CHAPITRE IV
CAMPAGNE TE 17i6, — BATAILLE DE PLAISANCE, COMBAT DU TIDONE.
L'armée française sons M. le maréchal de Maillebois ; l'espagnole avec l'infant don Pliilipi)e, ayant pour adjoint le comte de Gages ; l'armée autrichienne commandée par le prince de Lichtenslein ; enfin l'armée piémontaisc sous le roi, avec M. de Lcutrum à la tète d'un corps séparé.
Janvier 174C. L'armée française est établie dans l'Alexandrin, leTortonnais, l'Astésan et la rivière de Gênes, quartier général à Valence. L'armée espagnole occupe le Milanais, le Parmesan, le Plaisantin et le comté de Nice, quartier général à Milan. L'armée autrichienne est dans le Novarais et le Verceillais. L'armée Sarde a ses quartiers à la rive gauche du Pô depuis Trino jusqu'à Turin et sur le hautTanaro, occupe Céva, Alba, San-Damiano, Verrue. — 15. Les Piémontais repoussés à l'attaque du château de Blangero et du pont près d'Asti.
Féorier. 6. Le prince de Lichtenslein rassemble la plus grande partie de ses troupes à Novare. — 8. Se replie sur Vercell, y passe la Sésia. — 12. L'infant dirige de nouvelles troupes dans le Parmesan. — 13. On remplace les Espagnols dans la communication du comté de Nice. — 15. Renforts venant d'Allemagne sous le général Braun ; leur avant-garde à Roveredo. — 16. Arrivée d'une partie du renfort à Villafranca, entre Vérone et Mantoue ; suivi par les autres divisions à un jour d'intervalle. Pont jeté sur le Pô à Sacchelto. Corps de M. de Novati le long de la Seccliia. — 20. M. de Lichtenslein reste à Novare. Verceil renforcé. — 28. Investissement de Castelfranco par les Autrichiens. En sont chassés par M. de Péreuse. I^e partisan Mentzel investit Castelfranco.
Mars. 4. M. de Leulrum au siège d'Asti. L'artillerie à San-Damiano. — 5. Asti investi par les Piémontais. — 6. M. de Maillebois renforce les troupes avancées l>ar celles de Casai. Moiicaivo attaqué par les Autrichiens. l$elle défense de M. de Clievert. L'infant renvoie son artillerie à Pavie et à Plaisance. — 7. Les Français cantonnés à la Lumeline, à San-Salvador. M. de Leutrum joint par Mentzel. — 8. M. de Cheverl évacue Moncalvo. M. de Maillebois à Asti. Prise d'Asti. — 9. Notre armée s'établit sur les hauteurs de San-Salvador. — 10. Elle passe le ïanaro sur le pont de Bassignano, cantonne à Sale, Provera et autres cassines du Tanaro. Ac([ui évacué. — 11. Alexandrie évacué par les Espagnols. La garnison à Voghera. M. de Leutrum occupe l'Astésan, abandonné par les Français. — 13. Notre infanterie quitte le ïanaro pour San-Giuliano. La cavalerie de M. d'Argouges reste à Sale et sur le bord du Tanaro. — 14. A Novi, Paslurano,
Tassarolo et Francavilla. La cavalerie à Casteliiovo di Scrivia. Les Espagnols sur la rive gauche du Pô, depuis le Tcssin jusqu'à l'Adda , et sur la rive droite, de Plaisance à Parme et Guastalla. La garnison d'Alexandrie occupe de Torlone à Pavie. Le roi de Sardaigne occupe Alexandrie, abandonnée par les Espagnols ; une partie de ses troupes entre le Pô et le Tanaro, pour masquer Valenza et Casai. Corps d'observation àSan-Salvador. — 15. Évacuation de Voghera par les Espagnols. — 19. Évacuation de Milan. L'infant se replie sur le Pô, à sa rive gauche. Se rend de sa personne à la Chartreuse près Pavie. — 20. Le roi de Sardaigne arme tous les paysans de la frontière. — 24.Lecliâleau de Casai assiégé par les Autrichiens. — 25. M. de Lichtenstein se rend à Milan, évacué par les Espagnols; y est joint par les premières troupes du renfort venant d'Allemagne. MM. de Braun et de Narlasli, détachés vers Guastalla, battent les Espagnols au pont de Barcanello, sur le Crostollo. — 28. Prise du château de Casai. — 29. Prise de Guastalla par MM. de Braun et de Nadasli. — 30. M. de Castelar bloqué dans Parme.
Avril. F''. Les Autrichiens dans le Parmesan. — 2. L'infant en marche de la Chartreuse de Pavie à Stradoila. — 3. Évacuation de Pavie par les Espagnols. Le prince de Liciitenstein entre le Pô et le Tessin. — 4. L'armée espagnole vers Parme, à Castel-San-Giovanni. M. de Braun, sur la Lenza, envoie des partis entre la Parma et le Taro. — 5. Les renforce par de la cavalerie et des grenadiers. — 6. La l'" ligne espagnole passe la Trebbia, campe sous Plaisance, la 2« à la gauche de la Trebbia. — 7. La V" ligne à Fiorenzuola, la 2* sous Plaisance. M. de Lacy à Borgo-San-Donino. — 8. M. de Lichtenstein joint M. de Braun. Toutes les troupes réunies sur la rive droite du Taro. — 9. L'armée espagnole à Borgo-San- Donino. M. de Lacy sur le Taro. — 12. L'armée esiiagnole à Castelguelfo. M. de Leutrum chargé du siège de Valenza. — 14. M. de Castelar évacue Parme. — 15. Siège de Valenza. — 21-22. Sortie des assiégés. — 24. M. de Maillebois au secours de Valenza. — 29. M. de Chevert jette un pont sur la Bormida. Un gros détachement de la garnison de Tortone à Piovera. — 30. M. de Maillebois dans la plaine de Bosco.
Mai. i^'. M. de Maillebois avec l'armée à Rivalta. Le pont de la Bormida est achevé. MM. de Crussol et de Beauvau s'emparent de Caslei-Bagliano et s'y retranclient.
— ier-2. L'ennemi maître de Valenza. — 2. L'armée à Gamelero. M. de Larnage à Borgorato. Le château d'Acqui investi par MM. de Chevert, de Crussol et de Beauvau. — 2-3. M. de Castelar passe la Magra, arrive à Chiavari. — 3. M. de Maillebois se replie avec l'armée à Rivalta. — 4. M. de Lichtenstein entre dans Parme, al)andonné par les Espagnols, fait la garnison de la citadelle prisonnière, passe le Taro. — 4-5. Prise du château d'Acqui; M. de Mailleljois le démobt.
— 5. L'armée espagnole à Fiorenzuola. Les Autrichiens à Borgo-San-Donino. — G. Les Piémontais chassés de Nizza délia Paglia. Les Autrichiens à Fiorenzuola. Le corps à Codogno, attaqué par les Espagnols, se retire à Pizziglietone. — 7. M. de Liechtenstein sur la Nura. — 8. Passe cette rivière, cami)e à sa rive gauche, à deux milles du camp des Espagnols. — 14. L'année française se replie sur Pasturana et Novi. — 15. M. de Castelar joint l'armée sous Plaisance. — 18. Départ de M. de Mirepoix pour joindre l'armée espagnole. — 18-19. Campe sur la Scrivia. — 19. Cain|)e à Voghera. L'armée ennemie s'approche de Plaisance. — 20. M. de Mirepoix à Castel-San-Giovanni. — 21. Se porte sur la Trebbia. —
22. Passe cette rivière, joint l'armée espagnole sous Plaisance. — 25. Troupes génoises qui joignent l'armée. — 29. MM. d'Arembourg et de Pignatelli détachés, chassent l'ennemi. — 31. Canonnade entre les deux armées.
Juin. l""". Le roi de Sardaigne à Alexandrie. L'armée occupe Cantalupo, entre la Bormida et le Tanaro. — 1"" au 5. Ponts jetés sur ces deux rivières. — 5. M. de Chevert à Bosco. — 8. L'armée piémontaise passe la Bormida, et le 9 l'Orba. — 9. L'armée française, en marche à la pointe du jour, campe sous Tortone. M. de Maulevrier laissé dans la communication. — 10. Campe à Voghera. — 12. A Stradella. — 13. A Castel-San-Giovanni. — 14. Serravalle investi par les Piémontais. — 14-15. Les Français joignent les Espagnols sous Plaisance. — 1.5. Dispositions pour attaquer les Autrichains. — 15-16. Le roi de Sardaigne abandonne le siège de Serravalle ; l'armée se porte au défdé de la Stradella. — 16. Bataille de Plaisance. Après le combat, l'armée reprend sa position. — ,26. Le roi de Sardaigne s'empare de Pavie, place son armée le long du Pô, depuis Castel-San- Giovanni. Pont jeté au-dessus de l'embouchure du Tessin. — 29. L'armée française passe le Pô à Plaisance, campe avec les Espagnols sur le Lambro. — M. de Castelar reste à Plaisance; avec des troupes d'Espagne.
Juillet. 5. A Pusterlengo, M. de Mirepoix garde le Lambro. L'armée espagnole à Quardameglio. — 7. A Codogno avec le gros de l'armée, laisse le reste de ses troupes à Quardameglio. Les Autrichiens chassés des postes le long du bas Pô. — 13. Dolce-Acqua attaqué par les Piémontais qui se retirent à Saorgio. — 15. Changement dans la position de l'armée piémontaise. Le roi appuie la droite à San-Nlcolo, allonge la gauche vis-à-vis l'embouchure de l'Ollona dans le Pô; on y jette un second pont. Le quartier général à Castel-San-Giovanni. — 17. MM. de Mirepoix et de Grammont envoyés commander à Savone. — 23. Arrivée de troupes à Savone. — 25. M. de Braun commande en l'absence de M. de Lichtenstein, malade à Mantoue. Nouveau corps qui passe le Pô pour renforcer Pizzighetone. M. de Botta masque Plaisance. M. de Braun passe le Pô à l'embouchure de l'Ollona, se porte à San-Christina et Chignolo, occupés par les Français. — 26. L'armée française marche à la pointe du jour, campe à Orio, occupe les postes de Castel-San- Andréa et de Castellina. L'armée espagnole s'allonge depuis San- Andréa jusqu'au Pô. M. de Pignatelli reste pour masquer Pizzighetone et garder l'Adda.
Août. 4-5. L'armée piémontaise réunie aux Autrichiens à San-Angelo. — 5. M. de Mirepoix à Saint-Pierre d'Arène. — 8. Lodi abandonné. — 8-9. L'armée française passe le Pô, s'avance sur le Tidone. M. de Monteynard chasse l'ennemi de Parpanèse. — 9-10. Les Autrichiens à Rottofredo. — 10. Combat du Tidone. L'armée espagnole campe, la droite à la montagne, la gauche au Pô; l'arrière-garde reste à Castel-San-Giovanni. — 12. L'armée française continue sa marche à Voghera. Réunion des deux armées. — 13. M. de Mirepoix à Gênes. A Campo-Morone. L'armée espagnole à Voghera. — 14. M. de Mirepoix à Ottagio.
La campagne de 1746 devait être aussi funeste à noire cause que la précédente avait semblé favorable. Les événements allaient justifier les appréhensions de M. le maréchal de Maillebois.
Au commencement de janvier, l'armée ennemie se trouvait tout
entière rejetée sur notre flanc gauche depuis le col de Tende jusqu'au lac Majeur. M. de Leutrum occupait Saorgio, Garessio, Géva et Alba. Ses avant-postes entre le Belbo et le Tanaro se montraient jusqu'à Muasca, Monte-Grosso, Blangero et Isola. Le roi de Sardaigne avait sa droite à Alba, et ses troupes étaient répandues partie entre le Tanaro et le Pô, appuyées sur San-Damiano et "Verrua, et partie le long du Pô depuis Turin jusqu'à Trino. Le prince de Lichtenstein avec ses quartiers dans le Verceillais et le Novarais, le long de la Sesia, et sur la rive droite du haut Tessin, depuis Trecate jusqu'à Arona.
L'armée de M. de Maillebois, avec son quartier général à Valenza, occupait le Tortonais, une portion du Pavesan et de la Lumeline, le Montferrat et la communication avec le comté de Nice par la côte de Gênes. M. du Montai était à Asti, M. de Ghevert à Moncalvo, M. de Senneterre à Casai. M. de Gramraont commandait dans la Lumeline, et M. de Maulevrier venait remplacer M. de Mirepoix à la tête des troupes qui avaient repassé les Apennins pour hiverner sur le littoral entre Savone et Nice.
Les Espagnols et les Napolitains (1), aux ordres de M. de Gages et de M. le duc de la Viefville, occupaient les bords du Tessin dans le Milanais, à Pavie, Parme, Plaisance et Guastalla, les villes de Milan et d'Alexandrie, et en bloquaient les citadelles.
(1) Quant aux ]\apolitains, il ne fallait guère compter sur eux :
« Naples, 6 janvier 1746.
