‹ Les guerres sous Louis XVChapitre 21 sur 23 · PKISE DE MAESTRICHT. — TRAITÉ D AIX-LA-CHAPELLE · texte numérisé non relu

PKISE DE MAESTRICHT. — TRAITÉ D AIX-LA-CHAPELLE

Janvier, li. Attaque d'un convoi d'Anvers à Berg-op-Zoom.

Février. Différents convois sur cette place. — 20. Tournée de M. de Lowondal ; effectifs des troupes alliées.

Mars. 15. Mouvements. — 20. Le maréclial de Saxe à Bruxelles. — 30. A Anvers avec son état-major. — 31. M. d'Estrées de Malines àYteghem.

Avril. Corps détachés de la gauche. MM. de Brezé, Maubourg, Lautrec, Graville, du Chayla, de Contades, Fitz-James, d'Estrées. Corps de la droite. Maréchal de Lowendal, MM. de Saint-Germain, milord Tyrconel, Montmorin, Lorges, Mont-

barey et d'.\rmentières. Leurs marches. — 4. Le maréchal à Tirlemont. 5.

L'année à Saint-Trond. — 6. A Tongrcs. — 8. Son campement. — 9. Pont jeté sur la Meuse. — 11. Investissement de Maëstricht. L'armée ennemie si; rassemble dans les environs de Ruremonde. — 12. Départ de la grosse artillerie, embarquée à is'amur. — 15. Tranchée ouverte devant Maëstricht. M. de Lowendal chargé du siège. — 16. Construction des redoutes. — 17-18. L'armée renforcée. — 20 Arrivée de 20 B. anglais et hanovriens à Ruremonde; les Hollandais et les Hessois sous Bréda, Bois-le-Duc et Veiiloo. M. Baroniiy à Maaseick. — 28-29. Prise et logement du chemin couvert de Maëstricht.

Mai. 2. Nouvelle de la signature des préliminaires de la paix. — 3. Cessation des hostilités. — 7. Capitulation de Maëstricht. — 10. Nos troupes entrent dans la place. La garnison sort avec les honneurs. M. de Lowendal y connnande. — 11. Publication de l'armistice. — 14. La brigade des gardes à Bruxelles. — 15. Mouvement général sur les cantonnements. — 20. Positions de nos troupes et de celles des alliés. — 21. Toute la cavalerie de M. de Lowendal derrière la .iMehaigne.

Juin. 24. Les troupes autrichiennes, leur artillerie et toute leur cavalerie en marche pour le jjays de Luxembourg.

Juillet. 11. L'infanterie autrichienne sous Luxembourg. — 18. Armée des Russes à Furth, près Nuremberg.

Août. 1 1 . Les Russes retournent dans leur pays.

Septembre. 1-3. Mouvement d'un ror|)s de 37,000 hommes des pays du Limbourg, Brabanl, Hainaut autrichien rentrant en France.

Octobre. 12. Les troupes autricliiennes se rendant en Allemagne.— 18. Traité de paix d'Aix-la-Chapelle. Les inaréchaux de Saxe et de Lowendal retournent à Versailles. Le duc de Cumberland et de Bathiany à la Haye.

Décembre. G. Évacuation générale. — 7. De Berg-op-Zoom, des forts Lillo, la Ci'oix et Frédéric-Henri, dont les Hollandais reprennent possession. — 11. Évacuation d'Anvers, les Autrichiens y rentrent.

Le premier jour de l'année 1748 fut d'un très bon augure pour la paix et vit prendre des dispositions sur la tenue d'un congrès à Aix-la-Chapelle. Les ministres plénipolenliaires nommés par toutes les puissances belligérantes, dont M. le comte de Saint-Severin d'Aragon (1) par le roi, durent travailler à une conciliation générale désirée depuis si longtemps.

M. de Puysieulx, ministre des affaires étrangères, écrivit en même temps à M. le maréchal de Saxe, maréchal général des camps et armées du roi, commandant général des Pays-Bas, des Évêchés et de la frontière de Champagne, de lui envoyer deux passeports pour chacun de ces plénipotentiaires, leur suite et équipages. Ce ministre informait en même temps M. le comte de Sandwick que Louis XV et le roi d'Espagne insistaient sur la convenance et la nécessité d'une neutralité parfaite, non seulement dans le lieu destiné aux conférences, mais aussi dans les environs, de manière à ce que le territoire fût entièrement libre à deux lieues à la ronde avec absence de troupes, parce qu'il serait également contre les règles et l'usage d'assembler des plénipotentiaires, pour traiter de la paix, dans une ville en quelque sorte bloquée; que cependant une distance peu considérable ne serait pas une difficulté.

Le ministre anglais était alors à la Haye avec M. le maréchal de

(1) De Saint-Severin (Alphonse-Marie, comte ), né en 1705, d'origine italienne; naturalisé en 1737 ; attaché au maréchal de Noailles comme colonel. Envoyé à Dresde en mars 1746, chargé de rapprocher Auguste 111 et Frédéric H. Voltaire l'appelle le p\ui insuffisant su fflsant ; mais M. de Noailles et Frédéric [Œuvres Iiist., t. 1) le regardent comme un négociateur d'un esprit clairvoyant. Choisi, le 28 janvier 1748, comme plénipotentiaire au congrès. Avec des intentions pacifiques et de la modération, son esprit, plus droit que profond, manqua de pénétration; ])eul-ètre que le désir de hâter une solution pour le bien de l'État le porta à hrustjuer des opérations dont la lenteur garantissait mieux le succès. Mort le 7 mars 1757.

Bathiany ; celui-ci consentit à retirer à trois quarts de lieue d'Aix-la- Chapelle les troupes sous ses ordres, et d'en donner de si précis à toutes celles dans le voisinage et sur les chemins qu'on n'en serait nullement inquiété. Cette distance leur paraissait suffisante pour remplir le but désiré, fondé sur l'exemple du congres de Nimègue (en 1678 et 1679), où, après beaucoup de temps perdu en contestations inutiles, l'on s'était contenté d'un district aux environs qui se réduisait à une lieue à. l'entour, et cela du consentement unanime des ministres assemblés à ce congrès. Cette proposition fut ensuite approuvée et acceptée par le roi, qui avait toujours eu pour maxime de n'exiger que les points parfaitement conformes à l'usage et à la raison; on afficha donc un règlement conçu en ces termes : «La ville d'Aix-la-Chapelle ayant été choisie pour y tenir les conférences de paix, et devant jouir de toute espèce de neutralité, de même que son territoire, les plénipotentiaires sont convenus que le magistrat plantera à la ronde de cette ville, à la distance de trois quarts de lieue, dans les endroits jugés les plus convenables, des poteaux sur lesquels sera un écriteau avec ce mot neutralité, en français et en allemand, et qu'il fera aussi mettre des barrières ouvrantes et fermantes à la même distance sur tous les chemins aboutissant à la ville d'Aix-la-Chapelle. »

Cependant, pour parvenir à la paix et forcer les ennemis à y concourir, il fallait continuer la guerre avec ardeur, ouvrir de bonne heure la campagne par une opération de guerre importante, comme le siège de Maëstricht : c'était l'avis de MM. les maréchaux de Noailles et de Saxe. Peut-être jamais ne s'oflVit-il une occasion plus favorable d'appliquer la maxime, reçue de tout temps, que nul projet de guerre ne pouvait être véritablement utile qu'autant qu'il était relatif à l'intérêt politique d'un État.

Ces principes une fois posés, il convenait d'examiner : 1" quelle était parmi les ennemis la puissance dont l'influence pouvait le plus contribuer à rétablir ou à éloigner la paix; 2° l'objet que cette puissance pouvait se proposer dans la continuation de la guerre; 3° ce qui convenait et était possible pour s'opposer à ses projets; 4-° de quel côté l'on devait porter la guerre et faire les plus grands efforts; 5° quelle était l'entreprise la plus propre à cet objet.

1° La paix par la voie de la Hollande ou de la cour de Vienne

semblait impossible, ces deux puissances étant en quelque sorte soumises à celle d'Angleterre; de cette dernière seule dépendait donc la continuation de la guerre ou le rétablissement de la paix.

2° Les objets que les Anglais se proposaient dans la poursuite de la guerre étaient fondés sur les différents motifs : de s'assurer pour toujours de la supériorité maritime, de s'emparer de tout le commerce, de conserver leur influence sur le continent, d'y soutenir leurs alliés, d'y former et entretenir conjointement avec eux des armées considérables, tant pour les défendre et les protéger que pour s'opposer aux accroissements de la puissance de la France.

3° Pour s'opposer aux projets des Anglais, inattaquables chez eux faute de marine, il ne restait à la France d'autre moyen de continuer la guerre contre eux qu'en les attaquant indirectement dans leurs alliés, et en prenant des mesures telles que l'Angleterre reconnût enfin l'inutilité de ses dettes contractées pour le soutien de la guerre, et les dangers auxquels elle pouvait s'exposer par l'abus de son crédit.

