CHAPITRE III
Campagne de llAo. — Bataille de Bassignano.
L'armée combinée française et espagnole sous l'infant don Philippe avec le maréchal de Maillebois, ayant un corps détaché, M. de Mirepoix ; et une autre partie de l'armée espagnole, en Lombardie, avec M. de Gages.
L'armée piémonlaise, sous le roi de Sardaigne, avec un corps détaché, M. de Sinsans ; l'armée autrichienne, commandée par le prince de Lobkowitz.
Mars. L'infanterie espagnole occupe le comté de Nice et la principauté d'Oneille; la cavalerie en Savoie, le quartier de l'infant à Nice. L'infanterie française dans le Dauphiné et en Provence; la cavalerie dans l'intérieur du royaume. L'armée piémontaise dans le Bolonais et la Romagne. — 15. La cavalerie espagnole part de la Savoie pour le Languedoc.
Avril. Les nouvelles troupes françaises destinées à former l'armée arrivent en Provence et en Dauphiné; la cavalerie française en Provence; celle des Espagnols, venant de Savoie, en Languedoc et dans la province de Montauban. M. de Gages pour le pays de Gênes ; envoie les malades et quelques détachements de ses troupes à Orbitello et son artillerie pour y être embarqués. Novi et .\cqui occupés par les Génois. Le roi de Sardaigne avance des troupes vers Céva, Tortone, Alexandrie et le poste de Gavessio. M. de Sinsans dans la vallée du Tanaro. Le prince de Lobkowitz rassemble précipitamment son armée sur le Panaro. L'armée espagnole, sous M. de Gages, passe le Panaro ; entre dans la Cafragnana.
Mai. (Dans les premiers jours.) Assemblée des troupes piémontaises en différents corps près Mondovi, Céva, Tortone et Alexandrie. — 6. L'armée espagnole à Sarzana, dans le pays de Gênes, après avoir traversé l'État de Lucques et le duché de Massa. Le duc de Modène la joint. Ponts jetés sur la Majora. — 15. Les Espagnols en route pour Albenga et Finale. L'armée espagnole, avec M. de Gages, passe la Magra. L'arrière-garde attaquée par les troupes légères autriciiiennes. L'armée autrichienne entre Parme et Plaisance. — 17. L'armée espagnole à Chiavari sur la côte du Levant. — 18. Détachements qui occupent Saint-Pierre d'Arène, Rivarolo, Campo-Morone et Voltaggio. — 26. M. de Maillebois à Antibes. — 28. L'infanterie française sous Nice. — 29. Le maréchal y joint l'infant ; l'infanterie y arrive. — 31. La 1'''= division française, sous M. de Mirepoix, en marche pour .suivre les Espagnols à Albenga, qui occupent Triola ; l'infant et le maréchal, de Nice à Menton. M. de Mirepoix, avec la i"" division sur Albenga. Juin, l•^ Armée combinée espagnole et française à Bordighera. L'Autriche prend position à la gauche du Pô. — 2 et 4. Les Français, sous MM. de Brun et de
Gramont. — 5. Les Espagnols vers Gènes. — 6. L'infant et M. de Maillebois à Oneille. — 7. M. de Chevert détaché à la Piève. — 9. Les Espagnols sous Albenga; le reste aux environs d'Oneilie, de Finale et de Loano. — 10. La cavalerie française, restée en Languedoc et en Provence, rejoint lannce à Albenga. — 14. Le prince de Lobkowitz renii)lacé par M. de Schulemhourg. — 15. Son armée passe le Pô à Albora, près Stradella. — 16. L'infanterie française rassemblée à Albenga.
— 17. Vinlimille surpris par les Piémonlais. — 22. M. de Viefville détaché de Ponte-Decimo avec tous les grenadiers. — 24. L'armée espagnole à la Rochelta, une brigade d'infanterie verslîusatto. — 26. Les Génois évacuent San-Giacomo et Melogno. L'armée en marche. Les troupes génoises joignent l'armée.
jTuitet. l"'^. L'armée combinée à Carcare. — li^'" au 2. Les deux divisions de cavalerie, venant de Provence, à Finale. — 2. L'armée espagnole sur trois colonnes à Yollagglo. — 3. Les deux divisions de cavalerie continuent leur marche par Spolornoet Savone, pour Carcare. — 4. L'armée espagnole sous Gavi. Les fusiliers de rrfontagne occupent Novi. — 5. M. de Senneterre à Malvicino. — 6. L'armée combinée à Dego, sur la Bormida. — 8. A Spigno. — 9. MM. de Pignatelli et de Chevert détachés pour s'emparer d'Acqui. — 10. M. de Chevert s'avance à Bestagno. La cavalerie, venant de Provence, joint l'armée. — 11. L'armée française et espagnole à Bestagno. Prise d'Acqui. MM. de Mirepoix et de Lautrec vers Exiles. Corps détaché, sotis M. de Sinsans, du côté d'Exilés. — 13. L'armée piémontaise entre Asti et Alexandrie. L'armée autrichienne à Castel-Ceriolo. Postes avancés à Rivalta et San-Guiliano. — 14. L'armée campe à Acqui. MM. de Chevert et de Pignatelh s'avancent à Cassino. M. de Senneterre quille Malvicino. — 16. L'armée combinée à Acqui. Les Espagnols à Francavilla et Capriala. L'armée autrichienne passe le Tanaro près d'Alexandrie. — 19. Les Franco- Espagnols à Castelnovo di Bormida. — 20. A Sezze. — 22. L'armée piémontaise prend position dans l'angle du Tanaro et du Pô. Le quartier du roi à Monte-Castello.
23. A Frigarolo. — 24. M. de Mirepoix attaque le corps piémonlais, le force à se retirer sous Céva. M. de Mirepoix retourne à Millesimo. Tranchée ouverte devant Seravalle. M. de Sinsans, attaqué par les Français, se retire près Céva.
— 24 au 31. Dolce-Acqua, livré aux Piémonlais par le commandant espagnol, est repris par les Français sous les ordres de M. Baltazard. — 31. Ues délaciiements de Coni et de Saorgio s'emparent de Dolce-Acqua; en sont chassés par les Françiis.
Aoiit. l*^"" au 2. Attaque du chemin couvert par les Espagnols. — 3. Prise de Seravalle. — 5. L'armée combinée à San-Guiliano, la droite au Pô vers Sale, la gauche à hauteur d'Alexandrie. Investissement de Tortone par M. de Gages. Castel-Ceriolo et Marengo occupés. L'armée espagnole investit Tortone. — 8. Tranchée ouverte devant la ville. — 14. Prise de Tortone. — 15. Communications établies pour l'attaque de la citadelle. — 18. Établissement des batteries. — 20. A San-Sébastiano sur la Staffora. — 21. A Voghera. — 22. Troupes génoises arrivant à l'armée. — 24. Les batteries tirent sur le château de Tortone. — 25. M. de Sinsans attaque les Français à Millesimo; se met en bataille au-dessus de Monte-Zemito. — 26. Y établit son camp. M. de Mirepoix abandonne Millesimo et se retire à Carcare. — 28. M. de Lautrec chargé du siège d'Exilés.
Septembre. 3. B. français rassemblés à la Bessée. Prise du château de Tortone. Un
détaclipmcnl de Piémontais se porte à Caslel-Ceriolo, y met le feu et se retire. 3 au 'i. Le château de Tortone se rend aux Espagnols. Tentative des Piémontais sur Caslel-Ceriolo et Acqui. — 4. Les B. français à la Bessée, campent au mont Genèvre , postes occupés pour investir Exiles. — 5. M. de Lautrec à Houlx.
G. A Salbertram. M. de la Viefville détaché de l'armée au siège de Plaisance. —
8 au 9. S'empare de la ville par escalade. — 1 1. M. de Lautrec joint par le reste de ses troupes; s'empare de San-Colombano et de Devei. — 12. La citadelle de Plaisance se rend à discrétion. M. delà Yiefville sous Plaisance, fait marcher un détachement à Parme. — 12 au 15. Les Vaudois des vallées de Saint-Martin et de Lucerna s'assemblent au Plan. — 16. Le poste d'Acqui renforcé. Prise de la ville et de la citadelle de Parme. — 17. L'armée combinée à Castelnovo^i Scrivia. L'armée espagnole à Voghera. Pont jeté sur le Pô à l'embouchure du Tessin. — 21. M. de Lautrec occupe avec des troupes françaises Costeplane, Sestrières et le col d'Argueil. Les Espagnols placés dans la communication avec Briançon. M. de la Viefville passe le Pô pour se porter sur Pavie. — 22. Le poste de Costeplane renforcé. Les Espagnols s'emparent de la ville et du château de Pavie. — 23. Les Piémontais s'emparent des hauteurs de Costeplane ; en sont chassés. — 25. Tentative des Piémontais sur les postes des montagnes de la Tollie, du pont de Chaumont; sont repoussés partout. Attaque infructueuse de différents postes des Français et des Espagnols devant Exiles. — 26 au 27. L'armée combinée marche au roi de Sardaigne. — 27. Combat du Tanaro. L'armée espagnole près de Valenza. Le roi de Sardaigne abandonne le champ de bataille, jette quelques B. dans Alexandrie, sépare son armée en deux corps; l'un se retire sous le canon de Valenza , l'autre du côté de Casai. M. de Schulembourg marche avec une colonne de ses troupes au secours du roi de Sardaigne, arrive trop lard, joint S. M. sous Valenza; un détachement de ses troupes remonte la rive gauche du Pô. — 28. M. de Lautrec replie tous ses postes, excepté celui de Sestrières. Le roi de Sardaigne arrive avec toute son armée sous Casai. Nouveaux renforts qui arrivent au secours d'Exilés. — 29. Camp de M. de Lautrec aux Jouvenceaux. — 30. L'armée combinée campe à Pezetti ; est jointe par celle de M. de Gages. M. de Chevert détaché à San-Salvador. L'armée espagnole, sous M. de Gages, se réunit à l'armée combinée à Pezetti. Réunion des armées autrichienne et piémontaise sous Casai. Le roi de Sardaigne fait retrancher son camp. Octobre. 4. L'infant et M. de Maillebois avec de l'infanterie à San-Salvador, la cavalerie à Bassignano; se portent en avant de Lazaione. — 6 au 7. Tranchée ouverte par les Français et les Espagnols devant Alexandrie. — II. Combat de Josso (ou Gioso). Après le combat, M. de Lautrec à Sésane. — 12. Prise d'Alexandrie; la garnison dans la citadelle. Le prince Lichlenstein prend le commandement de l'armée, campe à la gauche du Pô, entre cette rivière et Villanova.
— 13. La citadelle d'Alexandrie bloquée. — 14. M. de Gages investit Valenza.
— 15. M. de Lautrec à Houlx. — 16. Les Espagnols en marche par le col de la Roue pour retourner en Savoie. M. de Leutrum remplace M. de Sinsans, il quille Millésime, repasse le Tanaro, s'établit près de Céva. — 17. M. de Lautrec se replie par le mont Genèvre avec les troupes françaises, les cantonne dans le Briançonnais. — 19. Tranchée ouverte devant Valenza. — 20. M. de Mirepoix de Carcare sur Millesimo, abandonné par les Piémontais. — 24. A Monte-Zemito.
— 25. Pont sur le Pô à la Stanga, près de Valenza. — 28 au 29. Prise de la ville et de la citadelle de Valenza. La garnison abandonne la ville, se retire par le Pô.
— 30. M. de Leutrum marclie aux Français, campés à Monte-Zemito. — 31. Disposition pour le siège d'Asti, la réserve à Lazarone. M. de Mirepoix se retire à Carcare. Les poursuit dans leur retraite sur Carcare, campe à Priéro, occupe Monte-Zemito, Millesimo, Murialto.
Novembre. 4. Les deux armées réunies à Occimiano ; la réserve à Frassinel to de! Pô. — 5. Casai occupé. Troupes qui marchent pour le siège du château-, M. de Chevert chargé de celui d'Asti. — 8. L'infant et M. de Maillebois à Casai. M. de Chevert s'empare d'Asti. — 9 au 10. Tranchée ouverte devant le château. — 17. Prise du château d'Asti. M. de Montai y commande. Les troupes de M. de Chevert restent sous ses ordres. Séparation de l'armée combinée ; une partie avec M. de Maillebois, et l'autre sous l'infant et M. de Gages. M. de Mirepoix toujours détaché avec son corps de troupes ; l'armée piémontaise sous le roi de Sardaigne et M. de Leutrum avec son corps détaché. — 18. Les Espagnols en marche pour des quartiers d'hiver. — 22 au 23. Tranchée ouverte devant le château de Casai. — 24. Les troupes de M. de Maillebois en marche pour leurs quartiers d'hiver dans l'Alexandrie et le Tortonais. M. de Mirepoix va commander en Provence; ses troupes prennent des quartiers dans la principauté d'Oneille, et en communication avec le comté de Nice. La plus grande partie de l'armée autrichienne se sépare pour le Noyarais et le haut Tessin. Les troupes piémonlaises sur la rive gauche du Pô et sur le Tanaro. — 25. L'infant suivi des gardes espagnoles, dernière division de son armée, pour Plaisance. — 26. M. de Maillebois rassemble à Ponte di Stura, sous M. de Pignatelli, les troupes espagnoles restées à l'armée française, les y fait retrancher. — 26 au 27. Prise du chemin couvert du château de Casai. — 29. Prise du château.
Décembre. 2. M. de Maillebois à Valenza. — 9. L'infant à Pavie avec une colonne de ses troupes; l'autre se porte sur Plaisance. — 11. Le détachement de M. de Gantés, destiné pour la Lumeline, sous M. de Gramont, passe le Pô à Valenza, occupe Lomello, Brème, Zemme et Cozzo. — 12. L'infant rassemble ses troupes sur le Tessin. — 15. 11 s'avance jusqu'à Magenta. — 10. S'empare de Milan, s'y établit. Dispositions pour le siège du château. Les troupes autrichiennes depuis Trécate jusqu'à Arona, sur le lac Majeur. — 31. M. de Maillebois de sa personne à Milan.
