CHAPITRE X
BATAILLE DE FONTENOY. — PRISE DE TOURNAT, GAND, AUDENARDE, DENDERMON'DE, OSTENDE, NIEUPORT, ATU.
L'armée de Flandre est composée de l'armée du roi et des différents corps de MM. du Ciiayla, d'Estrées , de Brezé, d'Harcourl, Clermont-Gallerande et de Lowcmial.
A vril 1745. — 20. L'armée du roi sous Maubeuge. — 22. M. du Cliayla, avec un corps SDUS Valenciennes, à Cnndé, et le 23 à Hautrage, en vue de Saint-Ghislain , s'empare du Pont-à-Haine. — 21. M. d'Estrées, détaché de l'armée, le 22, à Spienncs, près Mons. — 22. M. de Brezé près Warneton ; le 24, sur la Marcq près Lille, et, le 25, investit Tournay à la rive gauche de l'Escaut. — 23. L'armée à Quiévrain. — 24. A Péruwelz; jointe ce même jour par M. d'Estrées, formant arrière-garde et qui s'était avancé la veille sur les hauteurs de Berthamont et sur le village de Home, près Saint-Ghislain ; se replie le lendemain sur le Ponl-à-Haine et rejoint l'armée; il en fait l'arrière-garde. L'armée alliée commence son mouvement sous Bruxelles. — 25. Investissement de Tournay; M. d'Harcourl, avec 6,000 hommes, à la rive droite de l'Escaut. M. du Chayla à Leuze. M. d'Harcourl, détaché du camp de Péruwelz, forme l'investissement de Tournay par la rive droite de l'Escaut. — 26. L'armée arrive devant Tournay. — 30. Ouverture de la tranchée.
Mai. 3. L'armée ennemie s'avance à Casteau, le 5 à Cambron, le 8 à Leuze, le 10 vers Wasraes, et, le 11, se retire sous Ath. — 6. M. du Chayla se replie et rentre à l'armée. — 8. Le roi et le Dauphin arrivent au camp devant Tournay, son quartier au Pont-à-Chin. — 9. Le roi choisit un champ de bataille; les troupes Toccupent. — M. le maréchal de Saxe prend ses dispositions pour recevoir l'ennemi. — 11. Bataille de Fontenoy. — M. de Brezé reste au siège de Tournay avec 24 B. et 12 E. — 23. Tournay capilule ; les troupes qui défendaient la ville se retirent dans la citadelle. — 31. Tranchée ouverte.
Juin. 20. Capitulation de la citadelle de Tournay. M. de Brezé chargé de la ville et de la citadelle. — 21. M. de Clermont-Gallerande prend le commandement des lroui)es venant de l'armée du Rhin ; campe à l'abbaye de Hautmonl, i)rès Maubeuge.
Juillet, l". L'armée du roi à Leuze. — M. de Clermont est à Binch, le 13 à Chièvres. — M. de Lowendal détaché de l'armée sur Espierres. — Le 3, l'armée
(les alliés quitte son camp d'Ath; se relire à Gramuiont et Alost. — Le 7, se rapproche d'Alost; le 10, se relire à Anderlechl, sous Bruxelles; ensuite campe de l'autre côté du canal. — 4. L'armée du roi à Rebaix. — 5. A Lessines. — 6. A Grammont. — 8. A Bost. — Le 8, M. ilu Chayla, détaché pour jeter un pont sur l'Escaut au-dessous de Gand, combat à Heusden, y campe. — Le 10, s'empare de Gand avec M. de Lowendal , campe à Ledeberg; prend le commandement de Gand, et M. le prince de Pons celui de son corps. — 14. Tranchée ouverte devant la citadelle de Gand. — 15. Capitulation de la citadelle; M. de Lowendal rejoint l'armée au camp de Bost. 11 est chargé du siège d'Audenarde. — Il investit cette place le 16 ; le 18, ouverture de la tranchée. — 22. Le roi se rend à Gand.
— Audenarde capitule. — 23. Troupes détachées du corps de M. de Clermonf- Gallerande pour les Évêchés. — 28. Notre armée campeà Oordcghem, entre Alost et Gand.
Aoiît. 4. L'armée à Alost. — M. d'Harcourt détaché pour le siège de Dendermonde, et M. de Lowendal à celui d'Oslende. — 6. M. de Lowendal arrive devant Ostcnde. — 17. Notre armée passe le Dendre, campe à Mélis, près Lippeloo.
— 2.3. Capitulation d'Oslende. — 28. M. de Lowendal en marche pour le siège de Nicuport ; se rend à Slype. — 28 et 30. Les troupes arrivent devant la place. — 31. Tranchée ouverte.
Septembre, l"^''. Le roi quille l'armée, arrive à Ver.sailles le 7. — 5. Capitulation de Nieuporl. — 7. L'armée française repasse le Dendre, campe à la gauche de cette rivière entre Alost et Dendcrmonde. — 8. Nouvelle position entre Alost et Ninove. M. d'Harcourt sous Dcndermonde. — 10. B. et E. français détachés pour renforcer les garnisons de Maubeuge, de Pliilippeville, et occuper le poste de Beaumont. Soutiens envoyés à M. de Clerinont-Gallerande. — 24. M. de Clermont à Lessines. — 24. 10 B. anglais quitlent l'armée, campent sous Anvers. — 26. Ces 10 B. entre le fort Lillo et Willemstad. — Troupes détachées de l'armée française à l'investissement d'Ath, avec M. de Clermont-Gallerande. — M. d'Estrées, détaché pour concourir à l'inveslissemcnt de cette place, arrive à Enghien le 27. — 27. M. du Chayla prend le commandement du camp sous Dendermonde, renforcé par les troupes de la Flandre maritime. — M. de Clermont-Gallerande établit son <[uartier général à Ath. — 28. Ath entièrement investi.
Octobre. 4. M. d'Estrées à Ghislenghien ; le 7, joint devant Ath M. de Clermont- Gallerande. — 7. La maison du Roi et la brigade des Gardes à Lessines. — Le 6, un corps autrichien se porte à Hal; le 7, à Soignies ; le S, retourne à Hal, à Saint-Symphorien. — Le 10, ce corps se sépare pour entrer partie dans Mons, à Namur et Charleroi. — 8. M. du Chayla rejoint l'armée, campe à la droite de la Dendre sur la chaussée d'Alost et de Bruxelles. — Le 10, il retourne au camp de Dendermonde. Capitulation d'Ath. M. d'Armentières commande dans cette ville. — 10. Premier mouvement pour la séparation de l'armée. — 12. La maison du Roi et la Gendarmerie partent pour la France. — M. d'Estrées à Grammont, d'où ses troupes se séparent. — M. de Clermonl-Garicrande rassemble les troupes du siège d'Ath et campe à Cainhioa. — 13. La brigade des Gardes et quelques autres troupes parlent pour Tournay. — M. de Clermont-Gallerande aux l£slinesau-Val. — Le 14, à Erkelines. — 14. L'armée française entre Gavro et Baeleghem. — 15. Passe l'Escaut ; une partie des troui)cs rentre en France, l'autre en
Flandre. Le quartier général à Gand. — 16. M. de Clermonl-Gallerande sépare ses troupes ; une partie à Beaumont, le reste à Maubeuge, d'où elles vont dans leurs quartiers. — Corps de 15,000 hommes de l'armée alliée qui s'avance de "Wilvorde vers Alost; se retire le même jour, et l'armée commence à se séparer, le 20, pour prendre ses quartiers d'hiver. Les Anglais s'embarquent à Willemstad. — 20. M. de Clerniont-Gallerande à Audenarde pour y commander pendant l'hiver.
Pioremhre. 1«^''. Lettres de service aux généraux appelés à servir pendant l'hiver. Gratifications aux troupes. Désignation des commandements. — 10. Embarquement des Anglais.
Décembre. Projets vis-à-vis la Flandre hollandaise. Situation des finances et des contributions. — 10. État des troupes à faire passer en Angleterre sous le duc de Richelieu. — 25. Projet secret du maréchal de Saxe contre Bruxelles suspendu par suite du dégel, qui le force à attendre un moment plus favorable. — 26. Arrivée de Richelieu à Gand i)our conférer avec le maréchal. — 29-30. L'expédition de Bruxelles ne réussit pas. — 30. Expédition sur Saint-Ghislain manquée.
ÉTAT-MAJOR DE l'aRMÉE.
M. de Cremilles, maréchal général des logis de l'armée.
Aides : MM. de Puységur, d'Espagnac, delà Serre-Aubeterre , Saint-Sauveur de Botteville, de Soupir.
M. de Vaudreuil, viajor général de Vinfanterie.
Aides : MM. Laniioy, Bernier, la Tour, Valfons, Codere, Lagroulet, Longaunay, Montazet, Iladins.
M. de Croismare, maréchal général des logis de la cavalerie.
Aides : MM. Mczières, Pinon de Saint-Georges, Montlezun, Mouchy, deSorail. M. de Séchelles, intendant. M. de la Tour, prévôt.
Lieutenants généraux .-MM. de Ceberet, d'Harcourt , Clermont-Tonnerre , de Dombes, d'Eu, Phelippes, Choiseul-Meuse, Clermont-Gallerande, du Chayla, de Grammont, de Bavière, de Montaison, Danois, Biron, Lowendal, Berenger, Chabannes, Richelieu, Pons, Dreux-Brezé, de Luxembourg, d'Estrées, d'Apcher, Langeron, de Croissi, Chartres, Penthièvre, de la Billarderie, Montboissier.
Maréchaux de camp: MM.de Rambure, laMarck, Monnin , Contades, Graville, Beuvron,d'ArmentièreSjSouvré, de Chevreusc,Rubempré, comte d'Harcourt, d'Aumont, d'Ayon, Soubise, d'Anlezey, Chaulnes, Fitz-James, Tingry, Noaillcs, d'Aguesseau, Montmorency-Logny, Crequy. Mézières, de Muy,Sourches, Rosen, Bauffremont, de la Suze, Fleury, Secdorf, Relingue, de Fiennes, Zurlauben, ChiflYeville, Marignane, Montgibault, Jumillac, Courtomer, du Roure, du Brocard, delà Coste-Messelière , Chambon, Gault, Baz'iUy. Saumery, Champeron , Calvières, Fougères, de Tressan, Balincourt, de Suzy, Manherbe, de la Motte-Guérin, Perussy, de Morangiers, de Canillac, Descajeuls.
Brigadiers (infanterie) : MM. de Gravel, de Lorges, d'Herouville de Claye, Talleyrand, Duras, de la Vauguyon, Gontaut, d'Havre, Saint-Pern, Saint-Quentin, de la Motte-Hugues, d'Aspremont, Chambonas, delà Serre, de Bassa, de Chambon, Vaudreuil, d'AflVy, de Langey, Staal, la Sone, de la Peyr, Dupas.
Brigadiers (cavalerie): MM. Dauger, la Peyrouse, Carneau, de Blet, de Pons,
Cernay, d'Havrincourt, Crenay, Guiry, d'Ailly, d'Autichamps, la Luzerne, Montmorency, Poulpry, du Muy, Pons Saint-Pierre, Narbonne-Pelet, Chabanais, la Marche d'Estrehan, Mailly d'Aucourt, de la Salle, du Chàtelet, Vauban, Saint-Clair, Varneville, Montigny, Landreville, de Grille, Toulongeon, Duplessis, Vernassal, Montmor, de Menou, de la Chaise, de Lignieres, Vercel.
Infanterie .• Gardes françaises, 6. Gardes suisses, 3. Piémont, 4. Normandie, 4. Grillon, 3. Auvergne, 3. Royal, 3. Dauphin, 3. Touraine , 3. Eu, 3. Royal- Vaisseaux, 3. Orléans, 2. La Couronne, 3. Aubeterre, 1. La Fère, 1. Beauvoisis, 1. Royal-Marine, 1. Trainel, 1. Biron, 1. Hainaut, 1. Angoumois, 1. Nivernais, 1. Soissonnais, 1. Chartres, 2. Le Roi, 4. Bettens, 3. Diesbach, 3. Courten, 3. La Cour au Chanire, 3. Wittenier, 3. Bulkeley, 1. Berwick, 1. Clare, 1. Diilon, 1. Rooth, 1. Lally, 1. Royal-Corse, 1. Royal-Écossais, 1. Grassins , 2. Lowendal, 3. Royal - Wallon, 2. Boufflers-Wallon, 2. Bouzol, 3. Laval, 1. Saintonge, 1. Seedorf, 3. Fleury, 1. Monnin, 3. Languedoc, 3. Picardie, 4. Dauphiné, 1. Grenadiers royaux : Latour, Valfons, Longaunay, Espagnac , 4. Milices : Paris, Mantes, Blois, Saint- Maixent, Dinan, Vannes, Saint-Brieuc, Redon, Carhaix, 10. Royal-Artillerie, Richecourt , Fontenay, Pumbuq, 2. 126 B. Compagnies franches de Provisi , Massanne, le Gagneur. Compagnies d'ouvriers du Brocard, Saint-Valller, Thomassin, d'Epinay, de Boulle.
Cavalerie ;, Maison du Roi, 13. Gendarmerie, 8. Carabiniers, 10. Colonel-général, 4. Royal, 4. Le Roi, 4. Royal-Étranger, 4. Cuirassiers, 4. Cravates. 4. Roussillon, 4. Berry, 4. Orléans, 4. Clermont-Prince, 4. Penthièvre, 4. Brionne, 4. Brancas, 4. Talleyrand, 4. Clermont-Tonnerre, 4. Chabrillan, 4. Egmont, 4. Grammont, 4. Saint-Jal, 4. Camille, 4. Tiennes, 4. Rohan,4.Noailles, 4. Pons, 4.Fitz-James, 4.
Hussards : Linden, 4. Beausobre, 4. Saxe (volontaires), 4.
Dragons : Mestre-de-camp-général, 5. Royal, 5. Bauffremont, 5. Egmont, 5. Septimanie, 5. Asfeldt, 5. 173 E. Compagnie de Goderneau.
Pendant les trois premiers mois de l'année 1745, les troupes françai.çes restèrent dans leurs quartiers de Flandre. Une sorte de trêve s'était établie sur la frontière et elle ne fut point rompue de part et d'autre. AMenin, M. de Bauffremont fait sauter les ouvrages extérieurs, démolir les fortifications, et évacuer l'artillerie et les munitions. M. de Séchelles visite les places du Hainaut et de la Flandre pour les faire mettre en état. Le 22 mars, le roi nomme les officiers généraux à l'armée de Flandre (1). On destinait à cette
(1) M. d6 Ceberet (*) commandait à Ypres, ayant M. de Romecour comme maréchal do camp ; M. d'Aunay (**) était dans la Flandre maritime, et M. d'Estrées à Furnes.
(') De Ceberet (Claude, marquis), no en 107:2, iiioiisriuetaire en 1090; maréchal de camp, le 8 mars 1718 ; lieutenant général le 22 décembre 1731 ; décédé le 2^> avril 1750, à Aire.
{'■) D'Aunay (Jean-Ciiarlcs de Mcsgrisiiy, comte), cadet en 1692, maréchal de camp le 1" mars 1738, lieutenant général le 2 mai 17ii, décédé le 3 janvier 1703. (D. G.)
armée 58 B. et 43 E. des garnisons de Flandre, 1 B. d'artillerie et 2 E. de Picardie; 31 B. et 111 E. de plusieurs autres provinces de France pour se rendre, savoir : l'infanterie, le 20 avril, sous Maubeuge; la cavalerie et les dragons, du 20 au 30, à Yalenciennes, après avoir cantonné la droite à Philippeville, la gauche à Béthune et Lillers; on devait en outre envoyer à cette armée 1 second B. d'artillerie, 100 pièces de batterie, tous les pontons et 100 pièces de campagne; il fut décidé qu'on laisserait dans les places de Flandre, Picardie et Artois, pendant la campagne, 40 B. de milice, 7 de campagne, les Wallons et quelque cavalerie.
Les alliés ne furent pas aussi tranquilles que nous. La plus grande partie des Autrichiens et des Hanovriens s'en fut vers le bas Rhin. L'empereur étant mort le 20 janvier à Munich, l'on prétendait par le rassemblement des troupes sur le Rhin favoriser l'élection du grand-duc. Les Anglais et les Hollandais s'étendent dans les Pays-Bas; les premiers reçoivent à Ostende des recrues et de l'arlillerie, les autres en rassemblent à iMalines. Puis la plus grande partie des Anglais se rend à Gand et à Bruges ; les Hollandais renforcent les garnisons de Namur, Charleroi, Ath, Mons et Tournay. Ces derniers, déjà au nombre de 80,000, s'augmentent de 12,000 hommes, et 9,000 hommes vont rejoindre sur le bas Rhin les Austro-Hanovriens au nombre de 10,000.
Le comte de Saxe, tout ens'occupant des préparatifs d'une armée sur le point d'entrer en campagne, ne restait pas étranger à la politique de la France après la mort de l'empereur Charles YIl de Bavière. Écartant les détails militaires, il se plaisait à témoigner son affection à son frère Auguste III, en l'engageant à se mettre sur les rangs et à se faire élire empereur d'Allemagne.
Maurice de Saxe à Auguste III.