« Comme la France, où sévit la disette d'hommes, comme l'Espagne , le royaume des Deux-Siciles est épuisé ; les B. sont réduits à 250 hommes, la cavalerie est démontée. Le trésor général ne peut faire face au courant sur une force totale de 32,000 hommes, indépendante des 12 B. de milice; c'est à peine si les Gallispans peuvent compter sur un renfort en majeure partie Wallons et Suisses. Le reste forme un cordon sanitaire autour de la Calabre empestée. Aucune place n'est approvisionnée, pas même le château de Naples. La marine, composée de trois vaisseaux ou frégates, est exclusivement employée contre les corsaires barbaresques. Le personnel est à ta hauteur du matériel : faiblesse des eflectifs, incapacité des généraux. D'autres causes encore étaient de nature à nous mettre en défiance : la reine do Naples, Allemande, était (ilie de l'électeur de Saxe, roi de Pologne, alors étroitement uni à la reine de Hongrie; le roi de Naples, s'intéressant médiocrement aux succès de son frère, songeait à abandonner l'alliance commune pour se déclarer neutre. Cette situation se présentait sous le jour le plus sombre aux yeux du marquis de l'Hôpital (Paul-I'Yançois de Galucci), ancien officier, notre ministre de France depuis 1740. » {Correspondance,)
M. de Maillebois avait inutilement demandé à l'infant qu'on commençât par le siège du château d'Alexandrie, qui, investi depuis plus longtemps, serait réduit plus facilement, et dont la possession, d'ailleurs, nous serait bien plus avantageuse que celle du château de Milan. La cour de Madrid, persévérant dans son aveuglement, maintint ses résolutions et donna la préférence au siège de Milan. L'artillerie conduite devant cette place, les travaux d'approche commencèrent. M. de Maillebois ne réussit pas davantage dans les autres négociations. Ses conférences avec M. de Gages n'aboutirent qu'à montrer d'une manière plus évidente la morgue hautaine des Espagnols et leur peu d'égards envers une nation alliée et à laquelle ils devaientcependant, en grande partie, lessuccès obtenus pendant la campagne précédente. Toutes les propositions pour modifier la position des troupes de manière à mieux préparer la résistance furent écartées, comme toutes ses réclamations au sujet de la répartition des subsistances entre les deux armées. Il ne fut pas plus heureux dans la question du partage des revenus du pays conquis, réglé dans une conférence, le 4 janvier, en présence de l'infant; malgré son opposition et celle de M. de la Porte, intendant général français, l'influence de M. de Gages et de M. de la Torre, intendant général espagnol, l'emporta encore, et c'est à peine s'il put obtenir pour la France une place dérisoire dans ces revenus, que le parti espagnol avait la prétention de s'adjuger en entier.
Pendant ces discussions irritantes, les Piémonlais et les Autrichiens ne restaient pas inactifs dans leurs quartiers. M. de Lichtenslein poussait sa cavalerie légère jusque dans la Lumeline; mais M. le comte de Grammont, qui y commandait, ne fut pas surpris dans sa vigilance : un de ses détachements à Gozzo repoussait vigoureusement les hussards autrichiens et les rejetait de l'autre côlé de la Sésia, qu'ils n'osaient plus franchir. Les Piémontais, établis entre le Belbo et le Pô, ne cessaient, de leur côté, d'inquiéter nos détachements d'Asti et de Moncalvo.
M. de Chevert, à Moncalvo, et M. du Montai, à Asti, prirent l'oflensivc le 4 janvier. Le premier sortit de Moncalvo avec une forte colonne, s'empara de Tonco et poussa jusqu'à Yilla- San-Secondo, d'où il débusqua des Piémontais retranchés et dont le commandant resta entre nos mains. Le second, après avoir terminé près d'Asti un pont sur le Tanaro, se jeta sur l'en-
nemi posté entre cette rivière et le Belbo, et dont l'avant-poste resserrait et gênait nos quartiers. Ses troupes, formées en deux colonnes aux ordres de MM. Mesplex et d'Agénois, enlevèrent brillamment toutes les positions ennemies; M. de Mesplex, à la droite, s'empara du château de Blangero, d'Isola, de Castigliole et de Goazzolo; M. d'Agénois, à la gauche, des postes de Monte- Grosso, Agiiano, Muasca, Burie, et poussa jusqu'à Canelli sur le Belbo.
Ces deux attaques de MM. de Chevert et de Montai rejetaient ainsi les Piémontais sur Alba et San-Damiano; toutefois on ne jugea pas possible de se maintenir sur les positions conquises, et, quelques jours après, elles étaient évacuées, à l'exception du château de Blangero. Les troupes du roi de Sardaigne, portées de nouveau à notre suite, et confiantes en leur supériorité numérique, attaquaient notre poste de Blangero et poussaient l'audace jusqu'à menacer le pont d'Asti, le 15 janvier; elles furent repoussées partout avec vigueur, et nos détachements, qui avaient repassé une seconde fois la rivière, les obligeaient à renoncer à leur tentative sur Blangero.
Du côté des Apennins, les Piémontais se portaient sur Pigna, Castelfranco et le col de la Vetta pour couper nos com-munications. Au premier avis de cette agression, M. de Maulevrier détache M. de Pereuse, commandant à San-Remo; le 27 janvier, il gravit avec sa colonne les pentes de la chaîne qui sépare la Roya de la Taggia, trouve sur la crête deux postes ennemis qu'il culbute successivement, et, maître des hauteurs, marche le lendemain /sur Pigna, 011 il entre à la tête de ses grenadiers qui en avaient enfoncé les portes sous un feu violent des défenseurs; les Piémontais se replièrent alors sur Saorgio.
Pendant que de tous côtés nos troupes étaient ainsi aux [prises avec un ennemi de plus en plus agressif, M. le maréchal de Maillebois recevait les plus graves nouvelles : 30 à 40,000 Autrichiens, aux ordres de M. de Braun, s'avançaient par le Tyrol sur l'Italie^^et menaçaient notre droite. Marie-Thérèse, le 25 décembre (traité de Dresde avec Frédéric), n'avait pas perdu un instant pour ^diriger au secours de M. deLichlenstein les troupes que la paix avec la Prusse laissait disponibles. M. de Maillebois, en rendant compte à Versailles des avis reçus à ce sujet, ne cacha pas la gravité de la
t30 LES GUERRES SOUS LOUIS XV.
situation et demanda aussitôt des renforts. 11 faisait ressortir l'infériorité numérique dans laquelle nous allions nous trouver, l'armée combinée ne comptant pas alors plus de 35 à 38,000 hommes (129 B. et 85 E., tous réduits à moitié du complet), et prévoyait un désastre, si ces renforts n'arrivaient pas à temps.
Tout en jetant ce cri d'alarme, et, bien que tombé malade à Milan, il se prononçait néanmoins pour une offensive énergique et immédiate; le seul moyen de conjurer les dangers qui se préparaient, disait-il avec raison, était d'attaquer sans retard le roi de Sardaigne et le prince de Lichtenstein, et de les écraser ava nll'arrivée de M. de Braun. Aussi s'efforçait-il d'amener les Espagnols à abandonner le siège de Milan, à entreprendre celui d'Alexandrie et à franchir le Tessin pour tomber sur le flanc des Autrichiens, tandis que les Français contiendraient les Piémontais. Il réussit à faire partager ses vues à M. de Gages, mais cet officier, bien qu'à la tête de l'armée espagnole, n'était pas maître d'en disposer; une camarilla toute-puissante, animée de sentiments d'aigreur et d'hostilité contre la France, avait substitué son influence à celle du capitaine-général et réglait alors les opérations militaires au gré de ses caprices et de son entêtement. A la tête de cette camarilla se trouvaient MM. de Muniani et de Marry, secrétaires de don Philippe, auxquels s'adjoignait volontiers M. de Gastelar, et elle s'obstinait, dans sa vanité présomptueuse, à ne point abandonner le siège du château de Milan; elle rêvait même la prise ul-. térieure de Pizzighetone. Elle refusa donc formellement d'entreprendre le siège du château d'Alexandrie; toutefois M. de Maillebois insista si fortement sur la nécessité d'attaquer tout au moins l'ennemi dans ses quartiers, et fît ressortir d'une manière tellement évidente les avantages qui pourraient en résulter, qu'elle en ordonna l'opération dans les premiers jours de février ; mais elle apporta dans son exécution une telle lenteur et un tel mauvais vouloir que tout le fruit à en espérer fut perdu. Au lieu d'attaquer les Autrichiens comme un coup de foudre, l'armée espagnole perdit plusieurs jours, et, lorsqu'elle passa le Tessin le 8 février, le prince de Lichtenstein, qui, averti à temps, avait déjà rassemblé, le 6, la plus grande partie de ses troupes sous Novare, se retira tranquillement devant eux avec son armée. Il repassa la Sesia et gagna sans difficulté Verceil, y prit position, couvert par la rivière et renforcé
d'ailleurs de 11 B. et de 2 régiments de dragons piémontais envoyés en toute hâte par Charles-Emmanuel son allié.
M. de Maillebois quitte Milan, le 12 février, pour rejoindre son quartier général à Valenza ; il avait échoué dans tous ses efforts pour faire revenir les Espagnols sur leurs rêves imprudents et les tirer de leur aveuglement; sa place était dès lors à son armée. M. de Braun s'avançait et son armée (36 B. et 36 E.) débouchait du Tyrol. Son avant-garde arrivait le 13 février à Roveredo. Le 16, sa première division avait occupé Viilafranca, entre Vérone et Mantoue; les autres divisions suivaient à un jour d'intervalle. Un corps nombreux, sous M. de Novati, jetait en même temps un pont sur le Pô à Sacchetto, près de l'embouchure du Mincio et de la Secchia, et s'établissait le long de la Secchia entre Quingentole et Concordia, menaçant directement Guastalla et Parme.
L'infant, en face du danger qui menaçait sa droite, avait aussitôt envoyé des renforts dans le Parmesan et, pour combler les vides produits dans ses troupes restées autour de Milan, avait rappelé à lui 4 B. espagnols restés à Oneille et à Loano avec M. de Maule vrier (1), ainsi que plusieurs B. à Ponte-Stura et dans le Pavesan avec l'armée française. M. le maréchal de Maillebois se montra fort ému de ces prélèvements et ne put s'empêcher d'exprimer à M. de Gages combien il s'en trouvait froissé; le rappel des 4 B. sur la côte de Gênes lui paraissait surtout des plus regrettables, et bien qu'ils eussent été remplacés dans la communication par 3 B. suisses tirés du comté de Nice. Il se dégarnit de 2 de ses B. et les envoya renforcer les Suisses sur ce point sans cesse menacé et dont la conservation devait avant tout nous être assurée. Il rappela en môme temps dans le Monferrat et le Pavesan quelques-uns de ses régiments de laLumeline; 1 régiment de dragons fut placé à Casai, 1 autre à Voghera.
L'ennemi, de son côté, prenait ses dispositions et l'attaque était imminente. Le prince de Lichtenstein avait repassé la Sesia et réoccupé Novare à la suite des Espagnols, reportés de l'autre côté du Tessin. Un corps piémontais occupait Verceil avec 5 B. et 2 ré-
(1) Maulevrier (Cliarles-Claude Aiidraull de), inaniuis de Langoron, fils de maréchal de Franco (30 mars 1745) ; sert sous le duc d'Harcourt et le comte de Saxo ; colonel de Condé en 1743, à la retraite de Bavière, on Italie, à la défense de la Provence, en Flandre, en Allemagne; mort le 1^' janvier 1784.
giments de cavalerie autrichienne; un deuxième corps, sous M. de Leutrum, gagnait Asti; 4 B. et quelques milices s'assemblaient vers Tende. L'armée de M. de Braun, menaçante sur le Pô, occupait le Mantouan sur la rive gauche, les duchés de Modène et de la Mirandole sur la rive droite. Les Anglais avaient leur flotte dans l'Adriatique. A moins que l'orage ne fondît sur le royaume de Naples et ne prît la direction du sud, il était évident que nous devions subir un assaut formidable. L'ennemi avait, en effet, formé le dessein de nousallaquer à la fois aux deux extrémités de notre ligne, qui, depuis Nice jusqu'à Guastalla, n'embrassait pas moins de cent lieues de développement.
Dès le i" mars, le corps piémontais réuni à Tende se porte en avant sur trois colonnes et se jette sur Gastelfranco. M. de Maulevrier envoie immédiatement de Nice deux détachements commandés par MM. de Relingue et de Marseillas, colonels. En même temps M. de Pereuse sortit de San-Remo avec un troisième détachement, débusqua, le 2, les ennemis du col de laVetta et de Gastelfranco, et les rejeta sur Pigna d'oii ils furent chassés, dans la nuit du 3 au4, par les trois détachements réunis. En même temps que se dessinait l'attaque sur notre droite, les Autrichiens de M. de Braun, avancés surl'Adda, y avaient surpris un de nos détachements, composé de dragons du régiment Dauphin et de 2 compagnies espa- "•noles. Nos troupes, accablées par le nombre, durent céder le terrain en essuyant des pertes considérables.
Cet échec était le prélude de nos futurs désastres. Le roi de Sardaigne et le prince de Lichtenstein avaient résolu de tenter sur le Montferrat un effort désespéré. Un corps autrichien menaçait Moncalvo; les Piémontais s'avançaient en môme temps sur Asti, ayant derrière eux, à San-Damiano et à Guarena, un train considérable d'artillerie. MM. de Montai et de Chevert avertirent, le 4 mars, M. de Maillebois; celui-ci, sans perdre un instant, dépêche à l'infant un exprès pour lui demander du secours. Il existait en effet une convention par laquelle, si les Français étaient attaqués, les Espagnols leur fourniraient un renfort de 22 B. et 33 E.
