CHAPITRE VIII
FIN DE LA GUERRE EN ITALIE. — TRAITÉ d'AIX-LA- CHAPELLE.
Janvier 1748. — l^'. Préliminaires. Discussions sur le projet d'entrée en campagne. Effectifs des deux armées françaiseet espagnole formant 130 B. et 140 E. — 1. M. de Mirepoix commande dans le comté de Nice. Augmentation de 7 B. français et 4 E. M. de Richelieu, sur la côte orientale de Gênes. M. de Lannion s'occupe de remettre en état les forteresses de la Spezzia, Sarzanella, Sainte-Marie et Porto-Venere, pour défendre la ligne de la Vara. — 5. Expédition sur Varaggio du coté de Savone. — 13, 14, 21, 24. Excursions des compagnies franches de Bussy, d'Anfrenet, de Colonne et de Beringuier. — 25. Échange de prisonniers, qui forment 2 B. du régiment de Brie.
Février. Dans les premiers jours du mois, nouvelles expéditions des compagnies franches. Occupation de Massa par le duc de Richelieu. — 17, 18. M. de Nadasti essaie d'enlever Voltri.
Mars. Position des troupes françaises et espagnoles sous MM. de Richelieu et d'Ahumada. — 4. Nouvelles sur la marche du général de Braun. — 20. Renforts de milices au corps de M. de Richelieu, ce qui porte son effectif à 13,000 hommes.
— 25. Expédition sur Savone par M. de Richelieu. — 26. Retraite obligée. — 27, 29. Retour des troupes à Gênes.
Avril. Malgré les premiers préparatifs du congrès d'Aix-la-Chapelle, la guerre continue contre l'Autriche et la Sardaigne, qui ne veulent pas y adhérer. Organisation de l'armée d'Italie, sa composition, sa force : forces des Autrichiens et des Piémontais. 'Vers le 8, le duc de Richelieu dispose de 35 B. — 10. Soulèvement de la Corse; convoi qui débarque heureusement à Bastia. — 18. Escarmouches du côté de Gênes. — 22. Le général de Braun dessine son mouvement d'attaque sur la frontière de Parme, en même temps que M. Nadasti autour de Voltagio.
Mai. Dispositions nouvelles en cas d'attaque, si l'ennemi franclut la Vara. Communication aux chefs de corps des différents articles du traité de paix. Instructions de M. d'Argenson. M. de Mirepoix se met sur la défensive. L'amiral Bing.
— 13. Concentration achevée, passage du Var. — 19. M. de Richelieu reçoit seulement ses instructions. — 23. M. de Braun s'avance jusqu'à Borgotaro.
Juin. 4. Attaque du générai Braun. — 5. L'armée autrichienne s'ébranle de tous côtés. — 8. Corps de MM. deRichelieu et de Chauvelin. — 9. Nouvelle attaque de M. de Braun. — Préliminaires de la paix. — 25 au 31. Dernières volontés des cours de Vienne et de Turin. Armistice dédnitif.
Avant de se séparer, à la fin de 1747, le maréchal de Belle-Isle et M. de la Mina se concertaient en vue des opérations à entre-
prendre au printemps suivant. Ils s'étaient entendus sur le chiffre de l'effectif nécessaire pour nous assurer la supériorité et l'avaient évalué tous deux à 130 B. et 140 E., mais ne purent se mettre d'accord sur le plan de campagne. Le maréchal persistait dans son projet de porter la guerre en Piémont et de pénétrer dans les États du roi de Sardaigne par la vallée de la Stura ou celle de Ghâteau-Dauphin; le capitaine général, de son côté, montrait la même obstination à soutenir qu'il fallait entrer par Gênes.
L'avis de ce dernier prévalut cette fois. La France et l'Espagne, hésitant à porter une quatrième fois la guerre sur ces redoutables frontières des Alpes où nous avions été si malheureux en 174-3 à Château-Dauphin, en 1744 à Goni, en 1747 à l'Assiette, reprirent le plan de campagne de 1745, et décidèrent l'invasion de la Lombardie par le Montferrat. Une diversion puissante devait d'ailleurs avoir lieu sur les frontières du Dauphiné pour attirer de ce côté l'attention de l'ennemi et assurer la marche de l'armée en couvrant son flanc gauche. Nos troupes de Gênes, portées à l'effectif de 36 B., dont 24 français et 12 espagnols, formeraient sur son flanc droit un centre de résistance sérieux et un appui solide. Aucune contestation ne s'éleva sur l'effectif auquel il convenait de porter nos forces ; toutes les dispositions furent prises pour réunir au printemps les B. et E. demandés par MM. de Belle-Isle et de la Mina. La France se chargea d'en fournir les deux tiers, assumant ainsi sur elle, par un sentiment chevaleresque, presque tout le poids d'une lutte dans laquelle elle était la moins intéressée.
On s'occupa dès le commencement de janvier d'envoyer les renforts nécessaires à Gênes, déjà occupé par 16 B. français et 8 espagnols. M. de Mirepoix, qui commandait dans le comté de Nice, reçut ordre de tirer de ses troupes, en dehors des 30 B. campés sur laRoya, 7 autres B. (1), de les diriger sur Monaco, et de les y embarquer. De leur côté, les Espagnols augmentèrent leur contingent de 4 B. pour la plupart prélevés sur leurs troupes à Oran et sur les côtes d'Afrique (2J.
(1) Bigorre, Quercy, 2' B. de Royal-Comtois, Péiigord, Vivarais, Provence, la Tour d'Auvergne.
(2) Au i^^ janvier, le corps du duc de Richelieu comprenait : Salis, 1 ; Vigier, 3 ; la Marine, 1 ; Royal-Italien, 1 ; Royal-Bavière, 3 ; Gensac, 1 ; Bcrg, 1 ; Nivernais, 1 ;
Pendant ce temps, le duc de Richelieu continuait sur la côte orientale de Gênes ses dispositions de défense en vue d'une invasion de M. de Braun du côté de Parme. M. de Lannion, d'après ses ordres, avait poussé avec activité les travaux et terminé la mise en état de défense des forteresses de la Spezzia, Sarzana, Sarzanella, ainsi que des châteaux de Lavenza et de Lerici renfermant 2 B. français, et des forts de Sainte-Marie et de Porto-Venere, qu'occupaient des détachements espagnols et génois. Tout cet ensemble constituait à l'extrémité sud-est du territoire de la république un nouveau point d'appui à nos troupes; il assurait la droite de notre position couverte de front par la ligne de la Vara et, à partir de la source de cette rivière, par la crête des montagnes.
Comme, en raison de son éloignement de Gênes, ce point d'appui était un peu en Tair, le duc de Richelieu crut devoir y envoyer de nouvelles troupes, tant pour être à portée de le soutenir que pour couvrir le débouché de la vallée du Taro, route naturelle d'invasion. Il établit 3 B. français à Sestri du Levant, et 2 B. espagnols un peu en arrière à Chiavari et à Rapallo, fortifia ces trois places, et mina d'avance tous les ponts de la Vara de manière à être en mesure de les faire sauter à l'approche de M. de Braun.
Tout en portant surtout son attention sur les frontières du duché de Parme, le duc de Richelieu ne restait pas inactif en face de M. deNadasti. Il s'attachait surtout àlui faire desprisonniers. Chaque prisonnier équivalait aune recrue, par une convention conclue avec les officiers du roi de Sardaigne, et d'après laquelle les prisonniers étaient immédiatement échangés de part et d'autre. L'avantage définitif restant ainsi à qui en ferait le plus, le duc de Richelieu ne négligeait aucune occasion de surprendre l'ennemi.
Une des expéditions dans ce but lui réussit admirablement. Ayant appris qu'un détachement de Piémontais, avancé à quatre lieues de Savone, s'établissait à Varagio sur le bord de la mer, il embarqua à Gênes un corps aux ordres de M. de Roquépine, brigadier, et de M. de Monti, colonel de Royal-Italien, pour envelopper Varagio du côté de Savone, et prescrivit à M. de Carcado, à Voltri, de marcher sur ce poste en suivant la route du littoral.
