talleyrand, 2 E. A Calais : Saint-Mexin, Polignac, Poitiers, Boulonnais, milices, 4 B. A Ardres : Royal- Cravates, 4. Prince-Camille, 4 E. A Saint-Omer .• la Couronne, 3. Lowendal,
2. Vernon, milices, 1. B. Royal-Étranger, 4 E. A ^ire .• les Vaisseaux, 3. Traisnel, 1 B. Chabrillant, 4 E. A Saint-Venant :Roolh,da Mans, milices, 1 B. A Béthune: Clare, 1. Berwick, 1 B. Clermont, 4 E. A Semps : Egmont, 4 E. A Vitry : Penthièvre, 4. E. A Aubiny .-Vogué, 4 E. A Arras : Rhedon, milices, 1 B. Carabiniers, 10 E.ABapaume .-Bulkeley, 1. Dillon, 1 B. A Péronne, Ham, Saint- Quentin: de Tours, Corbeil, Lorraine, milices, 5 B. A Guise : de Nantes, de Ponl-Audemer, milices, 2 B. Total : 119 B. et 136 E.
jusqu'au retour du roi à Versailles, à la suite de la campagne sur le Rhin terminée par la prise de Fribourg (1). Il reçut l'ordre de préparer un plan d'opérations pour l'armée de Flandre, dont on lui confiait le commandement pendant la campagne suivante. Il partit en conséquence de Lille, le H décembre, laissant à la tète des troupes de la frontière, depuis la Meuse jusqu'à la mer, M. de Ceberel, le plus ancien des lieutenants généraux. Le 23 décembre 1744, le roi envoyait à M. d'Argenson son ultimatum pour la paix, et, malgré bien des difficultés de la part des puissances étrangères, il est certain que la paix eût été signée avant la campagne de 1745, si l'empereur Charles VII ne fût pas mort subitement le 20 janvier 1745, Les quatre théâtres de guerre où opéraient les quatre armées étaient la Flandre, le Mayn, la Souabe et l'Italie.
(1) Voir le deuxième volume des Guerres sous Louis XV, campagne du Brisgau, p. 412.