« Paris, 4 mars 1745.
a Dieu dirige toutes choses, sire, et est le maître du sort des armes; mais si l'on compare nos moyens à ceux de la ligue de la maison d'Autriche, il n'y a effectivement qu'un miracle qui puisse faire pencher la balance de son côté. Votre Majesté voit la su-
périorité de la maison de Bourbon. Quelque mouvement que les négociateurs du parti autrichien se donnent, ils trouveront difficilement les moyens d'une apparence d'égalité à leurs forces. La dignité impériale n'est pas un objet que l'on doit regarder avec indifférence; elle influe sur les démarches du corps germanique. Il me paraît que l'affaire de la succession de la maison d'Autriche n'est pas l'objet qui attirera à présent la plus grande attention; mais si elle cause la continuation de la guerre, elle ne pourra qu'être avantageuse à Votre Majesté^ étant revêtue de la dignité impériale. D'ailleurs, si la reine de Hongrie mourait, la tutelle de ses enfants, qui appartient de droit à Votre Majesté, ne souffrira pas de contradiction, au lieu que, si le grand-duc, par les hasards d'une longue guerre, qui désolerait l'Allemagne, obtenait l'Empire , il serait difficile de la lui disputer. Si, d'un autre côté. Votre Majesté considère la puissance que cette dignité lui donne contre le roi de Prusse, elle trouvera qu'à tous égards il y aurait nécessité de f;iire les démarches nécessaires. «
Cette lettre devait être un peu l'inspiration de M. d'Argenson, ministre des affaires étrangères, qui déjà, le 27 janvier, jour où il reçut la nouvelle du décès de Charles VU, fjiisait au comte Loss des ouvertures semblables. Le roi, du reste, avait déjà répondu par M. Bruhl, le 17 février, « qu^il n'ambitionnait pas cette dignité suprême, accompagnée de tant de peines et de dépenses, bien moins encore au prix de perpétuer la guerre, ce qui arriverait si la France devait soutenir cette élection, ainsi qu'elle s'y offre, par la force des armes. »
Auguste III répondit dans le même sens au comte Maurice, le 2G mars, et deux mois après donnait sa voix à l'époux de Marie- Thérèse, élu empereur le 13 septembre 1745.
Vers la fin du mois de mars, les alliés se préparèrent activement à rentrer en campagne. Leur effectif, tant dans les Pays-Bas que sur le bas Rhin, se montait à 103 B. et 107 E. (1). Dans ce nombre n'étaient pas compris 33,000 hommes entretenus par les Hollandais pour la garde des places de la barrière, plus les 9,000 sur le Khin, les renforts envoyés du côté de Namur, ni les détachements
(1) 25 B. et 29 E. anj^lais, 13 B. et 31 E. hanovriens, 30 B. et 31 E. lioltandais, 35 B. et 21 E. autricliiens.
des Anglais à Oslende; en sorte que les alliés pouvaient mettre en campagne dans les Pays-Bas plus de 60,000 hommes, et 37,000 sur le bas Rhin.
Au commencement d'avril, le maréchal de Saxe ayant arrêté le plan des opérations avec le roi et le ministre, se mit en route, malgré l'hydropisie dont il était atteint, pour tout disposer et faire entrer les troupes en campagne (1). Après en avoir conféré à Lille, le 6, avec M. de Séchelles, il communique, le 10, à MM. de Crémille et de Vaudreuil ses intentions sur la formation de trois camps : le premier sous Maubeuge, le second sous Valenciennes et le troisième sous Warneton. Il leur recommande d'y faire passer les troupes, autant que la saison le permettrait sans les fatiguer. Ses ordres sont exécutés avec la promptitude et le bon ordre qu'il attendait de tous ces officiers. Les routes conduisant à ces trois places sont bientôt préparées pour la marche des troupes. L'infanterie s'en approche insensiblement. La cavalerie et les dragons arrivant de l'intérieur du royaume sont placés de manière à pouvoir se rassembler en deux jours, et, en attendant, cantonnent la droite à Philippeville, la gauche à Béthune.
Le 16 avril, le maréchal quitte Lille pour Valenciennes, visite le camp tracé pour une partie des troupes sous cette dernière place, et se rend, le 18, à Maubeuge, où était le rendez-vous des officiers généraux et du gros de l'armée (2). Dans l'après-midi, on lui fit une
(1) État, au commencement de la campagne de 1745, des forces de la France el de ses alliés, ainsi que de l'Autriche et de ses alliés :
Français, 322,000 hommes. Autrichiens, 120,000 hommes.
Espagnols, 80,000 — Saxons, 40,000 —
Italiens, 30,000 — Hanovriens, 3,000 —
Prussiens, 150,000 — Hollandais, 80,000 —
Bavarois, 30,000 — Anglais, 20,000 —
Palatins, 9,000 — Piémontais, 40,000 —
Hessois, 9,000 —
(2) C'est à ce moment que les Autrichiens , après avoir repoussé le roi de Prusse jusque dans ses États, se portèrent sur la Bavière, forçant le jeune électeur à abandonner Munich. La France lui avait envoyé un secours de troupes allemandes a sa solde; mais, pendant que ce corps s'avançait, Maximilien négociait en secret avec l'Autriche, i)romellail sa voix à la diète de l'Empire i>our l'élection de l'époux de la reine de Hongrie, et obtenait de celte princesse la restitution de ses États. La
ponction, ce qui ne l'empêcha pas de travailler, sans qu'on s'aperçût de la moindre altération sur son visage. A Maubeuge, le ministre de la guerre lui adressa ses pleins pouvoirs du commandement de l'armée et les états des officiers généraux de l'état-major et des troupes, composées de 90 B. et 10 de milices et 160 E. Le 20, tous les officiers à Maubeuge prirent les ordres de M. de Saxe, chacun suivant sa destination. Le gros de l'armée arrive en même temps, et campe sous cette place, la droite appuyée à la chaussée de Mons la gauche au ruisseau de Douzy. La brigade de Piémont et le Mestrede-camp-dragons, séparément, couvrant le village de Feignies, gar. daient une trouée par laquelle l'ennemi aurait pu venir de Mons, de bois en bois.
M. d'Estrées part le 21, va camper à deux lieues de Maubeuge (1), sur le chemin de Charleroi, arrive le 22 à Spiennes sur la Trouille du côté de Mons, le 23 sur les hauteurs de Bertamont, qui dominent cette place, d'où il devait rabattre sur le village d'Hornu, près de Saint-Ghislain, et se replier, le 24, sur le Pont-à- Haine.
M. du Ghayla, commandant le camp sous Valenciennes, s'en éloigna le-22, avec 8 B., 16 E. de cavalerie, les Grassins et les hussards de Beausobre, s'établit au delà de l'Escaut, et, le 23, sous Condé, d'où il devait marcher avec sa cavalerie vers Hautrage, y camper à la vue de Saint-Ghislain, sur la rive droite de la Haine, tandis que son infanterie, restée en arrière à la hauteur du Pont-à- Haine, s'en emparerait et s'assurerait ainsi du passage de cette rivière. L'armée devait aussi se mettre en marche, le 22, pour
défeclion de son allié forçait la France à prendre la Flandre pour tliéàhe de la guerre. Les sommes énormes que coûta Charles VII à la France, tout en se plaignant toujours, dépassent les calculs. Le jeune électeur son fils, oubliant les bienfaits de Versailles, fit sa paix avec Vienne à Tussen, le 15 avril 1745. Louis XV vit cette défection avec froideur, bien qu'il s'engageât à garder une simple neutralité. Il conclut un traité de subside pour quatre ans, le 21 juillet 1746, avec la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies. La Bavière, pour qui la France avait entrepris la guerre, dont les soldats avaient combattu cinq ans confondus sous les mêmes drapeaux, envoya les mêmes soldats sur les bords de la Meuse, contre les baïonnettes françaises; mais ces trouj^'s bavaroises s'étant trouvées à la bataille de Raucoux, la majeure partie y fut tuée ou précipitée dans la Meuse. (1) Avec les régiments de Colonel-général, Cliabrillan-cavalerie et Mestre-decamp-dragons : soit 13 E.
Taisnières, le 23 pour Quiévrain, et le 24 pour Peruwelz, d'où le maréchal avait résolu de faire ses détachements.
M. de Brezé, avec les 16 B. et les 18 E. rassemblés au camp de Warnéton, reçut l'ordre, le 24, d'aller camper entre Lille et la Marcq.
Les régiments de Grillon, Touraine et Chartres, attendus le 21 et le 22 à Maubeuge, devaient s'éloigner le 23, et se trouver le 25 à portée d'exécuter les ordres de M. de Brezé. Les 9 B. de la brigade des Gardes à Valenciennes, sous le commandement de M. de Gramont, y restèrent jusqu'à ce qu'on les envoyât chercher pour occuper le quartier destiné au roi.
Les 13 E. de la maison du Roi à Saint-Quentin devaient se rendre le 27 à Cambrai, ensuite à l'armée, excepté un détachement destiné à l'escorte de S. M. Le 22, l'armée se met en marche sur deux colonnes, campe le même jour à Taisnières, et le 23 à Quiévrain, malgré les mauvais temps, qui n'arrêtèrent point un instant l'ardeur du maréchal, dont la santé paraissait meilleure, ni la bonne volonté du soldat. Le 24, elle passe la Haine et campe à Peruwelz, où il fut résolu de séjourner, pour reposer l'infanterie, et on distribua aux troupes du pain pour quatre jours. Les fourrages des villes autrichiennes commencèrent aussi à arriver en abondance à l'armée. L'Escaut et la Scarpe étaient couverts de bateaux chargés d'avoine, de foin et de paille, par les soins de M. de Séchelles. Le 2o avril, le maréchal détache M. le duc d'Harcourt pour former l'investissement de Tournay (1) sur la rive droite de l'Escaut, pendant que M. de Brezé devait, dans le même but, se porter à la gauche. Tout s'exécuta avec succès des deux côtés, au grand étonnement de l'ennemi qui, surpris, n'avait entrepris aucune mesure qui l'empêchât, ne pouvant se persuader que l'armée du roi fût destinée au siège de cette place, par la direction de nos mouvements sur Mons, Saint-Ghislain et Charleroi, où s'étaient tournées toutes leurs inquiétudes et leurs précautions.
Les corps de MM. d'Estrées et du Chayla, portés vers ces trois dernières places pour favoriser le projet de M. le maréchal sur Tournay, se replièrent sur l'armée, et il ne se passa de leur côté qu'une
(1) Tournay, investi le 25, était en aussi bon élat de défense qu a l'époque où les alliés en firent la conquête avant la bataille de Malplaquet (du 27 juin au 30 sept.
escarmouche entre les hussards de Beausohre et ceux de l'ennemi. Le 26 au matin, le comte de Saxe part de Péruwelz avec l'armée, arrive le même jour devant Tournay, détermine la circonvallation de celte place, établit les troupes dans l'emplacement préparé la veille par M. d'Harcourt sur la droite de l'Escaut, et jette des ponts sur le haut et le bas de cette rivière, de manière à communiquer avec la partie de l'armée établie sur la gauche par M. de Brezé (1).
Gomme, après avoir visité notre position sur la droite, le mare chai ne la trouvait pas suffisante pour qu'il fallût s'occuper de la retrancher, il se borne à fortifier la tête des deux ponts, ayant résolu, si les ennemis venaient à lui par Audenarde, de marcher à eux et de les attendre derrière le ruisseau de la Rosne, qui était inattaquable; et s'ils venaient par Ath, de se porter sur Leuze, l'un et l'autre poste n'étant qu'à trois lieues de Tournay. Il les fait reconnaître par M. de Grômilles et autres officiers généraux. Le 28, il achève de mettre tout en ordre sur la rive droite de l'Escaut, et passe sur la gauche pour y établir son quartier général à Ere (2) et pourvoir à tout de ce côté-là, ayant résolu de se borner à une seule
(1) De Dreux (Michel, marquis de Brezé), fils du marquis de Dreux, ne le 15 juin 1700, entre aux mousquetaires le 26 décembre 1717. Major général du camp de la Moselle le 19 mai 1720, et de la Meuse le 22 mars 1733. Brigadier le 1" avril; se trouve àEttlingen et à Philippsburg. Maréchal de camp le 1" mars 1738. En 1741, marche avec sa division eu "Westphalie, passe sur les frontières de Bohême, s'y distingue et revient, en juillet 1743, avec la 3' division. Lieutenant général le 2 mai 1744. A l'armée de Flandre, sous le maréchal de Saxe, oii il remplit les fonctions de maréchal général des logis; combat à Raucoux, à Lawfeld, à Maestricht. Le 5 février 1749, commande en chef la Flandre et le Hainaut. A laissé d'excellents manuscrits sur le service et la composition des troupes. Mort le 17 février 1754. Désespérant de trouver un appui suffisant pour les réformes dont ses sentiments et ses principes lui démontraient la nécessité, M. de Brezé refusa le ministère ([ui lui fut offert. Ses services lui avaient mérité la promesse du bâton de maréchal de France, qu'une mort prématurée l'empêcha de recevoir.
(2) Le quartier général fui établi successivement à Antoing, Vaux, Ère, et enfin dans Froyennes, comme étant plus à portée des attaques et du quartier où le roi devait loger.
Comte de Saxe au ministre.
« Camp de Tournay, 28 avril.
« J'ai fait investir Tournay, et j'arrive aujourd'hui bien portant, avec le reste de l'armée, devant cette place, pour la réduire en peu de temps. »
attaque à la porte des Sept-Fontaines. Le 29, il prépare l'ouverture de la tranchée et donne l'ordre de commencer le lendemain.
Ce n'était pas assez d'avoir entrepris un siège de celte importance, il fallait encore pourvoir à la si'ireté de nos places les plus exposées aux représailles. Il détache alors M. Phelipes avec 3 B. pour renforcer la garnison de Maubeuge et lui ordonne de se défendre, en cas d'attaque, jusqu'à la dernière extrémité dans cette place, qui ne pouvait manquer d'être secourue après la prise de Tourna)', et d'empêcher l'ennemi de s'établir dans le Hainaut et de porter ses excursions dans le Soissonnais et en Picardie; il charge en même temps M. de Marchault, intendant du Hainaut, de pourvoir aux approvisionnements de celle place; il envoie ordre à M. d'Aunay, commandant de la Flandre maritime, de diriger sur Furnes un renfort de 2 B. de milice de Dunkerque et de les remplacer par les 2 B. de Royal-Wallon.
Pendant que tous ces mouvements s'exécutaient de notre côté, le duc de Gumberland, le futur commandant en chef de l'armée des alliés, avait débarqué à Oslende avec un transport de troupes. Le comte de Ronigseck(l) était aussi arrivé à Bruxelles, et le prince de Waldeckà Namur: le premier pour commander les Autrichiens avec un pouvoir fort étendu sur toutes les troupes alliées ; le second, les Hollandais avec des ordres limités. Ces généraux se réunirent ensuite à Bruxelles et tinrent de fréquents conseils sur les mouvements des Français, dirigés vers les places du Hainaut autrichien. Us ne purent cependant convenir d'aucun rassemblement de troupes, encore moins en tirer de ces places, qui paraissaient toutes également menacées; ce qui les détermina à y diriger leurs principales forces, et il se trouva dans Mons jusqu'à 10,000 hommes, autant dans Namur, à proportion dans Charleroi, Ath et Saint-Ghislain. Ces places furent inondées de toutes parts, pourvues de bestiaux, de grains et de tous les secours nécessaires à une longue défense. Des ordres même arrivèrent d'en faire sortir ceux des habitants qui n'auraient pas rassemblé des vivres pour six mois. La consternation était à son comble, et les précautions augmentaient à mesure que nos
(1) Konigsecli (Lolliaire-Josepli-Georges, comte de), né en 1673; feld-niaréchal autrichien; mort le 8 décembre 1751. Sa campagne d'Italie l'avait placé au rang des généraux estimés, ainsi que le prince de Waldcck, connu par son courage impétueux.
troupes approchaient. Quand on les sut devant Tournay, le duc de Cumberland donna l'ordre de concentrer les troupes alliées, et elles commencèrent à s'ébranler à la fin du mois. Les gardes anglaises et plusieurs B. hollandais alors à Bruxelles et dans les environs se réunirent au camp de Schaerbek, à un quart de lieue de cette ville, et passèrent à celui de Lembeeck entre Hal et Tubize, où les Anglais, Hanovriens et Hollandais restés du côté de Gand, Bruges, Malines et autres places frontières de la mer, vinrent les joindre. Ce. prince envoya aussi des ordres à Mons, Namur et autres places des environs, qui n'avaient plus rien à craindre, de faire sortir la plus grande partie des garnisons pour- joindre l'armée, ayant résolu de tenter un effort en faveur de Tournay, qui pouvait résister assez longtemps pour donner aux secours le temps d'arriver. Cette dernière place renfermait H B. et 3 E. de cavalerie, cette garnison ayant paru de moindre importance que les autres. Le baron d'Orth commandait dans la ville, et M. de Brackel dans la citadelle. L'un et l'autre ne manquèrent de rien ; mais, surpris par l'arrivée des troupes françaises, ils avaient tiré le canon sans aucun effet, ayant à peine le temps de brûler les faubourgs. La nuit du 30 avril au r^'mai, la tranchée fut ouverte à la porte desSept-Fontaines.
Le matin, la première parallèle n'était plus qu'à peu de distance du chemin couvert. Le soir, on travailla à la deuxième parallèle, oii devaient être établies les premières batteries; il y avait déjà des pièces qui tiraient à revers sur le front des ouvrages attaqués. Mais, dans la nuit du 1*'' au 2 mai, le feu dérangea le travail des cinq batteries projetées par M. du Brocard (1) ; du 2 au 3, on avança les zigzags et quatre batteries sont établies, de sorte que, le 4, soixante pièces foudroyaient la place. Cependant une seconde parallèle est
(1) Du Brocard (Henri de Barillon), s'engage dans l'arlillerie à 18 ans ; lieutenant le 8 août 1731, brigadier le 2 août 173'i, inaréclial de camp le 20 février 1743 : à la lôte de l'arlillerie de Bohême et en Flandre; lue à Fontenoy.
Ce vaillant soldat est mentionné dans le poème de Voltaire :
Couvrntis du moins de lleurs ces lonihcs glorieuses. Arrachons à l'oui)li ces ombres vcrlueuscs. Vous, qui lanciez la foudre et <|u'onl l'raijpé ses coujjs, Revivez dans nos chants quand vous mourez pour nous.
établie au pied du glacis appuyant à l'ouvrage à corne de la droite et longeant celui des Sepl-Fontaines.