Cette promesse d'autres temps fut éludée par l'infant, qui répondit sèchement à l'envoyé de M. de Maillebois que, dans sa situation, il était impossible de le secourir. Les préliminaires de la paix entre la France et le roi de Sardai-
gne sont signés à Turin, le 26 décembre 174S; mais en 1746, dans la conclusion de l'armistice, il surgit une difficulté au sujet de la citadelled' Alexandrie, dont les troupes françaises et espagnoles faisaient le blocus, et dont la possession était dévolue à l'Espagne par des conventions antérieures; de plus, l'infant don Philippe était à Milan, dans ce Milanais promis au roi de Sardaigne et qu'il entrait dans les vues de l'Espagne de donner à l'infant. Ce fut le sujet d'un mécontentement excessif à Madrid, et ce n'est qu'après une conférence entre M. le duc d'Huescar avec M. d'Argenson qu'est signé à Paris, le 17.févrierl746, le traité d'armistice. Dans cet état de choses, immédiatement après la paix de Dresde, la reine de Hongrie fait marcher rapidement 30,000 hommes, marche dont il y a peu d'exemples dans l'histoire, car ils firent dix lieues par jour régulièrement, de sorte qu'en six semaines cette armée entrait dans le Manlouan et la Lombardie. Les Autrichiens forcèrent alors le roi de Sardaigne à commencer les opérations. Le maréchal de Maillebois (1) arrive le dO mars à Rivoli, aux portes de Turin, trop tard : Alexandrie était dégagé, et M. de Montai surpris dans Asti.
M. le maréchal, ainsi abandonnée ses propres forces, fît tous ses efforts pour dégager ses deux lieutenants. Il rassemble à la hâte ses troupes disponibles et, à la tête de 17 B. dont 4 espagnols, de 2,500 chevaux et de 1,600 hommes prélevés sur les garnisons de Valenza, Tortone et Alexandrie, se met en marche le 5 mars. Il envoie en avant un détachement s'assurer du défilé d'Annone, le seul accès sur Asti, et donne l'ordre à M. d'Argouges de se porter sur Fubine, poste extrêmement important situé à égale distance de Moncalvo et d'Asti, où il était nécessaire de précéder l'ennemi, déjà autour de ces deux places.
Le lendemain, M. de Maillebois se porte lui-même à Fubine avec le gros de ses troupes et renforce le détachement d'Annone, attaqué sans succès par l'ennemi, et qu'il menaçait encore. M. de Larnage s'y rendit avec 1 B.; M. de la Ghetardie s'établit un peu en arrière, à Quatordeo, avec 4 B., pour soutenir M. de Larnage, et M. de Senneterre, à la tête des troupes de la garnison de Casai,
(1) Excellent homme de guerre, plus propre à exécuter qu'à combiner. Le maréchal de Villars dit de lui qu'il n'avait pas inventé la poudre , mais qu'il ne la craignait pas.
moins quelques soldats laissés dans la ville et dans le château pour les mettre à l'abri d'un coup de main, vint prendre position à Vignale et à Camagna.
Cependant les Autrichiens avaient attaqué avec furie et sans réussite la place de Moncalvo; leurs efforts s'étaient brisés devant la vigoureuse résistance de M. de Chevert. Désespérant d'emporter ce poste et craignant être eux-mêmes subitement assaillis par M. de Maillebois, posté à Fubine, à portée de Moncalvo, ils se retirèrent, le 7, dans la direction d'Asti et rejoignirent les Piémontais de M. de Leutrum devant cette place qu'ils canonnaient depuis deux jours; les faibles remparts présentaient déjà deux larges brèches et l'assaut était remis au lendemaiji. Il était temps de secourir M. du Montai, qui n'avait que 9 B. à opposer aux forces nombreuses qui le pressaient (1). M. le maréchal, malgré son infériorité^ n'hésita pas à marcher sur Asti. Il venait, d'ailleurs, d'être rejoint par M. de Chevert, qui avait évacué Moncalvo et lui amenait 4 B., et par M. de Qrammont, qui avait retiré toutes ses troupes de la Lumeline et prenait position sur les hauteurs de Refrancore.
L'armée française, le 8 mars au matin, à dix heures, arrivait sur les hauteurs d'Annone. Une nouvelle foudroyante arrêta leur élan : M. du Montai venait d'être forcé de capituler, Asti était au pouvoir de l'ennemi. M. le maréchal de Maillebois, atterré, donne aussitôt l'ordre de la retraite, laissant quelques B. seulement au défilé d'Annone pour contenir l'ennemi, qui, enivré de son succès, songeait déjà à le poursuivre. Le soir même, avec le gros de ses troupe» en arrière, il reprit position sur la crête qui sépare le Tanaro du Pô, à Viarizio, Fubine et Quatordeo.
Le 9, il porte toute son infanterie sur les hauteurs de San-Salvador et de Castelletto. 5 B, et des 'dragons occupent le village de Lu à sa droite, et sa cavalerie s'établit dans la plaine de Quargnento, à la gauche, avec 2 B. aux ordres de M. de Larnage. L'intention de M. de Maillebois était d'arrêter à San-Salvador la retraite de ses troupes. A proximité des places de Valenza, d'Alexandrie et de Casai, et dans une position avantageuse, il pouvait sans témérité attendre l'attaque du roi de Sardaigne, qui prenait successivement possession de tous les postes que nous abandonnions. Une nou-
(1) 38 B.jtant piémontais qu'autrichiens, 30 E. et 6,000honimesdetroupeslégères.
velle déception l'attendait : dès le lendemain de son arrivée ;\ San-Salvador, M. de Lascy, lieutenant général espagnol et gouverneur d'Alexandrie, vint le trouver de la part de don Philippe; il lui exprima qu'en présence des démonstrations de M. de Braun, dont, le 7 mars, un corps s'était avancé sur Pizzighelone, le siège du château de Milan avait été levé, que l'artillerie espagnole était déjà ramenée sur Pavie et sur Plaisance, et que, pour tenir tête à M. de Braun, l'infant, ayant besoin de toutes ses troupes, avait donné l'ordre d'évacuer la ville d'Alexandrie, demandant encore à M. le maréchal toutes les troupes espagnoles restées sous ses ordres, et de se replier avec elles sur le Pavesan.
M. de Maillebois protesta; l'ordre était formel. Le 10 mars, la garnison d'Alexandrie se retira par Tortone avec M. de Lascy, et le contingent espagnol quitta San-Salvador avec M. de Pignatelli, se dirigeant sur Voghera et Stradella.
16 B. français et 2,000 chevaux restaient seulement à M. de Maillebois en vue de la campagne. C'était trop peu pour se maintenir à San-Salvador; il fallut se résigner à continuer la retraite : 4 B. napolitains sont jetés dans la place deValenza; le chevalier d'Hébert avec quelques troupes renforce la garnison de Casai, et l'armée franchit le Tanaro au pont de Banignano.
En même temps, l'ordre est donné aux grenadiers royaux de Modène occupant Acqui d'évacuer cette place, sur laquelle s'avançait rat un corps piémontais, et de se retirersurOvada. Ainsi le Montferélait abandonné; nous n'avions plus de troupes dans la Lumeline; en quelques jours nous étions rejetés de la région montagneuse dans les plaines de l'Orba, de la Bormida et du Tanaro. M. de Maillebois ne songea pas à s'y maintenir; craignant ajuste titre pour ses communications avec Gènes, menacées par Acqui, il résolut de ramener son armée sur Novi.
Le H mars, après avoir franchi le Tanaro, nos troupes s'étaient établies à Sale, Piovera, Revelino et dans quelques autres villages le long du fleuve. Elles restèrent, le 12, dans celte position par suite du mauvais temps.
Le 13, l'infanterie vint se cantonner à San-Giuliano et aux environs et, le 14, elle s'établit à Novi, Francavilla, Poslurana et Tassarolo. La cavalerie, restée sur les bords du Pô, tant en raison des ressources en fourrages dans cette région que dans le but de cou-
vrir la route de Voghera, s'établit à Castelnovo di Scrivia, aux ordres de M. d'Argouges. Couverte par un corps de dragons et 1 B. d'infanterie placés à Safe, ses avant-postes occupaient Piovera et les bords du Tanaro.
Dans cette position, M. de Maillebois conservait ses communications avec l'infant par Serravalle et Tortone , couvrait l'État de Gènes et restait à même de recevoir les renforts attendus de France. TI renouvela, dès son arrivée àNovi, ses instances auprès du roi; il ne fallait pas moins, écrivait-il, de 33 B. pour le mettre à même d'agir contre le roi de Sardaigne pendant que les Espagnols, dont il n'avait à attendre aucun concours, opéreraient de leur côté contre les Autrichiens. En attendant, il lui fallait rester sur la défensive et maintenir ses positions en s'appuyant sur les Génois, accourus avec 8 B., et qui, à sa demande, avaient décidé la levée de 9,000 nouveaux soldats.
A cette date du M mars, les Espagnols occupaient encore leurs anciennes positions sur la rive droite du Pô, depuis Tortone jusqu'à Guaslalla, et sur la rive gauche, entre le Tessin et l'Adda. L'infant avec M. de Gages étaient à Milan, MM. de Lascy et de Pignatelli à Voghera, M. d'Arembourg à Codogno, et M. de Castelar à Parme. L'avant-garde de M. de Braun était arrivée à Pizzighelone, en face de M. d'Arembourg; on crut nécessaire de renforcer ce dernier, et dans ce but on rapprocha, dès le 15, les troupes de Voghera. Celte place fut évacuée; 3 B, en partirent pour Codogno; le reste se porta àMontebello, plus à proximité de Pavie.
Telle était la situation lorsque, le 19, on apprit à Milan le passage de l'Adda par les Autrichiens en amont de Pizzighetone et leur marche sur la capitale de la Lombardie. A cette nouvelle, l'infant évaque précipitamment la ville, où il se trouvait avec le duc de Modène, abandonnant une partie de son artillerie, et se repliant en grand désordre sur Pavie avec ce qu'il avait pu rassembler de ses troupes. L'armée espagnole se trouva alors établie le long du Pô entre Codogno et Pavie; elle comptait 47 B. et 53 E., en outre des troupes détachées à Parme et à Montebello ; J l B. et 15 E. formaient la droite vers Plaisance ; 20B. et 25 E., le centre sur les bords du Lambro ; 8 B. et 8 E. formaient la gauche vers l'embouchure du Tessin. L'infant avait son quartier général à la Chartreuse de Pavie, couverte par 8 B. et 4 E.
Le roi de Sardaigne avait suivi de loin M. de Maillebois dans sa retraite, mais il n'osait s'avancer au delà du Tanaro, laissant derrière lui les places de Valenza et de Casai oh nos troupes tenaient ferme. 11 était venu avec son armée prendre position, le 14 mars, à San-Salvador, masquant les places de Yalenza, de Casai, et occupant Alexandrie. L'on savait, le 22 mars, que ses troupes garnissaient les bords du Tanaro depuis Alexandrie jusqu'à Bassignano, qu'elles réparaient à la hâte les ponts détruits delà Borniida et du Tanaro, et qu'une portion jetée sur la rive gauche du Pô occupait la Lumeline depuis l'embouchure du Terdoppio jusqu'à la Sesia. Les cantonnements de notre cavalerie semblaient menacés par ces préparatifs et ces dispositions; d'ailleurs, l'évacuation de Voghera par les Espagnols les laissait en l'air; M. de Maillebois crut devoir les renforcer sans tarder, et, dans ce but, il envoya 2 régiments de dragons à Castelnovo di Scrivia soutenir M. d'Argouges, et prescrivit à M. de Grammont de se rendre à Sale avec 1 régiment d'infanterie et un détachement de dragons.
Cependant les Piémontais, sans aucun mouvement offensif, n'avaient , en prenant position derrière le Tanaro, d'autre but que de couvrir les sièges de Casai et de Valenza, et dirigeaient tous leurs efforts sur ces deux places. Comme toutes deux ne pouvaient être assiégées à la fois, on résolut de se borner pour le moment à investir la seconde. Le train d'artillerie de siège avait été dirigé d'Asti sur Casai, que les Autrichiens de M. de Lichtenstein entouraient. Le siège de cette place ne fut pas long; le feu, commencé contre les remparts le 24 mars, ouvrit bientôt la brèche et M. le chevalier d'Hébert, le 28, se rendit prisonnier de guerre avec toute la garnison. M. de Lichtenstein n'avait pas attendu la chute de la place pour donner la main aux renforts arrivés du Mantouan.
Dès le 23, il quittait de sa personne son camp sous Casai, et, n'y laissant qu'un millier d'hommes environ pour soutenir l'artillerie et donner l'assaut décisif, il s'était, avec la plus grande partie de ses troupes, porté sur Milan. Il y entrait deux jours après, rejoint par les premières troupes de M. de Braunqui avaient franchi l'Adda. La jonction des armées ennemies était désormais un fait accompli, et, sauf Valenza déjà investi, sauf la ligne de Pavie à Pizzighelone, nous ne possédions plus rien au delà du Pô et du Tanaro.
