‹ Les guerres sous Louis XVChapitre 7 sur 23 · CAMPAGNE EN PROVENCE JUSQU'A LA CAPITULATION DE VINTIMILLE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE EN PROVENCE JUSQU'A LA CAPITULATION DE VINTIMILLE

L'armée française est sous les ordres de M. de BoIIe-Isle, l'armée espagnole avec l'infant don Philippe et M. de la Mina comme capitaine général. Les armées autrichienne et piémonlaise sous M. de Braun, puis sous M. de Leutrum, le l*"" mars.

Janvier 1747. — 3. M. de Chevert s'avance de Riez à la Fallu. L'ennemi abandonne Rougonet Cliàteauneuf. — 6. Chasteuil emporté l'épée à la main. M. de Chevert renforcé. M. de Puisigneux détaché se porte à la têle des défdés de Soleilhas et de Sainl-Auban. — 10. M. de Puisigneux à Senez. — 11. Se porte dans la vallée d'Enlrevaux, s'empare de Briançonnet, Soleilhas, Ubraye et Saint-Auban. M. de Braun s'établit à Grasse. Troupes placées en échelons jusqu'à Castellane. — 16. L'artillerie de Toulon à l'armée. — 19. M. de Maulevrier prend le commandement du corps de M. de Chevert. Renforcé par les Suisses d'Espagne venus de Savoie. — 20. Tranchée ouverte devant Antibes par l'ennemi. Dispositions pour porter l'armée sur l'Argens. M. d'Arnault à Pignans. — 20 au 21. M. de Maulevrier s'avance de Riez sur Castellane. — 21. M. de Mirepoix, sur l'Argens avec la réserve, s'empare du i)ont entre Vidauban et les Arcs. L'armée décampe du Puget, s'établit à Gonfarou. M. d'Arnault marche au Canet, chasse les détachements ennemis. Ponts jetés sur l'Argens. M. de Maulevrier s'empare de Castellane. — 22. L'armée au Luc, M. de Mirepoix à Vidauban. — 23. M. d'Arnault à Lorgnes ; il est remplacé au Canet. — 24. L'armée à Lorgnes, jointe par l'armée espagnole. M. d'Arnault occupe le col de Calas; M. de Mirepoix se porte au

. Muy et à Trans. M. de Maulevrier revient à Robion, laisse les Suisses d'Espagne à Castellane. Réunion des deux armées à Lorgnes; l'avant-garde de celle d'Espagne occupe Draguignan ; M. de Campo-Santo à Salernes. — 25. L'année française décampe de Lorgues et se place dans la plaine de Saint-Pons, le ([uartier général à Draguignan. L'infant y arrive. M. d'Arnault à Bargernont. M. de Maulevrier passe le Verdon, campe à Comps; M. de Mirepoix à Fréjus. L'armée espagnoh; à Mont ferrât, le quartier général à Draguignan. — 26. M. d'Arnault à Seillans. Renq)lacé à Bargemont. M. de Mirepoix jwusse son avant-garde à l'Esterella. M. de Maulevrier dô Comps à Bargence. — 27. M. d'Arnault à Fayence, il envoie des détachements vers le pont de Tournon. — 29. L'armée continue sa marche pour joindre les Espagnols. — 30. M. de la Mina à EscaragouUes ; l'avantgarde s'empare de Saint-Martin. — 31. M. d'Arnault maître des hauteurs de la rive gauche de la rivière. Toutes les troupes se portent sur Grasse. M. de Mirepoix passe la Siagne. Toutes les avant-gardes sur l'armée ennemie ; celle de M. de' Mirepoix arrive à Antibes. M. de Braun fait rompre tous les ponts.

Février. 1" au 3. M. le chevalier de Belle-lsle détaché, chasse l'ennemi, force son arrière-garde à repasser le Var eu désordre, reste maître du pont du Var. T. m. 13

M. (le Maulcvrier s'avance à Sainl-Jeannet. — 4. Le gros de l'armée française à Grasse, quelques B. dans les villages sur les bords du Var. M. d'Aluiniada à Vence. Soutenu par un détachement. M. de la Mina en marclie pour la Savoie et le Languedoc. — 12 au 18. Départ de quelques régiments français pour des quartiers d'hiver. — 24. M. de Belle-Isie fait une tournée sur la côte. M. de Maulevrler commande entre la Siagne et le Var.

Mars. l^'". M. de Braun quitte l'année pour Turin, laisse le commandement à M. de Leutrum. — 11. Séparation de l'armée. Le quartier général à Brignolles. — 15. Eml)arquement de B. français et espagnols pour Gênes. — 23. Le maréchal quitte l'armée, se rend à Versailles. M. le chevalier de Belle-lsle commande en son absence. Les troupes françaises ont leurs quartiers en Provence et en Dauphiné, celles d'Espagne en Languedoc, Provence et Savoie. Les troupes autrichiennes et piémontaises hivernent dans le comté de Nice, le Piémont, leMontferrat, la Lombardie et sur la frontière de l'État de Gênes.

Avril. (Premiers jours.) Expédition des îles de Sainte-Marguerite. — 24. Départ des galères aux ordres de M. le chevalier de Pilles. L'escadre anglaise croise devant les îles d'Hyères et depuis Toulon jusqu'à hauteur d'Antibes. — 25. Départ des bâtiments de transport commandés par M. de Bompart. Forcé de relâcher au Fréjus. — 30. Arrivée de M. de Pilles avec les galères au Théoul.

Mai. 1'^''. Six vaisseaux de guerre anglais et des barques armées entre les îles Sainte-Marguerite et les côtes de France. — 2. Arrivée de M. de Bompart. — 10. Le chevalier de Belle-lsle fait jeter des bombes sur le fort des Iles. L'amiral Byng joint l'escadre. — 12. Le roi de Sardaigne fait partir de ses troupes pour joindre les Autrichiens devant Gênes. — 13. Arrivée de M. le maréchal de Bellelsle en Provence. — 14. Mouvement des trou|)es françaises et espagnoles. Gros temiis qui éloigne l'escadre des îles de Sainte-Marguerite. — 15. Elle reprend sa position. — 20. Les troupes françaises et l'infanterie espagnole, qui ont hiverné en Languedoc, se inettent en marche sur le Var. La cavalerie se rasscndjle dans ditférentes places de Provence. Quelques B. espagnols et leur cavalerie restent en Savoie. — 23. Arrivée de l'infant et du duc de Modène à Aix. — 25. Les troupes de l'expédition des îles de Sainte-Marguerite, commandées par le chevalier de Belle-lsle, sous les ordres de Cheverl, débarquent dans l'île, forcent les retranchements. Capitulation de la tour de Saint-Honorat. Attaque du fort de Sainte-Marguerite. — 26. Sa capitulation. — 29. Le maréchal, établit les troupes dans difl'érents camps depuis Saint-Laurent. — 31. Arrivée de M. delà Mina.

Juin. 3. L'armée passe le Var, ciiassc l'ennemi de la rivière, se rassemble sur les hauteurs de Simières et de Saint-Pons, occupe le déhlé de Mont-Gros, Aspremont et la iiauteur de Villefranche. Le quartier général à Nice. — 4. Position générale : le gros de l'armée sur les hauteurs du Paglion, la droite à Nice, la gauche à Saint-Pons. L'armée autrichienne et piémontaise se retire partie sur Sos[)ello, vers le col de Tende, partie jiar la route de Menton ; campe à Sainte-Agnès, Sospello et Castiglione. — 5. Attaque du fort de Montalban. Capitulation. Attaque du château de Villefranche par le chevalier de Belle-lsle. — C. Batteries établies devant le château de Villefranche. Une partie des troupes françaises restées en arrière joint l'armée. — 7. Arrivée de l'infant à Nice. — 9. B. espagnols

qui rejoignent l'armée. — 10. Trancliée ouverte devant le château de Villefranche. — 11. Sa capitulation. — 12. Le maréchal porte l'armée à la Turbie. — 13. Avant-gardes sur Menton, Castellar, Castiglione et Sospello. Abandon de ces postes par l'ennemi. — 14. L'armée suit les avant-gardes, campe en cinq corps. Embarquement à Villefranche de la grosse artillerie pour le siège de Vintimille. — 17. Le maréchal se rend à Menton avec le quartier général; l'infant reste à Nice. — 19 au 20. L'armée prend position devant Vintimille. San-Remo occupé par une avant-garde. L'armée autrichienne et piémontaise campe par pelotons dans la montagne entre Oneille et Orméa. — 23. Débarquement de l'artillerie sur la côte de Bordighera. M. de Bissy se porte en avant pour passer en Dauphiné. — 25. Établissement de batteries devant le fort de Vintimille. Toute la cavalerie rassemblée au camp de Valence, dans le Comtat. Les dragons du Roi à Gap. — 27 au 28. Tranchée ouverte devant le château de Vintimille. Juillet. 1". Capitulation.

Les conséquences de la perle de Gênes devaient bientôt se faire sentir aux Autrichiens, qui, parvenus à la fin de 1746 jusqu'au cœur de la Provence, à deux journées de Toulon, allaient en quelques jours être rejetés au delà du Var. Le maréchal de Belle-Isle, alors au Puget, se disposait à reprendre l'offensive; il tirait à grand'peine des subsistances du Languedoc, du Lyonnais et des provinces voisines, pour que son armée ne manquât de rien dans sa marche en avant, et pressait l'arrivée des derniers renforts lui arrivant de Flandre. Son armée comprenait 85 B, français forts d'environ chacun 400 hommes, avec une nombreuse cavalerie; les Espagnols devaient lui fournir un contingent de 2o B. et 14 E., et l'ensemble montait à 50,000 hommes, forces supérieures à celles de M. de Braun, dont l'armée ne s'élevait qu'à 46,000 hommes, y compris les troupes légères.

Nos troupes occupaient toujours les emplacements du mois précédent au camp du Puget; il y avait 20 B. sous M. de BelIe-Isle (1), et M. de Ghevert avait sous ses ordres 9 B. et 10 E. (2) ; de plus, en différentes places, 35 B. (3).

(1) La Marine, 4 ; gardes lorraines, 2 ; Royal-Lorraine, 2 ; Flandre, 1 ; la Roche-Aymon, 2; Ls le -de-France, 1; Beauce, 1 ; des Landes, 1; la Sarre, 2 ; Tournaisis, 1 -, Foix, 1 ; Condé, 2.

(2) A Riez: Guyenne, 1; Périgord, I ; Daupliiné, 2; Luxembourg, 1; Beaujolais, 1. — A Puy-Moisson : Salis, 2. — A Sainte-Croix : la Tour d'Auvergne, 1. — A Montagnac : Agenois, 1. — A RoumouUes : dragons du Roi, 5 E. — A Valensole : dragons d'Aubigny, 5 E.

(3) A Bonnes: Royal-Italien, 1. A Solies : grenadiers royaux; détachement

En dehors de nos camps et cantonnements, quatre forts détachements tirés du corps de M. de Mirepoix occupaient Cogolin , la Gar-de-Frainet, le Luc et Gonfaron, sous M. de Pereuse (i ) h Cogolin et Saint-Tropez; sous M. de Marseillas (2) au Luc, dont le Canet; sous M. le chevalier de Rochechouart h Gonfaron (3), dont le Pignaus, et sous M. de Carmer (4) à la Gar-de-Frainet. Les Espagnols occupaient, entre nos camps du Puget et de Riez, Brignoles, le Val, Saint-Maximin et Aix.

M. de Braun, de son côté, avait toujours le gros de son l'armée au Canet, bloquant Antibes, quelques troupes sur les hauteurs de Mongins, 5 B. à Grasse avec le général Novati, 18 B., les croates et les hussards à Fréjus et Draguignan, un détachement aux Arcs et au Muy, 6 B. et des hussards à Gastellane, ces derniers, aux ordres de M. d'Orméa, face d'un côté aux troupes de M. de Chevert, campés à Riez, et de l'autre à un de nos détachements avec M. de Cambis, rejeté, après le passage du Var, dans la vallée d'Entre^ vaux et, malgré quelques arrangements heureux, ayant peine à se soutenir à notre extrême gauche.

M. de Belle-Isle résolut d'abord d'arrêter de ce dernier côté les progrès de l'ennemi et ordonna en conséquence à M. de Chevert de prendre l'offensive, de culbuter les avant-postes de M. d'Orméa, de les rejeter sur Gastellane et de se relier ensuite à M. de Cambis. L'attaque eut lieu le 5 janvier : M. de Chevert, avec 2 B. et 2 régiments de dragons, emporta successivement, et sans coup férir, la Pallu, Bougon et Châteauneuf, et, comme l'ennemi s'était retranché dans le poste de Chasteuil, couvrant Gastellane, il le fît attaquer le lendemain par M. d'Anfrenet, capitaine au régiment de

de Royal-artillerie, 1 B. A Hyères : Béain, 1; Cambrésis, 1; Nivernais, 1. A Signes : Bresse, 1; Aunis, 1; Saintonge, 1. A Beausset : Boulonnais, 1. A Cuers : Mailly, 3; Guise, 1; Penliiièvre, 2. A Gcnièues : Languedoc, 1; Médoc, 2. A Roquetaire : Soissonnais, 1; Forez, 1; Bretagne, 2. A Aix : Royal-Barrois, 2; Traisnel, 1 ; Artois, 2 ; Berg, 1 ; Royal-Comtois, 1 ; Bigorre, 1 ; Talaru, 1 ; Bourbonnais, 3 ; Royal-Bavière, 3; plus les volontaires royaux.

(1) 3 compagnies de grenadiers, 17 piquets, 1 compagnie francbe, 1 compagnie de Steinhaur et les volontaires provençaux, dont 1 compagnie de grenadiers royaux.

(2) 5 compagnies de grenadiers, 10 piquets.

(3) 2 compagnies de grenadiers, 3 piquets.

(4) 1 compagnie de grenadiers, 4 piquets.

Lyonnais. Cet officier entra dans Chasteuil l'épée à la main, et tua beaucoup de Piémontais. Informé du succès de M. deChevert, le maréchal lui prescrivit aussitôt de détacher M. de Puisigneux du côté de la vallée d'Entrevaux, lui envoya 3 B. (1) de renfort pour maintenir sa division à un effectif suffisant et attaquer Castellane lorsque l'armée se mettrait en mouvement. M. de Puisigneux trouva peu de résistance. Arrivé le 10 à Senez, il y laissa un détachement et se porta, le 11, dans la vallée de l'Esléron avec le reste de ses hommes, qu'il distribua dans les postes de Briançonnet, Soleilhas, Ubraye et Saint-Auban.