Pendant que commençait le siège de Tournay avec tant de vivacité et de progrès, les généraux alliés résolurent de marcher sans délai au secours de cette place. Ils se rendirent au camp formé à Lembeeck, et en firent partir l'armée pour Casteau; elle se rendit, le 3, au camp de Soignies, à trois lieues de Mons, sur la chaussée de Bruxelles. Là elle fut jointe par les garnisons de Mons, Ath, Charleroi et Namur, où il ne resta que très peu de troupes. Alors elle se trouva considérablement augmentée. Le duc de Cumberland en passe la revue le 4, marche le 5 à Cambron, le 7 à Moublaix, le 8 à EUignies et à Briffoeil et donne ordre de porter en avant toutes ces troupes (1). Son avant-garde poussa jusqu'à Pipaix, mais le gros de l'armée ne passa pas la Caloire ; le 9, sa gauche était àMaubray, sa droite sur les hauteurs de l'autre côté de Vezon. Le 5, le maréchal, informé de la marche et des forces des alliés, et sans vouloir interrompre le siège de ïournay, fît plusieurs reconnaissances pour chercher en avant du camp un terrain propre à les y attendre, de quelque côté qu'ils arrivassent. Un sur la gauche entre le Monl-de-la-Trinité et un bois, un autre au centre du côté de Leuze, séparé du camp par un bois de deux lieues et des chemins difficiles, ne lui semblèrent pas assez favorables à son projet; il en remarqua un troisième sur la droite près d'Anloing, entre ce bois et l'Escaut, et à portée du camp. Ce dernier emplacement lui sembla le meilleur à la cavalerie; il résolut donc de s'y porter et d'attendre l'ennemi, qui venait l'attaquer de ce côté, et, le soir, il apprit de M. du Ghayla, envoyé à Leuze pour observer les mouvements des alliés, qu'ils passaient du camp de Soignies à celui de Cambron. Il se rendit compte de leurs mouvements et de son dessein de les recevoir, avant l'arrivée du roi, qui, de son côté, prévoyant une bataille prochaine, était résolu de s'y trouver en personne. En effet, le 6, le roi part de Versailles avec le Dauphin, alors à Compiègne, se dirige, le 7, surPéronne, Cambrai, et couche à Douai, où il trouve un courrier du maréchal annonçant la marche
(1) Plus de 65,000 hommes, soit : 40 B. et 50 E. hollandais comprenant environ 30,000 hommes; les Anglais, 25,000; les Hanovriens, 8,000, outre plusieurs bataillons et escadrons autrichiens restés dans les Pays-Bas.
SUCCESSION D'AUTRICHE. — FLVINDRE (1745). 377
de l'ennemi. Des ordres sont donnés aux troupes restées dans cette place, ainsi qu'à Valenciennes et auQuesnoy, de rejoindre le plus tôt possible. Le 8, à 5 heures du malin, il part de Douai et se rend à Tournay au quartier préparé à Pont-à-Chin, château environné de plusieurs autres et à la queue de la tranchée, à portée du quartier général établi à Ère, et mieux situé que celui de Saint-Maur, qu'on lui avait d'abord destiné. La présence du roi donna une nouvelle vigueur aux troupes qui continuèrent le siège avec beaucoup d'ardeur. On s'empare d'ime partie du chemin couvert. Cependant les ennemis s'approchaient de plus en plus de Tournay, et viennent camper ce jour-là à Leuze, à trois lieues, à Blicquy et dans les environs, avec un grand nombre de pionniers et d'artillerie. Le dimanche, 9 au matin, le roi s'entretint quelque temps avec le maréchal sur l'approche des ennemis, et lui laissa la liberté de prendre les mesures nécessaires, leur arrivée à Leuze ne permettant plus de douter qu'ils ne vinssent l'attaquer incessamment. Le maréchal forme donc son ordre de bataille, composé d'abord de 66 B., 129 E., 1 B. d'artillerie et soixante pièces de canon. D'autres troupes sont destinées à la garde des ponts et de plusieurs postes. Le reste de l'armée restera devant Tounay et en continuera le siège (1), Les troupes destinées au combat reçoivent l'ordre de se tenir prêtes à marcher au champ de bataille reconnu en avant du camp, de l'autre côté de l'Escaut. Les équipages des officiers généraux et des troupes passèrent sur la rive gauche; la plus grande partie de la cavalerie, qui était sur cette gauche, traversa la rivière et fut en partie établie sur le terrain qu'elle devait occuper. L'infanterie fut disposée de manière à suivre en deux heures. Le mauvais temps ce jour-là empêcha sans doute l'ennemi de marcher en avant, mais il prononça plusieurs mouvements à droite et à gauche. Comme on ne pouvait encore juger de son dessein, il fallut se mettre à couvert sur toute la demi-circonvallation à la droite de l'Escaut, où la plupart des troupes furent d'abord rangées. Il pouvait en effet déboucher sur notre investissement par trois points : par le chemin de Mons, celui de Leuze, et celui d'Ath;
(1) Ces troupes (27 B. et 17 E. cl 1 B. d'arlillcrie) élaient aux ordres de M. de Brezé, qui avait avec lui MM. do Contades, d'Armenlières, Filz-James, d'Hérouville et de Saint-Pern.
mais il était assez difficile qu'il se portât sur nous par les trois points à la fois, parce qu'en ce cas il eût exposé sa gauche, trop éloignée de son centre et de sa droite. Aussi prit-il la résolution de venir nous attaquer par le seul chemin de Mons. Quoique les prévisions du maréchal eussent été justes, les mouvements qu'il fit excitèrent parmi les officiers beaucoup de critique; le roi, instruit de ces propos, dit en pleine assemblée au maréchal de Saxe : « En vous confiant le commandement démon armée, j'entends que tout le monde vous y obéisse ; je serai le premier à en donner l'exemple. » Chacun se tut. Dans la soirée, le roi visita les troupes, en fut acclamé, repassa l'Escaut et logea dans le château de Galonné; le maréchal passa la nuit à la Chartreuse. «On ne parle ici que des actions du roi, qui est d'une gaieté extraordinaire; il a visité les troupes, les camps, les magasins, les hôpitaux ; il a goûte le bouillon des malades et le pain du soldat. » (Barbier.)
Le 10 mai au malin, les ennemis se montrèrent par leur gauche vers le haut Escaut et se portèrent sur Wasmes et Maubray; ce voisinage détermina le maréchal à faire passer la partie de l'armée qui était sur la rive gauche de cette rivière, et à diriger chaque troupe sur son poste de combat. Du bois de Barry à l'Escaut existe une plaine presque ovale, d'une demi-lieue de largeur sur trois quarts de profondeur. Cette plaine, que le maréchal avait reconnue, le 5 et les jours suivants, avec la plus grande attention, pour en tirer tous les avantages que les situatioiis peuvent fournir à un commandant d'armée, était limitée, relativement à nous, la droite par l'Escaut, le front par le ruisseau de Vezon et le bois de Barry, les derrières par le bois de Bonsecours, et la gauche par une trouée entre ce bois et celui de Barry. C'est dans cette plaine, futur champ de bataille, que sont rassemblées les Jroupes. Le maréchal s'appuyait sur trois points en forme d'équerre : Antoing à la droite, Fontenoy au centre, et à la gauche deux redoutes qu'il fit élever, l'une à l'extrémité et sur le flanc droit du bois de Barry, l'autre à trois cents mètres de la première sur le front du bois. Il fit couper les haies et les arbres en avant du ravin qui traverse le village de Fontenoy et brûler la moitié du village au delà du ravin. Ces dispositions préliminaires à peine achevées, il aperçut les ennemis près de Vezon. Un coup d'oeil lui dévoila immédiatement leur dessein, et il forma ainsi son ordre de bataille pour les recevoir dans cette
plaine, qui allait en pente douce depuis son front jusqu'à ses derrières :
Première ligne. — La brigade de Piémont est placée dans Antoing avec ordre de s'y maintenir ; celle de Grillon jette 2 B. dans le même village', et les 2 autres de cette brigade y appuyèrent leur droite, se prolongeant par leur gauche jusqu'à la tête du ravin, d'où les dragons de Mestre-de-camp, de Royal, d'Egmont et de Bauflremont continuaient jusqu'à la brigade de Beltens, composée de cerégimentet decelui de Diesbach, jointe à celle du Roi-infanterie. Cette dernière brigade tenait sur son front le village de Fontenoy, soutenu par celle de Dauphin qui y était depuis deux jours et l'avait mis en état de défense. Après la brigade du Roi;, celle d'Aubeterre, et ensuite 6 B. des Gardes, dont la gauche se portait à la redoute de la droite. La brigade irlandaise s'établit le long d'un abalis d'arbres fait d'une redoute à l'aulre sur le front du bois de Barry; ces deux redoutes sont gardées chacune par 1 B. du régiment d'Eu. Comme la droite de la brigade du Roi et la gauche de celle de Betlens formaient une espèce d'angle obtus, trois redoutes protégeaient ce flanc, depuis Fontenoy j.usqu'aux dragons.
Seconde ligne. — Les brigades d'infanterie de Royal et de la Couronne furent placées derrière les brigades du Roi et d'Aubeterre et à leur gauche 8 E. de cavalerie iirolongeant cette ligne jusqu'à la hauteur de la brigade des Gardes.
Troisième et quatrième ligne. — Derrière la seconde ligne, S2 E. de cavalerie forment deux autres lignes, l'une sur les dragons entre les villages de Fontenoy et d'Antoing, l'autre appuyée au chemin de Mons vers la chapelle de Notre-Dame aux Bois.
Réserves. — Le régiment de Royal-Vaisseaux, d'abord destiné pour la chaussée de Leuze, s'avança derrière les Irlandais, et à sa gauche se plaça la brigade de Normandie, restée à Rumillies, aux ordres de M. de Berenger. Le régiment Royal-Corse, aussi à Rumillies, suivit Normandie et fut placé sur le front du bois de Barry pour masquer un débouché attenant à la redoute de la gauche. Les régiments de Fraisnel et d'Angoumois durent rester pendant la bataille, le premier sur le débouché du bois sur la chaussée de Leuze, l'autre dans une anse en arrière sur la même chaussée. La maison du Roi, 4 E. de la gendarmerie, qui arrivèrent ce jourlà, et les carabiniers, d'abord mis en réserve entre l'Escaut et la
chaussée de Leuze, marchèrent derrière les brigades des Irlandais (1) et des Vaisseaux. Du centre se joignirent les brigades de cavaleriedu Roi etdeRoyal-Roussillon. Ces troupes forn:iaient l'ordre bataille sur la pente regardant Tournay, et hors de la vue du terrain où étaient les ennemis.
Hors de ligjie. — 7 B. et 19 E. entre les bois de Breuze et les ponts du bas Escaut, avec ordre de veiller à cette partie, ne prirent point part au combat, non plus que le régiment de Linden-hussards, mis par pelotons sur les derrières, pour faire face à Tournay depuis le haut Escaut jusqu'au bois de Breuze, et le régiment de Beausobre, placé vers le Monl-de-la-Trinité. En outre, des partis d'infanterie battaient le pays entre le chemin d'Alh et le bas Escaut. 3 B. des Gardes et 3 de milices furent destinés à se jeter pendant la bataille dans les retranchements des ponts du haut Escaut. Le reste de l'armée resta devant Tournay en continuer le siège.
C'est ainsi que M. le maréchal distribua les troupes. Celles qui devaient combattre composaient environ 60 B. et 110 E. placés sur plusieurs lignes : la première d'infanterie et quelques escadrons de dragons; la seconde d'infanterie et quelques escadrons de cavalerie; la troisième et la quatrième de cavalerie; ensuite plusieurs réserves d'infanterie et de cavalerie, derrière elles la maison du Roi, les carabiniers et d'autres corps de cavalerie.
L'artillerie, composée d'environ 100 pièces de canon, s'établit la plus grande partie devant la première ligne, une batterie à chacune des deux redoutes sur le front du bois de Barry, une autre sur le front d'Aubeterre, deux sur les flancs du village de Fonlenoy, une sixième sur le front de Bettens, une septième devant Crillon, une huitième devant le village d'Antoing au débouché du chemin de Condé, et une neuvième hors ligne sur la chaussée de Leuze. Le reste de l'artillerie entre cette première et la seconde ligne. On établit aussi sur la rive gauche de l'Escaut, vis-à-vis Antoing, six pièces de canon de douze, et, à tout événement, quelques autres pièces de même calibre sur les hauteurs de Galonné.
La journée du 10.se passa à toutes ces dispositions, générale-
(1) Régiments Bulkeley, Clarc, Dillon, Roolh, Berwicli et Lally ; milord Ttiormond, lieutenant général, commandant.
ment approuvées par le roi , par l'officier et par le soldat. Les officiers généraux se tinrent à leur division. Ceux qui étaient de jour se portèrent, M. de la Marck à Antoing sur la droite, M. de Lutteaux à Fontenoy au centre, et M. de Contades à l'extrémité du bois de Barry sur la gauche. Quant à la disposition des ennemis, elle fut la conséquence de la nôtre : leur droite s'appuyait au bois de Barry, et la gauche en équerre tirant sur Antoing.
Vers deux heures de l'après-midi, quelques E. de cavalerie hollandaise se déployèrent dans la plaine, appuyant leur droite aux haies de Vezon, leur gauche au chemin de Condé à Antoing, à un coudequeforment des bois longeant le ruisseau de Vezon. Ce corps de troupes se tint toute la journée dans cette situation. Le roi, accompagné de M. le Dauphin, se présenta tout le longdes lignes.
Un mouvement se déclara entre Vezon et le bois de Barry; mais, une agitation continuelle y étant remarquée, on conjectura avec raison que c'étaient des travailleurs opérant des ouvertures et des communications pour le passage de l'armée ennemie. Le reste du jour se passa en légères escarmouches entre les Grassins et ces travailleurs; le maréchal passa la nuit au bivouac entre les deux premières lignes.
Jamais le roi ne montra plus de gaieté, et dans la soirée la conversation roula sur les batailles oiïi les rois s'étaient trouvés en personne; depuis celle de Poitiers, aucun roi de France n'avait combattu avec son fils, et aucun n'avait remporté de victoire contre les Anglais : il espérait être le premier.
Le 11, le roi, à cheval à quatre heures du matin, en deç;\ de l'Escaut, se plaça près de la Justice de Notre-Dame aux Bois, ayant auprès de lui le Dauphin, le duc de Richelieu de service, le comte d'Argenson, le maréchal de Noailles, cent vingt gardes de la compagnie de Charost, une de gendarmes, dechevau-légers et une de mousquetaires d'ordonnance.
Ce jour-là eut lieu la bataille. Le maréchal de Saxe, en effet, vit l'ennemi se former à demi-portée de canon à la faveur d'un petit brouillard; aussitôt qu'il fut dissipé, l'ennemi nous tira quatre coups de canon, sans doute le signal de son mouvement. Pour lui répondre, on pointa sur la cavalerie hollandaise, dans la môme position que la veille, ce qui l'obligea à se retirer un peu en arrière; mais en môme temps elle démasqua sur sa droite une batterie de
canons et d'obusiers, qui tirèrent pendant toute la bataille. Comme des troupes paraissaient sur notre gauche vers Vezon, le maréchal ne douta plus que l'ennemi ne fût en pleine marche; il ordonna à toutes les batteries, depuis Antoing jusqu'à la redoute de la droite sur le front du bois de Barry, de faire feu sur tout ce qui voudrait déboucher. Il se porta lui-môme le long des lignes, et ensuite se plaça près de cette redoute, en attendant le commencement de l'action. Notre artillerie cependant tirait, depuis cinq heures du matin, avec un feu terrible. L'ennemi s'avançant sur nous en souffrit tellement, que trois fois il proféra ses cris ordinaires, sans oser approcher. Pour en imposer aufeu de nos batteries, les Anglais firent précéder leurs colonnes de plusieurs pièces de canon qui tirèrent d'abord sur la première redoute du bois de Barry; un boulet fracassa le haut de la cuisse de M. de Gramont, à la tête de la brigade des Gardes : il en mourut. Sur ces entrefaites, M. du Brocard, commandant l'artillerie, proposa d'avancer une batterie sur le haut du régiment de Courten. Cette batterie fit beaucoup de morts à l'ennemi qu'elle prenait en flanc, mais elle attira un feu très vif des batteries en face de la redoute, et dont la direction fut changée. M. du Brocard resta toujours à cette batterie, qui était au centre; et comme il lui indiquait un mouvement pour laisser la liberté de la manœuvre aux troupes que l'ennemi se disposait à attaquer, il fut tué.
Le maréchal. observant que l'ennemi s'avançait dans son ordre de bataille, les Anglais à la droite et les Hollandais à la gauche, se porta à la tète des dragons pour observer les mouvements de ces derniers, qui semblaient devoir commencer l'attaque. Leur infanterie longeait un chemin venant de Baugnies et Vezon sur Fontenoy. Elle était protégée par leur cavalerie, qui marchait dans la plaine et s'y déploya. L'infanterie s'arrêta vis-à-vis de Fontenoy, à la hauteur d'une maison brûlée qu'elle ne dépassa pas, parce que le feu du village non seulement l'empêcha d'aller plus loin, mais la contraignit même de se retirer sur sa gauche. Une seconde colonne d'infanterie hollandaise suivit le chemin de Gondé à Antoing, à couvert d'un rideau qui longe aussi le ruisseau de Vezon, Dès qu'elle se fit voir, la batterie de Bettens et celle d'Antoing tirèrent dessus, et elle s'arrêta tout court. Ainsi notre canon et le feu du flanc droit de Fontenoy tinrent d'abord l'ennemi en respect. La conte-
nance fière de la cavalerie, ayant à sa tête M. le comte d'Eu, acheva d'assurer notre tranquillité de ce côté.
Les Grassins et nos gardes avancées s'étant repliés du front de notre gauche, l'on vit alors marcher droit, entre Fontenoy et la redoute du coin du bois, trois grosses colonnes d'infanterie anglaise et hanovrienne, séparées de l'infanterie hollandaise au bas du village de Fontenoy. Leur cavalerie marchait sur une quatrième colonne à leur droite, entre le chemin de Mons et le bois de Barry; mais le feu de notre canon fit bientôt reculer celte cavalerie, qui ne reparut plus qu'un instant avant la retraité. C'est à la tête de cette cavalerie que le général Cambest, qui la commandait, eut la cuisse emportée. L'infanterie anglaise et hanovrienne se mit en bataille par un simple à gauche, la droite presque vis-à-vis la tête des gardes françaises, la gauche à la hauteur du village de Fontenoy, qu'elle voulait absolument tourner.