Ainsi la campagne de 1744 en Italie, un instant si brillamment engagée, finissait mal. Nos troupes repassaient les Alpes pour hiverner. Cet échec n'altéra point l'énergie des cabinets de France et d'Espagne, ni leur confiance dans un succès ultérieur. De nouveaux préparatifs eurent lieu en vue de reprendre l'oflensive au printemps de 174S. Le roi de France, désireux, de donner à l'Espagne des preuves de sa ferme résolution d'exécuter loyalement les clauses du traité de Fontainebleau et de procurer lui-môme une cou-
ronne à son gendre, l'infant don Philippe, fit savoir à Madrid que ses troupes, comme les années précédentes, prêteraient aux Espagnols un concours sans réserve pour arriver à la réalisation du but commun.
D'i)près les conventions nouvelles, au lieu de cherchera pénétrer dans le Piémont par les passages des Alpes, on devait marcher par la côte de Gênes et franchir les Apennins pour déboucher sur Alexandrie par les vallées de la Bormida, C'était l'ancien plan de M. de la Mina; mais ce plan, qui en 1744 avait rencontré l'opposition de M. de Conti, devenait aujourd'hui bien plus réalisable. D'un côté, en effet, M. de Gages devait y coopérer et assurer vers Gênes la droite de l'armée; d'un autre côté, les Anglais n'étaient plus aussi menaçants; quelques vaisseaux seulement stationnaient au mois de février devant Hyères, Monaco, San-Remo et Gênes, croisière insuffisante, non seulement pour gêner la marche d'une armée le long de la côte, mais même pour empêcher les ravitaillements par mer. Le 21 février, un fort convoi espagnol, en longeant les côtes, arrivait jusqu'à Nice et amenait un puissant renfort à l'armée de l'infant.
D'ailleurs, l'attitude du gouvernement de la république de Gênes se dessinait de plus en plus en notre faveur. Redoutant avec raison l'ambition du roi de Sardaigne , il ne pardonnait pas à Marie-Thérèse la cession du marquisat de Finale. Bien que les pourparlers entamés en 1744 n'eussent pas encore abouti à la conclusion d'un traité d'alliance avec nous, on avait la certitude de voir les Génois favoriser nos opérations, et même se déclarer ouvertement aussitôt que nous serions sur leurs frontières. Leurs émissaires secrets avaient fait entendre qu'ils prêteraient leur concours à condition qu'on assiégerait les places de Piémont qui menaçaient leur territoire, et qu'on assurerait tout d'abord leur sécurité en s'emparant de Tortone, Céva, Mondovi et Saorgio. Il fallait se ménager ces précieux auxiliaires, il fallait donc tout au moins paraître entrer dans leurs vues et débuter par l'invasion des vallées de la Bormida.
L'arrivée des Espagnols et des 2 B. français, pour prendre leurs quartiers d'hiver sur les terres de la république, avait été vue favorablement par les Génois et on les avait bien accueillis à Oneille; toutefois leur commissaire général n'avait pas tardé à
faire auprès de l'infant des démarches pour que ces troupes évacuassent celte ville, du moins en partie, pour aller occuper les localités de la principauté situées dans les régions montagneuses. Était-ce dans le but de mieux couvrir leur territoire contre les incursions des Vaudois et des paysans du Montferrat? était-ce seulement pour soulager les habitants d'Oneille d'une occupation qui, en faisant renchérir toutes les denrées, devait leur être bien lourde?
La France et l'Espagne employèrent les premiers mois de 1743 à combiner le plan d'attaque et à augmenter leurs forces. Outre les régiments ramenés de Goni par M. de Conti, et déjà établis en Dfeuphiné et en Provence, de nouveaux furent désignés pour prendre part aux opérations. Partis de points divers, ils étaient dès le mois de mars en marche sur les frontières; leur arrivée portait le contingent français à 54 B. et 35 E. Une partie devait rester à la garde des places du Dauphiné, des côtes de Provence et de la vallée de Barcelonnette, et quelques B. étaient provisoirement maintenus à Lyon jusqu'à ce que des troubles, survenus par suite de la propagande des religionnaires, fussent comprimés; mais la plus grande partie passerait le Var.
Les Espagnols de l'armée de l'infant, établis dans le comté de Nice et la principauté d'Oneille, reçurent aussi des renforts, environ 10,000 hommes, dont une partie destinée à grossir l'armée de M. de Gages. La cavalerie, nouvellement arrivée, formait 10 E.; en outre, les régiments de Brabant et de Milan, presque uniquement composés de déserteurs français, étaient en marche.
Les Génois, de leur côté, augmentaient secrètement leurs troupes de 3 B. et formaient un train considérable d'artillerie de siège; ils prenaient en même temps toutes les mesures nécessaires à défendre l'entrée de leur port aux Anglais et couvrir leurs côtes du côté de la mer, lorsque leurs troupes en seraient éloignées (1).
(1) La république de Gènes, gouvernement aristocratique et oligarchique, était divisée en deux factions, l'ancien portique et le nouveau portique. Ce dernier comprenait les anoblis ou les nobles qui s'étaient mis à la tête du peuple. La vieille organisation consulaire et plébéienne n'était plus qu'un souvenir. Cette république dégénérée entretenait 5,000 soldais , elle occupait une des portes de l'Italie et inquiétait le roi de Sardaigne. Autant de motifs pour que la France et l'Espagne, cette dernière agissant au nom de Naples, aient recherché son alliance.
Le roi de Sardaigne n'avait alors que peu de troupes sous les armes, ses régiments étaient incomplets, ses sujets découragés. La confiance semblait abattue; déjà il faisait travailler aux fortifications de sa capitale, l'entourait de palissades et la protégeait par des redoutes; il portait toute son attention sur la mise en état de défense des forteresses qui couvraient ses frontières. Par ses ordres, on agrandissait l'enceinte de Coni, on relevait Démonte de ses ruines, on travaillait à Tortone, Céva, Mondovi, Cherasco, Saorgio; enfin Acqui, où se tenait le gros de ses troupes, devenait un poste important. On fortifiait solidement la petite ville de Gavessio, qui commande la vallée du haut Tanaro et forme une avance de la place de Céva. Pour protéger ces derniers travaux, au mois de février, il avança un fort détachement du côté des passages qui conduisent à Finale, et se précautionna du côté d'Exilés en vue d'une attaque ; il rassembla tous les fourrages de la vallée dans les magasins de Saint-Sicaire, Bardonnèche, Houlx, Saul.x-d'Houlx, Sésane et Exiles; de même pour le bois et les subsistances. Charles-Emmanuel voulait ainsi avoir des provisions assurées dans ces régions montagneuses, s'il jugeait à propos d'y diriger ses troupes, et, d'un autre côté, les tenir sous sa main de manière à les détruire rapidement pour les empêcher de servir aux Espagnols et à leurs alliés, s'il se trouvait dans la nécessité de se replier sur ses derrières et d'évacuer la haute vallée de la Dora.
Cependant la flotte anglaise continuait à croiser dans le golfe de Gènes et sur les côtes d'Espagne. Ses vaisseaux, tantôt réunis, tantôt disséminés, apparaissaient de temps en temps en vue d'un de nos ports ou de ceux de la république de Gênes et y causaient une terreur bien justifiée par les violences qu'ils commettaient.
Sur la fin de mars, 7 gros bâtiments jetèrent l'ancre devant Vado, 4 autres croisaient vers San-Remo, Porto-Maurizio et Oneille, 5 se tenaient devant la Spezzia pour observer les mouvements de M, de Gages, qu'ils savaient devoir déboucher de ce côté et côtoyer le rivage jusqu'à Sestri pour gagner Gênes. Cependant le gros de leur flotte ne parut pas; on sut que, dès le 4 avril, l'amiral Kowerley avait fait route pour le détroit de Gibraltar, avec 32 vaisseaux, précédant le reste de la flotte, qui effectivement prit le large à la fin d'avril et gagna la haute mer. Notre armée d'Italie n'o-
béissait plus alors au même général : le prince de Conli était appelé à l'armée du Rhin, et M. de Maillebois le remplaçait pour diriger nos troupes sous les ordres de l'infant. Les officiers généraux qui devaient passer le Var étaient : MM. de Mirepoix, de Brun, Grammont, Senneterre, Montai, lieutenants généraux; de Ghevert, Baltazzar, Gantes, Monteynard, Portales, Cornillon, de Choiseul, Montmorency, de Saulx, Maulevrier, Larnage, du Chayla, de Gossé, maréchaux de camp; M. de Lautrec prenait le commandement d'un corps se rassemblant à Briançon; M. de Marcieu restait en Dauphiné, et M. d'Argouges couvrait la vallée de Barcelonnelle, y protégeant noire artillerie laissée à Jausiers.
M. le maréchal de Maillebois reçut, en même temps que sa nomination, des instructions sur la conduite à tenir dans la campagne prochaine. Il lui fut recommandé une grande déférence aux ordres de l'infant, et, quoique le plan de campagne dût être conforme au désir des Génois, il devait y apporter les modifications nécessaires si les Espagnols, au lieu de marcher sur Alexandrie, jugeaient préférable d'attaquer du côté de Coni. L'essentiel était de frapper, n'importe où, le roi de Sardaigne dans ses États, de s'y établir, d'occuper, si l'on pouvait, Parme et Plaisance, destinés à former l'apanage de don Philippe, et de conserver ses communications avec la France, ou tout au moins avec le comté de Nice, parle littoral de Gênes. Ce résultat ne devait pas être dépassé, et M. de Maillebois ne devait prêter son concours à l'infant, pour suivre les opérations dans le Milanais, qu'avec la supposition de succès obtenus rapidement, de sorte que l'on pût, sans témérité, s'étendre en arrière.
Du reste, dans cette campagne comme dans les précédentes, les Français ne devaient point être considérés comme partie belligérante et n'opéreraient que comme auxiliaires des Espagnols; en conséquence, sauf sur le territoire français, la droite appartiendrait à ces derniers. Bien entendu également que, lorsque les Génois joindraient leurs troupes aux nôtres, nous marcherions avant eux.
Après la retraite de Coni, toute la cavalerie espagnole avait pris ses quartiers d'hiver en Savoie. Elle reçut, au mois de mars, l'ordre de descendre en Languedoc, et partit de Chambéry, le 15 mars, à l'effectif de 16 E., laissant seulement un peu de cavalerie garder la Savoie avec 13 B. d'infanterie d'un faible effectif et dont les gre-
nadiers, réunis en détachement, avaient été embarqués sur le Rhône pour rejoindre par Tarascon l'infanterie de l'infant.
Le 22 mars, tous les officiers généraux français qui devaient avoir un commandement à l'armée d'Italie reçurent l'ordre d'être rendus sur la frontière au premier avis; le 31, pareille communication aux officiers de l'état-major, et, le 6 avril, tous furent prévenus d'être à Aix le 1" mai.
M. de Monteynard, aide-major général, se rendit à Gênes et fît une reconnaissance approfondie du terrain au nord de cette ville; il étudia spécialement le réseau des communications et rendit compte des chemins les plus propres au transport de l'artillerie à Serravalle, ïorlone et Alexandrie. Il revint ensuite sur la côte occidentale du golfe, où il fit une reconnaissance analogue des montagnes en même temps que M. de Marquelli, colonel et ingénieur dans l'armée de l'infant. La plupart des cols furent reconnus praticables; toutefois, contrairement à M. de Monteynard., qui favorisait les passages de Melogno et San-Giacomo, l'ingénieur espagnol émit l'avis que la véritable route d'invasion devait être celle qui de Savone débouche sur la Bormida à Carcare.
Depuis le commencement d'avril, les neiges étaient fondues, et l'armée française ne dessinait encore aucun mouvement en avant. Ses nouveaux régiments arrivaient successivement en Provence et en Dauphiné, et sa cavalerie, après l'hiver passé dans l'intérieur du royaume, se concentrait en Provence. L'infanterie espagnole ne bougeait pas; sa cavalerie arrivait seulement en Languedoc et dans la généralité de Montauban (1). Le roi de Sardaigne mettait ses
(1) La généralité était une grande division territoriale de l'ancienne France adoptée pour l'administration générale des impôts. Vers la fin du quatorzième siècle, les généraux des finances, établis pour la direction des deniers provenant des aides, se partagèrent les provinces composant le domaine de la couronne en quatre parties, qui prirent le nom de généralités : c'étaient celles de la Langue d'Oc, de la Langue d'Oii, de la Normandie et du pays d'outre-Seine.
Sous François l''^', la division du territoire en seize recettes générales pour toutes sortes de deniers, soit du domaine, soit des tailles, aides, gabelles ou subsides, donna lieu à autant de généralités. Ce nombre ne fit qu'augmenter par la suite. Il était en 1740 de vingt-six, dont vingt avec élections et six sans élections. L'élection (ainsi nommée parce que, dans l'origine, les magistrats qui la composaient tenaient leur pouvoir du libre choix de tous les justiciables qtii leur étaient soumis) était une sorte de tribunal appelé à faire entre les habitants une juste répartition
troupes en mouvement et rassemblait ses régiments; dès la fin d'avril, ils couvraient le haut Tanaro.
Les Génois déployaient, sans dévoiler encore leurs desseins, la plus grande activité dans l'organisation de leur armée sous les ordres de M. le comte de Cécile. Cet officier général, malgré son zèle, éprouvait les plus vives difficultés dans l'accomplissement de sa mission d'organisation; les bons éléments lui manquaient, et il ne cachait pas qu'il n'arriverait jamais à mettre sur pied que des troupes médiocres, en assez grand nombre, il est vrai, presque uniquement recrutées de déserteurs français, espagnols, allemands et piémoniais, écume des nations. Parmi eux se trouvaient beaucoup d'hommes sur lesquels il ne pouvait compter pour tenir longtemps la campagne, soit à cause de leurs anciennes blessures, soit en raison de leur santé ou de leur indiscipline. L'effectif du contingent génois atteignit bientôt 20,000 hommes sur le papier, mais en réalité ne fut que de 8,000 à 9,000 combattants (1), qui, à la fin d'avril, marchaient sur les confins du territoire de la république, à Melogno, San-Giacomo et Novi.
