ACTE lir
LEFEBVnE.
Pauvre madame de Ransberg, c’est vrai , elle a bien souffert !
VALENTINE
Oui... toutes ses souffrances, tous ses malheurs , elle me les confia à son lit de mort, en ajoutant ; « que mon exemple ne soit pas perdu pour toi, ma fille !... » puis sa main se glaça dans la mienne et ses lèvres se fermèrent pour toujours en murmurant ces derniers mots ; « Souviens-toi, ma Valen- » tine!... » fEiie essuie une Uvme ) Voilà pourquoi jc ne désabusai point Clématite, lorsque agenouillée près d’elle, à l’église, et vêtue d’habits de deuil fort simples, je lui parus n’étre qu’une pauvre fille comme elle voilà pourquoi je me trou-
vai si heureuse quand , visiteuse assidue de sa pauvre mansarde , je me sentis entourée d’amis sincères , désintéressés , car leur affection s’adressait, non à la riche M»e de Ransberg, mais à ’Valentine, la pauvre ouvrière et puis (EUe baisse
les yeux.)
LBFEBVBE.
Et puis , à l’amitié était venu se joindre un autre sentiment
VALENTINE
Nous avions des voisins , bons et braves jeunes gens
M. Lucien, l’un d’eux, m’avait dit qu’il m’aimait; il m’avait offert sa main, et, voyez si la Providence n’avait pas préparé tout cela. ..j’avais retrouvé dansM. Lucien, le lils d’un homme qui a autrefois exposé sa vie pour sauver celle de ma mère ; elle avait cherché longtemps cet homme pour acquitter envers lui sa dette de reconnaissance... C’est Dieu qui nous avait , rapprochés, indiquant ainsi à mon cœur un devoir à remplir, en même temps qu'il plaçait sur ma roule le bonheur après lequel j’aurais pu courir comme tant d’autres, sans jamais l’atteindre. — Une seule chose me préoccupait... on accusait M. Lucien d’ambition; j’ai voulu tenter une épreuve ; épreuve terrible, mais décisive!... la dette de ma mère, je l’acquitte... je fais du pauvre artiste un des riches de la terre ; je l’ai placé de telle façon , qu’il a été forcé d’opter entre la fortune considérable que lui léguait la reconnaissance de M^o la baronne de Ransberg, et l’humble ouvrière qu’il aime. Il a résisté à celle épreuve. Jamais femme n’a donc été aimée autant que je le suis... vous voyez bien. Monsieur, que ce que vous appelez un roman a été un acte de hffbte sagesse.
LEFEDVUE.
Ah! je suis vaincu, je m’humilie... (n va prendre son rouleau sur là table.) Savez-vous qu'il a fallu ourdir des chefs-d’œuvre d’iiabilelé pour réussir constamment à vous soustraire aux poursuites des coureurs de dot : une chasse aux millions c’était fort tentant!...
' l.efebvrc, Valenline.
VALENTINE
Le fait est que mon existence, en partie double , a été diflicile à bien mener...
LEFEBVRE
Peste, je le crois bien !... Baronne de Ransberg, de deux à quatre heures dans votre hôtel, rue de Varennes... ouvrière le reste du temps dans une mansarde du Marais , et travaillant comme si vous aviez besoin de cela pour vivre.
VILENTINE.
Ne croyez pas, au moins, que je fasse concurrence à ma pauvre Clématite.
LEFEBVRE
Oh ! je sais que ces petits vêtements d'enfants que vous confectionnez avec tant d’ardeur, vous les distribuez à de pauvres familles qui vous les paient en larmes de bonheur et de reconnaissance.
VALEMTIKB.
Oui , et c’est singulier comme j’ai plus de plaisir à' donner cela qu’à donner de l’or.
Air du Baiser au parleur.
Qu’est un peu d'or pour l’opulence ?
Riche, on est humain aisément.
Bien plus douce est la bienfaisance Qui coûte peine et dévoûment... (éis.)
Avoir alors pour tout salaire,
L’aspect du bonheur qu’on donna.
Ah-! qu’il est bon de so faire ouvrière,
, Pour travailler à ce prix-là.
LEFEBVRE
Oh! l’un n’empêche pas l’autre chez vous!... Ah! ça, j’ai tout préparé , voici le contrat... j’entends vos amis, c’est au * milieu d’eux que je vais en donner lecture ; ils apprendront à la fois le désintéressement de M. Lucien et la récompense brillante qui en est la suite.
VALENTINB.
Non, pas encore , ce serait trop brusque, laissez-moi préparer Lucien..
LEFEBVRE
Comment?...
VALENTINE
Attendons à demain... c’est chez moi que nos amis apprendront tout... d’ici là, je trouverai... j’arrangerai... enfin, fiezvous à moi,., mais un jour encore je veux rester Valeritine l’ouvrière; il me semble qu’aujourd’hui la fortune gâterait tout.
LEFEBVRE
Soit alors, je n’ai plus besoin ici... à demain donc... et à votre hôtel... M'i® de Ransberg, mais demain plus de cachotteries... mon rôle de notaire mystérieux cessera?...
Lefebvre, Yalenllnc.