Le maréchal, à la manœuvre des Hollandais ayant jugé sa droite protégée suffisamment, se porta sur sa gauche pour observer les mouvements des Anglais, lorsqu'à peine arrivé entre les deux premières lignes, en face de ces derniers, il essuya le feu de la mousqueterie ennemie commençant à tirer sur le village de Fontenoy, et continuant tout le long du corps de bataille jusqu'à leur droite (I), Quelques-uns de nos B., qui essuyèrent ce feu, ne purent en soutenir la violence et se retirèrent en arrière de la brigade de cavalerie en réserve, laquelle, de son côté, fut contrainte de marcher par sa gauche pour se mettre à couvert sous le feu de la redoute.
L'ennemi, se voyant plus libre sur son front, se forma en B. carrés à trois faces pleines, tant pour avancer dans le centre que pour envelopper de droite et de gauche la redoute et le village de Fontenoy. Mais, bien loin que ce mouvement lui réussît, l'imprudence qu'il eut de déborder la hauteur de l'un et de l'autre le mit en
(1) C'est à. cemonieul qu'un régiment des g;iriles anglaises de Campbcl et de Royal- Écossais marelient en lêle, commandés par le comte d'Albermale et M. de Churcliil, petit-fils naturel du duc de Marlborough. Les officiers anglais saluèrent les Français en ôtanl leurs chapeaux, les Français leur rendirent leur salut. Milord Charles Hay, capitaine aux gardes anglaises, s'étant avancé hors des rangs, le comte d'Auteroche, lieutenant des grenadiers, ne sachant ce qu'il voulait, fut à lui : Monsieur, lui dit Charles Ilay, faites tirer vos gens. — I^on, Monsieur, répondit le comte d'Auteroche, à vous l'honneur.
danger; car M. le maréchal, s'apercevant de celte faute, ordonna sur-le-champ à quelques brigades, tant de cavalerie que d'infanterie, de tourner l'ennemi par notre droite, à la faveur du village deFontenoy, pendant qu'il envoyait ordre à d'autres troupes de l'envelopper par notre gauche, sous la protection de la redoute.
La droite exécuta ses ordres un peu trop promptement; de sorte que l'ennemi, en sûreté du côté de notre gauche pas encore ébranlée, tourna tout son feu sur la droite qui seule l'attaquait. Il fut si terrible qu'il jeta du désordre dans nos troupes; l'ennemi ne put pourtant pas en profiter, parce que les brigades d'infanterie de la réserve le continrent sur notre droite, pendant que sur notre gauche le régiment des Vaisseaux et le feu de la redoute l'inquiétaient au point de l'empêcher d'avancer. Ce fut même pour faire face à ce double feu qu'il se forma en carré long. Il se passa encore près d'une heure dans l'indécision, nos troupes faisant des mouvements sans succès, ainsi que l'ennemi. Cette situation dura depuis les huit heures du matin jusqu'à deux heures après midi, empêchant toujours l'ennemi par plusieurs charges renouvelées de se porter sur le village de Fontenoy, le point capital (1).
C'est à l'emploi judicieux de la fortification rapide que le comte de Saxe dut tous ses avantages. Dans la nuit seule , il fortifia sa position en mettant en état de défense les villages d'Antoing, de Rumillies et de Fontenoy. Ce dernier, la clef de la position, fut mis en défense avec un soin tout spécial : on éleva trois redoutes fermées dans l'intervalle compris entre Fontenoy et Antoing, deux redoutes à droite et à gauche de la pointe du bois de Barry, dont la lisière fut garnie d'abatis ; en arrière de la position, on établit une tête de pont pour assurer au besoin la retraite de l'armée, elle maréchal tira encore parti des petits chemins creux et des petites routes qui se trouvaient des deux côtés de Fontenoy pour
(1) On a souvent reproclié au maréclial les charges successives et si nombreuses de cavalerie, si décousues, si meurtrières, qu'il ordonna contre la colonne anglaise sans l'entamer. Il est aussi curieux qu'équitable de l'entendre répondre lui-même à ce reproche. « Tant que l'ennemi n'avait pas pris Fontenoy, ses succès dans le centre lui étaient désavantageux, parce qu'il manquait d'un point d'appui. Plus il marchait en avant, plus il exposait ses troupes à être prises par les Français qu'il laissait derrière eux. Il était donc essentiel de le soutenir par des charges réitérées, qui donnaient d'ailleurs le temps de disposer l'attaque générale dont dépendait la victoire. » {Entretien avec le baron d'Espagnac.)
couvrir une partie de sa ligne de bataille. Ces divers retranchements résistèrent à toutes les attaques et les assaillants furent repoussés avec de grandes pertes.
« Rien de mieux combiné que ce dispositif de défense : il dénote une grande justessede coup d'oeil; malgré la brièveté dutemps, rien de ce qui est indispensable à la défense n'est oublié. Mais, soit légèreté, soit insouciance de la part des agents chargés de l'exécution de ces travaux, l'on ne construisit que les redoutes de la droite du village de Fontenoy; la gauche resta sans protection, et cette faute faillit faire perdre la bataille, l'armée anglaise ayant passé entre les redoutes du bois de Barry et le ravin à gauche de Fontenoy. »
Enfin le maréchal, fatigué de ces incertitudes, rallie lui-même l'infanterie qui avait d'abord plié, et qui revint à la charge.
Il la joignit à la brigade irlandaise déjà formée devant l'ennemi, sous milord Clare, ordonnant d'avancer au régiment de Normandie, commandé par M. de Berenger, et à celui des Vaisseaux, qui avait soutenu longtemps le feu de l'ennemi et s'était toujours rallié avec une vigueur admirable. M. de Lowendal, placé à la tête de ces troupes en colonne par brigades, se porte sur l'ennemi par son flanc droit pendant que la maison du roi, la gendarmerie et les carabiniers, conduits par M. le duc de Richelieu, fonçaient l'épée à la main sur le centre, où les quatre pièces mises en réserve et pointées avaient déjà jeté l'épouvante. C'était de la véritable chevalerie. Ce spectacle fut celui d'une grande lice du temps d'Edouard et du roi Jean. Chacun se fit honneur de l'idée d'avoir brisé cette colonne d'attaque. Les unsl'altribuent au maréchal de Saxe; Voltaire, si courtisan pour ses amis et ses protecteurs, la donne au duc de Richelieu : une note de la correspondance de l'époque, aux archives de la guerre, constate que ce fut un simple capitaine au régiment de Touraine, du nom d'Isnard, qui, voyant quatre pièces disponibles et quatre autres que l'on pouvait amener rapidement sur le terrain , indiqua le moyen de prendre la colonne en écharpe. Bientôt elle tomba dans la plaine comme une masse inerte et ne forma plus que des monceaux de mourants, de blessés, de prisonniers (1).
(1) C'est au comte de Lally qu'est généralement attribuée la manœuvre qui décida de la journée. Celte dernière attaque avait été concertée, au fort de la crise^ entre lui et Richelieu courant de rang en rang, auquel il demandait d'utiliser ses braves îrlan- T. 111. 25
Dès que nos troupes de l;i droite vers Fontenoy virent celles de la gauche en mouvement, elles s'ébranlèrent aussi de leur côté, et dans un instant cette colonne, ou B. carré d'un effectif encore de 10,000 Anglais et Hanovriens, poussée comme un torrent, fut enfoncée, culbutée et mise en déroute, abandonnant le champ de bataille et une partie de son artillerie.
Nos troupes marchèrent sur les fuyards; mais comme les Anglais avaient jeté de l'infanterie dans les haies de Vezon, avec protection d'un corps de cavalerie en deçà de ce village , et que sur notre droite les Hollandais étaient toujours restés en panne dans leur même position, le maréchal contint l'ardeur des troupes et se contenta d'envoyer pour le moment par les bois de Barry un corps de Grassins, qui, ayant pris en flanc la cavalerie des ennemis destinée à protéger leur retraite, l'obligea de se retirer précipitamment. Ainsi se termina la bataille. Ce jour-là on cessa de poursuivre l'ennemi. Le roi, s'étant rendu sur le champ de bataille, embrassa le maréchal, recommanda les mêmes soins aux blessés ennemis qu'à ceux de ses troupes, et passa devant le front de tous les régiments qui avaient combattu.
Le 12, au point du jour, les Grassins, lancés à la poursuite de l'ennemi, trouvèrent une grande quantité de munitions et plusieurs pièces de canon, et s'emparèrent du château de Briffoeil, où restaient près de 1 ,200 blessés. A huit heures, M. d'Estrées, détaché sur Leuze, ramassait sur sa route plus de 3,000 prisonniers. La perte de l'ennemi fut de 12 à 14,000 hommes, tant tués que blessés, et 32 pièces de canon; la nôtre s'évalue à 5,161 hommes : 53 officiers tués, 336 blessés; 1,662 sous-officiers et soldats tués, et 3,110 blessés.
MM. le prince de Graon, colonel d'Haynault, et de Longaunay, aide-major général de l'infanterie, moururent de leurs blessures, ainsi que MM. de Lutteaux , Saumery, Langey, Duguesclin.
dais. La bataille gagnée, environné des débris mutilés de son régiment, il s'assit sur un tambour, le visage ensanglanté ; le Dauphin accourut à lui, annonçant les grâces du roi : '< Monseigneur, répondit Lally, elles sont comme celles de l'Évangile, elles tombent sur des borgnes et des boiteux ; » et il montrait ses derniers officiers blessés. Le gouvernement anglais rendit hommage à la bravoure de cette brigade, en interdisant à tout sujet d'Irlande d'entrer au service de France sous peine de perdre ses biens, meubles et immeubles, d'être incapable d'hériter d'aucuns biens et d'en acheter, ou de jouir d'aucun privilège.
Le duc de Gramont(l), Dillon, colonel irlandais , O'Neill, colonel de Clare , Dubrocard , Mardesy, lieutenant-colonel de Courten , Escher, marquis de Clisson,chevalierde Suzy, Chevrier, furent tués.
Tous les officiers en général, la brigade des Irlandais, qui prit un drapeau, la maison du roi, la gendarmerie et les carabiniers, méritèrent des éloges particuliers. Les brigades du Roi, de Royal, de Dauphin, delà Couronne, les régiments d'Aubeterre et des Vaisseaux avec 1 B. d'Eu, se distinguèrent dans cette action, une des plus vives et des plus sanglantes.
Le roi se montra à la hauteur de ses troupes. Dès le commencement de l'affaire sur le champ de bataille, il vit pendant plus de quatre heures la victoire balancée, douteuse, et un moment sur
(1) De Grainont (Louis, comte de Guiche), second fils du maréchal, né le 29 mai 1689. Mestre de camp de Bourbonnais le l^'' février 1719; épousa, le 11 mars 1720, la fille du duc de Biron ; maréchal de camp le 7 mars 1734, lieutenant général le 24 février 1738, duc de Gramontle 16 mai 1741, à la mort de son père. A la journée du 27 juin 1743 (Voir le deuxième volume des Guerres sous Louis XV, Mayn, p. 349), il avait été l'objet d'attaques très sévères, dirigées par le cardinal. On l'accusa même d'avoir engagé l'affaire malgré la défense qu'il en reçut. En juge impartial, je dois dire, pour rétablir les faits, qu'au moment où le maréchal de Noailles l'envoya sur Dettingen, le duc de Gramont lui dit : « Mon oncle, j'irai jusqu'à ce que je trouve l'ennemi ; » et le duc de Noailles lui répondit : « Surtout prenez garde de rien faire mal à propos. » Et quand,, après le passage du fleuve, le maréchal revint de l'autre côté du Mayn retrouver le duc de Gramont, il se passa une heure entière entre ce moment et celui de l'attaque. De sorte que, si le maréchal avait désapprouvé l'attaque, il eût été facile de retourner sur ses pas et de prendre position en deçà du ravin, d'autant plus qu'il n'y avait alors qu'un petit corps de troupes qui fût de l'autre côté. Tué à la tête du régiment des gardes françaises, dont il était colonel général depuis le l""" janvier. Rendant hommage à sa mort glorieuse, Louis XV décida qu'il recevrait à ses funérailles les honneurs de maréclial de France. Erreur de Voltaire qui lui donna cette dignité posthume, qu'i I n'avait pas eue de son vivant.
Gramont, que signalait sa noble impatience, Gramonl dans l'ÉIysce emporte la douleur D'Ignorer en mourant si son maître est vain((ueur. De «juoi lui serviront les grands titres de glaire. Le sceptre des guerriers, honneur de sa mémoire, Le rang, les dignités, vanités des héros Que la mort avec eux précipite aux tombeaux?
Antoine-Antonin, son fils aîné, commandant une compagnie des gardes françaises, brigadier le l'-'' mai 1745, épousa Béatrix de Choiseul-Stainville, sieurdu diicdeChoiseul, ministre, et du maréchal Stainvijle. Son frère, le comte de Gramont, était colonel de Bourbonnais. Maréchal de camp le l*^'" mai 1758. Mort le 22 septembre 1762.
le point de lui être ravie. Cependant il ne marqua point d'inquiétude et ne se permit aucun contre-ordre aux volontés du maréchal. Sa personne, sa fermeté, son calme, sa tranquillité inspirèrent l'ardeur et la confiance aux troupes qu'elle anima jusqu'à la fin du combat et qui firent sous ses yeux des prodiges de valeur. Le Dauphin joua son rôle noblement, en restant partout digne d'éloges. Il demanda plusieurs fois de se mettre à la tête des troupes, ce qui lui fut refusé pour ne point exposer ses jours. Car, en un mot, les choses en étaient au point que le maréchal de Noailles, croyant un instant tout perdu, conseilla au roi de songer à sa sûreté et de quitter le champ de bataille. Le comte de Saxe s'y opposa avec toute son énergie, représentant qu'il fallait vaincre ou mourir, que la situation n'était pas désespérée, et demandant qu'on le laissât agir seul.
La France ajoutait une nouvelle page à son histoire militaire; notre armée retrouvait sa vieille supériorité mise en doute , et la présence de Louis XV en rendait le succès plus solennel.
Après la bataille, des grenadiers apportèrent Maurice de Saxe vers le roi : il l'embrassa, et comme le maréchal reconnaissait que Richelieu (1) avait sa belle part dans celte journée, Louis XV se tourna vers lui en le complimentant. « Sire, reprit le maréchal, je me reproche une faute : j'aurais dû mettre une redoute de plus entre les bois de Barry et Fontenoy ; mais je n'ai pas cru qu'il y eût des généraux assez hardis pour se hasarder en pareil chemin. »
(1) De Riclielieu (Louis-Armand du Plessis, duc de), né le 13 mars 1696, mousquetaire en 1712, maréchal de camp le f'' mars 1738, lieutenant général le 2 mai 1744, maréchal de France le 11 octobre 1748; décédé le 8 août 1788. Si connu par ses galanteries et sa bravoure, il fut un des roués de la cour du régent et ensuite le com|)agnon des plaisirs de Louis XV. Talents remarquables, courage brillant, esprit étincelant de verve, élégance de manières, irréligion, orgueil, insouciance, libertinage, mépris complet de l'opinion, il eut en un mot les vices et les qualités qui caractérisent son siècle.
M. de Voltaire ne doit pas être suivi dans la narration de la bataille de Fontenoy, quand il enleva au maréchal île Sa\e tout le mérite de cette victoire pour le donner tout entier au maréchal de Richelieu. C'est un sentiment de vile flatterie qui l'a dictée. Le maréchal ne changea rien à ses dispositions; ayant passé près du roi an moment où tout le monde croyait la bataille perdue, et le roi lui ayant demandé si cela était vrai, le maréchal lui répondit dans des termes beaucoup plus énergiques : « Quel est le poltron, sire, qui vous a dit cela? »
Celte victoire, selon Voltaire, sauva la France et assura une gloire immortelle au comte de Saxe. Impossible de mieux faire d'ailleurs que de rapporter ce que le roi lui en écrivit le 12 mai : (( Mon cousin, quelque grands que soient les succès dont il a plu à Dieu de favoriser mes armes pendant la campagne dernière, je reçois encore une marque plus sensible de sa puissante protection dans la victoire que je viens de remporter sur mes ennemis. Si je la dois à la valeur de mes troupes, et principalement à celles de ma maison et de mon régiment des Carabiniers, vous n'y avez pas moins contribué, tant par l'intrépidité de votre courage que par la sagesse de vos conseils et l'étendue de votre prévoyance. Mais comme tous les secours humains deviennent inutiles, s'ils ne sont dirigés parla main de la Providence, je ne puis regarder l'heureux événement de cette journée que comme un de ses bienfaits les plus signalés; et, voulant lui en rendre les actions de grâces les plus solennelles, j'écris aux archevêques et évoques de mon royaume de faire chanter le Te Deum dans les églises de leur diocèse; et je vous fais celte lettre pour vous dire que mon intention est qu'il soit pareillement chanté dans mon armée, que vous fassiez tirer le canon, faire des feux de joie, et donner toutes les marques de réjouissance usitées en pareil cas. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde. »
Après l'action, le maréchal de Saxe disait au roi : « Sire, j'ai assez vécu, » puis, ajoutant modestement : « Vous voyez à quoi tiennent les batailles. » Louis XV aurait pu ajouter : « Au courage des soldats, au sang-froid des officiers, au génie du général. » Soldats, officiers , général, tous avaient fait au delà même du devoir. Le roi parcourut les rangs de l'armée victorieuse, au milieu des acclamations, donnant à chaque corps, h. chacun, les éloges qu'ils méritaient. Quand vint la nuit, il conduisit le Dauphin sur le champ de bataille, et lui montrant les milliers de morts dont il était couvert : « Mon fils, lui dit-il, méditez sur cet affreux spectacle, apprenez à ne pas vous jouer delà vie de vos sujets, et ne prodiguez pas leur sang dans des guerres injustes. »
Le comte de Saxe, animé de la plus vive ardeur, malgré son hydropisie, avait trouvé assez d'énergie pour soutenir celle journée, et il n'est pas douteux que ses dispositions, son emplacement, son ordre de bataille, son intrépidité, sa prévoyance, son attention à se
trouver partout, les réserves qu'il avait faites pour ramener toujours des corps nouveaux à la charge, n'aient décidé de la victoire, plutôt que le nombre des troupes. Les ennemis avaient 53,000 hommes elfectifs, et il s'en lallait bien que nous fussions aussi nombreux, puisque à peine avions-nous 40,000 hommes dans la plaine d'Antoing. Ils durent avouer que, si une partie de nos troupes n'avait été occupée au siège de Tournay, ils auraient eu la plus grande difficulté à gagner Ath. Ce qui rendit la victoire si meurtrière fut la lutte contre la colonne anglaise ; il n'y en avait jusqu'alors aucun exemple, et elle fit d'abord un progrès qu'on eut bien de la peine à arrêter: c'était, pour ainsi dire, un rocher à miner, et il fallut toute la vivacité de notre artillerie, la bravoure des troupes et leur intrépidité pour le faire sauter.
