CHAPITRE XI
PKISE DE BRUXELLES, ANVERS, MONS , ClIARLEROI, AFFAIRE DE RAMILLIES.
Janvier, 'i. Le maréchal de Saxe part de Gandpour visiter les travaux d'OstenJe, et il en revient le 5. — 17. Le ministre de la guerre lui demande ses appréciations sur la campagne prochaine. — 27. Rassemblement des troupes sous Gand, Tournay, Audenarde. Ath et Maubeuge. — 28. Elles se mettent en marche : le maréchal de Gand à Alost, l'infanterie jusqu'à Assche. La cavalerie dans les villages voisins d'Alost. M. Phelippes à Binch. — 29. M. de Vaux emporte de vive force la redoute des Trois-Fontaines ; le maiéchal à Mariensart au-dessous de Bruxelles. Son infanterie et sa cavalerie y arrivent l'après-midi; fait passer le canal à son infanterie et aux troupes de M. de Vaux. — 30. Le maréchal traverse la Senne avec sa cavalerie, s'avance sur Bruxelles. MM. d'Armentières et de Clermont-Gallerande arrivent en même temps par la forêt de Soignies. La place est entièrement investie. Le quartier général au château de Laken. Maîtres du pont de Laken et de la redoute des Trois-Tours. — 31. L'infanterie dans les faubourgs de Bruxelles; la cavalerie dans les villages voisins. Prise du château de Kockelberg.
Février. \" au 2. L'artillerie de siège à Anderlecht sous M. de Brezé. Les alliés abandonnent le château de Grimhorghem. Le château occupé par M. deBeausobre sur le pont de Walhem et la basse Nelhe. Le régiment de Grassin à Louvain. Matines abandonné par les alliés.— i. .Attaque de Wilvorde par M. de Dieskau. MM. de Contades et la Morlière s'avancent jjour seconder l'entreprise. La garnison de Wilvorde abandonne la ville, se retire dans le château. — 6. Sa capitulation. M. d'Armentières commande à Louvain et y mène une brigade de cavalerie. M. de Relingue détaché de Binch à Genappe. — 7. Tranchée ouverte devant Bruxelles.
— 8. M. de Beausobre abandonne le pont de 'Walhem, se replie sur Wilvorde.
— 11. Le prince de Waldeck rassemble ses troupes derrière laNethe et le Demer, occupe Tirlemont et Saint-Tron. — 12 au 18. 12 B. et 15 E. ennemis, venant d'Allemagne, àRuremonde; arrivent à l'armée le 18. M. de Relingue joint M. d'Armentières à Louvain; M. de Lowendal prend le commandement de ces troupes. — 20. Capitulation de Bruxelles. M. de Lowendal y commande. M. du Ghayla le remplace à Louvain.
Mars. l''''. Les Hessois s'embarquent à Willemslad pour l'Angleterre. — 2. Les troupes françaises en marche pour leurs (juarliers d'hiver. — 3. M. du Chayla abandonne Louvain. — 5. Mouvement des troupes. — 6. Les alliés en marche pour leurs quartiers d'hiver. — 7 au 8. Arrivée de toutes nos troujtesdans leurs quartiers. — 9. Le maréchal se rend de Gand à Versailles ; M. de Clermont-Gallerande prend le commandement de l'armée. Le quartier général à .Vudenarde.
Avril. ^^ Un corps venant de Bohême passe le Rhin. — 7. Il attaque Wilvorde.
— 13. M. de Clermont-Gallerande démolit les fortifications d'Audenarde. Effectif des forces ennemies. — 20. Composition de l'armée du maréchal de Saxe. — 27. Rassemblement des alliés à Louvain. — 30. L'armée du maréchal en cinq divisions.
Mai. i"'. L'armée du maréchal forme deux camps, l'un sous Bruxelles, l'autre sous Dendermonde. — 5. Rassemblement du corps de M. d'Estrées sous Maubeuge.
— 6. M. de Lowendal s'empare de Louvain. — 7. Il rentre au camp de Bruxelles. L'ennemi abandonne Louvain , passe le Demer, va derrière la Netlie, campe â Grobendouck. — 8. M. d'Estrées, chargé de masquer Mons, aux Estinnes. — 9. L'armée française tout entière à Perck. — 11. A Steen. Le corps de M. du Chayla à Wilbrock. Le corps d Estrées, le 11 à Nivelles, le 12 àWavre, le 13 àMeldert, le 16 à Westerloo, le 17 à Herenthals. — 15. Notre armée passe la Dyle, campe sous Matines. — 17. Lierre occupé. Le détachement de M. de Berchinyà Braxhotten. L'armée ennemie quitte la Nethe, se relire sur Bréda. — 18. L'armée du roi passe la Nethe, campe à Lierre, occupe le pays depuis Herenthals jusqu'à la hauteur d'Anvers. — 19. M. de Clermont, chargé du siège de la citadelle d'Anvers. — 21. Investissement. — 24. L'armée des alliés prend sa position depuis Terheyden jusqu'à Gertrudenberg. — 25 au 26. Tranchée ouverte devant la citadelle d'Anvers. — 28. M. d'Estrées à Weslerloo. — 29. A Aerschott. — 30. A Louvain. — 31. Capitulation de la citadelle d'Anvers.
Juin. i^'. Le duc de Boufflers, détaché de l'armée pour le siège de Mons, à Malines. Le 3, à Anderlecht. — 4. M. d'Aguesseau, détaché de son corps, s'avance sur Mons. — 5. Le corps de M. de Boufflers campe à Hal. — 6. A Soignies. — 7. Devant Mons. — 1". M. d'Estrées à Wavre. — 2. A Genappe. — 3. A Buzet. — 4. Au Pont-à-Celles. — Le quartier du roi à Anvers. — 7. L'armée à Raust. M. du Chayla au pont de Walhem; rentre à l'armée. M. de Berchlny à Santhoven. M. d'Estrées investit Mons jusqu'à la haute Haine. — 9. Le prince de Conti arrive devant Mons. — 11. M. de Ségur part des Évêchés avec les troupes qui doivent joindre l'armée de Contl. — 15. Établissement de la communication. L'armée du prince Charles est jointe par les Hessois et Hanovriens. — 18. M. de Lautrec, détaché du camj) devant Mons pour assurer la communication de Maubeuge au camp , à Givry. — 2 1 . A Rouveroy. — 24 au 25. Ouverture de la tranchée devant Mons.
Juillet. 3 au 5. Une partie des troupes de MM. de Boufflers et Conti rejoint l'armée. — 6. Détachement du prince Charles à Diest et Westerloo. — 7. Joints par sept régiments anglais. M. de Clermont prend le commandement de M. de Berchiny pour Santhoven. — 8. L'armée passe la Nethe, campe à Lierre. M. de Clermont passe la Nethe, campe à Osicrwick. — 9. M. de Lowendal prend le commandement des troupes de MM. Monnln et d'Armentlères à Louvain. Rassemblement à Braine-le-Comte des troupes de M. de Boufflers venant du camp devant Mons. — 10. Mons capitule. M. de Lautrec à Morlanwez. — 11. Mouvements de l'armée de Conti pour investir Charleroi. M. de Ségur joint M. de Lautrec à Cliasselet, prend le commandement. M. de Lautrec renforcé par les troupes du siège de Mons. — 12. AChasselet, est joint ])ar M. de Ségur. — 13. M. de Boufflers part de Braine. Les troupes qui doivent assiéger Charleroi, en marche; à Binch, M. de la Fare détaché pour le siège de Saint-Ghlslain. — 14. M. de
Conti à Trasignies. — 15. A Grosselies. Investissement deCharleroi. M. d'Estrées à Genappe. — 19. M. de Clerinont passe le Demer. — 22. M. de Conli établit son camp pour le siège de Charleroi. M. de Lautrec détaché à Heppignies. — 24. L'armée repasse la Dyle. M. de Lowendal à Tiriemont. M. de Clermont à Diest. M. de Boufflers rentre à l'armée. L'ennemi à Hasselt. M. le prince Charles prend le commandement. — 25. Saint-Ghislaiu capitule; une partie des troupes de M. delà Fare joint l'armée de Conti. — 28. Ouverture de la tranchée devant Charleroi. M. d'Estrées à Bierbay. Marche de l'armée des alliés sur Saint-Trond, Waremme et Hal. — 30. L'armée commence son mouvement vers Gembloux. — 31. L'armée à la hauteur de Corroy, campeàWalhem. M. de Lowendal au camp de Walhem. M. de Clermont à Saint-Paul près Tourines-les-Ordons. M. d'Estrées à Corroy. Août. V. M. de la Fare commande dans les Évêchés. Attaque des Cinq-Étoiles. — 2. M. de Lowendal aux Cinq-Étoiles. Chiirleroi capitide. L'armée ennemie passe la Mehaigne. — 4. Changement dans la position de l'armée. La droite au grand Manil. Les troupes du siège de Charleroi à Corroy. M. d'Estrées est joint par une partie de l'armée de Conli. M. de Saint-Germain commande sur la Dyle. 11 campe à Wavre. — 13. Réunion de l'armée de Conli à celle du roi. 14. — Le maréchal de Saxe seul commandant. Le prince de Conti quitte l'armée. M. de Ségur détaché à Philippeville pour veiller à la sûreté de la Sambre et de la Thiéraclie. M. de Laulrec rentre à l'armée. M. de Berchiny prend le commandement du corps de M. de Clermont (tombé malade); à Gest, à Wirompont. M. d'Autanne prend sa position à la gauche de l'armée. — 15. L'armée du roi campe à Tourines-les- Béguines. L'armée de Conti incorporée à celle du roi. Le corps d'Estrées rentre en ligne. M. de Saint-Germain à Terwiro. M. de Clermont-Gallerande détaché, campe à Jodoigne. — 17. L'armée du roi au grand Rozier. M. de Clermont à Orple-Petit. — t8. L'ennemi le long de la Mehaigne vis-à-vis l'armée du roi. — 19. L'armée du roi à Thines. M. de Lowendal fait l'arrière-garde et rentre en ligne. M. de Clermont à Warem sur le Jaar. — 20. M. de Lowendal détaché pour s'emparer de Huy. — 21. Prise de Huy; campe à Andenne. M. de Berchiny quille le commandement du corps de M. de Clermont, est détaché à Tabbaye de Heylissem. M. de Clermont à Ottemont près Vinalmont. M. d'Estrées à la tête du corps de M. de Berchiny, campe à Ottemont. — 22. M. de Contades détaché pour assurer la communication avec Huy. — 25. Affaire de Ramillies entre M. de Sainte André et M. Trips. — 28. M. de Lowendal porte un détachement sur Modave, occupe la hauteur du Sart au-dessus de Huy. L'armée des alliés passe la Meuse entre Namur et Huy, dirige sa marche sur Luxembourg. — 29. MM. d'Estrées el Berchiny, détachés à la poursuite de l'ennemi, vont à Neradon et rentrent à l'armée, le premier le même jour, et le second le 30. M. de Contades joint M. de Lowendal sous Iluy. — 30. M. de Lowendal aux Béguines avec de nouveaux renforts. M. de Clermont-Gallerande à Thines.
L'année 1746 ne fut pas moins glorieuse pour nos armes, dans lesPays-Bas, queles deu.x années précédentes. Eilecommença même par une campagne d'hiver dont le succès étonna toute l'Europe et déconcerta les alliés. M. de Saxe en avait conçu le projet; il fut
approuvé, et les démonstrations de mouvements qui lui avaient été ordonnées pour favoriser la descente de M. le duc de Richelieu en Angleterre se tournèrent à son avantage et eurent une fin heureuse. Le 2, il part de Gand, son quartier, et se rend par Bruges à Ostende, afin de visiter les nouveaux ouvrages de cette dernière place et donner les ordres nécessaires pour les mettre à l'abri; partout il prend les mêmes précautions ; le o, à son retour à Gand, il apprend que les États-Généraux envoyaient 9 B. et 20 E. d'augmentation dans les Pays-Bas autrichiens, afin de remplacer en partie les Anglais obligés de repasser la mer pour s'opposer en Ecosse aux progrès du prince Edouard.