Bresse, 1 ; Royal-Comlois, 1 ; Brie, 1 ; Mailly, 1 ; Tournaisis, \, arrivé le 11 avril ; Aunis, 2 ; Bourgogne, 2 ; Flandre, 1 , et Des Cars, 1 , arrivés le 27 mai.
Le 5 janvier, au point du jour, les deux colonnes parurent à la fois sous les murs de Varagio. M. de Carcado, ayant attaqué le premier, attira de son côté toute l'attention des ennemis, qui le reçurent d'abord vigoureusement; mais à la vue de leur retraite coupée par M. de Roquépine, qui, heureusement débarqué, les attaquait à son tour du côté de Savone, leur feu se ralentit et ils demandèrent bientôt à capituler. M. de Roqueserrières, capitaine au régiment de Gensac^ déjà parvenu au pied des murailles, commençait à attaquer à coups de hache la porte de la ville. Il parlemente à travers cette porte avec M. de Saint-Orjen, commandant du détachement piémontais, et celui-ci ne tarda pas à se constituer prisonnier de guerre avec toute sa garnison. Le but de Texpédilion atteint^ M. de Roquépine démantela le poste de Varagio et revint ensuite à Gênes avec ses prisonniers, sans que la garnison de Savone, pourtant composée de'4 B., eût contrarié l'attaque ou gêné la retraite. Après cette affaire, dont le chevalier d'Artignosc porta la nouvelle au roi, le duc de Richelieu s'occupa de l'échange de 409 prisonniers. On lui rendit à leur place, le 25 janvier, un pareil nombre de soldats français destiné aussitôt à un 2'^ B. du régiment de Brie. Il reçut aussi à la même époque le régiment de Bigorre et celui de Quercy, embarqués à Monaco avant le reste des renforts destinés à Gênes. MM. de Maupeou et de Laumont amenèrent également des recrues à ces divers B. Notre corps expéditionnaire se trouva ainsi renforcé à la fin de janvier. M. de Mirepoix veillait toujours avec ses 30 B. à la sécurité du comté de Nice, et continuait à tenir tête sur la Roya à M. de Leutrum, qui disposait de troupes à peu près égales aux siennes, mais était appuyé en arrière par 10 autres B. échelonnés de San-Rémo à Savone et soutenu à sa droite par 10,000 hommes de milice que le roi de Sardaigne venait de lever dans ses États. Presque tous les jours, des rencontres avaient lieu entre ses avant-postes et les nôtres; nos compagnies franches s'y distinguaient à l'envi, surtout celles de MM. de Bussy, d'Anfrenet, de Colonne et de Béringuier.
Pendant que les troupes de M. de Mirepoix et de M. de Leutrum se faisaient ainsi une guerre d'escarmouches incessantes, le duc de RicheUeu gardait, du côté de Gênes, une attitude expectante dont il ne s'était plus départi depuis l'affaire de Varagio. Aux premiers jours de février, dans une nouvelle tournée du côté de la
Spezzia, il avait retiré 2 B. et les ramenait à Sestri du Levant, de manière à porter à 5 B. les forces françaises réunies sur ce point, et les remplaçant dans les places, forts et châteaux par des détachements tirés de Gênes (1).
De leur côté, les Espagnols et les Génois, dans cette région, occupaient le fort Sainte-Marie, les tours de Peschino et de Scola, et le château Porto- Venere. Bien que tous ces postes, déjà nombreux, fussent de nature à opposer à l'ennemi une certaine résistance, le duc de Richelieu crut encore nécessaire, pour ajouter à sa sécurité, d'occuper le château de Massa, de manière à retarder davantage, le cas échéant, la marche d'une armée en la forçant à entreprendre un siège de plus. Comme ce château appartenait à un prince qui n'avait point pris parti dans la guerre, il n'employa pas la force pour s'en rendre maître. Sous prétexte d'assister à un divertissement donné dans les environs, une forte colonne l'accompagna en guise d'escorte, et, arrivé à proximité de ce château, dont les défenseurs s'attendaient si peu à un coup de main que leurs canons n'avaient été chargés que pour tirer des salves en son honneur, il y fit entrer ses troupes, désarma les soldats du duc de Massa, s'empara de l'artillerie et, y laissant une garnison, revint à la Spezzia, d'où il expédia aussitôt les renforts nécessaires à l'occupation de la nouvelle forteresse.
M. de Richelieu retournait à Gênes, lorsque, prenant une résolution subite, M. de Nadasti vint fondre sur notre poste de Vollri, gardé par M. de Monti avec 4 B., dont 3 de Royal-Bavière et 1 de Royal-Comtois.
Après avoir tiré de ses opérations de Novi, de Voltaggio et d'Ovada un corps d'élite, et l'avoir rassemblé à Campo-Freddo, le général autrichien s'était avancé, dans la nuit du 17 au 18 février, sur trois colonnes. L'une, formant sa droite, commandée par le comte de Sore, se portait par Masone sur le poste retranché des Capucins en avant de Voltri; une seconde, celle du centre, conduite par le général d'Andlau et avec laquelle marchait M. de Nadasti, se dirigeait droit sur le poste et l'oratoire de Melle, et la troisième, celle de gauche, aux ordres du général Pétarzi, débouchait sur les crêtes
(1) 1 à Sarzana et à SarzaricUa, 2 au château et à la tour de la Spezzia, 3 à Lerici et au fort Sainte-Tliérèse, 5 à Levano, 5 au château de Lavenza.
du Negroni. Comme le mouvement de concentration des Austro- Piémontais, aussi bien que leur marche sur Voltri, avait été exécuté en un jour, quelques rapports suffirent à M. de Monti pour le mettre sur ses gardes. Ses troupes étaient donc à leurs postes de combat lorsque, le 18 février, vers neuf heures du matin, les deux premières colonnes ennemies parurent en face des Capucins, oh se trouvait le régiment Royal-Bavière, et de Melle, gardé par le régiment Royal-Comtois; mais comme l'ennemi démasquait des forces bien supérieures aux siennes, il dépêcha aussitôt un courrier au duc de Richelieu sur sa situation, et avertit également M. de Garcado, alors à Peggi avec le régiment de Bresse, en le priant de le soutenir. En attendant, il se prépara à la résistance.
Le feu étant ouvert sur Melle et sur les Capucins, M. de Marianne, capitaine au régiment Royal-Comtois, qui défendait Melle, fut bientôt obligé de plier sous les efforts de la colonne du centre; ses hommes, écrasés par l'artillerie ennemie et débordés de tous côtés, reculèrent et, sans rompre leurs rangs, reprirent pied au village de Giimaldi, où, encore furieusement assaillis, ils durent enfin se renfermer dans le faubourg de Voltri. Le général Nadasti s'établit en force à Melle, et, tout en continuant à tirailler avec nos troupes et à pousser des détachements le long de la rivière de l'Aqua-Santa, attendit poqr reprendre son attaque que sa colonne de droite eût emporté les Capucins.
Celle-ci n'avait pu encore y parvenir. M. de Monti, connaissant toute l'importance de ce poste, s'était porté lui-même à sa défense et, inspirant à tous ses soldats l'ardeur qui l'animait, avait réussi à déjouer de ce côté toutes les tentatives du comte de la Sore. Voyant ses troupes épuisées par une résistance opiniâtre, il avait fait avancer 1 compagnie de grenadiers de Royal-Bavière, aux ordres de M. d'Aneilhon, qui rétablit le combat à notre avantage en chargeant plusieurs fois les assaillants à la baïonnette. Ensuite, appelant à lui tout le régiment de Bresse accouru précipitamment de Peggi avec M. de Carcado, et désormais à la tête de forces suffisantes, il brava tous les efforts des ennemis sur ce point. La colonne du général Pétarzi, qui formait l'attaque de gauche, en raison des chemins à suivre, parut plus lard que les autres. Néanmoins, ayant couronné le Negroni et occupé successivement et sans résistance le Colletto et les hauteurs de l'Amandola, elle se trouvait
alors sur la pointe de ces hauteurs dans une position qui, dominant les bords de la mer et commandant la route de Gênes à Yoltri, semblait nous ôter toute espérance de secours.