4" A l'égard du pays où l'on devait porter la guerre, la conquête des Pays-Bas autrichiens ne laissait plus à la France d'autre choix que celui de continuer ses attaques ou contre la reine de Hongrie en Italie, ou contre la Hollande. Ce dernier parti était sans doute le plus préférable et le plus capable d'inquiéter les Anglais, dont la faction venait de changer la forme du gouvernement de la république, et y régnait sous le nom et l'autorité d'un stathouder uni à la famille royale d'Angleterre. La gloire et Tintérét des Anglais imposaient de maintenir le nouveau gouvernement de Hollande, son stathouder et les Hollandais, en un mot, de soutenir cet État à quelque prix que ce fût, et pour cela même de procurer le rétablissement de la paix, s'ils ne pouvaient espérer voir leurs efforts couronnés de succès.

Ce motif n'était pas le seul qui rendît le sort des Pays-Bas et de la Hollande extrêmement intéressant à l'Angleterre. Gomme de tous les accroissements dont la France pouvait être susceptible, ceux des Pays-Bas devaient le plus contribuer à l'augmentation de sa puissance, de son commerce et de sa navigation, et que d'ailleurs ces pays étant à portée de ses côtes, on sentait combien la

SUCCESSION D'AUTRICHE. — FLANDRE (1748). r>8l

jalousie des Anglais était intéressée à ce que la France n'étendît point sa domination d'un côté aussi important à tous égards. C'était donc de ce côté, et dans la Hollande môme, qu'il fallait continuer la guerre et porter les plus grands efforts.

5° Il s'agissait de se déterminer sur l'entreprise, sur les projets et les opérations, pour procurer de nouveaux succès et assurer les précédents, car on devait s'attendre à rencontrer des forces ennemies très considérables.

L'Angleterre et la Hollande prenaient à leur solde 35,000 Russes. Les Hollandais, d'ailleurs, n'épargnaient ni sollicitations ni dépenses pour rassembler des troupes en Allemagne et en Suisse. La nécessité oîi nous étions de former une armée avant le rassemblement de toutes ces troupes ôtait aux ennemis tout moyen de rien tenter sur nos conquêtes. L'entreprise qui répondait le mieux , à nos désirs était le siège de Maëstricht, la seule porte ouverte aux alliés pour rentrer dans le Brabant, et la dernière qui nous restât pour pénétrer dans l'intérieur de la Hollande. Cette nouvelle conquête devait appuyer la droite des précédentes, comme Anvers et Berg-op-Zoom en appuyaient la gauche ; elle fermait l'entrée du Brabant aux alliés, coupait leurs forces en deux et facilitait d'autres conquêtes.

M. de Lowendal, commandant en l'absence du maréchal de Saxe, était secondé par 24 lieutenants généraux et 23 maréchaux de camp, employés dans les différentes places (1); à la frontière, ioo B. et 186 E. de notre côté, et du côté de l'ennemi 137 B. et 188 E.

(1) Lieutenants généraux : MM. de Cebcret à Ypres, do Mauboiirf:; à Hulst, Phelippes à Maubcuge, de Bulkeley à Bruges, du Chayla à Gand, d(^ Montesson à Givet, de Lautrec à Ostende, de Danois à Valenciennes, d'Aunay à Dunkeniue, de Brézé à Tournay, d'Estrées à Mons, de Contades à Bruxelles, d'Arnienliùres à Alh, de Creil àThionville, de Ségur à Melz, de Putanges à Sarrelouis, de Berchiny en Lorraine, Darros à Longwy, de Salières el de Courlen à Anvers, Thomé à Nieuporl, de Fimarcon à Hulst et Axel, de GravilU; à Matines, du Chàtelet à Nivelles.

.maréchaux de camp : MM. de Clavières à Sedan, de Gramont à Mézières, de Roniecourt à Ypres, de Relingue à Mons, de Mézières à Calais, de Tressan à Boulogne, de l'Aigle à Bruges, de rilz-Janies à Dendernionde, de BaulTrenionl à Charleroi, d'Estrées à Fumes, de Broglie et de la Marche à Bruxelles, de Blet à Berg-op- Zoom, de Montbarrey à ÎSamur , de Saint-Germain à Louvain, de Lage au Sas-de- Gand, de Rolheà Ostende, de Torcy à Metz; et, dans diverses places, MM. de Tir* conel, de la Serre, de Givry, d'Ailly el d'Oyré.

Les trois premiers mois de l'année sont remplis par des négociations diplomatiques et des attaques des convois que nous envoyions sur Berg-op-Zoom, la ville ayant besoin d'être ravitaillée. La nécessité d'une étape entre cette ville et Anvers ne nous permettait pas de dérober notre marche, ni la faiblesse de nos escortes, et, le pays à traverser étant couvert du côté de l'ennemi par des dunes, il lui était facile d'attaquer les partis les plus faibles de nos convois. Enfin commencèrent les opérations du maréchal de Saxe. L'investissement et le siège de Maëstricht décidés, aussitôt fut prise la résolution d'ouvrir la campagne de bonne heure.

Le roi désigna les troupes qui devaient composer celte armée, et laissa à M. le maréchal de Saxe la liberté de nommer les commandants de plusieurs places de la frontière. Il régla ensuite ses fonctions et son autorité à l'égard des maréchaux de France et des officiers, ordonnant qu'il prendrait seul la parole au nom du roi, quand il serait à l'armée; qu'en son absence, comme en sa présence, soit par maladie ou autrement, le comte de Clermont aurait cette prérogative.

Le ^plupart des officiers, employés l'hiver sur la frontière, ou avertis d'avance de leur destination, se trouvaient déjà à portée de recevoir les ordres de M. le maréchal de Saxe, et les troupes prêles à les exécuter, tant celles cantonnées aux environs de Bruxelles, sur la Dyle et sur laNethe, que celles assemblées dansdiversesplaces de la Meuse : les premières, destinées à l'investissement de Maëstricht parla rive gauche de la Meuse, sous sa conduite, après avoir donné le change aux ennemis du côté de Bréda; les dernières, pour achever l'investissement par la rive droite de cette rivière, aux ordres du maréchal de Lowendal (1), après avoir repoussé les troupes autrichiennes placées dans cette partie.

Dès le l^"' avril, les troupes de la Meuse (69 B. et 29 E.) se portaient sur six colonnes, pour traverser le pays de Luxembourg, se réunir à Verviers, afin de continuer ensemble leur marche sur

(1) La première division, aux ordres du maréchal de Lowendal et de MM. d'Armentièreset Bauft"reniont(ll B. et 5 E.), partit de Namur pour Verviers. Elle comprenait : Normandie, 5, Custine, 3, Lowendal, 3 et BaulTremont-dragons, 5 E., plus la compagnie de Fischer. La seconde (M. de Montbarey) alla de Givet sur

la droite de Maëstricht. Ces divisions suivirent leur route et observèrent exactement les ordres de ne commettre aucune hostilité dans le pays de Luxembourg, de repousser seulement les troupes qui voudraient s'opposer à leur passage, de payer tout ce qu'elles y prendraient, et de ne porter aucune atteinte à la neutralité entre ce pays et notre frontière. Comme il était impossible d'investir Maëstricht tant qu'il y aurait une armée ennemie derrière la ville, le principal objet de la marche de M. de Lowendal fut de prendre à revers le camp formé par les Autrichiens sous cette place, s'ils s'obstinaient à le conserver, ou d'attirer leur attention vers la haute Meuse, afin que le maréchal de Saxe investît plus facilement la place à la rive gauche, et jetât un pont sur la basse Meuse.

Cette marche fut exécutée avec tant de secret que les alliés n'en eurent d'abord aucun avis, et le maréchal général continua à les inquiéter sur Bréda, Steenbergen et Bois-le-Duc, afin de les attirer dans cette partie, où ils avaient déjà rassemblé leurs principales forces. Non seulement il se rendit de Bruxelles h Anvers, mais il y appela son état-major, fort nombreux, un train considérable d'artillerie et des magasins de toute espèce. Indépendamment de ces mesures propres à donner le change aux ennemis, il ordonna à MM. d'Estrées (1) et de Contades de se tenir prêts à se porter en avant avec les troupes qui cantonnaient sur la Nethe et sur la

Verviers. Elle était composée de : Royal-Corse, 1, la Marche, 1, Dlesbach, 3 : au total, 5 B., et de Raiigrave-hussards, 4 E. La troisième (M. de Montinorin) so dirigeait de Carignan sur Verviers et comprenait : Enghicn, 2,Fieury, l,Secdorf, 3: soit 6 B., et Berchiny-hussards, 2 E. La quatrième (M. de Lorges) alla de Bouillon à Verviers. Elle était formée de : Touraine, 3, Bourbon, 2 : soit, 5 B. et de Lindenhussards, i E. La cinquième (milord Tirkonel) suivit la route de Montmédy à Verviers. C'étaient les régiments de : Nassau, 2, Fersen, 1, Wittmer, 3, Royal- Suédois, 4, et la Fère, 2 : soit 12 B., et ceux de Berchiny-hussards, 3, Orléansdragons, 5, soit : 7 E. Enfin la sixième (M. de Saint-Germain), dirigée de Longwysur Verviers : Navarre, 5, Monaco, 4, Limosin, 3, Alsace, 4, la Marck, 3, Bassigny, 1 : total de 20 B., outre Mestre-de-camp-général-dragons, 5, Bcrchiny, 2, qui formait 7 E., plus 50 hussards de Rosemberg.

(1) Troupes sous M. d'Estrées : Auvergne, 4 B. et .50 E. ; Colonel-général, 4 ; Bourbon-Busset, 4 ; Mestre-de-camp, 4; Clermont-Tonnerre, 4; Royal, 4; Brionne, 4; Cuirassiers, 4; de Brogiie, 4; Turpin, Poleresky (hussards), 8; Caraman-Egmonl (dragons), 10; les Grassins et la Morlière, 1,000 hommes.