Nos adversaires s'attendaient à ce pointa un succès que, le canon ayant, le 13, été tiré àNamur, Gharleroi, etc., pour annoncer l'heureux accouchement de la reine de Hongrie, les Pays-Bas crurent à la victoire. On fut bien détrompé. Leurs bagages, que, dans leur confiance, ils avaientamenés jusqu'au camp deMaubray, augmentèrent encore le désordre de la retraite. Ils se retirèrent, les Hollandais vers Mons, les Anglais et les Hanovriens vers Ath , où ils furent bientôt tous réunis, et ils y campèrent la ville en front, la gauche vis-à-vis la porte de Mons et la droite s'allongeant du côté de Lessines. Comme ils se querellaient au sujet de leur défaite, ils durent se séparer, et campèrent : les Hollandais depuis Ath jusqu'auprès de Lessines, des deux côtés et le long du Dendre, ayant des ponts de communication sur cette rivière; les Anglais et Hanovriens depuis Lessines jusqu'à la moitié du chemin d'Audenarde, du côté de Renaix; les Autrichiens dans les environs du château d'Olignies. Le duc de Cumberland établit son quartier général à Lessines même. M. de Konigseck et le prince de Waldeck logeaient dans des châteaux aux environs.
Cependant, outre le nombre de troupes qui gardaient les points du haut et du bas Escaut et d'autres postes, le maréchal avait laissé 27 B. et 17 E. dans les environsdeTournay, aux ordres de M. de Brezé, pour contenir la garnison de 8,000 hommes et continuer le siège. Or, pendant la bataille, on s'empara du reste du chemin couvert et l'ouvrage à corne des Sept-Fontaines fut battu en brèche. Le 14 et le 15, la demi-lune et l'ouvrage à corne sont en notre pouvoir, et le
siège est mené avec assez de vigueur pour que peu de jours après la ville de Tournay se rendît; le 22, le drapeau est arboré (1).
Le 23, le baron d'Orth, gouverneur de cette place, contraint de capituler, convient que, le lendemain à la pointe du jour, une des portes de la ville serait remise aux troupes du roi ; qu'à deux heures après midi toutes les troupes hollandaises entreraient dans la citadelle; qu'il serait dressé un état de l'arlillerie , vivres, munilions de guerre, etc.; que les blessés dans la ville, bien soignés, suivraient le sort de la garnison de la citadelle lors de sa reddition; qu'il serait accordé au commandant des troupes hollandaises la permission d'envoyer un courrier aux États-Généraux pour recevoir leurs ordres au sujet de la reddition de la citadelle, et huit jours pour attendre la réponse ; que pendant ces huit jours les choses resteraient dans l'état où elles étaient actuellement par rapport à la citadelle, et que les hostilités cesseraient comme tous les travaux, à la réserve d'une ligne tirée, élevée et gardée par nos troupes sur l'Esplanade entre la citadelle et la ville, et à un tiers de distance de cette dernière, pour la sûreté des troupes de part et d'autre; que l'on n'attaquerait pas la citadelle sur toute l'étendue de l'Esplanade, ni des deux parties du rempart qui joignent la ville à la citadelle; que la garnison, de son côté, ne tirerait sur la ville sons aucun prétexte; que le pâté de Saint-Martin resterait neutre, comme au dernier siège; que le baron d'Orth laisserait dans la ville un officier qui devait s'adresser à celui qui y commanderait pour avoir l'assistance de la police, lui exposer des plaintes, ou pour ce dont il aurait besoin ; mais qu'il serait tenu par un engagement d'y consigner un officier de mineurs, avec ordre d'indiquer aux nôtres les mines et souterrains dépendant de la ville. Conditions ponctuellement exécutées de part et d'autre.
(I) Le conseil, réuni à Tournay le 22 mai 1745, décide sur la question des 5,000 Palatins au service de Maximilien. Après la mort de l'empereur, le Palatin, effrayé de ses engagemenls contraclés, ne songe qu'à rappeler ses troupes de la Bavière et à garder la neutralité, sa voix et le pont de Mannheiui, en cas urgent.
Le conseil, pendant toute la campagne de 1745, ne se composait que du roi, de Noailles et des deux d'Argenson; pendant celle de 1746, Noailles étant en Espagne, les ministres de la guerre et des affaires étrangères en firent seuls partie. Kn temps ordinaire, le dimanche et le mercredi étaient jours de conseil ; le lundi soir, le roi travaillait seul avec le ministre des affaires étrangères; le mardi, celui-ci donnait audience aux ambassadeurs.
Le 24 mai, le roi entra dans la ville, s'établit à l'évêché, plus commode que l'abbaye de Saint-Martin, et moins exposé au hasard des bombes. Il donna le commandement de cette place à M. de Brezé, qui avait eu tant de part au succès du siège. On commença, le 23, à combler les tranchées, ramasser tous les sacs à terre, les vider, les sécher, les mettre en pile en les rendant à l'artillerie. On détruisit les batteries; tous les matins, les recrues, après la garde montée, étaient exercées; les régiments manœuvraient et reprenaient leurs habitudes (1). La prise de la ville de Tournay, premier fruit de la victoire de Fontenoy et nouvelle preuve de la défaite des alliés, augmenta leur douleur. Jamais défaite n'impressionna autant les esprits.
Les soldats anglais murmuraienthautemenl sur leur chef, prince de vingt-deux ans, qui ne consultait que le comte de Ronigseck et le prince de Waldeck. Ils disaient que le général autrichien savait mieux l'art de la politique que celui de la guerre, que le
(1) Le luttdi 31, parut la proinotion de dix-huit maréchaux de camp : MM. d'Auger, de la Peyrouse, de Tarnau, de Blel, de Gravel, de la Luzerne (*), de Roth, de Lorges, d'HérouvlIle, de Claye, de Monlboissier (**), de la Salle (***), de Pons, de la Vauguyon, de Guerchy, d'Havre, de Saint-Pern, d'Aumale (génie) {****).
Dix-sept brigadiers do l'infanterie : lord Dunkel, de Gauville, deSades, de Castelas, duc d'Olonne, de Brocard, de Grillon, de Puységur, de Choiseul-Meuse (*****), de Venise, de Cormontaigne, Dupont, Doyré (génie), de Richecourt, de la Guette, Esmonin-Gabinon (artillerie). Dix-neuf brigadiers dans la cavalerie : delà Perrière, de Blaru, d'Es]iinchal, de Laslic, d'Andlau, Chabrillan, d'Apremont-Linden, de Croy, de Champignelles, de Beausobre, de Brancas, de Pressures, de Brionne, de Voyer, de Brassac, de la Valette, de Maisoncellcs, d'Hauterlve, de Boisot, qui prirent rang du l'^'mai.
(') De la Luzerne (François-Pierre de Briqueville, comlc), ne le 20 août 1704, lieutenant au régiment d'Orléans, 1719; lieutenant général le 10 mai 1748 ; mort en 17G2.
(") De Montboissier (Pliilip|)e-Claude Beaufoit-Canillac), né le 21 décembre 1712, mousquetaire en 172G, lieutenant général le 10 mai 1748 ; émigré en 1791; mort le 21 mars 1797 en Angleterre.
(*'■) De la Salle (Marie-Louis Caillebot, marquis), né le 11 février 171G; lieutenant général le 10 mai 1748; morl en 1789.
("") D'Aumale (comte ), né le 28 octobre 1C88, ingénieur on chef, brigadier, 2 mars 174i; lieutenant général, 1" janvier 1748 ; morl le G mars 17G2. Son fils fui tué à la retraite de Bohême.
(*"") De Choiseul-Mcuse (comte) (de la première branche de Beauj.ré de 1570), né le 1" octobre 171G, colonel de Forest de 1738 à 1744, puis de Dauphin; mort le 31 mai 4746, au camp du roi prés d'Anvers.
général hollandais n'entendait ni l'un ni l'autre, et qu'on méprisait les avis des généraux Gronstron et Ginkel, vieux généraux et les seuls d'expérience. Ils faisaient ensuite tombei»leur mauvaise humeur sur les Hollandais qui, selon eux, les avaient abandonnés. Ces altercations allèrent si loin que les soldats des deux nations se battaient entre eux quand ils se rencontraient. La consternation, devenue générale dans les Pays-Pas, se répandit bientôt au delà de la mer. Personne n'en fut plus frappé que le roi d'Angleterre. Il était au point de s'embarquer, lorsqu'il apprit l'issue de la bataille de Fontenoy. Il retourna fort triste à Londres, prétextant les vents contraires; mais on en sut bientôt la véritable cause, et il eut encore la douleur de voir la noblesse déconcertée , le peuple en fermentation, et TÉlat exposé à une révolution. Les fonds étaient épuisés et le royaume gardé par 13,000 hommes seulement, tout le reste ayant passé la mer et éprouvé une perte considérable qu'il fallait promptement réparer. Dans cette perplexité, il tint de fréquents conseils, et il fut résolu d'envoyer encore 6 B. dans les Pays-Bas, de tirer 15 hommes par compagnie d'infanterie et 10 de cavalerie pour recruter les régiments qui avaient le plus souffert.
D'un autre côté, les Hollandais se repentaient de leur trop grande complaisance envers les cours de Londres et de Vienne, qui les avaient insensiblement entraînés dans cette crise; mais l'important était d'en sortir. Depuis la bataille, ils avaient déjà envoyé un renfort de 4 B. à l'armée. Ils en firent encore partir 5 des frontières de la république et en tinrent prêts plusieurs autres. Ils n'en continuaient pas moins les préparatifs de défense commencés dans plusieurs places, et surtout àNamur, avec ordre de miner l'église et le cimetière du faubourg de Jambe , et de raser les environs de la place. Quant à l'armée des alliés, elle resta dans sa position entre Alh, Lessines et Renaix, y attendant des renforts et n'opposant aucun obstacle à nos conquêtes.
Après une trêve de huit jours, le 1" juin, commença le siège de la citadelle de Tournay. Le prince de Pons et M. de Ganillac remplirent les fonctions d'officiers généraux de jour. M. de laMarck commanda la tranchée avec des gardes françaises et des compagnies de grenadiers auxiliaires; ce service fut continué les jours suivants à peu près dans le même ordre et en pareil nombre. M. de Clermont-
Gallerande est appelé au commandement de la frontière de Champagne, du Soissonnais et d'un corps de troupes détaché de l'armée du Rhin sur la Meuse. Ce torps, composé de 20 B. et de 40 E., était en marche sur quatre colonnes avec MM. de Seedorff , de Fiennes, de Relingue et de Chepy. La première division (M. de Seedorff) arrive à Thionville, où les autres étaient attendues successivement. Elle formait 4 B. et 9 E., qui le lendemain continuèrent leur route sur Mézières et Charleville. Le 6 juin, M. de Glermont-Gallerande part aussi de Tournay vers Mézières au-devant des troupes arrivant du Rhin (1). Le 10 juin, le ministre pria le maréchal de faire venir à lui les divisions qu'il avait en réserve, et le 15 elles étaient déjà arrivées dans les places de la Meuse; elles en partirent pour se rendre, l'infanterie à l'armée et la cavalerie sous Maubeuge. Ces renforts étaient nécessaires, car déjà, le 18, les rapports portaient l'armée des alliés à 70,000 hommes ; on lui envoyait, depuis sa défaite, des troupes d'Angleterre, de Hollande et des places des Pays- Bas.
Le roi d'Angleterre et les États-Généraux continuaient leurs efforts; le premier, n'ayant plus dans ses États que des troupes maritimes, prend à sa solde un nouveau corps de 8,000 Allemands. Les Etats- . Généraux lèvent un régiment à Maëstricht, des compagnies franches dans les Pays-Bas, et d'autres troupes sur la frontière d'Allemagne; ils ordonnent de nouveaux préparatifs de défense dans les places dont la garde était confiée à leurs soins, et principalement à Namur. Dans le but de renforcer l'armée des Pays-Bas, les alliés semblaient avoirnégligé celle du bas Rhin, campée à la hauteur de Coblentz. Le duc d'Arenberg, parti le 15 pour Vienne, avait été remplacé, le 16, dans le commandementpar le général Bathiani, qui se préparait à camper à Wetzlar sur la haute Lahn, afin d'être à portée de joindre le comte de Traun.
Quant au duc de Gumberland, avec son quartier général à Lessines, et son armée campée dans la même position qu'après sa défaite entre Alh, Lessines et Renaix, il n'avait fait d'autre mouvement qu'une petite conversion par la gauche, occupant plusieurs
(1) Les inteudanls des provinces frontières de l'Escaut, de la Meuse et du Rhin avaient établi, pour la communication des armées de Flandre et du Rhin, des chevaux et postillons d'ordonnance de quatre en quatre lieues, formant 38 relais depuis Tournay jusqu'à Spire.
villages retranchés à la hâte. 11 avait un corps d'infanterie et de cavalerie à Grammont favorisant l'arrivée des convois de grains et de fourrages qui lui venaient de plusieurs places. Ce corps comprenait la plus grande partie des garnisons des places frontières, qui se trouvèrent de nouveau dégarnies. Après avoir considérahlement renforcé son armée, il tint de fréquents conseils avec les autres généraux sur les moyens de réparer le passé et de prendre sa revanche. Il voulait, au moins, qu'on tentât de secourir la citadelle de Tournay, et il paraissait s'y disposer, lorsqu'il apprit qu'elle avait eu le même sort que la ville.
Le 20 juin, en effet, la garnison des ville et citadelle de Tournay fut contrainte de capituler. Par suite de la capitulation, la porte Royale devait être livrée à nos troupes; la garnison sortait, le 24, avec les honneurs de la guerre, quatre pièces de canon et deux mortiers aux armes des Etats-Généraux, à la condition formelle que les troupes de cette garnison ne pourraient servir contre la France, ni contre ses alliés, à cette date jusqu'au 1" janvier 17 i7, et que ni les officiers, ni les ingénieurs, ni les soldais ne pourraient être incorporés dans d'autres corps, ni passer dans aucun service étranger.
Le 22, M. de Clermont-Galierande arrive de Mézières sous Maubeuge avec 12 E. et les campe, attendant le reste de sa cavalerie, à une demi-lieue de cette dernière place, y appuyant sa droite, et sa gauche à l'abbaye d'Hautmont. Le 24, la première division de l'infanterie de ce corps (5 B.) arrive aussi de Mézières à Avesnes sous M. de Boufflers, ayant campé le 21 à Rocroi, le 22 à Marienbourg et le 23 à Trélon. Elle part le 25, pour rejoindre l'armée par le Quesnay et Saint-Amand, suivie par la seconde division aux ordres de M. deFiennes, et successivement par les autres à deux jours de dislance. Le 27 , le roi, accompagné du Dauphin, assiste à un fourrage entre la Lys et l'Escaul. Les alliés avancèrent un fort détachement sur Wadreponl, mais se replièrent bientôt à notre approche. Le 30, M. de Clermont-Galierande, déjà avec 34 E. et 3 B. au camp sous Maubeuge, reçoit ordre du maréchal de Saxe d'en partir le 1" de juillet, pour camper à Binch, entre Mons et Charleroi (1).
(1) Ainsi nommée en l'honneur de Ctiaiies II, roi d'Espagne. Vauban l'entoura d'une enceinte.
L'armée ayant terminé le siège de la ville et de la citadelle de Tournay, et n'ayant plus d'opérations de ce côté, se prépare à gagner Leuze, position qui devait sans doute décider l'ennemi à passer tout à fait entre Dendre (1) et l'Escaut pour couvrir Audenarde, ou à Hal pour couvrir Bruxelles; et l'on comptait que par l'un ou l'autre de ces mouvements, il laisserait à notre disposition une de ces deux places. Les alliés pensaient bien qu'après la prise de celte citadelle, notre armée ne larderait pas à marcher en avant, soit avec l'intention de combattre de nouveau, soit pour entreprendre un second siège. Ils avaient assez de troupes, mais elles restaient des troupes vaincues et consternées; et les nouveaux renforts n'étaient pas capables de les rassurer, quoiqu'on les fît monter à un effectif très considérable d'Autrichiens, d'Hanovriens et de Hollandais : ces derniers escorteraient l'artillerie et les munitions venues de Hollande par Anvers à Bruxelles, et le tout devait être incessamment suivi par A B. sortis le 24 de Luxembourg, oîi il n'en restait que 10 très faibles.
En ce qui touche les places frontières, une seconde fois dégarnies pour se mettre en force après leur défaite, ils se retrouvaient dans le même embarras qu'avant le siège de Tournay, puisqu'ils ignoraient de quel côté se dirigeraient nos opérations. Dans cette incertitude, ils prirent le parti de rester dans leur position sur le Dendre, également à portée deMons, de Bruxelles etd'Audenarde; ils résolurent en même temps de faire rentrer dans les places les plus exposées les troupes qu'ils en avaient tirées, jusqu'à ce qu'ils fussent plus éclairés sur le parti que nous prendrions nous-mêmes, et qui devait les décider sur l'avenir.
Ils renvoyèrent à Mons 8 B., 6 à Namur, et à proportion dans les autres places de cette frontière. Comme les deux premières étaient les plus importantes, elles furent mises dans l'état le plus respectable. De Mons passèrent à Bruxelles les gros bagages de la garnison hollandaise et les meubles des faubourgs, avec ordre de mettre le feu dans les maisons vides à la moindre apparence de siège. Les fossés furent aplanis et les arbres dans les environs de cette place
(1) Dendre ou Dender, rivière qui se forme, dans le Hainaut. de la réunion de la Dendre orientale et occidentale. Elle n'a que des aflluenls insignifiants; elle est canalisée d'Alost, à son embouchure dans l'Escaut.
abattus. A Namur, deux nouvelles batteries sont construites et la démolition des faubourgs est continuée. D'Audenarde est dirigé un détachement de l'armée, dont les Autrichiens campés auparavant aux environs du château d'Olignies faisaient partie.