Le 8, il est informé des mouvements continuels des alliés, des changements dans leurs quartiers, des précautions qu'ils prenaient partout depuis qu'ils avaient eu quelque soupçon de ses desseins, et principalement à Bruxelles, oii on travaillait avec activité aux fortifications. A la date du 17, le ministre de la guerre lui demande ses appréciations générales sur la nature des opérations delà campagne prochaine et la nouvelle direction à donner à la guerre, par suite de la paix signée à Dresde (I) par le roi de Prusse. C'était la deuxième fois, depuis son avènement, qu'il abandonnait ses alliés. Le maréchal répondit le jour même. Son avis était de rassembler une armée du côté de Thionville pour donner ainsi de l'inquiétude au Luxembourg, se porter en Alsace en cas de besoin, ou faire en juillet le siège de Mons ou celui de Namur, pendant que l'armée se porterait sur Louvain, après la prise de Bruxelles et d'Anvers. Il demandait une armée nombreuse à la date du 4" de mai. Il voulait en effet surprendre Bruxelles, malgré sa nombreuse garnison. Il jugeait que, s'il y parvenait, les autres garnisons environnantes ne pourraient se rejoindre pour marcher à son secours, parce qu'étant le maître de pousser de gros détachements en avant, il obligerait ceux des ennemis à des détours immenses par Maestricht et le pays de Liège; et que, s'ils dégarnissaient trop Mons, Charleroi et Namur, il pourrait, après la prise de Bruxelles, se jeter sur quelques-unes de ces places et en faire aussi la conquête. Mais il fallait un temps de gelée pour l'exécution de cette entreprise exigeant la promptitude et le secret, et ce temps si désiré n'arrivait point. Comme il était
(1) 20 décembre (*745.
aussi informé que les troupes autrichiennes songeaient sérieusement à passer le Rhin pour venir dans le Brabant, il ne crut pas devoir différer davantage son mouvement, et il résolut de l'exécuter malgré les obstacles de la saison. Cette résolution, heureusement, se trouva tout à coup appuyée d'un commencement de gelée, et aussitôt sont donnés les ordres de rassembler les troupes sur les points désignés et de se mettre en marche. M. de Phelippes, le 27, réunit sous Maubeuge 9 B. et 21 E. tant de cette place que de celles de Valenciennes, du Quesnoy, Douai, Orchies et Bavay, pour se rendre le lendemain à Binch, afin d'en imposer aux garnisons de MonSj Gharleroi et Namur. Le même jour 27, M. d'Armentières part d'Ath avec 4 B. et 7 E., marchant sur Nivelle, et se porte le 29 entre Bruxelles et Louvain.
Le 28, M. de Brezé, avec 21 E. et une partie de la grosse artillerie, se rend de Tournay à Ath, le lendemain à Hal, ensuite devant Bruxelles. M. de Glermont-Gallerande quitte Audenarde avec 2 B. et 37 E., est le même jour à Grammont, passe, le 29, la Senne entre Hal et Bruxelles, et se porte avec une partie de sa cavalerie sur la rive droite du canal de la Senne entre Bruxelles et Wilworde, afin de favoriser le passage du maréchal de Saxe, qui part en effet, le 28, de Gand avec son artillerie de campagne, 25 B. et 34 E. , y compris les troupes de M. de Contades amenées la veille de Bruges. Il se porte d'abord à Alosl, chassant devant lui des hussards ennemis, y passe la nuit, sa cavalerie cantonnée dans les environs, et son infanterie en avant à Assche.
Le 29 au matin, il se rend au château de Mariensart avec son corps d'armée sur la rive gauche du canal de la Senne, où il avait donné rendez-vous à M. de Vaux, parti la veille de Dendermonde avec 3 B., des compagnies de grenadiers et 4 E. Ce dernier, déjà arrivé, avait jeté un pont et pris poste entre le canal et la Senne, après s'être rendu maître de la redoute des Trois-Fontaines, où il fît prisonniers quelques Hollandais; le même jour, on sut seulement à Bruxelles l'apparition des troupes françaises dans le voisinage, parce que chacun de nos corps était précédé par des troupes légères qui poussaient tout ce qu'il y avait de partis ennemis : ceux-ci ne pouvaient rendre compte que de ce qu'ils avaient vu, des Grassins, des hussards et des uhlans. Le comte de Lannoy, gouverneur de Bruxelles, voulant voir par lui-même', sortit de cette place
avec un détachement de cavalerie, et se porta sur les hauteurs à la rive droite du canal entre Bruxelles et Wilvorde, reconnut en effet un gros corps de troupes réglées sur la gauche, et même un poste établi à la rive droite. D'abord désireux de s'avancer, puis informé qu'il courait risque d'être enveloppé, et qu'un autre corps passé à Hal tournait la ville pour le couper, il rentra précipitamment.
Le 30 au matin, nos ponts achevés sur le canal et la Senne, M. le maréchal en fit tranquillement le passage sous la protection de 7 B. postés là, entra dans la plaine d'Èvre, s'établit à Schaerbeck sous Bruxelles, et fut joint à sa gauche par MM. de Clermont-Gallerande et d'Armentières. Le maréchal resta huit heures à cheval pour faire le premier investissement de Bruxelles. Il cantonna l'infanterie en première ligne dans les faubourgs ou villages les plus près de la ville, dont on rompit les avenues, et la cavalerie en deuxième ligne dans d'autres villages plus éloignés.
Le 31, avec son quartier au château de Laken, il jette un pont sur la Senne, vis-à-vis celui de Laken sur le canal, ce qui rend la communication libre avec la gauche, d'autant plus que M. deBalleroi s'emparait de ce dernier pont avec la brigade de Piémont. M. de Contades à la tête d'un corps d'infanterie se rend maître de la redoute des Trois Tours sur la gauche du canal. Le régiment de la Couronne s'empara en même temps du château de Koekelberg, chassa l'ennemi du faubourg de Flandre et y prit poste.
Les Grassins se portèrent sur Louvain, mirent le feu à une des portes, qu'on leur avait fermées, et entrèrent dans la ville. M. de Beausobre marche à Malines avec son régiment de hussards, en ouvre les portes ; cette place détache aussitôt des députés au maréchal. Les volontaires de Saxe entrèrent au château de Grimberghen. L'arrivée des troupes avait jeté la terreur parmi les ennemis, qui abandonnèrent ce poste, ainsi que Louvain et Malines, d'où les Hanovriens se retirèrent au pont de Walhem, entre celte dernière place et Anvers. Wilvorde même fut évacué. Cette nouvelle produisit un grand effet à Versailles, et M. d'Argenson félicita le maréchal sur les heureux commencements de son entreprise, lui représentant les avantages qu'on retirerait de la prise et de la conservation de Bruxelles, en coupant en deux les quartiers des ennemis, tout en les éloignant des nôtres.
Le premier jour de février, M. de Brezé arrive à Anderlecht avec
son détachement et la grosse artillerie tirée deTournay. Bruxelles est resserré de plus en plus; on en rapproche les détachements, en masquant ses portes, en retranchant la tête de ses faubourgs.
Le 2, le maréchal (1) achève dans les formes la circonvallation de cette place où les troupes furent distribuées. Le faubourg de Laken est occupé par M. de Gontades avec 5 B., 6 E. au village de Lembeck, et -4 dans les censés entre Releghem et Laken, plusieurs compagnies auxiliaires au pont de Laken et à l'abbaye de Releghem , oîi était l'hôpital ambulant. Le faubourg de Flandre était commandé par M. d'Armentières avec 8 B., 4 E. à Barken, 2 àAssche et 5 à Alost; M. de Bauffremont, au faubourg d'Anderlecht, avait 4 B., 4 E. au village d'Anderleck, 4 à Itterbeke, 5 à Forest et 5 à Astatt. Aux faubourgs de Namur et deLouvain, M. de Glermont-Gallerande avait 1 2 B., 5 E. à la Gambre, 4 à Andeghein , 4 à Vekel, 4 à Watermael, 4 à Saint-Pierre et 4 à Saint-Lambert- Wolluwe. En avant, M. de Logny-Montmorency avait sous ses ordres les 10 E. de Carabiniers cantonnés à Tervueren et dans les environs. Les faubourgs de Schaerbeck et d'Evere étaient occupés par MM. de Brezé et de la Suze avec 12 B., 5 E. aux châteaux de Haeren et Dieghem, 4 à Nossaghem, 4 à Saventhem, 4 à Wesembeck, 4 à Grainhem, 4 à Steven-Woluwe, des fusiliers au poste du Sas, aux Trois-Fontaines, et des dragons sur la chaussée de Louvai n vers Mosseghem. En avant élaient les 4 E. de hussards de Beausobre et les 2 E. de Grassins. Toutes ces troupes se montaient à 42 B. et 102 E.,
(1) Un de ses grands plaisirs daii< ses campagnes était de se faire suivre par des spectacles offerts aux troupes. Favart, déjà populaire à l'Opéra- Comique par ses pièces, lui fut d'un grand secours dans le choix des comédiens, dont le maréchal était si amateur. Voici en quels termes il lui annonçait sa nomination :
« 2 février 1746. — Sur le rapport avantageux que l'on me fait de vous. Monsieur, je vous ai choisi de préférence pour vous donner le privilège exclusif de ma comédie. Je suis persuadé que vous ferez tous vos efforts pour la rendre florissante ; mais ne croyez pas que je la regarde comme un simple objet d'amusement, elle entre dans mes vues politiques et dans le plan de mes opérations militaires. Je vous instruirai de ce que vous aurez à faire à cet égard, lorsqu'il en sera besoin. Je compte sur votre discrétion et votre exactitude. Dès à présent vous pouvez faire toutes vos dispositions pour ouvrir votre théâtre à Bruxelles au mois d'avril prochain. »
Comme Favart devait toujours accompagner le maréchal et toujours établir son théâtre au quartier général, il lui donna des chevaux, des domestiques et des carrosses.
indépendamment des 9 B. et 21 E. h Binch, aux ordres de M. de Phelippes, en état de contenir les garnisons de Mons, de Gharleroi et de Namur. La garnison de Bruxelles se montait à 48 B. et 9 E. hollandais et quelques troupes autrichiennes. Le prince de Waldeck, qui commandait sur tous les quartiers des alliés, informé de l'apparition subite des Français, arriva à Anvers, fit occuper Malines, que nos troupes venaient d'évacuer, ainsi que Louvain, et ordonna au reste des troupes de ce côté de se retrancher derrière la Nethe. Cependant le maréchal de Saxe ne négligeait aucun moyen de resserrer plus étroitement la ville, dont il comptait s'emparer.
Le A, M. de Contades est détaché avec des grenadiers et Royaldragons pour se porter sur Wilvorde par la rive droite du canal, pendant que M. de Mortières, capitaine au régiment de Normandie, y marchait par la gauche du poste des Trois-Fontaines. Le 5, M. de Contades s'emparait de la ville de Wilvorde, d'où l'ennemi s'était retiré à son approche, tout en n'ahandonnant pas le château; il y place Royal-dragons, destiné aux postes nécessaires à contenir la bourgeoisie.
Le 6, la garnison du château arbore le pavillon blanc et se rend prisonnière de guerre. Ces succès préliminaires encourageaient nos troupes, et leur faisaient supporter avec patience, même avec une sorte de gaieté, les fatigues augmentées par les mauvais temps, tandis que les ennemis avaient, outre les mêmes fatigues, la crainte et le découragement : ils occupaient tous les postes depuis Malines jusqu'au pont d'Eppeghem, où ils se retranchaient à la hâte, après avoir occupé les autres ponts de laDyle. M. d'Armentières leur donne une nouvelle terreur en s'emparant de Louvain, avec le régiment de cavalerie du Roi et les Grassins. M. de Phelippes eut ordre de retourner de Binch à Maubeuge avec le régiment d'Egmont-dragons et des compagnies de Royal-Wallon.
Le reste de son détachement, commandé par M. de Relingue (1), se porte à Genappe, où il était également à portée de veiller sur Mons, Charleroi et Namur, et de joindre l'armée. Les 4 B. du régiment du Roi et les grenadiers eurent d'abord ordre de s'y rendre, pen-
(1) Composta des régiments du Roi , deRohan. de Flcury, de Royal-Vallon et d'une partie de celui du Hainaut (infanterie), Anjou, Orléans, Bourbon et Brancas (cavalerie) , outre des compagnies de grenadiers de milice.
dant que le régiment de Fleury et 1 E. furent s'emparer de Nivelle.
A Bruxelles, le comte de Saxe donna la direction du siège à M. de Brezé, qui reconnut la queue de la tranchée, déterminée à la porte de Schaerbeck. C'était l'endroit le plus fort de la ville à cause de l'ouvrage à corne; mais le terrain était dur et sec en tout temps, et le plus propre en hiver pour une opération pareille à celle qu'on allait entreprendre. La nouvelle de cette entreprise avait déjà intimidé les États-Généraux. Ils nommèrent M. de Wassenaer pour soumettre leurs réclamations à Versailles. On n'en continua pas moins le siège. La nuit du 7 au 8, la tranchée est enfin ouverte, malgré le mauvais temps, par les travailleurs soutenus de 10 B. (1) et de dragons sous M. de Logny-Montmorency. Elle embrassait le front de l'ouvrage à corne, la droite appuyée à des marais près de la Senne, la gauche à un château. La parallèle est portée sur la droite et sur la gauche. La tranchée fut relevée chaque jour par 8 B. (2), 200 dragons et 800 travailleurs, commandés alternativement par im des trois maréchaux de camp qui restaient devant cette place aux ordres de M. de Brezé.