Dyle comme pour se porter sur Bréda. Par ces dispositions simulées, il attirait l'attention des alliés sur cette place en la détournant de Maëslricht; puis, dans un but essentiel, il approvisionnait Berg-op-Zoom pour six mois au moyen de deux convois de plus de 2,000 chariots, sous l'escorte de 38 B. et 66 E. qu'il conduisit lui-même, afin de mettre cette dernière place en état de soutenir une diversion, si les ennemis l'entreprenaient de ce côté pendant le siège de Maëstricht, et pour augmenter déplus en plus leurs inquiétudes dans cette partie.

Le 2, à deux heures du matin, sort d'Anvers le premier convoi composé d'environ 1,200 chariots, qui couche à Santvliet.

Le 3 avril, à une heure après minuit, le maréchal part d'Anvers et joint la tête du convoi à Putte, où il trouve M. de Contades dont les troupes couvraient les chariots, les regarde filer pendant un certain temps, regagne leur tête, et arrive à Berg-op-Zoom^, fait le tour de cette place en dedans et en dehors sans descendre de cheval, donne quelques ordres et revient sur Santvliet, où il rencontre le deuxième convoi, d'environ 1,000 chariots, qui marchait à la suite du premier sous les ordres de M. d'Estrées. Certain de leur arrivée à Berg-op-Zoom, il retourne le même jour à Anvers. Cette marche ne fut pas inquiétée; néanmoins les alliés, sachant le départ de ces convois, rassemblaient un corps de 30,000 hommes à Rosendaal dans le dessein de nous attaquer; mais, sur l'avis de la marche du maréchal en personne avec une nombreuse escorte, les troupes ennemies se portèrent sur Steenbergen et Bréda pour couvrir ces places.

Lorsque M. le maréchal eut rempli ses vues du côté de Bergop-Zoom, il se retourna sur Maëstricht, résolu de marcher sans perdre de temps à cette dernière place. Il ordonne à M. d'Estrées, dans une marche simulée sur Bréda avec A B. et 60 E., de longer les bruyères, après avoir menacé cette place, et de se porter sur Peer elBrée pour y surprendre les magasins des ennemis, il donne ordre en même temps à M. de Contades de rester sur la Dyle avec 18 B. et 16 E. jusqu'à nouvel avis, et à M. du Ghayla de se rendre à Louvain pour commander l'infanterie dans cette ville , Malines et Bruxelles, ainsi que la cavalerie cantonnée dans ce bassin. Il arrive, le 4, d'Anvers à Tirlemont où il trouve la 1" division des troupes destinées à l'investissement de Maëstricht, commandée par

M. de Latour-Maubourg (1) jointe à celle de M. de Gravide, qui, réunies, formaient 22 B. et 20 E. (2).

Il marche avec les troupes, le 5, sur Saint-Trond, où la garnison et un millier de hussards, ne jugeant pas à propos de résister, évacuèrent la ville, abandonnant un magasin à fourrage qu'ils n'eurent pas le temps de brûler.

Le 6 avril, le maréchal se remet en marche et arrive à Tongres. Les troupes, cantonnées les deux jours précédents, campèrent alors sur deux lignes en avant de Tongres. Les troupes légères, par la quantité de fourrages qu'elles nous avaient abandonnée, nous firent connaître que les alliés ne s'attendaient pas à nous voir ouvrir sitôt la campagne, surtout de ce côté.

Le même jour, M. de Brezé arrivait par Wavre et Jodoigne à Oleye avec une division de M B. et 17 E. (3) venant du Hainaut.

Le 7, le maréchal de Saxe séjourne à Tongres, tant pour donner ses derniers ordres au maréchal de Lowendal, qui passe ce jour-là la Wèze à Verviers, que pour attendre M. de Lautrec arrivant de Bruxelles, le matin, avec 21 B. et 31 E. (4).

Le 8, il part de Tongres à la tête de l'avant-garde de l'armée, et se porte, à 10 heures du matin, à Smermaës sur la basse Meuse, au-dessous de Maëstricht. Trois bateaux, qui remontaient cette rivière, lui servent à faire passer de l'autre côté 10 compagnies de grenadiers, qui s'emparent des châteaux d'Opharen et de Borgharen, postes importants et nécessaires pour couvrir les têtes de deux ponts de pontons qu'il jette vis-à-vis de Smermaës; avant qu'ils fussent achevés, toute l'armée autrichienne défila devant lui sans l'attaquer.

Le 9 avril, il détache M. de la Valette pour suivre l'ennemi , qui

(1) De Latour-Maubourg (Jcan-llcclor de Fay) , né en 168'i; mousquetaire en 1698; maréchal de camp le 20 février 1734; lieutenant général le l"' mars 1738; maréchal de France le 11 février 1747; décédé le 15 mai 1764, à Paris.

(2) Picardie, 5; Royal, 3; Saxe, 4; Pumbecque, 1 ; Fonlenay, 1; Royal-la-Marine, 2; Royal- Wallon, 2; Royal-Vaisseaux, 2; Boufflers- Wallon, 2 ; Cavalerie-Anjou, 4 E.; Egmont, 4; Royal-Piémont, 4, Royal-Étranger, 4; Beausobre, 4; plus les Croates et les Canlabres.

(3) La Cour au Chantre, 3 ; Ponthieu, 2 ; la Traisne . 2 ; Chartres, 2 ; Hainaut, 2 (11 B.); Asfeld, 5; Marcieux, 4 ; Saluées, 4; Vinlimille, 4 (17 E.).

(4) Brigade de Solar, 4 ; la Tour du Pin, 4 ; Berry, 2 ; Bonac, 2 ; le Roi, 4 ; Holian,

descendait la Meuse et se retirait vers Ruremonde derrière la Roër, sans qu'il en restât au-dessus de la Geule. Le même jour, il visite la position de son camp, la droite à la Meuse; il construit sur le front du camp des redoutes fraisées et palissadées, avec un fossé et un chemin couvert, comme à Fontenoy lors du siège de Tournay ; il se porte ensuite en avant du champ de bataille qu'il avait reconnu dans la plaine, en deçà de la hauteur de Gellick, pour y recevoir les ennemis dans le cas où ils tenteraient de faire lever le siège de Maëstricht.

Cependant, M. d'Estrées, par une feinte surBrédaetBois-le-Duc, chasse un corps ennemi et arrive avec ses 4 B. et 60 E. à Peer, d'où l'ennemi se retira. En même temps, M. de Gontades (1) quitte les bords de la Dyle et cantonne sur le Demer avec 18 B. et 16 E., son quartier à Diest.

M. de Fitz-James, avec 13 B., s'allonge sur le Demer, prend position à Bilsen et se cantonne vers la source de cette rivière pour appuyer la tête du camp devant Maëstricht. M. du Chayla (2), resté en arrière , commandait les troupes en cantonnement du côté de Bruxelles, de Louvain et de Malines. Tous ces corps tenaient les ennemis en respect vers Bréda et Bois-le-Duc, et par conséquent dans l'impuissance d'une diversion en faveur de Maëstricht.

M. de Brezé avait marché d'Oleye avec sa division sous Liège au faubourg de Sainte- Walburge, donné la main au maréchal de Lowendal, puis descendu la rive gauche de la Meuse et occupé

2; la Couronne, 3 (21 B.);Royal-Roussillon, 4, Royal-dragrons, 5 ; Carabiniers, 10; (lu Rumain, 4; Lenoncour, 4; Clermont-Prince, 4 (31 E.).

Ces trois divisions se réunirent en marche, ainsi que celle de M. de Graville, partie le même jour de Malines; mais elles furent obligées de s'arrêter pour ne pas se rencontrer à Louvain avec celle partie de Bruxelles et qui se composait de : brigade de Pandrau, 4 B., Champagne, 5 ; Angoumois, 1 ; grenadiers royaux de Chàtillon, 2(12 B.) et de Brancas, 4 ; Prince-Camille, 4 ; Harcourt, 4 ; Orléans, 4 ; Bretagne, 4; Saint-Simon, 4 (24 E.).

(1) Vermandois, 2; grenadiers royaux de Chabrillan, 2; Beauvoisis, 2; Vexin, Montmorin, 3; Rochefort, 2; Rouergue, 2; grenadiers royaux de Chantilly, 2 ;

Orléans, 2 (18 B.); Dauphin-Étranger, 4; Condé, 4 ; Beauvilliers, 4 ; Moutiers, 4 (16 E.).

(2) Rosen, 6 ; Rohan, 4 ; Noailles, 4 ; le Roi, 4 ; Royal-Allemand, 6; Bellefond, 4 ; Cravates, 4; Bourbon, 4; Talleyrand, 4; Conti, 4; Berry, 4; Fitz-James, 4; la Reine (dragons), 5 (57 E.).

sur les hauteurs de Saint-Pierre le camp même que M. d'Estrées tenait dans la campagne précédente. Il se disposait à jeter un pont vis-à-vis d'Oost, au-dessus deMaëstricht; de sorte que l'investissement de celte place fut achevé sur la rive gauche de la Meuse, puis bientôt après sur la rive droite par le maréchal de Lowendal.