M. de Gages à Bologne, en face de M. de Lobkowitz, s'ébranla le premier et se porta dans la direction de Gênes, se dérobant à son ennemi qui avait rassemblé son armée sur le Panaro. Dès le commencement d'avril, il fit évacuer ses malades sur Orbitello, prendre la même direction à son artillerie, qui devait ensuite le rejoindre par mer à Gênes, et protégea la marche de ces convois
des impôts extraordinaires et à juger en première instance les contestations relatives aux tailles, impols, etc.. Les vingt généralités avec élections étaient celles de Paris, Amiens, Artois, Soissons, Orléans, Bourges, Moulins, Lyon, Clermont, Poitiers, la Rochelle, Limoges, Bordeaux, Tours, Auch, Montauban en Dauphiné, Chàlons, Rouen, Caea et Alençon. Les six généralités sans élections ou pays conquis, où les impositions n'étaient point exactement définies et revêtaient un caractère arbitraire, étaient celles de Roussillon, comté de Bourgogne, Metz et pays Messin, Alsace, Flandre et Hainaut. En outre de ces vingt-six généralités, le territoire comprenait encore des pays d'Élnls : c'étaient les provinces qui, par les traités de réunion à la France, avaient conservé le droit de s'administrer elles-mêmes, de fixer le chilFre de leurs impôts, leur mode de répartition et de perception. Les pays d'États étaient en 1740 au nombre de quatre : la Bretagne, la Provence, le Languedoc et le duché de Bourgogne.
(I) Ils formaient les régiments de Vavena, Givardini, Finocchio, Arnaud, Kretzler, Rembo, Kinich, Gazoppi, Giacomoni, Genlile, Andergoss, Montenach, Vigo.
par quelques détachements de ses troupes, puis, à la tête du gros de ses forces, franchit le Panaro en amont de la position occupée par M. de Lobkowitz et entra en maître dans le pays de la Garfagnana(l), après s'être emparé du château Alfonso, oîi les Autrichiens avaient une faible garnison. Le prince de Lobkowitz, déconcerté par cette marche inattendue, ne put que lancer à sa suite quelques troupes légères et se retira avec son armée sous Modène.
M. de Gages continua son mouvement sans précipitation et, traversant l'État de Lucques et le duché de Massa, arriva, le 6 mai, à Sarzana sur le territoire de Gênes. Il y fut rejoint par le duc de Modène. Après un long repos donné à ses troupes, il franchit, le 15. sur plusieurs ponts, la rivière de la Magra sous la protection de son arrière-garde, qui eut à soutenir une violente attaque des Autrichiens; ceux-ci furent repoussés et cessèrent dès lors de harceler l'armée; le 17, à Chiavari, sur la mer, il poussa aussitôt ses détachements d'avant-garde au delà de Gênes, à Saint-Pierre d'Arène, Rivarolo et Campo-Morone.
Le 15 mai, en même temps que M. de Gages débouchait sur Chiavari, l'infanterie de l'infant, évacuant le comté de Nice, se mettait en marche avec 2 régiments de dragons sur Albenga, point de rassemblement.
Les Français, pendant ce temps, se concentraient à Nice, quitté par les Espagnols le 27 avril^ et oij nos régiments arrivaient successivement. M. de Maillebois, le 12 mai à Lyon, arriva le 16 à Aix, y donna ses dernières instructions pour assurer, lorsqu'il se serait porté en avant avec l'armée, la sécurité de notre territoire, et se concerta, dans ce but, avec M. de Marcieu, commandant en Dauphiné, M. d'Argouges, qui devait rester dans la vallée de Barcelonnette, et M. de Mirepoix, qui, bien qu'appelé à prendre un commandement à l'armée, conservait le gouvernement de la Provence. •
Les réligionnaires continuaient à s'agiter dans le Diois (2) ; cepen-
(1) La Carfagnana (et non Cafragnana) était la portion méridionale du duché de Modène touchant au duché de Massa, à la principauté de Lucques et aux enclaves de la Toscane ; elle se trouvait aux sources du Serchio, rivière qui arrose Lucques et se jette dans la Méditerranée un peu au-dessus de l'Arno; elle occupait par conséquent le versant sud-ouest des Apennins; Anlisciana en était le cheflieu; le fort Verrucola en était la clef; tous deux sur le Serchio.
(2) Le Diois formait la partie centrale de l'ancien Dauphiné; circonscrit par le Viennois, le Graisivaudan, le Gapençois, les Baronnies et le Valenlinois.
dant la fermentation qu'ils entretenaient n'avait plus un caractère aussi grave que l'année précédente. On venait d'expulser du Languedoc les instigateurs de ces troubles, retirés dans les Cévennes et dans le Vivarais. Ceux qui restaient en Daupbiné avaient perdu de leur audace; toutefois ils continuaient, malgré les défenses faites, à tenir leurs assemblées. M. de Marcieu reçut ordre de suivre à leur égard la conduite tenue jusqu'alors, c'est-à-dire d'éviter les mesures de rigueur qu'il n'aurait pas les moyens de faire exécuter et respecter, et le parlement de Grenoble fut averti de ne pas compromettre son autorité par des décisions immédiates et de se contenter de recueillir pendant l'été les preuves des infractions commises par ces sectaires, de manière à pouvoir sévir contre eux après le retour de l'armée.
A M. de Marcieu fut réservé le nombre de B. nécessaires pour protéger la frontière, et il dut même en envoyer un à M. d'Argouges, qui, veillant à la sécurité de notre train d'artillerie installé à Jausiers, réclamait du renfort. Après ces prélèvements sur l'armée, toutes nos troupes disponibles encore en Daupbiné et à Lyon s'acheminèrent sur Nice.
Nous étions ainsi sans inquiétude, grâce à ces sages dispositions, sur nos propres frontières; les précautions prises par les Espagnols du côté de la Savoie, qu'ils avaient mission de garder, ne nous inspiraient pas la même confiance; les troupes laissées dans cette province semblaient insuffisantes pour la mettre à couvert contre les troupes irrégulières du roi de Sardaigne et les incursions des Barbets; on crut devoir appeler sur ce point l'attention du cabinet de Madrid et lui indiquer l'importance à ce que notre gauche fût appuyée efficacement, et à ce que sur toute la ligne des Alpes il n'y eût aucun point vulnérable. Pendant que notre infanterie opérait son mouvement de concentration sur Nice,
Sa longueur était de 40 kilomètres environ du N. au S., sa largeur de 30 kilomètres de l'E. à 10. Outre la partie haute du bassin de la Drôme, rivière qui y prenait sa source, il comprenait encore au N. une portion du Royannais et du Vercor dans le bassin de l'Isère, et au S.-O. les pentes qui descendent sur les sources du Jabron et de l'Argues, affluents du Rhône. La capitale était Die-, ses principaux bourgs : Saint-Jean en Royans, Aouste (près de Crest), Saillans, Chdlillon, Bourdeaux, Dieu-le-Fil, la Molle en Chalencon.
Le Diois esl actuellement compris en entier dans le département de la Drôme.
la cavalerie, arrivée en Provence au commencement d'avril, comprenait 24 E., formant 6 régiments : Languedoc (dragons), Royal- Piémont, Dauphin, la Vieuville, la Rochefoucauld, des Cars.
La concentration de l'infanterie française fut achevée le 29 mai. Le même jour, l'infant et M. de Maillebois la rejoignirent à Nice, et le départ de la première colonne fut fixé au 31. Un petit corps de quelques B. resterait sur les derrières de l'armée pour garder le comté de Nice, jusqu'à hauteur de Dolce-Acqua, en face de Saorgio. Le reste de l'armée devait franchir la Roya et former trois divisions.
La 1'" division, sous M. de Mirepoix, était composée de 7 B. français (la Reine, 2; gardes lorraines, 1; Flandre, 1; Périgord, 1; Blaisois, 1 ; Auxerrois, 1). Elle était destinée, lorsque l'armée serait en marche, à couvrir son flanc du côté de Garessio et de Céva, et à assurer ses communications, en se reliant par sa gauche au corps resté à Dolce-Acqua et en tenant par sa droite le haut des vallées de la Bormida.
La 2" division, commandée par M. de Brun, et la 3* division, aux ordres de M. deGrammont, devaient former le corps principal appelé à marcher avec les Espagnols au delà des Apennins.
Les trois divisions se mirent en marche à deux jours d'intervalle l'une de l'autre. M. de Mirepoix partit de Nice le 31 mai; M. de Brun, le 2 juin; M. deGrammont (1), le 4. L'infant et le maréchal de Maillebois quittèrent la ville en même temps que les troupes de M. de Mirepoix et se dirigèrent sur Albenga, escortés par 2 régiments de dragons, 2 B. espagnols, 5 compagnies de grenadiers et un détachement de fusiliers de montagne. Ils couchèrent le soir à Menton, et le lendemain à Bordighera, après avoir heureusement franchi le mauvais pas entre Menton et Vintimille; route du littoral qui, longeant d'un côté la mer, bordée de l'autre par des rochers abrupts, n'ayant d'ailleurs sur plusieurs lieues qu'une largeur de trois pieds, forçait nos troupes à s'allonger démesurément et les exposait au feu des vaisseaux anglais, sans possibilité d'en atténuer les effets en se rejetant dans l'intérieur.
(1) De Grammont (Jean-Georges de Caulet, marquis de), né en 1683, volontaire au régiment de Ciiazei (dragons); maréclial de camp, le 2 mai 1744-, lieutenant général, 10 mai 1748; décédé en décembre 1762.
La flotte anglaise, en effet, partie à la fin d'avril, était revenue en vue de nos côtes : le 1" juin, 101 vaisseaux s'embossaient à quatre lieues de Monaco; malgré leur nombre, ils ne purent incommoder la marche de nos troupes sur le littoral. Leurs escadres détachées et volantes nous créèrent bien plus d'embarras et de difficultés en bloquant nos ports, empêchant les ravitaillements et s'emparant de tout ce qu'elles pouvaient saisir sur mer. Elles se déplaçaient sans cesse, ralliant un instant la flotte et revenant ensuite sur les divers points du littoral. Le 17 mai, 4 vaisseaux bloquaient Gênes, 5 se présentaient àVado. Le 16 juin, 8 bâtiments croisaient en vue de Bordighera, et, le 21, 13 étaient signalés sur la côte de Gênes, s'étendant sur la Corse. Leurs violences continuaient et exaspéraient les populations : dès le 7 mai, ils brûlaient sur la plage de Diano un navire génois qui avait déchargé du vin à Oneille. Cet acte d'hostilité irrita les magistrats de la république, encore neutres, au point de se déclarer de suite pour nous, si apparaissait notre pavillon.
Au commencement de juin, une de leurs escadres captura et conduisit à Livourne 27 vaisseaux chargés de blé et de subsistances pour notre armée, et les fit vendre à son profit. La perte de ce convoi, attendu impatiemment, fut vivement ressentie par nos soldats.
Pendant cette marche, le roi de Sardaigne venait de porter deux corps sur Novi et Mondovi, augmentant Céva, Acqui et Tortone. De nouvelles troupes s'avançaient sur les sources du Tanaro, dont 7 B. à Garessio, 4 à Orméa et 3 à Ponte di Nave; des milliers de paysans rassemblés dans les environs de ces trois places s'avançaient sur Oneille. Ce dernier mouvement fit concevoir à l'infant et à M. de Maillebois des craintes pour leur flanc gauche; et, redoutant avec raison que les Piémontais ne s'emparassent du poste de Triola, qui appartenait aux Génois et commandait toute la vallée de la Taggia, ils firent marcher immédiatement les Espagnols sur ce poste. Ceux-ci s'y établirent solidement, et la division tout entière de M. de Mirepoix reçut ordre de prendre la même direction et de les soutenir.
A son approche, des troupes réglées piémontaises et des paysans armés, occupant déjà la principauté d'Oneille, se hâtèrent de se replier en désordre sur Saorgio. M. de Mirepoix, à llezzo, détache
M. de Chevert à la Piéva et pousse sur les hauteurs de Monte- Grosso M. de Montmorency, qui enleva brillamment ce poste aux Piémontais le 10 juin.
L'infant et le maréchal poursuivirent leur roule avec leur escorte et arrivèrent le 6 juin à Oneille, le 9 à Albenga. Toute l'armée espagnole occupait la côte : 13 B. et 17 E. aux environs d'Albenga, et d'autres rassemblements à Oneille, Loano et Finale (1). L'infanterie de M. de Maillebois était en route , et sa cavalerie venait de recevoir l'ordre de quitter la Provence et de suivre à distance, après s'être formée à Nice.
Le mouvement de concentration s'exécutait donc avec lenteur, mais avec régularité. De son côté, M. de Gages avait quitté Chiavari et se trouvait, le 8 juin, avec son corps à Campo-Morone et Ponte-Decimo. Il avait reçu, le 16 mai, un renfort de 4 B. et de 20 E., dont 8 français, demandés à l'infant pour être à même de s'avancer dans la plaine de Torlone, et il couvrait alors la ville de Gênes; ses avant-postes étaient à la Bocchetta et Busatto.
Les Génois avaient enfin conclu leur alliance avec l'Espagne. Par le traité, ils s'engageaient à mettre sur pied 10,000 hommes et un train considérable d'artillerie. En retour, la maison de Bourbon garantissait toutes les possessions de la république et promettait de lui payer un subside par mois. Toutes les parties contractantes s'engageaient, d'ailleurs, à concerter leurs efforts pour procurer à don Philippe une souveraineté en Italie. Ce traité, signé le 2 mai à Aranjuez, n'avait pas encore été divulgué. Les Génois le tenaient secret dans l'intention de gagner du temps pour leurs préparatifs d'entrée en campagne, et bien décidés à ne jeter le masque, vis-à-vis du roi de Sardaigne, que lorsque les progrès des alliés sur les frontières seraient assez avancés pour que le territoire de la république fût en sécurité, et qu'ils ne fussent pas exposés à se trouver seuls à découvert en face des Piémontais. De son côté, M. de Gages, ignorant la véritable situation, ne
(1) Le marquisat de Finale était situé entre les Apennins et la mer, sur la côte occiticntalc liii golfe de Cônes. Il présentait la forme d'un triangle appuyé aux Apennins par sa base, établie entre Melogno et San-Giacomo, et dont le sommet, occupé par la ville de Finale, atteignait la Méditerranée. 11 touchait au nord le fief des Langbes de Millcsinio et le Montferrat ; à droite et à gauche s'étendait le territoire de lu république de Gènes.
s'expliqnant pas la conduite des Génois et incertain de leur attitude, n'osait s'avancer au delà des Apennins et entreprendre une marche sur Tortone, regardée comme dangereuse sans leur appui. Il savait que M. de Schulembourg (1), qui venait de remplacer M. le prince de Lobkowitz dans le commandement des Autrichiens, n'avait quitté Modène avec ses 18,000 hommes, qu'après avoir pris position, le l^"" juin, sur la rive gauche du Pô entre Belgiojoso et Malleo, près Pizzighetone; il avait ensuite passé le Pô, le 15 juin, à Albéra près Stradella; campé, le 16, àVoghéra, il y avait été renforcé par 3 B. et 2 régiments de cavalerie piémontais, et était depuis le 17 à Rivalta, devant Novi et Gavi, avec un fort détachement en avant de Voltaggio.