Dans la nuit du 8 au 9, le travail est poussé avec un grand succès, sous les ordres de M. de Bauff remont (3); une seconde parallèle est commencée près du chemin couvert de l'ouvrage à corne, pour envelopper le front de l'attaque. En même temps, quatre batteries sont établies, en attendant les trois convois d'artillerie retardés par le mauvais temps. Dans la tranchée du 9, M. de la Suze amène au parc les deux premiers convois d'artillerie; la seconde parallèle est achevée, quelques épaulements sont rétablis, en y joignant la construction de deux batteries qui commencèrent à tirer le matin. Les ennemis voulurent essayer une sortie : ils trouvèrent tant d'ordre partout et les postes si bien gardés, qu'ils s'avancèrent très peu. Dans la nuit du 10 au 11, le travail est poussé en avant de la deuxième parallèle vers l'ouvrage à corne jusqu'à la palissade, et l'on continue de travailler aux batteries (4). Le H,
(1) Piémont, 2. Limousin, 3. Eu, 2. Bettens, 1. Languedoc, 1. Traisnel, 1. (2)Ayantavec lui 8 B. (Piémont, 2. Royal-"Vaisseaux,3. La Couronne, I. Monnin, 1. Wittmer, 1).
(3) Avec Normandie, 2 B.; Couronne, 2 ; la Marine, 1 ; Beltens, 1 ; Wittmer, 1 ; Diesbach, 1 : soit 8 B.
(4) Normandie, 2. Beltens, 1. Monnin, 1. Wittmer, 1. Diesbach, 1. Chartres, 2.
M. (le Saxe reçoit une lettre du comte de Kaunitz qui proposait de capituler et d'emmener la garnison avec les honneurs de la guerre. Il répondit, pour intimider la ville, qu'une pareille capitulation l'exposerait au pillage qu'il ne pouvait se flatter d'empêcher. La nuit suivante (1), une troisième parallèle et des cavaliers de tranchée sont établis; les batteries de la gauche sont achevées et commencent à tirer. Dans la nuit du 12 au 13, sur la troisième parallèle sont élevés quatre cavaliers de tranchée d'où les grenadiers et dragons, par leur feu de mousqueterie, balayent le chemin couvert, que l'ennemi est obligé d'abandonner (2). Aussitôt maîtres du saillant, on s'établit sur l'angle du chemin couvert de la demi-lune qui est en avant de l'ouvrage à corne. On perfectionne, dans la nuit du 13 au 1 i, le logement fait au chemin couvert, et, malgré le feu de la demi-lune, 12 pièces sont placées sur le plateau (3). Le chemin couvert ayant été couronné le 15, malgré une sortie de la garnison, toutes nos batteries, établies et achevées, commencèrent à en imposer au feu ennemi, et l'on se disposa à établir les batteries en brèche pour presser le siège.
Le maréchal de Saxe apprenait en même temps que le prince de Waldeck se rassemblait à Malines avec du canon, qu'il y attendait, vers le 17, la première division des Autrichiens venant du Rhin, plusieurs régiments hollandais, tous les grenadiers de Mons, Gharleroi, Namur et Maestricht, et qu'il jetait deux ponts sur la Senne pour venir au secours de Bruxelles. En conséquence, un emplacement est reconnu sur la Woluwre, le régiment du Roi y est cantonné, celui du Dauphin prend la droite avec de l'infanterie. La cavalerie (80 E.) se porte entre la chaussée de Louvain et Dieghem en seconde ligne derrière l'infanterie, avec 25 pièces de campagne entre l'une et l'autre. Chaque corps reconnut son chemin. De Genappe, le maréchal dirige M. de Relingue avec son détachement pour joindre celui de M. d'Armentières à Louvain. Il envoie dans cette place M. de Lowendal pour commander les 4 B. et 32 E.
(1) Avec le Roi, 2 B.; Dauphin, 3 ; Augoumois, 1 ; Monnin, 1 ; Diesbach, 1.
(2) Régiments de service : Piémont, 2 R.;Eu, 2; la Marine, 1; Languedoc, 1; Retiens, 1 ; Dieshach, 1.
(3) Régiments de service : Piémont, 2 R.; le Roi, 2; Monnin, 1; Witlmer, 1; Diesbach, 1 ; Chartres, 1.
destinés à retarder la marche des ennemis, qui se trouvèrent hors d'état de rien entreprendre sans s'exposer à être battus. Il reçoit en même temps, par M. d'Hérouviile, une lettre de M. le duc de Richelieu lui annonçant son départ de Calais pour Paris et les obstacles insurmontables de son passage en Angleterre, ce qui l'engageait à lui remettre les troupes destinées à celte entreprise. Sùr-le-champ il envoie ordre à ces troupes, excepté les Irlandais, de se rapprocher du canal de Bruges et de Gand, afin de conserver Bruxelles, après la prise de cette place, où il résolut de laisser l'artillerie du siège et une nombreuse garnison. I! mande à M. d'Avaray de revenir de Calais oîi sa présence n'était plus nécessaire, appelle d'Ypres M. de Romecourt, et de Paris MM. de Guerchy et de Chevreuse. Dans la nuit du 17 au 18 ont lieu les descentes du fossé de la demi-linie et le logement sur le parapet. Les boyaux et les sapes sont élargis. Ce jour-là arrivèrent 2 régiments hollandais entre Lierre et le pont de Walhem, où les ennemis se fortifiaient tous les jours, ainsi qu'à Matines et Anvers.
La nuit du 16 au 17, les communications sont perfectionnées ainsi que les batteries, qui tirèrent à la pointe du jour. Deux autres, placées à la droite de l'attaque, commencèrent en même temps à faire trois brèches au corps de la place, qui ne devait pas tenir après la prise de l'ouvrage à corne, qu'on se proposait d'attaquer, aussitôt les brèches praticables. Celles-ci ne laissaient pas d'opposer une grande difficulté, parce qu'il fallait tirer en plongeant, que le fossé était fort étroit et profond, et que cet ouvrage était d'ailleurs bien gardé. Heureusement, l'on s'empara de la demi-lune.
Le 19, le maréchal tâte les brèches de l'ouvrage à corne pour voir si elles étaient praticables. Il commande deux sergents pour cette tentative, avec des grenadiers soutenus de piquets qui devaient se tenir dans le fossé pour les recevoir. Les sergents, en montant, crient aux troupes qu'il y avait peu d'ennemis dans l'ouvrage à corne : celles-ci les suivent sans ordre, poussent d'abord tout ce qu'elles rencontrent, et se seraient maintenues sans leur trop grande ardeur; mais elles avancèrent trop loin, et, comme cet ouvrage était ouvert par derrière, elles en furent bientôt repoussées, après un combat d'une heure où nous eûmes beaucoup de tués et de blessés. Cette affaire s'était passée en plein jour, et les ennemis reconnurent que ce n'était qu'une tentative pour voir les
brèches et le dedans de l'ouvrage à corne, dont l'attaque semblait devoir être prochaine; aussi, considérant que les trois brèches du corps de la place commençaient h être praticables, ils demandèrent à capituler.
Le 20, MM. de Raunitz et de Wanderduyn, pour les Autrichiens et les Hollandais, signèrent une capitulation aux termes de laquelle ils remettaient la ville et se rendaient prisonniers, sauf à rentrer en possession des armes après l'échange. Le maréchal céda sur cet article, sachant que sous quatre jours le prince de Waldeck pouvait arriver avec un secours. Il se contenta donc de l'avantage qu'il remportait, de faire prisonniers 18 B. et 9 E. hollandais, 9U0 Autrichiens de divers corps, officiers généraux autrichiens, hollandais, et officiers de divers grades : c'était une armée de 15,000 hommes qui nous laissait 52 drapeaux, 3 étendards et 1,000 chevaux; plus une immensité de bouches à feu, trouvées tant dans celte place qu'à Wilvorde, parmi lesquelles était une partie de l'artillerie hollandaise de campagne; et, en outre, des pontons, approvisionnements de foin, d'avoine, et quantité de munitions de guerre et de bouche.
La prise de Bruxelles et de sa nombreuse garnison, réduite en si peu de temps et dans les jours les plus rudes de l'hiver, causa autant de joie en France que d'étonnement dans les pays étrangers.
Le roi au maréchal de Saxe.
« 23 février 1746.
((Mon cousin, la conquête que mes troupes viennent défaire sous vos ordres de la ville de Bruxelles, la plus considérable des Pays-Bas autrichiens et le centre de leur gouvernement, est l'événement le plus heureux qui pouvait arriver pour la gloire de mes armes, et le plus capable de déconcerter toutes les mesures de mes ennemis. La rigueur de la saison, la difdculté des transports, la résistance d'une nombreuse garnison et les desseins d'une armée assemblée pour son secours, tant d'obstacles accumulés ont été surmontés par votre conduite et votre expérience. Rien n'a pu ébranler la fermeté que votre exemple a inspirée à mes troupes, et les assiégés
ont été réduits à accepter la condition de se rendre prisonniers de guerre. Un bienfait de cette importance, qui m'ouvre les chemins à des avantages encore plus décisifs, est une suite de la protection que la divine Providence ne cesse d'accorder à la justice de roa cause ; c'est pour lui en rendre les actions de grâce qui lui sont dues que je vous fais cette lettre. :»
Tous les articles de la capitulation approuvés, les 18 B. et 9 E. hollandais furent envoyés dans les places les plus lointaines de la frontière, et aussitôt nos troupes sont établies dans les villes de notre nouvelle conquête, de manière à ne pas être trop éloignées, eu égard à leurs fatigues et à l'ouverture prochaine de cette campagne.
M. de Lowendal prit le commandement de la place, et M. de Clermont-Gallerande, pour la couvrir, rapprocha tout à fait de Bruges et de Gand les B. français que M. de Richelieu avait dirigés de Calais vers Abbeville. A l'égard des Irlandais, il les laissa sur la côte : ils devaient être transportés en Ecosse. Il envoie à Gand l'artillerie trouvée à Bruxelles et Wilvorde, donne le commandement de cette dernière place à M. de Bonnaventure avec ordre d'inonder les environs et de la mettre à l'abri d'un coup de main; établit à Alost 2 B. et
1 régiment de cavalerie sous M. Rigal, colonel du régiment de la Couronne, avec ordre de palissader cette place; il met aussi une petite garnison à Afflighem pour assurer la communication de Bruxelles à Gand. M. d'Hérouville est chargé de raser tous les ponts, redoutes et auti'es ouvrages construits sur le canal de Wilvorde. Une partie de la cavalerie de l'armée se porte sur Tirlemont, au delà de la Dyle, et dans le comté de Namur, d'où ils amenèrent ensuite quantité de subsistances et d'otages.
A la fm de ce mois, le prince de Waldeck reçoit un renfort de H B. autrichiens,^ régiments de dragons et 2 dehussards venant du Rhin, fort délabrés, qui cantonnent à Lierre, Peer et Herentals;
2 régiments hollandais arrivèrent aussi à Maeslricht. Le reste des alliés était ainsi distribué : 6B. hanovriens et 3 hollandais à Anvers,
3 B. hollandais à Malines, la cavalerie cantonnée à droite et à gauche de la chaussée entre ces deux places, les troupes légères le long de la Demer et de la Dyle depuis la hauteur de Malines jusqu'à Aerschot. Il y avait aussi des postes derrière la Nethe. Toutes ces troupes alliées formaient un corps de 20 à 22,000 hommes, indé-
pendamment des garnisons. Quant aux Anglais et Hessois, ce qui en restait dans les Pays-Bas passa en Angleterre, où l'on avait besoin de renforts par suite des progrès du prince Edouard et de sa victoire, le 28 de janvier, près de Falkirke en Ecosse (1).
Le 4, M. de Brezé part du camp sous Bruxelles avec 16 B. des grenadiers royaux, un détachement de Royal-artillerie et 20 E. pour cantonner à Hal, le 5 à Soignies, le 6 à Ath, d'où il devait retourner à Tournay avec sa garnison, et renvoyer celles du Hainaut sous les ordres de M. de Relingue.
Le 5, le maréchal se met en marche avec les garnisons de Gand et de Bruges, couche à Alost, ainsi que M. du Chayla, les troupes de Bruges devant continuer leur route aux ordres de M. de Contades. M. de Clermont-Gallerande se porte en même temps sur Ninove avec la garnison d'Audenarde, M. d'Armentières sur Enghien avec celle d'Ath, et M. de Vaux à Dendermonde avec celle tirée de cette place. Toutes ces troupes continuèrent tranquillement leur marche, le 6, sans voir l'ennemi.
Le 7 et le 8,1e maréchal prit ses dispositions pour assurer sa conquête. Il laisse à Bruxelles M. de Lowendal avec 15 B,, 1 régiment de dragons, des Grassins, un détachement de Royal-artillerie, et l'artillerie du siège; à Wilvorde, une garnison proportionnée à la proximité des ennemis, sous les ordres de M. de Bonnavenlure; à Alost 2 B. et 1 régiment de cavalerie sous M. de Rigal, pour la communication entre Gand et ces places. Prévoyant le cas d'une attaque contre Bruxelles, il trace un projet de mouvement à M. de Clermont-Gallerande : la place, d'ailleurs, était pourvue de tout et pouvait tenir pendant plus de dix jours, ce qui suffisait pour donner le temps à l'arrivée du secours projeté, des troupes étant distribuées dans les quartiers de manière à se rassembler et être en présence en cinq ou six jours.