Le maréchal était enfin parvenu à obtenir de M. de la Mina un concours réel; les Espagnols entraient en ligne le 9 janvier. Ils avaient pris position à Brignoles; un de leurs corps s'était porté à Barjols. Une colonne de Français et d'Espagnols occupait Aups, et les Miquelets s'avançaient surVérignon. Les Autrichiens, refoulés de ce côté , avaient cherché à se jeter dans la vallée d'Entrevaux, quand, la trouvant fortement occupée par M. de Puisigneux, ils se replièrent sur les sources de la Siagne. En même temps, un corps de Suisses au service d'Espagne, restés en Savoie aux ordres de M. de Tobin, brigadier, recevait l'ordre de se diriger sur la Provence par Grenoble, Gap et Digne.

M. de Belle-Isle, laissé par le roi complètement maître de son plan de campagne, commença ses opérations le 21 janvier. Il donna des ordres pour que toutes les troupes encore en quartier, et tous les renforts venus de Flandre fussent rendus dès la veille à son camp du Puget, à l'exception de 6 régiments destinés à couvrir Toulon et Marseille, et de quelques détachements laissés dans le Languedoc pour contenir les protestants de cette province, au milieu desquels régnait une certaine agitation et soupçonnés de rapports secrets avec les Anglais. Il appela de Toulon l'artillerie restée en arrière, et renvoya à Arles et à Tarascon tous les équipages de l'armée afin d'être moins embarrassé dans son mouvement sur l'ennemi. Il se réserva le commandement de la colonne du centre, qui devait partir du camp du Puget, renforça d'un corps de grenadiers le camp de CarnouUes, placé sous M. de Mirepoix, opé-

(1) Les 3 B. de Royal-Bavière à Ai.v, et qui vinrent s'élablir à Rians et Esparon de Pallières.

rant à droite, et envoya M. de Maulevrier prendre, à la place de M. de Ghevert, qui n'était que maréchal de camp, le commandement de la division campée à Riez, destinée à former la colonne de gauche.

Au lieu de 19 B., le camp de Carnoulles n'en comprenait plus que 17, par suite du départ des 3 B. de Vigier pour Hyères et de leur remplacement par 1 régiment à 1 seul B., le régiment de Berg, venant d'Aix; mais il avait été renforcé par tous les détachements de MM. de Pereuse, de Cornier^ de Marseillas et de Rochechouart, et par 20 compagnies de grenadiers de M. de Belle-Isle.

Au camp de Riez étaient réunis, à la même date, 27 B. et 10 E. (1).

11 B. restaient sur les derrières (2).

M. de Braun, de son côté, avait reçu quelques renforts et comptait alors environ 50,000 combattants. Il venait de transférer son quartier général, avec le gros de ses forces, de Cannes à Grasse. Prévoyant une attaque, il avait fait avancer de forts détachements sur le Verdon et l'Argens, et placé à Tournon un corps en deuxième ligne, un autre en échelons entre Grasse et Castellane, laissant devant Antibes 8 ou 10 B. aux ordres du général Roth, qui venait d'ouvrir la tranchée. Le roi de Sardaigne, retenu en arrière par la petite vérole, était retourné à Turin, après avoir réuni à Nice des approvisionnements pour l'armée de M. de Braun, ravitaillements arrêtés par l'État de Gênes; il s'occupait déjà de lever de nouvelles milices pour garder les passages des Alpes et des Apennins. Ses troupes à Castellane formaient la droite de M. de Braun, renforcées de 8 B., et M. de Neuchantz venait d'en prendre le commandement à la place de M. d'Orméa.

(1) Infanterie : 5 B. qui y étaient, Guyenne, 1; Périgord, 1; Dauphiné, 1; Luxembourg, 1 ; Beaujolais, 1 ; Salis, 2 B. venus de Puy-Moisson ; la Tour d'Auvergne, 11 B. venus de Sainte-Croix-, Agénois, 1 B. venu de Montagnac; Royal-Bavière, 3 B. venus de Rians, d'Esparon et de Pallières.

Cavalerie ■■ dragons du Roi, 5 E. venus de RoumouUes ; d'Aubigny, 5 E. venus de Valensole.

(2) Royal-Italien, 1 B.; Vigier, 3 B.; Bigorre, 2 B., qui de Bornes, du camp de Carnoulles et d'Aix s'établirent à Hyères le 18; Bourbonnais, 3 B., qui, après le d?part de l'année, vinrent occuper le Canet le 22 ; Royal-Barrois, 1 B., qui se rendit d'Aix à Toulon ; Trainel, 1 B., qui, d'Aix, se porta à Rians sur les derrièresdu corps de M. de Maulevrier.

Le 21 au malin, on se porta en avant sur toute la ligne. M. de Mirepoix s'avança de Garnoulles au Luc. Son avant-garde, aux ordres de M. de Poulpry sur l'Argens, refoula les détachements des Autrichiens, se saisit de leurs ponts et s'empara même du poste des Arcs. Les hussards de Ferrari et des dragons de la Reine culbutèrent de ce côté les hussards ennemis. Le gros de notre armée, sous M. de Belle-Isle, partit en même temps du Puget et alla camper à Gonfaron. Sou avant-garde, à Pignans, aux ordres de M. d'Arnault, composée de compagnies de grenadiers et des volontaires royaux, s'établit au Canet.

Les Espagnols levèrent aussi leurs camps de Brignoles et de Barjols et s'avancèrent sur le haut Argens, repoussant sans peine les faibles détachements autrichiens.

M. de Maulevrier, de son côté, se porta sur Gastellane. Laissant quelques détachements à Briançonnet , destinés à observer la vallée de l'Esléron, et à Aups, Beaudinar, Riez et Moustiers pour garder celle du Verdon, il s'avança sur Chasteuil avec la moitié de sa division, alors de 13 B. etlOE. de dragons, en môme temps que M. de Tobin, arrivant à Digne, débouchait sur Senez avec les Suisses.

L'avant-garde française, sous M. de Frainel, enleva d'abord le défilé de Chasteuil, et repoussa des Esclavons accourus pour le reprendre; les Suisses forcèrent, de leur côté, le pas de Saint-Pierre en avant de Senez, et les deux corps débouchèrent ensemble sur Gastellane, M. de Maulevrier dirigeant les attaques de droite, M. de Tobin celles de gaucbe. Les Piémontais avaient 14 B. retranchés dans la ville et couverts par toutes leurs troupes irrégulières embusquées derrière les murs des jardins. Malgré leur nombre et la force de cette position, ils ne purent tenir devant la vigueur de notre attaque. M. de Maulevrier, après avoir fait avancer ses troupes en bataille, démasqua subitement six pièces de canon, et, voyant l'ennemi ébranlé par ce déploiement d'artillerie, forma ses troupes en trois colonnes, aux ordres de MM. de Frainel, de Vaubécourt et de Bezons, et les lança résolument à l'assaut de la ville. Les Suisses, à la gauche, ne montrèrent pas moins d'entrain. Après une lutte de trois heures, les Piémontais, obligés d'évacuer Gastellane, repassèrent sur la rive gauche du Verdon, laissant sur le terrain une centaine de morts et un grand nombre de blessés avec leur gêné-

rai, M. de Neuchaniz, blessé et prisonnier. Cet heureux résultat appartenait aux habilçs dispositions prises par MM. de Maulevrier et de Tobin, aussi bien qu'à l'énergie des officiers (1).

Noire succès ne s'arrêta pas là : l'ennemi, poursuivi sur la rive gauche duVerdon, fut encore obligéd'évacuer le poste de la Garde, où il avait 2 B., ceux d'Eoux, de Robion, de Taloire et du Bourguet, le château de ïrigance et la ville de Comps. Toutes ces positions tombèrent entre nos mains; mais comme notre gauche, en s'y maintenant, se fût trouvée trop près de l'ennemi, M. de Maulevrier se contenla de les occuper par des détachements et ramena ses troupes en arrière pour donner le temps au maréchal de Belle-Isle et à M. de la Mina de s'avancer et de le soutenir. Les Suisses de M. de Tobin s'établirent à Castellane; les Français rétrogradèrent surRougon.

Le 22, M. de Mirepoix marche du Luc à Vidauban, forme son avknt-garde, franchit l'Argens et chasse les Autrichiens revenus aux Arcs. Il occupe solidement ce poste pour protéger le rétablissement du pont par où son corps devait déboucher. L'armée de M. de Belle-Isle quitta en môme temps le camp de Gonfaron, et alla prendre celui du Luc. M. d'Arnault, avec l'avant-garde, s'avança du Canet sur les bords de l'Argens et s'occupa de mettre en état le pont du Villard. Un détachement, se porte au delà de l'Argens et s'avance jusqu'à Lorgnes, entièrement abandonné par l'ennemi. L'armée espagnole, de son côté, vint camper partie à Carce, où elle jeta un pont, entre Barjols et Salernes.

Le 23, toutes les troupes séjournent dans leurs positions, achevant les ponts. M. le maréchal de Belle-Isle pousse M. d'Arnault jusqu'à Lorgnes et le remplace au pont du Villard par 2 brigades d'infanterie; 2 autres occupent le Canet. Tous les corps passèrent l'Argens; la droite, aux ordres de M, de Mirepoix, campe de Vidauban au Muy. Le centre, sous M. de Belle-Isle, se porte du Luc à Lorgnes; les 2 brigades au pont de Villard occupèrent Draguignan, et l'avant-garde de M. d'Arnault s'établit devant celte ville. Les Espagnols s'avancèrent partie à Lorgnes et partie à Salernes. Un de leurs détachements, lancé en avant dans ladirec-

(I) Parmi lesquels M. de Chevert, M. des Cars, brigadier, MM. de Frainel, de Yaubécourt, de Bezons, de Giiiilrode, d'Aubigné, do Rcvcl, d'Agien, de Pérignac, de l'Espremière, d'Anfrenet et de Fulconls, furent cités pour leur belle conduite.

' tion de Draguignan et commandé par M. de Campo-Sanlo, fit une pointe hardie au delà de nos avant-postes, atteignit l'arrière-garde des Autrichiens en pleine retraite, lui tua beaucoup de monde et revint à Draguignan avec des prisonniers.

Le 25, toutes les troupes continuèrent leur marche. M. de Mirepoix s'empare de Fréjus, où il ne trouva pas grande résistance; M. de Marseillas bat un parti de cuirassiers autrichiens, met l'embargo sur cinq bâtiments chargés d'armes et de subsistances. M. de Belle-Isle change son campement de Lorgnes à Draguignan et l'armée espagnole se porte sur Montferrat. Nos 2 brigades à Draguignan s'établirent au col de Claviers, et l'avant-garde de M. d''Arnault occupe Bargemont.

Par suite des opérations dans les montagnes qui séparent les bassins du Verdon, de la Siagne et de l'Argens, notre cavalerie fut renvoyée à Yidauban; la cavalerie espagnole resta également sur les derrières de l'armée, à Draguignan, à Lorgues et à Salernes. M. de Maulevrier, à Rougon sur la gauche avec sa division, depuis l'affaire de Caslellane, suivit alors le mouvement de notre centre et de notre droite, passa le Verdon le 25, s'avançant à Comps pour se mettre en ligne avec le reste de nos troupes. Les Suisses de M. de Tobin, de leur côté, marchèrent en avant de Castellane et s'établirent au poste important de la Garde, notre extrême gauche. Telle était la situation de l'armée le 25 janvier, lorsque, vers le soir, l'infant don Philippe arriva d'Aix au quartier général de Draguignan avec le duc de Modène pour prendre possession du commandement.

Les troupes séjournèrent dans leurs positions, attendant les traînards et l'artillerie; toutefois, nos 2 brigades à Claviers furent poussées sur Bargemont, d'où M. d'Arnault se porta à Seillans. L'avant-garde des Espagnols s'avança à Broves, la division de M. de Maulevrier à Bargence,et M. de Pereuse,qui avait pris le commandement de l'avant-garde de notre droite en remplacement de M. de Poulpry, se porta de Fréjus dans la direction de la Napoule. Il trouva sur sa route, au bois de l'Estérelle, des grenadiers et des croates retranchés; il les attaqua et les mit en déroute.

Le 27, le mouvement en avant continua. Le corps de M. de Belle-Isle campe au col de Claviers, et détache en avant 2 brigades qui vinrent occuper Bargemont; celles qui y étaient déjà

se portèrent sur Seillans, et M. d'Arnault poussa jusqu'à Fayence. L'année espagnole passa de Montferrat à Broves. M. de Maulevrier marcha avec sa division sur la Bastide d'Esclapons, et fut remplacé à Bargence par l'avant-garde espagnole. On ne trouva nulle part de résistance; l'ennemi était découragé , et chaque jour la désertion faisait dans ses rangs de nouveaux vides; ses équipages avec quelques détachements repassaient le Var. Le 28, M. de Belle-Isle marcha sur Fayence, d'où M. d'Arnault se porta avec l'avant-garde à Tournon; déjà l'ennemi avait repassé la Siagne en coupant les ponts. Nos 2 hrigades à Seillans occupèrent Callan; celles à Bargemont prirent poste à Seillans (1).

Le 29, le maréchal transporte son quartier général à Montauroux, où il réunit 3 brigades d'infanterie : les volontaires royaux, les hussards et 13 E. espagnols.

Des 2 brigades à Callan, il envoya l'une à Tournon pour soutenir M. d'Arnault; la seconde, jointe aux 2 brigades restées à Seillans, aux ordres de M. de Chevert, occupa Mons pour relier nos troupes avec l'armée espagnole , portée de Broves et de Bargence à Serenon , derrière M. de Maulevrier. Celui-ci , toujours établi à Caille avec le gros de sa division, était déjà maître de Saint-Martin Le 30, tous les corps se portèrent sur la Siagne. M. de Mirepoix, resté à Fréjus depuis le 25, s'avança sur la Napoule; M. de Belle- Isle joignit l'avant-garde au camp de Tournon; M. de la Mina marcha sur Escaragoules; M. de Maulevrier occupa Audon, tandis que M. de Puisigneux, avec un détachement, se portait sur Cipières. On abordait ainsi de front la ligne de la Siagne, et on la débordait par la gauche. Le lendemain, M. de Mirepoix devait emporter Cannes, MM. de Belle-Isle, de la Mina (2) et de Maulevrier converger sur Grasse, lorsqu'on sut que M. de Braun avait.