Des craintes analogues retenaient M. de Maillebois. Il pouvait avec raison redouter, en présence du retard des Génois à se déclarer ouvertement, qu'ils ne remplissent pas loyalement leurs engagements; il savait que M. de Gages, au lieu de 25 à 26,000 hommes, n'en avait pas plus de 20,000. Il connaissait d'ailleurs, comme celui-ci, la marche de M. de Schulembourg, et il craignait, en dessinant son mouvement, de se trouver tout à coup avec M. de Gages en présence des forces numériquement supérieures des Piémontais et des Autrichiens réunis aux environs de Tortone.
Cette défiance réciproque, qui engendrait un retard si préjudiciable, cessa bientôt. L'infant et le maréchal reconnurent que les appréhensions des Génois ne manquaient pas d'une certaine vérité et résolurent, le 22 juin, pour ôter tout prétexte à l'attitude expectante de ces derniers, de pousser leur armée sur la Bormida, tandis que M. de Gages se porterait sur Voltaggio, en face du fort de Gavi, et y attendrait pour déboucher dans la plaine
(1) Schulombourg-Œynhausen (Louis-Fordinand, comte de), grand inailie de l'artillerie en Autriche, né en 1701, capitaine en 1723; 1724, lieutenant-colonel; 1733, colonel; lit les campagnes de 1737 à 1739 en Hongrie; envoyé à Turin, comme ministre, pour conclure le traité du f'' février 1742, négocier lalliance défensive avec le marquis d'Ormea; destiné à couvrir les provinces autrichiennes d'Italie contre la France et l'Espagne; fait la campagne de 1744 sur le Rhin, et en Bohême sous le rnaréclial Traun; forcé de lever le siège de Nice, échec qui le fit rapjieler le 22 août 1747 ; embrassa la religion catholique en 1753 ; meurt à Vienne, le IG février
de Tortone l'effet produit par la marche de l'armée combinée. L'annonce de celte résolution décida les Génois, et, le :26 juin, leurs troupes se mirent en mouvement. Elles évacuèrent les passages de Melogno et de San-Giacomo qu'elles occupaient en force et se portèrent dans la direction de Novi, ville génoise, dont les Autrichiens s'étaient emparés. On les releva à San-Giacomo par des détachements français et par 2 B. espagnols.
Une autre considération poussait d'ailleurs les Génois à se jeter ouvertement dans nos bras : leur territoire venait d'être violé par les Piémontais, qui s'étaient avancés sur le territoire de la république jusqu'à Vintimille et, après avoir brûlé des magasins, s'étaient retirés dans leurs montagnes; craignant le retour de semblables incursions, exaspérés également contre les Anglais, ils venaient de reconnaître enfin que le meilleur parti à prendre était de s'iissurer une protection efficace par une alliance ouverte et de ne plus tenir secret le traité d'Aranjuez.
En même temps qu'ils envoyaient leurs troupes à Novi, ils appelèrent à la défense du sol leurs paysans et mirent en mouvement leur matériel d'artillerie de siège sur Novi, évacué par les avantpostes autrichiens, et l'on prépara, sans tarder, à Gênes, un deuxième convoi d'artillerie de campagne outre celle que le roi de Naples envoyait, avec d'autres renforts de troupes, au secours de ses alliés, et que des tartanes avaient amenés successivement dans ce port ou à Porto- Fino.
Sauf le contingent génois, l'armée alliée avait alors bel aspect. L'infanterie française était brillante au-dessus de ce qu'on devait espérer après les fatigues de la dernière campagne; l'infanterie espagnole, belle, bien tenue et complète. Les troupes du roi de Sardaigne paraissaient , au contraire, démoralisées; la désertion les affaiblissait tous les jours; les paysans du Montferrat, loin de marcher avec ardeur comme l'année précédente , cherchaient à se soustraire aux levées. Charles-Emmanuel venait de perdre 5on premier ministre, M. d'Orméa(l), qui l'avait secondé si utilement dans la dernière campagne; faiblement soutenu d'ailleurs par Marie-
(1) Marquis d'Orméa, plein d'audace et prodigieusement actif, dit Foisset, souple et insinuant, il montra de la promptitude dans ses décisions, devint ministre des aflTaires étrangères, des finances : meurt avec le regret d'avoir été impuissant à écarter les revers qui frappèrent son pays.
Thérèse, il semblait, en acceptant la lutte, marcher à une défaite certaine.
L'infanterie française était arrivée depuis le 16 juin à Albenga, remplaçant les Espagnols de l'infant qui s'étaient avancés sur Loano, Finale et Savone. Le mouvement en avant fixé au 29 juin, l'armée fut formée en cinq colonnes qui devaient partir de Loano, Finale, Savone, et converger sur Carcare.
La V colonne, celle de droite, fut composée de brigades espagnoles, des grenadiers provinciaux et de '1 B. de fusiliers de montagne sous les ordres de M. d'Arenbourg et de M. de Magny. Elle devait partir de Savone et passer par le col d'Altare.
La 2® colonne, également de brigades espagnoles avec MM. de Artiago et de Gorvolan , devait suivre la même route que la première.
La 3" colonne, composée d'Espagnols et de Français, comprit le régiment espagnol de Victoria, les grenadiers royaux, i B. de fusiliers de montagne, la brigade française de Ségur. Elle fut placée sous les ordres de MM. de Montai, de Chevert et de Karigal; elle devait partir de Finale et passer par le col de San-Giacomo. La 4^ colonne comprenait la brigade française d'Anjou seule, sous M. de Brun et de M. de Saulx, et de Finale se dirigerait par le col de la Madona délie Nave. La 5" colonne enfin, formée des brigades françaises de Poitou et de Provence avec MM.de Senneterre et de Maulevrier, devait de Loano traverser le col de Melogno. Sur la gauche de l'armée, la division de M, de Mirepoix s'avancerait en même temps dans la vallée de la Bormida dans la direction de la Millesimo. Chacune des cinq colonnes prit aussitôt ses emplacements de départ et, le 29 juin, l'armée entière s'ébranla.
La colonne de M. de Senneterre passa par Bardinetlo, celle de M. de Brun parCarbua, celle de M. du Montai par Féline. Le 30 juin, les cinq colonnes campaient sur la crête des montagnes à Melogno, la Madona délie Nave, San-Giacomo et Altare. Le même jour, M. de Mirepoix était à San-Bernardo et l'armée de M. de Gages arrivait à Voltaggio. L'infant et le maréchal, avec le quartier général, restèrent en arrière à Finale. En ce moment, la cavalerie française était en marche pour rejoindre l'armée. A cette époque, 6 régiments cantonnés entre Marseille et leVar, s'étaient rassemblés à Nic.e; un septième, le régiment de dragons Dauphin, avait été appelé du
Languedoc. Le régiment de cavalerie Royal-Piémont, avec lequel il devait former la 3" division, sous le commandement de M. de Cossé, reçut donc ordre de l'attendre à Nice, et les r^ et 2® divisions se mirent seules en marche.
La l'^divisionfl), commandée parM. duGhayla, partit le 24 juin; la 2" division (2), avec M. de Gendre, le 27.
Ces deux divisions, arrivées le2juilletàFinale, continuèrent leur route par Sportono et Savone et suivirent, pour rejoindre l'armée, la route de la colonne de M. d'Arenbourg.
L'armée, alors descendue des montagnes, occupait le haut de la vallée de la Bormida, et, le 1" juillet, était concentrée à Carcare ; l'infant et le maréchal l'y avaient rejointe le 3. M. de Castelar était déjà en avant àCairo. Nos détachements d'avant-garde se portèrent aussitôt dans la direction d'Acqui. L'un, de 4 B. avec 1,200 chevaux, sous M. de Chevert et M. de Pignatelli, descendit la vallée de la Bormida ; un autre, de 4 B. et d'un détachement de fusiliers de montagne, avec M. de Senneterre, suivit la crête qui sépare la Bormida de l'Erro. Ces marches, couvertes par les rochers qui bordent la rive gauche de la Bormida, se firent rapidement, secrètement et sans encombre.
Le 5 juillet, le détachement de M. de Senneterre était à Malvicino, menaçant Acqui par le sud. Le 6, l'armée elle-même s'avançait à Dego, et le 8 à Spigno, précédée toujours par le corps de MM. de Chevert et de Pignatelli qui, dès le 10, occupait Bestagno.
Les deux divisions de cavalerie française de MM. du Chayla et le Gendre rejoignaient l'armée à Spigno, le 10; grâce à ce renfort de chevaux, nous étions dès lors à même de déboucher dans la plaine et de nous y maintenir.
La place d'Acqui, seule, pouvait nous arrêter : les remparts avaient été récemment remis en état, le roi de Sardaigne y avait fait entrer une forte garnison ; mais la résistance ne fut pas longue, MM. de Chevert et de Pignatelli l'emportèrent brillamment dès le 11 juillet par un coup de vigueur. L'armée, alors à Bestagno, n'entra dans Acqui que le 14, et y fut rejointe, le 16, par le corps de M. de Senneterre resté jusque-là à Malvicino.
(1) La Rochefoucault, cavalerie; la Vieuville et Languedoc, dragons.
(2) Dauphin, Des Cars, cavalerie.
Pendant que les troupes de l'infant et de M. de Mailiebois obtenaient ces succès rapides sur les Piémontais , dont elles refoulaient les postes avancés, l'armée de M. de Gages, renforcée par les Génois, dont M. de Brignole avait pris le commandement en remplacement de M. le comte de Cécile, quittait de son côté Voltaggio, et s'était avancée le 4 juillet sur Gavi, à hauteur d'Acqui (1); elle occupait Novi avec un fort détachement de fusiliers de montagne, et avait remplacé dans leurs positions les Autrichiens de M. de Schulembourg repliés sur Rivalta , couvrant la place de Tortone.
Le roi de Sardaigne était avec le gros de ses forces sur le Tanaro, entre Asti et Alexandrie; M. de Schulembourg à Rivalta, l'infant à Acqui, M. de Gages à Gavi. Dans cette situation, deux plans se présentaient : l'un, de diriger les troupes de l'infant d'Acqui sur Alexandrie par les hauteurs de la rive gauche de la Bormida, et celles de M. de Gages, de Gavi sur Tortone, le long de la Scrivia. On se fût avancé ainsi en deux colonnes parallèles sur les Piémontais et les Autrichiens, qu'on pouvait espérer battre isolément; ce plan n'était pas sans danger, et il y avait à redouter que, par une concentration subite vers San-Giuliano et Fregarolo, nos ennemis ne se jetassent entre nos deux corps dans la vaste plaine qui les eût séparés, et qu'ils ne pussent écraser, par leurs forces supérieures, celle de nos deux armées sur laquelle ils tourneraient leurs efforts.
L'autre plan, plus sage, consistait à quitter les montagnes, à se concentrer dans la plaine et à marcher à l'ennemi avec les deux armées réunies, de manière à se placer entre Alexandrie et Tortone pour empêcher la jonction des Autrichiens avec ies Piémontais et à se rabattre, si ce point était atteint, sur les uns ou sur les autres. En tout cas, on aurait ainsi toutes ses troupes sous la main, et, sans la jonction, on pouvait combattre à forces égales, si l'ennemi se portait sur le centre, ou isoler de son armée l'une des deux
(I) La ville d'Acqui est située au pied des derniers contreforts des Apennins. Li vallée de la Bonnida, encaissée et étroite jusque-là, s'élargit tout à coup à droite, et, tout en restant niontueuse à gauche par suite des pentes du chaînon qui sépare le Belbo de la Bormida et vient mourir brusquement sur celte dernière rivière, se transforme, dans la direction de Novi et de Tortone, en une immense plaine se prolongeant au nord jusqu'au bas Tanaro et au Pô; San-Giuliano c;i occupe à peu près le centre, Alexandrie et Tortone la commandent.
places d'Alexandrie ou de Tortone, s'il prononçait son mouvement sur la gauche ou sur la droite.
Le premier plan semble d'abord avoir été adopté ; car, dès le \A juillet, lorsque l'armée était entrée à Acqui, l'avant-garde de MM. de Chevert et de Pignatelli se porta jusqu'à Cassino, sur la Bormida, dans la direction d'Alexandrie. Toutefois ce mouvement pourrait tout aussi bien n'avoir eu pour but que d'assurer le flanc gauche de l'armée, si la marche dans la plaine était déjà résolue, et de faire une démonstration de nature à tromper l'ennemi sur nos véritables intentions. Quoi qu'il en soit, le 13 juillet, M, de Schulembourg, sentant le péril de son isolement, avait avacué Rivalta et s'était porté avec le gros de son armée à Castel-Ceriolo à côté des Piémontais qui, de leur côté, se massaient autour d'Alexandrie. Les Autrichiens ne tenaient plus Rivalta et San-Giuliano que par des détachements.
En présence de cette concentration des ennemis sur leur droite, qui découvrait Tortone, l'adoption du dernier plan s'imposait d'ellemême. L'infant résolut donc d'appeler à lui M. de Gages, et désigna Fregarolo comme point de réunion pour les deux armées.
Les troupes de l'infant et de M. de Maillebois, laissant un fort détachement à Acqui pour les relier à M. de Mirepoix, commencèrent leur mouvement le 19 juillet, et, au lieu de suivre la route de Cassino, descendirent la rive droite de la Bormida, où le corps de MM. de Chevert et de Pignatelli fut appelé pour les précéder. Elles campèrent, le 19, à Gastelnovo di Bormida, le 20 à Sezze, et le 23 à Fregarolo.
Les troupes de M. de Gages se mirent en mouvement le 16 juillet et, appuyant à leur gauche, vinrent camper à Francavilla, puis se portèrent, le 23, àComiento, où elles débouchèrent en même temps que le reste de l'armée arrivait à Fregarolo.