M. de Lowendal construisit une redoute en avant de Bruxelles entre les portes de Louvain et de Hal, pour voir le fond d'un vallon où les ennemis pouvaient se glisser. M. de la Graulet, aidemajor général, fut chargé d'y faire entrer des bestiaux à la moindre apparence de siège. M. de Soupire prit connaissance des environs et observa les mouvements des alliés. Enfin M. de Beautevllle est
(1) Voir le sixième volume des Guerres sous Louis XV.
envoyé à Damme pour commander dans ce poste et veiller à ce qui se passerait sur la frontière de la Flandre hollandaise.
Les alliés, restés sur la défensive, se retranchèrent à Anvers, Matines, Aerschot, dans les lignes de Lierre, sur la Dyle, la Demer et la Nelhe ; ils avaient en tout î>0,000 à 23,000 hommes ; et, de plus, à Mons iO B., 1 régiment de dragons et 6 E. de hussards; à Charleroi, 3 B. et des dragons et hussards; à Namur, 10 B. et 3 E.; à Luxembourg, 17 B., sans compter d'autres garnisons, effectifs, du reste, très faibles et en mauvais état. L'épouvante se conservait si grande à Mons et à Charleroi, qu'il en désertait quantité de soldats, se réfugiant à Bruxelles et à Givet. Cependant, à cette époque, un corps d'armée venant de Bohême passait le Rhin pour renforcer les alliés, ce qui releva leur courage et les poussa à une tentative qui n'eut cependant pas le succès promis. La nuit du 6 au 7, ils vinrent escalader les murs de Wilvorde du côté de l'inondation; ils furent arrêtés à la barrière par la bonne contenance de M. de Bonnaventure. D'un autre côté, M. de Clermont-Gallerande faisait démolir les fortifications d'Audenarde et se disposait à rassembler les troupes du haut Escaut à Audenarde, celles de la Lys à Gavre, et celles des environs de la mer à Gand, pour marcher au secours de Bruxelles en cas de siège de la part des ennemis, qui commençaient à faire des mouvements.
Vers le milieu de ce mois, ils recevaient un nouveau renfort de 16 à 18,000 hommes, qui cantonnèrent le long de la Dyle et entre cette rivière et la Nethe. Le général Balhiani, à la tête de ces troupes de Bohême, arriva d'abord à Anvers, et se rendit ensuite à Malines avec le général Grune, ayant son quartier à Louvain. Ces généraux firent venir une partie de leur artillerie de campagne à Anvers, où il arriva 2 B. et la grosse artillerie de Bréda. Ils envoyèrent un corps du côté de Louvain, où cantonnaient déjà 2 à 3,000 pandours et hussards. Ils comptaient, outre les troupes des garnisons, environ 40,000 hommes.
Le 20, le maréchal prend congé du roi, couche, le 21, à Arras où il voit le duc d'Yoïk, désireux de faire la campagne sous le nom de comte d'Albani. Il passe, le 2, à Lille, visite en détail les 4 régiments de grenadiers royaux, qui formaient les huit plus beaux B. de France, et se rend le môme jour à Gand, où il trouve la
cavalerie en très bon ordre par les soins de M. du Ghayla (1).
Le 30 avril , M. d'Estrées arrive à Maubeuge, y reçoit la plus grande partie des troupes détachées de l'armée du prince de Gonti. Il reconnaît un camp pour les y placer en attendant le reste et l'artillerie. Dans le courant de ce mois, l'on s'occupa peu des mouvements des alliés, commandés par le général Bathiani et le prince de Waldeck. Le premier avait apporté au second la patente de feld-maréchal des troupes de la reine de Hongrie, ce qui n'empêcha point leur mésintelligence. Celui-ci passa de Malines à Louvain ; celui-là, d'Anvers à l'abbaye de Perck, près de cette dernière place. Ils avaient 42,000 hommes effectifs, dont 16,000 Autrichiens, 15,000 Hollandais, 11,000 Hanovriens et Hessois. Une bonne partie de ces troupes s'approcha de Louvain, où entrèrent infanterie, cuirassiers et dragons, avec des pièces de campagne. Le reste des alliés perfectionna les retranchements derrière la Dyle et la Nethe. Ils firent venir de grosses pièces de canon de Bréda à Anvers. D'autres dispositions semblaient indiquer un dessein sur Bruxelles, ou au moins sur Wilvorde; ils ne tentèrent ni l'un ni l'autre, et furent obligés de rétrograder. Dans les derniers jours d'avril, M. de Saxe achève toutes ses dispositions pour le mouvement général des troupes qu'il assemble à Gand, Bruges, Audenarde, Tournai et Maubeuge, pour en partir le 1" de mai en cinq divisions, et se trouver les 3 et 4 à leur destination.
La 1", composée de 5 régiments de cavalerie, 4 de grenadiers royaux et 3 brigades de milices, devait partir de Gand pour camper sous Dendermonde, aux ordres de M. du Ghayla; la 2" venant de Bruges par Gand, conduite sous M. le maréchal, pour camper en avant de Bruxelles; la 3% aux ordres de M. de Contades, d'Audenarde se rendre à Ninove, le 2 à Anderlecht, le 3 au camp; la 4%
(1) L'armée destinée au maréchal se composait de 122 B., 198 E., des régiments de Grassin, de la Morlière, des Cantabres volontaires, et pour les garnisons de 10 B. de campagne et 37 de milice. M. d'Estrées était nommé pour commander sous ses ordres, et avait 24 B. et 37 E., détachés de l'armée du prince de Conti, qui s'assemblèrent le l"inai sous Maubeuge. M. de Cremilles était maréchal général des logis ; MM. de Vaudreuil et de Croismare, maréchaux généraux de linfanterie et de la cavalerie; le duc de Chartres, commandant de la cavalerie, et M. de Séchelles, intendant de l'armée.
commandée par M. de Brezé, partir de Tournay, prendre en passant la garnison d'Ath, et se diriger vers le même rendez-vous : des détachements de ces deux dernières divisions sont destinés à assurer la route de Lille à Gand, sur la rive gauche de l'Escaut, et à augmenter l'escorte du roi; la 5% partant de Maubeuge avec M. de Glermont-Gallerande (1), devait couvrir la marche du roi de Gand à Bruxelles, dans la forêt de Soignies.
Dans la nuit du l"au 2, le roi quitte Versailles, couche le même jour ù Arras, le 3 à Gand, le 4 à Bruxelles, et le 5 se montre à l'armée rassemblée en avant de cette place. MM. du Chayla et d'Estrées arrivent avec leurs détachements, qu'ils bivouaquent en avant de Maubeuge sur la rive gauche de la Sambre, la droite à Boussois,
Le 6, M. de Beaupréau avec 4 B. et 9 E. se porte à Grand-Roeulx, afin de contenir la garnison de Mons et favoriser la rentrée des fourrages. 11 tire du pays d'entre la Haine et la Sambre, de la prévôté de Binch et du comté de Namur, des milliers de rations.
Le même joui-, M. de Saxe se dispose à faire marcher les troupes de l'armée en avant. Ce fut alors que les ennemis décampèrent précipitamment des environs de Louvain , et se retirèrent derrière la Dyle et la ville deMalines, qui se trouva remplie de troupes et surtout de hussards. Le 7 on s'avance du village de Steven-Woluwre sur la chaussée de Louvain, sous M. deLowendal, d'Armentières et de Souvié.
Le 9, l'armée part du camp de Bruxelles en sept colonnes et marche dans la plaine de Velthem sur la droite de Wilvorde. Elle y campe, et appuie sa droite à l'abbaye de Perck. Cette marche force les ennemis à quitter la Dyle, où ils étaient h peine établis, et à prendre une nouvelle position dans les retranchements derrière la Nethe, Le même jour, M. d'Estrées passe du camp sous Maubeuge à celui desEstinnes-au-Mont; marche qui se faiten bon ordre, parce
(1) De Clermont-Gallerande (Pierre-Gaspard, marquis), né le 4 février 1682, entre aux mousquetaires en 1697, failles campagnes de Flandre, d'Allemagne. Mestre de camp, 7 février 1706 ; maréchalde camp, 20 février 1734 ; lieutenant général, 1<^'' mars 1738; mort à la Rochelle, 27 octobre 1756.
Son frère, le comte Louis-George, né en 1684 ; capitaine au régiment du Roi, 17 janvier 1706; failles campagnes d'Italie 1733, 1734, 1735; brigadier, 5 mars 1738; maréchal de camp, 20 février 1743 ; attaché au duc d'Orléans, f"^ février 1752; mort le 3 mars 1758.
qu'il y avait sur les ailes des partis qui tinrent en bride ceux de Mons et de Charleroi. Il se rend en quatre jours à Meldert, près de Tirlemont, en passantàNivelle, Genappe et Wavre. Pendant ce temps M. duGhayla lève le camp de Dendermonde vers le canal et la Senne, et campe sa cavalerie sur une ligne, la droite au grand Willebroeck et la gauche au ruisseau d'Eykerliet ; l'infanterie par brigades depuis le petit Willebroeck jusqu'à Vintham, et en avant des compagnies de M. de Ghâlillon, colonel d'un régiment de grenadiers royaux, occupant la digue depuis la Rupel jusqu'à la barrière du fort Sainte-Marguerite.
Dans la nuit du 11 au 12, M. de Lowendal s'était porté sur la Dyle pour en assurer les approches; pendant ce mouvement l'armée marchait en cinq colonnes, commandées par MM. d'Harcourt, le chevalier de Belle-Isle, Contades, d'Hérouville, de Brezé. Elle appuie sa droite à la censé du Saint-Esprit, vis-à-vis Rostelaer, entre Louvain et l'embouchure du Demer. Le 14, M. d'Estrées arrive de Meldert, près de Tirlemont, et, en trois marches, se porte à Herenthals, passant par Aerschot et Westerloo.
Le 15, l'armée du roi campe sous Malines, oîi le roi prend son quartier, et le maréchal dans le faubourg de Wavre-Notre-Dame. Ge mouvement sur la gauche des ennemis leur fit abandonner précipitamment leur dernière position derrière la Nethe, ayant quitté les environs de Louvain et la Dyle. La mésintelligence régnait entre le général Bathiany et le prince de Waldeck. Le premier voulait se retirer sur Bréda, le dernier sous Berg-op-zoom : ils ne firent ni l'un ni l'autre; ils descendirent vers Bois-le-Duc, laissèrent des troupes à Anvers, au fort Sainte-Marguerite, et bien des soldats en arrière, qui passèrent de notre côté, surtout des pandours, dont on forma ensuite une compagnie à Gand.
Le 18, l'armée fît une nouvelle marche qui éloigna de plus en plus les alliés (1). Elle part du camp de Malines sur cinq colonnes, précédées par M. de Lowendal, qui établit un pont au village d'Acht, du côté de Lierre. Elle campe sous celte dernière ville, oii l'on s'empare de belandres chargées de fourrages pour les Autrichiens.
(1) Ils avaient reçu 2 B. de Maestricht et quelques autres troupes, formant 48 B., dont 25 autrichiens, 17 hollandais, 6 hanovriens ; quelques troupes hessoises, 110 E., et 6,000 hommes de troupes légères.
Le même jour, M. du Chayla, ayant fait successivement plusieurs détachements vers le fort Sainte-Marguerite, en ordonna l'attaque à M. de Châlillon, qui l'emporta. La garnison capitula sur-le-champ, et se rendit avec son artillerie. Après cette expédition, M. du Chayla détache de son corps le régiment de Bourbon-Biisset cavalerie (I), et l'envoie à Malines pour servir aux escortes, n'y ayant dans celte place que 2 B. de milices avec M. de Courbuisson, qui y était resté. Il passe lui-même du camp de Villebroeck à celui de Malines avec toutes ses troupes, appuie sa droite au grand chemin de Lierre, la gauche au pavé d'Anvers, le ruisseau devant la ligne, et son quartier au même faubourg où avait été celui de M. le maréchal de Saxe. Le siège d'Anvers résolu, M. de Clermont s'avança sur cette place, rejoint par la plus grande partie du corps de M. du Chayla.
Le 23, la ville se rendait, et tout de suite il fit la circonvallation de la citadelle, reconnut les points d'attaque avec MM. de Brezé etd'Aumale, pour déterminer les dépôts et les appuis de droite et de gauche. Les journées du 24 et du 25 sont employées aux fascines, aux gabions, aux claies, à tous les préparatifs du siège, puis il ordonne l'ouverture de la tranchée.