Les six divisions à ses ordres, parties, le -1", de Namur, deGivet, de Carignan, de Sedan, de Montmédy et de Longwy, suivirent leurs routes, dans le pays de Luxembourg, sans aucun obstacle de la part des Autrichiens, qui avaient déjà levé leurs quartiers avant notre départ et descendaient vers Maëstricht à mesure que nous avancions.

Le maréchal de Lowendal arrive, le- 2, à Marche-en-Famine avec deux divisions, y passe l'Ourthe sur un pont que la compagnie de Fischer avait attaqué et emporté.

Les deux premières divisions arrivèrent le 3 à Barvaux, le 5 à Aywaille après quelques escarmouches , et le 7 à Verviers, où elles passèrent la Wèze sans obstacle avec la division de Saint-Germain.

Ces trois divisions marchèrent, le 8, à Micheroux, où elles campèrent depuis Fleron jusqu'à Melin. A notre approche, le général Baronnay se retira avec précipitation pour descendre vers Ruremonde avec le reste des Autrichiens.

Les divisions de MM. de Montmorin et de Tyrconel joignirent, le 9, les trois premières aux camp de Micheroux; celle de M. de Lorge resta seule sur la Wèze pour rassembler des rations et envoyer à Liège tous les bateaux de cette rivière et de l'Ourthe destinés aux transports.

M. de Lowendal campe, le 10, à Bombaye, la droite à Fouron, la gauche sur Dalhem. Il y trouve des traînards ennemis, qu'il renvoie prisonniers à condition de ne pas servir jusqu'à leur échange, tandis que tous ceux pris dans le pays de Luxembourg étaient congédiés par suite de la neutrahté.

Le M avril, il arrive devant Maëstricht à la droite de la Meuse, en achève entièrement l'investissement avec 42 B., établit son quartier à Borgharen, à un quart de lieue de celui du maréchal de Saxe; il y appuie sa gauche, couverte par les postes de Gronsweld, de Mouland et d'Oost, le centre à Amby.

M. de Saint-Germain campe à Fauquemont, avec 4 B. et Srj E., pour couvrir le camp à la droite de la Meuse. Il y trouve M. de la

Valette avec son détachement, et beaucoup de fourrages, dont il s'était emparé en suivant l'arrière-garde des ennemis; il marche ensuite à Beek, sur le grand chemin de Maëstricht à Sittard, où il trouve encore plusieurs magasins; le 12, M. de Lorges , resté en arrière pour rassembler des fourrages, rejoint le corps du maréchal de Lowendal à la droite de Maëstricht, et campe en deuxième ligne avec 17 B. Les troupes de la gauche se rapprochent de cette place et s'établissent aussi sur deux lignes. M. d'Estrées(l) part de Peer avec son détachement et cantonne sur le Demer avec son quartier à Hasselt, retranche la rivière au-dessus et au-dessous de ce poste, pour empêcher les ennemis de venir de ce côté inquiéter le siège de Maëstricht, cantonne ensuite une partie de sa cavalerie sur les Gettes pour la facilité des subsistances.

Le 13, le maréchal de Saxe charge M. de Lowendal de la conduite du siège de Maëstricht. Ils en reconnurent ensemble les dehors, les fortifications, et ils jugèrent que cette place, abandonnée à ses propres forces , serait réduite en moins de temps que ne l'avait été Berg-op-Zoom, malgré sa nombreuse garnison, 12 0. autrichiens, 7 hollandais et 4 bavarois avec de la cavalerie, aux ordres du général baron d'Ayla. Les pontons, construits sur la basse Meuse, au-dessus de l'abbaye d'Hoëeter, sont perfectionnés, et M. de Brezé en achève un à Navagne, au-dessus de Maëstricht, pour communiquer en haut comme en bas de l'un à l'autre camp sur les deux rives de la Meuse : celui de la droite, couvert par la Geule et par le corps de Saint-Germain ; celui de la gauche, mis à l'abri par 19 redoutes. M. de Cremilles mesure le terrain que l'armée aurait à occuper s'il fallait combattre, et travaille à ce que non seulement toutes les troupes delà circonvallation pussent s'y rendre sans confusion et se placer dans l'ordre où elles devaient être , mais encore pour y faire arriver les différents corps détachés sur le Demer, et même la cavalerie alors sur les Gettes ou dans le bassin de Bruxelles. Ce maréchal général des logis forma donc les brigades suivant l'ordre de bataille.

A la rive gauche de la Meuse sont 70 B. et 87 E., ainsi répartis : au camp devant Maëstricht, 37 B. en première ligne et 20 en

(1) D'Estrées (Jean-Charles Pelletier d'Escrots, baron), né en 1691 ; maréchal de camp, 2 mai 1744; décédé le 1*'" février 1757.

deuxième, la droite à la hauteur de Smermaës, la gauche au hameau de Breegden, et 70 E. face à la ville, la droite appuyant au Jaar et la gauche à Veldwesel; aux ordres de M, Brezé : 11 B. et 17 E. au camp devant le fort Saint-Pierre, et 2 B. au faubourg.

A la rive droite de la Meuse : 59 B. et 39 E. au camp devant Maëstricht, et ainsi disposés : 34 B. et 10 E. campés en deux lignes, la droite au moulin de Gronsfeld et la gauche à la basse MeusC;, en face du deuxième pont de pontons; en outre, au camp de Fauquemont, aux ordres de M. de Saint-Germain, 3 B. et 29 E. avec les compagnies de Fischer, de Rosenberg, les Croates et les Gantabres. Déplus, 3 corps cantonnés sur le Demer ou à portée de cette rivière : sur le haut Demer, près du camp, 13 B. sous M, de Fitz-James, avec son quartier à Bilsen; plus bas, 4 B. et 40 E. aux ordres de M. d'Estréeslogé àHasselt; et au-dessous de ce deuxième corps, 18 B. et 16 E. commandés par M. de Contades, avec son quartier à Diest.

Dans le bassin de Bruxelles, campaient les 57 E. de jM. du Chayla; 4 B. et 5 E. dans la communication de Tongres à Bruxelles; 13 B. et 19 E. de troupes de campagne dans les places avec les régiments de Grassin, de la Morlière et des volontaires bretons. La maison du roi et la gendarmerie (21 E.) étaient en route pour joindre les troupes du siège.

Toutes ces troupes formaient une armée de 183 B. et 284 E.

En outre, il y avait dans les places plusieurs B. de milice. Comme Berg-op-Zoom seul exigeait toujours une forte garnison ; que d'ailleurs cette place, difficile à approvisionner, causait beaucoup de fatigues, le maréchal de Saxe proposa d'en faire sauter les fortifications, comme celles d'Ypres et de Namur. Le roi consentit à la démolition de Berg-op-Zoom et au travail ordonné pour creuser les fourneaux; mais on suspendit l'exécution, ainsi que sa décision au sujet d'Ypres et de Namur, jusqu'à l'effet du congrès d'Aix-la-Chapelle dont le succès dépendait de celui du siège de Maëstricht. Les préparatifs de ce siège achevés, le maréchal de Saxe donna ses ordres pour l'ouverture de la tranchée à deux attaques sur les deux rives de la basse Meuse; celle de la rive gauche prit le nom d'attaque de la droite, et celle de la rive droite, d'attaque de gauche ou de Wick, eu égard i\ la direction des tranchées sur Maëstricht en remontant la Meuse.

Dans la nuit du 13 au 16, la tranchée est ouverte à l'attaque de la droite avec MM. de Maubourg, de Logny-Montmorency, de Dreux et de Vence, en mêoie temps qu'à l'attaque de la gauche sous MM. de Relingue et de Salle, MM. les maréchaux de Saxe et de Lowendal assistent à l'ouverture de ces tranchées. On appuya à la Meuse, en gagnant la hauteur vers la porte dite de Tongres; à la seconde, on commença aussi à la Meuse, en longeant le chemin de Maëstricht à Ruremonde. Tout l'ouvrage est perfectionné de jour à la droite et à la gauche. Les ennemis ne s'aperçurent de notre travail qu'à 5 heures du matin.

Dans la nuit du 17 au 18, une sortie eut lieu à une heure du matin sur la première parallèle; les ennemis en comblèrent une partie et dérangèrent entièrement le travail. Les troupes de la tranchée obligèrent bientôt l'ennemi à rentrer dans la place.

Dès le commencement du siège de Maëstricht sous la direction de M. de Lowendal, M. le maréchal de Saxe se préparait à recevoir les alliés, s'ils tentaient d'en faire lever le siège. Il visite de nouveau le champ de bataille où il se proposait de leur livrer combat dans la plaine en deçà de la hauteur de Gellick. Il active les redoutes destinées à masquer la seule trouée où l'ennemi pût déboucher, et couvre le front du camp sur la rive gauche de la Meuse. 11 passe ensuite sur la droite de cette rivière, visite les bords de la Geule depuis son embouchure jusqu'à sa source, et achève de rendre le camp inaccessible, en sorte que les alliés ne pouvaient nous attaquer ni par la droite ni par la gauche de la Meuse, sans courir les risques d'une défaite.