(1) L'intention du maréchal élait de tourner le camp de Grasse par la région montagneuse, tout en l'attaquant de front ; en conséquence, il renforça sa gauche, (jui allait élre appelée à jouer le rôle décisif dans la lullc, et l'armée espagnole passa de Broves à Bargence pour soutenir M. de Maulevrier, qui venait de se porter à Caille , où il avait été rejoint par les Suisses de M. de Tobin venus de la Garde et par tous les détachements restés en arrière sur le Verdon.

(2) Le cliangiMuent du comte de Gages pour M. de la Mina ne fut pas plus heureux ; bien qu'ayant l'estime et la contiance des deux armées, plus une certaine réputation en Europe. Cependant le maréchal de Maillebois prétend que c'est une

pendant la nuit, levé le siège d'Anlibes, et qu'il se retirait précipitamment sur Biot, Villeneuve et Vence. Nos avant-gardes ne trouvèrent donc aucune résistance. Celle de M. de Belle-Isle s'avança sur Grasse, celle de M. de la Mina sur Saint- Vallier, et M. de Maulevrier s'établit à Gréolières.

Le 1" février, les deux armées suivent le mouvement en avant, franchissent la Siagne et opèrent leur jonction à Grasse. Les avant-gardes se portèrent sur la rivière du Loup, dont l'ennemi avait rompu tous les ponts et derrière laquelle il s'était établi. Pour les soutenir, le maréchal se contenta de détacher de son armée M. le chevalier de Belle-Isle, qui marcha sur Villeneuve. M. de la Mina, de son côté, envoya M. d'Ahumada du côté de Vence. M. de Maulevrier se porta avec sa division à Saint-Jeannet, et M. de Mirepoix occupa Cannes et Antibes.

Le 2, on força la ligne du Loup. Le chevalier de Belle-Isle attaque impétueusement le poste de Villeneuve et s'en empare. L'ennemi leva aussitôt son camp et se mit en pleine retraite; ses colonnes s'allongèrent en désordre dans la direction du pont du Var, vivement poursuivies par nos détachements, dont l'un, composé de volontaires commandés par M. de Berthelot, capitaine de Foix, réussit à pénétrer dans le village de Saint-Laurent et à leur enlever ce dernier point d'appui. Le chevalier de Belle-Isle, ardent à la poursuite, ne laissa aucune trêve aux troupes de M. de Braun, il les refoula l'épée dans les reins jusque sur le pont du Var, s'y engagea à leur suite et ne s'arrêta qu'à une île retranchée au milieu du fleuve, oii les Autrichiens tinrent un instant, mais qu'ils nous abandonnèrent bientôt, après avoir brûlé la partie du pont qui touche au comté de Nice. Cette dernière journée avait colite à l'ennemi un millier d'hommes tués, blessés ou prisonniers.

Le but était atteint et le territoire français restait libre, Antibes était secouru à temps; et M. de Braun, refoulé derrière le Var, ne songeait déjà plus qu'à la défensive. Aucun péril n'étant plus à redouter, on résolut de ne pas pousser plus loin pour le moment les opérations et de donner aux troupes un repos bien nécessaire.

renommée escroquée, que ce général est peu de chose par lui-même ; on avait pris sa lenteur et son flegme pour de la profondeur et quelque inaction lieureusc pour des traits de grande habileté : du reste, bon officier d'infanterie. {Mémoires de d'Argenson.)

Elles n'avaient pas subi de grandes pertes; depuis le 21 janvier, jour 011 elles avaient quitté leurs camps de GarnouUes, du Puget et de Riez, elles avaient perdu peu de monde, tout en restant épuisées par les marches et les fatigues. Les Espagnols se séparèrent les premiers. Ils concentrèrent à Grasse, dès le 4, tous leurs détachements avancés, et se mirent aussitôt en route pour prendre leurs quartiers dans le Languedoc, maigre l'avis de M. de Belle-Isle qui les trouvait avec raison un peu loin. L'infant et le duc de Modène les suivirent et s'établirent à Montpellier.

Les Français, dont l'efTectif, par suite de nouveaux renforts, s'élevait alors à 99 B., restèrent en Provence, à l'exception de 28 B. dirigés, 18 sur le Dauphiné et le Briançonnais, 3 sur le Languedoc, 6 sur la Franche-Comté , et 1 sur Monaco. La cavalerie occupa la principauté d'Orange. 44 B. et 1 régiment de hussards prirent position entre la Siagne, l'Argens et le Verdon.

Les volontaires royaux, les dragons des volontaires royaux, les hussards de Ferrary et 15 compagnies de grenadiers royaux restèrent à Grasse, formant la réserve des corps laissés sur le Var aux ordres de MM. de Maulevrier et d'Arnault (1).

Ces dispositions achevées le 17 février, le maréchal de Belle-Isle^ qui depuis le commencement du mois était resté à Grasse, se mit alors en route, voulant s'assurer par lui-même de l'exécution de ses ordres. Il parcourut d'abord la ligne du Var, depuis le Broc jusqu'à la mer, et y prescrivit de nouveaux travaux de défense pour mettre nos troupes parfaitement à couvert en cas d'une attaque, du reste, devenue peu probable, sur ce point.

Le 24, il se rend à Antibes, dont il détruisit les fortifications, puis à Fréjus. Sur toute la côte, il établit des batteries et plaça des postes retranchés, de manière à n'avoir rien à redouter des Anglais, dont la flotte croisait toujours en vue de notre littoral. Il

(1) 27 B. ainsi répartis : à Saint-Jeannet (M. de Maulevrior) : Fraisnel, 1 ; Talard d'Auvergne, 1 ; Daupliiné, 1 ; Guyenne, 1 ; Beaujolais, 1 ; Agénois, 1 ; Luxembourg, 1 ; Périgord, 2.

Au Broc, Garros, Gillette, Gatières : Nivernais, 1; Saintonge, 1; Médoc, 2; Vivarais, 1.

A Saint-Laurent, Cagnes (M. d'Arnault à Saint-Paul) : Bourgogne, 2 ; Cambrésis, 1 ; Bresse, 1; Aunis, 1-, Auxerrois, 1 ; Royal-Bavière, 3; Bretagne, 2; Royal- Comlois, 1; Provence, 1.

parut le 4 mars à Toulon, le 7 à Marseille, se rendit le 9 à Aix et revint le 11 à Brignoles, son quartier général ; puis, ayant appris que M. de Braun venait de quitter le comté de Nice avec le gros de ses troupes, se dirigeant sur Gênes, que la plus grande partie des Piémontais avait repassé le col de Tende et regagné les Étals du roi de Sardaigne, qu'il ne restait sur les bords du Var que 10 B. autrichiens et 12 piémontais aux ordres de M. de Leutrum, et qu'ainsi il n'avait, pour le moment, aucune attaque à redouter, il partit pour Versailles afin de se concerter avec le roi et les ministres sur la suite à donner aux opération>. Il laissait le commandement de l'armée au chevalier de Belle-Isle, ayant donné congé à 2 lieutenants généraux, 3 maréchaux de camp, quelques brigadiers et 11 officiers de l'état-major. Il ne restait à l'armée que 5 lieutenants généraux (1), 8 maréchaux de camp (2), 10 brigadiers d'infanterie (3) et 10 officiers de l'état-major.

M. de Braun avait en effet quitté le comté de Nice. Voyant que nos troupes ne faisaient aucun mouvement menaçant du côté du Var et qu'elles prenaient leurs quartiers, il avait, à notre exemple, ramené ses troupes en arrière, laissant sur le Var les 22 B. de M. de Leutrum en face de M. de Maulevrier; 24 B. autrichiens étaient déjà partis du 12 au 18 février, suivis, le 26, par 12 autres B., et le général Braun lui-même avait quitté Nice le l'^'^mars, se rendant à Turin auprès du roi de Sardaigne. Ses troupes étaient alors en route pour hiverner, partie en Lombardie, partie vers Novi et dans le Montferrat. Les Piémontais devaient prendre leurs quartiers vers Turin.

Pendant ce temps, la ville de Gènes, après avoir si glorieuse-

(i) MM. le chevalier deBello-Isle et de Morlaigne, au quartier général à Brignoles avec tous les officiers de l'étal-rnajor ; de Mau4evrler, à Grasse ; le marquis d'Argouges, dans le conitat d'Avignon ; le marquis de Villenuir, en tournée pour rinspection des troupes dans leurs quartiers.

(2) MM. de Mauroy, dans le comiat d'Avignon; de Larnage, en Dauphiné; de Chevert, entre la Siagnc, r.\rgens et le Verdon; de Poulpry, à Antibes; d'Arnault, àSainl-Paul; Bailly, à Toulon; d'Aullanne, à Brignoles; de Mauriac, à Toulon (destiné à commander un corps eu partance pour Gênes).

(3) MM. de la Tour et de Monteynard au quartier général; de la Brosse, au Broc; de Maupeou, à Fréjus; d'Aubigné, à Draguignan ; de Péreuse, à Saint-Tropez; de W'alteville, à Hyères; du Barail, sur la côte; de Turmel, à Toulon; de Lannion (destiné pour Gêne.s).

ment chassé M. de Botta de ses murs au mois de décembre de l'année précédente, continuait ses préparatifs de résistance en vue d'une attaque en règle que le ressentiment de la reine de Hongrie rendait tôt ou tard inévitable. Aux agitations du premier moment succédait un calme relatif.

M. de Guymond (1), notre envoyé auprès de la république, avait favorisé sous main le mouvement insurrectionnel et entretenu la haine que tous portaient à l'Autriche. Avec l'autorisation du cabinet de Versailles, il promit aux Génois, au nom de la France et de l'Espagne, des secours en hommes et en argent, et annonça la marche de M. de Belle-Isle prêt à écraser M. de Braun sous des forces supérieures. Il n'était pas difficile d'émouvoir les nobles sentiments de ce peuple qu'animaient l'amour de l'indépendance et la haine du joug étranger, encouragé d'ailleurs à la lutte par les prêtres, dans la chaire et au confessionnal , et par les moines, qui donnaient l'exemple en montant eux-mêmes la garde aux portes, le fusil sur l'épaule, le sabre et le pistolet à la ceinture. Les habitants de la ville et les paysans, bien que formant deux classes distinctes de citoyens, et souvent hostiles l'une à l'autre, sentant le besoin d'une union parfaite en face de l'ennemi, n'avaient pas tardé à conclure un pacte solennel, promettant de se défendre mutuellement et de se secourir au jour du péril : les paysans de la Polceverra et de Bisagno y avaient adhéré les premiers; ceux de Peggi et de Voltri suivaient leur exemple. Dès le commencement de janvier. Gênes comptait 50,000 défenseurs, insuffisamment armés, il est vrai, tous pleins d'ardeur et décidés à sacrifier jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour la liberté de leur patrie. Les habitants de la ville s'employèrent à mettre leur enceinte en état de défense et à réunir les approvisionnements suffisants; on lit entrer dans l'intérieur des murs les magasins réunis au dehors par les Aulrichiens, et on les augmenta de toutes les prises opérées sur mer par les galères de la république, qui ne cessaient de courir sur les bâtiments des divers ports d'Italie, et notamment de Livourne , portant des vivres en Provence à l'armée

(1) M. de GuymoïKt, genlilhoinine, ministre de France, montre beaucoup de courage et de dii)loinalie. Par son crédit près du peuple, engage à ne pas traiter. Si Gènes eût plié, l'Italie était perdue pour la maison de Bourbon.

du général Braun. Les paysans restèrent spécialement préposés à la garde des frontières, que le général Botta ne cessait de menacer du côté de Novi, où il avait reformé une armée de 15,000 hommes tirés de divers quartiers d'Italie. Postés à la Bocchetla, ils repoussèrent par deux fois, au milieu de janvier, les détachements autrichiens, quand une troisième tentative les refoula au delà des montagnes, et l'ennemi parvint à s'établir sur le défilé, sans toutefois pousser plus loin.

Cependant Marie-Thérèse, courroucée de la résistance [obstinée des Génois, venait de renvoyer de Vienne leur représentant à sa cour et de rompre avec eux toute relation directe; elle était décidée à en finir avec la république : toutefois, avant de recourir à la force, elle voulut encore essayer la douceur et la persuasion. Elle donna donc l'ordre au marquis de Botta d'adresser une proclamation aux Génois pour les faire rentrer dans le devoir. Celui-ci fit paraître son manifeste à la fin de janvier; mais, au lieu d'un langage conciliant qui, peut-être, eût réussi, il adressa maladroitement les menaces les plus terribles, surtout pour les habitants de la ville, qui devaient s'attendre à un châtiment exemplaire. Quant aux paysans, voulant tenter de les rallier et de priver la capitale de leur appui, il leur promettait, s'ils déposaient les armes, la vie, la liberté et le pardon. Ni les menaces ni les promesses de M. de Botta n'eurent d'effet. Les Génois redoublèrent d'activité à fortifier la ville, et les paysans restèrent fidèles au pacte juré; les cruautés et les ravages que commettaient journellement les Autrichiens sur leur territoire lie devaient point, d'ailleurs, confirmer les paroles de paix de M. de Botta, et le caractère bien connu de ce général leur inspirait une défiance légitime. Les hostilités continuèrent donc, et chaque jour amena de nouveaux engagements. Au conmiencement de février, l'ennemi vint attaquer par surprise le poste de Masone, gardé par quelques paysans; il fut repoussé avec perte. Quelques jours plus tard, des renforts venant d'Ovada tournèrent Masone et menacèrent Voltri; les paysans et le peuple de Gênes n'en furent point épouvantés, ils marchèrent eux-mêmes à la rencontre de l'ennemi, l'attaquèrent vigoureusement, lui tuèrent beaucoup de monde, et mirent le reste en fuite. On repoussa en même temps jusqu'à Lavezzara un corps qui, débouchant de la Bocchetta, avait poussé jusqu'à Campo-Morone. Toutes ces escar-

mouches, ces combats livrés presque chaque jour aux paysans, coûtaient beaucoup de monde à l'ennemi.