La nuit du 26 au 27, il pousse le boyau de la droite au chemin couvert de la communication de la ville à la citadelle. Celui du centre allait sur la capitale du bastion de Tolède, et retournait à gauche vers la redoute pour faire une seconde parallèle. L'on commença sur la droite et sur la gauche des batteries de canon. Les ennemis firent un grand feu. Dans la nuit du 27 au 28, sont établies à la droite quatre tranchées de zigzags, le long du chemin couvert de la ville à la citadelle, trois branches au centre sur la capi-
(I) De Bourbou-Busset (François-Louis-Antoine, comte), né le 26 août 1722. Aux mousquetaires, le 19 décembre 1737; oblienl une compagnie dans le régiment d'AndIau-cavalerie, 28 août 1741. A l'armée du bas Rliin en 1745, blessé à Rosbach (1746), Flandre; brigadier maréchal de camp, le l^'^mai 1758. En 1761, à l'armée d'Allemagne sous le maréchal de Broglie; août, brevet qui le rétablit cousin du Roi. Lieutenant général , mars 1780; mort le 16 janvier 1795. Son frère, Bourbon- Chalus, aux Dragons de la Reine. Leurs petils-fils aux zouaves de Charette.
Cette branche de Bourbon est issue de Louis de Bourbon, évèque de Liège, et de Catherine d'Egmont, duchesse de Gueldre. Louis de Bourbon desceu'Iait en ligne droite de saint Louis.
taie de la demi-lune, et à la gauche une demi-parallèle avec sa communication. Du 29 au 30, les batteries commencèrent à tirer avec un feu très vif qui en imposa à celui des assiégés. Après le couronnement, la place est réduite à subir la loi du vainqueur. Le 31, M. de Vied arbore le pavillon blanc et capitule, pour livrer les portes le l" juin, évacuer, le 2, les forts des deux rives de l'Escaut et sortir, le 3, avec les honneurs de la guerre.
Pendant que l'armée du maréchal de Saxe contenait les alliés et déconcertait leurs projets, on arrêta l'expédition contre le Hainaut autrichien. Le 26 était confié au prince de Gonti le siège de Mons. 16 B. et 35 E., détachés de Flandre avec M. de Boufflers, dont les marches sont marquées par Malines, Bruxelles, Hal, Braine-le-Comte, pour joindre le i" aux Estinnes, et 24 B. et 37 E. sous M. d'Estrées, partis le 28 du camp d'Herentals, arrivaient le même jour à Westerloo, le 29 à Aerschot, et le 30 à Louvain. Quant aux alliés, ils se retirèrent au delà de Bréda, leur droite à Gertruydemberg, la gauche àOesterhout, d'où ils envoyèrent des postes du côté de Maestricht pour conserver la communication de la Meuse à Ruremonde ou Yenloo, y attendant des renforts d'Allemagne. Ainsi ils évacuaient le Brabant, dont la conquête fut terminée par celle d'Anvers.
Le premier jour de juin, M. d'Estrées campe à Wavre, le 2 à Genappe, le 3 à Pont-à-Celles, et le 4 à Boussois, où il appuie sa droite, et sa gauche vers (les basses) Estinnes-au-Val; tous ses grenadiers séparément de l'autre côté de la Haine. M. d'Estrées, posté de manière à ne laisser entrer aucun secours dans Mons, alla reconnaître les enviions de celte place, en attendant le corps de M. de Boufflers. Ce dernier, parti du camp de Bouchout, campe ce jour-là sous Malines, le 3 à Anderlecht sous Bruxelles, d'où il détache, le 4> M. d'Aguesseau pour Hal et Braine-le-Gomte, à la hauteur du village de Maisières, afln de former l'investissement de Mons de l'autre côté de la Haine. Le S, M. de Boufflers était en marche avec le reste de ses troupes et passe d'Anderlecht à Hal, campant le lendemain à Soignies, en même temps que l'armée arrivait de Bouchout sous Anvers. Les troupes légères restèrent à Brecht et dans les environs sur la Nethe avec M. de Berchiny, pour contenir celles des alliés occupant Westmalle sous M. de Baronay.
Le 7, l'armée se remet en marche sur six colonnes pour une autre
position en avant d'Anvers, du côté de Raust, oîi M. de Saxe prit on quartier. M. de Glermont campe avec la réserve à Havorst et M. du Chayla resta sous Malines avec un détachement; le 6, M. le prince de Conti arrive à Maubeuge et donne les ordres à M. d'Esrées pour l'investissement de Mons. Ce jour même, son corps et celui de M. de Boufflers environnent cette place : le premier, du côté de la porte de Bertamont, depuis Cuesmes jusqu'à la chaussée de Mons à Charleroi près de Maisières; le second, du côlé de la porte de Nimy, depuis cette chaussée, où appuyaient les grenadiers royaux, jusqu'auprès de l'inondation, où la brigade de Grillon fermait la ligne de circonvallation. Notre ligne était composée de 40 B. et 41 E., sans que les troupes des deux corps se trouvassent mêlées, savoir : 8 B. et 13 E. de celui de M, de Boufflers depuis le village de Gelain jusqu'à celui de Maisières; les 8 autres B. et 12 E. de l'autre côté de îa Haine, depuis cette rivière au-dessus du village de Nimy jusqu'au chemin de Mons à Charleroi ; 4 B. et 8 E. de M. d'Eslrées depuis cette chaussée jusqu'à la haute Trouille; un pareil nombre à Belian pour couvrir le quartier général, et 16 B. depuis Belian jusqu'à Cuesmes. En outre, 16 E. occupaient le camp de Givry prèsdeGrandreng, couvrant la' communication; 5 à Horne, masquant Sainl-Ghislain; 1 B. des hussards et dragons à Binch, assurant les derrières du côté de Charleroi. En tout, 41 B., 62 E., plus 1 B. d'artillerie. On s'empara tout de suite de la redoute dite le Magasin à bois.
Le 9, M. de Gonli se rend de Maubeuge au camp devant Mons, travaille aux préparatifs du siège, et construit une batterie pour battre la redoute de Nimy.
Le 10, il visite la circonvallation de la place, reconnaît les positions que son armée pourrait prendre en avant contre l'ennemi, dan^ le cas où il se présenterait dans le but de faire lever le siège; il désigne une marche "^^ur six colonnes pour se porter au champ de bataille depuis Boussoi» jusqu'aux Estinnes. Le même jour, il retourne à Maubeuge.
La nuit du 10 au 11, des pièces à barbette sont placées pour prendre en écharpe la communication et le pont-levis de la redoute de Nimy. L'ennemi ayant fait une sortie pour tenter de brûler la tête de ce village et de renforcer la redoute, il fut repoussé, le pont rompu, et la redoute emportée.
Le li, est commencée une batterie contre la tête du parc, espèce d'ouvrage à corne à la rive droite de la Haine; puis sont continués les préparatifs du siège, en attendant l'artillerie, dont les transports se faisaient avec beaucoup de difficulté, à cause des pluies continuelles qui tombaient depuis huit jours.
Le 13, M. de Conti fait passer i B. de milices de Bruxelles à Hal, afin d'entretenir une espèce de communication avec le camp de Mons. 1 autre B. de milices d'Alost à Bruxelles, 2 E. de Louvain à Wilvorde et Malines, et 2 autres à Bruxelles. Il envoya en même temps ordre aux 8 E. d'Alost, Bruxelles et Wilvorde de venir joindre l'armée.
Les jours suivants, M. de Saxe eut l'avis que les alliés, retranchés dans leur camp deTerheyden près deBréda, venaient d'y recevoir un renfort de 10 B, et 10 E. hanovriens, venus d'Angleterre avec une partie des Hessois; qu'ils attendaient incessamment les troupes anglaises; que, d'un autre côté, ils comptaient encore sur un corps de 15 à 20,000 Autrichiens leur venant du Rhin; qu'ils avaient poussé un détachement à Hogstralen dans le Hoëglande. Il fait exécuter les ordres envoyés, le 13, pour le mouvement de quelques troupes dans les places, reçoit les 8 E. qu'il avait mandés au camp de Raust, campe la maison du roi entre la Dendre et le canal et les grenadiers royaux sous les faubourgs d'Anvers, renvoie les pièces de 24 qui avaient servi au siège de la citadelle d'Anvers, d'autres à Bruxelles et à Tournai pour servir de supplément à l'artillerie du siège de Mons.
Il ajouta le commandement de Malines et de tous les forts de l'Escaut à celui d'Anvers en faveur de M. d'Hérouville , avec ordre de conserver, réparer et approvisionner la citadelle et les forts Philippe et Sainte-Marie, et de raser celui de Sainte-Marguerite, au-dessus duquel il comptait faire construire un pont. Il établit un rîouvel ordre de bataille de i'armée et de tous ses détachemenls qui devaient rester dans leur position. Le prince de Conti arrive, le 16, à son quartier général de Belian, reçoit de M. d'Estrées les détails des opérations pendant son absence, et, le 17, établit une nouvelle batterie.
Le 18, arrivent 1 B. d'artillerie, 6 B. et 13 E. que M. de Lautrec amenait desÉvêchés; ils sont tout de suite distribués dans la ligne
de circonvallation; MM. de Maupeou et Redmont sont désignés alternativement de tranchée.
Le 22, M. deLautrec lève le camp de Givry et marche à celui de Rouveroy, avec son quartier général dans ce dernier village, appuyant sa gauche et sa droite h Grandreng. L'armée se composait alors de 48 B., y compris 2 d'artillerie et 75 E. : 45 B. et autant d'E. dans la circonvallation de Mons; 2B. et 21 E. au camp de Rouveroy; 1 B. et 4-E.à celui de Binch; 5 E. à celui de Horn, près Saint- Ghislain. Ces trois derniers camps assuraient les convois, contenaient les partis de Charleroi et Namuravec des détachements à Soignies, Malplaquet, au grand Roeulx et à Villers. Quanta l'ennemi, il n'avait de ce côté-ci que ses garnisons et quelques troupes légères.
Le 22, il yeut un nouveau fourrage général entre les deux Schinnes du côté de Winneghem, sous la protection de fusiliers et de cavalerie, avec des patrouilles en avant, tant du régiment de la Morlière que du corps de Glermont, le tout aux ordres de M. de Rosen, de jour et sans la moindre opposition de la part de l'ennemi. M. le maréchal apprenait que les alliés avaient augmenté de 15,000 hommes le corps poussé à Hogstraten, qu'ils avaient aussi en avant des hussards qui patrouillaient depuis Tourhout jusqu'à Diest, qu'ils devaient marcher sur la Meuse pour faire leur jonction avec les Autrichiens venant du Rhin, que des barques chargées d'artillerie arrivaient de Namur à Maestricht avec un nouveau renfort d'Angleterre et d'Ecosse, mais qu'ils souffraient beaucoup de la disette.
Le 23, M. de Gonti, ayant reçu son artillerie, détermine deux attaques par la porte de Bertamont et par celle de Nimy (1). Du 24 au
25, la tranchée est ouverte, et à la seconde on pousse jusqu'à l'angle saillant du chemin couvert de l'ouvrage à corne de Nimy. Le
26, il se détermine à construire un pont de la Durme au village de Hans-Caulieu , de l'établir ensuite sur l'Escaut, 1 B. de milice en gardant la tête. Les travaux des tranchées ayant été poussés fort activement, on s'empara, du 26 au 27 juin, de deux redoutes dans l'inondation ; l'une, dite le fort Corbeau, emportée par M. de la Houlière; l'autre, le fort de l'Écluse, par M. deCondu. Du 27 au 28, prise
(1) Dans la première, il y avait 4 R., G compagnies de grenadiers et carabiniers à pied pour couvrir une batterie; dans la 2*', 3 B. de grenadiers.
de l'ouvrage à corne en avant de la porte du parc sur la Haine, appelé le fort Frison, ce qui, joint à la prise des forts Corbeau et de l'Ecluse, et de quatre autres redoutes occupées depuis l'ouverture de la tranchée du côté de Nimy, acheva de nous donner la clefdu premier étage des inondations, retenues successivement de chute en chute par différentes digues. Le 28 au matin, l'artillerie tirait du côté de Bertamont et de Nimy. La sape fut commencée le 30.
Le 1" juillet, le maréchal se rend à Anvers, visite le terrain audessus de la Tête de Flandre, palissade la ville, et presse les réparations et approvisionnements de la citadelle et des forts. Le travail des attaques de Bertamont et de Nimy nous conduit au couronnement du chemin couvert depuis la face droite de la demi-lune jusqu'à l'inondation de la gauche. Alors, le 2, le prince de Conti se dispose à l'attaque du chemin couvert du côté de Bertamont, pendant qu'à Nimy on continue le logement du chemin couvert sur la branche de la demi-lune de l'ouvrage à corne jusqu'à la place d'armes rentrante qui conduit à la descente du fossé. Le 6, le maréchal, informé de toutes parts que les Hessois arrivaient à l'armée des alliés, alors au nombre de 45,000 hommes, sans compter 7 régiments d'infanterie anglaise débarqués à Willemstadt avec le général Ligonier; que toutes ces troupes devaient se tenir prêtes à joindre les Autrichiens vers la Meuse; que pour couvrir leur flanc il y avait déjà des hussards à Gheel en avant de Turnhoiit, où se tenait le reste des troupes légères, détermine son mouvement de bonne heure pour repasser la Nethe, sans attendre que les alliés vinssent en force devant lui, parce qu'il est toujours dangereux de passer une rivière en présence de l'ennemi, surtout comme celleci qui a le flux de la mer, et qui est périlleuse pour les bateaux. Le 8 juillet, le camp de Raust est levé. Les troupes marchent sur trois colonnes de front, campent sur deux lignes, la première d'infanterie de 66 B., la seconde de cavalerie, la droite à Iteghem sur la Nelhe, la gauche à Lierre, quartier général. La réserve de Glermont quitte aussi son camp d'Hovorst, marche par Grobbendonck, passe la Nelhe sur les ponts d'Ekelsbruck et d'Iteghem, et campe à la droite de l'armée, entre Boisschot et Heitenberg, où le prince prit son quartier. Le régiment de Grassin occupe Aerschot.
