‹ Les Gueux de mer et la prise de la Brille (1568-1572) [microform]Chapitre 2 sur 8 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Continuation du mécontentement public. — Causes de ce mécontentement. — Amsterdam et les gueux de mer. — Mesures prises contre ces derniers. — Billy et Spierinck. — Embarras du duc d'Albe. — l'rogrès des gueux. — Vîtes du prince d'Orange sur Enkhuizen. — Cruautés des belligérants. — Hartman Gauma. — Guislain de Fiennes, amiral des gueux. — Leurs opérations suspendues par le débordement de la mer. — Leurs désordres et leurs excès. — Découragement du comte de Meghem. — Insuccès du duc d'Albe. — Difjieultés de la situation. — Tentative de Herman de Ruyter sur le château de Loëvestein. — Le duc demande à retourner en Espagne. — Lumay et les gueux.

Rien ne pouvait dompter le mécontentement qui régnait dans tous les esprits et dans tous les cœurs ; partout la révolution couvait sous la cendre. Je Tai dit ailleurs, et ici mon opinion se trouve confirniée par le témoignage de Mendoça, ce n'est pas exclusivement à l'introduction du nouveau système d'impôts qu'il faut en attribuer la vraie cause, pas plus qu'aux garnisons, aux logements militaires et h la brutalité des soldats étrangers. Sans doute, ces motifs agirent puissamment sur les peuples des Pays-Ras. Aux Relges restés sous la dominalion du duc d'Albe, leurs frères exilés demandaient , en effet, pourquoi ils se résignaient à avoir continuellement chez eux une soldatesque ennemie, à fournir de nouveaux

1 Archives du royaume, Conseil des troubles^ vol. XXXVI, f. 312 verso. — Arthur Dinaux, Archives historiques du Nord de la France, t. II, p. 49 et 50.

impôts pour la payer, à supporter un joug qui ne cesse- S de les écraser s'ils ne se décidaient, enûn, a le secouer et les Belges finirent par comprendre qui s Saeît plus maîtres dans leur patrie, puisque cette so dates^^ occupait leurs maisons; qu'ils n'étaient plus mïïtres de leurs biens, ni des fruits de leur travad, m de Es femmes ni de eurs enfants, ni surtout de eurs àm pSu' is étaient contraints et punis, dès qu'ils ne îwa en? pas catholiquement. Et. toutefois, ils ne voulaient nas se révolter contre le roi; ils ne tendaient qu'a s affran- S r de la tyrannie du duc d'Albe et de ses Espagnols, qu'ils accusaient de s'être emparés des Pays-Bas sans es ordres de Philippe II, avec le seul consentement du pape e des inquisiteurs. Tel était, dans le principe, le langage des insurgés; et pour le corroborer, des régiments entiers de îeurs soldats portaient des écharpes rouges et les mêmes croix au drapeau que les troupes royales. Lin- Ecc de ces propos était fortifiée par la facilit es habi lants à croire tout ce qu'on leur contait, et Ion peut assurer que souvent ils se montrèrent plus certains, plus convaincus de ce qu'on leur disait que de ce qu ils avaient

vu de leurs yeux.

D'autres étaient d'opinion différente. Tout en reconnaissant qu'on pouvait trouver, dans ces griefs , des mobiles de révolution, ils soutenaient que la principale cause était fa pression des hérétiques. Ce qui leur donnait ceUe pensée, c'est que, dans le principe des .troubles les mécontents mettaient la plus grande animosite a la destruction des églises et des monastères, poursuivaient Tes pr^res et les moines, les dépouillaient de leurs biens et infligeaient de cruels traitements a ceux qui tombaient Sitre leurs mains. C'était l'exécution des édits sangmnaues de Charles-Quint qui avait provoque la prise darmes lors des premiers troubles, à une époque ou le ro ne demandait point aux états de nouveaux sacrifices d argent et envoyait, au contraire, tous les ans des fonds pour l'entretien du pays; il n'y avait point alors de

soldats dont les Beiges pussent accuser la conduite licencieuse *.

Cependant, en présence des brigandages exercés par les gueux de mer, Amsterdam arma un vaisseau et quelques barques. Trois pirates furent pris et exécutés dans cette ville, qui demanda aux états de Hollande de recourir à des moyens énergiques contre les écumeurs de mer; mais ces états répondirent que c'était là une question d'intérêt général qui ne pouvait être résolue que par les états de toutes les provinces des Pays-Bas et avec le concours du gouvernement (août et septembre 1569 2).