Nos troupes marchaient avec ardeur. Les Autrichiens et les Piémontais, au contraire, semblaient redouter un engagement et se repliaient devant nous. A la nouvelle de notre marche, M. de Schulembourg avait déjà, depuis le 16 juillet, rappelé ses détachements, levé son camp de Castel-Ceriolo et repassé le Tanaro près d'Alexandrie. Son armée était, le 22 juillet, rangée en bataille derrière celte rivière, à côté de celle du roi de Sardaigne, avec son quartier général à Monte-Castello ; toutes deux formaient une longue ligne
depuis Bassignano jusqu'à Alexandrie et, nous abandonnant décidément la plaine, semblaient réduites à assister passivement à nos entreprises sur Tortone, et à attendre notre choc derrière les obstacles naturels que présente le passage de vive force d'un grand fleuve.
Jusqu'alors M. deMaillebois et M. de Gages ayant opéré chacun de leur côté, la question de préséance et de subordination n'avait pas été posée. Elle s'imposa naturellement dès que la jonction des armées fut opérée. M. de Maillebois, en sa qualité de maréchal, prétendit avoir droit au commandement sur M. de Gages, capitaine général; celui-ci invoqua la similitude de ces deux grades et se défendit vivement de passer sous les ordres du maréchal. Le roi de France, consulté, appuya M. de Maillebois. Pour tout CQficilier, on imagina à Madrid de nommer M. le maréchal de Maillebois capitaine général; mais ce moyen par lequel l'Espagne se flattait de tourner la difficulté ne fit que l'augmenter, M. de Gages se trouvant être plus ancien de grade que M. de Maillebois. Alors, par décision, M. de Gages eut le droit de commander les troupes françaises en l'absence du maréchal.
Pendant que l'armée s'avançait à Fregarolo, M. deMirepoix, resté à Millesimo avec son corps de 7 B. français renforcés de 2 B. du régiment espagnol Victoria, et qui gardait nos communications dans la vallée de la Bormida, remportait un brillant avantage sur M. de Sinsans. Ce dernier avait eu précédemment sous ses ordres jusqu'à 22 B. ; il n'en avait plus que 15 environ, par suite du départ de 7 B. que le roi de Sardaigne venait de lui demander en toute hâte pour renforcer son armée à Alexandrie. Sur ces 15 B., 3 occupaient Céva et le haut Tanaro, et le gros de ses forces, formant 12 B., avait pris position, le 13 juillet, en avant de Céva, sur les hauteurs de Monte-Zemoto. Cette position devint trop menaçante à l'égard de nos communications pour qu'il fût possible de leur en abandonner la possession. M. de Mirepoix, avec la résolution de les débusquer, rassembla rapidement les 9 B. et se jeta, le 24 juillet, sur Monte-Zemoto.
Après un vif engagement, les Piémontais délogés, abandonnant leur camp, se retirèrent à Morère, sous Céva. La crête des montagnes qui séparent la Bormida du Tanaro resta la limite des avantpostes des deux partis, et la vallée de la Bormida nous demeura
tout entière. M. de Mirepoix, de son côté, retourna à son camp de Millesimo et, après ce coup de vigueur, étendit de nouveau ses positions de manière à se relier de nouveau avec Dolce-Acqua. Il garda avec lui à Millesimo 2 B. seulement, les régiments des gardes lorraines et de Flandre. Il renvoya à Bardinelto M. de Larnage avec 4 B., dont 2 français (régiment de la Reine) et 2 espagnols (régiment Victoria). Il fit partir pour Rezzo 2 autres B. (Périgord et Blaisois) sous M. de Pereuse, et dirigea sur Andagna le dernier de ses B. (Auxerrois) aux ordres de M. de Montcalm.
La mission de veiller à la sécurité de nos communications avec le comté de Nice était des plus graves, et, malgré une surveillance des plus actives sur tous les points de passage de la crête des Apennins, le faible cordon que nous pouvions former n'était pas un obstacle suffisant contre les incursions des paysans piémontais et des Barbets. Les troupes, obligées de se multiplier, étaient harassées; grâce à un renfort envoyé par le maréchal de Maillebois à Fregarolo, sur toute la ligne défendue par M. de Mirepoix, de Millesimo à Dolce-Acqua, les troupes opposèrent aux incursions des Barbets une barrière infranchissable; à sa gauche, il n'en fut pas ainsi, et, si l'on repoussa facilement devant Nice un corps ennemi qui s'était avancé pour troubler la levée des contributions convenues avec cette ville, d'autres détachements sortis des places de Coni et de Saorgio réussirent à percer notre chaîne d'avant-postes et se portèrent jusqu'à Dolce-Acqua le 24 juillet. Ce poste, gardé par un détachement espagnol, était en mesure de résister ; le commandant, capitaine suisse au service de l'Espagne, se déshonora eu rendant le château aux Piémontais.
Cette capitulation honteuse et prématurée pouvait créer de graves embarras, si on laissait les Piémontais prendre pied à Dolce- Acqua; déjà ils travaillaient à mettre cette place en meilleur état et construisaient autour de la ville une ligne de retranchements. Il était essentiel d'agir avec rapidité; aussi, dès la nouvelle de cette affaire, M. deBaltazzar, brigadier, employé dans le comté de Nice, rassembla un fort détachement de troupes françaises et à sa tête marcha sur Dolce-Acqua. Il réussit à en chasser les Piémontais et leur reprit la ville et le château, quelquesjours seulement après leur entrée. La présence d'une garnison solide, et l'événement ayant fait sentir la faiblesse de notre cordon protecteur sur ce point
de nos communications, où l'ennemi paraissait le plus acharné, on dirigea entre Yintimille et Oneille un corps de paysans génois destinés à garder le littoral et permettre aux troupes régulières de se tenir plus en force à proximité des passages du haut Tanaro.
Les Anglais, de leur côté, reparurent un instant sur les côtes de Gênes, et plusieurs de leurs vaisseaux s'approchèrent de Savone vers la fin de juillet; ils bombardèrent cette place, mais sans de grands dommages. Néanmoins Gènes resta émue de cet événement, le commencement peut-être d'une série de tentatives sur les différents ports de la république et même sur leur capitale, et cette émotion ne se calma que vers le 20 août, lorsqu'on apprit que les Anglais voguaient vers les côtes d'Italie et d'Espagne.
En s'avançant à la rencontre de l'infant sur Fregarolo, M. de Gages laissait sur ses derrières la place de Serravalle, où les Autrichiens avaient une garnison. Cette place sans grande importance gênait cependant nos communications par le col de la Bocchetta. Le siège en fut résolu ; le 24 juillet, la tranchée est ouverte. Dans la nuit du 1^"^ au 2 août, le chemin couvert fut couronné et, le 3, la place se rendit. Les Génois, ayant fourni un nombreux contingent pour l'attaque de cefort, dont le voisinage de leur frontière les offusquait, craignant que dans l'avenir il ne redevînt une menace contre eux, voulurent le démolir; le maréchal s'y opposa formellement. Serravalle lui offrait, en effet, à présent un point d'appui excellent, couvrant la droite de l'armée, protégeant ses derrières et devant favoriser ultérieurement nos entreprises sur Tortone. Les Espagnols, Génois et Français y entrèrent successivement et le mouvement en avant continua.
La position prise par le roi de Sardaigne et par M. de Schulembourg derrière le Tanaro, abandonnant le sort de Tortone à l'énergie des défenseurs jetés dans cette place, dictait notre conduite, Ea présence de l'attitude passive de l'ennemi , le seul parti à prendre était de se jeter entre le Tanaro et Tortone, et, tandis qu'une portion de l'armée ferait face à Monte-Castello et contiendrait les démonstrations du roi de Sardaigne de ce côté, d'employer le reste au siège de Tortone. Il était, en effet, de notre intérêt de nous assurer la possession de cette place importante commandant la vallée de laScrivia, un de nos débouchés, et la plaine de la Bormida, théâtre de nos opérations, et qui nous barrait l'entrée de la vallée du Pô.
L'armée de l'infant et de M. de Maillebois, opposée au roi de Sardaigne, forma le corps d'observation, et l'armée de M. de Gages eut la mission d'assiéger Torlone.
Ces dispositions arrêtées le 4 août, le 5 toutes nos troupes marchaient de Fregarolo et Comiento. Le quartier général se transporta à San-Giuliano; l'armée française et celle de l'infant s'établirent face au Tanaro, la droite vers Sale, la gauche à l'Orba en face d'Alexandrie, et occupant fortement sur son front Marengo et Castel-Geriolo. Le corps de M. de Gages, se portant sur Torlone, investit cette place le même jour, mais faiblement, et, en raison du développement considérable des ouvrages extérieurs, on dut le renforcer de 3 B. français envoyés le 8 août. Dès l'arrivée de ces B., la tranchée fut ouverte et le siège entrepris; il fut conduit d'une manière différente de celle suivie en 1734, et aboutit aussi heureusement. Les travaux d'approche contre l'enceinte commencèrent le 10 août. Les Espagnols y mirent une certaine lenteur, néanmoins la ville se^endit le 14, et la garnison, composée de 2 B., se réfugia dans le château pour y prolonger la défense. L'attaque du château, alors entreprise, ne fut pas non plus poussée par les Espagnols avec la vigueur désirable. Les batteries achevées le 25 août, on y plaça alors du canon et, à partir de ce jour, le feu ne cessa plus. Le château, couvert de projectiles, souffrit beaucoup, et l'effet de notre artillerie annonça le dénouement. Le 3 septembre, le marquis de BaroUe, gouverneur, en arrête la capitulation devant MM. de Garavajal et d'Ormea, en attendant l'arrivée de MM. de Maillebois et de Gages.
Pendant ce temps, les troupes de M. de Gages, en quittant Bologne au mois d'avril, étaient renvoyées sur Orbitello, marchaient h nous, augmentées de recrues, les malades ayant repris place dans les rangs. La route de laBocchetta etdeGavi étant encombrée, elles avaient pris parles montagnes sur notre droite et s'étaient dirigées de Bocchella par San-Sebastiano sur la Stafïora. Elles arrivèrent le 21 août à Voghera et, le lendemain 22, elles rejoignirent l'armée à San-Giuliano. Au même moment arrivait un renfort de Génois, un fort elfectif ajouté au nôtre. Il est vrai que le contingent génois se trouvait déjà bien diminué depuis le commencement de la campagne, la désertion y produisait des vides journaliers. Le 19 août, le maréchal de Maillebois écrivait à M. d'Argenson, devant Tor-
tone, puis le 29 il répétait que, malgré le renfort» qu'ils venaient de recevoir, leur effectif était bien faible.
Notre situation restait donc bonne sur notre front, mais sur nos derrières les Piémontais ne cessaient d'inquiéter nos communications avec le comté de Nice. Obligé de garder une ligne étendue et de couvrir tous les passages entre Millesimo et Dolce-Acqua, M. de Mirepoix n'était en force mille part. M. de Sinsans profita de la situation imposée par la nécessité, et, rassemblant ses troupes sous Céva, se jeta de nouveau sur Monte-Zemoto et s'y établit le 26 août. M. de Mirepoix, avec ses 2 B. à Millesimo, n'étant pas en force pour livrer un combat, fut contraint de se replier et ramena ses troupes à Carcare, abandonnant, il est vrai, la possession de la vallée occidentale de la Bormida, mais conservant par la vallée orientale ses communications avec Acqui et continuant à donner la main à M. de Larnage, resté à Bardinetto.
Le roi de Sardaigne, informé de la chute imminente de Tortone, voulant sérieusement essayer de lui porter secours, sortit de ses lignes le 3 septembre et parut se disposer à marcher. Il passe le Tanaro avec une partie de ses troupes, et lance sur Caslel-Ceriolo un de ses détachements qui refoula nos avant-postes, s'empara du village, y mit le feu, puis se relira aussitôt à. l'approche de nos soldats revenus en force. Quel qu'ait été le but de cette tentative, elle arrivait trop tard. Le jour même, le château de Tortone s'était rendu aux Espagnols et nous étions désormais maîtres de la plaine. Cependant le roi de Sardaigne, ignorant encore cet événement, renouvela le lendemain, 4 septembre, sa tentative sur Castel-Geriolo; prévenus par l'événement delà veille, nous étions en mesure de résister. Son attaqueéchoua comme la première et ses troupes, ramenées, furent contraintes de repasser le Tanaro. Une autre attaque, dirigée sur Acqui le même jour, n'eut pas plus de succès : on eut avis de la marche de ses troupes, et l'on se hâta d'y envoyer le régiment français de Provence et le régiment espagnol de Gordoue; ces renforts permirent de repousser victorieusemeut les assaillants et de nous maintenir à Acqui, position nécessaire à nos communications avec M. de Mirepoix.
Après la prise de Tortone, sur la nécessité de laquelle la France et l'Espagne avaient été d'accord, des divergences surgiront entre les deux cabinets au sujet de la conduite ultérieure des opérations.
L'Espagne, indHférente à l'occupation du Montferrat (1) et à la sécurité de nos communications, voulait qu'après avoir marché sur les duchés de Parme et de Plaisance, qu'il s'agissait de conquérir pour rinfant, on [s'emparât aussi de la Lombardie. La France, au contraire, désirait que l'armée ne dépassât pas à l'est le point atteint et que, tout en contenant le roi de Sardaigne et M. de Schulembourg derrière le Tanaro, elle s'attachât à la prise des places du Montferrat, telles que Géva, Gherasco et Asti, de manière à hiverner en toute sécurité au delà des monts et à avoir, pour la campagne prochaine, une base d'opérations solide permettant de s'avancer plus loin. II lui paraissait nécessaire aussi de prendre la ville d'Alexandrie, à défaut de la citadelle, dont l'importance devait nécessiter un long siège, et dont la conquête n'était pas indispensable avant la fin de l'hiver, pourvu que l'investissement pût être opéré.
Le plan de campagne du cabinet de Versailles était sage et basé sur de justes considérations; suivi, il eût évité certainement une partie des désastres qui devaient arriver l'année suivante. Il était dicté par la prudence la plus élémentaire ; celui de l'Espagne était
(1) Le Montferrat (de Mons ferax, montagne fertile) était un ancien État féodal dont l'origine remonte à l'an 967. Possédé par des princes particuliers jusqu'en 1536, il était échu par succession aux ducs de Mantoue, qui, après en avoir cédé une partie à la Savoie en 1631, avaient dû lui abandonner le reste en 1713, d'après les stipulations du traité d'Utrecht.