La république restait jusqu'ici livrée à ses seules forces; la France et l'Espagne ne devaient pas abandonner leur alliée. Ces deux puissances étaient d'ailleurs trop intéressées elles-mêmes à ce que les Autrichiens ne rentrassent pas à Gênes pour rester simples spectatrices de la lutte. Aussi avaient-elles résolu, dès le commencement de février, lorsque la retraite de M. de Braun au delà du Var eut rendu inutile la concentration de nos troupes et permis de distraire sans danger une portion de l'armée de Provence, de lui envoyer, -comme M. de Guymond en avait pris l'engagement, des secours en hommes et en argent. Les troupes devaient monter à 12,000 hommes (moitié Français, moitié Espagnols), les subsides à un million. Déjà M. de Belle-lsle dirigeait de Marseille pour Gênes 8 officiers, dont 4 d'infanterie, 2 d'artillerie et 2 du génie, tous choisis parmi les plus distingués de leur arme. Ils étaient arrivés à Gênes dans les premiers jours de février, avec deux autres officiers, MM. Milhau, lieutenant au régiment lioyal- Italien, et le chevalier de Beauvau, qui apportaient avec eux 200,U00 livres pour la république. L'arrivée de ces officiers et la vue des premiers uniformes français répandit la joie dans la ville et ranima les courages. Ils apportaient, d'ailleurs, la nouvelle des premiers succès remportés sur l'Argens, de la retraite de M. de Braun, de l'embarquement prochain à Marseille et à Toulon d'un premier corps de 6,000 hommes et de l'envoi d'un second subside de 800,000 livres.

Dès que M. de Belle-lsle, victorieux, eut rejeté les Autrichiens derrière le Var, il s'étaitoccupé, en effet, de réunir le corps expéditionnaire et d'en assurer le départ. Les Français fournissaient 6 B., les Espagnols en embarquaient 3.

Considérant les hasards d'une navigation que les croisières anglaises rendaient dangereuse, ainsi que l'incertitude du sort de Gênes, il ne voulut pas envoyer de corps entiers qui, pouvant être pris ou détruits, eussent été difficilement reconstitués. 11 forma donc 6 B. d'ol'liciers et d'hommes choisis dans différents régiments, et , pour remplir les intentions du roi, qui désirait que ces troupes ne passassent pas à Gênes sans drapeaux, il leur donna ceux d'anciens régiments, dont ils prirent le nom comme représentant un des B.

de ces régiments. C'est ainsi que deux de ces B. devinrent de la Marine et Mailly; trois autres, organisés également par des prélèvements dans différents régiments étrangers, prirent les noms et les drapeaux du plus ancien de ces régiments : tels furent les nouveaux B. de Salis et Vigier (suisses) Royal-Bavière (allemand). Le sixième B. seulement, du régiment Royal-Italien, resta constitué.

Ces 6 B., complétés à près de 700 hommes chacun, étaient partis de Grasse, le 13 février, pour s'embarquer, trois (Royal-Italien, Salis et Vigier) à Toulon, trois (Royal-Bavière, la Marine et Mailly) à Marseille. Des ordres avaient été donnés au chevalier d'Orléans, général des galères, pour réunir dans ces deux ports les bâtiments nécessaires au transport des troupes, et avec recommandation de les choisir assez légers pour qu'ils eussent chance d'échapper à la vigilance des Anglais^ qui ne cessaient de croiser entre Marseille et Villefranche.

Le commandement de l'expédition fat confié à M. de Mauriac, avec M. de Lannion. Les Espagnols devaient être sous les ordres de M. de Tobin, et s'em.barquer à Marseille en même temps que nous.

Les troupes étaient arrivées dans les ports et déjà embarquées lorsque M. de Belle-Isle, dans sa tournée sur le littoral, y arrive au commencement de mars. On n'attendait plus qu'un vent favorable pour mettre à la voile. La frégate la Flore, sur laquelle M. de Mauriac avait pris passage, escortait le convoi de Toulon avec M. de Lannion, appuyant celui de Marseille. En attendant le départ de ces premières troupes, avec des ingénieurs, plusieurs officiers d'artillerie et des canonniers, et qui devaient emporter avec elles les subsistances nécessaires au trajet, les fonds représentant leur solde pour trois mois et les 800,000 livres promises aux Génois , on s'occupa tout de suite de préparer un second renfort qui, d'après les arrangements conclus avec l'Espagne , se composait de 6 B. espagnols et de 3 B. français.

Le 17 mars enfin, la flotte de transport mita la voile avec le vent nord-ouest. Le convoi de Toulon arriva heureusement à destination; la frégate la Flore, avec M. de Mauriac, et trois bâtiments portant le B. de Royal-Italien, abordèrent à Gênes, dans la nuit du 18 au 19 et dans la journée du 20. Les tartanes, avec les B. de Salis et de Vigier, durent gagner Portofino pour échapper à la poursuite T. m. 14

des Anglais; mais le débarquement ne fut pas inquiété, et, deux jours après, les troupes entraient à Gênes.

Le convoi de Marseille n'eut pas le même sort. Dès le départ, une avarie survenue à la barque d'escorte, que montait M. de Lannion, le força à relâcher 24 heures à la rade de Toulon, et, lorsqu'il remit à la voile, il trouva sur sa route les vaisseaux anglais. Plusieurs bâtiments et un millier d'hommes environ furent pris, le reste dut se réfugier dans les ports de Monaco, Antibes, et autres points, devant lesquels les Anglais se mirent en panne pour les bloquer.

Ainsi, sur les contingents envoyés par la France à la république, la moitié était arrivée. Néanmoins l'allégresse fut grande à Gênes, car l'émotion y était au comble, ayant appris, quelques jours auparavant, que la reine de Hongrie venait de décider le siège de la ville. Le général de Schulemburg (1), remplaçant M. de Botta dans le commandement des troupes campées à Novi, devait à ses 24 B. enjoindre 32 tirés de l'armée de M. de Braun, et marcher avec ces 56 B. sur la Polceverra. De son côté, le roi de Sardaigne, à qui l'Autriche avait promis, pour prix de son concours, la cession de Savone et de Finale ainsi que le tiers du butin que l'on ferait, devait faire avancer sur Gênes 20 B. avec de l'artillerie. Déjà M. de Schulemburg avait adressé de Novi une proclamation aux habitants pour les engager encore une fois à se soumettre et à ouvrir leurs portes; on ne lui répondit que par un redoublement d'activité dans les préparatifs de résistance. En présence du danger, on avait concentré le commandement des troupes entre les mains de MM. d'Escher et Fiker, maréchaux de camp de la république, chargés de veiller aux abords de la place , l'un à la côte de Polceverra, l'autre à Bisagno, et qui, avec le concours des officiers français déjà arrivés , avaient à la hâte terminé les travaux de défense les plus urgents et réglé l'emplacement des batteries.

Ces travaux portaient instamment sur trois points principaux de

(1) Son oncle Jean-Matliias, comle de Schulemburg. né près de Magdcbourgen 16G1, mort à Vérone le 14 mars 1747. Sert le Danemark, puis la Pologne; sauve l'armée .saxonne (en 1700) battue par Charles XII, opère cette belle retraite derrière l'Oder en 1704. Un des vainqueurs de Malplaquet en 1708, auquel Voltaire, en date de la Haye, 15 septembre 1740, dédie sa lettre en tête de son histoire de Charles XII, lui adressant ces mots de César : Eodem anhno scripsltquo bellavlt.

l'enceinte extérieure, reconnus les plus faibles. L'enceinte intérieure était restée ce qu'elle était, plutôt une clôture qu'une défense, et sans aucune valeur au point de vue militaire. L'enceinte extérieure, formantun triangle s'élevant en amphithéâtre surla crête des hauteurs, intérieurement et extérieurement, par des pentes très escarpées , présentait, par sa position et par sa nature , le véritable boulevard de Gênes. Les trois points faibles se trouvaient à la pointe et à la base vers la mer. Toutefois la pointe, protégée par le mont des Deux-Frères, restait d'un accès difficile, en raison du peu de largeur et de la nature rocailleuse du terrain en avant, sur lequel l'ennemi devait établir ses cheminements. L'extrémité de l'enceinte aboutissant à la mer à l'est était couverte par le torrent de Bisagno et les hauteurs d'Albaro , et celle qui s'y appuyait à l'ouest par les vastes et innombrables palais de Saint- Pierre d'Arène, dont chacun pouvait être mis en état de supporter un véritable siège.

Dès son arrivée, M. de Mauriac visita les travaux en cours d'exécution, et parcourut toute la ligne des fortifications de Gênes pour se rendre un compte exact de la force de la place et de la configuration du terrain extérieur; il approuva l'ensemble des dispositions prises et parut satisfait de l'état dans lequel se trouvaient les divers ouvrages. Le doge le reçut en audience solennelle et lui exprima publiquement et avec émotion ses sentiments personnels de reconnaissance pour la France, et les autres magistrats de la république, qu'il visita successivement, lui firent des protestations tout aussi chaleureuses. Ses officiers et ses soldats furent l'objet des témoignages de sympathie les plus marqués de la part de toutes les classes de la population. Les Français, reçus ainsi triomphalement, traversèrent simplement Gênes, les privilèges de la ville en interdisant le séjour à une troupe de nationalité étrangère, aussi bien amie qu'ennemie. Ils s'établirent dans un des faubourgs de la ville, à Saint-Pierre d'Arène, et couvrirent leur camp par des postes placés le long de la Polceverra, depuis son embouchure jusqu'au couvent de la Chartreuse, situé au-dessus de Rivarolo.

Plus rassurés dès lors sur la garde de leur enceinte, et enhardis par la certitude d'être soutenus, les habitants de la ville, brûlant du désir d'imiter les paysans qui combattaient glorieusement et seuls depuis longtemps sur les frontières, firent, de leur côté, quel-

ques sorties vigoureuses sur la Bocchetta. L'ennemi s'y montrait toujours entreprenant; c'était surtout vers Masone qu'il dirigeait ses tentatives les plus sérieuses. Repoussé en février, il était revenu en mars. Un de ses détachements, parti d'Ovada, remonte rOrba et déjà pénétrait près de Voltri, lorsque le Génois Barberousse, à la tête d'un corps de partisans, se jette brusquement sur lui. Il tue beaucoup de monde, fait de nombreux prisonniers et oblige le reste à fuir en désordre au delà des montagnes. Pour venger cet échec, quelques jours après, les Autrichiens, revenus en force sur Voltri , sont encore repoussés avec perte par les paysans du canton. A droite, du côté de la vallée de Bisagno, les paysans prenaient eux-mêmes l'offensive. Soutenus par quelques soldats génois, ils s'étaient jetés sur le poste de Cosella, de l'autre côté des montagnes, et l'emportaient. La garnison, quoique nombreuse, battit en retraite, laissant sur le terrain des morts et des blessés. Tous ces engagements, qui, du reste, aguerrissaient les paysans, inquiétaient l'ennemi et, en le contenant abonne distance de Gênes, donnaient le temps aux défenseurs de la place d'achever leurs travaux, aux troupes de secours de recevoir de nouveaux contingents. Parmi les bâtiments du convoi de Marseille obligés de se jeter dans les ports de Provence, quelques-uns avaient, en effet, déjà réussi à se glisser au travers des vaisseaux anglais et à aborder à Gênes. Avant la fin de mars, M. de Tobin et nombre d'officiers français, M. de Lannion, MM. de la Faye, de Roquepine, deFalconac, colonels, M. deRenaudin, major général du corps expéditionnaire, y débarquaient. Outre ses principaux lieutenants, M. de Mauriac, avec sa petite armée, pouvait encore espérer recevoir tout ou partie de ceux que l'on savait ou bloqués sur les côtes, ou en route pour rejoindre en tournant la Corse et la Sardaigne.

Tels étaient les événements, lorsque, au commencement d'avril, M. deSchulemburg, achevant à Novi la concentration de son armée, avec des canons, une quantité considérable de munitions tirées de Turin et de Saverne, un immense matériel de siège, se proposa de marcher sur Gênes. L'émoi fut grand dans la ville; un conseil de guerre est convoqué immédiatement chez M. deGuymond, afin de prendre des mesures pour régler définitivement le plan de défense de la ville et assigner aux troupes leurs emplacements. MM. de

Mauriac et de Tobin, quelques-uns de leurs officiers (1), y assistèrent avec MM. Durazzo, Grimaldi et d'autres membres du gouvernement de la république.

On reconnut d'abord la nécessité d'une direction unique, et la suppression du quartier général du peuple. Ce quartier général était une institution toute récente dont l'origine remontait à l'insurrection du mois de décembre. Le peuple, fier de son initiative dans l'expulsion des Autrichiens , avait émis la prétention d'avoir une part dans la direction des affaires, et de former une sorte de magistrature, composée des principaux marchands, bourgeois et artisans, avec mission de parler en son nom, qui prenait des décisions parallèlementà l'autorité du sénat, et se mêlait à tout propos des affaires de l'État. Si les pouvoirs de ses membres étaient très étendus, leurs lumières l'étaient moins; ils tranchaient toutes les questions un peu à tort et à travers. Le sénat cependant, peu alarmé de cette usurpation d'attributions, avait toléré jusqu'ici cet état de choses parce que les délégués du peuple étaient animés des sentiments les plus patriotiques, et qu'en somme leur intervention n'amenait d'autre résultat fâcheux que des tiraillements intérieurs peu importants en temps de paix. Vis-à-vis de l'ennemi , ces tiraillements parurent un danger, et le quartier général fut aboli sur la proposition du conseil de guerre; cette mesure ne souleva, du reste, aucun trouble.Legouvernementreprit également les rôles des compagnies bourgeoises, ayant déjà ceux des troupes réglées et des paysans payés, afin d'être dorénavant maître absolu de la situation. Ces compagnies bourgeoises, formées spontanément, affectaient une sorte d'indépendance; toutefois le sénat prenait déjà sur elles un certain ascendant et un empire réel par une voie détournée, en introduisant dans leurs rangs, comme simples soldats, les plus distingués de ses membres, et les hauts fonctionnaires de la république comme les autres moulaient leur garde aux portes. Les habitants de Gênes ne murmurèrent point; ils acceptèrent tous les sacrifices en vue d'assurer le salut de leur cité. L'approche de l'ennemi ne laissait plus chez eux qu'un seul sentiment, l'amour de la patrie, profondément enraciné dans leurs cœurs. Les paysans payés restèrent à la garde des montagnes, soutenus en arrière par des soldats

(1) Entre autres M. de Condans, brigadier-ingénieur, directeur des travaux.

génois. Les Français et les Espagnols eurent mission de garder les abords extérieurs de la place. M. de Belval, lieutenant-colonel de Royal-Italien, prit position à Boursonetta ; M. de Roquepine, avec un autre détachement, au mont des Deux-Frères, qui couvre en avant la pointe de l'Éperon, c'est-à-dire la partie la plus élevée de l'enceinte extérieure de Gênes, et en même temps la plus faible et la plus exposée aux attaques; un troisième détachement, avec quelques troupes génoises, dans la vallée de Bisagno, et M. de Mauriac à Saint-Pierre d'Arène. Le reste des soldats génois fut préposé à la défense de l'enceinte extérieure, et les compagnies bourgeoises continuèrent à monter la garde aux portes et à faire le service intérieur de la ville.