Enfin, Viglius, président du conseil privé, sollicité par ces mêmes états de Hollande et par ses parents et amis

^ Commentaires de Bernardino de Mcndoça mr les événements de la guerre des l'ays-Bas, traduction nouvelle par Loumier, avec notice et annotations par le colonel Guillaume Bruxelles, i860;, t. I, p. 244- 248. — Les; renvois que je fais k l'auteur se rapportent également aux excellentes annotations de M. Guillaume, toutes les fois qu'elles y sont relatives. C'est pour ne pas trop multiplier les citations. — Contrairement à Mendoça, M. Koch (p. 158-160) soutient que les griefs religieux des Belges n'étaient que des %vMs factices S'il en était ainsi, comment expliquer les motifs des édits de Charles-Quint et de leur maintien par Philippe II? Était-ce donc contre un mouvement factice qu'il fallait un tel déploiement de rigueurs, un tel rcdouhlement de violences? Nous avons aux Archives du royaume, à Bruxelles, un curieux volume sur les hérésies et l'inquisition, lequel suffit, à lui seul, pour prouver que déjà sous Charles-Quint, le protestantisme, chez nous, était bien une réalité vivante. Comme ce volume n't st pas k la disposition de M. Kocii, je prends la liberté de le renvoyer k la correspondance d'Érasme, k YHistoria evangelii in Belgio renovali, par Gerdès, et aux Monumenta vaticana, récemment publiés par Lammer. Il y trouvera, j'espère, la confirmation de ce que je viens de dire. D'ailleurs, si, au xvi« siècle, le peuple belge avait été réellement si archicatholique et si hyperorthodoxe {erzkatholisch und hyperorthodox] que le prétend le savant critique, comment la liberté de conscience réclamée du gouvernement par l'opposition, aurait-elle jamais pu devenir, chez le même peuple et d'après le même critique, la plus formidable machine de guerre {der stûrkste Mauerbrecher] de la révolution? Il y a Ik, ce semble, une contradiction manifeste Voy., du reste, l'appendice II. . - Register van lïolland en Westfriesland, 1565-1574, f. 310 et 515,

de la Frise, était parvenu à convaincre le duc d'Albe de la nécessité d'armer contre les gueux; et, en ettet, Biliy reçut du gouverneur général pleins pouvoirs de prendre toutes les mesures nécessaires à la défense de la Frise II donna aussitôt l'ordre de faire bonne garde sur les côtes et de l'avertir de tous les mouvements de l ennemi afin qu'il pût être prêt à tout événement. Au commencement de l'année 1570, il fit occuper par ses troupes les îles situées au-dessus des côtes de la Frise, et elles y défirent les garnisons des gueux.

Cette guerre fut conduite avec la plus grande inhumanité Cinq des vaisseaux de Billy se disposant a chercher les gueux au Vlie, furent dispersés par la tempête; un seul vint aux prises avec deux navires ennemis, dont un nrit le large, mais dont l'autre, commande par intrépide capitaine Spierinck, tint bon, fit feu sur celui des royaux et leur tua beaucoup de monde. Deja le capitaine espagnol voulait battre en retraite; mais il fut force, par son équipage, de s'approcher du capitaine des pirates. Le combat recommença avec le plus grand acharnement, jusqu'à ce que Spierinck eût été sommé de se rendre. Mais craignant d'être pendu, il refuse; fait jeter a la mer quelques sacs d'argent pour les soustraire a la cupidité des Espagnols, et ordonne h un soldat de lui plonger son épée dans le cœur. Le soldat obéit. Ses camarades se précipitent dans les flots, mais ils sont pris en partie. Les têtes de ceux que l'on mit à mort furent coupéesetsalées et les troncs ensevelisdans la mer. En faisant son entrée triomphale a Groningue, Billy força les prisonniers de porter devant eux ce sanglant trophée et de lui en faire hommage, puis ces malheureux furent exécutés après d'horribles souffrances ' .

Quelques navires équipés à Enkhuizen et a Hoorn, furent ajoutés à la flotte royale, qui, sous le commandement de Jean Roi, bourgmestre de Hoorn, livra bataille

i Van Groxingen, p. 43-46.