Le Montferrat, s'étendant depuis les Apennins jusqu'au delà du Pô, au nord de Turin, affecte une forme très bizarre qui a quelque analogie avec celle d'un 8. L'étranglement se trouve sur le Tanaro entre Asti et Alexandrie. Néanmoins les frontières sont très tourmentées et ne répondent à aucune dénomination géographique. Au centre de la partie inférieure du 8 se trouve l'enclave des Langhes de Spigno, et celte partie intérieure elle-même s'allonge à l'ouest de manière à embrasser, après un nouvel étranglement vers Niella, tout le cours de la Stura entre Cherasco et Asti. Les limites du Montferrat étaient, à l'O. et au N., le fief des Langhes de Millcsimo, le Piémont, l'Astesan, le marquisat d'ivrée et la seigneurie de Verceil; à l'E. et au S., la Lumeline, l'Alexandrin et la république de Gênes.
La capitale était Casai, sur le Pô; les villes principales : Chivas, Crescentino, Trino, sur la rive gauche du Pô ; Verrua et Moncalvo, entre le Pô et le Tanaro ; Alba, sur la Stura; Nizza deila Paglia, sur le Beibo; Acqui, Dego, Cairo, sur la Bormida; Casaleggio, du côté de la ]$occhetta. Les villes de Millesimo, Dogliani, Cherasco, Cerisolcs. Asti, Turin, Santliia, Verceil, Valenza, Alexandrie, Novi et Ovada étaient à proximité, en dehors dee frontières du Montferrat et en formaient en quelque sorte la ceinture.
inspiré par un désir immodéré de conquêtes, par une confiance aveugle et par une sorte d'enivrement des succès obtenus jusqu'ici. Il prévalut pourtant, et le siège des places du Montferrat ne fut pas entrepris; toutefois, d'après les instructions de M. d'Argenson, M. de Maillebois imposa à ses troupes de ne pas dépasser Tortone. Il fut invité à exposer aux Espagnols les vues de son gouvernement, et, s'ils s'opiniâtraient, malgré l'avis contraire de la France, à mettre à exécution leurs desseins sur la Lombardie, il fut autorisé à leur déclarer formellement ses ordres absolus de ne coopérer en aucune manière à leurs opérations au delà de Tortone, et à ne leur donner son concours qu'aux entreprises ayant Tassentiment de son souverain.
Ces fermes déclarations n'arrêtèrent point le cabinet de Madrid, et l'expédition sur Plaisance fut résolue ; sans les Français, l'armée espagnole se mit en route sous les ordres de M. le duc de la Viefville. Si celte expédition était blâmable au point de vue des résultats généraux, en ce qu'elle avait pour conséquence de ralentir la marche de nos opérations et d'immobiliser l'armée sur le Tanaro, toutefois elle fut menée avec vigueur.
M. de la Viefville, parti le 6 septembre de San-Giuliano, arriva le 8 devant Plaisance, donna immédiatement l'assaut aux remparts et, dans la nuit du 8 au 9, s'empara par escalade de la ville. Le 1:2, la citadelle se rendit. Laissant une partie de ses forces campée sous Plaisance, il envoya immédiatement le reste sur Parme, et, le 16, la ville et la citadelle capitulèrent. Après avoir prélevé sur ses troupes les garnisons laissées dans Parme et dans Plaisance, M. de la Viefville, non content d'avoir conquis la rive droite du Pô, rassembla le reste de ses B. et revint sur ses pas pour tenter un nouveau coup de main sur Pavie. Il franchit le Pô, le 21, à la Stella, un peu audessous de l'embouchure du Tessin, et parut devant les murs de Pavie. La ville était mal défendue; il s'en empara par surprise, le 22, et emporta le château le lendemain.
Pendant que M. de la Viefville accomplissait à notre extrême droite ces coups de main audacieux, M. de Lautrec, qui dès le 13 juillet avait reçu l'ordre de faire une diversion à notre extrême gauche, avec 9 B. français et8 E., et de chercher à s'emparer d'Exilés, rassemblait ses troupes (1).
(1) 9 B. français (Royal-Arlillerie, 1 ; Galiiiois, I ; Deslandes, 1 ; Salis (Suisse), 2 ;
Les Espagnols reçurent ordre d'être rendus les 2 et 3 septembre à Modane. M. de Lautrec, de son côté, rassembla d'abord 6 B. français au camp de la Bessée, le 3 septembre, et à leur tête se porta rapidement au mont Genèvre le 4, à Houlx le 5, et le 6 à Salbertram. Ses 3 derniers B. l'y rejoignirent le H. Ses derrières étant assurés par l'arrivée des Espagnols, dont la tête de colonne apparaissait à Bardonnèche de ce côté des monts, immédiatement il investit la place d'Exilés, chassa les Piémontais des postes de San- Colombano, de Schans, de Deveis, et s'y établit à leur place; 2 de ses B. allèrent occuper Chaumont. On n'attendait plus, pour faire le siège de la forteresse, que l'artillerie de Jausiers, dirigée depuis le 20 août sur Mont-Dauphin, promontoire rocheux situé sur la rive gauche du Cluson, ayant servi de limite au Dauphiné avant le traité d'Utrecht en 1713. La partie de cette vallée n'est point comprise dans les vallées Vaudoises, bien que ses habitants aient longtemps professé la même religion, qui se résumait dans l'autorité absolue de la Bible, la trinité en Dieu, l'état de péché en l'homme, le salut par Jésus-Christ et la foi agissant par la charité ; attirant ainsi les persécutés des puissances religieuses et politiques qui venaient chercher dans leur centre un asile ignoré. Ces montagnes vaudoises sont formées de dépôts argileux convertis en schistes sous l'iniluence des roches primitives sur lesquelles ils reposent. Du côté du Piémont, celte couche se dresse en énormes falaises, et, du côté de la France, elle porte le nom de schistes gris du Queyras ou du mont Genis, qui dans cette partie constituent la grande chaîne des Alpes. Cette artillerie, débouchant du mont Genèvre, n'arriva que le 19 à Césane, le 20 à Houlx, et le 21 à Salbertram.
Ces retards étaient funestes; d'un autre côté, la nature rocailleuse du sol autour d'Exilés rendait les travaux d'approche bien pénibles et devait amener de nouvelles longueurs; néanmoins les travailleurs se mirent à l'œuvre dès le 19 septembre, les Français avec ardeur, les Espagnols toujours avec une certaine mauvaise volonté et peu d'entrain.
L'alarme était grande du côté des Piémontais ; la prise d'Exilés
fusiliers de montagne, 1; Foix, 1 (milices Rodez. 1, et Aix, 1); 8 B. espagnols (Burgos, 1; Dunand, 3;\Iury, 2; Vieux-Reding, 2); et, pour assurer la sécurité des frontières en l'absence des troupes destinées à l'expédition, 23 compagnies bourgeoises furent organisées, 16 dans la vallée de Barcelonnette et 7 en Savoie.
eût ouvert aux Français le chemin de Turin et créé au roi de Sardaigne, déjà si menacé à sa gauche, de graves embarras. Aussi, par ses ordres, un fort détachement du corps de M. de Sinsans fui immédiatement dirigé sur la vallée de Fenestrelle, oîi les Vaudois des vallées de Saint-Martin et de Lucerna s'étaient déjà rassemblés, et quelques B. de garnison se rendirent à la hâte dans la vallée de Suze pour soutenir les Vaudois (1) et les paysans des environs. Les premiers prirent position au Plan, sur la Clusane, menaçant le flanc droit de M. de Lautrec; les seconds, à Giaillone, en avant de Suze, sur son front.
M. de Lautrec, arrêté tout à coup par ces forces supérieures, se couvrit immédiatement, du côté du val de Pragelas, par de forts détachements qui se retranchèrent aux cols de Sestrières, de Costeplane et d'Argueil, tout en laissant les Espagnols pour assurer ses derrières, et attendit l'attaque. Elle ne se fit pas attendre; le 22 septembre, le corps piémontais posté au Plan, fort de ."{ B. tirés des garnisons de Fenestrelles et de Pignerol, se porta en avant, gravit les pentes escarpées des montagnes, assaillit notre poste de Costeplane, et s'empara un instant de nos retranchements. Refoulé bientôt par un retour offensif énergique de nos soldats, auxquels M. de Lautrec envoya à la bâte un renfort, il dut se replier, mais ne quitta pas toutefois la crête de la montagne et se maintint en face de nous, entra Costeplane et Argueil, en se couvrant de retrancbements. Malgré l'insuccès de cette première attaque, notre position devant Exiles n'en restait pas moins critique. Les Piémontais avaient pris pied sur notre flanc, et, d'un autre côté, leurs troupes portées à Giaillone se jetaient à leur tour sur nous.
(1) Les vallées de Piémont portent aussi le nom de vallées Vaudoises, vallées des Barbets, formant un certain nombre de vallées au revers occidental des Alpes entre le mont Tabor et le mont Viso : elles ont élé le foyer de la secte dos Vaudois. Ils s'étendirent ensuite : du côté de l'Ilalic, dans les vallées de Saint-Martin, de Lucerna; du côté de la France, dans la Val Louise, dans le Queyras, dans les vallées de Freyssinière et de Barcelonnette. Leurs longues luttes contre les princes de Savoie et contre les troupes françaises offrent des exemples de leur courage et on ne peut sans admiration voir cette poignée d hommes tenir en échec des armées entières. 11 faut lire leur liistoirc militaire dans les campagnes de 1487, 1560, lj61, dans les expéditions sous Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, jusqtien 1703, qu'ils passent à la solde du Piémont, après avoir combattu des généraux tels que Catinat et Feuquières.
Le 25 septembre, elles attaquèrent à la fois nos postes de Tollie, des Qiiatre-Dents, de la Chapelle et du pont de Chaumont : partout on leur opposa une résistance inébranlable; mais il devint évident que nous serions exposés à un désastre, si nous nous obstinions à rester devant Exiles.
De nouveaux renforts, arrivés le 28 aux ennemis, achevèrent de décider M. de Lautrec à une retraite nécessaire, et, après avoir rallié tous ses postes, il se replia lentement sur la frontière. Il campa, le 29 septembre, aux Jouvenceaux et se retira, le 2 octobre, sur Saint-Sicaire, où il établit son quartier général, occupant fortement le col de Sestrières et étendant ses troupes de Saint-Sicaire à Césane.
Pendant que ces événements se passaient sur les Alpes, notre armée, restée en face du roi de Sardaigne, sortait de son inaction ; ayant levé son camp de San-Giuliano, le 17 septembre, elle se rapprochait du Pô. L'infanterie et M. de Maillebois s'étaient établis à CasteInovo-di-Scrivia, M. de Gages à Voghera.
La position de Castelnovo di Scrivia était admirablement choisie, en face de Bassignano, d'un côté, c'est-à-dire de la partie basse du cours du Tanaro, où la rive gauche, cessant d'être dominante, offre moins d'obstacles à un passage de vive force; et, de l'autre, à proximité du Pô, d'où l'ennemi pouvait craindre que notre intention ne fût de continuer le mouvement au nord el d'envahir la Lumeline ou la Lombardie. La position de M. de Gages, qui s'était transporté à Voghera pour être plus à même de soutenir M. de la Viefville, ne pouvait d'ailleurs qu'entretenir celte appréhension.
Aussi M. de Schulembourg, qui, dès le 8 septembre, à la nouvelle de la marche de M. de la Viefville sur Plaisance, avait déjà jeté, par Mugarone, sur la rive gauche du Pô une portion de son armée (H B., 1 régiment de dragons et 1 de hussards), se portat-il en toute hâte avec le reste dans la Lumeline. Il prit position sur la rive gauche, entre Castelnovo di Scrivia et Vigevano, dans l'intention de couvrir Milan.
Nous venions ainsi, par le seul fait de l'emplacement judicieux de notre position, d'obtenir un grand résultat, en forçant l'ennemi k se scinder en deux, et, toujours concentrés, en nous rapprochant du véritable point de passage du Tanaro, derrière lequel nous ne devions plus trouver que le roi de Sardaigne, affaibli, isolé, et ne
pouvant, en cas d'attaque, compter beaucoup sur le concours de son allié posté à grande distance et séparé par un grand fleuve.
L'armée, restée immobile jusqu'au 26 septembre, se porte à cette date sur le Tanaro. Dans la nuit du 26 au 27, l'infant et M. de Maillebois se dirigèrent sur Rivarone, et M. de Gages sur Bassignano. On devait passer la rivière en même temps et se jeter sur l'ennemi une heure avant le jour, afin de mieux surprendre le roi de Sardaigne, et de tirer tout le profit possible du désordre qu'amènerait infailliblement dans ses troupes une attaque générale au milieu de l'obscurité. Notre droite, formée des troupes de M. de Gages qui venaient de Voghera, n'arriva en face de Bassignano qu'au jour: notre gauche dut attendre son entrée en ligne, et l'on perdit ainsi une partie des avantages d'une surprise de nuit.
L'armée présentait cinq colonnes :
La r% marquis Pignatelli, avec la cavalerie et les dragons de l'infant, à laquelle devait se joindre le comte de Gages.
La 2^, don Joseph d'Arembourg, toute l'infanterie de l'infant.
La 3", M. de Montai (Poitou, la Reine, deSégur, Royal-Piémont).
La 4% M. de Senneterre (Anjou-infanterie et Dauphin-cavalerie).
La 5% M. deGrammont(Dauphin, Languedoc, grenadiers royaux).
Le roi de Sardaigne, éperdu, nous céda bientôt le champ de bataille; c'est à peine s'il eut le temps de détendre son camp. 11 jette à la hâte quelques B. dans Alexandrie, et replie son armée écrasée et en désordre. Une portion marcha immédiatement sur Casai; le reste, pour couvrir la retraite, prit position, le 27 au soir, à Valenza. M. de Schulembourg arriva pour assister à la défaite complète de son allié. Au premier avis de la marche des Français et des Espagnols sur Bassignano, il avait enfin compris que là était le danger, et, rassemblant une partie de ses troupes, il s'était à leur tête dirigé sur Mugarone. Il rejoignit à Valenza le roi de Sardaigne, et, entraîné par la déroute, se retira aussi avec ses troupes, dès le 27 au soir, dans la direction de Casai, en suivant la rive gauche du Pô. Notre attaque exécutée avec un entrain admirable, nos troupes s'avancèrent en ligne dans le plus bel ordre sur les bords du Tanaro, puis, formant leurs colonnes, franchirent avec résolution le fleuve, malgré un feu terrible de l'ennemi, et nos soldats ayant de l'eau jusqu'à la ceinture. Arrivés sur la rive opposée, et sans perdre un instant, ils s'élancèrent sur les Piémontais étonnés
et marchèrent au pas de charge droit devant elles, enlevant tous les obstacles qu'ils rencontraient sur leur passage, culbutant l'une sur l'autre les lignes ennemies et les rejetant sur notre extrême droite du côté du Pô, où les reçurent les cavaliers espagnols et notamment les carabiniers royaux.