M. de Gontades dut rassembler son infanterie pour être plus à portée de joindre l'armée, en laissant seulement 3 B. et quelque cavalerie pour garder la Dyle et le Demer en cas de marche. M. d'Estrées, qui commandait toujours ses 4 B. et 60 E. sur le Demer et les Gettes, reçut aussi ordre de se tenir prêt à venir joindre l'armée avec ses troupes, ainsi que M. du Chayla avec le reste de la cavalerie des environs de Bruxelles, et milord Clare avec les 13 E. que M. de Fitz-James avait cantonnés sur le haut Demer, de manière que tout fût prêt à se rendre au champ de bataille au premier avis de la marche des ennemis sur Maëstricht.

D'un autre côté, le ministère prenait des précautions prélimi-

naires au sujet de la sûreté du pays messin. M. d'Argenson ordonnait à M. de Ségur à Metz de visiter toutes les milices des Évêchés afin d'en constater le nombre el l'état, et de pouvoir les réunir au premier ordre, dans la supposition de l'arrivée prochaine des Russes à l'armée des alliés, et par la pensée d'en envoyer un détachement sur la Moselle. Les alliés avaient un extrême besoin de fourrages pour remplacer la grande quantité de ceux qu'ils nous avaient abandonnés en se retirant précipitamment du côté de Ruremonde. Les Autrichiens, les Anglais et les Hanovriens se rassemblèrent donc au-dessus de cette place entre la Meuse et la Roër. Le général Albermale y amena des environs de Bréda 18 à 20 B., tant anglais que hanovriens, avec une grande quantité d'artillerie. Le duc de Cumberland prit son quartier à Hillenrouck, et le général Bathiany à Ruremonde.

Le général Baronay s'avance vers Maaseick : les Hollandais et les Hessois n'avaient pas encore rejoint, et la plus grande partie occupait le marquisat de Bréda et la mairie de Bois-le-Duc, dans la crainte que nos corps détachés et cantonnés sur le Demer ne fussent destinés à quelque expédition dans ces districts. Les alliés n'envoyèrent aucun parti pour nous harceler, tant ils étaient euxmêmes hors d'état de tenter un effort en faveur de Maëstricht. Les magistrats de cette ville, prévoyant le peu de durée du siège, présentèrent d'avance de très humbles supplications demandant au roi la conservation des droits du prince-évêque de Liège dans cette place et de leurs privilèges, le libre exercice de la religion catholique et protestante, et tout ce que leurs prédécesseurs avaient obtenu de Louis XIV en 1673.

Dans la nuit du 22 au 24 avril, malgré un temps affreux de neige, tel qu'on distribua de l'eau-de-vie aux travailleurs des tranchées, les débouchés de sape sont approvisionnés (1). Une batterie de mortiers est établie à la droite de celles de canons; celles détruites par le mauvais temps sont réparées. La violence des vents et la rapidité des eaux de la Meuse cassèrent les cordages de nos ponts, qui se rompirent entièrement, et il fallut travailler à deux

(1) Nos pertes, depuis liuit jours, c'est-à-dire depuis la nuit du 15 au 10, que la tranchée avait été ouverte, jusqu'au 23 inclusivement, se montaient à 4 ofliciers tués, 30 blessés, et 401 soldais tués ou blessés.

ponts volants pour rétablir la communication interrompue entre les deux attaques.

Du Si au 25, les assiégés tentèrent deux sorties. M. de Bathiany, à la pointe du jour, porte un corps d'infanterie et de cavalerie, sous M. de Grune, sur Juliers et pousse des troupes légères, ayant surtout comme but de proléger la jonction de l'artillerie autrichienne qui arrivait de Kayserswerth.

La nuit du 27 au 28, on devait attaquer la flèche à la rive gauche de la Meuse; mais les ingénieurs furent d'avis de remettre cette expédition au lendemain. A l'attaque de Wyck, les assiégés tirent une sortie. Leur infanterie, s'étant jetée sur sa gauche et ayant attaqué la droite de la tranchée, y pénétra par les embrasures à la faveur d'une nuit très obscure, encloua la plus grande partie des pièces des batteries, et mit le feu au magasin de poudre d'une de ces batteries. Pendant celte manœuvre, la cavalerie ennemie se tint en bataille près des potences, et quelques troupes de hussards s'avancèrent du côté de la redoute et de l'épaulement des fours. M. de Saulx, de tranchée à cette attaque, marcha avec 2 B. du régiment de Navarre qui repoussèrent entièrement l'ennemi.

Le 28 au soir, l'attaque de la flèche gauche est résolue, les grenadiers de la Tour du Pin en sont chargés par la droite, et chassent l'ennemi du chemin couvert pour favoriser le travail. La première compagnie de grenadiers de la Couronne tourne cet ouvrage par la gauche, et les compagnies de grenadiers du même régiment, 1 de Rohan et 1 d'Alsace, les soutiennent. A neuf heures et demie, le signal est donné par huit bombes; les premières compagnies débouchent, suivies des travailleurs. A leur approche, les ennemis abandonnent le terrain. Peu après ils reviennent, et font un feu très vif. Pendant cette attaque les débouchés commencés à la droite de la troisième parallèle sont prolongés. A quatre heures et demie du matin, les assiégés revinrent pour tâcher de ruiner nos ouvrages; mais ils furent repoussés avec une perte considérable. Malgré le feu de tous les ouvrages, nos grenadiers se conduisirent celte nuit-là avec une grande valeur, chaque troupe, ainsi que les travailleurs, ayant débouché sans confusion.

La nuit du29 au 30, la flèche de la droite est attaquée et emportée

sans aucune résistance par Auvergne, la Fère et Rohan, soutenues de Bassigny et Fleury. Les assiégés se retirèrent dans les ouvrages intérieurs de la place; l'angle saillant du chemin couvert est couronné. Cette deuxième flèche à droite et à gauche est entourée par une communication; celle de la gauche, encore imparfaite par une espèce d'avant-fossé, est comblée avec des claies et des sacs à terre. On prolonge de deux zigzags le débouché à la droite de la troisième parallèle, qui reçut ses pièces, et on achève celle commencée à l'attaque de Wyck. Le travail des ponts est aussi fort avancé par des bateaux arrivés de Namur.

Dans la nuit du 30 avril au 1" mai, les dilférentes parallèles sont réunies pour en former une cinquième; la sape est prolongée sur le couronnement des angles saillants qui protégeaient les deux flèches. Le 1" mai, le maréchal de Lowendal demande et obtient une suspension d'armes pour enterrer nos morts et retirer nos blessés; elle dure une heure, pendant laquelle les ingénieurs observent les ouvrages de la place.

Le pont de bateaux sur la basse Meuse, ainsi que celui de pontons placé un peu plus bas, sont entièrement achevés. Un pont volant au-dessus de Maëstricht rétablit parfaitement la communication sur les deux rives de la Meuse, qui facilite l'arrivée d'un supplément d'artillerie de Namur par Liège.

La nuit du 1^'' au 2, on fit sortie de la quatrième parallèle sur l'angle saillant de la flèche droite formant communication à la cinquième, ainsi que le couronnement du chemin couvert de cette flèche par la gauche.

Dans la nuit du 2 au 3, sont perfectionnés les ouvrages qui nous mettent en état d'attaquer, le lendemain, la lunette et les chemins couverts, et de les emporter. Le 3, dispositions étaient prises pour enlever, la nuit suivante, lalunette et les chemins couverts, lorsque se répandit la nouvelle que les plénipotentiaires de France, d'Angleterre et de Hollande, au congrès d'Aix-la-Chapelle, avaient signé, le 30 avril, les préliminaires de la paix; que les ratifications devaient être échangées dans trois semaines entre les puissances contractantes, et qu'en attendant, la France, l'Angleterre et la Hollande convenaient d'une suspension d'armes tant par terre que par mer.

Cet article, le plus important, est adressé de suite aux généraux des deux armées pour accélérer la cessation des hostilités, à l'ex-

ception du siège de Maëstricht. « Nous, soussignés, ministres plénipotentiaires de S. M. T, C, de S. M. B. et des Seigneurs États- Généraux des Provinces-Unies, déclarons, qu'ayant aujourd'hui signé des articles préliminaires pour la paix générale, et voulant empêcher, autant qu'il dépend de nous, la continuation de l'effusion du sang chrétien, nous sommes convenus que toutes hostilités ultérieures, excepté le siège de Maëstricht, déjà commencé, cesseront dans tous les Pays-Bas, et qu'on en fera part aux généraux respectifs des troupes des différentes puissances, pour pouvoir convenir entre eux du jour précis que cette cessation d'hostilités aura lieu. En foi de quoi nous avons signé le présent acte. Fait à Aix-la- Ghapelle, le 30 avril 17-48, etc. »

Il y avait des articles séparés à insérer pour la conservation des droits du prince-évêque de Liège. Au nomhre des puissances alliées à la France, pendant cette guerre de la sedcession, alliées à des degrés divers et avec plus ou moins d'intimité, figuraient d'abord celles qui appartenaient à la maison de Bourbon, l'Espagne, Naples et le duc de Modène, gendre du régent; puis Gênes, qui partagea leurs espérances en 1745 et leurs disgrâces en 1746 ; l'électeur palatin, parent des électeurs de Bavière et de Cologne, possédant dans l'Empire une certaine influence, qui avait donné la moitié de ses troupes à l'empereur Charles VII, tout prêt à céder le reste à la France, contre subsides : dans un pays où. les Autrichiens zélés étaient en grande majorité, il avait le mérite d'aimer la France; le duc de Wurtemberg, le cercle de Souabe, représenté par un jeune prince, enfin l'évêque de Liège.