à celle (les pirates. Ceux-ci perdirent deux de leurs vaisseaux. Roi se distingua tellement qu'il fut nommé viceamiral par le duc d'Albe, qui envoya, en même temps, des troupes à Hoorn et à Médenblickpour les préserver des attaques des gueux. Le duc connaissait maintenant tout le mal qu'ils pouvaient lui faire; mais c'était trop tard, il avait laissé à l'abandon les places qu'il aurait été de la plus grande importance de mettre de bonne heure dans un état solide de défense. Mais, pour cela et pour armer des navires, il fallait de l'argent ; on l'exigea des malheureuses provinces qui avaient à supporter tout le poids de cette guerre. C'est pourquoi les plaintes des habitants redoublèrent partout et principalement en Frise. La discorde se mit entre les villes et le plat pays; la peste enleva beaucoup de monde; les gueux rançonnèrent les prêtres et les riches; les pirates français prirent autant de navires des Pays-Bas que les pirates indigènes, et le joug de la tyrannie espagnole continua de s'appesantir tous les jours davantage. Enfin, sur mer, les choses furent telles que, pour résister, il aurait fallu que le duc d'Albe éclatât dans toute sa force ; mais il ne le fit pas ; il se figurait que la terreur suffirait pour réduire le pays; d'ailleurs, il n'avait pas assez de vaisseaux ; le roi avait besoin de toutes ses ressources maritimes contre les Mores et les Turcs, qui, sans le vouloir, favorisaient ainsi les plans du Taciturne *.

Les mesures prises par Boussu et Billy forcèrent les gueux de mer à prendre leur course vers l'Angleterre. La tempête détruisit quelques-uns de leurs vaisseaux; en revanche, par la même cause, la Hotte ennemie fut arrêtée dans sa marche, mais les gueux perdirent encore leur vaisseau amiral et trois autres grands navires, grâce à leur négligence, leur ivrognerie et leur désordre. Heureusement Dolhain avait eu soin d'emporter une bonne

1 Vigl. ad Hopp., p. Ù57, 542, 621, G22, 721 et 722. MNGEN, p. 47 et 48.

Van Gro-

nartie de l'artillerie et des munitions de guerre ; et, toutefois, ces circonstances ébranlèrent davantage encore sa position déjà si compromise *.

Dans ce moment, Dolhain se laissait guider en tout par Robert de Bailleul et par Landas, l'un Flamand, 1 autre Wallon 11 avait toujours autour de lui cinq navires et deux barques, commandés par un autre Wallon, nommé Pleucnueu- par un noble Gantois, Antoine Uutenhove, « petit et rousseau; » par Jean Louis (Hans Lodewyk), autre Fiamand, et par un Italien établi en Angleterre. Ces navires étaient mal pourvus d'hommes, mais garnis d'une excellente artillerie. Les matelots et les soldats descendaient souvent à terre pour boire; c'était ordinairement à Douvres et dans l'île de Wight. Leurs canons, du calibre de treize a quatorze cents livres, vomissaient des boulets de fer munis de chaînes pour briser les mâts des vaisseaux ennemis. Peu nombreux, mais robustes, jeunes, trapus, allègres et très-braves, ces hommes n'avaient aucune peur des galères du roi, sur lesquelles ils tiraient des fusées incendiaires L'amiral disposait encore de trois autres navires et d'un yacht, avec lesquels il guettait les bâtiments venant de Dantzick. Il trouvait de grandes ressources en Angleterre, où la femme du romanesque Gabriel de Mont- ^omery, le meurtrier involontaire de Henri H de France, avait fait équiper pour les gueux un magnifique navire connu sous le nom de la Comtesse. Lorsque les enrôlements volontaires ne leur suffisaient pas, ils enlevaient des hommes propres au service maritime, en les attirant dans les cabarets, en les enivrant et en les transportant

ensuite sur la Hotte ^ , , ^ > a^..

Le duc d'Albe, de plus en plus alarme des progrès des gueux de mer, écrivit, le 18 mars 4570, aux magistrats d'Anvers et de Gand de veiller nuit et jour pour préserver leurs villes des brigandages exercés par ces pirates,

i Van GRONiNGtiN, p. 48. ^ .

2 Archives DU royaume. Conseil d'État et audience, liasse 28o, no 1.

de s'informer diligemment des étrangers que leurs paroles, leur accoutrement ou leurs armes rendaient suspects; de leur demander d'où ils venaient, où ils allaient, quelles étaient leur profession et leurs occupations; de dénoncer ensuite aux ofliciers de justice tous ceux qui inspiraient des soupçons légitimes; d'équiper de petits bateaux à voiles; de placer sur chacun d'eux six à huit hommes armés d'arquebuses et de leur faire parcourir les rivières pour obvier aux vols, pillages et détroussements dont les gueux ne cessaient de se rendre coupables *.

Depuis quelque temps, Dolhain se trouvait avec dix-sept navires à l'embouchure de TEms, d'où il infestait tout le littoral de la Frise. Le duc ordonna à Maximilien de Hennin, comte de Boussu et gouverneur de la Hollande, d'armer douze navires dans Amsterdam, et à Billy d'en équiper huit à dix, pour que l'on pût mettre en déroute l'amiral des gueux. Le mauvais temps empêcha Boussu de lui livrer bataille. Dolhain gagna la mer, mais avec tant de précipitation qu'il perdit douze vaisseaux, dont trois des plus grands furent capturés par les Espagnols, avec quelque artillerie et des munitions, et dont les autres furent brtilés 2.