Le même jour, M. de Monnin arrive sous Bruxelles avec 8 B. et 42 E. détachés du corps de M. de Boufflers; M. de Conti le renvoie
bientôt après, parce qu'il en venait nn autre des Évêchés pour le remplacer devant Mons. On détache à Anvers la brigade de Beauvoisis et le régiment de Saluces-cavalerie, jusqu'à nouvel ordre, pour renforcer la brigade de milieu et mettre M. d'Hérouville en état de soutenir la citadelle ainsi que les forts, où M. du Blaisel commandait sous ses ordres, de même que M. de Laumont à l'ouvrage appelé ïôte de Flandre. La position de l'armée dans son nouveau camp reste inattaquable et en état d'attendre tranquillement les mouvements des ennemis, et à portée ou d'arriver avant eux sur la Cette, s'ils marchaient de ce côté-là, ou de secourir Anvers en cas de siège. Il était important de conserver cette place : elle mettait à découvert la frontière de Hollande, assurait nos quartiers dans le Brabant et empêchait les alliés de s'y établir. Le siège de Mons continuait. Dans la nuit du 5 au 6, aux attaques de Bertamont, de Nimy, est achevé le passage du fossé de la contrescarpe, et, la brèche s'y trouvant bonne, on s'y loge. Dans la nuit du 7 au 8, prise du côté de Bertamont de l'ouvrage à corne; le 9, l'ennemi abandonne une partie du chemin couvert avec son avant-fossé au front de la gorge de l'ouvrage à corne. Le travail se trouve si avancé que les assiégés craignent un assaut.
Le dO au matin, ils arborent le drapeau blanc, quoique à l'attaque de Bertamont, la plus avancée, il y etàt encore une demi-lune et une contrescarpe avec leurs chemins couverts à prendre, bordées r une et l'autre d'un fossé rempli d'eau, outre les ouvrages de la place où il aurait fallu faire brèche avec les descentes du fossé. A H heures du soir, ils acceptèrent les propositions du prince de Conli et se rendirent prisonniers de guerre, pour livrer, le 11, une des portes de la ville et sortir le 13 suivant les deux capitulations signées par le comte de Nava pour les Autrichiens et par le prince de Hesse-Philippstat pour les Hollandais (1).
MM. de Saint-Segraux, de la Marre et Durre entrèrent dans Mons, le premier pour y commander, le second comme lieutenant de roi, le dernier en qualité de major, avec une garnison de 4 B., ensuite relevés par 3 B. de milices, que M. le maréchal de Saxe y envoya parce que cette place se trouvait dans son commandement.
(I) M. de Narbonnc est envoyé au roi avec les deux < apitulations, et M. Ctiaiivelin avec 32 drapeaux el un étendard montés sur leurs piques, et une paire de timbales.
Pendant les derniers jours de ce siège, sont renvoyées en deux divisions les troupes détachées de son armée, l'une de 8 B. et 12 E., commandée par M. de Monnin, qui se rendit d'abord par Soignies, Braine-le-Comte et Bruxelles à Louvain; l'autre de 8 B. et 13 E., aux ordres de M. de Boufflers, qui se porta ensuite par la même route au camp sous Malines. En même temps arrivaient un renfort de 15 B. et 44 E., un détachement d'artillerie, venant de Sedan en trois divisions sous M. de Ségur. Le siège de Charleroi décidé, comme tout en coupant la communication de Namur à Charleroi il devenait difficile de laisser Saint-Ghislain en arrière, M. de la Fare fut chargé de l'assiéger avec 6 B. et 5 E.
Le 10, le maréchal apprit que les 7 régiments anglais débarqués à Willemstadt marchaient au camp des aUiés et devaient être suivis de 6 autres régiments qu'on embarquait en Angleterre; que cette armée devait se porter le 12 à Eindhoven, pour joindre les Autrichiens arrivés le 5 à Venloo; heureusement, un courrier lui apporta en même temps la nouvelle de la prise de Mons. Aussi, le 12, écrit-il à M. d'Argenson que, les Autrichiens ayant passé la Meuse et les alliés ayant reçu ordre de les joindre, il comptait se porter, en suivant leurs mouvements, sur la Gelte. Il demande s'il peut entrer dans le pays de Liège, en cas de besoin, et tirer les Irlandais des places maritimes, ou des milices pour les garnisons de Bruxelles et de Malines. Le ministre lui répondit aussitôt qu'aucun motif de neutralité ne pouvait l'empêcher d'entrer dans le pays de Liège en payant tout argent comptant, lorsqu'il serait nécessaire d'y prévenir l'ennnemi ; qu'il pouvait aussi tirer des milices des places du royaume pour compléter ses troupes ou ses garnisons, préférablement aux Irlandais, qui n'étaient pas en assez bon état, et que les carabiniers avaient ordre de partir de Mantes pour aller le joindre.
Le 13, le prince deConti quitte Mons avec le reste de ses troupes, campe à Binch, oia il laisse M. de Raymond; le 14, à Trazegnies, et le 15 à Gosselies, où il est joint par 6 régiments de cavalerie et de dragons du camp du Chastelet et des détachements restés à Bouveroy : il établit son infanterie sur une ligne, ayant à sa droite 16 E., 20 à la gauche, io sur le flanc et 6 en avant. Il détacha M. d'Estrées avec 2 B. et 20 E. sur Genappe, afin de couvrir ses derrières et de joindre M. de Saxe, en cas d'une bataille,
parce que les alliés, ayant reçu de gros renforts d'Angleterre, se préparaient à joindre sur la Meuse les Autrichiens qui y arri vaient d'Allemagne. Il envoie aussi 9 E. à Sombreffe près de Gembloux avec M. de Mortaigne, et mande à M. de Chazeron, qui commandait en son absence dans les Évêchés, d'en faire partir les régimenls de Champagne et de Rosen, pour venir sous Mézières et Marienbourg aux ordres de M. de Fremeur. Il demande 27,000 pionniers (18,000 du Hainaut, 6,000 du comté de Namur, et 3,000 du Brabant- Vallon) pour travailler aux lignes de Gharleroi et démolir les fortifications de Mons, qui devait avoir le même sort que les villes d'Ath, d'Audenarde, Ypres et autres. Enfin il envoie ses derniers ordres et ses instructions à M. de la Fare pour le siège de Saint-Ghislain. Arrivé devant cette place avec ses 6 B., 5 E., les ingénieurs et son artillerie, M. de la Fare en reconnaît les environs et travaille à ses communications et à son parc d'artillerie; il place une partie de ses troupes en avant de Quareglon entre "Wasmes et Hornu, et le reste en avant de Baudour, redoute bien fortifiée qu'il se proposait d'attaquer.
Le 16, les préparatifs du siège sont dirigés sur le fort de Baudour, en même temps que les coupures de la chaussée; dans la nuit du 17 au 18, MM. de Lillebonne et Melet, colonel de Mailly, s'emparent de Baudour; le 18, est placée la grosse artillerie.
Le 19, au matin ces'batteries tirèrent et prirent bientôt la supériorité sur celles de la place. C'est sous la protection de ce feu que l'on fit une seconde coupure à la chaussée de Baudour pour accélérer l'évacuation des eaux. La rivière est coupée, jetée dans les Waltvegands communiquant avec la grande inondation, travail d'autant plus nécessaire que l'on devait ouvrir la tranchée de ce côté. Pendant les préparatifs si heureux du siège de Saint-Ghislain commençaient ceux de Gharleroi, où étaient arrivés les pionniers et une partie de l'infanterie du camp de Gosselies. L'armée qui devait protéger le siège de Gharleroi ne restait pas inactive. Le général Bathiany ayant notifié, le 18 juillet, à l'État de Liège qu'on eût à lui fournir des rations pour son armée (90,000 h.) qui devait être le 19 à Peer, Bree et Hamont (Gampine liégeoise), et se porter le 21 et le 22 sur Hasselt, le maréchal de Saxe fit venir M. de Montesson avec la maison du roi entre la Dendre et le canal,
fit partir le 19 son armée de Lierre, sur quatre colonnes (1), passa la Dyle entre Malines et Werchter, et campa la droite au pont de Rotselaer sur celte rivière, la gauche à Èvre tirant sur Malines, avec le quartier général à Wespelaer. Une cinquième colonne, composée des Gardes et de l'artillerie, vint par Malines et campa à la droite de la chaussée. La réserve de M. de Clermont passe le Demer à Aerschot, et s'établit à Rillaer sur cette rivière entre Aerschot et Sichem , où furent envoyés 4 B. du corps de Boufflers arrivé sous Malines. Un détachement de cette réserve occupe Aerschot, le régiment de laMorlièreà Sichem et les Grassins à Diest. On apprit, le 21, que les ennemis avaient quitté, le 17, leur camp de Terheyden près de Bréda, et qu'ils étaient venus le 19 à Eindhoven pour faire leur jonction avec les Autrichiens. Le 24 juillet donc, Tarmée part de Wespelaer sur cinq colonnes, passe la Dyle aux environs de Louvain, et campe à Perck sur deux lignes en avant de cette place, la droite appuyée au bois d'Heverie, marquant la trouée de Meldert, la gauche à l'abbaye de Bierbeck, avec quatre redoutes. M. de Clermont se mit aussi en marche de Rillaer, et alla camper à Diest avec sa réserve. M. de Lowendal va de Louvain à Tirlemont avec 13 B. et 58 E.; la maison du roi campait sur la chaussée de Bruxelles à Louvain, à l'abbaye de Castelberg; M. de Boufflers amena de Malines 4 B. et 13 E. Par cette position jus qu'à Diest et Tirlemont, nous forcions les alliés à faire un long circuit pour secourir Gharleroi et nous n'en étions qu'à douze lieues.
Cependant, le prince Charles ayant poussé par Peer une tête de 15,000 hommes à Hassell, le maréchal fit reconnaître les environs de Tirlemont jusqu'à Jodoigne, le 26, et remarqua de bonnes positions sur la grande Gette. Pour éviter les surprises, il reconnut aussi une marche sur Corroy et Gembloux à quatre lieues de Gharleroi, dans le cas où les ennemis s'y porteraient. Ceux-ci cependant, en mouvement, à la date du 29, depuis Saint-Trond jusqu'à Tongres, avaient été rejoints par les 15,000 hommes d'Has-
(1) Commandées par MM. de Clermont-Gallerande, de Bérenger *, d'Hérouville et d'Harcourt.
" De Bérenger (Pierre du Gua, comte), né vers 1G91. Maréchal de camp. Enseigne au régiment de Leuvillc en 170.'i. Maréchal de camp le 1'^^' mars I7:{8. F-iculenant général le 2 mai 1744. Décédé le 24 juillet 1751.
selt, que le prince Charles avait pris à Lean et que le général Tirps poussait par détachements jusqu'aux environs de Tirlemont.
Le 30, le maréchal, sur l'avis que les ennemis avaient dépassé Waremme, ne doutant plus de leur dessein, rapproche M. de Clermont de M. de Lowendal , appuyant sa droite à Budingen le long de la grosse Cette et sa gauche à Betz; il envoie les gros équipages à Bruxelles, quitte, le soir, Perck, se portant par Wavre sur Gembloux. L'armée le suit, dans la nuit, sur six colonnes (1).
Le 31 au matin, le maréchal arrive à la hauteur de Corroy, rejoint par M. d'Estrées avec ses 8 B. et 38 E. détachés de l'armée de Conti. II s'avance avec lui dans la plaine de Gembloux ei de Walheim, et décide lui-même de la position de son camp. L'armée y arrive sans aucun inconvénient après une marche forcée de sept grandes lieues par des chemins difficiles, tant la nuit que le jour. Jointe par les corps de Clermont et de Lowendal, elle campe la droite en arrière de Sauvenière, le quartier général à Walhem, la gauche au village de Saint-Martin, masquant la trouée des Ginq-Éloiles, unique chemin par oii l'ennemi pût entrer dans la plaine. L'armée se composait alors de 108 B. et de 194 E., non compris le corps de M. d'Estrées, qui retourna à Corroy pour masquer le passage du Mazy sur l'Orneau.