Le roi, avant de quitter les environs de Tournay, démolit les fortifications extérieures, et vit sauter une partie de celles construites sousle règne précédent. Cette place, prise par Louis XIV en 1667, reprise par les alliés en 1700, cédée à la maison d'Autriche par le traité d'Utrecht, et confiée à la garde des Hollandais par celui des barrières (1) en 1713, était le boulevard de la Flandre autrichienne.
Après cette importante conquête, premier fruit de la victoire remportée le 11 de mai, le reste de la campagne fut une suite de succès dans un pays ouvert à une armée triomphante, devant laquelle l'ennemi, battu, affaibli, consterné, n'étaitpas en état de tenir. Aussi fut-il poussé de camp en camp, contenu par le gros de l'armée, et témoin des succès rapides de nos détachements, sans pouvoir s'y opposer.
Le 1 " de juillet, l'armée se met en marche sur six colonnes, campe àLeuze (2), le 4 à Rebaix, le 5 à Wannebecq. Le régiment de Grassin avance jusqu'à Lessines, en débusque des hussards et les poursuit jusqu'à Overboelaëre, à un quart de lieue de Grammont. Cette marche subite avait jeté l'épouvante parmi les alliés, retirés derrière la Dendre entre Grammont et Alost; ils se retranchèrent, prenant les dernières précautions pour les places les plus exposées. M. de Glermont-Gallerande part aussi, le l*"", du camp sous Maubeuge avec ses 34 E. et 3 B., campe à Binch, entre Mons et Charleroi, qui se trouvèrent fort resserrés. Pour couvrir sa marche, il avait formé un détachement qui poussa jusqu'aux portes de Mons quelque cavalerie
(1) C'était le nom donné au traité i)articiilier signé entre la France et la Hollande le 29 janvier 1713, quelques mois avant le Irailé d'Utrecht. et par lecjuel les Hollandais se réservaient, sous la garantie de l'Angleterre, le droit de conserver des garnisons dans plusieurs villes des Pays-Bas espagnols ; mais Ils furent forcés ensuite lie rendre les plus fortes places, parmi celles qu'ils avaient conquises, et s'aperçurent trop tard de l'inutilité de ce traité. H ne fut ratifié par l'Autriche qu'en 1715.
(2) Leuze, célèbre champ de bataille où, le 18 septembre 1091, le maréchal de Luxembourg battit le prince de Waldeck et lui prit 40 étendards. Louis XIV fit frapper une médaille en souvenir de ce glorieu.v l'ail d'armes, avec l'exergue : Pugna ad Leuzam.
ennemie à la découverte, continuant à inquiéter attentivement ces deux places, tandis qu'il levait dans le pays des contributions.
L'armée ayant campé entre Grammont et la Chartreuse du Bois- Saint-Marlin, le voisinage des deux armées engagea le duc de Cumberland à reprendre l'offensive. Après avoir renforcé les garnisons des villes frontières, il lui restait encore près de 50,000 hommes (d), forces suffisantes pour l'exécution de ses projets. En effet, il rassemble les principaux officiers de son armée, leur propose d'entremêler les troupes des quatre nations, d'attaquer l'armée française ou au moins de l'attendre, leur promettant un succès plus heureux qu'à Fontenoy; les Hollandais n'en furent pas d'avis, ce qui manqua de leur attirer l'inimitié des Anglais et Hanovriens, que toute la prudence de M. deKonigseckeutbien de la peine à contenir. Cette dispute fut renvoyée à la décision des États-Généraux, en attendant des renforts considérables d'Angleterre, de Hollande et d'Allemagne, dont on sut flatter les mécontents. Cependant comme les alliés devaient plutôt penser à la défensive, et qu'ils ignoraient encore nos desseins, soit sur leur camp, ou sur les places en arrière , ils revinrent insensiblement de leur premier enthousiasme, examinèrent avec une sérieuse attention et prirent enfin le parti de se rapprocher plus près d'Alost, de se retrancher dans une position avantageuse, et de continuer les préparatifs de défense à Namur, Charleroi et Mons, aux environs desquels on abattait les maisons, on coupait même les grains en herbe. Mons renfermait 10 B. et quelque cavalerie, et autant à Namur, y compris 4 B. autrichiens qui y arrivèrent de Luxembourg, après avoir souffert une si grande désertion dans leur route, que le seul régiment de Bergh à Longwy en recueillit assez pour se recruter.
Le 9, notre armée passe du camp de la Chartreuse, près Grammont, à celui de Bost, et se trouve par cette position entre l'armée des alliés et les villes de Gand et d'Audenarde, qui ne s'étaient point attendues à être coupées. Le même jour, M. du Chayla, chargé de commander un détachement composé des brigades de Normandie et de Crillon-infanterie, de celle du Roi, de Royal-Étranger et de Berry-cavalerie, des canons et des pontons, établit un pont sur
(t) 26,000 Anglais et Hanovriens, 20,000 Hollandais, et 3 ou 4,000 Autrichiens.
l'Escaut au-dessous de Gand, accompagné de MM. de Graville et Souvré.
Les Grassinsà l'avant-garde rencontrèrent à Quatrecht des hussards ennemis qu'ils éloignèrent; mais ils furent obligés de se renfermer dans une censé à l'approche d'un corps détaché de leur camp d'Alost pour se jeter dans Gand, dont ils prévirent la prochaine attaque. La défense opiniâtre des Grassins, en amusant le détachement des ennemis, l'empêcha de remplir sa mission et permit à M. du Chayla de s'avancer. Les ennemis abandonnèrent les Grassins pour tomber sur le détachement de M. du Chayla posté à Melle. Le régiment de Grillon soutint leur premier effort. Il fut bientôt culbuté et son canon pris; l'ennemi, sans perdre son temps, se lançait vivement dans la direction de Gand, qu'il avait mission de secourir, et il allait réussir sans l'audace du capitaine Barnier de Saint-Sauveur. Il se jeta au-devant des Anglais, non pour les vaincre, mais pour les retarder et donner le temps à l'armée éparse de se rassembler; avec ses cavaliers il engagea une lutte terrible contre les premiers E. anglais et leur tint tête assez longtemps pour voir arriver à son secours le régiment de Normandie. Les Anglais sont mis en déroute et poursuivis par les Grassins, qui recouvrent leur canon, avec un grand butin et environ 1,500 prisonniers. Le nombre des tués et blessés fut considérable du côté de l'ennemi. Notre perte s'élevait à une centaine d'hommes; M. de Graville fut blessé dangereusement. Le succès de cette action ôta aux ennemis toute espérance de secourir Gand. M. du Chayla jeta, le 10, son pont sur l'Escaut et campa à Destelbergen au-dessous de cette place, dont le courrier tomba entre les mains de ses partis avec les lettres de l'armée des alliés, qui exprimaient leur consternation, leur découragement et leur faiblesse.
Il y eut aussi sur les côtes d'Ostende un combat qui dura toute la nuit entre cinq bâtiments anglais et trois corsaires de Dunkerque, dont l'issue ne nous fut pas si heureuse. Trois des anglais, démâtés, allèrent à la côte. Les nôtres, aussi maltraités, échouèrent pareillement, et préférèrent ce parti à se rendre, comptant se sauver par ce moyen; mais la reine de Hongrie ayant déclaré que toute épave sur ses côtes serait de bonne prise, ils furent arrêtés. Notre perte était de 70 hommes tués, et de 260 prisonniers, aussitôt échangés par M. d'Aunay, commandant de la
Flandre maritime, qui leur épargna le voyage d'Angleterre en renvoyant en échange des prisonniers anglais.
Le détachement de M. du Ctiayla, victorieux à Melle, et immédiatement suivi d'un plus considérable en infanterie, sous les ordres de M. de Lowendal, est destiné à la conquête de Gand, pendant que l'armée contenait celle des alliés.
Le l\, avant le jour, il arrive devant celte place entre la porte de Saint-Pierre et l'Escaut, endroit qui n'était point revêtu, mais entouré d'un vieux fossé fort profond et couvert de roseaux. Deux dragons s'y noyèrent, ce qui n'empêcha pas leurs camarades, un détachement de Piémont et les milices de s'y jeter, de le passer à la nage, et d'escalader le rempart. M. de Lowendal, maître de la ville, y plaça le moins de monde possible, ne voulant point animer la populace. Il envoya des grenadiers à la porte de Bruges, d'oii ils chassèrent une troupe de hussards ennemis, et campa le reste de son monde sur le glacis. Il se disposa ensuite à sommer et à attaquer le château, où la garnison ennemie s'était retirée. De son côté, M. de Clermont-Gallerande, ses approvisionnements faits, marchait en avant; le 13 juillet, il quitte son camp, sur deux colonnes, suit de grands chemins presque impraticables l'espace de six lieues, et campe à Chièvres. Cette position le mettait en état de contenir également les garnisons des places du Hainaut autrichien, de lever des contributions, et d'éclairer de plus près les ennemis. Ceux-ci, déjà trop resserrés par notre armée à Bost et encore affaiblis par la défaite du détachement vers Gand, quittent les environs d'Alost et prennent un camp d'une lieue d'étendue, depuis le village d'Itterbeke jusqu'à Anderlecht sous Bruxelles, traversant la chaussée d'Alost à cette capitale, où le duc de Cumberland, MM. de Ronigseck et de Waldeck établirent leur logement.
C'était une armée en déroute, hors d'état d'empêcher nos progrès, remplie de mésintelligence, de plaintes et de murmures. Les Anglais se voyaient privés des secours attendus par la mer, dont nous leur coupions la communication. Les Hanovriens et les Hollandais n'avaient plus de nouvelles des leurs. Toujours ils étaient sur le point d'en venir aux mains entre eux. A Ostende, la populace et les Hollandais se trouvaient souvent aux prises avec les Anglais, qui y commettaient de grands excès. La garnison
SUCCESSION D'AUTRICHE. — FLANDRE (1745j. 401
de Naniur, composée de Hollandais el d'Autrichiens, n'était pas plus d'accord ; ces deux nations se disputaient la garde du château et de la ville. M. de Collicaert, commandant de Namur, ayant demandé les clefs de la ville aux bourgeois qui en avaient toujours été dépositaires, ceux-ci les lui refusèrent et lui firent même entendre que, si les Français se présentaient, ils aimeraient mieux leur ouvrir les portes que de voir écraser une ville rebâtie à neuf. Cela n'empêcha point d'y continuer les préparatifs de défense, en abattant une quantité de maisons aux faubourgs des portes de Fer et de Bruxelles, à Mons, à Charleroi et à Ath, qui se trouvaient fort gênés par la nouvelle position de M. de Clermont-Gallerande à Chièvres, entre Ath et Mons.
Le voisinage de notre armée ne donna pas moins d'inquiétude aux États-Généraux, qui craignaient notre juste ressentiment et une invasion dans les propres terres de la république. Cependant rien n'indiquait de notre part un semblable esprit de représailles. En effet, le 14, le maréchal de Saxe écrit aux députés de L. H. P. qu'étant dans le cas d'envoyer souvent des partis en avant, il leur ordonnait, suivant ses intentions, de prendre garde d'entrer dans les terres de la république; mais que, pour éviter toute méprise, il convenait de mettre sur leurs limites des bornes ou poteaux avec des armoiries : si, après ces précautions, quelque troupe venait à y causer dommage, les propriétaires en seraient pleinement remboursés. M. de Lowendal, ayant achevé ses préparatifs devant le château de Gand, le somma de se rendre; mais le commandant, voulant avoir l'honneur d'être assiégé et paraître au moins dans le dessein de faire quelque résistance, s'y refusa.
La nuit du 14 au 15, la tranchée est ouverte; la parallèle est portée près du corps de la place par le travail à la sape, et les assiégés, qui en sont témoins, ne tirent pas un seul coup. A peine la terre est-elle remuée, qu'ils ne jugèrent pas à propos d'attendre l'effet des deux batteries de canon et d'une autre de mortiers en état de faire brèche. Le 15, à 6 heures du matin, le commandant, sans ressources, demande à capituler, remet la porte du château, et se rend prisonnier de guerre avec sa garnison, qui devait sortir dans deux jours, comprenant Anglais et Autrichiens. M. du Ghayla, qui avait eu tant de part à la reddition de Gand, fut nommé pour y commander, et y entra avec un détachement, après le départ
de la garnison. Il fut remplacé au camp d'Estelbergen par le prince de Pons.
M. de Lowendal, destiné au siège d'Audenarde, envoie son corps d'armée devant cette place (1), l'arlillerie à la rive gauche de l'Escaut, et les ingénieurs à la rive droite de l'abbaye d'Eenaeme, Dans la nuit du 18 au 19, il ouvre la tranchée, aux ordres des généraux Zurlauben et de Bouzols. Les deux jours suivants, le travail de la tranchée et le feu des batteries sont poussés avec une vigueur qui étonne les assiégeants et les assiégés. Le 21, le gouverneur arbore le drapeau blanc et. le i22, les assiégés, contraints de capituler, livrent la porte de Tournay et se rendent prisonniers de guerre, pour suivre la garnison de Gand, abandonnant les magasins et les arsenaux. On chanta le Te Deum. M. de Bauffremont fut nommé commandant par intérim de la ville, M. de Clermont-Gallerande y étant destiné comm-C lieutenant général.
La ville de Bruges, sans être une ville de guerre, mais qui n'en était pas moins riche, venait aussi d'ouvrir ses portes à un détachement de nos troupes aux ordres de M. de Gourbuisson, qui y commanda en l'absence et sous les ordres de M. de Contades. M. de Séchelles, intendant de Flandre, en profila pour se rendre compte des fmances du pays conquis, surtout de Tournay, Gand et Bruges, obligeant aussi les habitants de ces villes à déclarer ce que leurs magasins renfermaient.
Le roi ayant résolu de visiter Gand et Bruges, on envoya les gardes françaises, le 24 juillet, sous Gand. Louis XV partit du camp de Bost avec les ministres, entra dans cette grande ville, et prit son logement à l'évêché. La brigade des Gardes, pour border la haie avec le reste de la garnison sur son passage, campe en dehors de la porte d'Anvers, entre le bas Escaut et le canal conduisant à Hulst.
Le 28, M. de Crémilles assure la marche du roi de Gand à Bruges. 4 B. des gardes françaises, 2 des gardes suisses, et de la gendarmerie campent le même jour à Knesselaere sur la droite
(1) Au siège d'Audenarde, figurèrent les régiments de Picardie, Bouzols, Biron, Monnin, Dicsbach ; les deux premiers bataillons de chacun des régiments de Bettens, "Witmer et Lowendal ; le B. d'artillerie de Richecourt et le régiment de cavalerie de Filz-James.
du canal de Bruges, elle 29 au delà de cette ville au chemin d'Ostende. Des grenadiers de la garnison de Gand campent sur la droite du canal, et de là à Damme. Des fusiliers de la même garnison et dragons du camp de M. le prince de Pons occupent les ponts de Mariakerke, de Landeghem, de Bellem, et tous les autres postes du canal de Gand à Bruges. Les Grassins, placés le long du canal de Damme à la droite du premier, gardent aussi les ponts depuis Damme jusqu'à l'embouchure de la Lys au canal de Bruges. Il reste à Rnesselaere un poste de fusiliers qui bordaient les deux canaux. Un petit détachement de Grassins fut envoyé sur les dunes, près de Blankenberghe, pour savoir des nouvelles du côté de la mer. M. de Gontades détache des grenadiers et des dragons de la garnison de Bruges à l'abbaye d'Oudenbourg pour battre les environs par des patrouilles. Tous ces détachements, aux ordres de M. de Bouftlers, se trouvèrent le 29 chacun à leur poste.
Le 30, le roi fait son entrée à Bruges, y séjourne le lendemain et revient ensuite à Gand.
Pendant ce dernier voyage, le maréchal de Saxe, resté à l'armée, la change du camp de Bost à celui d'Oordeghem, entre Gand et Alost, et reçoit une lettre duducdeCumberland qui lui demande si, en rendant sans rançon MM. le maréchal et son frère le chevalier de Belle-Isle, dontl'arrôt avait suspendu l'exécution du cartel de Francfort, ce traité reprendrait son cours ordinaire. Cette question fut soumise au roi, qui répondit qu'il persistait à offrir le paiement de leur rançon, voulant qu'ils fussent considérés comme prisonniers de guerre, et qu'aussitôt leur retour en France, on renverrait les prisonniers des alliés. M. d'Argenson s'occupait, d'ailleurs, de cette question et avait écrit aux intendants pour qu'on les évacuât, ceux de Lille sur Verdun, ceux de Douai sur Ghâlons, ceux de Cambrai sur Laon, ceux de Valenciennes sur Ham et Noyon, ceux d'Arras sur Soissons.
Le 5 août, l'armée passe du camp d'Oordeghem à celui d'Alost. M. de l'Épine prend position à Ninove. La proximité de l'armée donna de nouvelles inquiétudes aux alliés. Ils campent plus près de Bruxelles, se retranchent, et font venir les 4 B. autrichiens passés de Luxembourg à Namur, comptant plus sur ce faible secours que sur les Munstériens, Hanovriens et Hessois, qu'ils avaient jusqu'alors vainement attendus. La consternation était aussi
40!i LES GUERRES SOUS LOUIS XV.
grande en Angleterre que dans les Pays-Bas, la nation épuisée, le commerce interrompu et l'Etat endetté. En outre, la prise d'Audenarde laissait prévoir le siège d'Ostende. Comme on voulait conserver un port si nécessaire à la communication avec les Pays- Bas, le général Champels fut envoyé y commander, et on assembla aux Dunes une escadre de dix vaisseaux de guerre et deux brûlots, avec 3 B., pour secourir cette place ou faire une diversion du côté de Dunkerque.