Sur ces entrefaites, les partisans des gueux battirent en tout sens le plat pays de la Frise. Un des nobles de cette ville, Homme Hettinga, qui, en 1568, avait amené une enseigne d'infanterie à Louis de Nassau, près de Groningue, et qui maintenant était avec ses deux fils sur les flots, donna à ses partisans, connus sous le nom de picoreurs, des lettres de marque qui les autorisaient à lui procurer, au moyen de vols et de pillages, un dédommagement pour ses biens confisqués par le duc d'Albc; et, en effet, il perçut le dixième de leurs dépouilles. Homme était intimement lié avec Berthold Entes de Mentheda, par son courage, sa fougue, ses cruautés, un autre Lumay.

1 Archives du royaume, Conseil d'État et audience, liasse 284, n» 1.

2 Gachard, Correspondance de Philippe II, t. II, p. 124.

Tous les deux, de concert avec un des leurs, - Vlieger Van de Nvkerk, - avaient résolu une attaque contre Dokkum pendant' que Dolhain et Lancelot de Bréderod^^^^^^ combinèrent (février) une autre sur 1 abbaye dOldenkfooster. Le chef de ce monastère, croyant pouvoir compte? sur l'appui de ses paysans, avait renvoyé la garde qui lui avait été donnée par Billy. Mais lorsque, au mois d'avril les gueux vinrent piller son couvent, les paysans au nombre de 600, les laissèrent paisiblement détruire et pmnorter tout ce qu'ils voulaient *. , ,. .

Un autre pirate, Jean Van Troyen, fils d'un batelier de Rotterdam, se promenait iriompl.alement dans les eaux de la Hollande méridionale, et avec sa barque et trentecinq hommes , s'empara des salins et des camelots du naWre qui faisait le marché entre Amsterdam et An-

vers * • •

Pendant que ces forces sauvages se déployaient ainsi

sur mer, le prince d'Orange conçut le projet de se rendre maître d'Enkhuizen avec des navires équipés a Brème par Sonov, et à Emden par Pompée Ufkens, gentilhomme frison qui sacrifia une fortune considérable aux entrenrises des gueux. Sonoy était tellement enthousiaste de 'expédition qu'il parlait de faire d'Enkhuizen une autre la Rochelle, ne réussirail-il qu'à y jeter une renta.ne d'hommes. En même temps, par les conseils de Baes, trois capitaines des gueux s'entendirent pour faire une expédition dans le Vlie : c'étaient Adrien Mennmck emlurier de Delft, doué d'une énergie extraordinaire, et qu avait déjà porté les armes à Austruweel, en 156 / , Mco as Ruychaver, de Harlem, un des cœurs les plus honnêtes de a révolution; enfin, l'intrépide Jean Van Troj-en Pendant la soirée du 14 juin 1510, ils pénétrèrent dans e Vlie. Ils avaient pour devise Dieu aide Orange, pour dra-

1 Archives db royaume, Correspondance de Frise, vol. VII, f. 1 14. - Van Grosincen, p. -217-228, 2;in et 251. -Vas Vi-oten, p. lo3-l5o.

2 VAN Vloten, p. 135 et ISC.

ijl

peau une écharpe jaune et rouge, pour signe de ralliement un mouchoir blanc autour du bras droit. Ils vinrent camper à côté des vaisseaux deBoussu, qu'ils assaillirent le lendemain à la pointe du jour; mais, par une fausse manœuvre, le navire de Van Troyen fut séparé de ceux de ses amis et entouré de tous côtés par l'ennemi. Se voyant perdu. Van Troyen se précipita dans la mer et vint, en nageant, se réfugier sur le vaisseau d'un marchand qui se trouvait à l'ancre dans le voisinage ; mais il fut saisi par un des capitaines de Boussu et conduit avec trois de ses camarades à Amsterdam, où ils restèrent longtemps prisonniers. Les gueux menacèrent Boussu, si l'on faisait périr Van Troyen, de raser Enkhuizen et Amsterdam, et de mettre à mort tous ceux d'Amsterdam ou du Waterland qui leur tomberaient entre les mains. Comme ces menaces faisaient hésiter le magistrat d'Amsterdam à procéder immédiatement à l'exécution des prisonniers, le duc d'Albe lui fit remarquer plus tard que, s'il les avait expédiés tout de suite, il n'en aurait plus été question depuis longtemps. Au mois d'octobre. Van Troyen fut pendu. Les gueux, transportés de fureur, vengèrent aussitôt sa mort en suspendant au beaupré d'un de leurs navires un pilote qu'ils avaient fait prisonnier, et en le tuant à coups d'arquebuse *.