Ce fut le 11 que M. de Schulemburg franchit la Bocchetta. Son armée s'avança sur trois colonnes; l'une sur la Polceverra, une autre sur le mont du Diamant, la troisième sur Montogia. Les croates et les grenadiers, à l'avant-garde , poussèrent devant eux tous les détachements génois, qui se replièrent, ceux de la Polceverra jusqu'au petit château de Boursonetta, occupé par M. de Belval, ceux de Bisagno jusque sous les murs de la ville. Le lendemain les ennemis, après une attaque assez vive, s'emparèrent du mont du Diamant. Nous évacuâmes aussitôt Boursonetta, et même la Madona del Monte et le mont des Deux-Frères. Au milieu de ces engagements à la droite et à la gauche, le centre restait immobile. Le corps ennemi, posté entre Manesseri et Torrazza, avec le quartier général, avait déjà établi o B. au mont du Troisième-Frère ; ces 5 B. s'étaient retranchés fortement en face de nous, et il était difficile de les en déloger. Aussi on se tint de ce côté strictement sur la défensive, couvrant le mont des Deux-Frères d'une ligne demi-circulaire formée de redoutes et de batteries reliées par un retranchement à double rang de palissades, et y conduisant tout d'abord du canon qui devait suffire pour tenir en respect l'ennemi, qui, n'ayant pas reçu son artillerie de siège, n'avait encore établi qu'une batterie sur le mont du Diamant.

Cependant M. de Mauriac, sentant toute l'importance de ces deux derniers postes, les fit réoccuper dès le lendemain à la pointe du jour; l'ennemi, heureusement, n'avait pas encore eu le temps de s'y établir, et nous pûmes reprendre ces avancées si nécessaires à

la défense. M. de Roquepine s'établit au mont des Deux-Frères, M. de Belval réoccupa Boursonelta, et les Espagnols rentrèrent à la Madona del Monte. jNI. de Mauriac, de sa personne, quitta Saint- Pierre d'Arène et se porta avec le reste de ses troupes à Saint- Roch, entre les deux enceintes, pour se porter rapidement au secours de celui de ses postes qui serait menacé. Les paysans, rassurés par notre attitude, reprirent courage, et ceux de la Polceverra, soutenus par quelques piquets de nos troupes aux ordres de M. le chevalier de BeDoy, se jetèrent sur les postes avancés des Autrichiens du côté deBoursonetta, les débusquèrent de quelques maisons en avant de leur camp, et leur infligèrent des pertes considérables; ceux de Bisagno se reportèrent également en avant et regagnèrent un peu de terrain vers Montogia.

Avant de commencer le siège de Gênes, le général de Schulemburg somma encore une fois la place de lui ouvrir ses portes. Le 14, il envoya comme parlementaire un colonel adjudant général autrichien porteur de sa sommation. M. de Grimaldi, membre du gouvernement de la république, et M. de Renaudin, major général de nos troupes, qui s'étaient transportés aux avant-postes, la reçurent et vinrent la soumettre aussitôt au sénat.

Pendant deux jours on délibéra sur les résolutions fi prendre. La sommation, conçue en termes menaçants, laissait toutefois entrevoir que la reine de Hongrie ne désirait qu'un accommodement. Le sénat, bien que ses membres fussent tous animés des dispositions les plus belliqueuses, hésitait à prendre la responsabilité d'un refus; l'attitude des gens du peuple et des paysans le décida bientôt. Ceux-ci se prononçaient hautement contre toute négociation; exaspérés contre les Autrichiens, qui commettaient des cruautés inouïes et mettaient le pays à feu et à sang, et décidés à la résistance à outrance, jusqu'à faire entendre de sourdes menaces contre les sénateurs, jurant de les brûler dans leurpalais, s'ils faiblissaient et prêtaient l'oreille aux propositions de M. de Schulemburg. Ces propositions furent donc rejetées d'un avis unanime, et, le 16 avril, l'on renvoya le parlementaire au camp autrichien avec une réponse équivalant à un refus.

M. de Schulemburg commence aussitôt l'investissement de la ville. Résolu d'abord de nous chasser de la rive droite de la Poiceverra, où nos détachements occupaient Sestri et les hauteurs

qui dominent cette petite place, il fit passer la Polceverra à la plus grande partie de ses troupes, àPonte-Decinao, et les poussa jusqu'à la Madona del Gazon. De notre côté, nous envoyâmes par mer des paysans et quelques troupes réglées renforcer notre poste de Sestri, visiblement menacé. Ce poste était encore soutenu et relié à nos troupes par une forte chaîne de paysans qui occupaient en avant de nous les hauteurs de la rive droite de la Polceverra; mais les Autrichiens, dès le 20 avril, se portèrent en force de ce côté et attaquèrent vivement les paysans, qui, rejetés en désordre sur la Polceverra, ne durent leur salut qu'à un secours inespéré arrivé de Boursonella. En effet, M. de Belval, ayant quitté avec son détachement ce poste désormais trop exposé , y avait laissé M. de Terrazini, capitaine dans Royal-Italien, avec sa compagnie et des Génois. Cet officier, voyant le danger que couraient les paysans, n'hésita pas à prendre l'ofTensive, à passer lui-même la Polceverra et à se jeter sur le flanc de l'ennemi victorieux. Par sa position très avantageuse il put arrêter pendant deux heures l'élan des grenadiers autrichiens qui poussaient les paysans affolés, et ne se retira que lorsque ceux-ci eurent repassé la Polceverra. Il regagna alors en très bon ordre son poste de Boursonetta, et, comme il n'était plus tenable, il se replia sur le Belvédère, sous le canon de Gênes.

Les Autrichiens entrèrent le lendemain dans Boursonetta, rapprochèrent de la mer leur camp de la Madona del Gazon, et poussèrent les jours suivants leurs avant-postes jusque sur les bords de la Polceverra, vers Coronata. Pendant ce temps, leur centre et leur gauche restaient immobiles, quand sur toute la ligne se livraient des combats journaliers entre les avant-postes. Du côté de Bisagno surtout, les paysans montraient une solidité remarquable. Soutenus par M. de Caverari avec un détachement de Génois, et par M. du Breuil, capitaine de la Sarre, avec un petit corps de Français, postés vers la Bocca di Rati, Scafera et Toriglia, ils disputaient pied à pied le terrain et déjouaient toutes les tentatives de l'ennemi pour s'étendre de ce côté. Au centre, on était face à face, et l'on travaillait vigoureusement des deux côtés. Les ouvrages du mont des Deux-Frères, presque achevés, étaient armés; un grand cavalier avait été élevé à l'Éperon, et toutes les troupes occupaient des emplacements qui leur permettaient de se porter en

très peu de temps à la défense de ce point important. Le B. de Royal-Italien était posté à la porte de Grenarol, placée en face de Boiirsonetta. Les B. de Salis et de Vigier campaient entre cette porte et l'Éperon , et sur le cheniin couvert de l'Eperon se tenait un B. nouvellement formé, dit de Mailly, avec les détachements français arrivés du convoi de Marseille (1), sous le commandement provisoire d'un capitaine au régiment de la Marine, l'un des 8 officiers français qui avaient précédé l'armée à Gênes.

Les Espagnols, manquant de tentes, s'établissent dans un faubourg de Gênes du côté de la Bisagna, entre les deux enceintes. La garde du mont des Deux-Frères fut réduite, l'achèvement des redoutes ne nécessitant plus des défenseurs aussi nombreux, et les Français et Génois occupèrent, de l'autre côté de la Bisagna, la Madona del Monte, pour protéger à l'orient les abords de la place et donner la main aux paysans et aux soldats de MM. de Caverari et du Breuil.

Le 27, les. Autrichiens nous assaillirent de ce dernier côté, entre la Scafera et la Bocca di Rati; ils furent repoussés. Leur droite s'avança en même temps sur la Polceverra et commence à faire en face de la Tenaille des démonstrations qui donnèrent à supposer qu'elle allait diriger'une attaque sérieuse sur ce point de l'enceinte. L'alarme se répandit aussitôt dans la ville; le peuple, très impressionnable, et mécontent du gouvernement, l'accuse de lenteur et de peu d'énergie, fait battre de lui-même la caisse dans les rues et appelle tout le monde aux armes. Le danger n'était pourtant pas imminent, l'ennemi n'ayant pas encore de gros canon. Cette petite effervescence populaire se calma bientôt; néanmoins on résolut de renforcer les abords de la ville de ce côté, tant pour prévenir de pareilles alertes que pour être en mesure de résister plus longtemps à un siège en règle, et l'on commença activement à retrancher la hauteur du Belvédère qui domine Saint-Pierre d'Arène et forme, en avant de l'enceinte, entre la Tenaille et laLanterne, une position des plus avantageuses. On y plaça des Français et des Génois, en couvrant les bords de la Polceverra d'un cordon de paysans.

La France et l'Espagne, suivant d'un œil attentif les péripéties

(1) 4 piquets de la Marine, 4 piquelsde Mailly et3 compagnies de Royal-Bavière.

du siège de Gênes , achevaient à Toulon et à Marseille les préparatifs d'un second renfort. D'après les premières conventions intervenues entre ces deux puissances, ce renfort eût dû être composé de3B. français (1) et de 6 B. espagnols, de manière que le secours fourni à Gênes montât à 12,000 hommes, dont 6,000 de chaque nation. M. de la Mina avait manqué à ses engagements en réduisant de moitié le contingent à fournir, li n'avait donc complété que 3 de ses B. rassemblés à Marseille. L'ordre de départ fut donné au milieu d'avril, et à la fin du mois les deux flottes de transport mirent à la voile de Marseille et de Toulon pour Gênes; au lieu de longer les côtes, elles prirent le large et se dirigèrent vers la haute mer, par le tour de la Sardaigne, afin d'avoir plus de chance d'échapper aux croisières anglaises et d'éviter le sort des troupes du premier convoi.

Le roi de France avait résolu aussi de donner aux Génois une marque encore plus éclatante de son appui, et d'envoyer dans leurs murs, à la place de M. de Mauriac avec de simples pouvoirs militaires, un homme d'une plus haute situation par son grade dans l'armée, par son mérite personnel et par son rang, M. le duc de Boufflers. En outre du commandement des troupes, les pouvoirs diplomatiques les plus étendus lui furent dévolus. C'était un véritable représentant de la France; le roi affirmait ainsi d'une manière plus formelle son alliance avec Gênes, et donnait à la république le gage le plus sûr de son appui contre les troupes de Marie-Thérèse.

M. de Boufflers s'embarqua à Antibes en même temps que les troupes de Marseille et de Toulon, et, grâce à son départ tenu secret, il put arriver à Gênes, après avoir relâché un jour à Monaco. Il débarqua le l*"" mai. La nouvelle de son arrivée se répandit dans la ville avec rapidité et y provoqua la plus vive allégresse. L'enthousiasme fut d'autant plus grand que personne, pas même le doge, n'avait été prévenu de cette résolution du roi de France. En outre, ses manières affables, son attitude pleine de dignité et de prudence, lui gagnèrent tous les cœurs et séduisirent à tel point les Génois, qu'ils lui déléguèrent une autorité absolue et déclarèrent lui remettre entièrement toutes les dispositions de la défense. Cependant il ne voulut pas accepter seul la responsabilité d'une

(1) Le B. de Gcnsac, cl les 2'= et 3« B. de Royal-Bavière.

telle tâche, et demanda qu'un conseil mililaire'lui fût adjoint pour le seconder et l'éclairer au besoin. On déféra à son désir, et ce conseil fut composé de tous les officiers généraux et d'état-major, français et espagnols, d'une part, de trois députés et de deux maréchaux de camp de la république, de l'autre, et il devait se réunir tous les jours, à sept heures du soir, chez M. de Boufflers, logé dans le palais le plus splendide de la ville (le palais Balbi), et qui reçut à sa porte une garde avec un drapeau.

Dès le lendemain, il monta à cheval pour reconnaître les abords de la ville et examiner les travaux. Il approuva les dispositions prises avant son arrivée, il loua surtout le choix des positions du Belvédère à Fouest, du mont des Deux-Frères au nord et de la Madona del Monte à l'est, qui constituaient nos principaux ouvrages extérieurs et résolut de ne rien changer à la direction suivie jusqu'ici, bien que l'effectif des troupes fût peut-être un peu faible pour soutenir des dehors aussi étendus.

Le 4, le doge le reçut en audience solennelle devant tout le sénat assemblé. M. de Boufflers y exposa en français le motif de sa mission et les intentions bienveillantes de son souverain pour la république; le doge lui répondit en remerciant le roi et en exprimant au nom de ses concitoyens sa reconnaissance et sur le concours prêté par nos armes à la défense et sur le choix fait par le roi d'un général aussi expérimenté et d'une si haute distinction personnelle.

Les hostilités continuaient au dehors. Les Génois conservaient toujours leurs positions à l'est, tout en perdant du terrain au delà de la Polceverra. Le 2, leur poste de Scafera fut attaqué par des forces considérables ; M. de Gaverari les repoussait, quand il fut tué sur la fm de l'action. C'était une perle pour la république.

A l'ouest, les paysans qui gardaient l'abbaye de l'Inquisition venaient d'être forcés de l'évacuer et de se replier sur Gornigliano. A la suite de cet échec, les troupes à Sestri, menacées d'être coupées de Gênes, s'étaient également rejetées sur la Polceverra, et l'ennemi entrait, le 3 mai, .'i Sestri, après en avoir chassé quelques paysans restés après le départ de nos soldats avec l'intention de se soutenir le plus longtemps possible dans ce poste et de retarder de ce côté les progrès de l'ennemi. Le lendemain, il marchait sur Vollri et s'en emparait; mais les paysans du canton,

après la prise de la ville, jetés dans la vallée du Ceruso, avaient bien vile repris l'offensive et, joints par ceux des cantons de Peggi et de Masone, étaient tombés brusquement, le 6, sur les Autrichiens. Ceux-ci, sommés de se rendre, s'étaient enfuis, et Vol tri était retombé entre nos mains. Pour assurer la conservation de ce poste important, on y avait aussitôt envoyé par mer un détachement de soldais français, espagnols ou génois.