Cependant le duc de Richelieu, qui recevait à midi l'envoyé de M. de Monti, lui annonçant l'attaque de Voltri, s'était porté en avant avec ses troupes. Il avait d'abord envoyé à Voltri M. de Chauvehn, maréchal de camp, et M. de Roquépine, brigadier, tous deux officiers d'une capacité reconnue, prendre le commandement de 5 B. de MM. de Monti et de Carcado; puis, faisant battre la générale à Gênes, il rassemblait à la hâte 9 B,, dont 8 français et 1 espagnol, et prenait avec eux la route de Sestri.
M. de Ghauvelin, arrivé vers trois heures à Voltri, se rendit d'abord au poste des Capucins; s'apercevant que le feu de l'ennemi faiblissait sur ce point et que, selon toute présomption, l'attaque allait être abandonnée de ce côté, il en retira le régiment de Bresse et lui prescrivit d'occuper le village de Palmera entre Voltri et Peggi, afin d'être prêt à donner la main aux troupes de M. de Richelieu lorsqu'elles se présenteraient. Ayant reconnu également que la colonne du général Pétarzi se formait en bataille sur les hauteurs de TAmandola, face à Voltri, et qu'elle semblait vouloir à son tour prononcer une attaque vigoureuse sur la rivière de l'Aqua- Santa, il occupe le palais Durazza, qui dominait la rive gauche de cette rivière, place des grenadiers derrière des ouvrages palissades qui en barraient le lit et garnit de troupes toute une ligne du palais qui bordaient la rive droite jusqu'à la mer. Ces dispositions achevées à la nuit, et le feu de l'ennemi perdant de sa violence, on se prépara pour le lendemain.
Le duc de Richelieu arriva à Peggi avec le plus fort de ses troupes, tandis que le reste, disposé en échelons successifs, occupait les montagnes à sa droite. Son arrivée inattendue à Peggi força le général Pétarzi à se replier sur Melle, oii le général Nadasti, bientôt alarmé sur sa ligne de retraite par suite des mouvements de nos détachements échelonnés qui dessinaient un mouvement tournant sur l'Amandola, le Colello et le Negroni, ne tarda pas à se dérober lui-même. Il ressembla dans la nuit toutes ses colonnes et, le 19, deux heures avant le jour, décampa furtivement de Melle par la route de Masone. L'obscurité empêcha de le poursuivre; il eût été imprudent de lancer sur lui pendant la nuit des troupes
réglées qui eussent pu être détruites dans les défilés où il fallait s'engager, d'autant que l'on ignorait encore si ses forces n'étaient pas supérieures aux nôtres : le duc de Richelieu se contenta donc de le harceler avec ses compagnies franches et ne porta en avant ses B. constitués qu'à la pointe du jour. Mais déjà l'ennemi repassait les montagnes.
M. de Nadasti, arrivé le même jour à Campo-Freddo, sépara tout de suite les troupes d'élite réunies pour son expédition et les renvoya dans leurs quartiers. De son propre aveu, il avait perdu 500 hommes , en outre de nombreux déserteurs arrivés à notre camp ; tandis que, dans la lutte de huit heures que nous avions soutenue pour défendre Voltri, nous n'avions perdu de notre côté que 7 officiers et J20 soldats.
M. de Monti, sur qui, jusqu'à trois heures de l'après-midi, porta tout le poids du commandement, reçut les félicitations du duc de Richelieu. MM. de Magnac, major de Royal-Comtois, de Finnat, capitaine de grenadiers au même régiment, de Stockart et d'Aneilhon, capitaines de grenadiers au régiment de Royal-Bavière, furent cités pour leur belle conduite, et M. de Ghabrillan, qui s'était également distingué dans l'affaire, fut chargé de porter à Versailles la double nouvelle du coup de main tenté par M. de Nadasti et de son échec.
Quelques jours après, le duc de Richelieu rentre à Gênes avec ses 9B. M. de Monti reste à Voltri avec ses 4 B., et M. de Garcado reprend position à Peggi avec le régiment de Bresse.
Pendant ce temps, M. de Lannion, toujours préoccupé d'une invasion des Autrichiens par le duché de Parme, continuait ses préparatifs de défense vers laSpezziaetsur la Vara. Nos craintes de ce côté n'étaient pas chimériques: Marie-Thérèse jetait sur la Vara 30,000 hommes, insensiblement massés dans la vallée du Taro, et déjà M. de Braun arrivait de Milan à Parme.
Le courage de nos troupes restait toujours à la hauteur du péril; enfin, un important convoi amenait des renforts préparés par M. de Mirepoix. Parti de Monaco, ce convoi (1) débarqua dans les derniers jours de février à Gênes. Il comprenait 6 B. et
(1) Le second B. de Royal -Comtois, le reste du ré?;inient de Quercy, les régiments de Périgord, Vivarais, Provence et la Tour d'Auvergne.
des Espagnols. Les troupes du duc de Richelieu s'élevaient ainsi à 32 B., dont 24 français; et, sans compter 4 B. espagnols désignés par la cour de Madrid pour rejoindre prochainement, M. de Richelieu conserva sous sa main les renforts qui lui arrivaient et les établit entre Gênes et Vol tri (1).
Les troupes génoises furent chargées de la garde de l'enceinte de la capitale et de quelques postes extérieurs seulement. De cette manière, M. de Richelieu, tout en maintenant ses troupes dans d'excellents cantonnements, se trouvait à même, grâce aux 15 B. sous Gênes, d'agir du côté de Voltri avec 25 B., ou, s'il était menacé du côté du Levant, d'en opposer 22 à l'ennemi. Le -4 mars, de nombreux avis lui annonçaient comme imminente la marche de M. de Braun : son armée s'avançait en trois colonnes; l'une devait marcher sur Sarzana, la seconde sur la Spezzia et la troisième sur Sestri du Levant, tandis qu'une quatrième colonne tirée du corps de M. de Nadasti se jetterait sur Voltri pour faire une diversion. Il ne s'en émut pas et se garda bien de donner à ses troupes des ordres de mouvements prématurés et inutiles; de nouveaux rapports lui apprirent en effet que l'armée autrichienne ne bougeait pas encore. La cour de Vienne, dans son impatience, avait bien prescrit au général Braun de prononcer son attaque; celui-ci, plus circonspect, ajournait l'exécution des ordres donnés et dépêchait à sa souveraine un courrier pour lui représenter le danger d'un mouvement dans cette saison de l'année, ses troupes devant franchir, en présence d'une armée dont le moral était excellent, des montagnes au delà desquelles on les exposerait, comme l'avait prouvé la funeste expérience de l'expédition en Provence.
Vers le 20 mars, le duc de Richelieu reçut encore un fort détachement de milices destinées à être versées dans nos B.. Il conçut à son tour le projet de reprendre l'offensive à l'occident, et d'emporter la place même de Savone, défendue par les Piémontais avec 4 B. En visitant ses postes sur la Vara, il avait passé à Varèse et, à la vue des neiges couvrant toujours les passages des montagnes,
(1) Position des troupes, y compris celles de M. d'Ahumada •• à Saint -Pierre d'Arène et Coronata, 9 B. français, 1 E. espagnol au\ ordres de M. de Richelieu ; au faubourg de Besagno, 5 B. espagnols; à Sestri, Peggi et Voltri, 10 B. français aux ordres de M. de Cliauvelin ; à Sestri du Levant, Lavenza, Moneglia, 5 B. Irançais sous M. de Lannion: à Chiavari et Rapallo, 2 B. espagnols.
il jugea le moment favorable à ses projets. Sa résolution arrêtée, il prolonge son séjour sur la côte orientale pour ne pas donner l'éveil, répand le bruit qu'il y attend d'un jour à l'autre l'ennemi, et prépare ostensiblement à Gênes et à Voltri, comme si elles allaient être appelées; par lui à la défense des lignes de la Vara, toutes les troupes destinées en secret à l'expédition sur Savone.