Leurs forces avaient été augmentées par 600 Wallons que venait d'assermenter Dolhain. Loin de se calmer, leur rage ne connut plus de bornes, et voulant imiter les cruautés des Espagnols, ils noyèrent souvent leurs captifs. Jean Abels, en faisant prêter serment à ceux qu'il arrêtait, leur imposait l'obligation de tourmenter et de chasser les papistes 2. ijs prenaient et torturaient beaucoup de gens riches, mettaient en avant l'idée de

* Archives du royaume. Correspond, de Zél. et de Holl., vol XH, f. 46 et suiv. — BoR, t. I, f 315. — Van Vloten, p. 156-158. — Van Groningen, p. 287-293, 350-355.

2 « Te krencken, verdryven ende verjaegen. »

.vmnarer de La Haye et d'arracher de leurs lits les bons boTrS e les seigneurs. Ils traitaient de coqums, de voTeuî d^^ suppôts de l'inquisition tous ceux qu ils fa a en prisonniers. Ils agissaient ainsi sous les insp.r i'ons dentés, qui comptait parmi .f ^ - W^^ -ens oui avaient la marque. Mais il faut bien se gaiaei donrendre tous les gueux pour un ramassis de vaurien. ïderÏÏuds Plusieurs d'entre eux étaient des hommes être omm^^^ niais égarés par le délire de la ven-

Jeînce « Héquoi! s'écriait plus d'un brave père de famille ferdo'ues sanguinaires du duc d'Albe osent parler de nos ioleSs eux qui nous ont expulsés scandaleusement de noSns! sa'ns laisser à nos pauvres petits enfants que Ip^ habits Qu'ils avaient sur le corps *. » "^ m. S, la farouche énergie de ce. hommes ne es n.iiitait pas même sous les verrous. Amsi il ne se passa un jour que les gueux détenus à Middelbourg ne se misseîu briser dans leurs cachots, fers et serrures, à SutragJr les geôliers et à conspirer avec les autres cap-

tif«s 2

Ceux qui étaient sur mer crurent devoir prendre, sous

Lancelot deBréderode, quelques 'ne«"r''^^;«"Se„™T; tenir entre eux la paix et la concorde, et a prévenir les p ; ntef et es injustices. Le prince d'Orange se voya.i dar^s la cruelle nécessité de ménager toutes ces forces que que anarchiques qu'elles fussent; car le duc d A^be îënait de lui enlever un puissant apP"'- «élu de 1 Alle. maene Les comtes de Culembourg et Van den Berghe ?Snt rendus à la diète de Spire PO"r;mplo.-e,; a protection et l'intervention de l'empereur et des pr nces de Germînie; mais les députés du duc d'Albe plaidèrent s.

. De bloethomlcn e>ulc paepistcn hcbben my ^«f f "f '" ^J.'^ goeden gestooten, soe dat myn kinderkens "?<>' '''^ouden n hebben dan de cleedcrkens, die sy aen 't lyff draegen (Archives d« eoyaume, J. J., f. 128. —Conf. 49-151.,

î Archives citées, f. 12 et H8.

— iO -

bien la cause du roi d'Espagne vis-à-vis de ses sujets rebelles qu'ils empêchèrent la diète de prendre une résolution. Dès lors Guillaume fut forcé de prêter une attention plus particulière aux mouvements des gueux marins, à qui il avait résolu de donner un autre amiral. Dolhain était, sans contredit, un patriote plein de courage et de dévouement, qui s'était déjà fait remarquer, en 1566, par la chaleur de ses convictions et l'audace de ses idées dans les fameuses réunions de Bréda et d'Hoogslraeten. Malheureusement le noble Hennuyer ne savait ni faire observer la discipline, ni tenir la comptabilité, et au lieu de grandes et d'utiles entreprises, ses expéditions n'étaient qu'un brigandage universel. Un dernier fait avait achevé de décider le prince. J'ai dit qu'en se retirant devant Robles et Boussu et en faisant voile pour l'Angleterre, les gueux avaient laissé périr, par leur désordre et leur ivrognerie, leur vaisseau amiral et trois autres grands bâtiments. Or, Dolhain, qui était resté à Emden, semblait se soucier fort peu de celte perte. Ce qui inquiétait encore le prince, c'était la crainte qu'on ne le rendît responsable des dommages que les excès des gueux faisaient éprouver au commerce des Pays-Bas, et il paraît même qu'à Amsterdam on portait contre lui des accusations de ce genre. Guillaume redoutait aussi le mécontentement des villes hanséatiques et les récriminations dont elles pourraient se prévaloir auprès de la diète de l'Empire. Enlin, comme il avait besoin de beaucoup d'argent pour subvenir aux frais de la guerre, il devait être assuré de sa part du butin; et, de ce côté, il n'y avait pas moyen de faire fond sur Dolhain à cause de son incroyable négligence. Aussi, quoiqu'il en coûtât à Guillaume, il était irrévocablement décidé à le rappeler de ses fonctions. Il lui députa son fidèle Baes pour le forcer de rendre ses comptes. Baes eut une entrevue avec lui à Emden. L'amiral promit de le satisfaire, dès qu'il serait de retour de Cologne où il allait se rendre pour rétablir sa santé délabrée. Il ne resta plus à Baes que de le faire venir à Dillenbourg, où se tenait