Le 7, entrent dans le port d'Ostende 14 bâtiments anglais et hollandais avec des munitions de guerre et de bouche. Alors M. de Lovvendal, destiné à en faire le siège, arrive au camp d'Oudenbourg au-dessus de cette place. Le même jour, il somme le fort de Flaschendaele, qui se rend à discrétion. Il envoie tout de suite M. de Contades avec un détachement sur le fort d'Albert, d'où l'ennemi se retire à son approche. Le 8, M. de Lowendal est devant Ostende avec son corps d'armée, qu'il campe sur deux lignes, dirige son artillerie du côté de Lissemoris pour battre l'entrée du port, laissant 1 bataillon de milices auprès du pont de Zandworde. Il garnit tous les postes le long du canal, travaille aux gabions avec les pionniers et se dispose ainsi aux préliminaires du siège, en même temps que M. d'Harcourt est nommé à celui de Dendermonde. Ce dernier, le 10, saigne l'inondation, la principale force de Dendermonde, reçoit son artillerie de l'armée, peu éloignée, et cherche un emplacement favorable à ses batteries. La nuit du 11 au 12, la tranchée est ouverte par des travailleurs soutenus de 2 B. de Picardie et des grenadiers auxiliaires aux ordres de M. de Zurlauben (1). Une batterie de canons, qui enfilait tout le front de l'attaque, tira en même temps, ainsi qu'une batterie de bombes. Le 12, toutes les batteries tirèrent à la fois et firent un feu terrible. La nuit suivante, le travail de la tranchée se trouva si avancé, et le corps de la place si délabré, que les assiégés ne crurent pas devoir faire une plus longue résistance. Un détachement considérable de l'armée des alliés passa le canal de Bruxelles sous
(1) De Zurlauben (Beat.-FrançoisClaude de la Tour-Châfillon, baron), né le 15 juin 1687, lieutenant au régiment de Pfiffcr (suisse) le 15 septembre 1702, maréchal de camp le l*'' janvier 1740, lieutenant général le 1"" mai 1745, décédé en décembre
SCCCESSION D'AUTRICHE. — FLANDRE (1745). 405
les ordres du prince de Waldeck; M. de Beausobre le rencontra près du village d'Assche, et, soutenu de M. d'Estrées avec les volontaires de Meric, le força de se retirer à Bruxelles.
Le 13, le commandant de Dendermonde (Termonde) capitula; on trouva dans la place des canons en assez grand nombre, et la ville fut mise sous les ordres de M. de la Brosse. M. d'Harcourt embarque alors du canon et des munitions pour le camp devant Ostende, où se continuaient les préparatifs du siège. M. de Lowendal avait demandé cette artillerie d'augmentation, en attendant celle envoyée par Bruges, afin de répondre efficacement au grand feu de l'ennemi, qui tira depuis le 10 jusqu'au 13, que les communications se trouvèrent établies sans perte de notre côté. Dans la nuit du 13 au 14, la parallèle est établie près du chemin couvert d'Ostende, sous la protection des grenadiers postés dans les dunes et empêchant toute sortie; et comme M. de Lowendal sentait bien que cette parallèle serait battue en brèche, il résolut de la perfectionner avant d'y mettre des B., pour épargner ses troupes. Il envoie seulement des détachements à la tranchée, dans l'intention de l'ouvrir dans les formes lorsque l'artillerie qui commençait à arriver serait en état de tirer en même temps.
Dans la nuit du 14 au 15, M. de la Suze commande la tranchée préUminaire, des travailleurs y sont envoyés et soutenus de compagnies de grenadiers et de piquets par brigades. Une seconde parallèle est dessinée où l'on travaille à établir les batteries. Il en fut de môme les nuits suivantes.
A cette date du 17, l'armée française campe à Lippeloo, le ruisseau d'Eycke sur son front, sa droite vers Steenhaffel, le roi au château de Melis, et l'abbaye d'Affligheim occupée par 2 B. d'Auvergne et les Grassins.
Pendant la nuit du 14, des vaisseaux entrèrent dans le port avec Id marée, amenant un renfort d'hommes et des munitions débouche dans la place, rembarquèrent toute la cavalerie et sortirent impunément le matin, parce que la batterie de M. de la Marck, établie à Lissemoris pour battre l'entrée du port, n'était pas encore achevée. Le 19, nos batteries commencèrent à en imposer à celles de l'ennemi, dont le feu se ralentit. Le 20, M. de Lowendal visite les batteries de Lissemoris, qui défendaient parfaitement l'entrée et la sortie du port. Celles de l'attaque continuèrent un feu des plus vifs. L'en-
nemi ne tirait presque plus. Le 21, deux nouvelles batteries sont établies à droite et à gauche de la barrière, achevant de ruiner les faces sur lesquelles on avait cheminé toute la nuit pour attaquer le chemin couvert avec plus de sûreté. Le 22, M. d'Hérouville, attaque le chemin couvert avec la Cour-au-Chantre, Eu et Seedorff, qui devaient s'avancer par deux points en même temps, l'un à la gauche, l'autre à la droite du bastion.
A 10 heures du soir, au signal ils débouchent par la gauche sur l'Estran, longent les dunes, fi découvert sur le bastion, tournent l'angle saillant, sur le flanc gauche du côté de la mer. Arrivés sur la crête du chemin couvert, ils sautent dedans et en chassent l'ennemi; mais, s'élant laissés emportera sa poursuite, ils entrèrent dans une seconde partie du chemin couvert, et Eu, ayant passé la barrière, y perdit du monde. Les compagnies de SeedorfT débouchèrent en même temps du boyau qu'elle occupaient, marchèrent à découvert, se portèrent sur le flanc droit du bastion et y firent quantité de prisonniers; puis elles s'emportèrent aussi, contre les ordres du commandement, ce qui obhgea à fortifier cette droite, ainsi que la gauche, de plusieurs compagnies de grenadiers royaux. Ainsi maîtres du chemin couvert, on s'y logea. Cette action acheva de réduire la place. Comme on avait appris qu'une escadre à Portsmouth menaçait nos côtes, M. de Moncau est appelé en Normandie, M. de Beauvoir à Caen, et M. d'Aunay à Dunkerque, pour prendre toutes les précautions sur nos côtes de laFIandre maritime.
Le maréchal de Belle-Isle et le comte son frère étaient arrivés la veille au camp de Melis (1).
Le 23 au matin, après une trêve de deux heures pour enterrer les morts, le général Chamclos arbore le pavillon blanc et capitule (2). La prise d'Ostende assurait la possession de tout ce qui
(1) Ils avaient été arrêtés, au mois de décembre précédent, dans un village do l'électorat de Hanovre et envoyés en Angleterre, quoiqu'ils fussent chargés de négociations pour différentes cours d'Allemagne. M. de Belle-Isle, très bien accueilli par le roi , dit obligeamment à M. le comte de Saxe que c'était à ses exploits qu'il devait sa liberté. Voir le deuxième volume des Guerres sous Louis XV, page
(2) Oslendc commença d'être environnée de murailles en 1445, sous Philippe le Bon ; le prince d'Orange la fortifia régulièrement en 1583, contre le duc de Parme à la tête des Espagnols. En IGOl, elle est assiégée de nouveau. Elle se rend à Ambroise
restait à la reine de Hongrie dans le comté de Flandre, et privait l'Angleterre des avantages d'une communication directe avec les Pays-Bas autrichiens ;lagarnisond'Ostende suit le même jour la route •de Gand à Mons. Les grenadiers de Grillon prirent sur-le-champ possession d'une des portes de la place, dont la garnison sortit le 27. Sitôt qu'on apprit cette nouvelle conquête, M. de Lowendal fut désigné pour le siège de Nieuport. Le roi étaitalors au camp de Melis, près de Lippeloo, dans le Brabant, où était rassemblée l'armée le 18, des environs d'Alost. Le corps de M. Glermont-Gallerande passait, le 21, du camp de Chièvres à celui d'Enghien, sa droite appuyée à ce bourg, sa gauche au château de Hoves, face à la chaussée de Mons à Bruxelles. M. de Lowendal reconnaît la place le 29, reçoit le 30 son artillerie et ses troupes à Coxyde et Oostdunkerke^ et fait ouvrir la tranchée devant Nieuport.
Cependant, par suite des nouvelles positions de nos troupes à Enghien, les alliés s'étaient établis sur une ligne de Bruxelles à Malines, ayant le canal devant eux et faisaient en outre construire des retranchements par les prisonniers. Les Hollandais commençaient la ligne à quelque distance de Bruxelles (24 B. et 34 E.) ; les Anglais et Hanovriens continuaient cette ligne, et les Autrichiens la terminaient à la droite, près de Malines. Le prince de Waldeck avait son quartier à Hever, le duc de Gumberland au château fortifié de Villevorde, le maréchal de Konigseck à Horne avec le général Cronstron. Ils tiraient leurs subsistances d'Anvers, mais avec de grandes difficultés et de grandes précautions. Us n'osaient confier leurs convois au canal et étaient obligés de les escorter par de très forts détachements. Les 4 B. autrichiens partis en dernier lieu de Namur arrivaient; ce petit secours leur tint lieu de tous ceux vainement attendus d'Angleterre , de Hollande et d'Allemagne, et suffit à peine pour remplir le vide causé par la désertion.
11 restait encore à Namur 7 B. hollandais, 10 à Mons, 3 à Ath et autant à Charleroi. On continuait à mettre ces places en défense,
Spinola, lo 14 septembre 1604. Le cardinal Mazariii échoue devant elle en 1658. Les alliés s'en emparent en 1706 ; les Hollandais y mellenl garnison, et la rendent à l'empereur en 1715. Les régiments de Courten, les brigades de Beauvoisis, Grillon, d'Eu, de Lowendal. de la Cour au Chantre, de Seedorf, les 4 régiments de grenadiers royaux de la Tour, d'Espagnac, Valfont, de Beautoville, le régiment de dragons de Septimanie et le B. d'artillerie de Richecourt, llgurent au siège d'Ostende.
et on y créait de nouveaux ouvrages. Bruxelles fut aussi fortifiée, sa principale porte garnie de grosses pièces et les gardes de la ville doublées. Chaque bourgeois eut ordre d'avoir une chandelle allumée à sa fenêtre au premier coup de canon. Les archives de la chambre des comptes et des états, et les effets les plus précieux des alliés furent transportés à Anvers. Une nouvelle de Londres acheva d'abattre les alliés : le fils du prétendant avait débarqué en Ecosse, et déjà des mouvements se produisaient en sa faveur dans le nord de ce royaume. Par une résolution subite, on rappela en Angleterre les troupes nationales des Pays-Bas, et les Anglais réclamèrent le secours de 6,000 Hollandais, promis par les traités en pareil cas. M. de Noailles demanda au comte de Saxe ce qu'il pensait faire, et il ajoutait que S. M. serait bien aise de savoir s'il pourrait mettre les alliés dans la nécessité de faire la paix, et surtout les Hollandais, qui avaient déjà fait passer 7 B. à l'Écluse, 3àHulstet d'autres en Zélande, et si on ne pourrait pas s'emparer de Bruxelles, d'Anvers ou d'autres villes non militaires afin d'y établir les quartiers d'hiver^ en suspendant la marche de 25 B. qu'on se proposait de porter sur la Meuse. Le maréchal répondit qu'il n'était pas d'avis de renfermer ses quartiers entre les places du Hainaut autrichien et la frontière de Hollande, et qu'il fallait assiéger Ath, quand Nieuport serait pris. M. de Lowendal reçut donc des ordres de presser le siège de celte dernière place. Il ouvrit la tranchée dans la nuit du 31 août au l*"" de septembre, établit dans les dunes une batterie qui tira contre le Wirvouth, et des pièces pour battre la communication de ce fort à la place. Dans la nuit du 1" au 2, une seconde parallèle est établie, pour gagner les angles saillants, pendant qu'on garnit cette parallèle de batteries; la tranchée de Wirvouth se trouve presque terminée et celle de la place poussée assez loin.
Le 3 septembre, M. de Lowendal se rend à Ostende, où le roi venait d'arriver; il le conduit partout et lui en explique les attaques.
Le même jour, nos batteries ayant extrêmement délabré le fort de Wirvouth, les assiégés se retirèrent, à 8 heures du soir, sur le fort construit entre le Wirvouth et la ville. Dans la nuit du 3 au 4, des compagnies de grenadiers s'avancèrent vers le Wirvouth et s'emparèrent de ce fort. Une batterie y est établie, afin de battre le fort de l'Écluse. Le 5, toutes les batteries étaient prêtes, mais le gouverneur capitula. Il remit sur-le-champ la porte de Dunkerque
et le fort de l'Écluse. Cette dernière conquête de la Flandre autrichienne, en cinq jours de tranchée ouverte, nous coûta peu d'hommes. C'était se rendre maître avec peu de perte d'une place qui pouvait tenir plus d'un mois, si elle eût été bien défendue. M. de Lowendal fit entrer à Nieuport les 3 B. de Beauvoisis et celui de Saint-Brieuc milice, sous M. de la Marck, envoie le régiment de Grillon à Oslende avec M. d'Hérouville, et mande à M. de Chamt)onas de partir de cette dernière place avec les 2 B. d'Eu pour Bruges, où il devait commander en Tabsence de M. deConlades.
Le 17 septembre, M. de Saxe, ayant reçu les drapeaux pris à Nieuport, éloigne de l'armée les régiments de Touraine-infanterie, de Royal et d'Asfeld-dragons, le demi-B, d'artillerie de Dunkerque et des canons à la suédoise, pour les envoyer à M. de Glermont-Gallerande à Enghien. Ce dernier avait ordre de marcher, le 13, dans le Hainaut autrichien et le comté de Namur, en passant par Brainele-Comte et Nivelles, afin de protéger un autre détachement de troupes qui devait se rendre sur la Sambre. L'armée des alliés restait campée derrière le canal de Bruxelles à Malines, sans le moindre mouvement. Louis XV était retourné à Versailles, laissant le maréchal de Saxe maître de séparer l'armée quand il le jugerait à propos. Cependant, comme la saison n'était point avancée et que par des raisons politiques on ne voulait pas donner ombrage à nos alliés et au roi de Prusse en quittant sitôt la Flandre, ni exposer les troupes au hasard d'échouer à la fin d'une campagne aussi glorieuse, le maréchal de Saxe pense à entreprendre le siège d'Alh pour inquiéter les Hollandais, qui détachaient en ce moment 6,000 hommes en Angleterre.
Le maréchal de Saxe, vers la mi-septembre, ordonne donc à M. d'Hérouville de remettre le commandement d'Ostende à M. de Seedorf et de se rendre à Gand, sous les ordres de M. Du Chayla, afin de mettre cette dernière place à l'abri d'un coup de main, pendant que M. de Seedorf continuerait à réparer les fortifications de la première, ce qui avait lieu également à Nieuport, Audenarde et Dendermonde. Il envoie M. de la Motte-Guérin (I) à Philippcville et M. de Gravel à Givet, pour y commander et veiller de ce côté aux excursions de l'ennemi, d'autantplus que la garnison d'Ostende
(I) De la Motte-Guérin (Joseph), né en 1693. Maréchal de camp le 2 mars 1744. Mort le 22 juin 1759 à Philippcville. (D. G.)
venait d'arriver h Mons; de plus, le 17, le détachement dirigé sur la Sambre arriva près de Beaumont, où M. de Relingue prit avec lui les 2 B. de Bouzols et 2 E. du Mestre-de-camp-général cavalerie. Les 2 autres B. et E. de ces réginnents entrèrent à Philippeville, celui de Fleury-infanterie et Septimanie-dragons à Maubeuge; en sorte que cette frontière fut non seulement à couvert des contributions, mais en état d'en établir dans le pays de Chimay et autres dépendants de l'ennemi.
Le même jour, le maréchal reçoit au camp d'Alost les 16 B. des sièges d'Ostende et de Nieuport, ofi il était entré des garnisons suffisantes. Ce renfort le mit en état de faire le siège d'Ath. Le 18, M. de Clermont-Gallerande, chargé de ce siège, reçut ses ordres à Binch, où il campait avec 8 B. et 42 E., les hussards de Beausobre et les Grassins, qui avaient escorté jusqu'à la Sambre les troupes destinées à couvrir cette frontière. En même temps le maréchal embarque à Gand l'artillerie qui avait servi au siège d'Ostende, pour la faire remonter par l'Escaut jusqu'à Tournay et ensuite devant Ath, les pièces inutiles devant descendre à Dendermonde. Pour faciliter le siège et empêcher l'ennemi d'y mettre obstacle, il était bien résolu à rester dans son camp d'Alost derrière et en deçà du Pendre, entre Bruxelles et Gand, tant pour couvrir cette dernière ville et les autres places conquises que pour se porter sur Bruxelles en une marche et couper les alliés, alors campés derrière le canal de cette capitale àMalines, s'ils quittaient leur position pour se porter sur Ath, ce qu'ils ne pouvaient faire qu'en deux marches. Il destine un renfort de 23 B., aux ordres de MM. de la Suze, de Saint-Pern et de Bouzols, pour rejoindre M. de Clermont-Gallerande après la première circonvallation d'Ath; à M. d'Estrées il donne l'ordre de campera Enghien avec la brigade de cavalerie du Roi, celle du Mestre-de-camp-général et de Bauffremont-dragons (1), afin de couvrir le siège et servir de vedette à M. de
(1) L'origine de son nom remonte au dixième siècle, et cette maison fut toute militaire, depuis Louis XIV :
1. Claude de Bauffremont, marquis de Listcnois, né à Salins, le 23 février 1648,
colonel de deux régiments, dragons et infanterie portant son nom; mort le 27 octobre 1674. de ses blessures à Ensheim.
2. Pierre, né à Scey le 18 janvier 1663, colonel des deux régiments de son nom
(29 août 1685).