Ce même jour, M. le maréchal de Saxe reçut par milord Sackville, colonel anglais, aide de camp du duc de Cumberland, des dépêches contenant trois propositions : la première, de convenir ensemble du jour de la publication de l'armistice; la deuxième, de fixer les limites d'un certain district neutre entre les deux armées, où il ne serait permis à qui que ce fût de passer sans un double passeport de leur part, ajoutant que le cordon des alliés pourrait commencer à la grande inondation de Steenbergen et continuer par Bozendaal,Hogstraten, Herentals, Molle, Peer, Brey etMaaseick sur la rive gauche de la Meuse, et la Boer, qui servirait de limite sur la droite, et que le cordon des Français, qui commencerait à Bergop-Zoom, pourrait continuer par Putte, Scholen, Lierre, la grande

Nethe, Aerschot, et le long du Demerpar Sichem, Diest, Hasselt, Sutendael et Reckeim sur la rive gauche de la Meuse, et la Geule sur la droite. La troisième était de donner un passeport à milord Sackville^ chargé d'entrer dans Maëstricht et de porter au baron d'Aylva l'ordre de se rendre, si l'on consentait que la garnison sortit avec les honneurs de la guerre.

Le maréchal répondit au duc de Cumberland qu'il ne lui conviendrait pas de traiter de la suspension d'armes avant d'avoir reçu les ordres du roi, auquel il dépêchait un courrier, et qu'aussitôt parvenus, il en ferait part h S. A. R., qui trouverait en lui d'autant plus de facilité, que les limites qu'elle proposait paraissaient très convenables de part et d'autre; qu'il s'était volontiers prêté à la proposition d'accorder une capitulation honorable à la garnison de Maëstricht, et que, sur ce que le commandant avait dit qu'il ne pouvait rendre la place sans les ordres précis des États-Généraux, il lui avait accordé deux fois vingt-quatre heures pour dépêcher un officier à la Haye et recevoir la réponse. Il y eut donc d'abord à l'égard de Maëstricht (1) une trêve de deux jours.

Le 5 mai, le maréchal reçut la réponse du roi qui, au sujet des propositions du duc de Cumberland, approuvait sa réponse, la trêve accordée au gouverneur de Maëstricht, et la capitulation honorable offerte à la garnisen. S. M. désirait qu'ayant pris possession de cette place, il fit reposer ses troupes, en leur distribuant des cantonnements disposés militairement à l'abri de toute surprise. Il lui recom-

(1) Maëstricht est une place capable de retarder une année, de lui faire perdre une campagne entière. Sa possession rend l'ennemi absolument maître non seulement de la Meuse, mais de tout le pays de Liège. En 1672, l'armée française ne laissa Maëstricht de côté, pour envahir la république, que parce qu'on se proposait non une guerre régulière, selon l'avis de Condé, mais une irrégulière, qui, selon Turenne, (luoique contre les règles, ferait i)arvenir au but par un coup de main, ou par surprise, ou par terreur.

En 1673, malgré sa faible garnison, elle lit rebrousser larmée et la força d'en faire le siège, par lequel nous aurions dû commencer.

La campagne de 1674, lors(iue nous en étions les maîtres, prouve que la Hollande, sans cette ]>lace, ne peut plus soutenir la guerre. Ainsi il était reconnu que cette place, bien fortifiée, garnisonnée suffisamment, peut occuper une armée pendant toute une campagne et lui coilter sa meilleure artillerie, la fleur de ses troupes et des sommes considérables. (Voir le volume de Kléber, campagne de 179i. par le général comte Pajol, et le |)rcmier volume de Pojol, général en chef, 3 vol., chez Didot. Nombreux détails sur celle place.)

manda de s'abstenir de toute hostilité, ainsi que de tout ce qui pourrait être à charge aux habitants du pays, en accédant aux propositions de limites pour former un district neutre entre les deux armées et en suivant à cet effet la ligne indiquée par le duc de Gumberland ; cependant il l'autorisait à proposer quelques changements, s'il le jugeait bon, tout en faisant valoir à ce prince la bienveillance qu'avait apportée le roi à consentir à la cessation d'armes : par ce moyen il devait obliger les Autrichiens à en user de même de leur côté, parce que, la reine de Hongrie n'ayant aucune part aux préliminaires, ses troupes pourraient journellement attaquer nos quartiers, et que nous ne pourrions pas faire autrement que de repousser la force par la force, même d'aller chercher ses troupes partout où nous pourrions les joindre pour les combattre. Par suite de ces arrangements pacifiques, devait être suspendue l'exécution des ordres donnés pour la démolition de Berg-op-Zoom.

M. d'Argenson complimenta en ces termes M. le maréchal de Saxe sur les bonnes dispositions de la paix : « Nous touchons enfin au moment de recueillir les fruits d'une tranquillité si désirée, et qui est due au succès des armes du roi, dont vous avez soutenu la gloire en acquérant personnellement celle que la nation doit célébrer à jamais. » Le maréchal était regardé comme le plus grand capitaine et le plus habile négociateur de la paix. Par ses victoires et ses conquêtes précédentes, il déterminait les cours alliées à un congrès; et, en activant le siège de Maëstricht, il abrégeait toutes les longueurs diplomatiques et politiques.

Le 6 mai, l'officier envoyé par le baron d'Aylva en Hollande étant de retour avec les ordres des États-Généraux, ce commandant arbore le drapeau blanc et demande à capituler avec M. le maréchal de Saxe, qui dépêcha M. de Guerchy pour porter cette nouvelle au roi. M. de Boismont, aide-major général de l'armée, porte à Versailles la capitulation signée avec le baron d'Aylva, commandant de la garnison hollandaise, et avec le baron de Marshall, pour les Autrichiens faisant partie de cette garnison. Cette capitulation stipulait que deux portes de la place seraient livrées sur-lechamp à nos troupes; toute la garnison sortirait, le 10, avec les honneurs de la guerre, le gouverneur avec -4 pièces de canon et i2 mortiers; les troupes hollandaises seraient conduites à Bois-le- Duc; les Autrichiens, avec 8 canons de leurs régiments seulement.

SUCCESSION D'AUTRICHE. — FLANDRE (1748). r,97

rejoindraient leur armée : ni les uns ni les autres n'emmèneraient avec eux aucun chaript couvert; ils donneraient des otages comme sûreté du paiement des dettes contractées dans la ville ; l'exercice des différentes religions y serait continué, tel qu'il était fixé par le traité de Nimègue, conformément à la capitulation de celte place en IG32; les habitants, selon leur désir, pourraient se retirer librement; les districts dépendants de la place seraient traités comme les autres pays conquis par le roi; les blessés et malades de la garnison demeureraient dans la ville jusqu'à leur entière guérison, et les receveurs, commis et entrepreneurs employés par les États-Généraux ne seraient point obligés d'en sortir avant trois mois.

Le maréchal de Saxe au roi.

n Du camp de Maëstrichl, 8 mai.

« Ces MM. le duc de Cumberland et le stathouder ne savent plus où donner de la tête. Je suis fort joliment avec eux; ils m'écrivent des lettres des plus polies. Ils vont faire la paix. Je viens d'envoyer Friesen pour régler l'armistice. Il reste un pays limitrophe neutre, et notre barrière sera Berg-op-Zoom, Putten, Lierre, Hasselt, la Demer jusqu'à Reckem et la Geule, de manière que nous avons tout le pays de Lembourg. Maëstricht doit avoir 23 B. »

Suivant la capitulation, le 10 au matin, la garnison sortit avec tous les honneurs de la guerre; elle passa au milieu de nos troupes rangées des deux côtés, et un certain nombre de déserteurs français furent décimés par ordre du maréchal de Saxe. Les troupes autrichiennes parurent très belles, et celles de Hollande en fort mauvais état. Les unes et les autres furent conduites à Bois-le-Duc et à Venloo par deux détachements. Après la sortie des troupes, le maréchal de Saxe entra dans la ville et descendit à l'église, oîi il fit chanter le Te Deum. 11 dîna chez le maréchal de Lowendal, qui avait déjà introduit dans la place 9 B. et 8 E. sous la conduite de M. d'Hallot, aide-major général de l'armée, nommé lieutenant du roi. La prise de possession de Maëstricht fut la dernière opération d'une guerre qui durait depuis huit ans. Le 11 au matin, l'armistice est proclamé à son de trompe à la tôle des armées, des corps séparés et dans les places, et le maréchal de Saxe écrivit au roi, le 12 mai :

«Je viens de mettre toute l'armée en cantonnements, depuis Maëstricht jusqu'à Bruxelles. Je laisse Lowendal ici, et je transporte mon quartier général à Bruxelles. Voilà enfin le grand chemin de la paix, j'en suis bien aise. »

Avant la nouvelle de la signature des préliminaires, la terreur, la disette et la désertion régnaient parmi les ennemis ; convaincus de ne pouvoir rien faire en faveur de Maëstriclit, ni rester plus longtemps dans leur position entre la Meuse et la Roër, ils se retirent à Nimègue, oh ils concentrent leurs gros équipages, en attendant 37,000 Russes, 4,500 hommes de Brunswick et un convoi de troupes anglaises qui marchaient à leur secours : ils furent contraints auparavant de retirer leur infanterie de Maaseick, les Autrichiens de Bois-le-Duc, à l'approche de nos détachements. L'inquiétude n'était pas moins vive parmi les troupes hollandaises du côté de Bréda; leur infanterie campait dans la plaine de Steenbergen, et la cavalerie dans les bois entre Wouw et Rosendaal. Les Hessois faisant partie de ce corps devaient joindre l'armée sur la Meuse. Mais la cessation des hostilités arrêta tous ces mouvements, et occasionna des réjouissances excessives dans les camps des alliés.