M. de Chauvelin, seul dans la confidence, exécutait ses ordres. Le 23, toutes les dispositions achevées. Français et Espagnols, réunis à Gênes sous M. le duc d'Agénois, n'attendaient plus que le signal d'embarquement; un autre corps de troupes s'assemblait à Voltri, tout prêt à marcher. Le duc de Richelieu revint alors en toute hâte à Gênes et, à peine arrivé, donna à ses soldats étonnés, et croyant eux-mêmes partir pour la côte orientale , l'ordre de marcher sur Savone. Le duc d'Agénois s'embarqua sur-le-champ. Il devait arriver de nuit, mettre pied sur la côte à une portée de canon seulement de Savone, et se jeter immédiatement sur la place, qui, n'ayant point de chemin couvert et entourée d'une muraille assez faible, devait tomber facilement en son pouvoir, si les défenseurs n'étaient pas sur leurs gardes. Le convoi avec ses troupes, mal dirigé, n'aborda sur la plage ni à l'heure ni à l'endroit convenus. Le débarquement se fit trop loin de Savone et l'obscurité de la nuit déjà dissipée, de sorte que l'ennemi nous aperçut, prit les armes et garnit aussitôt les remparts. Il n'était plus possible de le surprendre; il fallait à présent un coup de force pour entrer dans la ville. Le duc d'Agénois, prenant son parti de ce contretemps, et ne désespérant pas de l'emploi de ce dernier moyen, n'en continue pas moins à faire avancer sa colonne; il attaque avec vigueur et emporte le poste avancé des Capucins. Étendant ensuite ses troupes sur sa gauche, il investit toute la portion sud de l'enceinte, depuis la mer jusqu'à hauteur de Labagnola, tandis qu'un de ses détachements, couvrant ses derrières du côté de Vado, déterminait, par une apparence de menace, les marins anglais qui occupaient ce port à se rembarquer précipitamment sur leurs vaisseaux.
Pendant ce temps, la colonne réunie à Voltri s'avançait sur Savone par la route du littoral. Le duc de Richelieu marchait avec elle, laissant derrière lui M. d'Ahuniada, avec 11 R. postés entre Gênes et Voltri, pour assurer ses communications et contenir les
Autrichiens à Voltaggio et à Campo-Freddo par deux démonstrations dirigées sur la Bocchelta et sur Cabane.
M. de Richelieu, précédé par l'avant-garde de M. de Carcado, emporta d'abord le château de Celle, puis le château d'Abissola et le poste de Stella, dont les garnisons ne tinrent pas et se retirèrent en désordre sur Savone. Le duc de Richelieu, qui suivait M. de Carcado, trouvant ainsi la route ouverte, poussa jusqu'en vue des remparts derrière lesquels les Piémontais avaient cherché un refuge. L'arrivée de ses troupes, qui par Labagnola donnaient la main à celles de M. d'Agénois, avait complété l'investissement de Savone; mais il reconnut l'impossibilité de s'emparer de cette place sans canon, et donna l'ordre de Ja retraite dès le 26 au soir.
Sa colonne regagna Voltri ; celle de M. d'Agénois la suivit et vint camper, le 27, à Varaggio sans avoir été inquiétée; de là elle poursuivit sa route sur Gênes, où M. de Richelieu arriva de sa personne le 29. Il sépara alors ses troupes, qui reprirent les emplacements occupés avant cette expédition infructueuse.
Une tranquillité complète régnait alors dans nos quartiers du comté de Nice. Les affaires d'avant-postes, marquées dans le commencement de l'année, avaient presque complètement cessé. L'ennemi se tenait dans les lignes derrière la Roya, plus préoccupé de faire des recrues, pour compléter prochainement ses effectifs, que de tenter de stériles coups de main.
Tout en continuant à prendre leurs dispositions en vue de la continuation de la guerre, les puissances belligérantes songeaient alors à la paix. Un congrès assemblé à Aix-la-Chapelle posait les bases d'une paix sur lesquelles elle devait être conclue. Comme TAutriche et le Piémont n'adhéraient point encore aux préliminaires, la guerre avec ces deux puissances suivait son cours. La France continua donc ses préparatifs du côté des Alpes. Ce fut dans le commencement d'avril que le roi régla la constitution de son armée d'Italie, comme l'année précédente, mise sous les ordres de M. le maréchal de Belle-Isle. M. de Montaigne devait remplir les fonctions de maréchal général des logis de l'armée, M. de la Tour (1) celles de major général de l'infanterie, M. de Foucquet celles de maréchal
(1) De la Tour (Louis-René Sandrier), né en 1673; cornette dans Asfeld-dragons le 21 février 1693 ; maréchal de camp le f' mars 1738 ; mort le 17 octobre 1758.
général des logis de la cavalerie. La France fournissait 117 B. et 69 E., outre 8 compagnies de troupes légères. Parmi ces 117 B. était compris le corps de Gênes aux ordres de M. de Richelieu, porté par l'envoi de nouveaux renforts à 32 B. L'Espagne devait fournir un contingent moitié du nôtre, soit 58 B. et 35 E., en y comprenant ses troupes de Gênes qu'elle devait augmenter jusqu'à l'effectif de 16 B. Ainsi l'ensemble de l'armée formerait, au lieu de 130 B. et 140 E., un total de 175 B. et 104 E., dont 127 B. (85 français et 42 espagnols), avec toute la cavalerie, sur les Alpes et dans le comté de Nice, et 48 B. (32 français et 16 espagnols) sur le territoire de Gênes.
Les forces des ennemis, outre leur cavalerie, égalaient à peu près les nôtres; elles étaient de 155 B. seulement, dont 98 autrichiens et 57 piémontais. 17 B. autrichiens étaient affectés aux places de la Lombardie et 16 B. piémontais laissés à la garde des forteresses du roi de Sardaigne. Les troupes en ligne ne s'élevaient donc, en réalité, qu'à 121 B. (1).
M. de Richelieu n'avait encore au commencement d'avril que 32 B. (24 français et 8 espagnols) ; il ne tarda pas à voir en augmenter le nombre et surtout l'effectif. Il reçut : vers le 10 avril, un convoi de recrues, le régiment espagnol d'Ottoria (2 B.), plus 2 compagnies toutes constituées, destinées à augmenter le corps des volontaires de Belloy; le 18, le régiment français deTournaisis (1 B.), 3 détachements de milices; vers le 21, de nouveaux détachements de milices ; vers le 30, un second convoi de recrues.
Il disposait ainsi à la fin du mois de 35 B. aussi complets que possible, par suite du versement dans leurs rangs des recrues dès leur arrivée de France. Il ne redoutait donc pas l'attaque de M. de Braun. Il s'était même cru assez fort pour en distraire quelques [détachements destinés à la Corse, afin d'y soutenir les intérêts de la république toujours fort compromis par l'insurrection. Les révoltés recevaient des secours de nos ennemis; 1 B. autrichien et 1 B. piémontais venaient d'être envoyés dans l'île et de débarquer à Saint-Florent; le pays entier était soulevé, etle gouvernement de la république n'était plus reconnu que dans les principales places de la côte, Bastia, Calvi, Ajaccio, Bonifacio. Le siège
(1) 60 en face de notre armée de Nioe, entre la Roya et Savoae, 21 sur les Alpes , et 40 destinés à agir contre le corps de Gènes.
régulier de Bastia venait môme d'être résolu, et l'artillerie débarquée à Saint-Florent était destinée à battre les murailles de cette ville, dont les habitants, quoique décidés à se défendre jusqu'à la dernière extrémité, ne pouvaient pas être sans danger abandonnés à leurs seules forces. M. de Richelieu l'avait compris et s'était hâté, à la réception de ces nouvelles, d'expédier des secours à Bastia. Le convoi portant ces troupes, après une relâche forcée à Porto-Venere, débarqua heureusement dans l'île, vers le dO avril, et se jeta aussitôt dans la place menacée, mais non encore investie (1).