Les Autrichiens, désireux de venger leur échec, revinrent en force, le 15 mai, devant Vollri, emportèrent celle ville après une vive résistance, la mirent à feu et à sang , et la livrèrent aux représailles cruelles de leurs croates et de leurs pandours. Les défenseurs, et parmi eux le partisan Barberousse, qui pour la seconde fois réussissait à s'échapper de Vollri, s'étaient repliés vers Masone, de ce côté notre dernier point d'appui; mais ils avaient été poursuivis et dispersés, et le château de Masone même tombait au pouvoir des troupes de M. de Schulemburg.

A la fm du mois de mai, toute la rive gauche de la Polceverra nous échappait. L'ennemi, fort de trois divisions, occupait toujours ses trois camps, l'un au-dessus de Sestri vers Cipriano, le second entre Manesseri et Torrazza, le troisième au mont de Crelo; son aile droite venait d'être considérablement renforcée par l'arrivée d'une partie du corps piémontais désigné pour coopérer au siège de Gênes.

Le 13, 8 B. étaient déjàarrivés, et leur entrée en ligne permettait aux Autrichiens de se porter en masse sur Vollri et Masone, au delà de la Polceverra. Le reste des Piémontais était en route, et leur artillerie, tirée de Savone et portée sur les vaisseaux anglais, débarquait à Sestri. Les Anglais, maîtres de la mer, insultaient les Génois jusque dans leur port; M. de Boufflers, des fenêtres de son palais, avait assisté, dès son arrivée, à un combat en pleine rade, entre un vaisseau de guerre anglais et deux galères de la république soutenues par le canon des remparts. Cependant, malgré ces démonstrations audacieuses, toutes les felouques, barques et autres bâtiments légers trouvés dans Gênes, avaient pris la mer pour aller chercher dans les divers ports de la côte nos détachements encore bloqués, dans l'espérance qu'ils parviendraient mieux que des tartanes ou autres gros navires à échapper à la vigilance de nos ennemis et à amener une portion de nos renforts.

Déjà, le H avril, des Espagnols du régiment de Bouckle et des Français avaient pris terre à la Spezzia; les 5 et 10 mai, nouvelle arrivée de Français et d'Espagnols venant de Livourne. La flottille légère des Génois réussit encore à nous amener, le 13 mai, des Français et Espagnols qu'elle était allée chercher à Monaco; malgré l'arrivée de tous ces petits contingents, l'effectif de notre corps expéditionnaire, dans les rangs duquel les maladies faisaient journellement des vides, était bien faible. Le 17 mai, les Autrichiens, ayant reçu par Sestri de l'artillerie , la mirent en batterie en face de Saint-Pierre d'Arène et parurent vouloir diriger de ce côté une attaque sérieuse. Bien que l'enceinte fût protégée par le Belvédère, on commença, par surcroît de précautions, à barrer complètement le passage par une ligne continue de retranchements enveloppant le faubourg de Saint-Pierre d'Arène et allant du Belvédère à la mer, bordant presque la Polceverra en face de Cornigliano, et, malgré le feu des vaisseaux anglais embossés près de l'embouchure de la Polceverra, les travaux avancèrent rapidement.

On plaça dans le faubourg le régiment de Salis. M. de Chauvelin, nouvellement arrivé avec M. le duc de Boufflers, fut chargé de la direction de la défense à l'ouest ; il eut sous ses ordres M. de la Faye, colonel de Royal-Comtois, posté à Saint-Pierre d'Arène avec le régiment de Salis, et M. de Bouckle, colonel espagnol, s'établit au Belvédère avec des troupes réglées et du canon. MM. de Mauriac et de Lannion furent chargés de la défense au nord, y compris le poste des Deux-Frères, avec M. de Monteil. M. de Tobin reçut la mission de veiller à l'est de la place du côté de la Bisagna. Il s'établit à la Madona del Monte avec M. de Roquepine, colonel de Nivernais, donnant la main à M. de Pivelli, chevalier de Malte, remplaçant dans le commandement des troupes et des paysans qui tenaient la campagne vers Bavari et Scafera.

La ligne d'investissement des Autrichiens s'étendait alors le long de la Polceverra jusqu'à hauteur de Boursonetta ; puis, passant par le mont du Diamant et Torrazza, elle se dirigeait du côté deToriglia. La mer restait fermée par 12 ou 15 vaisseaux anglais qui ne s'éloignaient pas de Gênes, mais toute la côte au levant était libre; elle était menacée au nord par le camp de Cretoet au sud par un corps détaché d'Autrichiens postés à Masso, qui venaient de faire

une tentative sur Sarzana pour forcer le passage de la Magra; cependant les paysans avaient pu arrêter jusqu'ici tous les efforts de l'ennemi pour resserrer la ville de ce côté. Celui-ci, du reste, ne se montrait réellement entreprenant que du côté de l'ouest; sa démonstration du 17 mai, l'arrivée de son gros canon à Sestri, la concentration des Piémontais sur la Polceverra, semblaient autant d'indices précurseurs d'une attaque prochaine et sérieuse sur ce point.

Cette attaque eut lieu, en effet, dans la nuit du 20au 21 mai. Pour détourner notre attention, les Autrichiens dans la soirée avancèrent leurs troupes du mont de Creto sur les postes de MM. Pivelli et du Breuil, lesquels, soutenus par M. de Roquepine, qui, de la Madona del Monte s'était porté sur-le-champ aux sources de la Sturla, avaient aisément refoulé les assaillants; presque en même temps ils jetèrent sur notre gauche des forces beaucoup plus considérables devant lesquelles nous fûmes obligés de reculer. Le terrain, du reste, était mal gardé : notre cordon de paysans, établi dans des maisons éparses et mal reliées, s'étendait le long de la Polceverra jusqu'à Rivarolo, et de là, par le village de Begay, s'appuyait au mont des Deux-Frères; mais il était insuffisant, et le couvent de la Miséricorde, au centre de cette ligne de défense et qui en forme en quelque sorte la clef, restait faiblement défendu par les Génois.

Les Autrichiens, débouchant sur plusieurs colonnes à trois heures du matin, se portèrent droit au couvent de la Miséricorde et montèrent, tambour battant, à l'assaut de cette position sur laquelle leurs canons dirigeaient leur feu. Les paysans qui occupaient les maisons voisines, surpris et épouvantés, lâchèrent pied, et les Génois dans le couvent, se voyant isolés et sur le point d'être enveloppés, se hâtèrent eux-mêmes de se replier sur la Chartreuse, protégée par le canon de la Tenaille, et de là sur le Belvédère, où ils arrivèrent sans grandes pertes.

Le village de Rivarolo et le couvent de la Miséricorde tombèrent ainsi, presque sans combat, entre les mains de l'ennemi, qui, profitant d'ailleurs de la panique des paysans, s'étendit aussitôt sur sa gauche et refoula sur Grenarol, l'Éperon ou les Deux-Frères tous les postes que nous avions au delà du vallon de la Turbella, et s'établit à leur place dans les maisons disséminées entre Riva-

rolo et Begay. Dans cette position, les troupes de M. de Schulemburg étaient dès lors à même de prendre en flanc le Belvédère à droite et le mont des Deux-Frères à gauche; elles pouvaient aussi couper la communication de ce dernier poste avec l'Éperon. En présence du danger, M. de Boufflers se décida immédiatement à tenter de reconquérir les positions perdues et à frapper un coup de vigueur, qui, même s'il ne réussissait pas entièrement, aurait au moins pour résultat d'imposer à un ennemi que la retraite précipitée des paysans pouvait rendre plus audacieux.

Il ordonna donc, pour le lendemain 21, une sortie dans cette direction : troupes réglées, Français et Espagnols, formant quatre colonnes, devaient fondre sur l'ennemi, tandis que les paysans et les bourgeois devaient assurer leurs communications avec la place. La colonne de droite, aux ordres de M. de Lannion et de M. du Rick, lieutenant-colonel de Vigier, déboucherait par les pentes du mont des Deux-Frères dans la direction de Begay et de Rivarolo, balayerait la crête du contrefort qui court au nord du vallon de la Turbella, et prendrait position de manière à flanquer les autres attaques et à les seconder au besoin. Les deux colonnes du centre, commandées, l'une par M. de Reding, lieutenant-colonel d'un régiment suisse au service d'Espagne, l'autre par M. de Stokart, de Royal-Bavière, reçurent ordre de déboucher par le poste de Grenarol, de s'avancer sur la Turbella le long de deux crêtes parallèles et de converger ensuite sur le couvent de la Miséricorde. La quatrième colonne, sous MM. de Ghauvelin et de la Faye, devait sortir du Belvédère, longer la Polceverra et attaquer de front le village de Rivarolo, suivie et soutenue par des paysans.

Les préparatifs de l'expédition absorbèrent la plus grande partie de lajournéedu 21, et les troupes ne furent prêtes que vers quatre heures du soir. A cinq heures, au signal convenu de 21 coups de canon tirés de la Tenaille sur les maisons les plus avancées qu'occupait l'ennemi, les qua tre colonnes débouchèrent à la fois. M. de Lannion força successivement deux redans occupés par des croates, les délogea à la baïonnette de la redoute de Barintoni, chassa tous leurs postes des maisons éparses où ils s'étaient retranchés, et s'établit en bataille le long de la crête, face à l'ennemi qu'il venait de refouler vers le nord. Il ne désirait pas pour le moment pousser

plus loin l'engagement; mais M. de Rick, envoyé en avant pour suivre l'ennemi dans sa retraite, vint déranger ses projets. Nos grenadiers, animés par les premiers succès, au lieu de s'avancer avec prudence et de ne pousser l'ennemi que mollement, s'engagèrent à fond et tombèrent avec impétuosité sur les Autrichiens, qui perdirent d'abord du monde et du terrain, puis ils furent ensuite ramenés jusqu'à la redoute de Barintoni et écrasés par les renforts que les ennemis reçurent bientôt de leurs camps placés en arrière. M. de Lannion les rallia et fut lui-même obligé de battre en retraite, les Autrichiens ayant déployé en face de lui des forces très supérieures aux siennes et ayant dessiné sur sa droite un mouvement qui lui fit craindre d'être coupé du mont des Deux-Frères et enveloppé. Après avoir tenu aussi longtemps que la prudence le lui permettait^ il se retira lentement dans la direction de l'est, repliant avec calme ses échelons successifs, et gagna le pied de la hauteur des Deux-Frères, où il se maintint le reste du jour. Il ne fit rentrer qu'à la tombée de la nuit ses troupes dans les retranchements.

M. deReding, avec la 2° colonne d'Espagnols, s'avança sans difficulté le long de la Turbella dans la direction de Rivarolo, jusqu'à ce qu'il vint se heurter à une maison carrée placée sur une hauteur, fortement occupée par l'ennemi et formidablement retranchée. Un violent feu de mousqueterie salua son arrivée, et, tandis qu'il disposait ses troupes le long des murs pour les lancer à l'assaut, il fut lui-môme blessé d'un coup de fusil dans le côté et mis hors de combat. Ses soldats, découragés, ne purent emporter la maison et se bornèrent à maintenir leur position sans concourir à l'attaque de Rivarolo.

M. de Stockart, avec la 3° colonne, suivit une route parallèle à celle de M. de Reding et marcha droit à Rivarolo. En approchant du village, il se trouva tout à coup à portée d'une troupe de Piémontais sortis du couvent de la Miséricorde et qui occupaient une éminence appelée Montoja. Il les chargea avec vigueur, leur tua beaucoup de monde, les mit en pleine déroute et les poursuivit la baïonnette dans les reins jusqu'au pied de la hauteur de la Miséricorde. Il ne jugea pas à propos de s'engager davantage, avant de savoir où en était à sa gauche l'attaque de M. de Chauvelin sur Rivarolo, et il se contenta de s'établir fortement dans le

palais de Pallavicini à l'entrée de ce village, et d'y reformer ses troupes que l'impétuosité de l'attaque et l'ardeur de la poursuite avaient un peu débandées.

M. de Chauvelin, en débouchant du Belvédère, avait envoyé en avant de lui, d'un côté, des compagnies de grenadiers enlever la Chartreuse à sa droite, de l'autre, des fusiliers, aux ordres de M. de la Faye, s'emparer de Rivarolo.

Les grenadiers ne rencontrèrent aucune résistance dans la Chartreuse abandonnée; mais M. de la Faye, ayant dépassé les premières maisons de Rivarolo, se trouva tout à coup, en arrivant à un carrefour, en face d'un fossé avec un retranchement en arrière qui barrait la route. Il dut s'arrêter et, au même instant, de toutes les maisons voisines partit un feu de mousqueterie nourri et continu qui causa de grandes pertes. M. de la Faye tomba blessé mortellement et ses soldats, pour se mettre à couvert, se jetèrent précipitamment à droite et à gauche derrière les encoignures des maisons, d'où ils ripostèrent vigoureusement à l'ennemi.

M. de Chauvelin, informé de la blessure de M. de la Faye, se porta alors lui-même à l'avant-garde. En même temps il fut assailli sur ses deux flancs. A gauche, une colonne piémontaise passait la Polceverra, malgré une forte crue, pour tomber sur ses derrières el le couper du Belvédère. Il jeta à la hâte i compagnie de grenadiers et des piquets dans les jardins et le long des murs qui bordent la rivière, et les fit soutenir par tout ce qu'il put rassembler des paysans à la suite de sa colonne. A droite, un nombreux détachement autrichien avait, par un chemin étroit et tortueux, gagné la hauteur de Montoja, et de là s'avançait à bonne portée et commençait à faire feu sur nos troupes. Le moment était critique ; attaqués de tous côtés, bientôt la face des choses changea; nos soldats et les paysans qui bordaient la Polceverra firent sur les Piémontais des décharges si nourries que ceux-ci ne tardèrent pas à reculer et à repasser la rivière en désordre.