Tandis qu'une partie de l'armée de M. de Braun franchissait l'O-
glio et l'Adda pour se lier par Milan à l'armée de M. de Lichtenstein, l'autre partie, aux ordres de M. de Nadasly et de M. de Bernklau, passait sur la rive droite du Pô et s'établissait derrière la Secchia. Elle s'ébranla à son tour et, le 25 mars, marcha sur Guastalla. M. de Castelar, accouru de Parme pour secourir cette place, essuya une sanglante défaite au pont de Barcanello, sur le Crostolo, et fut contraint de se replier derrièrelaLenza; la ville de Guastalla fut emportée d'assaut quelques jours après, et l'armée autrichienne, victorieuse, vint mettre le siège devant Parme, où M, de Castelar s'était jeté avec les débris de son corps.
L'infant don Philippe, à la nouvelle de la défaite de son lieutenant et de sa situation critique, résolut de se porter à son secours. Abandonnant la place de Valenza à ses seules forces, renonçant au projet de la secourir et d'en empêcher l'investissement par la rive gauche du Pô, évacuant même Pavie, il rassemble le 2 avril, vers Stradella, son armée, et prend avec elle la direction de Parme. Il campe, le 4, àCastel-San-Giovanni, le 6 sur les bords de la Trebbia, vers Plaisance, le 7 à Fiorenzuola, le 9 à Borgo-San-Donino. M. de Lascy, d'avant-garde avec 7 B. et 6 régiments de cavalerie, le précédait, à une journée de marche, et était alors arrêté sur les bords duTaro.
Pendant ce temps, le prince de Lichtenstein, après avoir jeté des troupes entre le Pô et le Tessin pour se lier au roi de Sardaigne, et laissé dans Milan quelques troupes de garnison, se portait sur Pavie presque sans défense, s'en emparait, y établissait une portion de son armée et avec le reste se portait, parallèlement à la route suivie par l'infant, de l'autre côté du Pô, à la rencontre de M. de Braun. Celui-ci avait déjà établi ses régiments entre la Parma et le Taro, et barrait aux Espagnols la route de Parme; par suite de l'arrivée de M. de Lichtenstein le 8 avril, il avait sur ses adversaires une supériorité numérique.
L'infant n'osa pas attaquer; son armée, arrivée le 12 à Castelguelfo, franchit le Taro. Sa présence sur ce point, en paralysant le gros des troupes de M. de Braun, permettait toutefois à M. de Castelar de sortir de Parme, de se frayer un chemin pour rejoindre l'armée. M. de Gages insistait pour que l'infant donnât des ordres dans ce sens; il se rangeait enfin à l'avis de M. le maréchal de Maillebois, qui voulait, une fois l'armée réunie et compacte, qu'on ré-
Irogradàt sur Tortone pour rejoindre les Français, marcher tous ensemble au secours de Valenza et reprendre, s'il était possible, Alexandrie. Son opinion l'emporta dans l'esprit du prince, malgré les conseils de la coterie qui l'entourait, et M. de Castelar reçut l'ordre de se faire jour. Il l'éluda longtemps, et lorsque enfin, dans la nuit du 19 au 20, il se résigna à obéir, ce fut pour s'éloigner de l'armée, au lieu de la rejoindre. Laissant la citadelle de Parme occupée , il évacue la ville avec le gros de ses troupes , prend la direction du sud et se jette dans les Apennins, marchant avec une lenteur incroyable, trop évidente pour n'avoir pas été calculée.
Il arriva le 27 avril seulement à Tivizzano, et le 28 à Sarzana, et reprit à petites journées sa route vers Chiavari et la vallée de la Trebbia.
Il ne devait rejoindre l'armée que le 15 mai sous Plaisance, après avoir mis plus de trois semaines à l'exécution d'une marche qui exigeait moitié moins de temps et dont la nécessité, du reste, était loin d'être démontrée. En admettant que la disposition des armées autrichiennes ait été de prendre la direction du sud et de sejeter dans les premières hauteurs des Apennins, il est bien difficile de supposer qu'il n'eût pu, à quelque distance de Parme, se rejeter brusquement à droite et gagner la ligne de retraite de l'armée vers Fiorenzuola. Son retour immédiat à l'armée eût sans doute fait persévérer l'infant dans le projet inspiré par M. de Gages, de marcher au secours de M. de Maillebois, et c'est ce qu'il ne voulait pas. Vraisemblablement la jalousie et l'hostilité contre la France étaient le mobile de sa conduite; en restant le plus longtemps possible éloigné de l'armée, il empêchait l'infant de rien entreprendre et par ce moyen détourné il arrivait à ses fins.
Alors le maréchal de Maillebois, bien qu'abandonné à luimême, se décidait à tout tenter pour secourir la place de Yalenza, assiégée par les Piémontais et contre laquelle ils avaient ouvert le feu le 15 avril. Leurs troupes étaient nombreuses autour de Valenza; M. de Leutrum , après avoir détaché de son corps 11 B. partis d'Asti pour occuper Sassello, Gairo et Millesimo, dans les vallées de la Bormida et de l'Erro, venait de rejoindre, le 12, le roi de Sardaigne vers Alexandrie et poussait ses avant-postes jusque sur rOrba, en face de Novi et d'Ovada.
Le maréchal rassembla, de son côté, toutes ses troupes disponi-
blés, el appela à lui 4 B. français tirés de la Provence et le B. de la garnison d'Antibes que M. de Mirepoix avait fait avancer au mois de mars dans la communication, et qui se trouvaient alors à Finale et, à Savone. Ces B. prirent leur route, le 23 avril, par Sassello, culbutèrent tous les détachements ennemis qu'ils rencontrèrent, et, prenant en flanc les avant-postes de M. de Leulrum, les chassèrent, le 24, de Gremolino, de Trisobio, de Carpanetto, et se portèrent jusqu'aux Bains- d'Acqui, où ils enveloppèrent un détachement piémontais et le firent prisonnier.
L'ennemi ainsi refoulé derrière la Bormida depuis Cairo jusqu'à Alexandrie, le maréchal avait l'intention de franchir cette rivière entre Acqui et Alexandrie, de remonter au nord, de passer le Tanaro et de débloquer Valenza. Avant de s'engager dans cette entreprise, il ne crut pas prudent de laisser sa cavalerie sur les bords du Pô, trop exposée après son départ de Novi, et déjà bien en l'air depuis que les Espagnols avaient retiré leurs troupes de Voghera. Les fourrages d'ailleurs épuisés, M. d'Argouges avait dû s'étendre jusques vers Stradella pour permettre à ses troupes de subsister. Cependant, ne voulant pas prendre sur lui de rappeler sa cavalerie et d'abandonner, sans y être autorisé, une position aussi importante que celle de Castelnovo di Scrivia, qui couvrait nos communications avec Plaisance, il en référa à Versailles ; on lui répondit de prendre à ce sujet les ordres de l'infant et de s'y conformer en tout point avec déférence. Ce dernier l'ayant laissé entièrement maître, il se décida enfin à ramener M. d'Argouges et M. de Grammont en arrière, et à donner à sa cavalerie la direction de Gênes. Elle franchit le col de la Bocchetta et s'établit, Iei4avril, dans la vallée de Polceverra, restant ainsi à portée de l'armée et couvrant nos derrières.
Ce fut le 29 avril que M. de Maillebois quitta ses cantonnements de Novi et d'Ovada, se portant au secours de Valenza. Il avait pu réunir sur ce point 25 B. dont 21 français et 4 génois, et 1,200 chevaux tirés de la Polceverra. C'est avec celte petite armée qu'il s'avança, le 30, dans la plaine de Bosco. Dès la veille, M. de Chevert avec l'avant-garde s'était porté sur la Bormida, y jetait un pont près de Rivalta, et, pour attirer d'un autre côté l'attention des ennemis, un gros détachement de la garnison de Tortone s'était, sur les ordres du maréchal, porté sur Piovera et avancé jusqu'aux bords du
Tanaro à quelques lieues de Valenza. Le gouverneur de cette place, alors réduit à la dernière extrémité, tenait encore. On lui apprit, dans la nuit du 30 au i" mai, par un signal convenu, qu'on marchait à son secours.
Le 1" mai, le maréchal de Maillebois arrive à Rivalta. La moitié de son armée avait déjà franchi la Bormida. M. de Chevert, à la tête de 8 B., s'était porté sur Cantalupo, précédé par MM. de Grussol et de Beauvau qui marchaient sur le pont de Gastel-Bagliano, par oi!i l'armée devait déboucher sur Valenza ; M. de Montcalm était, avec 4 B., en position à Alice pour couvrir notre flanc et investir Acqui.
Le lendemain, le pont de Castel-Bagliano fut emporté par M. de Beauvau, qui prit aussitôt toutes les dispositions pour le défendre contre un retour de l'ennemi. M. de Chevert vint l'appuyer sur le Tanaro avec ses 8 B. M. de Larnage, détaché de l'armée avec 6 B., se porta à Borgoralo pour soutenir notre avant-garde, et le reste des troupes, avec M. de Maillebois, s'avança à Gamelero.
L'ordre était donné de continuer le mouvement, et Tavant-garde allait franchir le Tanaro quand, vers midi, l'on apprit que Valenza venait de capituler. La nouvelle n'était que trop vraie; cette place, au moment d'être secourue, avait ouvert ses portes aux Piémontais dans la nuit du 1^'' au 2 mai^ et déjà toutes les troupes qui l'avaient entourée, libres désormais dans leur action, se portaient sur les hauteurs de San-Salvador et descendaient leurs pentes méridionales pour garnir les bords du Tanaro et en disputer le passage aux Français. Il ne restait à M. de Maillebois d'autre parti à prendre que de replier ses troupes; il en donna l'ordre aussitôt. M. de Chevert, avant de quitter les bords du Tanaro, fut chargé de détruire le pont de Castel-Bagliano pour empêcher l'ennemi d'inquiéter la retraite, et toute l'armée reprit la direction de Rivalta.
M. le maréchal, arrêté du côté de Valenza, songe alors à se retourner sur Acqui, dont la possession devait donner à nos communications une sécurité plus grande, et à. refouler l'ennemi au delà du Belbo. Dès le 3, il détache 3 B. de renfort au siège d'Acqui, déjà investi depuis deux jours, et prend position avec son armée face au roi de Sardaigne, à cheval sur la Bormida. Le gros de ses troupes (12 B.) s'établit à Rivalta; 4 B. à Gastelnovo di Bormida
assurent la liaison avec Novi, et le détachement d'Alice est porté à 6 B. et donné à M. de Chevert.
Le siège d'Acqui est poussé vigoureusement; dans la nuit du 4 au 5 mai, le château est emporté et la garnison capitule. M. de Maillebois y transporta , le 5, son quartier général et fit immédiatement marcher des détachements sur sa gauche pour s'emparer des postes oîi les Piémontais tenaient encore à l'ouest d'Acqui, et consolider notre position en les refoulant au delà du Belbo. Ces opérations s'accomplirent heureusement; le 9, nous étions maîtres de Montabone et de Nizza délia Paglia. M. de Montcalm, envoyé par M. de CÉevert, avec une colonne tirée d'Alice, pour culbuter les Piémontais solidement retranchés à Montabone, avait brillamment rempli sa mission ; nos troupes n'avaient pas montré moins de valeur à la prise de Nizza. oh M. de Rochechouart culbuta un corps tout entier.
M. le maréchal de Maillebois s'empressa de porter à la connaissance de l'infant ces quelques succès, qui, sans être d'une grande importance, étaient cependant de nature à améliorer la situation générale; la possession du terrain jusqu'au Belbo couvrait en effet la route deSavone, et, si les Espagnols, au lieu de rester sur le Pô, se décidaient enfin à venir couvrir celle de Gênes en prenant position vers Novi et Tortone, on pouvait espérer encore rétablir nos avantages, arrêter l'ennemi et livrer bataille dans des conditions avantageuses, avec des lignes de retraite assurées.
Le comte de Maillebois, frère du maréchal, se rendit auprès de l'infant, alors à Plaisance, pour l'informer de la nouvelle position des Français et surtout lui persuader de rétrograder sur Tortone. Le comte de Maillebois échouacomplètement dans sa mission; l'infant, qui un mois auparavant avait paru un instant disposé, à l'instigation de M. le comte de Gages, à abandonner le Parmesan et à venir rejoindre les Français, après avoir rallié M. de Castelar, n'avait pas tardé à céder aux conseils tendant à lui persuader qu'il ne pouvait abandonner les provinces conquises et qui devaient former son apanage.
Non seulement M. le comte de Maillebois ne put faire agréer ses propositions, mais encore l'infant, loin d'entrer dans ses vues, résolut, au contraire, de rapprocher de lui M. le maréchal, et lui donna l'ordre, le 12 mai, de quitter ses positions sur le Belbo et de
regagner les environs de Tortone , en attendant de l'appeler avec toutou partie- de son armée pour prendre part à un combat décisif qu'il s'obstinait à livrer sans reculer davantage. Bien que cet ordre inattendu froissât ses sentiments et ses convictions, M. de Maillebois l'exécuta sans tarder, avec toute la déférence due à l'infant et sans cesse recommandée par le cabinet de Versailles. Il replia immédiatement tous les postes sur le Belbo, évacua Acqui, en fit sauter les fortifications, et regagna ses anciens cantonnements de Novi le 14 mai.