L'armée de M. de Belle-Isle se rassemblait alors à l'abri du cordon formé sur la Roya par M. de Mirepoix. Celui-ci, aux approches de la nouvelle campagne, redoubla de vigilance et d'activité. Ses compagnies franches recommencèrent à harceler l'ennemi. M. de Bussy, à la tête de ses volontaires, tomba sur Fauqueto et surprit le détachement de ce poste; quelques jours après, il renouvelait son expédition entre Fauqueto et Airoles. Les chasseurs de MM. de Colonne et de Béringuier firent, de leur côté, et coup sur coup, en quatre jours trois attaques successives sur ce dernier point. La première fois, ils en chassèrent les Piémontais, qu'ils obligèrent à s'enfuir en abandonnant leurs armes et leurs havresacs ; la deuxième, ils leur tuèrent du monde et repoussèrent le reste jusqu'au delà d'Airoles; la troisième, ils s'emparèrent enfin du détachement tout entier.
Du côlé de Gênes, quelques escarmouches avaient également eu lieu. Vers le 10 avril, un de nos détachements, posté sur les montagnes en avant de Sestri du Levant, attaquait près de Compiano un parti autrichien et le poussait jusque sous les murs de cette petite ville, où son approche avait répandu soudainement l'alarme ; il s'était ensuite retiré. Le 48 avril, un autre détachement, aux ordres de M. du Garruci, lieutenant-colonel, envoyé dans la direction de Campo-Freddo pour protéger une reconnaissance faite par M. de Conflans, brigadier ingénieur, qui avait ordre de lever le plan des nouveaux ouvrages construits autour de la place, avait rencontré sur sa route des croates ; il les dispersa. Un troisième engagement enfin eut lieu autour du poste de Stella vers Savone.
(1) Voir le sixième volume des Guerres sous Louis XV, conquête de la Corse.
Le 22 avril, la nouvelle se répandit à Gênes de l'attaque des Autrichiens sur les frontières de Parme et de l'ordre de Marie-Thérèse, apporté par le général Colloredo, venant de Vienne, au général de Braun, de tenter cette entreprise depuis si longtemps ajournée; que -48 B., au lieu de 40, chiffre primitivement fixé, s'assemblaient dans le duché de Parme; que 14 B. avec 3,000 croates s'étaient déjà avancés sur Borgotaro, et que M. de Nadasti, de son côté, massait 14 B. autour de Voltaggio. On apprit aussi à Nice que 15 B. piémontais franchissaient le col de Tende et descendaient la Roya pour renforcer les troupes de M. de Leutrum.
Au commencement de mai, MM. de Richelieu et de Mirepoix prirent donc leurs dernières dispositions de manière à tenir tête à l'ennemi. M. de Mirepoix, dont les troupes étaient déjà à leurs postes de combat, se contenta de renforcer ses avant-postes ; néanmoins il quitta Nice de sa personne et vint se mettre lui-même à la tête de ses 30 B. Quant à M. de Richelieu, encore à Gênes, il maintenait ses soldats dans d'excellents cantonnements, jusqu'au moment de garnir enfin la côte orientale et assigner de nouveaux emplacements. 13 B. français prirent position en avant de Sestri du Levant, et se cantonnèrent dans les environs; en attendant, 6 autres B. français, aux ordres de M. de Lannion, s'établirent en avant, couverts par des détachements échelonnés jusqu'à San-Piétro di Vara. 7 B. espagnols, avec M. d'Ahumada, se portèrent sur Chiavari où ils campèrent, ayant en avant d'eux, vers les montagnes de Borzonasco, un corps de volontaires et des paysans armés, formant la gauche de notre première ligne et destinés à protéger les débouchés de Varèse et à tomber sur les derrières de l'ennemi, s'il franchissait la Vara.
M. de Braun trouvait ainsi devant lui 26 de nos B. ; les 9 autres (6 français et 3 espagnols) restaient à Gênes sous de M. de Chauvelin, à qui M. de Richelieu, en transportant son quartier général à Sestri du Levant, remettait entièrement la responsabilité de la défense des frontières depuis la Scafera jusqu'à Savone. Outre ces 9 B., dont un détachement posté à Voltri sous M. de Stockart, M. de Ghauvelin avait encore sous ses ordres les volontaires de Belloy et plus de 3,000 paysans armés, répartis dans la vallée de Fontana-Bona, dans celle de Polceverra et aux environs de Voltri, qu'il pouvait ainsi opposer à M. de Nadasti.
Cependant les pourparlers à Aix-la-Chapelle avaient produit un résultat, et l'on savait des signatures déjà apposées sur les préliminaires de paix. La situation ouvrait une phase nouvelle dont l'effet jetait dans l'esprit des généraux placés à la tête de nos troupes une certaine incertitude sur la ligne de conduite à adopter. M. d'Argenson en conséquence adresse, le 6 mai, à MM. de Belle- Isle, de Richelieu et de Mirepoix des instructions détaillées pour leur faire bien connaître sa pensée, et préciser la voie dans laquelle ils s'engageraient.
Il leur donne d'abord communication des différents articles du traité, qui portait ; toutes les conquêtes pendant la guerre, tant en Europe qu'aux Indes orientales et occidentales, restituées de part et d'autre ; Dunkerque conserverait ses fortifications du côté de la terre dans l'étafoù elles se trouvaient actuellement; les duchés de Parme, Plaisance et Guastalla cédés à l'infant don Philippe, avec clause de réversion aux présents possesseurs au cas oîi ce prince monterait sur le trône des Deux-Siciles, ou mourrait sans postérité; le duc de Modène serait mis en possession de ses États, ou recevrait un dédommagement proportionné à ce qui ne pourrait lui être rendu; à la république de Gênes tout son territoire d'avant la guerre ; le roi de Sardaigne acquerrait définitivement le Vigevanesque, et la partie du Pavesan cédés provisoirement par l'Autriche, en 1743, par le traité de Worms; le roi de France promettrait ses bons offices pour liquider la créance de la cour d'Espagne sur le roi d'Angleterre en sa qualité d'électeur de Hanovre; le traité de l'Assiento pour la traite des nègres, signé à Madrid le 26mars 1713, confirmé uniquement pour les années de non-jouissance; la discussion des prétentions de l'électeur palatin sur le fief de Plestein envoyée au congrès général; l'Empereur reconnu par les puissances qui ne l'avaient pas encore fait, et l'on renouvellerait, en lui donnant encore un caractère plus solennel, la garantie de la pragmatique sanction en faveur de l'impératrice reine de Hongrie, de Bohême, et de ses descendants à perpétuité, à l'exception, cependant des cessions déjà faites par cette princesse et de celles stipulées par les articles préliminaires; le duché de Silésie et le comté de Glatz garantis au roi de Prusse par toutes les parties contractantes; les restitutions énoncées, ainsi que les cessions consenties pour l'infant don Philippe, n'auraient lieu qu'a-
presque toutes les puissances intéressées auraient accédé aux préliminaires.
M. d'Argenson, après leur avoir donné connaissance de ces articles sur lesquels reposait le traité d'Aix-la-Chapelle, faisait connaître que les puissances maritimes seules (l'Angleterre et les Pays-Bas) y avaient accédé jusqu'ici, qu'elles avaient signé les préliminaires de paix le 30 avril, que le roi d'Espagne, la reine de Hongrie et les autres puissances belligérantes avaient été invités à y adhérer également, mais n'avaient pas encore fait connaître leur décision, qu'il y avait bien alors une suspension d'armes pour les Pays-Bas seulement, et qu'en conséquence la guerre devait continuer en Italie, où nous n'avions devant nous que les soldats de l'Autriche et du Piémont. Il les mit également en garde contre une dernière surprise que nos adversaires, abandonnés de leurs alliés, pourraient bien être tentés de faire dans leur désespoir avant de se résigner, comme la nécessité en devenait évidente, à accepter aussi le traité, et les avertit qu'il ne fallait plus trop compter sur le concours des Espagnols et des Génois, bien qu'ils eussent lieu d'être satisfaits du soin que nous avions pris de leurs intérêts dans les conférences d'Aix-la-Chapelle et des clauses stipulées en leur faveur.