Les résultats de la bataille deTanaro, ou de Bassignano, furent considérables. Nos pertes furent presque insignifiantes. L'ennemi perdit 1,800 hommes. Douze pièces de canon, 3 étendards, de nombreux bagages et toutes les munitions restèrent entre nos mains (1). Notre armée, campée le 27 sur le champ de bataille, prit position le long du Tanaro, la droite à Bassignano, la gauche avec le quartier général à Rivarone. M. de Gages s'établit en avant de la droite le long du Pô, sous Mugarone. Les Piémontais, restés sous Valenza le 27 au soir, suivirent, le 28, le mouvement de retraite de leur armée. Le 30, celle-ci se trouva tout entière réunie sous Casai, et, rejointe par les Autrichiens de M. de Schulembourg, elle se retrancha dans son camp.
La flotte anglaise, éloignée des côtes vers le 20 août, était revenue en vue de Gênes et, pendant que notre armée franchissait le Tanaro, elle avait ouvert le feu sur la ville. Les habitants, d'abord épouvantés, revinrent vite de leur alarme; les canons des remparts obligèrent, au bout de peu d'heures, les vaisseaux ennemis à se retirer. Ceux-ci, se dirigeant sur la Provence, bombardèrent en passant le port de San-Remo. On les vit sans aucune inquiétude s'approcher de nos ports; tous étaient suffisamment pourvus et en étal, Marseille et Toulon étaient en mesure de répondre à leurs canons. Les îles de Pomègue et de Ratonneau, qui couvrent le château d'If, étaient fortement occupées.
Valenza et Alexandrie se trouvaient à découvert par notre victoire de Bassignano. La prise de ces deux places fut résolue et devint aussitôt l'objectif de nos opérations. Le corps de M. de Gages, qui devait toujours tenir la droite, fut chargé du siège de la première; celui de l'infant et de M. de Maillebois, qui était à gauche, de réduire la seconde. Les deux armées vinrent d'abord se réunir, le 30 septembre, àPeretli. M. de Cornillon refoula dans
(1) Les B. du roi de Sardaigiie, sur lesquels avait porté tout le poids de la balaillc, étaient au nombre do \i. C'élaienl ceux des régiments des gardes, 2 ; Savoie, 2; Piémont, 2 ; Fusiliers, 2 ; Saluées, 1 ; Aoste, 1 ; Mondovi, 1 ; Reid, 1 ; Guibert, 2.
Valenza quelques détachements piémontais qui tenaient encore la campagne ; on reconnut les fortifications de la place, et on prépara l'établissement de ponts sur le Pô, en utilisant à cet effet les matériaux de ceux que les ennemis avaient abandonnés et détruits. Notre avant-garde, sous M. de Chevert, forte de 2 brigades et bientôt renforcée de plusieurs compagnies de grenadiers et d'un détachement de carabiniers, se porta sur San-Salvador; puis, en même temps que M. de Gages envoyait quelques troupes pour resserrer Valenza, et que l'infant détachait sur sa gauche 22 B. et 2 régiments de dragons autour d'Alexandrie , le reste de nos forces, continuant sa marche en avant pour couvrir les deux sièges, vint prendre position, le 4 octobre, à San-Salvador. Le détachement de cavalerie qui accompagnait l'armée fut placé à Lazarone sur la route de Casai (le reste de la cavalerie était resté à Bassignano). M. de Grammont, avec un fort détachement, dut soutenir les troupes employées au siège d'Alexandrie, appuyé d'un détachement posté àCastelietto.
La tranchée devant cette place est ouverte dans la nuit du 6 au 7 octobre ; le 12, la ville se rendit. A 8 heures du matin, l'évêque arborait le drapeau blanc. Le gouverneur avait fait entrer, avant le jour, la garnison dans la citadelle avec toutes les provisions de bouche et munitions de guerre qui se trouvaient dans les magasins de la ville. Dès le lendemain, la citadelle fut bloquée; le siège paraissant offrir trop de difficultés , et devant, s'il était entrepris, paralyser les mouvements de l'armée en immobilisant un trop grand nombre de soldats, on se contenta de maintenir rigoureusement l'investissement.
Le siège de Valenza suivit la prise d'Alexandrie. M. de Maillebois, pensant qu'il valait mieux, après le passage du Tanaro, assurer nos positions, en y créantMe bons points d'appui, que de poursuivre son premier projet du siège de Céva, venait d'en référer au roi. S. M. le laissant libre, il s'était décidé à s'emparer de Valenza.
M. de Gages se porta, le 14, devant cette place, ouvrit la tranchée dans la nuit du 19 au 20. La garnison paraissait déterminée à une vigoureuse résistance, et était soutenue par les secours arrivant journellement par la rive gauche du Pô. Un pont jeté, le 25, à la Stanga, en amont de la ville, fit craindre au commandant d'être complètement investi et obligé à bref délai de se rendre prison-
ti4 LES GUERRES SOUS LOUIS XV.
nier de guerre; il préféra sauver au moins ses troupes, en abandonnant la place. Il se retira, dans la nuit du 28 au 29 octobre, sur la rive gauche du Pô, et se porta dans la direction de Sartirana; nous entrâmes à la suite de ses troupes dans la ville et la citadelle évacuées.
Les insuccès des Piémontais entre le Tanaro et le Pô n'empêchaient pas les troupes laissées sous Céva de se montrer entreprenantes ; M. de Mirepoix les contenait avec peine.
Le 14 octobre, M. de Leutrum remplaça M. de Sinsans. Ce nouveau général, soit par le désir de conserver sous sa main toutes ses forces, soit plutôt pour attirer, par une feinte adroite, M. de Mirepoix hors de ses excellentes positions à Carcare, fit évacuer Millesimo, rappela à lui tous les détachements dans la vallée de la Bormida et se concentra derrière le Tanaro à Céva. M. de Mirepoix le suivit naturellement, désireux de conserver le contact de son ennemi. Il s'avança, le 20, sur Millesimo et se porta, le 24, sur Monte-Zemoto. 11 s'entoura heureusement de toutes les précautions que commande la prudence et déjoua ainsi le piège qu'on lui tendait. Attaqué, le 30, par les Piémontais sortis de Céva, et prévenu à temps, il se hâta de se replier sur Millesimo et Carcare, suivi et harcelé dans sa retraite précipitée par M. de Leutrum, dont les nombreux détachements ne purent nous barrer la route. Il s'arrêta à Carcare et y reprit position ; M. de Leutrum n'osa pousser plus loin ses détachements et les rappela dans la vallée de la Bormida, à Millesimo, Murialto, Monte-Zemoto; il s'établit lui-même à proximité, avec le gros de ses forces, à Priero, en avant de Céva.
Du côté des Alpes, M. de Lautrec venait de remporter un avantage considérable sur les troupes en face de lui. Après sa retraite sur Saint-Sicaire, les Piémontais, descendus en masse dans la vallée de Fenestrelles, s'étaient établis :5ur les bords de la Clusane, entre les villages de Gioso, Traverse et Patemoiiche (1).
Toutes ces troupes observaient les Français, établis à Saint-Sicaire, et les empêchaient de tirer de la vallée de Prageias leurs subsistances. M. de Lautrec résolut de les attaquer, de les chasser de leur camp et de décourager leurs tentatives. Il fit d'abord avancer,
(1) Les Vaudois; les 3 B. de Saluées, Mayer, Nice, et 2 compagnies franches, en outre 2,000 hommes environ sur le col de Sestriores.
le 5 octobre, sur Sanla-Tauvie 5 B. dont l'approche suffit à faire replier les défenseurs du col de Sestrières sur le camp de Patemouche; puis, leur adjoignant 2 autres B., il s'élança, le 11, à la pointe du jour, à l'assaut de leurs positions (1). Elles étaient très fortes; le front du camp était bordé par les berges de la Clusane, presque inaccessibles, et ses côtés couverts par des ravins profonds. Le village de Gioso, adossé à une montagne très élevée, le dominait au sud ; il était entouré de retranchements et garni d'artillerie. L'attaque est si vigoureusement poussée que le succès fut. bien vite décidé. Les Piémontais s'enfuirent à droite et à gauche et nous abandonnèrent leur camp, mis au pillage dans l'enivrement de la victoire; 2 drapeaux, 1 pièce de canon, 3 fanions et 400 prisonniers restèrent entre nos mains ; en outre, 26 officiers, parmi lesquels leur général, M. le commandeur de Rossi, maréchal de camp, le marquis de Gares, colonel du régiment de Nice, et son lieutenantcolonel. De notre côté, les perles furent peu élevées, malgré les difficultés que présentait une pareille attaque (2).
Les Piémontais, découragés par cet échec, se retirèrent à la hâte et se dispersèrent. Les troupes réglées s'étabhrent à San-Golombano, près d'Exilés, etàMantolle, prèsFenestrelles, et les Vaudois retournèrent dans leurs vallées. La saison avancée ne permettait plus aucune opération dans ces hautes régions; môme M. de Lautrec allait, s'il ne se hâtait, être coupé par les neiges de ses communications avec la France. Il évacua de son côté Gioso , se retirant sur Césane le soir même de la bataille, et donna, quelques jours après, ses ordres pour repasser les Alpes.
Les Espagnols, concentrés à Houlx le 15 octobre, s'ébranlèrent
(1) Les 7 B. emmenés par M. de Lautrec dans son expédition sur Gioso sont : Foix, Gâtinois, Deslandes, Royal-Artillerie (français), Burgos, fusiliers de montagne, Sury (Suisse) (Espagnols) ,
(2) MM. Damedrox et Pestalozzi furent tués; M. de Sury, blessé d'un coup de feu à la jambe, ainsi que M. de Salis, capitaine au régiment de ce nom. M. de Lautrec signala comme s'étant particulièrement distingués dans l'affaire :
MM. de Carreno, brigadier espagnol, colonel de Burgos ; de Blasco, colonel; de Besne, capitaine de Deslandes; de Saint-André, maréchal de camp, et M. Saint-Robert, major de Foix.
La chaîne qui forme la gauche du bassin de la Clusane, ou Cluson, le sépare de celui de la Doire, prend naissance au mont de la Penna, puis s'abaisse pour former le col de Sestrières.
le 16, franchirent le col de la Roue et retournèrent en Savoie, et les 7 B. français, avec M. de Lautrec, passèrent, le 17 octobre, le mont Genèvre et se cantonnèrent aux environs de Briançon; 1 B. seulement fut détaché à Guillestre pour observer les Vaudois de la vallée de Saint-Martin, dont l'attitude devenait menaçante.
La colonne principale, composée des 3 B. de Foix, Gâtinois et Deslandes, précédée des grenadiers, sous les ordres de M. le marquis de Gorcy, colonel du régiment de Gâtinois, partit du camp de Saint-Sicaire le 10, à 8 heures du soir, s'avança par les montagnes de la Maudielte, arriva au village de Val, situé au delà de Gioso, et de là assaillit la gauche du camp en même temps qu'une petite colonne composée du B. suisse sous les ordres de son lieutenant-colonel, M. de Sury, descendait des hauteurs du col de Pis. Pour seconder celte attaque, on dirigea du village de Val, sur l'intervalle entre Gioso et le camp, deux colonnes de grenadiers commandées par M. Dazy, lieutenant-colonel du régiment de Gâtinois, et en même temps M. de Besne, capitaine au régiment Deslandes, vers la rivière pour attaquer le camp à droite.
M. deLautrec, avec lesB. de Burgos et de Royal- Artillerie, s'avança sur le village de Patemouche, en face du front du camp, et s'y tint en observation dans un chemin creux que lui indiquèrent les paysans, et M. de Torrès, colonel du B. de fusiliers de montagne, alla occuper Traverse, pour empêcher les paysans qu'on voyait descendre de Gosteplane et du Borget de venir secourir le camp, tandis qu'un détachement posté au col de Pis gardait notre flanc du côté de la vallée de San-Martino.
Après la prise de Valenza, les deux armées, réunies à San-Salvador, marchèrent au roi de Sardaigne et à M. de Schulembourg, toujours campés sous Casai. La prise de cette place et celle d'Asti devaient nous assurer la possession de la région montagneuse qui sépare le bas Tanaro du Pô ; elles furent décidées.
En conséquence, le gros de nos troupes se porta, le 4 novembre, sur Occimiano; des grenadiers, en avant-garde, occupèrent Terrugia et un fort détachement s'avança, le long du Pô, sur Frassinetto. On balaya rapidement tous les petits postes ennemis établis dans les châteaux environnants. Le roi de Sardaigne n'osa pas attendre notre attaque ; il leva rapidement son camp, et, avec 20 B., évacua Casai dans la nuit du A au 5, après avoir jeté du monde
dans le château et brûlé une partie de ses ponts. Il se retira sur la rive gauche du Pô, à Villa-Nova, et nos avant-gardes entrèrent, le 5, dans la ville. Cependant le siège du château fut différé; on désirait s'emparer d'abord d'Asti. Dans ce but, M, de Chevert partit du camp d'Occimiano, avec 8 B., 5 E. et de l'artillerie, dès le 5 septembre. Il remplit avec vigueur la mission qui lui était confiée. Le 8, la ville d'Asti prise, il s'y établissait avec la brigade de Ségur; la tranchée ouverte devant le château dans la nuit du 9 au 1 0, il commença à tirer le 12, et, le 17, ce château était entre ses mains. M. du Montai, envoyé d'Occimiano, prit le commandement de ce poste important, s'y établit avec les troupes de M. de Chevert, placées sous ses ordres.
Le roi de Sardaigne ne resta pas longtemps dans son camp de Yilla-Nova. Éperdu, hors d'état de combattre, et ne songeant qu'à couvrir Turin, il prit celte direction le 6 novembre, et campa entre Trino et Crescenlino. M. de Schulembourg, de son côté, se replia du côté des Alpes de manière à rester à proximité de la Lombardie, établissant ses cantonnements vers Novare et le haut Tessin.
L'armée franco-espagnole, couvrant le siège d'Asti, s'était en même temps répandue tout le long du Pô occupant Casai avec 20 B., la droite à hauteur de Valenza, la gauche appuyée à Moncalvo et poussant ses détachements jusqu'à portée de Verrua ; son effectif atteignait alors 114 B. et 87 E.