Il s'établit entre cette ville et Pasturana, ayant en avant de lui 4 B. à Pozzolo-Formigara sur la route de Tortone, et, prévoyant dans un avenir prochain de graves événements, réunit autour de lui le plus de monde possible. Il donna l'ordre à sa cavalerie de quitter la Polceverra pour rallier l'armée, laissa 8 B. français dans la communication aux ordres de M. de Maulevrier, et appela à lui tout le reste de ses forces. Il comptait réunir ainsi 27 B. tant français que génois, 20 E. de cavalerie et 15 de dragons. Il établit son quartier général à Novi, envoya sa cavalerie fourrager sur les bords du Tanaro vers Alexandrie, et couvrit sa gauche par un fort détachement posté à Morsaco pour observer les mouvements des Piémontais, qui se montraient en nombre vers Acqui et sur les bords de la Bormida, et attendit.
LesEspagnols, alors à Plaisance, conservaientleur position de Sanguina, après le départ de Parme de M. de Castelar, tant pour y attendre cet officier général, que dans l'espoir de secourir la citadelle de cette ville, où la garnison qu'on y avait laissée résistait à tous les efforts des Autrichiens. Les bonnes dispositions prises par ceux-ci pour couvrir le siège n'avaient pas permis à l'infant d'en contrarier les opérations; il avait trouvé partout devant lui une résistance infranchissable, et son infériorité numérique ne lui permettait pas, d'ailleurs, de s'engager dans une affaire décisive. La citadelle de Parme, ainsi abandonnée à elle-même et vigoureusement assiégée, succomba le 4- mai, et ses défenseurs furent faits prisonniers.
A cette nouvelle, les Espagnols se hâtèrent de quitter Sanguina pour couvrir Plaisance et chercher sous les murs de cette ville une position plus avantageuse que celle qu'ils occupaient, afin de résister aux 40,000 hommes que le prince de Lichtenstein pouvait désormais jeter en entier sur eux au premier instant.
L'armée de Tinfant campa le 4 au soir à Borgo-San-Donino, le 5 à Fiorenzuola, et arriva le 6 sous Plaisance. Le princefde Lichtenstein la suivit à une journée de marche ; il était le 5 à Borgo-San-Donino, le 6 à Fiorenzuola, et établit son camp le 7 mai sur les bords de la Nura. Tout en opérant ce mouvement avec le gros de ses forces, il dirigeait sur la droite, à son départ de Parme, un fort détachement destiné à surprendre Plaisance par la rive gauche du Pô. Il avait ordre de faire une marche forcée, de passer par Crémone et Pizzighetone, et de tomber sur Plaisance avant l'arrivée des Espagnols, Malgré la rapidité avec laquelle il marcha, il n'arrive à Godogno que le 6 mai, lorsque ceux-ci avaient déjà franchi la Nura. L'infant, aussitôt informé de leur approche, porta en avant de son armée M. de Pignatelli pour les rejeter au delà de l'Adda. 11 fit passer le Pô à ses troupes, marcha le même jour à l'ennemi, l'atteignit à Godogno, le battit complètement, le forçant à se replier précipitamment sur Pizzighetone, avec une perte de près de 2,000 hommes, 11 drapeaux, 1 étendard et 6 pièces de canon.
A leur arrivée sous Plaisance, les Espagnols prirent position en avant de cette ville, face à la Nura, la gauche au Pô, la droite à la Trebbia. M. de Lichtenstein, arrivé le 7 sur la Nura, jette aussitôt deux ponts sur cette rivière vers son embouchure, et, tant par ces deux ponts que par celui existant sur la grande route de Plaisance, passe, le 8, avec son armée sur la rive gauche et l'établit parallèlement au front des Espagnols à deux milles de leur camp.
Les deux armées restèrent en présence sans en venir aux mains : l'infant était trop faible pour attaquer; le prince de Lichtenstein attendait plus de chances de succès dans un renfort qui devait lui arriver prochainement par le Mantouan (1).
Sur ces entrefaites, M. le comte de Castelar, arrivé à Sarzana le 28 avril, n'avait paru à Ghiavari que le 3 mai, et, après une absence de trois semaines de Parme, rejoignit, le 15 mai, l'armée espagnole à Plaisance avec les débris de son corps. Ce renfort portait à 26,000 hommes l'effectif des troupes de l'infant. C'était encore trop peu pour résister aux 40,000 hommes de M. de Lichtenstein, si Ton venait à être attaqué. C'est alors que l'infant, persistant dans sa
(1) 6 B. autrichiens, 1 B. de varasdins, 1 régiment de cuirassiers et GOO hussards.
résolution d'attirer à lui M. de Mallebois, lui demanda 10 B.
M. le maréchal ne put qu'obéir à cet ordre formel; abreuvé de contrariétés, il ne jugea même plus à propos de faire comprendre quelle faute on commettait en l'affaiblissant outre mesure, en le laissant avec un corps tellement réduit en face du roi de Sardaigne, et combien il lui serait à présent difficile de se maintenir dans le Tortonais. II désigna en conséquence les 10 B. et en donna le commandement à M. de Mirepoix, dernièrement détaché du gouvernement de la Provence pour être employé à l'armée.
M. de Mirepoix, ayant sous ses ordres M. de Larnage, partit de Novi, le 18 mai, avec ses 10 B. et campa le soir sous Tortone, Il y rallia :2 B. espagnols prélevés sur la garnison de cette ville, également avec ordre de regagner Plaisance. Le lendemain, il se porta sur Voghera, le 20 sur Gastel-San-Giovanni, le 21 sur la Trebbia, et arriva à Plaisance le 22; il s'établit immédiatement à la droite des Espagnols, du côté de la Trebbia. Malgré l'arrivée de ce nouveau renfort portant son armée à 30 ou 32,000 hommes, l'infant conserva son attitude d'expectative et d'observation, se contentant de couvrir Plaisance et de s'opposer aux progrès des Autrichiens.
Le 29, dans le but de tourner les positions espagnoles, de les resserrer au nord, ils avaient de nouveau dirigé au delà de l'Adda un détachement qui s'était emparé de Codogno et avait commencé en avant de cette ville une ligne de retranchements, destinée à barrer à l'ennemi la roule de la Lombardie et à lui interdire tout projet de retraite de ce côté. MM. d'Arembourg et de Pignatelli, quittant aussitôt Plaisance, les avaient chassés de Codogno et, après un sérieux combat, rejetés une seconde fois sur Pizzighetone. Tout le pays en deçà de l'Adda restait en notre pouvoir; M. de Villalba, avec un détachement, s'avançait même jusqu'à Lodi.
Le 31 mai, M. de Lichtenstein semblait vouloir attaquer directement Plaisance; l'affaire se réduisit à une violente canonnade entre les deux armées, sans engagement.
Le roi de Sardaigne, après la prise de Valenza, ayant rassemblé ses troupes sur le Tanaro entre Alexandrie et Bassignano, attendait une occasion favorable. Les avant-postes étaient au delà de la rivière vers Piovera, et son armée, dont il venait en personne de prendre le commandement, ne s'élevait pas à moins de 35 B.
el 32 E. M. de Maillebois, après le départ des 40 B. de M. de Mirepoix, resté dans ses positions vers Novi, avait resserré ses cantonnements, se préoccupant surtout de couvrir la route de Tortone et celle de Gênes, Il avait poussé 3 régiments aux ordres de M. de Mailly sur Po2zolo-Formigaro, et détaché sur sa gauche M. de Chevert qui, seul, occupait Bosco. Toutefois il reçut, le 25 mai, un renfort de 5 B., dont 4 génois et 1 français. Son armée, tout en restant numériquement bien inférieure à celle du roi de Sardaigne, comprit alors 22 B. et 35 E., plus 8 E. espagnols que l'infant venait de lui envoyer, tant afln de compenser la perte des dO B. de M. de Mirepoix, que parce qu'en réalité les fourrages étaient presque épuisés à Plaisance-.
Le 1" juin, le roi de Sardaigne sortit enfm de son inaction et parut vouloir attaquer. Les ponts de Bassignano, de Pavone, de Gastel-Bagliano livrèrent passage à ses avant-gardes qui, sur toute la ligne, se portèrent à la rive droite du ïanaro, partie dans la plaine de Tortone vers Piovera, partie entre la Bormida et le Belbo vers Canlalupo.
M. de Maillebois fit aussitôt remarquer à l'infant que, dans sa position, il lui serait bien difficile de se soutenir contre des troupes si supérieures, et qu'il était nécessaire de lui renvoyer les
10 B. de M. de Mirepoix. Il saisit encore cette occasion de détourner l'infant de son obstination à vouloir couvrir Plaisance, lui exprimant combien la situation de l'armée serait critique, si elle venait à être coupée de ses communications avec la France, et insista pour que les Espagnols reculassent tout au moins jusqu'au défilé de Stradella, de manière à nous donner la main.
Don Philippe sentit peut-être la justesse des observations du maréchal (1), mais resta circonvenu par son entourage, systématiquement hostile à toutes les observations. Il était, d'ailleurs, peutêtre déjà bien tard pour exécuter cette marche sur Stradella. Quoi qu'il en soit, l'infant, au reçu de la dépêche de M. de Maillebois,
(1) La cour de Madrid étant mécontente des négociations avec le roi de Sardaigne sur des bases contraires à ses prétentions, on sentit à Versailles la nécessité d'y envoyer le maréchal de Noailles pour prévenir un refroidissement entre les deux cours.
11 partit le 30 mars 1746, reçut audience de Philippe V le 25 avril, et prit congé le 7 juin, emportant les marques les plus flatteuses d'estime et de confiance, après de grandes difficultés.
prit une décision absolument contraire à celle qui lui était conseillée et, au lieu de marcher vers l'ouest, envoya aux troupes françaises l'ordre de le rejoindre en toute hâte. Il s'était résolu soudainement à brusquer les événements et à attaquer, avec toutes ses forces, M. de Lichtenstein, avant l'arrivée des renforts autrichiens dont la tête de colonne se montrait alors à Mantoue. Il sacrifiait ainsi ses communications avec Gênes, que le roi de Sardaigne n'allait pas manquer de couper après le départ de M. de Maillebois, et livrait sa fortune aux hasards d'une bataille. Une victoire décisive, écrasante, pouvait seule le sauver; un échec le jetait fatalement dans une situation désastreuse. M. le maréchal de Maillebois obéit avec résignation aux ordres de l'infant. Il leva, le 9, à la pointe du jour, son camp de Novi, et gagna le même jour Tortone. Il arriva le 10 à Voghera, le 12 à Stradella, le 13 à Castel-San-Giovanni et Rottofredo, et joignit l'armée espagnole sous Plaisance le il.
Le roi de Sardaigne, instruit de notre marche, franchit la Bormida avec son armée en face de Castel-Bagliano et se jette aussitôt sur les positions que nous abandonnions. Il campa le 9 à Castellaccio, le 10 à Predoso, et le 12 il entra à Novi et à Ovada; il investit le château de Serravalle et, maître désormais de nos communications, se porte sur les pas de notre armée, suivant à deux jours de distance M. de Maillebois.
Le 12, à Rivalta, le 13, ayant tourné Tortone, il campait à Castelnovo di Scrivia, le 14 à Voghera avec 27 B. et 24 E.
Dès son arrivée à Plaisance le 14 juin, M. le maréchal se rendit auprès de l'infant et assista h un conseil de guerre. L'attaque fut fixée au 16 juin, et la journée du 15 employée des deux côtés aux préparatifs. L'armée de don Philippe était placée en demi-cercle autour de Plaisance, les Espagnols à gauche appuyés au Pô, les Français à droite touchant la Trebbia. Celle de M. de Lichtenstein en face et dans une position parallèle, avec sa véritable ligne de défense en arrière du canal de Refudo qui amène à Plaisance les eaux de la Nura. Là, en effet, il avait élevé plusieurs redoutes, notamment celles de San-Lazaro, près du Pô, et celle de San-Bonico à la gauche, du côté des montagnes. La droite de son armée ne dépassait pas le Refudo; mais la gauche, composée principalement de cavalerie, avait, par un mouvement de conversion, resserré les Espagnols dans l'angle formé par le Pô et la Trebbia, franchi
ce canal, et s'était établi sur deux autres canaux, le Rio et le Naviglio, qui de la Trebbia ou de la Nura aboutissent également à Plaisance.
Le plan adopté dans le conseil de guerre du L4 juin consistait à se porter d'abord sur cette gauche, à la rejeter au delà du Refudo et ensuite à faire une attaque générale sur toute la ligne. Les troupes franco-espagnoles furent formées en 7 colonnes, 3 françaises vers la Trebbia, 1 espagnole au centre sous le commandement de M. d'Arembourg, 3 espagnoles à la gauche aux ordres de M. de Gages.
Les Français se mirent en mouvement le Jo juin, à l'entrée de la nuit, et marchèrent droit à l'ennemi, en même temps qu'un gros détachement, commandé par M. de Mailly, emportait Gossolengo et menaçait ses derrières. Les Autrichiens reculèrent; on les poussa toute la nuit et, ie iQ au point du jour, on les avait délogés de tous les postes et de toutes les cassines retranchées au delà du Refudo; ils s'étaient alors ralliés et, sous la protection de la redoute de San-Bonico, reformaient leur ligne.