Il termina en leur recommandant de faire tous les préparatifs convenables pour maintenir leurs positions, de rassembler leurs troupes, de les tenir en face de l'ennemi, de les mettre à l'abri de toutes surprises, et de tout combiner dans la supposition que les Espagnols resteraient simples spectateurs de la lutte, si elle venait à s'engager. 11 leur fît sentir que la prudence exigeait dès lors que nos troupes ne fussent pas mêlées avec les leurs; qu'en conséquence, il fallait mettre nos B. en première ligne, laisser nos alliés sur les derrières, ne leur demander aucune aide, n'accepter qu'avec réserve celle qu'ils offriraient et avoir l'œil attentif sur leur conduite, et il leur prescrivit de se tenir quant à eux sur une défensive absolue, en les autorisant d'ailleurs d'accueillir toute demande de suspension d'armes, si la reine de Hongrie ou le roi de Sardaigne en prenaient l'initiative, soit conjointement, soit séparément.
Au reçu de ces instructions, le 13 mai, M. de Mirepoix leva les quartiers d'hiver et rassembla l'armée dans le comté de Nice.
Renvoyant en arrière his 10 B. espagnols sur la Roya, il les remplace par un pareil nombre de B. français , dirige 3 nouveaux régiments sur Vintimille, et renforce son camp de Sospello d'un autre régiment sur l'avis que 7 B. piémontais, ayant franchi le col de Tende, venaient de s'établir à Saorgio. Il écrivit ensuite à l'amiral Byng pour le sommer de cesser, au jour marqué par les préliminaires de paix, les hostilités dans la Méditerranée, comme cela avait eu lieu en Flandre, et, le maréchal de Belle- Isle étant arrivé de sa personne pour se mettre à la tête de l'armée, il quitta le comté de Nice à la fin du mois, prenant en Dauphiné le commandement de 22 B. rassemblés sous Briançon, Mont-Dauphin, Embrun et Tournons, et formant le corps appelé à faire sur les Alpes la diversion résolue au cas où la guerre se prolongerait.
Le maréchal, parti le 13 mai de Paris, arrivait le 29 au camp de Nice, suivi par M. de la Mina qu'il rencontra à Nîmes et avec lequel il avait eu une conférence. La concentration, grâce à M. de Mirepoix, était presque achevée. Il fît passer le Var aux derniers de ses B. et porta alors toute son armée en ligne. Il l'établit dans sept camps en face de M. de Leutrum : le 1" sur les hauteurs de Gasteldoppio, le 2" au haut du vallon de Latte, le 3" au Burget, le 4*^ à Gastelar, le o" à Sospello, le 6" à Lucerani, le 7^ sur les hauteurs de la Boulène et du Belvédère.
Le duc de Richelieu ne reçut que le 19 mai les instructions nouvelles de M. d'Argenson. Alors à son camp de Gazarza, il se rendit à Chiavari auprès de M. d'Ahumada pour l'informer de la nouvelle situation. Cette communication inattendue bouleversa le général espagnol, qui, croyant les intérêts de l'Espagne trahis, parce que la France avait conclu des arrangements personnels sans attendre l'adhésion de son alliée, et se voyant déjà sur le point d'être abandonné à ses seules forces en présence des troupes de M. de Braun, entra dans une violente colère, et se laissa aller à des récriminations si intempestives et si déplacées, contre notre gouvernement, que les magistrats génois euxmêmes, présents à l'entretien, en furent indignés. M. de Richelieu ne releva point ses observations comme certainement il l'eût fait en d'autres temps ; il ne voulut pas, alors que d'un moment à l'autre une attaque pouvait avoir lieu, envenimer des relations dont la
rupture eût affaibli ses ressources, et brisé une entente encore nécessaire. Il se contenta de dissiper ses craintes à notre égard, lui exposa que, l'Autriche et le Piémont n'ayant pas encore non plus accepté les préliminaires, nous continuerions à soutenir, comme auxiliaires de l'Espagne, la guerre sur les points où nous ne devions rencontrer en face de nous que des soldats de ces deux nations; que nous ne faillirions pas à cette tâche; que par conséquent, en ce qui concernait la défense du côté de Gênes, les arrangements conclus jusqu'ici ne modifieraient pas notre attitude jusqu'à ce que Marie-Thérèse et le roi de Sardaigne eussent accédé aux propositions de paix; il le rassura entièrement en lui faisant entrevoir que, lorsque cela arriverait, la cour d'Espagne, selon toute prévision, serait elle-même entrée dans le concert commun.
Il revint ensuite à son quartier général de Cazarzaet expédia des renforts en Corse. L'insurrection, loin d'être vaincue dans l'ile, était plus menaçante que jamais (1). Le corps autrichien et piémontais débarqué à Saint-Florent s'était porté au siège de Baslia, bloqué et bombardé du côté de la mer par les vaisseaux anglais. Heureusement nos secours arrivèrent; sur les ordres de M. de Richelieu, M. de Cursay s'embarque à Gênes, aborde heureusement dans l'île, et marche sur Bastia.
Les forces du duc de Richelieu, qui à la fin d'avril n'atteignaient encore que 33 B., s'élevaient alors à 39 B., dont 29 français et 10 espagnols. Le régiment d'Aunis (1 B.) était arrivé le dO mai; le régiment de Bourgogne (2 B.), le 27 mai, et avec des détachements de recrues et de milices nouvellement débarqués on avait ajouté un deuxième B. au régiment de Gensac devenu vacant après la mort de son colonel, tué en 1747 devant Voltaggio. Cette augmentation d'effectif avait permis de renforcer de 3 B. (2 français et 1 espagnol) nos camps de Cazarza et de Chiavari et de porter ainsi !\ 29 B., en outre des volontaires et des paysans, le total de nos forces à opposer à M. de Braun, qui, de son côté, avait sous ses ordres 51 B., 36 compagnies de grenadiers, 1,000 dragons à pied, 3 régiments de cavalerie et 2 compagnies de hussards.
Ce dernier, s'étant avancé le 28 mai jusqu'à Borgotaro avec 42 B., M. de Richelieu crut devoir encore fortifier sa gauche en portant
(1) Voir le sixième volume des Guerres sous Louis XV.
à la Scafera 4 des B. de M. de Ghaiivelin, et assurer sa droite en renforçant de 3 B. tirés de Gazarza le corps de M. de Lannion entre Velva, Gastiglione etBracco. Il fît d'ailleurs couronner toutes les crêtes en avant de son front par des détachements de troupes, des volontaires et des paysans. Il dirigea ensuite une expédition sur la vallée de la Magra, où l'ennemi avait paru et où, d'après les avis reçus , il réunissait des approvisionnements en vue de sa marche très prochaine. Il chargea dans ce but M. de Courcy, colonel de Vivarais, de tirer des hommes des garnisons de la Spezzia, Sarzana et Massa, de les joindre à des Corses enrôlés sous le drapeau de la république et de s'engager, à la tête de ce petit corps, dans la direction de Pontremoli.
Cet officier, parti de Sarzana le I^''juin, dirigea son coup de main avec le plus grand bonheur. II trouva effectivement à Villafranca et h Filetto des magasins considérables de grains, de bois, de fourrage, s'en empara sans coup férir, détruisit les fours construits par les Autrichiens, et brûla tout ce qu'il ne put emporter. Il ramena ensuite son détachement dans les garnisons du golfe de la Spezzia sans un seul homme en arrière.