.lors le prince. Quel fut le désappointement de Guillaume foZnl Dolhain, au lieu de lui payer les sommes sur lesnuX d avait droit de compter, lui réclama, au con- Se 5 000 écus qu'il prétendait avoir débourses sans Snftél L'amiral%a ensuite pour l'A^gleterre^^^ 1 fut arrêté , probablement sur la demande du prince. iaS le rlig^^^^ à Londres, le fit mettre en liberté, mais le ré oquf^^^^ fonctions, tout en lui offi^jnt le comiSïntde deux ou de trois vaisseaux. Do hainr^^^^^^^^^ et se retira en France. Il y resta jusqu en 15 i 2, ou il re ^combattre pour la cause de la patrie et nioum de la mort des héros, après avoir fait mordre la Poussie. e atro s ou à quatre de ceux qui voulaient le livrer au duc d Albe

Le prince avait songé un moment a rempla ei Dollam par son frère Louis de Berghe, qui commandait huit vas- Lîux stationnant à Londres; mais il se Fononça pou rnislain de Tiennes, seigneur de Lumbres, son ami et ceTu dï Louis de Nassau' Ce dernier délivrait ses comnSssons maritimes à la Rochelle, tandis que les corsaires ? n aiTinfestaient toutes les côtes de leur pays et souven croi aient avec les vaisseaux des gueux con re ceux des EsMls Depuis les rives de l'Ost-Frise jusque vers fes mC de la^omination royale, tout était couvert de nTrafes parmi lesquels les nôtres avaient dépouille toute Sce de respect humain, jusqu'à ne plus distmguer les nrdes enne'mis, jusqu'à s'emparer des bateaux^^^^^^^^^ guant avec les saufs-conduits du comte Louis Dans es Sx de l'intérieur, les villes de Gouda, I)elft, Dord^^^^^^^^^^^ furent forcées d'avoir des vaisseaux PO«^vu d oldats et d'artillerie. Comme c'était à leurs f^'ais un te fardeau devint trop lourd , et il n'y eut bientôt plus d autre moyen que de voir Philippe II se charger seul de la defensedu pays 2.

1 Archives de la maison d^Orange-Nassau. i.\\\. P' ^^S- - J^^^» Zwôlf Bûcher niederlmdischer Geschichten, t. II, p. 347. - van uro NïKGEN, p. 48et49, 143-145.

2 Van Groningen, p. -49 et 50.

Au mois de juin 1570, les gueux, au nombre d'environ 00, munis d'armes et de bâtons, fondirent sur la petite ville de Hinlopen, en Frise, y pillant l'église, brisant le labernacle et les autels, emportant les calices, enlevant aux bourgeois leur argent, les rouant de coups, rompant portes, fenêtres, coffres, clôtures, buvant dans des calices et d'autres vases sacrés, et s'en allant les habits cousus d'argent*. Leur mot d'ordre continuait d'être « guerre aux moines, cardinalistes, papistes, magistrats, et à tant d'autres suppôts de la tyrannie castillane! » Tous ceux qui étaient suspects ù'espagnohsme, n'osaient plus demeurer à la campagne, surtout depuis que les protecteurs de la Frise, les soldats de Billy, qui étaient sans solde, ruinaient les villages et requéraient le troisième homme pour la guerre 2.

A la tête d'une des bandes les plus faroucbes des gueux de mer se trouvaient Hartman Gauma et son frère Walze, tous les deux d'Akkrum, en Frise. Hartman était un jeune et brillant gentilhomme qui s'était appliqué avec succès à l'étude des sciences et des lettres, et dont les éminentes qualités promettaient un magnifique avenir. La poésie même l'avait comblé de ses faveurs et son àme brûlait du feu sacré de l'amour de la patrie. Chassé de la Frise, il avait d'abord séjourné à Emden, puis il était revenu dans celte province et s'y était si bien établi que l'on ne put jamais se rendre maître de sa personne, en dépit de tous les efforts qu'on déploya. Implacable dans ses haines, il fit piller couvents et églises, enlever les trésors des moines et des grands.