M. d'Arembourg, ayant de son côté marché en avant, arrivait en ce moment sur le Refudo. Sans perdre un instant, il lance sa colonne, composée des gardes espagnoles et de la brigade de la Couronne, sur la redoute de San-Bonico. défendue par une nombreuse infanterie et par de l'artillerie. M. de Maillebois, arrêté un instant derrière le canal, voyant les Espagnols engagés^ franchit à son tour le Refudo en ordre de bataille et s'avance pour les soutenir. Les troupes de M. d'Arembourg montrèrent dans leur attaque une vigueur incroyable; elles se portèrent plusieurs fois à l'assaut de la position, mais chaque fois ramenées. Enfin elles durent plier, accablées par le feu de la redoute et par les charges de la cavalerie. En ce moment arrivait M. de Maillebois; il engagea ses B., mais il ne put rétablir le combat à notre avantage, et même le désordre des Espagnols commença à gagner nos troupes.
Le maréchal, à la tête des dragons Dauphin (1) à pied et de la
(l) Roger de RochechouarL appelé le chevalier de Rochecliouart-Faudoas, né le 22 octobre t713; capitaine au régiment de Rrie; en 1744, colonel du régiment de Beauce, eten 1745 de celui d'Anjou ; tué à la bataille de Plaisance sans laisser d'enfants.
Ses frères sont : François-Claude, appelé le vicomte de ClermonI, i)uis le comte de Rocliechouart, né en 1706, incorporé dans le régiment d'infanterie en 1724; Gaston, né le 26 aoilt 1711, mort au service en 1755, et le cardinal Jean-François-
brigade de Poitou, se multiplie pour faire face au danger; il réussit un moment à arrêter l'élan de la cavalerie ennemie, qui avait déterminé la déroute des Espagnols, en la chargeant en flanc avec (\ uelque cavalerie aux ordres de M. de Volvire, quand l'attaque souaine d'une forte colonne de hussards hongrois, tournant et chargeant notre droite, acheva d'ébranler le moral de nos soldats, qui lâchèrent pied et reculèrent en désordre. La déroute devint générale. M. de Maillebois se saisit lui-même d'un drapeau et se porta en avant pour ramener ses B. à la charge. Ce fut en vain; notre infanterie, débandée, fuyait de tous côtés devant les sabres des cavaliers et des hussards de M. de Lichtenstein.
On repassa le Refudo dans le plus grand désarroi et avec la plus grande précipitation, poursuivi même sur le Rio, et derrière le canal de Naviglio seulement le maréchal et les officiers de l'état major général parvinrent à arrêter la retraite et à rallier l'infanterie. Pendant ce temps, les trois colonnes de gauche, aux ordres de M. de Gages, s'étaient également engagées; les redoutes de San-Lazaro avaient été prises et reprises deux fois par les gardes wallonnes au prix de pertes énormes; l'ennemi, reformé un peu plus loin, tenait encore et résistait vigoureusement.
L'infant, jugeant la journée perdue, n'osa prolonger l'action; il croyait, d'ailleurs, sa droite plus compromise qu'elle ne l'était réellement : en effet, sous la protection des escadrons de la maison du roi amenés par le duc de la Viefville, M. de Maillebois venait de ramener ses troupes en avant, avait déjà dépassé le canal de Riglio et s'apprêtait h franchir une seconde fois le Refudo.
Il donna donc l'ordre de la retraite (1), et l'on retourna, le 16 au soir, dans le camp de Plaisance avec la douleur d'abandonner aux ennemis 17 drapeaux et 8 pièces de canon, qu'on allait certaine- Joseph (le Rocliechouart, fils de Charles de Rochechouail, comle de Clerinont, inoil lieutenant-général en 1730.
Famille illustre, qui remonte aux temps les plus anciens de la monarcliie: aucun siège, aucune bataille, aucune expédition militaire n'a eu lieu sans qu'un ou plusieurs de ses membres y aient pris part. Vingt-deux Rocliechouart ont péri dans différents combats ; le mestre de camp marquis de Lescure fut tué le IG juin 174G, dans cette all'aire où les dragons Daupliin (Irenl des |)rodiges de valeur.
(1) La bataille de Plaisance, gagnée après plusieurs avantages par le prince de Lichtenstein sur le maréchal de Maillebois et sur le comte de Gages, fut, comme à Rosbach, engagée contre l'avis des généraux français.
ment reconquérir par la nouvelle charge des troupes françaises, revenues de leur panique et brillant du désir d'en effacer la honte.
Les résultats de la bataille étaient désastreux : nous étions arrêtés en face par M. de Lichtenstein;, menacés sur nos derrières par le roi de Sardaigne qui, dès le 15, avait quitté Voghera et s'était porté au défilé de Stradella, et resserrés plus que jamais sur un terrain déjà épuisé par le long séjour des troupes et oi^i les subsistances commençaient à manquer. On ne pouvait s'y soutenir; il était bien difficile aussi de songer à forcer le défilé de Stradella. Dès le surlendemain de la bataille, un nouveau conseil de guerre tenu chez l'infant avisa aux moyens de sortir de cette cruelle situation. L'avis unanime fut de passer le Pô et d'aller vivre comme on pourrait dans le Milanais, où cependant nous ne pouvions nous maintenir longtemps, n'y ayant aucune place,, aucun point d'appui.
L'entourage de l'infant voyait cependant avec répugnance l'adoption de ce projet, dont la conséquence tôt ou tard était d'abandonner Plaisance; il mit tout en œuvre pour en retarder l'exécution, et parvint à remettre tous les jours au lendemain le départ des troupes. Le 26 juin pourtant, sa résistance fut brisée; les vivres touchaient à leur fin, et M. le maréchal, par une nouvelle demande pressante auprès de l'infant, obtint l'ordre du départ.
Il espérait bien l'entraîner ensuite à marcher sur Pavie, à franchir le Tessin et le Pô, à tomber sur les Piémontais du côté de Montebello et à se faire jour pour regagner Tortone, ignorant encore que, le même jour 26 juin, le roi de Sardaigne, après avoir jeté un pont à Albera sur le Pô, un peu au-dessus de l'embouchure du Tessin, venait, comme s'il prévoyait ce projet, de reprentire Pavie et d'en chasser la faible garnison laissée après l'évacuation de cette ville par M. de Lichtenstein.
Le 29 juin, l'armée franco-espagnole se mit en mouvement, passa sur la rive gauche du Pô. Elle laissa dans Plaisance le comte de Castclar avec 6,000 hommes et autant de malades ou blessés, et alla camper à Gastellina.
Dès le surlendemain P'' juillet, le maréchal renouvela auprès de l'infant ses instances pour continuer le mouvement sur Pavie; il représenta la position actuelle comme une impasse (commandée, il est vrai, par la nécessité de faire vivre l'armée) dont tôt ou tard il faudrait sortir par un coup de force. Le plus tôt, selon lui ,
serait le mieux. La garnison piémontaise de Pavie, composée de quelques B. seulement, trop faible, ne pouvait nous arrêter; le roi de Sardaigne avec son armée s'établissait le long du Pô de Castel-San-Giovanni à Stradella, et les Autrichiens reprenaient autour de Plaisance leurs anciennes positions. Donc, en marchant rapidement, en faisant à l'abri du Pô un mouvement de flanc inaperçu, restait l'espérance de gagner les ennemis de vitesse et, s'il fallait combattre, de ne trouver du moins en face de soi que l'armée du roi de Sardaigne. C'est une supposition justifiée par le caractère connu de M. de Gastelar; sa conduite ne saurait être trop flétrie, et c'est sur lui que devrait peser, pour une large part, la responsabilité des désastres ultérieurs qui nous attendaient et qu'une concentration subite de toutes nos forces en face du roi de Sardaigne eût pu certainement, encore à ce moment, éviter, ou tout au moins affaiblir.
Les propositions de M. de Maillebois, combattues par l'entourage de l'infant, ne furent pas accueillies par celui-ci. Soit timidité à réaliser un plan aussi hardi, soit obstination à ne pas suivre les conseils du général français, dont ils accusaient la persistance à vouloir s'éloigner de Plaisance, dernier refuge de leurs espérances, soit encore que ce fût seulement de leur part irrésolution et aveuglement, les Espagnols voulaient rester dans le Milanais. Préoccupés uniquement de faire vivre leur armée, ils se contentèrent de la promener successivement d'un endroit à un autre entre l'Adda et le Lambro, au fur et à mesure de l'épuisement des subsistances dans le rayon occupé. Ainsi, le 3 juillet, les troupes se portèrent de Gastellina à Ospedaletto et abandonnèrent cette ville, le 6, pour camper, les Français à Casal-Pusterlengo et les Espagnols à Guardameglio et Codogno.
M. de Maillebois cependant, tout en se retirant sur Gasal-Pusterlengo, ne voulut pas abandonner le Lambro et laissa sur les bords de cette rivière M. de Mirepoix.
De leur côté, les Espagnols étendirent leurs détachements au loin du côté du nord et de l'ouest, dans l'intention de se procurer des vivres. Ils chassèrent au delà de l'Adda tous les postes établis par l'ennemi dans l'angle formé par cette rivière et le Pô vers leur confluent, et occupèrent le pays; ils envoyèrent une forte colonne sur Lodi pour réquisitionner les habitants et tirer des subsistances
tant du Lodesan que du Gremasque et mieux du Brescian, M. de Crussol, avec un détachement français, fut chargé de soutenir cette colonne.
Une armée réduite à 25,000 hommes (en dehors des garnisons de Plaisance et de Tortone), affamée et presque cernée par un ennemi fort de 50,000 combattants, par suite de l'arrivée des J 0,000 hommes de renfort; toutes nos conquêtes perdues, la couronne de don Philippe compromise : telle était la situation en Italie, lorsqu'un événement imprévu amena encore des complications funestes et précipita nos revers.
Le 9, le roi d'Espagne Philippe V mourut d'apoplexie, laissant le trône à son fils aîné Ferdinand. Le vieux roi (1) avait prisa cœur l'établissement de son troisième fils, l'infant don Philippe, en Italie, et avait largement fait contribuer ses troupes à la guerre entreprise en faveur de ce jeune prince. Dès son avènement, Ferdinand VI déclara publiquement qu'il tiendrait en tous points les engagements pris par le roi son père, ne changerait rien à la conduite des affaires en Italie, et soutiendrait énergiquement la cause de son frère cadçt. Il en donna même l'assurance formelle à M. le maréchal duc de Noailles, notre ambassadeur extraordinaire à Madrid. Ces promesses ne furent pas tenues, et l'on s'aperçut bientôt à l'armée du changement survenu à Madrid. Non seulement aucun renfort n'arriva d'Espagne, mais encore on apprit plus tard qu'à partir de ce moment, des ordres secrets avaient été donnés pour que l'armée entière revînt en arrière, et désertât la lutte dès qu'elle aurait été dégagée.
Le cabinet de Versailles, au contraire, redoublait alors d'efforts et de sacrifices. A peine la nouvelle de l'insuccès de la bataille livrée sous Plaisance, le 20 juin, lui était-elle parvenue, que, par ordre du roi, partait de Franche-Comté un renfort de 10 B., dont 3 B. et 8 E. tirés de l'Alsace. Toutes ces troupes se dirigeaient à la hâte sur le Dauphiné, la Provence et le comté de Nice, oîi l'on espérait réunir bientôt une trentaine de B. et autant d'E., la plus
(1) Philippe V, roi d'Espagne. Ce prince, sur la (in de ses jours, ctail devenu bizarre et misanlhrope. Gouverné par la reine, il gémissait quelquefois do son esclavage, bien que soutenu i)ar la religion. La reine l'avait contraint à ruiner l'Espagne d'boinmes et d'argent pour conquérir en Italie des possessions qu'elle ne put jamais obtenir.
grande partie destinée à franchir le Var, à marcher par la côte de Gênes et à rouvrir de vive force la communication avec l'armée de M. le maréchal de Maillebois. Ce dernier, séparé de M. de Maulevrier par les troupes du roi de Sardaigne, trouvait cependant encore moyen de lui expédier des courriers porteurs de ses instructions. Au milieu de ses autres préoccupations, il ne cessait de veiller à ce que toutes les tentatives des Piémontais sur le littoral de Gênes, notre seule ligne de retraite possible, fussent déjouées. Ceux-ci faisaient tous leurs efforts pour rompre la chaîne de nos postes sur les Apennins; ils apparaissaient tantôt sur un point, tantôt sur un autre, et nous créaient des alarmes continuelles. Cependant l'ennemi ne put entamer notre position et fut constamment tenu en respect depuis la Bocchetta jusqu'à Tende.
Le 13 juillet, les Piémontais, avancés jusqu'à Dolce-Acqua, attaquaient ce poste, s'emparaient de la ville et assiégeaient le château. M. de Pereuse reçut l'ordre de les refouler avec 1 B. à San- Remo; il se mit à sa tête le 20 juillet, dès que M. de Maulevrier lui en eut envoyé de Nice un second pour garder San-Remo en son absence, et se porta sur Dolce-Acqua, oii les Barbets s'étaient solidement retranchés. Le château tenait encore; M. de Pereuse se jeta sur les troupes qui l'investissaient, les mit en déroute complète et les rejeta avec de grandes pertes sur Laorgio.