Cet événement causa la même révolution en Angleterre et dans la république des Provinces-Unies. Il produisit d'abord à la bourse de Londres une augmentation sur les fonds publics, extrêmement baissés, et il suspendit une émeute formée à Amsterdam et dans les provinces de Groningue et de Frise contre le prince stathouder, qui s'était rendu à Bréda. L'impossibilité de continuer la guerre publiquement avouée, ces deux États se répandirent en louanges sur la modération de la France.

Les cours de Vienne et de Turin, les seules, ne prirent d'abord aucune part à la joie publique; elles furent, au contraire, consternées et indignées contre les puissances maritimes, qui semblaient faire leur paix séparément; mais après réflexion elles jugèrent que le meilleur parti était de prendre la voie d'accession laissée à leur initiative, et elles trouvèrent leur avantage comme leurs troupes dans la suspension d'armes.

Le même jour qu'elle fut publiée, le général Baronay et M. de Saint-Germain, à la tête des troupes entre la Roër et la Geule, les en retirèrent. Les Autrichiens repassèrent au delà de la première rivière, et les Français en deçà de la seconde , l'une et

l'autre devant servir de limites d'un terrain neutre sur la rive droite de la Meuse. M. de Séchelles prit possession de tous les biens de la reine de Hongrie dans le pays de Limbourg, laissa subsister l'ancienne administration de Maëstricht, partagée entre les États- Généraux et les États de Liège, comme il avait agi dans les places de la Flandre hollandaise.

A la date dn 12, par la grande importance d'éviter tout ce qui pourrait troubler l'armistice, le roi informe le maréchal de publier dans l'armée la défense aux officiers généraux et autres de passer les limites réglées comme terrain neutre, d'avoir aucune fréquentation avec celle des alliés, et d'aller à Aix-la-Chapelle, même sous prétexte d'y prendre les eaux.

Le maréchal, désirant compléter le règlement des limites entre les deux armées, envoie à Maaseick M. Duménil avec les instructions d'éloigner le cordon des alliés des terres neutres de Liège, qui avaient beaucoup souffert par le séjour de tant de troupes, de ne pas permettre que ce cordon excédât les villes désignées; que le terrain entre ces deux cordons ne serait point occupé, qu'il ne serait permis à aucun détachement d'y entrer, et que, dans le cas où quelques particuliers se trouveraient dans la nécessité d'y passer, ils seraient tenus de se pourvoir d'un double passeport de M. le maréchal général et du duc de Gumberland. M. Duménil trouva à Maaseick le général Borck, venu avec les instructions du prince de Gumberland pour le même sujet; les autres articles se terminèrent avec M. de Grovestin. Après tous les arrangements, le mouvement des troupes à distribuer dans et derrière les cordonsindi qués fut la seule préoccupation.

Le 14, l'armée commence à se séparer pour les cantonnements indiqués par M. Cremille.La brigade des gardes, la première, quitte le camp de Maëstricht et se rend à Bruxelles. Les trois jours suivants, le reste de l'armée marche sur plusieurs colonnes, ainsi que trois corps séparés aux ordres de MM. le maréchal de Lowendal, d'Estrées et le comte de Glermont; le maréchal de Saxe part aussi, le 16, et couche à Hasselt. Le 17, il visite le Demer, et y laisse M. d'Armenlières fortifier cette rivière. Le 18, il parcourt la Dyle jusqu'à Malines, et arrive le lendemain à Bruxelles avec son étatmajor.

Le 20 mai, toutes les troupes sont établies dans leurs cantonne-

ments, disposés conformément à l'ordre de bataille. La première ligne d'infanterie de l'armée, ou du corps de bataille, sa droite à Haelen, sur le Demer, garnissait cette rivière et la Dyle jusqu'à Malines , et appuyait sa gauche au petit Villebroek. La seconde commençait à Tirlemont, passait à Louvain et se terminait à Bruxelles. La troisième remontait depuis Vavre, Genappe, Nivelles, et circulait par Binch jusqu'à Namur. La cavalerie du corps d'armée cantonnait depuis Saint-Trond et les Gettes jusqu'à Bruxelles; les gardes du corps à Gand, les mousquetaires à Ath et la gendarmerie à Mons.

11 restait aux ordres du maréchal de Lowendal, commandant à Maëstricht et dans les environs à droite et à gauche de la Meuse, 28 B., dont 1 d'artillerie, 34 E. et toutes les troupes légères; plus 9 B. à Maëstricht, 4 à Tongres, 6 à Hasselt, 2 à Bilsen, et le reste de son infanterie le long des sources du Demer et du ruisseau de Lonaken, gardant les redoutes construites sur le champ de bataille pendant le siège de Maëstricht. Enfin, 20 E. de cavalerie étaient derrière la Méhaigne; les hussards et toutes les troupes légères sur la droite de la Meuse, le long de la Geule et dans tout le pays de Limbourg, sous les ordres particuliers de M. de Saint-Germain, avec son quartier à Verviers. L'infanterie du corps de M. d'Estrées occupait Lierre et les environs, avec sa cavalerie entre la Dyle et la Nethe. L'infanterie du 3" corps séparé, commandée par le comte deClermont, était à Anvers et Dendermonde, et sa cavalerie à la rive droite de l'Escaut, entre la Dender, la Senne et le petit Willebroek. Les officiers généraux nommés sur l'ordre de bataille suivirent leurs divisions, et ceux désignés pour être mis en réserve se rendirent à Bruxelles auprès de M. le maréchal de Saxe, qui y établit son quartier général. L'artillerie qui avait servi au siège de Maëstricht fut mise dans cette place jusqu'à nouvel ordre avec toutes les munitions de guerre et l'équipage de campagne venu de Metz ; l'artillerie de campagne de Flandre fut conduite à Louvain avec les pontons. Dans ces dispositions, l'armée pouvait se rassembler et se porter en deux jours sur un point désigné, et c'est ainsi que le maréchal résolut d'y laisser les troupes jusqu'à ce qu'il fût attaqué, ou qu'il reçût de nouveaux ordres de Versailles.

L'armée des alliés prit aussi des cantonnements derrière le cordon qu'on leur avait marqué. Le duc de Cumberland et les An-

glais furent distribués sur la rive gauche de la Meuse, les Hanovriens un peu plus loin, les Hollandais et les Hessois dans la mairie de Bois-le-Duc et le marquisat de Bréda. Les Autrichiens restèrent sur la rive droite de la Meuse derrière la Roër, et le général Bathiany s'établit au château deBaxtel, près de Ruremonde. Toutes les troupes de part et d'autre observèrent la meilleure discipline, et elles s'exercèrent sans fatigue en attendant le dénouement du congrès d'Aix-la-Chapelle, dont les séances continuaient avec succès.

Le 21, avait eu lieu la conférence entre Mi de Saint-Severin, milord Sandwich et les plénipotentiaires des États-Généraux avec l'échange des ratifications signées, le 30 avril, au nom de leurs souverains pour la pacification générale.

A la fin de mai, les ministres des cours de Vienne , de Turin et de Modène accèdent aux préliminaires de la paix au nom de leurs souverains, après avoir conféré longtemps avec M. de Saint-Severin, qui part d'Aix-la-Chapelle pour rendre compte de ses négociations à Versailles et recevoir les instructions relatives au traité définitif de la paix.

Les principales dispositions ont été données à la fin de la guerre d'Italie. — Les préliminaires de la paix, la suspension d'armes et la tranquillité des armées de part et d'autre dans leurs quartiers respectifs, ne sont interrompus par aucune opération militaire. Il ne fut plus question que de continuer les dispositions pacifiques, de faire quelques réformes, de maintenir l'ordre et la discipline dans les Pays-Bas, d'étendre les cantonnements des troupes, d'en renvoyer une partie, de déblayer l'artillerie de plusieurs places, de faire des préparatifs pour l'évacuation du pays conquis, el de faciliter tous les moyens d'accélérer la conclusion de la paix.

Le 28 juin, les plénipotentiaires d'Espagne et de la république de Gênes accèdent aux préliminaires de la paix au nom de leurs souverains : ce furent les dernières accessions à ces articles; il ne s'agissait plus que de travailler au traité définitif dont ils devaient être la base. A la fin du mois, les hostilités avaient cessé sur mer et sur terre; tous les bâtiments hollandais conduits à Ostende depuis le 12 mai sont relâchés, ainsi que tous ceux pris de part et d'autre à partir de cette époque sur les côtes de France, d'Angleterre et de Hollande.

Au commencement de juillet, les troupes se mirent en mouve-

ment de plusieurs côtés pour reprendre les quartiers qu'elles occupaient avant l'ouverture de la campagne, et furent réparties dans tout le pays conquis depuis Limbourg et la Meuse jusqu'à la Lys et à la lisière des provinces de notre ancienne domination. Les alliés reprennent aussi leurs anciens quartiers et s'étendent par leur droite et par leur gauche depuis la mer et la Zélande jusqu'au pays de Luxembourg, où le général Chanclos arrive des environs de Ruremonde avec une partie des Autrichiens. L'infanterie campe dans la plaine de Merl, près de Luxembourg, sans y comprendre la garnison. La cavalerie cantonne dans les bourgs.