Le duc d'Albe ne négligea rien pour écraser cette horde, ni diligence, ni argent, ni tortures, ni pendaisons, ni bûchers; mais tout fut inutile. Hartman poursmvitson affreuse carrière avec une audace et une habileté qui

1 « Met geld gefoedert. i>

^ Archives du royaume. Correspondance de Gueldre et de Zutphen, t. X, f. 247. — Correspondance de Frise, vol. Vil, f. 157 et 160.

,. • , tAiiiAQ iP<; combinaisons humaines et qui le

;SS sï l-'aîSÏ :t dans beaucoup ^endroUs TZ rpstera en jachère; il se fera un carnage des nobles et irSne'd'es grands;' la fraude régnera parm. eux et

il suivra une immense confusion .» ,.^10 c^m

" u mouvement religieux, P<^''.''l"«,f "^^1 ^^^ï i,i«it avoir dégénéré en une affaire de biigandage, le^ S X sbonfraient le drapeau de la liberté en en fa-s n n„ ^nihlpme de rapine et de meurtre; mais, enfin, c était mal ."ursement ainsi qu'ils croyaient devoir repondre ÏÏ cruautés du duc d'Albe; on les avait persécutes, on rontS S pers^ler avec acbariiement eu. -eU-

SteTleC eflJ^f^uf ït iîs ÏÏenî persuadés qu'ils

! « Prœlia magnatum cernes et sangiûnis undas, Et terras populis vacuas contusaque régna ; Fana domusquc cadent et erunt sine civibus urbes, Inque locis mullis teUus inarata jacebit. Straues nobilium fiet procerumque ruina, Fraus erit inter eos, confusio magna sequetur. *

. M KKrr'«:dS-supr.me ré.ément ««.««aMe .a «L Et, cependant, M Gachar^dans so" -a,^^^^^^^^^^^ ciennes ammbUn nationales de la Beigme l^'^VZ^t de départ produite par cet élément doit être ^«^«"f ^'[,f . "^^ J^rmême donne ile la révolution. Du reste, les extraits que M. liocn lui m fpage 57) de la Correspondance de Philippe II prouvent que c éta.t là une corde bien sensible.

contribuaient à la délivrance de la patrie, et tout ensemble aidaient dans ses efforts le prince d^Orange, ce prince qui se trouvait dans Faffreuse nécessité de tolérer, de subir même leurs moyens et leurs actes, qu'il abhorrait. Ils regardaient leurs excès comme parfaitement conformes au droit de la guerre; loin d'éprouver le moindre remords, il s'applaudissaient de pouvoir faire le plus de mal possible au duc d'Albe et à son Eglise, dont les temples n'avaient plus rien de sacré pour eux, dont ils considéraient les pontifes comme des traîtres et des bourreaux S auxquels ils criaient dans leur fureur biblique : « Elle est tombée, elle est tombée la grande Babylone, et elle est devenue la demeure des démons, et le repaire de tout esprit immonde, et de tout oiseau immonde. Car toutes les nations ont bu du vin de la rage de son impudicité, et les rois de la terre se sont prostitués avec elle, et les marchands de la terre se sont enrichis de l'abondance de son luxe. Nous entendîmes encore une autre voix du ciel, qui disait : Sortez de Babylone, mon peuple, de peur que, participant à ses péchés, vous n'ayez aussi part à ses plaies ; car ses péchés sont montés jusqu'au ciel , et Dieu s'est souvenu de ses iniquités. Rendez-lui la pareille, rendez-lui le double de ce qu'elle vous a fait. Versez-lui à boire au double dans la coupe où elle vous a versé à boire. Autant qu'elle s'est enorgueillie et s'est plongée dans les délices, faites-lui souffrir autant de tourment et d'afïliction, parce qu'elle dit en son cœur : Je suis assise comme reine, je ne suis point veuve, et je ne verrai point de deuil; c'est pourquoi ses plaies, la mortalité, le deuil et la famine viendront en un même jour, et elle sera consumée par le feu ; car le Seigneur Dieu qui la jugera est puissant. Et les rois de la terre, qui se sont souilles, et qui ont vécu dans les délices avec elle, pleureront sur elle et se frapperont la poitrine lorsqu'ils verront la fumée de son embrasement. » (Apocalypse, xviii, 2-9.)