En môme temps qu'ils s'étaient portés sur Dolce-Acqua, les Piémontais dirigeaient une attaque encore plus sérieuse sur notre poste de Finale : l'ennemi paraissait à Melogno et San-Giacomo. M. de Maulevrier porta en toute hâte, du comté de Nice, 6 B. nouvellement arrivés, aux ordres de M. du Barail du côté de Gênes. M. du Barail arriva, le 17 juillet, à Savone et y prit position; sa présence seule en imposa aux Piémontais, qui regagnèrent les vallées de la Bormida. Les jours suivants, les Génois postés à la Bocchetta, qui gardaient la route d'Ovada à Vollri, remportèrent un brillant avantage à Ronciglione, où l'ennemi voulait s'établir, lui tuèrent 600 hommes et lui firent de nombreux prisonniers, parmi lesquels le marquis de Balisaire, le chef de l'expédition. Du côté d'Albenga, un détachement français, commandé par M. de Verlhac, se distingua également en repoussant de Zucarello un corps de Barbets qu'il reconduisit en désordre jusqu'au delà de la crête des montagnes. La tâche confiée à M. de Maulevrier devenait ainsi de jour en
jour plus difficile; du reste, l'arrivée successive des B. de renfort portait ses troupes à un effectif hors de rapport avec son grade, car la plupart étaient destinés, dans la pensée de M. le maréchal, à prendre l'offensive vers la Bocchetta pour lui ouvrir le chemin de la France. Il leur fallait des chefs; M. de Maillebois n'hésila pas à se priver de MM. de Mirepoix et de Grammont pour les envoyer vers Savone et Oneille. Ces deux officiers généraux, munis des instructions du maréchal, quittèrent l'armée le 23, et se dirigèrent par PÉtat Vénitien, le Bolonais, Lucques et Gênes sur les points occupés par les troupes dont ils devaient prendre le commandement.
Après leur départ, l'armée allait être resserrée de plus en plus. Déjà, depuis le L5, l'ennemi occupait une position plus menaçante.
Les Autrichiens, à Pizzighetone^ s'étaient portés plus au nord vers Formigara; un autre corps s'était avancé à Grotta-d'Adda. Le général Nadasti restait à Ponte-Nura. Le reste de l'armée de M. de Lichtenstein, formant deux corps aux ordres de MM. de Eraun et de Botta, s'était avancé dans la direction de l'est en tournant Plaisance par le sud. M. de Botta occupait la rive droite de laTrebbia; M. de Braun, la rive gauche, donnant la main aux Piémontais. Ceux-ci avaient alors étendu leur droite jusqu'à San-Nicolo, de manière à masquer M. de Braun; leur centre était à Castel- San-Giovanni avec le quartier général,, et en face de leur gauche, établie à Stradella, ils avaient jeté deux ponts sur le Pô en aval du confluent de l'Ollona. Il était aisé de prévoir, d'après ces dispositions, que M. de Braun passerait à couvert des Piéraontais vers l'Ollona et se présenterait en face de nous sur le Lambro. L'armée espagnole ne sortit pas néanmoins de son inaction.
Enfin le 25, M. de Braun était devant nous sur la rive gauche du Pô. Après avoir renforcé les troupes vers Pizzighetone, après avoir fait avancer le corps de 20,000 hommes de M. de Botta jusqu'en vue de Plaisance, de manière à serrer de près cette place, M. de Braun, qui venait de prendre le commandement en chef des Autrichiens et de succéder à M. de Lichtenstein, tombé malade et retiré à Mantoue, avait franchi le Pô sur les ponts jetés près de l'Ollona par les Piémontais et s'était porté sur San-Christina.
L'infant lève aussitôt les camps de Castel-Pusterlengo et de Co-
idogno, et marche avec toutes ses troupes sur le Lambro, à l'exception du corps deM.de Pignatelli (14 B.et '12E.), restéàMalléo pour garder l'Adda. L'armée prit position à Orio, poste fort important et où l'on pouvait sans crainte attendre l'ennemi; nos avant-postes se portèrent au delà du Lambro. L'un de ces avant-postes, aux ordres de M. de Mailly, occupait Chignolo. M. de Braun essaya de le surprendre et de l'enlever, et, dans cette intention, l'attaqua le 25 au soir. M. de Mailly résista avec énergie; il allait être accablé quand il fut renforcé, vers 10 heures du soir, par les grenadiers de tous les régiments français, envoyés en toute hâte par le maréchal et bientôt suivis du reste de l'armée. L'ennemi, après un engagement de toute la nuit, se replia sur San-Christina.
M. de Maillebois alors reprit sa position d'Orio, et, chargé de veiller à la garde du Lambro depuis San-Golombano jusqu'à son embouchure, renforça le poste de Chignolo, occupant ceux d'Alberano et de Corte. Les Espagnols s'établirent le long du Pô entre San-Andrea et Castellina pour observer les mouvements du roi de Sardaigne, qui, dans l'intention sans doute de nous tromper, montrait beaucoup de troupes vers Quartazzola et semblait franchir le Pô sur notre gauche.
Tel n'était pas son dessein; après cette démonstration sur sa droite, il rassembla ses troupes au centre, leva son camp le l*' août, franchit le Pô à hauteur de Parpanèse, campa le :2 à la Piève de Porto-Morone, et joignit le 3 les Autrichiens à San-Christina.
Le lendemain, le roi de Sardaigne et M. de Braun marchèrent avec leurs troupes sur San-Angelo; leur intention était de passer le Lambro, de nous déborder par leur gauche et de nous resserrer ainsi de plus en plus dans la région entre l'Adda et le Lambro, où nous luttions déjà contre la faim et où, dans leur opinion, un désastre nous attendait.
Les prévisions de M. de Maillebois se trouvaient malheureusement confirmées : l'hésitation des Espagnols à marcher sur Pavie, alors que la route était à peu près libre, et leur obstination à se maintenir autour de Plaisance n'avaient abouti qu'à fermer davantage le cercle qui nous étreignait. A présent, pour le rompre, un coup de vigueur devenait bien plus difficile, bien plus périlleux qu'il ne l'eut été un mois auparavant; mais, sous peine de capituler ou de périr de faim, l'hésitation n'était plus permise.
M. le maréchal de Maillebois, le 5 août, à la nouvelle de la marche de l'ennemi sur San-Angelo, renouvela ses instances auprès de l'infant pour enfin sortir de l'inaction. Il réussit à l'amener à ses vues. L'entourage de ce prince et le comte de Gages lui-même, un moment seulementfavorable au projet de regagner Tortone, mais qui n'avait pas tardé à se réconcilier avec le parti anti-français, s'élevèrent très vivement contre cette résolution, soit par aveuglement, soit dans un dessein secret, et cherchèrent à faire prévaloir encore la nécessité de ne pas abandonner Plaisance. Alors le maréchal exprima d'une manière si évidente le danger d'une telle résolution, que l'infant n'hésita plus.
Un conseil de guerre du 17 août avisa aux moyens de percer la hgne ennemie et de conduire la retraite jusqu'à Tortone. Le maréchal fit remarquer que, le roi de Sardaigne et M. de Braun ayant passé sur la rive gauche du Pô, M. de Botta sous Plaisance derrière la Trebbia, c'était entre eux que se trouvait le point faible de la ligne d'investissement; entre San-Nicolo et Slradella se tenaient quelques Piémontais faciles à culbuter, et une fois entre le Pô et le Tidone, il serait possible, en défendant ces deux rivières, de faire filer l'armée sur la grande route de Castel-San- Giovanni. Son avis prévalut : en conséquence, on repasserait sur la rive droite du Pô vers l'embouchure du Lambro, et le mouvement commencerait le 8 au soir. Tous les détachements sont immédiatement ralliés. M. de Pignatelli, à Malléo, évacue les bords de l'Adda et rejoint les Espagnols. M. de Grussol, à Lodi; M. de Mailly, à la Madona del Monte avec la brigade de Poitou et deux détachements espagnols campés à San-Colombano et dans les environs, reçurent l'ordre d'évacuer leurs positions et de se concentrer. L'ensemble de leurs forces est sous les ordres de M. de Campo- Santo, chargé de l'arrière-garde et de contenir, pendant le passage du Pô, les ennemis postés à San-Angelo. M. de la Ghetardie fut chargé de l'avant-garde; il devait, après avoir franchi le Pô, s'étendre le long du Tidone et couvrir la gauche de l'armée. M. de Monteynard, en même temps, couvrirait la droite et marcherait le long du Pô sur Parpanèse. Un autre détachement espagnol, dirigé droit sur Castel-San-Giovanni, balayerait les postes piémontais devant lui.
Le 8. à l'entrée de la nuit, M. de la Ghetardie déboucha de San-
SUCCESSION D'xVUTRICHE. — ITALIE (1746). 157
Andréa et longea la rive gauche du Lambro jusqu'au Pô, tandis que M. de Monteynard (1), parti d'AIbérano, descendait la rive droite. Des barques, réunies près de l'embouchure de cette rivière, transportèrent nos troupes pendant toute la nuit. Le 9, à la pointe du jour, le débarquement était terminé ; il avait eu lieu sans que l'ennemi eût opposé une grande résistance.
On s'occupa tout de suite de jeter trois ponts sur le Pô et cette opération, protégée par nos avant-gardes qui avaient aussitôt garni les bords du Pô et du Tidone, ne fut pas entravée. L'im fut achevé vers o heures du matin, un autre vers 7 heures, le troisième, remonté de Plaisance, vers midi ; de sorte que l'armée, suivie de tous ses équipages, passa facilement dans la journée et la nuit suivante. M. de la Chetardie, après avoir fait brûler le pont des ennemis sur le Tidone vers le confluent de cette rivière, avait pu avec ses troupes couvrir le pays jusqu'à Verato, mais sans s'étendre au delà. M. de Pignatelli, qui avait passé l'un des premiers après lui, reçut ordre d'aller prendre position au delà de M. de la Chetardie, de former un rideau depuis Verato jusqu'à Ponte-Tidone et de barrer la grande route de Plaisance à Tortone, dite en cet endroit Slrada-Iiomera. L'armée, pendant ce temps, achevait de défiler, et les troupes, s'avançantde plus en plus, bordaient successivement le Tidone en arrière de MM. de la Chetardie et de Pignatelli, pendant que l'artillerie elles équipages se dirigeaient sur Semot.
M. de Monteynard occupait Parpanèse. Le détachement espagnol du centre était aussi arrivé sans encombre à Castel-Giovanni. Telle était la situation le 9 au soir; ordre fut donné de se remettre en route le 10, dès la pointe du jour. Comme le général Botta n'avait encore fait aucun mouvement, on put pen«er dès lors que tout se réduirait à une affaire d'arrière-garde.
Cependant celui-ci venait d'exécuter une marche de nuit et s'était avancé jusqu'à Rottofredo. Il envoya, dès le 10 au malin, reconnaître notre position, et,voyantque la droite de M. de Pignatelli ne touchait pas à la Strada-Romera, il porta ses efforts de ce côté, pour se ren-
(1) De Monteynard (marquis), lieutenant à Royal-Vaisseaux, en 1728. A l'armée du Rhin en 1743, suit le comie de Ségur, (lui s'avance jusqu'à Donauwoilli au-devant de l'armée de Bavière; puis nommé en août à l'année d'Italie, connue aidc-niaréchal des loiris.
tire maître de la chaussée et couper notre marche sur Castel-San- Giovanni. L'attaque commençaà 8 heures du matin. M. dePignatelli, voyant s'avancer les colonnes ennemies, fjt occuper par ses grenadiers un petit rideau placé dans une anse du Tidone et qui dominait l'autre rive. Le feu des grenadiers espagnols arrêta un moment l'ennemi. M. de Chevert, envoyé à la hâte par M. de Maillebois alors à Semot avec l'infant, apporta l'ordre de tenir bon et prit avec M. de Pignatelli les dispositions que commandait la situation.
En ce moment les 2 brigades d'Anjou et des gardes lorraines étaient en marche sur Castel-San-Giovanni, allongées sur la chaussée et à proximité de Ponte-Tidone, M. de Senneterre à leur tête. Il fit faire demi-tour à ses troupes et se porta résolument au secours de M. de Pignatelli; il s'établit à sa droite de façon à couvrir la Strada-Romera, plaça les piquets des gardes lorraines sur la chaussée et dans les cassines à droite et à gauche, et établit la brigade d'Anjou, aux ordres de MM. de Larnage et de Saulx à sa gauche, de manière à se lier avec les Espagnols : elle prit position derrière une haie d'oii elle fit à couvert un feu meurtrier sur les assaillants. Le premier effort de ces 2 brigades obligea l'ennemi à repasser le Tidone en désordre. La cavalerie espagnole, en position entre M. de Larnage et M. de Pignatelli, contribua aussi à ce succès. Soutenue par 1 E. du régiment Dauphin-cavalerie et par les régiments de dragons espagnols (la Reine et Sagonte), elle fournit à notre gauche une charge brillante, dans laquelle le régiment de dragons autrichiens de Savoie fut enveloppé, taillé en pièces et perdit un étendard,
M. de Botta rallie ses troupes, les reforme et les lance de nouveau au delà du Tidone sur la grande chaussée et à l'attaque des cassines qu'occupaient toujours les piquets des gardes lorraines. Ceux-ci commencèrent à plier. M. de Senneterre, sentant toute l'importance de la position, fit alors entrer en ligne la brigade des gardes lorraines aux ordres de M. de Vigier. Cette brigade reprit les cassines l'épée ù. la main et se soutint avec la dernière énergie contre un ennemi bien supérieur en nombre. Appuyée à sa droite par les piquets de la brigade des gardes espagnoles, dirigés en toute hâte, avec du canon, sur ce point où Tennemi concentrait tous ses efforts, elle ne recula point. Quand enfin le feu de l'ennemi, devenu de plus en plus violent, eut forcé les gardes espagnoles à céder le
terrain et à découvrir notre droite, elle dut se replier sur sa première position. Ce mouvennent en arrière eut lieu, du reste, en bon ordre, toujours soutenu par la brigade d'Anjou, qui à sa gauche la protégeait de ses feux.