D'un, autre côté, M. le duc de Boufflers à la Tenaille surveillait tous les mouvements de l'ennemi; voyant le danger menacer la droite de M. de Chauvelin, il fit déboucher par la porte de Grcnarol M. le chevalier de Belloy et M. de Monteil avec un corps considérable de paysans et de bourgeois tenus en réserve sur le rempart y leur approche suffit pour faire reculer les Autrichiens, qui, effrayés T. m. 15

par leur nombre, évacuèrent aussitôt Montoja et regagnèrent les maisons à l'abri desquelles ils communiquaient avec la Miséricorde.

M. de Chauvelin, ainsi dégagé et soutenu, reprit son attaque de front. Tout en montrant en face une partie de ses troupes, il fit filer sur sa gauche des grenadiers et des fusiliers avec ordre de longer la Polceverra et de tourner le retranchement. Cette colonne marcha bravement en avant, anéantit complètement un corps de Piémontais postés entre le village et la rivière, et s'engagea avec tant de vigueur que les défenseurs du retranchement et du village, effrayés et craignant d'être enveloppés, s'enfuirent précipitamment. On pénétra à leur suite dans les rues de Rivarolo, tandis que les paysans restés en arrière bordaient les rives de la Polceverra de manière à s'opposer à une nouvelle tentative des Piémontais sur notre flanc, et on arriva jusqu'à l'église située à l'extrémité du village et au pied même de la hauteur de la Miséricorde. Force fut de s'arrêter : les galeries, les terrasses, les enclos et les fenêtres du couvent étaient garnis d'un nombre prodigieux d'ennemis, dont le feu continuel empêchait les colonnes de déboucher; la gauche, qui avait voulu gagner du terrain, venait d'être ramenée.

M. de Chauvelin établit alors ses troupes dans une ligne de grosses maisons parallèle à la hauteur de la Miséricorde et se relia par sa droite avec la colonne de M. de Stockart qui occupait toujours les abords du palais Pallavicini. L'ennemi, nous voyant immobiles et nous jugeant découragés, fit alors une sortie furieuse du couvent sur l'église et fit plier un instant nos troupes qui reculèrent en désordre. M. de Stockart, sur l'ordre de M. de Chauvelin, se jeta vigoureusement sur leur flanc, arrêta leur élan, regagna en un instant tout le terrain perdu et les contraignit à se réfugier de nouveau derrière les murs du couvent. Il n'y avait plus alors qu'une demi-heure de jour, et il devenait impossible de songera enlever la Miséricorde. Le but proposé était, d'ailleurs, en partie atteint par les pertes sanglantes infligées à l'ennemi et de nature à ralentir son ardeur. La prise de Rivarolo permettait de rétablir en avant de l'enceinte la ligne de postes avancés que la déroute des paysans nous avait fait perdre la veille. M. de Chauvelin se décida à replier ses troupes. Il effectua sa retraite en très bon ordre et regagna le Belvédère à la chute du jour, sans avoir été inquiété par l'ennemi, qui, loin de chercher à nous poursuivre, éprouvait des craintes si

vives pour ses positions, qu'il passa toute la nuit sous les armes. L'action avait duré quatre heures, et nous perdîmes trois fois moins de monde que nos adversaires (l).

Une période de calme suivit cette affaire du 21; à peine quelques engagements eurent lieu du côté des sources de la Bisagna. Vers la fin de mai se manifesta cependant dans les lignes ennemies un mouvement inusité, M. de Schulemburg, en effet, refluait vers sa gauche les troupes de sa droite. Les Piémontais, déjà forts de 12 B. et de milices aux ordres de M. de la Roque, lieutenant généralj, restèrent seuls sur la rive droite de la Polceverra entre Sestri et la Miséricorde, et les Autrichiens renforcèrent leur ligne, transportèrent tous leurs camps entre la Miséricorde et le mont de Greto et allongèrent leur gauche sur Montoja. L'ensemble des forces de M. de Schulemburg, établi avec son quartier général à Télio, montait alors à 25,000 hommes. Muni de canons et de mortiers, il n'osait encore commencer un siège régulier et son audace semblait singulièrement refroidie depuis la sortie sur la Miséricorde.

Le moral des défenseurs de Gênes restait, du reste, excellent, et leur infériorité numérique rachetée par la confiance. Ils savaient que le roi tiendrait ses engagements envers la république, et dirigeait par Monaco, sur Gênes, 4 nouveaux B. (Nivernais, Royal- Comtois, de Berg, Bresse), que M. de Boufflers destinait à combler les vides des combats, des maladies, les déficits provenant des détachements capturés ou encore bloqués par les Anglais. Les Espagnols, de leur côté, se proposaient d'augmenter aussi leur contingent de 2 ou 3 nouveaux B.

De graves événements se préparaient sur le Var, et une diversion puissante allait être opérée sur les Alpes. M. le maréchal de Belle-Isle avait effectivement, de concert avec le roi et les mi-

(1) Parmi les tués ou morts de leurs blessures étaient : MM. le marquis de la Faye, colonel de Royal-Comtois; de Salis, capitaine au régiment de sou nom ; Roch, lieutenant au régiment de Vigier. Parmi les blessés étaient : MM. de Chauveliu, maréchal de camp; de Rcding, colonel; de Terrazini, cajilaine de grenadiers dans Royal-Italien : ces trois derniers furent cités à l'ordre de l'armée pour leur belle conduite, ainsi qu(! MM. de Lannion , de Stockarl, de Monteil et d'Ancilhon. M. de Terrazini reçut, en outre, le brevet de liculenant-colonel, cl M. de Monteil fut nom.mé colonel du Nivernais en remplacement de M. de Roquéiàne, qui succéda à M. de la Faye dans le commandement de Royal-Comtois.

nistres, arrêté dans ce sens le plan futur de ses opérations. L'armée de Provence devait former deux corps ; l'un devait envahir le comté de Nice et chasser l'ennemi de la côte, l'autre marcher sur Exiles et ouvrir le chemin du Piémont.

M. le duc de Boufflers recevait de nouveaux renforts; sur les 6 B. embarqués à la iin d'avril, le régiment de Gensac, presque en entier, débarqua dans la nuit du 27 au 28, ainsi qu'une partie de Royal-Bavière et 1,200 Espagnols. L'arrivée de tous ces détachements permit de renforcer considérablement nos postes extérieurs, ceux du faubourg de Saint-Pierre d'Arène et du Belvédère , que gardait M. de Chauvelin, celui des Deux-Frères, établi de nouveau avec M. de Roquepine, celui de la Madona del Monte, sous M. de Leyde, colonel espagnol.

On put également, sans risquer de trop s'affaiblir à gauche et au centre, détacher sur la droite, vers les sources de la Bisagna, un nouveau corps aux ordres de M. de Lannion, afin de soutenir ce côté et d'être ainsi plus en force sur ce point, vers lequel le mouvement récent de l'ennemi faisait prévoir Une attaque et que menaçaient les Anglais. Après avoir bloqué Gênes, ils venaient, dans l'intention de nous prendre à revers, d'essayer à Nervi une tentative de débarquement, heureusement déjouée par le feu de la plage.

Le maréchal de Belle-Isle, parti de Versailles au commencement de mai, arriva le 10 à Lyon ; il y donna ses ordres sur la formation des magasins de l'armée et se rendit, le H, à Valence, oii il se concerta avec M. de Marcieu, qu'il chargea de surveiller les approvisionnements à réunir dans le Dauphiné et les dispositions nécessaires à la marche et à l'établissement des troupes dirigées sur cette province pour opérer du côté de Briançon.

Le 13, à Bagnols, près d'Uzès, il eut une conférence avec M. de la Mina, lui fit part du plan de campagne arrêté et s'entendit avec lui sur le concours des Espagnols, puis il rejoignit son quartier général à Brignoles. De là il donna immédiatement ses ordres quant à la levée des quartiers d'hiver et la désignation des troupes françaises destinées à franchir la frontière : elles se mirent aussitôt en route pour gagner leurs emplacements respectifs sur le Var et en Dauphiné. De leur côté, les Espagnols s'ébranlèrent et se dirigèrent du Languedoc sur le Var à la suite de nos troupes. L'infant

et le duc de Modène, avec M. de la^îNIina, quittèrent Montpellier, leur quartier général depuis le mois de février, et se rendirent à Aix le 23 mai.

Les îles Sainte-Marguerite étaient toujours au pouvoir de l'Autriche. Le maréchalne voulait pas laisser derrière lui une forteresse qui, par sa situation, offrait aux entreprises des vaisseau. k anglais sur nos côtes un point d'appui important et enlevait toute sécurité au littoral voisin. Déjà, avant son départ pour Versailles, il avait résolu de s'en emparer. Le fort de Sainte-Marguerite était défendu par des troupes aux ordres du major d'Esteler, et 6 vaisseaux de guerre de l'Angleterre, avec des barques armées, se tenaient constamment en vue pour empêcher tout débarquement. Les difficultés et les dangers de l'expédition ne l'arrêtèrent point, et, en remettant le commandement de l'armée au chevalier de Belle-Isle, il le chargea spécialement de veiller, pendant son absence, à tous les préparatifs. Dès le 19 avril, les troupes destinées à l'attaque vinrent s'établir à Cannes en face de Sainte-Marguerite. M. de Chevert, ayant sous ses ordres M, du Barail, devait les commander. L'artillerie, avec quantité de munitions de guerre, gabions et fascines, arriva le lendemain; on s'occupa immédiatement d'établir et d'armer des batteries sur la côte, en attendant l'arrivée des bâtiments sur lesquels nos troupes devaient, sous la protection de notre escadre, prendre passage pour s'élancer sur les îles. Ces bâtiments, tous de petite dimension, avaient été rassemblés à Frcjus; ils attendaient, pour gagner la rade du Théoul, que l'escadre de guerre armée à Marseille et à Toulon fût en mesure de les escorter.

Celte escadre était commandée par M. de Bompart, capitaine de vaisseau, avec le chevalier de Pilles. Ce dernier, parti de Toulon le 24 avril, prit à sa suite, en passant à hauteur de Fréjus, les barques destinées au transport des troupes et les amena heureusement, le 30, au Théoul. M. de Bompart, parti le 25 avril, n'y •arriva que le 2 mai : il avait dû, pour échapper aux Anglais, se jeter à la hâte dans le port de Fréjus et y avait été bloqué quelques jours avec un convoi chargé de farine et de blé pour les troupes destinées à opérer sur le Var. Ce convoi continua ensuite sa route sur Antibes, escorté par les galères de M. de Pilles, qui pendant le trajet capturèrent une tartane anglaise.

Tout était donc prêt au commencement de mai : les vents contraires et la présence des vaisseaux de l'amiral Byng, venu en personne rejoindre la flotte, empêchaient toute entreprise.

Une première fois, le 14 mai, profitant d'un gros temps qui avait forcé les Anglais à s'éloigner, nos troupes s'embarquèrent, mais elles reçurent bien vite contre-ordre par suite du retour précipité des Anglais. Les choses traînaient en longueur, et les soldats du corps expéditionnaire comniençaient à s'impatienter d'un si long relard, lorsque M. le maréchal, désireux lui-même d'en finir, et ayant terminé l'acheminement de ses troupes sur le Var, arriva, le 23 mai, de son quartier de Brignoles à Cannes. Dès le lendemain, une circonstance merveilleusement favorable à ses desseins permit de tenter enfin l'expédition si longtemps attendue. Un nouvel orage, plus furieux que le premier, éclala et força les Anglais à chercher un refuge jusque dans le port de Villefranche; puis la mer s'apaisa tout à coup. On prit aussitôt les dispositions arrêtées d'avance. Les troupes se formèrent en deux colonnes, l'une à Cannes, l'autre à Graillone, et, le 23 au matin, au signal d'un coup de canon tiré par M. de Bompart, nos batteries de la Croisette ouvrirent le feu sur le fort de Sainte-Marguerite et l'embarquement commença. A 8 heures, toutes les barques de transport mirent à la voile avec les troupes. A 9 heures et demie, le convoi parti de Graillone aborda à la pointe orientale de l'île; à 10 heures , celui de Cannes parut à la pointe occidentale, et le débarquement se fit sans résistance sous la protection de nos galères, qui allèrent immédiatement après canonner le fort de Saint-Honorat, dont la garnison se rendit le soir même. De son côté, M. de Chevert, aussitôt à terre, ouvrit la tranchée devant le fort Sainte-Marguerite, après avoir élevé des batteries aux deux pointes de l'île pour s'assurer contre un retour des Anglais, le battit en brèche, et, le 26 au soir, avant que l'amiral Byng, qui revenait en toute hâte de Villefranche, fût arrivé, força le major d'Esteler à se rendre prisonnier de guerre. Nos troupes laissèrent une garnison dans le fort et rentrèrent à Cannesle 27. Le maréchal, qui était allé visiter les îles, rentra avec elles; il se rendit ensuite, le 29, à Gagnes, oh il fut rejoint, le 31, par M. de la Mina avec 2 de ses B.

Les troupes françaises étaient alors en marche, tant pour renforcer les camps sur le Var que pour occuper ceux du Dauphiné.

12 B. prenaient celte dernière direction; ils devaient, avec les

18 B. déjà envoyés dans cette province au mois de février, former un total de 30 B. aux ordres de M. d'Argouges alors à Embrun; 7 devaient occuper différentes places, les 23 autres former trois camps : l'un de 12 B. à Tournoux avec M. d'Autanne; un second de 5 B. à Guillestre avec M. de Larnage ; le troisième de 6 B. à Briançon avec M. d'Arnault , qui venait de quitter son commandement sur le Var.

23 B. s'acheminaient sur le Var et allaient ainsi porter à 59 B. la force du corps destiné à opérer vers Nice. Sur ces 59 B. , 45 devaient être réunis à Saint-Laurent aux ordres directs de M. de Belle-Isle, 9 à Garros sous le commandement de M. de Maulevrier, et 5 entre le Broc et Toulon avec M. de Mailly d'Haucourt, maréchal de camp. 33 B. espagnols étaient en route derrière eux :

19 qui avaient hiverné en Languedoc et en Provence, et 14 qui arrivaient d'Espagne et devaient débarquer à Cette.

14 B. français devaient rester en Provence, destinés à garder les côtes de l'embouchure du Rhône à celle du Var. Ils se composaient de 5 B. de campagne, 6 de milices et 3 de gardes-côtes, placés sous les ordres de M. le chevalier d'Orléans, grand prieur et général des galères, qui commandait depuis le Rhône jusqu'à la Giotat, et de M. de Saint-Jal, depuis Toulon jusqu'à Antibes.