Clermont-Gallerande. Il nomme ensuite M. du Chayla à un 4^ camp sous Dendermonde avec les Carabiniers et Royal-Roussillon cavalerie, et les régiments de Normandie, d'Eu et de Grillon infanterie, venus de Gand, de Bruges et d'Ostende, destine le régiment de Beauvoisis deNieuportàOstendejleB. deSaint-Brieuc milice àNieuport, celui de Corbeil à Bruges, les hussards de Beausobre sur les derrières pour se refaire, et les Grassins à Leuze. Par suite de ces dispositions, le camp devant Ath devait être composé de 31 B.. et de 37 E. ; celui d'Enghien, de 28 E. ; celui de Dendermonde, de 9 B. et 18 E., et celui d'Alost de 57 B., outre la cavalerie. M. de Clermont-Gallerande quitte Binch, le 23, avec ses troupes, s'établit à Casteau, le 24 au soir à Lessines, le lendemain à Alost, où il reçoit du maréchal ses dernières instructions sur le siège d'Ath. Le 26, de retour à Lessines, il commence l'investissement avec d'autant plus de facilité que M. deVurmbrand, commandant de cette place, ne s'attendait point à être attaqué, que son artillerie n'était ni placée ni montée , que les alliés n'avaient pas eu le temps d'y jeter des renforts. La garnison se composait de 1 B. anglais, 1 hollandais, et de fusiliers de divers régiments.
Les ennemis étaient toujours fort tranquilles dans leur camp entre Bruxelles et Malines, pendant qu'on se préparait sur eux à une nouvelle conquête, et des réjouissances ne cessaient pas pour l'élection du grand-duc au trône impérial. Ils reçoivent enfin un renfort de Hessois; mais tandis qu'ils se fortifiaient d'un autre
3. Jacques- Antoine (Dijon, 21 janvier 1663), colonel de dragons; maréchal de
camp, 29 mars 1710, tué au siège d'Aire; 23 septembre 1710.
4. Louis (Ruffey, 3 décembre 1684), colonel de dragons; lieutenant général,
1" mars 1738; mort le 17 juillet 1755.
5. Louis, prince de Bauffremont (Ruffey, Côte-d'Or), 20 novembre 4712; colonel
de dragons; lieutenant général, 10 mai 1748; mort le 13 mai 1769.
6. Charles-Roger (4 ootobre 1713): colonel de dragons, maréchal de camp; mort
le 21 mars 1795.
7. Joseph, prince deListenois, vice-amiral (25 septembre 1714-13 novembre 1781).
8. Alphonse-Jean, prince et duc, aide de camp du roi Murât, blessé grièvement à
la Moskowa et à Dresde (10 février 1792-10 mars 1800).
9. Paul, son fils, né à Palerme, 11 décembre 1827; colonel du 1'='' hussards, gé-
néral de brigade; s'est distingué à Sedan. Cousins du roi, 13 décembre 1759; ducs et pairs héréditaires, 19 avril 1787. Cette famille avait joui du droit de battre monnaie.
côté, ils se virent obligés de s'affaiblir encore davantage d'un autre : 10 B. anglais partirent en même temps de l'armée pour retourner en Angleterre.
Le 1" d'octobre, M. de Glermont-Gallerande prit des dispositions (1) secrètes pour l'ouverture de la tranchée à la porte de Mons, à l'endroit oii les alliés l'avaient faite, en 1 707, sous le général Schulembourg; mais il résolut de faire auparavant une fausse attaque à la porte de Tournay, de l'autre côté de la rivière de Leuze. Dans la nuit du l^'' au 2, les travailleurs soutenus de 1 B. et de grenadiers, ouvrirent un boyau à cette fausse attaque avec une parallèle uniquement destinée à y établir des batteries à ricochet, la droite appuyée à la rivière de Leuze, la gauche à la hauteur d'Irchouvel. Cette opération se termina tranquillement, sans la moindre perte, parce que les ennemis avaient dirigé tout leur feu aux portes de Mons et de Bruxelles, où ils s'attendaient d'être attaqués; mais, le 2 au matin, s'étant aperçus de notre travail, ils changèrent leurs batteries et les portèrent sur le front de la porte de Tournay. Cette méprise assura le travail de la nuit suivante.
En effet, dans la nuit du 2 au 3, la vraie tranchée fut ouverte à la porte de Mons avec les travailleurs soutenus de 2 B. et de grenadiers aux ordres de M. de Fiennes, qui établit une seconde parallèle près de la palissade. Le 5 au matin, les assiégés s'étant aperçus de leur seconde méprise , opérèrent une manœuvre tout opposée à celle de la veille et ramenèrent leurs batteries sur le pont de la porte de Mons. Les travaux continuèrent dans l'ordre suivant : du 3 au 4, on débouche de la parallèle à droite sur la capitale de la demi-lune, à gauche sur la demi- lune de la V^alone; des zigzags sont poussés vers les angles saillants et aussi sur les capitales. Au centre de la parallèle est établi un boyau de communication, une nouvelle batterie est ajoutée à celle de la fausse attaque, et, la nuit du 5 au 6, le travail est poussé à sape pleine à la droite jusqu'à l'avantfossé du chemin couvert de la demi-lune; on prit, le 7, une flèche sur la demi-lune et on établit une espèce de cavalier de tranchée. Le 7 au matin, cette partie, qui renfermait des canons, des obus et
(1) Les régiinenfs de Picardie, d'Auvergne, Montboissier,Touraine, Rohan, Laval, la Fère, Haynaut, Nivernois, Beltens, Soissonnais, Dauphiné, Lowendal et un B. d'artillerie sont employés à ce siège.
des mortiers, fit un grand feu, ainsi que celle de la fausse attaque. Dans une trêve depuis huit heures jusqu'à midi, on découvrit de nouveaux ouvrages auxquels on ne s'attendait point, ce qui engagea à faire des propositions au gouverneur, qui les refusa, comptant être secouru. Le même jour^ de nouvelles troupes arrivent de Bruxelles au camp de Hal, où déjà étaient réunis 12,000 hommes, 8,000 de cavalerie et 4,000 d'infanterie.
Comme ces deux corps pouvaient se joindre et être renforcés par d'autres troupes, M. le comte de Saxe fit marcher cinq colonnes de Ninove à Hal pour contenir l'ennemi et se régler sur ses mouvements.
En attendant, la maison du Roi et la Gendarmerie allèrent à Lessines, la brigade des Gardes à Grammont, et 3B. de milice à Tournay, comme nouveaux renforts à portée de soutenir, en cas d'événement, M. de Glermont-Gallerande, qui avait déjà 22,000 hommes, y compris le détachement de M. d'Estrées, mais ne pouvait à la fois combattre l'ennemi et continuer en même temps le siège.
La nuit du 7 au 8, les troupes se logent dans la partie droite de l'attaque, sur une flèche abandonnée par l'ennemi; à la gauche, le couronnement de l'angle saillant du chemin couvert des tenaillons est achevé par une sape tournante, ainsi que la parallèle sur le glacis. On apprit, le 8 au matin, que le corps ennemi avait marché en force de Hal à Soignies. Alors, sur les ordres de M. de Saxe, les troupes du siège, celles de Ghislenghien, de Lessines et de Grammont s'établirent sur le champ de bataille que MM. de Glermont- Gallerande et d'Estrées avaient reconnu la veille près et en avant (l'A th. Le camp fut établi sur deux lignes : la 1^'' de 20 B. et 42 E.; la 2'' de 14 B. et 10 E., plus une réserve de 20 B. ; soit en tout 54 B. etoSE., non compris les 3 B. de milices de Tournay et sans compter 6 B. et 5 E. devant continuer le siège sous M. d'Armentières. D'un autre côté, le maréchal rapproche d'Alost les 9 B. et 18 E. du camp de Dendermonde commandés par M. du Chayla, qui se formait sur la chaussée d'Alost à Bruxelles, rive droite de la Dendre, afin de renforcer l'armée, qui par ce secours se trouvait encore de 55 B. et 66 E., destinés à exécuter le projet sur Bruxelles.
L'armée ennemie, toujours tranquille derrière le canal de Bruxelles, continuait à se retrancher. L'apparition desl2,000 hommes de Soignies à Hal n'avait eu d'autre objet que de favoriser la
marche des troupes sorties de Mons, qui passèrent d'abord à Charleroi, ensuite à Braine-le-Comte, enfin à Bruxelles. Le môme jour 8, M. de Wurmbrand demanda à capituler, et comme il était en position de tenir plus de dix jours dans Ath, l'une des plus fortes places de Flandre, que d'ailleurs les mauvais temps étaient à craindre et qu'il fallait songer à renvoyer les troupes de bonne heure, on lui accorda les honneurs militaires pour remettre sur-le-champ la porte de Mons, et sortir le il avec la garnison. Le 9, M. de Glermont-Gallerande reçut ordre de faire combler les tranchées, de renvoyerversTournay la maison du Roi, la gendarmerie, les gardes françaises et suisses, Rohan et Bettens, les 3 B. de milices et la plus grande partie de l'artillerie, et de se tenir prêt à partir le plus tôt possible avec 25 B. et 46 E., pour les conduire jusqu'à Beaumont et poursuivre le corps d'armée qui avait passé de Soignies à Saint-Symphorien près de Mons.
Le maréchal prend ses dispositions en ce qui regarde la séparation de l'armée. M. du Chayla allait retourner àDendermonde avec ses 9 B. et 18 E. au moment où 15,000 hommes de l'armée ennemie, ayant passé le canal de Bruxelles, viennent se montrer àMerchem.
Le 13 octobre, commence la levée du camp d'Ath. Le maréchal fait partir la maison du Roi, les gardes françaises et suisses pour Paris, la gendarmerie dans la Thiérache, Rohan et Bettens avec la cavalerie pour les environs de Tournay; 25 B. et 16 E. devaient être conduits jusqu'à Beaumont par M. deClermont-Gallerande. M. d'Estrées revient à l'armée avec les uhlans à Grammont. En même temps il lève le camp de Dendermonde, d'oîi M. du Chayla se rend à Gand avec la brigade de Normandie et Royal-Roussillon, suivis par les gros équipages de l'armée. Le U, s'effectue le départ du camp d'Alost avec toute l'armée marchant sur quatre colonnes, qui campent entre Baeleghem et Gavre (1), sur la rive droite de l'Escaut. Les troupes passèrent cette rivière sur quatre ponts. M. le marquis de Clermont-Gallerande arrive à Beaumont avec son détachement, ayant campé le 13 au bas Estines et le 14 à Erqueline, d'oii il renvoya à Maubeuge les 20 pièces de campagne qu'il avait, sous l'escorte de 1 B. et de 3 régiments de cavalerie, cantonne autour de Beaumont les 24 B. qui lui restaient, en attendant les ordres
(1) Gavre, ancienne place forte illustrée par la défense héroïque de Chamilly, en 1674.
de route et de marche sur la Meuse et dans les Évêchés, et part le lendemain pour son gouvernement d'Audenarde.
Toutes les troupes des alliés se séparèrent, peu après le départ des nôtres, pour leurs quartiers. Le roi d'Angleterre avait paru désirer ce moment avec impatience. Bien résolu de rappeler toutes ses troupes en Angleterre, il fit notifier, le 20, aux Étals-Généraux cette résolution, motivée sur des avis certains d'une invasion projetée dans ses Etats de la part de la France et de l'Espagne ; en conséquence, trois jours après, le duc de Cumberland licencia l'armée, ordonna aux Anglais de prendre la route de la mer pour s'embarquer et retourner ensuite à Londres.
Le prince de Waldeck reste à Bruxelles pour commander sur les quartiers 4'hiver. Les Hollandais, les Hanovriens et les Hessois sont distribués dans les places des Pays-Bas, et les Autrichiens prennent la route du duché de Luxembourg. Pendant ce temps, le maréchal de son quartier général à Gand , répare les places et met en sûreté toute la frontière. Il retient à Gand des détachements d'artillerie destinés à Ath et à Dendermonde. Il envoie à Beaumont M. de Seedorff avec l'instruction d'en perfectionner les ouvrages par des parapets et quantité de palissades, afin de le mettre en état de ne pouvoir être pris qu'avec du canon et de donner le temps d'arriver aux secours tirés des places voisines. Il charge MM. Phelippes et de Danois, gouverneurs de Maubeuge et de Valenciennes, d'établir aussi un poste à Bavay pour la communication de ces deux places et empêcher les partis ennemis de se glisser entre la Sambre et l'Escaut. Quant à M. d'Armentières, commandant d'Ath, il dut mettre un poste de Grassins à Leuze, et un autre à Fiène sur la Rosjie pour conserver sa communication avec Tournay, et faire sortir de temps en temps des détachements destinés à reconnaitre le pays ennemi et s'y fournir de subsistances.
Au commencement de décembre, M. le comte de Saxe, informé de toutes les dispositions des alliés, de la force actuelle de leurs garnisons, du départ des Anglais, qui devaient être suivis des Hanovriens et des Hessois, apprit en même temps par ses émissaires les difficultés qu'il y avait à surprendre les places de la Flandre hollandaise, les travaux faits à Hulst, l'Ecluse, le Sas-de-Gand et Saint-Donaas, où tout était bien gardé et naturellement défendu par les eaux. Il ne pensa pas davantage à s'emparer de l'île de
Cadzand, couverte par l'Écluse, place forte où il y avait une bonne garnison. Néanmoins il assemble à Gand ses officiers généraux et demande leur avis sur différents points, sans leur communiquer le véritable objet de cette réunion.
Pendant ce mois, les alliés furent dans un mouvement continuel pour l'établissement de leurs quartiers dérangés par le départ des Anglais. L'infanterie de ces derniers fit voile pour l'Angleterre. La plus grande partie de leur cavalerie s'embarqua aussi à Willemstad, et il n'en resta que 3,000 chevaux à Anvers avec leur artillerie. Le duc de Cumberland était retourné à Londres, et M. de Konigseck à Vienne. Le prince de Waldeck, resté à Bruxelles pour commander tous les quartiers d'hiver, fit travailler à de nouveaux ouvrages dans cette capitale, et y mit une forte garnison, ainsi qu'à Mons, Charleroi et Namur. 11 employa des pionniers à perfectionner les retranchements depuis Bruxelles jusqu'à Anvers, et surtout les fortifications de Wilvorde. Il lui arriva 1,500 hussards bavarois à la solde de Hollande, et il les distribua à Wilvorde, Nivelles, Soignies et Genappe avec les autres troupes légères, dont il passa quantité de déserteurs à Gand.
Tandis que le maréchal de Saxe cherchait à exécuter quelque projet dans les Pays-Bas, le roi en méditait un autre contre l'Angleterre, et M. d'Argenson en écrivit plusieurs lettres au comte de Saxe. Il lui envoya un état des B. et E. àtirerd'Ostendeet d'autres places de son commandement pour les faire passer en Angleterre sous les ordres de M. le duc de Richelieu, sur une flotte qu'on assemblait à Calais, et il le pria de pourvoir de bonne heure à leur remplacement par des détachements tirés des garnisons voisines de ces places. En même temps le maréchal, d'après des instructions secrètes de Versailles, devait, par ses démonstrations sur les Pays-Bas, favoriser la descente des troupes en Angleterre et empêcher les Hanovriens et les Hessois d'y passer, tout en restant libre de ses actes. Le 17, sur les représentations de M. le duc de Richelieu touchant la nécessité de favoriser son entreprise en Angleterre, le roi avait ordonné aux colonels de rejoindre leurs corps en Flandre. M. le maréchal commence par remplacer à Ostende et autres places les troupes qu'on en tirait pour l'embarquement, faisant ensuite des dispositions pour un mouvement réel qu'il comptait mettre à exécution dans quelques jours.
Le 20, il annonce son projet de donner au roi, pour le 1®'' de l'an, Bruxelles, Saint-Ghislain et d'autres points occupés par l'ennemi, sans rien risquer de son côté. La prise de Bruxelles était sa préoccupation, seul point d'appui pour se rendre maître de tous les Pays-Bas autrichiens et entrer en Hollande. Dans ses dispositions, les troupes dans la Flandre française et les pays conquis furent destinées pour Bruxelles; celles en garnison dans Ath et leHainaut français devaient se porter sur Saint-Ghislain, surprendre cette place et s'avancer ensuite sur Binch, pour contenir, pendant le siège de Bruxelles, les garnisons de Mons, Gharleroi et Namur.
Le 23, M. d'Argenson lui répond que la seule cause du départ des colonels était l'empressement de M. le duc de Richelieu à faire une démonstration qui favorisât son embarquement. Il le prévient sur son départ pour le joindre à Gand, et concerter avec lui tous les points de son entreprise. Il ajoute qu'après la descente en Angleterre, il pourrait renvoyer les colonels, afin de prolonger chez les alliés leur première sécurité. Le roi avait approuvé le mouvement sur Bruxelles; cependant M. le maréchal juge à propos de le suspendre, par suite du dégel commencé la veille; mais il donne des ordres pour l'expédition de Saint-Ghislain à la première occasion favorable, M. le duc de Richelieu arrive à Gand, confère avec lui, et part le 28 pour Calais. A sa recommandation, M. de Contades fut envoyé dans ce port, sous les ordres de M. d'Aunay, chargé des approvisionnements, et on destine 4 régiments de cavalerie, les plus à portée de Dunkerque, pour un second embarquement.
La nuit du 29 au 30, MM. de Danois et Phelippes marchèrent vers Saint-Ghislain. Le premier se trouva de bonne heure au rendez-vous; mais les guides ayant égaré le second dans des marais d'oii il eut bien de la peine à se tirer dans l'obscurité, l'entreprise manqua et fut remise à une autre époque. Les préparatifs d'une descente en Angleterre jetèrent la cour de Londres dans la consternation, d'autant plus que le fils du prétendant s'avançait sur cette capitale, oii ses partisans l'acclamaient déjà (1).
Les alliés n'étaient pas plus tranquilles dans les Pays-Bas; ils changèrent plusieurs garnisons et restèrent dans la môme agitation que le mois précédent. Les Anglais continuèrent à retourner
(1) Voir le sixième volume des Guerres sous Louis XV.
dans leur patrie; les Hanovriens et les Hessois se tinrent prêts à prendre la même route. Les Autrichiens eurent aussi ordre de se préparera partir pour le duché de Luxembourg, et les Hollandais se virent à la veille de garder seuls cette frontière à laquelle ils destinèrent un nouveau corps de 9 B. et de 20 E. tirés de Maestricht, Ruremonde et Venloo.
SUCCESSION D'AUTRICHE. — FLAPvDRE (1746). 419