L'ennemi continuait à s'avancer à la suite de la brigade des gardes lorraines, qu'on dut encore ramener un peu en arrière. M. de Cornillon, major général, fit alors changer de front à la moitié de la brigade d'Anjou, commandée par M. des Cars, qui, faisant subitement face à droite, prit d'écharpe la colonne ennemie et l'arrêta. Une charge de 3 E. de cavalerie espagnole la força même à reculer et à venir se mettre sous la protection de sa cavalerie et sur la même ligne.
La brigade des gardes lorraines, ainsi dégagée, reprit la position qu'elle avait perdue, et môme se porta en avant à l'attaque d'une batterie : elle devait être appuyée par la cavalerie espagnole; celle-ci, ébranlée par le feu de l'ennemi, n'ayant pu se soutenir, se trouva découverte et fut obligée de se replier. Toute la ligne de cavalerie autrichienne se jeta sur elle pendant sa retraite, et, après une décharge très vive, la culbuta, lui enleva des prisonniei's et plusieurs drapeaux.
Cependant notre brigade se rallia et tint encore en respect l'ennemi; elle était épuisée. Il était nécessaire de la relever : on envoya à sa place la brigade des gardes espagnoles et un détachement français aux ordres de M. Poulmet, lieutenant-colonel de Foix. La cavalerie française, jusque-là restée en réserve, avança également, aux ordres de M. d'Argouges, pour soutenir la cavalerie espagnole qui avait faibli. M. de Vogué, maréchal général des logis de la cavalerie, à peine arrivé en face de l'ennemi, s'élança à la tête de 1 E. du régiment Dauphin et de 2 E. du régiment de la Viefville, et par une charge brillante arrêta le mouvement en avant des Autrichiens, obligés alors de se replier et de se mettre à couvert derrière des haies.
Notre cavalerie s'établit sur deux lignes en arrière de l'infanterie et resta ferme dans cette position, souffrant beaucoup du feu du canon et de la mousqueterie. Son attitude en imposa à l'ennemi et permit à plusieurs reprises aux gardes espagnoles et à leur cavalerie, ramenées, de se rallier et de se reformer derrière elle; mais l'ennemi ne montra plus dès lors aucun mouvement en avant. Cet
160 LES GTJP:R1ŒS sous louis XV.
heureux résultat appartient aux habiles dispositions de M. d'Argouges.
Les régiments des Cars, Royal-Piémont et la Viefville se distinguèrent particulièrement; la brigade d'Anjou eut également une conduite au-dessus de tout éloge, ainsi que la brigade des gardes lorraines, fort éprouvée, sur laquelle avait porté presque toute la lutte.
Pendant que cela se passait à notre droite, M. le prince de Beauvau avait occupé le château de Verato pour couvrir notre centre, déployé ses troupes, et s'était présenté si résolument à l'ennemi que celui-ci n'osa l'attaquer.
A notre gauche, M. de la Chetardie, à la tête de la brigade de la Reine et du régiment de Dauphin-dragons, jugeant, par le peu d'Autrichiens qui étaient en face de lui, que tout l'effort des ennemis se portait sur notre droite, s'était rapproché avec son infanterie de Verato, ne laissant sur le Tidone, au delà de ce village, que ses dragons, avait rejoint M. le prince de Beauvau,et ils s'étaient portés ensemble à la gauche de M. de Pignatelli. Celui-ci, renforcé par les gardes wallonnes et les grenadiers provinciaux, et ayant derrière lui les 3 B. du régiment de Vigier, pouvait faire le plus grand mal à l'ennemi ; il n'osa pas ou, plutôt, ne voulut pas s'engager à fond, comme le lui proposait M. de la Chetardie , qui voulait marcher à la baïonnette sur les Autrichiens. Réduit à ses seules troupes, M. de la Chetardie ne pouvait plus sans témérité exécuter seul une charge qui eût été décisive; il se borna à faire un feu nourri et incessant sur l'ennemi qu'il avait en tête et qui, du reste, plia bientôt, étant pris en flanc par le régiment de Vigier, que M. de Cornillon avait dirigé lui-même et amené en ligne. Les Espagnols restèrent spectateurs impassibles de la lutte; malgré cette défection, le champ de bataille nous resta.
A deux heures de l'après-midi, l'artillerie et les équipages ayant fini de défder, la retraite est alors ordonnée. Les troupes s'allongèrent sur la route de Castel^San-Giovanni, et M. de la Chetardie, avec les gardes espagnoles et la brigade de la Reine, forma l'arrièregarde. Il couvrit la grande chaussée avec son aile gauche, commandée par M. le prince de Beauvau. La retraite eut lieu dans le plus bel ordre et avec un sang-froid remarquable, ses troupes se retournant à chaque instant contre l'ennemi, se formant derrière
toutes les haies et tous les fossés, et tirant avec à-propos dès qu'une colonne les pressait. Sa belle contenance en imposa aux Autrichiens, qui n'osèrent le poursuivre.
En même temps qu'il évacuait Verato et Ponte-Tidone, M. de Castelar y arrivait. Cet officier général avait quitté Plaisance la veille avec ses troupes, longeant la rive gauche du Pô et repassant ce fleuve au pont de San-Andréa, et rejoint l'armée sur le Tidone. Il prit position sur le terrain où les Français avaient si glorieusement lutté et se maintint jusqu'au soir en présence des Autrichiens, qui repassèrent le Tidone. A la nuit, il décampa et se dirigea sur Stradella, suivi par M. de Gampo-Sanlo, qui avec son corps, employé pendant toute la journée à surveiller le Pô, au delà duquel se trouvaient le roi de Sardaigne et M. de Braun, forma l'extrême arrière-garde. Les dernières troupes arrivèrent dans la nuit à Stradella. On campa à hauteur de cette ville, face au Tidone, la droite à la montagne, la gauche au Pô. M. de Gampo- Santo s'établit à Castel-San-Giovanni. L'armée était sauvée.
Jamais action de guerre n'eut lieu avec plus d'audace et de célérité que ce passage du Pô exécuté en vingt-quatre heures, sur trois ponts seulement, par une armée de 23,000 hommes suivie d'une quantité énorme de chariots que, malgré les défenses faites, les Espagnols ne voulurent pas abandonner, et par une nombreuse artillerie de tout calibre, dont M. de Castelar ne se sépara pas en évacuant Plaisance. Jamais non plus bataille ne fut plus honorable pour le drapeau français que le combat du Tidone avec le passage du Pô, car 3 de nos brigades d'infanterie et 2 de cavalerie soutinrent presque seules tout l'effort de cette journée, d'autant plus glorieuse qu'elle amena définitivement le salut de l'armée.
M. de Maillebois dépêcha M. de Vogué pour porter au roi la nouvelle de cette victoire, célébrée par un Te Deum à l'armée; de leur côté, les ennemis, cherchant à s'attribuer les honneurs de la journée, puisqu'on leur avait abandonné le terrain, firent chanter également un JeDewmsurle champ de bataille, où ils étaient revenus quelque temps après notre retraite pour enterrer leurs morts (1).
(1) Nous perdîmes dans cette action de M. de Blois, brigadier de cavalerie, tué. Parmi les blessés, nous comptions : M. le comte de Cossé, maréchal de camp ; le chevalier de Baltazzar, brigadier ; le chevalier de Grolier, colonel du régiment de T. m. 11
Le H, lendemain de la bataille du Tidone, les armées restèrent immobiles; notre artillerie et nos équipages seuls se mirent en route sur Tortone.
Lei2,avantlejour,rinfantetM. de Maillebois quittèrent Stradella, conduisant leurs troupes sur trois colonnes à Voghera. M. de Campo- Santo se replia également de Castei-San-Giovanni d'abord sur Stradella, oij il prit position de manière à couvrir la marche de nos malades et de nos convalescents, et ensuite sur Casteggio, où il • campa le 12, et sur Voghera, où il rejoignit l'infant le lendemain, sans avoir eu, depuis le jour de la bataille, à tirer un coup de fusil.
Le 14, M. de la Mina arrive inopinément à l'armée. Cet officier général venait de Madrid, envoyé par le roi Ferdinand pour remplacer le comte de Gages dans le commandement des troupes espagnoles en Italie. M. de Gages était trop partisan de l'infant pour ins-
Foix; M. de Stuart, lieutenant-colonel d'Anjou, et le chevalier de Rochechouart, major du même régiment.
RÉGIMENT d'Anjou. — Officiers tués : de Cartigné; blessés : MM. Favois, Lachaise, Labalmondière, Cabanne, Laroque , Bonnissant, de Caulel, Calonnard. Soldats morts : 245; blesses : 108. — A perdu deux drapeaux.
La Reine. — Officier tué : de Bonnefond. Soldats maris : 392; blessés : 331.
Gardes lorraines. — Officier tué :Rainaud; blessés : de Tonnay, Beauvais, Guainoud, Lavaud, Launay, de Bast, Laval, Balanaud, d'Aubigny, Florac, la Carjjonnière, Dauvay; prisonniers : MM. Dulac, Marcon, Preville, Saint-Lambert, Reinac, Dumeny, le chevalier de Saint -Rome. Soldats morts : 280; blessés : 187.
Vicier. — Officiers tués : MM. de Calamo, Lebrun, de Montany; blessés : Eggemberg, Terteman, Girardin, Bruner, Levillard , Schulz, Petters, Dafflond. Soldats morts : 360 ; blessés : 179 ; prisonriiers : 73.
TouRNAisis. — Officiers blessés : MM. Dalcouf, de Richebourg. Soldats morts : 40; blessés : 10.
Foix. — Officiers tués : MM. de Massougne, de Montaulieu; blessés : Bastard, de Ville, de la Valtière. Soldats morts : 60; blessés : 39.
L'Ile de France. — Officier tué : de Vassal; blessés : Bourbonnc, Cabanne, Pilier, Lostande, Saint-Vincent, Lecointre, le chevalier de Ponte, Fournil, Launay. Soldats morts : 102 ; blessés : 52.
Beauce. — Officiers morts .-MM. Sainte-Marie, Rochemonteils, de Seilhac; blessés .• de la Combe, de la Mirandole, de Seillac, le chevalier de Besson. Soldats morts : 152; blessés .• 87.
PÉRiGORD. — officiers tués .• MM. Rochefort, Kraillon, Mercadier ; blessés .- Saint- Hilaire, de la Beaumelte, Boisville. Soldats morts : 01 ; blessés .• 59.
AuxERROis. — Officiers tués : MM. F-ontenay, Rochebrune; blessés .- de Guy, Labourguière, Paris, Lacger. Soldats morts : 62 ; blessés .-15. Guyenne. — Officier blessé : M. de Puysigneux, colonel, blessé très grièvement.
SUCCESSION D'AUTRICHE. — ITALIE (1746). t63
pirer confiance au roi dans l'exécution de ses projets; il resta néanmoins à l'armée, employé en sous-ordre. Quant à M. de Caslelar, l'âme du parti qui voulait à tout prix donner un trône à don Philippe et désirait toajours la guerre à outrance, il fut rappelé à Madrid, ayant, du reste, bien mérité cette disgrâce par ses fautes militaires et son caractère jaloux.
Le marquis de la Mina arrivait porteur des instructions secrètes du roi Ferdinand lui prescrivant, dès à présent, de prendre à la guerre une part de jour en jour moins active, et de s'arranger de manière à retirer peu à peu les troupes d'Italie. Aussi poli en apparence que M. le comte de Gages, expérimenté et plus dissimulé encore que M. le comte de Castelar, il commença par déclarer que ses instructions le portaient à soutenir énergiquement la cause de don Philippe et à ne rien négliger pour lui procurer un établissement en Italie, mais il ne prit aucune disposition de nature à affirmer la sincérité de ses déclarations ; au contraire, tous ses actes démentirent bientôt ses paroles.
Cavalerie-Royal-Piémont. — Officiers tués : MM. de Goyon, Touron; blessés: Lefranc, de Guisy, des Plaines, de Branles, Mesplex.
Dauphin. — Officiers tués .• MM. de Monchal, de Cottet; blessés .• Charles, Loys.
La Vieuville. — Officiers blessés : MM. de la Vieuville, de Champagnols, Darcy, Davignaux, de Beaufort, Lenoir, de Faudoas, de Cauraonl, de Brues, de la Souche, de Charablain.
La Rochefoucault. — Officiers blessés : MM. de Vernoulllet, des Noyers.
Des Cars. — Officiers tués : MM. de la Salle, le chevalier de Laive; blessés : de Londais, de Charlon.
Du côlé des Espagnols, M. de Candel, lieutenant général, fut tué, et M. le comte de Seyvas blessé.
Le nombre des soldats des deux nations tués ou blessés fut d'environ 3,000 hommes; les pertes des ennemis s'élevèrent à peu près au double. Le général Bernklau fut tué, les généraux Pallavicini et Serbelloni blessés.