1 Van Groningen, p. 57.

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Ce au'il y eut de déplorable dans cette lutte ce fut que reauid"abord n'avait été que nécessité, devmt pl"f 'ard ha- Jtude Les cœurs s'endurcirent dans le crime, et les calam tés du temS, les férocités de la vengeance es licences Sénées dS vie errante, firent de plus d un citoyen nSe un adversaire sauvage, un ennemi -mp acab e Ln^u Sake du roi d'Espagne, de son gouverneur et de ses adhérèn Ah! malheur, trois fois malheur respnt HP oersécution! Car c'est lui qui enfanta tous ces 5 saSs souvent les chefs voulaient réprimer les^^^^^^^ ipnres de leurs subordonnés, mais leurs eftorts etaien Td nairemint impuissants, quelquefois même i^p^re viriimes de leur modération. Les nobles, habitues a la lutTe et généralement doués d'énergie et de sagesse, étaient ei état de prévenir le mal ; mais des marchands etTs ouvriers, transformés en capitaines de marine, ne fétaienrpas l; temps, l'expérience et une autorité superieuTe pouvaient seuls les instruire et leur donner la force erïetacl nécessaires pour mettre de l'ordre dans ce chaos flottant à la surface de rOcéan'. . ,,.,.., „,,„„s.i,me 11 était difficile qu'il en fût autrement lO"' « f ' ^" S"^,' de surprises, de guets-apens, de requ-sitions de p 1 er e , de viols de dévastations, de massacres, établi par la soi Jtqu; étrangère, les gueux en opposèrent un autre^ Le duc d'Albe faisait la guerre a la fois aux 'dees, aux nersonnes et aux biens. Contre l'Espagne, maîtresse absofnedës Pays-Bas, une croisade était devenue nécessaire : '"a cmSe devait s'opposer la récupération. D s lors e mobile religieux se joignait au mobi e de '.'uteret et Tcune loyauté, dans la guerre, "'ét^'t P'»^ P^^^^'^ «„ ^^^ colère, la haine et la perfidie, par une soif de sang e de

butin inextinguible, les g"?'' ^^^ ™«^„f ''ir^^^^^^ rien aux bandes castillanes. Quon ne loubie pas, ii SisS dïpart et d'autre d'une lutte où a religion étaurlme désintérêts! Or, plus grande est la foi, plus

« Van Groningen, p. 55-55.

— utiles intérêts deviennent féroces ; c'est pourquoi les guerres de religon sont de toutes les plus atroces, les plus souillées par la dévastation, Fincendie et le meurtre. A la question religieuse se joignait ensuite la question de la patrie et de la liberté; car quoique la majorité des gueux fut calviniste, il ne s'en trouva pas moins parmi eux un grand nombre de catholiques qui ne se battaient que pour le rétablissement des privilèges et la destruction des Espagnols. Mais quoiqu'il s'agît de l'Etat et de l'Eglise, du spirituel et du temporel, de l'indépendance du pays et du salut de. la liberté, il y avait encore, au fond, une question de propriété et d'existence matérielle, soulevée par les confiscations, l'exil, la famine el la misère. De là la dégradation des mœurs militaires et tous les désordres qui en étaient la suite. La guerre dans les formes ne pouvait pas exister entre le spoliateur et le spolié, entre le proscripteur et le proscrit, entre le maître et l'esclave. Chacun jetait à son adversaire les dénominations de brigand, de forban, et d'autres encore plus flétrissantes.

Dans une crise de cette nature le chaos est partout : point de tribunal impartial, nulle justice régulière à invoquer; il n'y a de droit que le droit du glaive (jus gladii), La guerre intérieure est devenue la condition permanente du pays : c'est le règne universel de la dictature vagabonde des chefs des bandes.

« Depuis que le noble sang des comtes d'Egmont et de Bornes a été répandu sur l'échafaud, toutes les victimes de la tyrannie du duc d'Albe réclament, disent les gueux, d'horribles funérailles. C'est du sang que veulent les ombres du brave d'Andelot, frappé quatre fois par a hache du bourreau avant de recevoir le coup fatal ; de l'infortuné Van Slraelen, égorgé dans son fauteuil à Vilvorde- des héroïques enfants Batenbourg marchant a la mort sans peur, sans angoisses, la tête haute, les regards librement dirigés sur la foule; c'est du sang que demandent mille autres exécutions et surtout les froids assassinats de Yalenciennes. El puisqu'on nous dépouille des gaian-

lies assurées à l'homme et au citoyen, puisquon met nos têtes à prix, hé bien! la révolution accepte. Guerre donc! guerre d'extermination, guerre sans miséricorde! La révolution ramasse le défi qui lui est jeté. »

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