Le 4, le général Braun prononça enfin son attaque. Un corps de Varasdins, formant son avant-garde, dépassa Varèse et se porta sur San-Piétro di Vara, où se trouvaient nos premières troupes. Celles-ci, composées de Génois aux ordres d'un lieutenantcolonel, plièrent au premier feu et se portèrent en arrière sur Salino, abandonnant à l'ennemi la possession de San-Piétro di Vara; mais le lieutenant-colonel du régiment d'Aunis, qui commandait le poste de Salino, recueillit les fuyards, les ramena à la charge avec ses propres troupes et força bientôt les Varasdins à évacuer le village, où ils n'avaient pas encore eu le temps de s'établir.
Le lendemain 5, le gros de l'armée autrichienne s'ébranla de tous côtés : Ho B. débouchèrent dans la vallée de la Vara, s'établirent de l'autre côté de la rivière en face de nous, la droite au-dessus de Varèse, la gauche au-dessus de San-Piétro di Vara; 7 B., remontant aux sources du Taro, parurent à la crête des montagnes au-dessus de Borzonasco, menaçant le camp de Ghiavari et la vallée de l'Entella, tandis qu'une forte colonne partie de Voltaggio, aux ordres de M. d'Andréasi, exécutait à couvert des montagnes un long mouvement de flanc pour seconder cette dernière attaque, et
que M. de Nadasty avançait avec ses troupes sur la Bocchetta et Voltri pour diviser notre attention. La journée se passa en escarmouches sur toute la ligne; les efforts de M. de Braun furent contenus du côté de Varèse par le duc d'Agénois, qui aniena 2 B. au soutien de nos postes avancés de San-Piétro di Vara, et par M. de Crussol; qui prit position à la Biche avec 1 B.; de leur côté, les compagnies franches maintinrent énergiquement leurs positions sur notre gauche, et les paysans qui occupaient la vallée de Fontana-Bona, ayant poussé des partis dans la vallée de l'Aveto de l'autre côté des montagnes, arrêtèrent pendant cinq heures un fort détachement de la colonne de M. d'Andréasi, le mirent en déroute avec perte et contraignirent ainsi la colonne elle-même à faire un long détour pour éviter le passage qu'ils défendaient si bien. Cependant ils ne purent empêcher la jonction le 6. Le général Andréasi, réunissant alors ses troupes avec 7. B. qui avaient remonté le Taro, se porta dès la nuit tombante à l'attaque des postes avancés des Espagnols au-dessus de Borzonasco et réussit à leur enlever le poste de Bocco, heureusement sansimportance. En même temps le général Braun, lançant ses troupes en trois colonnes, fit plier les avant-postes de M. de Richelieu, força celui-ci à évacuer San-Piétro di Vara, Salino et Cembrano, et s'y établit lui-même pour la nuit.
Mais dès le 7 au matin le duc d'Agénois reprit ces trois postes, oti les ennemis ne laissèrent que des ruines, y réinstalla nos avantgardes et repoussa une seconde fois M. de Braun au delà de la Vara.
Pendant que se livraient ces engagements, 2 nouveaux régiments français, ceux de Flandre et des Cars, débarquaient à Gènes. Leur arrivée complétait à 32 le nombre des B. français de M. de Richelieu, c'est-à-dire au chiffre que le cabinet de Versailles avait fixé (indépendamment d'un nouveau renfort de 5 B. dont l'envoi venait d'être décidé); les Espagnols n'avaient toujours à côté de nous que 10 B.
Dès le débarquement de ces 2 régiments, M. de Richelieu prit de nouvelles dispositions pour la défense du territoire de la république. 11 tira 3 B. de Gênes et les fit venir à Cazarza, rapprocha ensuite des montagnes le gros des 24 B. français en face de M. de Braun, prescrivit à M. de Ghauvelin de renforcer sur notre gauche son détachement de la Scafera, et donna l'ordre à M. de
Courcy de remonter la Vara avec 700 hommes prélevés sur les garnisons du golfe de la Spezzia, de se joindre à un corps de 4,000 paysans tenant la campagne de ce côte, et de manœuvrer sur la gauche de l'ennemi de manière à l'inquiéter et à empêcher ses progrès (1).
M. de Braun n'avait pas bougé pendant nos mouvements; mais, le 9 juin, à peine étaient-ils achevés qu'il prononça une nouvelle attaque, La fusillade reprit sur toute la ligne et un nombreux corps de Varasdins, formant l'avant- garde de M. d'Andréasi, réussit à percer la chaîne de nos postes. Il s'avança sur les montagnes de Gassagna, cherchant à se jeter entre notre gauche et la droite des Espagnols.
Alors M. de Richelieu fît marcher aussitôt de ce côté A de ses B. Il se préparait, le lendemain 10, à tomber avec ses troupes sur les Varasdins que M. d'Ahumada devait assaillir de son côté, lorsqu'il reçut une lettre de M. d'Argenson lui annonçant que la cour de Vienne avait accédé aux préliminaires de paix le 23 mai et celle de Turin le 31, et que la fin des hostilités en Italie avait été convenue pour le milieu de juin. Il envoya aussitôt par un tambour copie de l'acte d'accession de la reine de Hongrie à M. de Braun, et, en raison du peu de temps à courir jusqu'à la date fixée pour la cessation des hostilités, il fît parvenir en même temps à cet offîcier général une lettre de sa main, le priant d'examiner s'il ne jugerait pas à propos d'avancer celte date pour épargner une effusion de sang désormais inutile, et de conclure dès à présent un armistice, bien convaincu qu'une lutte nouvelle ne pourrait d'ici à quelques jours rien modifier à son avantage.
M. de Braun lui répondit, le lendemain 11, qu'il était tout dis-
(1) Le 8 juin nos troupes occupaient les positions suivantes :
Corps (le M. de Richelieu : 24 B. français (4 à Cazarza, 2 à San-Bartoloméo, 2 à la droite de Tassani, 2 à Barzone, 4 au-dessus de Castiglione, 4 à Bracco, 3 au col de Lollo, 2 au col de San-Doniinio, 1 à la Biche) ; 8 B. espagnols sous M. d'Ahumada à Chiavari; 8,000 paysans (4,000 sur le cours inférieur de la Vara, avec 700 hommes aux ordres de M. de Courcy, et 4 000 sur les crêtes de Borzonasco, entre Varese et l'Avelo, avec les compagnies franches et les volontaires). Il y avait de plus, sous M. de la Brosse, un millier d'iiommes à Massa, Sarzano, la Spezzia.
Corps de M. de Chauvelin : 8 B. français (4 àja Scafera, 2 à Toriglia, 2 à Saint- Pierre d'Arène) ; 2 B. espaj^nols au faubourg de Bisagno; 2 B. génois dans l'enceinte de Gênes ; 4,000 paysans répartis en trois groupes dans les vallées de Fontana-Bona , de Polceverra et de Ceruso.
posé à le suivre dans la tentative pacifique dont il prenait l'initiative, et lui proposa d'envoyer entre les deux camps un officier général de chacune des armées pour régler l'armistice, l'assurant que, de son côté, il s'abstiendrait pendant ces négociations de tout acte d'hostilité. La proposition acceptée, M. de Crussol, maréchal de camp, fut désigné pour s'entendre avec le comte de Harsch, délégué par M. de Braun, et se rendit à cet effet à San-Piétro di Vara. M. de Richelieu fit aussitôt contremander l'attaque ordonnée contre les Varasdins de M. d'Andréasi, et les négociations s'ouvrirent. A peine entamées, on vit de tous côtés les troupes autrichiennes déboucher de leurs camps et fondre sur nos avant-postes. M. de Braun manquait à sa parole; moins soucieux de son honneur militaire que du désir de vaincre à tout prix, il n'avait vu dans la proposition de M. de Richelieu qu'une occasion de le surprendre, de prendre pied de l'autre côté des montagnes et de conquérir ainsi le plus de terrain possible pour l'époque oîi la suspension d'armes devrait forcément être observée, et il n'avait pas hésité à la saisir. Heureusement cette tentative, où sombrait sa loyauté de gentilhomme, fut déjouée. M. d'Andréasi, à sa droite, attaqua les Espagnols, commandés par le marquis de Noya; mais celui-ci, aidé des 4 B. avancés la veille sur l'ordre de M. de Richelieu, le contint audessus de Borzonasco, le battit et le rejeta en désordre dans les montagnes. En vain M. de Braun accourut au secours de son lieutenant; il fut lui-même obligé de se retirer, laissant sur le champ de bataille des morts et des prisonniers.