Par cette position, l'on se trouva entre Tarmée de Conti et celle des alliés, qui vint camper entre Wasseiges et Jauche, la droite à l'abbaye de Bonefle, où le prince Charles établit son quartier, la gauche à la Méhaigne. Ainsi le siège de Charleroi était entièrement couvert, et cette place eut bientôt le même sort que celles de Mons et de Saint-Ghislain. En effet, pendant ces opérations du maréchal de Saxe, le prince de Conti avait établi, à la date du 22 juillet, son quatier général à Marchiennes, et donné à ses troupes .une position stable autour de Charleroi, dont la circonvallalion avait été entièrement achevée par celles restées à Gosselies et à Mons.
Son armée comprenait 47 B. et 94 E. Il y avait dans la circonvallation de Charleroi 36 B. et 32 E. ; dans la plaine de Fleurus,
(1) Commandées par MM. de Biron, de Malezieu, de Bulkeley, d'Hérouviiic, du Chayla et d'Harcourt.
3 B. et 24 E. aux ordres de M, de Lautrec; au camp de Genappe, 2 B. et 20 E. sous M. d'Estrées; 9 E. et les chasseurs de Fischer à Somhreffe avec M. de Mortagne; enfin 6 B. et 5 E. de dragons à Saint-Ghislain, et 4 E. sous Mons, aux ordres de M. de la Pare.
Le prince de Gonti avait fait ouvrir la tranchée devant Saint- Ghislain, la nuit du 21 au 22, du côté du fort de France sur la rive droite de la Haine. La tête de l'ouvrage fut portée près de ce fort au bord de la rivière; dans la nuit du 23 au 24, on s'approche du fort de France. Le 24, M. de Faudoas, à la tête de compagnies de grenadiers suivies de travailleurs, s'empare du fort de France et s'y loge ; il perfectionne la communication avec la digue, rase la redoute à mâchicoulis et travaille à deux batteries dans l'épaisseur du parapet.
Le 25 après midi, le commandant de Saint-Ghislain, M. Spalaert, n'ayant plus que le corps de place, capitule et se rend prisonnier de guerre avec sa garnison, qui devait être conduite, le 13, à Mons. M. de Broglie, aide-major général, est nommé gouverneur de la place. M. de la Fare, ayant rejoint l'armée avec les troupes du siège, renforce le corps de M. d'Estrées, dont les 8. B. et les 28 E. passent à Corroy, du côté de Gembloux. Aussitôt les préparatifs du siège de Gharleroi terminés et l'artillerie arrivée, trois attaques sont décidées : la première, à la porte de Bruxelles (1) ; la seconde, du côté de Montigny, vers la basse Sambre (2); la troisième, sur la basse ville, en avant du village de Marcenelle (3). La nuit du 30 au 31, prolongement des parallèles des trois côtés et établissement des batteries, qui tirèrent au point du jour, sous les ordres de MM. de Fiennes, de Fénelon et de Lautrec. Le premier s'empare de deux redoutes à l'attaque de Bruxelles, le second prend la redoute des Paysans à Tatlaque de Montigny, et le troisième celle de Marcenelle, qui était fraisée, palissadée, entourée d'un fossé de cinq pieds de profondeur, fort large et rempli d'eau.
Le 1®' d'août au matin , toutes les batteries tirèrent et imposèrent silence à celles des assiégés, qui abandonnèrent presque
(1) C'était celle qu'avait suivie Vauban en 1691. Pour l'ouverture de la tranchée, élait désigné M. de la Motheavec 2 B. et des grenadiers.
(2) A la tranchée, 2 B. et des compagnies de grenadiers.
(3) A la tranchée, M. de Maubourg avec 1 B. et des piquets de dragons.
tous leurs ouvrages extérieurs. Le soir ils évacuèrent aussi la ville basse, et le magistrat arbora le pavillon blanc; mais il était trop tard, il ne fut point écouté, parce que nos troupes y étaient entrées, et comme il n'y avait point eu de condition préalable, on ordonna l'inventaire des effets appartenant à la reine de Hongrie, aux Hollandais et aux bourgeois, comme dans une ville prise à discrétion. Il ne restait plus que la ville haute, et le 2 août le commandant capitula. Cette dernière conquête, faite en cinq jours, termina celle du Hainaut autrichien.
Les jours précédents, M. d'Estrées, à qui le prince de Conti avait envoyé 12 E., alla avec ses 8 B. et ses -40 E. au-devant du maréchal de Saxe, qui vint ce jour-là de Perck, près de Louvain, camper dans la plaine de Gembloux et de Walheim, à quatre lieues de Charleroi, et y prévint le prince Charles, qui s'arrêta à Boneffe sur la Mehaigne. M. d'Estrées revint camper, sa droite au château de Corroy, sa gauche au grand Manil, pour masquer le débouché du grand Mazy, vis-à-vis duquel M. de Mortaigne vint aussi de Sombreffe avec ses 9 E. M. de Lautrec lève en même temps le camp d'Heppi gnies, et prend avec ses 3 B. et 24 E. une position derrière le camp de M. d'Estrées. Ces troupes devaient seconder M. de Saxe en cas de bataille, et, dans la crainte que l'ennemi ne la livrât, on pressa le siège de Charleroi; aussitôt la ville prise, M. de Conti annonça qu'il amènerait, s'il le fallait, 40 B. et 97 E.
Avant d'exposer la suite des opérations, il est nécessaire d'indiquer quelles étaient les positions et les forces des trois armées qui se trouvaient autour de Charleroi à la fin de juillet 1746. M. de Conti faisait le siège de la place avec 36 B. et 32 E. ; 11 B. et 65 E., aux ordres de MM. d'Estrées, de Lautrec et de Mortaigne campaient, la droite au château de Corroy, la gauche au grand Manil; l'armée du maréchal de Saxe (108 B. et 194 E.), dans la plaine de Gembloux, la droite à Sauvenière, le quartier général à Walheim; la réserve de M. de Clermont, à Saint-Paul, la gauche au village de Nil-Saint-Martin, où était le corps de M. de Lowendal, qui masquait la trouée des Cinq-Étoiles. L'armée du prince Charles, aussi nombreuse que la nôtre, prévenue dans sa marche par notre subite arrivée dans cette plaine, avait été obligée de s'arrêter entre la Cette et la Mehaigne ; elle campait la droite à Jauche, la gauche à la Mehaigne, le quartier général à l'abbaye de Bonelfe, où il y
avait une avant-garde de troupes légères tirant des milliers de rations de pain de Namur.
A la suite de quelques escarmouches (1 et 2 août) avec avantages divers, le maréchal de Saxe eut, le 3, avec M. de Conti une entrevue au château de Corroy, pour donner une nouvelle position à leur armée, par suite du mouvement de celle des alliés. Ils avaient passé la Mehaigne la nuit précédente et se formaient la droite à Asche, position des Autrichiens, la gauche près les Isnes, les troupes des autres nations ayant leur quartier général à Saint- Denis, d'oii le prince Charles reconnut le camp de Corroy.
Alors l'armée du maréchal marche sur sept colonnes et campe sur trois lignes, la droite au ravin du grand Manil, touchant presque à la gauche du camp de Corroy; le quartier général reste h Walheim, et la gauche est portée au bois du Bus, derrière et sur le flanc gauche du corps de M. de Lowendal. Celui-ci, gardant toujours la trouée des Cinq-Étoiles, fut renforcé de 1 brigade et de 1 régiment de grenadiers royaux. La réserve de M. de Clermont reste, la droite au château de Saint-Paul, la gauche à Tourinne-les-Ordous ; des compagnies de grenadiers occupent l'abbaye de Gembloux. Le même jour, le prince de Conti avec les troupes du siège appuie sa gauche à Corroy, en continuation de l'armée du maréchal, ce qui formait une ligne de cinq lieues d'étendue qu'on devait garder jusqu'à ce qu'on eût comblé les tranchées de Charleroi, où restaient quelques troupes.
Les ennemis changèrent aussi de position, et campèrent, la droite à Lonchamps, la gauche un peu au-dessus de Mazy, Nous envoyâmes une reconnaissance sur Jodoigne, Tirlemont et Louvain, et, le 7, le maréchal fait faire à ses trois lignes un mouvement en arrière pour empêcher l'ennemi de canonner ses premiers rangs un peu trop avancés sur le ruisseau de l'Orneau, détache M. de Saint-Germain à Wavre avec 2 régiments de dragons pour maintenir sa communication avec Bruxelles et Louvain, et s'occupe, le 13, de rétablir la ligne des paysans armés sur la frontière deThiérache et de la Champagne, où les troupes légères ennemies se répandaient, ne négUgeant pas, en outre, la sûreté du pays entre Sambre et Meuse. M. de Ségur se forme sous Philippeville avec 6 B. et 46 E. de l'armée de Conti ; le reste des troupes se rassemble au camp de Corroy.
Le 14, l'armée du prince de Gonti vient campera Libresart, derrière le comte de Saxe, et la réserve de M. de Clermont avance en même temps par sa gauche et campe à Orbais, la droite à Geest, la gauche en arrière d'Ofî'us.
A ce moment, un dissentiment grave éclata entre les généraux de nos deux armées. Un conseil de guerre ayant été tenu, le prince de Conti et ses officiers généraux voulaient attaquer, et le maréchal de Saxe s'y refusait. Le prince prétendait qu'étant prince du sang, il ne pouvait recevoir d'ordres de personne, et le maréchal, de son côté, répondait que, le roi lui ayant confié le commandement de son armée avec le titre de généralissime, c'était à lui de faire les dispositions qu'il jugeait convenables pour le bien du service. Le prince (I) ne voulut rien entendre et partit pour Paris : conduite blâmable chez un jeune homme de vingt-neuf ans, perdant ainsi l'occasion de s'instruire à l'école d'un chef qui depuis trois ans avait fait ses preuves.
L'armée de Conti fut donc incorporée, le même jour 14, à celle du maréchal ; elles se composaient de 155 B. et de 291 E., y compris leurs différents détachements. La réserve, commandée par M. de Berchiny, vint camper, la droite au mont Saint-André, la gauche à Autre-Église. Le corps de M. de Lowendal reste au poste de la trouée des Cinq-Étoiles, ayant seulement fait un petit mouvement par sa gauche. Celui de M. de Ségur, parti du camp de Chasseiinau, alla camper sous Philippeville.
M. de Clermont-Gallerande est détaché de l'armée avec 4 B., 2 régiments de dragons et 1 de hussards, pour Jodoigne, afin d'assurer les convois de pain qui venaient de Bruxelles et de Louvain. Tandis que l'abondance régnait parmi nos troupes, la disette commençait à se faire sentir chez les alliés, toujours dans la même position, et un peu plus resserrés; et, quoique leurs troupes légères se trouvassent partout, on prenait de si justes précautions,
(1) Je n'ai trouvé nulle part, dans aucune note, aucun papier, trace des motifs qui engagèrent le prince de Conti à remettre son commandement; il est supposable, comme je l'exprime, que le prince s'était cru en droit d'imposer sa supériorité, fondée sur cette raison que, prince du sang, ayant commandé une armée, il acquérait dès ce moment l'ancienneté sur tous les maréchaux de France et ne pouvait i)lus être aux ordres d'aucun d'eux. Le roi agréa sa retraite avec la patente de généralissime, qu'il n'exerça pas, n'ayant plus servi.
que leurs courses ne servaient ni à nous priver des subsistances ni à leur en procurer; mais il était dangereux de trop s'écarter.
Le 15, l'armée de M. de Saxe se porte sur cinq colonnes, avant midi, àTourinne-Ies-Beguines, la droite à la trouée des Cinq-Étoiles, la gauche dépassant le mont de Saint-André, laissant le ruisseau devant elle. Les précautions prises pour cette marche ne furent pas inutiles. On fut attaqué à la tête et à la queue par une nuée de hussards et de pandours : il fallut marquer le camp et le disputer. M. de Brezé de jour commandait l'avant-garde, M. d'Autanne l'arrière-garde bordant les bois. A peine M. de. Brezé eut-il débouché dans la plaine qu'il fut assailli : il s'établit au village de Perwez, oti il fut attaqué en vain pendant quatre heures; il écartatout ce qui se trouvait devant lui. M. d'Autanne fut suivi jusqu'aux Cinq- Étoiles par les troupes légères du prince de Waldeck, qui ne put jamais l'entamer.
Le 17, l'armée se remit en marche sur huit colonnes (104 B. et 181 E.), sans compter les détachements qui protégeaient la marche, les convois, et l'entre Sambre et Meuse. Elle se forme au Grand-Rosier, occupant les hauteurs d'Ohomont, la droite aux Cinq-Étoiles. L'avant-garde, commandée par M. d'Estrées, ne trouva aucun obstacle. Il y eut néanmoins une sanglante escarmouche, où nos hussards se distinguèrent; ils chassèrent et écartèrent ceux des ennemis, dont un grand nombre furent tués ou blessés. La réserve de M. de Glermont campe, la droite à Orp-le-Petit, la gauche à la tombe d'Avernas. Cette position devait donner de l'inquiétude à Maëstricht. L'armée des alliés, qui n'était plus séparée de la nôtre que par la Mehaigne, marcha ce jour-là par sa droite, et laissa devant nous une arrière-garde de 30,000 hommes, qui resta en bataille toute la nuit et le jour suivant.