Le 2 août, M. de Saint-Severin d'Aragon signe avec les ministres d'Arigleterre et de Hollande une convention stipulant que le corps de 37,000 Russes, à la solde de ces deux puissances , retournerait vers la Russie ; que pendant le temps qu'il serait à leur solde, il ne passerait au service d'aucune autre puissance, et ne pourrait être employé, sous quelque raison que ce fût, contre le roi ou ses alliés. S. M. s'engageait de son côté à rappeler actuellement des Pays- Bas conquis dans les provinces de l'ancienne domination 37,000 hommes de ses troupes, et à les réformer dans le cours d'un mois après le départ des Russes pour leur pays. Par suite de cet accord, nos 37,000 hommes rentr.ent en Flandre française et motivent un changement dans la position des troupes de l'armée.

Toute la cavalerie se trouvait dans le pays conquis avec 153 B. de campagne, 20 autres dans la Flandre avec 48 de milices, et 12 qui devaient en sortir pour rentrer dans l'intérieur du royaume. Le maréchal de Saxe conservait toujours son quartier général à Bruxelles avec son état-major, et sous ses ordres M. le maréchal de Lowendal, qui commandait 36 B. et40E., tant à Maëstricht que dans les cantonnements sur les deux rives de la Meuse et au pays de Limbourg; en outre, 14 lieutenants généraux et 21 maréchaux de camp qu'il jugea à propos de conserver jusqu'à nouvel ordre dans les places (1).

(1) Lieutenants généraux .-MM. de Sennelerreà Aerschot, de Maubourg et de la Roclie-Ayinond à Louvain , du Chayla à Gand , de Laulrec à Bruges , du Cliàtelet à ]\ivelles, dcBrezé à Tournay, d'EstréesàMoiis, d'Armentières à Ath, d'Aunay à Dunkerque, de Conlades et de Courten à Bruxelles, de Graville à Maliaes, deFimarcon à Hulst.

Dans les premiers jours de septembre, le maréchal de Saxe ordonne l'évacuation des places conquises en envoyant ordre aux officiers commandants d'en empêcher les dégradations, d'y faire rentrer ce qui pouvait en avoir été enlevé, et de réparer les dommages. L'arlillerie aux armes de France est retirée de toutes les places conquises.

Cependant la paix venait d'être signée à Aix-la-Chapelle (18 octobre 1748) (1). Louis XV ne voulut[rien pour lui, mais tout pour ses alliés. Il assurait, par cette paix, le royaume desDeux-Sicilesà don Carlos, prince de son sang. Il établit dans Parme, Plaisance etGiiastalla don Philippe, son gendre. Le duc de Modène, son allié et gendre du duc d'Orléans régent, fut remis en possession de son pays, qu'il avait perdu pour avoir pris les intérêts de la France. Gênes rentra dans tous ses droits. Il parut plus beau et même plus utile à la cour de France de ne penser qu'au bonheur de ses alliés, que de se faire donner deux ou trois villes de Flandre qui auraient été un éternel objet de jalousie. L'Angleterre y perdit beaucoup de trésors et de sang, et la querelle resta dans le même état où elle était auparavant.

Le roi de Prusse fut celui qui en retira les plus grands avantages; il conserva la conquête de la Silésie. Le duc de Savoie, roi de Sardaigne, fut, après le roi de Prusse, celui qui gagna le plus, la

Maréchaux de camp : MM. de Rollie*, d'Ailly, de Fitz-James, de Broglie et de Lussan, à Bruxelles ; de Saint-Germain eld'Havrincourt, à Maestriciit ; de Montbarrey et de la Serre, à Naniur; de Tauns àLouvain; de Lage au Sas-de-Gand ; de l'Aigle à Ostende ; de Cernay à Mons ; de Relingue à 151 nch ; de RauflVemonl à Saint-Gliislain ; de Faudoas à Ath; de Montmorency à Ninove; de Givry à Graininonl; d'Eslrées à Fumes; de Mezières à Calais; de Tressan à Boulogne.

(1) Ministres chargés de rédiger les clauses du trailé d'Aix-la-Chapelle. Pour la France : le coinle de Saint-Severin d'Aragon et M. de Laporle du Tlieil ; pour l'Angleterre : le comte de Sandwich et le ciievalier Tiiomas Robinson : i)our l'impératrice-reinc : le comte de Kaunitz-Rielberg; pour l'Espagne : don Jacques Masones de Lima y Solo Mayor; pour la Sardaigne ; le chevalier don Joseph Ossorio et le comte Joseph Borré de Chavannes; pour les États-Généraux : le comte de Bentick, le baron de Wassenaer, le bourgmestre Hasselaér, d'Amsterdam, le baron de Borssele, le grietraan Onno, Zwier de Ilaren; pour le duc de Modène : le comte de Monzone, et pour la république de Gênes : le marquis François Doria.

' De Rothe (Charles-Edouard, comte), né le 23 décembre 1710 ; capitaine dans Rottic-Irlandais; maréchal do camp, i" mai 1743; lieutenant général, 10 mai 1748; mort le 7 août 17CC.

reine de Hongrie ayant payé son alliance d'une ville du Milanais.

Le maréchal général était parti dans les premiers jours d'octobre pour Fontainebleau et de là pour Ghambord, laissant M. du Chayla, commandant les pays conquis, et M. de Séchelles, commissaire, pour régler les dispositions des évacuations dans les Pays-Bas avec M. le comte de Grune, pour la reine de Hongrie, et M. de Burmania, pour les États-Généraux.

Le jeudi, 28 novembre, le roi, dans le but d'être agréable au maréchal de Saxe, passe la revue de son régiment de uhlans. Il part de la Muette à cheval avec le maréchal, qui porte le costume de colonel de son régiment, venu de Saint-Denis dans la plaine des Sablons; du côté de Neuilly, terrain vague entre les plaines de Chaillot, de Passy et les murs du bois de Boulogne, un peu au milieu de terres labourées et de vignes endommagées. M"^ la Dauphine et toute la cour y assistaient en voiture. Les gardes françaises et suisses empêchaient la foule de pénétrer dans l'enceinte. Cette revue a duré de deux heures à cinq heures et demie de l'après-midi. Le défilé terminé, le légiment s'est dirigé sur Ghambord, sa garnison.

Les échanges et ratifications du traité de paix eurent lieu à Aixla-Chapelle les 19 et 20 novembre : mais les duplicata des ordres de l'Angleterre pour la restitution des conquêtes dans les Indes orientales ne pouvant être arrivés à cette époque, les plénipotentiaires anglais s'engagèrent à les remettre dans quinze jours au plus tard, et ceux de France convinrent avec eux qu'étant remis dans ce délai, ils auraient le même effet par rapport à l'accomplissement des autres conditions du traité que s'ils l'eussent été le jour de l'échange des ratifications. En conséquence, MM. du Chayla et de Séchelles s'occupèrent de l'évacuation du pays de Limbourg le 9 décembre, de celle de Berg-op-Zoom le 7, ainsi que de celle des forts La Croix, Lillo, Frédéric-Henri et de Lierre, et celle d'Anvers le 11. Par les intentions de Versailles, cette évacuation devait commencer le 24 décembre, mais comme celles d'Italie n'auraient lieu que le 6 janvier 1749, on suspendit jusqu'à cette époque celles des Pays-Bas, avec la réserve de n'évacuer le Hainaul qu'après avoir fait droit aux alliés de la France sur toutes les restitutions promises. Les commissaires s'y refusèrent, et M. de Kaunitz ne se crut même pas suffisamment autorisé à consentir à cet arrangement. Il fallut attendre de nouvelles propositions de la cour de

Vienne, et recourir à la médiation des puissances maritimes. Pour éviter un trop long retard, MM. du Chayla et de Séchelles reçurent de nouveaux pouvoirs, qui leur laissaient la liberté de fixer avec les commissaires autrichiens et hollandais les époques auxquelles chaque pays et chaque place seraient évacués. A la date du P"" janvier, M. de Kaunitz, en raison de ce différend survenu aux Pays-Bas, mandait au maréchal Braun de suspendre toute évacuation en Italie. Alors est arrêté le plan définitif dans tous les royaumes d'un pas égal (voir le projet ci-après). Les commissaires réunis dressèrent, le 11 janvier, la convention qui fixa au 23 le commencement des évacuations et celle du Hainaut autrichien au 13 février, avec la connaissance des articles 10, 13 et 14 du traité définitif.

La politique de Louis XV fut, dans le traité d'Aix-la-Chapelle, généreuse comme celle de son bisaïeul. La France, comme toujours, ne prétendit à aucune acquisition nouvelle et se contenta de garantir les droits de ses alliés : Gênes est réintégré dans ses possessions ; on rend ses États au duc de Modène, qui avait combattu pour nous; don Philippe, qui avait épousé une fille du roi, est reconnu comme duc de Parme, de Plaisance et de Guastalla ; le roi de Prusse garde la Silésie; la pragmatique sanction est acceptée; la Savoie et Nice sont rendues au roi de Sardaigne, Berg-op-Zoom et Maëstricht aux Hollandais, les Pays-Bas à l'Autriche, chacun se trouvant épuisé et ruiné.

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