Au milieu de novembre, l'armée sentait le besoin de repos. Les résultats obtenus méritaient de satisfaire les cabinets de Madrid et de Versailles; à deux pas de Turin, oii régnait l'épouvante, nous étions maîtres de Tortone, de Valenza, d'Asti, et bientôt du château de Casai : en sécurité, nous étions libres d'établir nos quartiers d'hiver dans le pays d'Alexandrie et dans la riche plaine de Tortone, en continuant à resserrer la citadelle d'Alexandrie et à attendre patiemment que la garnison dût se rendre par l'épuisement de ses vivres.
Mais l'Espagne n'était pas satisfaite : rêvant toujours la conquête de la Lombardie, elle désirait la continuation de la guerre pendant l'hiver. La France, blâmant cette résolution, ne voulut pas la suivre dans cette voie. M. d'Argenson donna dès lors à M. de Maillebois l'autorisation de séparer ses troupes de celles de l'infant et de prendre
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ses quartiers d'hiver sans concourir à aucune autre opération qu'à la prise du château de Casai et au blocus de la citadelle d'Alexandrie.
M. de Maillebois devait toutefois, dans le cas où l'Espagne persisterait dans son entreprise sur Milan, mettre à la disposition de l'infant 4 E. de cavalerie française, s'il lui en adressait la demande. Le régiment Royal-Piémont fut désigné.
Le siège du château de Casai ne dura pas longtemps. Bien qu'une inondation du Pô fût venue entraver la marche de notre artillerie, arrivée le 18 novembre, on commença dès le lendemain les préparatifs de l'attaque; la tranchée fut ouverte dans la nuit du 22 au 23, et les assiégés battirent la chamade le 29.
Dès le 24, nos troupes étaient en marche vers Alexandrie et Tortone.
Les Espagnols appartenant au corps de M. de Maillebois, rassemblés à Ponte-Stura, sous les ordres de M. de Pignatelli, s'y retranchèrent, formant la droite de nos avant-postes entre le Tanaro et le Belbo, appuyés à gauche par la place d'Asti. M. de Senneterre fut laissé à Casai, avec 8 B. et 5 E. des régiments Dauphin et la Rochefoucault-dragons, et M. de Cornillon dans la Lumeline (1), sur la rive gauche du Pô.
M. deMirepoix, de son côté, se replia en arrière des montagnes, dont les passages allaient être rendus impraticables par la chute des neiges à la suite de l'hiver, établit ses troupes dans la principauté d'Oneille et dans la communication avec le comté de Nice, et se rendit de sa personne à Marseille pour reprendre le commandement delà Provence. Avant de faire ce mouvement, il protégea encore avec son corps la marche de l'artillerie et des équipages de l'armée, repliés sur Carcare, et que l'ennemi inquiéta sérieusement.
Le roi de Sardaigne, le prince de Lichlenstein (qui venait de remplacer, le 12 octobre, M. de Schulembourg dans le commande-
(1) La Lumeline ou Lomelline (venant de Lomello qui en était la capitale), était bornée à 10. par le Pô et la Sesia, au N. par le Vigevanesque, à TE. par leTcssin et le Pavesaii, au S. par l'Alexandrin et le Tortonais. Elle comprenait ainsi tout le terrain entre le Pô et le Tcssin, moins cependant l'angle formé par le confluent de ces deux lleuvcs, et en plus une étroite bande de terrain au S. du Pô. C'était un piys absolumcMit i)lat.
Outre Lomello, les villes principales de la Lumeline étaient Cozzo, Mortara, Frascarolo, (irupello et Dorno, entre le Pô et leTessiu; Valenza et Bassignano, sur la rive droite du Pô.
ment des Autrichiens) et M. de Sinsans prirent également leurs quartiers d'hiver le 24 novembre.
M. de Sinsans occupa Saorgio, Garessio, Céva, Albe et Asti, et poussa ses avant-postes entre le Tanaro et le Belbo, dans l'intérieur du triangle formé par les places d'Asti, Acqui et Alexandrie (1).
Le roi de Sardaigne répartit ses troupes sur les deux rives du Pô à hauteur de Trino et de Crescentino, se reliant par Asti à M. de Sinsans. M. de Lichtenstein occupa la rive droite du Tessin en amont de Trecale, le pays de Novare et celui de Verceil.
Les Espagf.ols, seuls, continuèrent leurs opérations et marchèrent sur la Lombardie avec presque toutes leurs forces. 16 B., la plupart Napolitains et Génois, et 5 E. furent laissés avec les Français entre Alexandrie, San-Salvador, Valenza et Tortone, et l'infant, précédé de forts détachements, mis en route dès le 18 novembre, et des gardes vallonnés, parties le 24 novembre, se porta, le 25, avec les gardes espagnoles formant la dernière division de son armée, par Castelnove di Scrivia, dans la direction de Plaisance. Il franchit le Pô au pont de Busca, vers l'embouchure du Tessin, et se dirigea sur Pavie, y entra le 9 décembre, et, tandis qu'une portion de ses troupes continuait par Voghera sa marche sur Plaisance, il envahit le Milanais avec le gros de ses forces.
Un détachement, sous M. de Gastellar, masque le fort de Géra dans le Plaisantin; M. d'Arembourg, à la tête d'un autre détachement, se porte sur Lodi et y rompt les ponts de l'Adda; l'infant lui-même, qui marchait avec le gros de ses forces sous M. de Gages, campa le J2 décembre à Rebecco, de manière à isoler la ville de Milan des secours qu'eût pu lui envoyer l'armée de M. de Lichtenstein, établi vers Novare. Il y fut joint par le régiment de cavalerie française Royal-Piémont, mis à sa disposition et prêté î\ l'Espagne avec l'autorisation du roi.
Le 15, il s'avance à Magenta, sur le canal de Milan, et le 16 s'empare de la ville de Milan; il y entra lui-même avec 8 B. et de la
(1) L'Astémn ou pays d'Asti fonnail une longue bande de tenifoiie entre le Pô et le Belbo, à cheval sur le Tanaro. il s'étendait depuis Coconalo au N., en face de Verrua, jusqu'à Coazzoio, au S. entre Alba et Nizza délia Paglia; il était borné àl'O. par la i)rincipauté de Piémont et entouré des trois autres côtés par le Monti'errat, dont (avec l'un des petits (iefs d(!S Langlics) il déterminait l'étranglement central. Asli en était la capitale, et la seule ville importante.
cavalerie, y établit son quartier général et s'occupa du siège du château, pendant que le reste de ses troupes allait prendre des quartiers d'hiver le long du Tessin, sur la rive gauche.
M. le maréchal de Maillebois cherche à dissuader l'infant du siège du château de Milan, et réussit à l'en détourner, lui observant combien cette entreprise, menée parallèlement au blocus d'Alexandrie et dans la saison où l'on était entré, présentait de difficultés. Il se borna donc à investir la citadelle.
L'infant et M. de Gages (d) restèrent parfaitement d'accord avec lui, du reste, sur la fausse situation de nos différents corps, hivernant en pays ennemi avec des communications précaires, occupant des quartiers aussi étendus, séparés l'un de l'autre par de grands fleuves, hors d'état de se secourir mutuellement. Ils reconnaissaient la justesse des observations de M. de Maillebois et le danger d'être ainsi scindés, pendant l'hiver, en deux fractions retenues sous les murs de deux citadelles importantes; ils admettaient qu'il eût été bien plus logique de se tenir tous à proximité d'Alexandrie et d'assurer la chute de cette place, qui, à la date du 48 décembre, manquait déjà de subsistances et surtout de bois; mais ils étaient forcés d'obéir à Madrid.
M. de Maillebois, impuissant à empêcher l'exécution de ces ordres, ne s'appliqua plus dès lors qu'à veiller à la sécurité de ses propres troupes. Il exigea que le commandement autour d'Alexandrie, de Casai et d'Asti lui fût laissé pour l'hiver, et répartit ses B. de manière à être à même de déjouer toutes les entreprises et les incursions des Piémontais; 8 B. renforcèrent M. du Montai à Asti ; nos avant-postes entre le Tanaro et le Pô furent renforcés, et les troupes que nous avions déjà dans la Lumeline augmentées de AB., des compagnies de grenadiers, du détachement de M. Gantes, et de 9 E. sous les ordres de M. de Grammont. Ceuxci s'établirent à Lomello, Mede, Zemme et Cozzo, assurant notre liaison avec les troupes de l'infant dans le Milanais.
La gravité de la situation n'échappait cependant pas à Madrid; aussi on se hâtait d'envoyer et de préparer des renforts dirigés
(1) Gages (J.-BTh.), comte de Mont, né à Mons, le 27 décembre 1682 ; mort à Pampelune, le 31 janvier 1753 ; consacre son épée à la cause de Philippe V, se distingue ;\ la journée de Villa-Viciosa (1710) ; en 1742, à la lêle de l'armée espagnole, il livre le combat de Campo-Santo (8 février 1743), continue sa répulalion en 1744,
de suite sur Milan. Le 3 décembre, plusieurs bâtiments catalans, venus de Barcelone, débarquaient à Monaco des recrues et une quantité considérable de munitions de guerre; le 12, des navires espagnols arrivaient à Gênes chargés de troupes; d'autres les suivaient à petite distance; 5 régiments de cavalerie, accompagnés de dragons provinciaux, franchissaient alors les Pyrénées et traversaient la France pour rejoindre Tarmée.
Ces renforts étaient nécessaires pour combler les vides de la campagne; d'ailleurs, les Génois venaient de rappeler 4 de leurs B, et de les placer, 2 à Gênes, 1 à Savone, 1 à Finale, pour protéger leurs côtes et être à portée d'envoyer des secours dans l'île de Corse. Les Anglais, en effet, qui, à la fin d'octobre, avaient une partie de leur flotte àLivourne, venaient, au milieu de novembre, d'opérer une descente en Corse et avaient réussi à s'emparer de la ville de Bastia, après l'avoir bombardée et à moitié ruinée. Les révoltés de l'île, encouragés par leur intervention, reprenaient les armes et, sous la protection de leur escadre, s'étaient, peu après, emparés de Saint-Florent (1).
Ces graves événements causèrent une profonde consternation à Gênes ; l'émotion ne fut guère moindre à Versailles, où l'on pressentait que cet échec de nos alliés pouvait avoir les plus graves conséquences sur les résultats généraux de la campagne, en les forçant à distraire de notre armée tout ou partie de leurs troupes.
On redoutait aussi de voir, au printemps prochain, la république de Venise se tourner contre nous : elle augmentait considérablement ses troupes, et ne dissimulait pas d'ailleurs ses bonnes dispositions à l'égard de la reine de Hongrie.
Le roi de Sardaigne, pourtant, commençait à redouter les effets de son alliance avec l'Autriche, et ne paraissait pas éloigné de se rapprocher de nous. Marie-Thérèse, aux prises avec la Prusse, n'avait pu le soutenir efficacement. Presque abandonné à ses seules forces, il venait de subir les revers les plus accablants; l'ennemi était à la porte de sa capitale, où, sans grand espoir, il élevait k la
1745; à la mort de Philippe V, le 12 juillet 1746, demande son rappel. Comme gouverneur fçénéral de la Navarre, son administration éclairée, son impartialilé, sa justice, lui laissèrent une réputation d'estime et de considération.
(1) Voir dans le 6« volume des Cuerres sous Louis AT, la coiiquéle de la Corse.
hâte des retranchements et autour de laquelle il coupait tous les chemins, même la grande route de Rivoli. Accablé, découragé, il fit, au mois de décembre, des ouvertures secrètes à Versailles (1) pour la conclusion d'un traité sur les bases suivantes : la majeure partie du Milanais lui serait assurée; l'infant obtiendrait Parme, une portion du Milanais, le Crémonais et la partie du Mantouan située entre l'Oglio et le Pô ; une autre partie du Mantouan serait réunie à la république de Venise; la troisième partie reviendrait au duc de Modène, en outre appelé à la succession du duché de Guastalla; enfin Gênes recevrait la principauté d'Oneille avec le marquisat de Finale et le château de Serravalle.
M. d'Argenson adressa, le 28 décembre, à M. de Maillebois la démarche du roi de Sardaigne, l'invitant néanmoins î\ ne se relâcher en rien dans la conduite des opérations militaires, tout au contraire, de chercher à peser sur lui de manière à l'engager de plus en plus dans la vole où il était entré. Il devait également sonder l'infant à ce sujet, savoir par lui si la cour de Madrid accueillerait celte combinaison, et faire connaître lui-môme son sentiment sur les clauses du traité. « Il sera difficile, ajoutait le ministre, d'arrêter un plan fixe d'opérations pour l'année prochaine avant que l'Espagne se soit expliquée sur ses vues, mais auxquelles il y aura certainement à rabattre. »
Quant à la France, elle eût été satisfaite du résultat amené par le traité projeté; elle eût renoncé, il est vrai, à toute conquête en Italie, mais du moins Marie-Thérèse eût été privée d'un de ses alliés les plus utiles et se fût trouvée presque seule en face de nous dans la campagne suivante ; et, désormais alliés au Piémont, gar-
(OM. d'Argonson, afin (le constituer la France dans un état inexpugnable, pour fonder sur une base ferme la politique de la paix, voulait la frontière du Rhin ; il reprochait au roi d'avoir laissé échapper l'occasion facile de remplir ce beau dessein. Ses vues sur l'état du globe sont encore plus saisissantes. Il demanda l'affranchissement de l'Italie, et fut sur le point d'y réussir efficacement par le traité de Turin (1745). 11 prédit la chute de l'empire ottoman. Il désira l'indépendance de l'Italie, mais non VunUé de lllalie, n'entendant i>as qu'on formât de ses débris un État compact et menaçant |)our nos frontières; conception machiavélique, qui n'a jamais pu sortir d'une tête patriote. Excluant de la péninsule l'Allemagne et la Trance, il donnait le nord à la Sardaigne, conslituant le centre en république et laissant le reste au royaume de Naples. Ce i)rojet, dit Voltaire, le plus beau et le plus utile qu'on ait formé, séduisit un instant Louis XV, puis fut abandonné.
dien des Alpes, nous aurions pu l'écraser avec nos forces reportées sur le Rhin. Ce projet n'eut pas de suite; l'année suivante, nous devions nous retrouver, sur les champs de bataille, de nouveau face à face avec Charles-Emmanuel.