Une autre attaque sur notre droite ne réussit pas mieux. M. de Clérici réussit à franchir la Vara au-dessous de San-Piétro di Vara et replia un instant nos avant-postes, quand il fut bientôt arrêté à Corodano, complètement battu et contraint de repasser la rivière à Moglio, après avoir éprouvé des pertes considérables.
Le général Nadasty, de son côté, leva son camp de Voltaggio et s'avança en bataille sur la Bocchetta, tandis que 10 B. autrichiens, renvoyés du camp de M. de Leutrum sur les derrières, se portaient en avant de Savone. Mais il trouva M. de Chauvelin sur ses gardes; celui-ci fait partout face au danger, renforce son poste de Vollri, directement menacé, y jette toutes ses compagnies franches, y arrête par sa fière contenance la marche de la colonne venue de Savone. Du côté des montagnes, ses dispositions habiles et opportunes
déjouent tous les projets de l'ennemi. Ses troupes, solidement établies à Boursonelta et sur les hauteurs de Carpanadigo, ne purent être entamées, et M. de Nadasty fut réduit à se replier sur Vollaggio, ramenant à lui les débris de son avant-garde.
Cette affaire du 12 juin, qui coûtait au général Braun près d'un millier d'hommes, le força de renoncer à tous les efforts qu'il pourrait tenter encore pour gagner sur nous du terrain. Il se résigna donc à reprendre les négociations de la suspension d'armes, et les pourparlers recommencèrent dès le lendemain, \3 juin. Le 14 au soir, bien que les Autrichiens eussent apporté dans la discussion de l'armistice des difficultés et des tracasseries sans nombre, l'accord eut lieu et les signatures furent échangées à San- Piétro di Vara.
Le 15 juin à midi, la suspension d'armes est publiée dans les deux camps. Il restait à régler les limites des deux arm.ées; cette question, traitée par correspondance, absorba encore deux jours; le duc de Richelieu eût voulu, comme cela s'était fait en Flandre, que les avant-postes fussent séparés les uns des autres par un territoire neutre de dix lieues; mais M. de Braun n'ayant pas adopté cet avis, on convint que les limites seraient tracées par le lit de la Vara, depuis sa source jusqu'à son embouchure, les choses devant rester jusqu'à nouvel ordre dans le statu quo du côté de Bocchetta et de Voltri, où avec les Autrichiens se trouvaient des troupes du roi de Sardaigne.
Dès le lendemain de cette convention, le 18 juin, le duc de Richelieu, ne laissant sur la Vara qu'une ligne de postes avancés, moins pour être à même d'en défendre le passage que pour former un simple cordon de surveillance, replia ses troupes dans leurs cantonnements autour de Gênes; il laissa toutefois 3 B. à Sestri du Levant, 3 à Lavagna et -4 à Chiavari. Les Espagnols, qui n'étaient pas compris dans la suspension d'armes, furent ramenés pour la plupart à Gênes, afm de ne donner aux Autrichiens aucun prétexte de violer la frontière; quelques-uns seulement furent laissés à Rapallo.
Les hostilités ne tardèrent pas non plus à prendre fin à l'ouest de Gênes entre nos troupes et celles du roi de Sardaigne, qui occupaient Savone et Sassello. Le 20 juin à midi, l'armistice fut conclu et publié des deux côtés et la limite des armées tracée par la rivière
de Varagio, le mont Fajab, le Denté, Montecalvo, Rottofredo et la Bocchetta (1).
Déjà la guerre avait cessé dans le comté de Nice. Le maréchal de Belle-Isle, au moment où il se disposait à se porter avec sa gauche à l'attaque des positions occupées par les Piémontaisau col de Uans, avait reçu, le 10 juin, de M. d'Argenson, en même temps que M. de Richelieu, l'avis de l'accession de l'Aulriche et de la Sardaigne aux préliminaires de paix; mais il n'avait pas eu, comme celui-ci, besoin de prendre l'initiative de l'armistice à conclure. M. de Leutrum, prévenu, le priait de renoncer à son attaque et lui avait offert d'entrer tout de suite en négociations. Avec cet adversaire loyal, l'accord s'était vite fait, et le 12 juin la suspension d'armes restait conclue dans le comté de Nice.
Les limites des armées en présence de ce côté sont réglées le 20 : il fut convenu que les Piémontais garderaient la rive gauche de la Roya et continueraient d'occuper avec leurs postes le col de Rans, tandis que les Français conserveraient la possession de la rive droite de la Roya, Sospello, le Moulinet, Lucerani, la Boulène et le Belvédère.
M. de Mirepoix, commandant notre armée du Dauphiné, signa la suspension d'armes le 22 juin : la crête des Alpes marqua de ce côté la ligne de séparation des belligérants , comme elle devenait aussi la frontière définitive du Piémont. Le roi de Sardaigne (2), pendant toute la durée de la guerre, n'avait pas été sans inquiétude sur les intentions de la France à l'égard des quatre vallées cédées par Louis XIV en 1713, vallées dont la possession
(1) Plus lard, dans une réunion du grand conseil le 17 octobre, la république, voulant reconnaître les services signalés des officiers généraux des deux couronnes, décréta ([ue le duc de Richelieu et le duc de Fronsac son fils, le duc d'Aiguillon, le duc d'Agénois et don Ahuniada, seraient inscrits au livre d'or de la noI)lesse, avec permission de joindre à leurs armes celles de la république, comme il avait été décilié à l'égard du duc de Boufflers. Le duc de Richelieu parti pour Versailles le y novembre, le grand conseil décida ([u'il lui serait érigé une statue en marbre, comme souvenir de la reconnaissance publique.
(2) Les "Vaudois, payés par le duc de Savoie, continuèrent de faire la guerre jus- <iu'au traité d'Utrecht, ([ui couronna sa politique. Victor-Amédée avait toujours rêvé de placer une sentinelle sur le mont Genèvre, et quand la France lui laissa en échange de la vallée de Barcelonnette tontes nos possessions du versant occidental des Alpes, il put s'écrier avec raison : Aclesso, sono re.
était d'une telle importance pouvnous qu'il y eut un certain étonnement lorsqu'on sut que notre gouvernemenl ne les avait pas revendiquées dans les conférences d'Aix-la-Chapelle. M. de Marcieu (1) crut devoir adresser un mémoire à Versailles pour appeler l'attention du cabinet sur le silence gardé à cet égard par les préliminaires et sur l'opportunité qu'il y aurait tout au moins, si ce silence était volontaire, à signaler l'abandon de ses prétentions dans le traité de paix, comme preuve de notre désintéressement absolu.
Le 28 juin, l'Espagne et la république de Gênes adhérèrent à leur tour aux préliminaires, et l'armistice devint général. Les hostilités cessèrent alors partout en Italie; seuls les Anglais, dans la Méditerranée, les continuèrent encore pendant quelque temps et maintinrent le blocus de nos ports. Gomme leur altitude incompréhensible était de nature à nous faire craindre de ne pouvoir faire passer de nouveaux renforts à M. de Richelieu et de le voir écraser par des forces supérieures, s'il prenait fantaisie aux Autrichiens de rompre l'armistice, le maréchal de Belle-Isle se hâta de négocier avec le roi de Sardaigne (avec lequel nous n'avions pas été en guerre déclarée) un passage jusqu'à Gênes parle littoral. L'amiral Byng ne tarda pas à déférer aux sommations d'observer la suspension d'armes, et le bruit du canon s'éteignit sur les côtes d'Italie comme il avait déjà cessé partout dans l'intérieur du pays.
(1) De Marcieu (Pierre-Eme de Guiffrey, comte), aide de camp du maréclial de ïessé, 1702; maicclial de camp, 1"' avril 1734; lieutenant-général 20 février, 1743; mort en 1778.