La cavalerie française, composée de 65 E., dont 40 de cavalerie et 25 de dragons, avait ordre d'envoyer sur le Var 38 de ses E. et de cantonner le reste sur les derrières : 33 E. à Bourgoing aux ordres de M. de Ghazeron, et 14 dans le comtat d'Avignon sous le commandement de M. deMauroy. La cavalerie espagnole, forte de de 40 E., dont 18 en route venant d'Espagne, devait rester en Languedoc, où 22 E. cantonnaient déjà. L'ensemble de l'armée d'Italie formait ainsi 129 B. et 105 E.; le contingent français était de 96 B. et 65 E.

En vue de la nouvelle campagne, l'état-major général fut reconstitué et les lettres de service adressées, le 1" juin, aux officiers généraux appelés à exercer un commandement.

A cette époque, 8 B. rejoignaient par étapes forcées (1). Le

(1) Poitou, 1 B.; gardes lorraines, 2; Traisnel, 1 ; Bigorre, 1 ; Blaisois, 1 ; Royal- Lorraine, 2.

maréchal n'eut pas besoin d'attendre leur arrivée pour commencer les opérations et envahir le comté de Nice. M. de Leutrum, en ell'et, gardait les bords du Var avec des forces bien inférieures aux nôtres. jMalgré quelques renforts reçus depuis peu, son armée ne s'élevait pas à plus de 27 B., avec quelques croates et d'autres troupes légères. Il occupait Nice avec 5 B., Aspremont avec 3, et tenait le reste en réserve à la Turbie; ses troupes légères bordaient le Var.

A cette date, 45 B. français et 2B. espagnols occupaient déjà le Var, ainsi que 3 E. de dragons français, 3 d'espagnols et 3 de hussards Ferrary. Ces troupes formaient les camps de Saint-Laurent, Garros et le Broc (1).

L'ennemi était endormi dans une fausse sécurité, car le Var, enflé par des pluies torrentielles, semblait, par sa profondeur et par sa largeur, offrir à toute tentative de notre part un obstacle infranchissable. Le maréchal de Belle-Isle, résolu de se porter en avant, donna, le 2 juin, l'ordre de lever les camps à 9 heures du soir. Les troupes se formèrent en cinq colonnes prêtes au premier signal. La première, aux ordres de M. le chevalier de Belle-Isle, partant du camp de Saint-Laurent, devait passer le Var près de son embouchure. La deuxième, commandée par M. de la Ravoye, composée du reste des B. établis à Saint-Laurent ;, avait ordre de franchir le fleuve un peu en amont du pont. La troisième, aux ordres de M. de Bissy, suivait les deux premières. La quatrième, formée des troupes de M. de iMaulevrier, et la cinquième, comprenant les 5 B. de Mailly d'Haucourt, devaient tenter le passage en face même de leurs camps de Garros et du Broc. L'objectif des trois premières colonnes était Nice, celui des deux dernières Aspremont.

(1) Camp de Saint-Laurent (M. de Belle-Isle) : la Marine, 4 ; Penthièvre, 2 ; Bourbonnais, 3; Dauphiné, 1; Béarn, 1 ; Poitou, 9.; Luxembourg, I ; Beauce, 1 ; Anjou, 3 ; Royal-Comtois, 1 ; Bretagne, 2 ; Royal-Barrois, 1 ; Provence, 2 ; Talaru, 1 ; Ilede-France, 1 ; Beaujolais, 1 ; Forest, 1 ; Espagnols, 2 ; volontaires royaux, 4.

Camp de Garros (M. de Maulevrier) : Condé, 2; Nivernais, 1; Cambrésis, 1 ; Languedoc, 1; Quercy, 1 ; la Tour d'Auvergne, 1 ; Saintonge, 1.

Camp du Broc (M. de Mailly) : la Roche-Aymon, 2 ; Vivarais, 1 ; Médoc, 2.

La cavalerie, 6 compagnies de grenadiers, 12 piquets, les volontaires d'Anfrenet, ainsi que la compagnie d'ouvriers des volontaires royaux.

Le 3, à la pointe du jour, l'ordre est donné. En tête de toutes nos colonnes marchaient des détachements de troupes d'Espagne pour montrer que nous jouions seulement le rôle d'auxiliaires sur le territoire du roi de Sardaigne, et que nous n'étions pas avec lui en guerre ouverte. Le passage du Var s'effectua avec calme et en très bon ordre, les hommes ayant de l'eau jusqu'à la ceinture; il était terminé à 7 heures du matin avec la perte, dans cette opération, de quelques soldats noyés, entraînés par le courant. L'ennemi n'avait opposé aucune résistance; ses détachements avancés, après quelques décharges, s'étaient repliés de poste en poste sur les hauteurs, poursuivis vivement par les hussards de Ferrary, entrés pêle-mêle avec lui dans le petit retranchement de Saint-Laurent. La droite de notre armée, formée des colonnes de MM. le chevalier de Belle-Isle, de la Ravoye et de Bissy, se porta immédiatement sur Nice, précédée d'une forte avant-garde aux ordres de M. d'Arnault et composée de 4 B. des volontaires royaux, de 13 compagnies de grenadiers et de 22 piquets. M. de Leutrum, surpris et déconcerté, n'eut que le temps de porter sur ses derrières les 5 B. de cette place et de s'enfuir lui-même, abandonnant une partie de ses équipages pour éviter d'être coupé dans sa retraite par M. d'Arnault arrivant en toute hâte sur le défilé de Mont-Gros.

Notre avant-garde masque Villefranche, et M. de Bissy, qui la suivait avec du canon , se porte devant le fort de Montalban, sur lequel il commence le feu.

Les colonnes de MM. de Belle-Isle et de la Ravoye prirent position sur les hauteurs de Simiers et de Saint-Pons, et le maréchal entra dans Nice. Les magistrats, venus à sa rencontre, lui offrirent leur soumission avec les clefs de la ville : il refusa de les recevoir, disant qu'il n'était venu à Nice avec les troupes du roi que pour le service de l'infant et comme auxiliaire du roi d'Espagne; que par conséquent elles devaient être remises à M. de la Mina, et qu'ils s'adressassent à lui pour régler tous les détails d'administration et de finances, conséquence de l'occupation; que, prenant en considération leurs promesses de soumission, dès à présent ses troupes ne traiteraient pas Nice en ville conquise.

jNI. de la Mina arrivait, après avoir assisté au passage du Var par nos troupes et à notre marche en avant. La promptitude et la précision de nos mouvements l'avaient beaucoup frappé, et il nedissi-

mulait pas l'admiration de nos progrès dans l'art militaire. En un jour, toute l'armée avait passé sur la rive gauche du Var, malgré une crue extraordinaire; Nice pris, Montalban et Villefranche investis, enfin, l'ennemi rejeté sur la Turbie, on rétablissait le pont de Saint-Laurent, dont une portion avait été brûlée lors de l'évacuation de la Provence par M. de Braun (1) , et on déployait dans ce travail une telle activité que, dès 7 heures du soir, les communications étaient reprises avec la France.

Pendant ce temps, les deux colonnes de MM. de Maulevrier et de Mailly, à notre gauche, s'étaient portées droit sur Aspremont, en même temps qu'un détachement aux ordres de M. de la Brosse, en avant-garde, tournait les hauteurs du côté de Levenza et abordait de flanc ce poste ennemi. Les 3 B. piémontais, effrayés du mouvement convergent et du nombre de nos soldats, s'étaient à la hâte repliés sur Lescarène. Ils n'y restèrent pas longtemps : dès le lendemain, tandis que notre droite, arrêtée en face de Montalban et de Villefranche, restait dans ses positions, notre gauche, continuant sa marche, les en délogea; elle s'empara ensuite de Luceram, et, s'étendant alors du côté de la mer, marcha sur la Turbie. M. de Leutrum n'avait pas attendu son arrivée pour évacuer ce poste; déjà il avait ramené toute sa ligne en arrière sur les hauteurs qui séparent le Paglion de la Bevera, et établi ses troupes à Menton, Roquebrune, Castelar, Gastiglione et Sospello. M. de Mailly prit position à Bevera; M. de la Chetardie, qui remplaçait provisoirement dans le commandement du corps venant du camp de Garros M. de Maulevrier, envoyé à Versailles pour porter au roi la nouvelle du passage du Var, fit camper ses B. à Notre- Dame de la Ghette et à la Trinité avec une avant-garde à la Turbie. On attendit dans cette position, couvrant les sièges de Montalban et de Villefranche, que la chute de ces deux places permît à l'armée réunie à Nice de reprendre son mouvement en avant et de tomber en force sur les Piémontais.

Le fort de Montalban, canonné dès le 3 juin par M. de Bissy, fut attaqué le premier. Le 4 au soir, la tranchée est ouverte ; les murs

(1) Braun, ou Browne (Maximilien-Ulysse, comte de), général en chef au service d'Autriche, d'origine irlandaise, né à Bâle, le 23 octobre 1705, mort à Prague, le 26 juin 1757.

sont battus en brèche le 5, avec des pièces et des mortiers arrivés par le pont du Var, devançant le reste de l'artillerie encore à Antibes. Le comte de Saint-Sébastien, commandant du fort, capitule après quelques heures de feu et se rend prisonnier de guerre avec sa garnison.

Sans perdre un instant, les troupes employées au siège de Montalban, changeant alors d'objectif sans quitter leur position, commencèrent le siège de Villefranche. La grosse batterie élevée contre la première de ces places fut tournée contre la seconde, et deux autres batteries, l'une de canons, l'autre de mortiers, sont établies dans le fort de Montalban lui-même. Le feu est ouvert le 6 au matin, et, dans la nuit du 6 au 7, la tranchée commencée sous leur protection aussitôt achevée, une batterie est construite audessous de Montalban qui devait battre en brèche les murs de Villefranche ; elle commença à tirer le 8 et ne cessa pendant deux jours de foudroyer les remparts. Le revêtement de la place, bâtie sur le roc, était si ferme et la maçonnerie si épaisse, que nos projectiles ne produisirent d'abord presque aucun effet. Cependant, comme les assiégés, renfermés dans leurs casemates, ne répondaient presque pas à notre feu, les travaux d'approche marchaient rapidement, malgré les difficultés du terrain exceptionnellement résistant. On parvint, le 11 au matin, à l'angle saillant du chemin couvert. Le chevalier de Belle-Isle, chargé de la direction du siège, formait déjà ses colonnes d'attaque et allait s'élancer avec elles hors des tranchées, lorsque l'ennemi, que nos bombes avaient enfin réussi à atteindre dans ses casemates, battit la chamade. Le chevalier de Rossi , lieutenant général et gouverneur au nom du roi de Sardaigne, rendit la place, le 11 au soir, à M. de la Mina et se constitua prisonnier de guerre avec toute la garnison, à la vue même des vaisseaux anglais accourus pour aider à la défense et qui ne furent que les témoins impuissants de la capitulation.

M. de Bezons porta à Versailles la nouvelle de la prise de Montalban; M. de Goas, le plus ancien colonel de notre infanterie, le suivit pour annoncer . la chute de Villefranche. Tous deux reçurent à cette occasion le brevet de brigadier.

M. de Belle-Isle se porta ensuite en avant pour mettre le siège devant Vintimille. Le 14, ses troupes, formées en cinq colonnes, oc-

cupèrent Menton, Castelar, Castiglione, Oliveta et Sospello, d'où M. de Leutmm était parti la veille, se repliant sur la Penna; le corps de M. de Mailly s'établit au défilé de Perus, et le quartier général à Menton, oil, pendant quelques jours, le maréchal resta occupé à conférer avec M. de la Mina, et à donner ses ordres tant en vue du siège qu'au sujet des affaires de Gênes et de la diversion préparée sur les Alpes. Pendant ce temps, tous les régiments avaient rejoint^ et Tarmée s'élevait alors à 73 B., dont 54 français et 19 espagnols. M. de Leutrum, en forces bien inférieures, ne pouvait désormais que céder le terrain et laisser le champ libre à nos entreprises sur Vintimille.

La place fut investie le 20, Un corps de 23 B., franchissant la Roya, alla camper àBordighera, à Gampo-Rosso, ainsi que sur les hauteurs de Gastel d'Oppio, et un gros détachement à San- Rémo pour observer les Piémontais, qui, pour ne pas rester à la Penne, s'étaient, à la vue de notre mouvement, repliés sur Vilaguardia entre Orméa et Oneille, appuyant leur droite aux montagnes et leur gauche à la mer, sur Porto-Maurizio.

Vintimille resserrée, le 26 seulement, on put commencer abattre les remparts. L'artillerie, les munitions de guerre, les matériaux de siège, amenés par mer à Menton, puis dirigés sur nos parcs établis à Lora et à Bordighera, n'arrivaient que successivementet difficilement à cause des Anglais, qui donnaient la chasse à nos convois. Enfin, avec les canons et les mortiers, établis en batterie sur les hauteurs dominantes de Gastel d'Oppio, le feu fut ouvert. Deux jours suffirent à réduire au silence l'artillerie de la place, et, dans la nuit du 27 au 28, nos travailleurs commencèrent l'ouverture de la tranchée sous M. de Ghevert. Nos approches avancèrent rapidement par un chemin creux qui contournait à distance la fortification et formait ainsi une sorte de parallèle déjà toute tracée. Cette circonstance nous permit d'arriver dès le 28 au matin, avec nos têtes de sape seulement, près du pied du glacis.

La nuit suivante, les travaux sont poussés, un peu plus loin, quand on dut s'arrêter, avant d'arriver au chemin couvert, pour ne pas gêner notre artillerie; enfin celle-ci fit brèche, le 29, à la face droite de la demi-lune attaquée, et l'ennemi se relira dans l'enceinte.

Nos canons dirigèrent alors leur feu sur elle, mais il fallut d'abord démolir une muraille très solide qui la dérobait à nos coups;

pendant deux jours, nos projectiles vinrent se briser impuissants contre cet obstacle inattendu. Enfin, renversé par nos bombes, il s'écroula et découvrit le rempart. Quelques heures après, la brèche faite, le fossé presque comblé parles décombres, la place restait à la merci d'un assaut. Le gouverneur, M. le lieutenant-colonel de Franck, n'osa pas Tattendre et capitula le 1" juillet; il se rendit prisonnier de guerre avec sa garnison.

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