Le 19, l'armée opère une nouvelle marche sur six colonnes, précédées d'un fort détachement, pour soutenir ses campements. Elle se porte à Thines, et campe sur quatre lignes, la gauche au village de Braives. La réserve en même temps s'établit à Waremme, sur leJaar, et 4 régiments de dragons, le 17, au mont Saint-André, sous les ordres de M. de Chevreuse, prirent un camp intermédiaire entre cette réserve et la gauche de l'armée. La marche de nos colonnes se fit à la vue des alliés; ils rompirent les ponts sur la Mehaigne, et se contentèrent de nous faire suivre par leurs troupes légères. L'arrière-
garde principale était commandée par M. de Lowendal, toujours resté au poste des Cinq-Étoiles. Elle fut harcelée depuis 1 1 heures du matin jusqu'à 5 heures du soir par toutes les compagnies franches, les pandours, hussards, des dragons et des grenadiers aux ordres des généraux Daun et Trips, qui ne purent jamais nous entamer. On cherchait surtout à resserrer l'ennemi et à lui ôter ses subsistances. Les nôtres étaient d'ailleurs assurées (l), et pour conserver Louvain, ce qui était fort important, M. de Glermont-Gallerande y avait 12 B. et i régiments de dragons. Les alliés campaient alors dans la plaine de Burdine, vis-à-vis de nous, à une lieue de Mehaigne, la droite à Fossen, le centre à Forville, et la gauche à Hosden. Elle occupait trois lieues de terrain entre laMehaigne et la Meuse, et couvrait Namur, que nous cherchions à leur faire abandonner. Le maréchal donc, dans la nuit du 20 au 21, détache M. de Lowendal avec 16 B., 2 régiments de dragons, ceux de Grassin et de la Morlière, et 1 brigade d'artillerie pour s'emparer de Huy, et ôter à l'ennemi les subsistances de la basse Meuse, ce qui fut exécuté le lendemain avec autant d'activité que d'intelligence, et sans aucune perte.
Le même jour 21, M. d'Estrées fut aussi détaché pour chasser les ennemis des ponts d'Hosden et de Fallais, et de tous les bords de la Mehaigne. 11 poussa jusqu'à la réserve de M. de Glermont et en prit le commandement à Thines, d'oii M. le maréchal de Saxe transféra son quartier général à Villers. Cette réserve s'établit, la droite au château d'Ottemont, la gauche à Wanzoul, tirant sur Vinalmont et Huy. M. de Berchiny, qui la commandait auparavant par intérim, eut ordre d'aller sur la petite Cette avec 3 régiments de hussards et 2 B. de grenadiers royaux^ pour renforcer l'escorte des convois venant de Tirlemont.
Le 22, M. de Contades, à la tête d'un nouveau détachement composé de 1 brigade d'infanterie, de 2 B. de grenadiers royaux, de 1 brigade de cavalerie et de 2 régiments de dragons, campe entre la réserve et la gauche de l'armée appuyée à Braives, ce qui formait une chaîne de communication jusqu'à Huy, où M. de Lowendal se fortifia de manière à ne pas craindre d'en être déposté. Le 23, ce dernier jette douze ponts sur la Mehaigne, de-
(1) M. deSéclielles en constate les consommations.
puis Ambresin jusqu'à Braives, sans aucune opposition de la part de l'ennemi, immobile dans ses camps, se bornant à faire des réjouissances pour une prétendue victoire remportée en Italie; mais cette démonstration ne fermait pas les yeux à leurs troupes sur le danger réel de leur situation et sur les moyens assurés que nous prenions pour leur couper les vivres de plus en plus. Le même jour, M. de Beausobre est encore détaché et occupe Saint-Gilles sur les hauteurs de Liège, les bords de la Meuse au-dessus et audessous de cette ville. Il en somme les habitants de lui déclarer dans vingt-quatre heures toutes les munitions de guerre et de bouche que les alliés pouvaient y avoir, et M. Foulon, commissaire des guerres, y est envoyé. Tous nos mouvements avaient pour but d'affamer l'ennemi, et nous y étions parvenus : ils étaient comme investis par la construction de nos douze ponts sur la Mehaigne, par nos détachements qui formaient une ligne jusqu'à Huy, par les troupes qui bordaient la basse Meuse depuis Huy jusqu'à Liège, arrêtant leurs bateaux, leur navigation et leurs communications avec Maëstricht, et enfin par les autres troupes postées sur la Sambre et sur la haute Meuse.
Le 25 août, un gros corps d'ennemis de troupes légères (général Trips) avait passé à Wavre, dans le dessein de tenter un coup de main sur Louvain, ce qui suggéra l'idée au maréchal d'envelopper ce détachement. Sur-le-champ il en donne avis à MM. de Clermont-Gallerande, de Saint-Germain, de Berchiny et de Pandreau, qui commandaient des détachements à Jodoigne, Tervueren, Opheylissen et Louvain, de veiller avec attention de ce côté. Il forme en même temps deux détachements (l'un du Chayla, l'autre de Saint-André) pour suivre l'ennemi sur la route de Wavre ; mais ayant ensuite appris que ces derniers étaient revenus dans les bois entre Autre-Église et Horbais, il donna de nouveaux ordres pour les en chasser.
La nuit du 25 au 2G, ces deux détachements se mirent en marche séparément pour fouiller les bois et se joindre ensuite.
Pendant que M. de Saint-André occupait les bois de Ramillies ot de la Ramée, les ennemis lui tombèrent sur le dos; sa cavalerie se forma sur-le-champ, et les gendarmes, aux ordres de M. de Jonsac, attaquèrent si vivement les dragons et les hussards ennemis, que ceux-ci furent culbutés, leurs canons pris et les canonniers
tués; mais, les charretiers n'ayant pas voulu conduire ces pièces, on les laissa, et on se contenta de couper les traits et les jarrets aux chevaux.
Les hussards ennemis, s'étant rapprochés, démasquèrent tout à coup 3 B. qui firent feu sur la gendarmerie et la replièrent jusqu'à la cavalerie; mais, le tout se trouvant alors mêlé, on rechargea avec vigueur l'ennemi, qui se retira promptement avant la jonction de M. du Chayla. 11 n'est pas douteux (1) que, si l'infanterie de M. de Saint-André eût pu seconder sa cavalerie, ce seul détachement aurait battu les troupes du général Trips. Nous perdîmes beaucoup de monde dans celte affaire, et la perte de l'ennemi ne fut pas moins considérable. Gomme il s'élevait sans cesse des discussions entre les officiers d'infanterie et de dragons détachés ensemble, le maréchal ordonna que dans les détachements les officiers, d'infanterie commanderaient, à grade égal, ceux des dragons, lorsque ces derniers seraient à pied ; mais qu'à cheval ils prendraient le commandement, à grade égal, sur ceux d'infanterie, dérogeant à l'ordonnance du 30 juillet 1695, qui donnait le rang à ceux de dragons sans distinction de leur service à pied ou à cheval.
Le maréchal dirige alors M. de Ségur, joint par M. de Chazeron, à Dinant avec ses 11 B. et 20 E., y compris le détachement de M. deLévis (2), tiré de Givet. Comme les alliés rapprochaient leur
(1) On, ne trouve pas dans les papiers delà guerre trace du rapport de M. de Saint-André sur cette affaire; le maréclial de Saxe lui témoigna un extrême mécontentement, étant persuadé que, s'il eût vivement chargé les ennemis, il les eût lait repentir de leur hardiesse à passer la Mehaigneet les aurait culbutés dans cette rivière. Plusieurs officiers furent blessés et pris, et l'ennemi reprit les canons perdus au commencement du combat.
• Par suite donc de cette négligence à rechercher où était l'ennemi, le 20 au matin, le maréchal ignorait que M. Trips fût revenu sur la Mehaigne, et il n'eut alors d'autre plan que de diriger M. de Saint-André vers Louvain et M. du Chayla sur Jodoignc. Ce fait est encore confirmé dans le journal de 174C par M. d'Espagnac; ce détachement ennemi, par ce qu'on a])iirit plus tard, était d'environ ^.OOOhommes (2 B. hongrois, 2 régiments de dragons de Styrum et de ligne, et un grand nombre de hussards).
(2) DeLévis (François- Charles de Lévis-Cliàteaurnorand, comte , né vers 1G95; mousquetaire en 1716; maréchal de camp le 2 mai 1744; lieutenant général le 10 mai 1748; décédé le 22 janvier 1751. (D. G.)
gauche et leur centre, et semblaient se préparer abattre en retraite, le maréchal rappelle à lui MM. de Clermont-Gallerande et de Berchiny, ordonne à M. de Lowendal, au Val-Notre-Dame au delà de la Meuse et de Huy, d'envoyer 2 régiments de dragon s au défilé de Modave, et à M. de Ségur de|côtoyer leur aile droite, et il se prépare lui-même à suivre leur arrière-garde.
La nuit du 28 au 29 août, les alliés décampèrent en effet. Dès le soleil couchant, leurs gros bagages commençaient à partir, ensuite une partie des troupes légères suivies de l'infanterie et de la cavalerie. Le gros de l'armée, aux ordres du prince Charles et des généraux Grune, Daun, Trips et Franquini , passa tout de suite la Meuse sur cinq colonnes, entre Namur et Huy, l'infanterie sur trois ponts construits à Seilles, Ben et Andenne avec les bagages, et la cavalerie à deux gués. Le canon passe à Namur. Ces troupes marchèrent droit à Ja. source de la Sarle et de la Hoyoul, appuyèrent leur droite à Romzée, le centre à Perwez-en- Gondroz et la gauche à Andenne, où elles attendaient le reste de l'armée.
Le 29 au matin, M. de Saxe, informé du départ de l'ennemi, détache à sa poursuite M. de Berchiny avec 3 régiments de hussards; M. d'Estrées avec 2 brigades d'infanterie, 1 de cavalerie, 1 de dragons et 1 régiment de hussards, les suivit avec le 2* et la 3" ligne de l'armée, qui passèrent la Mehaigne sur douze colonnes, de Vinalmont à Huy, et se joignirent à M. de Lowendal pour se porter ensemble derrière le défilé de Modave ; mais toutes ces dispositions devinrent inutiles, car le même jour toute l'armée des alliés avait repassé la Meuse et replié ses pon ts , et il ne restait plus en deçà de cette rivière que quelques hussards. Alors nos troupes prononcèrent un mouvement rétrograde et campèrent, les 2® et 3^ lignes, la droite àBurdine; le? V et 4*^ lignes, déjà ébranlées, reprirent leur ancienne position à Villers, en sorte que l'armée occupait les deux rives de la Mehaigne, MM. d'Estrées et de Berchiny tirant vers la Meuse.
Le 30 au matin, le maréchal se rend de sa personne à Huy, pour reconnaître un emplacement dans les environs , et pousse jusqu'à Modave, d'où il vit une partie du camp des ennemis, qui semblaient diriger leur marche sur Luxembourg par Marche-en-Famine, ce qui lui fit prendre la résolution de les inquiéter dans leur retraite.
Il commence par détacher, le même jour, M. de Contades avec un corps de 20 B. et de 20 E., pour joindre M. de Lowendal, toujours campé de l'autre côté de la Meuse à une demi-lieue en avant d'Huy. Ce dernier, ayant reçu ce renfort, avait alors 36 B., 28 E., les régiments de Grassin et de la Morlière ; sa droite et sa gauche étaient appuyées à des ravins. Il envoie MM. de la Suze et d'Anlezy occuper Modave. D'un autre côté, M. de Ségur, retourné de Dinant à Givet, eut ordre d'y laisser ses menus et gros équipages , de se porter sur la Leysse, de côtoyer l'ennemi jusqu'à la haute Meuse par la rive droite, s'il s'avançait sur Luxembourg; sans cependant s'exposer et perdre de vue ses points de retraite, afin de couvrir notre frontière de ce côté. Ses détachements, ainsi que ceux de M. de Lowendal, enlevèrent des subsistances aux ennemis, qui, dans une extrême disette et dans la plus grande consternation, campaient, la droite du côté de Namur, la gauche à Ohey, la réserve le long de la Hoyoul.
Le dernier jour d'août, on construisit deux ponts sur la Meuse au-dessous de Huy, afin d'avoir trois débouchés pour porter l'armée de l'autre côté de cette rivière, [avec le dessein d'aller en deux jours dans la plaine de Modave, de marcher aux ennemis, et de les attaquer, s'ils restaient dans leur position ; mais leur intention n'était pas de nous attendre, et on se contenta de les avoir, pour ainsi dire, vaincus sans combat, sans exposer nos troupes, en affaiblissant leur armée par des manœuvres, en la forçant à la retraite, faute de subsistances^ et en Tobligeant d'abandonner Namur, dont le siège devait couronner cette campagne.